Economie Générale ECS 2 INP-HB
Economie Générale ECS 2 INP-HB
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CHAPITRE 1 : LES AGENTS ECONOMIQUES ET LE CIRCUIT ECONOMIQUE
Introduction : Les activités économiques menées par les agents économiques conduisent à
des relations d’échange entre ces derniers. La schématisation de ces échanges donne ce qu’on
appelle le circuit économique.
1.1.1 Définition :
L’agent économique se définit comme toute personne physique ou morale qui participe à
l’activité économique.
1.1.2.1 Ménages
Le ménage est une cellule sociale homogène constituée d’individus vivant sous un même toit
dont l’objectif est d’utiliser le revenu disponible à des fins de consommation.
1.1.2.2 Entreprises
C’est l’organisation sociale dont l’objectif est de produire et/ou de vendre des biens et
services dans le but d’en tirer un profit. Selon les opérations économiques effectuées, il existe
des sous catégories d’entreprises :
1.1.2.3 L’Etat
L’Etat constitue l’agent économique dont la fonction économique principale est la production
de services non marchands destinés aux autres unités institutionnelles et la réalisation
d’opérations de répartition du revenu ou du patrimoine national.
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1.2 LES OPERATIONS ECONOMIQUES
Ce sont les actes par lesquels un agent économique manifeste sa participation à la vie
économique. Dans la comptabilité nationale, on distingue :
- Les opérations sur produits. Elles portent sur des biens et services produits. La
comptabilité nationale les classe dans cet ordre :
* production ;
* consommation intermédiaire (elle est la valeur des biens « sauf les biens de capital
fixe » et des services consommés ou transformés au cours du processus de production.
Parmi les biens ou services intermédiaires, les plus typiques sont les matières
premières ; y figurent aussi les services d’entretien ou de réparation du capital fixe
ainsi que les services payés aux intermédiaires financiers « sous forme d’intérêt
débiteurs principalement » par les agents économiques dans leur activité de
production. En sont exclus les biens ou services non marchands parce que déjà
comptés en consommation finale. La consommation finale est évaluée au prix
d’acquisition, prix de marché du point de vue de l’acquéreur) ;
* consommation de capital fixe (définie comme « la dépréciation subie, dans la
période, par le capital fixe par suite d’usure normale, d’obsolescence prévisible ou à la
suite de dommages accidentels assurables ». Cette définition retient seulement les
destructions de capital causées par des événements relevant d’un futur probabilisable
« obsolescence prévisible, dommages assurables ». Elle est en deçà du concept
correspondant chez Keynes, où le coût d’usage englobe aussi les destructions
provoquées par des événements d’un futur non probabilisable telles que les crises
économiques). L’évaluation de la consommation de capital fixe est délicate, très
imparfaite, reposant sur des hypothèses incertaines « comme le taux d’amortissement
retenu ou la durée de vie supposée des équipements » ;
* consommation finale (elle est la valeur des biens et services produits et utilisés pour
la satisfaction directe des besoins humains, individuels et collectifs) ;
* formation brute de capital (elle correspond à ce que l’on appelle couramment
l’investissement. Elle recouvre trois sortes d’investissement : la formation brute de
capital fixe « FBCF » à savoir les acquisitions moins les cessions d’actifs fixes
« équipements, logements, etc. » mais pas les terrains parce que non produits au cours
de la période ; la variation des stocks « investissement ou désinvestissement en stocks,
les stocks étant tous les biens, sauf ceux de capital fixe, détenus par l’agent concerné
telles que les acquisitions moins les cessions d’objets de valeur « métaux précieux,
objets d’art et de collection, etc. » ;
* importations ;
* exportations.
- Les opérations de répartition. Elles concernent les opérations de répartition
primaire (salaires, intérêts, loyers, dividendes) et les opérations de répartition
secondaire ou de redistribution du revenu par la voie de prélèvement (impôt,
cotisations sociales, prestations sociales, assurances, etc.).
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- Les opérations financières. Ce sont les opérations portant sur des actifs ou passifs
financiers en d’autres termes sur des créances ou dettes. Il s’agit des opérations
monétaires, des opérations sur titres, des crédits, etc.
Les agents économiques sont réduits à deux groupes : celui des ménages et celui des
sociétés non financières ; il n’y a donc pas de sociétés financières ni d’administrations
publiques.
Toute la production des sociétés non financières est consommée par les ménages : on
admet qu’il n’y a ni épargne ni investissement.
L’économie est supposée être sans relation avec l’extérieur (économie dite fermée).
Dans cette économie, les ménages fourniraient leur travail aux sociétés non financières et
recevraient en contrepartie une rémunération « en nature » sous forme de biens produits.
