Année académique 2024 -2025
Université Jean Lorougnon Guedé de Daloa
UFR Sciences Humaines et Sociales
Département de sociologie
SYLLABUS DU COURS DE DEVELOPPEMENT URBAIN
Niveau : Licence 3
Enseignants : Dr KOFFI Alexis
Dr YEBOUE Cyrille
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INTRODUCTION GÉNÉRALE
La recherche sur les questions urbaines exige une approche autant empirique que théorique.
Tout en l’abordant de façon pluridisciplinaire elle fait intervenir les sciences sociales dont la
sociologie. Dans le domaine sociologique, l’urbain constitue un champ ou espace d’explication
et de compréhension des actions et interactions sociales étant donné que le fait social est
géographiquement situé. L'émergence d'une sociologie urbaine est retracée en fonction de son
histoire et de l’évolution socio-économique des sociétés. Le développement urbain est un
processus complexe et multidimensionnel qui lie l’évolution des sociétés humaines à leur
environnement spatial et physique. Il se manifeste par l'aménagement et la transformation des
espaces urbains pour répondre aux besoins croissants des populations, tout en prenant en
compte les enjeux économiques, sociaux, environnementaux et politiques. Dans un contexte
global marqué par une urbanisation accélérée, le développement urbain devient un sujet central
pour comprendre les dynamiques sociales contemporaines. Ce cours explore non seulement les
concepts fondamentaux de la sociologie urbaine, mais aussi les grands enjeux et les
transformations des villes, depuis les premières civilisations jusqu’aux métropoles actuelles et
singulièrement le monde urbain ivoirien.
Objectif général :
Ce cours vise à accroître les connaissances des étudiants en matière d’analyse, de
compréhension des politiques de gestion du milieu urbain.
Objectifs spécifiques :
De façon spécifique, il s'agit de :
1- Préparer les étudiants à comprendre et à agir de façon plus efficace, transparente et
participative sur les questions relatives au monde urbain.
2. Présenter les approches et les outils d’intervention en milieu urbain ;
3- Permettre aux auditeurs (étudiants) de devenir des spécialistes des questions urbaines
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CHAPITRE 1 : SOCIOLOGIE URBAINE
I- ESSAI DE DEFINITION
I-1- La ville
La ville est une agglomération relativement importante dont les habitants ont des activités
professionnelles diversifiées avec une prédominance des secteurs secondaire et tertiaire. Cette
définition donne à observer deux critères : le critère géographique et le critère fonctionnel.
Du point de vue géographique, la ville se définit par la densité de sa population et de l'utilisation
du sol. Cependant, ce critère n'a qu'une valeur indicative et théorique et cette mesure est très
difficile à identifier car les densités de population des villes et villages varient beaucoup d'une
région ou d'un pays à l'autre. Il n'y a pas de densité urbaine universelle. Dans certains pays
d'Asie, les densités rurales peuvent dépasser les densités urbaines.
Le critère fonctionnel considère les activités dominantes. Les villes furent longtemps le support
des activités industrielles et tertiaires tandis que dans les campagnes dominaient l'agriculture.
Aujourd'hui, ce constat ne se vérifie pas toujours. Beaucoup de villes d'Asie et d'Afrique (Chine,
Vietnam, Sénégal etc.) sont peuplées d'ouvriers agricoles. Dans certains villages de pays
anciennement développés (Flandre, Bretagne), la part des populations « agricoles » n'y atteint
pas vingt pour cent (illustration). Aux États-Unis, on distingue le rural farm (population rurale
agricole) du rural non farm. Des villages à fonction industrielle existent dans certains pays
développés (Japon, Forêt Noire, plateau suisse). Le critère fonctionnel n'est donc plus à lui seul
suffisant pour caractériser la ville.
En somme une définition simple et universelle de la ville est difficile. Le concept de ville varie
beaucoup d'une région ou d'un pays à l'autre.
I-2- La sociologie urbaine
Le fait urbain a été l’objet d’étude depuis des auteurs comme MARX, DURKHEIM, WEBER,
à travers les analyses de l’industrialisation, de la morphologie urbaine. Cependant ce n’est
qu’avec l’école de Chicago, notamment après la publication de l’ouvrage PARK, BURGESS
et Mckenzie, The city en 1925 que l’affirmation d’une théorie sociologique spécifique à la ville
prend de la force.
Dès lors, la sociologie urbaine fera l’objet de nombreuses controverses de la part de certains
chercheurs. Ces derniers, refusent de reconnaitre l’existence de cette branche de la sociologie.
Pour eux, la ville étant pluridimensionnelle et donc la sociologie ne saurait appréhender toutes
les dimensions de celle-ci . A l’occasion, le reflet de la structuration sociétale, économique,
culturelle et sociale de la société à travers la ville ainsi que l’autonomie de l’objet d’étude (la
ville) sont questionnés. Pour ces critiques, la ville ne peut de ce fait être l’objet d’étude d’une
seule discipline mais plutôt le champ d’étude des architectes, de juristes, économistes,
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géographes. La sociologie urbaine doit se limiter aux relations sociales en ville afin de mieux
les étudier.
Au-delà de toutes ces critiques, la sociologie urbaine s’impose comme cette branche de la
sociologie générale qui étudie autres autres ; l’interaction entre les structures spatio-
architecturale des induvidus (urbanisation, habitat), le processus de communalisation et de
socialisation dans l’espace urbain, les modes et conditions de vie des citadins.
En prenant en compte la question de l’espace (et donc la sociologie de l’espace), la sociologie
urbaine répond en partie aux critiques. En effet, l’espace urbain est un construit social. Dans ce
contexte, la conception de l’espace doit établir un lien entre la matérialité de la ville et le monde
social. En somme, la ville est socialement située.
