0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
14 vues142 pages

Conditions d'utilisation de Gallica

Le roman égyptien 'Tabubu' présente une double histoire fascinante, révélant les mœurs et la littérature de l'Égypte ancienne à travers les aventures du prince Setna et de la belle Tabubu. Ce récit symbolique, riche en détails, illustre la sophistication de la civilisation égyptienne, tant sur le plan des lois que du luxe, tout en mettant en lumière leur vision de la mort et de l'immortalité. La préface souligne l'harmonie et la complexité de cette société, qui rivalisait avec les cultures contemporaines tout en ayant établi des normes et des valeurs uniques.

Transféré par

topstats
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
14 vues142 pages

Conditions d'utilisation de Gallica

Le roman égyptien 'Tabubu' présente une double histoire fascinante, révélant les mœurs et la littérature de l'Égypte ancienne à travers les aventures du prince Setna et de la belle Tabubu. Ce récit symbolique, riche en détails, illustre la sophistication de la civilisation égyptienne, tant sur le plan des lois que du luxe, tout en mettant en lumière leur vision de la mort et de l'immortalité. La préface souligne l'harmonie et la complexité de cette société, qui rivalisait avec les cultures contemporaines tout en ayant établi des normes et des valeurs uniques.

Transféré par

topstats
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Tabubu : [roman égyptien]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Tabubu : [roman égyptien]. 1894.

1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart


des reproductions numériques d'oeuvres tombées dans le
domaine public provenant des collections de la BnF. Leur
réutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet
1978 :
- La réutilisation non commerciale de ces contenus est libre et
gratuite dans le respect de la législation en vigueur et notamment
du maintien de la mention de source.
- La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait
l'objet d'une licence. Est entendue par réutilisation commerciale la
revente de contenus sous forme de produits élaborés ou de
fourniture de service.

CLIQUER ICI POUR ACCÉDER AUX TARIFS ET À LA LICENCE

2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de


l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes
publiques.

3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation


particulier. Il s'agit :

- des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur


appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés,
sauf dans le cadre de la copie privée, sans l'autorisation préalable
du titulaire des droits.
- des reproductions de documents conservés dans les
bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont
signalés par la mention Source gallica.BnF.fr / Bibliothèque
municipale de ... (ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à
s'informer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de
réutilisation.

4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est le


producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du
code de la propriété intellectuelle.

5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica


sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue dans
un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la
conformité de son projet avec le droit de ce pays.

6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions


d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en
matière de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces
dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par
la loi du 17 juillet 1978.

7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition,


contacter
[email protected].
" Pettle Collection Guilhntmc *1

<:O'\TI: KliYPTIl-X

Ta h u h u

PARIS
E DENTU. K n]TKU R
31 Pl,,,,' il' Valois, 3

[texte_manquant]
ejl livres que ne je peuvent /Vwivr,
Ji iûii! plus ne peuvent ne Je poj)''f.ler.
Tabubu
;- e.'i.e Collection Guillaume "

Tabubu
ROMAN KGYPTIKN

PARIS
1:
.
DENTU, ÉDIT E U K

3, Place de Valois, 3

M DCCG XC1V
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE

quelques exemplaires
sur papiers Vélin, Chine et Jupon.
Préface
Le roman Égyptien, la double his-
toire du prince Setna et de Ptahnc-
fcrka, que nous publions ici, est,
sans contredit, une des œuvres d'ima-
gination les plus étonnantes que
nous aient léguées les temps antiques.
Elle a profondément surpris, et
presque déconcerté les premiers qui
l'interprétèrent, tellement elle est
révélatrice des moeurs et de la littéra-
ture égyptiennes. Elle est intense,
elle est étrange et fantômale dans la
première partie, singulièrement sai-
sissante dans la seconde. Symbolique
dans son ensemble — car la recherche
du livre de Thot et la punition des
deux princes pour l'avoir possédé est
bien le vieux mythe de l'arbre de la
Science du bien et du mal (qui se
trouve ici être un grimoire), — elle
est absorbante dans le détail, parfois
touchante, parfois énigmatique, et
tout entière amoureuse et terrible
dans l'aventure de la fille du prêtre
de Bubaste, l'incomparable et péril.
leuse Tabubu, avec le prince Setna.
Nous ne déflorerons point pour le lec-
teur, par un exposé maladroit, cet in-
croyable récit où la vieille Egypte se
montre si experte dans la science de
la séduction, dans la connaissance du
pouvoir de la femme : il se trouve
tout entier transcrit à partir de la
page ... de ce volume.
Mais peut-être pouvons-nous insis-
ter quelque peu sur le raffinement de
la société capable de produire de
telles conceptions littéraires.
Au triple point de vue des lois, de
l'organisation, du luxe, la vieille
Egypte était bien près d'être pareille
aux nations les plus avancées de
l'Europe contemporaine, et elle fut
de toute manière égale en civilisation
aux Grecs et aux Romains, très supé-
rieure au Moyen-Age. Sans doute,
elle n'avait pas, virtuellement, les
qualités de développement des races
dont nous sommes issus. Mais elle
ne les avait pas, justement parce
qu'elle les avait usées dans sa longue
et vaste croissance, dans son millé-
naire développement. Elle ne les
avait pas, ou plutôt elle ne les avait
plus, parce que la première elle édi-
fia de toutes pièces une civilisation
achevée, un cycle social savant, har-
monique et rigoureusement défini.
Est-ce à dire que nous n'avons point
progressé sur elle? Oui, mais sans
encore avoir atteint un ensemble com-
parable au sien, sans avoir synthé-
thisé une période humaine. La Grèce
et Rome, comme la France et l'An-
gleterre modernes, sont, par maints
côtés, incomparablement supérieures
à la vénérable Égypte, mais la forme
de leur civilisation fut et demeure
encore fragmentaire. Sans doute, un
Européen moderne nous apparait
plus intelligent et plus perfectible
qu'un Égyptien du xe siècle avant
Jésus-Christ, mais il n'apparait nulle-
ment aussi avancé dans son œuvre, il
ne signifie nullement un produit
aussi complet d'une évolution hu-
maine.
Ah ! c'est qu'en ce vingtième siècle
avant notre ère, elle était déjà depuis
si longtemps en marche, la vieille
Égypte — si longtemps que l'imagi-
nation s'épouvante Ce n'est pas
exagérer que d'attribuer à cette civi-
lisation chamito-sémitique une pé-
riode continue de plus de dix mille
aIÍs — et pour la barbarie préalable,
elle remonte sûrement à. plus de
vingt millénaires. Dès fouilles dans
les couches profondes de la vallée
-Nil permettent de croire que
fabrication de la brique y était
connue il y a plus de quinze mille
ans, (peut-être même trente mille
ans.) Et la brique cuite est un produit
industriel déjà bien complexe !
Qu'on y songe ! L'Égypte vécut
quinze mille ans — vingt mille ans
peut-être, — dans un tâtonnement
continu vers la civilisation.
La merveille des premières pyra-
mides suppose des stades prépara-
toires incalculables, une myriadaire
transformation des forces barbares en
forces policées.
Il n'est dès lors pas surprenant
que ses lois, son luxe, ses raffine-
ments d'il y a trois mille ans luttent
avec les nôtres!
A côté de la magnifique, mais fa-
rouche, désordonnée, cupide Assyrie
sa voisine, l'Égypte montre une
harmonie, une harmonie un peu
dure dans ses assises de Castes, mais
où pourtant se rencontre une cer-
taine douceur latente, un mouvement
généreux vers la justice et la bonté,
vers la prévoyance appliquée au fai-
ble comme au fort.
Ses lois, vous les connaissez c'est
des codes extraordinairement mul-
tiples, une magistrature combinée à
miracle. Tous les événements, tous
les états de la vie civile y sont
rigoureusement et minutieusement
prévus. Le crime y est diversifié avec
abondance de détails et de nuances
et souvent avec un haut senti-
ment de la grandeur morale. Le de-
voir y est dicté avec une rigueur
inconnue parmi nous c'est ainsi que
le fait de n'avoir pas secouru son
semblable attaqué par un meurtrier
expose à être soi-même mis à mort'.
La propriété est fort respectée, par-
fois avec excès : les actes de vente
et d'achat qui la concernent sont nets,
précis, exacts, dressés avec un grand
luxe de témoins.
Le meurtre de l'esclave était puni
de mort tout comme celui de l'homme
libre — égalité inconnue des autres
civilisations de l'antiquité et du
moyen-âge. Le vagabondage était
prévu par des décrets, enjoignant à
quiconque de déclarer par écrit ses
moyens de vivre. Le parricide, le
parjure, le dol, le faux-témoignage
ou le non-témoignage, l'infanticide,
l'espionnage, le faux-monnayage, le
faux-mesurage, le faux en écritures
publiques, le viol, l'adultère rece-
vaient des châtiments appropriés, et
assurément mieux proportionnés qu'il
y a un siècle à peine en France, en
Angleterre, en Allemagne.
Pour l'organisation, elle était tout
uniment merveilleuse, encore que
fort tyrannique. Le cadastre, la for-
tune générale, l'impôt, les travaux
publics de voirie, de mines, de trans-
port, de construction, la division en
provinces dites nomes, le recrutement
et le régime militaire en temps de
guerre comme en temps de paix, la
magistrature, le sacerdoce, le fonc-
tionnariat, l'instruction de l'élite —
prêtres, scribes sacrés ou hiérogram-
mates, scribes vulgaires — tout com-
portait un luxe de réglementation et
une solidité d'ensemble incompa-
rables.
Cette réglementation était entre-
tenue par le respect du scribe et par
le respect du livre, ergo le papyrus.
Le livre menait aux plus hautes fonc-
tions dans cette vieille Égypte pa-
tiente. Dans les palais des rois, il y
avait toujours titre maison des livres
gardée par un des premiers fonction-
naires de l'État. C'était en somme
une vénération profonde de l'instruc-
tion, une confiance religieuse dans
l'homme que l'on croyait savant et
dans les livres que l'on imaginait
contenir le mystère des choses et des
êtres, l'art de dominer la natiire, de
vaincre le mal en cette vie et dans
l'autre, de s'élever à une sorte de
puissance divine.

