Ladjj2 v6
Ladjj2 v6
Du même auteur
YVES CHARRAZAC
(Hiivsha)
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AVERTISSEMENT
de l'auteur
Après l'écriture du premier tome des aventures de la jeune Jedi Isil, inspirées de
l'histoire inventée pour mon avatar dans le jeu "Star Wars : The Old Republic" de
Bioware, j'ai eu envie de prolonger l'existence de cette jeune héroïne dans un
deuxième volume.
J'ai souhaité conserver une histoire adulte, peut-être un peu moins sombre que
la première, mais dont la tonalité pourra tout de même surprendre compte-tenu
de l'aspect souvent « tout public » des romans de l'Univers Étendu de Star Wars.
J'espère toutefois que ce roman ne déroutera pas les amateurs de cet univers,
considérant qu'une grande partie d'entre eux a évidemment l'âge de faire la part
des choses lors de leur lecture.
YC
Personnages
L’action se déroule 10 ans après le Traité de Coruscant
(Année -3643 ABY)
SUR ÉDÉNA
Calem d’Édéna Roi du royaume d’Édinu et Souverain
d'Édéna
Diva Shaquila Theelin - Apprentie Sith de Zarek. Se fait
passer pour la duchesse Dolmie de Tamburu
Gil Valestraa Jeune voleur de 14 ans
Iella Budhaasio Fille de Yaduli, prêtresse de Meriik
Jarval Hor’Gardi Capitaine de la garde du Palais et ami
d'enfance de Calem
Karr Pardo Cathar - Général - Chef des Armées du
Royaume d’Édinu
Namina Darel’Quasir Nourrice de la princesse Sali
Nathil d’Aretia Duc d’Aretia - Oncle de Calem
Orn Mitra Twi’lek - Ministre de la sécurité du
territoire
Proo Rabo’Par Rodien - Chef du cabinet personnel du roi -
Ancien directeur du renseignement
Sali d’Austra Princesse - Fille du roi d'Austra - cousine et
promise du roi Calem
Zarek Seigneur Sith - Puissant « magicien » du
désert de Sang
SUR LE RSS-DEFIANCE
Badanoweeko Rodien - Sous-lieutenant - Pilote
Bump Liam Lieutenant mécanicien - Chef de la cellule
soutien de la CPM
Cregg Vellaryn Colonel - Chef de la CPM
Devan Prak Capitaine - Chef de la cellule opérations de
la CPM
Hiivsha Inolmo Ancien capitaine - Contrebandier
Isil Kal’Andil-Valdarra Apprentie Jedi née en -12 ATC sur Corellia
Keraviss Sayyham Loordienne - Commandant - Chef de la
cellule renseignement de la CPM
Koyi Me Twi'lek - Maître Jedi - Chef de la cellule
diplomatie de la CPM
Prologue
Nota :
- En l'absence de précision, les personnages sont d'espèce humaine
- ATC = après le Traité de Coruscant
- Le Traité de Coruscant a été signé en 3653 BBY (Before Battle of Yavin / avant la
bataille de Yavin)
11
Prologue
— Bandits à huit heures ! s’écria le lieutenant Rox dans son micro en s’agitant
sur son siège de pilote.
— Bon sang, ils sont nombreux ! répondit en écho le Rodien Badanoweeko. Il
est impossible qu’ils soient venus ici seuls !
— Ils sont en position d’attaque ! observa Rox fébrilement. Des impériaux, ils
vont nous attaquer !
— Sans provocation de notre part ? Impensable Rox, répondit le Rodien, et le
traité ?
— Je crois qu’ils s’attendaient à nous trouver ici, lâcha un sullustain nommé
Piot Tyyv. Étrange.
— Il semble que nous ne soyons pas les bienvenus dans ce secteur, conclut Rox
en armant malgré lui ses canons. Qu’est-ce qu’on fait Isil ?
— Aigle leader à escadrilles rouge et bleue, répondit la voix féminine très
calme eut égard à la situation dans laquelle ils se trouvaient, en formation de
combat !
Aussitôt la dizaine de chasseurs Aurek se rassembla en deux groupes formant
chacun un V offensif et virèrent de bord pour faire face aux assaillants.
— Je compte deux vagues de douze chasseurs impériaux, lança Tyyv de sa voix
suraiguë, à dix et deux heures.
— Ça va être leur fête, cria la voix excitée de rouge cinq, youhou !
— Personne ne tire sans mon ordre, ordonna aigle leader d’un ton toujours
placide. Rouge dirigez-vous à deux heures, bleu avec moi à dix heures.
La Padawan ferma un instant ses paupières pour sonder la Force. Quelque
chose lui disait qu’une menace bien plus grande rôdait tout autour d’eux. Son
regard se tourna vers la planète qu’ils étaient venus inspecter, comme d’autres
escadrilles du Defiance avaient été chargées de le faire pour d’autres planètes
suspectées d’abriter des chantiers navals illégaux. Une mission qui ressemblait
un peu au jeu de l’aiguille dans une meule de foin. Toutefois, la présence de
l’Empire dans ce secteur pouvait signifier qu’ils venaient justement de tomber
sur l’aiguille.
— Rox, avertissez le Defiance qu’il semblerait que nous soyons tombés dans
une souricière et que nous demandons une assistance ou l’autorisation de
rompre et de rentrer au bercail !
12
Prologue
13
L’eau de l’oubli
placer sur son arrière. Isil suivit la courbe et entama avec lui un large cercle
presque parfait. Optimisant le rayon de virage pour conserver le maximum
d’énergie totale, elle passa dans ses cinq heures avant de l’avoir dans sa ligne de
mire. Le Sith ne put empêcher l’inévitable et son chasseur explosa à son tour
sous l’impact des deux canons laser lourds.
— On vient de perdre bleu deux ! cria une voix dans la radio.
Isil redressa sa course et revint vers le centre du ballet spatial pour essayer
d’engager un autre ennemi. Soudain sur sa droite, plusieurs énormes silhouettes
se formèrent, sortant du néant de l’hyperespace.
— Nom de dieu ! jura le lieutenant Rox.
Un croiseur lourd impérial venait d’apparaître duquel sortirent presque
aussitôt une cinquantaine de chasseurs Sith qui se ruèrent sur eux comme un
essaim de frelons noirs. Le puissant vaisseau était accompagné de quatre
frégates d’escorte Nébulon A-1 qui ouvrirent le feu dès qu’elles furent à portée
du lieu d’engagement. Deux chasseurs Aurek explosèrent immédiatement.
— Bon sang de bonsoir ! cria Badanoweeko, c’est quoi ce bordel ? Toute la
flotte de l’Empire est ici ou quoi ?
La voix impérative d’Isil retentit dans la radio.
— À tous, rompez le combat, je répète rompez le combat ! Passage en
hyperespace dès que possible !
La situation était périlleuse pour chacun d’eux et ils le savaient. Pour rompre le
combat, il fallait tourner le dos à l’ennemi au bon moment afin d’éviter de se
faire détruire par ses tirs, puis lancer les moteurs à fond en ligne droite, charger
les catalyseurs de champ, attendre que le motivateur d’hyperdrive soit prêt et
que l’ordinateur ait calculé une trajectoire dégagée, sous peine de prendre le
risque d’entrer en collision avec un corps astral ou une planète durant le saut
dans l’hyperespace.
Un à un, les chasseurs Aurek quittèrent les lieux, profitant de ce que les
vaisseaux lourds étaient encore trop éloignés pour effectuer des tirs précis à
l’aide de leurs batteries de turbolasers. Isil et Rox s’attardèrent un peu pour
occuper les huit chasseurs Sith qui restaient et laisser ainsi toutes les chances à
leurs quatre coéquipiers de s'échapper.
Se faufilant adroitement à travers les traînées des rayons lasers tirés par les
frégates, ils engagèrent les derniers Sith tout en gardant un œil sur la nuée de
chasseurs qui fondaient sur eux.
— Ils seront sur nous dans une minute, cria Rox à la Padawan, Isil, dégagez
immédiatement.
14
Prologue
— Négatif aigle deux, répondit la voix douce et tranquille de la jeune fille, c’est
vous qui dégagez Rox, je vous couvre, c’est un ordre.
Tout en répondant à son second, elle tira plusieurs rafales qui touchèrent avec
succès trois chasseurs Sith ce qui eut pour effet de décourager les cinq derniers
qui préférèrent rompre momentanément le combat pour voler à la rencontre
des renforts qui arrivaient.
— Les lâches ! s’écria Rox, à cinq contre deux, y’a plus personne pour se
battre.
— Profitons-en pour filer, suggéra Isil en se mettant en ligne droite en
direction opposée à l’ensemble de la flotte Sith. Après vous Rox !
Les deux chasseurs Aurek volèrent un instant de concert, l'un contre l'autre
puis subitement, le vaisseau de Rox sembla s'allonger en une longue forme
bleutée avant de disparaître dans l'hyperespace. Isil regarda son ordinateur. La
route était calculée, il n'y avait plus qu'à activer l'hyperdrive. Soudain, son
vaisseau fit plusieurs écarts en tremblant de toutes ses soudures. Plusieurs coups
directs de turbolasers venaient de le frapper. Des gerbes d'étincelles jaillirent de
différents instruments de bord et un feu se déclara derrière elle au niveau d'une
boite électrique. Sans s'affoler, la Padawan se saisit d'un petit extincteur qui
était fixé sous un panneau latéral, et le vida sur les flammes qui s'éteignirent
tout aussitôt. Puis elle fit son maximum pour stabiliser son vaisseau en essayant
de limiter au mieux les vibrations qui le secouaient comme une feuille d'arbre
sous le vent d'automne. Les tirs du croiseur l'encadraient à présent de bien trop
près selon son goût et en se retournant, elle aperçut plusieurs dizaines de
chasseurs Sith qui fondaient en piqué sur elle dans un feu d'artifice de rayons
lasers. Elle enclencha l'hyperdrive sans plus attendre et disparut à son tour à la
vue de ses poursuivants.
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L’eau de l’oubli
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1 - Planète inconnue
Son rythme cardiaque s'éleva légèrement sous l'effet d'une sourde angoisse
qu'elle s'efforça de maitriser afin d'analyser objectivement la situation. Après
une longue réflexion destinée à peser le pour et le contre quant au geste qu'elle
s'apprêtait à accomplir, elle pressa le bouton pour interrompre le saut
hyperspatial. Rien ne se passa. Son cœur se serra dans sa poitrine. Elle appuya de
nouveau sur le bouton sans obtenir de résultat.
— Non, dit-elle entre ses dents, non, tu vas marcher oui ? Réfléchis Isil,
réfléchis… comment peux-tu stopper ce saut avant qu'il ne soit trop tard ?
17
L’eau de l’oubli
Elle balaya l’immensité de l’espace d’un regard circulaire mais ne vit rien
d'immédiat sinon, droit devant elle, une étrange et immense nébuleuse qui
semblait flotter dans le néant. Aucune étoile ne s'offrait à sa vue. Elle tourna la
tête et regarda par-dessus son épaule pour apercevoir une constellation de
petits points scintillant dans l'espace. La proximité toute relative de sa galaxie
sembla la rassurer un peu. Son regard se porta de nouveau sur la nébuleuse vers
laquelle elle filait à grande vitesse. C’était comme un immense nuage irisé, aux
teintes diffuses absolument magnifiques, allant du jaune orangé au violet avec
en son centre des traînées verdâtres. Quelque chose scintillait en son sein, car
on pouvait discerner des éclairs de lumière qui semblaient l’embraser à
intervalles réguliers. La coque de l'Aurek commença à étinceler et des
vaguelettes d’impulsions électriques bleutées se mirent à courir tout le long du
vaisseau.
Passé un moment d'émerveillement, elle tenta de faire effectuer un demi-tour
à son chasseur mais aucune commande ne répondit à ses sollicitations.
Surmontant un sentiment de panique, elle coupa les gaz, mais le vaisseau ne
ralentit pas le moins du monde. La nébuleuse couvrait à présent l'espace devant
elle presque intégralement et on pouvait distinguer les masses gazeuses qui
semblaient se déplacer paresseusement au gré d'invisibles vents stellaires. Au fil
des heures, les étoiles de la galaxie s'éteignirent derrière elle au fur et à mesure
qu'elle entrait dans l'étrange brouillard. La luminosité extérieure oscillait entre
l'orange et le violet. Des flashes lumineux éclataient tout autour d'elle et lui
provoquaient des éblouissements passagers. Elle dut se protéger les yeux en
rabattant la visière foncée de son casque avant de se mettre à la recherche
d'une commande qui veuille bien répondre dans son poste de pilotage.
Un temps qui lui parut infiniment long, s'écoula ainsi sans qu'aucune solution
ne lui permette de procéder à un demi-tour salutaire encore que, sans un
hyperdrive en état de marche, elle n'avait pratiquement aucun espoir de revenir
dans des secteurs habités de sa galaxie, ni même la rejoindre tout simplement.
La Padawan songea qu'elle allait rejoindre la Force et peut-être y retrouver son
ancien Maître, Beno Mahr, tué quelques mois plus tôt de la main d'un seigneur
Sith lors d'une mission sur Coruscant1. Curieusement, cela ne lui faisait pas si mal
que ça en fin de compte de mourir. Peut-être son entraînement de Jedi jouait-il à
plein à ce moment précis pour lui permettre de conserver sa sérénité ? Elle
soupira bruyamment puis songea à Hiivsha, le contrebandier qui l'aimait et dont
elle avait dû se séparer à la suite de sa propre affectation par l'Ordre Jedi sur le
1
Voir le tome 1 des aventures d'une jeune Jedi : Le cercle Sombre
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Planète inconnue
croiseur RSS-Defiance. Un brin de mélancolie envahit ses yeux bleus à cette seule
pensée. Elle savait au plus profond d'elle-même que, quelle que soit la position
de l'Ordre à ce sujet, elle éprouvait pour lui un profond sentiment d'attachement
et même d'amour qu'elle ne pourrait jamais totalement effacer de son cœur.
D'ailleurs, le voulait-elle vraiment ? À force de se torturer l'esprit, elle finissait
par se sentir en désaccord avec ses Maîtres et plus le temps passait, plus elle
pensait être capable d'assumer l'amour d'un homme et ses missions de Jedi. Il ne
s'était pas écoulé un jour depuis sa séparation d'avec le contrebandier sans
qu'elle n'y pense : il devait bien être possible de dissocier amour et Code et ce,
de façon lucide !
Mais toutes ces considérations n'auraient bientôt plus d'importance au milieu
de ce nulle part. Que trouverait-elle dans la Force une fois que la vie présente
l'aurait quittée ?
De nouveau elle soupira et se mordit les lèvres pour éviter à des larmes de
monter vers ses yeux. Au final, la pensée de ne jamais revoir Hiivsha, de ne plus
pouvoir se blottir entre ses bras câlins, de ne plus entendre sa voix gouailleuse,
lui était plus douloureuse que celle de devoir quitter cette existence pour
rejoindre la Force.
S'enfonçant dans son fauteuil de pilote, elle laissa son regard vagabonder tout
autour d'elle, à travers la verrière de transparacier de son chasseur pour admirer
les extraordinaires nuances colorées du linceul gazeux qui l'enveloppait à l'instar
du brouillard le plus épais. Tout le vaisseau semblait électrifié et en proie à des
sortes de feux follets qui dansaient sur chaque protubérance, chaque angle,
chaque antenne du chasseur tels de petits farfadets. Isil approcha ses mains
l’une de l’autre et constata que de petits arcs électriques se formaient entre ses
doigts et même entre ses paumes quand elle les rapprochait l’une de l’autre.
C’était à la fois magique et inquiétant.
Le temps s'écoula, désespérément long, et la jeune fille résignée plongea peu à
peu dans un sommeil cotonneux peuplé de rêves colorés sans aucune
cohérence. Soudain, sans savoir pourquoi, elle sortit de sa léthargie comme mue
par un ressort, sous l'effet d'une petite alarme intérieure. Elle regarda autour
d'elle et il lui sembla que le brouillard gazeux commençait à se dissiper. La
Padawan en déduisit qu’elle sortait de la nébuleuse, ce qui n’était pas tout à fait
exact. En effet, si elle se retrouvait de nouveau dans le vide stellaire, elle pouvait
deviner tout autour d'elle les couleurs irisées de la nébuleuse qu'elle venait de
traverser en partie seulement. En quelque sorte, elle se situait dans l’œil de
celle-ci. Le diamètre intérieur de ce phénomène gazeux était proprement
immense. Devant elle se trouvait une petite planète à la lueur orangée, et très
19
L’eau de l’oubli
loin d’elle brillait un soleil qui l’éclairait. La jeune fille ne tarda pas à deviner
également la présence d’un corps astral, une lune visiblement, qui gravitait
autour de la planète qui se rapprochait rapidement en grossissant.
Isil reprit le manche de son chasseur sans grand espoir et poussa un cri
d’étonnement lorsque le vaisseau répondit en partie aux sollicitations des
commandes en effectuant une violente embardée. L’Aurek obéissait de nouveau
partiellement à son pilote.
Un instant, elle fut tentée de faire demi-tour pour essayer de retraverser la
nébuleuse en direction de sa galaxie mais elle calcula vite que sans possibilité de
repasser en hyperespace, elle n’avait aucune chance d’arriver vivante dans les
mondes de la bordure extérieure. La seule chance de sortie qui se présentait à
elle, c’était la planète qui se trouvait droit devant, en espérant qu’elle hébergeait
outre une atmosphère respirable, une civilisation suffisamment avancée qui lui
permettrait de réparer son vaisseau pour pouvoir repartir d’où elle venait.
Modulant sa vitesse, elle enclencha la procédure d’approche et tenta de
scanner la surface de la planète orange. Quelques indicateurs clignotèrent,
indiquant des formes de vie dans un secteur vers lequel elle se dirigea. Boucliers
thermiques au maximum, le vaisseau entra dans l’atmosphère en laissant
derrière lui une longue trainée rougeoyante dans le ciel. Puis les alarmes se
déclenchèrent de partout dans le cockpit et les commandes se durcirent,
rendant le chasseur de plus en plus difficile à contrôler. Les coups directs qu’il
avait reçu de la part du croiseur avaient dû causer plus de dégâts qu’elle ne
l’avait tout d’abord supposé. D’un mouvement souple du poignet, elle enclencha
les retro propulseurs pour freiner au maximum sa course et réduire sa vitesse au
strict minimum. Cependant qu'elle approchait de la surface de la planète, son
visuel se brouilla comme si le sol était en mouvement. Aucune trace nette de
rivière, de ville, de forêts, de montagnes, mais une masse floue d’un jaune
orangé, pratiquement uniforme. Son altitude diminua rapidement et elle
s’enfonça dans une sorte de brouillard de poussière qui lui ôta toute visibilité. Isil
mit en fonction le radar altimétrique en espérant qu’il fonctionnerait
correctement tout en cherchant, du plus profond de la Force, à détecter devant
elle d'éventuels obstacles. Elle sentit que la zone qu’elle abordait était
pratiquement plate et dégagée de toute forme apparente et décida de se poser
en augmentant la pente de descente de son appareil. Puis lorsque le radar
signala le sol à une centaine de mètres elle redressa le nez du chasseur et sortit
le train tout en activant les rétrofusées.
— Croise les doigts ma fille, se dit-elle en se crispant dans l’attente du choc
final.
20
Planète inconnue
Pesamment, elle se rassit dans son siège de pilote et leva l'interrupteur censé
mettre le tableau de bord sous tension. Mais au lieu de l'illumination attendue,
rien ne se passa. Son cœur fit un bond dans sa poitrine.
— Non ! pensa-t-elle.
Elle actionna de nouveau l'interrupteur sans plus de succès. Étouffant un cri de
rage, elle manœuvra plusieurs fois la tige de métal de façon presque frénétique
mais l'électronique ne réagit pas plus que la première fois et resta muette.
Aucun voyant ne s'alluma, aucun indicateur ne s'anima dans le cockpit. Le
vaisseau n'avait pas supporté le crash et était désormais inutilisable.
Un long moment se passa dans un silence de plomb. La jeune Jedi avait la tête
vide, sans idée. Elle savait qu'il lui aurait été facile de désensabler le chasseur à
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L’eau de l’oubli
l'aide de la Force, mais à quoi cela servirait-il s'il refusait de fonctionner ? Quant
à partir à pieds, le kit de survie ne lui permettrait pas de tenir longtemps dans un
désert avec la chaleur qui s'annonçait. Les chasseurs n'étaient pas équipés pour
cela. Normalement leur mission de reconnaissance devait durer une ou deux
heures standard avant qu'ils ne regagnent leur croiseur. Même les moyens de
communication portables du bord restaient désespérément muets comme si
aucune onde radio n'existait dans ce lieu. La Padawan savait qu'elle ne pouvait
rester là à attendre la mort, aussi, elle enclencha la balise émettrice de l'appareil
qui était restée fonctionnelle, après en avoir déployé la longue antenne et prit
sur elle un petit récepteur longue portée. Ainsi, lorsqu'elle aurait trouvé du
secours, il lui serait aisé de retrouver son appareil, car la balise, dont la portée
était de plusieurs centaines de kilomètres, était faire pour émettre durant de
longs mois sans interruption. Une petite sacoche dans une main, elle ramassa sa
bure de Jedi qui était pliée dans un coin, trop gênante pour piloter, ôta son
casque et sa combinaison de vol qu'elle abandonna sur le baquet du siège, puis
enjamba le bord du cockpit pour avancer sur l'aile du chasseur. Après avoir
refermé la verrière du cockpit, elle sauta sur le sable.
Le silence le plus total régnait dans cet endroit, lourd et oppressant, comme si
rien d'autre n'existait ailleurs. La jeune fille gravit la petite dune au pied de
laquelle son chasseur s'était enfoncé espérant que d'en haut elle verrait un signe
de civilisation, en se disant que n'importe laquelle ferait l'affaire plutôt que de
mourir seule dans un désert.
Hélas, du haut de la dune, elle ne put voir que d'autres dunes jusqu'à perte de
vue.
— Dans quelle direction se diriger ?
La question était traumatisante. Si on pouvait imaginer que ce désert avait une
bordure, comment savoir à quelle distance et surtout dans quelle direction elle
serait la plus proche ?
La Padawan se laissa tomber sur ses genoux avant de fermer les yeux. Non pas
qu'elle eut envie de dormir, mais il lui fallait essayer de sonder la Force pour
tenter de trouver dans ses fils invisibles, une indication, une présence de vie. Ses
pensées parcouraient l'espace dans toutes les directions dans l'espoir de
ressentir quelque chose, une vibration, une intuition qui la guiderait. De longues
minutes s'écoulèrent ainsi sans qu'elle bouge puis lentement, elle se releva et
pivota d'un quart de tour.
— Par là, se dit-elle après avoir perçu un frémissement de la Force dans cette
direction.
22
Planète inconnue
Son sommeil fut agité de cauchemars dans lesquels elle se noyait dans une
substance visqueuse pendant qu'elle tentait d'attraper la main secourable d'une
silhouette qu'elle ne parvenait pas à identifier. Ses mouvements étaient lents et
lourds, comme si de la glue l'avait emprisonnée et cette sensation était
hautement désagréable. Elle se réveilla en hurlant. L'aube pointait au-dessus des
dunes en un pâle halo de couleur rose et une petite rosée recouvrait ses
vêtements. En frissonnant, elle redressa sur ses jambes, avala une portion de
barre énergétique et but un peu d'eau avant de faire le point avec son compas.
Ses muscles étaient douloureux et elle s'étira pour les désankyloser en pensant
pêle-mêle à Hiivsha qui ne devait probablement pas savoir qu'elle était perdue
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L’eau de l’oubli
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Planète inconnue
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L’eau de l’oubli
hésitante, elle reprit son ascension sans plus se préoccuper de ses genoux qui
saignaient, blessés par un saillant de roche lorsqu'elle avait trébuché. Un goût de
poussière s'était emparé de sa bouche sèche et ses lèvres d'ordinaire si
pulpeuses, s'étaient racornies et présentaient de profondes et douloureuses
crevasses. Ses jambes étaient brûlées par le soleil au-dessus de ses bottes
jusqu'à mi-cuisses, le reste étant protégé par sa courte tunique de Jedi.
Elle suivait un petit sentier serpentant entre des roches qui lui procuraient à
présent une ombre bienfaisante, à l'abri de laquelle elle aurait bien voulu
s'arrêter pour de bon. Mais à chaque fois, elle était fort heureusement parvenue
à se remotiver pour continuer sa route, puisant dans la Force les dernières
ressources qu'elle parvenait encore à y trouver. Elle parvint ainsi au sommet de
la crête et souffla un peu grâce au faux plat qui s'ensuivait. Le sentier tournait
derrière un énorme rocher puis plongeait de l'autre côté de la montagne. Isil
s'arrêta en écarquillant les yeux.
Au loin s'étendait une plaine terreuse parsemée de quelques groupes d'arbres
à tige non ramifiée surmontée d'un bouquet de feuilles palmées ainsi que de
nombreux buissons, et traversée par le long ruban bleu bordé de vert d'une
rivière longée par des berges herbeuses et boisées. De l'eau !
Une sorte de cri guttural qui n'avait presque plus rien d'humain monta à ses
lèvres et troubla le silence. Une envie incoercible de se mettre à courir s'empara
d'elle, et elle s'élança imprudemment dans la pente du sentier vers ce qui lui
apparaissait comme le salut le plus divin. C'était sans compter sur la fragilité de
ses membres inférieurs qui se dérobèrent sous elle à la première pierre. Isil
tomba en avant et roula sur une dizaine de mètres avant que sa tête ne heurte
un gros caillou. Sa vision s'obscurcit et une myriade de points lumineux
commença à danser devant elle. Elle se sentit tomber dans un puits sans fin.
Une douleur vrillante la ramena à elle. Une grande masse noire était penchée
au-dessus d'elle et tentait de lui enfoncer quelque chose dans le flanc. Elle hurla
autant que ses forces et son gosier le lui permirent. Le charognard battit des
ailes et recula d'une dizaine de mètres en secouant la tête comme s'il voulait
protester contre cette proie qui n'en finissait plus de mourir. Visiblement son
repas n'était pas encore tout à fait prêt. Peu importe, il avait le temps et
patienterait.
Le coup de bec avait insufflé à la Padawan une poussée d'adrénaline qui lui
permit de se relever en vacillant. Le sang tambourinait dans sa tête et elle porta
les mains sur ses tempes pour essayer de diminuer la douleur qu'elle ressentait.
Lorsqu'elle les retira, l'une de ses paumes était couverte de sang. Du bout des
doigts, elle palpa l'entaille qu'elle s'était faite en tombant et sentit le liquide
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Planète inconnue
tiède qui s'écoulait jusque sur sa joue. Maladroitement elle reprit sa route en
faisant attention à chacune de ses enjambées pour éviter une nouvelle chute.
Il lui fallut trois nouvelles et interminables heures de marche d'une souffrance
terrible pour atteindre l'herbe qui s'étendait de chaque côté de la rivière. Une
marche effectuée par la seule volonté de la Force, les yeux hagards, le regard
vide, comme un automate déboussolé. Enfin, elle parvint au bord de l'eau sans
même paraître remarquer les gros animaux cornus qui la regardaient de leurs
yeux noirs, s'arrêtant de brouter leur maigre pâture devant cette soudaine
apparition. La Padawan se laissa tomber à genoux sur le tapis vert et plongea ses
mains tremblantes dans l'onde bienfaisante avant de les porter maladroitement
à ses lèvres desséchées. L'eau s'écoula dans sa gorge comme la plus merveilleuse
substance qui lui avait jamais été donnée de boire. Elle replongea ses mains dans
la rivière pour asperger son visage brûlant de fièvre avant de se pencher sur ses
avants bras et d'enfoncer avidement sa tête dans l'onde claire.
Elle ne put s'empêcher de boire plusieurs grandes gorgées avant de se
redresser puis de se retourner pour s'allonger sur le dos, la nuque dans l'eau
fraîche. Ses idées tourbillonnaient dans sa tête douloureuse et les arbres
penchés au-dessus d'elle dansaient devant ses yeux. Des souvenirs revinrent
dans ses pensées, nombreux, rapides, comme les images d'un film visionné en
accéléré mais à l'envers. Le combat contre les intercepteurs Sith, le Defiance, son
combat avec Jaster Darillian sur Corellia, l'incinération de son Maître sur Tython,
son emprisonnement sur Coruscant, Korka, son enseignement de Padawan, tout
son passé défila en remontant le temps devant ses yeux à la vitesse d'un express
avant que son esprit ne s'enfonce dans un trou noir.
Puis elle perdit connaissance.
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2 - Matin radieux
Plusieurs jours après qu'Isil se fut écroulée à bout de force au bord d'une
rivière, un hurlement de souffrance déchira le silence des sombres tunnels qui
serpentaient dans les sous-sols de la forteresse, dressée à l’ombre des hautes
falaises de roche rouge, au centre du désert de Sang. Il résonna dans les
souterrains comme un sinistre cri d’agonie qui n’avait plus rien d’humain.
Derrière d’épais barreaux rouillés par les ans, de pauvres hères décharnés, dans
des habits en loques, les yeux hagards, le corps stigmatisé par les mauvais
traitements et la privation, reculèrent prudemment en tremblant au fond de leur
cellule. Pareils à des morts-vivants, ils lancèrent des regards furtifs et craintifs à
droite et à gauche en frissonnant de peur, comme s’ils redoutaient de voir
apparaître d’un moment à l’autre, une vision d’horreur.
Le cri se répéta et, à leur tour, quelques-uns des prisonniers commencèrent à
hurler comme de pauvres déments, certains en se cognant la tête contre les
murs humides de leur cachot. D'autres se mirent à gémir et à pleurer en
marmonnant des paroles incompréhensibles avant de se recroqueviller dans un
coin sombre au milieu de leurs excréments.
Enfin, le silence retomba sur les pierres muettes, tragique comme le linceul
obscur d'une chape de plomb qui se referme lourdement sur un cercueil
abandonné.
— Il ne dira rien, Maître, laissa tomber un petit homme ventripotent et torse
nu qui regardait le prisonnier, allongé sur une table sommaire équipée
d’appareils complexes qui ne cachaient rien de leur sombre dessein.
L’homme qui venait de parler avait le corps recouvert d’une couche de sueur
grasse et repoussante dans laquelle la poussière des lieux s'était incrustée. De
nombreuses cicatrices parcouraient ses chairs. L’une d’elle barrait un œil gauche
dont il ne restait plus qu’un globe oculaire mort, entièrement vitreux. Sa bouche
était tordue sous l’effet d’une profonde balafre qui tiraillait la lèvre inférieure
vers le bas en un rictus permanent et sinistre. Il tenait dans une main, un
instrument ressemblant à un manche, relié d'un côté à des fils électriques et
terminé de l'autre par une masse spongieuse et humide. Comme l’homme à qui
il s’adressait et qu’il venait d’appeler Maître, ne répondait rien, il avança de
nouveau son appareil vers le corps nu du prisonnier qui le fixait de deux grands
yeux exorbités par la terreur. Appliquant la partie spongieuse sur le corps
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Matin radieux
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l'amère vérité. Le visage décomposé, il leva la tête vers l'homme en habits violets
et balbutia au comble de la peur.
— Il… il est mort, Maître…
Un cri rauque s'échappa et déchira les lieux.
— Rhaaaaaaaaaaaa !
Le serviteur reprit d'une voix fantomatique presque inaudible.
— Pitié Maître, je suis désolé… ce n'est pas ma faute…
L'homme fit un pas en avant.
— Je sais, finit-il par laisser tomber d'un air las. Mais tu m'as mal servi, c'est
impardonnable. Pourquoi faut-il qu'à chaque fois que je m'approche de ce
secret, le sol se dérobe sous mes pieds ?
Il leva les yeux au ciel, cherchant sans doute la réponse dans une improbable
inspiration. Lentement, ses bras se tendirent en direction du pauvre hère qui
tremblait comme une feuille morte au vent de l'hiver, et des éclairs bleutés
zébrèrent l'espace, prenant naissance au bout de ses doigts manucurés. Ils
transpercèrent le corps du serviteur bientôt soulevé dans les airs puis secoué de
spasmes, cependant que des hurlements de douleur jaillissaient de sa gorge
terrifiée. Cela ne dura que quelques secondes, puis l'homme fit un geste de la
main qui propulsa son serviteur contre le mur humide de la prison, avant qu'il ne
glisse sur le sol, assis comme un pantin qu'on vient d'abandonner à la fin du
spectacle.
— Je suis désappointé, Mornar, grinça l'homme entre ses dents.
— Je… je suis désolé Maître, répondit douloureusement le pantin de chair qui
tentait de se relever en se frottant les reins. Cela n'arrivera plus, je vous le
promets. On finira bien par trouver quelqu'un qui sait.
Il y eut un petit rire saccadé qui sortit de la gorge de l'homme.
— Oui, on trouvera bien quelqu'un qui sait…
Il serra le poing devant lui et le tourna comme s'il tordait le cou à un volatile.
— … et qui avouera. Il suffit juste que je trouve la bonne personne pour cela. Il
ne sera pas dit que moi, Zarek, je ne puisse la trouver, où que ce damné chien de
Calem ait pu la dissimuler… dussé-je retourner chaque caillou de cette foutue
planète, j'en fais le serment : je la trouverai !
*
**
Loin de ce sinistre endroit, plus au nord, c'était jour de marché dans la grande
ville blanche qui s'étalait comme à l'infini dans la plaine verdoyante d'Amar. Les
rues étaient bondées à l'approche des places envahies par les étalages des
marchands en tous genres, qui criaient à qui mieux mieux pour vanter leurs
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— Allez Namina, tu sais bien qu'il ne peut rien m'arriver de fâcheux dans les
rues de notre capitale, surtout si je sors incognito. Tu ne peux me demander de
vivre cloitrée dans ce palais sans pouvoir sortir un peu toute seule, sans une
escorte de dix gardes armés jusqu'aux dents, exhibant leurs muscles et leurs
sabres pour me faire une haie de dix mètres de large dans la foule ! Ce n'est pas
comme ça que je veux vivre.
La femme soupira en joignant ses mains devant le sourire désarmant de la
jeune fille.
— Pourtant, lorsque tu seras reine, il faudra bien te soumettre au protocole.
— Je changerai le protocole… je le pourrai, puisque je serai reine et que Calem
sera éperdument amoureux de moi. Il ne pourra rien me refuser. Allez, nounou,
va prévenir Jarval que je sors et que je souhaite sa seule présence à mes côtés…
mais discrètement hein ?
Namina laissa tomber ses épaules en signe de capitulation et sortit à pas lents
de la suite princière.
— Je vais voir ce que je peux faire, bougonna-t-elle avant de refermer la porte
sur elle.
*
**
— Allons, mon grand, tu vas finir par être en retard pour prendre ton service !
Debout devant un miroir, occupé à achever de se raser, l'homme laissa
entrevoir l'espace d'un instant, une grimace d'agacement. Cela faisait bien la
quatrième fois que sa mère lui rappelait qu'il était en retard.
— J'arrive maman, répondit-il en secouant le rasoir d'un geste bref pour en
éjecter le trop plein de mousse avant de le rincer sous le robinet d'eau.
Le temps de se laver le visage, de le sécher, d'appliquer un onguent apaisant et
parfumé sur le visage, et il entrait à grandes enjambées dans la pièce qui sentait
bon le café chaud.
— Ah, le voilà mon grand garçon ! s'exclama une femme d'un certain âge en lui
prenant les joues entre ses paumes pour l'embrasser. Comme tu sens bon mon
fils, dis ! Tu vas en faire des conquêtes, beau comme tu es !
D'autorité, elle lui servit un grand bol de liquide noir fumant, et poussa vers lui
plusieurs galettes chaudes et odorantes.
— Mange ! Tu as besoin de prendre des forces, avec toutes les responsabilités
que tu as…
— Oh, tu sais, maman…
— Mange, l'interrompit la femme avec un grand geste théâtral, et ne parle pas
la bouche pleine, ce n'est pas poli !
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Les larges trottoirs de l'avenue qui montait vers le palais, étaient encore peu
fréquentés à cette heure somme toute matinale. De plus, les marchés du centre
de la cité, attiraient les gens comme le miel attire les abeilles. L'artère était
bordée d'arbres à feuilles très découpées et disposées en bouquet au sommet
du tronc, qui assuraient une perspective presque infinie jusqu'au pied de la
colline sur laquelle se dressait la Cité Royale. Le soleil faisait miroiter les dômes
dorés qui surmontaient les innombrables tours blanches de l’enclave, dressées
fièrement vers l'azur. Chaque bâtiment en portait plusieurs, et elles ponctuaient
également, à intervalles réguliers, les murs crénelés ceinturant la colline qui
abritait la cité. Le dôme principal de la somptueuse résidence royale surtout,
paraissait disputer à l'astre du jour sa place dans le ciel immaculé. Jarval songea
un instant qu'il pourrait fort bien habiter les appartements qui lui étaient
réservés au palais, au lieu de se contenter de la résidence familiale. Puis il
imagina la scène que sa pauvre mère lui ferait s'il ne rentrait pas y coucher
chaque soir, et soupira bruyamment sur sa monture. Depuis la mort de son père,
la pauvre femme n'avait que lui, son unique enfant, et ne vivait plus que pour lui.
Il y avait bien une autre solution, se disait-il mentalement, c'était que sa mère
vienne habiter au Palais. À cette pensée, il s’esclaffa avant de secouer
négativement la tête. Ce n'était certainement pas un service à rendre au roi et à
sa suite que d'amener sa mère vivre parmi eux, à condition évidemment qu'elle
eût consenti à quitter le toit où son pauvre mari…
Quelques jeunes filles qui déambulaient sur le bord de l'avenue s'arrêtèrent
sur son passage pour lui adresser un bouquet de sourires tout en agitant les
mains. Instinctivement, Jarval se redressa en bombant le torse pour prendre
l'allure la plus avantageuse possible et inclina poliment la tête dans leur
direction. Les jeunes filles se regroupèrent les unes contre les autres en
rapprochant leur tête comme pour comploter avant de laisser échapper de
petits rires qui ressemblaient fort à des gloussements.
Lorsqu'il parvint aux lourdes portes grandes ouvertes qui gardaient l'entrée de
la cité royale, il prit son allure martiale et les deux soldats qui se trouvaient de
chaque côté des deux battants, redressèrent leur posture en un garde-à-vous
impeccable, lance dressée vers le ciel. Jarval passa sous la muraille sans leur
adresser un coup d'œil.
La cité royale occupait l'essentiel de la colline qui surplombait Édinu. Ses
constructions blanches, d'une hauteur modeste, se dispersaient dans un vaste
jardin d'arbres et de pelouses vertes, fleuri de nombreux massifs multicolores.
Tout au sommet de la colline se trouvait une plaine abritant un petit lac,
alimenté par une source qui jaillissait sporadiquement en son centre comme un
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À grandes enjambées, il traversa une cour puis une partie de l'esplanade qui
donnait sur le devant du Palais, monta les marches du grand escalier deux à deux
avant d'arriver sur le perron où quatre gardes lui rendirent les honneurs.
Comme il traversait l'immense hall d'entrée, sans même jeter un coup d'œil
aux personnes qui déambulaient alentour, une petite bonne femme arriva vers
lui à pas courts et précipités, tout en soulevant le jupon d'une lourde robe qui
tombait sur le sol. L'apercevant, un sourire revint sur le visage sombre du
capitaine.
— Ah, Namina, bonjour, comment allez-vous ce matin ? Et comment va Sali ?
La femme leva la tête vers Jarval qui la surplombait de sa haute stature.
— Capitaine, je suis bien aise de vous voir… voilà… j'ai… comment vous dire…
Sali, mademoiselle Sali… enfin, elle veut… un service à vous demander…
Jarval éclata de rire en considérant le visage écarlate de la nounou de la
princesse et la prit par le bras pour l'entrainer vers un salon moins fréquenté.
— Asseyez-vous, fit-il en l'asseyant pratiquement de force dans un grand
fauteuil vert. Que se passe-t-il ? Quel service pourrais-je avoir le plaisir de rendre
à la princesse Sali ?
Namina leva un regard confus vers lui et balbutia.
— Un service ? Oui… voilà, un service… Sali… mademoiselle Sali souhaite se
rendre en ville, mais…
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dans l'esprit de ses "inventeurs", le Defiance ne devait pas être engagé dans de
véritables conflits directs.
— Repos, fit Prak en entrant à la suite de Sayyham comme les pilotes s'étaient
mis au garde-à-vous. Installez-vous confortablement et détendez-vous… vous
l'avez bien mérité.
Lui-même retourna une simple chaise et s'assit dessus en posant ses bras
croisés sur le dossier. La loordienne était restée debout appuyée négligemment
contre la cloison.
— Rox, reprit le capitaine, dites-moi ce qui s'est passé là-bas.
— La version courte, lieutenant, ajouta toujours froidement Keraviss Sayyham.
— Bien entendu, commandant, répondit Rox. Je pense que nous étions
attendus… à peine étions-nous sortis de l'hyperespace que ces salopards nous
sont tombés dessus à plus de deux contre un…
— C'était peut-être une coïncidence objecta le Rodien Badanoweeko.
Le lieutenant Rox jeta un coup d'œil vers son ami en secouant la tête.
— Peut-être… peut-être pas. Soit ces vaisseaux patrouillaient lorsqu'on s'est
pointés et c'est pas de bol… mais ça veut aussi dire qu'ils protègent quelque
chose dans ce système… soit ils nous attendaient.
Prak regarda Sayyham du coin de l'œil.
— Votre seconde supposition est lourde de sous-entendu, Rox. Mais soit,
continuez.
— Oui capitaine. On a d'abord perdu le pilote Clyyx, rouge cinq. Il a été abattu
par deux bandits, puis bleu deux… l'aspirant Torano, s'est fait avoir. Ensuite, la
surprise était passée et nous avons pris le dessus sur eux… et ma foi, on allait
remporter l'engagement lorsque toute une flotte est sortie de nulle part.
Il se retourna vers le Rodien.
— Encore une coïncidence Bada ?
Ce dernier écarta les mains en signe d'impuissance.
— Je n'en sais rien, Rox… ou ils ont une base à proximité et une flotte en alerte
permanence… ou c'est pas de bol.
— Ou ils nous attendaient aussi, persévéra le lieutenant en fixant le capitaine
Prak de son regard vert pâle. Ensuite, on a perdu Sammy, bleu quatre et Mroptt,
rouge trois. Là-dessus, Aigle Leader, le commandant Kal'Andil, nous a ordonné
de prendre les bouts.
— On a obéi sans hésiter, vu la puissance de feu qu'on avait aux fesses, lâcha
le sullustain Tyyv. On est tous passés en hyperespace en serrant les dents.
— Avez-vous vu la Padawan Kal'Andil passer en hyperespace, lieutenant ?
s'enquit Sayyham.
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L’eau de l’oubli
— Non, commandant, elle m'a donné l'ordre de le faire juste avant elle. Mais
les coordonnées étaient rentrées dans les calculateurs… il a dû s'écouler… quoi…
deux secondes entre mon saut et le sien.
— Cependant, elle n'était pas au point de rendez-vous ?
— Non, commandant, on a attendu le plus qu'on pouvait puis j'ai donné l'ordre
aux escadrilles de regagner le Defiance. Je ne comprends pas où elle a pu passer.
Le capitaine Prak observa les pilotes. Ils n'étaient pas des membres de la CPM
et pourtant ils paraissaient abattus à l'idée d'avoir pu perdre outre quatre des
leurs, la jeune Padawan qui était un peu, pour certain d'entre eux du moins, leur
mascotte. "Leur jolie mascotte Jedi" comme ils se plaisaient à le dire
discrètement. La gentillesse de la jeune fille qui n'hésitait pas à se mêler à
l'équipage tous grades et tous métiers confondus, son charisme, sa bonne
humeur et sa simplicité avaient très vite conquis le personnel de l'immense
bâtiment après son arrivée à bord.
Ils baissaient tous les yeux et regardaient le sol devant eux. Le commandant
Sayyham finit par s'asseoir dans un fauteuil avant de reprendre la parole tout en
s'efforçant d'assurer le ton de sa voix.
— Y'a-t-il une possibilité que son vaisseau ait été détruit juste avant son saut ?
Rox releva la tête.
— Tout est possible… si tel est le cas, on doit retrouver les morceaux de son
Aurek là-bas, à l'endroit précis où on a initié le saut.
— Oui, retournons-y pour nous en assurer ! s'écria plus fort qu'il ne l'aurait
voulu Badanoweeko. Elle est peut-être encore en vie…
— Ou peut-être que son calculateur s'est déréglé et a calculé une mauvaise
route, supposa à voix basse le capitaine Prak qui semblait réfléchir intensément.
— Dans ce cas, pourquoi n'est-elle pas revenue par la suite vers nous ?
interrogea Sayyham.
— Une avarie du calculateur ? Impossibilité de repasser en hyperespace ?
Panne du système de com ? Je ne sais pas, admit le capitaine.
— Dans ce cas, peut-être pourrions-nous étudier toutes les routes que son
vaisseau a pu prendre et aller les explorer pour tenter de détecter sa balise de
secours ? proposa Rox avec le ton d'un naufragé qui se raccroche à une simple
branche d'arbre au milieu de l'océan.
Subitement, la loordienne se releva prestement.
— Bien, messieurs, fin du débriefing ! Allez prendre une douche et vous
restaurer… et prenez un peu de repos. Nous vous tiendrons au courant si besoin
est.
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Son ton sans équivoque n'incitait pas à la contredire et les pilotes sortirent de
la salle en trainant des pieds.
— Allons rendre compte à l'amiral, proposa Sayyham.
Devan Prak fit oui de la tête et les deux officiers reprirent les ascenseurs vers la
passerelle de commandement.
Finalement, ils se retrouvèrent dans le grand bureau de Valin Narcassan. Il y
avait également Maître Torve, le lieutenant mécanicien Bump Liam, chef de la
cellule soutien de la CPM et Maître Koyi Me, chef de la cellule diplomatie à
laquelle était affectée Isil. Le colonel Cregg Vellaryn arriva le dernier. L'état-
major de la CPM au grand complet se trouvait ainsi réuni.
— Avant toute chose, commença l'amiral en levant les mains pour interrompre
le commandant Sayyham qui allait s'exprimer, il faut considérer ici deux
problématiques. La première et la plus importante, c'est la présence de l'Empire
dans le secteur Delta. Cette présence signifie peut-être que nous nous sommes
trop rapprochés des chantiers navals clandestins que nous cherchons.
Il regarda un à un ses subordonnés, assis autour d'une grande table ronde
quand lui était resté debout et se tourna un instant vers la baie de transparacier
pour observer les étoiles. C'est une perspective qu'il affectionnait
particulièrement : celle de l'espace infini, sans frontière. Il goûtait leur fixité
froide qu'il trouvait apaisante quand d'autres préféraient leur scintillement
depuis la surface d'une planète.
— La… seconde problématique, continua-t-il sans se retourner, est la
disparition d'Isil… de la Padawan Valdarra…
— Valdarra ou Kal'Andil, l'interrompit le commandant Sayyham avec un rien
d'agacement dans la voix.
Ce fut Maître Torve qui intervint. C'était un humain de Chandrila, une
quarantaine d'années, blond, les cheveux longs attachés en queue de cheval au
niveau de la nuque. Sa voix était posée, reposante.
— La Padawan Isil est connue depuis l'âge de ses douze ans, c'est-à-dire,
depuis son entrée au Temple, sous le nom de Kal'Andil. C'est sous ce nom que la
plupart des Jedi la connaissent. Ce n'est que récemment, que sa filiation avec feu
le général Valdarra a été révélée par le Conseiller Darillian… avant sa forfaiture2.
Comme l'amiral a très bien connu son père, je suppose que le nom de Valdarra
lui vient plus naturellement aux lèvres.
Keraviss Sayyham fit un petit geste sec de la main pour indiquer qu'après tout,
sa question n'avait pas d'intérêt.
2
Voir le tome 1 des aventures d'une jeune Jedi : Le cercle Sombre
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— Peu importe en fait… ce n'est pas primordial… mes excuses pour vous avoir
interrompu, amiral.
Valin Narcassan se retourna.
— Ce n'est pas grave, Keraviss… La vraie question est : devons-nous la porter
disparue en action ? Tuée en action ?
Un silence suivit cette déclaration. De façon surprenante, ce fut le lieutenant
Liam qui le rompit avec un argument étonnant.
— Amiral, j'arrive des hangars où se sont posées les escadrilles rouge et bleue.
Les hommes… je veux dire, tous, pas que les pilotes, mais les mécanos, les
magasiniers… même un cuistot me l'a dit… ils veulent qu'on aille à sa recherche.
Ils disent qu'il n'est pas question de ne pas tout tenter pour la retrouver…
Derrière sa moustache frétillante et ses yeux pétillants de malice, Bump Liam
sentit les regards de ses supérieurs se braquer sur lui et se racla la gorge d'un air
embarrassé. Le colonel Vellaryn ne put s'empêcher d'esquisser un sourire.
— Lieutenant, pensez-vous que nous risquons une mutinerie si nous…
n'obéissons pas aux hommes d'équipage ?
Bump s'empourpra légèrement.
— Une mutinerie ? Certes non, colonel… je n'irais pas jusque-là… mais les
hommes le ressentiraient bien mal si nous ne faisions rien.
— Malgré l'affection que les hommes… ou d'autres personnes apparemment,
lui portent, on ne peut risquer le Defiance et sa mission pour une seule
personne, fut-elle Jedi, objecta le commandant Sayyham. Qu'en pensez-vous,
Maître Me ?
Le vieux Twi’lek au teint tirant sur le violet fané, célèbre pour sa bosse
crânienne sur la partie gauche du lobe frontal, séquelle de violences qui lui
avaient été faites à trois ans par les Sith, croisa ses doigts avant d'y poser son
menton.
— Je suis d'accord avec vous, Sayyham, il y a une forte probabilité que la
Padawan Isil ait été tuée. Notre mission ne doit pas s'interrompre même si cela
peut nous en coûter. Malheureusement, la guerre a un prix à payer. Si notre
jeune amie a rejoint la Force, c'est que son heure était venue.
Alors que le silence était retombé sur la réunion, on frappa à la porte.
— Entrez ! invita l'amiral.
Un jeune officier de pont entra et fit deux ou trois pas avant de saluer,
impressionné par le rassemblement de toutes les "huiles" du bord.
— Amiral, toutes les autres patrouilles sont rentrées. Pas de perte à déplorer.
Rien à signaler non plus concernant les secteurs explorés.
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grand coup d'air frais. Quoique, l'air frais… c'est... enfin, je veux dire, dans
l'espace, on est d'accord, c'est une… euh… image.
Son intervention eut pour effet d'alléger l'atmosphère de la salle, et des rires
parcoururent ses camarades en gagnant l'amiral qui se laissa aller à un sourire
indulgent. Seule, appuyée contre le mur, les bras croisés, Keraviss Sayyham ne
broncha pas et conserva son visage fermé.
— C'est d'accord, monsieur Landala. Ceux qui le désirent, peuvent prendre leur
propre vaisseau.
Puis se tournant vers la Twi’lek.
— Chevalier Nulee'Na, je vous charge du commandement de cette mission.
Lorsque vous aurez atteint votre destination, si aucun élément probant ne nous
permet de conclure que l'Aurek de la Padawan Isil a été détruit, nous
procèderons à l'analyse de toutes les routes hyperespaces possibles à partir de
ce point, et vous en suivrez chacun une pour tenter de repérer la balise de son
chasseur.
— Combien de temps avons-nous pour la retrouver si elle est encore en vie,
amiral ? demanda un Rodien du nom de Loodo.
— Nous verrons, mais si dans une semaine vous n'avez rien trouvé, nous
serons obligés de la considérer comme perdue. Bonne chance à vous tous !
Tous les présents se levèrent comme un seul homme, discipline militaire
oblige. Ils avaient tous une foi inébranlable dans l'homme qui les commandait et
s'en remettaient à lui. Aujourd'hui, ils étaient atteints dans leur affect, et ils
sentaient bien que leur chef en avait tenu compte. Et pourtant, la plupart d'entre
eux étaient des baroudeurs, des hommes ou des femmes rompus - peut-être
trop pour certains d'entre eux - aux exigences de la guerre et du sacrifice.
Paradoxalement, ceux qui possédaient le plus le sens du sacrifice individuel,
avaient parfois du mal à envisager le sacrifice de l'autre ou des autres. C'était
sans doute difficile à comprendre, mais combien de chefs de groupe, prêts à
mourir pour la réussite de la mission ou pour leur escouade, avaient du mal à
laisser un ou des hommes derrière eux ? Qu'on leur demande de monter une
mission suicide, ils y allaient quitte à y rester. Mais qu'on leur demande de
sacrifier leurs camarades, ne serait-ce que parfois un seul, et la question se
posait d'un seul coup différemment. L'esprit d'équipe se retournait finalement
contre eux. Pour les membres de la CPM, il n'était pas question de sacrifier l'un
d'eux, si ce n'était absolument pas indispensable et de surcroit, il n'était pas
question d'en abandonner un seul sans avoir tout tenté pour le sauver. C'est cet
esprit-là qui régnait dans l'équipe du colonel Vellaryn.
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Valin Narcassan laissa une légère grimace parcourir son visage devant l'air
presque condescendant de son interlocuteur, et se caressa la moustache
pensivement.
— Prak, fit-il, ordonnez à la CPM de partir en reconnaissance comme prévu.
— Bien, amiral, répondit le capitaine qui se porta jusqu'à une console de
communication interne.
Maître Torve, qui était resté silencieux jusque-là, s'approcha du commandant
du Defiance et se posta à son côté.
— L'oiseau s'est envolé vous pensez ?
— Je ne sais pas, Shalo. L'absence de tout ennemi me pose autant de
questions que celle prévisible, j'en ai bien peur, de tout arsenal ou chantier naval
dans ce système décidément bien mort.
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jamais été très sympathique, et ce, d'aussi longtemps que remontaient ses
souvenirs de l'école navale dans laquelle ils avaient suivi la même promotion.
— Si vous retrouvez votre flotte impériale, n'hésitez surtout pas à nous
redemander un coup de main, Valin, conclut Guetto-Tha avec un grand sourire
narquois. À une prochaine fois… amiral.
Narcassan ne répondit rien cependant que l'hologramme bleuté disparaissait.
Le capitaine Prak arriva dans son dos.
— Amiral, la CPM est de retour avec le lieutenant Rox sur leur lieu de départ.
Ils n'ont rien détecté, aussi loin qu'ils soient allés. Pas la moindre trace d'un
chasseur Aurek abattu hormis les quatre que nous avons recensés ici dans les
parages. Ils attendent les ordres.
— Elle sera donc passée en hyperespace.
— Et pourquoi n'aurait-elle pas été capturée ? interrogea Keraviss Sayyham.
L'amiral secoua la tête.
— D'après le rapport de Rox, ils étaient largement hors de portée d'un
quelconque rayon tracteur et par ailleurs, les croiseurs tiraient sur eux pour les
abattre, pas pour les capturer. Non. Isil est quelque part dans l'immensité de
notre galaxie.
— Amiral, si on considère qu'il n'y a rien ici pour justifier la présence d'une
flotte impériale, et si on réfute l'idée d'une improbable coïncidence, intervint
Bump Liam qui venait d'arriver, il nous faut en déduire que les impériaux
savaient qu'ils allaient trouver nos chasseurs à cet endroit et à ce moment
précis.
L'amiral se retourna.
— C'est une remarque fort judicieuse Liam. Cela signifie que l'adversaire était
renseigné sur notre position et sur les ordres donnés à nos patrouilles de
reconnaissance.
— Une taupe au sein du bâtiment ? s'étonna le commandant Sayyham. Voilà
qui demande à être sérieusement étudié. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas
avoir attaqué le Defiance ?
— L'attaque d'un croiseur de la République serait un acte de guerre avéré,
observa maître Torve. En revanche, la destruction de quelques chasseurs est une
simple égratignure au Traité.
— Oui mais, pour quel motif ? Quel intérêt une flotte impériale pourrait
trouver à détruire dix chasseurs dans un coin perdu de la galaxie ? objecta le
lieutenant Liam, terriblement intéressé par la question.
— Et je vous rappellerai que les autres patrouilles n'ont pas été inquiétées,
ajouta Devan Prak.
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— Dans ce cas, cela ne peut signifier qu'une seule chose, conclut l'amiral.
Le silence accueillit sa dernière déclaration car chacun savait en fait, où le
commandant du Defiance voulait en venir. Ce fut le lieutenant Liam qui le
rompit.
— Voulez-vous insinuer, amiral, que la Padawan Isil est tombée dans une
embuscade ? Que c'était elle que visait l'Empire ?
Ils se regardèrent les uns les autres comme si de l'un d'eux une autre vérité
pouvait éclater. Maître Torve exposa à son tour.
— La Padawan Isil a été placée à bord du Defiance par Maître Shan, car sa
sécurité était compromise après avoir révélé un complot ourdi par l'organisation
connue sous le nom de Cercle Sombre, et volé une liste compromettant un
certain nombre de personnes très haut placées et très influentes dans la galaxie.
Par ailleurs, elle a démasqué le Conseiller à la Sécurité Darillian comme étant l'un
des chefs du Cercle. Or, ce dernier s'est enfui. Nous n'en avons pas la preuve,
mais le Conseil Jedi est persuadé que Darillian est un seigneur Sith très puissant.
Maître Torve passa sous silence ce qu'Isil avait appris au Conseil, à savoir que
Jaster Darillian était un ancien Padawan formé au Temple jusqu'à ce qu'il quitte
l'Ordre. Cela ne regardait que les Jedi.
— Sans compter qu'Isil a tenu en échec le seigneur Sith Dal-Karven qui
commande un croiseur tel que ceux qui ont attaqué notre détachement, précisa
Keraviss Sayyham qui avait longuement épluché le dossier confidentiel de la
Padawan. L'Empire en a perdu son centre de recherche de Korka, ce que Dal-
Karven ne lui a sans doute jamais pardonné. Autant de raisons pour chercher à
se venger, quand on connaît le personnage.
— Fort bien, déclara Narcassan. Keraviss, vous allez enquêter et me trouver
comment l'Empire a été mis au courant des ordres de nos patrouilles.
— Comptez sur moi amiral… c'est pile poil mon rayon !
— Je sais. Liam, avez-vous procédé au calcul de toutes les routes hyperespace
qu'elle a pu emprunter à partir de son point de départ ?
— Oui, amiral, et les données ont été transmises aux calculateurs des
vaisseaux des membres de la CPM… et du lieutenant Rox.
— Parfait. Qu'ils partent immédiatement. Quant à nous… nous allons attendre
ici le temps qu'il faudra pour leur laisser une chance de localiser la balise d'Isil.
Rompez !
— Bien, amiral, répondirent ses officiers avant de regagner leurs postes.
— Shalo ? interpela Narcassan.
— Oui, Valin ?
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RSS-80 Defiance
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4 - La main dans le sac
— Je n'ai pas besoin de l'essayer pour savoir que ce collier est très joli.
Le marchand lui posa dans les mains.
— Soupeser, allez-y, constater en arzent duros il est.
— Combien coûte-t-il… juste pour savoir ?
La créature leva cinq doigts de ses deux mains. Sali secoua négativement la
tête.
— Non, fit-elle, c'est bien trop cher… dommage, ajouta-t-elle en faisant
semblant de soupirer, son sourire toujours masqué par son accoutrement.
Le marchand s'ébroua bruyamment en repoussant les mains de la jeune fille
qui tentait de lui rendre son bien.
— Non, non, pas trop cher… bizou fait pour voussa… pour voussa mam'zelle,
seulement…
Il baissa la voix et s'approcha de l'oreille de Sali pour lui murmurer un nouveau
prix.
— Trois, et je vous le prends… mais c'est ma dernière offre, répondit celle-ci en
faisant mine de reposer le collier.
Le marchand joignit ses mains et leva ses grands yeux au ciel.
— Oh là là, dure en affaire voussa mam'zelle… daccodac, Peppi Loo-Loo
d'accord il est avec voussa. Le zoli collier est à mam'zelle.
— Merci, répondit Sali satisfaite de sa transaction, tout en sortant de son
escarcelle trois pièces d'or rutilantes qu'elle posa dans une main de son vendeur.
Puis elle glissa le collier dans un pli de sa ceinture.
— Au revoir Peppi Loo-Loo, fit-elle avec un petit geste de la main à l'adresse de
la sympathique créature.
— Byou mam'zelle, à bientôt ! répondit-il en chantonnant.
Sali reprit sa lente marche dans la foule en s'attardant à chaque devanture de
boutique, détaillant soigneusement chaque étal avec un ravissement non feint,
au grand dam de son garde du corps qui commençait à trouver le temps long.
Jarval observait à droite et à gauche, chaque personne qui frôlait la princesse,
une main sur le pommeau de son sabre, prêt à devancer le moindre geste
menaçant qui aurait pu mettre en péril la vie de sa protégée. Le cœur battant,
tous ses sens étaient en alerte.
Dans le recoin d'une ruelle, une paire d'yeux n'avait rien perdu de la
transaction qui venait de s'accomplir chez le bijoutier, et les prunelles vertes
s'étaient agrandies lorsqu'elles avaient aperçu les trois pièces d'or qui avaient un
instant brillé au soleil. La silhouette prit en chasse la jeune fille, sinuant dans la
masse des gens, pour ne pas la perdre de vue.
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L’eau de l’oubli
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La main dans le sac
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La main dans le sac
marches quatre à quatre pour arriver à son tour sur les terrasses qui couvraient
les habitations.
— Là-bas, cria-t-elle à Jarval, il longe la rue vers l'est.
Puis elle se remit à courir parallèlement au fuyard, mais de l'autre côté de la
rue. Un peu plus loin, celle-ci se rétrécissait légèrement autour d'un kiosque
rond qui trônait en son centre et destiné sans doute à accueillir des danses ou
des musiciens les jours de fête. Sali redoubla d'effort et accéléra dans sa
direction cependant que Jarval, qui avait compris son intention, lui criait.
— Sali non, vous êtes folle, ne sautez pas !
Trop tard. Obliquant vers la rue, la princesse d'une remarquable impulsion de
ses jambes, avait sauté sur le toit du pavillon et sans s'arrêter, le traversa en
quatre longues enjambées pour récidiver d'un bond prodigieux qui la propulsa
dans les airs vers la façade des bâtiments d'en face. Malheureusement, le saut
fut trop court de quelques centimètres. Jarval hurla.
— Sali ! Nooon !
La jeune fille accusa le choc contre le mur, protégeant son visage en plaçant sa
tête de côté, et réussit à s'agripper du bout des doigts à l'arrête du muret
protégeant la terrasse de l'immeuble. Elle resta suspendue dans les airs quelques
secondes, le temps que son cœur se calme. Puis, avec une énergie décuplée par
l'adrénaline qui avait envahi son corps, elle se hissa à la force des bras jusqu'au
rebord, qu'elle parvint à enjamber avant de rouler sur elle-même et de se laisser
tomber sur le sol carrelé de la terrasse. Malgré son souffle coupé par le choc
qu'elle avait reçu en s'écrasant contre le mur, elle se releva sans attendre et
avisa plus loin la petite silhouette qui bondissait par-dessus les toits. Elle reprit la
folle course-poursuite en criant à l'adresse de Jarval.
— Il se dirige au sud, vers la manufacture !
Une femme qui se trouvait là, à balayer les carreaux, en lâcha son balai de
surprise et leva les bras au ciel en criant toutes sortes de choses que Sali, déjà
loin, n'entendit pas. Bondissant à son tour comme une gazelle, au-dessus des
petits murets qui séparaient les habitations, Sali recommença à gagner du
terrain sur le voleur, décidément infatigable. En bas, Jarval avait tourné à droite
dans une large rue, pour se retrouver à gauche de Sali qu'il apercevait de temps
en temps, à l'occasion de l'escalade éclair d'un mur ou d'un toit plus haut que les
autres. Enfin, l'adolescent s'arrêta soudain en brassant l'air de ses bras étendus à
l'horizontale, comme les ailes d'un oiseau. Il se trouvait devant une impasse trop
large pour être sautée. À sa droite le haut mur lisse de la manufacture de
porcelaines de la ville, infranchissable. À sa gauche, la grand rue dans laquelle
courait Jarval et derrière lui, Sali qui arrivait à la vitesse d'un corinal au grand
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L’eau de l’oubli
galop. La jeune fille le vit disparaître. Il avait sauté. Parvenue à son tour au bord
du cul-de-sac, elle n'y vit plus personne. Au même moment, Jarval arrivait de la
rue à l'entrée de cette impasse, suivi par huit gardes armés de cette sorte de
lance métallique et épaisse qui équipait tous les gardes de la ville.
— Où est-il ? cria le capitaine à l'adresse de la princesse.
Celle-ci écarta les bras en geste d'impuissance. Avisant l'auvent en tissu d'une
boutique juste au-dessous d'elle, elle s'y laissa choir les fesses les premières. À
l'aide d'un fort joli rebond, elle se propulsa sur la terre battue de la ruelle en cul-
de-sac, en retombant légèrement sur ses deux jambes. Vraisemblablement,
l'enfant avait suivi le même chemin juste avant elle. Jarval, qui avait posté deux
gardes à l'entrée de l'impasse, arriva tout essoufflé.
— Il ne peut pas être loin ! Fouillez l'impasse ! ordonna-t-il aux gardes.
L'air résolu, il entra, suivi de la princesse, dans la boutique d'antiquaire sur
l'auvent de laquelle, Sali avait fait du trampoline. De petites clochettes tintèrent
à leur entrée et les trois personnes qui se trouvaient à l'intérieur tournèrent leur
visage vers eux.
— Bonjour, firent-ils poliment.
Un vieil homme à longue barbe blanche se précipita en s'inclinant.
— Bonjour, bonjour, et bienvenue dans mon honorable boutique. Vous
trouverez ici tous les trésors que vous cherchez… et même ceux que vous ne
cherchez pas.
La boutique, de taille plutôt imposante, était un capharnaüm de vieilleries en
tous genres. Jarval fit non de la main.
— Désolé, mais nous sommes juste à la recherche d'un enfant ou d'un jeune
adolescent, de cette taille.
Il montra du plat de la main la hauteur à laquelle il avait estimé celle du petit
voleur.
— Quelqu'un est-il entré à l'instant dans votre boutique, juste avant nous ?
— Non messire, personne n'est entré ici.
Les deux clients qui s'étaient rapprochés par curiosité, affirmèrent la même
chose. Personne, avant le capitaine et la jeune fille, n'était entré. Jarval et Sali
ressortirent l'air perplexe et observèrent la ruelle déserte. Au fond à droite, le
mur lisse et sans ouverture de la manufacture ne permettait aucune ascension.
Quelques containers reposaient bien contre les murs, mais les gardes venaient
de les fouiller et affirmèrent que l'enfant ne s'y trouvait pas. Aucune fenêtre,
aucune porte ne donnait sur les lieux, hormis un vieil entrepôt en face d'eux.
— Et la porte de cette réserve ? demanda Jarval.
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La main dans le sac
— C'est la remise de l'antiquaire, mais elle est fermée à clé, capitaine, répondit
un garde.
Sali s'était rapprochée des grands battants de bois et les examinait. Au bas de
l'un d'eux, il y avait une petite ouverture masquée par un abattant qui oscilla
sous la pression de ses doigts.
— Il y a une chatière, observa-t-elle. Peut-être le gosse a pu se faufiler par là ?
— Vous croyez ? Le trou est bien trop petit, même pour un enfant, commenta
l'un des gardes d'une grosse voix.
— Hum, il a l'air agile et très souple… je me demande s'il n'aurait pas pu quand
même y passer, objecta la princesse.
— Dans ce cas, il est fait comme un rat, s'exclama Jarval avant de rentrer dans
la boutique pour demander la clé.
Quelques instants plus tard, il pénétrait dans le hangar après avoir posté deux
autres gardes à l'entrée. L'entrepôt était éclairé par de hautes vitres toutes
protégées par de fines grilles métalliques.
— Il ne pourra pas s'enfuir par là, commenta le capitaine en désignant les
ouvertures du doigt. Sauf s'il s'est changé en insecte.
Les gardes ricanèrent. À l'intérieur se trouvait une multitude d'objets en tous
genres, de vieilleries pour la plupart, un véritable bric-à-brac d'antiquaire, formé
sans doute du surplus qui ne tenait pas dans la boutique du vieil homme. Après
une rapide inspection des murs, il s'avéra qu'aucune ouverture ne permettait à
quelqu'un de s'échapper, fut-il petit et leste comme l'enfant qu'ils
pourchassaient.
— Eh bien, dit Jarval en s'adressant aux quatre gardes qui lui restaient, il faut
fouiller cet endroit de fond en comble. La moindre jarre permettant à un enfant
de se glisser dedans, chaque carton, caisse, tout doit être inspecté.
— Bien capitaine, répondirent les soldats en confiant leur lance aux deux
factionnaires de la porte avant de se mettre au travail.
Sali, quant à elle, s'assit sur un petit coffre de bois bleu, richement orné d'or et
de pierres colorées incrustées, en soupirant.
— Que voilà une matinée bien mouvementée.
— Ne vous inquiétez pas princesse, s'il est ici, nous le trouverons, fit Jarval en
écho.
Puis haussant la voix pour parler à la cantonade.
— Allez mon gars, on sait que tu es là. Tu ne peux pas nous échapper, alors, s'il
te plaît, évite-nous l'effort de te trouver… sois sympa et sors de ta cachette. On
ne te fera pas de mal, tu m'entends ? Je suis le capitaine Jarval Hor’Gardi, de la
Garde royale et la dame que tu as volée, c'est la princesse Sali du royaume
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L’eau de l’oubli
62
La main dans le sac
ressource, quelle que soit leur espèce, leur âge et leur sexe. Aussi ne trouvait-on
que peu de vagabonds à arpenter les routes et les rues du royaume, pour le plus
grand plaisir des gens "comme il faut".
Le vieillard secoua la tête tristement.
— Ce qu'il faudrait, princesse, c'est un monarque qui abolisse définitivement
l'esclavage. Voyez-vous, c'est contraire à la dignité des créatures intelligentes et
c'est une honte pour une civilisation qui compte presque un million d'années.
Aucun être humain doué de raison ne devrait appartenir à un autre comme un
animal ou un meuble.
Lentement, Sali avait saisi les mains du vieillard entre les siennes et lui adressa
un sourire de réconfort qui venait du plus profond de son cœur.
— J'essaierai, vieil homme, quand je serai reine… je vous promets d'essayer.
Haz In'Tamsek se pencha vers elle et lui embrassa le front. Sali sentit les vieilles
mains trembler dans les siennes.
— Vous êtes la bonté même, princesse. Je lis votre cœur dans votre regard
comme dans un livre ouvert. Et j'y lis des choses étonnantes que peut-être vous
ignorez…
Au même moment, Jarval revint vers eux les bras ballants avec un air de
désappointement évident.
— Rien Sali, nous avons tout fouillé, le moindre recoin, la moindre jarre, la
moindre caisse, et rien. Envolé. Ce sale gamin s'est volatilisé. Je suis navré pour
votre escarcelle, princesse.
Sali eut un geste fataliste comme le vieil homme libérait ses mains des siennes
pour se redresser.
— Le petit oiseau veut rester libre et s'envole dans le vent.
— Ce n'est pas grave, répondit la jeune fille en souriant. Vous avez de fort
belles choses dans votre réserve, Haz. De véritables œuvres d'art. Certaines ont
été merveilleusement travaillées par des mains si délicates…
Elle caressa du bout des doigts le coffre sur lequel elle s'était assise.
— Ce petit coffre est magnifique. J'adore sa couleur et les sculptures dont il est
orné.
— C'est une pièce rare, princesse Sali, précisa le vieil homme, elle a plus de
deux mille ans. On dit qu'elle renferma les bijoux de la reine Asara II, à l'époque
où Édéna n'était formée que d'un unique royaume. Malheureusement, il n'y a
plus de bijoux dedans. Le coffre est vide. Mais s'il vous intéresse, je puis vous
faire une offre très intéressante.
Il se pencha à l'oreille de Sali et murmura quelque chose. Celle-ci regarda
l'antiquaire.
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L’eau de l’oubli
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La main dans le sac
— C'est le destin de ce coffre que de choisir son propriétaire. Qui suis-je pour
le lui interdire en le camouflant à la vue de tous ? S'il ne s'était pas trouvé là,
vous ne l'auriez sans doute pas trouvé… et adopté.
Sali, toujours souriante, inclina la tête.
— Merci vieil homme. À bientôt.
L'antiquaire s'inclina profondément à son tour.
— Édéna vous garde, princesse Sali.
Jarval et Sali sortirent. Les gardes se rassemblèrent à leur suite pour prendre
avec eux la direction du Palais.
65
5 - Razzia au bord du fleuve
Les cheveux coupés en une très haute brosse formant une superbe crinière
rouge vif autour de son crâne, la jeune Theelin dévisagea son maître lorsque
celui-ci parut en haut du sombre escalier qui remontait des souterrains de la
forteresse. Ses paupières et ses lèvres étaient mises en relief sur la pâleur rosée
de sa peau par une peinture noire, et ses dents, d'un blanc immaculé,
étincelaient en un sourire carnassier. La poitrine généreusement galbée,
enserrée dans une tenue violette moulante et largement échancrée au niveau du
corsage, c'était une splendide humanoïde dont les formes sensuelles ne
pouvaient laisser insensible toute personne qui appréciait la féminité chez une
créature. D'ailleurs, la Theelin savait en profiter et en jouait habilement autant
que de besoin, sans aucune retenue ni vergogne, s'habillant perpétuellement
d'une façon voyante et si provocante qu'elle ne cachait pratiquement rien de sa
superbe anatomie. Prête à tout pour arriver à ses fins, il lui était déjà arrivé de
passer une nuit torride avec un humain ou une créature, mâle ou femelle, avant
de le décapiter au petit matin d'un coup de sabre laser. Assise nonchalamment
dans un fauteuil, elle jouait du bout des doigts avec ses petites cornes réparties
en groupe de trois de chaque côté de ses tempes.
— À voir votre air sombre et tourmenté, j'en déduis que votre entretien avec
le prêtre ne s'est pas déroulé comme vous l'auriez souhaité, Maître.
Zarek grogna son mécontentement en fusillant du regard son apprentie et
claqua plusieurs fois des mains pour appeler un serviteur qui accourut aussitôt.
— Sroot, sers-nous à manger et à boire, et vite !
L'étrange et haute créature, au corps rond recouvert d'une épaisse fourrure
bleue et aux longues jambes fines, ouvrit sa large bouche garnie de dents
proéminentes, de laquelle sortit une sorte de mélodie, non articulée, de tonalité
grave.
— Ce que tu voudras, pourvu que ce soit bon ! répondit Zarek.
La créature sortit.
— Il est mort, l'imbécile, s'écria l'homme avec colère, mort sans dire un mot.
Ces prêtres sont des fanatiques qui endurent tout plutôt que de trahir le secret
dont ils sont les gardiens. Et moi, Dark Zarek, seul Sith sur cette misérable
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Razzia au bord du fleuve
planète, je ne parviens pas à leur arracher ne serait-ce qu'un indice qui pourrait
me mettre sur la voie.
— Peut-être devriez-vous changer de stratégie, Maître ?
Le Sith se laissa tomber dans un grand siège qui tenait plus du trône que du
fauteuil et ferma un instant les yeux pour se calmer. Cela ne dura que quelques
secondes. Lorsqu'il les rouvrit, son visage s'était détendu et un sourire
faussement affable était revenu sur ses lèvres. Il prit un air sarcastique.
— Diva, la fidèle apprentie que j'ai ramenée du sombre gouffre de l'oubli dans
lequel son imprudence l'avait fait glisser, va apprendre à son Maître, c'est-à-dire
moi, comment mener sa barque !
La Theelin tiqua à ce rappel et prit un air renfrogné.
— J'étais encore une enfant ! D'ailleurs, si je n'avais pas bu l'eau de l'oubli
avant vous, c'est vous qui auriez fini dans ce gouffre, Maître. En d'autres termes,
je vous ai sans doute sauvé la mise.
— C'est une façon de voir les choses, apprentie. Il est vrai que l'eau de cette
planète semble avoir un effet… indésirable, la première fois qu'on en boit. Ainsi
que me l'a expliqué la vieille guérisseuse chez qui je t'avais emmenée, elle
absorbe les souvenirs comme une éponge absorbe un liquide, remettant à zéro
la mémoire de l'imprudent qui en a ingurgité. Celui-ci est ensuite plongé dans
une forme de coma superficiel durant plusieurs jours pendant lesquels il est
réceptif à toute parole capable de lui reforger des souvenirs artificiels, quels
qu'ils soient. Tout ce qu'on lui dit, il se l'approprie comme ses propres
souvenirs… nouveaux souvenirs, devrais-je dire. C'est extraordinaire et inédit à
ma connaissance dans la galaxie.
— Je me suis toujours demandé si vous m'aviez redonné les bons souvenirs ou
si vous en aviez inventés d'autres ? Finalement, après cette expérience, je ne sais
plus si je suis moi ou quelqu'un d'autre.
— Apprends à me faire confiance, apprentie. Je t'ai rendu tout ce que je
connaissais de toi… et c'est largement suffisant pour ton apprentissage de Sith.
Zarek croisa les mains derrière sa tête et s'enfonça dans son siège l'air rêveur.
Le passé remonta à ses yeux.
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L’eau de l’oubli
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Razzia au bord du fleuve
Zarek sourit à l'idée que depuis son arrivée, il n'avait jamais pu boire une seule
gorgée d'eau pure, n'assimilant que du vin, de la bière qui était fort bonne, et
toutes sortes de jus de fruits… tout, sauf de l'eau.
Précautionneux au possible, il avait même enregistré l'intégralité de ses
souvenirs et l'essentiel de l'enseignement Sith, dans l'un des holocrons qu'il
emmenait toujours avec lui dans ses explorations, à seule fin que Diva puisse le
lui faire écouter si par malheur, un jour, il absorbait de l'eau par accident.
Il avait un jour découvert les ruines de l’ancien temple d'Édin, vaste ensemble
de monuments dédiés à la divinité primitive d'Édéna, au cœur de la vallée des
Mille Eaux, sanctuaire inhabité depuis des dizaines de millénaires. Là, il avait
déchiffré une partie des dessins gravés dans les salles obscures du Temple et en
avait acquis la conviction qu'Édéna recélait un secret immense qui dépassait de
loin tout ce qu'il avait rêvé de découvrir un jour.
Ensuite, il avait trouvé la vieille forteresse qui se dressait au centre du désert
de Sang, occupée par des saurocéphales, des créatures bipèdes à tête de reptile
et au corps recouvert d'écailles. Les hommes-serpents, comme on les appelait,
étaient des êtres sans coordination, sans conscience collective, n'ayant aucune
idée que leur nombre pouvait représenter un véritable pouvoir. Zarek n'eut
aucun mal à les fédérer autour de lui, usant de ses pouvoirs de Sith sur leur
faible psychisme et se les attacha rapidement pour qu'ils deviennent ses
disciples. La forteresse, restaurée par des esclaves, avait retrouvé au fil des ans
sa puissance d'antan, et les hommes-serpents étaient devenus une véritable
armée dont il avait le contrôle. Coincé à jamais sur cette planète, il ne lui restait
plus qu'à concevoir un plan habile pour en prendre le contrôle total et créer son
monde à lui.
Mais auparavant, il lui fallait percer le mystère de ce qu'il avait découvert dans
le temple d'Édin.
Sroot revint de son pas nonchalant avec des plats qui dégageaient un fumet
appétissant. Diva changea de place pour s'asseoir autour d'une longue table.
Deux créatures, en tout point semblables à des Twi’lek femelles, arrivèrent en
baissant les yeux. Elles portaient de quoi dresser la table pour les maîtres, ce
qu'elles firent en silence. Lentement, Zarek se leva de son trône et traversa la
salle pour rejoindre son apprentie. À peine assis en face d'elle, il demanda.
— Soit, Diva, dis-moi ce que tu as derrière la tête.
La jeune Theelin le regarda avec un grand sourire, et ses yeux intelligents
pétillèrent de malice sous les paupières peintes en noir.
*
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L’eau de l’oubli
* *
Les insectes nocturnes arrêtèrent leur chant en entendant le cri qui déchirait la
nuit. Il provenait de la maison située en haut de la colline émergeant à la lisière
du grand village, blotti dans le delta que formait la rivière qui descendait des
montagnes, avec le fleuve qui courait jusqu'à Édéna pour se jeter dans la mer.
— Où suis-je ? cria en sueur la jeune fille, qui est là ?
Elle s'était à demi assise sur son lit. Une longue mèche blonde collait à son
front trempé de sueur et ses bras battaient le vide de l'obscurité de la chambre.
La porte s'ouvrit et une silhouette se détacha sur le seuil. Une femme
s'approcha d'elle et s'assit à son côté.
— Qui êtes-vous ? récidiva la jeune fille dans un demi sommeil.
La femme la saisit par les épaules et la força à se recoucher en murmurant
d'une voix douce.
— Chut, mon enfant. C'est ta maman. Calme-toi, tu as juste fait un cauchemar.
Toujours à moitié endormie, la jeune fille balbutia, les yeux clos.
— Maman ? J'ai si peur… je ne me rappelais plus… où j'étais… ni qui j'étais…
j'étais perdue…
Dans la pénombre, la femme grimaça d'un air ennuyé.
— C'est ce que tu as fait qui te travaille trésor, les rêves mélangent souvent
réalité et souvenirs… mais n'aies plus peur maintenant. Toi, tu es à présent…
Elle hésita un instant avant de reprendre visiblement contrariée.
— … Iella, ma fille. Nous sommes à Meriik, au bord du fleuve Pishon, dans
notre maison. Rendors-toi tranquille et tâche de faire un joli rêve…
— Maman… murmura la jeune fille d'une voix à peine audible qui indiquait
qu'elle replongeait dans un profond sommeil.
— Chut… mon ange. Rappelle-toi quand tu étais petite, quand ton père nous
emmenait en barque dans les marais fleuris de…
Sa voix se perdit dans la nuit et les insectes purent reprendre leur chant
nocturne. Un oiseau hulula depuis le creux d'un vieil arbre tordu avant de
prendre son envol à la recherche de quelque proie inespérée, s'élevant
majestueusement dans l'air tiède et caressant qui soufflait du désert tout
proche, après être passé par-dessus les montagnes.
Un volatile chanta plusieurs fois pour saluer le soleil qui s'élevait au-dessus des
prairies de l'est. Son reflet rosé dansait sur la surface du fleuve, ridée ça et là par
les bonds de quelques poissons sautant hors de l'eau pour attraper au vol les
insectes aquatiques qui effleuraient l'onde de leurs ailes. Petit à petit, le village
s'anima paresseusement. L'air était doux et la campagne paisible.
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Razzia au bord du fleuve
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sorte de loir vivant sur Édéna
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L’eau de l’oubli
des représentants au roi pour lui demander d'installer une petite garnison ici, à
Meriik, afin que ses habitants se sentent plus en sécurité.
— Bon, dans ce cas, je vais rester ici.
Elle fit quelques pas dans la cour de la maison en contemplant les blanches
maisons du village qui s'étendait jusqu'au bord du fleuve entre les branches du
delta. Les nombreux petits ponts qui sautaient les bras de la rivière, et les jardins
fleuris qui entouraient les habitations, donnaient à l'ensemble un cachet tout
particulièrement douillet.
Sa mère parut sur le seuil et contempla la silhouette élancée de la jeune fille
qui transparaissait sous la chemise de nuit. N'était-elle pas magnifique ?
— Ne te promène pas dehors dans cette tenue, lui cria-t-elle. Si quelqu'un te
voyait… viens t'habiller. Je suis la prêtresse des lieux et je ne peux me permettre
d'avoir des remontrances du Conseil des Anciens à cause de ma fille qui se
promène presque nue dehors et les cheveux au vent.
Iella rentra dans la maison avec un petit sourire.
— Oui maman, je ne voudrais pas que tu aies des ennuis à cause de moi. Je
vais aller m'habiller…
Elle prit une grosse voix comique.
— … sobrement, les épaules couvertes et les cheveux attachés et cachés sous
un turban.
En montant les escaliers elle ajouta.
— Ainsi ces vieilles peaux du Conseil n'y trouveront rien à redire.
Lorsqu'elle redescendit, elle portait une longue robe bleu marine qui tombait
jusqu'aux pieds et remontait jusqu'au cou. Ainsi habillée, elle paraissait plus
âgée.
— J'espère que comme ça, je suis assez correcte ?
Elle tenait dans ses mains une longue bande de tissu léger qu'elle tendit à sa
mère, avant de s'asseoir en lui tournant le dos.
— Tu es parfaite. Évidemment, du coup, tu serais trop habillée pour te rendre
à un bal de la cour du roi mais…
— De toute façon, je n'aurais pas envie d'y aller.
— Je sais, répondit la mère en enroulant savamment le chèche autour de la
tête de la jeune fille, après lui avoir noué les cheveux en chignon.
Lorsqu'elle eut terminé, elle rabattit le pan de tissu qui pendait encore, sur le
bas du visage de Iella, bout du nez compris et le fixa solidement de l'autre côté.
— Voilà, fit-elle. Tu peux sortir en ville.
Sa fille leva les yeux au ciel et répéta en minaudant.
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L’eau de l’oubli
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Razzia au bord du fleuve
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L’eau de l’oubli
Les hommes braquaient déjà leurs armes vers elle, mais l'homme les arrêta
d'un geste de la main, tandis que les deux Kiathes qui se trouvaient à ses côtés
s'avançaient vers Iella en l'encadrant. Lorsqu'ils furent à deux mètres d'elle,
celle-ci se tourna vers le premier de façon imprévisible et donna un coup d’épée,
si rapide que l'homme n'eut pas le temps d'esquisser une parade, lui tranchant la
gorge d'un geste sec et précis. Ensuite, dans le même mouvement, elle fit
virevolter son arme vers l'arrière et l'enfonça dans l'abdomen du second, avant
de se retourner pour accompagner le pommeau de la lame du plat de sa main
gauche. Dans un bruissement de boyaux déchirés, l’acier traversa le corps du
malandrin et ressortit de l'autre côté. L'attaque n'avait duré que deux secondes.
D'un pied elle repoussa l’homme pour dégager l’épée de son corps. Dans le
silence, on entendit le gargouillis du flot de sang qui jaillissait de la gorge
largement ouverte du premier bandit, puis il y eut deux bruits mats lorsqu'ils
s'affaissèrent sur le sol en tombant l'un et l'autre comme une masse. Des pleurs
s'élevèrent du petit groupe de jeunes enfants et un murmure passa sur les lèvres
des fripouilles pendant qu’Iella s'avançait vers leur chef.
Ce dernier se mit en garde.
— Dis-moi ton nom, demanda-t-il, avant que je te tue.
— Iella.
— Je m'appelle Marco et je suis ton serviteur.
Il se signa avant de montrer Yaduli du menton.
— Ta mère ?
Les yeux de la jeune fille brillèrent en retenant leurs larmes.
— Oui.
— Tu as donc le même courage qu'elle ? Rends-toi, et je te laisse la vie sauve.
Pour toute réponse, Iella se fendit et porta un assaut qui fit reculer Marco de
deux pas avant qu'il ne riposte et balayant l'air à droite puis à gauche. Iella para
et les lames s'entrechoquèrent avec un tintement métallique. Les deux
adversaires s'observèrent mutuellement, cherchant à découvrir la faille dans la
garde de l'autre. La jeune fille chargea de nouveau au grand dam des sbires du
brigand qui murmurèrent entre eux pour prendre des paris sur le résultat du
duel. Le choc des armes remplit les lieux d'un bruit surréaliste alors qu'aucun des
deux duellistes ne parvenait à prendre le dessus sur l'autre. Les fers s'engagèrent
de plus près et Marco se trouva soudain tout contre le corps de la jeune fille qui
venait de parer une attaque en force. Derrière les lames croisées, le Kiathe
souffla à son visage.
— Tu te bats bien pour une femme, Iella. Renonce à ta vengeance et suis-moi,
je te ferai une place auprès de moi !
76
Razzia au bord du fleuve
La jeune fille serra les dents qui crissèrent sous la pression des mâchoires.
— Jamais, répondit-elle, je jure que je vais te tuer.
Elle tenta de le repousser mais de sa main gauche, il lui assena un coup de
poing dans la figure qui la fit reculer de quelques pas. D'un geste, Iella arracha le
chèche de sa tête et le jeta à terre avant de passer la paume de sa main sur sa
joue endolorie sans souffler mot. Une exclamation parcourut l'assistance lorsque
ses cheveux tombèrent en cascade sur ses épaules et que son jeune visage se
dévoila.
Iella se remit en garde plus rapidement que Marco ne l'avait prévu, et
l'attaque qu'il porta dans la foulée se heurta à une savante parade de la jeune
fille qui rompit et esquiva le coup de façon acrobatique. La pointe de celle-ci
entailla la joue de l’homme qui se recula à son tour, furieux. Il essuya d'un revers
de main le sang qui s'était mis à couler de sa pommette meurtrie avant de
cracher par terre.
— Tu vas le regretter, garce ! lança-t-il l'air mauvais avant d'attaque derechef.
Il frappa de taille mais la lame de son adversaire bloqua son élan, puis d'estoc,
mais là encore la jeune fille dévia sa pointe et esquiva le coup avant de relancer.
Le combat paraissait vouloir s'éterniser et Marco ne parvenait pas à prendre
l'avantage sur la jeune fille qui faisait preuve d'une forme physique étonnante.
Plus d'une fois elle effectua un double saut par renversement arrière pour se
mettre momentanément hors de portée de la lame du bandit. Sur leurs
montures, les Kiathes commençaient à ricaner de la prestation de leur chef
lorsqu'un autre groupe d'hommes montés, arrivèrent à leur tour en haut de la
colline.
— Que se passe-t-il ici ? demanda un colosse au crâne rasé surchargé de
tatouages, avec l'autorité évidente du commandant.
— C'est Marco, capitaine, répondit l'un d'eux avec un mouvement de menton
vers le lieu du duel, il a quelques soucis avec cette fille.
— Si cet imbécile ne peut pas venir à bout d'une pucelle armée d'un cure-dent,
on va lui donner un coup de pouce.
Les hommes s'esclaffèrent. L'homme au crâne rasé dégaina l'espèce de
pistolet qu'il portait à la ceinture, effectua un rapide réglage sur un interrupteur
situé au sommet du cube noir et, visant Iella, appuya avec l'index sur le bouton
qui servait de déclencheur. Un trait bleuté parcourut l'air et frappa la jeune fille
qui s'immobilisa, agitée par une série de convulsions. Marco en profita pour lui
faire sauter l'épée de la main du bout de la sienne et s'approcha d'elle, jusqu'à ce
que la pointe de sa lame soit appuyée contre le bas de son cou.
— Maintenant, tu es à moi la belle.
77
L’eau de l’oubli
— Laisse-la ! ordonna d'une voix sèche celui qu'on avait appelé "capitaine".
Une fille qui se bat mieux que toi, tu ne la mérites pas !
Marco lança à Iella un regard assassin en rengainant son arme d'un geste
rageur puis, levant la main, il la gifla avec violence trois fois. La jeune fille ne
laissa entendre ni cri ni gémissement et se contenta de soutenir son regard
fixement. Le capitaine des Kiathes fit avancer sa monture tout près d’elle,
passant derrière son dos et l'empoigna vivement par les cheveux avec une force
phénoménale qui la souleva dans les airs. Cette fois-ci, la jeune fille ne put
retenir un cri de souffrance ni les larmes qui inondèrent ses yeux. Elle porta les
mains à sa tête avec l'impression que son cuir chevelu allait s'arracher de son
crâne. Le capitaine la hissa vers lui comme un fétu de paille et la jeta en travers
de sa monture, devant lui, sur le ventre. Comme Iella tentait de se défendre, il lui
asséna trois grands coups sur la nuque avec son gros poing fermé, jusqu'à ce
qu'elle cesse de bouger.
Sa vision se brouilla et le son s'estompa à ses oreilles, puis la jeune fille sombra
lentement dans un trou noir sans fin.
— Qu'est-ce qu'on fait des mioches ? demanda Marco de mauvaise humeur.