Aujourd’hui le monde connaît une urbanisation rapide et plus de la moitié du la population
mondiale vit en ville. Dès lors la sociologie urbaine trouve un champ d’étude plus vaste.
I-3- La question de l’espace en sociologie
La dimension spatial n’est pas véritablement prise en compte dans les théories sociologiques
contemporaines. De nombreux chercheurs l’avait essentiellement réservée à la géographie
sociale. Ce n’est qu’avec la sociologie anglaise et singulièrement avec l’école de Chicago que
l’espace rentre en ligne de compte dans l’analyse sociologique. A ce niveau la notion de
l’espace est abordée avec le concept d’écologie humaine qui fait allusion aux rapports entre les
Hommes et leurs environnements techniques et sociaux.
Cependant, il convient de noter des sociologues classiques (tels que Karl MARX, Emile
DURKHEIM, Georges Simmel), ceux de l’école de Chicago (avec R. E. Park, Roderick
McKenzie) ainsi que d’autres des année 70 et 80 (M. CASTELLS, David HARVEY) ont été
confrontés à la question de l’espace dans leur analyse.
La prise en compte de l’espace dans l’analyse sociologique s’explique par plusieurs raisons
dont nous retenons les quatre plus essentielles.
1-3-1- La dimension culturelle de l’espace urbain
L’espace n’est pas que physique ou géographique. Il a une dimension culturelle. Ainsi,
l'occupation d'un territoire ne relève pas seulement des conditions naturelles mais des structures
sociales et culturelles de la société concernée. Dès lors, dans nos villes africaines, les liens de
parenté, l’origine culturelle, le groupe social, etc, marquent les lieux et l’organisation de
l’espace physique de vie. Tous ces aspects sont analysés pas les sociologues et anthropologues.
De fait, l’organisation spatiale devient un repère qui s’enracine dans la mémoire collective, un
support d’identification par la distribution des activités, par les constructions, par les objets
(ségrégation spatial, quartiers riches, pauvres, etc).
1-3-2- L’impact du système de production sur la morphologie urbaine
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Le système de production et principalement l’industrialisation, le capitalisme de XVIIIe siècle
ont fortement impacté l’espace urbaine et les interactions sociales. Avec ce système de
production, on observait la naissance de villes autour des zones industrielles, les mouvements
de populations (migrations quotidiennes, exode rural), la ségrégation spatiale à travers les lieux
d’habitations, les fléaux (délinquances, promiscuité, etc), le suicide, etc. Toutes ces questions
ont été abordées par Karl MARX et Emile DURKHEIM par exemple. Plus tard Manuel
CASTELLS et David HARVEY y sont revenus pour analyser la transformation du territoire ou
de la ville par l’industrialisation capitalistique.
1-3-3- Les espaces urbains et mouvements sociaux
La ville est un lieu symbolique pour tout pays. Elle est le lieu de représentation du pouvoir
économique, militaire, culturel, sportif d’un pays. A l’occasion de certains mouvements
sociaux, les espaces urbains et leurs symboles sont souvent utilisés comme lieux de mise en
scène de la révolte. On peut citer en exemple : le printemps arabe en 2010, Occupy Wall Street
en 2011, les grèves d’étudiants dans les villes universitaires ivoiriennes, etc.
1-3-4- L’émergence de la sociologie urbaine
Avec l’émergence de la sociologie urbaine, les sociologues mettent l’accent sur les
transformations culturelles, architecturales, l’occupation de l’espace induits pas la ville
moderne.
Au niveau socio-économique, on observe le brassage culturel permettant le passage du statut
d’État à celui de nation, la société agricole laisse place à celui de l’industrielle, puis à celle du
ludique et du tourisme par exemple. Certains auteurs (Castells, 1996, 2007 ; Sassen, 1991)
tissent une relation entre le processus d’urbanisation et la mondialisation. Ils parviennent aux
constats d’une déterritorialisation, plus précisément une délocalisation des relations
économiques et sociales, c'est-à-dire une perte de signification de l’espace concret pour les
processus de communalisation et de socialisation. De plus, les lieux spécifiques sont reliés entre
eux et les systèmes relationnels locaux sont ainsi consolidés pour permettre la réussite au sein
d’une concurrence globale.
Du point de vue architectural et urbanistique, la production de la ville est étroitement liée à une
culture et évolue avec d’autres cultures dominantes. Le devenir de la morphologie urbaine
mérite d’être pensée.
Concernant l’occupation de l’espace, elle est mise en scène à travers l’appropriation de l’espace
urbain (en conformité ou non des règles d’urbanisme directeur), les parcours spatio-temporels
(migrations quotidiennes qui amènent à des croisements, des rencontres), la distribution spatiale
ethnique et sociale en fonction du marché du logement, etc.
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II – LE PHENOMENE URBAIN ET L’ESPACE GEOGRAPHIQUES DES
VILLES AFRICAINES
II-1- Le phénomène urbain
La colonisation est l’un des facteurs de création et de développement des villes en Afrique.
Avec la colonisation, sont créées des villes comptoirs (Grand-Bassam, Lagos, Dakar) et des
villes administratives (Bamako). Il faut cependant souligner que l’Afrique a connu une
urbanisation avant la colonisation. Des villes se sont développées durant le commerce
transsaharien et au XIII e siècle avec les grands empires. Des auteurs soulignent que l’Afrique
septentrionale, méditerranéenne ou sahélienne était depuis longtemps jalonnée de villes
marchandes. Au nord, l’héritage des cités arabo-musulmanes, Kairouan, Le Caire, Marrakech,
au sud, les ports du désert, Djenné, Tombouctou, Kano. Mais, c’est la colonisation qui a donné
le véritable coup d’envoi à l’urbanisation africaine.
