Réforme de la formation continue des enseignants
Réforme de la formation continue des enseignants
Daniel Filâtre
Novembre 2016
1
INTRODUCTION
Il apparaissait donc urgent, pour les membres du comité, d’aborder la réforme dans
une approche globale d’une formation tout au long de la vie (FTLV) des professeurs
et autres personnels, d’en considérer les temporalités et d’en définir certaines
modalités ou principes.
Tel est l’objet de ce rapport, reprenant l’ensemble des travaux sur ce thème qui a
concentré les activités du comité depuis janvier 2016. L’approche adoptée s’inscrit
évidemment dans la continuité de nos travaux : nous centrer sur les besoins des
professeurs, sur les enjeux liés aux pratiques et aux contextes professionnels ;
considérer les actions de formation en continuité avec les évolutions retenues pour la
formation initiale ; nous intéresser au développement professionnel des praticiens et
au renforcement de leur expertise professionnelle…
Les travaux du comité national de suivi ont été marqués par un double intérêt : la
publication de rapports internationaux sur la formation continue des enseignants et le
développement d’expérimentations associant formation et recherche appliquée.
Nous avons donc pris en compte ces avancées ou approches comparatives. Il était
également essentiel d’intégrer dans nos approches, les orientations de la loi du
22 juillet 2013 sur l’enseignement supérieur et la recherche.
Enfin, nos travaux ne pouvaient se dissocier des orientations contenues dans la loi
du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie
2
sociale. Même si cette loi concerne avant tout les salariés des entreprises, elle
aborde la formation professionnelle comme un nécessaire investissement pour
assurer une élévation des compétences et des qualifications c’est-à-dire comme un
levier d’évolution professionnelle tant au niveau individuel que collectif. Elle entend
également promouvoir – par la formation – la sécurisation des parcours
professionnels.
3
Partie 1 – Considérer la formation à partir de l’exercice
du métier et du développement professionnel
Les travaux du comité conduisent à poser des principes préalables à toute révision
du modèle de formation initiale, continuée et continue des enseignants et autres
personnels d’éducation. Le premier de ces principes concerne le métier d’enseignant
et ses attendus, au-delà des seules compétences professionnelles. Le second
propose d’aborder l’ensemble du processus de formation au regard du
développement professionnel. Le troisième enfin, propose de considérer ces
personnels comme des professionnels, acteurs de terrain et acteurs de leur
formation.
1
Voir la publication au Bulletin officiel du 25 juillet 2013 et le communiqué de presse du 9 juillet2013, MEN.
4
Indéniablement cette publication, par ses principes et par ses éléments constitutifs,
représente une étape dans l’explicitation des compétences professionnelles
attendues. Tout d’abord, l’institution clarifie ce qu’elle entend par culture
professionnelle de ces métiers, en considérant les fondamentaux communs à tous et
les spécificités propres à chaque spécialité. Mais ce référentiel se présente aussi
comme un outil dynamique pour tout personnel d’enseignement ou d’éducation, qui
doit lui permettre, dans sa formation initiale, continuée ou continue, d’acquérir ces
compétences, de s’auto-positionner de manière régulière et d’orienter son projet de
formation.
Or, les textes décrivant l’emploi du nouvel enseignant et ce qui est attendu de lui
sont nombreux et denses. On a évoqué le référentiel des compétences
professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation mais on peut
également citer les textes décrivant le contenu et les modalités de la formation des
enseignants publiés dans le cadre de la création des ESPE et des Masters MEEF.
On peut aussi évoquer les nouveaux programmes de l’école, du collège et du lycée
ainsi que les différents textes et instructions qui les accompagnent. Les lois relatives
à l’éducation comportent aussi de nombreux éléments relatifs aux enjeux et aux
valeurs de l’école, à l’exercice du métier d’enseignant, à ce qui est attendu des
enseignants. Mais il est fort probable que tout ceci ne soit approprié que lentement et
partiellement par le nouvel enseignant. Il est aussi fort probable que l’abondance des
textes nuise à la perception synthétique et formelle de ce à quoi il s’engage et n’ait
pas à ses yeux valeur de contrat.