— Ils sont trop jeunes pour être vendus et nous retarderaient. Débarrassez-
vous en !
— Tous ?
— Ça te pose un problème Marco ?
— Absolument pas, capitaine.
Sans plus un regard pour ses futures victimes, le capitaine fit tourner bride à
son corinal et redescendit la colline en ordonnant à l'un de ses hommes.
— Sonne le rassemblement. Nous repartons.
Le son de la trompe couvrit les hurlements des enfants que Marco, avec une
ivresse sanguinaire, s'empressa d'éliminer.
Lorsqu'ils quittèrent le village, un grand nombre de maisons était la proie des
flammes et les cadavres jonchaient la terre des rues et le sol des habitations
dans de sinistres mares de sang. Derrière les Kiathes, attachés par les mains,
suivaient une cohorte de prisonniers, essentiellement, des adolescents et des
jeunes femmes en pleurs, qui marchaient en traînant des pieds vers leur sombre
destin.
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6 - Un voleur nommé Gil
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L’eau de l’oubli
— Eh bien, c'est une mort affreuse. Ta bouche devient sèche, tellement que tu
ne peux plus avaler, ta langue gonfle dans ta bouche et tu…
— C'est bon, gémit la voix, épargnez-moi les détails, votre Altesse, je vous en
prie. Vous voulez bien me laisser sortir ?
Sali attendit quelques instants avant de répondre.
— Sous certaines conditions.
— Lesquelles, madame ?
— D'abord, tu t'engages à me rendre l'escarcelle que tu m'as prise.
— Dommage, elle est fort jolie et bien remplie pour un misérable voleur
comme moi. Mais entendu, je vous la rendrai. Sur mon honneur… enfin, si vous
voulez bien vous en contenter.
— Je pense que je vais m'en satisfaire. Ensuite, tu ne t'enfuis pas et tu ne
repartiras que lorsque je t'en donnerai la permission, pas avant.
Il y eut un silence, puis la voix reprit.
— C'est d'accord, je serai votre esclave tant que vous le souhaiterez, je vous le
jure sur ma tête mais par pitié, ne me faites pas jeter en prison… mes pauvres
rhumatismes ne supporteront pas l'humidité des cachots.
— Tes rhumatismes ? s'étonna la princesse en s'esclaffant. Je ne t'avais pas vu
si vieux sur la grand place. Ils ne te gênaient pas pour courir non plus d'après ce
que j'ai pu constater, ni pour te livrer à toutes sortes d’acrobaties fantaisistes.
— C'était façon de parler, votre Majesté. Puis-je ajouter que votre grâce court
elle-même à la perfection et avec quelle légèreté ! Vous êtes une athlète
accomplie.
— Je te remercie du compliment.
— Alors, marché conclu ?
Sali fit semblant de prendre un ton embarrassé.
— Hum, je ne sais pas… il faut que je réfléchisse. D'ailleurs, j'ai du mal à croire
que tu peux tenir là-dedans sans user d'une certaine forme de magie.
— Il n'y a aucune magie pour moi à tenir dans un si petit coffre. Ouvrez et vous
pourrez le constater.
— Soit, dit Sali en se levant pour aller jusqu'au coffre devant lequel elle
s'agenouilla.
Elle inséra la clé, la tourna et le cadenas s'ouvrit en faisant un petit clic. La
princesse le dégagea de l'anneau de fermeture et leva la plaque de la serrure
avant de se relever pour ouvrir le couvercle du coffre. Elle ne put retenir un "oh"
de surprise puis commença à rire à gorge déployée.
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Un voleur nommé Gil
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L’eau de l’oubli
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Un voleur nommé Gil
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L’eau de l’oubli
rouge. Il faisait sauter dans sa main l'escarcelle qu'il avait dérobée une heure
plus tôt sur la place centrale à la ceinture de la jeune fille.
— Cette bourse est très jolie, mais chose promise chose due, je vous la rends
en vous présentant mes plus profondes excuses pour ce larcin qui ne visait qu'à
me permettre de vivre quelques semaines de plus, sans trop de tracasseries au
quotidien.
Gil s'avança vers Sali et s’agenouilla pour lui tendre l'objet de son larcin. La
jeune fille reprit doucement son bien.
— Merci Gil. Tu sais, ce n'est pas ce qu'elle contient qui m'importait, mais
l'escarcelle en elle-même. C'est un cadeau de ma grand-mère et cela représente
beaucoup à mes yeux comme souvenir, vu que c'est le seul qui me reste d'elle.
L'adolescent baissa les yeux.
— Je suis désolé de vous avoir pris quelque chose à laquelle vous teniez tant.
J'aimerais tellement avoir moi-même quelque chose en souvenir de mes
parents…
— Oh Gil, c'est moi qui suis navrée pour toi à présent.
Elle lui prit la main, la tourna vers le haut et déversa sur sa paume les pièces
d'or contenues dans la bourse.
— Tu peux en garder le contenu. Considère cela comme un cadeau de ma part.
Gil releva des yeux qui brillaient.
— Vous êtes trop bonne, votre grâce, je ne mérite pas tant de clémence et de
gentillesse.
— Qui t'a appris à parler ainsi ? demanda soudain la jeune fille piquée par la
curiosité.
— Comment cela ?
— Eh bien, ta façon de t'exprimer est bien étrange pour un enfant qui vit dans
la rue ou je ne sais où, sans parents, et qui passe son temps à voler pour
survivre.
— Qu'est-ce qu'elle a ma façon de m'exprimer, votre grâce ?
— Elle est… voyons, comme dire ? Ampoulée.
— Je ne sais pas ce que ce mot veut dire, Altesse.
— Ça veut dire, pompeuse, extravagante… on dirait presque que tu as été
élevé à la cour.
Elle prit un air amusé et rit doucement. Gil fit une moue de dépit.
— Ah ? C'est un vieil homme qui m'a enseigné l'art de parler… et je sais écrire…
et je lis très bien aussi, se dépêcha-t-il d'ajouter.
— Un vieil homme ?
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Un voleur nommé Gil
— Oui, celui qui m'a élevé quand il m'a trouvé à quatre ans, après la mort de
mes parents. Il vivait dans la montagne dans une curieuse maison, elle-même
nichée dans une grande grotte. Quelque chose de curieux, vous pouvez me
croire, Altesse. C'était un ancien précepteur philosophe à la cour du père ou du
grand-père du roi Calem. Un jour, il en avait eu assez des intrigues, des complots,
des rumeurs, des duperies auxquels se livraient tous les puissants du royaume et
il avait quitté le monde, comme il disait, et s'était retiré loin de tout. Il ne venait
dans les villages que rarement, pour y trouver le nécessaire, vendant des
drogues dont lui seul avait le secret. Il était passionné de sciences bien que
diplômé également de l'université de lettres d'Édinu et possédait un grand savoir
en toutes choses. Un homme extraordinaire.
— Comment s'appelait-il ? demanda Sali, intéressée par l'histoire de Gil.
— Je n'en sais rien, avoua l'adolescent. Je l'ai toujours appelé Platos à sa
demande, mais je crois que ce n'était pas son vrai nom.
— Et il t'a élevé ?
— Oui, princesse, il a été à la fois mon père et ma mère, mon professeur et
mon ami. Il est mort il y a dix mois de cela, d'une mauvaise fièvre que ses
drogues n'ont pas pu guérir.
— J'en suis désolée, Gil. C'est depuis que tu t'es mis à voler ?
L'adolescent sourit de toutes ses dents.
— Oh non, madame, je vole depuis l'âge de mes six ans. Cela me permettait de
ramener des choses à la maison et de faire à Platos des cadeaux. Il n'était pas
content que je le fasse, mais je lui disais que je ne prenais qu'aux gens riches
auxquels ce que je volais ne manquerait jamais.
Il haussa les épaules.
— J'avais fini pas l'avoir à l'usure et à la fin, il ne me faisait plus aucune
remontrance.
— Je vois, fit Sali en levant les sourcils. Mais il va pourtant falloir que tu cesses
cette habitude de voler les choses, si tu restes à mes côtés.
Gil la regarda rondement.
— À vos côtés ? cria-t-il presque. Qu'est-ce que vous voulez dire ?
— Je veux dire que tu as juré sur ta tête de rester ici jusqu'à ce que je
t'autorise à repartir… j'ai même eu ton honneur en gage.
— C'est vrai, votre grâce… une parole donnée doit être tenue, me disait Platos.
Aussi tiendrais-je la mienne… jusqu'à ce que vous me la rendiez.
À ce moment, on frappa à la porte et Namina entra précipitamment en
soulevant le jupon de sa robe.
— Qui y'a-t-il nounou ? s'enquit Sali.
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L’eau de l’oubli
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Un voleur nommé Gil
Pour toute réponse, Sali déposa un baiser sur une des joues du roi.
— Merci Calem.
— Mais une fois que nous serons mariés, pas question que Gil nous
accompagne dans notre chambre, ajouta le jeune monarque avec un clin d'œil à
sa promise qui laissa échapper un petit rire.
— C'est évident, mon futur époux. Je trouverai bien un créneau pour l'écouter
me lire des histoires dans la journée.
Une ombre invisible passa devant ses yeux, qui contrastait avec le bonheur
qu'elle affichait. Du temps, elle avait bien peur d'en avoir de reste lorsqu'elle
serait reine, à traîner dans le Palais au milieu des vieilles rombières qui ne
manqueraient pas de s'accrocher à ses basques, au lieu de galoper par monts et
par vaux comme elle aimait tant à le faire.
Calem sourit et lâcha les mains de sa princesse avant de s'avancer jusqu'à Gil
hébété.
— Eh bien, c'est entendu, Gil, les amis de Sali sont mes amis et en tant que tel,
tu voudras bien me serrer la main.
Il lui tendit la main droite que Gil prit après une longue hésitation quasi
craintive. Le roi d'Édéna lui serrait la main ! Jamais personne ne le croirait si un
jour il racontait ça !
Sans trop savoir s'il devait fléchir un genou ou effectuer une courbette, il serra
franchement la main tendue en regardant le roi droit dans les yeux et balbutia.
— Je suis ench… je veux dire, c'est un véritable honneur que vous me faites
Majesté.
— J'aime une poignée de main et un regard francs mon garçon. C'est signe
d'une âme qui n'a rien à se reprocher.
Sali sourit sous cape en adressant un clin d'œil complice à Gil qui ploya
légèrement sur ses genoux.
— Oui, votre Majesté.
— Il faudra que nous fassions plus ample connaissance un de ces jours et j'ai
hâte de t'entendre narrer une histoire. Mais pour le moment, je vais te
demander de me laisser un moment avec ma future femme. Il est rare que je
puisse me dégager de mes obligations dans la journée et je voudrais bien en
profiter un peu.
À son tour, Calem adressa un clin d'œil à Gil qui s'inclina.
— Bien entendu, votre Majesté, je me retire séance tenante.
— Reviens tout à l'heure, Gil, je donnerai des ordres pour qu'on t'installe, lui
lança Sali comme l'adolescent se dirigeait vers les grandes portes de la suite de la
princesse.
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L’eau de l’oubli
Le roi prit Sali par une main et l'entraîna vers la grande terrasse sur laquelle
s'ouvraient toutes les pièces des appartements princiers. De cette terrasse qui
courait en arc de cercle le long de la façade de l'une des ailes arrières du palais,
on donnait sur le lac et les prairies du nord de la colline et à l'ouest, on dominait
une large partie de la ville qui s'étendait à ses pieds. Dans un bruit auquel plus
personne ne prêtait attention, le geyser s'éleva au centre du plan d'eau,
crachotant tout d'abord comme un tuyau plein d'air avant d'émettre un fort
grondement. Au même moment, son jet monta à une dizaine de mètres de haut
pour retomber en fine pluie sur la surface du lac, faisant apparaître un très bel
arc-en-ciel. Sali commenta.
— C'est magnifique, je ne me lasse pas de l’admirer à chaque fois qu'il se
manifeste.
— Sali…
La jeune fille nota l'embarras du roi et leva son tendre visage vers lui.
— Oui Calem, qu'y a-t-il ?
Il la prit par les épaules. Le contact tiède de sa peau si douce le fit frémir
intérieurement et fit monter un peu de rose sur ses joues.
— Dis-moi… es-tu heureuse ici ?
La question la prit au dépourvu et Sali chercha une échappatoire en baissant
un instant les yeux.
— Oui Calem, finit-elle par répondre doucement, lorsque je suis avec toi, tout
me paraît simple et radieux. Ta présence suffit à me combler de bonheur.
Que pouvait-elle dire d'autre ? Devait-elle lui avouer que ce mariage rituel
pesait sur elle comme une entrave à sa liberté de choix ? Qu'elle ne savait même
pas au fond d'elle-même si elle aimait vraiment celui qu'on allait lui donner
comme fiancé ? Certes, tout lui disait dans ses souvenirs qu'enfant elle en avait
été amoureuse, mais là c'était différent, comme si entre ses souvenirs d'enfance
et la réalité, il y avait un pas que le temps avait agrandi démesurément.
— Ma présence dis-tu, reprit doucement Calem, son visage imberbe penché à
quelques centimètres seulement du sien, et quand je ne suis pas avec toi ?
— Dans ces moments-là, oui, parfois mon pays me manque un peu. Le grand
air, les grandes courses sous le vent, les embruns de la mer qui vous fouettent le
visage et les vagues qui se fracassent sur le sable doré des plages infinies
bordées d'immenses haies de palmiers…
Ce disant, elle avait relevé ses yeux azur et Calem y vit presque se refléter les
paysages enchantés qu'évoquait la jeune fille. Celle-ci lui prit une nouvelle fois
les mains dans les siennes et les attira contre sa poitrine.
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Un voleur nommé Gil
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7 - Prisonnière
Entassés dans des cages de métal supportées par des plateaux flottant dans
l'air à quelques dizaines de centimètres du sol, tractés chacun par une grosse
bête poilue qui avait tout du bantha si répandu dans la proche galaxie, les
prisonniers se taisaient. Le moindre cri, le moindre appel, était durement
sanctionné, soit à coups de fouet, soit à l'aide d'un bâton électrique qui
provoquait des convulsions pouvant entraîner la mort chez les sujets les plus
fragiles.
Cela faisait quatre jours qu'ils avaient quitté Meriik, d'abord par la plaine puis
par des chemins de contrebandiers peu fréquentés qui sinuaient dans un massif
montagneux réputé pour ses maquis inexplorés et ses gorges profondes truffées
de cavernes. Les Kiathes s'étaient séparés en plusieurs groupes, sans doute pour
mieux voyager discrètement jusqu'à leur repaire dissimulé dans les montagnes
profondes.
Dans un coin de sa cage, Iella avait longtemps pleuré en silence, de rage
contenue puis de douleur et de tristesse. Elle revoyait sans cesse la tête de sa
mère qui tombait lentement le long de son corps avant de s'écraser dans la
poussière de la cour devant le seuil de leur maison et à chaque fois, un
sentiment obscur de haine l'envahissait. Tous étaient prostrés et tous
souffraient. Il n'y en avait pas un qui n'avait pas perdu des proches dans le raid
sur leur village et chacun était noyé dans sa peine et dans ses sombres pensées.
Quelques malheureuses qui avaient été extirpées de leur cage lors des
bivouacs nocturnes, étaient plus à plaindre que les autres captifs. Les Kiathes se
révélaient être des brutes sans cœur qui ne respectaient rien et elles avaient dû
subir les pires sévices en silence. Iella jusque-là, avait été épargnée mais son
cœur s'arrêtait de battre à chaque fois que l'un des bandits s'approchait de sa
cage et en déverrouillait la grille pour pointer l'une ou l'autre des prisonnières de
son arme menaçante.
Enfin ils arrivèrent à leur destination qui devait être le repaire, ou l'un des
repaires, des brigands. Depuis quelques heures, ils avançaient dans des gorges
étroites surplombées de hautes falaises stériles qui formaient un à-pic
impressionnant. Iella scrutait les lieux qui, si sa position n'avait été aussi
désespérée, lui seraient apparus des plus grandioses. Avec envie, elle observait
également le petit torrent qui courait au fond de la gorge, en passant la langue
92
Prisonnière
sur ses lèvres desséchées par le manque d'eau. Personne n'osait réclamer à
boire de peur de recevoir quelques coups bien sentis et la soif les tenaillait.
La caravane arriva ainsi dans un petit cirque apparemment sans issue où les
parois rocheuses culminaient à près de deux cents mètres. Au fond de cet
amphithéâtre naturel, de grandes cascades dévalaient des hauteurs en plusieurs
paliers pour former un torrent qui se jetait dans un plan d'eau au centre du
décor. La végétation était dense, les buissons nombreux et de larges taches de
verdure s'étendaient autour du petit lac aux rives rocailleuses bordées d'arbres
qui donnaient à cet endroit un petit air de paradis. Il ne s'en fallait que de la
triste situation dans laquelle les captifs se trouvaient.
Examinant les lieux, Iella remarqua les ouvertures qui perçaient la paroi lisse
de l'escarpement. Elles étaient nombreuses et évoquaient des fenêtres
inaccessibles, du moins depuis l'extérieur. Au fond du cirque, au pied des
falaises, on devinait des entrées de cavernes profondes et hautes. C'est dans
l'une d'elles que le cortège s'enfonça puis s'arrêta. Certains bandits détachèrent
les bêtes d’attelage et les conduisirent, avec leurs montures, dans des enclos
prévus à cet effet dans une autre grotte adjacente cependant que les autres
faisaient sortir les prisonniers sous la menace de leurs armes.
— Allez, dehors, et grouillez-vous un peu !
Un Kiathe leva son fouet et le fit claquer au milieu d'un groupe d'adolescents
qui se serrèrent les uns contre les autres en tremblant. Iella regarda tout autour
d'elle à la recherche d'un accès vers les trouées qu'elle avait aperçues un
moment auparavant à flan de falaise mais ne put en déceler aucun. Peut-être ces
ouvertures étaient-elles naturelles et ne débouchaient-elles sur rien de précis ?
Elle en était là de ses réflexions, quand des bruits de grincements et de vérins
firent écho dans la grotte. Levant les yeux, Iella aperçut plusieurs grandes
plateformes qui descendaient du plafond de la caverne, retenues chacune par
quatre tiges rigides télescopiques. Lorsqu'elles eurent touché le sol, les gardes-
chiourme poussèrent les captifs dessus. Puis, quand tous les prisonniers furent
rassemblés, l’un des bandits pressa un gros bouton « coup de poing » rouge, et
les drôles d’ascenseurs remontèrent lentement pour les avaler dans la falaise.
Ils débouchèrent dans un grand couloir humide creusé à même la roche,
éclairé par une lumière vacillante qui fit penser à Iella que l'énergie devait être
fournie par la force motrice des chutes d'eau.
— Avancez ! ordonna un gardien en jouant du fouet.
Une jeune fille touchée à l'épaule par la lanière vacilla en gémissant et Iella dut
la prendre sous une aisselle pour l'empêcher de tomber.
— Viens, dit-elle, appuie-toi sur moi.
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L’eau de l’oubli
Quelques heures plus tard, plusieurs bandits revinrent et, alors que quatre
d'entre eux se postaient à l'entrée de la prison, les trois autres entrèrent et
commencèrent à dévisager les captifs, les uns après les autres. Le regard baissé,
personne n'osait les regarder dans les yeux. Sagement, Iella imita ses
compagnons de captivité et ferma ses paupières.
- Toi… toi… toi et toi… vous deux… entendait-on dans la grotte.
Une à une, les prisonnières désignées se levèrent et passèrent comme on le
leur indiquait de l'autre côté des grilles, tête basse.
Sur l'un des gradins, une jeune fille aux longs cheveux bruns était allongée, sa
tête sur les cuisses d’Iella. Le front perlé de gouttes de sueur, elle avait une forte
fièvre et tremblait de tous ses membres. Un garde s'arrêta devant elle, bien
campé sur ses jambes écartées. Du bout du pied, il poussa le flanc de la malade.
— Toi, lève-toi !
Comme l'adolescente gémissait sans bouger, il lui asséna un coup de pied plus
fort qui lui arracha une plainte.
— Lève-toi je t'ai dit !
Iella n'y tenant plus, leva ses yeux d’acier vers l'homme et lui lança les dents
serrées.
— Vous ne voyez donc pas qu'elle est malade ? Laissez-là tranquille ! J'irai à sa
place !
— Malade ? Tu en es sûre ?
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Prisonnière
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L’eau de l’oubli
La jeune fille tourna vers lui une figure surprise et ouvrit la bouche pour
répliquer quelque chose qui ne lui vint pas à l’esprit. Se ravisant elle continua sa
marche en silence.
— En fait, vous ne vous plaisez pas ici, c'est ça ? insista Gil.
Comme il n'eut pas plus de succès que la première fois, il récidiva un instant
plus tard.
— Vous êtes malheureuse mais vous ne voulez pas m'en parler ?
Sali soupira.
— Mais enfin, mon jeune ami… quelle…
Elle chercha ses mots un instant.
— Quelle indiscrétion ! Ce que je ressens, continua-t-elle avec un accent
offusqué tout en plaçant ses deux mains jointes sur son cœur, m'appartient et je
n'ai pas besoin de t'en parler !
Gil ne se laissa pas démonter pour autant et jugea que, d'après le ton qu'elle
venait d'employer, il avait touché juste. Il persista.
— Besoin, sans doute pas, votre grâce, mais peut-être envie ? suggéra-t-il d'un
petit air malin.
Sali s'arrêta et se tourna vers lui, les mains sur les hanches.
— Ni besoin, ni envie. Suis-je assez claire pour toi comme ça ?
Gil fit une petite grimace comique et inclina sa tête de côté.
— Pourquoi vous emportez-vous, princesse, ne suis-je pas votre ami ?
Elle leva la tête vers le ciel et prit un air pincé.
— Tu n'es qu'un petit voleur.
— Petit peut-être, de taille, mais grand par le talent. Je suis capable de dérober
n'importe quoi à n'importe qui, quand je le veux, sans qu'il me voie.
— Tu oublies petit prétentieux que je t'ai pincé la main dans le sac.
Gil se gratta vigoureusement la tête.
— Ça non, je n'oublie pas ! Pourtant, je suis certain de ne pas vous avoir
touchée un seul instant. Je suis sûr que vous avez un don… un don de sixième
sens !
— Peuh, se contenta de répondre Sali, la tête toujours levée de biais.
— En tout cas, si je ne suis pas votre ami, je ne vois pas pourquoi vous me
gardez à vos côtés. Je vous demande humblement de me rendre ma liberté et de
me laisser partir.
À ces mots, Sali reprit un air normal et baissa la tête vers lui.
— Tu ne vas pas me quitter déjà ? Tu es la seule personne qui me fasse rire ici
et à qui je peux dire plein de choses…
— Ah, vous voyez !
96
Prisonnière
À une portée de flèche de là, dans une salle du palais, le roi tenait un Conseil
élargi.
— Il y a quatre jours, le village de Meriik, en bordure du grand désert de sable,
a été victime d’un raid de Kiathes, annonça une bedonnante créature bleue
s’apparentant à un Twi’lek, tout en arrangeant d’une main l’un de ses deux
lekkus qui tombaient du sommet de son crâne. Une partie de la population des
lieux a été massacrée et une quarantaine de jeunes gens, filles et garçons, ont
été emmenés de force vers une destination inconnue.
C’était Orn Mitra, le ministre de la sécurité du territoire, qui venait de
s’exprimer ainsi, provocant une réplique cinglante d’une autre créature
humanoïde d'allure féline, à la musculature puissante et aux crocs acérés, en
tous points semblable aux Cathars de la proche galaxie.
— Inconnue ? grogna-t-il en ponctuant son exclamation d’un rictus éloquent.
Tout le monde sait que ces maudis Kiathes ont leur repaire dans les Monts
Torturés à l’ouest du désert de Sang !
Il fit saillir ses griffes acérées en serrant son poing.
— S’il ne tenait qu’à moi, j’investirais ces montagnes avec mes soldats et je les
massacrerais tous !
Le Twi’lek se rebella dédaigneusement.
— Général Pardo, vous savez pertinemment que nous n’avons pas assez
d’effectifs pour faire pareille chose ! Ces montagnes sont immenses et les défilés
labyrinthiques. Une armée pourrait s’y cacher pendant des siècles sans qu’on
puisse la trouver et a fortiori, la déloger.
— J’attends vos ordres pour faire mon travail, monsieur le ministre.
— Sire, reprit le Twi’lek en se tournant vers Calem, cette situation est nouvelle
pour nous tous. Il y a des millénaires qu’Édéna vit en paix et durant ces lustres,
une simple armée modeste a suffit pour faire régner l’ordre à travers le
royaume. Je pense que, sauf le respect que je dois à sa mémoire, votre père,
97
L’eau de l’oubli
avant de nous quitter il y a six mois de cela, n’a pas pris la dimension du véritable
problème qui se posait à nous depuis quelques années.
— Depuis que ce magicien est apparu sur Édéna ! s’exclama un jeune homme
qui se tenait à la droite du roi.
Celui qui venait de prendre la parole s’appelait Taimi, le jeune frère de Calem.
C’était un jeune homme de vingt-trois ans, séduisant malgré des traits durs sur
un visage quelque peu enfantin et aux yeux d’un marron très sombre, presque
noirs, qui luisaient d’une intensité peu commune.
— Je ne suis pas certain que les rumeurs soient fondées sur cet… homme bien
mystérieux, votre Excellence, reprit le ministre. À dire vrai, je ne le crois pas
dangereux. Un maniaque qui vit terré dans cette vieille forteresse en ruine…
voilà tout.
— Ne sous-estimez jamais une menace potentielle, Mitra, rétorqua le général.
Les rumeurs, comme vous dites, murmurent que ce magicien… cet homme… cet
être… a constitué les hommes-serpents en une armée nombreuse et puissante
grâce à un trafic d’armes illégal mené en toute impunité. Il faudrait renforcer nos
armées, Sire !
Calem regarda tour à tour son frère, le ministre et le général commandant les
armées du royaume.
— Quand vous me dites cela, général Pardo, j’ai l’impression de revenir
plusieurs dizaines de milliers d’années en arrière… du temps où notre civilisation
a failli disparaître. Je pense qu’il est inutile que je vous fasse un cours d’histoire,
mais en ces temps-là, les conflits étaient nombreux, la surproduction industrielle
était en train d’anéantir la couche d’ozone de notre planète qui commençait à
devenir stérile. La population fut décimée par centaines de millions et divisée par
vingt en quelques siècles. Il a fallu toute l’énergie du désespoir de l’ensemble de
nos dirigeants pour réunifier nos pays, mettre un terme aux guerres, désarmer,
et abandonner la quasi totalité de nos industries, pour sauver Édéna. Nous avons
renoncé à presque l’intégralité des moyens de transport mécaniques ou
électriques, aux moteurs, à toutes les industries polluantes pour revenir loin
dans le passé de notre planète, lorsque l’air était pur et l’eau saine. Nous n’avons
conservé que l’essentiel d’une société moderne et nous sommes revenus à une
agriculture manuelle, qui n’engendre plus de pollution, à des industries de base,
axées sur le bien-être essentiel des populations, à des moyens de transport
reposant sur les incroyables capacités de certains animaux qui peuplent Édéna.
Nous avons abandonné le superflu pour sauver notre planète. Je sais que
beaucoup ont crié à la régression, mais c’étaient ceux-là même qui
s’enrichissaient sur le dos de quatre-vingt-dix-neuf pour cent du reste du monde
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Prisonnière
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L’eau de l’oubli
s’agit pas d’extrapoler sur une menace non avérée que des rumeurs infondées
colportent. Le temps viendra où je m’entretiendrai personnellement avec la
personne qui habite la forteresse du désert de Sang... chose que feu mon père
n’a jamais faite… et je suis certain que je trouverai un terrain d’entente propice à
une bonne cohabitation avec ces hommes-serpents !
Le général lança un regard farouche à son souverain, qui en disait long sur sa
désapprobation.
— Pour en revenir à cette augmentation de dix pour cent — Calem insista sur
ces trois mots — le ministre de l’extérieur se chargera d’en informer les
dirigeants de la planète en expliquant le pourquoi d’une telle décision. N’est-ce
pas monsieur Wiilsk ?
Il s’était tourné vers un grand humanoïde à la peau bleu intense, dont le crâne
portait deux cornes dressées vers le haut ainsi que deux grands lobes situés de
chaque côté de la tête et qui reposaient sur ses épaules. Celui que les habitants
de Chagria auraient certainement reconnu pour l’un des leurs, répondit en
s’inclinant dans son fauteuil.
— Il en sera fait selon votre volonté, votre Majesté. Je pense que les autres
dirigeants comprendront cette nécessité.
Taimi saisit alors le bras de Calem.
— Pour autant, mon frère, il serait inconscient d’oublier la menace du désert
du Sang. Laisse-moi marcher avec l’armée sur cette forteresse afin de réduire
une fois pour toute cette menace avant qu’elle ne devienne trop sérieuse pour
Édinu ! Général, vous me suivez ?
Le Cathar sourit de tous ses crocs.
— Et comment, votre Excellence !
Calem dégagea son bras.
— Il n’en est pas question, Taimi ! Je connais ton impétuosité, mais la
prudence est mère de sûreté. Je ne te laisserai pas te lancer dans une expédition
aventureuse au risque de voir détruire notre seule protection si d’aventure Édinu
devait être attaquée ! La diplomatie prévaudra sur la force.
— Mais, Calem, si nous frappons les premiers, nous faisons d’une pierre deux
coups : la surprise aidant, nous écrasons ces reptiles à deux jambes et nous nous
mettons à l’abri de toute future attaque de leur part. Appelons cela une frappe
préventive.
— Ça suffit Taimi ! riposta sèchement le roi en le fusillant du regard. Tu n’as
pas écouté mon exposé sur la question ? Ce n’est pas toi qui commande et tu es
trop jeune pour ce genre de chose.
100
Prisonnière
Lorsque la réunion s’acheva, Taimi fut le premier à quitter la salle avant même
que son frère puisse le retenir pour s’expliquer avec lui. Il regagna ses
appartements puis ôta rageusement sa veste d’uniforme.
— Ton frère s’est encore moqué de toi mon trésor ? demanda une voix cachée
derrière un paravent.
Taimi se retourna vivement alors qu’une belle créature aux cheveux rouge vif
sortait de sa cachette.
— Dolmie, fit-il sans se départir de son air renfrogné. Te revoilà ? Où étais-tu
passée durant tous ces jours pendant lesquels tu n’as pas donné de tes
nouvelles ? J’en ai assez de ne te voir que lorsque cela t’arrange ! Tu viens à moi,
puis tu t’en vas et tu reviens quand tu en as envie !
La Theelin s’approcha de Taimi et lui caressa lentement la joue de ses doigts
terminés par de longs ongles peints en noir.
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L’eau de l’oubli
Ils étaient allongés l’un à côté de l’autre, reprenant leur souffle après une
étreinte sauvage et passionnée. Diva, que Taimi connaissait sous le nom de
Dolmie, observait son amant, la joue posée dans le creux d’une main. Bien qu’il
eût son âge, la Sith le trouvait trop immature, impulsif et imprévisible, comme
un adolescent. Cependant, il était vulnérable et sa faiblesse de caractère pouvait
lui servir à accomplir ses noirs desseins dans la quête du pouvoir au profit de son
Maître.
Habilement questionné par la Theelin, Taimi expliqua l’objet de ses
ressentiments envers le roi et comment il aurait voulu anéantir la menace
potentielle des hommes-serpents quand son frère péchait selon lui par excès de
prudence, voire par couardise.
— Si j’étais le roi, avoua-t-il, je reprendrais le contrôle de la planète toute
entière comme ce fut le cas dans notre lointain passé et je restaurerais le
royaume d’Édéna en réunifiant tous les pays.
— Peut-être cela arrivera-t-il un jour… dans ce cas-là, essaye de ne pas te
tromper d’adversaire, mon amour.
— Que veux-tu dire, Dolmie ?
— Qu’il pourrait être contreproductif de s’attaquer à la forteresse du désert de
Sang plutôt que de s’allier à elle. Son armée d’hommes-serpents cumulée à celle
d’Édinu serait une force capable de mettre à genoux tous les autres pays de la
planète.
— Mais… comment s’en faire des alliés ? L’homme qui règne sur la forteresse
ne s’est jamais montré et nous ne connaissons rien de ses véritables intentions.
— Fais-moi confiance, mon trésor, un jour viendra où vous ferez connaissance
et ce jour n’est peut-être pas si loin que ça.
— Es-tu voyante ou sorcière ?
— Peut-être un peu des deux…
La Theelin tendit la main vers une coupe de pommes bien rouges qui trônait
sur une desserte de l’autre côté de la chambre et aussitôt, la plus grosse du lot
lévita dans l’air en s’avançant vers eux. Taimi écarquilla les yeux tandis que le
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Prisonnière
fruit faisait son chemin jusque dans la paume de la Sith qui s’en empara pour
croquer dedans à pleines dents.
— Co… comment tu as fait ça ? s’exclama-t-il en se redressant sur ses fesses.
— Je t’expliquerai un jour mon trésor, répondit-elle en lui tendant la pomme.
Pour l’instant, il va falloir me faire confiance… je sais ce qui est bien pour toi.
Se ravisant, elle lui reprit le fruit des mains et le jeta négligemment à travers la
chambre avant de l’obliger à se rallonger sur le matelas pour à son tour
s’étendre sur lui de tout son long.
— J’espère que tu as encore des réserves… j’ai encore faim, lâcha-t-elle avant
de coller sa bouche sur la sienne.
*
* *
Sans ménagement, on conduisit les sept jeunes filles par les couloirs
méandreux et les escaliers taillés à même la roche, jusqu’à une grande salle
creusée dans la falaise et éclairée par les trouées que Iella avait remarquées à
flanc de paroi en arrivant sur les lieux. Tout en arpentant les tunnels, Iella avait
pu mesurer combien le repaire des Kiathes était vaste et complexe. De
nombreuses intersections menaient dans de non moins nombreuses pièces qui
servaient de dortoirs, de cuisines, d’armureries, bref, tout ce qu’il fallait à une
troupe pour vivre de longs mois durant. La falaise hébergeait en fait une
véritable petite forteresse quasi imprenable de l’extérieur.
Un brouhaha mêlé de rires et de cris accueillit les captives lorsqu’elles
entrèrent dans la salle aux dimensions impressionnantes. On aurait dit une salle
du trône, aménagée dans une vaste cantina. De chaque côté, des arcades
s’ouvraient dans les murs permettant d’accéder à d’autres pièces plus petites
aménagées en salons faiblement éclairés. Au centre de la pièce de grandes
tablées étaient dressées et abondamment pourvues en nourriture de tout genre.
Nombre de bouteilles de vin y étaient posées, toutes pleines, ce qui prouvait que
le festin n’avait pas encore commencé. Au fond de la pièce, des gradins naturels
de quatre marches permettaient de monter sur une grande dalle au centre le
laquelle était posé un imposant siège rutilant, presqu’un trône, fait de bois et
d’or, résultant sans doute du pillage de quelque riche demeure. Sur le siège était
assis le colosse qui avait neutralisé Iella devant sa maison. Une centaine de
Kiathes, parmi lesquels quelques femmes armées de pistolets et de couteaux,
étaient rassemblés. D’autres femmes de tous âges, visiblement esclaves des
bandits, s’affairaient à achever de disposer discrètement les couverts.
— Entrez donc, mesdemoiselles, cria le capitaine en leur faisant signe
d’avancer vers lui, vous êtes nos invitées d’honneur à notre soirée.
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L’eau de l’oubli
Les hommes eurent tôt fait de les entourer avec des regards avides. Certains
commencèrent à tâter la marchandise provoquant des gémissements de crainte
chez certaines captives. Le chef lança à la ronde.
— Elles sont pour vous les amis, emmenez-les partager avec vous les délices de
l’amour !
Une à une, les filles furent tirées qui par les bras, l’autre par les cheveux vers
les bordures de la salle pour disparaître dans les alcôves au milieu des rires
barbares. La dernière qu’un d’eux attrapa par le poignet fut Iella. Aussitôt, celle-
ci, avec une force insoupçonnée, passant lestement en dessous de son coude, lui
retournant le membre dans son dos tout en lui ceinturant le cou de son avant-
bras libre. On entendit un craquement en même temps que l’homme hurlait de
douleur. Puis à l’aide d’un grand coup de pied au niveau des reins, elle l’envoya
rouler-bouler au milieu de la salle. Toisant les autres criminels qui l’entouraient,
elle se mit en garde, en sautillant légèrement sur ses jambes souples et lança
d’un ton de défi qui ne reflétait pas du tout ce qu’elle ressentait intérieurement.
— Va falloir me mériter messieurs… si vous me voulez, ce ne sera pas gratuit !
Les hommes s’observèrent un instant, comme subjugués par l’incroyable
témérité de la prisonnière, jusqu’à ce que l’un deux s’avance vers elle d’un air
menaçant.
— Allez, viens me voir, sois gentille, je suis doux comme un agneau. Tu verras,
je vais te donner mille plaisirs.
— Tu parles, commenta un autre dans un grand éclat de rire, t’es monté
comme un ver de terre !
Les autres l’imitèrent et rirent de bon cœur. Iella fit un petit geste de la main
pour inviter le bandit à se rapprocher.
— Je t’attends.
Vexé, l’homme fit un pas en avant. Aussitôt, avec une rapidité surprenante,
Iella effectua un tour sur elle-même avec une grâce indéniable, fouettant l’air de
sa jambe droite levée qui frappa à toute volée la figure du brigand. Celui-ci
tournoya à son tour sur place avant de recevoir dans la foulée entre les jambes
un autre coup de pied qui le plia en deux. Enfin, un coup de genou le cueillit avec
une extrême violence au niveau du nez alors qu’il se baissait sous la douleur du
coup précédent. Il s’effondra dans un gémissement, la tête la première, avec un
bruit sourd.
— À qui le tour ? crâna Iella qui n’en menait pas large au fond d’elle-même.
Elle savait qu’elle luttait pour sa survie ou à tout le moins, pour s’épargner une
humiliation qu’elle savait ne pas pouvoir supporter, et cela lui donnait des
ressources inattendues. Mais intérieurement, elle avait envie de crier sa détresse
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Prisonnière
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Prisonnière
— Pas du tout ma jolie, ils sont authentiques ! Je les paye assez cher pour cela
à un haut fonctionnaire à qui sa maîtresse doit coûter plus cher qu’il ne peut
assumer !
Jazor se mit à rire à cette idée avant de redevenir sérieux.
— Ceci dit, une fois vendue, si tu t’avises de protester contre ta nouvelle
condition, tu sais ce qu’il t’en coûtera de la part de ton propriétaire ?
Iella ne répondit pas, mais elle savait que l’esclave qui osait protester de son
innocence ou invoquer une injustice à son égard, avait la langue arrachée séance
tenante. Dans le pire des cas, lorsqu’il y avait suspicion de fraude à l’esclave, ce
dernier était purement et simplement éliminé de façon discrète pour ne pas
attirer d’ennuis à son acheteur.
— Assez parlé de tout ça, ma petite, tu dois avoir faim et soif. Mange et bois
tout ce que tu veux, reprit Jazor en remplissant le verre de la jeune fille d’un vin
agréablement parfumé.
Iella se dit qu’il ne servirait à rien de refuser et qu’elle avait besoin de refaire
ses forces. Affamée et assoiffée, toutes les bonnes choses qu’elle avait devant
ses yeux étaient autant de tentations auxquelles elle décida de succomber en
attendant de voir venir la suite des événements.
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8 - Vendue
Le troisième jour, le capitaine entra pour la première fois dans l’alcôve qui
servait de chambre à la jeune fille et ôta sans manière le drap qui la recouvrait
avant de lui donner familièrement une tape sur les fesses.
— Allez, ma jolie, habille-toi, on part en voyage, toi et moi.
Iella se redressa et plaça involontairement les bras devant sa poitrine.
— Vous auriez pu frapper avant d’entrer, protesta-t-elle pour la forme sachant
pertinemment que le bandit n’en avait cure.
Il rit avec allant.
— Mince, tu as raison, je suis d’abord entré puis j’ai frappé ! Pardon
mademoiselle, mais j’avais envie de te voir une dernière fois au naturel avant de
me séparer de toi. Allez, lève-toi et prépare-toi de ton mieux. Il faut que tu sois
belle à en mourir. Un peu de maquillage rehaussera avec finesse ton magnifique
teint de pêche. Je te veux éblouissante, ma petite. Il faut que tu en mettes plein
la vue à ton riche futur propriétaire. Il habite dans le duché d’Aretia sur des côtes
que tu trouveras très certainement ravissantes. Il s’agit d’un homme âgé, veuf,
qui cherche une jeune et jolie compagne, entièrement dévouée et soumise. Sauf
que l’homme a beau être riche, il est vieux, moche et ne se déplace plus qu’en
fauteuil anti-gravité vu qu’il ne bouge plus ses jambes.
Jazor ricana en découvrant des dents étonnamment blanches avant de
continuer.
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Vendue
— Toi, tu en as, ma belle ! Je suis certain que tu réussiras dans la vie, quoiqu’il
puisse t’arriver de négatif. Fort bien, tu ne mérites pas qu’on te force et quant à
ton futur propriétaire, ne t’en fais pas trop, ma petite, l’homme est impuissant.
Tout ce que tu risques, ce sont des caresses de sa part, rien de plus !
Il la poussa devant lui et en profita pour lui redonner une grande claque sur le
fessier avec un rire gras.
— Allez ouste fillette ! On va faire un voyage en dragonnal. J’espère que tu n’as
pas le vertige !
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L’eau de l’oubli
Il emmena Iella jusqu’à un bel animal blanc qui les regarda en émettant un son
guttural tout en remuant la tête avant de tirer aimablement une longue langue
rose. Le capitaine le flatta en lui tapotant le bout du museau.
— Oui, Kerox, moi aussi je t’aime.
Iella leva les sourcils en guise de surprise : ainsi cette brute épaisse pouvait
ressentir de l’attachement pour un animal ? Elle ne put prolonger sa réflexion car
Jazor la poussa jusqu’au flanc du saurien qui se coucha sur le ventre, avant de la
pousser de façon plus que cavalière vers le haut des sièges installés sur son dos.
— Accroche-toi bien, si tu ne veux pas tomber en plein vol. Passe le harnais de
sécurité et vérifie bien les attaches, invita-t-il en montant à son tour devant elle
pendant qu’un autre garde montait à l’arrière. Tu trouveras dans les fontes de
quoi t’équiper : gants, lunettes, masque pour respirer… et attache bien ta
capuche autour de ta tête à cause de la vitesse.
Six autres gardes s’empilèrent sur deux autres animaux puis le petit groupe fit
avancer les montures qui dandinèrent vers l’extérieur de la grotte. Ils se
trouvaient au sommet d’une vallée de montagne qui surplombait une plaine
forestière s’étendant à perte de vue, entourée de monts. En face d’eux, Iella
remarqua la silhouette de deux pics jumeaux isolés, dressés tout droit vers le ciel
au dessus d’une forêt aux arbres immenses, comme deux cheminées de roche
rougeâtre.
— Allons-y, cria le capitaine en agitant les rênes de son dragonnal qui se mit à
courir quelques mètres en battant des ailes avant de s’envoler d’une façon
particulièrement légère pour un animal de ce gabarit.
Le voyage dura plusieurs heures puis ils purent apercevoir au loin une
immense tache bleutée qui annonçait le grand océan. Les paysages les plus
variés s’étaient offert à leur vue et à présent, ils survolaient une vaste plaine
agricole multicolore au milieu de laquelle les villes formaient autant de taches
blanches souvent érigées en bordure d’une rivière ou d’un fleuve. Jazor montra
au loin une agglomération plus importante établie à l’abri d’une presqu’île et
ceinte de puissants remparts défensifs.
— C’est la ville d’Aretia, capitale du duché du même nom, cria Jazor pour se
faire entendre d’Iella.
Les dragonnaux effectuèrent ensuite un léger virage à gauche et
commencèrent à perdre de l’altitude, se dirigeant vers une grande demeure qui
ressemblait à un petit palais, entourée de larges pelouses et de bois, ilot de
verdure dans la plaine cultivée. Plusieurs grands bassins ornés de jets d’eau,
reflétaient au milieu des gazons le ciel azur et de nombreux massifs de fleurs
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Vendue
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L’eau de l’oubli
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Vendue
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L’eau de l’oubli
s’arrêter devant le cadre holographique d’une femme dans la force de l’âge, qui
trônait sur une coiffeuse. Ses cheveux ressemblaient en tout point à ceux d’Iella.
— C’est Renatia, sa regrettée femme, dit-elle avec une pointe de nostalgie.
Une superbe femme d’un caractère très doux. Elle était très belle et très
intelligente…
Reprenant son ton froid, elle pivota vers Iella et lui montra de la main un lit
étonnamment large.
— Bien entendu, tu dormiras avec son Excellence et tu lui seras soumise en
tout, sinon c’est le fouet qui te guette. Ici, nous utilisons le fouet électrique qui
ne marque pas la peau… vu le prix que tu as coûté, ce serait du gaspillage… mais
qui est très douloureux, autant qu’un fouet classique, si ce n’est plus.
— Qu’est-il arrivé à la précédente remplaçante de madame… si vous me
permettez de poser la question, madame Xavia.
— Elle n’a pas suivi les règles… c’est tout ce que tu as à savoir. Ne l’imite pas et
tout ira bien pour toi.
— Bien, madame.
— Ceci étant dit, tu trouveras dans ces armoires tout ce qu’il te faudra pour te
vêtir. Madame avait la même taille et la même corpulence que toi, aussi, tous
ses vêtements t’iront parfaitement.
Tout en disant ces mots, Adrea avait ouvert une grande penderie remplie de
robes délicates et en sélectionna une blanche, ornée de fines dentelles.
— Celle-ci, par exemple, fera l’affaire. Suffisamment déshabillée pour plaire à
monsieur, elle reste cependant très convenable et c’était, si je me souviens bien,
l’une des préférées de madame Renatia. Prends un bain, coiffe-toi et habille-toi.
Le repas est sonné dans quatre heures. Ne sois pas en retard, son Excellence
déteste attendre les gens.
Sur ce, elle la laissa au milieu de la pièce aux proportions démesurées. Quand
elle fut seule, Iella se jeta sur le lit et pleura à chaudes larmes.
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9 - Vacances au soleil
— Sens-moi ça, reprit le pilote, il vibre comme une femme que tu tiens dans
les bras.
— Ou comme un chat de célibataire qui ronronne sur ses genoux, ajouta
Hiivsha avec un sourire malicieux… le chat qui te manque encore pour terminer
tes vieux jours.
— Bon, ça va, capitaine Inolmo, j’ai compris la leçon et… oh oh, on dirait que le
temps se gâte.
Par la verrière du cockpit on pouvait apercevoir une escouade de gardes
impériaux arriver en courant vers le cargo depuis l’autre bout du spatioport.
— Mon vieil ami, je crois qu’il est grand temps de mettre les voiles, si tu vois ce
que je veux dire, décréta Hiivsha en se levant précipitamment. Décolle dès que
ta casserole sera prête, moi je descends à la tourelle pour leur expliquer notre
façon de voir les choses.
Fébrilement, Rob Fotta, activa une autre série d’interrupteurs et les moteurs
grondèrent faisant monter les thermomètres électroniques affichés sur le
tableau de bord.
— Y’en a pour une minute, cria-t-il à l’attention de son complice.
— C’est une minute de trop, cria Hiivsha qui arrivait dans la tourelle ventrale et
se jetait sur le siège du tireur.
Actionnant les pédales du bout des pieds, il la fit pivoter jusqu’à ce qu’il tienne
dans sa ligne de mire le groupe d’importuns. Alors, il tira au sol devant eux pour
les ralentir. Les militaires comprirent vite où était leur intérêt et coururent se
cacher derrière des caisses.
— On dirait que notre petit plan a été éventé, fit-il dans le comlink.
— Oui, quelque chose n’a pas dû se passer comme prévu… ils se sont aperçu
trop tôt qu’on avait dérobé les plans.
Hiivsha tira de nouvelles salves tandis que le vaisseau commençait à s’élever
sur le permabéton pour entreprendre le cent quatre-vingts degrés nécessaire à
son départ. Les tirs fusaient à présent de tous côtés mais les boucliers
remplissaient parfaitement leur office en absorbant l’énergie des fusils blaster.
Enfin, Rob put apercevoir la sortie à travers le cockpit.
— Ils ferment les portes ! annonça-t-il en mettant son vaisseau en route.
— Alors ne lambine pas, veux-tu ? répliqua son compagnon en appuyant
derechef sur la détente de l’arme.
Des bidons de carburant explosèrent semant la confusion dans les rangs
adverses. Un militaire plus impétueux que les autres se découvrit et lança vers le
cargo un objet de forme oblongue.
— Grenade, cria Hiivsha en se cramponnant à son siège.
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Vacances au soleil
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L’eau de l’oubli
Rob se versa un café dans une antique tasse métallique toute cabossée qui
avait très probablement dû traverser une guerre, voire plusieurs. Ils étaient assis
tous les deux dans un recoin d’une pièce de vie encombrée de cartons et de
caisses à moitié ouvertes que Hiivsha montra de la tête.
— Il te faudrait une bonne pour ranger tout ça, vieux.
— Toute ma vie est enfermée dans ce tas de ferraille, expliqua Rob en
regardant ostensiblement tout autour de lui. C’est ma maison… et cette carcasse
120
Vacances au soleil
me sert aussi d’épouse. C’est à elle que je confie mes états d’âme quand je
déprime. L’avantage sur une femme, c’est qu’elle reste silencieuse et ne me fait
pas de reproche quand j’abuse de la bière corellienne et que je me mets à
ronfler comme un poivrot sur les banquettes.
Ce qu’il disait faisait réfléchir Hiivsha. Est-ce ainsi qu’il souhaitait vieillir ? Dans
son propre vaisseau en guise de foyer, seul, sans personne à qui parler, sans
personne auprès de qui se blottir au chaud sous les couvertures le soir venu ? Il
regarda au fond de sa tasse comme pour y chercher une ultime réponse qu’il ne
trouva pas.
— Mais toi, gamin, reprit son ami en versant dans son propre café une bonne
rasade d’un alcool ambré et odorant, ne prend pas le chemin du vieux Rob ! Ce
n’est pas un exemple à suivre. L’aventure, ça va un temps mais au bout du
compte, à la fin, y’a quoi ? Je ne laisserai même pas de mioche derrière moi
pour penser à son vieux lorsque j’aurai quitté la galaxie ! Rien pour perpétuer
mon ADN, pour rester vivant à travers ma progéniture.
Il avala d’un trait son gobelet et se resservit cette fois-ci une pleine tasse
d’alcool sans café.
— Fais pas comme moi, capitaine Inolmo, je ne suis qu’une vieille bourrique
qui n’a rien compris à la vie. Trouve-toi une jolie fille bien sympa, épouse-la et
emmène-la avec toi parcourir l’espace intersidéral ! Ou alors, pose le pied à
terre, et trouve-toi une jolie petite ferme dans un coin de paradis pour y faire
pousser et élever de quoi vous nourrir à l’abri de toutes ces saloperies de conflits
galactiques permanents !
Derechef, il vida sa tasse d’un trait. Ses yeux commençaient à briller sous
l’effet de l’alcool.
— Au fait, en parlant de fille… elle est où ta petite princesse de Jedi dont tu
m’as parlée l’autre jour ? Une Jedi ! Pff ! T’aurais pas pu trouver plus difficile à
sortir ?
Hiivsha esquissa un geste d’impuissance.
— Ah oui, c’est vrai… l’amour… continua Rob d’une voix qui commençait à
s’empâter tout en se resservant une troisième fois du contenu de la bouteille
posée devant lui, avant de lever les yeux au ciel. J’oubliais : le grand amour, avec
un grand « A » !
Il pouffa de rire en postillonnant autour de lui puis vida son gobelet.
— Bon, Eh bien, qu’est-ce que t’attends pour l’emballer cette petite ? Jedi ou
pas Jedi, tu l’épouses, elle quitte l’Ordre si ces imbéciles ne veulent plus d’elle
pour ça… conneries… et tu pars à l’aventure avec elle. Quelle belle équipe vous
feriez tous les deux !
121
L’eau de l’oubli
Hiivsha soupira. Ah si c’était aussi simple que ça, il y a longtemps que ce serait
fait ! pensa-t-il en silence.
Comme il restait silencieux, l’autre continua.
— Et elle est où cette petite actuellement ? Pourquoi tu ne l’invites pas à venir
profiter de tes vacances sur la station d’Atraon ?
— Je suppose qu’elle se trouve sur le croiseur Defiance, là où son Ordre l’a
envoyée après son intervention contre le Cercle Sombre et le Conseiller Darillian.
— Au milieu des militaires ? Peuh !
— On m’a proposé d’aller rejoindre leur équipe, remarqua Hiivsha.
Rob redressa son dos maladroitement et étouffa un hoquet.
— Ah ? C’est différent alors. Ces gens doivent être très bien tout compte fait,
déclara-t-il en se rattrapant comme il le put. Ils ont su reconnaître ta grande
valeur… Alors qu’est-ce que t’attends ? Tu dis oui, tu retrouves ta Jedi, tu
l’emballes et le tour est joué !
Ce coup-ci, il versa de l’alcool dans son gobelet et le vida dans la foulée sous le
regard désapprobateur de son ami.
— Si tu finis sous la table, tu ne pourras plus piloter ta casserole, observa ce
dernier en appuyant sa remarque d’un clin d’œil censé adoucir le reproche sous-
jacent. Enfin, si je trouve un jour un moyen pour l’emballer, comme tu dis, crois
bien que je ne m’en priverai pas. Cette fille-là, je l’ai dans la peau et je suis bien
décidé à tout faire pour la garder… mais je reconnais que ça va pas être facile. Je
ne sais même pas si ce sera possible un jour, ajouta Hiivsha d’un air plus sombre.
— En attendant, tu pourras te taper quelques belles Twi’lek sur Atraon, si
t’aime l’escom… l’exomis… l’exotisme ! C’est pas parce que t’es amoureux qu’il
faut rester à jeun, surtout si t’es pas sûr que c’est réciproque.
Hiivsha fit une moue et se leva.
— Je vais faire un petit somme le temps qu’on arrive sur Atraon… tu devrais en
faire de même, crois-moi.
Rob se leva à son tour en s’aidant de la table.
— Sais pas… quand je me couche, j’ai de vieux démons qui viennent me
hanter, du temps où j’étais dans l’armée… du temps où on avait les mains plus
sales que les contrebandiers eux-mêmes… c’est pour ça que je picole, mon petit.
Hiivsha lui donna une bourrade amicale.
— Te laisse pas aller, vieux, sinon ça finira par te détruire.
— Faut bien une fin à tout, conclut philosophiquement Rob en se dirigeant
d’un pas peu assuré vers sa cabine la bouteille à la main.
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Vacances au soleil
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L’eau de l’oubli
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Vacances au soleil
Celle-ci semblait attendre autre chose qui ne venait visiblement pas. Prenant
un petit air contrit, elle précisa.
— Je quitte mon service à six heures… je peux vous attendre à sept au bar
principal de l’hôtel, comme ça vous pourrez m’emmener dîner quelque part.
Hiivsha maîtrisa mal un geste de surprise et mit quelques secondes à
répondre.
— Heu… oui, bien entendu… finit-il par dire d’un ton légèrement embarrassé.
À… à sept heures… d’accord.
Rassurée, la Twi’lek lui fit alors un petit geste de la main et quitta la suite.
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L’eau de l’oubli
Une fois dans la suite, il se rendit au bar pour confectionner deux cocktails,
pressé au fond de lui de se débarrasser de la gentille mais collante hôtesse.
Quand il eut bien secoué le mélange dans le shaker et l’eut versé dans deux
coupes largement évasées, il dut aller chercher Talyy dans la chambre à coucher
où elle avait allumé une petite lumière tamisée. Il la trouva debout sur le lit qui
jouait en souriant avec le dernier bouton de son chemisier qu’elle tenait entre le
pouce et l’index. L’instant d’après, le vêtement glissait lentement autour de son
corps comme le pétale d’une fleur le long de sa tige.
— Finalement, ça va être plus compliqué que prévu ! pensa Hiivsha en lui
tendant sa coupe.
Cinq jours déjà qu’il se reposait aux frais des services secrets républicains,
estimant qu’après le mois passé avec Rob Fotta, il ne volait pas cet argent. Il était
allongé sur la plage, la tête à l’ombre d’un palmier, et séchait, après un bain de
mer prolongé. Car c’était vraiment de l’eau de mer ! Celle d’Atraon IV, reliée à la
station orbitale par un gros pipeline qui plongeait dans l’un de ses innombrables
océans pour pomper et rejeter en permanence l’énorme masse d’eau nécessaire
au renouvellement de la mer artificielle.
À dire vrai, il s’ennuyait. Ses pensées vagabondaient entre son vaisseau qui
hibernait dans un hangar depuis des semaines, ses affaires en suspens, sa
planète natale, Adarlon, petite planète située dans l’amas de Minos du système
de Shesharile où ses vieux parents habitaient une modeste maison au bord d’un
lac dans un massif forestier montagneux… Mais celle qui hantait le plus son
esprit c’était évidemment une jeune Jedi appelée Isil. Il aurait donné n’importe
quoi pour la tenir à cet instant précis, dans ses bras, allongée auprès de lui ; pour
jouer du bout des doigts avec ses boucles blondes en se régalant de ses lèvres
pulpeuses et joliment rosées. Il soupira profondément. Elle n’était pas là mais à
bord d’un croiseur de la République, sans doute à accomplir quelque mission
dangereuse, et il aurait aimé être en sa compagnie.
À présent il souriait d’un air amusé en se rappelant le mal qu’il avait eu à se
défaire de son encombrante hôtesse le soir même de son arrivée sur la station.
D’autres que lui auraient sauté sur l’occasion, mais là, il avait fait un blocage. Ce
n’était pas que la jeune Twi’lek n’était pas à son goût, non, seulement il n’avait
pas l’habitude d’être entrepris de cette façon par une femme. Et puis, elle n’était
pas Isil ! Hiivsha, en bon romantique qu’il était malgré ses airs de séducteur au
grand cœur, ne voyait pas d’autre femme qu’elle dans ses bras. Et cela avait été
dur de faire se rhabiller Tally alors qu’elle n’avait plus que sa petite culotte sur
elle ! L’avantage, c’est qu’il ne l’avait pas revue les jours suivants ; l’inconvénient,
126
Vacances au soleil
c’est qu’il se sentait seul et s’ennuyait. Aussi, décida-t-il d’abréger son séjour et
de repartir dès le lendemain.
C’était donc le dernier soir de vacances qu’il s’offrait. Il était élégamment vêtu
d’une chemise blanche brodée au col fermé par un bolo tie représentant un
soleil, que Quad Sitaire lui avait donné alors qu’il était encore adolescent, d’une
veste de soie noire et d’une écharpe blanche du premier chic terminée à
chacune de ses extrémités par une boule décorative cousue dans l’étoffe. Il avait
ainsi pour projet de liquider son crédit de rétribution dans l’un des magnifiques
casinos qui bordaient la plage. Ce n’était pas un joueur régulier, comme certains
contrebandiers qu’il connaissait en bien ou en mal, mais il trouvait certains jeux
plaisants et après tout, il lui restait des crédits à perdre, alors autant en profiter.
Le gorille en smoking le regarda gravir les marches qui montaient du
promenoir avec l’œil inquisiteur du professionnel et le déshabilla du regard des
pieds à la tête, jugeant sur pièce de la qualité des chaussures et du costume.
Lorsqu’Hiivsha parvint à sa hauteur, le videur avait décidé que tout allait bien
chez cet homme élégant et il lui adressa un geste de la tête accompagné d’un
« bonjour, Monsieur, soyez le bienvenu dans notre casino » respectueux.
Le contrebandier lui répondit d’un petit geste sobre de la main et pénétra dans
le grand hall d’entrée où déjà, plusieurs machines à sous tintaient sous les coups
de levier frénétiques de quelques enragés. Puis ce fut la grande salle de jeux, la
plus grande des salles de l’établissement, et son joyeux brouhaha passionné. Ici
et là, des femmes, en longues robes de soirée ou courtes vêtues, essentiellement
selon l’âge et la plastique de la personne, des hommes en smoking, des
créatures mâles et femelles en élégants costumes culturels liés à leur espèce, se
côtoyaient enfiévrés par la même passion, autour des tables de jeux de cartes,
de dés ou de hasard.
À la caisse, il convertit en plaques ce qui restait de crédits sur sa carte et s’assit
à une table de pazaak où, à sa grande surprise, il doubla ses fonds. Perplexe, il se
dirigea ensuite vers une roulette en se disant, avec un sourire intérieur, que s’il
avait été Jedi et malhonnête, c’eut été l’endroit idéal pour s’enrichir. Mais la
chance continua à lui sourire, et de nouveau ses gains augmentèrent
substantiellement.
Il était une heure du matin, lorsque trois hommes se postèrent derrière lui
alors qu’il s’apprêtait à rejouer. L’un d’eux murmura à son oreille.
— Prenez vos plaques et suivez-nous, le patron veut vous voir.
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L’eau de l’oubli
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Vacances au soleil
— J’espère que votre patron ne va par nous faire trop attendre, votre
conversation est assommante.
Mais il ne s’attira qu’un regard haineux de la part des trois hommes dont le
visage ne reflétait en rien l’intelligence.
Quelques minutes lourdes de silence passèrent ainsi, jusqu’à ce qu’une porte
finisse par s’ouvrir au fond de la pièce. Deux individus entrèrent : un Duros à la
peau bleue et aux yeux rouges et un Rodien qui fixa Hiivsha de ses deux globes
noirs. Tous deux semblèrent évaluer la pièce un instant puis ils firent un geste en
commun vers quelqu’un d’invisible comme pour lui signifier que la voie était
libre. Aussitôt, un Hutt entra en se traînant à l’aide de sa grosse queue. Il portait
d’énormes lunettes noires complètement ridicules qui firent esquisser un sourire
au contrebandier lequel maîtrisa tant bien que mal un mouvement de surprise.
— Capitaine Inolmo, fit le Hutt d’une voix caverneuse, comment allez-vous ?
— Bien, Guppa… mais je suis surpris de vous voir ici. Vous avez investi dans les
stations balnéaires ?
— Disons plutôt dans les casinos, ici ou là, dans la galaxie. C’est d’un excellent
rapport financier.
— Je veux bien vous croire… et pratique pour blanchir de l’argent sale. Vous
avez l’air de vous porter on ne peut mieux. Vous donnez l’impression d’être
plus… svelte qu’il y a quelques années.
Le Hutt laissa échapper un gros rire de sa large gorge.
— Vous avez l’œil, Inolmo ! J’ai fait un régime !
Il se tâta le ventre des mains avec un air satisfait sans cesser de rire.
— J’ai beaucoup plus de succès auprès des femelles de toutes les espèces
qu’auparavant.
— Je n’en doute pas, Guppa, enchaîna le contrebandier. Vous devez être un
grand séducteur, j’en suis certain. Mais que me vaut l’honneur de cette
invitation musclée ?
— Musclée ? J’espère que mes hommes ne vous ont pas bousculé… un ami
comme vous !
Un ami, c’est ça ! pensa Hiivsha qui sentait arriver le coup fourré.
— Non, ça a été… mais ils ont su se montrer très convaincants ! Vous vouliez
me voir ?
— J’ai une affaire à vous proposer capitaine…
— Je ne suis pas intéressé, le coupa Hiivsha sans plus attendre.
Le Hutt se remit à rire en se tenant les côtes de ses bras ridiculement petits par
rapport à son corps.
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L’eau de l’oubli
— Oh, oh, oh, capitaine, quand je dis proposer, je veux dire que j’attends de
vous un service.
— Affaire… service… c’est du pareil au même. Je suis en vacances et pas
intéressé.
— Mais vous n’avez pas le choix, Inolmo. D’ailleurs n’avez-vous pas constaté
l’incroyable chance au jeu que vous avez eue ce soir en quadruplant vos mises ?
Considérez cela comme un acompte… et puis, comme je viens de le dire, vous
me devez un service.
Hiivsha essayait de conserver un sourire confiant, mais au fond de lui-même, il
était tendu comme un élastique prêt à se rompre. Machinalement, il tripotait les
boules qui pendaient au bout de son écharpe blanche pour se donner une
contenance.
— Rectification, Guppa, c’est Quad Sitaire qui vous devait un service, pas moi.
Et ce vieux Quad est mort… donc votre service s’est éteint avec lui.
— Vous étiez son élève, son apprenti… ce qu’il me doit, vous me le devez à
présent.
— Rien du tout, mon vieux, je n’ai rien reçu de lui en héritage, ni actif, ni
passif… donc pas de dette !
Le Hutt fit un geste et les hommes dégainèrent leurs pistolets blaster.
— Il vous a laissé son vaisseau à l’époque… quel nom ridicule portait-il déjà ?
Ah oui, « Choupy » !
Guppa se mit de nouveau à rire à gorge déployée avant de reprendre de l’air le
plus sérieux qui soit.
— Vaisseau qu’il a pu s’acheter avec mon aide… Je crains que
malheureusement vous n’ayez pas le choix, capitaine. Ou vous me rendez ce
service, ou mes hommes vous abattent, là, maintenant, ici !
Hiivsha soupira. Et voilà, finies les vacances ! Et même s’il venait de décider d’y
mettre un terme par lui-même, une chose qui l’horripilait c’était bien qu’on lui
force la main.
— Vous plaisantez, Guppa, vous n’allez tout de même pas m’assassiner dans
votre propre casino parce que je refuse de vous rendre service ?
Le Duros fit tournoyer son arme autour de son index.
— C’est pas ça qui nous fait peur, l’ami !
De ses pouces, Hiivsha tâtait les petits interrupteurs qui actionnaient les deux
grenades servant de décoration à sa jolie écharpe. Il hésitait encore à en venir
aux dernières extrémités.
— Vous n’avez pas le choix, Inolmo, reprit le Hutt de sa voix gutturale. Ou vous
acceptez mon petit travail, ou dans dix secondes vous êtes mort.
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L’eau de l’oubli
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L’eau de l’oubli
Quelques minutes plus tard, il laissait derrière lui la station balnéaire spatiale
et les vacanciers sans souci qui s’y prélassaient. Il se demandait bien ce qu’il était
advenu de Guppa le Hutt et ce point d’interrogation s’installa de façon
désagréable dans un coin de son cerveau. Cependant, il était maintenant hors
d’atteinte d’éventuels poursuivants et se préparait à passer en hyperespace
lorsque P2-A2 intervint avec une série de sons impatients.
— Un message ? Quel message ?
Perplexe, Hiivsha quitta son siège et se rendit à la table de l’holonet où il
appuya sur différents boutons. Au bout de quelques secondes une silhouette
qu’il connaissait bien apparut. Ne cachant pas sa surprise, il répondit.
— Amiral ? Pour une surprise… que me vaut l’honneur de votre appel ?
Valin Narcassan lui apparut fatigué, comme préoccupé, ce qui alerta le
contrebandier.
— Bonjour Hiivsha, je suis bien aise de pouvoir enfin vous trouver. Dès que
votre vaisseau a pu être localisé, je me suis précipité sur les transmissions… cela
fait plus d’un mois que nous essayons de vous contacter, sans succès.
— Désolé, Valin, mais j’étais en mission top secrète… rien de grave j’espère ?
Le commandant du Defiance s’éclaircit la voix avant de reprendre.
— Justement si… j’ai… une mauvaise nouvelle à vous apprendre…
— Une mauvaise nouvelle ? Je vous écoute.
— Il s’agit de la Padawan Isil…
— Isil ? Que lui est-il arrivé ? Parlez, amiral, je vous écoute !
— Elle a été portée disparue en action.
— Disparue ? Mais, est-elle…
Il n’osa pas achever sa question.
— Nous n’en savons rien. Elle a disparu il y a cinq semaines et depuis, toutes
les tentatives pour localiser son vaisseau sont restées vaines.
Hiivsha, soudain très pâle, se laissa tomber sur une banquette au pied de
l’holonet.
— Cinq semaines… et moi qui jouais à l’agent secret pendant ce temps-là …
murmura-t-il effondré.
Très vite pourtant il se ressaisit et reprit en se relevant.
— Pouvez-vous me donner des détails, amiral ?
— Je vous propose de rallier le Defiance et je vous donnerai tous les éléments
sur cette affaire.
— Entendu, envoyez-moi vos coordonnées, je pars à l’instant même !
— Bien, je vous les transmets sur votre calculateur hyperdrive.
— Merci, Valin, on se retrouve dans quelques heures.
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Vacances au soleil
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10 - Escapade en amoureux
— Crois-tu vraiment que ce plan peut fonctionner ? avait demandé Dark Zarek
incrédule en écoutant la proposition de son apprentie. Cela me paraît aussi
compliqué qu’hasardeux.
— J’en suis consciente, Maître. Cependant, jusqu’à présent vous n’avez guère
réussi à trouver le chemin du Temple, avait objecté Diva.
— Je le sais bien. Chaque fois que nous avons interrogé un prisonnier, soit il ne
savait rien, soit il a préféré mourir sans rien révéler. Et je ne peux quand même
pas explorer toute la planète depuis une breeay mantas en comptant sur la
chance pour le trouver. Déjà, trouver les ruines de la cité de l’ancien Temple
d’Édin était un heureux hasard…
— Puisque hormis l’élite des prêtres, il n’y a que le monarque qui connaisse
l’accès au Temple, il faut donc que ce soit le roi qui nous montre le chemin et
pour cela, il faut lui donner une bonne raison d’y aller à un moment prévisible
par nous.
Zarek buvait une coupe de vin et avait fait claquer sa langue en connaisseur.
— Les vignes d’Édéna sont étonnantes, ce vin est presque parfait. Mais dis-
moi, Diva, pourquoi ne pas utiliser son frère, le jeune Taimi, autour duquel tu as
tissé ta toile ?
La Theelin avait souri mystérieusement en s’amusant de l’intérêt que le Sith
portait à ses projets. Contrairement à beaucoup d’autres, c’était un bon maître
et il ne la maltraitait pas. En tout cas, pas souvent, juste lors d’épiques colères
qu’il lui était arrivé de piquer.
— Je contrôle Taimi, il est à moi et je le manipulerai comme je le voudrai
lorsque le moment sera venu. Il déteste son frère qui le traite comme un enfant
quand lui rêve de gloire et de puissance. Il se fane à l’ombre de l’aîné et n’attend
qu’une chose, c’est que son heure vienne pour révéler à tous ce qu’il croit être
son talent mais qui n’est en fait, que l’expression de sa profonde médiocrité.
C’est un atout dans notre jeu, certes, mais il fait parti du plan B… sauf si la
nécessité d’abattre la carte qu’il représente vient s’imposer d’elle-même. Ne
suis-je pas pour lui la charmante duchesse Dolmie de Tamburu, qu’il a sauvée de
la vile attaque ayant décimé toute son escorte… Dolmie, son actuelle maîtresse ?
— Il ne peut se douter de rien ? Et son frère, le roi ?
— Le duché de Tamburu est à l’opposé de la planète. C’est un petit territoire
replié sur lui-même que nous avons eu bien du mal à dégotter… mais que nous
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Escapade en amoureux
tenons à présent entièrement entre nos mains depuis que nous nous sommes
débarrassé du duc et de sa famille qui par chance, était Theelin, comme moi… je
dois ajouter que la petite Dolmie me ressemblait plutôt. Je reverrai toujours les
grands yeux interrogateurs qu’elle avait lorsque je lui ai plongé l’un de mes
sabres à travers le corps. Elle est morte sans comprendre ce qui lui arrivait, la
pauvre.
Le Sith avait soupiré avec un sourire moqueur tout en levant les yeux au ciel.
— Enfin… si on a un plan B, alors… me voilà rassuré.
Diva lui avait alors adressé une grimace pour toute réponse.
Cette conversation avait eu lieu quelques jours plus tôt et, à présent, Zarek
observait, du haut des murailles de sa forteresse, les alentours hostiles du Désert
de Sang, immensité montagneuse stérile où les pierres rougeâtres des plateaux
et des canyons tortueux entaillaient comme des rasoirs les imprudents qui n’y
prenaient pas garde. Depuis ce jour, son apprentie n’avait pas communiqué avec
lui et il commençait à trouver le temps long.
*
* *
Calem avait tenu parole et dix jours après l’avoir proposé à sa future fiancée,
ils partaient tous les deux en direction d’Aretia sur la côte est du royaume. Tous
les deux c’était vite dit, car le monarque ne pouvait absolument pas se soustraire
entièrement au protocole et aux questions de sécurité. Aussi ce furent deux
breeay mantas aux armes du souverain qui s’élancèrent de la zone aéroportuaire
d’Édinu, escortées par six dragonnaux chevauchés chacun par trois membres
appartenant aux troupes d’élite de la Garde royale. Sur les flancs de chaque
dragonnal étaient montés deux long tubes capables de lancer des décharges
d’énergie d’une portée cinq fois plus élevée que les lances qui équipaient les
soldats. Ces canons étaient activés par l’homme du milieu, situé derrière le
conducteur de dragonnal tandis que le troisième à l’arrière était armé d’un
canon énergétique léger. Les animaux étaient partiellement revêtus d’une
protection destinée à absorber une grande partie de l’énergie pouvant être
projetée par les armes d’éventuels d’agresseurs.
Avant de partir, Calem avait confié à Jarval, dépité de ne pouvoir être du
voyage, la charge de veiller sur son frère Taimi, en charge par intérim du
Royaume en son absence. Dans l’esprit du roi, ce « veiller » se transformait en
« surveiller » car la confiance qu’il plaçait en son cadet était plutôt limitée.
Le cortège royal s’éleva dans un ciel chargé de petits nuages cotonneux
annonciateurs d’une possible dégradation du temps dans les jours à venir. Tout
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L’eau de l’oubli
au long du voyage, Calem décrivit en détail à la jeune fille tout ce qu’elle pouvait
apercevoir au sol. Les breeay mantas volaient à une altitude relativement basse
pour qu’elle puisse jouir des paysages qui se dévoilaient à leurs yeux. Le roi était
touchant car on le sentait vibrer de plaisir chaque fois qu’il dépeignait et
nommait un village, un paysage, une rivière, une forêt… il connaissait son pays
presque sur le bout des doigts.
Au bout de plusieurs heures, ils purent distinguer la goutte que formait la
presqu’île d’Aretia, péninsule rocheuse longée de falaises s’élançant fièrement à
l’assaut de l’océan. Au nord, la côte était bordée de palmiers et longée de
magnifiques plages de sable blanc tandis qu’au sud, elle était sauvage et
escarpée, formée d’une multitude de petites criques dentelées abritant parfois
un petit port de pêche ou simplement quelques habitations isolées accessibles
uniquement par un vilain chemin cahoteux qui descendait en lacets serrés des
hauteurs de la falaise jusqu’au niveau de la mer.
— Si tu le veux, nous irons nous y baigner, proposa gentiment Calem
connaissant le penchant de Sali pour les bains de mer, en désignant de la main
l’étendue sablonneuse septentrionale.
Pour toute réponse, cette dernière posa délicatement sa main sur celle du roi
en lui adressant un sourire ravi.
138
Escapade en amoureux
vous accueillir comme elle l’aurait souhaité… elle souffre du dos mais elle nous
attend au palais. Venez les enfants, que je vous présente au gratin de la ville…
personnalités que Calem connaît déjà, bien entendu, pour la grande majorité
d’entre eux.
Chacun s’inclina bien bas et loua la beauté de la future souveraine en termes
choisis. Les présentations terminées, l’aire d’atterrissage retrouva son calme, et
le cortège s’ébranla en direction des hautes murailles de la cité. Sur leur chemin,
des gens alertés par le déplacement des autorités, s’étaient spontanément
amassés le long des rues et lancèrent des ovations en jetant des pétales de fleurs
en direction de la princesse montée sur un magnifique corinal noir de jais
soigneusement pomponné.
— Vive la princesse Sali ! Vive le roi ! hurlaient-ils à tue-tête.
La jeune fille souriait gracieusement à tous ces gens qu’elle voyait pour la
première fois, à cette foule bigarrée dans laquelle des centaines d’espèces
étaient représentées, se pressant les unes contre les autres pour la regarder
passer. Certes la liesse n’équivalait pas à la fièvre qui s’était emparée d’Édinu
lors de son arrivée dans la capitale, dont les avenues avaient été littéralement
recouvertes de fleurs sur son passage. Mais la spontanéité des habitants d’Aretia
qui n’avaient pas été prévenus de la venue du souverain et de sa future épouse,
était touchante et émut profondément le cœur de la princesse.
Enfin, ils franchirent la seconde enceinte, plus petite, qui protégeait le palais
ducal et le calme revint. Les portes se refermèrent sous les acclamations de la
populace, et le bruit des sabots des montures résonna sur les pavés de l’allée
montant vers l’entrée du bâtiment qui ressemblait plus à un grand manoir qu’à
un véritable palais.
La réception fut agréablement chaleureuse et familiale, tout le monde fut très
prévenant avec Sali. La fin de journée s’écoula gaiement, sous les rires
provoqués par les histoires pittoresques dont les abreuva le vieil oncle du roi. Le
soir venu, Sali regagna sa chambre après avoir pris congé de Calem, la coutume
voulant que les futurs fiancés ne fassent pas lit commun avant d’être mariés.
Les trois jours qui suivirent furent une véritable bouffée d’air frais dans
l’existence de Sali. Entre les promenades au grand air, le long des hautes falaises
découpées qui se dressaient fièrement à l’extrémité de la presqu’île ; la visite de
magnifiques monuments, de musées, de temples pittoresques ; une partie de
pêche au gros et une séance de tir à l’arc lors de laquelle Sali démontra une
adresse extraordinaire qui laissa rêveur la totalité de la gent masculine
présente, elle fut aux anges. Seule ombre au tableau, un sentiment
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L’eau de l’oubli
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Escapade en amoureux
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L’eau de l’oubli
petit oiseau qu’on a jeté dans une cage dorée, parce que sinon, je viendrai
jusqu’à Édinu pour la délivrer !
Calem rit devant la remontrance si touchante de son oncle et prit Sali dans ses
bras.
— Je vois que tu as un farouche défenseur de ta liberté. Non, mon oncle,
rassurez-vous, je ne l’enfermerai pas dans une prison dorée et je veillerai moi-
même à ce que les portes du palais restent toujours grandes ouvertes pour elle.
Simplement, il me parait normal de me préoccuper d’elle.
Nathil tapota l’épaule du roi.
— Je te le concède Calem, mais pas trop tout de même. Sur ce, allons manger
quoique, j’ai presque l’appétit coupé à l’idée que vous nous quittez demain.
J’espère vous revoir très bientôt.
— Il faut bien que je reprenne en main les affaires du royaume… je n’ai que
très peu confiance dans les talents de Taimi pour assurer l’intérim.
— Tu noircis le tableau, protesta le duc avec son indulgence coutumière, Taimi
est encore un jeune homme mais c’est un garçon fiable et fidèle qui s’acquittera
au mieux des tâches que tu voudras bien lui confier. Fais-lui confiance, tu ne le
regretteras pas.
À grands éclats de rire, Sali éclaboussa son futur époux pour repousser son
assaut avant de se retourner et de plonger dans une déferlante avec la souplesse
142
Escapade en amoureux
et la grâce d’une sirène. Calem, qui n’eut pas le temps de l’imiter, sentit le
tourbillon blanc le bousculer avant de le renverser pour le traîner presque
jusqu’à la plage. Sali revint vers lui en sautant dans l’eau pour courir plus vite.
— Les vagues c’est pas ton truc on dirait, railla-t-elle comme il se relevait en
toussant et crachant de l’eau.
— Euh non, j’avoue que je préfère me baigner dans un lac ou une rivière…
d’abord l’eau n’est pas salée et il n’y a pas de vagues.
Sali le prit par la main et l’entraîna vers les serviettes qui attendaient à la
lisière de la végétation à l’ombre des palmiers.
— Heureusement qu’il n’y a personne, commenta-t-elle en séchant
sommairement ses cheveux. Je vois d’ici les journaux locaux : le roi Calem et la
princesse Sali en maillots prenant un bain de soleil, sur une plage de la Côte
Blanche.
Elle se laissa tomber sur la serviette après l’avoir soigneusement étalée sur le
sable.
— C’est ça que j’appelle être libre, fit-elle dans un soupir de bien-être.
— Il ne s’en faut que des hommes qui veillent à ce que personne ne
s’approche à moins de cinq cents mètres à la ronde.
— Tu as raison… pour l’intimité, on repassera.
Il l’imita en se mettant sur le flanc pour la contempler.
— Sali, tu crains de te sentir enfermée si tu deviens reine, c’est ça ?
La jeune fille fit une moue approbative. Calem se pencha vers elle et
l’embrassa.
— Je te promets que tu pourras te promener autant que tu voudras s’il n’y a
que ça pour te rendre heureuse.
— C’est vrai ? demanda-t-elle avec une naïveté touchante.
— Parole de roi.
Sali souleva sa poitrine dans une profonde inspiration avant de répondre en
expirant.
— D’accord, je veux bien devenir ta reine.
En silence, Calem la prit dans ses bras et ils restèrent un long moment enlacés
dans plus penser à rien d’autre qu’à déguster la félicité de l’instant.
Sali se sentait malgré tout heureuse d’être étendue là, sur le sable, aux côtés
de Calem. Elle le regardait en souriant, détaillant du regard la régularité de ses
traits fins, les maxillaires un peu saillants qui lui donnaient une expression de
force rassurante, et les muscles qui sculptaient hardiment son torse. Un grand
oiseau de mer passa en criant au-dessus de leur tête et entama de grands cercles
en tournoyant à l’aplomb des vagues.
143
L’eau de l’oubli
— Je ne voudrais pas être le poisson qu’il est en train de pister, commenta Sali
allongée sur le dos en protégeant ses yeux du soleil pour mieux observer son
manège.
Calem se dressa à demi et s’efforça de prendre un air carnassier.
— C’est la loi de la jungle, ma petite, le plus fort mange le plus faible. Miam !
Il imita devant son visage la patte d’un félin en train de déchiqueter sa proie.
Elle rit doucement.
— C’est ainsi que vous me voyez, Votre Majesté ? Comme une proie à
croquer ?
Calem fit ballotter sa tête plusieurs fois en murmurant longuement.
— Mmm…
— Que signifie ce hum ? N’auriez-vous pas le courage de vous prononcer sur le
sujet, sire ?
L’éclat bleu, légèrement moqueur, des yeux de la jeune fille était éblouissant
et d’une rare pureté. Il évoquait l’azur d’un petit lac dans lequel on avait envie
de se noyer.
— C’est que, je te vois venir, dit Calem. Si j’acquiesce, tu vas crier au scandale
et au machisme.
— Et si tu n’acquiesces pas ?
— Tu vas me sortir quelque chose comme : « Oh, c’est dommage… j’aurais tant
voulu être ta jolie petite proie pour que tu me mange toute crue ».
— Cruel dilemme, susurra Sali en prenant une grosse voix humoristique.
Comment va donc s’en sortir le jeune et beau roi d’Édéna ? Vous le saurez en
regardant le prochain épisode des aventures de Sali et Calem à la plage !
Ils éclatèrent de rire.
— De toute façon, dans les deux cas, je perds, finit-il par conclure, les femmes
sont machiavéliques !
Il se tenait allongé sur le flanc au-dessus d’elle, le coude sur la serviette et
l’avant-bras dressé vers le ciel, menton posé dans le creux de sa main.
— On t’a déjà dit que tu ressemblais à un ange ?
— Mmm… je ne me rappelle pas… mais maintenant que tu l’as dit…
L’air de rien, il dessinait du bout des doigts de sa main libre d’invisibles figures
géométriques sur sa peau bronzée, effleurant son corps entre le bas et le haut
de son maillot, tournant autour de ses seins avant de redescendre pour
recommencer. Sali fermait les yeux sous la tendre caresse.
— Il faudrait qu’un tel moment ne finisse jamais, murmura-t-elle avec sur les
lèvres un rayon d’extase qui le disputait à l’éclat du soleil.
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Escapade en amoureux
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L’eau de l’oubli
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Escapade en amoureux
Elle se trouvait à présent sur une petite colline d’où elle pouvait observer la
plaine cultivée et au loin, la grande tache verte formée par le domaine entouré
d’arbres. C’est là-bas qu’elle venait de passer sa première semaine de captivité
en tant qu’esclave. Les souvenirs de ces sept jours remontèrent à sa mémoire.
Elle se rappela la soirée glaciale du soir où elle avait été vendue tel un animal
de compagnie. La froideur de madame Xavia et les regards inquisiteurs des
invités de monsieur Gau’Am-Soor qui ne se gênaient pas pour la dévisager avec
insistance comme on le ferait avec une bête curieuse. Iella aurait voulu pouvoir
se recroqueviller dans une coquille comme un escargot craintif, mais rien ne lui
permit d’échapper à cette ambiance et elle dut se faire violence pour ne pas
céder aux larmes qui menaçaient d’exploser à tout moment en grosses cascades
déferlant le long de ses joues empourprées. Serrant les dents, elle tint bon
jusqu’au moment où, les invités étant partis, il fallut qu’elle se rende dans la
chambre du « maître » suivie par Adrea et ce, pendant que son Excellence
montait par l’ascenseur qui lui était réservé. La gouvernante lui choisit une
chemise de nuit légère qu’elle dut enfiler devant elle et le vieil homme,
supportant cette nouvelle humiliation sans rien montrer. Puis madame Xavia
montra à la jeune fille ce qui lui incomberait de faire désormais toute seule, à
savoir assister son maître pour le bain puis pour le coucher. Enfin, celle que Iella
se complaisait déjà à surnommer « la virago » dans sa tête, se retira pour les
laisser seuls.
La jeune fille se coucha, en proie aux plus vives craintes et à une peur
incontrôlée de ne pouvoir en supporter davantage. Elle sentait le regard du vieil
homme tourné vers elle et se contenta de fixer le plafond en essayant de
réprimer de légers tremblements involontaires.
— Tu as froid ? demanda-t-il soudainement dans le silence de la nuit.
Iella fit non de la tête.
— Tu as peur de moi ? De ce que je pourrais te faire… ou te demander de
faire ? insista-t-il d’une voix étonnamment douce.
Elle ne bougea pas. Gau reprit.
— Évidemment, je te comprends… une jeune fille, un vieil homme, infirme de
surcroît… ce n’est pas très… élégant.
Comme elle ne disait toujours rien, il continua.
— Tu sais ma petite Iella, j’ai perdu mon épouse il y a quatre ans. Elle a été
l’autre moitié de moi-même durant cinquante années d'un profond bonheur.
Lorsqu’elle m’a quitté, j’ai tout perdu… on ne peut pas vivre à moitié n’est-ce
pas ? Et puis, j’ai survécu malgré moi, tant bien que mal, mais son absence me
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L’eau de l’oubli
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Escapade en amoureux
La jeune fille avait très vite apprivoisé son maître par ses attentions soutenues
et sa gentillesse naturelle, à tel point que madame Xavia commença à considérer
d’un mauvais œil la relation de sympathie profonde qui s’installait à l’évidence
entre son Excellence et son esclave. Elle commença à craindre que cette dernière
ne prenne un ascendant trop grand sur le vieil homme, que la gouvernante
estimait finalement trop vulnérable à ses charmes. Mais quelque part, il était
trop tard pour se débarrasser d’elle. Au bout d’à peine trois jours, Gau’Am-Soor
paraissait déjà transformé et se montrait plus loquace qu’avant, comme du
temps « de Madame ». Il riait plus volontiers devant la gaité de Iella et autorisa
cette dernière à de longues escapades en corinal dans l’immensité de sa
propriété. Son Excellence possédait de superbes spécimens qu’il avait montés
avec passion du temps où il était plus jeune. C’est d’ailleurs suite à une chute de
corinal qu’il avait perdu l’usage de ses jambes. Son épouse ne s’en était jamais
vraiment remise.
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L’eau de l’oubli
plus personne ne lisait depuis la mort de Renatia et la jeune fille avait demandé
la permission d’en choisir un. Naturellement, Madame Xavia avait tout d’abord
refusé, arguant du fait que chacun d’eux valait une petite fortune et que
l’esclave de Monsieur n’avait pas besoin de lire pour remplir ses fonctions. Sans
se démonter, Iella en avait parlé le soir venu à Son Excellence dans le calme de la
chambre à coucher, et avait immédiatement obtenu la permission d’en prendre
autant qu’elle en souhaiterait.
La gouvernante marqua le coup sans rien dire, mais ses lèvres pincées n’en
furent que plus éloquentes. Non, vraiment, la façon dont cette fille prenait
progressivement de l’importance dans la maison, ne lui convenait pas du tout !
Elle se promit de la tenir à l’œil, et de guetter la moindre faute répréhensible
pour la rabaisser au rang qui était le sien : celui d’esclave.
L’occasion s’en présenta le jour précisément où Iella lisait confortablement
installée dans son hamac, en maillot de bain, au grand dam d’Andrea qui ne
pouvait rien dire, Son Excellence s’étant favorablement prononcé sur le port de
cette tenue lorsqu’Iella le souhaiterait. C’était d’ailleurs avec un plaisir non
dissimulé qu’il la voyait déambuler ainsi dans la maison les jours de chaleur.
Ania’Tollia était une petite Twi’lek de onze ans, esclave née d’un couple
d’esclaves travaillant pour Son Excellence. Le travail des champs étant encore
trop pénible pour elle, Ania faisait partie de la domesticité sur laquelle régnait
sans partage madame Xavia.
Cet après-midi-là, Adrea se reposait sur un rocking-chair d’osier blanc, sur la
terrasse, non loin de l’endroit où lisait Iella. Le silence régnait car bien entendu, il
n’était pas question pour elle de faire la conversation à une esclave. Soudain, la
gouvernante agita une petite clochette d’un geste impératif et la petite Alia
s’était empressée de montrer sa frimousse rose aux joues parsemées de petites
taches rose foncé. Elle avait demandé après avoir fait une rapide révérence.
— Oui, Madame ?
— Ania, du thé et vite !
La petite était partie aussitôt à l’intérieur de la maison et quelques minutes
s’écoulèrent. Le temps devait s’écouler plus lentement pour Madame Xavia que
pour toute autre personne, car au bout de seulement trois courtes minutes, elle
se leva d’un mouvement impatient en grommelant.
— Mais que fiche donc cette petite fainéante ? Il ne faut pas si longtemps
pour préparer du thé tout de même.
Iella avait distraitement allongé le cou pour regarder dans sa direction avec un
petit sourire en coin. Décidément, la virago était une personne exécrable.
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Escapade en amoureux
La gouvernante pénétra d’un pas brusque dans le salon qui ouvrait sur la
terrasse au moment précis où la petite Twi’lek arrivait avec le plateau, et entra
en collision avec cette dernière. Malgré la dextérité de l’enfant, le thé qui se
trouvait dans une grande tasse évasée déborda sous le mouvement qu’elle fit, et
quelques gouttes tombèrent sur le tapis. Aussitôt madame Xavia hurla.
— Maladroite ! Un tapis tout propre !
Ania leva un regard désespéré vers l’immense gouvernante dont les yeux en
fureur laissaient présager une sanction immédiate. La petite se mit à trembler
comme Adrea levait la vers au-dessus de son visage, et recula instinctivement
pour se protéger de la gifle. Dans son mouvement, elle bouscula un guéridon sur
lequel reposait un vase ancien d’une grande valeur qui tomba et se brisa sur le
sol.
— Non ! cria la gouvernante, le vase Hintua de Madame ! Monstre ! Sale
petite garce, tu vas me payer ça ! Paar ! appela-t-elle proche de l’hystérie en
prenant des mains le plateau de la petite domestique pour le poser sur une
table. Paar !
Le colosse arriva presqu’aussitôt avec, enroulé à sa ceinture, le fameux fouet
électrique qui terrorisait les esclaves du domaine et dont il ne se séparait jamais.
— Le fouet pour cette misérable vermine ! ordonna madame Xavia.
Avec un sourire presque sadique, il détacha la lanière et la leva vers la jeune
Twi’lek apeurée. Au même moment, Iella, alertée par les cris d’orfraie de la
virago, entra à son tour dans la pièce et jaugea en un clin d’œil la situation.
