Revue des mondes
musulmans et de la
Méditerranée
119-120 | 2007
Migrations Sud-Sud
Première partie
Migrations Sud-Sud
Les circulations contrariées des migrants vers le monde
arabe
FABIENNE LE HOUÉROU
https://doi.org/10.4000/remmm.4083
Texte intégral
1 Migrer. Se mouvoir, se déplacer est devenu un des signes les plus éloquents de la
mondialisation. Que celles-ci se déclinent par le bas (Tarrius, 2002), par le haut, le
milieu ou encore par ses marges les mobilités plurielles sud-sud incarnent le nouveau
paradigme d’une contre-mondialisation. Celle des circulations contrariées des plus
pauvres ou nouveaux parias (Le Houérou, 2004). Depuis deux décennies les trajets
linéaires des migrants qui les conduisaient d’une station de départ – (au sud) vers un
lieu d’arrivée (au nord) tendent à se modifier pour des trajectoires détournées,
circulaires ou en dents de scie, dans une nouvelle logique de parcours sud-sud (Le
Houérou, 2004). Désormais les mobilités des personnes épousent les contraintes
érigées par les États-nations en s’adaptant à des itinéraires de plus en plus souples et
géographiquement marginaux. Les parcours des migrants s’adaptent aux règles
frontalières et aux différents terrains géographiques. Les acteurs de la migration sont
astreints, pour ces trajets, avant d’atteindre leur destination finale- à effectuer des
arrêts fréquents. Ces passages par essence furtifs perdurent et posent de ce fait des
problèmes inédits tant aux circulants, qu’aux États traversés et aux sociétés qui les
accueillent. Les espaces parcourus ne sont pas exclusivement des sites urbains, les
circulants peuvent également créer des bourgs ou réinvestir d’anciens villages
sahariens abandonnés. Leurs circulations transforment le territoire franchi. La
station, pensée comme transitaire, d’essence éminemment provisoire, tend à se
prolonger dans la durée. De nombreuses villes du monde arabe et musulman
deviennent ainsi, dans ce processus de globalisation, des villes de transit.
Itinéraires comparés des migrants
volontaires et forcés : les transits
obligés dans les villes du monde arabe
et musulman
2 Ces flux traduisent une volonté forte de mise en mobilité de populations de pays en
voie de développement et de l’instrumentalisation des outils juridiques
internationaux (telle la convention de Genève) par des populations objectivement
Cevictimes des des
site utilise différents « fascismes
cookies et » (au sens pluriel que lui donne Pierre Milza). En
effet, jusqu’à la fin
vous donne le contrôle sur des années 1960, seuls les Européens étaient concernés par le
statutque
ceux de réfugié et la convention de Genève, signée en 1951, avait été rédigée par des
vous souhaitez
juristes imprégnés
activer par l’exemplarité de la Shoah. Depuis les indépendances des
anciennes colonies, ladite convention – en raison des changements historiques – s’est
adressée essentiellement aux pays en voie de développement. La prise de conscience
de ce
✓ «Tout
turning point », dans les années 1980, a contribué à inciter la communauté
accepter
internationale à proposer des réponses aux nouveaux flux en provenance d’autres
continents. Les organismes onusiens (HCR, WFP, PAM) ont construit leur
✗ Tout refuser
compétence dans la gestion de ces flux et sont censés réguler les mouvements
anarchiques des circulants des pays les plus pauvres du monde. Remplaçant ainsi
Personnaliser
progressivement les compétences des États dans le contrôle des mouvements de
populations et apportant à des voyageurs illégaux une identité juridique
Politique de
internationale leur ouvrant des droits.
confidentialité
3 Toutefois avant même la mise en application de cette convention, créant la
catégorie juridique du « réfugié », l’Afrique, le Moyen-Orient et le Maghreb n’avaient
jamais cessé d’être le théâtre de circulations de toutes natures. Rappelons les voyages
pieux des pèlerins musulmans d’Afrique qui ne parvenaient pas jusqu’à la Mecque et,
qui, contrariés dans leur périple, finissaient par s’installer sur les territoires traversés,
épousant in fine la citoyenneté du pays d’accueil. C’est le cas des « Fellata » du
Soudan qui sont aujourd’hui quelques millions.
4 Les circulations des opposants politiques deviennent codifiées et le statut de
« réfugié» de 1951 permet également de contrôler les mouvements des populations
les plus pauvres. Les « stigmatisés », victimes de la violence d’État, deviennent des
« déplacés » ou « réfugiés ». Concepts juridiques qui répondent à une exigence de
mise en ordre mais qui ne permettent pas de comprendre les logiques des mobilités
en acte dans le monde.
5 En effet, les Soudanais du Darfour sont d’abord des déplacés au Soudan avant de
devenir des réfugiés en Égypte (lorsqu’ils passent une frontière ils changent de
statut).