Quant aux raffinements du luxe


et de la volupté ils furent portés bien
loin. L'amour ne fut certes pas aussi
élevé que chez les anciens hindous,
mais il ne fut pas non plus réguliè-
rement bestial et féroce comme chez
les Assyriens. Il put être parfois ter-
rible
tre
-- le roman de Setna le démon-
mais sans altérer le tréfonds
de la douceur égyptienne. Cette dou-
ceur était remarquable. Elle frappa
beaucoup les philosophes grecs elle
rendit sans doute le système des castes
moins farouche. Elle comporta le
sentiment d'une morale élevée, comme
le constate si bien le beau Livre des
Morts. (1) Cette morale cependant

(1) Entre cent autres choses on y trouve


dans la plaidoirie de l'Ame an Tribunal
Suprême
Je n'ai fait perfidement de-mal à aucun
«

« homme. - Je n'ai pas, comme chei, fait


u travailler au-delà
de la tâche. — Je n'ai.
« point fait

c point
maltraiter l'esclave.
-
fait pleurer.
- Je n'ai
Je n'ai point fait
»
avoir faim.
a lait de la
- Je n'ai point éloigné le
bouche du nourrisson, etc., etc. »
n'empêcha point que les mœurs ne
fussent plutôt impures, et le culte de
la volupté fort développé.
Les fêtes étaient innombrables, et,
chez les riches, de belles esclaves fort
peu vêtues servaient les comives. Les
lins brodés, les tissus, les laines
teintes, les pierres précieuses, les
parfums, les fards, les bijoux en fines
ciselures, servaient à la toilette, ce-
pendant que les murailles étaient cou-
vertes d'émaux précieux, de faïences
fines, d'albâtre, d'or et d'argent, et
que les meubles, élégamment tournés
dans les bois précieux, — cèdre, syco-
more, tamaris — s'embellissaient de
vases de tous les métaux, ou de por-
phyre, d'albâtre, aux formes savantes
et jolies, aux fins glacis versicolores.
Et il y avait encore les bibelots, les
livres, les statuettes. Une multitude
de chanteurs, de danseurs et de dan-
seuses, de joueurs d'instniniciits
égayaient les festins des grands, où
les grâces de la femme jetaient leur
énervant attrait.
Mais le raffinement suprême de
l'Egypte était dans la mort. En un
sens, la mort n'advenait pas pour eux.
tellement l'immortalité voisinait avec
la vie, tellement une manière de
confusion finissait par s'établir entre
le tombeau et la demeure, entre
l'existencc terrestre et l'existence de
l'au-delà. On ne connaît aucune race
qui posséda avec une telle persis-
tance, une sérénité si haute, une foi
si tranquille, le sentiment de la vie
éternelle.
Aussi, le sépulcre y est la grande
gloire et la grande ambition, et n'être
pas embaumé, n'être pas régulière-
ment enseveli, apparaît le pire des
châtiments. La momie est sacrée. Elle
n'inspire point d'horreur. Elle assiste
aux festins et aux fêtes, et n'y pro-
voque aucune pensée douloureuse.
Ses cités sont plus belles, luxueuses
et grandioses, que les cités des vi-
vants : chaque pyramide n'est qu'un
tombeau colosse. Dans les catacombes
de la Vieille-Égypte, dans les im-
menses grottes sépulcrales, d'un bout
à l'autre du terrain, les morts embau-
més dorment par millions, qui dans
une humble cavité, qui dans une salle
gigantesque; l'ambition de tout roi
est de s'élever sa pyramide. Mais non
seulement l'homme est ainsi gardé
religieusement la bête participe à ce
vaste amour des morts. Il est une
nécropole où gisent des millions de
carcasses de crocodiles sacrés. D'au-
très mêlènt les serpents aux pharaons ;
les singes, les taureaux Apis, les
chats, les oiseaux, voire les insectes,
tout participe à l'universel embaume-
ment, à la profonde passion de la
momie.

Écoutons ici le vieil Hérodote, dont


les affirmations n'ont point été con-
trouvées sur ce point :

« Les Égyptiens suivent, dans les


deuils et les cérémonies funèbres, des
coutumes singulières. Si quelque
personnage d'importance vient à dé-
céder, toutes les femmes de sa
demeure se couvrent la tête et le
visage de boue. Ensuite, abandon-
nant la dépouille du mort, elles s'en
vont parcourir la ville, le haut de
leur vêtement descendu jusque la
ceinture, les seins découverts et se
frappant la poitrine.
« Toutes
les parentes du mort
viennent avec elles et les hommes
font de même de leur côté, avec leurs
vêtements repliés vers la ceinture.
Après ces préliminaires, ils portent
le corps au lieu de l'embaumement.
Celui-ci est accompli par des
«
hommes spécialement institués, qui
en font leur seule profession. Dès
que le cadavre leur est apporté, ils
montrent à ceux qui le remettent
des figures en bois peint, arrangées
de diverses manières. Ils leur mon-
trent d'abord l'embaumement le plus
parfait, usité pour celui dont il ne
m'est point permis ici de répéter le
nom (1) ; puis, représentent la
deuxième façon, plus simple ; ensuite,
la troisième plus simple encore. Ils
demandent quelle est la façon choisie
pour préparer la dépouille, et quand
les parents en ont décidé, en même
temps que du prix, ils se retirent.
Les embaumeurs pratiquent alors
l embaumement, qui se fait comme
je vais le dire, quand il s'agit du
plus parfait.
« Us retirent premièrement toute
la cervelle par les narines, soit en se
servant d'un fer recourbé, soit en
introduisant quelques drogues conve-
nables. Ensuite, ils ouvrent avec une