— Qu’est-ce que vous faites ! demanda-t-elle d’une voix qui claqua. Vous
n’allez pas fouetter cette fillette tout de même ?
La gouvernante tourna vers elle un visage rouge de colère comme si la jeune
fille venait de commettre un acte de lèse-majesté.
— De quel droit venez-vous interférer dans mes affaires, esclave ? Retournez
à votre lecture ou je vous fais donner le fouet à vous aussi ! Non, mais pour qui
vous prenez-vous ?
Iella n’en fit rien mais au contraire, se rapprocha de la Twi’lek auprès de qui
elle s’agenouilla avant de la prendre dans ses bras comme une mère protégeant
son enfant.
— Je vous interdis de toucher Ania ! siffla-t-elle en mitraillant la gouvernante
des yeux. Si vous voulez fouetter quelqu’un, faites-le sur moi !
Adrea Xavia en resta un instant interloquée de tant d’insolence. Elle était si
rouge qu’on pouvait craindre qu’elle eût une attaque. C’est en bafouillant,
qu’elle reprit.
— Écartez-vous… de cette… misérable créature !
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L’eau de l’oubli
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Escapade en amoureux
— Petite effrontée, voilà qu’elle remet ça ! Vous n’allez pas supporter cela,
Excellence ?
Le vieil homme les regarda tous les quatre et fit signe à la petite Twi’lek de
sortir, ce que cette dernière fit sans demander son reste.
— Puisque nous sommes tous réunis, je vais mettre les choses au clair.
Dorénavant, vous considérerez Iella comme ma compagne au même titre que si
elle était mon épouse !
Adrea Xavia se cabra, bouche bée. Son visage tourna à l’écarlate comme si elle
allait faire une attaque. Phileo poursuivit comme si de rien n’était.
— Désormais, Iella sera votre nouvelle maîtresse de maison et vous la
respecterez et lui obéirez en tant que telle, suis-je assez clair ? M’avez-vous bien
compris tous les deux ? Vous donnerez les ordres en conséquence à toute la
domesticité, à tous les esclaves et employés du domaine. Chacun l’appellera
« mademoiselle Iella » !
Paar inclina respectueusement la tête et murmura à l’intention de la nouvelle
maîtresse.
— Je vous demande pardon pour le coup de fouet, mademoiselle Iella.
— Je vous pardonne, Paar, répondit gentiment la jeune fille, s’attirant en
retour un sourire reconnaissant du colosse.
— Quelque chose à rajouter madame Xavia ? interrogea Gau avec un sourire
satisfait.
La gouvernante bafouilla quelque chose d’inintelligible du bout de ses lèvres
tremblantes.
— Nous sommes donc d’accord, en conclut son Excellence en levant le visage
vers sa jeune compagne. Viens, Iella, allons sur la terrasse. Madame Xavia, vous
nous servirez le thé vous-même !
Adrea Xavia en prit son parti et ses relations avec Iella se détendirent autant
que son caractère revêche le permettait. De son côté, la jeune fille mit
diplomatiquement du sien et évita d’empiéter sur les prérogatives de la
gouvernante pour ne pas la froisser. Les esclaves et les employés du domaine
apprirent très vite comment la nouvelle jeune maîtresse avait eu le courage de
protéger l’enfant, et chacun sut lui exprimer à sa manière une reconnaissance
simple et sincère.
Du haut de la colline où Iella venait de laisser ses souvenirs vagabonder, elle vit
arriver au loin un étrange cortège. Deux breeay mantas et plusieurs dragonnaux
qui passaient au loin, venaient visiblement d’effectuer un grand virage pour se
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L’eau de l’oubli
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11 - Rencontre inédite
— J’ai remarqué aussi, elle était pâle, comme si elle était malade.
— Ou comme quelqu’un qui a vu un fantôme, plaisanta le roi.
Sali rit délicieusement.
— Ne soit pas bête Calem, les fantômes ça n’existe pas.
Le jeune homme rit à son tour.
— Détrompe-toi ! J’ai un lointain oncle du côté de ma mère qui habite dans un
château hanté.
— Tu es sérieux ?
— Absolument. Il faudra qu’un jour je t’y emmène. C’est un homme très haut
en couleurs et tu l’aimeras dès que tu…
Calem s’interrompit car une silhouette s’était profilée sur le seuil de la grande
pièce : c’était Phileo Gau’Am-Soor dans son fauteuil anti-gravité.
— Phileo, comment vous portez-vous ? s’écria le monarque qui avança vers lui
en ouvrant ses bras.
Le vieil homme paraissait faire un effort pour apercevoir la jeune fille qui se
tenait derrière le roi et que ce dernier lui masquait, penchant sa tête sur la
droite puis sur la gauche. Madame Xavia apparut à son tour derrière le fauteuil,
toujours aussi pâle. Phileo serra distraitement la main que le monarque lui avait
tendue, attendant visiblement que ce dernier fasse les présentations d’usage.
Alors que Sali s’avançait, toujours dans le dos du roi, celui-ci s’écarta et dit.
— Phileo, je vous présente la princesse Sali d’Austra qui va très bientôt me
faire l’honneur de devenir ma fiancée, puis ma femme.
Pour le coup, ce fut au vieil homme de devenir blafard a tel point qu’on aurait
pu croire qu’il était victime d’une attaque. Calem s’inquiéta.
— Mais qu’y a-t-il cher ami, vous ne vous sentez pas bien ?
La main tremblante de son Excellence prit celle que la jeune fille lui tendit avec
un sourire charmant.
— Je suis enchantée de faire votre connaissance, Phileo… vous permettez que
je vous appelle également Phileo, n’est-ce pas ?
Le pauvre vieillard semblait ne plus savoir où il était et essaya de balbutier
quelque chose sans lâcher la main de la princesse.
— Vous… vous… bégaya-t-il, vous êtes…
Calem intervint et regarda Adrea avec préoccupation.
— Il n’a pas l’air bien… vous non plus d’ailleurs, je n’aime pas ça.
La dernière remarque sembla donner un coup de fouet à la gouvernante qui fit
papilloter ses paupières comme s’il elle sortait d’un sommeil hypnotique
prolongé.
— Veuillez me pardonner, votre Altesse, c’est que mademoiselle est si… si…
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Rencontre inédite
Comme elle ne finissait pas sa phrase, semblant chercher en vain les mots
nécessaires pour l’achever, Calem se tourna vers Sali et leurs regards se
croisèrent. Cette dernière haussa les sourcils avec une légère mimique perplexe
et en réponse, le jeune homme haussa les épaules.
Ce fut une intervention extérieure qui mit fin à cette situation ubuesque en la
personne d’une jeune fille qui pénétra dans la pièce par l’une des portes-
fenêtres donnant sur le jardin, un stick à la main.
— Pardonnez mon retard, mais j’étais sur la colline lorsque j’ai vu vos animaux
se poser et…
Plusieurs exclamations s’ensuivirent de façon quasi simultanée. Elles eurent
pour origine, Calem, Sali et Iella qui à leur tour demeurèrent bouche-bée.
Cette dernière reprit néanmoins rapidement son sang-froid et effectua une
profonde et parfaite révérence.
— Je vous prie de m’excuser, Sire, je n’avais pas prêté attention aux armoiries
qui doivent très certainement orner vos montures.
Courbée en deux, une jambe pliée en arrière du corps, elle attendait
visiblement que son maître la présente aux deux visiteurs. Pourtant, ce fut le
monarque qui rompit le silence.
— Pour une surprise… vous êtes… mon dieu… le portrait tout craché de Sali…
je vous en prie, redressez-vous pour que je puisse mieux vous contempler.
Iella obtempéra avec un sourire presque énigmatique comme si une arrière-
pensée la bousculait. Calem regarda tour à tour sa promise puis la nouvelle
venue ne sachant trop quoi dire.
— C’est tout à fait remarquable… si vous n’aviez pas les cheveux défaits et Sali
sa natte, je crois que… je crois…
La princesse s’avança alors, l’index de sa main droite sur ses lèvres, et fit le
tour de la jeune fille sans cesser de la dévisager.
— Ma foi… oui… c’est étonnant, je dois bien l’avouer…
Puis elle se campa devant Iella, le visage à quelques centimètres du sien.
— C’est effrayant, Calem, j’ai l’impression de me regarder dans un miroir…
même taille, mêmes yeux, même visage… j’en ai froid dans le dos.
Calem s’avança lui aussi des deux femmes.
— On dit qu’on a tous au moins un sosie quelque part… j’ai l’impression que tu
as trouvé le tien.
Une voix tremblante s’éleva à l’entrée de la pièce.
— C’est ma compagne, Iella, parvint enfin à articuler Phileo en actionnant son
fauteuil pour se rapprocher d’eux, suivi comme son ombre par la gouvernante
dont les joues avaient retrouvé des couleurs normales.
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Rencontre inédite
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tourment, même si le roi n’accordait pas crédit à son histoire. Le risque était
donc minime et au pire, elle perdrait la confiance de Son Excellence.
Le comportement d’Iella perturbait le monarque qui continuait à bavarder
poliment avec leur hôte tout en cherchant la raison d’une telle attitude.
Ce fut Sali qui, bien involontairement, déclencha le drame.
— Alors, Iella, racontez-moi d’où vous venez… je veux tout savoir de vous si
nous devons devenir amies.
Dans un élan spontané, la princesse avait posé sa main sur celle de son double
en se rapprochant d’elle avec complicité. Iella parut soudain désemparée et jeta
un regard éploré vers madame Xavia comme quelqu’un qui s’apprête à se jeter à
l’eau en haute mer sans avoir pris la précaution de se munir d’un gilet de
sauvetage.
Ce désarroi n’avait pas échappé à Sali qui décela soudain un sentiment
similaire chez la gouvernante. Que se passait-il donc entre les deux
personnes qui semblaient presque se parler par télépathie avec leurs yeux ?
Quel secret flottait-il autour de cette table que personne n’osait évoquer ? À son
tour elle adressa un regard à son futur fiancé qui paraissait agité du même
questionnement. Elle hésita. Devait-elle insister au risque de paraître impolie et
même de déclencher peut-être un drame ? Ne se faisait-elle pas tout
simplement des idées et ne laissait-elle pas son imagination lui jouer des tours ?
Elle décida subitement que non mais ne trouva pas comment enchaîner dans
ses idées. Après tout, il lui était impossible de leur lancer de but en blanc : « il y a
quelque chose que vous ne nous dites pas » !
Aussi, Sali décida de prolonger la conversation pour aider Iella à parler,
lorsqu’elle serait prête et si au fond il y avait lieu de le faire, et lança un regard
impérieux à celle-ci qui tordait ses doigts et paraissait ne plus savoir quel parti
adopter.
— Eh bien, Iella, reprit la princesse, répondez-moi. Dites-moi par exemple… je
sais que je suis curieuse, mais Phileo me pardonnera certainement, comment
vous êtes-vous rencontrés ?
Iella hésita de nouveau avant de répondre et regarda de nouveau madame
Xavia. C’était flagrant. Sali fut alors convaincue qu’un je-ne-sais-quoi clochait,
que la jeune fille voulait dire quelque chose sans parvenir à le formuler, et
redouta soudain que c’était par peur qu’elle se taisait.
— Nous sommes entre amis, Iella, insista-t-elle, regardez-moi, vous pouvez
tout me dire…
Iella sentit sa gorge se nouer tandis que le regard de la gouvernante se faisait
de plus en plus impérieux. La femme sentait qu’une catastrophe allait arriver
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Rencontre inédite
mais elle ne savait pas sous quelle forme. Elle soupçonnait l’esclave de préparer
quelque chose d’inattendu, et tournait et retournait dans son cerveau les
possibilités ainsi que les parades adaptées. Subitement, sans que rien ne le laissa
prévoir, Iella, comme un vase trop rempli qui déborde sous l’effet de la dernière
goutte, éclata en sanglots enfouissant son visage dans ses mains.
— Je ne suis pas la compagne de monsieur, dit-elle en hoquetant, je suis son
esclave !
Un long silence embarrassé suivit sa révélation tandis que Sali surmontant son
étonnement passait un bras autour des épaules de la jeune fille.
— Explique-toi Iella, reprit-elle au bout d’un instant avec une extrême
douceur, tu es vraiment une esclave ?
C’était fait. Le coup était porté ! Il fallait à présent qu’elle retrouve son sens de
la combattivité qui lui avait permis de tenir tête aux Kiathes et Iella redressa
vivement la tête avec un air de farouche défi pour fixer Adrea Xavia au plus
profond de ses yeux tout en s’exclamant fièrement.
— Non ! Je ne suis pas une esclave ! J’ai été enlevée par des bandits et vendue
comme telle, mais je suis une femme libre !
La gouvernante bondit sur place et s’exclama.
— Petite insolente, tu sais ce qu’il en coûte à un esclave de tenir de tels
propos ! Voilà ce que c’est que d’être bon avec toi ! Quand je pense que son
Excellence t’a donné tout ce que tu as réclamé !
— Tout sauf me rendre ce qui m’est dû… ma liberté, s’exclama Iella avant de
regarder Gau’Am-Soor.
Le vieil homme paraissait pétrifié. Il n’avait rien vu venir et ne comprenait, ni
ce qui se passait, ni la portée d’une telle révélation.
— Oh, Phileo, je suis désolée de vous faire ça, mais je ne veux pas rester
esclave indûment ! Il faut me comprendre.
Les yeux du vieil homme s’étaient embués mais il restait coi, immobile sur son
fauteuil d’handicapé, laissant les idées s’instiller dans son cerveau engourdi.
Adrea appela.
— Paar ! Paar !
Décidément, le colosse ne devait jamais être très loin de son maître car il
apparut sur la terrasse immédiatement comme par enchantement.
— Oui, Madame ?
— Emmenez Iella dans sa chambre et restez avec elle jusqu’à nouvel ordre !
Comme le noir avança sa puissante main vers le bras de la jeune fille, celle-ci
cria.
— Non ! Il faudra me tuer sur place pour que je vous suive !
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L’eau de l’oubli
Puis se tournant vers Calem qui n’avait encore rien dit et qui essayait
d’analyser la situation avec calme et sérénité.
— Votre Majesté, ayez pitié, laissez-moi vous expliquer !
De son côté, Sali avait pris le poignet de Iella comme pour la protéger et la
garder près d’elle. Calem fit un geste vers Paar et Xavia.
— Cela suffit ! décida-t-il soudain en commandant suprême. Vous ne donnerez
pas d’ordre concernant Iella devant moi tant que je ne l’aurai pas permis !
Laissez-nous un instant !
Après une hésitation, Adrea jugea que le monarque ne plaisantait pas et que la
prudence commandait de battre un minimum en retraite. Elle recula de
quelques pas à l’intérieur de la maison cependant que le colosse s’éclipsait
également.
— Expliquez-vous, fit Calem à Phileo, et dites-nous si ce que dit Iella est vrai ?
Est-elle votre esclave ?
Le vieil homme redressa sa tête qui tombait depuis un moment sur sa poitrine
et lança au roi un regard sûr de lui.
— Oui, je l’ai achetée en toute légalité !
— À un bandit qui fait du trafic de vrais faux certificats d’esclavage avec la
complicité de hauts personnages corrompus ! riposta Iella. Et au palais même,
j’en mettrai ma main à couper !
— Cette accusation est grave, Iella, observa Calem calmement, le nom de ce
bandit ?
— Il se fait appeler le capitaine Jazor Arato.
Le roi accusa le coup et se redressa dans son siège.
— Arato ? Et où avez-vous été enlevée ? Quand ?
— J’étais à Meriik, un village aux portes du désert de sable, il y a deux
semaines quand nous avons été attaqués par une grande troupe de bandits
Kiathes. Ils ont massacré une grande partie de la population et ma mère… ma
mère…
La jeune fille se mit de nouveau à pleurer dans ses mains. Sali lança un regard
éploré à son futur époux.
— Par Édin ! Calem… j’étais moi-même à Meriik il y a un peu plus d’un mois !
— À Meriik ? Mais que faisais-tu là-bas ?
— Je ne suis pas venue à Édéna directement… j’ai…
Elle baissa les yeux, visiblement embarrassée par ce qu’elle s’apprêtait à dire.
— Nous avons laissé les mantas officielles à Hiotros où une caravane nous
attendait pour aller par voie de terre jusqu’à Meriik… je voulais à la fois… voir le
grand désert de sable et retarder le moment de ma venue à Édinu ainsi que
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Rencontre inédite
passer voir une amie de ma regrettée mère qui est prêtresse là-bas. Ensuite nous
avons continué le long du fleuve par la route… tu comprends, Calem, je n’avais
pas vraiment hâte d’arriver…
D’un doigt, le roi souleva délicatement le menton de sa promise et sourit.
— Je comprends parfaitement… tu as toujours préféré les grands espaces aux
palais… aussi vastes soient-ils.
Sali rendit son sourire au roi, puis caressa les cheveux de Iella pour l’inciter à se
calmer.
— Qu’est-il arrivé à ta mère ?
Iella releva son visage baigné de larmes et planta un regard douloureux dans
celui de la princesse.
— Ils l’ont tuée… elle a voulu protéger des enfants et l’un de ces assassins lui a
tranché la tête.
— Mon dieu, c’est horrible, ne put s’empêcher de dire Sali.
— Ce n’est pas tout, continua Iella, ma mère… c’était Yaduli, la prêtresse de
Meriik.
La princesse porta ses mains à sa bouche pour étouffer un cri en ouvrant des
yeux horrifiés.
— Yaduli ? Ce n’est pas possible ! Je l’avais vue quelques jours auparavant !
Calem, c’est l’amie dont je te parlais à l’instant !
Le roi posa une main rassurante sur l’avant-bras de Sali avec un air
compatissant.
— Je suis désolé pour vous deux… pour toi principalement Iella. La perte d’une
mère est toujours un drame douloureux, mais dans de telles circonstances… je
n’ai pas de mots pour ça… Je mettrai tout en œuvre pour que ces bandits soient
châtiés comme ils le méritent !
Un long silence s’ensuivit, lourd et pesant, qui laissa chacun avec de sombres
pensées qui différaient selon les personnes. Puis Iella dont la voix s’était
raffermie, reprit.
— Je me suis battue avec l’assassin de ma mère, mais un autre… leur chef, m’a
tiré dessus avec un pistolet et m’a paralysée. Quand je me suis réveillée, nous
étions en route vers les montagnes du sud. Il y avait une quarantaine de
prisonniers, hommes et femmes, tous jeunes… on nous a emmenés dans un
repaire… dans une falaise et jetés en prison. Et puis, leur chef m’a amenée ici
pour me vendre… il m’a dit que si je parlais, on me couperait la langue comme
on le fait aux esclaves qui tentent d’échapper à leur sort.
Elle redressa son torse et regarda fièrement son maître.
— Telle est la vérité !
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L’eau de l’oubli
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Rencontre inédite
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L’eau de l’oubli
— Absolument, elle pourra sans doute nous aider à localiser le repaire de ces
criminels, nous devons la ramener avec nous. Je me chargerai personnellement
de la rayer du fichier planétaire des esclaves.
— Je comprends, murmura Phileo, je comprends… Eh bien, sans vouloir vous
paraître impoli, je vais prendre congé de vous et vous souhaiter un bon retour
dans la capitale… je me sens… fatigué… je crois que je vais aller me reposer…
Les convives se levèrent poliment. Calem et Sali saluèrent le vieil homme qui
fit ensuite tourner son fauteuil et rentra dans le manoir. Les deux futurs fiancés
se regardaient dans un échange muet lorsque Iella s’élança en courant à la suite
de Gau’Am-Soor qu’elle rattrapa au moment où il allait prendre l’un des
ascenseurs de la demeure.
— Phileo ! s’exclama-t-elle en se jetant aux pieds de son fauteuil pour lui
prendre la main, je suis désolée pour vous, vraiment, de tout mon cœur.
De son autre main, il caressa les contours du visage de la jeune fille avec un
sourire triste.
— Si tu étais restée, je t’aurais donné tout ce que j’avais… même mon nom si
tu l’avais voulu…
Iella secoua la tête et laissa glisser deux grosses larmes le long du velours de
ses joues.
— Je sais… je vous prie de me pardonner de vous faire de nouveau souffrir... je
voudrais vous remercier…
— De quoi mon enfant ?
— Du respect que vous m’avez toujours témoigné alors même que j’étais votre
esclave. Vous êtes quelqu’un de bon et vous méritez d’être heureux… mais pas
comme ça, pas en retenant quelqu’un de force auprès de vous.
— Je sais, petite Iella, mais qui voudra d’un vieil infirme comme moi aux portes
de la mort ?
Elle ne sut quoi répondre parce qu’il n’y avait rien à répondre. Le malheur de
Phileo Gau’Am-Soor avait été de ne pas avoir quitté le monde en même temps
que sa tendre épouse.
— J’ajouterai les souvenirs de ces nuits passées à te regarder dormir et de ces
journées passées à t’entendre fredonner à ceux que je garde de ma douce
Renatia.
Du bout de ses doigts, il essuya lui-même les yeux embués de la jeune fille
avec un geste d’une évidente tendresse.
— Ne pleure pas… tu vas abimer tes si jolis yeux…Va maintenant, mon petit
trésor blond, reprend ton vol vers ta destinée. Puis-je simplement espérer que
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Rencontre inédite
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12 - Élimination physique
— C’est si difficile, gémit Iella en écarquillant les yeux devant l’holocarte qui
défilait devant elle. J’ai été inconsciente une partie du trajet, après j’ai eu un mal
de crâne terrible qui m’interdisait d’ouvrir les yeux, puis nous avons traversé un
maquis dans lequel j’ai bien peur que même une armée pourrait se perdre et
enfin, nous avons emprunté des défilés rocheux qui se ressemblaient tous à n’en
plus finir.
— Concentrez-vous, fit doucement le militaire qui manipulait l’hologramme,
essayez de repérer quelque chose de caractéristique que vous auriez pu voir…
Cela faisait deux heures que la jeune fille examinait encore et encore des
milliers de kilomètres carrés de terrain reconstitué en trois dimensions, sur une
grande table ronde qui trônait au milieu d’une des salles des archives royales
situées dans les profondeurs du palais. Plusieurs personnes se tenaient en cercle
autour de cette table de projection, en plus de Iella et du militaire qui opérait : le
roi, son chef de cabinet le Rodien Rabo’Par, le Twi’lek Orn Mitra ministre de la
sécurité du territoire, le général cathar Karr Pardo chef des armées ainsi que le
capitaine Jarval plus deux autres officiers des services de renseignement.
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L’eau de l’oubli
Quelques minutes plus tard, dans le bureau du roi, le chef de cabinet s’installa
dans l’un des fauteuils prévus pour les visiteurs.
— Votre rapport, Proo, je vous écoute.
— Voilà, Sire, j’ai épluché tout les certificats pour lesquels il n’y a eu aucune
enquête de la part de la commission : il y en a des centaines pour peu qu’on
remonte sur plusieurs années.
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Élimination physique
Il s’installa debout devant l’une des baies grandes ouvertes de son bureau et
contempla un instant les lourds nuages menaçants apportés par le vent de la
mer et qui s’amoncelaient au-dessus de la ville. La météo avait vu juste : une
tempête devait passer sur la région et il pouvait en admirer les prémices. Le ciel
avait pris une très belle teinte violacée et les ombres des cumulo-nimbus
jouaient à se poursuivre dans les rues et sur les toits de la capitale comme autant
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L’eau de l’oubli
de spectres en folie. Le soleil résistait encore devant l’invasion de son ciel, si bleu
d’ordinaire, mais sa rébellion était vaine devant l’orage qui grondait déjà dans le
lointain. Une bourrasque souleva la poussière accumulée depuis des semaines
de beau temps, formant un bref tourbillon au milieu du parvis d’honneur avant
de se désagréger très vite en longs filaments qui évoquèrent aux yeux du roi
autant de tentacules fantomatiques. Il huma longuement les yeux fermés le
parfum iodé du vent qui se levait, cherchant dans ces effluves le repos de l’âme,
un vide qui lui permettrait de ne plus penser à rien. À ce moment-là, ses
sentiments étaient sombres sans qu’il sache trop bien pourquoi. Il en allait de cet
instant comme de ceux chargés d’une d'une incertitude irraisonnée qui fait
parfois douter de tout, y compris et surtout de soi-même.
Il ne s’était pas écoulé cinq minutes que le secrétaire annonça par
l’interphone.
— Le prince Taimi souhaite s’entretenir avec vous, votre Majesté.
— Faites-le entrer, répondit le jeune roi avant de se diriger vers la double
porte pour accueillir le visiteur.
Calem donna une accolade à son cadet et l’invita à prendre un verre.
— Je suis passé tout à l’heure, mais tu n’étais pas dans ton bureau, fit Taimi.
— J’étais aux archives, en réunion, avec Iella et les principaux responsables de
la sécurité. Nous avons essayé de recouper les informations qu’elle possède pour
repérer le quartier-général des Kiathes, mais sans succès pour le moment. Les
données dont elle se souvient sont trop parcellaires et le territoire à examiner
trop grand.
— Tu aurais pu me faire participer, répondit Taimi sur un ton de reproche. Je
trouve que tu ne m’associes pas assez aux affaires du royaume.
Puis, sans plus attendre de réponse, il enchaîna.
— En parlant d’Iella, Calem, crois-tu que ce soit une bonne idée de garder
cette femme au palais ?
— Pourquoi ?
— Le sosie de Sali… ça ne te pose pas de problème ?
— Non, j’arrive parfaitement à faire la différence entre les deux.
— Tu as bien de la chance, moi je n’y arriverais sûrement pas si elles
s’avisaient de s’habiller à l’identique. Je ne sais pas comment tu fais.
Calem hocha la tête de côté en haussant les épaules.
— L’instinct sans doute… des petits riens, par exemple Sali a un grain de
beauté sous l’oreille gauche et le nez légèrement retroussé tandis que Iella a le
sien plus droit. Leur…
Le roi baissa la voix et murmura à l’oreille de son frère avec un sourire amusé.
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Élimination physique
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L’eau de l’oubli
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Élimination physique
— C’est Calem et son chien fidèle qui lui sert de chef de cabinet. Ils sont sur les
traces de Platonii. S’ils lui mettent la main dessus, ce dégonflé va tout balancer.
Ils vont savoir que c’est moi qui lui ai donné un sceau moyennant une grasse
commission sur chaque certificat exploité ! Quelle importance, quelques
esclaves de plus ou de moins sur cette foutue planète ? Tout ça à cause de
cette… garce qu’il a ramenée d’Aretia !
Diva se rapprocha lentement de lui et susurra en lui caressant la nuque du
bout des doigts.
— Une garce ? Je t’ai vu toi aussi la dévorer des yeux… ne me dis pas que si tu
pouvais, tu ne la possèderais pas ? Connaissant tes goûts pour les choses
perverses… si tu pouvais nous avoir toutes les deux dans le même lit, tu ne dirais
pas non…
D’un geste brusque du bras, Taimi heurta violemment la main de la Sith de
laquelle le verre s’échappa et s’envola pour s’écraser contre le mur le plus
proche.
— Si je le pouvais, c’est Sali que je prendrais de force, juste pour salir mon
frère qui se pense tellement supérieur à moi ! s’emporta-t-il.
La Sith surmonta la colère qui était montée en elle, et détendit sa main qui
s’était un instant crispée en direction de son amant, avant d’afficher un sourire
mielleux.
— Sali… Iella… c’est la même chose… c’est un jeu complexe. As-tu remarqué
comment le capitaine Hor’Gardi regardait la princesse lorsqu’il est en sa
présence ?
— Non, mais j’ai vu le regard que mon frère jette sur Iella.
— Absolument… c’est un jeu… répéta Diva à l’oreille de Taimi. Si tu ne peux
toucher à Sali sans commettre un crime de lèse-majesté, tu peux atteindre ton
frère à travers Iella, j’en suis certaine. Et après tout, ce n’est qu’une quelconque
petite roturière sinon une esclave… sa ressemblance avec la princesse ne la rend
pas intouchable… et tu es le prince d’Édéna.
Taimi ferma ses yeux un instant, les poings fermés comme s’il savourait par
avance l’étreinte sauvage qu’il rêvait de faire subir à l’ancienne esclave. Elle et
Dolmie ensemble. Ses narines frémirent à cette idée, puis la réalité reprit ses
droits dans son esprit.
— Et pour Platonii, se plaignit-il, que vais-je faire ? Prince ou pas, mon frère va
me tuer s’il apprend cela.
Cette fois c’est sous son menton que les ongles longs et noirs de Diva
glissèrent, comme les griffes d’un chat jouant avec une souris.
— Il y a un moyen pour que le comte ne parle pas… ne parle plus… jamais.
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L’eau de l’oubli
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Élimination physique
retomber avec souplesse de l’autre côté. Furtivement, elle passa de l’ombre d’un
tronc d’arbre à une autre, se rapprochant ainsi inexorablement de la maison
entièrement illuminée. À quelques mètres de là, deux hommes s’avançaient
dans sa direction en discutant à voix basse. Aussi silencieuse qu’un félin, l’ombre
disparut d’un bond dans l’épais feuillage de l’arbre juste avant que les gardiens
ne parviennent à son niveau. Elle longea une grosse branche qui s’avançait vers
la demeure, s’arrêtant pour observer les lieux, puis effectua un bond prodigieux
qui la propulsa sur le toit qu’elle traversa prestement pour se retrouver à
l’aplomb de la façade arrière du manoir. Un éclair sillonna le ciel d’un trait
violent et épais et le tonnerre claqua instantanément. L’orage était sur eux, sec
et sinistre, et le vent était tombé. L’atmosphère était chaude et lourde,
attendant une pluie rafraichissante qui ne venait pas. L’ombre se laissa choir sur
une grande terrasse ornée de plantes grimpantes et s’avança par la double
fenêtre grande ouverte qui donnait sur un bureau faiblement éclairé par des
abat-jours colorés qui diffusaient une lumière tamisée. Lui tournant le dos, un
homme était assis dans un fauteuil, absorbé par la lecture de documents qu’il
tenait entre ses doigts. Lorsqu’elle fut tout près de lui, l’ombre murmura.
— Bonsoir monsieur le comte.
Armii Platonii sursauta violement comme traversé par un champ électrique en
laissant échapper un cri. Immédiatement il fit pivoter son fauteuil et se trouva
nez à nez avec Diva dans son collant noir.
— Bon sang, qui êtes-vous ? Comment êtes-vous entrée ici ? Mais… mais, je
vous reconnais… vous êtes la compagne de Son Altesse… Dolmie… la duchesse
de Tamburu !
Comme rassuré par le fait que la personne ne lui était pas inconnue, il se reprit
et rajusta machinalement le foulard de soie qu’il portait autour de son cou,
essayant de former un sourire de contenance sur son visage blême.
— Voilà une façon inhabituelle d’entrer chez les gens, Votre Grâce… vous ne
pouviez pas entrer par la grande porte et vous faire annoncer ?
Malgré lui, il lorgnait vers l’interrupteur qui se trouvait en façade de son
bureau, vers lui.
— Ce que je viens faire réclamait la plus grande discrétion, énonça la Sith à mi-
voix, il ne fallait pas qu’on me voit… les gens ont vite fait de propager des
rumeurs dès qu’une jeune femme va rendre visite à un célibataire comme vous,
comte.
Ce disant, elle s’était nonchalamment assise d’une fesse sur le bord du bureau
en croisant haut ses jambes, ses mains jointes posées sur ses genoux. Platonii la
regarda avec curiosité et un plaisir croissant, admirant au passage le profond
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L’eau de l’oubli
décolleté arrondi et provoquant qui était découpé en forme de goutte d’eau sur
le buste de son costume noir. Le collant détaillait parfaitement ses formes et le
comte paraissait fasciné par cette extravagante apparition dont il essayait de
comprendre le sens.
— Eh bien… si je m’attendais… Dolmie… rien ne me laissait supposer que
vous… et moi…
— J’ai bien vu la façon dont vous m’avez déshabillée du regard à chaque fois
que nous avons eu le plaisir de nous rencontrer.
— Vraiment ? Croyez-moi, Dolmie, telle n’était pas mon intention…
— Mais si, mais si, c’était parfaitement votre intention, et à chaque fois je me
suis sentie comme prisonnière de la puissance que vous dégagiez…
Elle soupira de façon presque exagérée en prenant une posture plus lascive.
Platonii fit rouler son fauteuil en arrière de plusieurs mètres avant de se lever
tout en arrangeant l’élégante robe d’intérieur qu’il portait puis se lissa des mains
les cheveux en arrière et s’arma de son plus beau sourire.
— En vérité, Dolmie, je suis tout surpris du tour que prend cette conversation…
agréablement surpris, je veux dire… même très agréablement. Vous êtes une
créature très belle, bien plus belle que toutes les femmes que j’ai… rencontrées
et vous êtes très … désirable…
Il s’était rapproché avec un air fat que la Sith trouva parfaitement ridicule.
Vraiment, ces hommes étaient tellement prévisibles que ça en devenait
écœurant. Diva se prit à penser que décidément, elle préférait largement faire
l’amour avec une femelle qu’avec un mâle toujours trop sûr de lui et de ses
prétendues et ridicules performances dans l’acte d’accouplement.
Il était à présent tout près et elle pouvait sentir son haleine de concupiscence
et sa forte odeur de transpiration qui suintait de son corps en rut. Décidément,
ce n’était pas avec celui-là qu’elle prendrait du plaisir avant de le décapiter. Au
moment où il allait poser les mains sur elle, à l’endroit précis qu’il lorgnait depuis
un bout de temps, elle se dégagea souplement et fit quelques pas au milieu de la
pièce.
— Mais avant, Armii, j’ai une faveur à vous demander.
— Une faveur ? s’étonna le comte en soulevant un sourcil, je veux bien vous
accorder toutes les faveurs que vous voulez si de votre côté vous m’accordez les
vôtres. De quoi s’agit-il ?
— J’ai besoin de récupérer le sceau royal que Taimi vous a procuré.
L’homme se raidit et stoppa sa marche vers elle.
— Le sceau… commença-t-il en la regardant d’un œil torve, je n’ai pas de
sceau… mais en admettant que j’en aurais un, pourquoi le voudriez-vous ?
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Élimination physique
— Je sais que vous l’avez, Armii, c’est Taimi qui me l’a dit et c’est lui-même qui
veut le récupérer.
— Je ne comprends pas, hésita Platonii, est-ce pour me reprendre cet objet
que vous êtes venue me voir ?
— Allons, continua Diva d’une voix doucereuse, on peut joindre l’utile à
l’agréable… vous me donnez ce qu’on m’a chargée de récupérer et je me
soumets à tous vos caprices sur ce divan.
Le comte ricana.
— Je veux savoir pourquoi le prince veut subitement récupérer son sceau,
sinon…
— Sinon quoi ? demanda la Sith en essayant de conserver son calme et une
apparence docile et fragile.
— Sinon, je vous soumets sans attendre à mes plus vils plaisirs et sans aucun
ménagement. Et croyez-moi, je peux être très brutal quand je joue avec une
femelle.
Tout en disant ses mots, il s’était rapproché d’un meuble dont il avait ouvert la
porte. On pouvait y distinguer des bouteilles d’alcool et des verres, mais dans un
tiroir intérieur, il s’empara d’une cravache terminée par une boucle de cuir. Diva
serra les dents pour ne pas exploser.
— Je vous crois volontiers, comte, continua-t-elle de la voix la plus douce qu’il
lui était encore donné de prendre. Je vous imagine très bien me caresser les
reins avec délectation.
Il fit claquer la badine dans l’air de la pièce au moment précis où un coup de
tonnerre très fort éclatait en faisant vibrer les verres dans le meuble resté
ouvert.
— Vous allez aimer, Dolmie… mais en attendant, dites-moi pourquoi le prince
veut son sceau ou ce stick ne fera pas que vous caresser le bas du dos !
La Theelin baissa la tête comme une bête domptée.
— Vous êtes dans le collimateur du roi et de sa police… ils savent que vous
fabriquez de faux certificats d’esclave pour arrondir vos fins de mois. Vous allez
être arrêté et interrogé, et le prince veut être certain de rester en dehors de tout
cela.
Le comte se raidit.
— En somme, cette séquence… séduction, c’est juste pour obtenir le sceau,
rien de plus ? Réponds, garce !
Diva fit un oui volontairement timide de la tête avant de relever un regard qui
se voulait suppliant vers Platonii.
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L’eau de l’oubli
— C’est le prince, il m’a obligée… il m’a dit que sinon il me ferait jeter dans les
cachots parmi d’autres prisonniers et que je devrai m’accommoder avec eux… je
vous en prie… il me faut ce sceau.
— Jamais, s’écria l’homme, si tu crois pouvoir me berner avec ton air de ne pas
y toucher ! Et même si ce que tu dis est vrai… que veux-tu que ça me fasse si
tous les prisonniers du royaume te passent dessus hein ? Tant que je suis le
premier à le faire ! De toute façon, le sceau est bien au chaud dans mon coffre.
Trente centimètres de duracier, ça te dit quelque chose ? Pas question que je
rende le sceau au prince, c’est mon sauf-conduit. Si je plonge, il plonge avec
moi ! À lui de me tirer d’affaire, tu le lui diras ma jolie. Mais avant, je vais
m’occuper de toi et tu vas être très sage !
Il marcha d’un pas décidé vers la Theelin mais comme il arrivait sur elle, Diva
étendit la main, et une force invisible souleva l’homme pour le projeter plusieurs
mètres en arrière contre le mur.
Le comte retomba sur son postérieur en poussant un cri.
— Sorcière ! Qu’est-ce tu m’as fait ! éructa-t-il en se relevant
douloureusement. Si tu veux jouer à ce petit jeu avec moi, tu vas savoir ce qu’il
en coûte de me résister.
D’un mouvement il fut près de son bureau et appuya sur un bouton d’alarme.
Une sonnette invisible retentit quelque part dans la demeure.
— Tu vas bientôt me supplier de t’épargner les tourments que mes hommes
vont te faire subir !
Une flamme dansa dans les yeux de la Sith au moment précis où huit gardes
armés pénétraient derrière elle dans le bureau.
— Neutralisez-la, cria le comte hors de lui.
Les hommes tenaient dans leur main un bâton dont le bout laissait entrevoir
des éclairs bleutés répliques miniatures de ceux qui dansaient dans le ciel. Le
tonnerre gronda. Comme deux gardes s’approchaient d’elle, Diva leur fit face et
s’empara lentement des deux cylindres qui pendaient à sa ceinture, un de
chaque côté de sa taille, pour les pointer vers le ventre des deux hommes.
— Tu crois nous faire peur avec tes bâtons ? ricana l’un d’eux tandis que son
collègue et lui avançaient tout près. Tu veux qu’on joue avec les nôtres pour
comparer ?
Pour toute réponse, la Sith appuya sur les interrupteurs qui actionnaient les
sabres laser et deux lames lumineuses rouges jaillirent avec un grésillement,
transperçant l’abdomen des hommes aussi facilement qu’un couteau brûlant se
serait enfoncé dans une motte de beurre. Les deux gardes s’affaissèrent sans un
cri, cependant que Diva se projetait d’un salto arrière entre deux autres
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Élimination physique
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L’eau de l’oubli
— Je suis désolée, ça n’a rien de personnel, mais votre mort est nécessaire.
De nouveaux arcs électriques s’emparèrent du comte semblant le dévorer
durant plusieurs secondes, et lorsque la Sith s’arrêta, il était mort. Une odeur
atroce de chair brûlée emplit l’atmosphère tout autour du cadavre.
Sans plus un regard pour lui, son bourreau revint tranquillement vers le bureau
et marcha jusqu’à un coffre mural dissimulé derrière un miroir pivotant. Elle
s’empara d’un de ses sabres, l’alluma puis ferma les yeux pour se concentrer et
en augmenter la puissance jusqu’à ce que la lame rouge se mette à briller d’un
blanc incandescent. Ensuite elle l’enfonça dans le duracier qui rougit puis
blanchit avant de commencer à fondre, et traça un cercle autour de la serrure
qu’elle éjecta dans la pièce d’un simple geste des doigts. Enfin, sans même la
toucher, elle ouvrit la lourde porte d’un mouvement du bras. Posément, elle
s’empara du sceau et de plusieurs documents qu’elle étudia longuement avant
de les rouler et de les passer dans sa ceinture.
Son travail accompli, elle regagna la terrasse et sauta sur la pelouse avant de
disparaître dans la nuit. Au même moment, répondant à un nouveau coup de
tonnerre, la pluie commença à tomber avec violence.
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13 - Les reines du bal
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L’eau de l’oubli
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Les reines du bal
illuminées de mille feux, et les places envahies de petits bals qui faisaient le
modeste pendant à celui qui se déroulait dans les salons de réception du palais
et dans les jardins. À minuit, un magnifique feu d’artifice était tiré à la fois de la
place de l’hôtel de ville et des remparts de la cité royale, mais le clou du
spectacle pyrotechnique était assuré par l’embrasement des murailles tout
autour de la capitale.
Namina espérait sans doute qu’à cette sublime occasion, ainsi qu’à celle de la
cérémonie des fiançailles qui suivrait quelques jours plus tard, le futur couple
royal se souderait pour de bon.
Le grand soir arriva dans la capitale qui avait revêtu ses habits de fête. La
journée avait été magnifique et l’air était doux. Une brise tiède et caressante
balayait les avenues ainsi que les nombreux parcs de la ville si propices aux
amoureux à la nuit tombée.
Différentes espèces d’animaux étaient utilisées pour les déplacements
terrestres selon la nature et l’importance du véhicule à tracter, de son poids
mais aussi du rang des personnes transportées. Ces véhicules avaient pour la
plupart la particularité de se mouvoir en suspension dans l’air grâce au principe
de l’anti-gravité qui faisait partie des technologies qui n’avaient pas été
abandonnées sur Édéna, technologie qui malheureusement, en raison de son
coût, n’était accessible qu’à une partie seulement de la société édénienne. Ainsi
il était donc courant de trouver aussi dans les campagnes et même dans les
villes, des véhicules animaliers à roues. L’avantage de l’anti-gravité était
évidemment de proposer des transports plus faciles à tirer en raison de
l’absence totale de frottement sur le sol, et qui pouvaient donc atteindre des
vitesses conséquentes selon les animaux employés comme force motrice.
Une file ininterrompue de véhicules se succédaient à présent au pied des
marches du perron d’honneur sur lesquelles un grand tapis rouge avait été
déroulé. Une foule triée sur le volet se pressait pour apercevoir ces gens qui
« comptaient » dans le royaume, et pour applaudir les splendides toilettes de ces
dames de quelque espèce qu’elles fussent. Les reporters n’en finissaient plus de
capter les images de ce défilé incessant qui était retransmis en direct sur des
écrans holographiques géants installés au centre des principales places de la
capitale et des villes du royaume ainsi que dans les chaumières. Perché sur une
estrade improvisée, un commentateur omniscient énonçait dans son micro les
titres et les noms de chacun des invités gravissant les marches, qu’il soit célèbre
ou non.
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L’eau de l’oubli
Les invités étaient ensuite dirigés par une armée de majordomes et d’hôtesses
vers le grand salon dans lequel de nombreuses personnalités discutaient déjà par
petits groupes dans un joyeux brouhaha.
— On dit que la princesse Sali a un sosie qu’elle a ramené d’un voyage à Aretia,
avançait une grosse femme déjà transpirante dans sa robe, à plusieurs de ses
amies qui l’écoutaient en hochant régulièrement la tête avec un air hautement
concerné.
— Un sosie ? s’exclama l’une d’entre elles, quelle drôle d’idée !
— Lui ressemble-t-elle vraiment ? demanda une autre.
— À s’y méprendre paraît-il, répondit la première, à tel point que des rumeurs
prétendent que même le roi ne peut les différencier.
Toutes frétillantes, les commères s’esclaffèrent en regardant de droite et de
gauche pour voir si des oreilles indiscrètes ne les écoutaient pas.
— C’est excitant, dit une rouquine dont le visage était couvert de taches, vous
vous rendez compte… deux femmes pour le prix d’une !
— Oh, s’insurgea la plus vieille, enfin Mag, quelle drôle d’idée, ma chère !
Toutes rirent derechef.
Soudain le valet de pied qui annonçait les invités énonça d’une voix forte.
— Sa Majesté Calem premier, Souverain du Royaume d’Édinu et Roi d’Édéna !
Aussitôt le silence reprit ses droits dans la salle et tous les regards
convergèrent vers l’entrée principale pour voir arriver le jeune monarque
souriant et détendu dans son uniforme blanc et or.
— Il est trop beau, laissa échapper à voix basse la rouquine à l’adresse de son
cercle de connaissances.
Calem s’avança au milieu de la salle vers un groupe composé de hauts
dignitaires du royaume dont le général Pardo et le ministre Orn Mitra et leur
serra la main en toute simplicité après que ceux-ci se furent respectueusement
inclinés devant lui. Le monarque avait assoupli l'étiquette autant qu'il l'avait pu,
trop rigide à son goût, et remanié le protocole au grand dam du Grand
Chambellan, le vieux mais imposant Mas Damidda, une créature en tous points
semblable aux habitants de Champala, planète du système Chagri dans la
Bordure Intérieure de la proche galaxie, qui supervisait étroitement la réception.
Il était partout à la fois, distribuant ordre sur ordre à son armée de serviteurs, de
majordomes et d’hôtesses, veillant à ce que tout se passe parfaitement aussi
bien à l’intérieur du palais que dans les jardins somptueusement éclairés et dans
lesquels étaient dressés des tables et des buffets.
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Les reines du bal
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L’eau de l’oubli
tour de Sali qu’il enserra dans ses bras sans cérémonie pendant que la duchesse
s’inclinait devant eux.
— Vous êtes si beaux tous les deux, s’exclama le vieil oncle. N’est-ce pas,
Klaara, qu’ils sont magnifiques ?
— Oui, Nathil, approuva la duchesse en embrassant Sali, ils forment vraiment
un couple merveilleux ! Nous vous souhaitons à tous les deux, beaucoup,
beaucoup de bonheur !
— Et de très nombreux petits bambins ! ajouta le duc avec un grand clin d’œil
à Sali. Et je viendrai personnellement les faire sauter sur mes genoux !
— C’est ça, tu joueras le rôle du grand-père gâteau que ton pauvre frère n’aura
pas pu tenir.
— Et pourquoi pas ? s’insurgea faussement Nathil. Bon, on vous laisse à vos
devoirs… je pense qu’il y a de quoi se rincer le gosier dans les jardins !
— C’est ça, eh bien moi, je vais te surveiller, tout duc que tu es, répliqua son
épouse cependant que Nathil réitérait son clin d’œil à l’attention cette fois du
futur couple royal.
Comme ils s’éloignaient, Sali se pencha vers Calem pour lui dire.
— Ton oncle est réellement quelqu’un d’adorable !
— Oui, répondit le roi, je l’aime comme mon propre père. Il est comme un
véritable rayon de soleil partout où il va. Quel dommage que tante Klaara n’ait
pas eu d’enfant à lui donner !
— Quel dommage en effet, je suis certaine qu’il aurait fait un merveilleux père.
Les présentations tiraient à leur fin lorsqu’on annonça.
— Mademoiselle Iella Budhaasio et monsieur Gil Valestraa.
Les conversations redoublèrent lorsque la jeune fille pénétra dans la salle au
bras d’un Gil raide et sérieux comme un pape, se retenant intérieurement de
tordre dans tous les sens son cou enserré dans un col haut et rigide dont il
n’avait pas l’habitude et qui le grattait. Son bras gauche maintenu en l’air,
compte tenu de sa taille plus petite que celle de sa cavalière, il emmena
martialement cette dernière jusque devant le roi et la princesse. Puis, lui,
s’inclina comme Sali le lui avait appris cependant que Iella se prosternait en une
profonde révérence particulièrement gracieuse, ses cheveux bouclés ondulant
sur les bretelles dentelées d’une longue robe bleu pâle.
Calem tendit la main à la jeune fille qui lui donna la sienne en se relevant, puis
il se courba pour lui faire un baisemain appuyé qui provoqua le murmure de
certaines de ces dames dans la foule des invités.
— Tu es toi aussi très en beauté, Iella, observa-t-il en se redressant, et toi
également, Gil, tu es très élégant.
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Les reines du bal
— Pardon mesdames, vous aurais-je choquées par mes propos ? Vous m’en
voyez désolé… l’habitude d’admirer les corinals de course… vous savez bien
entendu que ce sont les femelles les plus rapides, ajouta-t-il en guise d’excuses.
Parvenus devant le roi entouré de ses amis, Taimi inclina la tête avec raideur
tandis que Diva s’inclinait très bas avec une souplesse toute féline.
— Bonjour, duchesse, fit Calem en lui faisant un baisemain plus protocolaire
que celui auquel avait eu droit Iella un moment auparavant, je suis ravi que vous
soyez des nôtres ce soir.
— Je n’aurai manqué si belle réception pour rien au monde, Votre Majesté,
répondit Diva avec son sourire le plus charmeur.
Puis elle s’inclina devant Sali.
— Votre Altesse…
— Dolmie… votre robe est magnifique.
— Merci infiniment, mais s’il y a une reine ici ce soir, tant par la grâce que par
la beauté, c’est bien vous, princesse.
Sali sourit en retour du compliment d’usage si bien tourné, cependant que
Jarval osait un trait d’humour.
— Le prince Taimi souhaitait sans doute pouvoir ne pas vous perdre de vue
dans cette foule.
Devant le visage crispé de Taimi qui accueillit fraîchement la réflexion du
capitaine, Calem fit diversion en renchérissant diplomatiquement.
— Il est vrai que non accompagnée, je suis certain qu’il y aurait ici foule de
prétendants pour se lancer à l’assaut de la beauté de Dolmie, en bons valeureux
chevaliers.
Le visage de son frère se radoucit un peu.
— Elle est éblouissante, n’est-ce pas mon frère ?
Ce dernier se contenta d’un petit signe de tête en guise de réponse. Au même
moment l’orchestre entama un morceau et le Grand Chambellan s’approcha
d’eux pour s’adresser au roi.
— Les présentations officielles sont terminées, Majesté, il vous appartient à
présent d’ouvrir le bal avec Son Altesse.
Délicatement, Sali présenta la main à son futur époux qui l’entraîna au centre
du cercle vide que les invités avaient spontanément créé au milieu d’eux. Les
conversations retombèrent, absorbées par le spectacle gracieux du futur couple
royal. Calem passa l’autre main derrière la taille de Sali et l’entraîna dans un
tourbillon musical avec une légèreté et une aisance tout à fait naturelles.
Tournant sur eux-mêmes, les futurs fiancés commencèrent à décrire un petit
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L’eau de l’oubli
cercle dans cet espace sous les regards admirateurs, envieux ou connaisseurs, de
tout ce beau monde.
Au bout de deux minutes précises, le Grand Chambellan adressa un signe
discret au prince Taimi qui imita alors son frère en entrainant à son tour Diva sur
la piste de danse, donnant ainsi le signal pour les autres couples. Dans la foulée,
Jarval s’inclina devant Iella pour en faire de même et petit à petit, des couples se
formèrent remplissant tout le salon en débordant sur la grande terrasse qui
surplombait les jardins.
Au même moment, douze coups de canons tirés depuis les murailles de la cité
retentissaient pour officialiser l’ouverture des festivités, et la musique envahit
progressivement les places et les rues d’Édéna cependant qu’un premier feu
d’artifice éclatait dans le ciel nocturne de la planète.
— Et si on allait manger quelque chose ? proposa Gil à Namina avec l’esprit
pratique qui le caractérisait, tout en contemplant les danseurs. Moi la danse…
— Tu as raison, répondit la nounou, moi non plus je n’aime pas danser. La
dernière fois que j’ai essayé, mon cavalier m’a tellement écrasé les pieds que j’ai
eu mal à mon cor durant plus d’une semaine.
Sali contemplait le visage de son cavalier pendant que le salon tout entier
semblait tourner follement autour d’elle. Elle cherchait dans ses yeux un indice
qui pourrait lui ouvrir son âme en profondeur afin d’aller y quêter les réponses
aux questions qu’elle se posait sur leur futur couple. Inspirant profondément
dans son corsage serré, elle se jeta à l’eau.
— Calem… dis-moi… nous ne nous sommes jamais dit que nous nous aimions…
l’avais-tu remarqué ?
Sans doute sous l’effet de l’étonnement, le jeune monarque perdit le compte
de ses pas et s’arrêta brièvement avant de reprendre la danse au tempo suivant.
Sa bouche entrouverte permettait de prendre toute la mesure de la complexité
de la question qu’on lui adressait. Fixant Sali dans les yeux, il fouilla à son tour
dans le bleu profond de ses iris pour tenter d’y déceler la raison précise à cette
soudaine interrogation.
— Peut-être ne sommes-nous pas prêts à nous le dire ? biaisa-t-il enfin.
Sali resta un instant silencieuse en s’efforçant de se laisser bercer par la
musique, puis reprit.
— Et si c’était une erreur de nous marier… tu y as déjà pensé ?
À son tour il se tut un moment. Dans sa poitrine il sentait son cœur battre de
façon désordonnée et dans son esprit des pensées irrationnelles se bousculaient
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Les reines du bal
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L’eau de l’oubli
— À ce point ? releva Sali en prenant elle aussi un verre comme les autres. Il
faudra que j’en juge par moi-même… Calem aussi danse merveilleusement bien,
ça doit valoir le coup de comparer.
— Mais, quand vous le voudrez, Votre Altesse ! s’empressa de déclamer un
Jarval tout heureux de la proposition sous-entendue. Ce sera avec le plus grand
plaisir !
Les invités s’étaient partagés entre la grande salle de réception où les couples
dansaient et les salons ou les jardins dans lesquels des buffets étaient dressés. Le
roi n’était pas sorti depuis cinq minutes et avait juste eu le temps de partager
quelques délicieux petits fours avec ses amis, que déjà des gens haut-placés se
pressaient pour le rencontrer afin de lui présenter quelqu’un, le complimenter
avec sans doute l’arrière-pensée d’un quelconque bénéfice, ou s’entretenir avec
lui des choses du royaume. Très vite il fut accaparé malgré lui et Sali se retrouva
à la traîne avec une moue que Jarval sut vite interpréter.
— Le moment est peut-être venu de m’accorder quelques pas de danse… à
vos risques et périls, bien entendu.
Sali accepta le bras élégamment proposé et le couple reprit le chemin du grand
salon. Iella grignotait en compagnie de Gil et Namina lorsque Taimi se présenta à
eux.
— Iella, très chère, je vous vois abandonnée au milieu de cette foule dans
laquelle vous ne devez pas connaître grand monde. Accepteriez-vous de danser
avec moi ?
La jeune fille ne cacha pas sa surprise et regarda autour du prince.
— Qu’avez-vous fait de la duchesse Dolmie ?
Le prince eut un geste vague.
— Oh, elle est allée dans ses appartements pour se repoudrer le bout du nez…
si vous voyez ce que je veux dire. Ce qui fait que pour un moment, je suis libre…
et si vous m’accordez la prochaine danse, vous me sauveriez d’un certain
nombre de baronnes, duchesses et autres courtisanes qui n’attendent qu’une
faiblesse de ma part pour sonner l’hallali !
Il rit et Iella l’imita par politesse. Elle pensa qu’au fond, le petit frère de Calem
était un garçon très gentil et bien mignon malgré des prévenances inexplicables
qu’elle entretenait à son égard.
L’orchestre s’était mis à jouer une danse rapide sur laquelle il l’entraîna
dextrement dans un pas étourdissant qui eut tôt fait de tourner la tête à la jeune
fille. Excellent danseur, il la mena progressivement vers l’une des portes-fenêtres
latérales qui s’ouvraient en grand sur les jardins dans lesquels il la fit sortir tout
en virevoltant avec une adresse incomparable. Cette partie des jardins était
194
Les reines du bal
faiblement éclairée et, par contraste avec le devant inondé de lumière, paraissait
plongée dans une douce et reposante pénombre. Lorsqu’ils se furent éloignés de
plusieurs mètres, Iella s’arrêta de danser en chancelant, cherchant à retrouver
un équilibre qui ne semblait pas avoir quitté son cavalier. La musique était à
présent adoucie par la distance et on pouvait entendre le craquettement de
quelques insectes nocturnes faisant crisser leurs élytres dans les buissons.
Galamment, Taimi retint Iella par la main pour l’empêcher de perdre l’équilibre
et la soutint par la taille contre lui.
— Vous n’allez pas vous sentir mal, j’espère ? dit-il sur un ton amusé, sinon, je
vais me voir obligé de vous porter dans mes bras.
— Non, ça va, soupira la jeune fille en se tenant la tête, c’est juste que je n’ai
pas l’habitude de tourner aussi vite en dansant… comment faites-vous pour ne
pas en éprouver de la désorientation ?
— Question d’habitude… chaque matin en me levant, je me hisse sur un pied
et je fais la toupie à toute vitesse pendant plusieurs minutes.
Iella éclata de rire.
— Vous vous moquez de moi !
Taimi l’imita.
— Je n’oserais pas vous manquer de respect, Iella… je plaisante, voilà tout,
j’aime tant vous entendre rire… et vous voir le faire aussi… vous avez de
charmantes fossettes sur les joues lorsque vous souriez.
Iella baissa inconsciemment les yeux, embarrassée, et desserra délicatement
l’étreinte un peu trop empressée de son cavalier.
— Vous aussi, observa-t-elle, tandis qu’il lui lâchait la taille mais pas la main.
— Moi aussi quoi ? demanda-t-il en l’emmenant un peu plus loin, entre les
haies.
— Les fossettes… vous aussi vous en avez quand vous riez…
— Ah, oui… il faudra donc que je me regarde plus souvent devant la glace en
me racontant des histoires drôles pour les admirer.
La jeune fille étouffa un nouveau rire.
— Vous continuez à vous moquer, laissa-t-elle échapper d’un ton de reproche.
Taimi prit une voix douce plus sérieuse.
— Non, Iella, je ne veux pas me moquer… vous êtes simplement d’une
plaisante compagnie qui invite à un peu d’espièglerie, voilà tout.
— C’est bien calme ici, observa Iella en regardant les alentours déserts, calmes
et reposants.
195
L’eau de l’oubli
— C’est que, entre le bal, les buffets et mon frère qui accapare tous les regards
ainsi qu’une foule de lécheurs de bottes, il n’y a plus personne pour se promener
romantiquement loin de cette agitation.
Ils avançaient toujours entre les haies taillées au cordeau sur un petit chemin
caillouteux soigneusement damé et franchirent une courte passerelle de bois en
forme d’arche sous laquelle bruissait un étroit ruisseau qui se faufilait entre les
pelouses. Un joli petit kiosque se tenait un peu plus loin avec des bancs de pierre
tout autour. Une partie du pavillon était occultée par des panneaux de bois à
croisillons serrés peints en vert, destinés à protéger les visiteurs du vent, laissant
deux entrées à l’opposée l’une de l’autre. L’endroit, plutôt sombre, devait en
temps ordinaire, être propice aux amoureux.
Depuis quelques instants, Iella essayait de lâcher la main du prince mais celui-
ci ne semblait pas disposé à répondre à sa sollicitation.
— Où m’emmenez-vous ? questionna-t-elle, ne devrions-nous pas revenir à la
réception ? On risque de nous chercher… et peut-être votre amie, la duchesse
Dolmie, est-elle revenue le nez joliment poudré ?
— Oubliez Dolmie, elle doit repartir pour Tamburu très prochainement.
— Oh… je suis désolée… mais elle reviendra bientôt sans doute ?
— Ce n’est pas dit. Et puis je ne suis pas certain qu’elle et moi soyons
parfaitement accordés.
— Pourtant à vous voir ensemble, on ne le dirait pas.
Ils étaient à présent au centre du kiosque. Taimi s’arrêta.
— Vous êtes d’une égale beauté avec la princesse Sali, remarqua-t-il en la
prenant par ses épaules dénudées pour la placer face à lui.
Iella sourit, légèrement mal à l’aise.
— Nous nous ressemblons…
— Mais vous n’avez pas tout à fait le même caractère. Vous êtes plus
entreprenante, plus intrépide et votre sensualité n’en est que plus accrue.
Iella baissa les yeux pour la seconde fois en quelques minutes.
— Vraiment, Prince, vous me gênez.
— Non, surtout ne le soyez pas… je vous trouve admirable depuis que je vous
ai vue et votre grâce… votre charme… l’harmonie de votre corps si parfait…
l’océan de vos yeux dans lequel je ne demande qu’à me noyer…
— Enfin, Prince, vous me mettez dans l’embarras… nous devrions rentrer…
Elle sentait les mains du jeune homme s’agripper fermement à ses épaules et
dans l’obscurité, elle pouvait deviner l’éclat de ses yeux enfiévrés.
— Lâchez-moi, je vous en prie, cette conversation n’a que trop duré, protesta-
t-elle d’une voix plus ferme.
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Les reines du bal
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L’eau de l’oubli
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Les reines du bal
Elle désigna du doigt une porte-fenêtre vers laquelle Calem se dirigea aussitôt.
Le couple reprit la danse mais au bout de quelques instants, la jeune fille en
décida autrement.
— Et si nous allions prendre l’air ? Peut-être pourrons-nous aider mon futur
époux à retrouver son frère ?
— Une partie de cache-cache dans les jardins ? répondit Jarval avec entrain,
j’en suis !
Quelques minutes plus tard, dans la pénombre du labyrinthe des haies, ils se
dirigeaient d’un pas pressé en direction d’éclats de voix qui résonnaient non loin
d’eux et qui semblaient provenir d’un petit pavillon de jardin.
Leur entrée coïncida avec le geste fatal de Calem. Ce geste, il ne l’avait pas
prémédité. Il était venu tout seul, arrivé avec la perte de sang-froid que la
réflexion du cadet avait provoquée. Et ce geste d’impuissance ne pouvait
signifier qu’une seule chose : que Taimi avait mis le doigt sur une plaie vive et
douloureuse.
Sous l’effet du soufflet qu’il reçut de son aîné, Taimi tourna la tête qu’il
immobilisa ainsi quelques secondes, dans le silence le plus complet. Sali porta
ses mains à la bouche pour étouffer un cri et Iella sursauta de surprise
consternée. Surpris lui-même de son geste, le roi resta bouché-bée, ne sachant
plus quelle contenance prendre. Puis, comme au ralenti, le prince redressa son
visage vers son frère, la bouche déformée par un rictus de haine et les yeux
enflammés par un regard meurtrier.
— Pardon, Taimi, ne put s’empêcher de dire Calem en avançant une main, je
ne voulais pas…
Le cadet repoussa vivement le bras tendu vers lui avant de se frotter la joue.
— Je te tuerai pour ça ! laissa-t-il choir froidement dans le silence.
Iella, pétrifiée, lançait des regards horrifiés sur les deux frères. Le mal était fait,
on ne pouvait plus revenir en arrière. Elle se sentit coupable d’avoir crié et alerté
le roi, pensant qu’elle aurait dû savoir gérer la situation sans en arriver là où ils
en étaient.
Taimi tourna les talons et se dirigea vers la sortir du pavillon. Calem essaya de
le retenir par l’épaule.
— Écoute, Taimi, je te demande pardon… je ne voulais pas te gifler, mais…
avoue que tu as un peu exagéré, là…
Mais le cadet se dégagea brutalement de l’étreinte de son frère et se perdit à
pas rapides dans l’obscurité des jardins, laissant sur place les quatre personnes
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L’eau de l’oubli
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Les reines du bal
— Il y a deux jours, Iella a parlé de me faire visiter les ruines du Temple d’Édin
dans la vallée des Mille Eaux. Je sais que l’accès à ce sanctuaire est interdit sauf
autorisation particulière, mais je pense qu’en tant que future reine d’Édéna, je
puis y aller et me dois de le faire, ne serait-ce que pour découvrir mon futur
royaume !
La fermeté avec laquelle Sali venait de parler laissait peu de place à la
négociation si tant est que Calem eût voulu l’empêcher de faire ce voyage.
— Je me serais fait un plaisir de t’y emmener, tu sais, osa-t-il quand même.
— Je n’en doute pas, Calem chéri, répliqua-t-elle en lui caressant la joue, mais
j’ai envie d’y aller avec Iella, toutes les deux, entre femmes.
Jarval s’interposa.
— Laissez-moi vous accompagner pour assurer votre protection !
Sali fit non fermement de la tête.
— Quand j’ai dit « entre femmes », ça ne vous incluait pas, malgré toute
l’amitié que je vous porte. Je suis certaine que votre compagnie aurait été des
plus agréables, mais, c’est non.
— Mais je ne peux te laisser partir ainsi, sans escorte, protesta le roi.
— J’en conviens. Tu peux donc prévoir l’escorte qui te satisfera, mais sans toi
et sans Jarval. Et je te le demande comme une faveur… une sorte de cadeau de
pré-fiançailles si tu veux.
Le sourire de la jeune femme ne le disputait pas à la résolution qui brillait dans
ses yeux et qui emporta l’assentiment plus ou moins contraint de son futur
époux.
— Soit, deux jours pas plus, capitula-t-il en lui baisant les lèvres. Jarval, je te
charge d’organiser tout ça et de choisir une douzaine d’hommes sûrs pour les
accompagner !
— À tes ordres, Calem, je m’en charge évidemment. Néanmoins, la vallée des
Mille Eaux est une zone sûre, absente de toute présence humaine… un petit
paradis sur Édéna. Nous ne devons pas nous inquiéter pour une escapade là-
bas…
— Évidemment, mais on n’est jamais trop prudents.
— Bien, maintenant, nous ferions mieux de nous remontrer ou les gens vont se
douter de quelque chose, conclut Sali en sortant du pavillon.
Le petit groupe lui emboita le pas et retourna à ses devoirs en regagnant la
réception. Au Grand Chambellan qui s’inquiétait de la disparition du prince, on
répondit que ce dernier était fatigué et avait dû regagner ses appartements.
Peut-être couvait-il quelque chose ?
201
L’eau de l’oubli
Ce fut Diva qui essuya la colère hystérique de son amant lorsqu’il regagna ses
quartiers.
— Il m’a frappé ! Tu te rends compte ? Il a osé lever la main sur moi comme…
comme si… si j’avais été un enfant ! Et devant cette pute et Jarval… et cette
petite garce de Sali qu’il n’aime pas, j’en suis certain ! Je sais que c’est parce que
je lui ai envoyé la vérité à sa face de chien qu’il m’a giflé !
La Sith crissa des dents et serra les poings. Si son Maître lui avait enseigné la
patience, ce n’était pas vraiment son point fort. Elle aurait volontiers pris son
sabre laser pour se débarrasser de tous ces personnages qui commençaient à
l’ennuyer prodigieusement avec leurs histoires.
— Je vais le tuer ! continuait Taimi dans sa rage. Et toi, sorcière, tu ne dis rien ?
La tête enfouie dans ses doigts crispés, il se trouvait assis sur le bord du lit
dans la chambre plongée dans la pénombre, cependant que sa maîtresse
regardait par les fenêtres les lueurs de la fête qui se déroulait en ville.
— Pourquoi tu ne dis rien ? hurla-t-il. Tu pourrais au moins prendre mon parti !
Les yeux de la Theelin se plissèrent pour ne plus former qu’une fine ligne noire
derrière laquelle un éclat écarlate se mit à luire. Les traits de son visage
semblèrent changer un court instant, marqués par une ombre fugitive et ses
joues se creusèrent pendant que les coins de la bouche s’affaissaient en un rictus
inquiétant. Cette altération ne fut que de courte durée, cessant presque aussitôt
et l’éclat rouge de ses yeux avait disparu lorsqu’elle les rouvrit.
Revenant jusqu’à lui, elle s’assit à ses côtés et prit sa tête contre sa poitrine
comme une mère avec un enfant qui a du chagrin.
— Tu veux te venger de ton frère ? Fort, bien, je vais m’employer à t’aider.
Puis elle ajouta.
— Et si au lieu de le tuer, tu lui prenais plutôt son trône ?
— Son… trône ? balbutia Taimi d’une vois étouffée. Co… comment veux-tu…
— Calem s’est fait beaucoup d’ennemis ces derniers jours avec la réforme sur
l’esclavage qu’il vient d’entreprendre et le général Pardo ne le porte pas dans
son cœur depuis qu’il lui a interdit de poursuivre les Kiathes. Et si nous arrivions
à convaincre ce cher général, qui commande à toutes les armées, que son intérêt
est de s’allier avec la Forteresse du Désert de Sang avec toi comme roi ; qu’ainsi,
il pourrait restaurer tout l’éclat ancestral du Royaume et étendre son hégémonie
sur la planète tout entière ?
Taimi s’arracha de son étreinte pour pouvoir la regarder en face.
— Avec la… forteresse ? Mais qui es-tu vraiment, Dolmie ?
Elle lui posa son index dressé sur les lèvres.
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Les reines du bal
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14 - La vallée des Mille Eaux
Le feu d’artifice avait illuminé le ciel nocturne de la cité d’Édinu d’un éclat
mémorable, et les remparts avaient embrasé la ville de leurs cascades de feu
dont la lueur avait rayonné à des dizaines de kilomètres à la ronde.
Puis le matin s’était levé sur l’agglomération encore engourdie par un sommeil
trop court et la vie avait repris son cours. Les employés municipaux s’affairaient
dans les rues à retirer les festons et les guirlandes lumineuses ou à démonter les
estrades sur les places, pendant que les boutiques rouvraient les unes après les
autres, les rideaux métalliques manœuvrés par des commerçants fatigués,
zombies grisâtres aux gestes automatiques.
Dans le courant de la matinée, les préparatifs de l’escapade de Sali et Iella
furent menés discrètement près du corral aux dragonnaux, par un détachement
d’une douzaine de soldats sous le commandement du lieutenant Lyynx,
entassant sur autant d’animaux le nécessaire à un bivouac. Les deux jeunes
femmes avaient refusé un peu plus tôt une breeay manta pour transporter du
matériel plus lourd.
— Ce n’est pas un état-major de campagne que nous allons installer, avait
protesté Sali. Un simple sac de couchage à même le sol nous suffira amplement.
Toujours à l’affût du moindre renseignement, cette organisation furtive n’avait
cependant pas échappé à Diva Shaquila qui n’avait pas eu besoin d’interroger
longtemps Namina, pour apprendre que les sosies s’apprêtaient à aller
bivouaquer une nuit dans la vallée des Mille Eaux. Après tout, la duchesse
Dolmie était l’amie attitrée de Son Altesse royale, et faisait presque pour ainsi
dire, partie de la famille. La nounou n’avait donc aucune raison de se taire quant
à la destination envisagée.
Croisant, par un hasard totalement calculé, la princesse et son amie, Diva
s’approcha d’elles tout sourire.
— Alors les filles… qu’est-ce que j’apprends ? Vous vous organisez une
escapade en jumelles ? Vous en avez de la chance, soupira-t-elle ostensiblement.
J’aimerais tant pouvoir en faire de même… d’autant plus que je ne connais
absolument pas la vallée des Mille Eaux qui, dit-on, est d’une merveilleuse
beauté… un véritable trésor antique sur Édéna ! Songez donc : toute l’histoire de
la planète sur des millions d’années y est, paraît-il, gravée sur les pierres du
Temple. Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour vous accompagner.
204
La vallée des Mille Eaux
Elle poussa un soupir à briser les cœurs les plus rudes et Sali échangea
muettement un regard avec son double.
— Comment savez-vous où nous allons ? demanda-t-elle méfiante.
— C’est Namina qui me l’a dit…
Puis se reprenant aussitôt, la main sur le cœur.
— Oh, mais je ne voudrais surtout pas lui causer du tort ! J’espère que ce
n’était pas un secret d’état !
La princesse sourit avec indulgence.
— Non, pas vraiment, même si Calem pense qu’il vaut mieux ne pas faire de
publicité autour de ce déplacement.
— Oui, je comprends, approuva sagement Diva, question élémentaire de
sécurité.
— C’est ça.
— Bien…
Elle semblait attendre quelque chose qui ne venait pas. Alors elle reprit
comme pour conclure la conversation faisant mine de s’en aller.
— Bon, eh bien, je vous souhaite une bonne excursion…
Puis elle soupira encore. Après un nouveau coup d’œil à Iella, Sali se décida.
— Si tu veux, Dolmie, tu peux te joindre à nous. C’est une sortie exclusivement
réservée aux filles… et ça tombe bien puisque tu en es une !
Elles partirent d’un éclat de rire qui sonna artificiellement. Diva feignit
l’enchantement.
— C’est vrai ? Je peux venir avec vous ? s’exclama-t-elle avec affectation. Oh,
vous êtes trop choux toutes les deux. Je monte préparer mes affaires et je vous
rejoins !
Elle partit en courant dans les escaliers vers l’étage des appartements du
prince. Une fois hors de vue, elle reprit une allure normale et son regard devint
noir et dur.
Iella dit à Sali.
— Tu viens de faire une heureuse. Tu crois qu’on a bien fait de lui proposer de
venir avec nous ?
— Et pourquoi non ? C’est une fille sympa et après tout, elle a bien le droit elle
aussi de sortir du palais. Et puis, si elle nous a à la bonne, on remontera peut-
être dans l’estime de Taimi… ça pourrait arrondir les angles avec Calem.
Iella répondit, songeuse.
— Oui… c’est pas bête. D’ailleurs, on pourra profiter d’être entre nous pour
essayer de lui tirer les vers du nez afin de savoir si Taimi a beaucoup de
ressentiment envers son aîné.
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L’eau de l’oubli
La nuit était tombée lorsque deux gardes sortirent d’un caisson des
instruments de musique qui ne tardèrent pas à élever gaiement leurs notes de
musique inspirées du folklore local. L’air était entraînant et courait sur les pierres
sombres de l’étendue rocheuse dans laquelle on pouvait parfois entendre au
loin, les hurlements de quelques animaux. Iella s’était levée et effectua quelques
pas de danse, les mains sur les hanches, sautillant entre deux pas chassés et
virevoltant en levant haut ses jambes. Les hommes l’accompagnèrent en
frappant dans leurs mains et l’un deux entama même une chansonnette d’une
belle voix de stentor. Gagnée par la gaîté ambiante, Sali se leva à son tour pour
se joindre à son double et releva hardiment le bas de sa jupe pour dégager ses
mollets. Puis ce furent deux jeunes gardes qui se décidèrent pour former avec les
jeunes filles un joyeux quadrille. Seule Diva restait circonspecte et pensive. Son
regard était perdu bien au-delà du petit camp, au plus profond de l’obscurité
comme si elle y cherchait quelque chose d’invisible. Le lieutenant Lyynx se
pencha vers elle.
— Et vous, duchesse, vous ne dansez pas ?
La Sith fit non de la tête.
— Vous êtes bien pensive ? observa-t-il en revenant à la charge. Quelque
chose ne va pas, Votre Grâce ?
Diva le regarda en adoucissant un regard qu’elle avait senti se durcir
inconsciemment et s’efforça de sourire au jeune officier.
— Non, non, au contraire, tout va très bien, lieutenant. La nuit est
délicieusement douce et la musique entraînante. Cela faisait longtemps que je
n’avais pas eu l’occasion de dormir dehors.
— Nous sommes ici presque au bout du monde. C’est un endroit merveilleux.
Vous connaissiez ?
— Non, mentit la Sith qui y était venue des années auparavant en compagnie
de son Maître. Mais je reconnais que les lieux sont absolument sublimes.
L’orchestre improvisé venait d’entamer une danse de couple et, après un
instant d’hésitation, les deux soldats acceptèrent l’invitation lancée par la
princesse et son amie.
— Que diriez-vous de danser, Votre Grâce ? proposa Lyynx. Sauf votre respect,
naturellement.
Diva hésita. Était-ce bien nécessaire de faire ami-ami avec le jeune officier si
plaisant ? Cela n’allait-il pas compliquer sa tâche ? Puis la Sith décida que non.
Son Maître l’avait bien formée et elle savait faire abstraction de tout sentiment
lorsque la situation l’exigeait. Avec un sourire séduisant, elle présenta sa main au
210
La vallée des Mille Eaux
lieutenant tout en se levant pour qu’il la conduise près du feu, là où les autres
danseurs tournoyaient.
*
* *
Le petit matin se leva en même temps que Sali qui s’empressa de réveiller Iella
et Dolmie.
— Journée visite de ruines, mesdemoiselles ! lança-t-elle joyeusement. Il ne
faut pas traîner si nous voulons être de retour à Édinu ce soir.
Dehors les attendaient des tasses de thé brûlant que le lieutenant Lyynx lui-
même avait tenu à préparer ainsi que des toasts grillés qui refroidissaient dans
une coupe. Un peu plus loin, les hommes, debout depuis les prémices de
l’aurore, discutaient entre eux pour ceux qui n’étaient pas de garde auprès des
dragonnaux ou en patrouille autour du campement.
Chacune des jeunes femmes s’était habillée de façon pratique, chemise,
pantalon, ceinture de laquelle pendait une torche électrique et chaussures de
marche.
— Ainsi, vous ne voulez pas qu’on vous accompagne à l’intérieur ? s’inquiéta
Lyynx. Même pas moi tout seul ?
— Non merci, lieutenant, répondit la princesse avec un air rassurant, nous
souhaitons nous retrouver un peu entre nous.
— Je comprends, répondit-il, mais je vous prie de rester prudentes. Ce
monument n’est plus visité depuis fort longtemps et donc plus entretenu même
s’il paraît solide comme un roc. S’il y a le moindre problème, appelez-moi
immédiatement avec ceci.
Il tendit un communicateur de poche comme en utilisaient les groupes
d’intervention, que Sali accrocha à sa ceinture.
— C’est promis, lieutenant. Si quoi que ce soit cloche, nous vous appelons à la
rescousse.
La réponse sembla rasséréner un peu le jeune officier qui se campa à l’entrée
de la zone des ruines en lançant.
— Je ne bougerai pas d’ici ! N’oubliez pas… s’il y a la moindre inquiétude, on
arrive !
Les trois femmes s’éloignèrent au milieu des colonnes dont la plupart étaient
incomplètes, et des murs de ce qui avait dû être des habitations et qui avaient
bien moins résisté à l’usure du temps que le temple en lui-même.
— Et dire qu’il y a des milliers d’années des gens habitaient ici ? soupira Sali.
Comment faisaient-ils, coupés de tout ?
211
L’eau de l’oubli
— La vallée parait fertile, objecta Iella. J’imagine qu’ils élevaient des animaux
et cultivaient eux-mêmes leurs champs pour se procurer le nécessaire. Et puis, il
y a des milliers d’années, c’était l’ère technologique je crois, il y avait donc des
moyens de transport mécaniques pour les relier aux villes les plus proches.
— Savez-vous pourquoi le Temple a changé d’endroit à cette époque-là,
s’enquit Diva.
— Non, fit Iella en évitant soigneusement les pierres de taille qui jonchaient ce
qu’il restait d’un chemin menant vers l’entrée du grand bâtiment. Peut-être une
guerre ?
— Hum, le Temple est usé par l’âge, mais a priori il ne m’apparaît pas abîmé
par un conflit, objecta la Sith.
— C’est pas faux, admit Iella. Je ne sais donc pas.
Elles longeaient un canal au fond duquel s’écoulait avec force l’eau qui allait
donner naissance au fleuve Pishon qui arrosait Édinu. Ce canal sortait d’en
dessous du bâtiment central du Temple et il était alimenté par toutes les eaux
qui descendaient des montagnes tout autour de la vallée.
— On a du mal à penser que de ce canal va naître un aussi grand fleuve,
remarqua pensivement Sali.
— C’est oublier toutes les rivières qui l’alimenteront par la suite durant son
voyage vers la mer, objecta Iella, dont notamment celle de Merrick.
Sans un mot, Sali posa une main sur l’épaule de la jeune fille dont la tête s’était
baissée à cette évocation. Cette dernière, mit à son tour sa main sur celle de la
princesse en lui adressant un pauvre petit sourire reconnaissant.
Elles étaient enfin parvenues devant l’entrée de l’édifice principal, sur le côté
gauche du canal, devant d’impressionnantes portes de métal dont l’un des
battants était entrouvert et l’autre de travers, sorti de ses gonds supérieurs.
— C’est à se demander comment il n’est pas définitivement tombé depuis tous
ces siècles, commenta la Sith.
Le trio alluma les lampes qui projetèrent leur puissant faisceau de lumière à
l’intérieur du bâtiment.
— J’espère qu’il n’y a personne dedans, dit Sali d’un ton lugubre
volontairement chevrotant.
— Tais-toi, répliqua Iella, tu vas me donner la chair de poule.
— On aurait peut-être dû emporter une arme ou deux ? ajouta Diva avec un
petit sourire en coin tout en tâtant les sabres laser soigneusement dissimulés
dans ses vêtements.
— Vous croyez ? demanda Iella qui n’avait subitement plus l’air trop rassurée.
Sali s’esclaffa.
212
La vallée des Mille Eaux
— Hé, les filles ! C’est bon ! Pourquoi voudriez-vous qu’il y ait quelque chose
dans ce temple ?
— Je ne sais pas, il pourrait y avoir un animal par exemple, fit Iella.
— Mais non, il n’y a rien à manger ici dedans, et ce n’est pas là un bon refuge,
c’est trop sombre, trop grand… cela n’a rien à voir avec un terrier.
— Tu me rassures à peine, conclut Iella en regardant de tous les côtés avec sa
torche.
— Peut-être un très gros animal ? laissa échapper narquoisement Diva qui se
prenait au jeu.
Une à une elles passèrent par l’entrebâillement des portes et pénétrèrent dans
la pénombre des lieux faiblement éclairés par la lumière qui pénétrait depuis de
hauts vitraux pour la plupart brisés.
— Quel dommage, observa Iella d’une voix qui résonna entre les murs vides,
ces vitraux avaient l’air très beaux.
— Il ne reste plus rien à l’intérieur, continua Sali, pas un autel, pas un retable,
rien… c’est effrayamment vide !
— Vous vous attendiez à quoi ? demanda Diva sarcastique, tout ce qui pouvait
être emporté l’a été, par les occupants des lieux lorsqu’ils ont déménagé puis
par les pillards de toute sorte qui se sont succédés au fil des siècles.
— Oui, je savais qu’il était vide, reconnu Iella en promenant ses yeux tout
autour d’elle.
— En tout cas, c’est grandiose… ça paraît plus grand à l’intérieur que vu de
l’extérieur… plus élancé, s’extasia la princesse.
— Ces colonnades sont en effet impressionnantes, fit semblant de
s’enthousiasmer Diva en désignant de la main la puissante perspective des
rangées de colonnes qui couraient d’un bout à l’autre du bâtiment pour soutenir
les immenses arcs du plafond. Et ces voûtes ont un élancement très fin, c’est
vraiment monumental !
— Regardez toutes ces statues, s’exclama Iella dans la foulée, leur nombre est
hallucinant !
Tout en avançant, elles s’émerveillèrent devant des milliers de sculptures
protégées dans des renfoncements creusés dans les murs latéraux.
— C’est proprement incroyable, murmura Iella en promenant sa torche sur les
murs.
— Avez-vous remarqué que chaque statue représente une espèce différente
vivant sur Édéna ? observa Sali. Il ne semble pas y en avoir deux identiques.
— C’est une ode à la diversité des créatures intelligentes, fit Diva d’un ton
toujours mordant. Une sorte d’inventaire de la création.
213
L’eau de l’oubli
C’est bien ce qui a dérouté mon Maître la première fois qu’il a pénétré dans ce
Temple. Chaque statue correspondait à une espèce, non seulement vivant sur la
planète, mais également vivant dans notre univers… comme s’il avait eu devant
lui un album illustrant la diversité de la vie intelligente dans la galaxie.
Les trois jeunes filles paraissaient toutes petites perdues au milieu de
l’immensité des lieux. Elles avançaient lentement en tournant la tête dans tous
les sens, leurs pas soulevant la légère poussière qui maculait le sol dont certains
des carreaux de marbre étaient brisés.
Au fond du premier bâtiment elles empruntèrent un couloir qui donnait sur
une grande salle ronde au centre de laquelle se trouvait une piscine de la même
forme.
— La salle des bains rituels, commenta Iella avec un sourire. Les nombreuses
ablutions représentaient une partie non négligeable de la journée des prêtres…
autrefois. Ça s’est pas mal perdu depuis, comme tradition.
— La propreté de l’âme passe par celle du corps, avança Sali.
— C’est tout à fait ça. L’eau purificatrice…
Des mosaïques colorées de toute beauté ornaient la piscine et les murs tout
autour. Elles représentaient des scènes mythologiques. Mais rien qui peut
amener à comprendre quel secret détenaient les prêtres, pensa la Sith en se
remémorant les nombreuses journées que Zarek avait vainement passées à
étudier chacune des représentations.
Plusieurs autres grandes salles vides se succédèrent puis elles entrèrent dans
ce qui restait d’une immense bibliothèque. Bien évidemment, il n’y avait plus de
livres si toutefois c’étaient bien des livres qui étaient jadis entreposés là. Mais
d’innombrables rayonnages étaient creusés dans des murs de pierre qui
formaient un véritable labyrinthe à l’intérieur de cette partie du Temple.
— Essayons de ne pas nous perdre, proposa Sali en s’engageant dans l’une des
allées, je ne tiens pas à tourner en rond pendant des heures.
Sa crainte n’était pas fondée, les allées étant disposées de façon parfaitement
symétrique par rapport au centre de l’ensemble dans lequel devait sans doute se
trouver autrefois la salle de consultation.
— C’est drôle, remarqua la princesse, je m’attendais quand même à trouver
des restes de bureaux, de mobilier, en métal ou en bois.
— C’est parce que tu raisonnes en années et non en millénaires. Tu penses
bien qu’en autant de temps, tout ce qui pouvait être recyclé a été emporté au fil
des visites importunes… donc tout sauf les murs eux-mêmes, expliqua Iella.
De l’autre côté de la bibliothèque s’ouvraient trois couloirs et les jeunes filles
discutèrent un instant pour savoir lequel emprunter.
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La vallée des Mille Eaux
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15 - À propos d’Isil…
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L’eau de l’oubli
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À propos d’Isil
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L’eau de l’oubli
— J’en prends bonne note, amiral. Mais en fait, pour le moment, je voudrais
juste en savoir plus sur ce qui est arrivé à Isil.
— Oui, Maître Melvar m’a confié combien vous teniez à elle, intervint Shalo
Torve avec un visage neutre qui ne trahissait aucunement ses pensées
intérieures. Les sentiments sont quelque chose de complexe et je me garderai
bien d’émettre un jugement là-dessus, d’autant que vous connaissez déjà la
position de l’Ordre à ce sujet.
Hiivsha opina du chef sans répondre. Le Jedi reprit.
— J’espère que vous saurez discerner ce qui est bon pour elle, capitaine. Mais
vous lui avez déjà sauvé la vie, et nous vous sommes redevables de cela. Voici le
rapport sur cette affaire.
Il tendit au contrebandier une tablette tactile que ce dernier se mit à consulter
en silence, pendant qu’il échangeait avec l’amiral quelques regards sans dire
mot.
— Son équipe, qui tenait beaucoup à la retrouver, reprit Valin Narcassan au
bout d’un moment, a parcouru toutes les routes de la galaxie pouvant être
calculées depuis son point supposé de départ. Mais plusieurs jours de recherche
selon ce postulat n’ont rien donné. Sa balise est restée indétectable. Aussi,
devons-nous en conclure que, soit cette dernière est défaillante et il nous faut
espérer que le commandant Valdarra aura pu se poser sur une planète habitable
et trouvera bientôt le moyen d’entrer en contact avec la République, soit…
Il s’interrompit, laissant le Jedi continuer à sa place.
— Soit une erreur du calculateur a provoqué un accident qui lui aura coûté la
vie.
— Ou alors… elle est quelque part dans le vide spatial, émit Hiivsha en
frissonnant aux souvenirs de ce qu’il avait lui-même vécu quelques mois
auparavant.
Maître Torve secoua la tête.
— Dans ce cas, il y a longtemps qu’elle aura rejoint la Force.
Les mots tournaient dans la tête du contrebandier comme les rouages d’une
horloge d’un âge préhistorique et se collisionnaient pour l’empêcher de les
analyser. Il se revit dans l’espace, flottant dans le champ de débris du Valiant
après sa destruction par un croiseur impérial. Non, ce n’était pas ce qu’il voulait
qui soit arrivé à sa bien-aimée ! Ses poings se crispèrent sur les accoudoirs du
fauteuil qu’il occupait. Si Isil était morte, il le sentirait, il en était certain ! Aussi
certain qu’il l’avait entendue à travers toute la galaxie quand elle avait été en
détresse et qu’elle l’avait appelé à l’aide à travers la Force ! Si Isil avait rejoint
220
À propos d’Isil
cette dernière, elle serait entrée une dernière fois en contact avec lui par la
pensée, il en était convaincu !
— Elle n’est pas morte ! murmura-t-il les mâchoires serrées comme un étau.
Elle est quelque part et je vais la retrouver.
Valin Narcassan et Shalo Torve se regardèrent brièvement, échangeant une
muette appréciation de ce que venait d’exprimer leur hôte. Il était visible que ce
dernier ne pouvait accepter l’inéluctable et que son amour pour la jeune femme
l’empêchait d’admettre une réalité que les faits énonçaient impitoyablement.
— Voyons, Hiivsha, je comprends votre douleur, fit l’amiral d’une voix
singulièrement grave, mais si Isil avait survécu, elle aurait trouvé un moyen
d’entrer un contact avec nous… quel qu’en soit le biais.
— Peut-être a-t-elle été arraisonnée par des pirates ? Peut-être est-elle
retenue quelque part d’où il lui est impossible de communiquer ? Que sais-je ?
s’entêta Hiivsha qui passait en revue dans son cerveau les innombrables
alternatives qu’il voulait entrevoir à sa mort.
Maître Torve laissa son visage exprimer une grimace inhabituelle devant ce
qu’il détectait comme un profond désarroi.
— Capitaine, je comprends parfaitement que vous rejetiez une solution
définitive la concernant. Mais vous devez pourtant admettre que la probabilité
que la Padawan Kal’Andil nous ait quittés est très forte.
Hiivsha secoua négativement la tête d’un mouvement obstiné.
— Avec tout le respect que je vous dois, Maître Torve, compte tenu de la
clairvoyance que la Force devrait vous conférer, je ne suis pas d’accord. Sauf si
vous me dites vous-même que vous avez senti dans la Force le signe indéniable
qu’Isil est morte.
Shalo Torve ferma les yeux et inspira lentement avant de répondre.
— Je suis désolé, capitaine, mais franchement je n’ai rien senti de tel… ce qui
ne signifie rien, s’empressa-t-il d’ajouter.
Le contrebandier tendit la paume de ses mains vers les deux hommes.
— Isil a une présence incroyable dans la Force, c’est Maître Satele elle-même
qui me l’a dit, une présence comme elle n’en a jamais vue… ou presque… je ne
veux pas non plus prétendre qu’Isil est la plus grande Jedi de tous les temps,
non, ce serait inconvenant de ma part. Mais la Force est suffisamment puissante
en elle pour que le Grand Maître de l’Ordre lui-même ait cru bon de me dire un
truc pareil ! Alors, si la Force est si grande chez Isil, sa disparition n’aurait-elle
pas dû être ressentie par certains Jedi comme vous ?
Maître Torve ne trouva rien à répliquer immédiatement au contrebandier. La
Force était une chose tellement complexe que lui-même n’avait pas de réponse
221
L’eau de l’oubli
— Votre cabine est là, annonça la jeune femme en désignant une porte du
doigt. Veuillez poser votre main droite sur le scanner biométrique s’il vous plaît.
Hiivsha s’exécuta et le sous-officier entra un code d’enregistrement.
— Voilà, reprit-elle, vous êtes chez vous. L’empreinte de votre main vous
permet désormais d’entrer. Vous pouvez également configurer un ou plusieurs
222
À propos d’Isil
223
L’eau de l’oubli
laquelle il se trouvait. Certains auraient dit que justement, s’il l’aimait à ce point,
il fallait qu’il la libère de lui en la laissant pour de bon afin qu’elle puisse devenir
un Chevalier Jedi accompli, libre de toute contrainte affective ; qu’il représentait
pour elle un danger permanent en lui imposant ses sentiments qui pouvaient un
jour se retourner contre elle et la faire basculer, comme les Jedi aimaient tant à
le dire, du côté obscur de la Force !