6 Ces notions fabriquées après 1951 nous permettent ainsi de considérer que le rôle
coercitif des États ne s’est pas dilué dans un processus d’évanouissement et de
progressive déliquescence en face d’une mondialisation insaisissable. En contrepoint
des circulations globalisées et des volontés humaines à se déplacer librement
demeurent les réalités nationales d’États qui ne sont pas disposés à laisser les
frontières sans surveillance. Le Haut Commissariat auprès des Réfugiés (HCR), grâce
à des bureaux délocalisés, dans le monde entier, opère une sélection de tous ces
migrants forcés : reconnaît à ceux qui relèvent de la convention de Genève le statut de
réfugié et rejettent les demandes des migrants économiques. L’objectif étant de
s’acheminer vers un transfert de compétence en faveur des États du sud dans la
procédure de reconnaissance du statut de réfugié. Aujourd’hui ce sont encore les
organismes internationaux qui gèrent les flux des circulants les plus démunis et les
plus nombreux de la planète.
7 Il existe une relation étroite entre l’ouverture de bureaux par le HCR dans certaines
cités du monde et des nouvelles fonctions de transit de ces villes rappelant de ce fait
la corrélation entre « l’étape forcée » et la mission régulatrice des grands organismes
onusiens chargés de la gestion des flux migratoires. Les critiques auxquelles fait face
le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (notamment avec la mise
en place des Refugee Studies dans les universités anglo-saxonnes) démontrent la
difficulté de cet organisme à remplir sa mission de protection auprès de ces migrants
forcés et la tendance à se transformer en outil dans les mains des Occidentaux qui en
sont également les principaux bailleurs de fonds. Le massacre des Soudanais de
décembre 2005 illustre de manière malheureuse cette récente évolution. Le HCR
avait sollicité directement la police égyptienne pour briser une manifestation
organisée par des réfugiés soudanais au Caire. L’intervention des services de sécurité
sera l’occasion d’un « carnage » effroyable dont le nombre des victimes demeure un
sujet d’ardentes polémiques entre ONG et sources gouvernementales.
8 L’étape forcée est ainsi une forme de contrariété imposée aux migrants,
circulants, réfugiés, déplacés, par le contrôle des frontières. Le transit obligatoire se
présente ainsi comme le produit même de la difficulté à passer d’un monde à l’autre.
Nomades forcés, migrants forcés,
réfugiés, aventuriers, parias : de la
difficulté de nommer
9 Qui sont ces circulants qui poursuivent la route périlleuse à travers les déserts et
les mers sur des embarcations de fortune pour atteindre leurs destinations finales ?
Des migrants économiques, des aventuriers, des réfugiés, des migrants forcés, des
nouveaux nomades ou encore des parias ?
10 Toutes ces catégories utilisées - tant par les média que par les chercheurs en
sciences humaines - nous rappellent la complexité de nommer. Il est banal depuis les
réflexions de Baudrillard de considérer que nommer est souvent le commencement
d’une « idéologisation ». Aussi nous rappellerons, dans une tentative d’inventaire, les
différentes définitions en vigueur tant dans la littérature scientifique, juridique que
dans les médias et les organismes humanitaires.
11 Réfugiés : Le concept est éminemment juridique. Le réfugié est un circulant qui
sollicite un autre État afin d’y trouver un refuge « légal ». La définition est clarifiée
par l’article 1-A de la convention de Genève de 1951. Cette réglementation
internationale définit le profil de l’opposant politique et reconnaît le réfugié comme
un « combattant pour la liberté ».
12 Le terme aventurier est utilisé par les médias et se retrouve dans les sciences
humaines, la littérature géographique évoque parfois le migrant tel un voyageur en
quête d’opportunités et, qui, par sa compétence nomade, parvient à traverser les
frontières. Il s’agit d’une catégorie proche de celle du migrant économique. La
mobilité est l’aboutissement d’une décision volontaire de l’acteur porteur d’un projet,
lui-même soutenu par un faisceau d’intérêts. Le migrant économique est présenté,
souvent de manière caricaturale, comme un opportuniste qui s’exile par souci de
mieux vivre, animé par cette ambition. Le circulant n’est pas en situation de fuite ou
de « sauve qui peut » ; il poursuit un objectif et dispose d’un agenda de circulations.
13 La définition de migrant forcé est surtout utilisée par les anglo-saxons, employée
plus particulièrement à Oxford par les acteurs de la recherche en sciences sociales,
afin d’identifier tous ceux qui sont acculés à l’exil (migrants involontaires) mais qui
ne relèvent pas « forcément » juridiquement de la convention de Genève de 1951. Il
est question de « la victime absolue » en situation de fuite. Le migrant forcé est en
réalité un réfugié (une personne en situation de fuite) mais qui ne répond pas
juridiquement à l’article 1 A de la convention de Genève et n’est pas reconnu comme
réfugié par le Haut commissariat des Nations Unies. Il s’agit donc des catégories de
migrants les plus nombreux : circulants en quête de refuge ayant été débouté du droit
d’asile par les bureaux du HCR ; réfugiés sans carte des errants exclus de la
reconnaissance juridique ; réfugiés climatiques et victimes d’exactions de droit civil et
d’abus de pouvoir ordinaires ne rentrant pas dans l’article 1 A de la convention de
Genève sauf cas extraordinaire lorsque le requérant à l’asile présente des sévices
particulièrement graves. Le degré de gravité laissant une très grande largesse de
manœuvre aux juristes chargés de statuer.