La recherche sur les villes africaines coloniales ou post-coloniales, a donné aux chercheurs
l’opportunité de s’informer et de produire sur les expériences quotidiennes des citadins
africains. Les analyses faites par la plupart d’auteurs font globalement état d’une ville africaine
chaotique ou inexistante. Ces conclusions établies sur la base des grilles théoriques et
méthodologiques exogènes et peu opérationnelles (en contexte africain) ne rendent pas
totalement compte de la réalité urbaine africaine. Ce qui se donne à voir aujourd’hui, c’est une
Afrique urbaine inscrite dans une période de transition où l’on doit être attentif face aux lieux
d’initiatives ou face aux différents champs sociaux où se construisent les nouveaux modes de
vie, les dynamiques imprévues, annonciatrices des ruptures politiques, sociales et économiques.
A travers ce cours, il s’agit de montrer les particularités africaines de la sociologie urbaine et
de répondre à comment la vie urbaine en Afrique ouvre aussi de nouvelles possibilités
d’intégration, de coopération, de solidarité et de développement.
Les villes africaines se présentent comme de véritables lieux de compétition, de construction
des identités sociales, religieuses ou politiques.
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II-2 – La question de l’occupation de l’espace géographique urbain
L’espace géographique ou physique des villes africaines s’étend à perte de vue. Il y a une
horizontalisation de la ville africaine ; dévoreuse d’espace. Cette situation contraste avec les
villes des pays développés qui ont une gestion rationnelle de l’espace à travers une croissance
verticale (immeubles, gratte-ciels). En général, les immeubles dans les pays développés sont
habités par les couches sociales moyennes et populaires. Dans les pays africains cette gestion
de l’espace est mal contrôlée et dans l’entendement de l’africain, les immeubles sont pour les
personnes de la haute classe.
La particularité des villes africaines est qu’elles se développement rapidement en raison de la
croissance démographique (fort taux de natalité) et l’occupation horizontale de l’espace.
Du point de vue de l’occupation socio-culturelle de l’espace, à côté du clivage traditionnel qui
détermine les zones résidentielles des quartiers populaires et autres bidonvilles (ségrégation
spatiale), les observations montrent que les logiques ethniques ou identitaires sont
déterminantes dans l’occupation et l’appropriation des espaces territoriaux. Ceux-ci dans une
certaine mesure, sont de véritables espaces socialisés ou identitaires où l’on observe une grande
survivance des pratiques traditionnelles.
Exemple : quartiers à dominance ethnique, musulman, etc.
Cependant il faut noter que ces logiques ethniques ou identitaires ne sont pas systématiques.
Toutes les communautés cohabitent dans le même quartier dont le peuplement s’est fait
sur une base ethnique ou régionale. Ainsi à Abidjan, les cours communes sont pluriethniques
même si ces dernières années de crise socio-politique, cette cohabitation est parfois mise à mal.
Ces quartiers constituent pour les habitants, des espaces de solidarité, de connivence, de
proximité spatiale mais aussi sociale et culturelle. Il s’agit de cadres identitaires forts, qui
montrent que la ville africaine se construit sur des logiques propres et endogènes. Il y a une
« villagisation » de la ville selon les termes de Jean-Marc ELA (La ville en Afrique noire, Paris,
Karthala, 1983).
La ville africaine est par exemple un espace d’expression de solidarité entre le jeune migrant
et le village d’origine ; à travers des transferts directs en numéraire ou en nature (plats
alimentaires) ou indirects (tutorat, hébergements, cérémonies). Il s’agit également d’un espace
de solidarité entre habitants d’un même quartier.
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III- UNE ECONOMIE URBAINE DE TYPE PARTICULIER
III -1- Des réseaux de sociabilité
Le développement harmonieux des villes africaines passe nécessairement par des réseaux de
sociabilité. Ces réseaux permettent un renforcement des partenariats entre tous ceux qui
s’occupent activement d’amélioration urbaine : les gouvernements nationaux, les municipalités,
les organismes donateurs externes, les organisations non gouvernementales (ONG) et les
communautés locales, notamment les entrepreneurs et les entreprises du secteur privé. Les
problèmes de la ville doivent être abordés sous une approche intégrée reposant sur la
participation active des communautés locales.
Exemple : Au Malawi, une ONG, Habitat pour l’humanité, construit des logements à bas prix
et des latrines en collaboration avec les pouvoirs publics locaux et régionaux, les autorités
nationales, les groupes communautaires et les chefs traditionnels.
Cependant, cette participation communautaire ne profite toujours pas à tous dans la mesure où
de ces réseaux de sociabilité naissent des interactions de pouvoir et de domination, la
corruption.
III -2- L’habitat
Une autre particularité des villes africaines est qu’elles présentent à des différences près la
même physionomie. Cette physionomie est héritée de la colonisation qui avait dans ses plans
urbanisation construit des quartiers européens (exemple le Plateau), des quartiers de
fonctionnaire (Treichville), des quartiers autochtones ou populaires (Adjamé) souvent séparés
du quartier européen par un camp militaire (camp Gallieni par exemple). Cette configuration
ou encore cette ségrégation spatiale demeure et ce, à l’intérieur d’une même commune où, à
côté du quartier résidentiel, nous avons les quartiers moyen standing, populaires et précaires.
Cette situation nous ramène à l’une des caractéristiques de la ville africaine ; à savoir sa dualité.
Ainsi nous avons d’un côté la ville légale, relevant de normes occidentales et de l’autre la ville
illégale, qui elle est une sorte de transposition du village dans l’espace urbain et parfois sur des
terrains non viabilisés.