(1) Hérodote agit aiusi par respect reli-


gieux et par fidélité à la loi du secret impo-
sée à tous ceux qui avaient obtenu de se faire
initier aux mystères hiératiques. Il s'agit ici
du nom d'Osiris.
pierre d'Ethiopie, très tranchante, le
flanc du cadavre vers la partie des
Íles, et retirent complètement les
entrailles du ventre. Ils nettoient
soin la cavité du corps, la
avec
lavant avec du vin de palmier et
l'essuyant avec des aromates broyés.
Ils l'emplissent alors d'une myrrhe
très pure et fine, de cannelle, et de
maints autres parfums, mais point
d'encens, dont ils rejettent l'emploi.
Ils recousent enfin la peau par der-
rière.
Ces opérations accomplies, ils
«
mettent le corps, pour le dessécher
entièrement, dans une saumure de
Natrum (i), dont ils le tiennent re-
couvert entièrement pendant soixante-
dix jours il n'est pas admis de l'y
laisser séjourner plus longuement.
(1) Carbonate de soude crislallisé.
soixante-dixjours, ils le
« A la fin des
lavent de nouveau comme il est dit
plus avant, puis l'enveloppent tout
entier de bandelettes de toile de
byssus, trempées dans une gomme
dont les Égyptiens se servent généra-
lement au lieu de colle.
« Les parents viennent alors re-
prendre le corps, puis font exécuter
une boîte taillée en forme humaine,
dans laquelle ils le déposent. Cette
boite, ayant été fermée à clef, est
précieusement mise dans la cata-
combe de la famille, où elle demeure
rangée contre la muraille. C'est ici
la manière la plus luxueuse d'em-
baumer et d'ensevelir les morts.
« Quant à ceux qui
désirent une
manière plus simple, voulant éviter
les grandes dépenses, la préparation
se fait comme il suit :
« On remplit le ventre du cadavre
avec de l'huile de cèdre, injectée sans
ouvrir et sans retirer les intestins.
Ces injections se font par l'anus, en
prenant des précautions pour qu'elles
ne rejaillissent pas par la même voie.
Cette préparation faite, on dépose
le corps dans la saumure de natrum
pendant le nombre de jours néces-
saires à la dessiccation. Après ce
temps, on fait ressortir l'huile, de
cèdre qui a été introduite dans le
ventre. Elle entraine tous les intes-
tins et les autres organes qu'elle a
amollis et dissous entièrernent. D'autre
part, le natrum a brûlé les chairs, de
façon qu'il ne demeure que la, peau
et les os.
« Les embaumeurs remettent ainsi
le corps aux parents, et ne font rien
de plus.
«
La troisième manière est à
l'usage de ceux qui ont peu de for-
tune. Elle consiste à piirger, par des
drogues de peu de choix, l'intérieur
du ventre, et à dessécher le corps pen-
dant les soixante-dix jours prescrits,
pour le rendre ensuite à ses posses-
seurs.
« Pour les femmes de haute classe,
elles ne sont pas délivrées incontinent
après la mort on laisse passer trois
jours, et même quatre, avant de les
remettre aux embaumeurs. On prend
les mêmes délais pour celles qui ont
quelque réputation de beauté. C'est

les embaumeurs d'en abuser ;


une précaution prise pour empêcher
elle fut
prescrite jadis pour avoir surpris un
de ces derniers outrageant le corps
d'une femme morte récemment
son crime avait été dénoncé par
un de ses compagnons de travail.
« 4e corps de tout humain,
qu'il
soit Égyptien ou étranger, trouvé
mort, soit de la dent des crocodiles,
soit noyé dans le Nil, doit être mis
dans les cellules sacrées, après avoir
été soumis à l'embaumement le plus
magnifique, aux dépens des citoyens
de la première ville où le courant
l'aura déposé. Il n'est permis ni à ses
parents ni à ses amis d'y toucher :
seuls, les prêtres du Nil ont le droit
de porter les mains sur sa dépouille
et de l'ensevelir, comme les restes
d'un être qui fut quelque chose de
plus qu'un homme. »
L'embaumement se pratiquait de
même pour les animaux sacrés. Nous
en pourrions multiplier les exemples.
Bornons-nous à une deuxième cita-
tion d'Hérodote :
a Si un chat périt de mort natu-
relle, dans une demeure, tous ceux
qui y habitent se rasent seulement
les sourcils ; si c'est un chien,
ils se rasent la tête et tout le
corps.
a Les chats sont, après leur mort,
-transportés à Bubaste dans des cel-
lules sacrées où on les repose après
les avoir embaumés et desséchés.
Quant aux chiens, ils sont ensevelis
dans la cité même où ils sont morts,
mais aussi dans des cellules sacrées,
et de même pour les ichneumons.
Les musaraignes et les éperviers sont
transportés à Buto, les Ibis à Hermo-
polis. Pour les ours, qu'on trouve
rarement, et les loups, guère plus
grands que les renards, ils sont ense-
velis aux lieux mêmes où l'on dé-
couvre leurs cadavres. »
Quelle pouvait être la littérature
d'un pareil peuple? Longtemps on ne
connut que la littérature sacrée, lit-
térature grave, positive, précise et
peu lyrique, sauf de rares exceptions,
mais susceptible, comme on l'a vu
pour le Livre des Morts, d'une cer-
taine élévation morale. La littérature
sacrée n'interprète que très imparfai-
tement le génie d'une race, et le raf-
finement de l'Égypte permettait de
supposer une littérature évoquant les
mœurs. Cette littérature a été enfin
découverte, vers 1852. Elle emporte
des récits légers, parfois licencieux,
et, aussi, merveilleux, romanesques,
héroïques. L'amour y apparaît en
général facile et tout extérieur, beau-
coup plus sensuel que sentimental.
La liberté de la femme y est grande,
ce qui est conforme à ce que nous
savons par d'autres sources la
femme égyptienne n'était aucune-
ment le demi-animal qu'elle fut en
Assyrie, en Syrie, en Arabie, dans
quasi toute l'Asie antique. L'Égyp-
tienne fut maîtresse en son logis ;
l'homme dut souvent lui obéir. Elle
commerçait aux marchés, elle y ven-
dait le produit du travail de son
mari.
Cette liberté explique les deux
héroïnes de notre récit, Ahura la fille
de roi et Tabubu la fille du prêtre de
Bubaste. Tabubu circule très libre-
ment avec ses suivantes et discute
les hommages des hommes. Ahura
sait bien comment obtenir l'époux
qui lui convient et non celui que
voudrait lui donner le roi son
père.
En dehors de ces traits de mœurs,
le roman de Ptahneferka et de Setna,
est le plus parfait morceau de littéra-
ture égyptienne qu'on ait découvert ;
il prendra sûrement place au pan-
théon des récits immortels. Il est de
ceux qui synthétisent le terrible pou-
voir de la femme à travers les âges.
Tabubu est une personnification aussi
formidable de ce pouvoir que Lucrèce
Borgia, Salomé et Manon Lescaut.
La première partie du récit se
passe aux catacombes de Memphis,
dans la sépulture du prince royal
' Ptahneferka, mort depuis plusieurs
générations. Le prince Setna, s'étant
introduit dans ces catacombes, avec
l'intention d'emporter le livre magi-
que de Toth, y trouve ensemble le
corps de Ptahneferka et les ombres
d'Ahura, femme de ce prince, et de
Merhu, leur fils. Le prince vivant
demande le grimoire au prince mort.
C'est alors -qu'Ahura conte à Setna
les malheurs qui se sont abattus sur
eux à la suite de la conquête du
livre de Thot par Ptahneferka. Cette
première partie est fort attrayante,
mouvementée, curieuse, pleine d'ex-
cellents traits de moeurs ; l'oeuvre
atteint son maximum d'intérêt lors-
que Setna, sorti des catacombes, fait
la rencontre de Tabubu c'est ici,
nous le répétons, une des plus typi-
ques aventures amoureuses de tons
les siècles.
J.-H. ROSNY.