5
Pourtant, pour qu’un enseignant s’intègre de façon efficace dans le contexte de son
nouveau métier, au sein du système éducatif dans son ensemble ou à l’échelle de
son établissement, il est important qu’il ait une idée claire et précise de ce que l’Etat
attend de lui, des valeurs du système dont il est désormais membre, des
compétences essentielles qu’il est supposé mettre en œuvre, des valeurs qu’il doit
transmettre et que tout ceci constitue pour lui une sorte de « contrat » ou de
« charte » avec son employeur et avec la Nation. Ceci nous paraît encore plus
important depuis la promulgation de la loi de refondation de l’Ecole qui évoque en de
nombreux points ces attendus, sans qu’ils soient explicitement affirmés.
Aussi, nous proposons que soit élaboré à cet effet un court texte, d’une ou deux
pages, texte qui serait remis formellement à tout nouvel enseignant, voire signé par
lui, et qui constituerait une sorte d’engagement ou de cadre référent. Ce document
définirait à la fois un profil d’emploi et une charte des valeurs que l’enseignant est
appelé à adopter dans l’exercice de son métier. Il deviendrait également la base des
référentiels de formation.
Un tel cadre pourrait par exemple comporter: les attentes essentielles de la Nation
envers son système éducatif, son école, et les valeurs fondamentales qui nourrissent
ce système éducatif ; les attentes essentielles de la Nation envers ses personnels
enseignants ; les compétences principales attendues des enseignants ; une
description très générale des tâches de l’enseignant, de ses devoirs et de ses droits.
Lors des travaux au sein du comité, cette question a souvent été discutée mais c’est
évidemment avec les différents partenaires sociaux et institutionnels que le texte
évoqué doit être élaboré et discuté afin d’aboutir à un très large consensus au sein
du système éducatif.
6
1-2 Considérer les pratiques et les perceptions de la profession
enseignante dans une perspective européenne et internationale.
L’étude TALIS 2013 (OCDE)3 pour le seul niveau collège met en évidence que 88%
des enseignants ont participé à une action de formation continue dans les 12
derniers mois, la France se situant dans les dernières positions. Les modalités sont
très variables : cours et ateliers, conférences et séminaires, visites d’étude,
programmes qualifiants, participation à un réseau d’enseignants, participation à la
recherche, tutorat et coaching.
Concernant les besoins de formation, les enseignants placent en priorité, dans cette
enquête, la prise en charge d’élèves à besoins spécifiques, les TICE, la gestion de la
classe et du comportement des élèves, l’enseignement en milieu multiculturel ou
plurilingue, les approches pédagogiques individualisées. Puis sont aussi exprimées
des attentes de formation liées à l’orientation des élèves et l’évaluation. La
connaissance des programmes et la maîtrise de la discipline viennent en dernier,
notamment pour la France.
2
Commission européenne/EACEA/Eurydice, 2015. La profession enseignante en Europe. Pratiques, perceptions
et politiques, Rapport Eurydice, Luxembourg : Office des publications de l’Union européenne.
3
TALIS 2013, Une perspective internationale sur l’enseignement et l’apprentissage, OCDE, 2014.
Et Note d’information n°22, juin 2014, DEPP, MENESR.
7
1 – Sentiment d’être préparé à la profession d’enseignant (en %)
France 9090990 60 58
Royaume-Uni (Angleterre) 93 90 93
Australie 93 91 91
Canada (Alberta) 89 89 90
Espagne 99 91 93
Finlande 72 64 66
Italie 96 90 91
Pays-Bas 93 85 81
Pologne 98 97 96
Suède 97 90 90
Moyennes TALIS 93 89 89
Dans plusieurs pays, il existe une conception globale Formation initiale – Formation
continue. Cette dernière est souvent incluse dans une approche de DPC
(développement professionnel continu), qui prend de nombreuses formes (activités
dans l’établissement : coaching, travail en groupe, bonnes pratiques... ; réseaux
d’établissements ; activités extérieures et stages). La participation de l’université est
variable mais elle tend à devenir incontournable. Enfin, le rôle de l’établissement et
de l’équipe de direction est prégnant tout comme l’engagement du professeur.
