INTRODUCTION
Ce cours a pour objet d’exposer les grandes lignes de l’histoire constitutionnelle français : n est
dans des régimes dotés d’une constitution. Les premiers textes constitutionnels apparaissent à partir
de 1789.
Ce cours se déploie en 3 axes :
• La formation des institutions publiques, leur émergence, à quels problèmes conjoncturels
elles répondent
• le fondement de la légitimité de ces institutions publiques
• Les relations qu’entretiennent ces institutions publiques entre elles.
On étudiera l’évolution institutionnelle et politique de la France, de 1789 à la fin du II nd empire,
qui voit naître la IIIe république.
Entre 1789, et 1870, plusieurs périodes historiques se succèdent :
• La Révolution française ; de 1789 à 1799.
◦ Elle ne s’arrête pas en 1789 : elle se poursuit et a une influence majeure sur la suite.
• Le XIXe siècle cherche à instaurer une stabilité institutionnelle : on a du mal à la trouver.
C’est le siècle de tous les changements de régimes à une vitesse folle.
◦ C’est une période floue. Différents régimes se succèdent : le directoire, le consulat... On
trouve une certaine stabilité à partir de 1804.
◦ De 1804 à 1815, on entre dans le régime de l’Empire de Napoléon Bonaparte.
◦ De 1815 à 1830, on assiste à une restauration monarchique : les rois de France
remontent sur le trône, jusqu’en 1830.
▪ Cette restauration voit le retour des Bourbons au pouvoir – les successeurs directs de
Louis XVI.
▪ Deux souverains vont régner : Louis XVIII, un frère de Louis XVI. Il règne de 1815
à 1824. Lui succède Charles X, lui aussi frère de Louis XVI. Il règne de 1824 à
1830.
▪ Charles X est renversé en 1830 après une très courte révolution : c’est la révolution
des 3 glorieuses. Elle se déroule du 27 au 29 juillet 1830. Elle porte au pouvoir un
autre roi, Louis-Philippe qui n’est pas un Bourbon direct mais un cousin de Charles
X, et appartient à la maison d’Orléans, car duc d’Orléans.
▪ On a un changement de la nature politique du régime : la France fait l’expérience
d’un certain libéralisme n’existant pas jusqu’à présent.
▪ Louis-Philippe est renversé en 1848.
◦ De 1848 à 1852 se met en place la IInd république, qui sera brève mais marquante, car
c’est un prémices au régime républicain tel qu’on le connaît aujourd’hui.
▪ Cette IInde république chute lors du coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte –
Napoléon III- qui rétablit l’empire en 1852 : le IInd Empire.
◦ Le IInd empire se termine en 1870, à la capitulation de Napoléon à Sedan : se met en
place la IIIe république. On a également l’expérience de la commune.
Le XIXe siècle est marqué par 3 types de gouvernements radicalement différents : république,
empire, monarchie. C’est une suite de tâtonnements constitutionnels qui ont été l’œuvre de
différents constituants.
On a également une volonté forte d’en finir avec la révolution, qui a créé une succession de
remous politiques et institutionnels, pour favoriser une stabilité politique.
Paragraphe I) les causes de la révolution
Cette révolution se déclenche dans l’été 1789 ; c’est un moment de profonde crise. Il y a un
contexte explosif : c’est un contexte de crise générale.
Cette crise s’explique par plusieurs éléments :
• La monarchie française fait face à une très importante crise financière. Depuis les années
1770, il y a, en France, un déficit public très important.
◦ Concrètement, l’état, la monarchie, dépense plus qu’elle ne gagne. Ces dépenses se font
notamment par des emprunts d’état qu’il faut rembourser avec des intérêts, qui viennent
augmenter la dette.
◦ Ce déficit est accru par une très mauvaise répartition de l’impôt, et un très mauvais
recouvrement de l’impôt. Celui-ci porte sur les mauvaises personnes, il est mal réparti
entre les français. Il y a à l’époque 3 ordres, noblesse, clergé, Tiers-état. Parmi ces
ordres, deux sont des ordres privilégiés, et ne sont pas soumis à l’impôt. Hors, ce sont
eux qui ont une grande partie de la richesse. Le recouvrement, de plus, fait qu’on ne
perçoit pas correctement l’impôt.
◦ En août 1786, la situation financière du pays est si critique que le contrôleur général des
finance, Calonne, trouve le roi pour lui annoncer que l’état est au bord de la faillite, et ne
pourra bientôt même plus rembourser ses dettes ; en 1786, le déficit apparente ¼ (125%)
des revenus de l’année.