L'écriture égyptienne comportait


trois modes, nés par évolutions
successives : rhiéroglyphiqlle, écriture
mi-idéographique, mi-cursive, réser-
vée surtout aux inscriptions monu-
mentales, et dont chacun connaît le
caractère ensemble gracieux et naïf;
l'hiératique, écriture cursive ancienne,
plus mystérieuse, plus sacrée que sa
cadette la démotique, dernier progrès
de la simplification égyptienne. Nous
donnons ci-après un passage de
Setna, en démotique avec la traduc-
tion en regard (i).

C'est toi

qui
m'a fait tort.
Si
étant point

(1) Pour les curieux, voir les remarquables


travaux de M. Revillont, sur le roman de
Setna.
à moi

enfant
après

les deux enfants.

Est-ce que point

de droit

de
faire
unir
l'un

avec
l'un?

— Je ferai

unir
Ptahneferka

avec
fille
de

un
grand chambellan

et
ferai

unir
Ahura
notre
parenté

en nombre.
Vint
moment
d'établir
divertissement
devant
le roi.
Voici
vinrent

vers moi.
Ils me prirent

vers
fête.

Belle (j'étais)
à l'extrême
n'ayant pas
mon
air
de la veille.

Est-ce que
dit
à moi

le roi

Ahura
est-ce que

toi
qui

fit
aller
vers moi...
Tabubu
1
La reine, ma mère, disait au
« ...
roi: (1)
« — C'est toi qui m'as fait tort, si
« je n'ai point d'enfants après les
« deux premiers. N'est-ce donc point

(1) C'est Ahura qui raconte comment


s'est fait son mariage avec Plalineferka.
(Voir la fin de la préface.)
/
« une chose juste d'unir maintenant
« un enfant avec l'autre, le fils avec
« la
fille? »
« Mais le roi n'accueillit point
tout d'abord cette demande, il ré-
pondit :
« — Notre fils, Ptahneferka s'unira
« avec la fille d"un grand cham-
« bellan, et, pour notre fille Ahura,
« je la ferai épouser par le fils d'un
« autre grand chambellan. Il n'en

« manque sûrement point de notre


« parenté! »
« Ainsi répondit le roi mon père à
la reine, et le jour arriva où devait se
donner le divertissement pour mon
mariage. Les serviteurs vinrent à moi
et me conduisirent à la fête. J'étais
belle suprêmement, et comme trans-
formée depuis la veille.
« Le roi vint à moi et me dit
« — Ahura, n'est-ce point toi qui
<c as envoyé la reine vers moi, pour
« me dire ces paroles de discorde?
« N'est-ce point toi qui as désiré
« t'unir avec ton frère aîné, Ptahne-
« ferka? »
« Je répondis au roi, en riant :

« — Qu'on me marie donc avec


« le fils d'un grand chambellan
« Et qu'on marie aussi mon frère
tr avec la fille d'un autre grand
« chambellan! Sûrement il en est
et de notre parehté en grand nom-
« bre! «
« Voyant mon rire, le roi rit égale-
ment, et il appela un Chef du Palais
« — Va ! — dit-il, — qu'on mène
« Ahura vers la demeure de Ptahne-

« ferka, pendant la nuit. Qu'on y


« porte en grand nombre des ca-
« deanx magnifiques avec elle. »
« Les serviteurs m'emmenèrent à la
maison de Ptahneferka pour être son
épouse, et le roi donna l'ordre de
porter des dons d'argent et d'or. Ils
prirent pour moi les cadeaux royaux
et me les apportèrent. Ptahneferka
et moi nous passâmes une journée
heureuse, et lui aussi fut comblé de
magnifiques présents. A la nuit, il
vint à moi dans notre chambre et se
mit à mes côtés. Et que nous restait-
il à apprendre, à tous deux, sinon de
nous aimer l'un l'autre ? Le temps
passa, et, à la fin du mois, je ne fus
point comme à l'ordinaire.
« L'annonce en futfaite au roi, dont
le cœur se réjouit extrêmement ; il fit
assembler des biens en grand nombre:,
il m'envoya de nouveaux dons en or,
en argent, en étoffe royale, d'une
beauté incomparible.
« Arriva le jour de la naissance. Je
mis au monde un petit enfant, auquel
on donna le nom de Merhu. Il fut
inscrit dans le livre des hiérogram-
mates, car mon frère et époux Ptahne-
ferka aimait extrêmement d'aller à la
nécropole de Memphis où il lisait les
hiéroglyphes qui sont dans les tom-
beaux des rois et sur les styles des
hiérogrammates, et aussi les inscrip-
tions des monuments. Il se passionnait
immensément pour ces choses, il
semblait venu au monde pour elles.
« Après cela, on fit une grande
fête en l'honneur de Ptah, et Ptahne-
ferka alla au sanctuaire adorer le
dieu.
« Il marcha derrière le cortège en
lisant tout haut les écritures qui se
voient sur les temples des dieux. Un
prêtre sembla l'écouter avec mépris
et se mit à rire. Ptahneferka lui dit
« —
Pourquoi donc te moques-tu
de moi? »
« Le prêtre lui répondit

« —
Je n'ai point fait moquerie de
« toi. Mais
n'ai-je point sujet de rire
« en te voyant
lire des écrits qui
« n'ont aucun
intérêt? Si tu désires
«
lire des hiéroglyphes intéressants,
« viens avec moi au lieu où se trouve
«
le livre que Thot a écrit de sa
« propre main. Tu y apprendras
« d'après les dieux. Deux arcanes y

« sont
écrits. Tu charmeras le Ciel,
« le Monde,
l'Abime, les Monta-
« gnes et les Mers. Tu reconnaitras
« la signification des oiseaux du ciel
« et des reptiles. Tu verras
la force
« divine qui pousse
les poissons à
« la partie supérieure des eaux.
Si
« tu es dans
l'Amenti, tu pourras
« lire le deuxième arcane. Encore
«
dans la forme terrestre tu verras
« et comprendras le soleil resplen-
«
distant au Ciel avec ses neuf divi-
« nités et la lune en sa forme bril-
(l
tante. »
«
Ptahneferka répondit au prêtre
-
«

« me soit
Fais vivre mon âme! Qu'elle
dite la bonne parole! Je te
« donnerai tout ce que tu
désireras,
« si tu me
fais pénétrer dans l'endroit
« qui
renferme ce livre. »
« Le prêtre dit

«-
« en cet
Ptahneferka, si tu veux entrer
endroit, et voir ce livre,
« tu me
donneras cent pièces d'ar-
« gent pour mon
ensevelissement.
« Tu me
feras faire avec cet argent
« une sépulture de grand-prêtre. »

«
Ptahneferka appela un jeune
« serviteur et fit remettre cent
pièces
« d'argent au prêtre; il satisfit dou-
blement à ses désirs, en accompa-
«
« gnant le premier don de présents
« considérables. Alors, le prêtre dit
« à Ptahneferka.

« — Le livre dont je parle est


« au milieu du fleuve de Coptos,

« dans une caisse de fer. La caisse

« de fer renferme une caisse d'airain,


« et celle-ci une boite de corne de

« rhinocéros. A son tour la boite de

« corne de rhinocéros enferme une


« caisse d'ivoire et d'ébéne, et celle-

« ci une boite d'argent. Enfin, dans

« une dernière boite en or se trouve

« le livre. Mais le tout est défendu

« par un nid de serpents scorpions ;