L’enquête TALIS montre que les enseignants en France sont moins nombreux à
participer à la formation continue et pour des durées plus courtes. Le tableau repris
dans la note de la DEEP4 sur la fréquence et la durée de la participation des
enseignants à des activités de formation continue sous forme de stages ou d’ateliers
confirme la position singulière de la France. Dans notre pays comme dans tous les
pays, les manques d’incitation et de temps sont perçus comme des freins à une
formation professionnelle continue.
4
Op. cit. (Figure 4 – p.3)
8
Bien évidemment ceci a des conséquences sur l’ensemble des processus de
formation initiale, liés à l’entrée dans le métier et à la formation continue. Enfin, dans
la plupart des pays étudiés par l’enquête TALIS, la formation continue semble
appelée à des changements profonds : se former tout au long de la carrière fait
désormais partie du métier d’enseignant.
- Les défis de la société du savoir vont au-delà des technologies car ils
modifient progressivement les modes d’apprentissage. Ce nouveau modèle
fait émerger des compétences d’innovation et de créativité jusque-là
insoupçonnées, assurant une coopération plus importante entre les individus,
permettant une confrontation plus aisée des points de vue au sein des
communautés d’apprentissage.
En même temps, les obstacles dans l’acquisition des connaissances restent
nombreux, notamment les risques de fracture numérique et cognitive. Cet
accès différencié aux savoirs entre les individus ou les apprenants posent
d’importants défis et souligne plus que jamais le rôle de la formation, de
l’accompagnement des usages, du développement des compétences, de la
construction du jugement. Le rôle du professeur s’en trouve ainsi fortement
questionné.
10
qui leur incombent, à atteindre un nouveau degré de compréhension de leur travail et
à s’y sentir à l’aise»5.
5
Citation de J. Mukamurera, (PUQ) présenté par I. Nizet, séance du 16 juin 2016
11
Le rôle des chefs d’établissement est reconnu pour favoriser l’émulation,
accompagner les apprentissages collectifs, stimuler le travail d’équipe. Celui des
membres des corps d’inspection et des formateurs de formateurs ou experts
intervenants est tout aussi déterminant. Mais il convient également de susciter le
développement de réseaux d’apprentissage ou de communautés professionnelles
apprenantes. Pour les membres du comité, le renforcement des formations de
proximité, la prise en compte des besoins de formation et des problèmes à traiter
doivent être poursuivis, voir accentués.
12
Partie 2 – Considérer la formation comme un continuum
Toutefois, deux signaux en provenance des ESPE, des universités et des rectorats
nous conduisent à être plus prudents. Il s’agit d’abord de la charge de travail qui
incombe pour les étudiants et professeurs stagiaires. Il s’agit également des
évaluations et des auto-évaluations opérées à l’issue de la période de stage et au
moment de la titularisation.
Les propositions qui sont faites ici reposent sur deux principes : le refus d’un modèle
unique calé une fois pour toutes et une proposition visant à intégrer davantage de
flexibilité ; l’implication des acteurs de terrain et leurs représentants pour construire
ce continuum.
13
2- Les diverses périodes de formation tout au long de la carrière
6
Voir Rapport du comité sur les parcours adaptés.