• C’est une crise sociale : à partir de 1788, la population s’agite en France. Les récoltes ont
été mauvaises, l’hiver a été froid, le prix du pain – et plus globalement de toutes les denrées
alimentaire – a considérablement augmenté. On a même des menaces de famine à cause des
mauvaises récoltes. Cela provoque des émeutes, on voit des rébellions dans les campagnes.
◦ Paris, en 1788, compte plus de 10 % d’indigents ( = qui n’ont même pas de toit).
• C’est une crise politique : on a un rejet de plus en plus important des structures
traditionnelles, sur lesquelles reposent l’état. Les institutions de monarchie ne changent pas.
300 ans se sont déroulés sans aucun changement ou presque dans les institutions – celles-ci
sont archaïques.
◦ Cela crée des tensions au niveau politique : l’état ne propose aucune réforme efficace.
◦ On critique plus précisément la société de privilèges. C’était avant cela quelque chose de
pensé pour traiter les inégalités ; à la fin de l’Ancien régime, les mentalités ont évolué, et
les privilèges sont devenus quelque chose de très négatif. On critique surtout les
privilèges fiscaux.
◦ On critique également l’absolutisme, avec l’émergence d’idées nouvelles, et notamment
celles de Montesquieu. On ne remet cependant pas en cause la nature monarchique du
pouvoir. On veut un roi qui partage les pouvoirs.
• C’est une crise institutionnelle : le pouvoir, la monarchie, depuis les années 1770, est
incapable de mener les réformes qui s’imposent, notamment les réformes fiscales. Tout cela
est lié à un jeu institutionnel.
◦ La monarchie veut mettre en place ces réformes fiscales, mais elle reste bloquée par une
partie de la noblesse, et plus précisément les Parlements (les plus hautes juridictions,
elles sont tenues par la noblesse de robe). Ces cours de Justice ne servent pas seulement
à rendre la justice, elles enregistrent également les lois. Pour qu’une loi du roi soit
valable, il faut que le Parlement l’accepte et la traduise dans ses registres. Ce mécanisme
est utilisé par l’aristocratie pour faire de l’obstruction. Le roi essaye de réformer le pays,
les parlementaires s’opposent.
◦ Le jeu politique est une opposition entre le roi et son aristocratie. C’est le Tiers-état qui
sortira vainqueur.
Paragraphe II) le déclenchement du processus révolutionnaire
C’est dans ce contexte, en 1788, que se déclenchent les prémices de la révolution.
En 1788, on a un nouveau contrôleur général des finances, Loménie de Brienne. Celui-ci va de
nouveau chercher à réformer l’impôt, afin de remplir les caisses du trésors royal. La situation est
urgente : l’état est en faillite. Loménie de Brienne prépare donc une réforme pour établir l’égalité
devant l’impôt, grâce à un impôt proportionnel au revenu. Celui-ci ne comporte aucune exception :
il touche tout le monde, y compris les ordres privilégiés.
➢ C’est une réforme importante qui revient sur des siècles de privilèges.
Les Parlements refusent d’enregistrer cette réforme. Le roi doit en appeler à d’autres institutions
pour passer outre les parlements. C’est pourquoi le roi convoque une assemblée de notables, qui
réunit les grands du royaume. Cette assemblée de notable, qui devrait laisser passer au-dessus des
parlements, refuse également de se prononcer, parce qu’elle demande la réunion des états-
généraux. Théoriquement, seuls les états généraux permettaient de consentir à l’impôt. Il se trouve
que ces états-généraux n’ont pas été réunis depuis 1614.
Le roi se retrouve de nouveau dans une situation de blocage. La convocation de ces états-
généraux reste la dernière solution.
A partir de l’été 1788, tous réclament les états-généraux.
• Pour l’aristocratie, ces états-généraux permettra de défendre ses privilèges
• Pour le Tiers-états, cela lui permettra de s’exprimer.
Les états-généraux sont une assemblée générale de délégués des 3 ordres convoqués par le roi
pour lui porter conseil. Le roi va se saisir de ces états-généraux pour essayer de trouver un soutien
populaire.
Le 8 août 1788, le roi décide de la convocation de ces états généraux. Ceux-ci seront convoqué
en mai 1789. Cela crée une période d’attente. Dans cette période, l’opinion publique s’agite.
L’annonce de la convocation fait naître un espoir pour le Tiers-état, qui y voit un moyen de
s’exprimer publiquement. On s’interroge notamment beaucoup sur des questions de procédures,
plus précisément sur la question du vote dans les états-généraux.