« un serpent immortel est tout à

« l'entour. »
« Pendant que le prêtre faisait ce dis-
cours à Ptahneferka, celui-ci semblait
comme hors du monde, tellement il
était ému. En sortant du sanctuaire,
il me parla des paroles du prêtre, et
me dit
« —
Je vais à Coptos. Je veux rap-
« porter ce livre! Je ne m'attarderai
« pas dans
la région du nord.
« — Le prêtre a
menti, — répliquai-
je à mon mari, — il a menti, parce
que tu as parlé devant lui des choses
qui te préoccupent continuellement.
Tu vas nous amener des querelles
avec le pays de Thèbes !
« Je luttai contre Ptahneferka,
tentant de lui persuader de ne pas
aller à Coptos. Il ne m'écouta point.
Il alla trouver le roi et lui répéta
tout ce qu'avait dit le prêtre.
« Le roi
lui dit
« —
Dis-moi le désir de ton coeur »
« Il
répondit
« — Qu'on me donne la barque
« royale tout équipée et que je
« puisse l'rendre Ahura et son jeune
« enfant au Sud avec moi. Il faut
« que je trouve et rapporte ce livre
« sans tarder. »
On lui donna la barque royale
•<

avec tout son équipement. Nous


allâmes au milieu du fletive, portés
sur elle, et nous naviguâmes, tant
que nous parvinmes à Coptos.
« Cependant, les prêtres de l'Isis
de Coptos et le grand-prêtre vinrent
au rivage et ne tardèrent point à se
rendre au-devant de Ptalmeferka,
tandis que leurs femmes venaient au-
devant de moi. Nous pénétrâmes dans
le sanctuaire d'Isis et d'Harpochrate.
«
Ptahneferka fit amener un bœuf
et du vin. Il fit l'holocauste et la
libation devant l'Isis de Coptos et
lbrpochrate. Ensuite les prêtres nous
conduisirent vers une maison magni-
fique et nous y locèrent. Pendant
quatre jours, Ptahneferka se réjouit
avec les prêtres d'Isis, et les femmes
des prêtres de Coptos me don-
nèrent des jours lictireiix. Lorsqu'ar-
riva le matin du cinquième jour,
Ptahneferka fit appeler le grand-
prêtre auprès de lui. Il fit venir une
chambre à plonger, pleine de ses
ouvriers et de ses outils. Il lut sur
eux une formule magique il leur
donna la vie, il leur donna le souffle,
puis il les fit descendre dans le
fleuve.
«
Il fit ensuite remplir la barque
royale de sable.
« Moi, je l'observais au loin. A la
fin je m'approchai sur le bassin de
Coptos afin de mieux voir ce qui
allait arriver à mon époux. Je l'en-
tendis dire
« — Ouvriers, travaillez pour moi

«
jusqu'en cet endroit où est le
« livre. »
« Ils
travaillèrent de nuit et de jour
pour y parvenir, pendant trois jour-
nées Ptahneferka jetait du sable
devant lui. Enfin une agitation se
manifesta sur le fleuve, à la vue d'un
serpent scorpion autour du lieu où
gisait le livre. Lorsqu'enfin mon époux
reconnut un serpent autour de la
c.Üsse, il se mit à réciter une formule
sacrée vers le nid du serpent scorpion.
La formule ne fit point partir le
reptile. Alors Ptahneferka alla à
l'endroit où se tenait le serpent
immortel, et, l'ayant atteint, il lutta
avec lui. Il le tua, mais le serpent
ressuscita et reprit sa forme accou-
tumée. Ptahneferka lutta de nouveau.
et tua encore le reptile. Mais il res-
suscita pour la deuxième fois. J."
combat reprit et cette fois le serpent
fut coupé en deux tronçons. Le prince
mit du sable entre les deux tronçons
qui ne purent se rejoindre. Ensuite,
il atteignit la caisse, et il se trouva
qu'elle était bien, comme l'avait dit
le prêtre, en fer. Le prince l'ouvrit
et trouva une caisse d'airain qui ren-
fermait une caisse de corne de rhino-
céros. Ensuite, il découvrit une
caisse d'ivoire, à son tour suivie de
la caisse d'argent et enfin de la caisse
d'or. Et c'est en ouvrant cette der-
nière qu'il trouva enfin le livre de
Thot. Il rapporta le livre vers le haut
du rivage, dans la cassette d'or, et
il en lut un arcane.
« Or, c'était
l'enchantement du ciel,
de la terre, de l'abime, des mon-
tagnes, des mers. Et Ptahneferka
connut le secret des oiseaux du ciel
et des poissons du gouffre, des qua-
drupèdes des monts et de tous les
animaux. Il lut aussi l'autre arcane.
Il connut la science du soleil res-
plendissant au firmament, et de ses
neuf divinités, et la lune brillante
et les étoiles en leur forme essen-
tielle. Il vit, dans les poissons des
profondeurs, l'énergie divine de l'eau.
Il lut l'écrit à l'esprit créateur qui
préside au fleuve.
« Il dit alors aux ouvriers

« — Travaillez pour moi jusqu'au

« lieu où nous rejoindrons les prêtres

«
de Coptos. »
« Ils travaillèrent de nuit comme de
jour pour nous faire parvenir au lieu
où je pourrais voir dans le livre.
Nous avançâmes sur le fleuve de
Coptos, sans boire ni faire de libation,
sans prononcer aucune parole inutile,
comme font les gens parvenus à la
demeure sainte.
« Je dis enfin à Ptahneferka :

Laisse-moi, je t'en prie, voir


« —
« ce livre à cause
duquel nous avons
« pris tant
de peine ! »
« Il mit le livre dans ma main. Je
lus le premier arcane qui y était
écrit. Et je connus à mon tour 1 l'art
de charmer le Ciel, la Terre, l'Abîme,
les Montagnes, les Mers. Je reconnus
ce qu'étaient véritablement les oiseaux
du ciel, les poissons du gouffre, les
quadrupèdes et tous les animaux. Je
lus ensuite l'autre arcane, et je vis le
mystère manifesté au firmament par
le soleil avec ses neuf divinités. Je
compris la lune lumineuse et toutes
les formes des étoiles. Je conçus la
force divine qui pousse les poissons
vers la partie supérieure de l'eau.
Après avoir lu cet écrit, je louai
Ptahneferka, mon frère aîné, comme
un scribe très haut et très savant. Il
fit apporter par les serviteurs un
morceau de bon papyrus devant lui,
et il y inscrivit toutes les paroles qui
étaient dans le livre. Ensuite, il fit
dissoudre le tout dans de l'eau, et il
but la solution. Et il sut bien ce
qu'il avait fait, ce qu'il avait mis en
lui l'essence du livre. »
Il
« Nous retournâmes à Coptos au
jour désigné et nous nous y réjouîmes
devant Isis et devant Harpochrate.
-Puis, nous reprîmes le large pour
continuer notre navigation. Nous
parvînmes ainsi à Artou, au nord de
Coptos.
« Nous arrivâmes devant Thot. Or,
le dieu savait tout ce qui avait eu
lieu au sujet du livre. Il ne tarda pas
à se plaindre devant le Soleil, disant
« — Sachez que mon arcane, que
« ma science est avec
Ptahneferka,
« le
fils du roi Merneb-Ptah. Il est
« allé à ma demeure et
l'a pillée,
« Il a enlevé ma caisse avec mes pa-
« piers.
Il a tué le gardien de ma
« retraite, le serpent
immortel. »
« Il fut répondu à
Thot
« —
Ptahneferka est à toi avec
tous les siens »
« C'est alors que nos grands
« malheurs commencèrent. »

« Une puissance divine fut déta-


chée du haut du ciel, à laquelle il
fut dit
« — Ne
laisse pas retourner
« Ptahneferka à Memphis. Il est
dévoué, avec tous ceux qui sont
«
« 'avec lui. »
Une heure se, passa. Alors, en-
«
traîné par une force mystérieuse,
Merhu, notre jeune enfant, sortit de
l'ombre de la barque royale et se jeta
dans le fleuve. Là, il dit adieu an
Soleil (i), parmi nos lamentations et
celles de tous les hommes de l'équi-
page. Ptahneferka sortit de la cabine
et lut l'écrit magique. Il fit venir la
force divine des eaux pour ramener
Merbu à la surface, et nous retour-
nâmes à Coptos avec l'enfant. Là,
nous le menâmes au tombeau, et,
après avoir célébré les rites, nous le
fimes ensevelir selon la grandeur de
son rang. Nous le reposâmes dans
un sarcophage de la nécropole de
.Coptos.
(1) Il mourut.
« Ensuite Ptahneferka me dit :
« — Naviguons ! Ne perdons pas de
temps — de peur que le roi n'en-
tende parler des choses qui sont ad-
venues et que son cœur n'en soit
troublé. »
« Nous reprîmes donc au large du
fleuve, et nous avançâmes sans nous
attarder au nord de Coptos, à Artou,
où Merhu, notre cher enfant, était
tombé dans les eaux.
« Or, voilà qu'à mon tour je
fus entraînée à sortir de l'ombre de
la barque royale et à me jeter dans
le fleuve. Je mourus comme Merhu
parmi les lamentations des hommes
de l'équipage. Ptahneferka fut averti
après les autres. Il vint et lut l'écrit
magique, et reconnut les suites de la
plainte de Thot au soleil. Il retourna
encore à Coptos avec ma dépouille,
célébra les rites et me fit déposer
dans la sépulture, avec de grands
honneurs. Et je me trouvai reposant
à côté de Merhu mon jeune enfant.
«
Cependant Ptahneferka avait
repris sa route. Mais sa désolation
était grandie. Et près d'Artou, l'en-
droit fatal où nous mourûmes, il
interrogea son cœur et se dit
Hélas ne puis-je donc moi
« —
aussi aller à Coptos, afin de m'unir
«