III -3- Les modes de production
Il est vrai que dans les villes africaines contemporaines, l’on rencontre des bâtiments modernes,
de type occidentale (immeubles, gratte-ciel). Cependant, la presque totalité des citadins se
retrouvent à la périphérie avec des problèmes tels que l’accessibilité aux services publics, à
l’électricité, à l’eau potable. Dans ces conditions, ces populations mettent en œuvre des
pratiques propres, des formes de solidarité semblables à celles du village et adaptés à leurs
conditions de vie. Ainsi, dans ces quartiers périphériques ou précaires nous avons des
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branchements anarchiques et illicites d’eau, d’électricité et de chaines de télévision avec des
matériaux rudimentaires. Les formes de solidarité sont entre autres, l’institution de chefs de
communauté dans chaque quartier, les forme d’entre-aide à travers les tontines, les formes de
gestion financière (banques ambulantes communément appelées « signer-signer »). On pourrait
même qualifier nos villes de gros villages.
La ville africaine se caractérise également par sa dynamique culturelle en étant un espace
privilégié du changement social par le contact avec le monde extérieur et la diffusion de la
connaissance, lieu de création, d’innovation.
En somme, il s’agit là d’une production socio-économique propre aux villes africaines. On en
déduit l’originalité et la dynamique socio-économique et culturelle de nos villes, des villes
toujours en train de faire et refaire.
III -4- La dynamique du secteur informel
Dans les villes africaines, le secteur informel emploie les deux tiers de la population active et
constitue un amortisseur à la crise social (chômage). Les femmes sont particulièrement actives
dans ce domaine. Il s’agit surtout d’une réponse au faible pouvoir d’achat des citadins.
L’importance de ce secteur dans les économies nationales amènent les gouvernements à en tenir
compte dans leurs programmes de développement ; à travers l’institution de micro-crédits à
l’endroit des acteurs de ce secteur.
IV –PROBLEMATIQUE DE L’URBANISATION RAPIDE EN AFRIQUE
L'urbanisation désigne le phénomène de croissance des villes et de concentration de la
population dans des zones urbaines. C’est un processus qui implique une transformation
radicale du paysage géographique, social, économique et environnemental. Aujourd’hui,
l’urbanisation est l’un des phénomènes les plus marquants à l’échelle mondiale, notamment en
Afrique, où elle connaît une progression rapide. Ce phénomène a des implications multiples qui
concernent aussi bien les processus sociaux que les aspects économiques et environnementaux.
- Processus d'urbanisation en Afrique
L'urbanisation en Afrique est un phénomène relativement récent, qui a pris une ampleur
considérable à partir du milieu du XXe siècle. Plusieurs facteurs expliquent cette urbanisation
rapide, qui ne cesse de croître.
Croissance démographique : L'Afrique connaît une forte croissance démographique, l'un des
taux les plus élevés au monde. Environ 1,5 milliard de personnes devraient vivre en Afrique
d'ici 2050, dont une grande partie dans des zones urbaines. L'urbanisation s'accélère ainsi pour
répondre à la demande croissante en logements, infrastructures et services.
Migration rurale-urbaine : Un des moteurs importants de l’urbanisation en Afrique est la
migration interne, où les populations rurales se déplacent vers les villes à la recherche de
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meilleures conditions de vie. Cette migration est principalement alimentée par des facteurs
économiques (manque d'emplois, faible productivité agricole) et sociaux (accès limité à
l'éducation, aux soins de santé et aux services de base dans les zones rurales).
Industrialisation et développement économique : L’urbanisation en Afrique est aussi favorisée
par l'industrialisation qui accompagne la croissance économique de certaines régions du
continent. Les villes deviennent des pôles d’activité industrielle, commerciale et de services,
attirant des personnes en quête d'opportunités économiques.
Politiques publiques et projets d’aménagement urbain : Les politiques gouvernementales dans
plusieurs pays africains ont encouragé la création de nouvelles villes ou l'expansion des villes
existantes. De plus en plus d'investissements sont faits pour améliorer les infrastructures
urbaines, bien que les résultats soient souvent inégaux. L'urbanisation africaine se caractérise
par une grande diversité en fonction des régions et des pays, mais aussi par un phénomène de «
croissance horizontale » qui s’accompagne de la création de nouveaux quartiers et de
l'étalement urbain.
Conséquences sociales, économiques et environnementales de l'urbanisation
L'urbanisation en Afrique a des répercussions profondes, tant sur le plan social, économique
qu'environnemental. Bien que l’urbanisation puisse offrir des opportunités, elle engendre aussi
des défis considérables. Voici les principales conséquences de ce phénomène :
1. Conséquences sociales
Inégalités sociales et ségrégation spatiale : L'urbanisation en Afrique a souvent conduit à une
concentration de richesses dans certaines zones urbaines, créant des écarts de plus en plus
marqués entre les quartiers riches et les quartiers pauvres. Les bidonvilles, qui se multiplient
dans les grandes villes africaines, sont un exemple frappant de cette inégalité sociale. La
ségrégation socio-spatiale crée un fossé entre les populations urbaines en termes d'accès à
l'éducation, à la santé, à l'emploi et à d'autres services essentiels.
Exode rural et pression sur les infrastructures urbaines : Le flux massif de populations rurales
vers les villes aggrave les problèmes d'infrastructure, notamment le logement, l'eau potable,
l'assainissement et l'accès aux transports. Cette pression engendre une urbanisation informelle,
souvent mal planifiée, et contribue à la prolifération des quartiers précaires. Cela entraîne une
mauvaise qualité de vie pour une grande partie de la population urbaine.
Changements dans la structure familiale et sociale : L'urbanisation transforme également les
structures sociales traditionnelles. Les populations rurales, en particulier les jeunes, migrent
vers les villes, ce qui modifie la structure familiale et les rapports intergénérationnels. Les
dynamiques sociales évoluent, avec une évolution vers plus d'individualisme, et une moindre
solidarité communautaire.