— Non mais quelle connerie ! se dit-il in petto en se révoltant contre un
système qu’il ne comprenait pas et qu’il jugeait archaïque.
Oui l’amour était égoïste, et après ? Pouvait-on lui reprocher de l’aimer d’un
amour absolu et pur ? Était-ce égoïste de sa part d’accepter d’aimer sans
attendre de retour, même s’il en espérait un de toute son âme ; d’accepter
d’être loin d’elle pour ne pas l’encombrer de sa « dangereuse » présence ?
— Mais quel avenir as-tu avec une Jedi ? murmura une petite voix intérieure.
— Celui de ne pas mourir tout de suite sans elle ! rétorqua-t-il à voix haute
sans s’en rendre compte, étonné d’entendre sa propre voix résonner dans cet
espace clos.
— Mon vieil Hiivsha, si tu commences à te parler à haute voix, tu files du
mauvais coton, pensa-t-il aussitôt.
Il s’avança dans la pièce et s’assit sur le lit, tâtant de la main sa surface. Il
pouvait presque sentir la présence d’Isil étendue à cet endroit où elle avait passé
tant de nuits. Au flot de bonheur attisé par ses souvenirs succéda une onde de
regrets suivie d’une vague d’angoisse qui fit se serrer son cœur dans sa poitrine.
Se pouvait-il que l’amiral et Maître Torve aient réellement raison et que la jeune
fille ait vraiment quitté ce monde ? Assailli de doutes il se remit debout et fouilla
machinalement dans les tiroirs et l’armoire sans trop savoir ce qu’il cherchait.
Peut-être un souvenir ? Mais il ne trouva rien et s’allongea sur le lit en fermant
les yeux, espérant peut-être y trouver un écho salvateur venu du fin fond de la
galaxie.
— Vous cherchez quelque chose ? demanda sèchement une voix féminine
depuis l’entrée de la cabine restée ouverte.
— Quelque chose entre la paix de l’âme et une présence, répondit
tranquillement le contrebandier en soulevant une paupière.
Il discerna entre ses cils la peau bleutée et les longs lekkus d’une Twi’lek qui le
regardait d’un air farouche.
— Vous vous êtes trompé de cabine… si toutefois vous en avez une, reprit-elle
sèchement.
— Pourquoi n’en aurai-je pas une ?
224
À propos d’Isil
— Parce que vous ne faites pas partie de la CPM et que vous n’êtes pas en
uniforme. Je sais que le vaisseau est grand, mais à ma connaissance, il n’y a pas
d’autres civils à bord.
— Eh bien, vous vous trompez, répondit Hiivsha en faisant un effort pour se
redresser et se mettre assis au bord du lit. J’en ai une, mais j’admets volontiers
que ce n’est pas celle-ci.
— C’est ce que je vous ai dit.
— Celle-ci, c’est celle d’Isil.
La Twi’lek ne masqua pas son étonnement.
— Vous la connaissez ?
— Disons que c’est une amie très proche… une amie très… chère. J’essayais
juste de retrouver son aura…
Les yeux de la créature bleue s’agrandirent.
— Vous êtes Hiivsha !
Il fronça les sourcils en se relevant.
— Vous êtes douée en déduction.
— Quel autre ami très cher pourrait chercher sa présence dans sa cabine ? Elle
m’a souvent parlé de vous, capitaine Inolmo.
Il murmura nostalgiquement en soulevant un coin de ses lèvres.
— En bien j’espère.
Un sourire malin illumina le visage de la Twi’lek. Le premier depuis le début de
la conversation.
— Plutôt… pour un humain doublé d’un contrebandier.
Il eut comme un geste d’excuse de la main.
— Oh, vous savez… l’étiquette…
— Vous êtes venu la rechercher ? demanda à brûle pourpoint la Twi’lek dans
les yeux de laquelle une lumière d’espoir s’alluma.
— Je ne vais quand même pas la laisser disparaître sans qu’elle m’ait dit au-
revoir, répliqua Hiivsha d’une voix dans laquelle une certaine émotion
transparaissait pour qui savait écouter les nuances.
La créature s’avança et tendit sa main.
— Je suis le chevalier Jedi Nulee’Na.
— Enchanté, répondit le contrebandier en serrant la main tendue. Vous êtes
donc de la CPM ?
— Oui. J’étais une amie de la Padawan Isil.
— Je préfèrerais que vous disiez, je suis.
La Twi’lek baissa un instant les yeux avant de les relever vers son interlocuteur.
225
L’eau de l’oubli
— Vous avez raison. Isil est mon amie. On l’a cherchée durant des jours mais
sans succès. J’espère que vous aurez plus de chance que nous tous. Si vous avez
besoin d’aide, n’hésitez pas.
— Merci, fit Hiivsha en se dirigeant vers la sortie de la cabine. Vous étiez une
amie proche ? continua-t-il en se retournant.
— Oui, sans aucun doute, acquiesça la Twi’lek. Nous nous connaissons depuis
le Temple… cela fait pas mal d’années maintenant.
— Dans ce cas…
Il s’appuya sur le chambranle de l’ouverture avant de continuer.
— Vous n’avez rien ressenti ? Je veux dire… dans la Force, un bouleversement,
un vide, une vibration, une onde… je ne sais quoi… lorsqu’elle a disparu ?
Nulee’Na haussa les épaules.
— Non, pourquoi ?
— J’avais l’impression qu’un Jedi lié à un autre ressentait quelque chose s’il lui
arrivait malheur.
— Ça peut arriver en effet… entre un Maître et son apprenti ou lorsque la
présence du Jedi qui disparaît est très grande dans la Force… celle-ci peut réagir
et alors son flux d’énergie peut se communiquer à d’autres Jedi qui y sont
sensibles.
— Et personne n’a rien ressenti… marmonna Hiivsha plus pour lui-même que
pour son interlocutrice.
Il fit un petit geste avec son index.
— Vous savez quoi ? Je crois qu’Isil est vivante et que je vais la retrouver.
Sur ce, il lui tourna le dos et s’éloigna pour rentrer un peu plus loin dans sa
cabine laissant derrière lui la jeune Twi’lek en proie à sa perplexité.
Le lieutenant Liam vint le tirer de ses songes à l’heure exacte avec une
précision toute militaire. Le contrebandier s’était rasé, douché et habillé de
propre, puis s’était octroyé une demi-heure de repos qui n’avait pas suffi à
effacer ses cernes.
— L’amiral a eu peur que vous vous perdiez en route, plaisanta Bump avec un
large sourire qui devait être habituel chez lui.
— Il est vrai que ce mastodonte s’y prête assez quand on n’y est pas habitué.
C’est une véritable petite ville.
— Vous ne croyez pas si bien dire… et encore, là, vous ne le voyez pas sous son
meilleur jour. Je veux dire, avec son équipage au complet. Nous l’avons
amplement automatisé pour fonctionner avec un minimum de personnel, ce qui
explique bon nombre de dessertes et de coursives désertes.
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À propos d’Isil
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16 - Les gravures du Temple en ruine
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Les gravures du temple en ruines
La Sith s’avança vers eux d’un pas tranquille. Instinctivement, ils firent un pas
en arrière.
— Tire donc ! s’exclama Ray à l’adresse de son camarade tout en ouvrant le
feu.
La Sith décrivit un cercle rapide avec l’un de ses sabres et l’impulsion bleutée à
peine visible dans la lumière du jour, sembla rebondir sur elle pour aller percuter
le tireur qui tomba en arrière en laissant échapper un cri, cependant que sa
tenue absorbait une partie de l’énergie produite.
— Ah ! cria-t-il à l’adresse du second, tire, mais tire donc !
Son camarade obtempéra et pressa sur le bouton de l’arme. Plusieurs
décharges partirent mais la Sith les intercepta de la même façon que la première
et le soldat s’effondra sous l’intensité des impacts multiples. Les deux gardes de
la patrouille jaugèrent rapidement la situation et sans plus attendre ouvrirent le
feu. Diva déjoua leurs tirs d’un bond latéral qui l’entraîna à plusieurs mètres de
sa position initiale. Remettant un sabre laser dans ses vêtements, elle tendit la
main libérée vers les soldats pour les frapper d’une puissante vague de Force qui
les catapulta vingt mètres plus loin sur un gros rocher contre lequel ils
s’écrasèrent en se brisant la nuque. Se retournant vers le rouquin qui venait de
se relever, elle lui arracha d’un geste le fusil des mains, puis se mit à l’étrangler à
distance, pantin misérable secoué au bout de ses fils invisibles. Ses mains
crispées autour de son cou essayant de se libérer de l’insaisissable étreinte et ses
jambes gigotant comme celle d’un animal affolé pris dans un collet, il lutta
désespérément pendant plusieurs longues secondes avant de trépasser et de
retomber comme une masse lorsque l’emprise de la Sith sur son corps cessa.
Situés à deux cents mètres de là, les deux derniers hommes de garde auprès
des dragonnaux, avaient vite pressenti que quelque chose ne tournait pas rond
au campement lorsqu’ils avaient perçu le bruit des impulsions des fusils
énergétiques, et ils s’étaient immédiatement emparés de leurs jumelles pour
voir ce qui se passait. Après un instant de doute légitime, ils avaient compris.
C’est pour venir en aide à leurs camarades qu’ils arrivaient à toutes jambes,
arme au poing face à la Sith qui, sa besogne accomplie au campement, fondait
elle-aussi sur eux, sabres en main.
Lorsqu’elle ne fut plus qu’à une cinquantaine de mètres d’eux, les soldats
stoppèrent et ouvrirent le feu sans pour autant que la Sith ne ralentisse sa
course. Bien au contraire, elle fit appel à la Force et, tout en déviant chaque tir
susceptible de la toucher à l’aide de ses sabres laser, elle accéléra comme un
boulet de canon et passa en trombe entre les deux gardes pour ne s’arrêter que
vingt mètres plus loin après les avoir dépassés. Puis elle se retourna calmement
233
L’eau de l’oubli
en rangeant ses armes et observa un moment les deux corps tranchés en deux
au niveau du bassin, qui gisaient dans une mare de sang sur la rocaille du sol.
Ceux-là non plus ne danseraient plus avec de jolies filles ! Puis elle laissa
échapper un léger soupir en songeant au lieutenant Lyynx qui l’avait si
galamment invitée à danser la veille au soir. Dommage, elle l’avait trouvé si
mignon qu’elle aurait bien pris en d’autres circonstances, le temps de s’amuser
avec lui !
Sortant d’une de ses poches un petit communicateur qu’elle porta à sa
bouche, elle énonça.
— Serpent rouge de vipère noire.
Un petit grésillement plus tard, une voix rauque répondait.
— Vipère noire, ici serpent rouge, j’écoute.
— Terrain dégagé. Vous pouvez prendre vos positions.
— Bien reçu, vipère noire, nous arrivons dans cinq minutes.
— Reçu. Terminé.
Elle rangea l’appareil dans ses vêtements, et reprit en sens inverse le chemin
qu’elle avait emprunté cinq minutes plus tôt. Revenue au bord de la fissure du
toit du bâtiment où les jeunes filles s’étaient séparées, elle se laissa tomber avec
le silence d’un chat, s’accroupissant dans l’ombre des murs le temps de s’assurer
que ni Iella ni Sali n’étaient encore revenues. Puis elle se glissa de plusieurs
mètres dans le couloir du centre et attendit que ces dernières refassent surface.
234
Les gravures du temple en ruines
servir de chambres… plutôt des cellules vu leur taille exiguë. Rien de bien
palpitant. Mais notre duchesse a découvert des cryptes !
— Des cryptes ?
— Oui, reprit Diva, des souterrains qui mènent à des chambres mortuaires et à
une grande salle toute sphérique remplie de signes et de dessins gravés sur les
murs.
— Qu’est-ce qu’on attend alors, déclara Sali, allons-y, on te suit !
Le couloir débouchait rapidement sur un étroit escalier en colimaçon qui
plongeait dans les entrailles de la terre. Dans l’obscurité la plus opaque, il leur
eut été impossible d’y pénétrer sans les lampes électriques. L’air y était chaud et
lourd, oppressant.
— Ça manque d’aération, observa Iella, j’espère que vous n’êtes pas
claustrophobes.
L’escalier était suivi par un long tunnel rectiligne sur lequel s’ouvraient des
deux côtés, de courts passages donnant tous sur le même style de pièce : une
étroite salle rectangulaire au centre de laquelle trônait un sarcophage de pierre
dont la dalle de dessus était systématiquement enlevée et posée contre un mur.
L’intérieur était vide.
— J’ai comme l’impression qu’ils ont déménagé en emportant leurs morts,
remarqua Sali en se penchant au-dessus de l’un d’eux.
— Je les comprends, fit la Sith, ils n’ont pas voulu les laisser exposés aux
sévices du temps et des pilleurs de tombes.
— Brrr, c’est lugubre, laissa tomber Iella en se frottant les bras, j’en ai la chair
de poule.
— Tu crains quoi ? ricana Diva, puisqu’il n’y a plus personne.
— Oui, mais quand même, les tombeaux m’ont toujours donné cette
impression.
— Quelle impression ?
— Celle que la mort rôde.
— Mouais, rétorqua la Sith d’un ton moqueur, eh bien, au moins, si elle était
là, ça ferait quelqu’un à qui parler !
Elles reprirent leur marche dans le long couloir qui paraissait ne jamais devoir
finir puis elles débouchèrent dans une vaste salle complètement sphérique.
— Hallucinant ! s’exclama Sali, pourquoi cette salle est-elle ronde ?
Au centre de la pièce s’élevait un piédestal qui servait de socle à une grosse
boule de plusieurs mètres de diamètre recouverte d’une mosaïque de petits
carreaux colorés.
— C’est magnifique, articula la princesse au comble de l’étonnement, c’est…
235
L’eau de l’oubli
— Édéna ! déclara Iella, c’est notre planète et cette mosaïque est tout
simplement un chef-d’œuvre.
— Alors si cette salle est ronde, c’est qu’elle représente l’univers ?
— Sans doute, murmura Diva qui se rappelait que son Maître avait eu la même
réflexion quelques années auparavant, et Édéna est en son centre.
— Regardez les murs, fit la princesse avec une légère excitation dans la voix, ils
sont recouverts de dessins et de symboles colorés. Il faudrait un spécialiste pour
les déchiffrer.
— Bien souvent, il suffit de les laisser parler d’eux-mêmes, répondit la Sith
dont les explications de Zarek résonnaient encore dans sa tête. Voyez, ici, c’est le
début, la genèse…
— C’est un nuage ? interrogea Sali.
— Plutôt une immense nébuleuse aussi vaste que l’univers lui-même,
compléta Iella. Et ici, on dirait un vaisseau… il transporte quelque chose…
— Oui je vois, murmura la princesse, et ce quelque chose… là, regardez ce
trait… émet comme un rayon dans le nuage… et puis voyez, ça a créé une étoile
à l’endroit où le rayon s’est arrêté… et là encore, ça évolue, on dirait qu’il donne
naissance à une planète et son satellite… voyez ce symbole au centre de la
planète…
— C’est le même symbole qui est gravé sur le piédestal qui supporte cette
boule… c’est le symbole d’Édéna, continua Iella en montrant du doigt une
gravure. C’est la création d’Édéna ! Et puis, là… ça continue… on dirait que cette
chose…
— Un artéfact ? proposa innocemment Diva puisque Zarek avait employé le
même mot à cet endroit précis.
— Un artéfact, répéta Iella machinalement en dévorant des yeux les dessins
qui, effectivement, parlaient d’eux-mêmes. Il est placé au centre d’Édéna.
— Ici, fit Sali en effectuant deux pas sur la droite dans le sens où l’histoire
racontée par les dessins semblaient se dérouler, on dirait que du vaisseau sort
toute une foule d’individus… des créatures…
— … toutes différentes, compléta Iella, de toutes espèces…
— Et là, à présent, des rayons partent d’Édéna dans le nuage… continua de
nouveau Sali reprise aussitôt par son double.
— … et ces rayons semblent créer d’autres étoiles… et d’autres planètes…
regardez, là et là… et au fur et à mesure le nuage diminue…
— Passionnant, s’exclama Diva goguenarde, vous faites un duo de professeurs
remarquable.
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Les gravures du temple en ruines
237
L’eau de l’oubli
— Donc quelque part sur la planète se trouverait un… objet… une machine…
commenta Sali en hésitant, capable de créer des mondes à partir de la
nébuleuse ?
— La machine de la création, ricana la Sith, la toute puissance d’Édin ! Capable
de créer ou je suppose, de détruire.
— De détruire ?
— Ma foi, si le rayon est capable d’amalgamer les gaz de la nébuleuse pour
former une étoile, de quoi serait-il capable s’il était dirigé sur une planète déjà
existante ?
— C’est effrayant, intervint Iella. Vous pensez qu’une telle arme peut exister ?
— Qui sait ? répondit Diva.
Mon Maître le pense bien lui ! Une machine capable de se servir de la Force
Vive de l’univers pour créer des mondes ou les détruire !
— Et où serait cachée une telle monstruosité ? s’inquiéta Sali qui entrevoyait
déjà la puissance incommensurable d’une telle chose.
— Pourquoi pas au sein du Temple d’Édin ? avança la Sith. Cela expliquerait
pourquoi les prêtres ont déménagé de cet ancien Temple. Un jour ils ont
découvert l’artéfact de la création et ils ont décidé de le cacher aux yeux de tous
au sein d’un nouveau Temple dont l’accès est depuis jalousement gardé secret.
Au point qu’ils préfèrent mourir plutôt que d’en révéler l’accès, songea-t-elle.
Il y eut un silence, puis soudain, la Sith éclata d’un grand rire qui fit sursauter
ses deux compagnes.
— Qu’est-ce qui te prend, Dolmie ? demanda Sali d’un ton agacé.
— Vous n’allez tout de même pas gober une histoire pareille ? Il est évident
qu’un tel artéfact ne peut exister. Ce ne sont rien que des propos mystiques, de
la mythologie, de la religion, rien de plus !
Pourtant, mon Maître m’a parlé plusieurs fois d’artéfacts Sith dont la puissance
était inimaginable !
— Et pour la suite ? demanda Iella en désignant de la main les autres dessins
qui continuaient de courir sur les murs.
Diva, improvisée maître de conférence, se plongea un moment dans leur
analyse, l’air pensif et le menton dans le creux d’une main.
— C’est difficile à dire… ça semble raconter des phases de l’histoire de la
planète… guerres… catastrophes… l’éternelle rengaine, une guerre, un sauveur,
un règne de prospérité… regardez ici, une femme qui tombe du ciel… elle a de
longs cheveux dorés… ça pourrait être l’une d’entre vous, ajouta-t-elle dans un
rire moqueur.
— Une cité prise par des hommes à tête de serpent, continua Sali.
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Les gravures du temple en ruines
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L’eau de l’oubli
Son double hésita visiblement sur la réponse qui convenait de faire à cette
question.
— C'est-à-dire… en fait, tu n’as rien à craindre de moi… je ne compte pas te le
voler… il lui faut une princesse et moi je ne suis rien.
— Ne dit pas cela, s’insurgea Sali, d’abord tu es mon amie, ensuite tu es
quelqu’un de très bien et ton avis est très important pour moi… j’ai besoin de
savoir s’il y a quelque chose entre Calem et toi… et j’ai besoin d’entendre la
vérité.
De plus en plus embarrassée, Iella concentra son regard sur les pierres du
chemin et observa quelques secondes de silence. Ce fut alors que Sali remarqua
quelque chose qu’elle ressentait sourdement depuis plusieurs minutes.
— Tu sens ce silence ?
— Oui, il n’y a aucun bruit… pourtant le campement n’est plus très loin, voilà la
sortie des ruines.
— J’ai un drôle de pressentiment, avoua Sali en pressant le pas.
Les deux jeunes filles accélèrent leur marche et finirent le chemin au petit trot,
assaillies par une crainte indéfinissable. Lorsqu’elles contournèrent le dernier
muret qui leur masquait la vue sur le camp, elles s’arrêtèrent muettes d’horreur.
Au milieu de larges nappes de sang coagulé, gisaient les cadavres de leur
escorte, dont certains étaient affreusement découpés.
— Non ! cria la princesse en se ruant vers le corps du lieutenant Lyynx, suivie
d’Iella.
Affolées, elles s’agenouillèrent pour se pencher sur sa dépouille, espérant qu’il
était encore en vie.
— Que s’est-il passé ? demanda Iella.
— Il est mort, confirma Sali, le ventre perforé par quelque chose de brûlant…
ses chairs sont noircies et la plaie est comme cautérisée… qu’est-ce qui a pu faire
une chose pareille ?
Alors que les deux jeunes filles jetaient tout autour d’elles des regards effarés,
deux longues silhouettes surgirent du champ de ruines en se précipitant vers
leur position. Ils avaient l’allure d’un homme, mais leur tête ressemblait à celle
d’un lézard et leurs mains ne portaient que trois doigts écailleux et griffus. Ils
étaient vêtus d’une sorte d’armure noire, mélange de métal et de matière
synthétique et brandissaient une arme fine et longue comme une lance, dont le
bout entrouvert en quatre parties symétriques étincelait d’éclairs.
Comme ils arrivaient à quelques mètres d’elles, ils pointèrent leur arme vers
les jeunes filles encore à genoux pour tirer.
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Les gravures du temple en ruines
Sali avait rebroussé chemin et s’était précipitée dans le champ de ruines sur le
chemin qu’elle avait emprunté quelques minutes plus tôt, en appelant.
— Dolmie ! Dolmie, où es-tu ?
Un peu plus loin, elle aperçut une silhouette sortir de ce qui devait être un
mausolée et qui lui faisait de grands gestes de la main.
— Houhou, Sali, Iella, venez voir cette décoration !
La princesse arriva hors d’haleine sur elle et l’attrapa par le bras.
— Pas le temps, il faut déguerpir d’ici le plus vite possible.
— Qu’est-ce qui se passe ?
— Toute notre escorte a été massacrée…
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L’eau de l’oubli
Deux autres hommes-serpents étant venus en renfort de celui sur lequel elle
tirait, Iella se trouvait à présent dans l’expectative. Soit elle restait là à échanger
des tirs avec ses agresseurs et s’il y en avait encore d’autres disséminés dans les
ruines, elle risquait vite d’être débordée, soit elle tentait sa chance vers l’enclos
naturel dans lequel les dragonnaux attendaient paisiblement. La seconde
solution à cette alternative était la plus sage bien que la plus périlleuse. Si elle
voulait s’enfuir de ce traquenard avec ses amies, il lui fallait arriver à s’emparer
d’une monture.
Respirant à fond, elle lâcha une série de tirs bien ajustés qui eut pour effet de
faire rentrer la tête aux assaillants avant de se relever et de sprinter vers les
animaux en zigzagant pour éviter l’inévitable riposte. Elle n’était plus qu’à une
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Les gravures du temple en ruines
Diva se releva et poussa Sali du bout du pied afin de vérifier qu’elle avait bien
sombré dans l’inconscience, avant de faire un signe aux hommes-serpents qui
s’empressèrent d’accourir auprès d’elle.
— Bande de nuls, vous êtes vingt contre elle et vous êtes incapables de la
neutraliser ? Je me demande bien pourquoi je vous ai fait venir. Avez-vous eu
l’autre, sergent Krrol ?
— Je ne sais pas, répondit celui qui était le chef du groupe d’une voix
rocailleuse. Il amena son avant-bras gauche devant lui et l’un des doigts de son
autre main appuya sur le bouton d’une sorte de bracelet métallique.
— Arrakk krra lokktra mastrra, rugit-il presque.
La réponse ne fut pas plus intelligible puis il aboya encore quelque chose et
dévisagea la Sith avec une lueur de crainte dans ses yeux.
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17 - Tous les chemins sauf un.
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Tous les chemins sauf un
pas aussi grand qu’on pouvait l’imaginer. Alors, quelle aide allaient bien pouvoir
lui apporter les Jedi ?
Occupé à ruminer des idées plus ou moins sombres, il n’entendit pas les portes
qui menaient à la salle du Conseil s’entrouvrir pour laisser la place à une femme
brune d’une extrême beauté, qui s’avança silencieusement vers lui.
— Vos idées sont bien noires pour un lieu aussi lumineux, lui dit-elle à voix
basse lorsqu’elle fut tout proche. Ravie de vous revoir, capitaine Inolmo.
Le contrebandier sortit de sa rêverie et leva la tête vers le Grand Maître de
l’Ordre avant de se lever.
— Bonjour Maître Shan, vous me voyez navré de ternir votre Temple avec mes
pensées… il est vrai qu’en ce moment, elles ne sont pas des plus réjouissantes.
— Je sais… répondit Satele en le prenant par le bras pour l’emmener plus loin.
Je crois savoir pourquoi vous êtes ici.
Hiivsha leva les sourcils.
— Je n’en attendais pas moins de vous… en même temps, cette déduction ne
demande pas énormément de clairvoyance non plus.
— C’est exact, capitaine. Quand on connaît l’amour que vous portez à une
certaine Padawan et qu’on sait que celle-ci a été portée disparue par les
autorités militaires, il n’est pas difficile de penser que vous êtes venu chercher
ici, sinon des réponses, du moins une certaine forme d’aide.
— On ne peut rien vous cacher, Maître Jedi.
Ils avaient emprunté un couloir orné de tentures et Satele Shan le fit entrer
dans un salon de taille modeste, plus propice à une discussion privée.
— Dans quelle mesure pouvons-nous vous aider, capitaine ? demanda Satele
en s’asseyant dans un fauteuil de velours vert, imitée par son hôte qui écarta les
bras en geste d’impuissance.
— À vrai dire, je n’en sais rien moi-même, avoua le contrebandier. J’ai
parcouru la partie de la galaxie dans laquelle Isil a disparu pendant plusieurs
semaines sans aucun succès. J’espérais détecter l’émission de sa balise de
détresse dont son vaisseau est équipé, mais rien. J’ai interrogé des centaines de
responsables de spatioports, sans plus de réussite. Je ne sais plus à qui ni à quoi
me vouer et j’espérais qu’à travers la Force vous pourriez… enfin, essayer de…
— Vous pensez qu’en nous concentrant nous pourrions tenter d’entrer en
contact avec la Padawan si elle est toujours vivante ? Ou au moins de la localiser
dans l’espace ?
Hiivsha plissa la bouche dans un sourire gêné.
— En fait, je ne sais pas si… mais oui… quelque chose comme ça.
Satele Shan croisa les doigts et posa les mains sur ses genoux.
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L’eau de l’oubli
— Et qui vous dit que nous n’avons pas essayé lorsque nous avons appris sa
disparition ?
Le contrebandier laissa une expression de surprise glisser sur son visage.
— Je n’avais pas envisagé cette possibilité, en effet.
— J’ai essayé de trouver un indice dans la Force, entourée des meilleurs
voyants Jedi… mais hélas, nous n’avons rien trouvé, aucune connexion nous
emmenant vers elle. Soit elle nous a quittés, soit elle n’est plus en contact avec
la Force… et pourtant Isil avait une grande présence dans celle-ci…
— Alors tout est perdu ? laissa-t-il tomber avec un geste d’abattement.
Le Grand Maître ne répondit pas tout de suite. Mais elle reprit quelques
longues secondes plus tard.
— Comment le Defiance et vous-même avez-vous organisé vos recherches ?
Selon quels critères ?
Hiivsha fit un rapport détaillé à ce sujet au terme duquel Satele Shan se
plongea dans un état de méditation avancé qu’il n’osa pas interrompre. Pour
passer le temps, il détailla les lieux du regard. Ce n’était pas précisément la
décoration qu’il envisageait pour chez lui, si un jour il en avait un de « chez lui ».
Il voyait plutôt quelque chose de plus rustique, du bois sans doute, peu de métal
et pas de couleur dorée qu’il avait toujours trouvée trop prétentieuse. Soudain,
le Grand Maître sembla reprendre vie.
— Mon Maître disait que si on éliminait le possible, il restait l’impossible mais
qu’il y avait toujours des possibilités.
Hiivsha pensa que l’amiral lui avait dit la veille quelque chose du même acabit.
— Et donc ? fit-il d’un ton dubitatif.
— Vous devriez aller voir le Maître Go Xilopartha, un grand spécialiste de la
géophysique, de la galaxie et de tout ce qui touche à l’hyperespace. Il réétudiera
avec vous ces fameuses possibilités… peut-être que quelque chose vous aura
échappé… à vous et à l’ordinateur du Defiance ?
— Et où puis-je trouver ce savant ?
— Maître Go se tient habituellement dans l’aile nord des archives, au milieu de
ses holocartes et des représentations en trois dimensions de tous les recoins de
la galaxie.
Hiivsha se leva en cachant de son mieux une expectative mitigée.
— Merci Maître Shan, je m’en vais de ce pas trouver Maître Go.
— Que la Force soit avec vous, capitaine.
— Et avec vous, Grand Maître, répondit poliment le contrebandier avant de
prendre congé.
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engins spatiaux que vous aimez tant à piloter. D’aucuns prétendent que grâce à
la Force, il parvient à communiquer avec eux.
— Avec eux ? Vous voulez dire, avec les vaisseaux ?
— Plutôt avec leur calculateur, oui…
Maître Go haussa les épaules avec un sourire malin et conclut.
— Ce ne sont que des galéjades destinées à mystifier les visiteurs trop crédules
et colportées par des apprentis facétieux, sans aucun doute. Mais vous aider… il
devrait pouvoir, oui.
— Je ne sais comment vous remercier, Maître Go, fit Hiivsha en s’inclinant
poliment devant le vieil homme.
— Retrouvez la Padawan, Inolmo… pas plus… pas moins.
Après s’être assuré que les coordonnées du saut hyperspatial menant jusqu’à
la nébuleuse était enregistrées sur son datapad, Hiivsha se retira alors même
que Maître Go s’était replongé dans les commandes de son pupitre comme un
chef d’orchestre dans sa partition.
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Tous les chemins sauf un
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L’eau de l’oubli
Le contrebandier regarda celle qu’il tenait dans la main et qu’il n’avait pas
encore entamée.
— Merci… je n’ai pas tout à fait fini la mienne.
— Pas de problème, marmonna Jal en se saisissant d’une autre canette qu’il
décapsula dans la foulée.
— À dire vrai, j’ai besoin d’avoir votre avis éclairé sur la possibilité de traverser
une nébuleuse avec Choupy, mon vaisseau.
Pallus qui était en train d’avaler sa bière se mit à tousser violemment et en
recracha une partie sur le sol bétonné du hangar.
— Sérieusement ? parvint-il à articuler d’une voix éraillée.
— Oui, totalement.
Le Jedi montra du pouce l’YT-1100 qu’on apercevait plus loin dans un autre
hangar.
— Vous avez sérieusement appelé votre vaisseau Choupy ?
Il se mit à rire et à tousser en même temps en tapant de la main sur l’un de ses
genoux. Hiivsha prit un air vexé.
— Choupy quatrième du nom… le premier cargo de ce modèle que j’ai piloté
s’appelait déjà comme ça… pourquoi auriez-vous voulu que je change de nom ?
Je m’y suis habitué et à présent, je ne me vois pas lui en donner un autre !
Là-dessus, il vida sa bière d’un trait sous l’œil étincelant du Jedi qui riait
toujours.
— Choupy… elle est bien bonne !
Ce dernier s’essuya les yeux avec un bout de sa manche le temps de se calmer.
— Bon, après tout, vous avez le droit de lui donner le nom que vous
souhaitez… alors pourquoi pas Choupy !
Avec un immense sourire il tendit une nouvelle bière à son visiteur le temps
pour lui d’en prendre une troisième.
— Donc, vous voulez traverser une nébuleuse avec… Choupy.
Cette fois-ci il maîtrisa le rire qui ne demandait qu’à sortir en se mordillant les
lèvres.
— Quelle nébuleuse ? demanda-t-il en redevenant plus sérieux.
— Une nébuleuse codifiée HX107.
Le Jedi eut une moue de dépit.
— Connais pas.
— Elle est située en dehors de la galaxie et nous ne savons rien d’elle sinon
qu’elle est immense. Je veux aller en son sein voir s’il elle masque un système
stellaire et même une ou plusieurs planètes.
— Pourquoi ?
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Tous les chemins sauf un
— Pour savoir si dans pareil cas, le vaisseau d’Isil ne s’y serait pas égaré.
Pour le coup Maître Pallus redevint totalement sérieux.
— Il lui est arrivé quelque chose ?
— Elle a été portée disparue à la suite d’un saut hyperspatial qui a mal tourné.
La seule route que nous n’avons pas explorée c’est celle qui mène dans cette
nébuleuse. Aussi, je ne dois rien négliger… même si les chances de la trouver là-
bas sont quasiment nulles.
— Et je ne vous demanderai pas pourquoi vous tenez tant à la retrouver… ce
sont pas mes affaires.
Le Jedi se gratta le cou d’un air pensif en émettant un léger sifflement.
— Pfiou… une nébuleuse… en théorie pourquoi pas… mais c’est bourré de
champs électromagnétiques qui vont bousiller vos circuits électroniques.
— Et si je les isole ?
— C’est un boulot considérable.
— D’accord. Supposons que j’éteigne toute l’électronique de bord sauf les
circuits essentiels que j’aurais au préalable isolés.
— Hum… moui… pourquoi pas… mais même bien isolés, vous risquez de les
griller en traversant, et alors, adieu le billet retour ! Vous avez drôlement intérêt
à la retrouver là-bas sur un petit paradis où vous pourrez vivre le reste de votre
vie en élevant vos nombreux enfants !
Il se mit à rire imité par le contrebandier à qui cette idée plaisait fortement.
— Ne me tentez pas, Maître Pallus.
— De grâce, appelez-moi Jal plutôt que de me donner pompeusement du
« Maître par-ci », « Maître par-là ». Laissez cela à ceux du Conseil qui se jettent
du « Maître » à la figure à longueur de journée. Évidemment, vous pouvez
toujours doubler les circuits essentiels de… Choupy — il ne put s’empêcher de
sourire largement en le disant — pour espérer revenir ou même emporter des
pièces de rechange en priant pour que le circuit qui cramera ne soit pas celui
auquel vous n’aurez pas pensé. Si vous voulez, je peux vous aider à le préparer
votre vaisseau !
Ce fut au tour du contrebandier d’arborer un immense sourire.
— Je n’en demandais pas tant, Jal, et j’accepte avec grand plaisir.
— Mettons-nous au travail sans tarder alors, il va nous falloir plusieurs jours de
boulot avant que vous soyez prêt pour votre sauvetage suicide !
Le Jedi donna à son visiteur une grande bourrade sur l’épaule qui lui fit
renverser le reste de sa bière, avant de crier vers les droïdes.
— Laissez tomber tout ça et suivez-moi ! On a un vaisseau à mettre en ordre
de bataille de toute urgence !
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18 - Le puits sans fin
Kro’Moo était bien trop rapide pour n’importe quel autre dragonnal, aussi eut-
il été impossible de le rattraper même si cette idée avait effleuré les hommes-
serpents. Au bout d’une dizaine de minutes, il se cacha intelligemment au fond
d’un canyon en posant délicatement la jeune fille sur un lit de verdure. Puis il alla
jusqu’à un torrent tout proche pour prendre de l’eau dans sa gueule et revint
pour la laisser s’écouler sur le visage de la jeune fille inconsciente. Le liquide frais
rappela Iella à la vie et elle ouvrit péniblement les yeux en se tenant le front.
— Aïe, ma tête, se plaignit-elle en regardant tout autour d’elle pour essayer de
bien comprendre sa situation.
Le dragonnal remuait la queue et dodelinait de la tête en poussant de petits
cris rauques.
— Calme-toi Kro’Moo… je sais… ils ont dû enlever ta maîtresse.
L’animal gémit tristement comme s’il avait saisi la portée de ses paroles.
— Mais ne t’inquiète pas, reprit-elle aussitôt en lui caressant le bout du
museau, je suis certaine qu’ils nous voulaient vivantes. Ils ne lui sera fait aucun
mal.
Avec une évidente impatience, le saurien se coucha sur le ventre pour inviter
Iella à monter sur lui, visiblement désireux de reprendre la route.
— Oui, tu as raison, il faut aller chercher du secours, prévenir Calem de ce qui
vient de se passer.
Elle s’installa sur lui, s’harnacha solidement, se couvrit chaudement avec le
vêtement spécial qui se trouvait sous chaque siège et mit son masque pour
respirer.
— Allez Kro’Moo, aussi haut et aussi vite que tu peux ! Rentrons à Édinu !
Une demi-douzaine d’enjambées plus tard, les puissantes ailes les arrachaient
du sol et l’animal montait en flèche dans le ciel bleu au maximum de l’altitude
qu’il pouvait atteindre et qui lui permettrait de donner toute la vitesse dont il
était capable.
*
* *
Ficelée comme un saucisson et solidement attachée sur le ventre en travers du
siège du milieu, étroitement surveillée par l’homme-serpent qui se tenait
derrière elle, Sali eut un voyage pour le moins douloureux et inconfortable qui
dura jusqu’à la tombée du jour. Dans les couleurs flamboyantes que jetait l’étoile
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Le puits sans fin
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L’eau de l’oubli
compte que ses pieds ne touchaient plus le sol. Sali se débattit un instant en
remuant les jambes dans le vide puis lentement, elle se sentit revenir sur le
marbre froid de la pièce et l’étreinte se desserra pour disparaître petit à petit.
L’homme ouvrit son poing et laissa son bras retomber le long de son corps. Sali
toussa plusieurs fois, le temps de reprendre son souffle, le cœur battant. Quel
est donc le pouvoir de cet homme qui peut tuer d’un geste si simple ? pensa-t-
elle. Elle se sentit perdue et vulnérable dans cette forteresse, si loin de tout ce
qui lui était cher.
— Ce n’est qu’un petit échantillon de mon pouvoir, reprit calmement le Sith
avec un léger sourire tout en abaissant sa capuche sur ses épaules, dégageant
ainsi l’intégralité de sa tête. Veuillez donc ne pas abuser de ma patience et tout
ira bien pour vous.
— Qu’est-ce donc ? De la magie ?
L’homme ricana.
— Allons, nous ne sommes pas dans un conte pour enfant. Il s’agit ici de la
Force, celle qui a créé l’univers et qui l’habite. Elle est partout autour de nous et
les êtres qui y sont sensibles peuvent la plier à leur volonté. Cela peut leur
octroyer des pouvoirs incommensurables. Songez donc… une vague de force
invisible qui dévaste tout sur son passage ; une poussée qui propulse dans les
airs son ennemi…
Comme quand les hommes-serpents nous ont attaquées Iella et moi, pensa
aussitôt la jeune fille qui revoyait les deux créatures s’envoler pour s’écraser sur
les rochers.
— Et une personne… sensible… comme vous dites à cette Force, comment
doit-elle faire pour apprendre à s’en servir ? s’enquit-elle d’une petite voix
intéressée.
Zarek prit l’air satisfait de quelqu’un qui parle à un auditoire éminemment
attentif à ses propos.
— Le mieux évidemment, c’est d’avoir un enseignant, un Maître qui
enseignera au disciple la voie de la Force, comment intérioriser ses sentiments,
les canaliser dans la Force pour pouvoir l’employer. C’est une maîtrise très
difficile à acquérir même s’il est des exemples de personnes ayant appris seuls à
s’en servir… des autodidactes si j’ose dire.
— Mais en pratique, ça se passe comment ?
— On se concentre et on essaye de sentir la Force vivante autour de soi pour
ne plus faire qu’un avec Elle… il faut ressentir son énergie et la canaliser selon ce
qu’on veut qu’elle fasse. Quand on est puissant dans la Force, on repousse les
limites de l’impossible, on peut voir l’avenir, lire dans les pensées, influencer les
264
Le puits sans fin
esprits faibles, bouger des objets immenses… j’ai envie de dire qu’il n’y a pas de
limites à ce qu’on peut faire accomplir à la Force !
Il s’était enflammé tout seul au fil de sa tirade comme un professeur passionné
qui répond à des élèves curieux de tout savoir. Mais il s’arrêta, et le silence
retomba autour d’eux quelques instants.
— Que voulez-vous de moi ? s’enquit la jeune fille d’une voix qui ne tremblait
pas.
— De vous ? Rien ! Laissa tomber l’homme avec un rictus sarcastique en
s’éloignant pour se rapprocher du repas, qu’une étrange créature bleue était en
train de servir dans leur dos sur une grande table.
— Je ne comprends pas alors… pourquoi m’avoir fait enlever ? interrogea la
princesse en le suivant mais de l’autre côté de la table.
L’homme ricana sans répondre en s’asseyant, avant d’attraper une coupe
dorée pour se servir du vin d’une carafe visiblement en or. Tranquillement, il en
but une gorgée qu’il prit soin d’apprécier en le roulant dans sa bouche, avant de
reposer délicatement le récipient.
— Le royaume d’Édinu vous a toujours laissé en paix depuis que vous habitez
cette…
Sali montra les hauts murs des yeux.
— … forteresse inhospitalière. Pourquoi briser maintenant le statu quo au
risque d’inciter le roi à venir avec son armée pour raser ces murailles ?
Zarek se mit à rire en s’essuyant élégamment la commissure des lèvres à l’aide
d’une serviette brodée.
— Mais ma petite, le roi voudrait le faire qu’il ne le pourrait pas…
Il s’enfonça dans son fauteuil et croisa négligemment les jambes sur lesquelles
il posa ses mains.
— Enfin, je devrais plutôt dire, qu’il ne le pourrait plus, continua-t-il. Il aurait
fallu qu’il me déloge de ce caillou il y a plusieurs années… avant que mon armée
ne devienne aussi puissante que la sienne. Sans compter que les forces de cette
dernière sont éparpillées sur tout le territoire du royaume alors que la mienne
est tangible et cohérente, prête à répondre à mes ordres. Aujourd’hui, cette
forteresse est inexpugnable et toutes les forces du royaume ne suffiraient pas à
la prendre d’assaut. Il se pourrait même qu’un jour ce soit moi qui abatte les
murs de votre chère capitale.
— C’est donc la guerre que vous désirez ? demanda Sali sceptique.
— Hum… pour l’instant, non, princesse. Je cherche quelque chose de différent
auquel je me suis mis à tenir de plus en plus au fur et à mesure que le temps
passait.
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Le puits sans fin
— trois cent cinquante… quatre ans… tous les écoliers connaissent ses
poésies… « L’Astre du jour », « Le chemin rouge », « La fleur fanée »…
Sali secoua négativement la tête.
— Je suis désolée…
— C’est impensable, une femme de votre rang qui ne connaît pas le grand
Lama Arti’N … même moi qui ne suis pas d’Édéna, j’ai appris son existence en
étudiant votre histoire littéraire. Vous me voyez surpris.
Sali s’étonna.
— Pas d’Édéna ? Que voulez-vous dire ?
— Ah, c’est vrai, s’exclama Zarek, vous ne connaissez rien de ma petite
histoire. Bah, après tout, il faudra bien que vous l’appreniez tôt ou tard… Je ne
suis pas né sur Édéna.
— Mais alors, vous venez d’où ?
Il montra le haut avec son index.
— De la proche galaxie.
— Vous voulez dire qu’il y a autre chose au-delà de la grande nébuleuse ?
— Bien entendu… l’univers, ses galaxies innombrables, avec des milliards de
milliards de systèmes stellaires, de planètes, d’astéroïdes, de nébuleuses, etc.…
des corps astraux en tous genres. Et pas très loin d’ici, si je puis me permettre ce
raccourci, ma galaxie de naissance.
— Mais comment êtes-vous arrivé ici ?
— Avec un vaisseau pardi… qui n’a pas apprécié son passage à travers votre
nébuleuse. Il s’est écrasé il y a dix ans… et depuis, je suis prisonnier de cette
fichue planète sans espoir d’en repartir. Si seulement, vous n’aviez pas
abandonné l’ère technologique que vous avez connue il y a des milliers
d’années… peut-être aurais-je pu le réparer. Mais non, vous avez, si j’en crois
mes lectures, régressé à tout va… quelle stupidité !
Sali ne trouva rien à répondre et resta un moment la bouche entrouverte.
— Alors, je me suis dit qu’il faudrait que je me trouve un petit travail dans le
coin… genre, prendre possession de la planète, asseoir mon pouvoir dessus…
dans ma galaxie, on connaît les gens de mon espèce sous le nom de « Sith ».
— Sith ? répéta Sali, ça signifie quoi ?
— Ce terme désigne une caste de puissants guerriers qui savent utiliser la
Force vivante de l’univers pour en tirer des pouvoirs extraordinaires.
— Et il y a beaucoup de ces personnes qui savent utiliser cette… Force ?
— Trop… si vous voulez mon avis. Évidemment, à l’échelle de la galaxie, ce trop
se traduit en un tout petit groupe d’êtres de différentes espèces. Il y a aussi une
secte d’empêcheurs de tourner en rond qu’on appelle des chevaliers Jedi.
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Le puits sans fin
— Bien entendu…
— Vous avez étudié les gravures et les dessins qui en ornent les murs ?
Sali fit oui de la tête en se taisant.
— Rien ne vous a frappé dans ce que vous avez vu ?
Sa prisonnière réfléchissait intensément en se demandant où l’homme voulait
en venir. Puis, subitement, elle crut avoir compris et exprima son idée à voix
haute.
— Le rayon ? L’artéfact ? C’est ça que vous voulez ?
Le silence qui suivit, jumelé au large sourire de satisfaction que Zarek afficha
sur son visage, fut assez éloquent pour qu’elle considère avoir eu sa réponse. Elle
reprit dans un souffle.
— Mais voyons, ce ne sont que des dessins, de la mythologie… le symbole
d’une création remontant à des temps antiques… ça n’a jamais existé !
Le Sith prit le temps de boire une coupe de vin et d’avaler quelques bouchées
d’une viande que Sroot venait de lui servir avant de se décider à reprendre la
conversation.
— Si vous saviez tout ce que j’ai pu découvrir comme puissance dans certains
artéfacts oubliés… dans certains holocrons… vous seriez surprise ma petite. Si ce
que dit cette légende a un fond de vérité, il y aurait quelque part sur cette
planète un engin extragalactique dont la puissance ferait frémir l’Empereur Sith
lui-même ! Une machine qui utiliserait la Force et les composants d’une
nébuleuse pour créer des étoiles et des planètes… ou, pourquoi pas, pour les
détruire ! Imaginez le résultat si on projetait de la matière créatrice d’une étoile
directement sur une planète habitée.
La princesse pensa que, curieusement, la duchesse de Tamburu avait eu la
même réflexion devant les gravures du Temple.
— C’est horrible, gémit Sali en posant une main sur ses lèvres, ce serait un
génocide.
— Non pas, mais un renouveau. La vie à la place de la vie. Une nouvelle vie
dont je serais le Maître incontesté. Si un tel pouvoir existe, l’Empire Sith, la
République Galactique et même Mandalore devront plier le genou devant moi.
Paradoxalement, il n’y avait aucune exaltation dans sa voix alors qu’il énonçait
ce qui pour lui était simplement une éventualité. C’était comme un scientifique
expliquant un phénomène plausible et ses conséquences logiques. Sali ne décela
ni haine, ni colère, ni excitation dans son discours au ton plus que mesuré,
presque badin, et elle se fit la remarque qu’il n’en était que plus effrayant.
— Voyez-vous, ma petite, je suis persuadé qu’un tel artéfact ne peut être
dissimulé que dans le Temple d’Édin, et je ne parle pas des ruines que nous
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Le puits sans fin
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L’eau de l’oubli
les lieux. Les yeux de Sali errèrent un instant tout autour d’elle. Ce qui frappait
tout d’abord, outre la rotondité de l’immense pièce, c’était le gouffre rond qui
en occupait le centre. Il devait bien faire une trentaine de mètres de diamètre.
Une masse noire qu’on devinait profonde et peut-être, pour un esprit imaginatif,
sans fin. C’était comme un œil gigantesque qui regardait vers le haut. Au centre
de ce gouffre, il y avait une colonne de pierre qui s’arrêtait à la même hauteur
que le trou béant. Elle avait une largeur qui ne devait pas excéder cinq mètres et
aucune rambarde ne la protégeait du vide. Tout autour de la salle s’ouvraient ce
qui était visiblement des cellules fermées par des grilles, en renfoncement par
rapport au gouffre de deux ou trois mètres, ce qui laissait une sorte de chemin
de ronde qui permettait de faire le tour du trou tout en donnant accès aux
cellules. Il n’y avait personne à l’intérieur.
— Ce chef-d’œuvre architectural, continua Zarek, est, comme vous pouvez le
constater, une prison de forme plutôt originale. Je vous laisse imaginer combien
de prisonniers récalcitrants ont pu être précipités dans la noirceur de ce gouffre,
dont les profondeurs se perdent dans les soubassements de la montagne contre
laquelle est érigée la forteresse. Quelle profondeur a-t-il ? Je n’en sais rien moi-
même. On n’entend pas le bruit d’une pierre jetée dedans… c’est tout dire. Vous
avez remarqué la plateforme circulaire formée par la section de la colonne qui
en occupe le centre. Il s’agit tout bonnement d’une cellule sans barreaux où l’on
pouvait sans doute entasser une poignée de prisonniers…
Il se tourna vers la princesse d’Austra pour achever sa phrase.
— Ou une seule.
Sali ne put maîtriser un geste involontaire de recul qui l’amena contre le
sergent Krrol.
— Non, fit-elle en secouant la tête, vous n’allez pas…
Sans répondre, Zarek s’approcha d’un autre levier qui saillait d’entre deux
pierres à droite de la porte blindée par laquelle ils étaient entrés. Aussitôt, un
bruit de métal qui frotte et grince se fit entendre presque sous leurs pieds et une
passerelle métallique sortit de la bordure du gouffre, en saccadant, pour
s’avancer vers la colonne centrale. Quelques secondes plus tard, elle reliait
l’endroit où ils se tenaient avec cette dernière.
— Non, répéta Sali visiblement terrifiée.
Le sergent Krrol la poussa dans le dos d’un geste qui enlevait toute ambiguïté à
la situation et qui traduisait les intentions du Sith qui ne put s’empêcher de dire
d’un ton sarcastique.
— Si vous avez le vertige, essayez de bien rester au centre.
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Le puits sans fin
Sali sentait ses jambes se dérober sous elle en tremblant, mais la main de fer
de l’homme-serpent la poussait inexorablement vers le bord du gouffre. De là où
elle se trouvait, la passerelle paraissait si étroite qu’elle pensa ne jamais pouvoir
la traverser sans tomber. Sa résistance fut vaine et sous la poigne impérieuse du
soldat, ses pieds finirent par se poser sur le métal qui oscilla légèrement sous son
poids.
— Pitié, lança-t-elle en tournant son visage ravagé par la peur vers le Sith.
Zarek lui adressa un petit geste d’encouragement avec la main.
— Allez-y, vous ne risquez rien. Ça paraît fragile comme ça, mais en fait c’est
suffisamment solide. Ça ne s’écroulera pas. Restez bien au centre et ne regardez
pas en bas… surtout ne regardez pas en bas.
Sali inspira profondément pour puiser en son for intérieur les forces suffisantes
pour faire front. Ne cède pas à la peur, se dit-elle en avança une jambe. La peur
occulte l’esprit et empêche de raisonner. Laisse tes sentiments de côté et va de
l’avant. Pour le reste, on verra plus tard.
Lentement, en fixant ses yeux au centre de la plateforme à atteindre, elle
avança presque comme un automate, le cœur et la respiration à l’arrêt, pour
traverser le vide noir qui semblait vouloir l’aspirer. Ce n’est que lorsqu’elle fut
parvenue de l’autre côté qu’elle sentit de nouveau son cœur battre dans sa
poitrine et elle exhala longuement en s’asseyant, les jambes flageolantes, au
centre de sa prison sans barreaux.
Aussitôt, accompagnée de son bruit métallique, la passerelle se rétracta pour
disparaître dans la pierre de l’autre côté du précipice, rappelée par le sergent
Krrol qui venait d’abaisser le levier.
— Vous vous sentirez ici comme chez vous, lança Zarek d’une voix puissante
pour être sûr qu’elle entende bien ses paroles. Mais cet endroit recèle d’autres
surprises. Voulez-vous que je vous montre ?
Si les yeux pouvaient tuer, il serait sans doute tombé raide mort, foudroyé par
le regard que lui lança sa prisonnière. Mais aussi durs que furent ses yeux, il
continua d’un ton léger.
— Voyez-vous ces quatre boules suspendues autour de l’endroit où vous vous
tenez, très chère ? Elles ont une fonction très particulière. Je vais vous montrer.
— Ce n’est pas la peine, répondit Sali, je vous crois sur parole.
— Oh, mais vous semblez ne pas avoir perdu votre sens de l’humour… ou est-
ce de la morgue que je sens dans votre voix ? Je sais que vous êtes une personne
curieuse… même si vous ne connaissez pas Lama Arti’N, railla-t-il avec un sourire
moqueur. Une personne de votre rang, de votre classe, se doit de connaître les
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L’eau de l’oubli
choses, aussi ne voudrais-je pas vous laisser sans vous offrir la lumière de la
connaissance.
— Par pitié, grinça Sali, vous êtes désespérant. Finissons-en avec ce petit jeu et
épargnez-moi vos sarcasmes. Plus vite vous en aurez fini, plus vite je serai
débarrassée de votre pitoyable présence.
Le Sith émit un petit rire.
— Pitoyable ? Ce n’est pas très gentil tout ça… Bon, je suis sûr que ça va vous
plaire.
Il s’était rapproché d’un autre levier qui cette fois, se trouvait à gauche de la
porte d’entrée.
— Êtes-vous prête, ma jolie ? lança-t-il avant d’abaisser légèrement ce dernier.
Aussitôt, des éclairs jaillirent des quatre sphères en direction de la plateforme
sur laquelle se tenait Sali. Elles ondulèrent dans l’air, se tortillèrent en
progressant jusqu’à la jeune fille sur laquelle elles se rejoignirent. Un hurlement
de douleur retentit dans la prison comme la prisonnière était traversée par les
champs électriques. Elle sentit ses muscles se tétaniser douloureusement et une
onde la ravager de l’intérieur. Son corps fut pris de convulsions incontrôlables et
il lui sembla que ses yeux allaient être éjectés de leur orbite. Puis soudain tout se
calma et elle se retrouva étendue à terre, les bras en croix.
Zarek avait relevé le levier et était revenu vers le bord du précipice.
— Ce n’était là qu’une petite décharge de démonstration. On peut aller
beaucoup plus loin… mais tout le monde ne le supporte pas. Nos ancêtres
étaient imaginatifs, n’est-ce pas ?
Il se tut quelques secondes comme on attend une réponse de politesse dans
une conversation courtoise. Mais rien ne vint, hormis le regard haineux que lui
adressa sa victime après s’être rassise de nouveau.
— Bon, reprit-il, fin de la conversation je présume ? Je reviendrai vous voir
sous peu… il ne faudrait pas que votre fiancé… ou presque fiancé, ne puisse jouir
du spectacle. J’imagine qu’il se montrera plus loquace que vous lorsque je lui
aurai fait ma petite démonstration avec sa promise comme vedette du spectacle.
Sans rien ajouter de plus, il quitta les lieux suivi des deux sauriens bipèdes et la
lourde porte se referma dans un écho sinistre.
Complètement choquée, Sali se recroquevilla sur elle, passant ses bras autour
de ses genoux fléchis contre sa poitrine et demeura là, prostrée et perdue au
centre de cette étrange prison, en frissonnant à cause du courant d’air frais qui
remontait du puits sans fin.
*
* *
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Le puits sans fin
Les trois breeay mantas se posèrent lourdement sur l’endroit le plus dégagé du
plateau, alors que le crépuscule pointait à l’horizon. Un groupe de personnes
descendit de la première pendant que de la seconde jaillissaient une vingtaine
de commandos de la Garde royale lourdement armés qui sécurisèrent
immédiatement le site. La troisième, configurée en centre de soins mobile, était
vide et attendait de recevoir les corps des soldats tués le matin même à défaut
de survivants à soigner.
L’alerte avait été donnée à peine Kro’Moo posé dans les jardins du palais. Un
garde qui l’avait aperçu avait aussitôt été prévenir le monarque que quelque
chose d’anormal se passait : le dragonnal de la princesse Sali revenait sans
escorte. Iella avait alors sauté de l’animal et couru à la rencontre d’un petit
groupe qui arrivait vers elle. S’écroulant dans les bras du roi, elle put faire un
bref récit de ce qu’elle avait cru comprendre : comment le campement avait été
attaqué par des hommes-serpents qui, après avoir massacré leur escorte, lui
avaient tiré dessus alors qu’elle courait vers les dragonnaux, et comment
Kro’Moo lui avait vraisemblablement sauvé la vie ou du moins épargné d’être
elle-même enlevée.
Jarval n’avait pas perdu de temps. Il avait aussitôt fait préparer trois breeay
mantas dont une sanitaire, et une escorte armée pour partir le plus rapidement
possible sur les lieux du drame, pendant que Iella recevait quelques soins légers
pour panser les plaies qu’elle s’était faites en tombant. Alors que l’expédition de
secours allait s’envoler pour l’aéroport de la ville où attendaient les mantas, un
autre dragonnal en approche fut cause d’un nouveau remue-ménage. Cette fois,
c’était la duchesse de Tamburu qui arrivait, le visage ensanglanté par du sang
coagulé. Elle était visiblement mal en point. Elle raconta comment elle avait été
frappée par ses agresseurs et laissée inanimée, et comment lorsqu’elle avait
repris ses esprits, il n’y avait plus personne sur les lieux. On l’emmena à l’hôpital
du palais pour la soigner, et l’expédition partit rejoindre les breeay mantas,
avant de prendre l’air à bord des immenses créatures volantes qui firent le trajet
en haute altitude bien plus rapidement que des dragonnaux.
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L’eau de l’oubli
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Le puits sans fin
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19 - Invitation à déjeuner
Jal Pallus s’essuya le front avec un chiffon sale qui dessina une barre noirâtre
au-dessus de ses sourcils.
— Pff, je crois qu’on devrait être bons. Voilà qui permettrait de traverser une
nébuleuse ordinaire comme celles que nous connaissons. Maintenant, si celle
que vous visez est plus turbulente, vous n’éviterez pas les problèmes, mais vous
pourrez peut-être en revenir.
Hiivsha l’observa refermer le dernier compartiment technique d’un air
préoccupé.
— C’est gentil à vous de me rassurer. Votre « peut-être » me réconforte tout
particulièrement.
Maître Pallus se hissa à la force des bras pour s’extirper du conduit dans lequel
il ne tenait que courbé en deux.
— Il vaut mieux savoir à quoi s’attendre pour ne pas être déçu, fit-il en
replaçant une grille sur le sol de la coursive. Ne jamais sous-estimer les difficultés
qui nous attendent. Comme ça, quand elles se présentent, on est prêt à les
affronter.
— Vous êtes un puits de sagesse pour un homme qui a travaillé avec les Forces
Spéciales, railla le contrebandier.
Le Jedi s’arrêta dans le couloir du vaisseau et se retourna.
— Qui vous a dit ça ?
— Vos tatouages parlent d’eux-mêmes… et de façon éloquente pour celui qui
connaît les symboles que ces cocos aiment à se dessiner sur leurs biceps… et
autres endroits musclés.
Jal ricana.
— Touché, capitaine. On voit que vous avez aussi bourlingué avant de devenir
un honnête commerçant.
Les deux derniers mots avaient été prononcés avec une pointe d’ironie plutôt
saillante.
— On a tous un passé qui n’appartient qu’à nous, ajouta-t-il en reprenant son
chemin vers la rampe de sortie de l’YT-1100.
— Tout à fait d’accord, admit Hiivsha, je ne voulais pas être indiscret.
D’ailleurs, cela ne me choque pas. Les FS sont de sacrés combattants même si
leurs méthodes diffèrent parfois grandement du standard militaire que j’ai eu
l’occasion de pratiquer en tant que pilote.
278
Invitation à déjeuner
— Guerre propre, guerre sale… tout un débat en perspective, persifla Jal. Vous
devez penser qu’un Jedi ne se salit jamais les mains même lorsqu’il fait la
guerre ?
— Ce n’est pas le cas ?
— En théorie et si on en croit les rhétoriciens de l’Ordre, c’est effectivement le
cas. N’importe quel maître qui enseigne expliquera à son disciple qu’il ne doit
tuer qu’en dernier recours et qu’il ne doit pas faire inutilement souffrir sous
peine de se perdre et de s’obscurcir l’âme et l’esprit.
— Vous voulez parler du côté obscur ?
— Je veux parler de la perversion qui menace chacun de nous si nous adoptons
de telles méthodes. Celui qui torture finira, ou par perdre l’esprit, ou par aimer
ça. Il se perdra dans les deux cas. Celui qui tue à tort et à travers sans respect
pour l’adversaire, finit inéluctablement par ne plus accorder de prix à la vie
humaine et perd la notion du bien. C’est ça le côté obscur. Si on en croit nos
amis Sith, cet état d’esprit, libéré du carcan de la morale, du bridage de la
retenue que l’humanité aime à cultiver, décuple la puissance de la Force
lorsqu’on l’utilise…
Il tapota plusieurs fois sa tempe avec son index avant de finir sa phrase.
— … parce qu’il n’y a plus de barrière à l’esprit.
— Expliqué comme ça, je comprends mieux pourquoi les Jedi évitent de s’en
approcher.
— Il faut une force de caractère peu commune pour y mettre le pied et s’en
sortir indemne… ou à peu près. C’est comme une drogue. Goûtez-y de trop, et
vous finirez par ne plus pouvoir vous en passer sauf à accepter un sevrage des
plus douloureux. En outre la drogue détruit le corps lentement mais sûrement
pour qui en abuse. Il en va ainsi du côté obscur. Les Sith les plus puissants en
portent tous les stigmates.
Hiivsha se prit à penser que maître Pallus devait en savoir quelque chose pour
en parler ainsi avec tant de passion dans la voix. Sans doute son passage chez les
Forces Spéciales y était-il pour quelque chose ? Mais le Jedi ne semblait pas
disposé à en parler plus avant et après tout, ce n’était pas ses affaires. À présent
qu’ils avaient fini d’armer Choupy contre la nébuleuse, il lui fallait ne plus penser
qu’à une chose : retrouver Isil.
— Allez, je vous paye un dernier verre à la cantina avant que vous nous
quittiez, invita le Jedi en prenant Hiivsha par l’épaule.
— Un « dernier » verre ? Vous avez décidément l’art de remonter le moral aux
gens, plaisanta ce dernier.
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L’eau de l’oubli
— Et vous celui de tout prendre de travers, rétorqua Jal en riant. Une bière ou
deux vous feront le plus grand bien… et ne vous feront pas basculer pour autant
du côté obscur de la Force !
Il poussa vivement la porte de la cantina du spatioport, espace clos et enfumé
qui ressemblait à n’importe quelle cantina de spatioport, à la grande surprise du
contrebandier qui présumait, sans savoir pourquoi, qu’un tel lieu sur la planète-
refuge des Jedi ne pouvait pas être semblable à tout autre.
Jal commanda deux demis corelliens en passant devant le comptoir, avant
même de se diriger vers le fond de la salle où les attendait une table déserte. Il
n’y avait pas grand monde, l’essentiel de la clientèle étant vraisemblablement
composé de mécanos ainsi que de livreurs ou de pilotes en transit qui
reprenaient leur souffle avant de repartir.
Un instant plus tard un droïde-serveur arrivait sur son unique roulette portant
un plateau avec deux grands verres remplis d’un liquide ambré, surmonté d’une
épaisse mousse frissonnante.
— À votre réussite, Hiivsha, énonça sentencieusement Pallus en levant son
verre devant lui avant de le cogner contre celui du contrebandier. Puissiez-vous
retrouver la Padawan Isil saine et sauve… que la Force vous aide et vous
accompagne !
Il avala une grande gorgée avant d’essuyer d’un revers de main la mousse qui
décorait ses lèvres.
— J’espère que votre toast me portera chance, souligna Hiivsha en l’imitant. Je
m’en voudrais le restant de ma vie si je ne la retrouvais pas.
Jal secoua la tête.
— Vous êtes trop sentimental, capitaine, il vous faudra pourtant bien accepter
l’inéluctable.
— Qui est ?
— Que tôt ou tard, vous perdez tout être cher… soit que la vie vous reprenne
avant lui, soit l’inverse… soit que vos chemins se séparent de votre vivant… mais
tout a une fin. Le bonheur est éphémère et grand tort a l’inconscient qui s’y
accroche car il ne vit plus. Il vit dans la crainte permanente de la perte de ce
bonheur qu’il a si chèrement conquis à ses yeux… et du coup, il ne vit plus…
enfin, il ne vit pas vraiment.
Ce fut au tour d’Hiivsha de désapprouver d’un geste de la tête.
— Je ne dis pas que vous avez entièrement tort, Jal, mais je ne dis pas non plus
que vous avez raison. Les sentiments font partie intégrante de la vie. Sans ces
sentiments, vous ne vivez pas non plus vraiment, selon mon point de vue
évidemment… Sans eux, vous n’êtes qu’une machine qui traverse la vie
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Invitation à déjeuner
froidement, en obéissant aux ordres pour se vouer à une quête sans fin, celle
d’une paix durable et au final inaccessible, mais sans rien construire pour vous-
même. Sans les sentiments, personne ne peut se targuer d’être complètement
humain.
— Est-ce ainsi que vous voyez les Jedi ? Des êtres déshumanisés, froids et
insensibles ?
— Je ne sais pas… sans doute pas totalement. Mais je persiste à penser que
l’entraînement du Jedi devrait plutôt consister à assumer pleinement ses
sentiments, à les vivre sans les refouler, tout en assumant courageusement leurs
conséquences. À faire avec, pour résumer, plutôt que de faire sans.
— Et vous pensez que finalement, le Jedi a peur de ses sentiments ?
— Quelque part, oui, il en a peur, à tel point qu’on lui enseigne à les oublier, à
les effacer, à les bannir de son esprit. Il les craint comme s’il avait peur de ne pas
savoir les contrôler ni faire la part des choses s’il tombait sous leur emprise.
Maître Pallus vida le restant de son verre en silence avant de répondre.
— Peut-être que vous avez raison… d’un certain point de vue naturellement.
L’Ordre recherche un idéal dans lequel l’individualisme n’a pas forcément sa
place. C’est le principe de tous les Ordres constitués… en religion également.
L’inverse d’une société plurielle comme celle dans laquelle nous vivions et où
tout commence d’abord autour de soi avant de continuer autour des autres.
Jal Pallus sourit énigmatiquement et d’un doigt levé, commanda une autre
tournée.
— Mais vous prêchez évidemment pour votre paroisse… vous n’êtes pas
complètement désintéressé à ce que l’Ordre mette plus de… souplesse aux
relations que ses membres ont avec les autres.
Il appuya sa remarque d’un léger clin d’œil qui en disait long. Hiivsha sourit en
plongeant son regard au fond de son verre vide.
— Je suis fait comme un rat, je l’avoue… comment lutter contre la perspicacité
d’un Jedi ?
— Je n’ai pas de conseil à vous donner à ce sujet, Hiivsha… et je suppose en
plus que certains n’ont pas manqué de vous en donner, qui ne vous ont pas
satisfait le moins du monde… à commencer peut-être par Satele Shan ?
— Entre autre… et maître Melvar notamment, il y a quelques mois.
Jal pinça ses lèvres sans qu’on sache vraiment le fond de sa pensée à ce
moment précis de la conversation.
— À vous de voir, conclut-il en se redressant contre le dossier de sa chaise,
tout en attrapant lestement l’un des verres du plateau du droïde serveur qui
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L’eau de l’oubli
était revenu avec la seconde commande. Enfin… quand je dis à vous, je veux
dire… à vous deux.
— J’avais compris, marmonna le contrebandier en portant son deuxième verre
à la bouche… s’il y a encore quelque chose à voir.
— Allons, ne faites pas grise mine avant d’avoir tout essayé.
— Non, vous avez raison, il faut que je garde espoir.
Hiivsha but sa bière d’un seul trait sous le regard admiratif de Pallus.
— Vous auriez fait un fameux commando ! s’exclama ce dernier.
— Et vous un fameux contrebandier… Vous ne pensiez tout de même pas que
les contrebandiers ne savaient pas boire ? Comment parviendraient-ils à rouler
leurs clients dans ce cas ? rétorqua Hiivsha en se levant tout en jetant quelques
crédits républicains sur la table. C’est ma tournée, ajouta-t-il alors que Jal
protestait d’un geste, pour vous remercier de m’avoir aidé à bricoler Choupy…
vous me paierez la suivante lorsque je reviendrai avec Isil !
Le Jedi se leva aussi et donna une tape familière sur l’épaule du contrebandier.
— Vous me plaisez, capitaine, et votre vaisseau aussi…
Comme ils sortaient de la cantina, il ajouta.
— J’ai noté que vous l’aviez largement amélioré… efficacement d’après ce que
j’ai pu en juger.
— Vous l’avez dit, il est plus rapide, plus manœuvrable, mieux armé et mieux
protégé que la plupart des vaisseaux de sa catégorie… et de beaucoup d’autres !
— Vous vous débrouillez bien en astromécanique ! Je vous souhaite bonne
chance.
Ils étaient parvenus au pied de la rampe de l’YT-1100. Hiivsha se retourna et
serra la main tendue du Jedi avec une certaine émotion.
— Merci encore, Jal. Je reviendrai avec elle.
— J’en suis certain, répondit Pallus. Que la Force soit avec vous deux !
Le contrebandier hocha la tête avant de se retourner et d’entrer dans son
vaisseau dont le sas se referma. Cinq minutes plus tard le Jedi regardait le
Choupy IV s’élever dans le ciel de Tython et se perdre dans l’immensité du ciel.
*
* *
Chacun avait passé une mauvaise nuit, empreinte de tourments différents
selon chacun, mais qui avaient tous un point commun : Sali. Calem se tournait et
se retournait dans son lit, essayant d’imaginer où elle pouvait se trouver et
pourquoi on l’avait enlevée ; Jarval se faisait du souci de la savoir seule dans un
endroit qu’il imaginait sinistre et froid - et en cela il ne se trompait pas - et Iella
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— Oh, Sire, votre conversation est si plaisante que je resterais des heures à
bavarder avec vous… mais soit… droit au but si c’est ce que vous voulez. J’ai
besoin d’un guide touristique.
Le roi regarda ses ministres et Jarval qui marquèrent autant d’étonnement que
lui.
— Je ne vous suis pas… évitez de parler en énigmes !
— J’ai besoin de vous, Sire. Il faut que vous veniez me voir à la forteresse… seul
de préférence… je dis cela parce que si je puis garantir votre sécurité, je ne peux
rien promettre pour ceux qui vous entoureraient.
Il fallut plusieurs secondes au monarque pour se remettre de la surprise due à
l’énorme incongruité de la demande.
— Impossible, s’indigna Jarval, le roi ne peut aller se mettre volontairement
entre les griffes d’un bandit !
— Voulez-vous vous identifier ? demanda Zarek avec une pointe d’agacement
dans le ton.
Comme Jarval paraissait ne pas vouloir répondre, ce fut Calem qui reprit la
parole.
— C’était le capitaine Jarval Hor’Gardi, le chef de la Garde royale.
— Ah bon… votre chien de garde en quelque sorte… mais non, si tout le
monde se mêle de notre petite conversation privée, on ne va pas s’en sortir, Sire.
Essayez donc de museler vos troupes, je vous prie ! protesta le Sith d’une voix
faussement offensée.
— Vous parliez d’un guide ? En quoi, puis-je vous servir de guide ? demanda
Calem.
— Voilà la bonne question, s’écria Zarek. Pourquoi vous ? Tout bonnement,
parce que vous êtes le seul à pouvoir me conduire jusqu’au Temple d’Édin !
Une nouvelle exclamation parcourut le petit groupe. Le Temple d’Édin ? Voilà
qui était inattendu et inquiétant ! Dans quel but cet homme voulait-il se rendre
dans l’endroit le plus sacré de la planète ?
— Pourquoi commettrais-je pareille folie ? reprit le roi.
— Parce que sinon, voilà ce que je réserve à votre si jolie princesse en guise de
traitement quotidien. Je vais vous montrer.
Lentement, le champ de projection s’élargit pendant que la silhouette du Sith
rétrécissait, comme si la caméra à l’origine de l’image prenait de la hauteur.
L’instant d’après, on put distinguer les lieux dans lesquels il se trouvait. La prison
circulaire, le gouffre, la colonne sur laquelle se trouvait une autre silhouette à
genoux.
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L’eau de l’oubli
— Monsieur est connaisseur sans doute ? ironisa le Sith. Sachez que vous ne
m’atteindrez avec aucune parole. Inutile donc de gaspiller votre salive. Tout ce
que je demande c’est que vous veniez me rendre visite.
Orn Mitra prit la parole.
— Quel gage avons-nous qu’il ne sera pas fait de mal au roi s’il accède à votre
requête ?
— Aucun, bien entendu. Mais sachez tout de même qu’il n’y a rien de
personnel contre votre souverain dans ma démarche. Je dois me rendre au
Temple d’Édin, voilà tout. Mettez donc ça sur le compte d’une envie pieuse et
soudaine… imaginez que j’effectue mon pèlerinage obligatoire, quelque chose
comme ça.
Il laissa entendre une série de petits rires. Les uns et les autres se regardèrent.
— Vous ne pouvez pas y aller, décida le Twi’lek après avoir coupé le son. Vous
êtes le roi ! Vous ne pouvez vous remettre entre les mains de ce scélérat !
— Qu’en pensez-vous général ? demanda le monarque au chef des armées.
— Oh moi, Sire, si on m’avait écouté avant, j’aurais rasé depuis longtemps
cette forteresse et la menace potentielle qu’elle représentait. À présent, nous
avons les mains liées. Il est évident que si nous utilisons la force, il mettra votre
fiancée à mort. Je me demande s’il ne vaudrait pas mieux composer avec lui
plutôt que de s’en faire un ennemi… comme vous le savez, nos forces armées
sont disséminées dans le royaume et…
Un geste impératif de son suzerain le fit s’arrêter net. Le général lui lança alors
un regard peu amène. De son côté, la grimace que fit Calem ne cacha rien de son
appréciation plus que modérée, quant à la remontrance à peine voilée que le
général venait de lui adresser. Ses yeux se portèrent ensuite sur son ami Jarval
mais ils n’échangèrent aucun mot, juste un long regard plein de signification, au
terme duquel le roi hocha imperceptiblement la tête. Puis il se retourna vers la
silhouette bleutée qui patientait en bordure du sinistre décor et remit le son.
— Puis-je avoir un délai de réflexion ? Il faut que je prenne des mesures
gouvernementales si je viens vous voir… ce n’est pas que je manque de
confiance en vous ‒ quoique pensa-t-il ‒ mais en tant que roi d’Édéna, je ne fais
pas ce que je veux n’importe comment.
Pour toute réponse, le Sith abaissa de nouveau le levier et les terribles cris de
Sali emplirent de nouveaux les lieux.
— Assez ! Cria Calem, assez ! Je vais venir ! Demain midi je serai là… mais
arrêtez de la torturer ! Laissez-moi au moins le temps d’arriver !
Les éclairs cessèrent et les gémissements étouffés succédèrent aux cris.
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Invitation à déjeuner
— Demain midi ? répéta Zarek qui parut réfléchir un instant. Soit, je vais me
montrer bon prince… je consens à reporter jusque-là le début de mes séances
d’énergie-thérapie. Je vous attends pour le déjeuner. Je vais mettre pour vous
les petits plats dans les grands… ce n’est pas tous les jours que je reçois une
Altesse Royale ! Mais inutile de vous expliquer ce qui attend votre douce
princesse si vous êtes en retard ! Je n’aime pas les invités qui se font attendre…
c’est impoli et ça laisse refroidir les plats !
— Inutile… je serai à l’heure, grinça Calem entre ses dents.
— Bien, puisque tout est arrangé, on se dit à demain. Bonne soirée et bonne
nuit, Sire ! Dark Zarek, terminé !
La transmission cessa aussitôt. Un lourd silence succéda à cette étrange
conversation, rompu au bout d’un long moment par le ministre Orn Mitra.
— Vous n’êtes pas sérieux, Sire ? Vous n’avez pas le droit d’y aller !
— Et que voulez-vous que je fasse ? s’emporta le jeune homme, que je laisse
indûment torturer ma fiancée jusqu’à la mort ?
— Non, évidemment, murmura le Twi’lek en regardant ses souliers. Mais
l’intérêt supérieur du royaume doit passer avant toute chose… hélas, et…
Il n’eut pas le temps d’achever sa pensée.
— Sortez maintenant, laissez-moi seul ! ordonna le roi aussitôt obéi par les
trois hommes. Jarval, reste, s’il te plaît !
Le capitaine interrompit ses pas pendant que le général et le ministre
quittaient le bureau en murmurant entre eux à voix basse.
— Qu’allons-nous faire ? demanda le capitaine de la Garde. Tu ne peux y aller,
ni laisser Sali à la merci de cet ignoble individu !
Calem secoua la tête.
— Suis-moi !
— Où ça ?
— Tu verras.
Avec étonnement, Jarval emboîta le pas de son royal ami. Alors qu’ils sortaient
à leur tour du bureau, ils se heurtèrent à Iella qui venait aux nouvelles,
l’inquiétude toujours peinte sur ses joues pâles.
— Calem ? Alors ? Tu as des nouvelles ?
À les regarder tous les deux, embarrassés comme deux écoliers cachant
quelque chose, elle comprit que oui et lui saisit le poignet.
— S’il y a quelque chose, il faut me le dire, je t’en supplie.
Il la prit par le bras et l’entraîna avec lui.
— Viens avec nous.
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20 - Intervention nocturne
Les couloirs défilaient rapidement sous les pas du roi, flanqué de ses deux amis
qui le suivaient sans parvenir à savoir où il se rendait. Iella reconnut pourtant au
bout d’un moment le chemin qu’elle avait suivi quelques jours auparavant,
lorsqu’on l’avait emmenée pour tenter de repérer sur des cartes le repaire des
bandits Kiathes.
D’un geste décidé, Calem poussa la porte de l’immense bibliothèque
souterraine du Palais et d’un geste, interpela un vieil homme bedonnant dont les
lunettes étaient accrochées à un front dégarni.
— Oui, Sire ? Que puis-je faire pour vous ?
— Monsieur Hedelbran, vous qui êtes la mémoire vivante d’Édéna, sauriez-
vous si nous avons les plans détaillés de la forteresse du Désert de Sang ?
Levant des yeux ronds vers Calem, l’archiviste descendit ses lunettes sur le nez
et se prit le menton des deux mains pour réfléchir.
— La forteresse… hum… elle a dû être bâtie lors des grandes guerres
écologiques et délaissée il y a environ cinq cents ans… hum… oui… le maître
d’œuvre a bien dû déposer ses plans quelque part… et ils devraient se trouver
ici… suivez-moi, Sire.
Le petit homme s’engagea dans les rayonnages, tourna dans une galerie sous
voûte, traversa une autre salle puis emprunta un nouveau couloir qui déboucha
dans une énième pièce, entre les hautes étagères de laquelle il slaloma.
— Voyons, plutôt à la section architecture… ou constructions militaires…
— N’avez-vous pas une base de données ? suggéra Calem.
Le vieil homme se retourna vers lui d’un air offensé et le contempla par-dessus
ses lunettes.
— Cela prendrait beaucoup plus de temps d’interroger l’ordinateur, Sire ! Non,
voyez… c’est sûrement par ici…
Il parcourut des yeux les rayonnages, puis subitement, courut jusqu’à un petit
appareil à roulettes muni d’un plateau, qu’il poussa jusqu’à eux. Il monta sur la
plateforme et appuya sur un bouton pour qu’elle s’élève jusqu’à ce qu’il atteigne
le rayon visé, dans lequel il attrapa une boite translucide perdue au milieu de ses
sœurs.
— Voilà, annonça-t-il fièrement. En deux temps, trois mouvements !
Il fit redescendre son support et tendit son trophée au monarque.
290
Intervention nocturne
— Venez avec moi, Sire, il y a une cabine de consultation pas loin d’ici.
La petite salle noire était libre et le vieil homme introduisit la datacarte
contenue dans la boite à l’intérieur de la fente d’un appareil de projection.
— C’est… confidentiel, précisa Calem d’un air embarrassé, je vous remercie
infiniment, monsieur Hedelbran.
Le vieillard s’inclina.
— Je comprends… à votre service, Votre Majesté. Lorsque vous aurez fini votre
consultation, laissez tout en place, je passerai pour ranger derrière vous.
Puis il s’éclipsa laissant Calem, Iella et Jarval devant l’holoprojection qui ne
tarda pas à s’élever devant eux au centre de la pièce. Des schémas se
succédèrent longuement sous les impulsions que donnait Calem sur les
interrupteurs du pupitre de commande, jusqu’à ce qu’une représentation en
trois dimensions de la forteresse apparaisse devant leurs yeux.
— La partie la plus ancienne de la forteresse a été réhabilitée par ce Sith et
peut-être des changements ont-ils pu avoir lieu. Mais, la prison où est enfermée
Sali est bien singulière et doit dater des origines de la construction. On devrait
facilement la retrouver.
— Ici, fit Jarval en montrant du doigt le donjon à l’est de la citadelle. On peut
zoomer sur cette partie ?
La forteresse formait une sorte de rectangle encastré dans la falaise sur trois
de ses côtés. Le quatrième bordait un précipice et était constitué d’un haut et
solide mur d’enceinte orienté au sud, percé en son centre par deux énormes
portes de métal blindé en face desquelles un large pont de roche enjambait le
canyon. Quand on regardait l’entrée de l’édifice depuis ce pont, le donjon se
trouvait à l’extrême droite, au bord du gouffre, adossé lui aussi à la falaise. On ne
pouvait en faire le tour. Il était attenant sur son flanc ouest au reste de la
forteresse et bordé par la montagne sur son arrière ainsi que son côté droit. Un
étroit sentier cheminait le long de la muraille en bordure du ravin, depuis
l’entrée de la forteresse jusqu’à une petite porte de service située au pied du
donjon, devant laquelle le chemin mourait. On ne pouvait aller plus loin. Cette
porte était protégée par un pont levis surplombant une ravine qui se jetait dans
le canyon.
— Le donjon abrite les cuisines, commenta le roi en consultant les plans. Cette
entrée doit servir au ravitaillement et aux livraisons. C’est le point faible de
l’ensemble.
— Faible… faible… marmonna Jarval. Avec un sentier aussi étroit, aucune
troupe digne de ce nom ne peut tenter de s’y attaquer, ce serait du suicide.
— Exact. À part cette porte, comment peut-on entrer dans la tour ?
291
L’eau de l’oubli
Il leur avait fallu faire vite pour monter l’opération « Sali ». C'était Calem qui
l'avait annoncée à peine avaient-ils regagné les appartements de la princesse
d’Austra.
— Un petit groupe de personnes décidées, a plus de chance de réussir qu’une
armée tout entière dont l’intervention n’aboutirait qu’à la mise à mort de Sali,
avait-il déclaré. Par ailleurs, je suis persuadé qu’il y a une taupe de ce Sith au
palais.
— Tu crois qu’il a un espion ici ? s’exclama Iella.
— Réfléchissez un instant, s’exclama Calem. Comment ce Seigneur Sith a-t-il su
que vous vous trouveriez aux ruines précisément hier ? Ce voyage n’était pas
prévu, c’est Sali qui l’a décidé subitement le soir du bal, il y a trois jours à peine
292
Intervention nocturne
et tous les préparatifs ont été effectués en grande discrétion. Quelqu’un l’a donc
prévenu, j’en mettrais ma main à couper.
— Tu as probablement raison, approuva le capitaine, mais laisse-moi
constituer un commando pour mener à bien cette opération. Tu ne peux y aller,
tu es le roi.
— Écoute-moi bien, Jarval, si nous montons une opération dans les règles de
l’art, rien de nous dit que ce Zarek ne le saura pas avant même que le
commando ait quitté les lieux. Et puis, si cela échoue, je devrai être devant la
forteresse demain midi… autant que je m’y rende à l’avance. Ce chevalier Sith ne
peut s’attendre à ce que nous nous y rendions dès cette nuit. Il a l’air bien trop
sûr de lui et pense m’avoir maté. De toute façon, comme tu l’as dit, je suis le roi,
et c’est moi qui décide.
— Comme tu voudras, Calem, mais…
L’entrée dans la pièce de Gil l’interrompit. Le garçon se précipita vers eux.
— Dites-moi que vous avez des nouvelles ! s’exclama-t-il des larmes dans les
yeux.
Iella lui ouvrit ses bras et le prit un instant contre elle pendant que le roi
brossait un bref résumé de la situation.
— Nous allons avoir besoin de toi, fit Iella sous le regard étonné des deux
hommes. Il faut que tu nous aides à délivrer Sali.
Gil leva vers elle un regard d’abord surpris, puis une lueur farouche s’empara
de lui.
— Je suis prêt à tout pour Sali, annonça-t-il d’un accent ferme, même mourir
pour la sauver, s’empressa-t-il d’ajouter avec une touchante sincérité.
Ce disant il s’était redressé de toute sa hauteur en bombant le torse, les poings
serrés, comme s’il voulait prouver qu’il était de taille à affronter les pires
dangers.
Calem jeta un regard interrogateur à la jeune fille, qui la sommait de
s’expliquer, ce qu’elle fit sans plus attendre.
— Gil est contorsionniste, il passera là où nul adulte ne le pourrait.
— Tu veux faire entrer Gil dans le conduit ?
— Oui, Calem.
— Mais si la porte est gardée de l’intérieur, comme se débarrassera-t-il des
gardes ?
— Oh ça, s’écria Gil soudain tout excité, j’ai ce qu’il faut !
Il sortit de la pièce en courant laissant les trois adultes médusés et perplexes.
Jarval demanda.
293
L’eau de l’oubli
294
Intervention nocturne
Il introduisit dans la sarbacane une petite aiguille dont la queue était terminée
en forme de cône et montra du doigt le nœud d’un cordon de rideaux. Puis, dans
un mouvement rapide, il porta le tube à sa bouche et souffla. Le dard alla se
ficher sans bruit au milieu de la cible désignée.
— Joli, commenta Calem sobrement. Jarval, trouve également un petit flacon
de poison… Madame Flober t’en trouvera certainement au laboratoire… dis-lui
qu’il faut un produit qui agisse instantanément en paralysant la victime pour
qu’elle ne puisse crier ni bouger.
— Entendu… et très beau tir, Gil, répondit Jarval, tu es un manieur de
sarbacane redoutable.
Il lui frotta affectueusement les cheveux avant d’ajouter.
— Faut-il autre chose ?
— Oui, un arc court pourrait nous être utile, intervint Iella d’une voix affermie.
C’est précis et silencieux.
Calem approuva de la tête à l’intention du capitaine.
— Nous partirons à la tombée de la nuit, précisa-t-il. Les hommes nous
attendront à l’orée du bois aux esprits avec les dragonnaux. Nous les y
rejoindrons par les souterrains, histoire de ne pas nous faire repérer. Je donnerai
des ordres pour ne pas être dérangé jusqu’à demain.
Le bois en question était situé au nord-est de la colline de la cité royale et était
un endroit désert, qui donnait sur une petite plaine tranquille faisant encore
partie du domaine réservé au roi.
— C’est entendu, répondit Jarval avant de partir pour organiser l’expédition au
plus vite.
*
* *
Les montagnes s’approchaient d’eux à grande vitesse, hautes et menaçantes
formes fantomatiques qui semblaient se dissoudre dans l’ombre du sol. Les
animaux volaient bas pour échapper à d’éventuels moyens de détection. La lune
d’Édéna était à présent complètement masquée par les lourds nuages noirs qui
roulaient dans le ciel opaque et un vent tiède chargé de sable s’était levé du sud.
— C’est parfait, songea Calem en activant un écran encastré dans le devant de
son siège, et censé lui donner l’imagerie du sol calculée par un petit radar situé
sous la gorge de Kro’Moo. Plus il fera sombre, moins nous aurons de chances de
nous faire repérer.
Les dragonnaux avaient plongé à présent dans les ténèbres de la faille du long
canyon qui menait au précipice de la forteresse, et se dirigeaient adroitement
295
L’eau de l’oubli
entre les formations rocheuses qui saillaient, aidés par leur faculté à voir dans
l’obscurité. Le silence de leur vol laissait toute sa place au décor sinistre qui les
enveloppait et dans lequel sifflaient les rafales d’air chaud empoussiéré. Gil était
impressionné et serrait les dents en priant pour que l’animal n’aille pas s’écraser
sur l’une des nombreuses aiguilles de roches qui s’élevaient du sol. Iella pensait
douloureusement à Sali en se reprochant de l’avoir amenée là où elle se trouvait.
Jarval passait en revue tous les aspects de ce plan hâtivement élaboré et tentait
d’en discerner les contours hasardeux pour se tenir prêt à faire face à toute
éventualité. Quant à Calem, qui ressentait la proximité de Iella derrière lui, il
était en proie à ses éternels sentiments contradictoires qui étaient nés en lui
depuis leur rencontre chez son Excellence Gau’Am-Soor.
Le passage infranchissable pour les dragonnaux était constitué par un
resserrement des parois du canyon, à un endroit où la plaie béante du gouffre
semblant vouloir se cicatriser, formant une gorge étroite et sinueuse qui
atteignait tout au plus à certains passages, quelques mètres de large. Les
animaux se posèrent sur une grève de galets en bordure du torrent qui courait
au centre de la faille, et aussitôt après avoir sauté à terre, chacun se prépara en
silence. Calem ne put s’empêcher d’admirer la longue silhouette d’Iella enserrée
dans un collant intégral noir, dans lequel elle ressemblait à l’un de ces félins qui
vivaient dans la jungle de Ruhnca. La jeune fille enfila une cagoule qui fit
disparaître dans l’obscurité l’éclat blond de ses cheveux, et se noircit
méticuleusement le visage avec une crème qu’un des commandos venait de lui
proposer sans dire un mot. Chacun en fit de même, les hommes ayant opté pour
une tenue d’assaut noire également, mais équipée de multiples poches remplies
d’objets constituant les éléments de survie standard chez les forces spéciales.
Iella asservit autour de sa taille une ceinture multifonction, passa autour de son
buste un arc et un carquois souple maintenu fermement dans son dos. Elle
accrocha pour finir à sa ceinture, une paire de chaussons d’escalade et, comme
tous les autres, un casque destiné à les protéger d’éventuelles chutes de pierres,
lors de l’ascension.
Comme ils s’affairaient avec des gestes précis qui cherchaient d’évidence à
optimiser le temps, un rugissement se fit entendre quelque part dans les
alentours. Aussitôt, chacun redressa la tête et tendit l’oreille, fouillant de sa
vision périphérique l’obscurité des rochers et des buissons qui parsemaient les
rives caillouteuses du canyon.
— Vous croyez que c’est quoi ? demanda au lieutenant Rigo l’un des hommes
tout en chargeant sur son dos un épais rouleau d’une corde très fine,
soigneusement emballée.
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Intervention nocturne
L’officier, qui avait instinctivement posé la main sur la crosse de son pistolet,
haussa les épaules.
— Rien de plus qu’un gros sprax qui chasse dans la nuit, sergent. Restez
vigilant. En principe, il ne devrait pas s’attaquer à nous mais sait-on jamais.
Puis l’officier donna rapidement ses ordres d’une voix basse mais claire.
— Davoc et Larci, vous êtes de garde aux dragonnaux.
L’un d’eux risqua un geste de protestation, qui manifestait la déception de ne
pas « être de la partie », mais qui fut vite interrompu par le regard impérieux de
Rigo.
— Pas de discussion ! Vous vous amuserez une autre fois. Veillez à être prêts à
décoller en cas d’urgence et, compte-tenu du territoire hostile sur lequel nous
évoluons, protégez les animaux. Ce sont nos billets de retour une fois la mission
accomplie.
Comme pour lui donner raison, un autre rugissement retentit dans la nuit.
— Oui, lieutenant ! répondirent-ils en chœur d’une voix assourdie.