Du migrant forcé au paria
14 La catégorie de migrant forcé nous renvoie également à une représentation d’un
d’alter menaçant (Saïd Haddad) car hors catégorie juridique et exclu d’une légalité de
présence sur les territoires où il se trouve. En témoignent les termes inventoriés pour
désigner cet Autre différent tel que le terme de « cafard », les sobriquets
dévalorisants - Bongo-Bongo, Tatchouka ou encore Chocolata - que l’on peut relever
dans les interactions verbales quotidiennes entre migrants et société d’accueil. Ces
humiliations sont véhiculées par des images (qui se rapportent souvent à des plats
cuisinés) paradigmes du refoulement et du déchet. Une icône qui réactualise
l’imagerie liée à l’histoire de l’esclavage dans le monde arabe (Le Houérou, 2005).
15 Au cours de récents travaux sur les réfugiés, en s’inspirant du lumineux travail
d’Hannah Arendt sur l’antisémitisme, nous tenterons de nous interroger sur la
pertinence de la notion de paria appliquée aux migrants subsahariens. La
catégorisation « paria » nous ramène à l’histoire des fascismes et aux effets de
l’exclusion fasciste dans la création de groupes stigmatisés. Dans l’œuvre d’Hanna
Arendt, l’identifiant paria est introduit à plusieurs reprises. Elle insiste sur la
distinction entre le juif de cour et d’exception (par la richesse) et les juifs ordinaires
ou parias. Elle cite la définition donnée par Johann Jacob Shudt :
« Cela signifie le bonheur pour quelques uns seulement. Le peuple considéré
comme corpo (sic), est partout pourchassé, ne se gouverne pas lui même, est
soumis à une domination étranger ; il n’a ni pouvoir, ni dignité et erre par le
monde, partout étranger » (Arendt, 2005 : 294).
16 La représentation du juif tel un paria errant, imaginée par l’antisémitisme
classique présente quelques éléments de similitude avec les migrants forcés et les
réfugiés de nos mondes contemporains. Le concept de réfugié, né après l’éviction des
fascismes, réunit tous ceux qui ont été abusés par ces régimes (juifs, noirs tsiganes,
homosexuels, infirmes).
17 Le réfugié n’est-il pas cet invalide sans nationalité qui ne se gouverne plus et qui
dépend de la communauté internationale pour bénéficier de l’identité bleue du
passeport Nansen (du nom du premier Haut Commissaire pour les Réfugiés) ?
18 Hanna Arendt soulignait les deux positions extrêmes occupées par les juifs dans les
représentations : l’icône du paria s’opposait à celle du parvenu. Nous retrouvons ces
mêmes caricatures dans les représentations des réfugiés « pauvres êtres errants ne
s’appartenant pas » et « courageux assimilés qui ont réussi leur parcours migratoire
après un long périple ». Le paria s’isole et le parvenu s’assimile.
19 Notons que le terme paria a été utilisé par l’un des informateurs dans la zone
informelle d’Arba Wa Nus (quatre et demi). Un quartier marginal en bordure du
désert et de la ville du Caire. Un témoin Dinka, issu d’une grande famille de
propriétaires terriens du Bar-El Ghazal, synthétisait sa situation de la façon suivante :
« Ici, je suis considéré comme un paria alors que chez moi j’ai un troupeau de
vaches qui va de la gare Ramsès jusqu’à « Quatre et demi » ».
20 La littérature anthropologique nous permet d’effectuer le rapprochement entre
juifs d’hier et déplacés d’aujourd’hui. Les perceptions véhiculées par les médias,
notamment en Égypte après le massacre de décembre 2005, insistent sur une vision
imagétique particulièrement repoussante de l’Autre africain. Des travaux en cours sur
les relations complexes entre manifestants soudanais et population égyptienne du
quartier de Mohandessen - où se déroulèrent les événements - nous portent à
considérer qu’une construction largement fondée sur la notion irrationnelle de
« saleté » du Noir est également en train de se diffuser tant dans les cercles
populaires que bourgeois parallèlement à une vision du subsaharien comme humain
vulnérable à secourir. La construction visuelle élaborée par les télévisions du monde
arabe est à cet égard exemplaire : elle oscille entre ces deux représentations opposées.
21 Aussi lorsque nous utilisons le terme paria nous faisons référence aux élaborations
qui ont été exprimées sur le terrain égyptien. L’émergence d’un racisme sud-sud ne se
limite pas au terrain égyptien et questionne l’ensemble des Suds. La problématique a
été étendue à d’autres situations géographiques et sociales. Ces expériences
régionales comparées tendent à démontrer que des coexistences nouvelles
questionnent les mondes sociaux turcs et maghrébins. Est-ce que ce qui a été observé
en Égypte fait sens pour le reste des mondes arabes ?