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2. Conséquences économiques
Création d'emplois et croissance économique : L'urbanisation en Afrique, bien qu'entraînant
des défis, présente également des avantages économiques. Les villes deviennent des centres
d’activité économique, attirant des investissements, développant des industries et créant des
emplois. Cela stimule la productivité, le commerce et l’innovation. Les secteurs comme la
construction, les services financiers, le commerce, et l’industrie bénéficient de l’accroissement
urbain.
Exclusion économique et chômage urbain : Cependant, tous les citadins n’ont pas accès à ces
opportunités économiques. Le chômage urbain est un phénomène majeur, surtout parmi les
jeunes, ce qui entraîne une montée des inégalités économiques. En conséquence, une partie de
la population urbaine reste exclue des bénéfices économiques de l'urbanisation, ce qui engendre
des tensions sociales.
Informalité de l’économie urbaine : Une grande partie de l’économie urbaine en Afrique est
informelle, notamment dans les secteurs du commerce, des services et de la construction. Ce
secteur informel est un moteur important de survie pour de nombreuses familles, mais il manque
souvent de régulation et d’accès à des services formels (protection sociale, crédits, etc.), ce qui
entrave le développement économique durable.
3. Conséquences environnementales
Pollution et gestion des déchets : L'urbanisation rapide en Afrique a un impact environnemental
significatif. La croissance des villes a entraîné une augmentation des émissions de gaz à effet
de serre, de la pollution de l’air, de l'eau et des sols. Les villes africaines sont souvent mal
équipées pour gérer la production de déchets et les problèmes liés à l’assainissement, ce qui
entraîne une détérioration de l’environnement urbain.
Étalement urbain et destruction des écosystèmes : L’étalement urbain incontrôlé consomme une
grande partie des terres agricoles et des espaces naturels. Ce phénomène entraîne la perte de
biodiversité, la dégradation des sols et la destruction de certains écosystèmes essentiels pour le
maintien de l’équilibre écologique.
Changement climatique et vulnérabilité : Les villes africaines sont particulièrement vulnérables
aux effets du changement climatique, tels que les inondations, les sécheresses, et l’élévation du
niveau de la mer. L’urbanisation incontrôlée aggrave cette vulnérabilité, notamment en raison
de la dégradation des infrastructures et de la mauvaise gestion des risques naturels.
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V- LES ACTEURS DU DEVELOPPEMENT URBAIN
Le développement urbain est un processus complexe qui implique une multitude d'acteurs avec
des rôles distincts, mais souvent interconnectés. Ces acteurs travaillent ensemble ou parfois en
opposition pour orienter, planifier, et mettre en œuvre les stratégies urbaines. Parmi les
principaux acteurs du développement urbain, on trouve les gouvernements, les organisations
non gouvernementales (ONG), les communautés locales et les entreprises privées, chacune
ayant des objectifs, des ressources et des méthodes d’action spécifiques.
1. Rôle des gouvernements, des ONG et des communautés locales
- Gouvernements (nationaux, locaux et régionaux)
Les gouvernements sont des acteurs essentiels du développement urbain, car ils définissent les
politiques publiques qui orientent la gestion et l'aménagement des villes. Leur rôle se manifeste
à plusieurs niveaux :
• Politiques publiques de planification urbaine : Les gouvernements, à travers des
ministères, des agences et des autorités locales, sont responsables de l’élaboration et de la mise
en œuvre des politiques urbaines. Ces politiques peuvent inclure la régulation de l’urbanisation,
la construction d’infrastructures (logements, routes, systèmes de transport), la gestion des
services publics (eau, électricité, assainissement), et la création de logements abordables. La
planification urbaine vise également à réduire les inégalités sociales et économiques en
redistribuant les ressources et en aménageant des espaces publics accessibles à tous.
• Régulation et législation : Les gouvernements définissent les cadres législatifs et
réglementaires qui encadrent le développement urbain. Cela inclut les lois sur l’utilisation des
sols, les normes de construction, et les politiques de logement. Ils ont également un rôle de
régulation des marchés fonciers pour éviter les spéculations et protéger les populations
vulnérables.
• Financement et investissements : Les gouvernements financent en grande partie les
grands projets d'infrastructures urbaines. Dans les pays en développement, l’État peut
également jouer un rôle clé en soutenant des programmes de développement à travers des prêts
internationaux ou des partenariats avec des institutions financières internationales.
- Organisations Non Gouvernementales (ONG)
Les ONG, bien que n’ayant pas le pouvoir législatif, jouent un rôle crucial dans le
développement urbain, notamment en soutenant les populations vulnérables et en participant à
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des initiatives locales. Leurs interventions varient selon les contextes et les besoins spécifiques
des communautés :
• Plaidoyer et défense des droits humains : Les ONG militent souvent pour l’amélioration
des conditions de vie dans les villes, en défendant les droits des populations marginalisées
(femmes, jeunes, personnes en situation de précarité) et en promouvant des politiques publiques
plus inclusives. Elles peuvent jouer un rôle de contre-pouvoir face aux autorités publiques qui
ne tiennent pas compte des besoins des plus démunis.
• Projets de développement local : Beaucoup d'ONG mènent des projets locaux dans les
villes, comme la construction de logements sociaux, l’amélioration de l’accès à l’eau et à
l'assainissement, ou encore la mise en place de programmes de santé publique. Elles sont
souvent présentes dans les zones urbaines informelles (bidonvilles) où elles tentent d'améliorer
les conditions de vie grâce à des solutions innovantes, adaptées aux réalités locales.