Ce vote est crucial dans cette assemblée. Traditionnellement, on vote par ordre : un ordre = une
voix. Le Tiers-état, lui, aimerait voter par « tête ». On a une nouvelle opposition qui se profile
entre l’aristocratie d’un côté, et les représentants du Tiers-état de l’autre. Pour les aristocrates,
notamment les membres du Parlement, il faut suivre la procédure telle que faite en 1614 et voter par
ordre. C’est une position conservatrice permettant de garder une alliance traditionnelle entre ordres
privilégiés.
De son côté, le Tiers-état réclame deux choses :
• Le doublement du nombre de ses députés, car il est numériquement plus important dans la
société.
• Un vote par tête.
Cette question agite tellement qu’une nouvelle assemblée de notables est convoquée en octobre
1788 pour essayer de trancher cette question. Cette assemblée rejette les 2 prétentions du Tiers-état.
Le fossé se creuse de nouveau entre aristocratie et Tiers-état.
Le roi dans cette affaire essaye d’obtenir un consentement populaire pour faire passer sa
réforme. Le roi fait donc un pas en faveur du Tiers-état, et rend un arrêt du conseil – une sorte de
texte de loi – en date du 27 décembre 1788, et dans lequel le roi se prononce pour le doublement du
nombre de députés. En revanche, le roi refuse le vote par tête. Ce texte, finalement, n’apporte
concrètement aucun changement, car il est inefficace seul. Le Tiers-état conserve le même poids
politique que chacun des deux ordres privilégiés.
On a un grand bouillonnement intellectuel dans ce contexte, car la situation commence à se
tendre. Il ne se sent pas entendu, et concrètement, dans le Tiers-état, on assiste à la création de clubs
qui sont des rassemblements de personnalités dans les villes. On fait imprimer des brochures pour
critiquer, pour répandre des idées ; on fait imprimer des journaux. On a dans tout cela une très
grande liberté de parole. Le Tiers-état exprime enfin ses opinions, et la monarchie ne censure pas.
Dans ce mouvement général, Sieyès – un abbé élu par le Tiers-état – publie en janvier 1789 un petit
opuscule qui s’intitule Qu’est-ce que le Tiers-état. Cet opuscule est particulièrement révélateur :
« Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent ? Rien. Que demande-t-il ? A
devenir quelque chose. ». Ce texte résume parfaitement les demandes du Tiers-état.
Dans ce texte, Sieyès élabore l’idée de la nation. Pour lui, la nation correspond au Tiers-état. Il
explique que le Tiers-Etat occupe 19/20 des postes, soit 95 % de la population, sans ne bénéficier
d’aucune place importante, notamment sur le plan politique.
Pourtant, ce TE fait fonctionner la société et finance l’état. Sieyès a donc une idée de
représentativité du TE, ce qui est inédit. On déplace le critère fondamental de la direction de
l’état ; avant, on était sur un critère qualitatif, il fallait que les meilleurs dirigent (aristocratie –
aristoi, cratos) ; on déplace le critère vers un critère quantitatif, ce qui revient à dire que
quantitativement, la noblesse et le clergé sont insignifiant et qu’il faudrait, pour représenter la
nation, que le TE puisse s’exprimer. Dans ce contexte-là, on réfléchit à l’opportunité de rédiger une
constitution qui pourrait permettre cette représentativité.
Dans ce contexte de foisonnement d’idée, le roi publie un programme, une procédure électorale,
qui permet de désigner les futurs représentants des différents ordres aux états-généraux. Il est publié
le 24 janvier 1789.
La procédure est la suivante ;
• Pendant les élections, des assemblées de chaque ordre se réunissent au sein des différents
bailliages : c’est le ressort de la juridiction de droit commun du baillis. On va élaborer dans
ces assemblées des cahier de doléances, càd des textes, programmes, de ce que demande
chaque ordre pour les états-généraux.
◦ Dans ces cahiers de doléance, on retrouve notamment des réclamations relatives à la
fiscalité, et la suppression de certains impôts, dans un contexte où on cherche à en créer
de nouveau
◦ On retrouve également des revendications de droit politique ; certains demandent la
rédaction d’une constitution ; d’autres demandent la garantie de certains libertés
individuelles.
◦ On trouve de nombreuses critiques, sur la justice, qu’on accuse d’être lente, coûteuse, et
inégale.
◦ On relève des critiques contre les excès de pouvoir commis par les membres influents de
l’état comme des agents du roi ou certains ministres.
◦ Ces cahiers doléances devaient être cantonné à la question de la réforme fiscale, mais
devient une sorte de défouloir pour le TE qui y mettent tout un tas de réclamations.