Sociétés non
Ménages
financières
Biens produits
Titre : Circuit économique simplifié dans4une économie non monétaire
b- Dans une économie monétaire
Si on introduit dans cette économie la monnaie, les sociétés non financières ne rémunèrent
plus en nature le travail fourni par les ménages mais versent à ceux-ci une certaine quantité de
monnaie appelée salaire. Avec ce revenu, les ménages peuvent acquérir les biens qu’ils
désirent auprès des différentes sociétés non financières qui les fabriquent. Le schéma
précédent peut alors être complété par la représentation de flux monétaires.
Versement de salaire
Biens produits
Ce circuit retrace tous les échanges qui ont lieu dans une économie regroupant tous les agents
économiques (ménages, sociétés non financières, administrations publiques ou Etat, sociétés
financières et le reste du monde ou l’extérieur).
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Administrations
publiques
Reste du monde
Ménages
Sociétés financières
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- Versements des salaires
- Versements des dividendes aux ménages
- Remboursements des emprunts
b- Flux entre les ménages et les sociétés financières
Des ménages aux sociétés financières
- Parts sociales
- Remboursements des crédits et intérêts
- Souscription d’obligations émises par les sociétés financières
- Dépôts sur livrets, dépôts à terme
Des sociétés financières aux ménages
- Crédits bancaires accordés aux ménages
- Retraits sur les comptes bancaires
- Remboursements des obligations et des intérêts
- Versements des dividendes
c- Flux entre les ménages et les administrations publiques
Des ménages aux administrations publiques
- Impôts et taxes
- Cotisations sociales
Des administrations publiques aux ménages
- Traitements et salaires
- Prestations sociales
d- Flux entre les sociétés non financières et les administrations publiques
Des sociétés non financières aux administrations publiques
- Impôts et taxes
- Cotisations sociales
- Fournitures de biens et services
Des administrations publiques aux sociétés non financières
- Subventions
- Dépenses d’acquisition des biens et services produits par les sociétés non financières
- Fournitures de services non marchands (sécurité assurée par les agents de force de
l’ordre…)
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- Prêts accordés par les sociétés financières
f- Flux entre les administrations publiques et les sociétés financières
Des administrations publiques aux sociétés financières
- Remboursement
- Fourniture de services publics
- Prestations sociales
Des sociétés financières aux administrations publiques
- Prêts
- Impôts et taxes
- Cotisations sociales
g- Flux entre l’économie nationale et le reste du monde (l’extérieur)
De l’économie nationale au reste du monde
- Dépenses résultant des importations
- Dépenses entraînées par le tourisme
- Capitaux placés à long et court terme
- Remboursements des capitaux placés à long et court terme
- Revenus monétaires
- Transferts privés
- Transferts publics
Du reste du monde à l’économie nationale
- Recettes provenant des exportations
- Recettes et dépenses entraînées par le tourisme
- Capitaux placés à long et à court terme
- Remboursements des capitaux placés à long et à court terme.
- Revenus monétaires
- Transferts privés
- Transferts publics
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INTRODUCTION : La constitution des comptabilités nationales remonte au début des
années 1930 avec les premières mesures du revenu national aux Etats-Unis. En 1941, les
économistes anglais J. MEADE et R. STONE et le Hollandais J. TINBERGEN proposent les
premiers comptes d’agents économiques. Les Nations Unies établissent en 1947 un cadre pour
l’élaboration des comptes nationaux et en 1950 la France prépare sa propre méthode. Les
efforts d’harmonisation au niveau international se traduisent en 1953 par la publication du
système de comptabilité nationale des Nations Unies (SCN).
Ce cours est scindé en deux grandes sections dont la première s’intéresse à la notion de
comptabilité nationale, et la deuxième traite des agrégats économiques.
La comptabilité nationale donne une image de l’activité économique d’ensemble d’un pays
donné. Ses résultats globaux permettent de mesurer les évolutions, de dresser des
comparaisons, de réaliser des prévisions. Ainsi la comptabilité nationale fournit-elle
également des instruments d’analyse économique : les agrégats (grandeurs d’ensemble des
résultats de l’activité économique), le tableau entrées-sorties (TES) qui fait la description de
l’équilibre emplois-ressources par produit pour toutes les branches de l’économie.
Pour des raisons de simplification, il est indispensable de regrouper les agents économiques.
A cette fin, les comptables nationaux regroupent les centres de décision économique en cinq
grandes catégories selon la fonction économique principale qu’ils accomplissent et leurs
ressources principales (Cf. tableau ci-dessous).
2. Opérations de redistribution du
revenu et de la richesse nationale.
Reste du monde* Echange avec les unités résidentes Tous les types de ressources
* Le reste du monde ne représente pas un secteur institutionnel à proprement parler. Il regroupe les agents
économiques qui entreprennent des activités entre les unités institutionnelles résidentes et non-résidentes.
