Texte
Le seul moyen d'établir pareille puissance commune, capable de défendre les humains contre les
invasions des étrangers et les préjudices commis aux uns par les autres et, ainsi, les protéger de telle
sorte que, par leur industrie propre et les fruits de la terre, ils puissent se suffire à eux-mêmes et vivre
satisfaits, est de rassembler toute leur puissance et toute leur force sur un homme ou sur assemblée
d'hommes qui peut, à la majorité des voix, ramener toutes leurs volontés à une seule volonté; ce qui
revient à dire: désigner un homme, ou une assemblée d'hommes, pour porter leur personne; et
chacun fait sienne et reconnaît être lui-même l'auteur de toute action accomplie ou causée par celui
qui porte leur personne, et relevant de ces choses qui concernent la paix commune et la sécurité; par
là même, tous et chacun d'eux soumettent leurs volontés à sa volonté, et leurs jugements à son
jugement. C’est plus que le consentement ou la concorde ; il s’agit d’une unité réelle de tous en une
seule et même personne, faite par convention de chacun avec chacun, de telle manière que c’est
comme si chaque individu devait dire à tout individu : « j’autorise cet homme ou cette assemblée
d'hommes, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui
abandonnes ton droit et autorises toutes ses actions de la même manière. » Cela fait, la multitude,
ainsi unie en une personne une, est appelée un état, en latin civitas. Telle est la génération de ce
grand Léviathan, ou plutôt (pour parler avec plus de déférence) de ce dieu mortel, auquel nous
devons, sous le dieu immortel, notre paix et notre défense. En effet, en vertu du pouvoir [conféré par
chaque individu dans l'État, il dispose de tant de puissance et de force assemblées en lui que, par la
terreur qu'elles inspirent, il peut conformer la volonté de tous en vue de la paix à l'intérieur et de
l'entraide face aux ennemis de l'étranger. En lui réside l'essence de l'État qui est (pour le définir) une
personne une dont les actes ont pour auteur, à la suite de conventions mutuelles passées entre eux-
mêmes, chacun des membres d'une grande multitude, afin que celui qui est cette personne puisse
utiliser la force et les moyens de tous comme il l'estimera convenir à leur paix et à leur défense
commune.
Celui qui est dépositaire de cette personne est appelé souverain et l'on dit qu'il a la puissance
souveraine; en dehors de lui, tout un chacun est son sujet.
Il existe deux moyens pour parvenir à cette puissance souveraine. Le premier, par la force
naturelle : tout comme un homme le fait de ses enfants afin qu'ils se soumettent, et leurs enfants, à
son gouvernement, en tant qu'il peut les exterminer s'ils refusent ; ou bien que, par la guerre, il
assujettisse ses ennemis à sa volonté, leur laissant la vie sauve à cette condition même. Le second
est quand les humains sont d'accord entre eux pour se soumettre à un homme quelconque, ou à une
assemblée d'hommes, volontairement, lui faisant confiance pour qu'il les protège contre tous les
autres. Ce dernier peut être appelé un État politique et État d'institution; et le premier, un État
d'acquisition. [...]
Thomas Hobbes, Léviathan (1651), Livre I, traduit par G. Mairet.
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Dissertation:
« Le seul moyen d'établir une puissance commune capable de défendre les humains et de les
protéger est de rassembler leur force et leur volonté en une seule entité. […] Cette entité,
appelée "État" ou "civitas", doit disposer de suffisamment de pouvoir pour maintenir la paix
et la sécurité… ».
Comment équilibrer les libertés individuelles avec le besoin de sécurité et de paix dans une
communauté ? L'État doit-il limiter certaines libertés pour garantir la sécurité de tous ?
Vous répondrez à ces questions en vous appuyant sur les œuvres au programme.