• Renforcement des capacités des communautés locales : Les ONG jouent également un
rôle important dans la formation et l'émancipation des populations urbaines. Elles organisent
des formations sur la gestion des ressources, la gouvernance locale, et les droits urbains, pour
que les citoyens puissent participer activement à la gestion de leur environnement.
- Communautés locales
Les communautés locales sont les premiers acteurs du développement urbain, car ce sont elles
qui vivent directement les transformations urbaines. Leur rôle est souvent sous-estimé, mais il
est fondamental :
• Participation à la gestion urbaine : Les communautés locales sont essentielles à la
gestion des espaces urbains, que ce soit à travers des comités de quartier, des associations de
riverains, ou des groupes communautaires. Ces groupes peuvent jouer un rôle dans la gestion
des espaces publics, la gestion des déchets, ou la mise en place d'initiatives de solidarité comme
les jardins communautaires.
• Mobilisation et défense des intérêts locaux : Les communautés locales sont également
à l’origine de nombreux mouvements sociaux et revendications pour une meilleure qualité de
vie en ville. Elles peuvent s’opposer à des projets urbains qu’elles jugent néfastes (comme les
projets de gentrification ou les expulsions de quartiers informels) et exiger plus de services ou
des logements dignes.
• Création de solutions locales : Parfois, les communautés développent des solutions
innovantes face aux problèmes urbains, qu'il s’agisse de systèmes d’assainissement alternatifs
dans les quartiers informels ou d’initiatives de recyclage des déchets. Leur proximité avec le
terrain les rend capables de concevoir des projets adaptés aux réalités locales.
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VI- POLITIQUES PUBLIQUES URBAINES EN COTE D'IVOIRE
Les politiques urbaines en Côte d'Ivoire ont évolué au fil des décennies en réponse aux
transformations sociales, économiques et démographiques du pays. L'urbanisation rapide,
combinée à des défis en matière de gestion des ressources, d'infrastructures et de services
urbains, a conduit le gouvernement ivoirien à mettre en place des stratégies visant à structurer
et améliorer les villes. Ces politiques visent à répondre aux besoins d’une population urbaine
croissante, tout en affrontant des enjeux environnementaux et sociaux complexes.
1. Analyse des politiques de développement urbain en Côte d'Ivoire
Contexte historique et démographique
La Côte d'Ivoire, comme beaucoup de pays africains, a connu une urbanisation rapide à partir
des années 1960, notamment après l’indépendance, avec une concentration croissante de la
population dans les grandes villes. Abidjan, la capitale économique, est le principal pôle urbain,
mais d’autres villes, comme Bouaké, San Pedro et Yamoussoukro, ont également enregistré
une croissance importante. La croissance démographique combinée à l'exode rural a créé une
pression considérable sur les infrastructures urbaines.
Les grandes lignes des politiques urbaines
Depuis les années 1980, la Côte d'Ivoire a mis en place plusieurs politiques visant à structurer
le développement urbain. Ces politiques ont évolué en fonction des priorités économiques et
sociales du pays. On peut distinguer plusieurs périodes clés :
Les années 1970-1980 : Planification centralisée
À cette époque, les politiques de développement urbain étaient largement centralisées, avec des
projets d’aménagement dictés par l’État. Les grandes villes étaient le centre d’un
développement économique et industriel accéléré. La politique d'urbanisation visait à
moderniser les infrastructures et à intégrer les villes dans une dynamique économique nationale.
Cependant, cette période a aussi été marquée par un manque de prévoyance en matière de
gestion des villes en pleine croissance, aboutissant à des problèmes d’aménagement informel.
Les années 1990-2000 : Décentralisation et gestion urbaine
La Côte d'Ivoire a entamé un processus de décentralisation, en transférant davantage de
pouvoirs aux autorités locales pour gérer les problématiques urbaines. La gestion des villes a
été rendue plus flexible, mais la mise en place des structures locales a été entravée par des
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déficits en ressources humaines et financières. Les autorités locales n’ont pas toujours été en
mesure de relever les défis d’une urbanisation rapide, ce qui a abouti à l’émergence de quartiers
informels et à des difficultés en matière de gestion des services publics.
Depuis 2010 : Modernisation et partenariats public-privé
La Côte d'Ivoire, sous la présidence de l’actuel gouvernement, a accentué les efforts pour
moderniser les villes en développant des infrastructures et des projets de réhabilitation urbaine.
Une place plus grande a été accordée aux partenariats public-privé (PPP) pour financer et gérer
ces projets. Le gouvernement a mis en place des programmes pour promouvoir la construction
de logements sociaux, l’assainissement et la gestion des déchets.
- Les objectifs des politiques urbaines
Les politiques urbaines de la Côte d'Ivoire visent à :
Encadrer l’urbanisation : L’État met en place des instruments de planification urbaine pour
réguler l’étalement des villes et éviter la création de zones informelles non contrôlées. Des
documents de planification, tels que les Schémas Directeurs d’Aménagement Urbain (SDAU),
sont élaborés pour guider les aménagements.
Réduire les inégalités urbaines : Un des grands objectifs est de créer des villes plus inclusives.
Les projets de réhabilitation et de construction de logements sociaux visent à répondre à la
demande de logements décents dans les grandes villes, notamment à Abidjan, où la population
urbaine connaît une croissance rapide.
Améliorer l’accès aux services de base : L’État cherche à améliorer l’accès des populations
urbaines à l’eau potable, à l’assainissement, à l’électricité et aux transports. Ces services sont
essentiels pour garantir une qualité de vie décente dans les villes ivoiriennes.
Les défis des politiques urbaines en Côte d'Ivoire
Croissance urbaine rapide et non planifiée : L’urbanisation rapide, souvent mal maîtrisée,
entraîne la prolifération de quartiers informels où l’accès aux services de base est limité. Le défi
reste de structurer cette urbanisation de manière durable.