« à mes bien-aimés. Si je retourne


ainsi seul à Memphis, le roi va
«
m'interroger sur mon épouse et
«
mon petit enfant, et que lui dirai-
«
je? Et pourrai-je lui répondre
«
J'ai mené tes enfants vers le
« —
pays de Thèbes, et je les ai tués
«
et moi je vis Irai-je vivant
« —

« à Memphis? »

« Pensant ainsi tristement, il fit


apporter une bande de byssus et la
transforma en ceinture. Il lia le livre
de Thot et le mit à son flanc, en
l'assujettissant bien. Ensuite, il sortit
au bord de la barque et se jeta au
fleuve.
« Ainsi mourut Ptahneferka, et les
hommes criaient
« — Oh terrible malheur !
Malheur
« affreux! Il est parti, le bon scribe,

« l'homme savant à qui nul autre

« n'est comparable »

« La barque repartit.

« L'équipage atteignit Memphis.


On annonça tous ces malheurs au roi.
Le roi descendit vers la barque en vête-
ments de deuil que les intendants de
Memphis revêtirent également ainsi
que les prêtres de Ptah, le grand-
père de Ptah et tous les officiers
de la maison du roi. Lorsqu'ils virent
Ptahneferka au fond de la barque
royak, on le transporta en haut au
milieu de la désolation du roi et des
assistants. On vit alors le livre à son
flanc.
« Le roi dit :

« — Qu'on enlève ce livre de son


flanc. »
« Les
officiers du roi et les prêtres
de Ptah, et le grand-prêtre s'écrièrent :
« -—
Notre grand Maître! Notre
«
Seigneur! Donne à Ptahneferka la
«
durée du soleil! Oh! prince, bon
«
scribe, homme suprêmement sa-
« vaut! »
Le roi fit conduire son fils à la
«
tombe endéans les seize jours. L'em-
baumement prit trente-cinq jours et
l'ensevelissement dix.
«
Ainsi se firent les funérailles de
Ptahneferka — et maintenant j'ai ra-
conté les malheurs qui nous advinrent
par suite du livre de Totli, ce livre
qui nous prit à tous trois la vie sur
la terre »
III
Ahura ayant fini de parler (i),
Setna demanda de nouveau le livre
«
Qu'on me le donne, — dit-il,
afin que je le regarde entre toi et

(1) Le lecteur n'oulilie pas que nous
sommes dans la tombe de Ptahiieferka,
ou le prince Selna, vivant, s'entretient
avec les morts, dans le désir de posséder
le livre de Tliot.
Ptahneferka. — Sinon, je le prendrai
de force !
»
Ptahneferka se leva sur son lit et dit :
« N'est-ce donc point à toi, Setna,
que ma femme a dit tous les malheurs
que nous avons éprouvés à cause de
ce livre ? Si tu veux obtenir ce que
tu demandes, tâche de le gagner sur
le bon scribe. Auras-tu le courage de
disputer la victoire du jeu avec moi?
Faisons le jeu du 52, si tu roses.
— J'accepte, » dit Setna.
Tandis qu'Ahura jouait avec ses
chiens (r), eux se livrèrent au jeu
du 52.
Ptahneferka prit un point sur
Setna. Il lut une formule magique.
11 s'approcha d'une tombe en face de

(1) Ahura a donc des chiens dans la tombe.


C'est toujours le sentiment de la vie dans le
sépulcre, tout-puissant chez les Égyptiens.
lui, il entra dans l'ouverture jusqu'au
pied. Il fit de même pour le troisième
point et il continuait de gagner sur
Setna. Ensuite, il alla dans l'ouver-
ture jusqu'au milieu du corps, et de
même pour la sixième reprise. Enfin,
il entra dans l'ouverture jusqu'aux
oreilles (i).
Cependant Setna donna un grand
coup sur la main de Ptahneferka, et
il appela son frère Anhahorran, qui
était proche, et lui dit
«
Hâte-toi d'aller là-haut et ra-
conte au roi la chose qui m'arrive.
Apporte les talismans de Ptah, mon
pè,e, et mes livres d'incantation. »
Anhahorran alla rapidement hors
du sépulcre. Il raconta au roi tout ce
qui arrivait à Setna.
(1) Jeu macabre et incompréhensible,
probablement symbolique.
Le roi dit
« Prends les talismans de Ptali,
son père, et ses livres d'incanta-
tion. »
Anhahorran ne tarda guère à re-
descendre aux catacombes. Il atta-
cha les talismans au flanc de Setna,
puis s'élanca en haut au moment
voulu. Setna mit sa main derrière le
livre et le prit.
Alors Setna alla vers le haut de la
nécropole, la lumière marchant de-
vant lui et les ténèbres derrière lui,
et Ahura, pleurante, s'écriait :
« Gloire à toi, roi des Ténèbres
Gloire à toi, roi de la Lumière
Avec le livre s'en va toute force hors
du tombeau — notre seule et der-
nière puissance »
Ptahneferka dit à Ahura
« Ne trouble pas ton cœur. Je le
ferai rapporter, ce livre, à l'intérieur
du tombeau, je le ferai rapporter par
Setna ayant une fourche en sa main
et un réchaud de feu sur sa tête. »
Setna, cependant, était parvenu au
haut du sépulcre, et il le referma
derrière lui. Il alla au-devant du roi,
il raconta ce qui lui était arrivé et
comment il s'était procuré le livre.
Le roi dit à Setna
« Rapporte ce livre au tombeau de
Ptahneferka, en homme sage. Sinon,
il trouvera bien moyen de te le
faire rendre, et tu devras retourner
avec une fourche et un bâton dans ta
main et un brasier de feu sur ta
tête ! »
Mais Setna ne prêta point atten-
tion à ces paroles. Pour rien au
monde, il ne se fût séparé du livre.
Il lisait continuellement les arcanes à
tous ses amis. Il se réjouissait de
posséder un tel trésor : mais le châti-
ment veillait sur lui...
Un jour qu'il se promenait sur
la place de Ptah, il vit passer une
jeune femme d'une beauté si extraor-
dinaire que nulle autre ne pouvait
lui être comparée. Elle était couverte
de splendides bijoux d'or et suivie de
jeunes filles et d'hommes de service
au nombre de cinquante-deux.
L'étonnement et l'admiration du
prince furent tels qu'il demeurait
en extase, oubliant tout le reste de
l'univers. A la fin, il appela le jeune
serviteur qui l'accompagnait et lui
dit
« Suis sans retard cette femme
jusqu'à sa demeure et sache quel est
son nom. »
Le jeune serviteur se hâta de suivre
ces ordres. Il aborda une suivante de
la jeune femme, et l'interpella en ces
termes
« Quelle est cette
personne? »
Elle lui répondit
« C'est Tabubu, la fille du pro-
phète de Bubaste, la dame d'Anclita.
Elle va au temple pour adorer le
grand dieu Ptah. »
Le jeune homme s'en retourna vers
Setna et lui rapporta ce que lui avait
dit la suivante, Alors Setna reprit
« Retourne, et
t'en va rapporter à
la jeune fille que Setna, le fils du roi,
t'envoie dire qu*il donnera dix pièces
d'or pour passer une heure avec
Tabubu, et que si l'on refuse, il
usera de violence... qu*il fera enlever
Tabubu vers un lieu caché ou aucun
homme ne pourra la retrouver »
Le serviteur retourna vers l'endroit
où se tenait Tabubu, et il parla de
nouveau à la jeune suivante. Celle-ci
fut effrayée de la proposition comme
d'un blasphème. Alors Tabubu dit
elle-même au jeune messager
« Cesse de parler à cette sotte
Viens auprès de moi »
Le jeune homme s'approche de la
belle Tabubu et lui répéta :
« Le prince Setna,
fils du roi,
donnera dix pièces d'or pour passer
une heure avec toi. Il use de douceur,
mais sache que si tu refuses, il saura
te faire violence. Ses hommes t'enlè-
veront vers un endroit si secret, que
nul ne pourra t'y découvrir — et où
tu seras entièrement à son pouvoir. »
Tabubu répondit, sans se laisser
effrayer
« Va Dis à Setna que j'ai
répondu
ceci
« Je suis sainte, je ne suis point
« une personne vile Si tu désires
«
faire de moi ce que tu veux, tu
« viendras au temple de Bubaste où
« est ma
demeure. Là, il y a des
«
préparatifs pour te recevoir et pour
« que tu
fasses à ton désir. Mais je
« ne
m'attirde pas comme les femmes
«
viles dans les carrefours »
Le serviteur rapporta fidèlement à
son maitre les paroles de Tabubu,
Puis il ajouta comme il convient
« Malheur à tout
homme qui se
trouve sur le chemin de Setna... »
Setna fit amener une barque pour
le conduire à Bubaste. Il ne tarda pas
à atteindre sa destination, le temple
où se trouvait la demeure de la mer-
veilleuse jeune femme. A l'occident,
il reconnut une maison luxueusement
bâtie, avee une muraille tout autour,
un beau jardin au nord, une estrade
devant- ht porte. Setna, s'adressant à
des serviteurs qu'il rencontra près de
là, leur dit :
« A qui donc appartient cette
mai-
son? »
Ils lui répondirent :
« C'est la maison de
Tabubu. »
Setna franchit la porte dans le mur,
en face du pavillon du jardin. On
alla avertir Tabubu de son arrivée.
Elle descendit les escaliers, vint elle-
même prendre le prince par la main
et lui dit
« Jure maintenant respect à la mai-
son du prophète de Bubaste, à la
dame d'Anchta, devant qui tu te
trouves, et il me plaira beaucoup de
te faire entrer avec moi »
Setna fit ce qu'elle demandait et
gravit avec elle l'escalier de la mai-
son. Il pénétra dans l'étage supérieur
et le visita avec la belle. L'apparte-
ment était orné d'incrustations de
lapis-lazuli vrai et de turquoises
vraies. Il y avait plusieurs lits cou-
verts d'étoffes de byssus et des coupes
d'or suspendues au-dessus du gué-
ridon.
Les serviteurs remplirent une coupe
de vin et la tendirent au prince Setna.
Tabubu lui dit
« Qu'il te plaise de faire ici ton