22 Les différents auteurs de ce numéro répondent à cette question complexe sans
toutefois conclure à un message uniforme. Ils observent la réalité de dynamiques
sociétales actuelles de rejets et d’ouvertures en œuvre entre « aliens » et « hosts » en
insistant sur les inventions permanentes de soi et de l’Autre liées aux circulations
globalisées que celles-ci soient libres ou contrariées...
Le nomadisme en question
23 La série d’études proposées dans ce dossier n’envisage pas le terme de nomadisme
tel qu’il est entendu par Michel Maffesoli (1997). En effet l’auteur analyse le
mouvement telle une pulsion dionysiaque universelle, une errance vitale qui s’inscrit
comme un désir d’infini. Une survivance archaïque, antitétique de l’État moderne.
24 Cette définition romantique inspirée par F. Nietzsche essentialise la bohême à un
délire poétique en provenance de l’imaginaire d’une élite cosmopolite dont la
circulation libre et aisée s’oppose à la mobilité contrariée de réfugiés sans passeport.
Les uns jouissent de toutes les révolutions techniques des transports pour une
mobilité de confort, les autres sont dans un État de liminalité (« liminal state ») et de
« border state » et bougent dans l’indigence et la dangerosité, contraints de traverser
les frontières avec des passeurs.
25 Le sens donné au nomadisme ne se rapporte pas non plus à celui que donne A.
Tarrius dans l’ouvrage collectif publié en 1996 ; l’essai de typologie indiquait « trois
situations migratoires fortement différenciantes : Errances, diasporas,
nomadismes ». D’après cet auteur le diasporique :
« pourrait rapidement se définir comme celui qui d’une part fusionne lieu
d’origine et étapes des parcours et d’autre part, tout en restant fidèle aux liens
créés dans ses antécédents migratoires, se place en posture d’intégration dans la
société qui l’accueille (Tarrius, 1996 : 71-96).
« Le nomadisme pourrait se caractériser, selon les trois critères que nous avons
retenus, par la fidélité à un lieu unique d’origine, la non-spécialisation
professionnelle intergénérationnelle, et la mise à distance des perspectives de
l’intégration dans la société d’accueil ; ou encore parfois l’instrumentation
passagère de la citoyenneté. »
26 Le sociologue introduisait l’idée que les juifs étaient « essentiellement »
diasporiques alors que les arabes « essentiellement » nomades (Tarrius, 1996 : 84).
Dans un ouvrage publié en 2002, l’auteur inventorie les compétences du savoir
circuler nomade en complexifiant la définition.
« Une des caractéristiques de ces réseaux consiste à ne rien modifier dans
l’ordre local, des hiérarchies de valeurs symboliques, éthiques ou foncières. Il
s’agit bien là d’une des dimensions du savoir-faire nomade : dessiner et repérer
des chemins, instituer des circulations, mais laisser la ville et ses civilités aux
sédentaires » (Tarrius : 49).
27 Le terme nomade utilisé dans ce numéro de la REMMM ne se rapporte pas tout à fait
à cet univers référentiel. Le mouvement est appréhendé comme trait distinctif
biographique momentané. Notre point de vue rejette l’idée d’une « essence nomade
de l’être » mais valorise en revanche une vision largement fondée sur la
détermination du contexte. Le concept de nomadisme se trouve dans le droit fil des
théories développées par Appadurai. L’anthropologue considère comme nomade
toute personne en situation de mobilité de manière transitoire ou constante
(Appadurai, 2000). L’identité nomade n’est pas « perpétuelle » elle peut être soumise
à la discontinuité. Le nomadisme correspond à un moment éphémère ou transitoire
de la vie d’un migrant, de son histoire et de son parcours. Nous avons caractérisé le
mouvement des Éthiopiens et des Érythréens, en Égypte et au Soudan, par exemple,
comme un nomadisme de circonstance. La traversée de l’espace relève de la
contrainte et non du divertissement. Cette nécessité ne transforme pas le migrant en
réfugié mais insiste sur son identité de circulant.
28 Les nomades sont des urbains issus des petites villes de l’Éthiopie, pays désormais
soumis à une véritable mutation économique et politique. Le nomade est ainsi un
électron dont l’itinéraire ne serait pas libre. Au contraire, ce dernier est sommé de
tout quitter pour une myriade de motivations.
29 L’intérêt lexicologique du terme de nomade réside dans la flexibilité du concept ;
celui-ci n’induit pas une distinction entre le politique et l’économique. Tant dans la
réalité migrante la frontière n’existe pas réellement entre les différents domaines : le
politique, l’économique, demeurant en dernière analyse, une entité intrinsèquement
mêlée pour l’acteur qui migre. Il s’agit d’une distinction instrumentaliste utile au
juriste, dans son effort de classification, mais peu pertinente pour les sciences
humaines.