14
Le continuum
Période 1 Période 2 Période 3
Consolider ses
Se préparer à devenir Se former et compétences et
enseignant ou personnel apprendre le développer son
d’éducation métier expertise
Formation
universitaire
Formation universitaire
professionnelle
(EAP, UE préprofessionnalisation…)
Master MEEF
Parcours adaptés Développement
Puis Professionnel continu
Accompagnement
Autres voies dans l’entrée dans le (P.A.F.)
d’accès Préparation métier
au concours
(une expérience (tutorat, P.A.F.……)
professionnelle
préalable ou non)
Il y a bien sûr de multiples voies pour devenir enseignant, mais à côté de la voie
traditionnelle d’un cursus universitaire linéaire « Licence – Master – concours », qui a
l’avantage de permettre une vraie préprofessionnalisation, on voit de plus en plus de
candidats au métier d’enseignant venir de cursus différents, de Masters différents, ou
de parcours professionnels antérieurs dans de nombreux secteurs. Tous ces
parcours sont légitimes. Il est important que les ESPE considèrent cette diversité
comme une richesse et la prennent en compte.
15
2-1-1 La formation en Licence : préprofessionnalisation et spécialisation
progressive
Cette première phase s’inscrit dans les évolutions récentes du cursus de Licence
avec d’une part une spécialisation progressive et d’autre part des actions de
préprofessionnalisation. Il s’agit d’offrir aux étudiants qui désireraient s’orienter vers
un cursus Master MEEF, des unités d’enseignement (UE) préparatoires ou
complémentaires. Plusieurs universités se sont engagées dans la construction de
tels parcours au sein des Licences générales. Il est important de les développer et
de les concevoir en partenariat avec les ESPE.
Pour les étudiants désirant devenir professeurs, ces UE doivent répondre à des
besoins liés à la spécificité du métier visé (polyvalence pour les PE par exemple, ou
consolidation des méthodologies disciplinaires pour les PLC etc…), mais également
promouvoir une culture professionnelle commune tout en commençant à préparer
l’étudiant à réussir les concours d’accès aux métiers de l’éducation et du professorat.
Par ailleurs, les membres du comité se sont intéressés aux premières expériences
d’apprentissage en Licence au travers du dispositif EAP. Il s’agit de voir les leçons à
tirer des premières expériences EAP : nouveau statut d'apprenti, changement de
modèle, intégration du terrain dans le cursus, nature du contrat d'apprentissage,
nécessité d’une intégration dans le cursus Licence et d’équipes pluri-catégorielles.
16
Il convient donc d’expliciter et de rendre publics les différents moyens de se préparer
au métier d’enseignant. Les enseignements à l’ESPE devront, autant que faire se
peut, prendre en compte la diversité des cursus des candidats, de leur formation ou
de leur expérience professionnelle antérieure.
17
2-2-2 Les parcours de formation adaptés
Sur cette autre voie de formation réservée aux lauréats du concours détenant déjà
un Master ou un diplôme équivalent, le comité a défini, dans son rapport produit en
mai 2015, un ensemble de recommandations.
Sans doute faut-il insister sur l’absolue nécessité que ces parcours s'appuient sur
une formation par alternance permettant de travailler à l'acquisition de l'ensemble
des compétences professionnelles d’un enseignant débutant, qu’elles soient
disciplinaires, scientifiques, didactiques ou liées aux contextes d’exercice du métier.
La qualité de la formation universitaire et le lien consubstantiel avec la situation
professionnelle en responsabilité sont les conditions d’une formation réussie pour
ces stagiaires particuliers.
Or ces parcours adaptés ne respectent pas toujours ces principes. Rappelons que la
construction de cette formation doit s’opérer en fonction des parcours d’étude et des
parcours professionnels antérieurs. Le rôle de la commission académique est
déterminant en ce qu’elle permet de mettre en relation compétences acquises et
parcours d’étude, où évidemment le mémoire - ou son équivalent, le travail
scientifique de nature réflexive - prend une place majeure.
