SESSION 2000 My Ismail Mamouni
MP007
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MP*1-Rabat
CONCOURS COMMUNS POLYTECHNIQUES
DM Algèbre Générale
ÉPREUVE SPÉCIFIQUE-FILIÈRE MP
Ordre d'un élément
Exercice 1
Soit p un nombre premier. L’objet de cet exercice est de répertorier les groupes finis à
2p éléments. Soit G un tel groupe. On notera la loi multiplicativement et e le neutre
de G .
1) Donner les ordres possibles d’un élément de G différent de e .
2) Donner un exemple de groupe cyclique G d’ordre 2p , en précisant l’ordre de
chacun des éléments.
3) Dans cette question, on suppose que G n’est pas cyclique.
a) Montrer que G possède au moins un sous-groupe cyclique d’ordre p .
b) Montrer que si p > 2, G contient au plus un sous-groupe cyclique d’ordre p .
c) Décrire alors G .
4) Donner un exemple d’un groupe non cyclique G d’ordre 2p , en précisant l’ordre
de chacun de ses éléments.
Exercice 2
Soit G un groupe fini d’ordre n.
1) On suppose que G est cyclique.
a) Montrer que tout sous-groupe de G est cyclique.
b) Montrer que pour tout diviseur d de n dans N, il existe un et un seul sous-
groupe de G d’ordre d .
2) Pour tout diviseur d de n, on désigne par c (d ) le nombre de sous-groupes
cycliques d’ordre d de G et pour tout entier k ∈ N∗ , on désigne par ϕ(k ) le
nombre d’entiers entre 1 et k , premiers avec k (indicatrice d’Euler de k ).
a) Montrer que si H est un sous-groupe cyclique d’ordre d de G , le nombre
de ses éléments générateurs est ϕ(d ).
X
b) Démontrer alors la relation : n = c (d )ϕ(d ).
d |n
(La somme est étendue à tous les diviseurs de n.)
3) En déduire que : X
∀n ∈ N∗ , n = ϕ(d ).
d |n
4) Montrer que si le groupe G possède, pour tout diviseur d de n, au plus un
sous-groupe cyclique d’ordre d , alors G est cyclique.
Exercice 3
Soit G un groupe de cardinal n, d’élément neutre e , et p un diviseur premier de n. On
veut montrer que G possède au moins un élément d’ordre p (théorème dû à Augustin
Cauchy).
On désigne par E l’ensemble des p -uplets d’éléments de G dont le produit est e :
E = {(x1 ,..., xp ) ∈ G p , x1 ··· xp = e }.
1) Montrer que CardE = n p −1 .
2) On considère l’application σ définie sur E définie par : σ(x1 ,..., xp ) = (x2 ,..., xp , x1 ).
a) Montrer que σ appartient au groupe des bijections de E dans E , et que
σp = IdE .
b) Soit (x1 ,..., xp ) ∈ E ; on désigne par r le plus petit entier strictement positif
tel que σr (x1 ,..., xp ) = (x1 ,..., xp ). Montrer que r = 1 ou p .
c) Montrer que r = 1 si et seulement si x1 = ··· = xp = x où x est un élément
de G d’ordre 1 ou p .
d) Montrer que le nombre d’éléments de E pour lesquels r = p est un multiple
de p .
3) On suppose que le groupe G ne possède aucun élément d’ordre p . Trouver une
contradiction et conclure.
Corrigé
Exercice 1
1) L’ordre d’un élément de G différent de e est un diviseur supérieur ou égal à 2 du
cardinal de G , soit ici 2p . Donc, les ordres possibles d’un élément de G différent de e
sont 2, p et 2p .