30 Paradoxalement, ces nouveaux nomades, en transit dans les villes du monde arabo-
musulman, ou dans les villages du Sahara sont essentiellement des migrants africains
d’origine urbaine en opposition aux réfugiés prima facie que l’on trouve dans les
camps de réfugiés en provenance des mondes ruraux. Le statut de prima facie
signifie essentiellement la reconnaissance sur la base des circonstances apparentes
dans le pays d’origine motivant le déplacement. Les Érythréens qui peuplent les
camps de réfugiés au Soudan sont, en grande majorité, des ruraux et de véritables
nomades, au sens classique du terme, ils ont été reconnus réfugiés collectivement en
arrivant sur le sol soudanais. Les migrants des centres urbains ont généralement eu
des itinéraires plus complexes marqués par des détours et des
contournements divers, des parcours hachés en raison même des contraintes
imposées par le voyage et le passage des frontières.
31 Pour Arjun Appadurai, les réfugiés participent également à cet ordre post-national
émergent. Les acteurs de la migration globale sont tout autant réfugiés, migrants
forcés, aventuriers, parias, opportunistes mais également touristes nouveaux
nomades volontaires sexagénaires retraités qui migrent l’hiver dans les pays du Sud
et participent d’une circulation généralisée. Citons-le lorsqu’il développe la notion
d’ethnoscape et évoque cette circulation à grande échelle :
« Les réfugiés, les travailleurs spécialisés des entreprises et des organisations
internationales, les touristes, représentent des types très différents de migrants.
Mais dans tous les cas, la circulation généralisée est à l’origine de nouveaux
référents subjectifs qui rendent plus anachroniques les formes d’identification
liées au territoire et à l’État. Réfugiés, touristes, étudiants, travailleurs
migrants, tous constituent à leur manière une « transnation » délocalisée ».
Considérons le monde des réfugiés, pendant longtemps nous avons vu les
problèmes et les organisations de réfugiés comme le rebut de la vie politique,
flottant entre les certitudes et les stabilités des États-Nations ; Cela nous
empêché de voir les camps de réfugiés, les bureaucraties de réfugiés, les
mouvements de secours aux réfugiés, les commissariats aux réfugiés des États-
nations et les mouvements philanthropiques transnationaux destinés aux
réfugiés, constituent une partie du cadre de l’ordre postnational émergent »
(Appadurai, 2001 :18).
32 Cet ordre « post national émergent » s’opposerait à l’ordre ancien désormais
déliquescent des États-nations. Dans cet esprit nous retrouvons un manichéisme qui
rappelle la théorie du clash des civilisations. L’approche qui consiste à circonscrire
une question par des associations antinomiques, des binômes aux antipodes (comme
le tandem ordre/désordre), induit une lecture très simple d’opposition d’un ordre
ancien présenté comme un « machin » suranné face à un nouveau désordre travaillé
par les forces vitales de courants mondiaux dont les stratégies concourent à
détourner les contraintes imposées par les États-nations. Si cela peut être vrai pour
les négociants maghrébins entre Belsunce et Marrakech cela n’est pas pertinent pour
les réfugiés et les sans papiers. Les uns étant moins soumis aux frontières que les
autres. Les plus pauvres de la planète sont assujettis dans leurs mouvements,
lorsqu’ils sont parqués dans des camps de réfugiés dans les pays du Sud. Le Tchad, le
Soudan, le Kenya et tant d’autres pays d’Afrique nous offrent le spectacle de migrants
contrariés dans leur périple vers l’Ouest, cantonnés dans des territoires qui ont été
pensés comme des espaces contrariés de la circulation. Ces camps peuvent également
apparaître comme des systèmes délocalisés organisés par les États européens,
organisés collectivement dans la défense des frontières pour contrôler les flux.
33 Aussi les circulants dont il est question dans ce numéro sont-ils, à certains égards,
des nomades forcés. Nous appréhenderons ces mobilités grâce à neuf articles qui
décriront des expériences migratoires distinctes de différentes sociétés du sud
confrontées à des flux. Des sociétés indirectement sollicitées, par les politiques
migratoires des pays du nord pour effectuer une mise en place d’un containment à
distance (Bigo, 2003).
34 Les contributions insistent sur la notion d’espace, car ce qui fait sens tant pour le
migrant que pour la société hôte qu’il rencontre, c’est la réalité d’un passage (furtif ou
durable) sur des territoires géographiques. Ce transit provoque des bouleversements
car l’espace traversé est modifié par le passager. Nous interrogerons les territoires en
les soumettant à une analyse fine afin de comprendre le nomade lui-même et son
mouvement. Nous tenterons de suivre un fil conducteur géographique en passant du
Maghreb au Moyen Orient.
35 Saïd Haddad souligne, dans ce volume de la REMMM, le paradoxe de la Libye dans
un article qui tente de saisir le rôle « des anciens et nouveaux parias. Des usages des
migrations et du transit dans la politique libyenne ». Point traditionnel d’arrivée de
flux migratoires sud-sud, la Libye s’insère progressivement depuis une décennie dans
les circuits migratoires nord-sud de l’aire méditerranéenne. De pays d’immigration,
elle est devenue un pays d’émigration. L’étude des migrations à destination et en
provenance de Libye illustre l’interpénétration des espaces relationnels
(euroméditerrranéen et africain) dans lesquels se meut ce pays ainsi que les usages
possibles par un État de la rive sud de la Méditerranée occidentale des questions
migratoires.