repos »
Mais il répondit, tout ému :
« Ce n'est point là ce que je de-
mande. »
Elle feignait de ne pas comprendre,
et elle donna l'ordre de mettre un
vase sur le feu. Bientôt on apporta
un mets parfumé, préparé comme
pour le festin royal, devant Setna, et
il se divertit avec Tabubu, mais sans
encore voir son corps.
Enfin, il dit à la jeune femme :
« Finissons... et entrons
dans la
chambre intérieure, à cause de mon
amour. »
Mais elle, avec tranquillité, répli-
qua :

« Cette demeure sera la tienne...,


mais moi, je suis sainte, jè ne, suis
point -une personne avilie Et si
vraiment tu désires faire de moi ton
amour, tu me feras un écrit d'adju-
ration et un écrit de donation pour la
totalité de l'argent et des biens qui
t'appartiennent »
Il dit, sans résistance à la beauté
de la jeune femme :
« Qu'on fasse
venir le scribe pour
rédiger les écrits »
Le scribe ne tarda point à paraitre,
appelé par les serviteurs, et Setna fit
faire l'adjuration et la donation pro-
mises, cédant la totalité de sa fortune
à Tabubu.
Une heure se passa ainsi, lorsqu'on
vint annoncer au prince que ses en-
fants étaient en bas et le deman-
daient :
« Qu'on les fasse monter ! » dit
Setna
Tabubu, entendant cela, alla mettre
un vêtement transparent,' d'étoffe de
byssus, et reparut éblouissante de
grâce, car Setna pouvait maintenant
l'entrevoir toute sous la fine toile.
Alors, son amour grandit étrange-
ment, et le désir lui fit tout oublier,
Il s'écria :
« Tabubu! Oh! que cela finisse...
laisse-nous aller à l'intérieur pour
accomplir ce que tu sais.
Non, — dit-elle, — cette maison

sera la tienne, mais moi, je suis
sainte... je ne suis pas une personne
vile!... Il faut d'abord, si tu veux
faire de moi ton désir, que tu fasses
écrire sur notre acte, par tes enfants,
qu'ils ne disputeront pas tes biens à
mes enfants »
Setna céda encore. Il fit amener
ses enfants et il les fit écrire sur l'acte
ce que demandait Tabubu. Puis,
croyant enfin avoir satisfait la jeune
femme :
« Que j'en finisse, maintenant... en-
trons à l'intérieur, pour que j'accom-
plisse ce pour quoi je suis venu. »
Mais elle dit :
« Cette maison sera ta maison
Mais je suis chaste, je ne suis point
une personne humble Pour faire
enfin avec moi ce que tu désires, il
faut que tu fasses tuer tes enfants,
afin qu'ils ne puissent disputer avec
les miens sur ton héritage. »
Et Setna, accablé par la puissance
de l'amour, consentit encore !
« Que l'on fasse, — -
dit-il, l'abo-
mination que ton cœur a conçue... »
Alors, elle fit tuer les enfants de
Setna devant lui — elle les fit jeter
par la fenêtre devant les chiens et les
chats. Et les bêtes mangèrent la chair
des victimes, pendant que le prince
buvait avecTabubu.
De nouveau, il dit à la jeune
femme :
« Maintenant
finissons... -allons
accomplir mon désir... car tout ce que
tu as voulu de moi, je l'ai accompli »
Elle répondit :
« Dirige-toi vers-cette
chambre. »
Setna entra dans la chambre, et il
se coucha sur un lit d'ivoire et d'ébène,
avec un désir accru encore. Tabubu
vint le rejoindre et se coucha près de
lui, au bord de la couche. Setna,
hors de lui, étendit les mains, prit le
corps admirable de la jeune fille
contre lui, et satisfit enfin son pro-
fond désir.
IV
Une heure s'était écoulée, lorsque
Setna vit devant lui un homme de
haute stature, debout dans l'immen-
sité, avec quantité d'hommes broyés
sous ses pieds. Il était pareil à un
roi. Setna, à cette vue, voulut se
lever il ne le put, à cause de la
honte d'étre étendu là sans vête-
ments,
Le roi géant lui dit
« Qu'est-ce qui t'a mis dans cet
état? »
Setna répondit
« C'est Ptahneferka qui m'a fait
ces choses. »
Le roi dit
« Va à Mempliis vers tes enfztnts,
ils désirent te voir. Ils se tiennent
devant le roi. »
Setna, étonné, dit :
« Devant le roi, mon seigneur!,..
Que les dieux lui donnent la durée
du soleil!... Mais comment parvien-
drai-je à Memphis, n'ayant point de
vêtements sur moi? »
Le roi appela un jeune homme
qui se tenait près de lui et fit
donner un vêtement à Setna. Puis
le roi dit
« Setna, va à Memphis... tes en-
fants vivent... ils sont auprès du
roi »
Setna reconnut alors qu'il avait
été victime d'un songe, et tout hcu-
reux, il alla à Memphis, il embrassa
ses enfants, il jouit de la joie de les
voir vivants, après sa terrible hallu-
cination.
Le roi lui demanda
« N'est-ce point lïvrcsse qui t'avait
mis en cet état? »
Setna raconta tout ce qui lui était
arrivé avec Tabubu, et que ce devait
être par une conjuration de Ptahne-
ferka.
Le roi reprit
« Setna, j'ai déjà
levé ma main
vers toi auparavant, je t'ai dit ils
te tueront si tu ne rapportes pas ce
livre. Tu ne m'as pas écouté. A cette
heure encore tu as le livre. Qu'il soit
rapporté... par toi-même, et, comme
c'est ordonné, avec une fourche et
un billon dans ta main, un réchaud
de feu sur ta tête. »
Setna obéit au roi, il sortit avec la
fourche et le bâton en sa main, avec
le réchaud de feu sur sa tête. Il s'en
alla vers la catacombe où gisait
Ptahneferka.
Ahura, le voyant revenu, de-
manda
« Setna, Ptah, le grand Dieu qui
t'amène, est-il bien portant? »
Ptahneferka se mit à rire en di-
sant :
« Voici donc accomplie la pirole