Lorsque tout le monde fut prêt, la petite colonne se mit en route, ouverte par
le lieutenant et l’un des deux commandos restant, l’autre fermant la marche,
fusil d’assaut en main. Comme leur groupe s’approchait de l’étranglement
rocheux qui formait des gorges hautes de plusieurs centaines de mètres, ils
purent entendre plus distinctement le sifflement du vent qui s’engouffrait entre
les parois pour se précipiter vers eux. Il était chaud et chargé de l’humidité du
torrent qui mugissait à voix basse sur leur gauche. Progressivement, ils entrèrent
dans les ténèbres du défilé, plus noires que la nuit pourtant nuageuse qui
oppressait la région. Leur avancée les ramena inéluctablement vers le cours
d’eau tumultueux qui sortait de la faille en écumant. Fort heureusement, en
cette saison, il n’y avait pas de profondeur et sa puissance était réduite à sa plus
simple expression.
Un nouveau rugissement plus proche se fit entendre suivi par un bruit qui
roula longuement dans les entrailles de la montagne. Jarval se rapprocha de
Calem qui le précédait et lui posa une main sur l’épaule.
— C’est le tonnerre, je n’aime pas ça. Les orages ici peuvent transformer les
ruisseaux en torrents impétueux en moins d’une heure. Il ne serait pas bon que
celui-ci soit en crue à notre retour.
— Nous y penserons en temps voulu, répondit sobrement le monarque en
épiant du regard les crêtes des rochers autour d’eux.
Le lieutenant Rigo pénétra dans l’eau tiède pour se diriger vers le premier
virage de la gorge et leva un instant la tête. L’à-pic au-dessus d’eux était
impressionnant tant les parois du défilé paraissaient se toucher par endroit. Il se
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L’eau de l’oubli
retourna et fit un geste de la main pour signifier aux autres de faire attention au
risque de chutes de pierres et de mettre leur casque de protection. Chacun
acquiesça silencieusement d’un petit geste de la main avant d’obtempérer.
Ils avaient à présent de l’eau jusqu’à la ceinture. Celle-ci bouillonnait autour
d’eux mais le courant n’était pas fort et le remonter ne constituait pas un
obstacle insurmontable. Ils sinuèrent à travers le canyon sur plusieurs centaines
de mètres, les armes portées à bout de bras au-dessus de leur tête. Gil, qui était
le plus petit du groupe, avait été pris en remorque par Calem à l’aide d’un bout
de corde et Jarval le soutenait sous les épaules pour passer les endroits les plus
profonds.
Graduellement, les parois s’élargirent de nouveau et le lit du torrent s’étala
devant eux dans une eau plus calme. Contournant les derniers rochers, ils purent
revenir sur la rive qui à cet endroit-là offrait une petite plage, de sable et de
graviers mêlés, formée des sédiments stoppés par l’engorgement. Le groupe prit
quelques minutes de repos et en profita pour s’égoutter un peu. Un nouveau
roulement de tonnerre fit écho dans le canyon et Calem leva la tête d’un air
inquiet.
— J’espère qu’il ne va pas se mettre à pleuvoir. Ça risquerait de rendre
l’ascension impossible.
Iella eut une grimace.
— Avec ou sans pluie je grimperai. Je ne peux oublier que Sali est retenue
prisonnière non loin d’ici et qu’elle sera torturée à moins que tu ne te livres à ce
fou dangereux.
— Mais je ne veux pas qu’il t’arrive quoi que ce soit, Iella, tu m’entends ?
Sans y réfléchir il avait pris ses joues dans le creux de ses mains et approché sa
figure de la sienne. Du bout de ses pouces, il lui caressa délicatement les lèvres.
Troublée, la jeune fille lui saisit doucement les poignets et retira ses mains de
son visage. Seul Jarval les observait du coin de l’œil. Gil était au bord de l’eau et
les trois militaires tenaient un petit briefing un peu plus loin.
Calem résista à l’envie de l’embrasser.
— Je… commença-t-il.
— Oui, je sais, souffla-t-elle, mais pour l’instant, il faut sauver Sali.
Elle effectua un pas en arrière pour rompre le charme. Au même instant, Rigo
revenait vers eux.
— Le pied de la tour est à cinq cents mètres d’ici. La nuit est avancée, il nous
faut faire vite, Sire.
— Bien sûr, admit le roi, allons-y.
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espérer que le passage n’était pas fermé plus loin par des barreaux ou une grille.
Revenue à son point de départ, elle prit l’extrémité du fin cordon qu’elle avait
tracté derrière elle durant toute son ascension, et qu’elle avait accroché
momentanément à un rocher. Puis elle enfonça un piton dans le tube que le
sergent lui avait donné et s’approcha d’une anfractuosité de la roche, avant d’y
projeter le crochet d’acier à l’aide de l’appareil qui émit un petit bruit étouffé.
Après y avoir attaché la corde et s’être assurée de la solidité de la prise, elle
porta à sa bouche le communicateur.
— Vous me recevez ?
— Oui, chuchota une voix qui devait être celle du lieutenant Rigo.
— Je suis en position, vous pouvez venir me rejoindre.
— On arrive.
Le silence retomba. Plus bas, sur la corniche, le sergent avait été désigné pour
passer le premier afin d’aider les suivants à se réceptionner une fois parvenus en
haut. Accrochant le cordon à un petit treuil électrique assujetti à sa ceinture, il
s’éleva rapidement dans les airs en s’aidant des pieds, marchant presque à
l’horizontale contre la paroi. Moins de dix minutes plus tard, il apparaissait au
sommet et prenait la main qu’Iella lui tendait avant de se détacher pour
renvoyer le treuil en bas. Ce fut au tour de Gil.
— Si tu perds la synchro avec tes pieds, n’essaye pas de te récupérer et laisse-
toi tout simplement tirer vers le haut et faisant attention aux aspérités de la
roche, expliqua le lieutenant.
— C’est ok, répondit Gil avec un grand sourire insouciant, dans le genre
acrobaties je me débrouille plutôt pas mal !
— D’accord, répondit l’officier en lui tapant sur l’épaule, allez, c’est parti !
Gil s’éleva à son tour et se perdit dans l’obscurité. Puis ce fut le tour du roi et
de son capitaine de la Garde. Rigo ferma la marche.
Une fois en haut, il regarda sa montre puis l’horizon au-dessus des monts.
— Il ne faut pas traîner. La nuit n’en a plus que pour quatre heures environ.
L’opération doit être menée rondement. Gil, à toi de jouer.
Ils s’étaient regroupés autour de la sortie du conduit sauf le sergent Galiano
qui s’était posté au pied de la tour, non loin du pont-levis, prêt à toute
éventualité.
— Que les damoiselles ferment les yeux, plaisanta Gil en ôtant son casque, ses
chaussures et sa tenue sombre.
Il portait en dessous un collant noir qui le moulait parfaitement, taillé dans une
étoffe qui glissait sous la main, contre lequel il laça sa sarbacane.
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Dans le donjon
Tel une anguille, Gil se tortillait dans tous les sens pour ramper tant bien que
mal dans l’étroit boyau de pierre. Pour réduire la largeur de ses épaules, il avait
étendu un bras devant lui, l’autre restant le long de son dos. Il se sentait comme
un rat dans une canalisation. Fort heureusement, le conduit n’était pas très long
et il ne tarda pas à arriver de l’autre côté. Il n’y avait pas de barreaux.
Restant prudemment à l’intérieur de sa cachette, il s’approcha du bord pour
explorer les environs. Le conduit débouchait tout en haut du mur d’un escalier
de pierre en colimaçon, qui s’enroulait dans une colonne isolée du reste du
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Dans le donjon
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L’eau de l’oubli
En bas des rochers, fondus dans l’ombre de la tour, ils attendaient sous la pluie
battante. Les éléments se déchainaient. Des trombes d’eau portées par des
rafales violentes ruisselaient en cascades sur les rochers luisants, et les éclairs se
succédaient dans le ciel à une allure apocalyptique. Le sergent Galiano qui ne
quittait pas la porte des yeux, pensa qu’avec un tel temps, les sentinelles des
remparts, si jamais il y en avait, devaient s’être mises à l’abri et ne surveilleraient
pas des alentours déserts.
Les yeux abrités derrière la visière de son casque, il perçut instantanément le
mouvement d’un des battants qui s’entrouvrit de quelques centimètres.
Aussitôt, une silhouette frêle s’approcha du bord de la passerelle vers eux en
agitant un bras.
— C’est Gil, souffla le sergent à l’oreille de son lieutenant tout en attirant
l’attention de Calem, Jarval et Iella avec un grand geste significatif. Allons-y !
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Dans le donjon
Ils gravirent les rochers glissants pour monter jusqu’au garçon dont les dents
luisaient dans la nuit.
— Bravo ! lui lança le sergent en se glissant par l’entrebâillement de la porte,
arme au poing, prêt à toute éventualité, suivi par le reste du groupe.
Il jeta un coup d’œil aux deux gardes morts avant de s’avancer prudemment
sur la rampe. Calem frotta la tignasse du garçon en le félicitant et lui tendit ses
affaires tandis qu’Iella engageait une flèche sur la corde de son arc.
En haut de la pente ils aperçurent l’autre garde allongé sans vie.
— Qu’est-ce qu’on fait d’eux ? demanda Calem. On ne devrait pas les cacher ?
— Ça ne changera rien, Sire. N’importe quelle patrouille, n’importe quelle
personne verra aussitôt que les factionnaires ne sont plus à leur poste et
l’alarme sera donnée, analysa Rigo. Nous n’avons pas d’autre choix que de
foncer pour délivrer la princesse et remonter le plus rapidement possible afin de
dégager d’ici. C’est une course de vitesse dans laquelle il nous faut juste un peu
de chance.
— Alors, croisons les doigts pour que personne ne passe par ici dans les
prochaines minutes, conclut Jarval. Allez, ne perdons pas de temps en vaines
palabres !
Gil s’était promptement rééquipé et les suivit en direction de la cage d’escalier
qui s’enroulait au centre du donjon. Une minute plus tard, ils descendaient en
silence les escaliers de pierre, crispés sous l’effet d’une tension presque
palpable. Le lieutenant Rigo ouvrait la marche, son arme relevée, prête à tirer
sur la première personne rencontrée. L’heure n’était plus à la finesse. Il s’agissait
de frapper fort si nécessaire en éliminant tout risque de déclencher l’alarme
générale.
Ils passèrent devant plusieurs portes, indiquant autant de paliers qui
hébergeaient peut-être des corps de garde, des armureries ou d’autres cachots,
puis ils débouchèrent dans un vaste espace rectangulaire, aux murs nus.
L’escalier s’arrêtait là. Ils se trouvaient donc au fond de la tour. À leur droite, une
porte blindée à côté de laquelle saillait un petit levier.
— Je parie que cette porte mène au puits, chuchota le lieutenant en inspectant
les lieux du regard.
Jarval opina du chef. Au fond de la salle à gauche partait une galerie qui se
perdait dans le noir, sans doute en direction de la forteresse. Il désigna une
ouverture sur la gauche du mur qui leur faisait face, juste avant le sombre
couloir.
— Une salle de garde ? demanda-t-il à voix basse.
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L’eau de l’oubli
Rigo fit osciller sa tête ce qui voulait dire, « peut-être bien que oui, peut-être
bien que non ». Levant la main, il leur donna l’ordre de rester sur place tout en
s’éloignant lui-même silencieusement dans cette direction. L’endroit était mal
éclairé par de vieilles ampoules fatiguées insuffisamment nombreuses. Longeant
le mur dans sa tenue noire, il s’efforça de bondir de zone sombre en zone
sombre jusqu’à ce qu’il soit en mesure de voir l’intérieur de la pièce qui s’ouvrait
dans le mur. Il leva quatre doigts d’une main, hésita, puis leva le cinquième avant
de rajouter le pouce de son autre main.
— Six gardes sans doute, murmura Galiano. Il faut nous débarrasser d’eux, ce
serait trop dangereux de les laisser derrière nous.
Calem eut un geste d’assentiment.
— Je suis entièrement d’accord.
Le sergent attira l’attention du lieutenant et passa son pouce dressé sur la
largeur de son cou, de gauche à droite. Rigo fit oui de la tête. Il n’était
effectivement pas question de prendre le risque de les laisser là alors qu’ils
pouvaient sortir de leur corps de garde à tout moment. Le lieutenant revint vers
eux aussi silencieusement qu’il s’en était éloigné.
— On peut les avoir par surprise. Quatre d’entre eux sont allongés sur leur
couchette et paraissent assoupis. Les deux autres sont autour d’une table, l’un
face à la porte grande ouverte, l’autre nous tournera le dos. Gil…
L’adolescent s’avança fièrement en bombant le torse.
— Tu vas prendre avec ta sarbacane celui qui est de dos et Iella celui qui est de
face.
— À vos ordres, lieutenant, répondit Gil en montrant ses dents.
L’officier lui rendit son sourire et se tourna vers la jeune fille qui déjà glissait
une flèche entre ses doigts.
— Mademoiselle, vous n’aurez qu’une fraction de seconde pour viser et tirer
avant qu’il ne pousse un cri.
— C’est une fraction de trop, assura Iella avec un clin d’œil.
— Ok, alors, Gil, dès que la flèche est partie, tu tires avec ta sarbacane.
— Compris.
Le lieutenant sortit un long couteau effilé d’un étui lié à sa jambe, invitant
Calem, Jarval et le sous-officier à faire de même.
— Je ne pense pas qu’il y ait des détecteurs énergétiques, mais dans le doute,
le bon vieux coutelas fera son office. Chacun le sien. Ce doit être réglé en deux
secondes !
— Pas de problème, affirma le roi d’un air résolu.
— Suivez-moi en silence.
312
Dans le donjon
Ils procédèrent comme Rigo venait de le faire, par bonds puis arrivèrent
presque à l’aplomb de l’ouverture. Iella risqua un coup d’œil et confirma.
— Prête.
Avec quelques gestes sobres, le lieutenant distribua les cibles restantes puis fit
signe à la jeune fille qu’elle pouvait y aller.
Pendant que Iella et Gil se reculaient dans l’ombre jusqu’au mur opposé, les
quatre hommes se groupèrent contre l’ouverture de la salle prêts à bondir. La
jeune fille banda son arc puis d’un mouvement souple, effectua un pas de côté
pour voir sa cible et dans le même temps, lâcha le trait meurtrier. En parfaite
coordination, Gil soufflait dans sa sarbacane et propulsait sa fléchette qui arriva
une seconde après sa grande sœur. Cette dernière entra par un œil et perfora le
cerveau de l’homme-serpent qui, après un recul dans sa chaise dû à l’impact,
s’écroula sur la table. Le second n’eut pas le temps de réaliser ce qui se passait.
L’aiguille empoisonnée s’était déjà fichée dans son cou et il resta immobile un
instant pendant que les quatre hommes surgissaient dans le corps de garde en
se précipitant sur leurs victimes. On entendit quelques bruits étouffés, puis la
cible de Gil s’effondra à son tour sur le côté et tomba à même le sol. Calem,
Jarval, Galiano et Rigo se regardèrent pour s’assurer que chacun avait fait son
œuvre. L’assaut n’avait pas duré dix secondes.
— Voilà qui est réglé, commenta le lieutenant. À présent, allons délivrer la
princesse.
— En espérant qu’elle se trouve toujours là, précisa Jarval sur un ton lugubre.
— On va vite être fixés ! conclut Calem en traversant la salle jusqu’au levier
qu’il bascula.
Sans bruit, la lourde porte pivota sur ses gonds et Calem, bien malgré lui, sentit
son cœur accélérer. Fébrilement il pénétra dans l’immense prison ronde et
chercha à percer du regard l’obscurité pour discerner le centre des lieux. Jarval
remarqua son trouble car le monarque n’avait même pas pensé à utiliser sa
lampe torche bien à l’abri dans l’une des poches de sa tenue de commando. Ce
fut le capitaine qui alluma la sienne en s’engageant derrière le roi, pour balayer
les ténèbres et la braquer sur la petite silhouette, recroquevillée sur elle-même,
au centre de la colonne qui se dressait au milieu du gouffre.
Ils étaient arrivés au bord du trou sans fin.
— C’est Sali, murmura Jarval à son ami.
Elle ne paraissait pas bouger. Peut-être dormait-elle malgré le froid et
l’humidité qui régnaient dans la prison ?
— Il doit y avoir un moyen d’accéder à elle, mais lequel ? murmura le roi.
313
L’eau de l’oubli
314
Dans le donjon
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L’eau de l’oubli
Le petit groupe s’était placé en arc de cercle autour du roi, pour que chacun
puisse avoir le meilleur angle de tir le moment venu. Le Sith se trouvait
idéalement dans leur ligne de mire.
— N’y comptez pas trop, Zarek, riposta aussitôt Calem d’une voix forte. Si vous
voulez éviter un bain de sang, laissez-nous sortir d’ici avec ma femme !
Le Sith secoua la tête et découvrit ses dents qui luisirent dans la pénombre de
la capuche rabattue sur sa tête.
— Tss, tss… vous voulez sans doute dire, votre future femme ?
Les maxillaires du monarque saillirent sous l’effet d’une évidente crispation.
— L’heure n’est pas aux nuances subtiles ni aux conversations mondaines,
Zarek.
— Voyons, Votre Majesté, je conserve envers vous une déférence
respectueuse à laquelle vous donne encore droit votre titre. Je suis un Seigneur
Sith. Vous pourriez me donner du… « Seigneur Zarek » pour me rendre la
pareille.
— Est-ce donc si important à vos yeux en pareilles circonstances ? Il me suffit
de presser le bouton de mon arme et vous cessez d’être Seigneur.
Le Sith laissa échapper un rire amusé.
— Jeune monarque présomptueux… vous êtes loin de connaître le pouvoir du
Côté Obscur de la Force. Que pensez-vous être tous les sept en face de moi ? Je
vais vous répondre. Rien. Absolument rien. Vous n’êtes que des insectes que je
peux écraser sous mon talon à tout moment.
— Ça suffit à présent, rendez-vous sinon nous ouvrons le feu ! intima le
capitaine Hor’Gardi qui ajouta à voix basse : à mon commandement...
— Quelle impolitesse ! Vous vous présentez à moi avec plus de six heures
d’avance, vous venez accompagné alors que je vous attendais seul, vous entrez
chez moi comme un voleur en assassinant mes gens… et vous voulez à présent
me tuer. Ah vraiment, nous sommes tombés bien bas.
Il secoua théâtralement sa tête baissée comme dans un geste de désespoir
ostentatoire. L’exaspération avait gagné Jarval qui ne voyait pas d’issue à une
confrontation qui ne pouvait que tourner à leur désavantage. La seule solution
qu’il entrevoyait était d’abattre froidement le criminel en espérant désemparer
les gardes qui se retrouveraient sans chef et foncer vers la sortie arme au poing.
— Feu ! ordonna-t-il.
Les armes se redressèrent toutes ensemble pour tirer. Subitement, sans que
rien ne le laissât prévoir, elles s’arrachèrent des mains qui les serraient pour
s’envoler plusieurs mètres plus loin, laissant le petit groupe abasourdi. La
sarbacane que Gil avait portée à ses lèvres en fit de même. L’instant d’après, le
316
Dans le donjon
Sith étendit ses bras vers eux et une vague de Force balaya leur groupe comme
des fétus de paille. Chacun d’eux se sentit soulevé par une puissance invisible et
projeté dans les airs avant de retomber brutalement en dérapant sur les pavés
humides du sol.
Le sergent Galiano et Calem effectuèrent une glissade plus longue que leurs
compagnons, pour arriver jusqu’au bord du gouffre dans lequel ils tombèrent et
disparurent à la vue de tous.
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22 - Ça ne tient qu’à un fil
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Ça ne tient qu’à un fil
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L’eau de l’oubli
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Ça ne tient qu’à un fil
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L’eau de l’oubli
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Ça ne tient qu’à un fil
Quelques minutes plus tard, Zarek se déshabillait et se glissait dans la soie des
draps en exhalant un léger soupir. Allongé sur le dos, il réfléchit un moment à la
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L’eau de l’oubli
façon dont se présentaient les événements. Avec le roi à sa merci ainsi que les
deux jeunes femmes auxquelles il semblait plus qu’attaché, il tenait tous les
atouts entre ses mains. Le jeune monarque ne ferait pas le poids face à lui et
devrait bien tôt ou tard le conduire au Temple d’Édin. Son esprit vagabonda un
instant sur la nature de l’artéfact décrit sur les gravures du temple en ruine. Il ne
doutait pas un instant qu’il y ait « quelque chose » que les prêtres d’Édin
protégeaient, mais c’était plus sur l’essence de ce « quelque chose » qu’il
hésitait. Ce dont il était persuadé était que cet artéfact avait un lien étroit avec la
Force. Cette dernière était plus présente sur la petite planète que sur n’importe
quelle autre où il avait pu mettre les pieds. Une puissance extraordinaire
émanait d’Édéna dans la Force, il le sentait. Cette question de la nature même de
l’artéfact était devenue au fil du temps une obsession dont il ne parvenait pas à
se débarrasser. Il y pensait sans cesse, même la nuit, rêvant à un pouvoir
insoupçonné, ici, sur cette planète perdue à la marge de la galaxie. Et si cela lui
permettait un jour de prendre la place de l’Empereur et de mettre à genoux la
République Galactique ?
Il laissa ses poumons se dégonfler lentement comme pour évacuer les idées de
son cerveau et se tourna sur le flanc pour contempler la silhouette qui respirait
lentement à son côté, endormie en chien de fusil et qui lui tournait le dos.
Posant une main sur le flanc dénudé, il effleura la peau si douce et continua son
chemin jusqu’à envelopper le dôme ferme et souple à la fois d’un sein dont il
pinça le bout entre le pouce et l’index. La Theelin gémit sous la douleur.
— Aïe, vous me faites mal.
Elle roula sur elle pour se mettre sur le dos, offrande vivante à son Maître qui
souffla.
— Je croyais que tu aimais ça, apprentie.
La jeune femme grimaça mais ses yeux se mirent à briller dans l’obscurité de la
chambre.
— J’aime ça parce que vous aimez ça, Maître.
— Tu es une disciple exemplaire, Diva, la seule créature de cette planète qui
mérite mes attentions. Tu es d’une race de dominateurs invincibles. Toi et moi
allons asservir ce monde misérable pour servir notre dessein.
— Oui, Maître, murmura-t-elle cependant qu’il s’allongeait sur elle.
— J’ai capturé le roi et son équipe, poursuivit-il en s’activant, il n’a pas pu
résister à l’idée de voler au secours de sa faible fiancée… comme tu l’avais prévu.
— C’était logique, Maître, laissa échapper Diva entre deux gémissements.
Croyez-vous qu’il cèdera ?
324
Ça ne tient qu’à un fil
— J’ai de quoi lui forcer la main avec les deux femelles, et pour faire bonne
mesure, j’ai envoyé l’armée vers Édinu. L’absence de son roi va déstabiliser le
gouvernement.
— Il y a le prince pour le remplacer, objecta la Theelin dans un soupir.
— Ce jeune homme faible à qui tu donnes tes faveurs ? Garce, grinça le Sith en
donnant plusieurs coups de reins brutaux. Tu vas retourner là-bas et l’amener à
tes vues le plus rapidement possible, compris ?
— Oui… Maître.
Diva poussa plusieurs cris tandis qu’au loin le tonnerre grondait toujours en
perdant progressivement de l’intensité.
Quelques minutes plus tard, Zarek s’allongeait en sueur au côté de son
apprentie, vaincu par l’ambiance moite de l’orage et de ses efforts.
*
* *
Gil regarda autour de lui. La cage dans laquelle il se trouvait était nue, hormis
un banc de pierre sans dossier, scellé au sol, qui servait visiblement de lit. Il
croisa les bras autour de son corps pour se réchauffer.
— Brrr, fit-il plus pour lui que pour les autres, c’est pas le grand confort ici. J’ai
connu mieux.
Au centre des lieux, Sali et Iella s’étaient instinctivement rapprochées de
Calem contre lequel elles s’étaient blotties sans rien dire. Le roi ne disait rien.
Devant ses yeux défilaient en boucle les images du sergent Galiano lâchant prise
pour éviter à la princesse un choix impossible à faire et sauver ainsi la personne
du monarque. Jarval s’était assis sur son banc et avait pris sa tête entre les mains
pour réfléchir… si toutefois, il y avait encore quelque chose à considérer dans
leur situation. Quant au lieutenant Rigo, il portait sur ses épaules voûtées tout le
poids de l’échec de leur mission de sauvetage. Ils avaient sous-estimé leur
adversaire qui visiblement les attendait, et avait joué avec eux comme un chat
avec une souris. Et le piège avait fonctionné. La mort amère de son sous-officier
laissait une veuve et trois orphelins qu’il connaissait bien. Mais le plus grave était
sans doute que le mystérieux Seigneur en noir détenait à présent le roi d’Édéna
qui était à sa merci. Qu’allait-il décider de faire de lui… et d’eux ? Il pensa
fugitivement que dans le cas où le roi était empêché de gouverner, c’était son
frère qui devait prendre les rênes du gouvernement. Le prince Taimi. Rigo
soupira. Il n’avait jamais accordé aucune confiance au cadet du monarque qu’il
jugeait trop jeune, trop impétueux et trop irresponsable, pour assumer la charge
d’un royaume et a fortiori d’une planète entière. Le pire pouvait à présent se
produire.
325
L’eau de l’oubli
326
Ça ne tient qu’à un fil
— Ça non, capitaine, ces barreaux sont trop serrés, mon crâne ne passe pas…
c’est la seule chose que je ne peux pas réduire… et mon bras est bien trop
court… quoique ce serait rudement pratique s’il pouvait s’allonger. Il va falloir
trouver autre chose.
La bonne humeur de l’adolescent parut détendre les prisonniers et leur
insuffler courage et espoir. Au centre du puits Calem se leva et s’approcha du
bord pour examiner plus attentivement les lieux, suivi par les deux jeunes filles.
— Je suppose que ce précipice est trop large pour qu’on puisse sauter par-
dessus… même pour une championne de varappe ?
— Totalement, soupira Iella qui s’était fait la même réflexion. Encore, si nous
connaissions sa profondeur et la nature du sol en bas, j’aurais pu tenter une
descente et une remontée… certaines saillies de ces pierres sont bien tentantes
pour une givrée de l’escalade comme moi.
Elle laissa échapper un petit rire nerveux. Gil reprit de l’autre côté de la fosse.
— Vous aimez la pêche ?
— Moi, j’aime bien, répondit de façon surprenante le lieutenant Rigo. C’est un
passe-temps qui demande de la patience, qui requiert du calme et de la maîtrise
de soi.
— Et la pêche à la mouche, lieutenant ?
— J’adore… ça exige en plus de tout cela, une précision et un toucher
impeccables.
— Ouais… moi aussi… tous les moyens sont bons pour exercer ma dextérité,
continua Gil en enlevant sa tenue de commando.
Puis il se tourna vers le centre de la prison.
— Je vais demander aux demoiselles de regarder ailleurs, s’il vous plait… ce
coup-ci, je vais devoir effectuer un vrai strip-tease !
Ce disant, il ouvrit la longue fermeture éclair latérale qui fermait le collant noir
dans lequel il avait rampé à l’intérieur de la bouche d’aération de la tour.
Amusées, Iella et Sali pivotèrent à regret, essayant de résister à l’envie de
tourner la tête pour savoir ce qui se passait dans leur dos.
Le garçon fit descendre son collant jusque sur ses hanches. De son
emplacement, Calem ne comprenait pas où Gil souhaitait en venir. L’adolescent
se rapprocha de la grille qui le séparait de Jarval.
— Je vais avoir besoin d’un coup de main, capitaine, annonça-t-il en s’activant
des doigts sur son torse en apparence nu.
On entendit une exclamation provenant du lieutenant Rigo.
— Gil, tu es un garçon surprenant !
327
L’eau de l’oubli
La curiosité fut la plus forte pour Iella et Sali qui tournèrent leur tête. Elles
virent un étrange ballet se dérouler dans la cellule du garçon. Celui-ci, les bras
levés, tournait sur lui-même telle une toupie pendant que Jarval effectuait des
moulinets avec ses mains, comme s’il entortillait quelque chose sur lui-même. Il
leur fallu un peu de temps avant de comprendre que le garçon déroulait une très
fine corde qu’elles ne pouvaient distinguer, peut-être un gros fil de pêche, qu’il
portait enroulée autour de son corps à même la peau, pendant que Jarval en
faisait une bobine. Sa finesse lui avait permis d’échapper à la palpation en règle à
laquelle les gardes s’étaient livrés sur eux après les avoir dépouillés de leur
équipement. Tandis qu’il tournait, son collant avait glissé le long de ses jambes
fines, le laissant pour ainsi dire nu, à l’exception d’un fin maillot sombre qui
cachait juste la partie la plus impudique de son anatomie.
Iella et Sali étouffèrent un petit rire et tournèrent de nouveau le dos au
spectacle.
— Tu nous diras quand il se sera rhabillé ? fit Sali à Calem qui ne cachait pas
lui-aussi son amusement malgré la sévérité de leur situation.
Lorsqu’il eut terminé, Gil remonta son maillot dans lequel il se renferma avant
de repasser sa tenue de combat.
— Je crois que c’est bon, laissa échapper le jeune monarque avec un grand
sourire. Votre pudeur peut désormais souffrir de nouveau le spectacle.
L’adolescent ôta l’une de ses chaussures qu’il attacha solidement à une
extrémité du fil.
— Excellente idée ! lâcha le lieutenant Rigo qui avait compris les intentions du
garçon. J’espère que tu es adroit à la mouche !
— Je suis adroit pour plein de choses avec mes longs doigts, répondit Gil
suffisamment fort pour que Iella et Sali puissent entendre.
Un gloussement étouffé provenant du centre du gouffre lui apprit que le
message avait été entendu et décodé. Gil s’approcha de l’angle de la grille le plus
proche des leviers et passa son bras au travers.
— Je viens de comprendre, avoua Calem.
— Moi, aussi, répondit Sali, en espérant qu’il y parvienne.
— Il peut le faire, j’en suis certaine, ce garçon a une adresse prodigieuse,
s’enthousiasma Iella.
Il faisait à présent des moulinets dans l’air avec sa chaussure comme un tireur
à la fronde, puis lâcha. Le soulier décrivit un arc de cercle et rebondit sur le mur
un mètre au-dessus des leviers avant de retomber sur le sol suintant d’humidité.
— Désolé, grinça Gil en ramenant son projectile vers lui. Il faut que j’ajuste
mon lancer.
328
Ça ne tient qu’à un fil
— Ce n’est pas grave, répondit Calem, prends ton temps et ne t’énerve pas.
— Moi m’énerver ? Peuh, c’est mal me connaître. Vous avez déjà essayé de
voler un diamant tombé dans un trou rempli de serpents venimeux ? Le but du
jeu c’est de ne pas faire de geste brusque…
— J’en déduis que ça t’es déjà arrivé ? demanda Rigo, la tête collée aux
barreaux pour mieux voir.
— P’têt ben… mais je vous dirai pas où… histoire de pas énerver à son tour le
capitaine Jarval.
L’adolescent laissa échapper un petit rire et reprit son exercice. Cette fois, la
chaussure atterrit sur les leviers baissés et glissa sur eux pour retomber.
— Tu y es presque, l’encouragea le capitaine, juste un peu plus à droite et c’est
bon.
Le moulinet reprit du service.
— À la mouche, tout est dans la précision, marmonna Gil entre ses dents tout
en se concentrant un maximum. Il faut savoir délivrer la bonne longueur de fil et
maîtriser son fouet pour poser son leurre au bon endroit.
Le godillot effectuait de larges cercles dans l’air de la prison. Subitement, il
s’envola lorsque l’adolescent le libéra, décrivit un arc gracieux dans la pénombre
et retomba au-dessus des leviers levés, entre le mur et eux.
— Bravo ! s’exclama Jarval, tu y es. Du doigté à présent, ne tire pas trop fort,
hein ?
— Vous voulez le faire à ma place ?
— Non, non, tu te débrouilles très bien tout seul, continue.
La langue de l’adolescent s’immisça entre ses lèvres tandis qu’il se concentrait
et abaissait son fil au maximum avant de le tendre délicatement. Il sentit aussitôt
la résistance des leviers qui coinçaient maintenant la chaussure.
— Le fil va tenir ? s’angoissa le capitaine.
— Le fil de pêche peut tracter des dizaines de kilos voire plus, répondit le
lieutenant Rigo qui ne perdait pas une once du spectacle.
Les leviers offraient plus de résistance que prévu et Gil commençait à redouter
qu’ils n’aient un cran de sûreté qui les empêcha de bouger. Il tractionna avec
plus d’insistance, la respiration bloquée. Puis insensiblement, il sentit la
résistance diminuer. L’un des leviers bougeait.
— Ça vient, gémit-il en tirant plus fort tout en priant pour que sa ligne ne casse
pas.
Lentement le levier s’abaissait.
— Le problème, se plaignit l’adolescent, c’est que si le déclencheur est plus bas
que l’horizontale, il va libérer le soulier sans que rien ne se produise.
329
L’eau de l’oubli
— Dans ce cas, tente un coup sec, proposa le lieutenant, en espérant que dans
l’élan, le levier s’abaisse plus bas.
— Vous en pensez quoi, capitaine ?
— Comme Rigo, il faut tenter le tout pour le tout ! déclara fermement Jarval
les yeux rivés sur le levier et la chaussure perdus dans la pénombre.
— On fait comme ça alors !
Et joignant le geste à la parole, il tira d’un coup sec sur son fil. L’instant d’après
la grille de la cellule du lieutenant s’ouvrait.
— Bravo ! Tu as réussi, Gil ! s’écria-t-il en sortant aussitôt pour se précipiter sur
les autres leviers.
Les deux autres cellules s’ouvrirent puis il déploya la passerelle ce qui permit à
Calem de revenir vers eux, suivi de Iella et de Sali. Le roi frotta vigoureusement le
sommet du crâne de l’adolescent.
— Bravo, Gil ! Après m’avoir sauvé la vie, tu viens sans doute de la sauver à
nous tous !
Le garçon rougit sous le compliment pendant que le roi continuait.
— Ne perdons pas de temps ! Reprenons notre équipement et filons d’ici. Tirez
sur tout ce qui bouge ! L’important est de sortir de cette tour par n’importe quel
moyen !
En quelques minutes ils furent rééquipés et réarmés.
— Bien, fit Calem, à présent comment ouvre-t-on cette porte ?
— C’est la mauvaise nouvelle, Sire, répondit d’une voix désolée un lieutenant
Rigo perplexe, j’ai comme l’impression que le seul levier qui puisse le faire se
trouve à l’extérieur.
Jarval jura tout haut avant de se reprendre.
— Pardon ! Ce que je veux dire…
— On a bien compris ton point de vue, Jarval, laissa tomber le roi en donnant
une claque sur l’épaule du capitaine. Reste à savoir ce que nous pouvons faire ?
— On peut faire du bruit pour attirer les gardes, proposa Rigo, et dès que la
porte est ouverte, on tire dans le tas.
— Ça me paraît une bonne idée, répliqua Jarval en prenant son arme dans la
main.
— À condition qu’ils ne sonnent pas l’alarme générale, remarqua Calem avec
une moue. Nous avons bien vu que nous n’étions pas de taille à lutter contre
ce… Sith.
— J’ai peut-être une idée, intervint Sali, vous allez me prendre pour une folle
mais…
— Tout idée est bonne à prendre, soupira le jeune monarque.
330
Ça ne tient qu’à un fil
Sali se tourna vers son sosie et lui posa une main sur l’épaule.
— Iella, tu te souviens de ce qui s’est passé aux ruines lorsque les deux
hommes-serpents nous ont attaquées ?
— Euh, oui, je crois… tu veux dire lorsqu’ils se sont… comme… envolés ?
— Exactement. Ce Zarek m’a parlé de ce pouvoir. Il appelle ça la Force. C’est
comme une chose… une énergie qui nous entoure et qui régie l’univers et
certaines personnes ont le don de s’en servir.
— Tu crois que c’est ce qui est arrivé ?
— J’en suis persuadée… tu dois pouvoir contrôler cette Force.
— Mais je ne sais pas comment faire, protesta Iella.
— Je sais, mais ça vaut le coup d’essayer non ?
— Comment ?
La princesse passa dans le dos de son sosie et l’entoura de ses bras.
— Essaye de te concentrer sur le levier qui ouvre cette porte, murmura-t-elle à
son oreille, de l’autre côté du mur… tu l’as vu en entrant ?
— Oui, je le vois encore dans ma tête…
— Bien… fais comme moi, ferme les yeux, et visualise-le…
— C’est ce que je fais…
Gil et les trois hommes retenaient leur souffle sans trop comprendre ce qui se
passait, ni de quoi parlait Sali même s’ils avaient pu avoir un aperçu des pouvoirs
de l’homme en noir.
— Concentre-toi avec moi, continuait Sali à voix basse, laisse ton esprit
traverser le mur, canalise toute l’énergie que tu peux trouver autour de toi pour
atteindre ce levier et le faire bouger…
— Je… je ne sais pas comment faire, gémit Iella.
— Fais confiance à ton instinct… si vraiment tu peux te servir de cette Force,
alors tu y arriveras, continue à te concentrer… le mur… traverser… le levier…
Les deux jeunes filles fermaient les yeux, immobiles comme des statues. Une
ou deux minutes s’écoulèrent ainsi. Le silence était à son comble lorsqu’après un
déclic, la porte se mit à pivoter lentement sur ses gongs.
— Ça par exemple, s’exclama Calem au milieu des « oh » de surprise du reste
du groupe.
— Tu as réussi ! s’écria Sali en embrassant son sosie sur la joue.
Iella, quant à elle, ne parvenait visiblement pas à croire qu’elle avait fait ce
qu’elle venait de réaliser.
— C’est… c’est impossible, murmura-t-elle.
— Mais si, ça l’est ! s’emballa Sali toute joyeuse, j’en étais sûre, tu arrives à te
servir de cette énergie !
331
L’eau de l’oubli
332
Ça ne tient qu’à un fil
Sitôt qu’ils eurent disparu, le lieutenant se cala à l’ombre d’un rocher, fusil en
position en direction de la tour. Jarval et Iella en firent de même.
— Restez dans l’ombre de ces rochers et ne tirez pas tant que nous ne sommes
pas découverts. N’oubliez pas que chaque minute gagnée joue en notre faveur.
De leur position, ils ne pouvaient pas voir la porte du donjon et ne
distinguaient dans l’aube naissante que l’extrémité extérieure du pont-levis.
Mais ils remarquèrent bientôt les silhouettes longilignes de plusieurs hommes-
serpents qui s’avançaient sur la passerelle en observant dans toutes les
directions. Ils auraient tôt fait de comprendre que les fugitifs n’avaient pu
s’échapper en longeant les remparts vers l’arche de pierre qui surplombait le
canyon au niveau des portes d’entrée de la forteresse. Le chemin entre la
muraille et le précipice était à découvert et rien ne permettait de s’y cacher.
C’était pareil pour le pont naturel. S’il y avait des sentinelles sur les remparts,
elles sauraient que personne n’était passé par là. De fait, l’un des gardes qui se
trouvaient sur le pont-levis revint sur ses pas, disparut un instant à leur vue
derrière l’arrondi du donjon, puis réapparut en contrebas sur les rochers qui
menaient vers eux. Rigo fit signe de rester à couvert. Le garde s’avançait toujours
en furetant de droite et de gauche à la recherche d’un indice de passage.
Quelques mètres de plus et il pourrait les apercevoir. Avec précaution, il
s’approcha du vide et essaya de voir vers le fond à la faveur de la luminosité qui
croissait à vue d’œil. De là où il se tenait, il ne pouvait apercevoir les trois fugitifs
qui descendaient à cause d’une avancée de la falaise qui lui masquait la vue.
L’homme-serpent demeura un instant immobile, debout dans une flaque d’eau
que l’orage qui grondait toujours mais de façon plus lointaine, avait laissé sur la
roche. La pluie ne s’était visiblement arrêtée que récemment.
— Allez, va-t-en ! souffla intérieurement le lieutenant dont le doigt était crispé
sur le bouton de son fusil.
Lentement, le garde pivota et fit deux pas en direction du donjon lorsque deux
autres saurocéphales s’approchèrent à leur tour pour le rejoindre. S’ensuivit une
discussion de raclements de gorges et de craquètement incompréhensibles, puis,
se retournant vers l’endroit où les évadés se dissimulaient, ils se remirent en
marche.
Ce ne fut pas long pour que celui qui ouvrait la marche ne parvienne à
distinguer une partie de la silhouette agenouillée de Rigo planqué contre un
rocher.
— Feu ! ordonna ce dernier en donnant l’exemple.
333
L’eau de l’oubli
L’échange de tirs fut bref entre les gardes à découvert et les fugitifs à l’abri. Au
même moment, une voix s’échappa du communicateur du commando. C’était le
roi indiquant qu’ils étaient arrivés au bord du torrent.
— C’est bon, ils sont en bas, cria Rigo, Iella, à vous !
La jeune fille se leva et saisissant la corde la passa dans un mousqueton frein
qu’elle accrocha à sa ceinture. L’instant d’après, elle s’élançait dans le vide
comme plusieurs autres gardes surgissaient sur les rochers près de la tour en
tirant vers elle. Jarval et Rigo ripostèrent et la virent disparaître dans le vide.
— On ne peut pas attendre qu’elle soit en bas, cria le lieutenant à son
supérieur, il va falloir tous y aller. Après vous, je vais les retenir !
Dans l’action, une fois admis le principe de qui est qualifié pour commander,
on ne perd pas de temps à discuter car chaque seconde de perdue est un risque
supplémentaire qu’on fait courir à une équipe. Jarval acquiesça donc sobrement
de la tête.
— Je vais vous couvrir, capitaine, à trois vous y allez ! Un, deux… trois !
Rigo se redressa légèrement pour passer la tête par-dessus les rochers et
ouvrit le feu de son fusil d’assaut. Là-bas, deux saurocéphales tombèrent et les
autres se jetèrent à plat ventre ou à l’abri des aspérités de la roche. Profitant de
ce bref répit, Jarval imita Iella et après s’être assuré sur la corde, se jeta à son
tour dans le vide. Lançant un coup d’œil sous lui, il constata que la jeune fille
effectuait sa descente en vrai professionnelle à une vitesse bien supérieure à
celle qu’il pourrait adopter sans risquer la chute.
Le lieutenant tira encore plusieurs rafales en direction des assaillants puis
recula jusqu’au piton qui tenait la corde dans la falaise et l’enroba d’une pâte
molle sur laquelle il plaça un petit appareil. De nouveaux tirs firent éclater des
morceaux de roches tout près de lui et aussitôt, il riposta en lâchant de longues
rafales qui clouèrent de nouveau les hommes-serpents au sol. Décidément, ces
créatures n’étaient pas des plus téméraires et c’était tant mieux !
Cela lui laissa le temps d’ajuster à son tour le frein à la corde puis à sa ceinture
avant de se jeter dans le vide.
334
23 – Fuite mouvementée
Le lieutenant Rigo, visiblement plus à l’aise que son supérieur dans l’exercice
du rappel, se vit obligé de ralentir sa cadence alors qu’il se rapprochait de ce
dernier. Jarval s’en aperçut et tenta d’augmenter de son mieux sa vitesse de
descente sans perdre le rythme des bonds auxquels il se livrait sur la paroi. Il ne
fallut pas longtemps pour que des silhouettes s’agitent au sommet de la faille à
l’aplomb de leur chemin de fuite, et que quelques tirs ne déchirent l’aurore
sombre. Le tonnerre ne claquait plus mais roulait dans le lointain comme le
grondement d’un troupeau au galop. La tempête poursuivait sa route vers le
nord-est.
— Prenez la corde et gardez-la tendue ! ordonna Calem à Iella et Sali avant de
saisir son arme et de se reculer pour ouvrir son angle de tir.
Avec son pistolet, il n’avait quasiment aucune chance de toucher les hommes-
serpents dont les formes se détachaient en haut de la falaise, mais au moins
pouvait-il espérer les faire reculer un peu pour gagner du temps et permettre
aux deux hommes de parvenir en bas.
Une pensée traversa l’esprit du lieutenant Rigo alors qu’il se lançait dans un
long bond rapide : pourvu que l’ennemi ne sectionne pas la corde !
La même pensée avait effleuré l’esprit du roi cependant qu’il observait les
deux silhouettes sombres qui avaient déjà effectué la moitié du chemin. Il
s’attendait à tout moment à les voir dégringoler le long de la roche. Pourtant, ce
n’était visiblement pas l’objectif des hommes-serpents. Peut-être avaient-ils reçu
l’ordre de les ramener vivants ? En tout cas, loin de trancher le fil qui retenait
encore Jarval et Rigo à la vie, trois d’entre eux entreprirent de se laisser glisser à
leur tour le long de la fine corde, couverts par les tirs de plusieurs de leurs
congénères qui obligèrent Calem à se mettre à couvert derrière un rocher, tout
en ripostant pour focaliser l’attention des créatures sur lui.
Dans un ultime saut, Jarval sauta sur les galets en effectuant une roulade
acrobatique, suivit un instant plus tard par l’officier commando qui se reçut
beaucoup plus adroitement.
— C’est bon, cria Calem en les rejoignant, partons d’ici fissa !
— Un instant, répliqua le lieutenant, encore un petit détail.
Il leva les yeux vers les trois saurocéphales qui descendaient plutôt
adroitement le long de la corde et appuya sur le bouton d’un petit boitier.
Aussitôt une forte explosion embrasa le sommet de la paroi expulsant le piton de
335
L’eau de l’oubli
la roche dans laquelle il était solidement ancré. Dans un cri rauque, les trois
hommes-serpents chutèrent dans le vide, et les fuyards entendirent le bruit mat
de leur corps se désarticuler non loin d’eux sur les rochers.
Iella refréna un haut-le-corps. Le lieutenant reprit.
— Cette fois, on peut y aller… si ces créatures veulent une corde pour
descendre, il faudra qu’elles empruntent la leur, non mais…
Il se mit à courir sans plus se soucier des tirs trop imprécis des gardes, sur la
grève qui s’était singulièrement réduite comme peau de chagrin du fait de la
montée des eaux. Les orages en amont avaient considérablement fait enfler le
torrent qui grondait à présent comme une charge de corinals. À l’approche des
gorges aval, la plage de galets disparaissait complètement tant les eaux s’étaient
étalées en se heurtant à l’étroit défilé et ils eurent vite de l’eau jusqu’aux
genoux. Force leur fut de constater que le corps du soldat Cano tué par le sprax
avait disparu, sans doute emporté par le courant. Devant l’air ennuyé du
lieutenant Rigo, Calem se crut obligé d’intervenir.
— Je sais ce que ça représentait pour vous de ramener son corps, mais je vous
promets qu’on enverra une expédition pour tenter de le retrouver et le ramener
à sa famille.
L’officier se tourna vers le monarque avec une moue embarrassée.
— À vrai dire, Sire, je ne m’attendais pas à ce que nous le ramenions avec les
hommes-serpents à nos trousses… cela nous aurait ralentis… non, voyez-vous,
j’aurais voulu récupérer sa veste et son casque.
— Dans quel but, s’étonna Jarval qui avait entendu la conversation.
— La princesse, capitaine ! Il va nous falloir descendre le courant en nous
laissant porter par les flots à travers la gorge et ce n’est pas sa chemise qui va la
protéger des heurts contre les rochers.
Tout en expliquant le fond de sa pensée à ses deux supérieurs, il avait ôté son
casque ainsi que sa veste de combat qu’il tendit à Sali.
— Tenez, princesse, enfilez cela, vite !
La jeune fille avança les mains pour refuser.
— Il n’en est pas question, vous devez garder votre équipement, lieutenant.
— Nous n’avons pas le temps de discuter, et sauf le respect que je vous dois,
ceci n’est pas une prière mais un ordre, princesse. Ce casque peut vous sauver la
vie et cette veste amortira les chocs si vous êtes projetée contre les rochers.
— Mais vous…
Il lui posa de force le casque sur la tête en le serrant fortement.
336
Fuite mouvementée
— Je vous demande pardon, Votre Altesse, mais nous n’avons pas le temps de
discuter et notre mission est de vous ramener à Édinu en un seul morceau… et
en bon état si possible !
Le ton était ferme et respectueux à la fois. Elle ne put refuser de passer les
bras dans la veste renforcée. Calem intervint.
— C’est à moi de lui donner mon équipement et…
— Sire, coupa le lieutenant, pardonnez-moi, mais je vous en conjure, ne
compliquez pas la situation… nous avons aussi besoin qu’il ne vous arrive rien !
Je suis ici celui qui a le plus d’expérience au combat et le plus entraîné pour ce
genre de situation et le capitaine Hor’Gardi m’a donné la direction de cette
expédition.
Jarval acquiesça.
— Vous avez raison, Rigo, c’est vous qui commandez.
— Alors, allons-y ! Essayons de ne pas trop nous éloigner les uns des autres
pour pouvoir nous entraider en cas de besoin.
Il porta son communicateur à ses lèvres.
— Davoc, Larci… vous me recevez ?
Une voix répondit aussitôt.
— Fort et clair, lieutenant, caporal Davoc au rapport.
— Le torrent est en crue. Nous allons nous laisser porter par le courant pour
traverser la gorge. Je veux que vous preniez l’air avec deux dragonnaux pour
assurer une couverture aérienne à notre arrivée. Il n’est pas exclu que nous
ayons rapidement de la visite.
— Compris, lieutenant, nous décollons immédiatement jusqu’à votre arrivée.
— À tout de suite. Rigo, terminé.
Puis se tournant vers son équipe.
— Inutile de lutter contre le courant, il va falloir nous en servir. Ces vestes vont
vous permettre de flotter un tant soit peu grâce à leurs alvéoles. Gardez toujours
vos pieds dans le sens du courant et protégez votre tête au maximum. Laissez-
vous porter par l’eau et tâchez de rester au centre du torrent, le plus loin
possible des parois. Celles-ci peuvent se révéler piégeantes et induire un effet
d’aspiration en profondeur. Évitons de nous perdre de vue. Je passe devant,
essayez de me suivre. Dans l’ordre, Gil, Votre Majesté, Votre Altesse,
mademoiselle Iella et le capitaine Hor’Gardi. Une fois sortis de la passe, nous
reviendrons au plus vite sur la rive gauche toujours en nous servant du courant.
Dans les rapides, allongez-vous un maximum pour vous laisser porter…
337
L’eau de l’oubli
Chacun fit un signe de tête indiquant qu’il avait bien compris les consignes. Les
cœurs battaient à l’unisson sur un rythme effréné sous l’effet de l’inévitable
poussée d’adrénaline qui accompagnait un tel moment.
— Allons-y ! cria Rigo en entrant dans l’eau plutôt calme sur les bords de la
retenue naturelle.
Quelques pas l’amenèrent vers le milieu de la rivière qui écumait en entrant
dans le défilé. Il s’assura que l’adolescent était bien derrière lui et s’enfonça dans
l’eau en laissant le courant s’emparer de lui.
La difficulté était de ne pas se laisser projeter contre les rochers. Il leur fallut
nager vigoureusement par endroits pour rester dans le lit du torrent, là où l’eau
était la plus profonde, et s’allonger les pieds devant dès que le fond remontait. Il
était en effet impossible de progresser debout avec la force du courant. Gil avait
l’impression d’être un bouchon de liège balloté par les flots, plongeant et
remontant aussitôt au gré des tourbillons plus ou moins anarchiques. Dans
l’ensemble, l’exercice ne lui déplut pas. Devant lui, le lieutenant Rigo tentait de
choisir les passages les plus faciles entre les gros rochers et disparaissait parfois à
la vue de Gil avant de ressurgir dans l’écume blanche un peu plus loin. Aussi,
quand en abordant un virage serré et étroit entre deux parois verticales, il ne le
vit pas réapparaître, il donna aussitôt l’alerte en criant et en agitant les bras.
Lui, avait déjà dépassé l’endroit où le lieutenant avait disparu et il n’était pas
question de pouvoir revenir en arrière. Calem comprit de suite et s’agrippa à un
rocher pour dévier sa course et se rapprocher de la falaise, laissant passer Sali
sur son côté tout en lui faisant signe de continuer.
Jarval réussit également à obliquer sa course vers le roi.
À cet endroit, la paroi plongeait dans l’eau en reculant brutalement entre les
rochers et formait ainsi un surplomb complètement immergé par la crue. Cette
configuration provoquait un tourbillon qui venait d’aspirer le lieutenant. Il s’était
subitement senti comme happé par une main invisible et avait juste eu le temps
d’emmagasiner de l’air dans ses poumons avant que sa tête ne s’enfonce. Il
attendit d’être arrivé au fond, puis il donna une forte impulsion avec ses pieds
pour repartir vers la surface. Malheureusement, il ne s’était pas rendu compte
de la saillie que formait la falaise à cet endroit-là et sa force musculaire
additionnée de l’effet du courant le propulsa tête la première contre la roche.
S’il avait eu son casque, la collision n’aurait pas prêté à conséquence, mais sans
protection, le choc l’assomma à demi, ouvrant une large plaie dans le cuir
chevelu. Sous l’impact, il sentit ses idées se brouiller et sa conscience s’éloigner.
Sous l’effet de la douleur, il expira et relâcha l’air emmagasiné dans ses poumons
qu’il eut toutefois le réflexe instinctif de bloquer avant d’avaler de l’eau en
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Fuite mouvementée
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L’eau de l’oubli
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Fuite mouvementée
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L’eau de l’oubli
Alors qu’ils avaient pris la direction du nord-est, Calem qui scrutait le ciel sur
leur arrière poussa une exclamation.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda aussitôt Jarval.
— À cinq heures, au sol.
Le capitaine regarda par-dessus son épaule et après un instant de recherche,
parvint à distinguer au loin, sur un plateau ocre une multitude de taches noires
qui s’agitaient telles des fourmis aux abords de leur colonie.
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Fuite mouvementée
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L’eau de l’oubli
Diva comprit aussitôt que quelque chose n’allait pas et se dressa sur son séant
à l’entrée du Sith dans la chambre, repoussant les draps d’un geste.
— Qu’y a-t-il, Maître ?
— Ils se sont enfuis ! s’écria Zarek dans un flot de rage. Ces imbéciles de
saurocéphales écervelés n’ont même pas compris comment ils avaient fait pour
sortir de la salle du puits !
— Vous n’avez pas pu les rattraper ? insista Diva d’une façon plus rhétorique
qu’intéressée puisque la réponse semblait évidente à ses yeux.
— Je les ai sous-estimés ! s’exclama son Maître. Il y a un je-ne-sais-quoi qui
m’a échappé… comme si l’un d’eux pouvait finalement se servir de la Force. C’est
un sentiment diffus que je ne parviens pas à analyser clairement. Et puis, il y a
cet animal… ce dragonnal noir…
— Kro’Moo ? Le dragonnal de la princesse ?
— Sans doute ! Cet animal est prodigieusement intelligent, il m’a abattu en
plein vol alors qu’il n’était même pas monté… de sa propre initiative, avant
même que je puisse l’apercevoir ou même le sentir. Ma monture s’est écrasée
sur les rochers. Grâce à la Force j’ai pu m’en sortir indemne, mais trop tard, ils
s’étaient envolés. Et le roi retourne à Édinu.
Sa colère avait été éphémère. À la fin de sa tirade, il avait repris le contrôle de
lui-même et retrouvé ce calme qui le caractérisait. Le regard perdu par la
fenêtre, il tournait le dos à la Theelin qui se rhabillait en silence, évaluant les
suites possibles que cette fuite pourrait avoir sur les événements à venir.
— Nous allons passer à ton plan B, Diva, laissa-t-il tomber froidement.
— Vous voulez dire… tuer le roi ?
— Oui.
— Mais le secret ?
— Si le roi Calem meurt, c’est son frère qui en héritera… et tu contrôles bien le
prince Taimi, non ?
— Oui, Maître. Je pense qu’il peut se joindre à nous… c’est qu’il a des rêves de
grandeur.
— Parfait. Je vais envoyer Harkass pour mener à bien cette tâche. Inutile que
tu t’en charges au risque de te faire découvrir.
— Harkass, l’empoisonneur ? Pourquoi lui ?
— Parce que j’aime sa façon de régler les problèmes, et je n’oublie pas que ma
propre mère usait du poison en véritable scientifique pour se débarrasser de ses
ennemis. C’est quelque chose que je prise plus qu’un simple coup de pistolet à
énergie. Voir quelqu’un partir vers la mort lentement, sans qu’on ne puisse rien
y faire, frappe les imaginations et perturbe l’entourage mieux qu’une mort
344
Fuite mouvementée
subite. Cela te laissera deux ou trois jours de flottement pour persuader le prince
de jouer de notre côté… et à mon armée d’arriver.
— Pour ma part, je préfère l’arme blanche ou une bonne strangulation…
quoique les éclairs de Force me plaisent tout autant. Mais Harkass est un
assassin sûr et fiable, Maître, c’est un bon choix dans son genre.
— Je sais. Quant à toi, tu dois retourner au plus vite à Édinu pour contrôler les
événements à venir. Allez, va !
— Vous comptez vraiment attaquer la cité ?
— Un siège en règle ? Tu n’y penses pas. Pas avec une armée de saurocéphales
abrutis. En tout cas, pas sans d’abord avoir agi de l’intérieur de la ville, ma petite
apprentie. Et si nous en arrivons là, je compte sur toi pour neutraliser les points
clés de sa défense… et aussi pour ouvrir en grand les portes à notre armée. Mais
nous n’en sommes pas encore là. Disons que pour le moment, mon geste doit
être considéré comme un élément d’intimidation destiné au futur roi Taimi…
mon futur vassal, le premier d’une longue série !
— Bien, Maître.
La Theelin acheva de s’apprêter, puis sortit de la chambre sans rien ajouter.
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24 - Sur les traces d’Isil
Le service médical, alerté par Calem qui s’était décidé à rompre le silence radio
avec la capitale, attendait sur les pelouses de la Cité Royale, à l’arrière du Palais.
Dès qu’ils eurent atterri, deux brancardiers, un médecin à barbe grisonnante et
une infirmière prirent en charge le lieutenant Rigo qui protesta pour la forme.
— Mais je vous dis que je vais bien, capitaine… un pansement et ça ira !
s’exclama-t-il en tentant de se dresser sur son séant.
— Hors de question, répliqua le docteur, homme d’un certain âge, après l’avoir
rapidement examiné, au vu du choc que vous avez reçu, mieux vaut passer un
scanner pour éviter toute surprise par la suite ! D’autant qu’il va vous falloir un
certain nombre de points de suture pour vous recoudre le cuir chevelu.
Il fit signe aux brancardiers de prendre la direction du centre médical aménagé
sous les bâtiments de la cité. Sali adressa un signe amical de la main au
lieutenant qui se rallongea sur sa civière avant de fermer les yeux. En réalité, il se
sentait moins bien qu’il ne voulait le laisser paraître et il plongea dans une semi-
inconscience au cœur de laquelle les bruits environnants devinrent des
murmures diffus.
— J’espère qu’il n’y aura aucun traumatisme grave, murmura la princesse.
— Je connais Rigo, intervint Jarval, il a la tête dure… ce ne sera rien ! À présent,
Sire, il vous faut prendre des mesures sans tarder !
Calem, qui accusait la fatigue d’une nuit sans sommeil et des efforts physiques
qu’ils venaient tous d’accomplir, poussa un profond soupir.
— Entendu, réunissez d’urgence le Conseil de Sécurité… disons dans deux
heures… profitez-en pour prendre une bonne douche et reprendre une allure
civilisée.
Jarval sourit devant le visage décomposé du jeune monarque.
— Je crois que nous en avons tous bien besoin, Sire. Dans deux heures… ce
sera fait !
Il salua et s’éloigna en compagnie du soldat Larci pendant que des gardes
prenaient en charge les dragonnaux pour les emmener dans leur corral. Avant
qu’ils ne s’en aillent, Sali caressa affectueusement le front de Kro’Moo qui lui
rendit son geste de plusieurs frottements du museau.
— Tu as été courageux, murmura la princesse, je suis certaine que tu es très
intelligent.
L’animal hocha plusieurs fois la tête en poussant une sorte de bramement.
346
Sur les traces d’Isil
— Je crois qu’il est d’accord avec toi, traduisit Iella avec un petit rire. Je sais
que les dragonnaux sont parmi les animaux les plus intelligents de la planète,
mais je crois que Kro’Moo les surpasse tous… je suis presque certaine qu’il nous
comprend lorsqu’on lui parle.
Le dragonnal acquiesça en réitérant son cri puis se décida à suivre les gardes
vers le bâtiment qui hébergeait ses confrères.
— Je ne sais comment vous remercier, tous, d’être venus à mon secours,
commença Sali d’une voix pleine d’embarras. J’étais vraiment désespérée…
Iella passa un bras autour de ses épaules.
— N’y pense plus, Sali, nous devions le faire, c’est tout.
— Mais des hommes y ont laissé leur vie…
— Ce n’est pas ta faute… dans une guerre, il y a toujours des victimes.
— Nous ne sommes pas en guerre.
— Ça… nous risquons de le savoir très vite ! C’est le lot des militaires d’exposer
leur vie pour en sauver d’autres.
— Mais toi… pourquoi es-tu venue ?
— Moi ? Parce que… je me sens un peu responsable de toi.
— Responsable ? Je ne comprends pas.
— Ça viendra… il va falloir que je vous parle… à toi et à Calem et le plus tôt
sera le mieux. Mais pour l’instant, je crois que nous avons besoin d’un bon bain,
d’un bon repas et d’un peu de repos. N’est-ce pas, Gil ?
L’adolescent découvrit largement ses dents blanches comme il savait si bien le
faire.
— Oui, Iella, j’ai une faim de loup… et un bon bain me fera le plus grand bien…
je suppose que je ne peux pas venir le prendre avec vous ?
Iella ouvrit de grands yeux.
— Non, petit voyou… tu as largement passé l’âge de prendre le bain avec les
dames… en tout cas, tu le feras désormais dans d’autres circonstances, avec
d’autres filles… quand le moment sera venu.
Gil fit semblant d’être peiné et baissa la tête en jetant un petit regard triste
par-dessous ses sourcils.
— Pourtant, je proposais ça en toute innocence… en toute amitié…
— C’est ça… continua Iella en riant, qui est-ce qui se pavanait l’autre jour en
criant haut et fort qu’il était un homme accompli en pleine possession de sa
virilité ?
— Je ne sais pas, mentit l’adolescent en se laissant gagner au rire de son amie.
— Eh bien, tu n’avais qu’à te taire. Un bain pour les dames, un bain pour Gil.
— Compris, bougonna ce dernier en emboîtant leur pas vers le palais.
347
L’eau de l’oubli
Namina les accueillit des larmes au bord des yeux. Elle s’était fait un sang
d’encre depuis leur départ et n’avait pas fermé l’œil de toute la nuit, s’attendant
aux pires nouvelles. Sa joie de revoir Iella fut aussi grande que celle de serrer la
princesse dans ses bras.
Aussitôt le personnel du palais s’activa pour préparer un repas digne de ce
nom ainsi que les piscines privées qui servaient aux ablutions des uns et des
autres. Ce fut avec un évident plaisir quasi charnel que les deux sosies
retrouvèrent la vaste salle de bain des appartements privés de la princesse
d’Austra pour entrer dans d’eau chaude et parfumée, à la surface de laquelle
une couche de mousse frissonnante ondulait paresseusement.
Calem eut moins de temps pour se prélasser car la journée était déjà à son
apogée et le temps paraissait se rétrécir sous le pas de course de l’armée
d’hommes-serpents qui convergeait peut-être vers la capitale. Alors que les deux
jeunes filles étaient étendues, l’une à côté de l’autre en se tenant la main
comme deux sœurs, dans leur bain régénérant, les yeux mi-clos repassant en
revue les événements douloureux des dernières heures, le monarque, après une
douche rapide et un repas frugal, se dirigeait vers la salle du Conseil où
l’attendaient déjà les principaux responsables de la sécurité du royaume.
Ce fut Orn Mitra qui tira la première salve sans même attendre que les
personnes présentes s’assoient autour de la longue table de réunion.
— Sire ! Quelle inconscience ! Sauf le respect que je dois à Votre Majesté, il me
faut vous dire combien je suis en désaccord avec ce genre d’initiative… cette
façon inconsidérée que vous avez de mettre en péril votre personne ! Je me dois
de vous rappeler que vous appartenez au Royaume… vous n’êtes pas un vulgaire
soldat qui peut se permettre de risquer ainsi sa vie… quelle qu’en soit la raison !
Le Twi’lek était pâle d’une colère rentrée qui refusait de s’extérioriser par
respect pour la personne à qui il s’adressait. Ses reproches n’en étaient pourtant
pas moins explicites et directs ce qui lui attira immédiatement une réflexion
cinglante du prince Taimi.
— Vous semblez oublier que vous vous adressez au roi, monsieur le Ministre,
gardez votre rang !
Calem posa une main sur le bras de son cadet comme pour lui demander de se
calmer.
— Je dois dire que je soutiens totalement monsieur le ministre de la Sécurité,
affirma Proo Rabo’Par pourtant laconique par nature lors de telles réunions.
Vous n’aviez tout simplement pas le droit de vous lancer dans une pareille
348
Sur les traces d’Isil
aventure. Nous avons des structures et des unités pour faire face à de telles
situations…
— J’avais le droit moral de le faire, le coupa Calem qui semblait accepter avec
patience les admonestations dont il était la cible. Il s’agissait de ma future
épouse et le temps pressait. Vous ne savez pas à qui nous avons à faire… pour
ma part, je commence à peine à le comprendre.
— Un commando bien entraîné aurait pu mener l’opération à bien, sans
risquer votre royale personne, reprit à son tout le général Pardo. Je suis d’accord
avec ces messieurs, un roi ne peut pas agir à sa guise lorsque sa sécurité est en
jeu.
Taimi ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose avant de se raviser. Le
monarque inspira profondément et échangea un rapide coup d’œil avec le
capitaine Hor’Gardi qui se tenait silencieusement, un peu en retrait du groupe
qui se serrait autour du roi.
— Prenons place, invita le souverain désireux de clore la conversation en
montrant la table ovale. J’ai entendu vos reproches et ne croyez pas que j’en fais
fi… mais nous avons un tout autre ordre du jour à explorer, bien qu’il soit
directement relié à l’expédition à laquelle vous me reprochez tant d’avoir
participé.
Dans un léger brouhaha feutré, chacun prit place autour de la table. Il y avait là
une douzaine de personnes, dont quelques-unes en uniforme, toutes en lien
avec la sécurité du Royaume. Deux gardes armés fermèrent les grandes portes et
se figèrent de chaque côté à l’extérieur de la pièce.
— Mesdames, messieurs, permettez-moi de vous remercier d’être accourus
aussi vite de façon totalement imprévue, commença le monarque en préambule,
mais la situation l’exige… situation qui risque de se complexifier dans les heures
à venir.
Quelques murmures intrigués répondirent indirectement à son introduction
avant qu’il ne reprenne la parole.
— Pour ceux qui ne sont pas encore au courant, le capitaine Hor’Gardi va vous
faire un bref topo de ces dernières heures.
Puis il fit signe à Jarval de continuer. Ce dernier s’empara d’une télécommande
posée à côté de lui et activa une holoprojection qui s’éleva au centre de la table
depuis un projecteur fixé au plafond.
— Voici le désert de Sang et la forteresse tenue par ce Zarek… commença le
capitaine qui brossa ensuite un rapide résumé de la situation telle qu’ils avaient
pu la découvrir le matin même.
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L’eau de l’oubli
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Sur les traces d’Isil
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L’eau de l’oubli
Le soir même, toutes les garnisons du royaume étaient placées en état d’alerte
tandis que les observations aériennes faisaient état d’une rapide avancée de la
masse désordonnée d’hommes-serpents vers la capitale.
— Ne devions-nous pas attaquer les premiers avec des frappes aériennes
préventives ? avait proposé Jarval lors du repas du soir auquel il était invité,
comme souvent. Nous pourrions peut-être les stopper dans leur élan et leur faire
rebrousser chemin ?
— Je me refuse à être l’agresseur initial, avait simplement répondu Calem qui
avait détourné la conversation sur un autre sujet.
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Sur les traces d’Isil
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L’eau de l’oubli
— Bien, coupa Jarval, dans ce cas messieurs, nous allons travailler sur cet
objectif.
Il s’était tourné vers les deux officiers des services de renseignements qui
avaient assisté silencieusement à la séance de recherche. L’un deux, un
commandant, prit la parole.
— Je propose d’envoyer tout d’abord sur place un petit commando spécialisé
pour recueillir le maximum d’information. Si réellement il s’agit du repaire dont
mademoiselle Budhaasio nous a parlé, il y aura des traces repérables. Ensuite,
nous envisagerons une opération de plus grande envergure pour un assaut
coordonné entre l’entrée principale du repaire et la vallée située derrière les
monts, afin d’éviter que les bandits ne puissent s’échapper par là.
— Je vous laisse faire, commandant Kalker, reprit Calem. Même si pour
l’instant, cette opération n’est pas notre principale préoccupation, je vous
charge de la préparer minutieusement pour la mener à bien au moment le plus
opportun…
— Bien entendu, Sire, d’autant plus qu’avant de donner l’assaut, il nous faudra
être certains que les oiseaux soient dans leur nid… ce serait dommage de gâcher
un si beau coup de filet.
— C’est exact, il ne nous faudra agir que lorsque les Kiathes seront dans leur
repaire. Je veux avoir la bande au grand complet !
— Bien sûr, Sire. Je vous tiendrai au courant.
— Entendu, commandant, mais seulement le capitaine Hor’Gardi ou moi et
personne d’autre. Agissez en toute discrétion… je ne serais pas étonné que ce
Jazor ait des accointances avec du personnel de l’administration du palais.
— Compris, Votre Majesté.
Comme le petit groupe se disloquait, Calem se tourna vers Iella et lui prit les
mains.
— Je te remercie de ton aide et je te promets de tout faire pour mettre cette
bande hors d’état de nuire.
Les doigts de la jeune fille accentuèrent leur pression sur ceux du roi.
— Je sais… il faudra faire attention à leurs éventuels otages, Calem.
— Nous prendrons ce fait en compte lorsque nous établirons notre plan
d’action. Je…
Il s’interrompit alors que leurs phalanges s’entremêlaient doucement. Ce fut la
jeune fille qui retira sa main la première en baissant la tête.
— Je ferais mieux d’y aller, fit-elle l’air confuse.
— Sans doute, murmura Calem, Jarval va te raccompagner.
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Passant en revue la carte des environs de la ville vers laquelle son choix s’était
porté, il commenta à l’intention de son droïde.
— Comme nous ne savons rien des autochtones, et que Choupy représente
malgré tout notre seule chance de repartir d’ici, nous n’allons pas nous poser
trop près de cette cité. Il va falloir trouver un endroit isolé pour le cacher. Je
propose de passer par le nord. Il y a une chaine de hautes montagnes qui vont
nous permettre de nous dissimuler un maximum à des regards indiscrets et à
d’éventuels radars. Nous trouverons bien une vallée isolée pour nous poser en
toute sécurité, vu la faible densité de population des lieux.
Visiblement l’astromécano approuva dans une série de bips et de tonalités
ondulatoires.
Volant au raz des montagnes, le cargo continua sa route jusqu’à ce que son
pilote finisse par trouver ce qu’il souhaitait. Une étroite vallée perdue entre les
monts et, selon le scanner, vierge de toute présence humaine, l’ordinateur
n’ayant identifié que quelques animaux classiques de ce type d’environnement.
L’YT-1100 se posa en douceur sur une prairie verdoyante à l’herbe rase.
— Un vrai petit coin de paradis, s’exclama Hiivsha en descendant la rampe du
vaisseau. Rien n’y manque, hormis peut-être une petite ferme là-bas, près de la
rivière.
P2-A2 émit des bruits éloquents.
— Bien entendu, lui répondit le contrebandier, il y aurait une joie terrasse
fleurie, avec deux chaises longues pour prendre le soleil, moi et Isil, en sirotant
un bon cocktail que tu nous aurais apporté.
Le droïde se trémoussa au bout de ses bras-roulettes.
— J’aime les histoires qui finissent bien, laissa encore échapper l’Adarlonien
avec un gros soupir.
Puis il fit descendre de la soute une petite motojet.
— Tu vas rester ici, ordonna Hiivsha au droïde et t’enfermer dans le vaisseau.
Personne ne doit y pénétrer. En cas d’urgence, s’il y avait des complications qui
nécessitent que tu déplaces Choupy, fais-le et envoie-moi les nouvelles
coordonnées sur mon communicateur. Je compte sur toi P2 !
L’astromécano frétilla en émettant ses habituels sons électroniques.
— Oui, je vais essayer de revenir avec elle. Sois sage mon grand, j’espère ne
pas en avoir pour trop longtemps.
Il avait dit ces deux dernières phrases dans le seul but de rassurer son
compagnon électronique, ne sachant pas lui-même par quel bout il allait bien
pouvoir prendre cette quête. Ayant enfourché son speeder bike, il lança le
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L’eau de l’oubli
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25 - Le visiteur
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Le visiteur
— Je vois, je vois… laissa tomber Hiivsha qui ne voyait pas vraiment mais
essayait de se raccrocher à cette nouvelle réalité le plus rapidement possible. Et
la princesse… loge où ?
— Et où voulez-vous qu’elle loge, intervint Perlamine, au Palais pardi ! Là-bas,
ajouta-t-elle en pointant le doigt, à la Cité Royale qui se trouve au sommet de
cette colline.
Le contrebandier se leva.
— Mesdames, vous êtes adorables ! Malheureusement, je dois vous quitter
pour des affaires urgentes, mais je vous remercie infiniment de votre
coopération.
Tour à tour, il leur fit un baisemain qui les laissa toutes pantoises, avant de
s’éloigner précipitamment dans la direction indiquée.
— Que voilà un drôle d’oiseau, commenta madame Blando.
— Oui… mais un charmant garçon, ajouta madame Fricaste, il me rappelle mon
défunt époux, Gastor… vous l’avez connu ? Il avait ce même sourire ravageur et
ces yeux brillants d’une insolence pleine de douceur quand il prenait son ton
moqueur, et… asseyez-vous, Perlamine, vous me donnez le torticolis à vous
regarder…
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Le visiteur
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Le visiteur
des grilles. Ses gardes parlementèrent avec leurs homologues et ils purent
continuer leur chemin à travers d’autres couloirs suivis par des escaliers d’abord
étroits, puis plus larges et plus cossus. Hiivsha en déduisit qu’ils se trouvaient à
présent dans un bâtiment plus officiel. Ils débouchèrent à l’intérieur d’un grand
hall somptueusement décoré, grimpèrent l’une des rampes d’un double escalier
en arc de cercle qui débouchait sur une galerie ouverte sur les lieux. À travers les
larges baies vitrées, il put constater que le soir tombait et que le ciel s’était
obscurci sous l’effet de la perturbation orageuse évoquée par madame Fricaste
quelques heures plus tôt. Puis ils empruntèrent d’autres couloirs richement
moquettés et s’arrêtèrent devant une grande double porte aux dorures
éloquentes. L’un des gardes frappa, puis ouvrit l’un des battants et annonça.
— Voici la personne que vous souhaitiez voir, capitaine.
— Faites-la entrer, répondit une voix.
Le garde se tourna vers Hiivsha et l’invita à obéir d’un geste de la tête.
— Voulez-vous que nous restions, capitaine ?
L’homme en uniforme assis derrière un beau bureau de bois laqué eut un petit
signe de la main en direction des soldats.
— Attendez dans le couloir.
— Bien, capitaine, acquiesça le militaire en refermant la porte sur lui.
Un court silence eut lieu entre les deux hommes pendant qu’ils se jaugeaient
d’un regard, puis, sans se lever, l’officier désigna d’un doigt une chaise de l’autre
côté du bureau.
— Asseyez-vous, monsieur Inolmo.
Hiivsha remercia en s’exécutant. Jarval posa les coudes sur le bord du bureau,
puis le menton sur ses poings fermés.
— Je suis le capitaine Hor’Gardi, commandant de la Garde Royale du Palais,
commença-t-il d’une voix que le contrebandier jugea agréable quoiqu’au ton très
légèrement moqueur. On m’a expliqué que vous avez brandi une arme dans la
salle de service ?
— C’est exagéré, protesta faiblement Hiivsha avec un sourire indulgent. Il est
vrai que je portais une arme sous le bras, mais je n’ai ni tenté de m’en saisir, ni
eu l’intention de le faire. Je crains que vos hommes ne soient allés un peu vite en
besogne.
— Dans ce cas, je vous demanderai de bien vouloir les en excuser… nous
sommes en état d’alerte et quelqu’un se présentant au Palais sans rendez-vous
et armé leur a paru, à juste titre, suspect. Puis-je vous demander l’objet de votre
visite ?
— Bien entendu… je voulais rencontrer la princesse de… d’Austrie ?
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L’eau de l’oubli
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Le visiteur
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L’eau de l’oubli
— Je dois vous remercier, monsieur Inolmo, j’avoue que j’y vois à présent un
peu plus clair. Soit, je vais accéder à votre souhait. Nous allons nous rendre
d’abord auprès de Sa Majesté pour vous présenter à lui et demander à Son
Altesse Royale et princesse d’Austra de vous recevoir afin que vous puissiez vous
aussi, y voir plus clair… même s’il est certain que vous allez être déçu.
Hiivsha ne répondit pas en se levant à la suite du capitaine qui lui rendit la
datacarte, mais conserva le blaster qu’il glissa dans sa ceinture. En sortant, il
renvoya les quatre gardes qui attendaient toujours dans le couloir, et invita son
visiteur à le suivre.
Hiivsha put admirer les plus belles salles du palais en se rapprochant du bureau
du roi. Plusieurs gardes rencontrés se mirent au garde-à-vous sur leur passage.
Ils arrivèrent ainsi devant une splendide double porte entièrement sculptée à
l’or fin à laquelle Jarval frappa avant d’entrer.
La pièce était plongée dans une douce pénombre formée par des abat-jours
qui diffusaient à différents endroits une lumière tamisée, donnant aux lieux une
ambiance feutrée. Ils entrèrent en silence sur l’épais tapis et firent d’un regard le
tour de l’immense pièce. Il semblait n’y avoir personne. Mais très vite, Hiivsha
remarqua deux silhouettes debout dans l’embrasure d’une porte-fenêtre. Celle-
ci ouvrait sur une terrasse dominant un ensemble de verdure arborée, sans
doute les jardins du palais. Un homme et une femme discutaient à voix basse
dans l’obscurité de la nuit. Lorsque Jarval s’avança vers eux, Hiivsha suivit et
l’homme s’interrompit pour les regarder arriver. La femme leur tournait le dos et
on ne voyait que sa longue chevelure claire répandue en cascade sur ses épaules
dénudées. Elle portait une robe longue tombant jusqu’aux talons et serrée au
niveau de la taille. Le roi sembla surpris de les voir.
— Jarval ? Qu’y a-t-il ?
— Pardon de vous déranger, Sire, répondit protocolairement le capitaine qui
ne voulait pas paraître familier devant une tierce personne, mais ça m’a paru
important… j’ai ici quelqu’un qu’il va sûrement vous intéresser de connaître.
— Ah oui ? fit le monarque en effectuant deux pas vers eux.
Au même moment, la femme se retourna et une exclamation s’échappa des
lèvres du visiteur.
— Isil !
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26 - Qui est qui ?
— Isil !
Ce cri du cœur interpela les différentes personnes présentes tant son intensité
véhiculait d’émotion et de sentiments à fleur de peau. Incrédule, Calem
dévisagea l’homme sans savoir quoi dire, ni d’ailleurs quoi penser. Jarval, très
légèrement en retrait, observait la scène avec une attention soutenue à laquelle
il s’était préparé depuis son entretien avec le visiteur.
Visiblement perdue et interloquée, la jeune fille ne répondait rien et paraissait
se demander ce qui se passait. Devant son mutisme, Hiivsha reprit en faisant un
pas en avant.
— Isil, c’est moi… Hiivsha !
Elle fronça les sourcils dans le silence qui fit écho à cette déclaration et posa
les mains sur la base de son cou avec l’air pensif d’une personne essayant de
comprendre une situation qui lui échappe.
— Pardon ? finit-elle par répondre. Je suis désolée… je ne vous connais pas…
monsieur ?
Le contrebandier s’arrêta dans son élan et demeura bouche-bée en la
dévisageant attentivement. De longues secondes s’égrenèrent ainsi durant
lesquelles chaque protagoniste parut retenir son souffle. Puis la jeune fille reprit.
— Je m’appelle Iella Budhaasio, monsieur qui-que-vous-soyez… et je pense
que vous me confondez avec quelqu’un d’autre.
Un nouveau silence s’ensuivit, presque gênant mais que personne n’osa
rompre, puis Hiivsha secoua doucement sa tête en prenant un air désemparé.
— Je suis désolé… j’ai pourtant cru… vous lui ressemblez tellement… vous avez
le même visage, enfin, presque le même, et une voix tout à fait similaire mais
vous avez raison, ce n’est pas la voix d’Isil. Je vous prie de pardonner mon
intrusion.
Il se tourna vers Jarval.
— Je vous présente mes excuses, capitaine… je… je n’y comprends plus rien…
Ce dernier s’approcha de lui et tendit la main vers le monarque dont le silence
soulignait l’incompréhension qu’il avait de la scène.
— Je vous présente Sa Majesté Calem d’Édéna. Sire, Iella, permettez-moi de
vous présenter le capitaine Hiivsha Inolmo de la flotte de la République
Galactique de notre voisine galaxie.
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L’eau de l’oubli
Visiblement satisfait de son effet, Jarval attendit la suite un petit sourire aux
lèvres. Ce fut Calem qui réagit le premier.
— Vous venez d’une autre planète ? Comment ?
— Dans un vaisseau, Votre Majesté, un cargo modèle YT-1100 fabriqué par la
Corporation Technique Corellienne. Et je suis originaire de la planète Ardarlon. Je
suis ici à la recherche d’une amie qui s’est perdue dans l’hyperespace et j’ai
retrouvé son vaisseau crashé dans le grand désert à l’ouest de votre région.
— Une amie… cette… Isil ? demanda Iella qui avait subitement pâli.
— Oui, et je dois dire que vous lui ressemblez incroyablement.
À cet instant précis, l’une des portes du bureau du roi s’ouvrit. Un passage sans
doute réservé aux familiers car il donnait dans un petit recoin de la grande pièce,
et son accès se fondait dans le décor de façon presque invisible. Une autre jeune
femme blonde apparut dans la pénombre, qui s’exclama avec un petit rire gêné.
— Oh pardon, Calem, je pensais que tu étais seul, je ne voulais pas te
déranger. Tu es occupé ?
Pour la deuxième fois, leur visiteur s’écria.
— Isil ! Isil c’est bien toi ?
La nouvelle venue le regarda comme s’il était fou.
— Excusez-moi ? Monsieur ?
— Oui, Isil, c’est toi ! Ne me dis pas que tu ne me reconnais pas ?
La princesse eut un autre petit rire gêné et regarda fugitivement ses amis.
— Vous reconnaître ? Non, je ne pense pas… je doute que nous nous soyons
déjà rencontrés !
Jarval intervint.
— Je vous présente la princesse Sali, fille du roi Tyendal d’Austra.
Hiivsha tourna un regard presque hagard vers le commandant de la Garde.
— Non… non, c’est impossible, cette fois j’en suis certain, c’est Isil ! C’est elle,
c’est sa voix, je ne peux pas me tromper… je sais que je ne me trompe pas ! Elle
s’appelle Isil Kal’Andil et de son nom de naissance, Valdarra, fille du général Jann
Valdarra et de Jaina Zilar sa mère ! Elle est née sur la planète Corellia !
Sali le regardait avec de grands yeux effarouchés.
— Cet homme est fou, Calem ? Je te jure que je ne le connais pas ! Mais
qu’est-ce qui se passe ici ?
Le roi fit deux pas pour se rapprocher de son visiteur.
— Monsieur, vous parlez de la princesse Sali, ma future épouse ! Je vous
garantis qu’elle ne peut être celle que vous pensez ! Je comprends tout à fait
votre désir légitime de retrouver votre amie, mais voyez… déjà, il y a une minute,
378
Qui est qui ?
vous avez pris mademoiselle Budhaasio pour cette amie avant de reconnaître
vous être trompé. Vous faites de nouveau fausse route !
Hiivsha secoua obstinément la tête.
— Non, Sire, je ne me trompe pas, croyez-moi. Je connais Isil par cœur, je… je
l’aime profondément et je sais quand je me trompe et quand je ne me trompe
pas ! Cette jeune femme est mon amie. C’est un chevalier Jedi… je ne comprends
pas… Isil, dis-moi que tu me reconnais, je t’en prie.
La princesse eut un geste négatif.
— Je suis désolée… non… je ne suis pas celle que vous croyez… je vous
demande de partir d’ici !
Le contrebandier se rapprocha un peu et l’examina soigneusement, ses yeux
dans les siens pour tenter d’y déceler une raison à ses dénégations, mais il n’y
trouva rien. La princesse ne mentait pas. Il se retourna vers Jarval de l’air de
quelqu’un qui ne sait plus quoi faire.
— Elle ne se rappelle plus de rien ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ?
Le capitaine répliqua aussitôt d’une voix tranchante.
— Fait ? Que voulez-vous dire ? Nous ne lui avons rien fait ! Il semble évident
que cette personne n’est pas celle que vous cherchez, voilà tout. Je voulais juste
en avoir le cœur net en vous emmenant ici, voilà qui est fait. Mais si vous
voulez…
Sa voix se radoucit un peu.
— … nous pourrons vous aider à retrouver votre amie si elle est encore en vie !
Iella s’avança alors pour venir au niveau du groupe qui s’était constitué autour
de la princesse.
— Calem, Jarval… Sali… je suis désolée… je suis sincèrement désolée… mais cet
homme dit la vérité !
La foudre tombant au milieu de la pièce n’aurait pas eu plus d’effet sur les
personnes présentes que l’intervention de la jeune fille. Un long silence
surréaliste accompagna sa déclaration. Iella se mit en face de Sali et posa les
mains sur ses épaules.
— Je te demande pardon, Sali… ou plutôt Isil, maintenant que je connais ton
véritable nom, je te demande pardon pour ce que je t’ai fait.
La princesse dodelinait lentement de la tête des larmes au bord des yeux et
bégaya.
— Non… non… Iella… que veux-tu dire ?
— Je veux dire que tu n’es pas la princesse Sali… c’est… c’est moi… la princesse
Sali d’Austra… c’est moi.
379
L’eau de l’oubli
Sa voix était aussi douce que possible comme celle qu’une mère aurait prise
pour parler à son enfant malade.
— Non… non… répétait Isil, je suis Sali… je le sais bien… je sais que c’est moi…
c’est moi Sali…
— Ce sont mes souvenirs que je t’ai donnés, Isil, lorsqu’on t’a ramenée à ma
mère…
— Mais enfin, s’exclama Calem d’une voix où transperçait une certaine
exaspération, qu’est-ce que tu racontes, Iella ? Explique-toi, je t’en conjure !
Dans leur dos, le capitaine Jarval s’était reculé jusqu’au bureau du roi et parlait
à voix basse dans un appareil de communication, mais personne n’y prêta
attention.
— D’accord, Calem, je vais m’expliquer mais asseyons-nous, ça vaudra mieux.
Prenant la princesse par le bras, elle se dirigea vers un coin salon pour s’asseoir
à côté d’elle sur un divan tandis que, machinalement, le roi et Hiivsha les
suivaient pour faire de même dans des fauteuils installés tout près. Iella reprit en
gardant dans ses mains celles de Sali. Sa voix était cassée et elle faisait à présent
un effort pour éviter qu’elle ne se brise complètement.
— Je vous demande pardon à tous… on a retrouvé Isil aux portes du désert,
dans une petite bourgade non loin de Meriik. Des paysans l’ont retrouvée dans
le coma au bord d’une rivière. Elle avait bu l’Eau de l’Oubli.
— L’Eau de l’Oubli ? interrompit Hiivsha, qu’est-ce que c’est ?
En quelques mots, Iella lui expliqua la particularité de l’eau de la planète. Le
contrebandier marmonna.
— Et dire que j’ai moi-même failli en boire cet après-midi ! Il semble que les
dieux veillaient sur moi.
Mais cela n’intéressait personne et Iella reprit son histoire.
— Les gens ont compris qu’elle n’était pas d’ici et l’ont amenée à ma mère,
Yaduli, la prêtresse du temple de Meriik, comme l’exigent les vieilles coutumes.
Moi, je venais d’arriver…
Là, Iella fit une pause en se tournant vers Calem, l’air éplorée.
— Je voudrais que tu me comprennes… on ne s’était pas revus depuis notre
enfance et je voulais entrer au Temple, devenir moi aussi prêtresse… depuis que
ma mère avait quitté mon père et s’était installée secrètement à Meriik. Quand
je suis arrivée sur le sol d’Édinu, à Hiotros, notre caravane a continué par voie de
terre vers Meriik. Je voulais voir ma mère et lui demander conseil. Je ne savais
pas si je voulais vraiment devenir reine d’Édinu et j’avais peur…
— Peur… de moi ? balbutia le monarque.
Iella baissa les yeux.
380
Qui est qui ?
— Oui… peur que tes sentiments ne soient plus les mêmes… et je n’étais
même pas certaine des miens… cela faisait si longtemps, tu comprends ? Alors la
caravane s’est installée en dehors du village, à l’écart pour ne pas qu’on sache à
qui elle appartenait, et je me suis rendue discrètement chez Yaduli, ma mère.
— Mais ta mère ne s’appelait-elle pas Mhala ? l’interrompit le roi.
— Si, mais en s’installant à Meriik, elle avait changé son nom pour que père
perde sa trace. Il avait fini par croire à sa mort. J’étais là, cachée derrière une
tenture, lorsqu’on a amené une jeune femme dans le coma. La ressemblance
était frappante… plus que frappante, même ma mère n’en revenait pas. J’avais
devant moi un sosie parfait. Il n’y avait que la coupe de cheveux à arranger
légèrement. J’ai de suite compris le parti que je pouvais tirer de ce qu’Édin
m’envoyait comme cadeau. Pendant trois jours, j’ai reconditionné la mémoire de
l’inconnue en lui donnant tous mes souvenirs. Je lui ai appris l’histoire d’Austra,
celle d’Édéna, je lui ai appris… notre histoire, Calem, tout ce dont je me
souvenais. Les odeurs, les… les sentiments… ma façon de parler… tout ce qu’il
fallait pour qu’elle fasse une princesse Sali crédible.
Elle baissa la tête.
— Ma mère était contre et Namina a cru devenir folle lorsque elle a compris ce
que je faisais, mais je lui ai fait jurer le secret et je lui ai fait promettre de servir
cette inconnue comme elle m’aurait servie moi-même. Avec Namina à ses côtés,
l’illusion était parfaite pour tout le monde. Pensez-vous, la nounou ! Les gens ne
voient que ce qu’ils veulent voir et croient ce qu’on veut bien leur faire croire.
Sa voix était devenue grave, presque inaudible, mais le silence autour d’elle
était total.
— Au bout de ces trois jours, l’inconnue… Isil, était devenue Sali, c'est-à-dire
moi. La seule chose que j’ai changée, a été de lui faire croire que sa mère était
morte, que Yaduli n’était qu’une proche amie de celle-ci et que c’était pour la
voir qu’elle avait voulu s’arrêter à Meriik. Ensuite, la nouvelle princesse d’Austra
accompagnée de sa nounou, a rejoint la caravane qui a repris la route d’Édinu.
J’étais enfin libre. Libre de devenir prêtresse d’Édin, libérée d’un mariage
convenu de tout temps sans même l’accord des intéressés. Namina devait par la
suite me tenir informée de ce qui se passerait.
Elle s’arrêta et déglutit bruyamment dans sa gorge sèche.
— C’était sans compter l’attaque de Meriik par les Kiathes, mon enlèvement,
ma vente comme esclave et votre venue chez Gau’Am-Soor… les fils du destin
que Édin a tissés autour de moi sont bien trop compliqués pour que je puisse les
comprendre… quand par la suite, je me suis rendue compte que je t’aimais
toujours et que, sans aucun doute, tu m’aimais encore, les choses sont devenues
381
L’eau de l’oubli
encore plus complexes et plus douloureuses pour moi car je ne savais plus quoi
faire.