36 L’apparition d’une part, dans l’agenda euromaghrébin de ces questions et de ces
nouveaux parias que sont les migrants subsahariens, et l’émergence d’autre part, de
la Libye - longtemps considérée comme État paria ou voyou (rogue state) - comme
nouvelle zone de transit sont contemporaines des mutations que connaît la
diplomatie et la société de ce pays. Ce faisant, Tripoli est simultanément confrontée
au double défi que constitue l’équilibre de sa politique extérieure, notamment en
direction de l’Afrique subsaharienne qui craint de faire les frais du nouveau parti pris
occidental libyen et à la gestion de ce miroir ambigu que constitue la présence sur son
sol d’étrangers si proches et si lointains.
37 Si la nouvelle donne migratoire et ce nouveau statut de pays de transit peuvent être
analysés comme autant de contraintes, ils sont également des opportunités offertes
au régime libyen dans sa quête de respectabilité internationale et l’occasion de quitter
les marges de l’espace euromaghrébin afin de s’y insérer à son avantage.
38 Medhi Alioua se tourne vers le Maroc en interrogeant les grandes villes et leur rôle
émergent comme espaces de transit et d’étapes de la migration transnationale des
Africains subsahariens. Par des descriptions fines des lieux de la migrance africaine à
Casablanca, Tanger, Rabat, il tente une lecture des nouveaux agencements socio-
spatiaux des cohabitations entre migrants de l’intérieur (déplacés) et transmigrants
subsahariens, il évoque la fabrique en œuvre d’une sociabilité au cosmopolitisme
tranquille. Il souligne une forme de ressemblance accentuée par le voisinage entre
migrants d’ici (Marocains) et migrants d’ailleurs subsahariens et la complexité de
relations qui oscillent entre rejet et fascination.
39 Si la migration transnationale des africains subsahariens, migration qui leur fait
traverser l’Afrique du sud vers le nord, pays par pays, avec souvent l’espoir de passer
en Europe, débute de manière hétéroclite, en terme de lieux, de raisons et de
situations, une fois partis de chez eux avec un projet migratoire personnel, ces
acteurs se réorganisent collectivement durant les étapes qui rythment leur périple.
Au cours de ces moments, ils se croisent, se « reconnaissent » entre eux et coopèrent
car ils créent, peu à peu, une histoire commune, une « aventure ». Le projet
migratoire et le mode migratoire se ressemblent et les rassemblent. Une fois le
Sahara franchi, les trans-migrants subsahariens s’ancrent dans les sociétés
maghrébines en greffant leurs propres circulations sur celles des locaux. Au Maroc,
par exemple, ce sont les populations logées sur des lieux de relégation
socioéconomique, les zones populaires périphériques des grandes villes (Rabat,
Casablanca ou Tanger) qui affrontent et intègrent les phénomènes liées à la présence,
ou au passage ainsi qu’à l’installation plus ou moins temporaire de ces nouveaux
venus. Ces quartiers sont façonnés par l’arrivée massive et continue de déplacés de
l’intérieur (issus pour la plupart de l’exode rural). Ces territoires périphériques
accumulent des formes de mobilités qui se superposent et réunissent des logiques et
des stratégies migratoires hétéroclites. Ces dynamiques migratoires nous montrent
combien cette altérité introduite « par le bas » au Maghreb, par des populations en
constante mobilité, agit tant sur les sociétés locales que sur la ville.
40 Dans la zone informelle d’Arba wa Nus, au Caire, sera décrite une expérience de
mixité de mobilités plurielles opposée à celle observée pour les villes marocaines. En
effet, dans ce quartier populaire nous ne rencontrerons pas de cosmopolitisme
tranquille mais une violence quotidienne qui caractérise la vie des déplacés de
l’intérieur (migrants de Haute Égypte ) et réfugiés soudanais. Fabienne Le Houérou y
observe les nouvelles formes d’affrontements entre réfugiés soudanais et égyptiens
sur un territoire contesté du Caire. L’enquête s’appuie sur un corpus de films et de
documents filmés sur les agressions publiques dans la zone informelle de Quatre et
demi (Arba Wa Nus). Les violences dont sont victimes les Soudanais sont-elles dues
à la progression des flux migratoires - en provenance du Sud-Soudan - ou alors les
hostilités quotidiennes sont-elles des productions sui generis de cet espace irrégulier
qui se singularise par l’indigence et le déracinement des populations qui y sont
installées ?
41 Du Caire, nous rejoindrons une autre grande « ville-monde », comparable par son
gigantisme, Istanbul, nœud de circulations cosmopolites, qui sera abordée dans deux
articles sur le transit des Iraniens et des stratégies de conversions dans le passage de
ces migrants à l’Ouest puis d’un troisième article qui explorera les transits
maghrébins à Istanbul.