2) L’ensemble G des racines (2p )-ièmes complexes de l’unité est un groupe cyclique
2k π kπ
d’ordre 2p . Posons pour tout k ∈ ¹0, 2p − 1º, ωk = ei 2p = ei p . Il est clair que pour tout
2p
k ∈ ¹1, 2p − 1º, ωk = 1 et on a :
ω2k = 1 ⇔ 2kpπ ≡ 0 mod 2π ⇔ p |k , et comme k ∈ ¹1, 2p − 1º, k = p
(
p pkπ
ωk = 1 ⇔ p = k π ≡ 0 mod 2π, soit k est pair.
Ainsi, ωp est d’ordre 2, ωk est d’ordre p quand k est pair et d’ordre 2p quand k est
impair et différent de p .
3) Remarquons que G n’est pas cyclique, donc ne contient aucun élément d’ordre
2p . Ainsi, tout élément de G différent de e est d’ordre 2 ou p .
a) Si p = 2 , alors tout élément est d’ordre 2.
Si p > 2, supposons que G ne contienne pas de sous-groupe cyclique d’ordre p . Alors,
aucun élément n’est d’ordre p , donc tous les éléments de G sont d’ordre 2 (c’est-à-dire
leur propre symétrique). Soit alors x1 et x2 deux éléments de G distincts et différents
de e . On a :
• x1 x2 = e ⇒ x2 = x12 x2 = x1 (x1 x2 ) = x1 , ce qui est absurde, donc x1 x2 6= e ;
• x1 x2 = x1 ⇒ x2 = e , ce qui est absurde, donc x1 x2 = 6 x2 .
Or, x1 x2 = (x1 x2 )−1 = x2−1 x1−1 = x2 x1 , donc x1 et x2 commutent.
Alors, H = e , x1 , x2 , x1 x2 est stable par la loi de G , et comme chaque élément est son
propre inverse, H est un sous-groupe de G d’ordre 4. Ceci est absurde car 4 ne divise
pas 2p .
Ainsi, G contient au moins un sous-groupe cyclique d’ordre p .
Remarque : nous avons démontré ici un cas particulier du théorème de Cauchy qui
énonce que dans tout groupe fini de cardinal n, pour tout diviseur premier p de n , il
existe au moins un élément d’ordre p , donc un sous-groupe cyclique d’ordre p . Nous
démontrerons ce théorème dans l’exercice 4, plus loin dans ce chapitre.
b) Supposons que G contienne deux sous-groupes cycliques d’ordre p distincts :
H1 =< x1 > et H2 =< x2 >.
Comme p est premier, tout élément de H1 (resp. H2 ) différent de e engendre H1 (resp.
H2 ). Alors, s’il existe x ∈ H1 ∩ H2 tel que x = 6 e , on a H1 = H2 =< x >, ce qui est
absurde. Ainsi, H1 ∩ H2 = {e } et H1 ∪ H2 contient 2p − 1 éléments de G . Soit x3 le
dernier élément de G , autrement dit, celui qui n’appartient ni à H1 , ni à H2 . Cet élément
est nécessairement d’ordre 2. Que penser de x1 x3 et x3 x1 ? Ces deux éléments sont
distincts de x3 (sinon, on aurait x1 = e ) et différents de toute puissance de x1 (sinon
x3 serait lui-même une puissance de x1 , donc appartiendrait à H1 ). Ainsi, ces deux
éléments sont dans H2 et donc (x1 x3 )(x3 x1 ) ∈ H2 . Or :
(x1 x3 )(x3 x1 ) = x1 x32 x1 = x12 ∈ H2 .
Ainsi, x12 = e , ce qui est absurde, car p > 2 et x1 est d’ordre p . Finalement, si p > 2 , G
contient au plus un sous-groupe cyclique d’ordre p .
Chapitre 1 – Groupes
c) D’après ce qui précède, G contient exactement un élément d’ordre p et tous ses
autres éléments distincts de e sont d’ordre 2. Donc :
p −1
G = e , x0 , x02 , . . . , x0 , x1 , x2 , . . . , xp avec : ∀k ∈ ¹1, p º, xk2 = e .