— Mon dieu, bafouilla le jeune monarque qui essayait d’assimilait ce que ses
oreilles entendaient.
La princesse Sali, en passe de redevenir Isil, une inconnue à ses propres yeux,
réagit violemment et repoussa les mains d’Iella qui tenait encore les siennes.
— Non, ça suffit ! Je ne puis écouter plus longtemps ces folles assertions
mensongères ! C’est le délire d’une mythomane qui essaye de prendre ma place
et me voler mon fiancé ! Calem, je veux que tu fasses cesser sur le champ cette
comédie ! J’exige que Iella quitte le Palais séance tenante pour ne plus jamais y
reparaître, fais-la expulser par la garde ou je le fais moi-même !
Elle s’était dressée, toute droite, debout, drapée dans un linceul d’offense qui
avait failli l’anéantir. Son regard défiait tour à tour chacun de ceux qui
l’observaient. Calem fort embarrassé regardait alternativement sa fiancée et
Iella dont l’air éploré faisait pitié à voir. Cette dernière se tourna vers lui.
— Si c’est ce que tu veux, Calem, je t’obéirai et je repartirai… je quitterai ta vie
comme j’avais prévu de le faire avant…
— Mais c’est insensé, les coupa Hiivsha qui suivait son idée, Isil ne peut pas
avoir ainsi disparu au profit du clone mémoriel de quelqu’un d’autre ! Ne me
dites pas que vous avez pu lui donner tous vos souvenirs… tous, intégralement !
Iella sourit pauvrement à l’inconnu. Elle savait ce qu’il ressentait à ce moment
précis.
— Je lui ai donné le plus que je pouvais… pas forcément tous, mais
suffisamment pour que l’illusion soit crédible… après tous, nous-mêmes, nous
oublions les choses au fil du temps…
— Mais si vous n’aviez pas fait ce… travail… ce transfert… enfin, je ne sais
même pas quel mot employer, cette reconstruction, que se serait-il passé ?
— D’après les textes, une victime de l’Eau de l’Oubli doit être présentée au
Temple et il appartient au prêtre de décider quelle personnalité forger à celui
dont la mémoire est vierge. Si passé trois jours rien n’a été entrepris, la personne
est perdue, sa mémoire est vide et elle n’a plus de passé… que le néant pour
souvenir. C’est souvent fatal à sa raison. C’est pourquoi il vaut mieux lui donner
une individualité artificielle que de la laisser sans rien.
— C’est absurde ! coupa celle qui était encore, pour elle en tout cas, la
princesse Sali. Mes souvenirs ne peuvent avoir été inventés, pas plus qu’on n’a
pu me les transmettre.
Un élan la porta jusqu’au roi devant lequel elle tomba à genoux avant de lui
prendre les mains.
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Qui est qui ?
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L’eau de l’oubli
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Qui est qui ?
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L’eau de l’oubli
Hiivsha se rua à travers la pièce tandis que Calem s’effondrait au sol sous le
poids jumelé de Sali, dont le corps était devenu inerte, et celui de Jarval qui
venait de le plaquer pour le protéger d’un éventuel nouveau tir.
L’ombre furtive repassa l’embrasure des portes-fenêtres comme Hiivsha
arrivait aux rideaux, et les bras de ce dernier se refermèrent sur le vide.
— Il s’enfuit ! cria Isil en accourant à son tour.
Le contrebandier passa sur la terrasse au bout de laquelle, dans la pénombre
de la nuit, il distingua une forme qui grimpait à une corde le long du mur.
— Il monte vers le toit ! s’exclama-t-il en se lançant à sa poursuite.
— Tout va bien, Calem ? demanda Jarval en se relevant.
— Oui, vas-y ! répondit le monarque.
Le capitaine se rua sur la terrasse à temps pour voir Hiivsha dégringoler
d’environ deux mètres, tenant un bout de corde coupée net. Ce dernier se remit
debout en se massant les reins et leva la tête. La silhouette noire était déjà
presque au niveau des toits du palais.
— Isil ! cria le contrebandier, arrête-le !
La jeune fille hésita, stupéfaite.
— Mais comment ? Je ne sais pas voler !
— Sers-toi de la Force ! En un saut tu peux être là-haut !
Perdue, elle secoua la tête.
— Je ne sais pas comment faire, je suis désolée.
Jarval posa la main sur l’épaule du contrebandier.
— Vite, à l’ascenseur !
Ils partirent en courant, retraversèrent la pièce, ouvrirent les grandes portes
en catastrophe et bondirent dans le couloir. Jarval cria à l’adresse des
factionnaires stupéfaits.
— Sonnez l’alerte générale ! Bouclez le Palais et la Cité ! Je veux que personne
n’en sorte !
Pendant que les gardes se ruaient vers le plus proche communicateur, Jarval et
Hiivsha arrivaient devant l’ascenseur qui s’ouvrit aussitôt. D’un doigt fébrile,
l’officier appuya plusieurs fois sur le dernier bouton et la cabine démarra.
Quelques secondes plus tard, elle s’arrêtait et les portes se rouvraient. Jarval
emprunta un petit escalier qui grimpait et enfonça littéralement la petite porte
qui donnait sur les toits, cherchant dans l’obscurité la forme de l’assassin. Au
même moment, des sirènes se mirent à hurler et, par-ci par-là, des projecteurs
trouèrent les ténèbres. Une rafale de vent souleva leurs cheveux. L’orage qu’ils
avaient laissé dans le sud la veille venait de rejoindre la capitale.
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Qui est qui ?
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L’eau de l’oubli
Quand ils entrèrent dans le bureau, il y avait d’autres personnes auprès de Sali
et du roi, et des gardes circulaient nombreux dans les couloirs. La princesse était
allongée sur le divan et un homme en blouse blanche, qu’Hiivsha reconnut
aussitôt comme étant le médecin qui l’avait examiné un peu plus tôt dans la
journée, était incliné sur elle. Jarval se pencha à l’oreille du contrebandier pour
lui expliquer les choses. C’est ainsi que ce dernier apprit que le jeune homme qui
se tenait également aux côtés de Calem était le prince Taimi, le frère du roi, et la
jeune femme aux cheveux rouges, la duchesse Dolmie de Tamburu, sa maîtresse.
Dans le couloir un Twi’lek qui venait d’arriver discutait avec un officier de la
garde et semblait lui donner des ordres. Hiivsha apprit qu’il s’agissait d’Orn
Mitra, le ministre de la sécurité du territoire.
Les deux hommes se rapprochèrent doucement du petit groupe de personnes
rassemblées autour du roi, parmi lesquelles Isil qui se tenait silencieuse. Jarval
murmura à l’oreille du monarque.
— Comment va-t-elle ?
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Qui est qui ?
Pour toute réponse, Calem baissa la tête, le visage grave. Le médecin parut
avoir fini ses premières constatations et se releva. Lui aussi avait le visage grave
et c’est empreint d’une certaine émotion qu’il confia au souverain.
— D’après ce que je peux en conclure immédiatement, elle a été foudroyée
par de l’extrait de bantanaï… c’est un poison violent… elle est dans le coma.
— Vous allez la sauver, docteur, n’est-ce pas ?
Le praticien secoua négativement la tête.
— Je suis désolé, Sire, il n’y a pas d’issue heureuse à attendre d’un tel
empoisonnement. Elle va rester en vie durant deux ou trois jours, guère plus,
puis son cœur va s’arrêter de battre… c’est une toxine contre laquelle, hélas, il
n’y a pas d’antidote !
389
27 - Le Temple d’Édin
Le sol se serait ouvert sous les pieds du monarque, qu’il n’en aurait pas paru
plus désespéré. Ses joues avaient atrocement pâli et sa lèvre inférieure
tremblotait. Ses yeux d’ordinaire si décidés et sûrs d’eux-mêmes, avaient perdu
leur éclat et semblaient s’être vidés de toute volonté. Désemparée, Isil
s’approcha de lui et vint se blottir contre son torse.
— Elle… elle m’a sauvé la vie, bégaya-t-il, elle… elle s’est… sacrifiée pour moi…
— Je ne sais pas quoi dire, murmura la jeune fille qu’il avait machinalement
entourée de ses bras. Il faut trouver un moyen… il doit y avoir un moyen.
Le docteur secoua de nouveau la tête.
— Hélas, ma pauvre enfant… il faudrait un miracle…
Hiivsha qui s’était lui aussi rapproché, lâcha en soupirant.
— Il faudrait Isil… la Isil que je connaissais…
— Pourquoi dites-vous cela, capitaine Inolmo ? demanda Jarval à voix basse.
Au même moment, Gil entra dans la pièce en courant, s’arrêta, regarda la
scène, aperçut celle qui pour lui était toujours Iella et se précipita vers elle en se
jetant à genoux.
— Non, non ! Que s’est-il passé ? pleura-t-il en interrogeant ses amis du
regard.
Calem parut reprendre vie et s’approcha de l’adolescent pour poser une main
sur son épaule.
— Je dois te dire quelque chose, Gil… et toi aussi Taimi, lança-t-il à l’adresse de
son cadet qui se rapprocha avec Diva à son bras… vous aussi, monsieur le
ministre, ajouta-t-il à l’adresse de Orn Mitra non loin de là.
En quelques mots sobres, Calem expliqua ce qui venait de se passer et
comment la jeune femme qui gisait, presque morte, sur le divan, était la vraie
princesse d’Austra. Ses explications provoquèrent de vives réactions de la part
d’un Taimi incrédule, mais Namina était là et apporta sa caution au roi.
— C’est une histoire incroyable, s’exclama le prince, j’ai du mal à croire tout
cela… mais qui est donc réellement cette femme ? ajouta-t-il en désignant Isil de
la main.
— Une étrangère à notre monde, répondit Jarval, une pilote d’astronef égarée
dans l’hyperespace et victime de la nébuleuse.
— Une amie à moi, intervint Hiivsha qui expliqua à son tour en quelques mots
d’où il venait.
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Le Temple d’Édin
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L’eau de l’oubli
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Le Temple d’Édin
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L’eau de l’oubli
d’Isil, de Calem et d’Hiivsha. Le prince et Diva restèrent avec Orn Mitra. Les yeux
de la Theelin brillaient d’un éclat intense qui révélait une profonde réflexion. Le
plan B n’avait pas fonctionné comme il le devait. Décidément, il ne faisait pas
bon faire confiance aux subordonnés ! En revanche, la nouvelle situation
entrouvrait pour la Sith de nouvelles perspectives fort intéressantes et une
occasion à ne pas manquer.
Dans le couloir, Namina arrêta Calem par le bras et lui glissa quelque chose à
l’oreille avant de s’éclipser.
Le brancard fut solidement assujetti sur les deux sièges arrière du dragonnal
de Calem pour qu’il ne puisse pas bouger et Sali elle-même fut
consciencieusement attachée afin de ne pas tomber, et ce quelles que soient les
positions que l’animal pourrait prendre en vol. Elle fut soigneusement
enveloppée dans une couverture de survie destinée à la protéger du froid de
l’altitude et on lui plaqua sur le visage un masque relié à un petit appareil
d’oxygène. Isil guida un Hiivsha hautement perplexe vers Kro’Moo.
— C’est réellement un moyen de transport ? demanda-t-il en s’approchant des
animaux.
Sa perplexité arracha un pauvre sourire à la Padawan.
— Vous avez peur de l’altitude, monsieur Inolmo ?
Ce dernier se cabra.
— Isil… rien que le fait que tu m’appelles ainsi me donne des frissons d’horreur
dans le dos. Je sais que tu n’es pas celle que tu devrais être, mais crois-moi, nous
sommes proches, très proches… ou du moins nous l’étions.
— Vous ne voulez tout de même pas dire que nous étions… amants ?
s’insurgea presque la jeune fille.
Hiivsha eut du mal à cacher un sourire embarrassé et biaisa du regard pour ne
pas l’affronter dans les yeux.
— À vrai dire, les circonstances font que… tout porte à le croire… même plus
qu’à le croire… c’est un fait avéré.
— Comment ? Vous et moi ? s’indigna Isil.
— Eh bien quoi ? soupira Hiivsha presque vexé, tu m’as trouvé à ton goût dès
que tu as posé les yeux sur moi… pour me voler mon vaisseau, qui plus est !
— Peuh, laissa tomber la jeune fille qui ne voulait pas en démordre… nous en
reparlerons, monsieur In…
— En tout cas, cesse de m’appeler comme ça ! s’écria-t-il exaspéré. J’ai horreur
qu’on m’appelle ainsi… toi surtout, ajouta-t-il en pointant son index vers elle.
D’abord tu ne me vouvoies jamais, et ensuite tu m’appelles Hiivsha…
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Le Temple d’Édin
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L’eau de l’oubli
Ils survolaient depuis plus de deux heures sous la fade lueur de la lune
d’Édéna, l’imposant massif des Montagnes du Nord qui s’étendait à perte de vue
quelle que soit la direction vers laquelle pointait le regard. Le ciel au nord était
dégagé, la barrière nuageuse de la tempête venue du sud se trouvait derrière
eux, ombre menaçante d’un noir d’encre qui pâlissait de temps en temps sous la
lumière de l’orage se déversant sur la capitale. Si le Temple d’Édin était perdu
dans une telle immensité, il n’était guère étonnant qu’il soit resté caché depuis si
longtemps aux yeux du commun des mortels, pensa le contrebandier.
Le roi attira leur attention en se raclant la gorge puis pointa un index en
direction d’une montagne bien plus haute que les autres dont la forme était plus
qu’évocatrice.
— Le Mont Spectra, annonça-t-il dans son micro, le point culminant du
royaume.
— Mais, c’est un volcan ? interrogea Hiivsha en s’efforçant d’en discerner les
contours.
— Tout à fait exact, capitaine, un volcan actif. Mais il n’est plus entré en
éruption depuis plusieurs millénaires. Son centre abrite un lac de lave encore en
fusion qui a la particularité de chauffer les nappes phréatiques de la région.
Lorsque Calem entama une lente descente, Hiivsha observa autour de lui mais
ne vit rien de particulier dans la pénombre nocturne. Des montagnes plus
serrées que jamais occupaient tout l’espace en dessous d’eux à perte de vue. Le
roi s’engagea dans l’une des rares vallées présentes, étendue herbeuse et boisée
de hauts sapins, parcourue de petits gaves qui scintillaient sous la lune. Les lieux
ne recélaient a priori aucune présence humaine. Quelques instants plus tard, son
dragonnal touchait le sol et se dirigeait vers le versant nord de la vallée avant de
s’arrêter à l’entrée d’un défilé taillé dans la montagne comme par le couteau
d’un géant.
Comme Calem sautait à terre, une demi-douzaine d’hommes surgirent de
l’ombre de la faille, montés sur des corinals et se dirigèrent silencieusement vers
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Le Temple d’Édin
eux. Hiivsha posa la main sur la crosse de son blaster, mais vu l’attitude sereine
du monarque, il renonça à le tirer de son holster et mit à son tour pied à terre
imité par Isil.
Les chevaucheurs étaient tout vêtus de blanc, des pieds à la tête qu’ils avaient
emmitouflée dans un chèche qui ne laissait entrevoir que des yeux scrutateurs.
— Ce sont des gardes du Temple, expliqua Calem. Ils viennent pour prendre
soin de nos dragonnaux durant notre absence et nous prêter des montures car il
est impossible de se poser dans la vallée sacrée… vous comprendrez bientôt
pourquoi.
L’heure n’étant pas aux questions, Hiivsha et Isil laissèrent le roi s’entretenir à
voix basse avec les hommes. L’un des corinals tractait une sorte de véhicule en
sustentation dans l’air, genre de plateau à hauts rebords sur lequel ils
installèrent le corps inerte de Sali. On présenta à Isil et Hiivsha une monture
pour chacun d’eux, sur laquelle ils furent invités à monter. Cinq gardes restèrent
sur place avec les dragonnaux et le reste des montures. Le dernier monta sur le
véhicule transportant la princesse puis, Calem en tête, le petit cortège s’enfonça
dans le défilé.
L’étroit chemin rocheux sinuait entre les parois de la montagne qui semblaient
vouloir les écraser de toute leur hauteur. Hiivsha fermait la marche derrière Isil
et scrutait attentivement les ombres que projetaient les quelques taillis et les
rares arbres qui occupaient les lieux.
— Un endroit propice à une embuscade, marmonna-t-il à mi-voix.
La Padawan qui avait entendu tourna la tête pour jeter un regard vers lui.
— À condition de connaître cet endroit, objecta-t-elle. Comment trouver un
pareil passage au milieu d’un tel massif montagneux ?
— Certes… n’empêche que pour une embuscade…
Le reste de sa phrase resta inaudible.
Le chemin grimpait régulièrement, puis ils parvinrent dans un petit cirque
d’une trentaine de mètres de diamètre. Immédiatement, Isil et Hiivsha
remarquèrent qu’il n’y avait aucune issue. La paroi de roche faisait le tour de
l’endroit sans aucun autre passage que celui par lequel ils venaient d’arriver. Le
contrebandier railla à l’oreille de la Padawan.
— On dirait qu’on s’est trompé de chemin, non ?
La voix sarcastique du roi lui répondit.
— Votre moquerie est bien compréhensible, capitaine, mais ne vous fiez pas à
ce que voient vos yeux.
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L’eau de l’oubli
— Mais enfin, Sire, il n’y a aucune issue à ce défilé… je veux dire autre que le
chemin que vous venons d’emprunter.
Calem, un sourire aux lèvres avait fait faire demi-tour à sa monture laissant le
garde prendre la tête avec le véhicule qui transportait Sali, et vint prendre place
aux côtés d’Isil et d’Hiivsha.
— Quelle certitude, monsieur Inolmo… Hiivsha… si vous me le permettez - ce
dernier acquiesça d’un signe de tête - laissez-moi alors vous montrer un tour de
magie !
L’homme en blanc dirigeait à présent son corinal dans un recoin du cirque,
tout droit vers la muraille inébranlable, tranquillement au pas, comme s’il n’avait
pas l’intention de s’arrêter.
— Où va-t-il ainsi ? demanda le contrebandier.
— Où nous allons tous, au Temple, répondit le monarque avec un grand
sourire devant l’air stupéfait de son compagnon de voyage.
— Mais, il n’y a pas de che… commença Hiivsha comme la monture de
l’homme arrivait tout contre la roche.
L’instant d’après, le contrebandier crut perdre la raison. La montagne était en
train d’avaler sous ses yeux le véhicule de transport qui disparaissait au fur et à
mesure qu’il avançait.
— Mais… c’est…
Puis il cessa complètement d’être visible.
— Impossible ? railla à son tour le souverain le visage amusé.
— Mais… comment ?
La voix posée, presque froide d’Isil lui répondit.
— C’est une projection holographique, un leurre visuel, un holocamoufflage
qui dissimule le reste du passage. Très efficace. Qui aurait envie de se cogner la
tête à la montagne ?
— Suivez-moi, invita Calem, restez bien derrière moi sinon gare à la bosse !
Il ponctua sa phrase par un petit rire puis fit avancer sa monture vers l’étrange
illusion dans laquelle il se fondit à son tour. Hiivsha se força à le suivre en
s’obligeant à penser tout autrement que ce que voyaient ses yeux. La paroi se
rapprocha de lui jusqu’à être tout près puis l’illusion disparut et il se retrouva à
l’intérieur d’un défilé similaire à celui qu’ils venaient de quitter. Quatre gardes
blancs les attendaient et prirent en silence la tête du convoi. Le chemin
descendait en pente douce à présent et serpentait entre les parois en virages
serrés. Puis à la sortie d’un virage, Calem s’arrêta pour donner le temps à ses
suiveurs de le rattraper. Une exclamation de surprise s’échappa simultanément
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galaxie autour de nous… ou proche de nous selon ce que vous avez expliqué à
Jarval.
— Je vous assure qu’il y en a une, affirma Hiivsha.
— Mais je vous crois, rétorqua le roi avec un grand sourire, je vous crois.
L’escorte avançait à présent au petit trot sur une route dallée qui traversait
une plaine rase peuplée d’arbres fruitiers. Les dômes devenaient de plus en plus
visibles au fur et à mesure qu’ils approchaient, ainsi que les galeries éclairées qui
les reliaient. Ces dernières couraient d’un bâtiment à l’autre, en arc de cercle,
parallèles à la circonférence de la vaste dalle blanche qu’ils avaient aperçue
depuis la montagne, et en bordure de laquelle se dressaient les bâtiments qui
constituaient le Temple. Puis ils parvinrent enfin sur celle-ci. Cette esplanade
était impressionnante tant par sa taille que par sa forme très légèrement
bombée. Son revêtement ne rappelait rien de connu à Hiivsha. Ce n’était ni du
marbre, ni du permabéton, ni du duracier. C’était une matière blanche, très
légèrement veinée de crème, qui paraissait allier la solidité du marbre et la
souplesse du plastacier.
— Curieux revêtement, observa-t-il à haute voix. Je ne connais rien de tel.
— Cette matière reste un mystère pour nos savants, répondit Calem. Enfin, je
veux dire que si nous avons su la fabriquer, il y a longtemps, ce savoir s’est perdu
au fil des millénaires. Des industriels ont bien essayé de synthétiser un tel
polymère mais sans succès. Elle n’a même pas de nom mais évidemment, il se
trouve toujours des croyants pour la baptiser « la matière d’Édin ».
— Et toi, qu’en penses-tu Calem, demanda Isil qui s’était rapprochée d’eux.
— Je n’ai pas de théorie favorite. Matière d’Édin, savoir ancien perdu… c’est le
lot des civilisations très anciennes de se poser ce genre de questions, je suppose.
Peut-être que si nous reprenions un essor technologique, nous redeviendrions
capables de fabriquer une telle chose.
— Inventez d’abord une industrie non polluante, proposa Hiivsha d’un ton mi-
figue, mi-raisin.
— Mmm… le peuple d’Édéna a tout ce qu’il lui faut pour être heureux avec un
minimum d’industries. Pourquoi voulez-vous revenir à la course du bien-être
forcé d’une société hyper-consommatrice et destructrice des ressources
naturelles de la planète ? Nous avons appris à revenir à l’essentiel et à limiter le
superflu au strict nécessaire. C’est aussi bien comme ça en ce qui me concerne.
— Je suis d’accord, enchaîna Isil. Tant que chacun y trouve un juste bonheur.
Le contrebandier soupira.
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femmes s’arrêtèrent en haut des marches et s’alignèrent autour d’Isil. Les six
membres du Conseil se répartirent deux par deux sur les trois autres côtés tandis
que Calem et Emon’Ho s’étaient placés juste derrière la Padawan avec Hiivsha.
Au fond du temple, devant eux, se dressait une immense statue représentant
deux formes humaines fusionnées par le dos en opposition. L’une homme,
l’autre femme.
— Voici Édin, le père et la mère de toute vie, déclama le Grand Prêtre les bras
levés. Voici le Créateur d’Édéna et de tout l’univers. L’Eau de la Vie est sa
substance divine qui résume en elle toute l’histoire du monde depuis ses
origines. Elle contient la mémoire de nos ancêtres et nous donne la vie. Elle est
le début et la fin de toute chose. Celui qui l’Eau boira, vierge au monde naîtra.
Celui qui s’y noiera lui-même renaîtra. Ô grand Édin, nous demandons le
bara’ama pour cette jeune étrangère afin que tu lui rendes ce que tu lui as pris
et qu’à son tour elle guérisse notre sœur Sali.
Un chant inconnu s’éleva en réponse à l’exhortation d’Emon’Ho, doux et
nostalgique, d’un unisson qui fit frissonner Hiivsha, à moins que ce ne fut autre
chose qui provoqua cette onde glacée qui parcourut sa colonne vertébrale. Des
mots tels que suicide, meurtre, folie, venaient se collisionner dans son esprit
torturé à tel point qu’il commençait à envier le calme apparent ou même le
détachement dont faisait preuve la Padawan.
— Il est temps de rejoindre Édin, prononça Emon’Ho d’une voix claire en
posant une main entre les omoplates d’Isil pendant que l’assemblée continuait
de psalmodier des choses incompréhensibles.
La Padawan hésita un instant puis s’avança lentement pour descendre les
marches. L’eau était agréablement tiède mais son contact la fit frissonner malgré
tout. Résistant à la peur qui montait en elle, elle continua à descendre jusqu’au
bas des marches, de l’eau jusqu’à la taille. Tout autour d’elle ce n’étaient que
visages transcendés par une fervente prière et des voix qui semblaient répéter
inlassablement une phrase qu’elle ne comprenait pas et dont le volume allait en
s’accroissant. Quelques pas la portèrent presque jusqu’au milieu de la piscine.
Elle avait désormais de l’eau jusqu’au cou. Il ne lui restait plus qu’à se laisser
couler et tout serait fini. Il lui fallait s’immerger, ouvrir grand la bouche, expirer
tout l’air de ses poumons puis inspirer à fond aussi fortement qu’il lui était
possible de faire. Mais il y avait un monde entre ce « il suffisait de » et le réaliser.
Comment pouvait-on se noyer volontairement ? Comment pouvait-elle le faire ?
Lentement, elle se retourna et fit face à l’endroit d’où elle était descendue.
Son regard terrifié en disait long sur l’ouragan qui la dévastait intérieurement.
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Mourir pour Sali
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L’eau de l’oubli
— Je sais, fut tout ce qu’elle réussit à répondre en passant ses bras autour de
son torse pour se blottir contre lui.
Alors, le cœur battant à se rompre, il passa une main derrière sa nuque pour
lui maintenir la tête contre sa poitrine et l’autre autour de sa taille pour
l’enserrer fermement, puis il se laissa glisser dans l’eau en l’entraînant avec lui.
Les chants avaient redoublé d’intensité dans le temple et tous les regards
étaient rivés sur les deux silhouettes que l’eau cristalline ne pouvait dissimuler à
leurs yeux. Le cœur de Calem parut se figer dans sa poitrine et sa respiration
cessa en même temps que les deux corps avaient plongé sous la surface.
— Ne lutte pas, pensa Hiivsha comme une prière silencieuse.
Il sentait tout contre lui le corps chaud et tendre de la Padawan s’abandonner
à son étreinte mortelle et ne put s’empêcher de penser à ces animaux qu’on
mène à l’abattoir. Se soulevant sur ses jambes, il remonta légèrement à la
surface, juste assez pour reprendre son souffle. Il dominait Isil d’une tête et
s’assura que celle de la jeune fille n’émerge pas. Puis il replongea sous l’eau.
Soudain, il la sentit. Elle secouait son visage contre son torse comme pour lui
signifier qu’elle ne voulait plus, qu’elle abandonnait, qu’elle voulait vivre. Puis
ses mains se crispèrent dans son dos. Il les sentait se débattre, s’agripper à sa
chemise dont les pans flottaient au gré du léger courant. Les ongles de sa victime
s’enfoncèrent dans sa peau comme pour tenter de saisir une ultime planche de
salut trop difficile à attraper. D’une pression de la main, il affermit la prise qu’il
avait sur son cou, long et fin, si propice à de tendres baisers, les maxillaires
serrés, les muscles crispés et appuya le doux visage contre son cœur du plus fort
qu’il le put. Il comprit que la jeune fille était à bout, qu’elle ne pouvait plus
retenir l’air qui permettait à ses poumons d’oxygéner encore un peu son sang.
Lorsque de grosses bulles s’échappèrent de ses lèvres, il augmenta encore son
étreinte pour combattre les convulsions qui venaient de s’emparer du corps si
fragile de sa bien-aimée. À présent elle allait inspirer. Ses poumons étaient vides
et sa cage thoracique devait la faire souffrir d’une manière atroce. D’une façon
ou d’une autre, par réflexe, elle allait inspirer. C’était inéluctable. Le sang se mit
à bouillonner dans les temps du contrebandier alors qu’un ouragan de rage
s’emparait de lui. Il savait qu’à cet instant précis, il lui faudrait lutter pour ne pas
céder à la tentation de la libérer, de la laisser remonter à la surface pour puiser
un air salvateur qui envahirait ses poumons comme un don du ciel, de lui
prendre le visage dans ses mains d’homme pour l’embrasser encore et encore,
en lui disant combien il l’aimait et combien il l’aimerait toujours, quelle que soit
la personne qu’elle serait. Ce fut avec une violence inouïe qu’il résista à cette
horrible tentation si compréhensible lorsque les convulsions augmentèrent. Isil
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Mourir pour Sali
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L’eau de l’oubli
appuya, les bras bien tendus et les coudes bloqués, posément, dans un rythme
soutenu et régulier.
— Allez, Isil, revient ! Respire !
Au bout d’une trentaine de compressions, il se pencha sur elle, et insuffla de
l’air de sa bouche à la sienne, deux fois puis il reprit son massage.
Le Grand Prêtre avait esquissé un geste pour arrêter le contrebandier, mais
d’un geste ferme, Calem l’avait retenu et d’un regard, lui avait imposé le silence.
Les chants s’étaient arrêtés et c’était à présent toute l’assemblée qui retenait
son souffle.
*
* *
— Qu’est-ce qui se passe après la mort ? demanda l’enfant d’une voix
chantante.
Ses grands yeux bleus étaient levés vers celui qui pour elle, avait réponse à
tout : son Maître.
Elle tenait dans ses mains un oiseau sans vie dont les ailes pendaient de
chaque côté de ses paumes.
— Si tu veux parler de cet oiseau, répondit Beno Mahr, son énergie vient de
repartir dans la Force.
— Donc il n’existe plus ?
— Pas vraiment. Il forme désormais un tout dans l’univers.
— Et c’est pareil pour chacun de nous ?
Maître Beno soupira. Les moments où son apprentie de douze ans se mettait à
le bombarder de questions étaient toujours un véritable supplice pour lui tant
elle n’en finissait plus de l’interroger.
— Que dit le Code à ce sujet ? biaisa-t-il.
L’enfant fit un apparent effort de mémoire avant de déclamer.
— Il n’y a pas de mort, il n’y a que la Force.
— Bien, se contenta de répondre Mahr.
Comme il continuait son chemin, elle le rattrapa lestement.
— Mais s’il n’y a pas de mort… alors, que devenons-nous ?
Son Maître s’arrêta et baissa les yeux vers son visage d’ange. Il ne put
s’empêcher de sourire.
— Après leur mort, tous les êtres sensibles à la Force s'unissent avec cette
dernière. Ils peuvent communiquer entre eux, explorer et contempler l'Espace et
l'Histoire de la galaxie. Ils continuent d’exister dans la Force.
— Ils peuvent revenir nous voir ?
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Mourir pour Sali
— Non, ils ne peuvent pas interagir avec les vivants… bien que certains Maîtres
très puissants dans la Force puissent y arriver.
— Comment ?
Beno Mahr leva les bras au ciel.
— Je ne sais pas ! Je te le dirai lorsque j’y serai parvenu.
— Mais vous n’êtes pas mort.
— Alors, il va te falloir faire preuve de patience, ma petite Padawan.
Il laissa échapper un petit ricanement. La gamine eut une moue de
désappointement mais ne renonça pas pour autant.
— Et moi ? Je pourrai revenir pour aider les autres après ma mort ?
Son Maître inspira bruyamment et agita ses doigts dans le vide avant de se
résigner à répondre.
— Ta présence dans la Force est telle que je n’en serais pas étonné… et non,
ne me demande plus rien à présent, et médite un peu le temps que nous
rentrions au Temple. Un peu de silence me fera le plus grand bien.
— Oui, Maître Beno, acquiesça l’enfant qui emboîta son pas.
Pourtant un peu plus loin, elle récidiva.
— Est-ce qu’il y a un moyen d’échapper à la mort ?
Du coup, Beno Mahr s’immobilisa. Mais où allait-elle chercher toutes ces
questions ?
— Écoute, Isil, on peut beaucoup de chose à travers la Force, surtout lorsqu’on
y est comme toi aussi sensible. Alors sans doute peut-on rendre la tâche difficile
à la Dame Noire, sans doute seras-tu plus coriace que toute autre personne
lorsque tu devras l’affronter. Mais ce jour-là, tu devras puiser dans la Force
comme tu ne l’auras jamais fait auparavant et te battre comme tu ne te seras
jamais battue. Cependant, ne crois pas que tu gagneras toujours… personne
n’est éternel sous notre forme actuelle, pas même le plus grand des Jedi !
*
* *
— Allez, bats-toi, tu peux y arriver !
Depuis combien de minutes la massait-il ? Il n’aurait pu le dire. Une autre
personne se serait avouée vaincue, aurait baissé les bras devant la mort. Mais
pas lui ! Pas alors que la vie d’Isil était en jeu ! Rien ne pouvait le convaincre qu’il
n’y avait plus aucun espoir. Il continuait encore et encore sous les yeux ébahis
de l’assistance silencieuse. Calem retenait toujours le bras d’Emon’Ho qu’il
sentait vouloir faire cesser ce qui n’était à ses yeux qu’un abominable spectacle
de désespoir. Pour le Grand Prêtre, il était évident que le bara’ama avait échoué.
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L’eau de l’oubli
Soit que l’étrangère n’en fut pas digne, soit que le rituel n’était qu’une légende…
mais cela, il ne pouvait le dire à haute voix.
Le roi hésitait. Tout était-il donc perdu ? Isil morte, Sali mourrait d’ici un jour
ou deux. Ne s’était-il pas cramponné à un vain espoir en demandant à la
Padawan de subir cette épreuve ? Y croyait-il lui-même ? Il n’en savait rien. Il
s’était agrippé à cette planche de salut comme on s’accroche à la vie,
désespérément. Mais au fond de lui, que croyait-il ? N’avait-il pas sacrifié Isil
pour rien, juste pour croire un instant que les choses pouvaient être
différentes ?
— Tu es un Chevalier Jedi, s’époumonait à présent Hiivsha qui sentait que ses
propres forces le lâchaient, tu es une combattante ! Alors, bats-toi, ne me laisse
pas ici tout seul ! Qu’est-ce que tu fais de ton foutu Code ? Il n’y a pas la mort, il
n’y a que la Force, alors sers-toi de la Force pour revenir, ou alors ce ne sont que
des mots en l’air, des paroles vides de sens ! Bon sang, Isil, réveille-toi,
n’abandonne pas, je t’en supplie, bats-toi, bats-toi !
Sa voix se brisa en même temps qu’il s’effondrait sur le corps sans vie de la
Padawan. À bout de force, il abandonna son massage. C’était fini, il s’en rendait
compte à présent. Il n’avait pas pu la ramener à la vie et elle avait rejoint la
Force. C’est en tout cas ce qu’elle lui aurait sans doute soufflé à l’oreille si elle
avait pu le faire. Un immense désespoir le submergea et une sensation de vide
sans fin s’insinua en lui. Comment accepter ce qui était inacceptable ?
La voix d’Emon’Ho se fit entendre. Elle résonna désagréablement à ses oreilles.
— Toute intervention de l’homme est vaine, proclama-t-il d’une voix forte.
Ainsi le bara’ama ne peut réussir que si Édin lui-même daigne l’accompagner de
sa main. Le rituel doit aller au bout et s’il n’est pas recevable, la mort seule en
sera l’unique issue.
— Va au diable ! hurla Hiivsha in petto en crispant ses poings qu’il imaginait
fracassant le visage du Grand Prêtre avec l’aide de toute sa rage.
— Édin s’est prononcé ! cria Emon’Ho en levant les bras au-dessus de la tête.
Et sa réponse est…
Une quinte de toux l’interrompit. De l’eau refoula par la gorge de la Padawan
comme par un siphon bouché. Instantanément, Hiivsha se redressa comme mû
par un puissant ressort avant de la retourner à moitié pour la coucher sur le
flanc.
— C’est ça, tu vas y arriver trésor ! Vas-y, bats-toi, tu y arrives ! l’encouragea-t-
il cependant que l’assemblée se mettait à genoux dans un long murmure
d’étonnement.
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29 - L’Artéfact de la Création
— Nous resterons ici le temps qu’il faudra, objecta Calem qui essayait de
comprendre ce que faisait la jeune fille. Est-ce ta… Force qui va la guérir ?
— Avec la Force je peux entrer dans le corps de Sali pour en extirper la
substance nocive afin de l’éliminer… mais j’ai besoin de beaucoup de temps et je
ne sais pas de combien je peux en disposer avant que son cœur ne s’arrête de
battre. Maintenant, je voudrais que vous me laissiez faire.
— Bien sûr, répondit le roi, bien sûr… si tu as besoin de quoique ce soit, tu le
dis…
Elle se contenta d’un petit signe pour toute réponse.
Les trois hommes quittèrent silencieusement les lieux et Calem donna des
instructions précises aux gardes pour assurer la tranquillité de la Padawan.
Ce fut avec plaisir que Hiivsha retrouva ses vêtements qu’il enfila après avoir
pris une bonne douche. Il retrouva ensuite Calem et Emon’Ho dans une salle à
manger où leur fut servi un repas bienvenu, le contrebandier n’ayant rien avalé
depuis la veille.
— Tous les… Jedi ont-il ce pouvoir de guérir ? demanda le Grand Prêtre.
Hiivsha secoua la tête.
— Non, les guérisseurs Jedi sont plutôt rares… et je ne parle pas de rafistoler
une petite blessure par-ci, par-là… mais bien de guérir quelqu’un de
sérieusement blessé, de réparer un squelette brisé ou d’ôter une maladie. Et
même si ma connaissance de l’Ordre Jedi n’est que parcellaire puisqu’il n’y a que
quelques mois que j’ai fait la connaissance d’Isil, je crois savoir que le don de
guérison n’est pas si fréquent que ça et demande une aptitude exceptionnelle
dans la Force.
Alors qu’ils achevaient de déjeuner, Emon’Ho se fit expliquer autant qu’Hiivsha
pouvait le faire, le concept de la Force. Il se montra hautement intéressé par tout
ce que pouvait lui apprendre leur invité, comme l’avait été le roi durant leur vol.
— Ainsi votre amie est puissante dans la Force ?
— Oui, c’est ce que prétend en tout cas le Grand Maître de l’Ordre… mais Isil
est encore jeune, elle n’a sans doute pas la pleine maîtrise de ses capacités…
— C’est une apprentie vous avez dit ?
— Une Padawan, c’est comme ça qu’on dit. Mais son Maître lui a dit avant de
mourir que sa formation était achevée… et j’ai été étonné lorsque le Conseil Jedi
ne lui a pas décerné le titre de Chevalier avant de l’affecter sur le Defiance.
Il expliqua rapidement ce qu’était le croiseur de l’amiral Narcassan et brossa
un rapide tableau de la situation politique de la Galaxie.
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L’eau de l’oubli
— Ainsi toutes ces guerres se déroulent presque à nos portes sans que nous
nous en doutions, souligna Calem avec une moue d’inquiétude. Il est heureux
que nous ne soyons pas sur une de vos routes connues… d’hyperespace.
— Et que cette nébuleuse masque ainsi votre système, compléta Hiivsha en
appréciant le vin qu’il était en train de déguster. Il sera bon que votre existence
ne soit pas révélée… je ne sais pas ce qui adviendrait de votre jolie planète si
l’Empire Sith… ou même la République apprenait votre réalité ! Pour ma part,
vous pouvez compter sur mon silence.
— Vous avez toute ma confiance à ce sujet, Hiivsha, affirma Calem en mettant
sa main droite sur son cœur.
Emon’Ho reprit la parole.
— Certains écrits laissent à penser que notre nébuleuse couvrait tout l’espace
qu’occupe votre galaxie, il y a très longtemps et que de ses gaz sont nés soleils et
planètes.
— Eh bien, je suppose qu’il fallait bien une matière initiale pour que ces corps
astraux se forment, répondit flegmatiquement le contrebandier.
Personnellement, je n’ai aucun a priori sur de telles hypothèses… je laisse ça aux
chercheurs qui essayent de deviner… ou de comprendre d’où nous venons.
— Vous êtes un homme sage.
— Non, plutôt matérialiste. Je crois ce que je vois et ça me suffit amplement.
Déjà que pas mal d’idées reçues que j’avais ont été balayées par ma rencontre
avec Isil…
— Vous l’aimez profondément, remarqua Calem.
C’était plus une affirmation qu’une question. Hiivsha fit oui de la tête.
— Et c’est bien là que le bât blesse…
Il leur expliqua les conceptions que l’Ordre Jedi se faisait des sentiments et des
émotions ainsi que leurs conséquences sur la vie de ses membres.
— C’est un véritable dilemme pour vous, un choix difficile à faire, non ?
demanda Calem avec une douceur compréhensive dans la voix.
Le contrebandier haussa les sourcils et soupira.
— C’est peu de le dire. Je ne parviens pas à imaginer une solution qui ne
présente que des avantages pour nous deux.
Le roi lui tapota chaleureusement la main.
— Peut-être existe-t-elle mais ne s’est-elle pas encore présentée à vous ? Il
faut savoir garder confiance dans l’avenir. Si vos intentions à tous les deux sont
pures, vous ne pourrez qu’y trouver du bonheur… j’en suis convaincu.
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L’Artéfact de la Création
— Voilà une énigme bien curieuse en tout cas, avoua Hiivsha. Ainsi, cette
sphère est inaccessible à votre savoir ?
— Imperméable, dirons-nous… voulez-vous la visiter ?
— Elle se visite, vraiment ?
— Pas vraiment, non. Il n’est pas possible d’y entrer et nous ne savons rien de
ce qui se trouve à l’intérieur. Mais il est possible de la voir… par dessous.
— Par dessous ?
Hiivsha écarquilla de grands yeux étonnés.
— Le mieux c’est que je vous montre.
Emon’Ho qui était resté muet durant tout l’échange, se permit d’intervenir, le
visage crispé.
— Mais, Votre Majesté…
Le roi se retourna et fixa le Grand Prêtre du regard.
— Oui ?
— Vous ne pouvez pas emmener cet homme au cœur du Temple, Sire… le
secret…
— Quel secret ? Que peut-il arriver ? À moins que le capitaine Inolmo nous
révèle tout à coup comment fonctionne l’artéfact, je ne vois pas ce qui pourrait
arriver !
Le ton du jeune monarque ne souffrait pas la contradiction et le prêtre
s’inclina.
— Vous êtes le Grand Maître de l’Ordre, Sire, c’est vous qui décidez.
— Assez tergiversé, suivez-moi, Hiivsha, allons visiter le Temple d’Édin.
Ils se remirent en marche le long de la galerie. Quelques personnes les
croisèrent en inclinant leur tête avec respect puis ils arrivèrent dans le bâtiment
suivant.
— Vous n’avez jamais envisagé de décorer les murs, ironisa Hiivsha devant la
blancheur immaculée des lieux, mettre quelques plantes vertes, quelques fleurs,
quelques tableaux… ce blanc finit par m’obséder.
— J’admets volontiers qu’il faut s’y faire, répondit le roi, mais il semble que
des générations de prêtres se soient succédé ici sans changer la décoration d’un
iota. Venez, c’est par ici.
Après avoir traversé un couloir, ils étaient arrivés dans un hall et le roi avait
appelé un ascenseur qui s’ouvrit dans le plus remarquable des silences.
— Nous montons ? demanda Hiivsha avec une once de curiosité.
— Non, nous descendons, répondit le roi.
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Calem pinça les lèvres et haussa les épaules, et ce fut Emon’Ho qui, sortant de
son mutisme, essaya de conclure.
— À moins que ce ne soit l’œuvre du seul dieu Édin.
— D’Édin… ou des Édins ? glissa Hiivsha avec un sourire sournois.
Le Grand Prêtre cacha mal son embarras doublé d’un certain agacement.
— Qu’on croie à une divinité unique ou multiple, cela ne change guère les
choses, fit-il.
— Peut-être. Et puis, dieu ou race extraterrestre supérieure, c’est un peu la
même chose pour le peuple non ?
— Pas nécessairement, capitaine. Si vous partez du principe que tout ceci est
né d’une race supérieure, alors il y a bien un dieu qui l’a créée à elle aussi.
— Alors que si c’est dieu lui-même qui a conçu cette chose… machine…
artéfact, comme vous préférez, on ne peut pas aller plus loin. Je vous
comprends, vous optez pour une simplification des choses et vous avez sans
doute raison.
— Mais vous ne croyez pas aux dieux, capitaine ?
Hiivsha tordit sa bouche de perplexité.
— Disons que depuis que je connais Isil, il y a au moins une chose à laquelle je
crois : la Force !
— Eh bien, si vous y croyez, espérons qu’elle sera en mesure de guérir Sali,
soupira le jeune monarque.
Souhaitant parler d’autre chose, le contrebandier tendit son index vers le bas.
— Toutes ces passerelles… elles servent à quoi ?
Au même instant, sur l’une d’entre elles, à environ cinquante mètres en
contrebas, il vit passer un engin qui, sortant d’une galerie, traversa le vide sur
une passerelle pour rejoindre l’autre côté et disparaître aussitôt à sa vue dans un
autre tunnel.
— D’accord… admettons que je n’ai rien dit… ce sont des droïdes ?
— Des machines-robots de maintenance comme celles qui se déplacent le long
de cette paroi. Elles n’arrêtent jamais.
— Et où mènent ces galeries ?
— Dans des centres de maintenance, des usines sous-terraines entièrement
automatisées. Elles forment un réseau très complexe dans les entrailles de la
planète.
Le contrebandier se frotta énergiquement les cheveux.
— Fort bien, je suis impressionné… même si cette visite m’a rendu encore plus
perplexe qu’avant. L’idée d’une telle machinerie me sidère complètement et
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L’eau de l’oubli
penser que personne ne sait à quoi tout cela sert… c’est absolument
invraisemblable.
— Mais bien réel, Hiivsha, souligna le roi avant de rebrousser chemin.
*
* *
Le contrebandier eut du mal à trouver le sommeil, tournant et retournant dans
sa tête des idées plus farfelues les unes que les autres. Puis, vaincu par la fatigue
accumulée des derniers jours, il finit par s’endormir jusque tard le lendemain
matin.
— Vous avez l’air soucieux, Calem, observa-t-il en entrant dans la salle à
manger.
Le roi déjeunait. Une jeune femme toute de blanc vêtue proposa à Hiivsha
différents plats mais ce dernier opta pour un petit-déjeuner consistant.
— Nous n’avons aucune nouvelle en provenance de la capitale, expliqua le roi.
— Comment cela, aucune nouvelle ?
— Les liaisons du Temple passent par Édinu pour une meilleure sécurité. Et
nous ne parvenons à en établir aucune.
— Une panne ?
Le monarque haussa les épaules.
— Sans doute. Je pense que cela ne durera pas.
— Pourquoi ne pas retourner là-bas ?
— Parce que s’il arrive quelque chose à Sali, je veux être à ses côtés, admit
Calem.
Hiivsha pensa que ce n’était pas vraiment l’attitude qu’il aurait attendu d’un
roi, mais l’amour que portait le jeune homme au sosie d’Isil le touchait
profondément et il le comprenait parfaitement.
— Je fais absolument confiance à Jarval pour gérer la situation là-bas,
commenta le roi. Si quelque chose de grave devait se passer, il saura quoi faire.
— Sauf que si j’ai bien compris votre affaire, c’est quand même votre frère qui
commande.
— Oui, mais Taimi s’appuiera sur Jarval si besoin est.
Le contrebandier soupira.
— Si vous le dites.
— Que diriez-vous d’allez à la découverte de la vallée d’Édin lorsque vous
aurez fini votre repas ? proposa Calem en se levant. Je vous assure que c’est un
vrai petit paradis ! Il y a des coins absolument délicieux.
— Ce sera avec plaisir.
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L’Artéfact de la Création
— Bien entendu, je suis conscient que vous auriez très certainement préféré la
visiter en compagnie de votre amie.
— Vous lisez dans mes pensées, Calem, mais votre compagnie me sera elle
aussi agréable.
— Et puis comme ça, la prochaine fois, vous ferez faire la visite à Isil… en tête à
tête.
Hiivsha sourit largement.
— Ah, si vous me prenez par les sentiments…
*
* *
Le soir venu, ils montèrent dans la chambre où Sali avait été déposée. La
Padawan était toujours à ses côtés, immobile, dans la même position qu’elle
avait prise la veille, figée comme une statue de marbre, le visage pâle et les yeux
fermés. Ses mains étaient toujours posées sur l’abdomen de la princesse
d’Austra et, lorsqu’on les regardait fixement, on les sentait parfois dégager une
sorte de très faible halo lumineux, presque imperceptible à l’œil.
— Comment peut-elle rester ainsi immobile autant de temps, sans boire et
sans manger ? On dirait qu’elle est dans une sorte de transe profonde… ne
risque-t-elle rien ? s’inquiéta Calem à voix basse en observant cette scène
surréaliste.
— J’ai ouïe dire que certains guérisseurs Jedi pouvaient rester ainsi plusieurs
jours à soigner un malade. Ils sont totalement immergés dans la Force et plus
rien n’existe que eux et leur patient dans celle-ci. Ils sont en contact étroit…
comme une sorte de symbiose dans laquelle le Jedi intervient pour réparer en
quelque sorte le corps de l’autre, tenta d’expliquer Hiivsha qui ne trouvait pas les
mots pour le faire.
— C’est absolument fabuleux, conclut Calem en se retirant. Je n’avais jamais
rien vu de tel. Il se passe des choses fantastiques dans votre galaxie. Je suppose
que vous allez y retourner dès que nous rentrerons à Édinu ?
— Je vous avouerai que passer des vacances ici avec Isil me plairait
infiniment… mais quelque chose me dit que maintenant qu’elle est redevenue
elle-même, elle va vouloir rentrer.
— N’aurait-il pas mieux valu pour vous qu’elle resta « Sali » ? avança le roi
avec un petit clin d’œil.
Le contrebandier soupira.
— Il m’aurait fallu la reconquérir… y serais-je parvenu ?
— Vous l’avez fait une fois.
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L’eau de l’oubli
— Sans doute. Je ne sais pas à quel point votre eau peut changer l’âme d’une
personne. Peut-être y serais-je parvenu, et nous aurions pu nous établir dans un
petit coin paisible et vivre ici le restant de nos jours, loin des guerres, des Jedi et
des Sith…
Ils étaient revenus dans les appartements de Calem et ce dernier remplit deux
verres de vin pour lui et son hôte.
— Si j’ai bien compris votre dilemme, maintenant qu’elle est redevenue la Jedi
qu’elle était, elle ne peut plus vous aimer ?
— Plus m’aimer ? J’ai la faiblesse de croire qu’elle m’aime malgré tout. Disons
qu’elle ne peut pas en faire état et qu’elle doit se forcer à faire comme si elle ne
m’aimait pas.
— C’est plutôt inconfortable comme situation, nota le roi en sortant sur la
terrasse du séjour pour regarder le soleil disparaître derrière les monts.
— C’est le Code Jedi ! persiffla Hiivsha avec une grimace de dépit. Parfois je me
demande s’il n’aurait pas mieux valu pour nous deux qu’elle n’ait jamais eu
besoin de mon vaisseau !
Il vida son verre d’un trait et enchaîna.
— Vous avez eu des nouvelles de la capitale ?
— Pas la moindre. Si le problème perdure, j’enverrai du monde à Édinu pour
évaluer la situation et voir ce qu’il s’y passe.
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30 - Retour vers la capitale
Sali sortit de son coma le surlendemain. Après trois jours et trois nuits passés à
ses côtés, Isil avait réussi à éliminer toute trace du poison de son métabolisme
puis, vaincue par la fatigue, ses forces complètement épuisées, cette dernière
était tombée dans un sommeil profond. Calem et Hiivsha les découvrirent toutes
les deux allongées sur le lit. Isil dormait dans les bras de la princesse qui leur
adressa un sourire muet à leur arrivée. Ils demeurèrent un instant sur le seuil de
la chambre, émus devant le spectacle étonnant des deux sosies serrés l’un
contre l’autre.
Tandis que Calem s’asseyait sur le bord du lit où se tenait Sali, Hiivsha fit de
même à l’opposé pour caresser les boucles blondes de la Padawan.
— Comment te sens-tu ? demanda le roi à voix basse.
Sali cligna des yeux et son sourire s’accentua.
— Fatiguée… mais vivante. J’ai eu l’impression de baigner pendant des jours
dans quelque fluide relaxant, presque magique. Où sommes-nous ?
— Au Temple d’Édin. Tu as été touchée par une fléchette empoisonnée en
cherchant à me protéger.
Calem résuma rapidement la situation à la princesse qui pencha son regard
vers le visage de son amie.
— Tu dis qu’elle est restée trois jours à me soigner avec sa… Force ? C’est… je
ne trouve pas de mots pour le dire…
Prise d’une évidente émotion, elle posa un baiser sur le haut du front de sa
guérisseuse qui ne broncha pas. Puis, avec précaution, elle se dégagea d’Isil et la
reposa délicatement sur le lit à son côté.
— Je crois que le mieux c’est de la laisser dormir pour qu’elle retrouve ses
forces.
Calem acquiesça et Hiivsha proposa de rester aux côtés de la Padawan en
attendant son réveil.
— Bien entendu, fit le roi, faites comme vous le souhaitez. Je dois aller voir si
les hommes que nous avons envoyés hier à Édinu ont donné de leurs nouvelles.
— Dans ce cas, je vais rester avec Hiivsha et Isil, fit Sali. J’aimerais être là
quand elle va se réveiller pour la remercier de m’avoir sauvé la vie.
Le roi quitta la chambre. Le visage de la princesse avait repris des couleurs
mais les cernes qui soulignaient ses yeux et ses joues creusées trahissaient
l’épreuve qu’elle venait de traverser. Refermant ses paupières, elle parut un
instant se rendormir. Le contrebandier ne se lassait pas de les regarder toutes
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Retour vers la capitale
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L’eau de l’oubli
Sali sourit et se leva de sa chaise pour se blottir dans les bras du jeune
monarque. Ils échangèrent un long baiser passionné. Le contrebandier se racla
maladroitement la gorge avant de se concentrer sur la nourriture de son
assiette.
Lorsqu’ils eurent achevé leurs effusions, Calem tourna la tête vers lui.
— Pardonnez-nous, Hiivsha, de cette démonstration d’affection publique
mais…
Son interlocuteur leva une main pour l’arrêter.
— Ne vous excusez pas, c’est tout à fait naturel… c’est juste que ça me fait tout
drôle de voir quelqu’un identique à Isil, pour ainsi dire, entre les bras de
quelqu’un d’autre… pour un peu, je serais presque jaloux.
Ils se mirent à rire tous les trois et Calem s’assit à table, son visage redevenant
plus grave.
— Pas de nouvelles des hommes que nous avons envoyés à Édinu… je n’aime
pas ça.
— Et pas de communications non plus, j’imagine ?
— Non plus.
— Vous ne pensez tout de même pas que quelque chose de grave ait pu se
produire ?
— Je n’en sais rien. Il est impossible, si attaque il y a eu, que la ville n’ait pu
résister à l’abri de ses remparts face à des sauvages armés seulement de lances
d’énergie. Non… et puis je suis persuadé que Dark Zarek ne cherche pas
l’affrontement direct avec moi. Il le perdrait. Il me suffirait de rameuter toutes
les forces armées du royaume et même de faire appel aux autres pays pour
l’écraser en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
Il avait lentement fermé son poing devant lui comme s’il avait voulu broyer le
cou d’un petit animal.
— Il doit y avoir une explication à ce silence, reprit-il. Comment va Isil ?
— Elle est plongée dans une sorte de léthargie et je ne sais vraiment pas quand
elle va en sortir. Sans doute quelques heures ?
— Nous attendrons son réveil. Si je vous ai compris, ses talents de Jedi
pourront nous être précieux si quelque chose a mal tourné à Édinu.
— C’est certain. Un Jedi est un guerrier puissant… plus puissant que tout ce
que vous pouvez imaginer.
— Alors, c’est dit… nous attendrons.
*
* *
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Retour vers la capitale
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Dans le tome 1 : « Le cercle Sombre »
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L’eau de l’oubli
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Retour vers la capitale
Sali répondit.
— Ne vous excusez pas non plus, capitaine, c’est nous qui arrivons de façon un
peu inopportune… si vous voulez nous pouvons repasser, ajouta-t-elle avec une
once de perfidie amusée.
— Non, non… protesta Isil au grand dam de son compagnon, je crois que pour
le moment, nous nous sommes dit ce que nous devions nous dire.
Comme elle se redressait sur le lit, Hiivsha se leva puis lui tendit la main pour
l’aider à se mettre debout. Isil jeta un coup d’œil sur ses sous-vêtements.
— Pardonnez ma tenue… lorsque je me assise sur ce matelas, mes vêtements
étaient trempés…
Sali se mit à rire et alla quérir une robe de chambre qu’elle lui tendit afin
qu’elle se vêtît plus décemment.
— Pour ma part, plaisanta le roi, et sans vouloir offenser notre nouvel ami, je
t’ai vue en maillot de bain… pas plus ! ajouta-t-il aussitôt en levant la main en
direction du contrebandier.
Ce dernier inclina poliment la tête en tordant sa bouche.
— Pour ma part, je passerai donc discrètement sur les tenues dans lesquelles
j’ai pu voir Isil.
À son tour, celle-ci inclina son front.
— Et je te remercie de cette discrétion... chéri !
Elle appuya sur ce dernier mot ce qui fit sourire ses compagnons.
— Comment te sens-tu ? demanda Calem avec une évidente once de
tendresse dans la voix. Tu as encore une petite mine.
— Ça va aller… je pense qu’une fois que je me serai nourrie, j’aurai retrouvé
mes forces… j’avalerais bien un grand verre de lait.
— Alors suis-moi, je vais donner des ordres pour que tu aies tout cela !
D’ailleurs je propose que nous dinions tôt afin de pouvoir partir vers Édinu le
plus rapidement possible, si tu se sens d’attaque.
Alors qu’ils finissaient de manger, Calem fut soudainement rattrapé par une
idée et se frappa le front d’une main.
— Oh par Édin, j’allais oublier l’essentiel !
Ses compagnons ouvrant de grands yeux le virent disparaître d’un pas
précipité avant de revenir quelques minutes plus tard, portant dans ses mains un
petit sac.
— C’est Namina qui m’a donné ça pour Isil avant de quitter Édinu, s’exclama-t-
il.
— Pour moi ? interrogea la Padawan en se levant de sa chaise.
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L’eau de l’oubli
— Oui.
Sali poussa à son tour une exclamation.
— Ah oui ! J’avais oublié ! Ce sont les affaires que tu portais sur toi lorsqu’on
t’a découverte au bord de la rivière, aux portes du désert. Je les avais confiées à
Namina à tout hasard.
Isil ouvrit le sac qu’on lui tendait.
— Je n’osais pas espérer les retrouver, commenta-t-elle en sortant une
tunique blanche, une bure brune, une ceinture et une paire de bottes montantes
qu’elle déposa sur sa chaise.
Elle sortit ensuite entre deux doigts une petite tresse formée par des cheveux
blonds.
— Ça alors, s’exclama-t-elle en lançant un regard interloqué vers Sali, ma
tresse de Padawan.
La princesse baissa les yeux, embarrassée.
— Il fallait que je refasse ta coiffure pour que tu me ressembles parfaitement.
J’ai… je me suis demandée pourquoi tu portais une telle tresse, mais il m’a paru
évident qu’elle devait signifier quelque chose de bien précis et j’ai supposé que
tu devais y tenir… alors, sans trop savoir pourquoi, je l’ai conservée avec le reste.
J’espère que tu me pardonnes de l’avoir coupée ?
La Jedi sourit avec indulgence.
— Oui, oui, bien entendu… C’est la tresse qu’un apprenti porte avant d’être
nommé chevalier, elle symbolise le lien d’attachement avec l’Ordre et son
Maître. C’est… c’est original de l’avoir gardée mais je pense que je peux m’en
séparer sans problème.
Elle la posa sur la table, puis elle extirpa du sac un dernier objet qu’elle tint
entre ses mains comme on tient un objet de culte.
— Mon sabre de Padawan, murmura-t-elle avec émotion.
Appuyant sur le bouton, elle en fit jaillir la lame verte qui grésilla dans l’air de
la pièce accompagnée d’un « oh » de surprise de Sali et du roi.
— C’est une arme étonnante, reconnut ce dernier, comme celle de Dark Zarek,
sauf que la tienne est verte.
— C’est un sabre laser, expliqua Isil, sa couleur est dépendante des cristaux qui
le composent.
— Un sabre ? L’arme noble des chevaliers, s’exclama Calem en décrochant une
des épées qui ornait l’un des murs de la pièce.
Il s’avança vers la Padawan et fouetta l’air en direction de la lame verte.
— Non ! s’écria Isil.
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Retour vers la capitale
Ils firent les préparatifs du départ. Isil avait retrouvé l’apparence d’un Jedi que
le contrebandier connaissait si bien.
— Ainsi, c’est comme ça que s’habillent ceux de votre Ordre ? demanda
Calem.
— En principe, mais il n’y a pas vraiment d’uniforme, nuança Isil. Chaque Jedi
est libre de se vêtir comme il l’entend. Disons simplement que la tunique et la
bure sont plus traditionnellement portées au sein de l’Ordre. Mais certains
préfèrent les armures et d’autres des tenues plus… légères.
— Je confirme, j’ai pu croiser une chevalier Jedi twi’lek dans une tenue plutôt…
légère comme tu dis si bien, commenta Hiivsha avec un grand sourire. Au
Temple même de Tython.
Les corinals étaient prêts et chacun enfourcha sa monture. Emon’Ho leur
adressa une prière dans la langue inconnue et ils reprirent le chemin de la plaine
puis de la jungle, escortés par six gardes blancs.
Il faisait nuit lorsqu’ils arrivèrent au col d’où on pouvait admirer l’ensemble de
la vallée d’Édin. Enfin, ils sortirent du bouclier holographique et reprirent le
défilé qui menait vers la prairie encaissée où attendaient leurs dragonnaux.
Comme Isil s’était arrêtée un instant, ses compagnons en firent de même.
— Quelque chose qui ne va pas ? demanda le roi qui avait remarqué le visage
inquiet de la jeune fille.
Celle-ci tendait l’oreille et regardait alentour, le nez au vent comme un animal
cherchant à repérer l’odeur du chasseur.
— Je ne sais pas, avoua-t-elle, j’ai perçu quelque chose dans la Force mais je
serais bien en peine de pouvoir préciser quoi.
441
L’eau de l’oubli
— Redoublons de prudence alors, conclut Calem qui fit signe aux gardes de se
tenir sur le qui-vive.
C’est sabre au clair qu’ils sortirent du défilé. Les hommes restés de garde se
levèrent en les entendant arriver.
— Tout va bien ? demanda celui qui devait être le chef de l’escorte.
— Oui, commandant, rien à signaler, répondit l’un des hommes cependant que
chacun descendait de sa monture.
— Vous n’avez pas vu Qual et Sxu revenir d’Édinu ?
— Non, rien depuis qu’ils sont partis, commandant.
L’officier fit un geste en direction du roi qui répondit.
— Nous en aurons bientôt le cœur net.
— Soyez prudents, Sire, souvenez-vous que si on soupçonne un terrain d’être
miné, il faut l’aborder avec précaution.
— C’est ce que je compte faire, répondit Calem en montant sur son dragonnal.
Nous n’irons pas à Édinu directement, mais nous nous poserons à l’abri du bois
aux Esprits. J’avais dit à Jarval que si quelque chose se passait, il devrait y
envoyer un homme sûr chaque soir entre minuit et une heure aussi longtemps
que je ne serais pas rentré.
— Sage précaution, Votre Majesté, vous avez fait preuve d’une grande
prudence. Par ailleurs, la météo n’est toujours pas bonne sur la capitale selon
nos prévisionnistes. Le temps y est toujours à l’orage.
— C’est noté… et peut-être au propre comme au figuré… merci Haul.
Le roi sourit au commandant qui le salua alors que Sali prenait place derrière
lui. Puis après s’être assuré que Isil et Hiivsha étaient correctement installés sur
Kro’Moo, il adressa un geste aux gardes dont les silhouettes blanches
resplendissaient à la lueur de la lune avant de lancer sa monture à l’assaut du
ciel étoilé.
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Retour vers la capitale
— Étonnant, commenta Sali, les Jedi peuvent sentir les choses de loin ? Voir
l’avenir aussi peut-être ?
— C’est possible, selon la sensibilité du sujet, expliqua la Padawan. Quant à
l’avenir, nous avons de grands voyants au sein de l’Ordre. Mais un simple
chevalier peut lui aussi avoir des visions des choses à venir. C’est toutefois
souvent difficile à analyser… et comme me le disait mon Maître, l’avenir est
toujours en mouvement, ce n’est pas parce qu’on voit une chose qui doit arriver
qu’il est impossible de l’éviter et ainsi de changer cet avenir. En tout cas, une
chose est certaine, je sens un danger qui nous guette. Je préconise d’être le plus
discret possible en arrivant.
— On fera comme tu le sens, Isil, tu as toute ma confiance, conclut Calem en
entamant une descente. On va voler bas pour éviter les systèmes de détection.
Les premiers effets de la tempête se firent ressentir sous la forme de
bourrasques qui perturbèrent le vol jusque là rectiligne et souple des
dragonnaux. Ceux-ci descendirent au ras de la forêt qui fit bientôt place à la
plaine nord d’Édinu. Lorsqu’à l’horizon, la ville fut en vue, Calem s’empara des
jumelles que contenait le coffre de voyage pour examiner les lieux.
— C’est étrange, on dirait que la ville est plongée dans le noir
presqu’intégralement. Ce n’est pas son allure habituelle. Je distingue également
au sud de la cité de nombreux feux.
— Des campements ? proposa Isil avec perspicacité.
— C’est possible.
— Se pourrait-il que l’armée de Zarek se soit installée pour bivouaquer ?
demanda Sali.
— Je ne sais pas, répondit le roi, nous sommes trop loin pour nous en rendre
compte. On va obliquer vers la droite pour gagner le bois aux Esprits.
La partie nord-est de la banlieue était la moins peuplée et étalait ses vignes et
ses forêts qui constituaient une destination de choix pour les promenades des
habitants de la capitale, en rivalité avec la côte sablonneuse qui se trouvait non
loin à l’est le long du golfe d’Édinu. Ils se rapprochèrent d’une masse sombre et
étendue, derrière laquelle on devinait l’ombre des hauts remparts de la ville. En
silence, les animaux se dirigèrent vers une petite prairie qui se dégageait au
centre du vaste bois. Le vent était plutôt violent, irrégulier, ce qui ne semblait
pas troubler les sauriens volants outre mesure.
— Pourquoi cet endroit se nomme-t-il le bois aux Esprits ? demanda Hiivsha
avec curiosité.
— À cause des feux follets qu’on peut observer près de certains étangs,
répondit la voix chaude de Sali. C’est très surréaliste.
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Le lieutenant portait en effet sur son uniforme un ample vêtement civil fatigué
et sale, descendant jusqu’aux pieds.
— Rien de grave, Sire, les alentours de la cité ne sont plus sûrs, ajouta-t-il avec
un rire nerveux. Quant à ma tenue… je vais vous expliquer. Mais je suis heureux
de vous revoir sains et saufs.
— Sains et saufs ? Que voulez-vous dire ? Si je suis venu ici, comme entendu
avec Jarval, c’est que le Temple est coupé du reste du monde et que les
éclaireurs que nous avons envoyés à Édinu ne sont pas revenus. Expliquez-vous,
Rigo !
— D’accord. Je vous propose de vous asseoir et je vais essayer de vous
résumer la situation.
Chacun s’installa dans les fauteuils du salon. L’officier de la Garde reprit.
— La ville est tombée aux mains des hommes-serpents !
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31 - Compte-rendu
La nouvelle fit l’effet d’une bombe dans le salon, les uns et les autres se
regardèrent malgré l’obscurité.
— C’est impossible, se récria Calem une onde de panique dans la voix,
comment cela a-t-il pu arriver ?
Le lieutenant secoua la tête et continua d’une voix étranglée d’émotion.
— Je vais vous le faire en version courte, Sire. C’est votre frère… il a déclaré
Édinu « ville ouverte ».
— Quoi ?
Le roi s’était levé sous l’effet de la colère, les poings serrés.
— Qu’est-ce que vous dites ? Taimi ? C’est… c’est inconcevable… pourquoi ?
Le ton désemparé du souverain était plus qu'éloquent. Le militaire toussa pour
éclaircir sa gorge et reprit.
— Le surlendemain de votre départ, l’armée de Zarek est arrivée au sud de la
cité qui avait été placée en état de siège. Et puis, le prince a décidé que le
Royaume devait s’allier avec ce Dark Zarek… ou sinon, quelqu’un l’a convaincu
de prendre cette décision.
— Qui ?
— La duchesse de Tamburu… du moins c’est ce que le capitaine Hor’Gardi a eu
le temps de m’expliquer juste avant qu’il ne soit arrêté.
— Jarval a été arrêté ? Précisez, Rigo, précisez…
— Oui, Sire, répondit l’officier qui s’efforçait tant bien que mal de mettre de
l’ordre dans ses idées, mais laissez-moi le temps d’essayer de vous expliquer
l’inexplicable.
Visiblement le lieutenant souffrait de ne pas pouvoir faire partager à ses
visiteurs l’intégralité des derniers jours passés, si riches en rebondissements,
autrement qu’en un rapide résumé lourd de concision. Il aurait souhaité avoir
devant lui les heures nécessaires pour leur en narrer les contours avec précision,
mais le temps pressait. Il prit une longue inspiration avant de continuer.
— Lorsque l’armée des hommes-serpents a été en vue des remparts, la
population des faubourgs s’est repliée intra-muros selon le plan prévu et la
garnison a été déployée sur les murs. Jusque là tout allait bien. Et puis, je ne sais
pas ce qui s’est passé au niveau « politique », mais dans la nuit, le général Pardo
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Compte-rendu
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L’eau de l’oubli
a annoncé que la capitale serait déclarée « ville ouverte », que la garnison devait
remettre toutes les armes dans les armureries des différentes casernes sous la
garde de leurs officiers supérieurs et demeurer dans ses quartiers jusqu’à nouvel
ordre. Il a ajouté que la police devrait collaborer pour faire respecter le couvre-
feu avec les unités de la Citadelle du Désert de Sang qui seraient désignées pour
occuper la cité. Le restant de l’armée des hommes-serpents bivouaquerait dans
les plaines au sud de la capitale en attendant une rencontre entre lui et Dark
Zarek. Le général Pardo a approuvé. Orn Mitra s’y est violemment opposé et en
est pratiquement venu aux mains avec votre frère. C’est alors que la duchesse a
sorti une arme, semblable à celle que nous avons déjà vue entre les mains de ce
Sith, et d’un seul coup a transpercé le ministre. Il est mort sur le coup. Madame
le gouverneur s’est également insurgée mais alors qu’elle essayait de faire
entendre raison au prince, elle a été saisie d’un étouffement que le capitaine
suppose avoir été provoqué par la duchesse qui se tenait à distance, une main
tendue vers elle. Finalement, elle a pratiquement perdu connaissance avant
d’être arrêtée pour haute trahison. Les autres ministres ont eu peur et n’ont rien
dit. Le capitaine Jarval a également tenté de s’opposer à votre frère mais en vain.
Le prince l’a démis de ses fonctions de Commandant de la Garde Royale qui le
plaçaient au même rang que le général Pardo. Il a alors préféré retourner dans
son bureau et m’a fait appeler pour m’expliquer la situation. Il comptait
rassembler la Garde Royale au grand complet, malgré les ordres, pour renverser
le prince. Mais il semble que ce dernier et le général aient prévu leur coup
depuis plus longtemps car les Dragons Noirs étaient prêts à intervenir. Nous
n’avons pas eu le temps de sonner le rappel des troupes que ces derniers étaient
déjà là et arrêtaient tous les Gardes Royaux, y compris ceux qui se trouvaient en
repos chez eux. Enfin, depuis hier, le Palais aurait été placé intégralement sous la
protection des hommes-serpents d’après ce qu’on m’a dit.
Calem secouait la tête dans tous les sens.
— Quel bordel, lâcha-t-il avec une colère rentrée. Mais qu’est-ce qui a pris à
Taimi de faire une chose pareille, et qui est cette duchesse Dolmie pour avoir
réussi à convaincre mon frère de se lancer dans une pareille aventure ? Pourquoi
a-t-elle la même arme que ce Zarek, est-elle une autre Sith ?
— Ou son apprentie, proposa Isil dans le court silence qui avait suivi.
— Que veux-tu dire ?
— Que souvent les Sith vont par deux : le Maître et son Apprenti. Il se pourrait
fort bien que Zarek ne se soit pas crashé tout seul sur cette planète.
— Tu veux dire que Dolmie est vraiment une Sith ? intervint Sali d’une voix
blanche.
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Compte-rendu
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L’eau de l’oubli
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Compte-rendu
— Soit, vous connaissez mieux votre ville que moi, continua Isil. Ensuite il
faudra faire vite avant qu’une alerte générale ne soit lancée. Combien de portes
dans les remparts pour clore la cité ?
— Il y en a… dix, affirma le roi en repassant mentalement chacune d’entre elles
dans sa tête.
— Dans ce cas, il faudra autant de commandos pour aller les prendre et les
fermer. Ça nous fait environ seize hommes pour chacune des portes… en
espérant qu’elles ne seront pas spécialement bien gardées.
Le lieutenant Rigo secoua négativement la tête.
— Ça non, les hommes-serpents considèrent que la ville leur appartient et que
tout danger est écarté… d’autant qu’ils ont leur armée dans la plaine.
— Compris, reprit la Padawan. Pendant ce temps, il faudra te faire ouvrir les
casernes et leurs armureries et rassembler tes troupes, Calem.
— On commencera par le second régiment puis le troisième… en espérant que
les Dragons Noirs ne résisteront pas… je ne tiens pas à une bataille fratricide
dans les rues.
Un court silence lui répondit durant lequel chacun pesait le pour et le contre
des décisions qui étaient en train d’être prises. Isil reprit.
— Il te faudra les retourner eux-aussi… on t’aidera de notre mieux. Ensuite…
eh bien… il faudra reprendre la ville en empêchant l’armée à l’extérieur d’y
rentrer. C’est là où nous aurons besoin de renforts, pour la combattre à
l’extérieur des remparts, le temps de nettoyer l’intérieur de la cité. Donc plus
tard l’ennemi comprendra que c’est une opération d’envergure qui se joue, plus
tard l’armée extérieure se mettra en marche vers Édinu… et mieux nous nous
porterons.
— C’est risqué, marmonna Hiivsha, ton plan suppose que les régiments se
rangent sous la bannière du roi et non sous celle de son félon de frère.
— Ils sont enfermés dans les casernes, on ne leur a pas demandé leur avis et ils
ne doivent pas trop savoir ce qui se passe réellement… pour l’instant, ils suivent
une poignée d’officiers supérieurs dont la plupart doivent être sous la contrainte
ou du moins, en situation de porte-à-faux entre leur devoir d’obéissance à
l’autorité et leur conscience.
— Ton enthousiasme me plaît, lança Calem en se levant. C’est entendu, on va
suivre ton plan… mais il nous faut d’abord un moyen de communiquer entre
nous… vous avez des communicateurs ?
Hiivsha sortit son comlink d’une poche.
— Je sais qu’avec ceci je peux joindre celui d’Isil sur une distance raisonnable
en l’absence de relais… lorsqu’il est allumé, ajouta-t-il avec un sourire, ce qui
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L’eau de l’oubli
n’était pas le cas ces temps-ci, mais je ne sais pas s’il est compatible avec vos
systèmes de communication.
Isil venait de sortir le sien d’un étui de sa ceinture et l’alluma pour vérifier qu’il
fonctionnait. Celui du contrebandier vibra.
— Ça fonctionne, fit ce dernier avec un clin d’œil en sa direction, comment est
sa batterie ?
— Il tiendra. Je l’avais chargé avant de quitter le Defiance et depuis, je ne l’ai
pas allumé.
Après quelques minutes à tester différentes fréquences, ils durent se rendre à
l'évidence : leur système n’était pas compatible avec celui des Édéniens.
— Ce n’est pas grave, conclut le roi, il y a de quoi s’équiper dans le sous-sol de
ce bâtiment. Suivez-moi tous.
En groupe, ils se dirigèrent vers un ascenseur et descendirent d’un étage.
Calem commenta.
— Il y a une infirmerie, un poste de commandement auxiliaire et une
armurerie où nous allons trouver tout ce qu’il nous faut avant de nous lancer
dans la grande aventure qu’Isil nous a proposée !
*
* *
Cinq silhouettes furtives sortirent de l’ombre agitée du sous-bois et Kro’Moo
émit un petit gloussement en reconnaissant l’odeur de sa maîtresse dans la
silhouette encapuchonnée qui se dirigeait vers lui. Celle-ci s’approcha en tenant
Sali par la main et lorsqu’elle fut tout contre, elle lui caressa le museau de son
autre main.
— Je voudrais que tu me comprennes, commença la jeune fille. Tu connais Sali,
l’ancienne Iella ?
L’animal hocha de la tête en émettant un petit couinement.
— Je vais te demander de l’adopter comme nouvelle maîtresse.
Le dragonnal poussa une plainte qui faillit arracher le cœur des deux jeunes
filles et la Padawan ressentit une forte émotion émanant du saurien volant à
travers la Force, ce qui la poussa à se demander jusqu’à quel point cette dernière
pouvait agir dans certains animaux.
— Je sais que tu m’aimes bien, Kro’Moo, mais je ne vais pas pouvoir rester sur
cette planète et il faudra bien quelqu’un pour prendre soin de toi. Et puis Sali…
elle me ressemble… elle est comme moi, gentille, douce et affectueuse. Je suis
certaine que vous vous entendrez parfaitement tous les deux. N’oublie pas, tu lui
déjà sauvé la vie une fois…
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Compte-rendu
Elle essaya de traduire ses pensées dans la Force en direction de l’animal qui
tourna ostensiblement la tête vers la princesse avant de promener un museau
inquisiteur un peu partout le long de son corps tout en reniflant bruyamment.
Dans une hésitation bien visible, il regarda Isil puis Sali alternativement plusieurs
fois, en laissant entendre de petits bruits semblables à des gloussements. Enfin,
il s’arrêta pour poser le bout de son museau contre la poitrine de sa nouvelle
maîtresse qui se mit à le lui caresser affectueusement.
— Je crois que te voilà adoptée, conclut la Padawan en flattant le cou de
Kro’Moo avec de petites tapes.
— Je te remercie, Isil, j’en prendrais soin, tu sais. J’ai la conviction que nous
serons de grands amis pour longtemps.
Le dragonnal agita de nouveau sa tête de haut en bas comme pour acquiescer
à ses paroles. Calem qui avait revêtu un ample manteau de pluie surmonté d’une
capuche, arriva dans le dos des deux jeunes filles et posa une main sur l’épaule
de la princesse.
— Quand tu arriveras à Aretia, tu donneras ceci à mon oncle, le duc Nathil…
Il enleva de son index droit une grosse chevalière pour la poser dans la paume
de Sali.
— C’est lui qui me l’a offerte, il comprendra que j’ai besoin de lui. Explique-lui
la situation… je te laisse juge de savoir si tu dois tout lui révéler ou pas pour Isil
et Iella…
— Je te promets de revenir avec une véritable armée… je vais aussi alerter
mon père, mais il faudra plus de temps au royaume d’Austra pour intervenir qu’à
ton oncle Nathil.
Le roi la prit dans ses bras pour l’embrasser.
— D’accord, fais pour le mieux, je te fais entièrement confiance. J’espère que
demain, on aura rétabli les communications longue distance.
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L’eau de l’oubli
— C’est vrai, admit la Jedi, mais tu ne dois pas t’inquiéter et ton esprit doit se
recentrer sur l’action à venir car pour l’instant, il ne te servirait à rien de
t’angoisser pour elle… à rien d’autre qu’à brouiller ton jugement.
Il tourna la tête vers elle.
— Tu as des discours bien différents depuis que tu es redevenue toi-même,
observa-t-il, on sent effectivement quelqu’un d’autre au fond de toi… quelqu’un
de… grand.
Isil esquissa un sourire avant de se retourner vers ses autres compagnons.
— Comment pouvons-nous atteindre les geôles du Palais le plus discrètement
possible ?
— Il faut utiliser les souterrains, répondit Rigo.
— Comme je l’ai déjà dit, nous avons un sérieux avantage sur l’ennemi,
expliqua le roi, car je connais beaucoup de passages qu’il ignore. Suivez-moi.
Après avoir essayé d’expliquer de son mieux à son dragonnal qu’il convenait
pour lui d’attendre encore à l’abri des sous-bois, il les entraina à travers
l’obscurité des arbres dans une marche d'une demi-heure. Au terme de celle-ci,
ils débouchèrent sur un espace dégagé et franchirent une nouvelle grille
supportée par un mur de pierres fatigué.
— Mais c’est un cimetière ? s’exclama à voix basse Hiivsha en regardant tout
autour de lui des stèles ovales plantées dans le sol ainsi que des pierres
tombales.
— Un ancien cimetière, rectifia Calem en s’y engageant à grands pas,
désaffecté depuis des siècles et classé monument historique. De nos jours, nous
incinérons tous les morts et nous répandons leurs cendres dans les Jardins
d’Édin, un espace prévu pour le recueillement des familles qui veulent un endroit
pour pleurer leurs chers disparus.
Le contrebandier admira un instant à travers la lueur des éclairs, les
monuments funéraires dont certains étaient de véritables œuvres d’art. De
puissants mausolées côtoyaient des caveaux plus modestes au milieu de petites
tombes anonymes, et cet ensemble reflétait sans doute la richesse ou la
pauvreté des familles des morts. À la lumière électrique des flashs de l’orage,
c’était un spectacle à la fois beau et fascinant mais également lugubre et
inquiétant.
— Ne traînons pas, reprit le monarque comme les autres s’étaient arrêtés pour
admirer les alentours. Vu le couvre-feu qui règne en ville, il n’y aura sans doute
personne, mais nous ne devons pas risquer de tomber sur une ronde du gardien
si celui-ci est encore à son poste. Venez par ici !
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Compte-rendu
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— C’est pratique pour se déplacer sans être vu, railla le contrebandier. Qui
connaît ces galeries à part vous ?
— Jarval un peu, certains officiers de confiance tels Rigo connaissent deux ou
trois passages… mais personne en intégralité… le plan exhaustif de ce labyrinthe
est déposé dans les archives du Temple d’Édin et seul le roi est habilité à le
consulter et éventuellement à le divulguer à qui bon lui semble… encore faut-il
que ça l’intéresse de le faire.
— Il semble que cela vous ait intéressé…
— C’est vrai… quand j’ai accédé au trône, je me suis amusé à apprendre le plan
par cœur… c’était un peu puéril de ma part, je l’admets…
— Mais bien utile aujourd’hui, remarqua Isil avec le plus grand sérieux.
Après plusieurs intersections, ils arrivèrent devant un mur.
— Où sommes-nous ? demanda Rigo.
— Si je ne me suis pas trompé, dans la salle des douches de la prison.
— La salle des… s’exclama Hiivsha avec un rire sarcastique, votre aïeul avait-il
peur d’être un jour enfermé dans sa propre prison ?
— Il faut croire, répondit patiemment Calem en appliquant sa main sur un
détecteur.
Le mur pivota en silence libérant un passage d’un demi-mètre par lequel il se
faufila. La pièce était sombre et leurs pas résonnèrent contre les murs carrelés.
Calem leur fit signe de le suivre en direction d’une grille ouverte qui donnait sur
un couloir. À son extrémité, une nouvelle grille fermée celle-ci, leur barrait le
passage.
— Première difficulté, murmura Calem.
— Ces serrures sont-elles protégées par un quelconque système d’alarme ?
questionna Isil en allumant son sabre.
Le roi fit non de la tête et la lame verte s’enfonça en une seconde dans la
serrure qui fondit. La grille s’ouvrit sous la pression des doigts de la Jedi.
— Évidemment, vu comme ça, c’est facile, plaisanta Rigo en passant à son
tour.
— C’est l’avantage d’un Jedi, rétorqua Hiivsha avec un sourire en coin, tout
paraît plus facile avec lui… on devrait toujours en emporter un dans ses affaires.
Il sentit, plus qu’il ne la vit, Isil sourire brièvement en tournant le regard vers
lui. Devant eux un escalier se dressait à présent qui montait vers le corps du
bâtiment carcéral.
— La prison du Palais n’est plus utilisée depuis longtemps, commenta Calem
sur le ton d’un guide de musée. Autrefois, elle servait à enfermer les opposants
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Compte-rendu
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Compte-rendu
cantonnaient à ouvrir les cellules pour que nous puissions marcher un peu et
accéder aux douches, ainsi qu’à nous apporter à manger.
— Cela nous laisse toute la nuit pour opérer, conclut Isil… enfin, cinq ou six
heures. Il va falloir faire vite et agir énergiquement !
Ils marchaient vite et leurs pas résonnaient le long des galeries qui n’en
finissaient plus de se dérouler devant eux. Au bout d’une vingtaine de minutes,
ils gravirent un escalier étroit puis poussèrent une statue récalcitrante pour
pénétrer dans la crypte du temple des moissons. Sans surprise, il n’y avait
personne. L’intérieur du temple était également désert et ils se retrouvèrent
rapidement devant une sortie latérale qui donnait sur une petite ruelle. Une
rafale de vent leur cingla le visage.
— La météo est de notre côté, observa Jarval, au milieu d’une telle tempête,
les patrouilles n’entendront rien… si elles ne préfèrent pas rester à l’abri. C’est
une nuit idéale pour casser de l’homme-serpent !
Un éclair violent lui répondit, suivi immédiatement par un craquement sec et
puissant qui déchira la nuit.
— Je crois que Édin est d’accord avec votre analyse, railla Hiivsha… et sa
réponse n’est pas tombée loin d’ici !
— Sans doute dans le parc, reprit Jarval. Allez-y, Rigo, on vous suit.
Dans la nuit, des ombres furtives se glissèrent le long des murs des jardins et
des rues plongées dans l’obscurité du couvre-feu. Il ne leur fallut que trois
minutes pour s’engouffrer par un portillon blanc qui traversait une haie aux
fleurs orangées agitées par les bourrasques de vent. Quelques secondes encore
et le petit groupe entrait rapidement dans le hall d’entrée d’une sympathique et
confortable maison de ville de deux étages.
— Eh dis-donc, ça paye bien lieutenant, remarqua à voix basse l’un des
collègues de Rigo à l’attention d’un autre qui répondit aussitôt.
— T’es fou ? C’est pas avec un salaire de lieutenant qu’il a pu se payer une
baraque comme ça ! Mais sa femme est avocate et issue d’une famille sacrément
aisée… si tu vois ce que je veux dire !
Ils étaient groupés les uns contre les autres et Rigo n’avait pas eu le temps de
poser sa main sur l’interrupteur de la lumière, qu’une voix forte s’écriait :
— Ne bougez plus et levez les mains bien haut, sinon je tire dans le tas !
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— Oui, répondit Rigo, il est dans mon bureau, je vais le chercher… ainsi qu’un
tableau pour écrire dessus…
— Je peux vous préparer du thé et du café si vous le voulez ? proposa leur
hôtesse.
Le roi approuva en remerciant et Jallie s’éclipsa en direction de la cuisine.
Calem se débarrassa de son long vêtement de pluie civil et l’accrocha à un porte-
manteau puis rejoignit le groupe dans la salle à manger.
— Qui connait la prison centrale ? demanda-t-il.
— Moi, un peu, répondit le jeune Tam Shirpax, j’y suis allé visiter un… ami qui
avait fait une bêtise et…
— L’histoire une autre fois, coupa le monarque. En ce qui me concerne je suis
allé la visiter une fois officiellement. Pour autant que je sache, la prison ne
dispose pas d’une possibilité d’accueil de cent soixante personnes d’un seul
coup. Il est vraisemblable qu’on a regroupé les Gardes dans un endroit collectif
pour les tenir à l’œil.
— Le réfectoire ? proposa le jeune officier.
— Le temple, se permit un autre lieutenant plus âgé.
Calem secoua la tête.
— J’en doute, le réfectoire est utilisé par les autres pensionnaires et le temple
est, si je me souviens bien, trop petit pour cela.
— Y’a-t-il une salle de sports… un gymnase ? demanda Hiivsha.
Les yeux du souverain s’éclaircirent.
— Vous avez raison, le gymnase ! Il y a de grandes chances qu’ils y soient
regroupés !
Il dessina au tableau un rapide croquis des lieux.
— Le gymnase est dans le coin nord-est de la prison… ici les bâtiments, les
murs… les miradors… la difficulté va être de faire évader autant d’hommes sans
verser le sang des gardiens… je ne parle pas des éventuels reptiles sur jambes
évidemment.
Son ton s’était durci sur la fin de sa phrase. Visiblement, il n’avait pas
l’intention de faire de quartier à l’ennemi.
— Je suppose qu’aucun tunnel ne débouche dans la prison ? railla Hiivsha.
— Je vous vois venir… mais non, répondit le roi en souriant, elle n’était pas
construite à l’époque de mon aïeul.
— Dommage…
— Hormis la façade principale de l’édifice qui donne sur une grande place, les
trois autres côtés sont bordés de rues plutôt étroites. Peut-être avec des
grappins… suggéra Rigo.
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Le monarque s’était avancé d’un pas et se tenait à présent tout proche de lui.
— Je suis bien le roi Calem, affirma-t-il d’une voix tout à fait reconnaissable.
Ouvrez cette porte !
Zick hésitait, sa main tremblante postée à quelques centimètres du dispositif
de déverrouillage.
— Mais… Sire… pourquoi voulez-vous… entrer ici ? C’est contraire à tous les
usages… et votre mo… mort… on l’a annoncée partout… je.. permettez que j’en
réfère à mon supérieur…
— Comment vous appelez-vous mon garçon ? demanda le souverain d’une
voix douce et avenante.
— Zi… Zick, Sire.
— Eh bien, Zick, je sais que tout ceci doit vous échapper un peu, mais l’heure
est grave. C’est l’heure du choix, Zick. Il va se passer des événements
primordiaux pour l’avenir de notre royaume cette nuit et vous avez la chance de
pouvoir en devenir l’un des acteurs privilégiés en ouvrant immédiatement cette
porte. Je vous demande de m’obéir sans attendre, sans n’en référer à personne.
Je vous demande de prendre vos responsabilités et de me faire confiance. Vous
me faites confiance, n’est-ce pas, Zick ?
— Conf… oui, bien sûr… Sire… je… mais je… on a dit…
— « On » s’est trompé, Zick et « on » a menti, je ne suis pas mort, je ne me suis
pas enfui… mais nous ne sommes pas ici pour parler de cela. Zick, votre roi vous
demande de lui ouvrir cette porte immédiatement.
La main tremblait avec force lorsque l’index transpirant du jeune gardien
appuya sur le bouton rouge. Les serrures se rétractèrent et la porte s’ouvrit.
Aussitôt, Isil, Jarval et Hiivsha, suivis du jeune officier qui portait Debbie,
s’engouffrèrent par l’ouverture en bousculant Zick afin de sécuriser la zone.
— Attendez, fit ce dernier, dans la salle de contrôle il y a mon chef et deux
hommes-serpents armés.
— D’accord, fit Isil, vous allez revenir comme si rien ne s’était passé puis vous
vous écarterez pour nous laisser faire et vous vous mettrez à l’abri.
Le jeune gardien obtempéra et passa devant eux. Il hésita deux secondes avant
d’ouvrir la porte du poste de surveillance et d’entrer. Son chef ne le gratifia
même pas d’un regard. Seuls les deux bipèdes comprirent aussitôt que quelque
chose n’allait pas. Comme Zick s’écartait vivement du seuil de la pièce, ils se
levèrent en saisissant leurs armes qui se trouvaient à leurs côtés.
— Ne bougez pas ! cria Isil faisant sursauter le Cathar sur sa chaise.
Sans obéir, les deux saurocéphales ouvrirent le feu. De deux moulinets
savamment exécutés, la Padawan intercepta les décharges d’énergie et les
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renvoya à leurs expéditeurs. Deux secondes plus tard, ils gisaient morts sur le
sol.
Cratzak s’était relevé brutalement propulsant sa chaise à deux mètres derrière
lui. Décontenancé, il leva les bras en geste de soumission devant les armes
pointées vers lui et l’étrange épée lumineuse verte que tenait la jeune et jolie
fille blonde. Ses yeux s’arrondirent encore en voyant entrer celui qu’il reconnut
tout de suite.