42 Sebnem Koser Akcapar étudiera les conversions d’une communauté chiite
iranienne vers le bahaisme à Istanbul. Elle explore le caractère transitaire de l’étape
forcée à Istanbul et dans d’autres villes de Turquie pour la communauté iranienne.
Elle tente de dresser un cadre historique de ce flux du XIXe siècle à nos jours. L’auteur
considère les années 1980 comme un tournant historique pour les flux migratoires en
Turquie. De cette époque datent les migrations en provenance du Moyen Orient (Irak
et Iran), de l’ex-Union Soviétique, des Balkans et des Africains. Au sein de ces
différents flux, celui des Iraniens est actuellement le plus important. Pour la plupart
des demandeurs d’asile, la Turquie est une « porte », une étape, vers l’Europe.
L’étude des stratégies de conversions au christianisme demeure un aspect largement
négligé au sein des travaux sur les migrations. L’interprétation de Sebnem Koser
Akcapar est de comprendre les conversions religieuses en relation avec la volonté des
migrants de rentrer dans l’article 1 A de la convention de Genève afin d’obtenir le
statut de réfugié. Elles posent la question cruciale du lien entre l’ouverture des
bureaux onusiens du HCR et son instrumentalisation par des acteurs de la migration.
43 Johan Leman développe une vision moins instrumentaliste de la conversion et
évoque un franchissement des frontières qui correspondrait également à une
traversée spirituelle. La souffrance endurée par la migration, l’exil ou tout
simplement le parcours géographique ayant une incidence sur la nature même de la
croyance et plus particulièrement sur l’attente du miracle. Il s’attache à une lecture
des chants, des danses et des mouvements des corps, pendant les cérémonies
religieuses pour conclure sur l’importance de la spiritualité du migrant. La nouvelle
religion permet à un être de surmonter une certaine fragilité, de reconquérir une
nouvelle vie et à terme la conversion peut également s’apparenter au dépassement
d’une liminalité (État de pré-naissance) pour une renaissance (re-birth) symbolique.
La ville de transit s’apparentant à un relais de sauvetage de l’âme.
44 Les conversions ne sont pas des exceptions parmi les migrants en transit vers
l'Occident. Les Eglises chrétiennes plus particulièrement les Pentecôtistes agissent
comme des enclaves dans des pays islamiques. Elles offrent une protection et des
perspectives de futur. En bref, elles apportent une forme d'espoir. Le nouvel arrivant
s’engage vers une « renaissance ». Fondamentalement, le migrant en transit et la
communauté religieuse à laquelle il se convertit, possèdent une vision commune d’un
monde transnational. Le converti découvre une nouvelle continuité entre le passé, le
présent et le futur. Plus il participe de façon intensive à la vie de son « enclave »
chrétienne, plus il se rapproche de son objectif d’origine (la migration vers
l'Occident). Il s'agit d'un paradoxe tel qu’il est illustré dans la parabole de Luc 19 : 17.
Une référence à une écriture sainte dans un article scientifique exige bien-sûr une
explication rationnelle basée sur du matériel concret.
45 Dans un article sur les transits magrébins à Istanbul Jean-François Pérouse établit
le portrait d’une mégapole turque devenue, depuis le début des années 1990, un foyer
important, à la fois polarisateur et redistributeur, dans le système complexe des
migrations internationales, dont les migrations de transit, des pays pauvres vers les
pays riches, constituent une des dimensions les plus saillantes. Dans ce cadre, on
s’efforce ici d’examiner le cas des Maghrébins qui, s’ils ne forment pas
numériquement le « groupe » le plus en vue, n’en offrent pas moins une
configuration intéressante, tant par les types de trajectoires qui les conduisent à
Istanbul que par les stratégies de survie et de « faire communauté » dans la
métropole, que par les modalités de sortie vers les horizons convoités. On insiste ici
sur les diverses modalités de transit, la prégnance des identités nationales, l’efficacité
irremplaçable des liens familiaux, la faible insertion dans le marché du travail
métropolitain et les redéfinitions des rapports de genre occasionnées.
46 Au Liban, avec Kamel Dorai nous découvrirons des réfugiés dans la ville :
Palestiniens et Soudanais à Beyrouth. Pays d'émigration, le Liban connaît depuis la
fin de la guerre au début des années 1990 une immigration croissante venue tant de
pays arabes proches que de contrées plus lointaines comme l'Afrique ou l'Asie du
Sud-Est. Aux côtés de ces nouveaux migrants, on note l'arrivée significative de
réfugiés et demandeurs d'asiles, essentiellement venus d'Irak et du Soudan, deux
pays marqués par des conflits qui s'installent dans la durée. Ces réfugiés, auxquels il
faut associer les Palestiniens présents au Liban depuis 1948, peuvent servir de trame
pour une réflexion sur les nouvelles formes de migrations Sud–Sud qui se
développent au Moyen-Orient depuis les années 1990, qui mêlent migrations forcées
et volontaires, recherche d'asile et quête d'emploi. En s'intéressant aux espaces de
transit, ainsi qu'aux logiques d'inscription de ces populations dans leurs espaces
d'accueil, de nouvelles perspectives de compréhension des migrations d'asile au
Moyen-Orient se profilent.