Financement insuffisant et gestion inefficace : Les projets d’aménagement urbain souffrent
souvent de financements insuffisants et de gestion inefficace des ressources. Bien que des
partenariats public-privé existent, la participation du secteur privé reste encore faible dans
certaines régions et secteurs.
Écarts entre les politiques et leur mise en œuvre : Si les politiques sont souvent ambitieuses,
leur mise en œuvre reste un problème majeur en raison du manque de coordination entre les
différentes institutions et de la corruption parfois présente dans la gestion des projets.
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VII- PROBLEMATIQUES URBAINES CONTEMPORAINES EN COTE D'IVOIRE
La Côte d'Ivoire, comme beaucoup de pays en développement, connaît des défis majeurs en
matière de gestion de l'urbanisation rapide. L'urbanisation accélérée, couplée à une croissance
démographique importante, a engendré plusieurs problématiques qui impactent la qualité de vie
des citadins. Deux des enjeux majeurs de l'urbanisation contemporaine en Côte d'Ivoire sont
l'habitat informel et les bidonvilles, ainsi que la mobilité urbaine et les transports. Ces
problématiques sont interconnectées et ont des répercussions importantes sur le développement
des villes, notamment dans la capitale économique, Abidjan, mais aussi dans d’autres grandes
villes du pays.
1. Habitat informel et bidonvilles
- Croissance des quartiers informels
L'habitat informel désigne les formes d'urbanisation qui échappent à la planification et à la
réglementation officielles, et où les conditions de vie sont souvent précaires. En Côte d'Ivoire,
notamment à Abidjan, cette forme d’habitat s’est largement développée en raison de la forte
croissance démographique et de l'exode rural. Le manque de logements abordables et
l’insuffisance des infrastructures de logement ont conduit une partie de la population à
s’installer dans des zones non planifiées, appelées bidonvilles.
Causes de l’habitat informel : La croissance rapide des villes, principalement alimentée par un
afflux massif de populations rurales en quête d'opportunités économiques, a créé une pression
énorme sur le marché du logement. La production de logements ne suit pas cette demande
croissante, et les politiques publiques n’ont pas toujours été capables de répondre à cette
urgence en matière de logement. L’insuffisance de l’offre en logements sociaux, la spéculation
foncière et l'absence de régulation du marché immobilier favorisent l’émergence de quartiers
informels, souvent sans services de base.
Caractéristiques des bidonvilles : Les bidonvilles en Côte d'Ivoire sont caractérisés par des
habitations précaires construites sur des terrains souvent non aménagés. Ces quartiers manquent
d’infrastructures de base telles que l’eau potable, l’assainissement, l’électricité ou encore des
routes praticables. Les conditions sanitaires dans ces quartiers sont déplorables, avec des risques
élevés de maladies en raison de la mauvaise gestion des déchets et du manque d'assainissement.
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- Conséquences sociales et économiques
L'habitat informel a des conséquences profondes sur la vie sociale et économique des habitants
:
Inégalités sociales : L’émergence de ces quartiers engendre une segmentation de la ville, avec
une séparation marquée entre les populations riches, vivant dans des quartiers modernes et bien
équipés, et les populations pauvres, confinées dans les bidonvilles. Ces inégalités se reflètent
dans l’accès aux services publics, aux emplois, à la sécurité et à la santé.
Exclusion sociale et manque d’opportunités : Les habitants des bidonvilles sont souvent exclus
des circuits économiques formels et sont confrontés à des difficultés d’insertion sociale. Ils
vivent dans une économie informelle, sans couverture sociale, et sont souvent vulnérables face
aux risques d’expulsions ou aux catastrophes naturelles.
Risque de gentrification : Le phénomène des bidonvilles est exacerbé par des projets de
gentrification dans certaines villes comme Abidjan. Ces projets cherchent à transformer des
quartiers informels en espaces urbains de prestige, mais cela entraîne souvent l’expulsion des
habitants, sans solution de relogement. Cela pose une question de justice sociale, car les
habitants sont laissés à la merci du marché foncier.
VIII- PARTICIPATION CITOYENNE ET GOUVERNANCE URBAINE
Le développement urbain, dans sa dimension la plus efficace et durable, nécessite la
participation active des citoyens et une gouvernance urbaine inclusive. La gouvernance urbaine
et la participation citoyenne jouent un rôle clé dans la création de villes justes, équitables et
résilientes face aux défis socio-économiques, environnementaux et politiques contemporains.
En Côte d'Ivoire, comme dans d'autres pays en développement, la participation des citoyens et
la mise en place de mécanismes de gouvernance efficaces sont des enjeux majeurs dans le
processus de développement urbain.
1. Importance de la participation des citoyens dans le développement urbain
Concept de participation citoyenne
La participation citoyenne dans le développement urbain se réfère à l’implication active des
habitants dans les décisions et les actions qui affectent leur environnement urbain. Cela inclut
la consultation, l’implication dans les processus de décision, l’évaluation des politiques
urbaines et la gestion des ressources urbaines. Il s’agit d’un processus par lequel les citoyens
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ont la possibilité de contribuer à la définition et à la mise en œuvre de politiques urbaines qui
touchent directement leur vie quotidienne.
Avantages de la participation citoyenne
Renforcement de la démocratie et de la justice sociale : La participation permet d’assurer que
les décisions prises en matière de développement urbain ne sont pas uniquement celles des
autorités ou des élites économiques, mais qu’elles prennent en compte les besoins et les voix
des communautés locales. Cela permet de réduire les inégalités et de rendre la gouvernance plus
transparente et inclusive. En effet, une ville qui inclut les citoyens dans son développement est
plus susceptible d’être perçue comme juste et légitime.