En travaillant sur l’évolution des parcours adaptés, les membres du comité ont très
vite saisi la difficulté de séparer formation initiale et entrée dans le métier. En effet, le
cas spécifique des lauréats du concours qui seraient déjà titulaires d’un Master
MEEF oblige à ne pas dissocier mécaniquement formation des stagiaires et
accompagnement des nouveaux titulaires entrant dans le métier. C’est pourquoi le
comité a proposé d’inscrire les parcours adaptés dans la perspective du continuum
de formation intégrant également les premières années de titulaire.
Très clairement, il s’agit d’affirmer – comme dans la plupart des pays comparables à
la France – le principe d’un étalement de l’acquisition des compétences sur toute la
période du M1 (1ère année de Master) au T3 (3ème année de titulaire). Cette période
est proposée en tenant compte des comparaisons internationales et des remarques
des membres des corps d’inspection. Ceci entraîne deux conséquences : considérer
l’entrée dans le métier comme une période spécifique qui ne peut se limiter aux deux
18
années de Master ou à l’année en parcours adapté ; affirmer le lien entre la formation
initiale et les premières années d’exercice de l’enseignant titulaire débutant.
Tout d’abord, l’année de stage, cruciale dans la formation du nouvel enseignant, est
vécue par presque tous les stagiaires comme extrêmement difficile. Les enquêtes
mises en œuvre par les directions générales ou par le réseau des ESPE révèlent
combien les stagiaires se disent surchargés, débordés, stressés. Leur enseignement
en responsabilité avec leurs élèves les passionne mais les occupe pour la plus
grande part de leur temps, et ils y consacrent toute leur énergie. Ils doivent préparer
des cours pour la première fois, tout en apprenant à maîtriser leurs enseignements,
leur(s) classe(s), leurs élèves. En parallèle, ils doivent suivre les cours à l’ESPE et
parfois dans d’autres composantes de l’université, qu’ils trouvent généralement
intéressants bien que pas toujours adaptés à leurs besoins ou trop éloignés de leurs
préoccupations d’enseignant débutant dans un établissement ou une école. En
outre, une grande quantité de productions leur est demandée : le mémoire, qui doit
conserver un haut niveau d’exigence, mais aussi divers travaux écrits.
Pourtant, l’année de stage, première année d’exercice du métier, devrait être une
année sereine, équilibrée, permettant d’acquérir et de consolider de véritables
compétences professionnelles, de travailler de manière calme et profonde. Elle doit
être fortement intégrée, associant la formation et l’alternance en responsabilité mais
surtout, permettre d’apprendre à apprendre. En effet, la formation initiale ne peut pas
donner au futur enseignant toutes les connaissances et toutes les compétences
nécessaires à l’enseignant confirmé. A vouloir tout mettre dans les programmes, on
nuit considérablement à la qualité de la formation. La qualité doit primer sur la
quantité.
19
Par ailleurs, à l’issue de cette année de stage, les membres des jurys de titularisation
constatent parfois que le fonctionnaire stagiaire ne maîtrise pas encore toutes les
compétences bien qu’il présente toutes les qualités d’un futur enseignant. Et il est
souvent proposé d’identifier des besoins de formation complémentaires. De même,
dans les académies où existent des outils de bilans ou d’auto-positionnement, on voit
l’importance qu’il y aurait à définir des priorités de formation durant les premières
années d’exercice professionnel.
Tout ceci nous a conduits à considérer que le statut de professeur néo-titulaire est
insuffisamment pris en compte dans la mise en œuvre de la réforme. C’est en ce
sens que le comité propose de concevoir et instaurer, dans le prolongement de la
formation initiale, une démarche d’accompagnement et de formation lors de l’entrée
dans le métier. Quel pourrait être ce programme de soutien à l’entrée dans le métier
à l’intention des professeurs débutants? On ne part pas de rien sur ce sujet. Des
démarches ont déjà été expérimentées dans quelques académies. Elles ont déjà été
éprouvées également à d’autres périodes.