47 Le cas israélien exploré par William Berthomière apporte une analyse fine des
impacts de ces circulations émergentes Sud-Sud dans les processus identitaires et
l’interrogation sur soi qu’impose l’arrivée de nouveaux flux. Aujourd’hui, la
dynamique des migrations Sud-Sud dans ses relations avec les logiques migratoires
du « Nord » a fait émerger des espaces géographiques qui se découvrent un rôle
intermédiaire dans le système migratoire international. Sans être qualifiés de
nouveaux pays d’immigration du fait de la dimension septentrionale que véhicule
cette dénomination, de nombreux États composent désormais les marches
migratoires des grands espaces économiques contemporains. La Méditerranée est
l’une de ces marches migratoires. Du détroit de Gibraltar au Bosphore, les
circulations migratoires, d’intensité variable à la fois dans le temps et selon les
groupes migrants considérés, tissent les réseaux d’une mondialisation par le bas où la
quête des possibles et la recherche constante des opportunités demeurent le matériau
principal. L’ensemble de ces dynamiques sociales est productrice d’un continuum
territorial qui lie inextricablement nord et sud dans des pratiques aujourd’hui
rassemblées sous le terme de transnationalisme. À ce modèle de sociétés vient faire
résistance le modèle État-Nation qui se trouve inévitablement mis en question face à
la modification des échelles de références tant géographiques que temporelles
qu’entraînent la mondialisation.
48 Dans ce contexte, choisir le cas israélien comme espace d’analyses revêt deux
avantages presque antinomiques : d’une part, la question de l’identité, sous-jacente
dans ces problématiques, est de fait mise en saillance par la forte imbrication des
espaces du politique et de l’identitaire en Israël (Kemp, 2004a) ; d’autre part, la lame
de fond que compose l’économie post-fordiste est ici appréhendée dans sa capacité à
transcender les particularismes nationaux par l’inexorable glacis social qu’elle étend à
l’échelle du globe. L’objectif poursuivi dans cet article dédié aux nouvelles migrations
en Israël réside donc dans la critique des modalités du changement social issu de la
recomposition du régime migratoire israélien ainsi que sur les modalités de la
production scientifique sur cette question.
49 Enfin la contribution de Jean-Robert Henry rappellera, à l’heure de l’Europe
géostratégique, la permanence et la réalité d’un espace humain méditerranéen. D’une
rive à l’autre de la Méditerranée, certains circulent plus librement que d’autres et
l’auteur s’interroge sur les risques de construire une Europe politique sécuritaire qui
s’érige en forteresse contre ses voisins. Il interroge la notion de voisinage une
catégorie que les sciences humaines utilisent de manière trop systématique. Le
voisinage en question souligne l’ambigüité du discours sur la Méditerranée. L’auteur
abordera les notions de risque en ce qui concerne la pluralité des cultures
méditerranéennes en insistant sur la frontière humaine qui tend à devenir une
fracture entre une grande Suisse continentale repliée sur elle-même marquant de
manière plus déterminée tout ce qui la sépare de ses voisins du sud. Il invite en
conclusion les Européens à réfléchir sur la valeur réelle d’une utopie fondatrice en
ouvrant l’espace européen sur un espace de cohabitation plus riche en interaction
réelle avec les sociétés du sud de la Méditerranée. En ce sens, l’utopie universaliste ne
se limite pas à une rêverie inopérante car elle rejoint des réalités humaines
incontournables auxquelles les acteurs politiques devront faire face de toute manière.
Le projet européen est-il durable escamoté de sa dimension maghrébine ?
50 Le questionnement commun - qui se profile derrière toutes les analyses présentées
dans ce numéro - rappelle la cruelle évidence du défi d’humanisation de la
mondialisation.
51 Par le bas, le haut ou la marge, les migrants, en marche, sont acculés à des
stratégies migratoires toujours plus inhumaines et interrogent, à terme, les
institutions européennes et les futures relations de nos sociétés avec le Sud.
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— 2002, La mondialisation par le bas, Paris, Balland, 168 p.
Pour citer cet article
Référence électronique
Fabienne Le Houérou, « Migrations Sud-Sud », Revue des mondes musulmans et de la
Méditerranée [En ligne], 119-120 | 2007, mis en ligne le 02 mars 2012, consulté le 21
décembre 2024. URL : http://journals.openedition.org/remmm/4083 ; DOI :
https://doi.org/10.4000/remmm.4083
Cet article est cité par
Sakoyan, Juliette. (2012) Les mobilités thérapeutiques. Anthropologie et
Santé. DOI: 10.4000/anthropologiesante.1035
Auteur
Fabienne Le Houérou
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intégral]
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Paru dans Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, 119-120 | 2007
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