4) Rappelons qu’une isométrie du plan affine euclidien P est une application de P
dans P qui conserve les distances. On a les résultats suivants sur les isométries :
• la composée de deux isométries est une isométrie ; toute isométrie est bijective et
sa réciproque est une isométrie. Comme l’identité de P est une isométrie, ceci prouve
que l’ensemble des isométries de P est un sous-groupe du groupe des bijections de P
dans P ;
• les seules isométries du plan ayant au moins un point invariant sont les rotations
et les réflexions ;
• l’image d’un polygone régulier convexe par une isométrie est un polygone régulier
convexe de même centre, de même nombre de côtés et dont les sommets sont les
images des sommets du polygone initial.
Dans le plan P , considérons A 1 A 2 · · · A p un polygone régulier convexe à p côtés, de
centre O et appelons G l’ensemble des isométries de P laissant globalement invariant
ce polygone.
Alors, l’identité de P est une isométrie qui appartient clairement à G . Si (f , g ) ∈ G 2 ,
le polygone A 1 A 2 · · · A p est globalement invariant par g , donc par g −1 et par f , donc
par f ◦ g −1 . Donc f ◦ g −1 ∈ G , ce qui prouve que G est un sous-groupe du groupe des
isométries de P , donc un groupe.
D’après les propriétés rappelées, pour tout f ∈ G , O est invariant par f , donc f est
une rotation ou une réflexion. En passant en revue les images possibles de A 1 par un
élément de G et les rotations de centre O ou les réflexions donnant ces images, on
prouve assez facilement que :
G = id, r, r 2 , . . . , r p −1 , s1 , s2 , . . . , sp ,
où r est la rotation de centre O et d’angle 2π p et sk est la réflexion ayant pour axe
la médiatrice de [A k A k +1 ] (en posant A p +1 = A 1 ). Toutes les rotations sont d’ordre p
(puisque p est premier) et toutes les réflexions sont d’ordre 2. Ainsi, G est bien un
groupe non cyclique d’ordre 2p .
Exercice 2
1) Soit G un groupe cyclique d’ordre n.
a) Soit g un élément générateur de G et H un sous-groupe de G . Considérons
l’ensemble K = {k ∈ Z, g k ∈ H }. Il est non vide, puisqu’il contient 0, stable par
addition : si (g k , g k ) ∈ H 2 , g k +k = g k g k ∈ H et il contient les opposés de ses éléments :
0 0 0
si g k ∈ H , g −k = (g k )−1 ∈ H . C’est donc un sous groupe de (Z, +) ; il existe p ∈ N tel que
K = p Z. Notons que g n = e ∈ H , donc n ∈ K , ce qui prouve que p est un diviseur de n.
Comme g p ∈ H , le sous-groupe engendré par g p est inclus dans H : <g p > ⊂ H .
Réciproquement, pour tout k ∈ Z tel que g k ∈ H , k ∈ p Z : il existe k 0 ∈ Z tel que
0 0
k = k 0 p , d’où g k = g k p = (g p )k ∈ <g p >. Donc H ⊂ <g p >. En définitive, H = <g p >.
H est le groupe cyclique engendré par g p .
b) Soit d un diviseur de n ; posons n = d p et considérons le sous-groupe H = <g p>,
d’ordre h . On a (g p )d = g n = e ; comme g p est d’ordre h , h |d . De plus, g p h = (g p )h = e ;
comme g est d’ordre n, n|p h , d’où d |h . En définitive, h = d . Le sous-groupe H est
d’ordre d . On a nécessairement p = n , ce qui implique que H est le seul sous-groupe
d
de G d’ordre d .
2) a) Soit d un diviseur de n et <x > un éventuel sous-groupe cyclique d’ordre d
•
de G . L’application θ de Z/d Z dans <x > : k p→ x k (bien définie, puisque si k ≡ k 0 [d ],
0
x k = x k ) est un morphisme de groupes. Comme x k = e équivaut à k ∈ d Z, c’est-à-dire
• • •
à k =0 modulo d
, le noyau de θ est {0}, donc θ est injectif.