20
Partie 3 –Construire le modèle de FTLV des enseignants
et personnels d’éducation
21
Plus concrètement, la capitalisation de ces unités de formation autoriserait le
professeur à conserver le bénéfice de ces acquis sous des modèles à définir. Ceci
pourrait conduire à des modules capitalisables, caractérisant l’acquisition de
compétences (évaluation optionnelle) et pouvant, après reconnaissance universitaire
(VAE ou DU ou Certification), mener vers un diplôme, sans se limiter aux Masters
MEEF.
Il faudrait alors que ces modules de formation académique au sein des Plans
Académiques de Formation (P.A.F.) soient, dans certains cas labellisés pour donner
lieu à une reconnaissance universitaire ou à tout le moins académique.
22
un enrichissement réciproque du fait de la mixité des publics, de leur formation, de
leurs expériences et de leur expertise professionnelle. Cette proposition conduirait à
repenser et enrichir les Plans Académiques de Formation en privilégiant les actions
innovantes et les expérimentations.
Enfin, ce travail de redéfinition des P.A.F. doit s’opérer en partenariat étroit avec tous
les acteurs en charge de la FTLV des enseignants : les ESPE, les équipes des
rectorats, les corps d’inspection, les universités, les autres partenaires, les écoles et
établissements considérés comme des lieux de formation. Ce travail exigera une
formation spécifique de l’encadrement académique, notamment des membres des
corps d’inspection et des personnels de direction. En effet, les inspecteurs, les
personnels de direction, voire les directeurs d'école, jouent un rôle essentiel dans la
conception de plans de formation pluriannuels déclinant les priorités académiques et
prenant en compte les besoins spécifiques des territoires. Ils doivent donc pouvoir
s'approprier les nouveaux enjeux de la formation, développer leur expertise en
ingénierie de formation, renforcer leur capacité à inscrire leur action dans une
démarche de qualité et à mobiliser les nouvelles modalités de formation telles
qu’évoquées ici. La formation de ces cadres à ces nouveaux enjeux devrait
constituer une priorité de formation tant au niveau national qu'au niveau académique.
L’évolution des dispositifs de FTLV des professeurs devrait intégrer une combinaison
de modèles afin de répondre aux besoins et contraintes des enseignants, mais aussi
tenir compte des effets de contexte, des enjeux professionnels de proximité et du
soutien des universités et des ressources nationales.
23
4- Intégrer les principes du développement professionnel
Dans cette acception, le développement professionnel s’exprime aussi bien dans une
démarche individuelle que collective. Dès lors, il se construit selon diverses
modalités où l’appétence des équipes pédagogiques et éducatives à se former et les
contextes professionnels territorialement situés jouent un rôle essentiel.
Nous insistons sur l’importance des cadres collectifs et des interactions entre pairs,
qu’il s’agisse d’équipes professionnelles constituées voire en devenir ou bien de
relations établies au travers des recherches collaboratives, des programmes
académiques ou universitaires ou européens ou l’engagement dans des projets
« MOOC » ou « formations Magistère ». Cette dimension collective du
développement professionnel nous est apparue comme un principe incontournable
afin de donner aux corps professionnels toute leur dynamique, favorisant l’ouverture,
la démarche de qualification et leur reconnaissance.
Il en résulte que les nouveaux dispositifs de formation doivent être conçus comme
des processus transformants. Leur nature est donc variable en fonction des
attendus, des projets individuels ou collectifs et comme nous l’avons déjà dit, des
contextes de travail et des problèmes professionnels rencontrés. Il nous semble qu’il
convient d’éviter des modèles normatifs, et plutôt, de combiner des formations
intensives et des formations plus « étalées », d’intégrer l’idée de cycle et de
progressivité et de constituer des lieux de parole et de controverse.