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2.1.2 La représentation de l’activité économique selon les différents secteurs
institutionnels
Les opérations appartenant à chaque secteur institutionnel constituent soit des encaissements
(recettes, entrées), soit des décaissements (dépenses, sorties). La comptabilité nationale retient
pour les premières opérations le terme de ressources et pour les secondes celui d’emplois.
Toute opération est à la fois un encaissement et un décaissement ou encore une recette (par
exemple du côté des producteurs, vendeurs) et une dépense (du côté des ménages,
consommateurs). Chaque secteur institutionnel comprend un ensemble de comptes qui
regroupent les activités économiques homogènes. Chaque compte fait apparaître un solde
débiteur qui figure du côté des ressources lorsque emplois>ressources ou un solde créditeur
qui va figurer du côté des emplois lorsque ressources>emplois. Dans certains cas le solde
peut être nul. Le solde est donc la somme qui sert à équilibrer les tableaux de chaque colonne.
Solde=50 Solde=50
Solde=100
(épargne)
400 400
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Exemple 2: soient les agrégats suivants : S= épargne et I= Investissement
Solde=40
100 100
Les résultats des actes économiques des unités institutionnelles peuvent être regroupés en
trois (3) grandes catégories d’opérations
Elles concernent les produits (biens et services) créés à partir de combinaisons de facteurs de
production. Ces opérations sont : la production, la consommation, l’investissement, les
exportations et les importations. Ces opérations décrivent l’origine des biens et services et
l’utilisation qui en est faite pendant une période déterminée. Les ressources sont constituées
par la production (P) et les importations (M). Les emplois sont la consommation finale (CF),
la consommation intermédiaire, la formation brute de capital fixe (FBCF), les exportations
(X), la variation de stocks (elle correspond à la variation de la valeur des biens autre que les
biens de capital fixe détenus à un moment donné par les unités de production).
La FBCF des ménages ne concerne que l’achat de logements ; les achats des autres biens
durables par les ménages (hors entrepreneurs individuels) sont comptabilisés dans la
consommation finale.
La variation des stocks forme avec la formation brute de capital fixe l’investissement total.
P + M= CF+CI+FBCF+X+Variation de stocks
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Tableau : reconstitution des opérations sur biens et services
Emplois Ressources
- Consommation intermédiaire - Production
- Consommation finale - Importations
- Formation brute de capital fixe
- Variation des stocks
- Exportations
b- Les opérations de répartition
En premier lieu, elles portent sur des services producteurs rémunérés par un revenu : ce sont
les opérations de répartition du revenu à l’occasion de la production (répartition primaire) ;
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c- Les opérations financières
Elles décrivent les créances acquises et cédées et les dettes contractées et remboursées.
La créance est un actif financier ou encore un avoir financier. C’est donc un élément positif
dans le patrimoine d’une unité institutionnelle.
Les opérations financières sont enregistrées en flux nets de créances (acquisitions moins
cessions…) et en flux nets de dettes (dettes contractées diminuées des dettes remboursées
pendant la période). Les opérations financières décrivent également les flux à caractère
purement financier que sont les émissions d’action et d’obligations, le refinancement
interbancaire et l’achat ou la vente de devises.
Exemple: Soit une entreprise qui a besoin de 1 000 000 FCFA à court terme. Elle peut se
procurer cette ressource de deux manières. Soit en demandant à sa banque un crédit de
1 000 000 FCFA, soit en diminuant sa créance sur client par réclamation de son crédit.
E R
E R
Si nous faisons l’enregistrement sous forme de flux nous obtenons la représentation suivante :
Flux nets de créance Flux nets de dette Flux nets de créance Flux nets de dette
Les flux nets de créance mesurent l’enrichissement net de l’unité institutionnelle au cours de
la période ; Les flux nets de dette mesurent le niveau d’endettement de l’unité
institutionnelle ;
En définitif, on peut dire que chaque opération financière représente un flux net de créance
pour un secteur et un flux net de dette pour un autre secteur.
* Reconstitution des opérations financières
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- Titres autres qu’actions
- Obligations
- Titres de créances négociables (il s’agit des titres à court terme émis sur le marché
monétaire par des sociétés financières, des sociétés non financières et le trésor public.
Exemple : les billets de trésorerie émis par les entreprises).
