Section 4 : Réévaluation des immobilisations
En période inflationniste, la valeur nominale des biens augmente. Mais en comptabilité, le
principe de prudence interdisant la prise en compte des plus-values latentes, en imposant le
maintien du coût historique des biens, ne permet pas de présenter la valeur réelle de ces biens
au bilan.
Une sous-évaluation des immobilisations donne une image défavorable de la situation de
l'entreprise aux tiers, et par ailleurs, cette sous-évaluation entraîne une sur-estimation du
résultat car les amortissements sont calculés sur le coût historique.
Par dérogation à ce principe, l'entreprise peut décider à la réévaluation de l'ensemble de ses
immobilisations corporelles et financières, conformément aux prescriptions du CGNC.
La loi des Finances (97-98) a instauré dans son article 8 pour la première fois une
réévaluation libre des immobilisations. La mise en œuvre a été instaurée par la Loi des
Finances 1999-2000 (articles 9) :
La réévaluation ne peut porter que sur des immobilisations corporelles et financières,
en sont par conséquent exclus : les immobilisations incorporelles et les stocks ;
La réévaluation doit porter sur l'ensemble des immobilisations corporelles et
financières. Il n’est donc pas possible de procéder à la réévaluation d’un seul des biens
concernés.
Écart de réévaluation
L'écart de réévaluation est égal à la différence entre la valeur actuelle réévaluée et la valeur
nette d’amortissement. Il ne concerne pas la valeur d’origine.
Pour l’estimation de la valeur actuelle, l’entreprise utilise, sous la responsabilité de ses
organes compétents, la technique qu’elle estime la mieux appropriée.
Il peut être fait référence :
Aux cours pratiqués sur un marché approprié ;
À la valeur d’entrée en comptabilité affectée d’un indice de prix spécifique à la famille
de biens à laquelle appartient l’immobilisation ;
À la valeur d’entrée affectée d’un indice exprimant les variations du niveau général
des prix.
La plus-value latente dégagée à l’occasion de la réévaluation est inscrite dans un compte
spécifique des capitaux propres « 1130 - Écarts de réévaluation ». Sur le plan comptable, elle
ne constitue pas un résultat.
Lors des exercices ultérieurs, l’écart de réévaluation devient définitif et ne peut être modifié.
Cet écart, n’étant pas un profit, ne peut ni être distribué, ni servir à compenser des pertes, mais
il peut, en tout ou partie, être incorporé au capital, que cet écart corresponde à la réévaluation
des immobilisations amortissables ou non amortissables.
Comptablement, les étapes de l’enregistrement comptable sont :
Lors de la réévaluation, le compte « 1130 - écarts de réévaluation » enregistre la contrepartie
de la plus-value dégagée sur l'immobilisation corporelle ou financière.
C’est la valeur nette d’amortissement qui est réévaluée pour être portée à la valeur actuelle du
bien. L’écart de réévaluation est donc égal à la différence entre la valeur actuelle et la valeur
nette d’amortissement. Il n’y a pas lieu de modifier le plan des amortissements.
À la fin de chaque exercice pour les biens amortissables réévalués, l’amortissement est
calculé sur la nouvelle valeur nette d’amortissement, c’est-à-dire la valeur réévaluée ;
Lors de la cession d’une immobilisation réévaluée, les écritures habituelles de cession
doivent être enregistrées. La totalité de l’écart de réévaluation correspondant, qui n’a
pas été incorporé au capital, est inscrit en produits de l’exercice de cession ou de
retrait d’actif.
NB : Il est interdit de réévaluer les immobilisations incorporelles et toute réévaluation
partielle est impossible.
Exemple 1 :
Soit une machine acquise début N pour 350 000 DH, amortissable sur 10 ans.
À la fin de N+6, la machine fait l’objet d’une réévaluation. La valeur actuelle est évaluée à
472 500 DH. À cette date, la valeur nette d’amortissement du bien est de 105 000 DH.
Calcul de l’écart de réévaluation
Avant la réévaluation Après la réévaluation
Valeur d’entrée : 350 000 717 500
Amortissement : 245 000 245 000
VNA : 105 000 472 500
Écart de réévaluation = Valeur actuelle (VNA après la réévaluation) - VNA avant la
réévaluation
Écart de réévaluation = 472 500 - 105 000 = 367 500
La valeur d’entrée devient : 350 000 + 367 500 = 717 500
Ecriture comptable
Exemple 2 :
Soit un terrain et une construction acquis, début N-10, respectivement 787 500 DH et 1 312 500 DH
(amortissable sur 20 ans) et évalués fin N à leur valeur d’utilité, soit 2 100 000 DH le terrain et 1 653
750 DH la construction.
L'ensemble est cédé pour 3 937 500 DH fin N+6
Calcul des écarts de réévaluation
Terrain
Avant la réévaluation Après la réévaluation
Valeur d’entrée : 787 500 2 100 000
Amortissement : - 2 100 000
VNA : 787 500 2 100 000
Écart de réévaluation = 2 100 000 - 787 500 = 1 312 500
La valeur d’entrée devient : 787 500 + 1 312 500 = 2 100 000
Bâtiment
Avant la réévaluation Après la réévaluation
Valeur d’entrée : 1 312 500 2 375 625
Amortissement : 721 875 721 875
VNA : 590 625 1 653 750
Écart de réévaluation = 1 653 750 - 590 625 = 1 063 125
La valeur d’entrée devient : 1 312 500 + 1 063 125 = 2 375 625
Aspect fiscal :
La réévaluation des actifs n’est pas reconnue sur le plan fiscal. Les amortissements, les
provisions, les profits ou pertes ainsi que les plus ou moins-values de cession ou retrait d’actif
relatifs aux immobilisations réévaluées, sont calculés par rapport aux valeurs d’entrée
initiales.
Les ajustements, par rapport aux montants inscrits en comptabilité, sont portés sous forme de
réintégrations ou de déductions, dans l’état des informations complémentaires, au niveau du
tableau relatif au passage du résultat net comptable au résultat net fiscal.
En normes IAS/IFRS :
La réévaluation des immobilisations constitue une méthode de base en comptabilité
internationale. Les immobilisations sont évaluées à leur juste valeur (IFRS 13). Les plus-
values latentes sont enregistrées, ce qui permet d’avoir des valeurs comptables proches des
valeurs réelles.
L’entreprise doit choisir quelles immobilisations corporelles et incorporelles (concernées
également par la réévaluation) relèvent de ce mode d’évaluation.
Avoir une évaluation à la juste valeur suppose de réévaluer la valeur comptable de l’actif avec
en contrepartie :
Pour une réévaluation positive : Une inscription directement aux capitaux propres sans
passer par le compte de résultat ou, au contraire, en produits au compte de résultat si
elle s’explique par des réévaluations négatives antérieures ;
Pour une réévaluation négative : Une inscription en charges ou, au contraire, imputée
sur l’écart de réévaluation si elle s’explique par des réévaluations positives
antérieures.
Lorsque la valeur comptable obtenue ne diffère pas de manière significative de la juste valeur
à la date de clôture, la réévaluation peut intervenir tous les trois à cinq ans. Cela signifie alors
qu’entre deux dates de réévaluation, l’actif peut faire l’objet d’amortissements et de
dépréciations.