• Au sein de ces bailliages, on élit 1200 membres députés : 300 membres pour la noblesse,
300 membres pour le clergés, 600 membres pour le TE.
• Il ne reste qu’à réunir les états-généraux.
Paragraphe III) la notion de révolution
On est en 1789, l’été 1789, très chaud voire étouffant : la chaleur agite les esprits. C’est cet été
que l’Ancien régime connaîtra une révolution. Il faut définir ce terme de révolution, qui n’est pas
une simple révolte.
Révolution et révoltes sont deux notions très différentes :
• Une révolte a un côté réactionnaire, de retour en arrière. Elle refuse essentiellement le
présent, et voit le progrès comme un danger. Souvent, dans une révolte, on veut revenir à un
passé plus satisfaisant. Une révolte se fait toujours contre quelque chose, et pratiquement
jamais pour quelque chose.
◦ Une révolte est souvent impulsive, viscérale, immédiate, pour critiquer et être contre,
mais ne cherchant pas nécessairement à changer les choses.
• La révolution se veut constructive, elle cherche à ouvrir un avenir. Elle est animée par une
ou plusieurs doctrine(s), des idées, un programme. On a des lignes de force intellectuelles,
parce qu’on veut une organisation nouvelle. On a souvent un effort de verbalisation, de
théorisation, de conceptualisation.... Un effort intellectuel est fait. Cette révolution, qui veut
changer les choses, recherche une forme nouvelle stable.
◦ Pour 1789, cette nouvelle forme qu’on recherche est un régime constitutionnel. On
s’accorde sur la nécessité de rédiger une constitution.
En 1789, on est face à une révolution ; cette idée de constitution et de représentativité éclipse les
préoccupations fiscales.
Cette révolution cherche une transformation profonde de la société et du droit. On assiste à
l’effondrement de la forme traditionnelle de l’état, de la monarchie absolue théorisée par Baudin.
On va chercher à mettre en place des institutions nouvelles.
Du point de vue des idées, il y a 3 éléments clés qu’on retrouve dans les cahiers de doléances du
TE :
• On souhaite un transfert de la souveraineté du roi vers la nation.
• Une volonté de représentation. Cette nation veut être représentée politiquement.
• Une séparation des pouvoirs, ce qui va à l’encontre de la monarchie absolue.
Ces différentes idées forment les piliers d’un ordre nouveau et d’un rejet du passé. Cette
révolution, ces idées, ne sont pas nées de rien : elles sont les produits de 3 éléments contextuels :
• La révolution est le fruit d’un long processus de délitement, d’érosion, de destruction des
structures politiques d’anciens régimes. Ces structures ont mal vieilli.
◦ Ces institutions sont critiquées par les philosophes des lumières qui véhiculent des
critiques et relèvent que ces institutions ne fonctionnent plus.
• La révolution n’est pas simplement un fait français. Cette révolution s’inscrit dans un
mouvement beaucoup plus vaste qui commence en 1776 avec la révolution des colons
d’Amérique, laquelle finit par entraîner l’indépendance des colonies d’Amérique en 1783.
◦ Cette révolution américaine a inspiré les révolutionnaires français. C’est à la fois une
guerre de libération – on veut chasser les anglais qui dirigent les colonies américaines –
mais c’est aussi une remise en question des fondements même des formes de l’état et du
gouvernement imposé par les anglais.
◦ Elle a une influence considérable pour plusieurs raisons :
▪ Elle met en circulation certaines idées comme la souveraineté nationale, qu’elle
met en pratique.
▪ Certains français ont participé à la révolution américaine, comme Lafayette, et en
revenant en France, ils rapportent ces idées, mais également un savoir-faire, une
technique de la révolution.
▪ La révolution américaine est en grande partie la cause des problèmes financiers que
connaît la France ; elle a beaucoup pesé sur les finances publiques françaises. La
France est une ennemie héréditaire de l’Angleterre et s’est engagée dans la
révolution américaine du côté américain. La monarchie française a largement
soutenu, financièrement et militairement, les Américains dans leur guerre
d’indépendance, et a dépensé des sommes considérables. Sans le soutien de la
France, la révolution américaine n’aurait probablement jamais eu lieu.
◦ La Révolution française apparaît comme le fruit de la révolution américaine.
• Dans les années 1780, l’agitation politique ne touche pas que l’Amérique et la France, elle
touche l’ensemble de l’Europe. Elle touche notamment l’Angleterre, l’Irlande, les Pays-
• La monarchie française est frappée de plein fouet par un mouvement général de
contestation contre les monarchies européennes.
1 : La constitution de la déclaration des droit de l’homme du 26 Août 1789.