Amélioration de la qualité des politiques publiques : Lorsqu’un développement urbain prend en
compte les besoins réels et les priorités des habitants, les politiques mises en place sont
généralement plus adaptées et efficaces. La participation active des citoyens permet aux
autorités de mieux comprendre les défis locaux, d’obtenir des retours sur les politiques en cours
et de trouver des solutions plus pertinentes et durables aux problèmes urbains. Par exemple, les
habitants d'un quartier peuvent avoir des idées précieuses sur les priorités en matière
d'infrastructure ou de sécurité qui échappent souvent aux autorités publiques.
Responsabilisation et empowerment des citoyens : La participation active des citoyens dans la
gestion de leur environnement urbain les responsabilise. Elle leur donne une voix, les incite à
prendre en charge leur propre développement, et renforce leur engagement dans la vie de la
communauté. Ce processus renforce également leur capacité à défendre leurs droits et à
revendiquer des améliorations. Dans le cadre du développement urbain, cela peut se traduire
par la mise en place d’initiatives communautaires ou de programmes d’aménagement
participatif.
Renforcement de la cohésion sociale : Une gouvernance urbaine qui inclut la participation des
citoyens favorise le dialogue et la coopération entre les différents groupes sociaux. Cela peut
contribuer à la réduction des conflits urbains, renforcer la solidarité et améliorer le tissu social,
en particulier dans des contextes urbains où les tensions entre les différentes catégories de
population sont parfois vives.
2. Mécanismes de gouvernance urbaine
Concept de gouvernance urbaine
La gouvernance urbaine fait référence aux processus de prise de décision, de gestion des
ressources, et d’établissement de politiques et de réglementations dans les villes. Elle inclut les
relations et les interactions entre les différentes institutions publiques, privées et les citoyens.
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La gouvernance urbaine cherche à gérer efficacement le développement urbain tout en
favorisant l’inclusivité, la transparence et la durabilité.
Mécanismes de gouvernance urbaine
La décentralisation et les autorités locales : En Côte d'Ivoire, comme dans de nombreux pays
africains, la décentralisation est un mécanisme clé de gouvernance urbaine. Elle vise à transférer
des pouvoirs de décision aux autorités locales (mairies, municipalités) pour leur permettre de
mieux gérer le développement des villes. La décentralisation favorise l’approfondissement de
la démocratie locale en rapprochant la prise de décision des citoyens et en permettant une
gestion plus réactive et adaptée aux réalités locales.
Les forums de consultation et les comités de quartier : Dans de nombreuses villes ivoiriennes,
des comités de quartier ou des forums communautaires sont organisés pour consulter les
habitants sur les projets d’aménagement ou de réhabilitation. Ces mécanismes permettent aux
citoyens d’exprimer leurs besoins, leurs préoccupations et de contribuer à l’élaboration des
politiques publiques locales. Ils peuvent être des outils précieux de gouvernance participative,
assurant ainsi que les politiques urbaines répondent aux attentes des communautés.
Les plateformes numériques et la gouvernance électronique : Avec le développement des
technologies numériques, de plus en plus de villes africaines, y compris en Côte d'Ivoire,
utilisent des plateformes en ligne pour impliquer les citoyens dans la prise de décisions. Ces
plateformes permettent aux habitants de signaler des problèmes (pannes d’infrastructures,
déchets non collectés, etc.), de participer à des consultations publiques ou de s’informer sur les
projets de la municipalité. La gouvernance numérique peut ainsi renforcer la transparence et
l’efficacité des processus décisionnels urbains.
Défis de la gouvernance urbaine en Côte d'Ivoire
Fragmentation et manque de coordination : En Côte d'Ivoire, la gouvernance urbaine souffre
parfois de la fragmentation entre les différents niveaux de gouvernement et les autorités locales.
La coordination entre les acteurs publics, privés et la société civile n’est pas toujours fluide, ce
qui peut entraîner des incohérences dans la mise en œuvre des politiques urbaines.
Corruption et mauvaise gestion : La corruption demeure un défi majeur dans la gouvernance
urbaine en Côte d'Ivoire. Elle peut nuire à la transparence des processus décisionnels et conduire
à une mauvaise allocation des ressources. La gouvernance urbaine doit être renforcée par des
mécanismes de contrôle et des politiques anti-corruption.
Participation limitée des populations vulnérables : Bien que la participation citoyenne soit
encouragée, les populations les plus vulnérables (notamment les femmes, les jeunes, les
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personnes âgées et les habitants des quartiers informels) ont souvent moins accès aux processus
décisionnels. Il est donc essentiel d’adopter des mesures spécifiques pour garantir une
participation inclusive, qui ne laisse personne de côté.
CONCLUSION GENERALE
La sociologie urbaine s’impose aujourd’hui comme une branche incontournable de la
sociologie générale. Son champ d’étude reste riche en matière d’analyse et de compréhension
de la réalité sociale. La sociologie urbaine, permet au chercheur d’analyser de façon objective
le processus d’urbanisation, les interactions entre les acteurs urbains, la dynamique socio-
économique et environnementale dans nos villes. Le développement urbain en Côte d'Ivoire est
un processus complexe, qui nécessite une approche globale, intégrée et inclusive. Les défis sont
nombreux, mais les perspectives d’avenir sont encourageantes. En combinant une meilleure
planification urbaine, des politiques inclusives, la participation des citoyens et l’innovation, la
Côte d'Ivoire pourrait devenir un modèle de développement urbain durable et équitable. Il est
essentiel que les autorités publiques, la société civile et le secteur privé collaborent de manière
plus étroite pour relever ces défis et construire un avenir urbain où tous les citoyens, quelle que
soit leur classe sociale, puissent vivre dans des conditions dignes et prospères.
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