— Sire ! grogna-t-il en se mettant au garde-à-vous.
— C’est vous l’officier de permanence ? demanda le monarque en s’avançant
vers lui.
— Oui, Sire ! Gardien-major Cratzak Kar’Dorr ! Mais, Sire, tout le monde a dit
que…
— « Tout le monde » a menti, rétorqua Calem en masquant l’agacement qu’il
aurait certainement à maîtriser encore un bon nombre de fois dans les heures à
venir. Je suis bien vivant, et aux commandes du Royaume.
Le Cathar le regarda d’un œil sceptique.
Si tu étais aux commandes du Royaume comme tu dis, tu ne serais pas là en
personne à faire le coup de feu dans la salle de contrôle d’une prison à la tête
d’un tel commando ! pensa-t-il malgré lui.
— Heureux de le savoir, répondit-il de façon toute diplomatique. Je dois
informer le directeur de ce qui se passe.
— Hors de question Cratzak ! trancha le jeune souverain. Pour l’instant, rien de
ce qui se passe ne doit sortir d’ici. Il en va de la sécurité de la ville toute entière.
— Mais, Sire, je n’ai pas l’autorité pour…
— Je vous la donne ! coupa Calem d’une voix qui ne tolérait pas de nouvelle
échappatoire. À partir de cet instant et jusqu’à ce que l’ordre soit rétabli, vous
êtes nommé directeur par intérim. Le reste dépendra de l’attitude qu’aura eue
votre directeur ces derniers jours. Êtes-vous avec moi ?
Calem le regardait de toute sa hauteur, à seulement quelques centimètres de
lui. Il aurait suffi au Cathar d’un puissant coup de griffes pour éliminer le
concurrent du prince Taimi, mais pareille idée ne franchit même pas le seuil de
ses pensées. Cratzak secoua la tête affirmativement. Calem reprit en se
retournant.
— Capitaine Jarval, rédigez immédiatement l’ordre de nomination, mais que
celui-ci ne franchisse pas les murs de cette prison tant que nous n’aurons pas
repris la ville.
Le capitaine s’assit sans attendre devant un terminal informatique pour
s’exécuter. Calem se tourna de nouveau vers le nouveau directeur.
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— À trois, reprit la Jedi qui étendit ses deux mains en avant pour appeler à elle
toute la Force qu’elle pouvait drainer autour d’elle. Un, deux… trois !
Elle propulsa devant elle une vigoureuse vague de Force qui renversa les
bidons et les caisses ainsi que ceux qui s’abritaient derrière. Un puissant double
saut périlleux la propulsa au milieu de ses ennemis et le sabre laser entra en
action, fouettant l’air et découpant sur son passage tout ce qu’il rencontrait.
— Allons-y ! s’écria Calem comme Hiivsha se levait pour foncer lui aussi dans le
tas.
Ce fut la ruée. Aucune protection ne pouvant être efficace à courte distance,
les hommes-serpents sortirent du gymnase et de l’abri des murs pour repousser
les assaillants. L’affrontement tourna au corps-à-corps. Le sabre laser fit
merveille ainsi que les poussées de Force dont La Padawan se servit. Entre les
caisses qu’elle projetait sur ses adversaires, les tirs meurtriers du blaster
d’Hiivsha et des armes des Gardes royaux, il ne resta bientôt plus un seul
homme-serpent debout. Deux autres officiers avaient été légèrement blessés
dans l’assaut final. Isil se précipita contre la porte d’accès au gymnase. Celle-ci
était verrouillée mais son sabre laser en découpa la serrure en deux secondes.
Elle entra dans le couloir qui donnait sur la grande salle de sports et distingua au
fond de celui-ci une menace très précise. Le sabre quitta sa main en virevoltant
et s’abattit vers le bras qui essayait de la viser du coin d’un mur. Au moment où
la main toujours crispée sur l’arme touchait le sol, le sabre laser reprenait sa
place entre ses doigts experts. Jarval échangea un rapide regard lourd
d’admiration avec Calem sans rien dire. L’homme-serpent fut rapidement
maîtrisé et neutralisé.
La salle était remplie de soldats assis à même le parquet, hommes et femmes,
dont quelques-uns étaient en civils. Sans doute ceux qui avaient été interpelés
chez eux. Ils se levèrent comme un seul homme en apercevant leurs officiers et
leur capitaine aux côtés de leur roi. Un joyeux brouhaha rempli d’incrédulité
accueillit les nouveaux arrivants. Calem mit fin prématurément aux retrouvailles.
— Rigo, évacuez le sous-lieutenant Shirpax à l’infirmerie de la prison et
revenez aussitôt.
Puis se tournant vers les Gardes.
— Du silence, je vous prie. Mesdames, messieurs les Gardes Royaux, je n’ai
pas le temps de vous faire un long discours sur ce qui vient de se passer ces
derniers jours. Sachez que je ne vous ai pas abandonnés mais que j’avais confié à
mon frère et au général Pardo la tâche de défendre la cité en mon absence. À
l’encontre de mes ordres, ceux-ci ont livré la ville à l’ennemi. Nous devons la
reprendre dès maintenant tant que le gros de ses troupes campe dans les plaines
473
L’eau de l’oubli
du sud. Pour cela, vos officiers vont vous constituer en commandos. Chacun des
groupes ainsi créés sera responsable de la prise de contrôle d’une des portes de
la ville et de sa fermeture. Il devra ensuite la conserver fermée et la défendre
jusqu’à ce que l’ensemble des forces édiniennes soient opérationnelles et que la
ville soit purgée de l’envahisseur. L’armurerie de la prison contient quelques
armes qui vont être affectées aux groupes dont l’objectif est le plus éloigné. Pour
les autres, une petite balade dans le dépôt d’armes tout proche s’impose. Nous
agirons de façon synchronisée le moment venu. D’ici là, évitez de vous faire
repérer. La tempête qui sévit va nous faciliter la tâche mais ne nous rendra ni
invisibles, ni invincibles. Vous n’avez pas votre équipement d’assaut personnalisé
aussi vous devrez redoubler de prudence. Vos officiers vont maintenant briefer
leurs groupes. Vous avez cinq minutes pour vous préparer.
Puis se tournant vers son ami.
— Jarval, à part Shirpax, y’a-t-il d’autres personnes blessées qui ne peuvent
pas continuer ?
Le capitaine secoua la tête.
— Non, je viens de parler avec les lieutenants Defor et Bon’Hir, ce ne sont que
des égratignures qui pourront attendre quelques heures que la fin de la partie
soit sifflée.
— Bien, espérons que nous mènerons au score à ce moment-là !
Les plans que madame Rigo avait dupliqués à l’aide de son ordinateur furent
mis à contribution pour désigner à chaque groupe son objectif et établir un
timing précis.
474
La prison
475
L’eau de l’oubli
Le problème était de faire mouvement dans les rues désertes avec une troupe
d’une centaine de soldats. Il fut donc décidé d’aborder le dépôt d’armes comme
la prison, avec une poignée d’hommes armés, le reste attendant que l’entrée en
soit ouverte pour y accourir par petits groupes.
C’est ainsi que le factionnaire vit arriver une dizaine de personnes bravant le
couvre-feu devant les grilles fermées qui protégeaient le poste de garde.
Intrigué, il entrouvrit la porte de ce dernier.
— Que faites-vous dehors ? Vous ne savez pas qu’il est interdit de…
Il s’interrompit pour rectifier la position car il venait de reconnaître le capitaine
Jarval, le commandant de la Garde Royale dont il ignorait tout de l’internement.
— Mes respects, capitaine, je ne vous avais pas reco…
Il n’alla pas plus loin dans sa phrase car Calem venait d’ôter sa capuche et
d’écarter les pans de son vêtement de pluie pour laisser entrevoir son uniforme.
— Sire ? s’exclama le factionnaire en se raidissant encore plus, c’est vous ?
Que se passe-t-il ?
— Nous avons besoin des armes de l’entrepôt, ouvrez-nous les portes.
Le soldat hésitait visiblement, comme Zick un moment auparavant.
— C’est que… mes consignes… je dois avertir l’officier de permanence…
476
La prison
Isil s’avança vers lui tout contre la grille et fit de la main ce que certain auraient
appeler « une passe de Jedi ».
— Nul besoin d’avertir qui que ce soit, tout est en règle, nous pouvons entrer.
Sa voix résonna dans la tête du soldat qui bégaya en la regardant fixement.
— C’est… c’est bon, tout est en règle… vous… vous pouvez entrer…
La grille glissa sur ses rails. Aussitôt Jarval prit son communicateur et annonça.
— Rigo ? Nous sommes à l’intérieur, vous pouvez envoyer les groupes.
Deux hommes furent laissés en compagnie du factionnaire qui paraissait ne
plus savoir où il se trouvait. Calem se retourna vers Isil.
— C’est aussi un de tes trucs de Jedi ?
— Il est possible d’influencer les esprits les plus fragiles grâce à la Force,
expliqua-t-elle sobrement.
— Ah oui ? Je me demande jusqu’où s’étend le pouvoir d’un Jedi ?
— Ou d’un Sith… il peut s’étendre très très loin… au-delà de ton imagination.
Mais je n’en suis pas encore là.
Pouvait-elle lui expliquer qu’il n’y avait pas si longtemps, elle avait enfermé un
terroriste dans une bulle de Force au moment où celui-ci avait fait exploser sa
bombe en plein milieu d’une foule, et ceci pour retarder au maximum le
moment de la déflagration et permettre ainsi aux personnes présentes d’évacuer
les lieux ? Ce souvenir la hantait depuis lors car à ce moment précis, elle avait
senti sur elle le souffle glacé du Côté Obscur, l’ivresse de la toute puissance,
l’importance de sa supériorité sur le commun des mortels… et elle en avait eu
peur. Une peur qu’elle avait réussi à chasser mais qui de temps en temps
revenait la hanter.
Ils étaient parvenus devant le bâtiment principal de l’administration du dépôt.
Sur un geste du roi, Isil força la porte d’entrée et Calem s’engouffra dans
l’ouverture. Une lourde grille barrait un couloir qui donnait manifestement accès
à la salle où devait dormir l’officier de permanence. Une sonnette se trouvait à
côté et Jarval l’écrasa de son index. Une lumière s’alluma et un homme occupé à
enfiler la veste de sa tenue sortit d’une pièce.
— Qu’est-ce que c’est ? râla-t-il.
Ça pouvait être une inspection surprise — quoiqu’en plein couvre-feu la chose
aurait été plutôt étonnante — ou une demande de sortie d’urgence d’armes et
ça, compte-tenu des événements extérieurs, c’était plus probable.
L’officier n’avait pas totalement refermé son habit qu’il reconnaissait
l’uniforme royal ainsi que celui des officiers qui l’entouraient.
— Sire ? fit-il étonné avant de se mettre au garde à vous et de saluer, vous ici…
après ce qu’on a annoncé sur les chaînes officielles ? Vous ne pouvez pas savoir à
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L’eau de l’oubli
quel point je suis heureux de vous savoir de retour sain et sauf ! Vous allez peut-
être pouvoir remettre de l’ordre dans ce bordel… sauf votre respect, Sire !
L’homme était un grand gaillard barbu aux épaules larges comme une armoire
dont le visage laissait supposer sans peine qu’il n’avait pas l’habitude de s’en
laisser conter. Sans aucune hésitation il appuya sur le bouton de déverrouillage
de la grille qu’il ouvrit toute grande. Puis il serra avec fierté la main que le
monarque lui tendait en toute simplicité en se présentant.
— Lieutenant Fra Bergano, Votre Majesté, que puis-je faire pour vous aider ?
Calem lui sourit.
— Ce que l’officier de permanence du dépôt d’armes de la ville peut : m’ouvrir
les armureries pour équiper ses hommes.
Le colosse haussa des sourcils.
— Vos hommes… vous voulez dire, la Garde Royale ? Mais n’a-t-elle pas sa
propre armurerie ?
Calem eut un rictus embarrassé.
— C’est… un peu compliqué pour le moment…
Bergano se gratta la tête sans ambages.
— Je vois… c’est donc de la politique.
Jarval lui tapota l’épaule.
— Vous avez tout compris, lieutenant.
— Alors, reprit ce dernier, je ne tiens pas à savoir. Ma fidélité vous est acquise.
Major Jaspin ! cria-t-il soudain.
Un autre homme sortit d’une des portes donnant sur le couloir pour se
précipiter vers eux, marqua un temps d’arrêt de quelques secondes nécessaire
pour évaluer la situation, se mit au garde-à-vous et salua.
— À vos ordres, lieutenant !
— Major, assurez la permanence, je vais procéder à des sorties de matériel.
Réveillez les permanents de l’armurerie un, de la soute trois et du magasin… six…
si ma mémoire est bonne… dites-leur d’ouvrir leurs guichets immédiatement.
— Reçu, lieutenant.
— Parfait… ah, et… Major, si vous recevez un coup de fil de l’extérieur, qui que
ce soit, vous me le transférez, compris ?
— Compris, lieutenant.
L’officier se retourna vers ses visiteurs.
— Où sont vos gars, Sire ?
— Ils vont arriver, par petits groupes… plus facile pour se déplacer sans être
vus des patrouilles de l’ennemi.
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La prison
Le rééquipement des Gardes Royaux fut mené tambour battant avec une
redoutable efficacité, sous les ordres du lieutenant Bergano. Trois quarts d’heure
plus tard, l’ensemble des hommes de Jarval étaient équipés et prêts à en
découdre. Le seul incident signalé fut la rencontre entre le commando deux et
une patrouille de quatre hommes-serpents qui n’eurent pas le temps de se
rendre compte de ce qui leur arrivait. Les corps avaient été promptement cachés
pour gagner un maximum de temps jusqu’à leur découverte.
Sous le commandement d’un officier ou d’un sous-officier supérieur, les
commandos s’éparpillèrent dans les rues de la ville à destination de leur objectif.
Calem se tourna vers Bergano.
— Lieutenant, je vous charge de conserver ce dépôt fermé et de n’obéir à
aucun ordre qui ne viendrait pas de moi ou d’un des officiers de la Garde Royale,
m’avez-vous bien compris ?
— C’est que… oui, Sire… mais je comptais en fait… venir vous donner un coup
de main… en personne…
De fait le colosse semblait dépité de voir se disputer une partie sans être dans
les rangs des joueurs.
— Je vous comprends, et vous en remercie, reprit le roi, mais j’ai besoin d’un
homme de confiance pour être certain que ce dépôt ne pourra servir à ceux que
nous combattons… et vous avez la trempe pour cela !
L’officier retint une grimace malgré l’évident compliment que le souverain lui
faisait.
— Entendu, Sire, je vais rassembler tous les hommes et les mettre aux postes
de combat… mais si vous avez besoin de soutien, n’hésitez pas à en demander !
Calem se laissa aller à lui donner une bourrade amicale pour lui remonter le
moral.
— C’est promis, lieutenant !
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33 - Le 1er Régiment Royal
Des trois régiments hébergés dans la cité, seul celui des « Dragons Noirs » était
professionnalisé. Les deux autres étaient, hormis leur encadrement, composés
de jeunes recrues qui effectuaient leur obligation civique d’une durée de deux
ans dans l’armée, comme d’autres le faisaient dans nombre de secteurs publics
de la société édinienne. Or le souverain avait toujours eu, comme on le disait,
« la cote » parmi les jeunes, ce qui constituait un atout non négligeable pour
rallier à lui ces deux régiments.
Le petit groupe arriva devant la caserne du « deux » ainsi qu’on appelait
familièrement le deuxième régiment royal, après avoir évité de justesse une
patrouille ennemie en se fondant dans l’un des jardins publics de la cité. Ce fut le
colonel Qulos qui monta au créneau pour recevoir son visiteur de marque.
C’était le type même du baroudeur en fin de carrière. Il avait roulé sa bosse un
peu partout sur la planète avec l’AUE, l’Armée Unie d’Édéna, formée par des
contingents de tous les pays, et qui avait pour mission de préserver la paix
partout où des tensions naissaient. À un an de la retraite, il avait eu du mal à
avaler la pilule de la « ville ouverte » décrétée par le prince Taimi, mais, n’ayant
pas l’âme d’un mutin, il s’était borné à exécuter les ordres venus « d’en haut » et
avait consigné tout son petit monde en attendant de voir comment les choses
allaient évoluer.
S’il n’accueillit pas le monarque les bras ouverts, ce fut uniquement par un
sentiment de retenue et de rigueur toute militaire. Mais l’idée « d’aller au
carton » selon son expression favorite lui redonna la jeunesse de ses vingt ans.
Le branle-bas de combat fut discrètement sonné pour mettre le régiment en
ordre de marche et le rééquiper. L’ensemble de ses officiers fut unanime à
reconnaître l’autorité du roi au-dessus de celle du prince et du général Pardo et
chacun attendit les nouveaux ordres.
Il était cinq heures du matin lorsque Qulos proposa au roi de gagner du temps
en utilisant l’une des lignes de communication de crise qui reliait directement le
« deux » au « trois ».
— C’est le colonel Roc’Hart qui est là-bas… « Rocco-tête-de-bois », avait-il
précisé avec un gros rire. Inutile de perdre une heure à y aller à pied, et utiliser
des montures ce serait vous faire repérer plus aisément. Je me charge de le
briefer… je le connais bien, c’est un frère d’armes. Il n’attend qu’un mot pour
sonner la charge ! Par contre je n’en dirais pas autant des « Dragons ». Une
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Le 1er Régiment Royal
— Nous allons prendre trois corinals pour nous rendre chez les « Dragons »,
Rigo, Isil et moi. Inutile d’être plus, cela ne servirait qu’à provoquer un bain de
sang si par malheur je ne parvenais pas à convaincre leurs officiers. Et puis, Isil
vaut bien une compagnie à elle toute seule.
Le colonel Qulos leva vers la Padawan un sourcil dubitatif.
Comment une si jeune personne, civile de surcroît, peut-elle prétendre à une
telle efficacité ?
Mais l’officier supérieur songea qu’il n’était pas temps de demander des
explications et que le roi savait sans doute ce qu’il disait… et faisait. Aussi décida-
t-il de remettre sa question pour plus tard.
— Si par hasard ça clochait avec le « trois », prévenez-moi immédiatement,
sinon, appliquez le plan comme prévu sans attendre d’autres ordres de ma part.
— Comme tu voudras, répondit Jarval avec un petit signe de tête tandis que le
colonel se ruait sur le communicateur sécurisé qui allait lui permettre d’entrer
en contact avec son homologue du troisième régiment Royal.
Calem conserva un instant la main de son capitaine et ami dans la sienne et la
serra fortement.
— Si quelque chose devait mal se passer chez les Dragons… si nous étions
empêchés de continuer… faites-le sans nous. Reprenez la ville et si Taimi
s’oppose à toi, fais procéder à son arrestation.
— Arrêter le prince ? Ce n’est pas une chose facile que tu me demandes là.
— Il n’y a qu’à toi que je peux la demander, Jarval.
Ils se regardèrent un instant les yeux dans les yeux, puis le capitaine Hor’Gardi
eut un léger signe de la tête.
— Entendu, Calem, je ferai comme ça.
Trois soldats amenèrent les montures. Calem, Isil et Rigo enfourchèrent
chacun la leur et partirent à bride abattue en direction de la séculaire caserne
des « Dragons Noirs ».
La citadelle du premier régiment royal dressait son ombre torturée sur une
légère proéminence qui ne pouvait certes rivaliser avec la colline sur laquelle
était bâtie la Cité Royale, mais qui la faisait apercevoir de loin dans la ville. Ses
murailles, jadis entourées d’une forêt, étaient désormais ceintes d’espaces verts
boisés qui faisaient en temps ordinaire la joie des promeneurs et des enfants.
Une rivière coulait tout autour, au bas des glacis, et serpentait entre les pelouses
fleuries pour rejoindre le fleuve au-delà des murs de la capitale. Cet
environnement des plus pittoresques, apparaissait sous les éclats de la tempête
hautement sinistre.
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L’eau de l’oubli
Ils galopaient à travers les rues désertes des quartiers résidentiels, évitant
consciencieusement les larges artères marchandes, où le risque de rencontre
avec l’ennemi était plus grand. La cité, transformée en ville fantôme par le
couvre-feu, ruisselait à présent sous des trombes d’eau fouettées par de
violentes bourrasques tièdes venues du désert.
Plongée dans la Force, Isil leur fit plusieurs fois effectuer un détour alors
qu’elle sentait devant eux la présence d’hommes-serpents.
— Rudement pratique votre radar embarqué ! lança le lieutenant Rigo alors
qu’ils traversaient un parc.
La Padawan ne répondit pas, concentrée qu’elle était dans les lignes invisibles
qui irradiaient de devant elle. Le bruit des fers cognant contre le revêtement des
rues se perdait dans le sifflement des rafales de vent qui s’engouffraient entre
les villas et le bruit quasi-perpétuel du tonnerre qui roulait ou éclatait au gré des
éclairs. Calem essuya son visage trempé pour étudier la dernière partie de
l’itinéraire qui les menait vers l’unique route montant jusqu’à l’entrée de la
vieille forteresse. L’avenue bien-nommée du 1er R.R., serpentait sur une courte
distance en traversant un petit bois, et expirait sur un ancien pont-levis qui
précédait un tunnel ouvert dans la muraille. Le roi fit obliquer sa monture vers
l’une des pelouses qui bordaient les glacis et la rivière circulant à leur pied, et le
lança au galop.
Isil sentit la Force s’agiter au loin et fit accélérer son corinal pour se porter à la
hauteur du roi.
— Nous arrivons ? demanda-t-elle.
— Oui, au bout de cette plaine, nous prendrons l’avenue qui monte au château
sur la droite à travers les arbres.
— Je sens une présence ennemie pas loin d’ici, restons sur nos gardes.
Parvenus au terme de l’étendue herbeuse, ils ralentirent pour sortir du parc et
revenir sur la rue qui le bordait. Les sabots claquèrent de nouveau sur le sol dur.
Devant eux, les arbres semblaient avaler l’avenue dans leur ombre épaisse. La
Padawan lança un avertissement.
— Il y a du monde à cent mètres.
À la lueur d’un puissant éclair, ils purent apercevoir une douzaine de
silhouettes fantomatiques qui stationnaient à l’abri des grands arbres. Les deux
hommes tirèrent leur pistolet de leur étui tandis qu’Isil saisissait son sabre sans
toutefois l’allumer. Ils étaient encore à plus de cinquante mètres de l’ennemi
lorsque la Padawan bondit les deux pieds sur la selle, ramassée comme un fauve
prêt à bondir. Avant même que Calem ait eu le temps d’ouvrir la bouche, elle
s’envola littéralement dans les airs, ajoutant la vitesse de sa monture à celle d’un
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Le 1er Régiment Royal
saut prodigieux qui la catapulta en avant. À la lumière de l’éclair suivant, les deux
hommes la virent tournoyer plusieurs fois sur elle-même comme une boule
avant d’atterrir au milieu des hommes-serpents complètement pris au dépourvu.
Dans la nuit le sabre-laser s’éclaira de sa lame verte qui fouetta vivement l’air
autour de la Jedi. L’arme redoutable fit son office sans aucune retenue, laissant
sur son passage une odeur âcre de chair carbonisée. Quelques tirs fusèrent des
armes des saurocéphales. Isil roula à terre pour en éviter deux, tout en se
rapprochant de trois autres sauriens bipèdes. Son sabre s’enfonça de nouveau
dans l’un d’eux et trancha le bras armé des deux autres. Pendant ce temps, le roi
et le lieutenant Rigo avaient sauté au bas de leur monture et ouvert le feu sur
leurs adversaires, courbés en deux pour minimiser la visée de ces derniers. Il y
eut des cris gutturaux en provenance des créatures dont les rescapés reculèrent
vers le sommet de l’avenue. La lueur tournoyante du sabre-laser trancha
l’obscurité du sous-bois ainsi qu’une tête qui tomba dans un craquement
sinistre, avant de revenir dans la main qui l’avait lancé. Calem et Rigo se mirent
également à la poursuite des quelques fuyards, s’arrêtant seulement pour
ajuster leurs tirs. À mi-pente, il ne restait plus que deux hommes-serpents qui
tentaient de trouver vainement le salut dans la fuite. Ils furent rattrapés à une
cinquantaine de mètres de la puissante grille qui fermait le tunnel d’accès à la
caserne. Deux tirs bien ajustés les foudroyèrent dans le dos et ils s’écroulèrent
sans un cri sur le sol. Silencieusement, chacun rengaina son arme.
Des pas précipités les firent se retourner en direction de la forteresse. Une
dizaine de soldats accouraient vers eux. Les quatre premiers étaient armés de
lances d’énergie qui équipaient traditionnellement les factionnaires qui
gardaient les immeubles officiels mais les six autres, commandés par un sous-
officier, pointaient vers eux le fusil d’assaut classique des escouades
d’intervention. Ils encerclèrent rapidement les trois personnes encore debout au
milieu de l’avenue.
— Ne bougez plus ! s’écria le sergent qui était à leur tête.
— Je suis votre roi, s’écria Calem en ôtant son manteau civil, conduisez-moi au
colonel Cross, je dois m’entretenir avec lui de toute urgence.
Les hommes s’entre-regardèrent visiblement hésitants. Le sous-officier fit un
geste avec le canon de son arme en désignant le tunnel d’accès à la caserne.
Calem, Rigo et Isil obéirent en silence pendant que les soldats les entouraient,
leurs armes toujours pointées vers eux. Parvenus à la grille principale, les quatre
factionnaires reprirent leur poste quand les autres continuèrent à travers les
remparts puis la place d’armes.
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L’eau de l’oubli
Quelques minutes plus tard, ils étaient introduits dans une longue pièce de
réception aux murs anciens de pierres saillantes qui firent résonner leurs pas.
— Veuillez attendre ici, je vais aller chercher le chef de corps, lança le sous-
officier en les laissant sous la garde étroite de ses hommes avant de se retirer.
Un silence de plomb retomba sur la pièce et l’on pouvait entendre la
respiration bruyante des hommes interpelés par cet imprévu. Rigo essaya de
détendre l’atmosphère, en grande partie parce que les canons des fusils braqués
sur eux le rendaient nerveux.
— Je pense que vous pouvez baisser vos armes, proposa-t-il à la cantonade.
C’est votre souverain que vous mettez en joue.
Mais les soldats restèrent impassibles. Ce n’était pas là des jeunes effectuant
leur service civique, mais des militaires de métier spécialistes dans les coups de
main un peu partout sur la planète et qui n’avaient pas froid aux yeux. Ils avaient
reçu des ordres et s’y tiendraient sans plus y réfléchir. Les doigts restèrent
inexorablement sur leur détente. Rigo soupira.
Ces Dragons Noirs… y’a vraiment rien à en tirer ! Des machines et rien d’autre.
Si ça ne tenait qu’à moi, y’a longtemps que j’aurais dissous ce régiment.
Isil prit le temps de contempler la salle. Ses murs étaient ornés d’antiques
armes et armures exposées dans des vitrines et de fanions qui devaient être
autant de prises de guerre du régiment. Ses paupières se fermèrent lentement
et elle s’immergea dans la Force pour y trouver chacun des fils activés par la
présence des soldats tout autour d’elle. Une vague de Force circulaire aurait eu
tôt fait de les propulser contre les murs, mais ce n’était pas le moment. Elle ne
ferait rien que Calem n’aurait pas décidé.
Sauf si la situation l’exige.
D’interminables minutes s’écoulèrent dans un silence pesant et nerveux. Rigo
s’agaçait d’être constamment tenu en joue comme un malfaiteur et du coin de
l’œil, il observait son suzerain qui, paradoxalement, ne montrait aucune trace
d’anxiété. Le roi paraissait, du moins vu de l’extérieur, complètement détaché de
tout. Il s’était lentement éloigné du cercle formé par les soldats qui n’avaient
rien fait pour l’en empêcher, afin de se promener à pas lents le longs des vitrines
chargées d’histoire comme un simple visiteur de musée, les mains croisées dans
le dos.
Enfin, des pas résonnèrent dans un couloir voisin et plusieurs hommes
entrèrent dans la pièce. Le premier était le colonel Cross précédé de sa
légendaire moustache en croc coquettement travaillée à la cire. Un homme
grand et longiligne d’une élégance affectée, vêtu d’un uniforme tiré à quatre
épingles. Derrière lui se profilait son adjoint, le lieutenant-colonel Xuon,
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face de moi ? Et cette femme à vos côtés, est-elle la princesse Sali ou son
double ?
La Padawan sentit les muscles des mâchoires de Calem se contracter. À
l’évidence, il n’était pas chose aisée d’expliquer au colonel Cross qu’elle-même
n’était plus la « vraie » princesse d’Austra après l’avoir été durant plusieurs mois.
— La princesse a été chargée par mes soins d’une mission importante,
répondit vaguement le roi qui ne voulait pas abattre ses cartes sur une table aux
joueurs incertains. Mais la question n’est pas là ! Il s’est passé en mon absence
des choses que je n’avais pas souhaitées. Là où j’avais chargé mon frère
d’assurer la défense de la cité, j’ai retrouvé une ville ouverte, offerte à l’ennemi
sans aucun combat !
— Offerte à l’ennemi ? persiffla Cross. Vous voulez sans doute dire, alliée à la
Citadelle du Désert de Sang ? Une alliance qui nous rend plus forts et qui a
épargné au royaume un bain de sang ! Je ne souhaite pas entrer dans la
complexité des circonvolutions de la politique, ce n’est pas mon métier, je suis
payé pour obéir aux ordres… et ces ordres me sont donnés directement par le
général Pardo, chef des armées.
— Et le général Pardo se doit d’obéir au roi !
— En l’occurrence, au Prince Taimi, puisque le roi a été démis par le Conseil
après avoir lâchement fui devant l’avancée ennemie. Le Prince, à qui le roi avait
donné les pleins pouvoirs pour défendre le royaume comme il l’entendait, a opté
pour une politique qui lui est propre comme il en avait sans doute le droit, et a
annoncé qu’il présidait dorénavant à la destinée du Royaume d’Édinu. Qui que
vous soyez, vous n’êtes plus le souverain légitime de ce royaume !
Calem avait pâli mais il conservait tout son calme devant un discours convenu
qu’il s’attendait après tout à entendre. Il fit trois pas en avant pour se rapprocher
du colonel.
— Colonel Cross, je comprends bien que vous ne vous occupez pas de
politique, mais je vous informe que le Conseil qui aurait soi-disant convenu de
ma destitution est entaché d’illégalité. Aucun des pairs du Royaume n’étaient
présents comme l’ancienne coutume qui seule, peut donner légitimité à un tel
Conseil, le prévoit. Cette réunion était donc non seulement illégale, mais
infâmante à mon égard. Je n’ai jamais fui lâchement devant l’avancée ennemie.
Je me suis rendu au Temple d’Édin pour sauver la princesse d’Austra, ma future
femme, en laissant la défense de la place entre des mains que je croyais jusque-
là fidèles et compétentes. Visiblement, je me suis trompé seulement là-dessus et
les actions qui ont été entreprises après mon départ ne sont que félonie et
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— Une fois leurs cibles prioritaires enlevées, leurs troupes pourront renforcer
vos commandos pour tenir les remparts…
— Et assiéger le palais pour éviter que sa garnison ne puisse en sortir. Dans
tous les cas, dès que nous aurons pris position ici, vous, vous filez retrouver votre
vaisseau, si j’ai bien compris ?
— Oui, acquiesça le contrebandier, ce n’est pas que je ne souhaite pas me
battre à vos côtés, hein… mais si les forces de l’ennemi tentent de reconquérir la
cité depuis l’extérieur, sa puissance de feu ne sera pas inutile pour les convaincre
du contraire.
Un jeune garde qui se trouvait tout contre eux laissa échapper un sourire
rêveur.
— J’ai hâte de voir à quoi ressemble un vaisseau qui permet de voyager dans
l’espace… enfin, je veux dire… voir de mes propres yeux. À l’école on en a vu des
représentations, de ceux qu’il y avait sur Édéna il y a très très longtemps… mais
en voir un pour de vrai…
— Tu verras, mon gars, il est magnifique ! répondit Hiivsha en lui tapotant
l’épaule.
Quelques minutes s’écoulèrent durant lesquelles le chef du commando avait
repris son poste d’observation. Enfin, il fit signe à ses hommes que le moment
était venu. Au même moment, à travers la ville, d’autres gradés effectuaient les
mêmes gestes.
Une à une, des silhouettes noires descendirent par le petit escalier de secours
luisant de pluie qui serpentait à flanc de bâtiment, invisible depuis la muraille. La
moitié d’entre elles, sous les ordres de Fagor, longea un muret qui courait
jusqu’à la rue passant devant la porte Vilem 1er pendant que l’autre, dirigée par
le sergent-chef Galst, effectuait le tour de l’immeuble pour arriver par la rue
perpendiculaire. Chacun connaissait sa cible. Au top horaire, un feu nourri mais
bref eut raison les cinq soldats visibles dans l’arche sombre. Au même moment,
un homme-serpent qui franchissait le seuil de la salle de garde donna l’alarme en
glapissant des cris rauques et saccadés.
— Allons-y, cria Fagor dans son micro, ne leur laissons pas le temps de
s’organiser.
Les deux groupes convergèrent au pas de course vers la bouche béante de la
porte grande ouverte pour investir le court tunnel. Le premier groupe se plaqua
aussitôt contre le mur de gauche juste avant l’entrée de la salle de garde
pendant que le second, longeant en courant le mur opposé, passait devant en
déversant un flot de tirs pour se couvrir. Les gardes à l’intérieur ripostèrent au
petit bonheur la chance sans les toucher. Dès que la salle fut dépassée, le
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deuxième groupe traversa le tunnel pour se plaquer à son tour contre le mur
opposé, de l’autre côté de l’ouverture. Un instant les deux chefs de groupe se
concertèrent du regard, puis d’un geste commun, chacun dégoupilla une
grenade à énergie qu’il régla soigneusement. Enfin, sur le commandement de
l’adjudant-chef Fagor, les deux engins furent jetés à l’intérieur de la première
pièce. Deux secondes après, une puissante onde ébranla les voûtes ancestrales
des remparts.
— Go ! cria Fagor qui se précipita à l’intérieur tout en tirant à l’aveuglette en
même temps que Galst.
Ils se jetèrent derrière un comptoir pour éviter les tirs qui provenaient d’une
autre pièce au fond.
— Tirs de couverture ! beugla l’adjudant-chef en se levant à demi pour ouvrir
le feu toujours imité par son adjoint.
Profitant du répit offert par leurs sous-officiers, les hommes se ruèrent dans le
corps de garde et des grenades furent lancées vers la pièce du fond. Il y eut
plusieurs déflagrations. Le commando progressa entre les meubles pour se
plaquer contre la cloison jouxtant la pièce suivante. Deux hommes y pénétrèrent
en se couvrant mutuellement d’un tir nourri suivis par d’autres. Quelques
secondes plus tard, le silence retombait dans le corps de garde. Une odeur âcre
hantait les lieux.
— La place est à nous, déclara Galst à son supérieur.
— Parfait, répondit Fagor. Fermez les portes et érigez des barricades pour les
protéger ! Que deux hommes montent sur les remparts pour nous prévenir de
tout danger… intérieur comme extérieur !
Puis se tournant vers Hiivsha.
— C’est ici que vous nous quittez, capitaine Inolmo.
Le contrebandier fit un geste de la tête.
— Pas pour longtemps, j’espère.
— Soyez prudents ! Les hommes-serpents ne brillent pas par leur intelligence…
mais ce sont des créatures dangereuses.
— J’ai bien compris… je ne sous-estime jamais mon adversaire.
— Alors, bonne chance. Nous guetterons votre vaisseau spatial avec
impatience !
Les deux hommes se serrèrent la main puis Hiivsha sortit du corps de garde et
inspira un grand coup une fois dans le tunnel pour chasser l’odeur de chair
brûlée de ses poumons. Après un dernier signe aux trois gardes qui s’activaient à
fermer les deux lourds battants, il extirpa d’une poche un petit appareil pour en
consulter l’écran. Un symbole lumineux lui indiqua bientôt la direction à prendre
494
Le 1er Régiment Royal
La bataille d’Édinu sortait de l’ombre pour entrer en plein jour dans sa phase
finale !
495
34 - À la loyale
— En avant, en avant !
Le commandant Tour’Mira debout sur son char mû par quatre corinals
lourdement blindés, agitait les bras pour dynamiser ses hommes : deux
compagnies du deuxième Régiment Royal, chargées de bloquer l’accès à la Cité
Royale. Il avait renoncé aux cavaliers ainsi qu’aux transports de troupes tractés,
trop encombrants pour manœuvrer rapidement en ville. C’est au pas de course
que les hommes s’élancèrent derrière les quatre chars qui constituaient la seule
artillerie lourde de son dispositif. À l’heure qu’il était, l’attaque contre les portes
devait commencer et le commandant comptait bien être en place avant que la
garnison qui occupait la Cité Royale ne fasse mouvement. Le temps que l’ennemi
comprenne ce qu’il se passait réellement en ville, il serait prêt pour leur interdire
toute sortie. Les chars en suspension sur leur dispositif anti-gravité traversèrent
prestement l’esplanade pour enfiler une large avenue. Il n’était plus ici question
de discrétion mais de rapidité. Les patrouilles d’hommes-serpents qu’il
rencontrerait en cours de route tomberaient inexorablement sous le nombre.
*
* *
Le couvre-feu étant bien suivi, les rues désertes donnaient la chair de poule au
contrebandier qui rasait prudemment les clôtures des jardins de banlieue de la
zone pavillonnaire où il se trouvait. Il venait de quitter l’esplanade d’un centre
commercial haut de quatre étages, sur laquelle il avait soigneusement évité des
hommes-serpents qui déambulaient bruyamment. Ça et là, des lumières
apparaissaient pourtant à quelques fenêtres mal calfeutrées pour lui prouver
qu’il y avait bien de la vie enfermée dans les villas et les petits immeubles
représentant la majorité des habitations autour de lui.
Au bout d’une demi-heure, après avoir longé l’extrémité d’une zone
d’activités, il s’accroupit derrière le tronc d’un des arbres bordant l’artère
principale qui traversait la banlieue ouest. Les entrepôts désaffectés dans l’un
desquels il avait caché sa motojet ne devaient plus être très loin. Le temps de
reprendre son souffle, il fit le point avec son datapad. Il ne lui restait plus que
quatre cents mètres à parcourir sur la route. Les alentours de ce faubourg
étaient à présent clairsemés. Quelques maisons en construction ou en ruines —
dans l’obscurité il avait du mal à savoir — côtoyaient des terrains vagues
poussiéreux et l’avenue elle-même paraissait moins bien entretenue. Les
trottoirs avaient cédé la place à des bas-côtés de terre caillouteuse et devant lui,
496
À la loyale
il n’y avait plus d’arbre au bord de la route. Il allait devoir se déplacer en terrain
découvert.
Tendant longuement l’oreille, il ne perçut aucun bruit particulier hormis les
roulements du tonnerre qui s’éloignait de plus en plus. Le vent était tombé et la
terre était lourde de la pluie qui venait de s’arrêter. Blaster en main, il quitta son
abri relatif et s’élança droit devant, courbé et prêt à se jeter à la moindre alerte
dans le petit fossé qui longeait la route.
À présent, il entrevoyait sur sa gauche les silhouettes des entrepôts
désaffectés. Les environs autour d’eux semblaient déserts, à l’abandon.
Prudemment il traversa ce qui ne ressemblait désormais plus à une avenue,
sauta la rigole d’écoulement des eaux et alla s’abriter derrière un petit muret
brinquebalant. De là où il se trouvait, il pouvait entendre des voix qui
provenaient d’entre les bâtiments mais il ne voyait rien. Par une succession de
sauts furtifs et tout en restant à l’abri de ce qui pouvait le dissimuler à la vue de
l’ennemi, il pénétra dans le terrain vague de l’ancienne zone industrielle pour se
rapprocher du hangar du fond. Parvenu à une trentaine de mètres de son
objectif, il jura en s’agenouillant derrière un amas de tôles rouillées.
Ils pouvaient pas camper ailleurs, ceux-là ?
Juste à l’entrée de l’entrepôt brûlait un feu autour duquel était regroupée une
demi-douzaine de saurocéphales qui se restauraient bruyamment. Il pouvait
aisément entendre les bruits gutturaux qui leur servaient de langage. L’un d’eux
semblait raconter des plaisanteries car tous les autres riaient à gorge déployée.
Le petit rigolo de la bande sans doute !
Hiivsha considéra son blaster. De sa position et avec l’élément de surprise de
son côté, il devait être possible d’en abattre deux voire trois avant que le groupe
ne se mette à l’abri. Mais ensuite, il risquait d’avoir du mal à se débarrasser des
trois autres et le temps lui était compté. Une autre solution était de contourner
le bâtiment et d’essayer d’y entrer par derrière. Dans l’état de délabrement
avancé où il se trouvait, c’était bien le diable s’il ne parvenait pas à dénicher une
fenêtre, une porte hors d’usage ou simplement une disjonction des éléments de
la tôle qui composait l’essentiel des hangars, pour se faufiler à l’intérieur. Une
fois dedans, il sauterait sur sa moto et tenterait une sortie en force espérant que
la surprise jouerait en sa faveur.
Il en était là de ses réflexions lorsqu’il se rendit compte que quelque chose
autour de lui avait changé mais avant qu’il ne tourne la tête, il sentit peser
contre sa nuque la froideur sans équivoque du canon d’une arme.
— Ne bouge pas, fit la voix rocailleuse d’un grand saurocéphale.
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L’eau de l’oubli
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À la loyale
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L’eau de l’oubli
L’incident était passé inaperçu du petit groupe qui bavardait autour du feu et
Hiivsha en profita pour contourner les hangars en se faufilant parmi les
enchevêtrements de décombres. Parvenu derrière celui dans lequel il avait caché
sa motojet, il avisa un interstice entre deux plaques de tôle et se mit à plat
ventre pour ramper à l’intérieur. Il déboucha non loin de son engin dissimulé
derrière de hautes caisses poussiéreuses. Il lui fallait à présent tenter le tout
pour le tout. Si on considérait que cette civilisation avait abandonné tout engin à
moteur, le bruit du réacteur du sien devrait laisser l’ennemi suffisamment
perplexe pour lui laisser le temps de les surprendre.
Avec d’infinies précautions, il tira la vieille bâche mitée pour dégager le
véhicule qu’il éloigna des caisses au maximum tout en restant hors de la vue des
saurocéphales.
Puis il monta dessus, mit le contact, s’assura que tout allait bien et lança les
propulseurs. Les conversations s’arrêtèrent et les hommes-serpents regardèrent
tout autour d’eux, cherchant des yeux la raison de ce bruit incongru.
Ils en étaient là de leur interrogation, lorsque Hiivsha ouvrit les gaz et fonça
droit sur eux depuis leur arrière.
— Attention, chaud devant ! cria-t-il en se plaquant contre le tableau de bord
pour réduire l’éventuelle cible qu’il allait offrir aux créatures.
Mais ceux-ci n’eurent même pas le temps de le mettre en joue qu’il passait au-
dessus du feu, éparpillant avec violence les braises et les tisons sur plusieurs
mètres, semant la panique dans les rangs adverses. Le temps que les
saurocéphales réagissent, il était déjà loin.
*
* *
Le lieutenant So’Doc du deuxième régiment plongea pour se saisir de la
grenade et se pressa de la relancer comme s’il s’agissait d’un tison embrasé.
L’engin décrivit une courbe gracieuse à travers le grand hall de l’immeuble
principal du complexe des communications, et retourna exploser au-dessus de
ceux qui l’avaient lancée depuis une terrasse. Là-haut, une dizaine d’hommes-
serpents tentaient de les empêcher de progresser.
— Groupe trois, par la gauche, deux par la droite. Un, avec moi !
Il fit un geste de moulinet d’un doigt en l’air puis s’élança en direction de
l’escalier d’honneur.
— Allez, délogez-les moi de là ! cria-t-il tout en courant courbé en deux,
déversant des rafales énergétiques vers le haut de l’obstacle.
Il traversa le hall en zigzagant entre les grands pots dans lesquels de petits
arbres décoratifs étaient plantés, puis acheva sa course dans un magnifique
500
À la loyale
plongeon derrière une statue de marbre. Après s’être assuré que ses hommes
l’avait suivi, il fit plusieurs signes codés en direction de ces derniers avant de
sauter l’obstacle pour se lancer dans l’escalier avec quatre autres soldats,
couverts par les tirs protecteurs du reste de l’escouade.
— À l’assaut ! hurla-t-il sans cesser de tirer à tout va au fur et à mesure que se
découvrait le haut des marches.
Les hommes-serpents tombèrent comme des mouches et en quelques
secondes la terrasse fut nettoyée de toute opposition. Le restant de ses hommes
afflua aussitôt comme une marée montante et chacun prit un poste destiné à
sécuriser le périmètre.
So’Doc ouvrit la ligne de son communicateur.
— À toutes les sections, ici Delta zéro, au rapport !
Des voix surmontant d’inévitables grésillements répondirent.
— Delta unité, nous tenons le centre émission mais nous subissons une contre-
attaque… il nous faudrait une section en renfort pour en finir avec eux.
Aussitôt une autre voix prit le relais.
— Delta trois, notre secteur est clean, nous nous portons vers Delta unité pour
apporter notre soutien… on va les prendre à revers
— Reçu, fit le lieutenant qui repassait dans sa tête le rapide plan échafaudé
pour reprendre le complexe. Delta quatre et cinq, où en êtes-vous ?
— Nous avons repris les studios. Pas de résistance, deux morts et quatre
blessés…
So’Doc regarda autour de lui. Il avait un homme qui s’était écroulé dans
l’escalier et d’après le léger signe que venait de lui adresser l’infirmier de la
section, c’en était fini pour lui. Un autre semblait blessé à un bras, rien de plus.
— Alpha zéro, reprit-il après une longue inspiration, ici Delta Zéro, les objectifs
prioritaires du centre des communications ont été remplis. Quelques poches de
résistance à signaler. La situation devrait être stable d’ici une dizaine de minutes.
— Reçu Delta zéro, répondit la voix posée du colonel Qulos depuis le Quartier
Général du deuxième Régiment Royal. Bon travail.
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L’eau de l’oubli
question qui préoccupait l’officier c’était de savoir vers quelles portes l’essentiel
de l’assaut porterait pour y envoyer au plus vite des renforts.
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À la loyale
— Quelle est la situation ? demanda le Prince Taimi d’un ton irrité aux deux
personnes qui se tenaient en face de lui.
Il se trouvait dans la salle de commandement jouxtant le bureau du roi, debout
devant une table ronde sur laquelle était projetée le plan de la ville en trois
dimensions, raide comme un piquet, les bras croisés et la lèvre boudeuse. Le
général Pardo échangea un regard avec son homologue saurocéphale, le général
Glarr’Dorro.
— Il semble que nous ayons sous-estimé l’ampleur du mouvement qui a
commencé à l’aube par l’attaque de quelques portes de la ville, Votre Majesté,
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L’eau de l’oubli
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À la loyale
capitale, elles devraient pour l’heure arriver sous les remparts de la ville. Elles
attaqueront trois portes simultanément : la porte sud, celle d’Amina et celle du
Baron Ghausma.
— Mais mon Maître ne va pas aimer cette situation, objecta l’homme-serpent,
vous l’aviez assuré de votre entière coopération et voici que vos officiers se
dressent contre vous et qu’il me faut assiéger la ville !
— Je les ferai tous pendre, grinça le prince entre ses dents, cela ne remettra
pas en question l’alliance que j’ai souhaitée avec votre Maître, Dark Zarek. Une
fois vos troupes dans la cité, je veux qu’elles rétablissent l’ordre coûte que
coûte, suis-je assez clair ?
Les deux généraux firent oui de leur tête. Au même moment une ordonnance
pénétra dans la pièce.
— Votre Majesté, la comtesse de Tamburu vient d’atterrir avec son dragonnal,
elle arrive ici dans quelques instants.
— Parfait se félicita Taimi, je veux avoir au plus vite son point de vue sur la
situation.
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L’eau de l’oubli
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À la loyale
Rigo prit position derrière de petits murets qui bordaient la cour d’honneur avec
son groupe en balayant les murs de rafales meurtrières.
Sur l’avenue de la Victoire, on entendait toujours des tirs, mais ceux-ci
n’étaient plus dirigés vers les forces du deuxième Régiment Royal.
— Par exemple, s’écria un lieutenant, voilà qu’ils tirent vers l’intérieur de la
Cité à présent ?
— Ça sent le commando d’infiltration, tonna le commandant Tour’Mira.
Saisissant son poste de communication, il rugit dans le micro.
— À tous, préparez-vous à faire mouvement vers les portes dès qu’elles
s’ouvriront. Une fois lancés, au pas de charge, rien ne doit vous arrêter !
Reprenez-moi ce Palais et que ça saute !
Quelques hommes-serpents tentèrent de redescendre du chemin de ronde
vers la cour d’honneur mais ils furent fauchés par les hommes du sergent Jalo et
durent se replier sur la hauteur des remparts.
Au même instant, les lourdes portes commencèrent à pivoter sur d’invisibles
gonds.
Jarval regarda les corps des quatre hommes-serpents qu’ils venaient d’éliminer
en réalisant que l’effet de surprise et sa connaissance parfaite des lieux
constituaient un véritable atout dans la partie de cache-cache qu’il disputait avec
le Prince et ses alliés. C’était le deuxième groupe qui tombait devant eux sans
avoir eu le temps de donner l’alerte. À présent, il avançait prudemment à travers
un grand salon dont les murs sur sa longueur étaient ornés de multiples vitrines
renfermant des panoplies d’armes et d’armures rutilantes, témoignage des
millénaires passés. Tout était calme. Trop calme. Une oreille exercée pouvait
percevoir la rumeur qui parvenait de l’extérieur du Palais. On se battait dehors.
Sans doute était-ce Rigo qui avait engagé les hommes gardant les portes de la
Cité Royale ?
Autour du capitaine de la Garde, les hommes pivotaient sur eux-mêmes tout
en progressant, l’œil rivé à leur ligne de mire, pour couvrir l’ensemble du terrain.
Soudain, devant eux, une silhouette se détacha dans l’embrasure d’une porte et
une voix familière retentit.
— Jarval ! Mon beau capitaine de la Garde avançant comme un voleur dans le
Palais !
Tous les soldats se retournèrent comme un seul homme pour faire face à
l’intruse, le doigt sur la détente, prêts à faire feu.
Jarval s’était arrêté sans cesser de mettre en joue celle qui venait de les
surprendre.
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À la loyale
Un peu plus loin, Jarval se relevait en essayant de reprendre ses esprits au plus
vite. Diva l’observa sans broncher, l’œil narquois.
— Le beau capitaine est parti aux pays des rêves pendant que ses vaillants
guerriers se battaient jusqu’à la mort ?
Jarval balaya le salon du regard. Ses hommes n’avaient eu aucune chance face
aux pouvoirs de la Sith. Lui-même n’en aurait aucune. Dans un dernier effort
désespéré, il braqua vers elle son pistolet. Diva fit un simple geste du bras et il
sentit une main invisible mais irrésistible lui arracher l’arme pour la projeter à
travers toute la pièce.
— Tu te sens invincible avec tes pouvoirs, sorcière, grinça-t-il les poings serrés,
pourquoi ne te bats-tu pas à la loyale pour une fois, sans avoir recours à ta
magie ?
La Sith éclata d’un rire spontané.
— Le brave chevalier veut terrasser la vilaine sorcière dans un duel à l’épée ?
Pauvre Jarval, tu crois vraiment pouvoir me battre si je ne me sers d’aucun de
mes pouvoirs ?
Une lueur s’alluma dans les yeux de la Theelin.
— Et pourquoi pas ? continua-t-elle en tendant un bras vers chacun des
alignements de vitrines.
Dans un grand fracas, deux d’entre elles se faisant face, explosèrent, chacune
remplie d’armes anciennes. Deux épées en sortirent, l’une à la droite de la
Theelin, l’autre à sa gauche, lévitant dans l’air, telles des plumes dans le vent. Les
armes flottèrent ainsi en se rapprochant, la première de la Sith qui se tenait les
bras tendus pareille à un chef d’orchestre dirigeant ses musiciens, la seconde de
Jarval hypnotisé par cette scène surréaliste. D’une main hésitante, il attrapa la
garde lorsqu’elle ne fut plus qu’à quelques centimètres de lui. Diva qui avait
également pris possession de son arme, s’avança vers lui d’un pas lent et souple.
— À la loyale, comme on dit, annonça-t-elle d’une voix amusée. Toi et moi. Un
beau duel à l’épée comme on en voit dans les fictions, avec de la passion, de la
haine, du sang…
Jarval se mit en garde, les jambes écartées, un pied devant l’autre. Diva arrivait
vers lui avec une désinvolture désarmante, le sourire aux lèvres. Elle était très
séduisante mais le capitaine savait que sous cette beauté se cachait un cœur
froid et cruel.
— C’est quand tu veux, trésor ! lança-t-elle en le défiant du regard.
Jarval serra sa garde au maximum et attaqua.
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L’eau de l’oubli
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À la loyale
rester enfermés dans leurs casernes sans intervenir ! Pour le moment, il faut fuir,
nous cacher pour reprendre la situation en main dès que mes troupes auront
réussi à réinvestir la ville.
Au même moment, sous une formidable poussée de Force, les deux vantaux
de la porte du bureau furent violemment expulsés de leurs gonds tuant net les
deux créatures qui se trouvaient derrière. Les lourds battants retombèrent à
grand fracas sur le sol sous les yeux des occupants de la pièce, figés et
incrédules. Au centre de l’ouverture apparut Isil aux côtés du roi.
— Calem ! s’écria Taimi tétanisé.
— Sire… laissa échapper Pardo avant de se ressaisir et d’ordonner : feu,
abattez-les !
Les hommes-serpents recommencèrent à tirer en reculant vers le fond de la
pièce. Devant le monarque, un tourbillon vert protecteur fit office de bouclier et
renvoya chacun des projectiles d’énergie. Trois saurocéphales s’écroulèrent en
râlant. Entretemps, Calem s’était réfugié derrière le mur, dans le couloir. Quand
il fut à l’abri, Isil l’imita. Les quatre militaires qui les accompagnaient ouvrirent à
leur tour le feu en faisant de courtes apparitions dans l’embrasure désormais
béante.
— J’en ai eu un, s’excita un jeune soldat dont le nez garni de taches de
rousseur se plissa de plaisir. Je crois qu’il en reste deux autres en plus du général
Pardo et du prince, ajouta-t-il à l’adresse du roi et de ses coéquipiers.
Isil passa sa tête blonde par l’ouverture avant de lancer son sabre qui disparut
pour revenir quelques secondes plus tard dans sa main.
— Il ne reste plus que le général saurocéphale au niveau créatures, annonça-t-
elle avec flegme. Calem, tu veux négocier ?
Le jeune monarque adressa un sourire à la Jedi et murmura.
— J’adore négocier.
Puis en haussant la voix.
— Taimi, c’est moi, Calem. Dis à ceux qui sont encore avec toi de poser leurs
armes et discutons.
Dans le bureau, le prince murmura à l’adresse des deux généraux.
— Il faut gagner du temps. Dolmie va bientôt arriver. Elle possède de puissants
pouvoirs et saura bien anéantir mon frère et cette catin venue d’ailleurs.
Dans le couloir, Calem attendait une réponse qui lui parvint au bout de
quelques instants.
— Entendu, grand frère, je t’attends pour parler.
— J’y vais en premier, chuchota Isil en se déplaçant sur le seuil de la pièce pour
analyser la situation.
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À la loyale
Le cliquetis des épées résonnait dans le salon des armes sur un rythme effréné,
témoin du violent engagement qui s’y déroulait. Fin escrimeur, Jarval tenait tête
à la Sith avec brio, forçant cette dernière à reculer chaque fois qu’il reprenait
l’avantage. Dolmie paraissait avoir du mal à trouver une ouverture chez son
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35 – Crime et châtiment
Isil comprit instantanément qu’elle accourait trop tard. Alors qu’elle arrivait
sur le lieu du duel, un cri d’impuissance s’échappa de sa gorge.
— Jarval ! Noooon !
Dès que la Padawan pénétra dans le grand salon, Diva propulsa sa victime vers
elle comme un vulgaire fétu de paille, à travers toute la longueur de la pièce. Isil,
surprise, n’eut que le temps de lâcher son sabre pour recevoir dans ses bras le
corps inerte, s’aidant in extremis de la Force pour amortir le choc qui la fit
reculer de deux bons mètres.
S’agenouillant, elle laissa glisser doucement son ami sur le sol, maintenant
précautionneusement sa tête d’une main sous la nuque. Atrocement pâle, Jarval
avait posé la main droite sur sa blessure qui saignait abondamment au niveau du
cœur. Une mousse pourpre s’immisça à la commissure de ses lèvres et se mit à
couler lentement le long de son menton. Avec effort, il leva son autre main pour
la poser sur la joue de la Padawan.
— Isil… murmura-t-il.
— Jarval, non… non, ne meurs pas, je vais te guérir… balbutia la jeune Jedi les
larmes au bord des yeux.
— Tu… ne peux… pas toujours… faire des miracles, parvint-il à articuler en
esquissant un triste sourire. Je savais que… je n’avais aucune… chance contre
elle…
— C’est ma faute, j’aurais dû le sentir plus tôt… je suis arrivée trop tard, se
morfondit Isil en posant sa main gauche sur la poitrine de son ami. Mais ça va
aller, je vais te guérir.
Une quinte de toux secoua le corps du blessé dont la bouche était à présent
remplie de sang. Il fit non très légèrement de la tête.
— Tu n’es pas… Édin… gargouilla-t-il, même avec… ta… Force…
— Oh, Jarval… pardon.
Les yeux du mourant papillotaient comme s’il avait du mal à les tenir ouverts.
— Tiens bon, Jarval, tiens bon, le temps que je puisse arrêter l’hémorragie,
supplia la Padawan qui à travers la Force cherchait vainement un moyen
d’intervenir à l’intérieur de son corps.
Mais sa vision ne lui ramenait que de vagues formes rouges noyées dans une
mer de sang. Pour une fois, elle ne savait plus quoi faire.
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Crime et châtiment
Elle sentit les doigts de son ami se crisper sur sa joue et retira la main
ensanglantée avec laquelle elle tentait en vain de stopper l’hémorragie pour
prendre celle qui lui caressait le visage. Elle la serra de toutes ses forces comme
si elle avait voulu avec ce geste insuffler de la vie à celui qui la perdait.
— Isil… murmura encore le capitaine, je veux… tu saches… sentiments… pour
toi…
Ses paupières s’abaissèrent, vaincues. Il murmura encore quelque chose
d’inaudible puis les traits de son visage se relâchèrent ne laissant qu’un sourire
apaisé sur ses lèvres.
— Jarval, non… sanglota la Padawan en embrassant la paume de la main du
mort, non…
Elle déposa doucement la tête inerte sur le sol puis joignit les mains de son ami
sur sa poitrine ensanglantée avant de se relever lentement, le regard sombre.
À l’autre bout de la pièce, Diva n’avait pas bougé d’un iota, mais dès que la
Padawan se fut redressée, elle ricana.
— Très touchante, la scène des adieux. J’ai toujours su que ce pauvre Jarval en
pinçait pour toi, même lorsque tu faisais encore figure de promise à Calem. Qu’il
ait rendu son dernier souffle dans tes bras a dû être pour lui une douce
consolation. Dommage que tu ne sois pas arrivée quelques secondes plus tôt,
peut-être aurais-tu pu le sauver ?
Une vague de colère envahit la Jedi dont les mains se serrèrent au point que
les articulations de ses doigts devinrent toutes blanches. Les dents serrés, les
muscles du visage tétanisés, elle sentit une onde de violence obscure s’emparer
de son esprit et dévorer son corps tout entier. Prête à déverser sur la Sith toute
la puissance de sa haine en une vague déferlante et meurtrière, elle se mit à
repenser au sentiment de puissance qu’elle avait éprouvé quelques mois plus
tôt, lorsqu’elle avait enfermé un terroriste et la bombe qu’il venait de déclencher
dans une bulle de Force à l’intérieur de laquelle il s’était entièrement consumé.
Un sentiment d’invincibilité, de domination, de pouvoir absolu, d’orgueil qui lui
avait fait peur. Peur, comme lorsqu’on se trouve tout au bord d’un abîme sous
l’emprise d’un vertige incontrôlable. Le Côté Obscur, selon Maître Satele Shan.
Des sentiments qui dénaturent l’être humain, lui avait enseigné Maître Beno
Mahr, et dont elle devait absolument se garder sa vie durant.
La Padawan ferma les yeux et inspira profondément. L’onde de colère passa
pour laisser place à une grande sérénité, à l’instar du beau temps qui suit une
tempête. En un instant, elle retrouva une paix intérieure et l’abîme sombre
disparut. Ses paupières se relevèrent et son sabre laser s’éleva du sol où il était
tombé pour venir rejoindre la paume de sa main. La lame verte s’alluma. Isil se
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L’eau de l’oubli
mit à avancer vers son adversaire qui l’attendait, plus loin, parfaitement
immobile.
— J’ai senti en toi une forte colère qui m’a emplie de joie, railla Diva en se
mettant en garde, mais ça n’a pas duré. Il faut dire qu’autant que je sache, vous
n’êtes pas très adeptes de la vengeance chez vous.
— Je n’ai pas besoin d’être en colère pour te battre, répondit Isil tout en
approchant calmement. En te mettant hors d’état de nuire, je ne ferai que mon
devoir de Jedi.
— Ton devoir, ricana la Sith, quel devoir ?
— Celui de protéger les habitants de cette planète contre tes manigances et
celles de ton Maître… car tu es bien l’apprentie de Dark Zarek, n’est-ce pas ?
La Theelin s’inclina.
— Diva Shaquila, pour le servir… et pour te tuer !
Le sabre vert se leva et engagea le combat. Un échange rapide dans lequel les
deux lames tournoyèrent si vite que leurs contours devinrent informes. Diva
recula devant la précision des coups de la Padawan, cherchant une échappatoire
pour rompre et tenter de reprendre l’avantage d’une autre façon. Isil enchaînait
les coups méthodiquement, comme son Maître lui avait appris à le faire, en
résistant à la tentation d’aller trop vite au risque de commettre une erreur. Diva
était sur une position défensive qui lui interdisait d’attaquer à son tour. Les
dents serrées, elle s’appliquait à contrer les coups précis que son adversaire lui
assénait. Rassemblant ses esprits, elle trouva cependant le moyen de se
concentrer pour amalgamer la Force autour d’elle et lança une vague d’énergie
qui, à défaut de briller par sa puissance, repoussa la Jedi de plusieurs mètres.
Profitant de ce répit, elle virevolta à travers la pièce en passant au-dessus Isil,
pour atterrir une bonne dizaine de mètres plus loin, au centre du salon.
— Tu es meilleure combattante que je ne croyais, compliments, laissa-t-elle
échapper presque involontairement. Mais je vais te montrer comment perdre la
partie.
Elle écarta les bras en effectuant un tour sur elle-même. Lentement, tous les
fauteuils soigneusement rangés le long des murs entre les vitrines, se mirent à
léviter en tanguant maladroitement. Puis sur de légers gestes de sa part, ils se
précipitèrent, les uns après les autres, vers Isil. La jeune fille évita le premier d’un
écart tout en souplesse, puis le deuxième en se penchant en arrière. Elle dévia le
troisième en faisant appel à la Force. Les suivants se mirent à arriver de plus en
plus vite, l’obligeant à se concentrer de son mieux pour les détourner de leur
trajectoire.
— Isil ?
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Crime et châtiment
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L’eau de l’oubli
façon encore plus intense pour trouver le moyen de contrer le flux d’énergie.
Soudain, une énorme boule bleuté jaillit de la lame verte et remonta les éclairs
jusqu’à la Sith qui fut projetée plusieurs mètres en arrière en poussant un grand
cri.
La tempête électrique disparut. Isil se retourna vers Calem.
— Ça va ? demanda la Jedi au roi en l’aidant à se relever malgré ses propres
jambes qui la portaient avec difficulté tant l’effort qu’elle venait de faire avait
été intense.
— Je crois oui. Merci Isil, ces éclairs sont très douloureux…
Calem massa sa nuque raide avant d’ajouter.
— C’est un pouvoir de Sith ?
— Pas vraiment, un Jedi peut le maîtriser… mais c’est un pouvoir du Côté
Obscur qui fait appel à de sombres sentiments qu’il vaut mieux éviter d’appeler.
— En tout cas, je sais à présent ce que tu as enduré dans la prison du donjon
de ce fou, murmura Calem en posant une main sur l’épaule de la jeune fille.
Une voix s’éleva derrière eux, à l’autre bout de la salle.
— Ne sont-ils pas trop mignons tous les deux, les anciens amoureux royaux !
Diva s’était elle aussi relevée, les mains sur les hanches dans une posture de
défi et se mit à rire.
— Allons, il est temps d’en finir. Autant que tout ce qui se trouve ici serve à
quelque chose.
D’un seul coup, toutes les vitrines encore intactes explosèrent, projetant des
débris de verre à travers tout le salon. Diva tendit les mains qu’elle éleva vers le
plafond avant de les retourner puis de les abaisser vers ses deux adversaires. En
même temps qu’elle effectuait ces gestes théâtraux, toutes les armes se
trouvant dans les vitrines en sortirent, s’élevèrent dans les airs, tournèrent leur
pointe ou leur tranchant vers Isil et Calem, puis s’élancèrent vers eux à une
vitesse prodigieuse.
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Crime et châtiment
Selon le plan établi, la deuxième compagnie couvrait l’assaut, mais aucun tir en
provenance des murailles n’avait contrarié la course effrénée des militaires qui
s’étaient sitôt engouffrés entre les deux battants non encore complètement
ouverts.
Le lieutenant Rigo et ses hommes qui contenaient l’ennemi sur les remparts et
à l’intérieur même de la Cité pour protéger les portes, vécut avec excitation ce
moment où les renforts pénétrèrent dans le fief du gouvernement royal. Le
sergent Jalo qui avait bloqué le passage de droite descendant des murailles,
s’était alors retourné vers son groupe.
— Allons-y, il faut les déloger de là-haut !
Et il s’était élancé dans les escaliers qui grimpaient en haut des murs.
Il déboucha sur le chemin de ronde le doigt enfoncé sur le bouton de tir de son
arme, dirigeant un flux nourri d’énergie vers les hommes-serpents qui reculaient
à un peu plus de trente mètres de lui.
— Avancez, chassez-moi cette vermine des remparts ! hurla-t-il en avançant.
Un tir l’atteignit en haut de l’épaule à un endroit que ne protégeait pas son
armure d’assaut et sous l’impact, il s’écroula aussitôt relevé par le soldat qui le
suivait. La douleur le fit grimacer.
— Ne vous arrêtez pas, continua-t-il de crier en s’aplatissant un instant dans
une encoignure du mur, repoussez-les vers la tour sud-ouest !
Lui-même se réinséra dans le groupe d’hommes pour reprendre l’assaut.
L’ennemi reflua vers la tour qui se trouvait derrière eux et en dévala les escaliers.
Mal lui en prit car les premiers éléments de la première compagnie venaient
d’en atteindre le bas. Il y eut une succession de lancers de grenades provenant
du haut et du bas de la construction puis, quelques minutes plus tard, une
cohorte d’hommes-serpents rescapés en sortait les bras en l’air en signe de
reddition.
— Allez, nettoyez-moi la Cité de cette racaille, hurla Tour’Mira dans son
communicateur en saluant Rigo avec une admiration non feinte. Bien joué
lieutenant ! lui lança-t-il du haut de son char, je commençais à m’ennuyer ferme
à l’extérieur !
— Ce fut un plaisir, commandant, répondit l’officier subalterne en rendant le
salut à son supérieur avant d’entraîner sa section vers le Palais.
*
* *
— Il ne suffit pas d’avoir des pouvoirs et de bien maîtriser la Force, expliquait
Maître Beno à sa disciple qui l’observait attentivement de ses grands yeux bleus
remplis de curiosité. En situation de combat, c’est la rapidité avec laquelle tu
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L’eau de l’oubli
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Crime et châtiment
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L’eau de l’oubli
toutes les armes retombèrent sur le sol, chaos anarchique des millénaires
passés.
La jeune fille baissa les yeux vers le stylet fiché dans sa chair un peu au dessus
de sa hanche gauche. Une petite tache de sang apparut sur sa tunique blanche,
visible par l’ouverture de sa bure dont les pans flottaient librement de chaque
côté de son corps. Calem avait suivi son regard et la fit pivoter sur elle-même
pour l’examiner.
— Ce n’est rien, annonça posément la Jedi, la lame n’a touché aucun organe.
— Laisse-moi te l’enlever, proposa le roi.
Et sans attendre de réponse, il tira sur le manche pour extraire l’arme.
De l’autre côté de la pièce, la voix railleuse de Diva Shaquila résonna.
— Pas assez rapide à ce que je vois, l’entraînement des Jedi ne vaut pas celui
des Sith !
Isil plongea ses yeux dans ceux de Calem.
— Diva est très dangereuse, je ne pourrai pas l’affronter et te protéger en
même temps.
— À nous deux nous pouvons la vaincre ! répliqua le monarque plein de
détermination tout en appuyant sur la blessure de la jeune fille pour l’empêcher
de saigner.
Isil prit délicatement sa main qu’elle ôta de son côté.
— Je m’en charge, Calem, ce n’est qu’une égratignure que je vais refermer. Par
contre, je te demande pardon par avance.
— Pardon de quoi ?
— De ce que je vais faire.
Joignant le geste à la parole, elle tendit la main vers lui et le propulsa plusieurs
mètres en arrière, atténuant de son mieux sa chute avant de le laisser glisser sur
le sol jusqu’à ce qu’il ait franchi le seuil du salon. Elle en referma alors toutes les
issues, verrouillant les portes à clefs avant d’en briser les serrures pour qu’on ne
puisse pas les rouvrir.
— À nous deux, murmura-t-elle en se retournant vers la Sith.
— Juste toi et moi ? Quel honneur, princesse, gouailla Diva en rallumant son
sabre rouge. Mais quelle grossière erreur, ma grande !
Pirouettant dans l’air, elle bondit jusqu’à Isil et engagea de nouveau le combat.
Les sabres se heurtèrent de plus en plus violemment, la Padawan glissant
lentement mais sûrement de la forme Soresu vers celle du Djem So plus apte à
son avis à venir à bout de la Sith et de ses acrobaties. Celle-ci était en effet
excessivement mobile et semblait danser dans les airs tout autour de la Padawan
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Crime et châtiment
La Theelin tomba à genoux avec des yeux écarquillés remplis d’incrédulité qui
fixaient la Padawan. Isil qui avait parfaitement maîtrisé son lancer de sabre laser
de bout en bout, qui l’avait fait revenir après qu’il eut décrit un large arc de
cercle dans la pièce pour frapper son adversaire dans le milieu du dos, sentit
l’étranglement de Force s’estomper et elle retomba lestement sur ses jambes.
Quelques pas suffirent à la porter au niveau de Diva dont le sabre venait de
s’échapper de sa main. Saisissant la garde du sien, Isil éteignit la lame verte qui
disparut, ne laissant au niveau du ventre de sa victime qu’un trou noirâtre et
fumant d’où se dégageait une odeur âcre de chairs atrocement brûlées.
Toujours à genoux, la Sith tourna la tête vers la Jedi et bafouilla.
— Tout compte… fait, ton… M… Maître… t’a bi… bien for… mée…
Puis elle tomba en avant comme une masse.
Isil la regarda un moment avec compassion, ne pouvant s’empêcher de penser
que si elle avait connu un autre Maître, un Maître comme Beno Mahr, Diva
Shaquila n’aurait sans doute pas été allongée à ses pieds, morte, à cet instant
précis. Machinalement, elle passa la main sur sa blessure qui saignait toujours et
cela raviva sa douleur ainsi que celle de son épaule.
Des coups frappés aux deux portes du salon la tirèrent de sa rêverie et, d’une
poussée de la Force, elle en libéra les vantaux qui s’ouvrirent.
Des hommes armés, Rigo en tête, pénétrèrent vivement dans la pièce pour
s’arrêter presqu’aussitôt, l’air hébété devant le spectacle de désolation qui
s’offrait à leurs yeux. L’instant d’après, le lieutenant aperçut le corps de son
capitaine et laissa échapper un cri de désespoir avant de se jeter à genoux contre
lui. Par l’autre côté, Calem entra à son tour et courut jusqu’à la Padawan dont le
visage blême révélait toute la violence des instants qui venaient de s’écouler.
Difficilement, Isil esquissa un sourire.
— Je crois qu’on a quelque peu abîmé le mobilier, laissa-t-elle échapper avec
un air désolé tout en rangeant son arme à sa ceinture.
Calem balaya la pièce vide du regard, s’arrêtant devant la montagne de débris
entassés dans un coin comme poussés là par un balai géant et fit oui
machinalement de la tête. Puis, considérant les blessures de la jeune fille, il la
prit par un bras.
— Tu as besoin de soins, je fais faire appeler un docteur.
Il fit signe à deux soldats de venir à lui puis donna au premier des ordres en ce
sens en ajoutant à l’adresse de l’autre.
— Qu’on amène mon frère ici, immédiatement.
— Jarval… murmura la Padawan, l’air désespéré, je suis arrivée trop tard…
pardon Calem…
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L’eau de l’oubli
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Crime et châtiment
— Écoute-moi, dit le roi, tu sais que nous avons raison. Cette Diva Shaquila t’a
monté contre moi, pour que tu serves les desseins de son Maître et crois-moi,
elle t’aurait tué une fois son objectif rempli.
Taimi secoua sa tête avec obstination.
— Je ne vous crois pas, elle m’aimait ! Elle voulait que je sois roi, un grand roi
et elle aurait été ma reine ! Mais vous étiez jaloux d’elle et de ses pouvoirs alors
vous l’avez tuée, soyez maudits, tous autant que vous êtes !
D’un bond il s’élança à travers la pièce, bousculant son aîné qui n’eut pas le
temps de le retenir.
Calem cria.
— Taimi… non…
Impuissant, il ne put que regarder son jeune frère atteindre une fenêtre avant
de se propulser à travers en la faisant éclater sous son poids. Il n’y eut pas un cri.
Le corps du prince bascula dans le vide et décrivit une parabole avant d’aller
s’écraser sur le marbre de la cour d’honneur sous l’œil hébété des militaires
présents.
Presqu’immédiatement, Calem se rua vers l’endroit où son cadet venait de
disparaître et aperçut le corps sous la tête duquel une mare de sang venait
d’apparaître. Un officier était penché sur lui, les doigts posés sur sa carotide.
Levant les yeux, il fit non de la tête à l’adresse du roi qui recula de deux pas dans
la pièce, pâle comme un mort.
— Ça aussi, Zarek va devoir le payer ! maugréa-t-il les dents serrées.
Isil posa une main sur l’épaule du souverain.
— Je vais t’y aider, murmura-t-elle.
Au même instant, un sous-officier hors d’haleine accourut.
— Sire, Sire, le colonel Qulos signale que les portes d’Amina et du Baron
Ghausma sont attaquées, mais surtout que la porte Sud est sur le point de céder.
L’ennemi les bombarde avec des canons à énergie qui sont en train de les faire
fondre.
— Qu’on détruise ces canons alors, intervint Rigo.
— Impossible, lieutenant, les hommes-serpents ont déployé plusieurs
boucliers énergétiques lourds qui les protègent des tirs provenant des murailles
et les générateurs sont hors d’atteinte dans la plaine d’Amar. Le colonel Qulos
vous fait dire que plusieurs tentatives de raids menés par des dragonnaux ont
également échoué.
— Qu’on rassemble toutes les forces disponibles à ces portes. Si elles cèdent, il
ne faut pas laisser l’ennemi entrer de nouveau dans la ville, transmettez mes
ordres au colonel Qulos et ajoutez que…
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L’eau de l’oubli
Calem marqua une courte hésitation, puis acheva sa phrase sur un ton décidé,
le visage grave.
— … que le Capitaine-Général Rigo remplacera désormais feu le Capitaine-
Général Jarval Hor’Gardi comme commandant de la Garde Royale.
Le gradé salua et tourna les talons pour repartir en courant. Rigo dévisagea
Calem d’un air embarrassé.
— Sire, sauf votre respect… vous êtes devenu fou ?
Le monarque tapota l’épaule de son subordonné.
— Pas du tout, Rigo, je sais parfaitement ce que je fais. Vous avez été le bras
droit de Jarval pendant des années, vous saurez bien le remplacer… et j’ai besoin
d’un chef apprécié par ses hommes…
Rigo se mit au garde-à-vous et salua.
— Je comprends, Sire, je ferai de mon mieux pour honorer la mémoire du
Capitaine Jarval.
— J’en suis certain. Maintenant, capitaine, assurez-vous que le Palais et la Cité
Royale sont bien débarrassés de toute vermine avant d’aller prêter main forte à
nos régiments aux portes de la ville.
— Oui, Sire ! répondit Rigo en saluant de nouveau avant de se retirer pour
donner ses ordres.
Calem se retourna vers Isil puis baissa les yeux vers le corps de Jarval que des
soldats emmenaient silencieusement.
— Nous pleurerons les morts le moment venu, d’ici là, il nous reste du travail à
accomplir.
La Padawan approuva sans rien ajouter et emboîta le pas du monarque qui
sortit du salon dévasté.
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36 – Assaut
Chauffée à blanc par les canons à énergie, la porte Sud menaçait de se rompre.
Sur les remparts, les effectifs encore disponibles du troisième Régiment Royal
faisaient feu désespérément sur la masse grouillant à leurs pieds, rassemblée
pour l’hallali. Mais des boucliers invisibles absorbaient inexorablement l’énergie
de leurs armes.
Du haut des murailles, Rigo criait dans son communicateur pour surmonter la
rumeur.
— Je suis surpris que les hommes-serpents possèdent ce type de protection… à
se demander comment ils ont pu se les procurer... c’est théoriquement du
matériel réservé aux états souverains !
Le nouveau Capitaine-Général était venu avec une bonne partie des effectifs
de la Garde Royale renforcer la défense de la porte la plus vulnérable de la
capitale.
— Avez-vous localisé les générateurs de ces boucliers ? demanda Calem depuis
le Palais.
— Oui, Sire, ils sont hors de notre portée dans la plaine d’Amar mais hélas, ils
sont bien gardés.
— Et si nous envisagions un mouvement tournant pour les prendre à revers ?
proposa le roi.
Cette fois, ce fut le général Qulos, tout fraîchement nommé à ce grade par le
roi en remplacement du général Pardo, qui intervint sur la fréquence depuis son
quartier général opérationnel où il centralisait toutes les informations sur la
bataille en cours.
— Pardonnez-moi, Sire, mais avec quels effectifs ? fit sa voix.
— Faites-moi un rapport de situation, général.
— Les deux premières compagnies du troisième régiment assiègent toujours
l’Ecole Militaire… ses troisième et quatrième ont pris position à la porte d’Amina.
Quant à sa cinquième elle patrouille en ville avec la police pour réduire les
derniers ilots de résistance et protéger les bâtiments publics. Quant au second
régiment, j’ai deux compagnies à la porte Sud épaulées par une partie de votre
Garde Royale, et trois autres qui défendent la porte du Baron Ghausma. Enfin, le
colonel Xuon a consenti à envoyer ses Dragons au stade pour y contrer une
avancée ennemie conséquente et protéger le flanc ouest de la capitale.
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L’eau de l’oubli
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Assaut
— Ça me fait peur lorsque tu dis ça, Isil. Je crois au contraire qu’il est très
important d’écouter ses sentiments personnels… ou alors ça veut dire que j’ai eu
tort d’avoir cherché à sauver Sali au lieu de rester à Édinu pour me battre.
La Padawan se mordit doucement les lèvres dans une grimace d’hésitation.
Que devait-elle répondre au souverain, elle qui comprenait parfaitement
pourquoi il avait agit ainsi ?
— Je n’ai pas réponse à tout, Calem et il ne sert à rien de revenir sur ce qui a
été fait. Mais les sentiments nous affaiblissent, tu en as la preuve aujourd’hui…
que tu aies eu tort ou raison n’est pas la question. Ton choix a fragilisé ton
royaume et mon devoir est de t’aider à le relever.
— Ce que tu penses honore le chevalier qui est en toi… les Jedi sont vraiment
des personnes remarquables, même si je ne suis pas tout à fait d’accord sur la
façon dont vous traitez les sentiments qui font de nous ce que nous sommes.
Fais attention à toi, Isil.
Dans un élan spontané, il prit la Padawan dans ses bras et la serra longuement
avant de l’embrasser sur le front avec une émotion non feinte.
— On se retrouve après la bataille, murmura-t-il.
— Que la Force soit avec nous, répondit simplement Isil avant de prendre
congé.
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L’eau de l’oubli
534
Assaut
— Voilà le plan, reprit la Padawan, ouvrez les portes, je vais contenir le flot,
comme vous dites, et le repousser au fond de la partie extérieure de la place.
Vos hommes pourront alors sortir et prendre position au pied des remparts.
— Mais madame, les boucliers empêchent les hommes situés en haut des
murailles de tirer sur cette racaille, objecta un lieutenant.
La jeune Jedi leva son visage face au léger vent tiède qui balayait la région et
inspira profondément en fermant les yeux sous le regard quelque peu étonné
des officiers qui l’entouraient.
— Peut-être ces boucliers n’en ont-ils plus pour longtemps ? laissa-t-elle
échapper. Capitaine Rigo, ordonnez qu’on ouvre les portes.
Le capitaine de la Garde donna un ordre bref dans son communicateur. Une
voix répondit aussitôt quelque chose qu’il traduisit immédiatement.
— Le mécanisme d’ouverture ne répond plus… sans doute est-ce dû à la
chaleur provoquée par le bombardement d’énergie.
— On devrait pouvoir y remédier, assura la jeune fille toujours observée avec
beaucoup d’incrédulité par les militaires.
Isil fit quelques pas en avant pour se détacher du petit groupe et là, toute
seule au milieu de la place, elle ferma les yeux et étendit les bras, le visage
parfaitement serein. Un murmure parcourut les troupes lorsque soudain, dans
un crissement, les deux vantaux commencèrent à s’ouvrir après que les serrures
se furent déverrouillées. La rumeur provenant de l’extérieur de la cité baissa
d’intensité jusqu’à provoquer un silence déconcertant et pesant. Pour finir, on
n’entendit plus que le bruit des portes qui achevaient de pivoter à quatre-vingt-
dix degrés, laissant dans l’expectative les deux armées séparées par une centaine
de mètres qui s’observaient étrangement immobiles.
Soudain une longue clameur s’échappa des rangs des saurocéphales et leur
masse compacte se mit en branle, d’abord lentement puis de plus en plus vite.
— Venez, cria Rigo en tirant Isil par le bras, mettez-vous à l’abri !
— Non, répondit la jeune fille en se débattant pour le faire lâcher prise, laissez-
moi faire !
Les troupes en première ligne brandirent le bouclier qui était assujetti à leur
bras gauche pour offrir un barrage de protection à ceux qui se trouvaient
derrière eux, attendant l’ordre de bouger, les armes en joue.
Face à la horde sauvage qui se rapprochait, la Padawan paraissait insignifiante
et fragile. Quand elle tendit les bras vers la marée déferlante, on aurait presque
dit le geste d’un sacrifice suprême vain et inutile. Mais aussitôt, une puissante
vague de Force balaya l’espace devant elle. Le choc invisible stoppa net l’élan de
l’ennemi avant de le repousser. Les corps des hommes-serpents s’envolèrent
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L’eau de l’oubli
anarchiquement comme des fétus de paille emportés par une tornade qui leur fit
refranchir la porte Sud, mais cette fois en sens inverse. En un instant, la place fut
nettoyée de l’envahisseur. Une nouvelle clameur aux accents d’incrédulité
s’éleva de nouveau des troupes présentes. Isil se mit à courir jusqu’au seuil des
portes sous le regard toujours hébété de ses alliés puis de nouveau étendit ses
bras pour lancer une nouvelle et puissante vague de Force qui balaya encore les
rangs ennemis, les repoussant à une bonne centaine de mètres des murailles.
Entassés les uns sur les autres, les saurocéphales étaient en proie au plus vif
désordre, ne sachant ni quoi faire, ni ce qui se passait réellement.
Soudain un cri retentit depuis le milieu de la place intérieure.
— En avant ! En avant ! hurla la capitaine Rigo en effectuant de grands gestes
avec son bras gauche. Balayez-moi toute cette racaille !
Il s’élança à son tour. Dans une longue clameur, l’ensemble des troupes
royales se mit en mouvement pour se ruer vers la fine silhouette qu’ils
apercevaient à la sortie du court tunnel qui transperçait les murs de la ville.
Au même moment, dans un grand vacarme, un gros engin passa en rase-motte
au-dessus de leur tête. Tout en courant, les soldats regardèrent l’énorme oiseau
de métal qui arrivait du nord pour fondre sur la plaine d’Amar. Une machine
volante !
Une voix railla dans les communicateurs.
— Je vous ai manqué j’espère ?
Ce fut un Rigo en pleine course qui répondit le souffle court.
— Capitaine Inolmo, les générateurs de boucliers… dans la plaine…
Hiivsha répondit sobrement.
— Compris !
Les hommes du deuxième Régiment et tous ceux de la Garde Royale avaient à
présent déboulé sur la partie extérieure de la place du Sud et un feu nourri
déferla aussitôt sur l’ennemi qui cherchait toujours à se réorganiser. Au centre
du dispositif, Isil tenait dans sa main son sabre laser et commença à intercepter
habilement tous les tirs ennemis parvenant jusqu’à elle.
Quelques secondes plus tard, on entendit plusieurs explosions provenant de la
plaine d’Amar et quelqu’un cria dans les communications.
— Les générateurs ont sauté, ils n’ont plus de boucliers !
Sans attendre d’ordre, les troupes massées sur les murailles ouvrirent le feu à
leur tour sur les hommes-serpents en contrebas. Privés de leur protection, ceux-
ci devinrent des cibles faciles et durent chercher refuge derrière les maisons des
faubourgs, évacuant la zone découverte qui ceignait le périmètre des remparts.
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Assaut
Depuis son QG, Qulos donna l’ordre général d’attaque et toutes les forces
militaires disponibles se ruèrent à l’extérieur des murs de la capitale.
À l’horizon, apparurent soudain de nombreux points dans le ciel, qui allèrent
en grossissant.
Les sourcils froncés, le capitaine Rigo appela dans son communicateur.
— Il y a une arrivée aérienne massive dans le quatre-vingt-dix, quelqu’un peut
me dire si ce sont des amis ou des ennemis ?
— Je vais voir, annonça Hiivsha depuis Choupy IV qu’il dévia de sa route pour
s’approcher des nouveaux venus.
Quelques secondes plus tard, sa voix reprenait.
— Je vois une formation serrée d’une cinquantaine d’énormes créatures
volantes transportant des cabines bourrées d’hommes armés… celle de tête
porte des armoiries représentant une sorte de dragon blanc crachant du feu…
elles sont escortées par une centaine de dragonnaux… et à leur tête je crois
distinguer… oui, c’est la princesse Sali sur Kro’Moo qui me fait de grands gestes…
— C’est l’emblème de mon oncle, s’écria la voix du roi dans l’intercom, le Duc
Nathil d’Aretia arrive avec des renforts… Hiivsha, couvrez leur arrivée je vous
prie.
— Bien reçu.
Au sol, la bataille faisait rage, chaque camp ayant pris position derrière des
abris improvisés. Isil, entourée de plusieurs centaines de soldats, avançait
toujours vers le cœur du dispositif ennemi de la porte Sud, son sabre lui servant
de bouclier sous les tirs adverses. Les fusils d’assaut portaient un long couteau
fixé au canon pour le combat rapproché. Bientôt, ce fut l’empoignade générale,
au corps à corps. Isil combattait entièrement plongée dans la Force et sa vision
des choses était bien différente de celle qu’avaient les autres autour d’elle. Dans
la Force, elle percevait distinctement chaque mouvement, chaque bruit, chaque
battement de cœur et voyait arriver vers elle chaque projectile d’énergie trouant
la mêlée qu’elle renvoyait posément à qui l’avait tiré. Vue de l’extérieur, elle
était pareille à une guerrière animée du feu sacré et son sabre laser qui
virevoltait à une incroyable vitesse était un repère pour chacun des soldats. La
redoutable lame verte taillait en pièce l’ennemi sans compter et semait sur son
passage des cadavres à n’en plus finir dans les cris et les hurlements de rage ou
de terreur. Un vent de folie semblait souffler sur la place mais l’armée des
saurocéphales commençait à reculer malgré le surnombre initial qui aurait dû
jouer en sa faveur. Les créatures étaient principalement armées de lances
redoutables par leur double utilisation, tir d’énergie et pointe tranchante qui
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— C’est difficile à croire, répondit le roi avec une moue, mais si tu le dis, ce
n’est guère rassurant. Que devons-nous faire à ton avis ?
— Il faut faire tomber la forteresse du Désert de Sang sans plus attendre, tant
que nous avons l’avantage tactique et tous les moyens adéquats à notre
disposition.
— Mais comment forcer son accès ? Le pont donne directement sur des portes
qu’il faudra peut-être des jours pour enfoncer.
Pour la première fois depuis qu’elle était arrivée, Isil jeta un regard vers
Hiivsha qui lui renvoya une imperceptible grimace de dépit. Comme il aurait
aimé être à la place du roi qui tenait serrée contre lui une Sali rayonnante et
visiblement très amoureuse !
— Le vaisseau d’Hiivsha est équipé de deux tourelles de turbolasers lourds
devant lesquelles les portes de Zarek ne feront pas le poids. Par contre, oui, le
pont sera un obstacle coûteux à passer…
— Pas vraiment, nous mettrons en œuvre des générateurs de boucliers pour
cela, ainsi nos troupes pourront investir la forteresse sans dommage.
Au même moment un officier s’approcha du roi.
— Sire, j’ai des nouvelles toutes fraîches à propos des Kiathes… mais je ne sais
pas si le moment est bien choisi.
— Je vous écoute, commandant Kalker, après tout, autant régler tous les
problèmes d’un seul coup.
— Eh bien, Sire, nous avons fini par trouver leur refuge, sur les indications de
la princesse Sali. Et je suis formel, le gibier est dans son repère… mais peut-être
n’y restera-t-il pas longtemps.
Calem se frotta les mains en fronçant les sourcils.
— Parfait, nous allons faire d’une pierre deux coups. Mon oncle, ajouta-t-il en
se tournant vers le duc qui échangeait quelques mots avec Hiivsha, pouvez-vous
encore me prêter main-forte ?
Le duc haussa les épaules.
— Bien sûr, Calem, je ne suis pas venu jusqu’ici avec autant d’hommes rien
que pour me tourner les pouces. C’est toi le commandant en chef. Tu décides, on
suit. Et ma foi, je demanderais bien à notre ami, le capitaine Inolmo, de me faire
faire un tour sur son vaisseau… par exemple, jusqu’à la forteresse du Désert de
Sang !
Le roi sourit d’un air entendu en regardant le cargo.
— Choupy fera un très bon poste de commandement… si Hiivsha veut bien de
nous à son bord.
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— Toi aussi, tu m’as manqué, P2-A2. Tes bips charmeurs surtout, lâcha-t-elle
comme elle passait devant Hiivsha tout en regardant ce dernier du coin de l’œil
avec un sourire entendu.
Le roi la contempla monter la rampe du vaisseau et commenta.
— Quel dommage que son Code lui interdise les sentiments… vous feriez un
très beau couple.
— Surtout ne remuez pas le couteau dans la plaie, hein ? grimaça le
contrebandier en invitant le roi suivi du duc à monter à bord.
Le monarque posa au passage sa main sur l’épaule d’Hiivsha.
— Pardon, mon ami, je ne voulais pas titiller la corde sensible. Je vous souhaite
quand même d’être heureux tous les deux.
Hiivsha inclina la tête en guise de remerciement et ferma la marche.
Les visiteurs jetèrent un œil ébahi sur l’intérieur du cargo comme s’ils
découvraient mille merveilles, en caressant les parois de la main.