S’il faut ainsi réaffirmer l’absolu besoin de formation, il est clair que cette conception
de la formation continue des enseignants et personnels d’éducation propose des
changements de paradigme importants. Notamment l’exigence du travail collaboratif
et encore plus l’exigence du travail de nature réflexive semblent, l’une et l’autre,
consubstantielles à une approche de la formation par le développement
professionnel qui comporte une dimension axiologique. S’il nous semble que celle-ci
doit être affirmée en tant que principe majeur, force est de constater qu’elle n'est pas
forcément partagée. Par exemple, tous les enseignants tiennent-ils à être des
professionnels réflexifs, à s’engager dans des cadres de formation collectifs et
exigeants ? Nous proposons que ces questions soient abordées sereinement
7
Enonciation inspirée de Mukamurera, 2014, p. 12). Exposé Isabelle Nizet
24
et l’on voit que de la qualité de la révision des P.A.F., de leur correspondance avec
les attentes des professeurs dépendra une partie des réponses.
Mais surtout ce rapprochement doit enrichir voire réinventer le lien entre recherche et
pratiques éducatives. Les évolutions attendues sur la réussite des élèves, la prise en
compte de leur hétérogénéité, les principes d’une école inclusive montrent l’urgence
à renforcer – par la recherche et par ses résultats - l’expertise pédagogique et
éducative des personnels et des collectifs de travail.
Ceci revient à considérer le transfert non comme une application des résultats de
recherche, mais comme des processus scientifiques permettant de questionner les
pratiques pédagogiques et éducatives. Il faut alors renforcer ou favoriser les
structures de dialogue, d'échange et d'élaboration de projets partagés entre le
monde académique et le monde scientifique.
25
selon une démarche bottom up en partant des questions et problèmes que se posent
les professionnels de terrain ; susciter dans les unités de recherche des activités
scientifiques sur des questions peu traitées ; favoriser une mise en relation à
plusieurs niveaux par des structures d'interface ou par des « passeurs » formés.
Enfin, la participation des ESPE à la recherche et leur rôle dans la formation leur
donne une mission toute particulière pour contribuer à la rénovation des plans
académiques de formation. Cette participation ne doit pas empêcher cependant
l’accès à d’autres ressources universitaires, notamment aux diverses unités de
recherche d’un site académique, voire d’autres sites. Sur ce sujet, les discussions au
sein du comité ont contribué à souligner deux points.
26
6- Repenser la relation entre dispositifs de formation, formés et
contextes d’exercice
Des propositions qui précèdent, il est essentiel de considérer les conditions par
lesquelles on suscite du développement professionnel. Puisqu’il s’agit au final de
développer et renforcer l’expertise pédagogique et éducative des enseignants à se
sentir plus compétents, les formations doivent aboutir à plus d’efficacité dans les
pratiques et contextes professionnels. Mais ce besoin de formation s’inscrit dans
une tension permanente : répondre au souci des enseignants d’améliorer les
résultats des élèves et leur bien être d’une part et apporter une aide pour résoudre
les dilemmes de l’exercice du métier d’autre part.
Ainsi, le nouveau modèle de formation doit être appropriable et centré sur l'utilisateur
c’est-à-dire qu’il doit non seulement avoir du sens et de l’utilité pour le ou les formés,
mais aussi s’éprouver dans leur travail quotidien et contribuer à la résolution de leurs
dilemmes.
27
Tout ceci suppose un changement de posture, notamment au travers de
l'accompagnement et l'observation des pratiques professionnelles, mais également
de nouveaux modèles de conception et de mise en œuvre, mobilisant de nouvelles
démarches d’ingénierie pédagogique. Par exemple, il y aurait intérêt à évaluer les
travaux menés par l’IFÉ avec la DGESCO sur les outils et les domaines de la
formation. Mais il y aurait tout autant intérêt à se rapprocher des expérimentations de
type « Fab-lab », menées par François TADDEI ou d’autres chercheurs engagés sur
ces questions. Les membres du comité ont eu à connaître plusieurs de ces
démarches dont on peut retenir toute l’intelligence, surtout parce qu’elles proposent
des repositionnements sévères. Ainsi en est-il des approches multi scalaires,
développées notamment par Luc RIA, où il s’agit, à partir d’une analyse des réalités
professionnelles, de « creuser » ensemble les dilemmes du métier, de reconstruire
les conditions de l'accompagnement au plus près du réel et enfin de monter en
capacité afin que les formateurs puissent accompagner, soutenir, faciliter des
évolutions des pratiques professionnelles. Nous nous sommes également interroger
sur l’utilisation d’outils comme M@gistère dans les programmes de formation ou
d’autres formats d’hybridation.