Or, Card Z/d Z = Card <x > = d , donc θ est bijectif : c’est un isomorphisme.
•
On sait que les éléments générateurs de Z/d Z sont les classes k , où k est premier
avec d . Il y en a donc ϕ(d ). Les éléments générateurs de <x > sont les images par θ de
ceux de Z/d Z. Ces images sont distinctes deux à deux, il y en a donc également ϕ(d ).
b) Tout élément de G est générateur d’un sous-groupe cyclique d’ordre d , où d est
un diviseur de n. Chacun de ces c (d ) sous-groupes possède ϕ(d ) éléments générateurs.
D’où : X
n= c (d )ϕ(d ).
d |n
3) En particulier, en appliquant la relation précédente à un groupe cyclique, on a,
pour tout diviseur d de n, c (d ) = 1 d’après la question 1)b, et donc :
X
∀n ∈ N∗ , n = ϕ(d ).
d |n
4) Si pour le groupe G , on suppose que, pour tout d divisant n, c (d ) ¶ 1, on a :
X X
n= c (d )ϕ(d ) ¶ ϕ(d ) = n.
d |n d |n
Cette relation n’est possible que si pour tout d , c (d ) = 1. En particulier, c (n) = 1 : le
groupe G tout entier est cyclique.
Exercice3
1) Un élément de E est entièrement déterminé par les p − 1 éléments x1 , . . . , xp −1
que l’on peut choisir librement ; le dernier sera donné par xp = xp−1−1 . . . x1−1 . On en
déduit : CardE = n p −1 .
2) On considère l’application σ de E dans E définie par : σ(x1 , . . . , xp ) = (x2 , . . . , xp , x1 ).
a) Si (x1 , x2 , . . . , xp ) ∈ E , x1 x2 · · · xp = e , donc x2 · · · xp = x1−1 et x2 · · · xp x1 = e ,
ce qui signifie que (x2 , . . . , xp , x1 ) = σ(x1 , x2 , . . . , xp ) ∈ E : σ est une application de
E dans E . Tout élément (x1 , . . . , xp ) de E possède un antécédent unique par σ, qui est
(xp , x1 , . . . , xp −1 ) ; donc σ est une bijection. En répétant σ p fois, on revient au point
de départ : σp = IdE .
b) Soit (x1 , . . . , xp ) ∈ E ; l’ensemble H des entiers k tels que σk (x1 , . . . , xp ) = (x1 , . . . , xp )
est un sous-groupe de Z. Comme r est le plus petit élément strictement positif de H ,
on a H = r Z. Comme σp = IdE , p ∈ H , donc p est un multiple de r , et comme il est
premier, r = 1 ou p .
c) r = 1 si et seulement si (x1 , . . . , xp ) est invariant par σ, c’est-à-dire si x1 = · · · = xp .
On a alors (x , x , . . . , x ) ∈ E , c’est-à-dire x p = e : l’ordre de x divise p . Comme p est
premier, cet ordre est 1 ou p .
d) Si r = p , les p éléments (x1 , . . . , xp ), (x2 , . . . , xp , x1 ), . . . (xp , x1 , . . . , xp −1 ) sont tous
distincts et vérifient tous r = p . L’ensemble des éléments (x1 , . . . , xp ) tels que r = p
peut donc être partitionné en sous-ensembles de cardinal p . On en déduit que le
nombre de tels éléments est multiple de p .
3) Supposons que le groupe G ne possède aucun élément d’ordre p . Il n’existe alors
qu’un seul élément dans E vérifiant r = 1 : c’est (e , e , . . . , e ). On a donc : n p −1 = 1 + N
où N est le nombre d’éléments de E vérifiant r = p . Or n p −1 et N sont tous deux des
multiples de p . On aboutit à une contradiction, qui nous permet de conclure :
Théorème de Cauchy : dans tout groupe de cardinal n, pour tout nombre premier p
qui divise n, il existe au moins un élément d’ordre p .