— Saurions-nous reconstruire pareille machine si nous le souhaitions ?
demanda Nathil.
— Je pense que oui… si nous le souhaitions, répondit Calem en visitant la
coursive circulaire, il y a tous les plans qu’il faut dans la bibliothèque du
royaume… mais cela nécessiterait d’adapter nos industries.
— Pourquoi ne le faites-vous pas ? questionna Hiivsha. Maintenant que vous
savez où vous mène la sur-pollution, vous pourriez peut-être développer une
industrie mécanique responsable et mesurée ?
Calem regarda le contrebandier pensivement.
— Peut-être en serions-nous capable à présent que nous avons unifié toute la
planète dans le même Conseil… mais qui dit que l’envie de certains d’en profiter
n’entraînera pas de nouveau la planète dans la course à la technologie et la
surenchère ?
— Là… je ne sais pas… il vous faudrait peut-être un gouvernement sage et fort
pour maîtriser tout cela.
— Hum, fit le roi, un despote éclairé qui règnerait sur toute la planète…
Il secoua la tête en regardant ses pieds.
— Je ne vais quand même pas donner raison à mon pauvre frère en vous
approuvant, ajouta-t-il tristement.
Le contrebandier tapota le dos du monarque.
— Allons, nous avons d’autres choses à pensez vous et moi… venez dans mon
cockpit, nous allons décoller pour rejoindre votre avant-poste, au pied de la
Forteresse du Désert de Sang.
Puis, s’adressant à Isil qui s’était déjà glissée dans le siège du copilote.
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Assaut
545
37 – Veillée d’armes
Les deux expéditions ne débutèrent pas de la même façon. Rigo avait décidé
d’approcher le repaire des Kiathes de nuit pour lancer l’attaque au petit matin
afin de maximiser l’effet de surprise. Aussi, la Garde Royale qui avait volé en
rase-motte, ce qui représentait un exploit pour des animaux aussi gros que les
breeay mantas, s’était-elle arrêtée dans une vallée à plusieurs kilomètres du
canyon qui menait à la cache des bandits. Puis, après que le camp eut été installé
pour la nuit, il avait fait son briefing à l’ensemble des hommes pour expliquer
son plan. Ce fut la princesse d’Austra qui le remit en question en intervenant à
l’improviste.
— Si vous attaquez le repaire de l’extérieur, vous aurez de nombreux morts,
expliqua Sali. Les murailles sont à pic et lisses. Même moi je ne saurais les
grimper.
— Et par le tunnel du nord-est, par lequel vous êtes sortis Arato et vous ?
demanda le capitaine.
— Il est fermé par une porte puissamment blindée… je ne suis pas spécialiste
en explosifs, mais si vous voulez la faire sauter, c’est tout le tunnel qui risque de
s’effondrer sur vos têtes… à supposer qu’il ne soit pas piégé d’office.
— Je sens que vous avez une idée derrière la tête, princesse, suggéra alors le
commandant Kalker.
Cette dernière sourit en repoussant ses cheveux en arrière.
— Absolument. Le mieux, c’est que je vous ouvre de l’intérieur.
Les deux officiers la regardèrent avec étonnement.
— Je sens que ça ne va pas plaire au roi, murmura Rigo entre ses dents, et à
moi non plus…
— Écoutez, je connais leur repaire par cœur. Je suis donc la plus apte à m’y
glisser et à m’y déplacer. Commandant, vous m’avez dit qu’il y avait plein de
prisonniers et de prisonnières avec eux ?
— En effet.
— Dans ce cas, si je m’y introduis en fin de nuit, j’ai toutes les chances de
pouvoir me faire passer pour l’une des jeunes femmes qu’ils ont l’habitude
d’avoir à leur service et qui vont et viennent à peu près librement dans leur
repère. Je suis certaine qu’ils ne prêtent pas forcément attention à chacune
d’elles et qu’ils n’y verront que du feu.
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Veillée d’armes
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L’eau de l’oubli
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Veillée d’armes
— Une chance pour nous, répliqua la voix de la jeune fille, tu refais un passage,
je n’ai pas fini le travail.
— Bien sûr ma ché… ma chère Isil, à tes ordres mon commandant !
Calem se rapprocha de nouveau de l’oreille du contrebandier.
— « Ma chérie », c’était bien aussi… susurra-t-il en souriant, surtout ne vous
gênez pas pour nous. Mais pourquoi l’avoir appelé « commandant » ?
— Parce que dans l’armée de la République Galactique, les Padawan engagés
sur le champ de bataille ont grade de commandant et les Chevalier Jedi celui de
général.
— Ah ? J’ignorais ce détail.
Le cargo fit de nouveau un large trois-cent-soixante degrés pour se représenter
face aux murailles. Déjà le feu défensif était moins intense. Le second passage
eut raison des dernières pièces anti-aériennes.
— À présent, allons aider nos dragonnaux à nettoyer le ciel, s’exclama le pilote
dans son micro. Vu l’agilité de ces sauriens volants, tu vas pouvoir t’en donner à
cœur joie dans la Force, Isil !
Ce qui attira immédiatement une réplique en demi-teinte de la Padawan.
— Je ne crois pas que le terme « joie » soit approprié lorsqu’on tire sur des
êtres vivants, Hiivsha !
Le contrebandier ne répondit rien et se retourna pour échanger un regard avec
Calem qui lui adressa une grimace évocatrice.
— Elle a du punch, murmura ce dernier.
— Et la réplique cinglante, confirma Hiivsha sur le même ton.
Choupy s’invita dans le gigantesque ballet aérien qui tournoyait au-dessus du
plateau rocheux, pareil à un géant parmi les nains. Pourtant, malgré sa
silhouette massive, le vaisseau se révéla particulièrement maniable et précis
dans ses manœuvres. Avec Isil aux commandes des turbolasers, il s’imposa
naturellement comme le meilleur atout d’un jeu de carte.
— Voyez, là-bas ! s’écria le roi en désignant du doigt un point du cockpit, à
deux heures, l’un des nôtres est en mauvaise posture.
En effet, un dragonnal serré de près par trois ennemis tentait des manœuvres
désespérées pour échapper à ses poursuivants. D’un coup de poignet, Hiivsha
entraîna Choupy vers la droite et mit le cap sur l’endroit désigné par le roi.
— Je les vois, annonça Isil dans l’intercom, reste comme ça, je peux les avoir.
La tourelle cracha son feu meurtrier emportant les deux derniers hommes-
serpents. Le cargo tangua lorsque Hiivsha rectifia sa trajectoire dans un demi-
looping serré qui vint le placer derrière sa cible. Ajustant au mieux sa visée pour
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L’eau de l’oubli
ne pas toucher la mauvaise cible, Isil lâcha une très courte rafale qui toucha
l’animal du saurocéphale. Ce dernier partit en vrille vers le sol.
— Tu les as eus ! s’exclama Hiivsha en faisant un geste de la main au
chevaucheur du dragonnal à qui la Padawan venait de sauver la mise.
La voix de la jeune fille répondit dans l’intercom.
— Pas de quoi pavoiser… nous n’avons aucun mérite à combattre à bord d’un
vaisseau de plusieurs milliers de tonnes de duracier blindé et lourdement armé
quand nos adversaires évoluent sur des montures vivantes sans protections
adéquates. Si ce n’avait pas été pour sauver la vie d’un des nôtres, je n’aurais
jamais pu tirer.
Un silence tomba dans le cockpit. Ce fut le duc qui le rompit.
— Il est vrai que ces créatures ne font qu’obéir à leur chef, probablement sans
savoir pourquoi.
— Eh bien, tâchons de trouver leur chef au plus vite pour en finir avec ce
carnage, conclut Calem le regard sévère.
550
Veillée d’armes
— Bien, il faut que la forteresse soit entre nos mains d’ici là. Ensuite
seulement, nous parlementerons avec ces hommes-serpents pour tenter de les
renvoyer paisiblement dans leurs foyers.
La conférence étant finie, chacun déserta la tente du roi pour vaquer à ses
nombreuses occupations. Comme Hiivsha sortait à son tour, le roi le retint par le
bras.
— Une chance que vous soyez des nôtres, Hiivsha… sans la puissance de feu de
vos turbolasers, j’ai bien peur que la prise de la forteresse aurait été, sinon
impossible, du moins très coûteuse en hommes.
— Une chance pour vous que Dark Zarek n’ait pu utiliser le vaisseau qui l’a
amené sur votre planète et qu’il soit resté passif jusqu’à maintenant. Croyez-
moi, si nous avons une chance de l’arrêter avec Isil à nos côtés, vous n’en auriez
eu aucune face à lui et son apprentie… soit dit sans vouloir vous offenser.
— J’ai la faiblesse de croise que nous aurions pu y arriver par nous-mêmes…
mais cela aurait été sûrement beaucoup plus compliqué.
— Il est des exemples de Sith qui ont réussi à asservir à eux tout seul des
systèmes planétaires entiers. Ne sous-estimez pas leur capacité de nuisance ni
leur puissance.
— J’ai du mal à croire que Zarek pourrait… aurait pu asservir l’intégralité
d’Édéna…
— Votre frère Taimi était pourtant prêt à l’y aider non ?
Calem baissa les yeux.
— C’est vrai… j’avais hélas déjà oublié ce détail… mon jeune frère a manqué de
discernement…
— Désolé, je ne voulais pas être cruel…
— Ce n’est pas votre faute, Hiivsha, si Taimi a fait ce qu’il a fait… et c’est en
partie de la mienne.
Ils sortirent de la tente en silence. Dehors, le plateau fourmillait de soldats qui
s’agitaient comme des abeilles dans une ruche. Le roi laissa son regard errer en
silence vers un soleil rougeoyant qui déclinait à présent entre les pics inquiétants
des monts du Désert de Sang.
Comme ils faisaient quelques pas, le duc Nathil vint à leur rencontre.
— Vivement demain, s’exclama-t-il. Je n’ai jamais apprécié les veillées de
combat.
Calem ne répondit rien mais Hiivsha demanda au vieil homme après avoir
lancé un regard circulaire.
— Savez-vous où est Isil ?
Le duc pointa du doigt le sud du plateau.
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L’eau de l’oubli
Loin à l’écart du campement, assise au bord d’un précipice, Isil contemplait les
jambes ballantes, le feu de fin du monde qui embrasait l’horizon. L’astre
semblait à présent se précipiter vers sa mort. Les ombres tourmentées des pics
acérés de ce décor hostile dansaient sur les terres crevassées en ondulant au gré
des irrégularités du sol. La luminosité décroissait rapidement au profit de
ténèbres envahissantes désireuses de tout avaler.
Le contrebandier s’était approché sans bruit dans son dos. Quand il ne fut plus
qu’à deux ou trois mètres, Isil dit sans se retourner.
— Je savais que tu ne tarderais pas à me rejoindre.
— Et moi je savais que je n’avais aucune chance de te surprendre, répondit
Hiivsha en s’asseyant tout contre elle avant de passer un bras protecteur autour
de ses épaules. Tu médites ?
— Je cherche l’équilibre dans l’univers, murmura la jeune fille les yeux rivés sur
l’horizon.
Le vent tiède qui soufflait souleva ses cheveux qui ondulèrent de façon
anarchique découvrant son cou long et fin que le contrebandier se retint
d’embrasser.
— Et tu l’as trouvé ? demanda-t-il ingénument.
— Tant qu’il y aura des hommes ou toutes races lui ressemblant, l’équilibre ne
pourra exister.
— Tu veux dire que c’est l’homme ou assimilé qui le met en péril ?
— C’est ça.
— Alors pourquoi rechercher l’introuvable, ma chérie ?
Isil soupira profondément et, se voûtant légèrement, inclina sa tête pour la
poser au creux de l’épaule de son compagnon puis ferma les yeux.
— Une façon de méditer, murmura-t-elle. J’ai plus que jamais besoin de
méditer lorsque tu es près de moi…
— Je ne sais pas si je dois en être désolé ou pas…
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Veillée d’armes
Un oiseau du désert passa au-dessus d’eux en lançant un cri rauque puis Isil
répondit dans un chuchotement.
— Ne le sois pas.
*
* *
— Vous n’êtes pas obligée de vous exposer ainsi, princesse… et ce n’est pas le
fait que le roi risque de me couper la tête s’il vous arrive quelque chose qui me
fait vous dire ça.
Sali observa le capitaine avec des yeux rieurs légèrement plissés dans le coin,
un sourire sur ses lèvres.
— Calem ne fera jamais tomber la tête de la personne qu’il a choisie comme
Capitaine-Général de sa Garde. Et, si ça ne vous dérange pas, je préfèrerais que
vous m’appeliez Sali… comme le faisait Jarval…
À cette évocation son regard se rembrunit et tout sourire disparut de son
visage. Rigo hocha la tête.
— Je vais essayer, princesse… quant à moi, si vous m’appeliez Mani au lieu de
« capitaine Rigo », j’en serais fort honoré… À la limite, « Rigo »… mes camarades
m’ont toujours appelé par ce qui est pourtant mon patronyme… je ne sais pas
pourquoi. Mais mes proches amis, m’appellent « Mani ».
— Entendu, Mani, je tâcherai de m’en souvenir… et je suis certaine que le roi
aussi vous appellera aussi comme ça un jour prochain.
Rigo esquissa un sourire contrit à la pensée qu’il devait sa nouvelle position
éminemment importante dans le royaume à la disparition de son supérieur et
ami.
— Ça ira, vous en êtes certaine ? insista-t-il ne sachant trop comment
interpréter l’air soudain absent de la jeune femme.
— Oui, ne vous en faites pas. J’ai une revanche à prendre sur ces Kiathes. Je
pensais juste à Calem… il me manque ce soir… même si votre compagnie est des
plus agréable, ajouta-t-elle en lui posant amicalement la main sur le poignet un
court instant.
— Je comprends, prin… Sali, d’autant mieux que partout où je vais sans mon
épouse, Jallie, elle me manque. La vie d’un soldat sans doute... Je tiens à vous
dire que vous faites un très beau couple, le roi et vous… et je suis absolument
convaincu que vous allez être une reine merveilleuse et que tout votre peuple va
vous adorer.
Un peu de rose monta aux joues de la princesse sous l’effet du compliment
implicite, et son regard se détourna l’espace d’un instant autour d’elle, pour
regarder sans vraiment le voir le campement improvisé plongé dans l’obscurité.
553
L’eau de l’oubli
Les consignes étaient claires : pas de feu afin de ne pas risquer de donner l’alerte
aux sentinelles sur les falaises qui auraient peut-être pu apercevoir sa lueur de
loin. En conséquence, tout le monde mangea froides ce soir-là, les rations de
combat. Les hommes étaient pour la plupart silencieux, perdus dans leurs songes
ou se préparant mentalement pour l’assaut du lendemain. L’opération n’était
pas sans risque. Les bandits évoluaient sur leur terrain dont ils devaient
probablement connaître le moindre recoin. Ce ne serait pas une partie de plaisir
que de débusquer le gibier. Mais pour la plupart des membres de la Garde
Royale, élite des soldats du royaume, c’était plutôt pour lutter contre une
dangereuse exaltation que chacun essayait de rester le plus concentré possible.
— Et pourtant, je n’étais pas préparée à cette vie, continua Sali à mi-voix un
long moment plus tard. Je veux dire… être reine. J’ai toujours été un garçon
manqué qui n’avait jamais assez d’aise et de liberté de mouvements…
Elle émit un petit rire.
— Je crois bien que j’ai dû rendre fou mon père plus d’une fois. Plus une
activité était risquée et plus j’aimais la pratiquer en dépit de toutes les
convenances inhérentes à mon rang. Quand mes parents ont commencé à
s’éloigner l’un de l’autre, je me suis lancé dans la varappe à corps perdu pour
tenter de ne pas voir ce qui se passait. Et puis ma mère a quitté mon père et
s’est faite passer pour morte afin que ce dernier ne cherche pas à la retrouver…
je fus la seule à savoir qu’elle était entrée au Temple comme prêtresse à Meriik.
Et là, je n’ai plus pensé qu’à une chose : échapper aux contraintes de la cour et
devenir moi aussi prêtresse… et puis, il y a eu Isil…
Sali se tenait la tête baissée, le dos voûté comme si tout le poids du monde
reposait sur ses épaules. Rigo intervint d’une voix douce.
— Je suis persuadé qu’en tant que reine vous avez un rôle à jouer aussi
important, sinon plus, qu’en étant prêtresse d’Édin. D’ailleurs je me demande…
Il s’interrompit. Sali releva son visage d’un air interrogateur.
— Oui ? fit-elle.
— Vous n’avez jamais pensé que votre père se serait sans doute aperçu de la
supercherie le jour de votre mariage voire de vos fiançailles… enfin je veux dire,
de celle d’Isil et du roi ?
La princesse grimaça des lèvres.
— Je me suis posé la question, mais ces dernières années, je voyais peu mon
père… je crois qu’avec tout le tralala officiel et une certaine distance, il se serait
laissé convaincre par les événements… il y avait aussi Namina qui cautionnait ma
supercherie. Comment aurait-il pu prétendre que la fiancée n’était pas sa fille
quand tout le monde en aurait été convaincu… y compris Isil elle-même ?
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Veillée d’armes
Rigo paraissait sceptique mais n’ajouta rien sur le sujet. Quelques secondes
plus tard un sergent s’approcha d’eux portant un sac de couchage dans les bras.
Il avait ôté son casque et ne portait pas sa tenue d’assaut mais un simple tee-
shirt sans manches qui dégageait ses bras musclés. À la grande surprise de Sali,
c’était une jeune femme, plutôt grande, d’une trentaine d’année au teint
légèrement coloré.
— Tenez, Votre Altesse, de quoi dormir au chaud… même si la nuit promet
d’être douce.
— Merci… vous vous appelez comment ?
— Rita, Votre Altesse.
Sali ne put s’empêcher de demander.
— Il y a beaucoup de femmes dans la Garde Royale, Rita ?
— Une bonne trentaine, répondit le sergent en souriant, mais le plus souvent,
sous leur casque, on ne peut les distinguer… faut dire que la tenue de combat est
plutôt massive et cache plutôt efficacement nos formes.
Sali la regarda attentivement et ne put s’empêcher de noter que ses formes,
bien que sculptées en force, étaient joliment féminines.
— Je vous accorde qu’il y a plus seyant, plaisanta la princesse en la fixant dans
ses yeux verts, mais ce qu’on lui demande c’est d’être efficace non ?
La militaire soutint le regard princier et passa une main dans ses cheveux
bruns, courts et frisés en souriant.
— Vous avez raison… et pour être efficace, elle l’est. Sans cette tenue, nous
aurions laissé beaucoup plus de monde sur le carreau ce matin… hommes et
femmes.
— En tout cas, merci pour le sac de couchage, fit Sali.
La femme salua et repartit dans l’obscurité.
— Sacré brin de fille, commenta Rigo. J’ai supervisé personnellement son
entraînement. Rita peut briser la nuque de n’importe quel homme d’un simple
geste. Elle bosse actuellement son concours pour passer officier et je parie
qu’elle réussira.
— Je le lui souhaite, répondit Sali en frissonnant malgré elle, plus à l’idée que
le capitaine venait de décrire la parfaite tueuse qu’à cause de l’air de la nuit.
Puis quelques secondes plus tard Rigo conclut.
— Nous ferions mieux d’essayer de dormir un peu… nous devons nous mettre
en mouvement tôt ce matin.
Donnant l’exemple, il s’étendit sur l’herbe rase et se couvrit de son duvet, son
arme à côté de lui. Sali en fit autant et quelques instant plus tard, bercée par la
stridulation continue des insectes nocturnes, elle s’endormit.
555
L’eau de l’oubli
*
* *
Le regard d’Isil errait au loin sur d’invisibles horizons chargés d’incertitude et
dans lesquels elle ne trouvait qu’une forme de détresse inexplicable. À présent,
le soleil se couchait en toute hâte en jetant de l’or dans l’océan de ses yeux. Le
contact chaud du corps d’Hiivsha contre lequel elle s’était réfugiée ne faisait
qu’ajouter à l’irrésolution dans laquelle elle baignait.
Lui, se taisait, sachant que le moindre bruit pouvait briser la porcelaine de ce
moment magique. À peine osait-il respirer de peur de troubler cet instant si
fragile.
— Crois-tu qu’un jour nous connaîtrons un monde en paix ? murmura la
Padawan comme l’astre d’Édéna percutait l’horizon.
Le contrebandier baissa les yeux vers elle pour contempler son minois illuminé
par les dernières lueurs du jour. Elle avait le regard perdu dans le vague
improbable d’un avenir sans nul doute utopique, et ses iris céruléens scintillaient
comme des étoiles annonciatrices de la nuit.
— Ce jour-là, chuchota Hiivsha dans un souffle tiède, les Jedi seront au
chômage.
Un sourire se dessina sur leur visage et Isil, abandonnant son insaisissable
contemplation, leva sa figure vers lui.
— Ce ne serait peut-être pas plus mal… peut-être pourrons-nous alors nous
adonner à d’autres tâches comme l’agriculture ou l’élevage…
— Ou même fonder des familles pour faire tout plein de petits Jedi ?
— Pourquoi pas, susurra la Padawan.
— Avec moi, ça te dirait ce jour-là ?
Elle ne répondit rien, mais allongea le cou pour rapprocher lentement sa
bouche humide de celle de son amant. Ses paupières capitulèrent et ses yeux se
fermèrent au moment où leurs lèvres se scellaient dans un vibrant mais délicat
baiser auquel elle s’abandonna tout entière.
Le temps qui s’écoula donna à l’obscurité le temps de s’étendre sur la région et
la nuit eut tôt fait de les envelopper de ses ailes protectrices.
— Je n’avais jamais embrassé une femme assis au bord d’un précipice,
plaisanta Hiivsha en reprenant son souffle.
— L’endroit idéal pour se débarrasser d’un amant encombrant, répliqua la
Padawan dans un petit rire. Attention en te relevant…
— Mais je ne suis pas encombrant, protesta le contrebandier… tu passes dans
mon existence comme une étoile filante dans le ciel : à peine ai-je le bonheur de
te voir, que tu as déjà disparu je ne sais où.
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Veillée d’armes
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L’eau de l’oubli
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38 – Le grand nettoyage
Rita, aplatie sur le sol comme si elle avait voulu ne plus faire qu’un avec lui,
consulta pour la énième fois son databracelet. Elle releva ensuite les yeux vers la
silhouette sombre qui se détachait sur le ciel encore étoilé qui virait du noir au
gris sombre. À cinq ou six mètres de sa position, la sentinelle, assise les jambes
croisées au bord de la pointe rocheuse qui surplombait le défilé, paraissait
sombrer dans une douce mais puissante somnolence. La nuit avait dû être
longue. Elle voyait l’homme dodeliner régulièrement du chef jusqu’à ce que son
menton s’affaisse sur sa poitrine. Alors, dans un sursaut, sa tête se redressait et
il massait longuement sa nuque enraidie par la fatigue. Parfois, le guetteur se
relevait et faisait les cent pas sur l’étroit aplat rocheux afin de dompter tant bien
que mal l’engourdissement qui le taraudait, observant désespérément vers l’est
en quête des premières lueurs du soleil, symbole de la prochaine relève. Enfin il
se rasseyait et le manège recommençait sous le dictat de l’endormissement.
Une nouvelle fois, le sergent consulta l’heure. Ni trop tôt, ni trop tard :
l’attaque devait être menée simultanément sur tous les points de surveillance
patiemment relevés par les éclaireurs qui avaient passé plusieurs jours à
espionner les Kiathes.
Plus que quelques secondes.
Rita extirpa en silence le couteau du fourreau aménagé dans la jambe de sa
tenue de combat et le glissa entre ses dents. Le moment était venu de sortir des
fourrés qui la dissimulaient à la vue du bandit. Comme un serpent se faufilant
dans l’herbe, elle se tortilla pour ramper dans sa direction, en prenant bien soin
de ne froisser aucune brindille et de ne faire rouler aucun caillou. Le visage noirci
par son maquillage de commando, on ne voyait que ses prunelles émeraude qui
luisaient sous la lune.
Centimètre après centimètre elle glissa, aplatie sur le sol, poussant
alternativement sur ses jambes, les mains à plat sur la roche, les yeux rivés sur sa
proie. Le décompte final s’achevait dans sa tête de façon automatique avec une
rigueur toute professionnelle. Plus que dix secondes et tout autour de la zone
montagneuse, le même scénario allait se reproduire pour neutraliser les vigies
des Kiathes. Il lui fallait grignoter encore quelques centimètres avant de pouvoir
bondir sur l’homme.
Sans que rien ne puisse le laisser prévoir, la sentinelle se releva à cet instant
précis, pivotant le torse pour s’aider d’une main. Dans sa vision périphérique elle
entrevit instantanément le danger représenté par la masse sombre incongrue.
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L’eau de l’oubli
Avec la rapidité d’un diable sortant de sa boite, l’homme se remit sur pied. Ses
doigts cherchèrent fébrilement la détente pendant que ses mains relevaient le
fusil vers l’agresseur.
Rita n’avait plus le choix. Elle était encore à presque trois mètres de sa cible,
trop loin pour un combat au corps à corps. Malgré sa surprise, le Kiathe lui faisait
face et allait donner l’alerte. Le sergent lança son couteau qui fila à toute vitesse
pour s’enfoncer silencieusement dans la gorge de la vigie, stoppant net le cri qui
venait de naître sur ses lèvres. Sous le choc, cette dernière laissa tomber son
arme et porta les mains à son cou. Le fusil rebondit sur le sol avec un bruit qui
parut résonner comme le tonnerre dans l’esprit de Rita. Il glissa sur la pente
raide pour tomber en contrebas dans une rainure de la falaise, fort
heureusement moussue, où sa course s’arrêta en silence.
Puissant, le Kiathe venait d’arracher le couteau de sa gorge, laissant un flot de
sang se déverser de la blessure béante. Comme une bête aux abois, il se jeta sur
son agresseur l’arme en avant avec une rage muette que quelques gargouillis
sinistres accompagnèrent. Rita reçut le choc de son mieux et roula à terre avec le
bandit, tentant de maîtriser par le poignet la main qui tenait le poignard.
L’homme était lourd, mais la femme avait reçu l’entraînement adéquat pour ce
type d’affrontement. Avec souplesse, elle parvint à se glisser dans le dos de son
adversaire et le ceignit à la taille à l’aide de ses jambes qu’elle referma sur lui. En
même temps, elle lui immobilisait le cou par une clé à l’aide de ses bras,
exerçant une torsion vers la gauche. Instinctivement, l’homme fit un effort
surhumain pour contrer la prise et banda ses muscles pour tourner la tête de
toutes ses forces en sens inverse. Une fraction de seconde plus tard, Rita mettait
toute sa puissance pour accentuer le mouvement d’auto-défense de sa victime
dans un mouvement de gauche à droite. Sous les deux forces conjuguées, les
vertèbres cervicales du Kiathe cédèrent dans un craquement lugubre. Elle sentit
le corps de l’homme se raidir puis devenir tout mou. Quelques secondes
s’écoulèrent avant qu’elle ne lâche prise et se dégage du poids inerte que sa
victime était devenue. Deux doigts posés sur sa veine jugulaire lui permirent de
vérifier qu’elle était bien morte. Alors elle passa les bras sous ses aisselles et la
traîna jusqu’à la position initiale dans laquelle elle l’avait trouvée montant la
garde. Puis elle s’éloigna à la recherche d’une branche qu’elle trouva rapidement
et passa dans le dos des vêtements du mort après l’avoir assis.
Son travail accompli, elle se recula de quelques pas pour s’assurer que
l’homme tenait la position tout seul. Cela ferait illusion un certain temps si
nécessaire… du moins jusqu’à ce que la relève n’arrive. Pressant le bouton de
son communicateur, elle chuchota.
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Le grand nettoyage
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L’eau de l’oubli
l’abri de la forteresse, suivis par ceux qui combattaient sur le pont et qui le
purent.
Le rouleau-compresseur royal se remit en route, éliminant les derniers
résistants demeurés sur le pont avant de s’avancer vers l’entrée de la citadelle.
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Le grand nettoyage
l’intérieur de celui-ci. Ces derniers pourraient alors tirer sur les troupes situées
aux pieds des murs et faire un carnage.
— Alors, comment entrer dans la citadelle et minimiser les pertes ?
*
* *
Après avoir posé leurs dragonnaux en bas de la vallée au nord-est du repaire
des Kiathes, les hommes du commandant Kalker évoluèrent à travers les
méléacés qui occupaient l’essentiel du plateau menant au tunnel par lequel Sali
avait quitté le repaire des bandits un mois auparavant. Les deux pics jumeaux qui
dominaient la forêt ressemblaient à quelques géantes sentinelles pétrifiées.
Chaque tronc offrait une cachette pour les hommes qui progressaient par bonds,
invisibles dans l’obscurité des sous-bois. Une analyse minutieuse effectuée à
l’aide de détecteurs sophistiqués, avait permis de localiser cinq hommes qui
montaient la garde au niveau de la caverne de sortie, là où paissaient quelques
dragonnaux. Entre la lisière de la forêt et la grotte, s’étendait une pente d’herbe
rase et de bruyères parsemée de blocs de pierre détachés des flancs de la
montagne qui avaient roulé au hasard du terrain. Il était évident que le groupe
se ferait repérer sur cette lande, aussi, le commandant Kalker avait-il stoppé son
détachement à l’abri des derniers arbres. De plusieurs gestes sobres, il venait de
désigner cinq gardes royaux à qui il avait montré l’entrée de la caverne.
Silencieusement, les soldats s’allongèrent dans l’herbe et se mirent à ramper
vers les pierres les plus proches puis vers d’autres rochers en direction de leur
objectif.
Parvenus à une centaine de mètres de la grotte deux d’entre eux se postèrent,
chacun dans l’ombre d’un gros bloc de pierre, saisissant le fusil de précision
qu’ils portaient sur leur dos. Allongés, immobiles, l’œil rivé à leur lunette de tir,
ils patientèrent le temps que les trois autres achèvent leur reptation entre les
touffes de bruyère en direction des vigies. L’assaut ne dura que quelques
secondes soigneusement coordonnées, chacun avec sa technique. Une main sur
la bouche pendant que le poignard s’enfonçait dans le dos au niveau du cœur ou
sectionnait la carotide en ouvrant une horrible plaie béante autour de la gorge,
ou encore un simple tir de précision dans la tête d’un bandit… au bout de ce
court laps de temps, Kalker put ordonner à ses hommes de s’élancer vers la
caverne pendant que les éclaireurs s’assuraient de l’absence d’autres ennemis
dans les environs.
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L’eau de l’oubli
les Kiathes. Avec d’infinies précautions ils investirent le petit cirque rocheux qui
s’étalait au pied de la tanière de Jazor Arato. Il restait encore une sentinelle tout
en haut de la falaise, dans un endroit inaccessible, hormis par la voie des airs.
À l’horizon, à l’est, l’extrême pâleur de l’aurore laissait présager l’arrivée
imminente de l’astre du jour. La vigie bailla à s’en décrocher la mâchoire en
étirant ses bras ankylosés par la fatigue.
Dans une heure la relève, se dit-il in petto en pensant déjà au matelas sur
lequel il allait pouvoir se reposer.
Une minute plus tard, le premier rayon de soleil venait le frapper en pleine
rétine et il cligna des yeux en détournant son regard puis se retourna vers le
cirque dont les formes commençaient à réapparaître dans le jour levant.
Haut dans le ciel, une forme noire tournoyait, mais il ne la voyait pas.
Regardant en contrebas vers le défilé qui permettait d’accéder au repaire, il lui
sembla apercevoir une ombre se mouvoir derrière un rocher. Clignant des yeux,
il se pencha pour s’en assurer mais ne put en voir plus.
Sans doute un animal, songea-t-il.
Il souffla dans ses mains. La fraîcheur du petit matin se faisait ressentir
jusqu’au bout de ses doigts. Lentement, il fit demi-tour et leva une main devant
ses yeux pour atténuer la clarté du soleil dont le disque apparaissait à présent
intégralement au-dessus de l’horizon. Qu’est-ce qui se mouvait donc dans le ciel
ainsi ? La tête légèrement en biais pour éviter un total éblouissement, il chercha
à identifier les trois points noirs qui arrivaient en face de lui.
Au moment où il comprit, il perçut en même temps une présence incongrue
au-dessus de lui et leva les yeux, juste à temps pour apercevoir une paire de
bottes qui percutèrent violemment son visage. La seconde d’après, Sali
effectuait un roulé-boulé sur le sol rocheux pour se réceptionner pendant que
l’homme s’affaissait, plongé dans l’inconscience. Les points noirs s’amplifièrent
jusqu’à ce que les trois dragonnaux ne se posent sur le haut de la falaise. Neuf
soldats en descendirent sous l’œil attentif de Kro’Moo qui continuait sa ronde de
surveillance dans les airs.
Avec des gestes précis, l’adjudant-chef Fagor enfonça dans l’oreille de la
princesse un minuscule appareil.
— Avec ça, Votre Altesse, vous nous entendrez sans porter de communicateur.
Vous appuyez légèrement dessus pour parler. Une autre pression coupe le
micro.
— Compris, fit Sali en testant l’oreillette.
Le sous-officier enfonça ensuite un piton dans le roc et déroula une corde le
long de l’à-pic encore plongé dans l’ombre la plus vive. Selon les indications
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Le grand nettoyage
fournies par Sali, l’ouverture dans la falaise la plus proche de la cascade donnait
dans une remise qui contenait des tonneaux de vin et d’alcool. C’est vers elle
que la princesse se mit aussitôt à descendre en rappel avec l’aisance d’une
alpiniste chevronnée. Les huit autres militaires plantèrent également leur piton
et y accrochèrent leur corde en se répartissant sur toute la largeur de la façade
du repaire, prêts à se lancer à leur tour dans le vide à la première alerte.
En quelques secondes, Sali parvint au niveau d’une des trouées qui servait de
fenêtre et risqua une tête pour s’assurer que la remise était déserte. Enjambant
la paroi, elle se laissa glisser à l’intérieur de la pièce creusée dans la montagne, le
cœur battant. Une fois dans la place, elle posa à terre un petit sac, enleva ses
bottes et défit la fermeture de sa combinaison intégrale noire qu’elle ôta
rapidement. Du sac elle sortit une tunique défraîchie comme en portaient
certaines prisonnières « favorites » lors de sa captivité et l’enfila. Puis elle fixa un
petit pistolet entre ses cuisses et secoua vigoureusement ses cheveux avec les
mains pour les désordonner un peu. Du bout d’un doigt, elle alluma le micro de
son oreillette.
— Je suis dans la place, rien à signaler. Je vais tâcher de gagner la salle de
contrôle au plus vite, tenez-vous prêts à entrer.
Puis elle coupa son micro.
Après avoir dissimulé ses affaires derrière un tonneau, elle tourna
précautionneusement la poignée de la porte de la remise et traversa une cuisine
qui donnait sur la grande salle de banquet dans laquelle elle s’était battue.
La pièce sentait le vin et la transpiration et sur les côtés, quelques bandits
affalés sur le sol ronflaient encore, certain tenant dans leurs bras une ou
plusieurs compagnes « forcées », pour la plupart dépenaillées lorsqu’elles
n’étaient pas purement et simplement nues.
Sali retint une grimace évocatrice à la pensée de sa courte captivité dans ces
lieux.
Soudain, alors qu’elle quittait la grande salle pour s’aventurer dans l’un des
nombreux couloirs du refuge, une main puissante s’abattit sur son bras.
— Hé là, toi, qu’est-ce que tu fabriques ?
*
* *
À la forteresse du Désert de Sang, la bataille entrait dans une nouvelle phase.
La voix de Calem venait de retentir dans les communicateurs.
— À tous les dragonnaux, concentrez vos tirs sur les remparts… Choupy IV,
votre aide sera également la bienvenue.
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Le grand nettoyage
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Le grand nettoyage
pas attention à elle. Parvenue devant la salle de contrôle, elle prit soin de bien
écarter le corsage de sa tunique, dégageant de façon provocante la naissance de
ses seins, armes suprêmes de la femme songea-t-elle, puis frappa à la porte qui
s’entrouvrit.
— Qu’est-ce que tu veux ? grogna un petit homme aussi malingre et petit que
son agresseur précédent était grand.
Elle se pencha légèrement pour faire bailler sa robe. Le petit homme ouvrit de
grands yeux ronds en louchant.
— Jazor a pensé que vous deviez vous ennuyer tout seul ici et m’a chargée de
venir vous distraire… autant que vous le souhaitez.
Le bandit ricana.
— Je suis pas tout seul, y’a aussi Erz avec moi… mais tu peux entrer ma jolie…
si le capitaine veut qu’on s’amuse… on va s’amuser un peu.
Il s’effaça pour la laisser entrer puis referma la porte derrière lui.
En fait de salle de contrôle, c’était une petite pièce minable dans laquelle deux
vieux écrans renvoyaient les images parasitées de deux caméras, l’une pointée
vers la porte du couloir du nord-est, l’autre vers le sas des plateformes d’accès
au repaire.
Erz était un gros barbu rouquin de taille moyenne affalé dans un vieux fauteuil
tout disloqué, les pieds sur une table en ruine. Quand il vit entrer Sali, son visage
s’éclaira d’un sourire concupiscent.
— Comment tu t’appelles, belle plante ? demanda-t-il en la dévorant des yeux.
— Sali, répondit la princesse en se penchant en avant pour récupérer son
arme.
Lorsqu’elle se redressa, elle tenait fermement le pistolet dans ses deux mains
les bras tendus, braqué sur l’homme assis. Elle tira une fois. Le fauteuil recula de
deux mètres et le menton d’Erz s’affaissa sur sa poitrine.
— Qu’est-ce que… eut le temps de s’exclamer le petit homme juste avant le
second tir de Sali.
Il s’écroula sur le sol et la princesse se précipita sur le tableau de commande à
vrai dire fort simple de la pièce. Outre un micro qui devait fonctionner sur une
boucle interne, deux interrupteurs trônaient. L’un marqué « entrée », l’autre
« tunnel ».
La princesse enclencha son oreillette.
— J’ouvre les issues, annonça-t-elle sobrement, il faudra envoyer
immédiatement du monde à la salle de contrôle si vous voulez redescendre les
plateformes, car depuis celles-ci, vous ne pouvez que les remonter.
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L’eau de l’oubli
— Restez où vous êtes, Sali, s’exclama la voix du capitaine Rigo, on vient vous
rejoindre.
Mais déjà la princesse avait coupé son micro. Aussitôt, elle actionna les
interrupteurs. Par les caméras elle entrevit la porte nord-est qui s’ouvrait
poussée par le commandant Kalker et ses commandos ainsi que les plateformes
de la grotte du défilé qui s’enfonçaient dans le vide.
Sans ajouter un mot, elle ressortit de la salle dont elle repoussa la porte après
en avoir bloqué la serrure en position ouverte. Puis elle tourna à gauche dans le
couloir. Quelques Kiathes commençaient à aller et venir dans les galeries, la tête
visiblement embrumée par une veillée plus qu’alcoolisée et personne ne
s’occupa d’elle. Quelques secondes plus tard, après avoir tourné et retourné
dans les galeries, elle montait les étroits escaliers isolés qui menaient vers les
quartiers de Jazor Arato.
*
* *
La partie certainement la plus difficile commençait à la forteresse du Désert de
Sang. Celle du grand nettoyage comme l’avait annoncé le colonel Roc’Hart. Les
édifices de la citadelle étaient autant d’abris pour des hommes-serpents
submergés et sur une défensive désespérée. Chaque bâtiment, chaque étage,
devait être pris de force et purgé méticuleusement de ces créatures qui, malgré
tout, commençaient à se rendre par-ci, par-là, lorsqu’elles se sentaient poussées
dans leurs derniers retranchements.
Isil avait réussi à forcer l’entrée du château central de la place-forte et le grand
hall leur appartenait désormais. Le combat faisait fureur dans les étages, mais
l’ennemi subissait des pertes irrémédiables. De plus il reculait dans ce qui était
forcément un cul-de-sac.
Rien ne pouvait arrêter l’ascension de la Padawan qui s’avançait
témérairement dans l’espace confiné des escaliers, jouant du sabre-laser en
experte pour s’en servir de bouclier. Alors qu’elle parvenait sur le palier du
quatrième étage, deux hommes-serpents émergèrent d’un placard juste derrière
elle. Au moment où elle se retournait, deux traits rougeoyants leur trouèrent le
cerveau. Isil se mit à sourire.
— Qu’est-ce que tu fais ici, toi ? dit-elle d’une voix qui résonna dans la cage
d’escalier.
— Comment m’as-tu reconnu ? demanda Hiivsha caché derrière un pilier un
peu plus bas d’un ton faussement ingénu.
— Ton blaster n’a pas vraiment la même couleur énergétique que les armes
des édéniens. Ça se remarque comme le nez sur la figure !
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Le grand nettoyage
— La Garde Royale a investi votre repaire, Jazor, expliqua Sali, c’en est fini des
Kiathes, vous comprenez ? Aussi, je vous demande de vous rendre et de ne rien…
Les yeux du bandit se portèrent de nouveau derrière elle et il cria en tendant
une main dans un geste de prévention.
— Marco, non !
La princesse se retourna et tira d’instinct. Le lieutenant d’Arato se figea sur
place, le poignard qu’il tenait dans une main levé, les yeux tout ronds et la
bouche ouverte, puis il tomba en arrière et dévala les escaliers.
Mettant à profit cette interruption, Jazor avait décroché du mur l’une des
nombreuses armes blanches qu’il collectionnait, une rapière, et avait fait trois
pas vers Sali. Lorsqu’elle se retourna vers lui, la fine lame fouetta l’air et arracha
le pistolet des mains de la jeune fille, l’envoyant s’écraser sur le mur à l’autre
extrémité des lieux. La pointe effilée s’approcha du menton de Sali qui fut
obligée d’effectuer deux pas de côté pour s’éloigner du seuil de la pièce et
reculer. Jazor en profita pour refermer la lourde porte et en pousser le verrou.
— Nous voilà seuls, fit-il d’une voix calme, presque enjouée, comme au bon
vieux temps.
Sali regarda autour d’elle et avisa une épée en tous points similaire à celle dont
le bandit s’était emparé. Elle tendit le bras et, comme Jazor ne réagissait pas,
s’en saisit à son tour puis recula de nouveau pour prendre du champ.
— Pour une surprise… reprit le bandit l’arme toujours pointée vers la jeune
fille, j’imagine que c’est à toi que les forces royales doivent d’avoir trouvé mon
repaire ?
— Absolument… j’avais tellement envie de vous revoir…
Arato se mit à sourire sans arrière-pensée.
— Si seulement c’était vrai… tu aurais pu venir toute seule jusqu’ici, on ne
t’aurait fait aucun mal, je t’en donne ma parole.
Sali sourit à son tour.
— Je ne sais pas trop pourquoi… mais je vous crois volontiers.
— La place que je t’avais trouvée ne t’a pas plu ?
La jeune fille dodelina de la tête sans arrêter de sourire.
— Il y a eu… disons… des complications. Mais sinon, ça aurait fini par être une
place que beaucoup d’autres femmes auraient pu m’envier.
— Alors pourquoi me trahir ?
— Pour trahir, il faut être « avec » quelqu’un… je n’ai jamais été avec vous.
— Et toutes ces journées passées à bavarder ensemble… ces nuits si proches
l’un de l’autre…
— Je n’ai pas eu le choix.
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39 – Tempête sur le Temple
Le poids du monde parut soudain peser sur les épaules de la Padawan dont le
dos se voûta. Le « pourquoi » lui paraissant évident, elle demanda.
— Comment as-tu trouvé l’entrée de la vallée ?
— C’est Dolmie… enfin, Diva, l’apprentie de Dark Zarek… quand Iella… enfin,
Sali, a été empoisonnée et que Calem a dit qu’il allait l’emmener au Temple, Diva
m’a donné un émetteur que j’ai caché sur Galinthorn avant que vous partiez. Je
voulais le poser sur Kro’Moo mais j’ai eu peur qu’il ne comprenne ce que je
faisais… il est très intelligent… Ensuite, j’ai pris un dragonnal et je vous ai suivis
de très loin. J’ai retrouvé vos montures gardées par des hommes en blanc, alors
j’ai attendu caché. Ça a été très long… cinq jours… j’ai dû me nourrir de racines
en attendant… et puis un soir vous êtes réapparus et Sali était guérie. Quand
vous avez été partis, j’ai suivi les hommes jusqu’à les voir disparaître dans la
montagne. Là, j’ai vraiment été bluffé. J’ai traversé et vu la vallée et au loin, le
Temple.
Il s’arrêta, repris par quelques sanglots qui le firent hoqueter. Isil lui prit la
main.
— Pourquoi l’avoir dit à Zarek ? À cause de Selen ?
— Elle a dit qu’elle la ferait souffrir avec raffinement si je ne vous espionnais
pas pour son compte…
— Tu parles de Diva ?
— Oui… la duchesse de Tamburu, Dolmie. Un jour que j’allais voir Selen dans
les faubourgs de la ville, dans une vieille maison abandonnée, elle m’a suivi.
Ensuite, elle m’a rapporté son foulard en me disant que Selen avait été
emmenée à la forteresse, ici… et qu’elle serait bien traitée auprès de son Maître
tant que je les aiderais à obtenir le secret du Temple d’Édin. Dans le cas
contraire, elle serait torturée longuement avant d’être mise à mort.
À ces mots, la jeune fille aux très longs cheveux châtains tombant jusque dans
le bas du dos, se blottit pathétiquement contre le garçon en se mettant à pleurer
elle aussi.
— Je t’aime, Gil, murmura-t-elle dans un sanglot.
Isil échangea un coup d’œil navré avec Hiivsha.
— Il faut prévenir Calem.
— Je m’en occupe, répondit le contrebandier en se reculant dans le couloir
pour communiquer.
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Tempête sur le Temple
Isil regarda les deux enfants amoureux et songea que la passion pouvait
ordonner de faire des choix personnels qui allaient à l’encontre de l’intérêt du
plus grand nombre. Une seule vie en échange de tant d’autres !
— Le côté Obscur est une voie plus facile, plus rapide, lui avait souvent dit Beno
Mahr, son Maître, mais dangereux pour soi.
Comme c’est facile d’être un Sith ! pensa la Padawan avec amertume.
— Quand Zarek est-il parti pour le Temple ? interrogea-t-elle.
L’adolescent réfléchit une seconde.
— Hier matin… en toute fin de matinée, avec une escorte de dragonnaux. Il
m’a dit que son apprentie avait été tuée, qu’il l’avait ressenti dans la Force et
qu’il allait achever son œuvre tout seul. Puis il m’a enfermé dans cette chambre
avec Selen.
Il hésitait à poser la question suivante.
— Tu… qu’est-ce que tu crois qu’il va faire au Temple d’Édin ?
Isil pinça ses lèvres. Devait-elle expliquer à l’adolescent le pouvoir qu’il avait
sans doute mis entre les mains du Sith ? Comment lui dire que peut-être des
milliards de personnes allaient mourir à cause de lui et de son désir de sauver
son amie ?
— Rien de bon, parvint-elle à articuler.
— J’ai fait ça pour Selen… je vous ai trahis… toi, Sali, Calem…
De nouveau son menton plongea sur sa poitrine.
— On va essayer de l’arrêter… et je comprends le choix que tu as dû faire. Ce
n’est pas toujours facile de mettre dans la balance ceux qu’on aime et d’autres
personnes qu’on ne connaît pas… alors, quand on n’a pas la réponse à la
question, c’est encore plus dur de bien discerner ce qu’on doit faire.
Il leva des yeux tristes vers elle.
— Mais quelle était la question ?
— Qu’est-ce que Dark Zarek va vraiment pouvoir faire avec l’artéfact ?
Quelques minutes plus tard, Calem entrait à son tour dans la pièce. Il lança un
œil sévère aux deux adolescents désespérés, qui semblaient tout ratatinés au
milieu du grand lit, serrés l’un contre l’autre. Les mâchoires crispées, le roi
regarda ensuite Isil dont l’air préoccupé sautait aux yeux.
La Padawan résuma en quelques mots la situation. Le monarque parut
comprendre le dilemme qui s’était posé au garçon et ses traits se détendirent un
peu. Isil ajouta.
— Zarek est parti hier vers midi, sans doute juste un peu avant que notre
avant-garde n’arrive ici. Il lui a fallu plusieurs heures pour arriver à la vallée. Avec
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Tempête sur le Temple
Les personnes autour de lui se mirent à sourire. Il était évident que le jeune roi
avait hâte de prendre épouse. De nouveau ce dernier s’adressa au duc.
— Mon oncle, je vais vous demander de rentrer à Édinu pour convoquer le
Conseil Royal élargi que je vous charge de présider… non pas que je n’aie pas
confiance dans le général Qulos, mais c’est un militaire… j’ai besoin de
rassembler toutes les forces politiques, militaires et civiles, autour du trône. Je
veux que vous fassiez le point détaillé de la situation dans la capitale et que vous
vous assuriez que la vie civile reprend correctement. Je veux aussi qu’une
enquête soit immédiatement ouverte sur les victimes de ces derniers jours et sur
l’appui que certaines autorités ont apporté à mon frère Taimi. S’il le faut,
chargez le Procureur Général d’Aretia de venir diriger les investigations pour plus
d’impartialité.
Le duc posa une main sur l’épaule de son neveu.
— Compte sur moi, Calem.
Le roi se retourna ensuite vers la Padawan.
— Isil, tu penses pouvoir arrêter Dark Zarek ?
La jeune fille haussa les épaules.
— Si je n’y arrive pas… qui le fera ?
Calem se tourna enfin vers les soldats présents et désigna Gil et Selen qui
n’avaient pas bougé.
— Ramenez-les au palais et placez-les dans les appartements de la princesse
d’Austra sous bonne garde. Je verrai plus tard quoi faire d’eux.
Isil sentait le jeune monarque contrarié de la trahison de Gil, compréhensible
mais difficilement pardonnable. Elle percevait en lui le conflit qui se jouait mais
ne dit rien. Le propre d’un roi est de prendre ses décisions par lui-même et la
Jedi décida qu’elle n’avait pas à s’en mêler. Elle se contenta de suggérer.
— Allons-y, ne perdons pas de temps.
Dix minutes plus tard, l’YT-1100 s’envolait dans le ciel bleu délaissant des lieux
presqu’entièrement pacifiés et grouillant de monde. Seuls quelques groupes
d’irréductibles créatures s’étaient barricadées dans des recoins d’édifices d’où la
mort ou la reddition ne serait que leur seule issue.
Hiivsha fit monter Choupy en altitude afin de minimiser le temps de parcours.
Depuis la stratosphère, au plus haut de la parabole qu’il fit décrire à son
vaisseau, la vue embrassait tout le royaume. Calem s’enthousiasma.
— Ah, si nous pouvions relancer les programmes technologiques ! Vous vous
rendez-compte, si nous pouvions un jour venir dans votre galaxie ?
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— Cette galaxie qui est aussi la vôtre, suggéra Isil, même si par un caprice des
choses, il semble que vous en ayez été rejetés… à moins qu’à l’inverse elle ne
soit finalement en train de vous absorber petit à petit. Il serait intéressant de
mesurer l’évolution de la distance qui vous sépare de l’extrême bordure
galactique.
— Il faudrait des sondes capables de traverser la nébuleuse.
— Un sacré gardien que vous avez là, commenta Hiivsha, je ne voudrais pas la
traverser tous les jours. Je ne sais même si je vais parvenir à la retraverser sans
casse pour repartir.
— Vous savez ce que je vous ai proposé… fit Calem.
— Oui… si ça ne tenait qu’à moi… laissa tomber le contrebandier.
Isil ne releva pas l’allusion. Son esprit avait déjà pris de l’avance sur eux et
essayait de sonder la Force pour découvrir ce qui les attendait.
Le vol fut de courte durée et déjà le cargo plongeait dans l’atmosphère basse
de la planète beaucoup plus nuageuse sur les montagnes du nord que sur le
Désert de Sang.
— On dirait bien que nous avons rattrapé notre tempête, grogna Hiivsha en
manœuvrant quelques interrupteurs. Si j’en crois mes instruments, elle n’a rien
perdu de sa puissance au contact du relief de la région. Accrochez-vous, ça
risque de secouer un peu.
Le vaisseau s’approchait de la cime d’énormes cumulonimbus sombres et
éclairés sporadiquement de l’intérieur.
— Ces super cellules sont vraiment monstrueuses, observa le pilote en
mettant en route le radar de sol, je pense qu’elles doivent avoir près de vingt
kilomètres d’épaisseur et mes sondes mesurent des rafales de plus de deux
cents kilomètres heure à l’intérieur.
— C’est fascinant, murmura Calem comme le vaisseau passait entre deux
gigantesques formations nuageuses. Nous sommes minuscules à côté d’eux.
— Et il va falloir plonger dedans, ajouta Hiivsha. Je tiens à préciser que mon
Choupy est un vaisseau spatial… sa force ne réside pas forcément dans le vol
atmosphérique… surtout en plein ouragan… car vu les chiffres alignés par les
instruments, notre tempête d’Édinu est devenue une grande demoiselle… je
dirais même une vraie femme. Une femme qui semble avoir du caractère !
Sa remarque arracha un sourire aux occupants du cockpit.
— Jolie métaphore, Hiivsha, fit le roi.
— Il y a des ouragans qui portent des noms d’hommes, objecta la Padawan mi-
figue mi-raisin. Pourquoi vouloir toujours ramener l’apocalypse au genre
féminin ?
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Tempête sur le Temple
Hiivsha échangea un regard complice avec le souverain puis tourna la tête vers
Isil.
— Je ne sais pas… l’expérience peut-être ?
Pour toute réponse, la jeune fille lui donna une grande bourrade sur l’épaule.
— Aïe, s’exclama le contrebandier en se mettant à rire.
— Je crois que vous l’avez bien cherché, commenta Calem en riant à son tour.
Le pilote décrocha le micro du circuit interne et annonça à l’intention des
hommes assis sur les strapontins du sas d’entrée.
— La zone d’atterrissage se trouve au cœur d’un ouragan… par conséquent
nous n’avons pas d’autre choix que de faire le grand plongeon au milieu de
cette… si vous voyez ce que je veux dire… Alors, assurez-vous d’être
correctement attachés.
Le vaisseau, minuscule entre les nuages, flirta un moment avec la bordure d’un
cumulonimbus particulièrement torturé et noir en son centre, puis Hiivsha
poussa les commandes vers l’avant.
— Bon… allons-y franchement si nous ne voulons pas dépasser notre objectif.
Au revoir beau ciel bleu…
Une légère fredaine s’éleva de ses lèvres, chose qui ne lui arrivait que lorsqu’il
était crispé et qu’il ne voulait pas le montrer. Isil posa quelques secondes sa
main sur celle qu’il avait placée sur la manette des gaz.
— Tout va bien se passer. Choupy est un bon vaisseau…
— Je croyais que c’était un tas de ferraille…
— Mais non, je plaisantais.
Hiivsha caressa le tableau de commande du haut du cockpit du bout des
doigts.
— Tu entends mon gros, elle plaisantait… alors, faut pas prendre ce qu’elle a
dit au pied de la lettre, hein ?
Puis plus fort.
— P2-A2, surveille les stabilisateurs. Un vaisseau spatial se comporte vraiment
très mal en atmosphère tourmentée et plane comme un fer à repasser, alors
surveille bien les moteurs, les stabilisateurs, les aérofreins et tutti quanti !
Le petit droïde émit une série de modulations en guise de réponse. Le ciel avait
disparu et autour d’eux, la lumière diminuait sévèrement. Isil, assise dans le
siège du copilote, alluma les lumières intérieures qui diffusèrent une légère
atmosphère rougeâtre plutôt feutrée dans le cockpit. Déjà le cargo était balloté
dans tous les sens comme un fétu de paille dans le vent. Hiivsha crispa ses mains
sur les commandes.
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L’eau de l’oubli
— Isil, mon trésor, tu vas gérer les gaz et les volets, je vais me concentrer sur le
manche.
— Reçu… chéri, ajouta-t-elle après un laps de temps d’hésitation en fronçant
son nez et en appuyant bien sur le mot.
Hiivsha se retourna vers le roi et lui adressa un clin d’œil.
— C’est une première, Votre Majesté, finalement, ça valait le coup de se jeter
dans une gueule d’ouragan… rien que pour entendre ce mot dans la bouche de
ma Jedi préférée !
Le sourire qui irradiait de son visage faisait plaisir à voir. Calem tapota
amicalement l’épaule du pilote. Isil fit semblant de maugréer.
— Profites-en, ce n’est pas tous les jours que tu m’entendras le dire !
Au même instant, plusieurs éclairs éclatèrent autour d’eux, faisant scintiller les
lumières du tableau de bord. Tout un pan de celui-ci, entre les deux sièges
s’éteignit. Le vaisseau accusa une folle embardée qui les secoua vivement.
— Je crois qu’on a été touchés, annonça Hiivsha en donnant plusieurs coups
de poing contre le tableau éteint dont une partie se ralluma avec hésitation. Et je
pense qu’on vient de perdre une partie des communications.
P2-A2 se fit de nouveau entendre. Les éclairs continuaient à émettre leurs
flashes à un rythme tel qu’on se serait cru dans un stroboscope géant.
— On a perdu les communications subspatiales ainsi que le transceiver
HoloNet, traduisit la Jedi. J’espère que tu as de quoi les changer.
Hiivsha fit une grimace éloquente.
— J’ai déjà changé pas mal de circuits après le passage dans la nébuleuse et
ceux-ci étaient du nombre… je n’avais pas prévu qu’on devrait affronter un orage
de cette intensité. Il doit me rester de quoi réparer les premières si le circuit de
secours n’a pas grillé à l’aller. Cette nébuleuse est vraiment une saloperie.
— Oui, j’ai lu dans les archives qu’elle avait toujours posé un défi à nos
ancêtres lorsque ceux-ci effectuaient des voyages spatiaux, répondit Calem d’un
air soucieux.
Balloté de droite et de gauche, le cargo fonçait vers le sol en aveugle, soutenu
uniquement par le radar de proximité que le contrebandier ne quittait
pratiquement pas des yeux. De nouveau plusieurs éclairs frappèrent la carlingue
du vaisseau provoquant le clignotement des lumières du tableau de bord et un
court-circuit dans une armoire électrique qui déclencha un début d’incendie vite
éteint par P2-A2.
— Tant que le radar tient, c’est bon… maugréa Hiivsha le front plissé. On se
croirait dans un shaker… je vais finir par me prendre pour un petit glaçon !
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Tempête sur le Temple
purent voir les corps de trois gardes blancs sauvagement tués et jetés sur les
rochers. Il n’y avait en revanche aucune trace de leurs montures. Sans doute,
Dark Zarek se les était-il appropriées pour aller plus vite.
Conscient que ce n’était là que les premiers cadavres qu’ils découvraient,
Hiivsha accéléra autant qu’il le put dès qu’ils atteignirent le pied des montagnes.
Mais la violence de l’ouragan était telle qu’il avait du mal à conserver le contrôle
de sa machine sans cesse déportée à droite ou à gauche, et plus d’une fois, ils
durent contourner avec difficulté les arbres déracinés tombés en travers de la
piste.
Dans la jungle, il faisait encore plus sombre mais la végétation les protégeait
un peu des rafales et il put accélérer légèrement, plein phares. Le froissement
des arbres et des plantes agitées par la tempête faisait un bruit épouvantable qui
ne connaissait pas de pause. Tout à coup, Hiivsha ressentit un choc violent au
niveau de la poitrine. Le souffle coupé, il vit la motojet passer sous lui et
s’éloigner toute seule, tandis que le corps d’Isil s’écrasait dans son dos contre le
sien. Complètement étourdi, il tomba rudement sur le sol, sur la Padawan.
Aussitôt, provenant des fourrés sur sa droite, il aperçut un éclair bleuté. Au
même instant, une puissance invisible le soulevait dans les airs et le projetait
vers la gauche dans les herbes, à plusieurs mètres de là, lui évitant
miraculeusement la décharge d’énergie. Il effectua plusieurs roulés-boulés
amortis par la végétation et dégaina d’instinct son blaster avant de se mettre à
genoux. Là-bas, de l’autre côté de la piste, il aperçut deux silhouettes noires à la
faveur d’un éclair. Il tira plusieurs fois et les traits rouges de son arme
déchirèrent l’obscurité ambiante. Un cri se fit entendre. Un nouvel éclat bleuté
apparut. Il se jeta au sol pour éviter l’impact en roulant à la lisière du chemin
d’où il tira plusieurs fois en direction de l’agresseur. Un nouveau cri retentit. Le
pistolet toujours en alerte, il attendit une minute sans rien déceler de plus. Tous
ses sens aux aguets, il rampa jusqu’au corps de la Padawan étendue sur le
sentier. Elle ne bougeait plus.
— Isil ? appela-t-il lorsqu’il fut tout contre, Isil, ça va bien ?
Un gémissement lui apprit qu’elle n’était pas morte. Toujours en épiant les
alentours, il étendit un bras vers elle pour lui secouer le visage.
— Isil ! cria-t-il plus fort.
Elle leva un bras en gémissant de nouveau et porta la main à son front.
— Houlà, fit-elle, j’ai pas dû avoir le temps de générer un bouclier de Force
assez puissant… j’ai pris une de ces décharges…
— Merci du voyage dans les airs, lâcha le contrebandier en lui embrassant le
bout du nez, tu m’as sauvé la vie. Quels réflexes !
591
L’eau de l’oubli
592
Tempête sur le Temple
Son visage était tuméfié et ses vêtements déchirés. Elle pointait un doigt
tremblant dans une direction un peu à l’écart de la route. La pluie avait baissé
d’intensité et on pouvait distinguer un peu plus loin la forme d’une habitation
comme celles des petites fermes qu’Hiivsha avait pu visiter dans la vallée.
Pendant qu’Isil suivait la femme tout en la soutenant, le contrebandier était
remonté sur la motojet et les suivit. Parvenu près de la ferme, il descendit
blaster en main puis poussa du pied la porte entrouverte et entra. À l’intérieur, il
y avait cinq corps, trois hommes et deux femmes. Des prêtres et des prêtresses
d’Édin. Isil entra à son tour et assit la femme sur un banc.
— Ils sont morts pour la plupart, conclut le contrebandier après avoir examiné
les corps, il y a plus de douze heures, ajouta-t-il en appuyant plusieurs fois sur le
bras de l’un d’entre eux, les lividités ne disparaissent plus. Celui-ci est encore en
vie, ajouta-t-il en s’agenouillant contre un homme étendu au pied d’un escalier.
La Padawan se rendit auprès du prêtre pour l’examiner. Ses yeux étaient clos
mais quelques gémissements s’échappaient de temps en temps de sa gorge. Il
respirait avec difficulté. Elle écarta les pans du vêtement du blessé pour dégager
une tâche noirâtre au niveau de sa poitrine, puis posa les mains autour. Une
lumière émana doucement à travers ses paumes. Elle ferma les yeux et resta
ainsi cinq bonnes minutes sans bouger. Personne ne parla durant tout ce temps.
À la fin, la Jedi regarda Hiivsha.
— Nous ne pouvons pas perdre plus de temps, fit-elle l’air navré. J’espère lui
avoir insufflé de quoi attendre qu’on vienne le secourir. Il faut qu’on y aille.
Isil tourna ensuite son regard vers la femme qui paraissait dans un état second.
— Je sais que c’est dur pour vous, mais il vous faut rester à l’abri. Nous nous
rendons au Temple et nous vous ferons envoyer du secours le plus rapidement
possible. Surtout ne bougez pas d’ici, vous m’avez bien comprise ?
La prêtresse hocha la tête.
— D’accord, dit Isil en se levant, viens, Hiivsha, on doit continuer. Je pense que
Dark Zarek a semé la mort et la destruction un peu partout sur son passage. Je
crains le pire pour les habitants du Temple.
Laissant à contrecœur la prêtresse à sa détresse, ils reprirent la route dans la
tempête. Bientôt ils furent en vue du complexe qui abritait le Temple et
l’artéfact. Hiivsha stoppa sa machine dans la plaine, cinq cents mètres avant la
bordure blanche et, profitant de ce que la pluie s’était momentanément arrêtée,
sortit ses jumelles.
— Je vois cinq créatures postées à l’entrée de chacun des bâtiments que je
peux distinguer d’ici.
593
L’eau de l’oubli
Isil hésitait comme si elle avait quelque chose à dire sans savoir si elle devait le
faire ou non.
— Hiivsha, il faut que je te dise…
Devant ses hésitations, il l’enserra par la taille.
— Oui, ma chérie, je t’écoute.
Le repoussant gentiment, elle continua.
— Reste sérieux veux-tu, le moment est mal choisi pour un câlin… C’est à
propos de l’Artéfact…
— Que tu n’as pas encore vu, oui… que veux-tu savoir ?
— J’ai l’impression qu’il… qu’il me parle… enfin je veux dire, je l’entends à
travers la Force et je le vois… enfin, presque…
— Tu le vois ? Tu en as de la chance, à quoi ressemble-t-il ?
Isil secoua la tête.
— Quand je dis « je le vois », je veux plutôt dire que je le « ressens »… c’est
comme si c’était un objet de la Force qui fonctionnerait à travers Elle… ou par
Elle… Ce qui expliquerait pourquoi les habitants d’ici n’ont jamais pu le faire
réagir. Seul quelqu’un de puissant dans la Force peut selon moi parvenir à s’en
servir…
— Ça, ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle, grimaça le contrebandier, car
cela veut dire que Zarek peut le faire !
Pour ponctuer la sinistre prévision d’Hiivsha, une série d’éclairs violents éclata
au-dessus de leur tête, accompagnée de puissants claquements secs. La lueur
électrique se refléta dans les prunelles bleues de la Padawan qui s’illuminèrent
tandis que ses cheveux encore mouillés, battaient sous le vent à travers son
visage. À cet instant précis, il la trouva plus belle que jamais.
— Oui… mais il lui reste à trouver dans la Force le chemin qui le mènera à
cette… chose. Et apparemment, il ne l’a pas encore trou…
Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase. Un formidable bruit qui surmonta le
raffut de la tempête éclata soudain. Isil et Hiivsha tournèrent leur tête en
direction du temple. Un cylindre de lumière venait de jaillir du centre du
complexe, puissant, aveuglant, pour aller frapper dans le ciel la voûte compacte
des nuages. Le diamètre de la colonne éblouissante se mit à grandir tandis que le
son se répétait. C’était comme une note de musique métallique jouée par
d’innombrables cymbales, dont l’onde sonore envahit la vallée tout entière en
résonnant longuement.
— À mon avis, il vient de le faire ! cria Hiivsha dans le vent pour surmonter le
vacarme.
594
Tempête sur le Temple
595
40 – Le rayon
596
Le rayon
le ciel, énorme, d’un blanc immaculé éclatant sous le feu des projecteurs qui
semblaient la porter sur leur aura de lumière.
Les mains devant les yeux pour se protéger de l’éblouissante clarté, Isil cria.
— Il faut l’arrêter à tout prix !
Elle repartait en arrière vers le bâtiment qu’ils avaient laissé un moment
auparavant lorsqu’une troupe de cavaliers fondit vers eux au grand galop. Calem
sauta de son corinal sans même attendre son arrêt, les yeux rivés sur l’artéfact
qui continuait à grimper majestueusement vers les nuages au bout d’une fine
tige invisible au centre de la colonne de lumière.
— Que se passe-t-il ? cria-t-il dans le vent violent qui lui cinglait le visage.
— Dark Zarek… il a dû trouver comment l’artéfact fonctionnait ! répondit Isil
de la même façon.
Le roi se retourna vers ses hommes.
— Chargez-vous des hommes-serpents… tâchez de trouver les personnels du
Temple pour les libérer s’ils sont encore vivants. Moi, je vais à la salle de contrôle
enterrée avec Isil et Hiivsha… il n’y a que de là qu’il peut commander l’artéfact !
Sans plus attendre, il se rua vers le hall d’entrée du proche bâtiment. La Jedi et
le contrebandier lui emboitèrent le pas jusqu’à une batterie d’ascenseurs.
— Un petit tour dans les entrailles de la terre ? marmonna Hiivsha lorsque la
cabine se mit à descendre.
Chaque seconde qui s’égrena leur parut une éternité. Puis la porte s’ouvrit de
nouveau. Ils se mirent à courir dans la galerie qui s’enfonçait vers le centre du
complexe jusqu’à parvenir devant un sas fermé. Calem posa sa main sur un
lecteur pour dégager la voie et recommença un peu plus loin pour pénétrer enfin
dans la grande salle de contrôle circulaire.
La première chose que remarqua Hiivsha à travers les baies vitrées, c’était
l’absence de la sphère. Elle avait disparu. À sa place, au centre, il y avait un tube,
de quelques mètres de diamètre qui semblait provenir du centre de la planète et
se perdait vers le haut.
Autour du mur opposé, les consoles, disposées tous les cent mètres, étaient
illuminées et une myriade de voyants multicolores aux formes les plus variés
clignotaient furieusement. Au centre de chaque console, un hologramme du
complexe était projeté, vu de l’extérieur, comme une maquette. On pouvait y
voir en son centre la sphère qui devait dominer à présent la vallée tout entière
de plusieurs centaines de mètres, maintenue en équilibre sur le mince tube qui
la soutenait. Le grondement sourd s’était arrêté au profit d’une forme de
mugissement continu provenant sans doute des générateurs d’énergie
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L’eau de l’oubli
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Le rayon
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L’eau de l’oubli
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Le rayon
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L’eau de l’oubli
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Le rayon
À cent mètres d’eux, la porte fumée du tube dans lequel s’était enfermé Dark
Zarek coulissa en silence. Le Sith sortit de son caisson.
— C’est un triomphe ! s’exclama-t-il comme au théâtre en écartant les bras.
Instinctivement, Hiivsha porta la main à son blaster et l’extirpa de son étui
pour le pointer vers son ennemi. Aussitôt, il sentit une main invisible mais
irrésistible lui ôter son arme qui décrivit une courbe dans l’air pour retomber
lourdement un peu plus loin.
— Allons, capitaine Inolmo, vous venez vous aussi de notre galaxie… vous
savez pertinemment que vous ne pouvez pas vous mesurer avec moi ! Ni vous, ni
celui qu’on appelle le Roi d’Édéna mais qui bientôt ne sera plus rien, sinon un
pantin à mes ordres.
Au même moment, la porte vitrée du caisson d’Isil s’ouvrit et la Padawan
titubant, effectua deux pas avant de s’écrouler sur le sol comme une poupée
sans vie.
— Isil ! cria Hiivsha en se précipitant sur elle.
— Voyez, reprit le Sith, mon seul adversaire digne de ce nom n’a pas résisté à
l’artéfact de la Création ! Dommage. Peut-être nous affronterons-nous une autre
fois. Je dois vous laisser, il faut que je voie cette machine de mes propres yeux !
Et sans rien ajouter, il leur tourna tranquillement le dos pour disparaître par
l’une des portes donnant sur la salle de contrôle.
— Isil ! appela le contrebandier en donnant de petites tapes sur les joues
livides de la Padawan.
Calem s’était lui aussi agenouillé et avait saisi le poignet de la jeune fille pour
lui prendre le pouls.
— Elle est vivante, conclut-il.
En effet, ses paupières battirent accompagnées d’un gémissement, et sa tête
se souleva lourdement. Hiivsha retrouva le sourire.
— Te revoilà ma chérie, comme te sens-tu ? Tu sais au moins quel est ton nom,
hein ?
Isil s’assit sur son postérieur et tourna puis retourna la tête.
— Où est Dark Zarek ?
Hiivsha opina du chef.
— On va considérer ça comme un oui. Quant à notre ami Sith, il s’en est
tranquillement allé pour rejoindre les spectateurs à la surface.
— Il faut l’arrêter, grimaça la Padawan avec effort tout en tirant sur le bras du
contrebandier pour se relever.
Ce dernier hésita puis lâcha.
— C’est trop tard, Isil, à l’heure qu’il est Coruscant doit être détruite.
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L’eau de l’oubli
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Le rayon
605
L’eau de l’oubli
Les éclairs cessèrent rapidement devant l’avancée du reste de ses ennemis qui
revenaient vers le lieu du combat.
Isil reprit un assaut classique, maîtrisé sans grande surprise par le Sith qui
reculait, sans doute pour chercher une échappatoire, tout en conservant Isil
entre lui et les autres qui hésitaient ainsi à tirer.
— Tu es une épine dans mes projets pour cette planète, j’espère que tu t’en
rends compte. Si tu n’es pas avec moi, il me faut absolument te tuer.
Isil tournoya rapidement pour tenter de le surprendre, mais une poussée de la
Force la projeta plus loin. Alors qu’elle se relevait, elle entendit Hiivsha crier.
— Attention !
Dark Zarek avait lancé vers elle son sabre et elle eut juste le temps de
l’esquiver laissant ce dernier déchirer au passage sa bure et sa tunique sur son
flanc gauche. La Padawan sentit la morsure du laser dans sa chair et grimaça en
étouffant un gémissement. Le temps que le sabre achève sa course dans les airs,
le Sith, les deux mains tendues en avant, eut le temps de projeter une très
puissante vague de Force sur ses adversaires en les balayant comme des fétus de
paille. Tous autant qu’ils étaient se sentirent soulevés dans les airs, décrire une
parabole avant de retomber pesamment sur le sol, à moitié assommés. Seule Isil
avait réussi à contrer cette poussée et à présent, c’était elle qui courait vers le
bord extérieur de la plateforme blanche, comme si, saisie de peur, elle cherchait
à s’enfuir.
Le danger représenté par les édéniens et le contrebandier étant
momentanément écarté, le Sith décida d’en finir avec cette Padawan si peu
courageuse. Il la poursuivit en criant.
— Il n’y a pas d’issue par là, tu ne peux pas m’échapper.
En effet, Isil arriva bientôt tout au bord de la dalle circulaire qui à cet endroit-là
surplombait la rivière tumultueuse. Cette dernière grondait en contrebas après
avoir contourné le noyau central du complexe tout en passant sous celui-ci.
Comme un animal acculé dans un piège, elle se retourna, regardant d’un air
affolé à droite et à gauche à la recherche d’une possibilité inexistante.
En signe de reddition, elle éteignit son sabre et le rangea à sa ceinture. Zarek
ricana en s’approchant d’elle et tendit sa main gauche en faisant appel à la Force
pour étrangler la pauvre Padawan qui ne devait attendre aucune pitié de lui. Les
pieds de la jeune fille quittèrent le sol tandis que sa gorge subissait l’impitoyable
écrasement de la main invisible.
— Idiote, tu pensais pouvoir t’échapper ? Ton Maître ne t’a-t-il donc pas appris
à combattre jusqu’au bout ? Tu as tué Diva, n’attends de moi aucune clémence.
Meurs donc !
606
Le rayon
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L’eau de l’oubli
Plusieurs minutes s’écoulèrent ainsi mais aucun corps n’était remonté. Les
hommes descendirent la rive vers l’aval pour tenter de découvrir des indices, des
traces mais les communicateurs ne signalaient rien.
Au bout d’une dizaine de longues minutes, Calem posa une main sur l’épaule
du contrebandier en exerçant une pression chargée d’émotion.
— C’est fini, dit-il, personne ne peut rester aussi longtemps sous l’eau sans
respirer.
Ses jambes se dérobèrent sous lui, et Hiivsha tomba à genoux sur les galets
mouillés, le visage figé vers le milieu de la rivière.
— J’aurais dû y aller, murmura-t-il.
— Avec le courant, vous ne seriez jamais arrivé au bon endroit. Je suis désolé,
Hiivsha. Je vais faire venir des hommes pour tenter de retrouver son corps.
Soudain, le contrebandier se releva.
— Non, fit-il, cela ne peut se terminer ainsi. Isil m’a dit un jour qu’un Jedi
pouvait rester très longtemps enfermé dans une bulle de Force protectrice. Je
suis certain qu’ils sont toujours vivants.
Calem secoua la tête, l’air navré.
— Je vous comprends, capitaine, moi aussi j’ai refusé de croire à la mort de
Sali, et si…
Il ne termina jamais sa phrase. Dans une grande gerbe d’éclaboussures, la fine
silhouette d’Isil transperça la surface de la rivière come une ondine émergeant
d’un lac, à quelques mètres seulement de la rive où ils se tenaient. Elle tenait
dans sa main droite la poignée de son sabre laser, et trainait par l’autre main, un
gros paquet tout noir, dégoulinant.
— Qu’est-ce que je disais ! s’exclama Hiivsha au comble du bonheur.
Il se précipita dans l’eau pour décharger la Padawan de son fardeau.
Calem montra Zarek du doigt.
— S’est-il noyé ?
— Non, répondit Isil, mais visiblement, il est moins doué que moi pour faire
provision d’oxygène dans une bulle de Force… il faut dire que je m’y étais
préparée alors que lui a été surpris. Il a simplement bu trop d’eau…
— L’eau de l’oubli ? s’enquit Hiivsha qui connaissait déjà la réponse.
— Il s’en était préservé jusqu’ici, continua Calem, mais il y a un début à tout.
Les prêtres se chargeront de lui.
— Que va-t-il devenir ? s’inquiéta le contrebandier en serrant une Isil
ruisselante contre lui.
— Il ne sera jamais plus le sinistre personnage qu’il a été. À l’instar d’Isil, il aura
perdu l’usage de la Force et Emon’Ho saura lui donner la vocation de servir Édin !
608
Le rayon
609
L’eau de l’oubli
— Ce ne sera pas de sitôt, rétorqua Isil avec une telle conviction que Calem et
le grand prêtre prêtèrent l’oreille tandis que la jeune fille continuait. J’ai étudié
les voyants d’une des consoles avant de sortir de la salle de contrôle. Certains
servent à donner la puissance de recharge de l’artéfact. Au rythme où ils
recommencent à s’allumer, il faudra à ce dernier environ… quinze mille ans pour
cela. De quoi vous laisser le temps d’aller explorer votre nouvelle planète.
— En effet, répondit Calem, mais… comment peux-tu savoir cela ?
Les yeux de la Padawan se remplirent de malice et pétillèrent de plaisir.
— C’est l’artéfact qui me l’a dit !
610
Épilogue
Hiivsha lâcha un juron et frappa d’un grand coup de clé à molette la traverse
métallique contre laquelle il venait de se cogner le front. Ces galeries de
maintenance étaient très bien pour planquer de la marchandise mais trop
petites pour quelqu’un de son gabarit ! Des bips fusèrent des haut-parleurs du
petit droïde.
— Non, ça va pas ! fulmina le contrebandier entrainant aussitôt une série de
modulations désespérées de l’astromécano. Plus rien ne fonctionne dans ce
vaisseau, maudite nébuleuse !
La voix d’Isil se fit entendre dans le système de communication.
— Tu en es où avec la propulsion ?
Hiivsha repoussa la carte électronique qu’il tenait dans sa main pour la
replacer dans son logement.
— Les circuits de l’hyperdrive sont morts, c’est ce qui a interrompu notre saut.
— Dis-moi que tu as de quoi les changer ?
Le contrebandier asséna un autre coup de clé sur la paroi de duracier.
— Non, je n’en ai pas ! La prochaine fois, c’est douze exemplaires de chaque
circuit de ce maudit rafiot que j’emporterai si jamais je reviens par ici !
— C’est ennuyeux, fit la voix de la Padawan, surtout quand je t’aurai annoncé
la suite…
Le pilote expira bruyamment.
— Vas-y, annonce la couleur !
— Le recycleur d’oxygène est hors service et une valve de sécurité s’est
déclenchée. Nous perdons l’air du vaisseau. Il faudrait que P2-A2 fasse une sortie
pour la fermer de l’extérieur avant que nous n’ayons plus rien à respirer.
Hiivsha passa la tête par la trappe de la galerie de maintenance et cria en
direction du droïde qui s’affairait un peu plus loin.
— Tu as entendu, P2 ? File vite retrouver Isil et vois pour colmater cette fuite…
dépêche !
L’astromécano partit à toute vitesse en lâchant une bordée de sons
électroniques.
611
L’eau de l’oubli
612
Épilogue
613
L’eau de l’oubli
conserve avec celle du Prince Taimi, toutes deux exposées sur des corinals
blancs. Derrière les autorités, suivait une bonne partie de la population d’Édinu
qui savait à présent à quoi s’en tenir sur les événements des derniers jours.
Il y eut une première cérémonie au Grand Temple de la ville durant laquelle le
roi prononça quelques mots, et sa voix résonna à travers tout Édéna par le biais
d’une retransmission vidéo planétaire en direct.
— Comme tous ceux qui ont perdu un être cher durant les événements de ces
derniers jours, je pleure aujourd’hui la disparition de mes proches, de mes amis.
Dans cette terrible tourmente venue du désert de Sang, j’ai perdu en particulier
deux frères. Le premier s’est égaré sur un chemin obscur, sous l’influence
sournoise d’une créature maléfique finalement vaincue par un ange du bien
venu de très loin pour nous sauver. Mais c’était mon petit frère…
Il y eut un silence pesant, puis le jeune monarque continua d’une voix basse en
tournant la tête vers l’urne de son cadet.
— Taimi, pardonne-moi… peut-être n’ai-je pas su te protéger assez pour
t’éviter cette fin…
Sa voix se raffermit pour continuer.
— Le second était mon ami, un autre frère comme parfois on en trouve dans la
vie. Le Capitaine-Général de la Garde Royale, Jarval Hor’Gardi, était un homme
bon et courageux qui a donné sa vie pour la survie du Royaume. Il est tombé en
héros face au mal absolu qui avait atterri sur notre planète. Ses précieux conseils
et son éternel humour nous manqueront cruellement.
L’hymne édénien s’éleva dans l’imposante bâtisse, relayé à travers toute la
capitale par des haut-parleurs et par des écrans géants disposés aux endroits
stratégiques de la cité. La vie s’était arrêtée, chacun se tenait immobile, une
main sur le cœur ou les deux jointes devant lui, la tête basse dans un geste de
recueillement.
Le cortège funèbre reprit ensuite sa longue marche vers les jardins d’Édin, lieu
de souvenir par excellence où les cendres funéraires des défunts étaient
habituellement éparpillées au sommet d’une colline d’où jaillissait une source
claire et vive qui s’égayait à travers les pelouses jonchées de fleurs multicolores.
Comme pour beaucoup de personnalités dont les familles préféraient disposer
des cendres, celles de Taimi et de Jarval ne furent pas dispersées, mais les urnes
furent déposées en grandes pompes à l’intérieur d’un haut bâtiment circulaire
entouré de colonnes qui trônait au nord des jardins. Dans ce Panthéon, étaient
regroupés les restes des héros du royaume et les membres des familles royales.
Une chorale entonna un hymne à l’espérance qui fit frémir tous les présents
puis l’orchestre royal joua une nouvelle fois l’hymne du royaume.
614
Épilogue
Après cinq jours de deuil national, une nouvelle et fastueuse cérémonie eut
lieu, plus festive celle-là, puisqu’elle célébrait le mariage du roi et de la princesse
Sali d’Austra plus rayonnante que jamais. Le mariage fut suivi par le
couronnement de la nouvelle reine longuement acclamée par ses nouveaux
sujets. Ce fut l’une des dernières fois qu’on put admirer les deux sosies, Sali et
Isil côte à côte, toutes deux radieuses et magnifiques dans leur longue robe
d’apparat.
Ce fut également à cette occasion, que la Padawan fut nommée, à l’unanimité
du Conseil Planétaire, grande héroïne d’Édéna et ambassadrice éternelle de la
planète pour la proche galaxie. Un message holographique fut enregistré à cette
fin et remis à la Jedi bien embarrassée par les témoignages d’admiration voire de
dévotion que tout le monde lui prodiguait.
Enfin, un bal fastueux clôtura trois jours de fête, ponctués par de magnifiques
feux d’artifices aux quatre coins du royaume.
615
L’eau de l’oubli
d’étreindre l’un et l’autre avec une sincère émotion, imité aussitôt après par Sali
qui garda longuement Isil serrée dans ses bras, les larmes aux yeux.
— Promets-nous de revenir nous voir un jour, supplia la jeune reine en
s’essuyant les yeux sous les ovations de la foule en liesse.
— J’essaierai, Sali, je vous le promets, répondit la Jedi émue malgré ses efforts
pour se détacher de toutes les émotions qui tentaient de la submerger.
Ce furent de longs et déchirants adieux. Le duc et la duchesse d’Austra y
prirent part en affirmant l’affection qu’avait su leur inspirer la Padawan lors de
sa trop courte visite en qualité de « Sali ». Dans un coin de la tribune
spécialement dressée pour l’occasion, son excellence Phileo Gau’Am-Soor dans
son fauteuil roulant ne perdit pas une miette du spectacle touchant qui se
déroulait devant ses yeux. Sali-Iella avait tenu parole et s’était rendue elle-même
quelques jours auparavant dans la grande propriété du vieillard pour l’inviter à
ses noces. Elle avait tenu à s’y rendre seule, sans Calem, avec juste l’escorte
protocolaire exigée par son rang, pour mieux évoquer quelques souvenirs
personnels. Discrètement, madame Xavia tendit plusieurs fois au milliardaire un
mouchoir blanc afin qu’il s’essuie les yeux.
Le capitaine Rigo avait longuement bavardé avec Isil des Jedi et de leur Ordre,
de leur formation et de leur entraînement, des tactiques de combats terrestres
et spatiaux… de tout ce qui avait trait à la guerre. Pour finir, il lui avait offert un
vieux sabre édénien qui lui venait de ses aïeuls. Ne pouvant lui offrir son sabre-
laser, Isil lui avait en retour donné un pistolet blaster prélevé sur l’armurerie de
Choupy.
Calem avait fini par pardonner à Gil et ce dernier avait été autorisé à rester au
palais avec sa dulcinée. Debout, légèrement en retrait parmi toutes les autorités
qui se pressaient sur l’estrade trop petite autour du roi, l’adolescent fondit en
larmes lorsqu’Isil l’entoura de ses bras pour l’embrasser. Selen se colla à lui pour
le réconforter tandis que la Padawan prenait le chemin de la rampe d’accès au
vaisseau, aux côtés du contrebandier la gorge nouée par le déferlement
d’affection dont ils étaient la cible.
Et puis Choupy s’était majestueusement élevé au-dessus de la foule en délire
qui agitait des milliers de foulards blancs avant de ne devenir qu’un petit point
dans le ciel azur qui disparut rapidement dans la clarté du jour. Edéna elle-même
avait rapetissé sur les écrans pour se transformer en souvenir qui semblait
presque n’avoir jamais existé sinon en rêve.
*
* *
616
Épilogue
617
L’eau de l’oubli
Deux minutes plus tard, les deux officiers faisaient irruption sur la passerelle
de commandement et l’amiral regagna son fauteuil.
— Sortie de l’hyperespace à mon commandement. Allez !
Sur l’écran géant le noir du vide spatial se rematérialisa. L’amiral consulta son
écran de données.
— Vecteur d’interception un huit deux quatre quadrant six, machines en avant
toutes.
Puis appuyant sur le bouton de l’interface de communication.
— Les officiers de la CPM au rapport sur la passerelle immédiatement.
— Je l’ai, amiral, s’exclama Liam Bump penché sur des détecteurs un écouteur
collé à son oreille, je confirme, c’est la balise d’un cargo modèle YT-1100… code
d’identification…
Il s’écoula quelques secondes durant lesquelles les doigts de l’amiral
tapotèrent impatiemment le bout des accoudoirs puis Bump reprit.
— C’est le Choupy IV, amiral, c’est le capitaine Inolmo, exactement sur le
vecteur de retour qu’il avait envisagé de prendre.
— Mais bien loin de son lieu de rendez-vous, compléta Narcassan.
Heureusement que nous avions envisagé la probabilité d’une panne de son
hyperpropulsion. Scannez le vaisseau et lancez un appel sur toutes les
fréquences.
Au même moment, Keraviss Sayyham, Devan Prak et le colonel Vellaryn
pénétrèrent sur la passerelle.
— Nous avons retrouvé notre ami le capitaine Inolmo, annonça leur chef. En ce
moment nous scannons le vaisseau pour tenter de savoir combien de personnes
sont à bord.
— C’est une excellente nouvelle, annonça le chef de la CPM avec sur le visage
ce qui devait ressembler chez lui à un sourire.
618
Épilogue
619
L’eau de l’oubli
— C’est bon, fit Bump en se retournant vers son supérieur, il est passé en
automatique. Nous allons nous servir de ses moteurs subliminiques qui ont l’air
de fonctionner pour gagner du temps et nous les couperons au dernier moment.
Avec sa puissance de propulsion et le rayon tracteur, ce ne devrait pas être long
pour le récupérer.
— Je compte sur vous, lieutenant, pour ne pas le réduire en purée lors de
l’accostage !
Liam Bump secoua sa tête en souriant.
— Ne vous inquiétez pas, général, je vous promets que ni l’un ni l’autre des
deux bâtiments n’aura la moindre rayure !
Le cargo grossissait à présent à vue d’œil sur l’écran de contrôle.
— Il sera à bord dans cinq minutes, confirma Bump en lissant son épaisse
moustache noire d’un revers de main.
— Où en sont les signaux des senseurs ? demanda le Maître Jedi.
— Presque plus de signal, général, répondit le sous-officier qui avait repris son
poste après le départ de la loordienne. On est en train de les perdre.
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Épilogue
621
L’eau de l’oubli
622
Épilogue
FIN
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Index des chapitres
Personnages .............................................................................................................................10
Prologue ...................................................................................................................................12
1 - Planète inconnue ................................................................................................................17
2 - Matin radieux......................................................................................................................28
3 - RSS-80 Defiance ..................................................................................................................39
4 - La main dans le sac..............................................................................................................54
5 - Razzia au bord du fleuve .....................................................................................................66
6 - Un voleur nommé Gil ..........................................................................................................79
7 - Prisonnière ..........................................................................................................................92
8 - Vendue ..............................................................................................................................108
9 - Vacances au soleil .............................................................................................................117
10 - Escapade en amoureux ...................................................................................................136
11 - Rencontre inédite............................................................................................................155
12 - Élimination physique.......................................................................................................168
13 - Les reines du bal..............................................................................................................183
14 - La vallée des Mille Eaux...................................................................................................204
15 - À propos d’Isil… ...............................................................................................................216
16 - Les gravures du Temple en ruine ....................................................................................231
17 - Tous les chemins sauf un. ...............................................................................................246
18 - Le puits sans fin...............................................................................................................262
19 - Invitation à déjeuner.......................................................................................................278
20 - Intervention nocturne.....................................................................................................290
21 - Dans le donjon ................................................................................................................303
22 - Ça ne tient qu’à un fil ......................................................................................................318
23 – Fuite mouvementée .......................................................................................................335
24 - Sur les traces d’Isil...........................................................................................................346
25 - Le visiteur ........................................................................................................................361
26 - Qui est qui ? ....................................................................................................................377
27 - Le Temple d’Édin .............................................................................................................390
28 - Mourir pour Sali ..............................................................................................................406
29 - L’Artéfact de la Création .................................................................................................420
30 - Retour vers la capitale.....................................................................................................433
31 - Compte-rendu.................................................................................................................448
32 - La prison..........................................................................................................................462
33 - Le 1er Régiment Royal ....................................................................................................481
34 - À la loyale ........................................................................................................................496
35 – Crime et châtiment.........................................................................................................516
36 – Assaut .............................................................................................................................531
37 – Veillée d’armes...............................................................................................................546
38 – Le grand nettoyage.........................................................................................................559
39 – Tempête sur le Temple...................................................................................................582
40 – Le rayon..........................................................................................................................596
Épilogue..................................................................................................................................611
Annexe 1 - Organigramme du RSS-80 Defiance .....................................................................626
Annexe 2 - Rapport sur le RSS-80 DEFIANCE ..........................................................................627
Annexe 1 - Organigramme du RSS-80 Defiance
Annexe 2 - Rapport sur le RSS-80 DEFIANCE
PARTICULARITES
AUREK/ Le DEFIANCE a été doté d’un super-ordinateur estampillé
Vanjervalis Systems normalement réservé aux Inexpugnable afin d’en
réduire l’équipage sans perte de fonctionnalités.
BESH/ Présence à bord d’une CELLULE DE PROSPECTION MINIERE
subordonnée au Commandant du DEFIANCE.
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