que je t'avais dite auparavant »


Setna rendit grâces à Ptahneferka
et le bénit. Il reconnut, comme le
demandaient le prince et la prin-
cesse, que la force était dans la cata-
combe. Ahura et Ptahneferka le bèni-
rent grandement et Setna reprit :
« Ptahneferka, est-ce que mon
aventure ne fut point une chose hon-
teuse? »
Ptahneferka dit:
« Setna,
voici ce que je te demande
maintenant: tu feras revenir dans
cette catacombe le corps de celle-ci,
Ahura (i), et le corps de Merhu son
fils, tu les feras revenir de Coptos,
sans faute. H faut qu'ils me rejoi-
gnent dans cette tombe, comme il
convient à un bon scribe. Qu'ils l'or-
nent devant toi! Prends donc cette
peine, et va à Coptos. Ne t'attarde
pas ici davantage. »

(1) Les esprits seuls d'Ahura et de Merhu


sont présents avec Ptahneferka dans la
tombe de Memphis. Leurs- corps sont de-
meurés à Coptos.
Setna sortit de la cataconibe. Il alla
retrouver le roi, et il lui raconta tout
ce que venait de lui dire Ptahneferka.
Le roi dit
« Va donc à Coptos, Setna, et
amène-moi Ahura avec Merhu son
fils.
— Qu'on me donne donc la barque
royale, — reprit Setna, — avec son
èquipement. »
On lui donna l'un et l'autre, et il
navigua sur le Nil dans la direction
de Coptos, où il ne tarda pas d'at-
terrir.
Son arrivée ayant été annoncée aux
prêtres de l'Isis de Coptos, ainsi qu'au
grand-prêtre, tous vinrent en cortège
au-devant de lui, sur le rivage. Deux
d'entre eux lui prirent les mains, et le
conduisirent en haut, dans le sanc-
tuaire d'Isis et d'Harpochrate. Là, il
fit venir un bœuf et du vin, pour
lÏlOlocauste et la libation à la déesse
et au dieu. I,e sacrifice accompli, il
descendit dans les catacombes de
Coptos avec le grand-prêtre et les
prêtres. Tous y passèrent trois jours
et trois nuits, cherchant parmi les
tombeaux et étudiant tous les styles
des hiérogrammates, déchiffrant tou-
tes les écritures.
Ils ne reconnurent pas les lieux de
repos où gisaient Ahura et Mcrhu,
son fils.
Ptahneferb. apprit l'insuccès de
leurs recherches et résolut de
leur venir en aiLle. Il prit la forme
d'un vieillard très âgé et apparut
devant Setna. Celui-ci lui de-
manda
« Toi qui sembles posséder
l'expé-
rience du grand âge, ne connaitrais-tu
point les lieux où reposent Ahura et
Merhu son fiis?
— Le bisaïeul de mon père, -
répondit le vieillard à Setna, — a dit
à mon aïeul, qui l'a répété à mon
père, que les demeures dernières
d'Ahura et de Merhu sont dans le
bord méridional du lieu nommé
Phemate. »
Setna demanda encore
« Peut-être est-ce pour dérober
ce qui appartient à Phemate, que tu
te proposes de me conduire en cet
endroit?
—-
Qu'on me surveille attentive-
ment, — reprit le vieillard, — pen-
dant qu'on démolira I*endroit nommé
Phemate, et si l'on ne retrouve pas
Ahura et Merhu, son fils, je consens
qu'on me fasse honte »
On surveilla donc étroitement le
vieillard, on fit les recherches et
l'on trouva effectivement le tom-
beau d'Ahura et de son enfant
dans la partie méridionale des cata-
combes.
Setna fit transporter les illustres
dépouilles dans la barque royale, puis
il fit rebâtir Phemate dans sa forme
première.
Alors Ptahneferka fit reconnaitre à
Setna que c'était lui qui était allé à
Coptos lui faire retrouver le sépulcre
d'Ahura et de Merhu ; Setna reprit
place sur la barque royale et ne fut
pas long à revenir à Memphis avec
sa précieuse cargaison.
Ces événements furent annoncés
au roi, qui vint lui-même au-devant
de la barque. Il fit transporter en
grande pompe Ahura et Merhu dans
la catacombe de Ptahneferka, que
désormais tous trois occupèrent en-
semble.

La copie de ce discours sur Setna


Xaemnas et sur Ptahneferka et Ahura,
sa femme, ainsi que Merhu leur fils,
fut achevée en l'an 35 Tybi.
Table

14
LISTE
DES

OUVRAGES PARUS
dans la

" Petite Collection Guillaume "

B. I»E ST-PIERRE, 1
PIlIl et Virginie... vol.
GOETHE Werther i vol.
!\ATESA SASTKI Le Porteur de Sitcbel. i vol.
(Roman hlllllou)
ALPH. DAUDET.. L'Ark'sieune i vol.
L'Al-,BÉ PRÉVOST.
EDGAR POE.
BÏRON
,. MaI/ail Lescaut.... 1 vol.
Le Scarabée d'Ot-... i vol.
Le Corsaire et Lrml., i v(,!.
r'E GONCOURT ..
Armande I vol.
CHATEAUBRIAND Alala
Roman coréen. Printemps PllIjilll/é.
DA PORTÜ.... Juliette et Romc'o... i
, 1

1
Yvl.
vol.
vol.
VOLTAIRE
DIDEROT
....
Candide
La Religieuse
i
i
vol.
vol.
CERVANTES
...
La jilal/illa
LA FOXTArXE" L'AmollI' et Psyché i ..
1
yol.
vol.
AV S I

Les Acheteurs et Abonnés des volumes de


la Collection Guillaume recevront gratuitement
notre Petit Bulletin bibliographique illustré,
Le Carillon, destiné à les tenir au courant de
nos publications au fur et à mesure de leur
apparition.
Prière de détacher cette page, y joindre sa
carte de visite et adresser lé tout sous enve-
loppe au Directeur du Carillon, J05, boule-
vard Brune, à Paris.
Pour recevoir les six premiers numéros
parus, ainsi que notre ancien et notre nou-
veau catalogue, joindre un timbre de o fr. 15.
pour l'affranchissement.

" La Collection Guillaume"


Table

"
PREFACE 1

Chapitre Ier 5 7

Chapitre II 57
Chapitre III
Chapitre IV.
......... (7
91
CE V 0 1.1' M E

a élé imprimé, gravé et hroclié


dans les ateliers du Edouard Guillaume
Editeur-Imprimeur de la Collection Guillaume
10:" boulevard Hrunc, 105
PARIS
25 Décembre 181KI

Vous aimerez peut-être aussi