A n’en pas douter, ces perspectives portent à l’optimisme. Sans doute faudra-t-il
proposer un modèle qui intègre les différents niveaux de la formation continue et
sache conjuguer le national, l'académique, le local. Mais surtout, il faut s’engager
dans des actions intégrant ces nouveaux paradigmes qui permettent que les équipes
de professionnels deviennent de plus en plus maitres d’œuvre de leur formation.
28
En conclusion
Bien d’autres points n’ont pas été développés dans ce rapport alors qu’ils ont fait
l’objet de réflexions lors des travaux du comité. Ainsi en est-il des modèles
d’alternance élargis et repensés, du moment de la titularisation qui permettrait sous
certaines conditions de dessiner des priorités de formation continuée ou d’identifier
des besoins de formation complémentaire, des outils d’auto-positionnement de type
« portfolio » à usage du professeur stagiaire puis débutant, permettant l’auto-
positionnement et pouvant conduire à l’expression des besoins de formation.
29
Devrait aussi être abordée la formation des professeurs contractuels, d’autant plus
indispensable que leur recrutement constitue très souvent une première étape avant
la préparation et l’obtention d’un concours. De même la place de la formation
continue dans la progression de carrière des professeurs et son rôle dans les
rendez-vous de carrière récemment institués est une question importante, non
explorée ici.
Tout ceci constitue des chantiers à venir. Ils s’inscrivent dans la perspective adoptée
dans ce rapport pour tout enseignant ou personnel d’éducation : conforter la maîtrise
de ses compétences professionnelles durant la période d’entrée dans le métier et
tout au long de sa carrière dans une perspective de développement professionnel et
de renforcement de son expertise, dans une démarche aussi bien individuelle que
collective.
Au final, même si les travaux des membres du comité ont été très riches, les
recommandations exprimées dans ce rapport ne sauraient être exhaustives. Elles
sont cependant une contribution que nous souhaitons profitable et discutée. En effet,
les débats, les présentations lors des auditions, les diverses contributions ont montré
l’urgence à repenser le modèle de formation tout au long de la vie des enseignants
dans notre pays. Ils nous ont également conduits à considérer que la réussite de la
loi de refondation de l’Ecole repose essentiellement sur cette transformation parce
qu’il s’agit d’une réforme de nature pédagogique et éducative. En effet, les
changements de paradigmes que cette loi convoque ne peuvent être engagés avec
succès que si on accompagne les évolutions professionnelles en jeu. Telle est la
ligne qui a été suivie dans ce rapport, essentiellement au service de la réussite et du
bien-être de chaque élève.
8
Rapport d’information Assemblée Nationale, n° 4075, déposé par la commission des affaires culturelles et de
l’éducation, sur la formation des enseignants, 5 octobre 2016, Michel MENARD, Rapporteur.
9
Rapport n°2016-062, IGEN et IGAENR, La mise en place des ESPE au cours de l’année 2015-16, Septembre
2016, Pierre DESBIOLLES et Monique RONZEAU.
10
Rapport sur la Formation des enseignants pour l’inclusion, European Agency for Special Needs Education,
2012, Commission Européenne.
30
Recommandations pour un nouveau modèle de formation tout au long de la vie
31
9) Prolonger la formation initiale par des acquisitions complémentaires afin
d’assurer la maîtrise des compétences professionnelles tout au long des
premières années d’exercice.
32