- Produits financiers dérivés (contrats à termes, swaps ‘crédit croisé’ c.-à-d. échange de
deux monnaies selon le taux de change en vigueur et pour une durée limitée, option « clause
donnant à l’une des parties d’un contrat le droit de réaliser quelque chose à une date future
aux conditions fixées à la date du contrat. On distingue l’option d’achat ou call et l’option de
vente ou put. Exemples : acheter une option d’achat, c’est acquérir un droit d’acheter à un
prix convenu ; acheter une option de vente c’est acquérir un droit de vendre à un prix
convenu ; vendre une option d’achat c’est s’engager à vendre à un prix convenu»)
- Prêts
- Actions et participations
- Réserves techniques d’assurance
- Autres comptes à payer ou à recevoir
- Crédits commerciaux et avances (il s’agit des délais de paiement que les fournisseurs
consentent à leurs acheteurs, ainsi que les avances accordées aux producteurs par les
acheteurs)
- Décalages comptables (ils concernent les décalages entre les dates de conclusion et de
paiement de certaines opérations).
Compte tenu du fait que chaque secteur exerce plusieurs fonctions, la comptabilité nationale
repartit les opérations effectuées par un même secteur en plusieurs comptes. Chaque compte
réunit un ensemble d’opérations homogènes. Ces comptes sont au nombre de sept (7) dont
cinq (5) comptes d’opérations courantes et deux comptes d’accumulation.
- le compte de production ;
- le compte d’exploitation ;
- Le compte d’affectation des revenus primaires ;
- compte de distribution secondaire du revenu ;
- le compte d’utilisation du revenu ;
- le compte de capital ;
- le compte financier.
Pour l’établissement de ces comptes, les comptables s’appuient sur quatre principes :
- le principe de flux : une distinction est établie entre les flux réels, les flux monétaires
et les flux financiers ;
- le principe de l’annualité : l’élaboration des comptes est annuelle ;
- le principe monétaire : toutes les opérations sont exprimées en monnaie ;
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- le principe de l’enregistrement en partie double : à toute écriture inscrite en emplois
dans un compte correspond une écriture de même montant portée en ressources dans
un autre compte.
C.I Production
Solde=VA
b- Le compte d’exploitation
- Cotisations sociales - VA
- Rémunération des salariés - Subventions d’exploitation reçues
- Impôts liés à la production et à l’importation
Solde : EBE
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Emplois Compte d’affectation des revenus primaires
Ressources
- EBE
- Revenus de la propriété versés - Intérêts
- Revenus de la propriété reçus
(dividendes, rentes, etc.)
Solde : Revenu primaire brut
- Rémunération des salariés
a- Le compte de capital
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Emplois Compte de capital Ressources
- FBCF - Epargne brute
- Variation de stocks - Transferts en capital reçus
- Transferts en capital versés - Aides à l’investissement
- Acquisitions nettes d’actifs (acquisitions
moins cessions d’actifs non financiers)
Solde : Capacité de financement Solde : Besoin de financement
(position créditrice) (position débitrice)
b- Le compte financier
Il retrace les opérations financières qui permettent de combler le besoin de financement ou
d’utiliser une capacité de financement.
Solde : solde des créances et dettes Solde : solde des créances et dettes
Ce compte retrace toutes les opérations sur les biens et services et toutes les opérations de
répartition qui ont mis en relation les unités résidentes et non résidentes au cours de l’année.
On comptabilise ces opérations en se plaçant du point de vue du R.D.M.
- Importation - Exportation
- Consommation finale - Consommation finale
- Rémunération des salariés - Rémunération des salariés
- Revenu de la propriété - Revenu de la propriété
- Transferts courants - Transferts courants
- Transferts en capital
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Explication :
Exercice d’application
Connaissant les informations suivantes émanant de sociétés non financières, faire apparaître le
besoin ou la capacité de financement du secteur.
Le TEE récapitule tous les flux des biens et services et tous les flux de revenu qui ont
parcouru le territoire économique durant l’année. Il permet de ressortir ce que chaque agent a
donné et reçu pour chacune des opérations. Il met donc en balance ressources et emplois tout
en sachant que toute opération ayant une origine et une destination est enregistré une fois en
emploi et une fois en ressource (comptabilité à partie double) de sorte qu’à chaque grande
catégorie d’opérations on a :
Total des emplois=Total des ressources
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Il contient aussi les agrégats significatifs de l’économie.
Pour construire le TEE, on place les secteurs en colonne, les opérations et les soldes en ligne.
Chaque secteur est doté de deux colonnes : une pour les emplois et une pour les ressources.
De même chaque opération figure en emploi et en ressource. Les exportations et les
importations ne figurent que dans le compte du RDM.
E.B
- FBCF
- Variation de
Capital
stocks
- Transferts
en capital
reçus
- Aides à
l’investisse-
ment
- Transferts
en capital
versés
- Acquisitions
20C.F** ou B.F**
nettes d’actifs
Finan-
cier - Emissions et
emprunts
- Placements
et prêts
Total des
opéra-
tions
Commentaire :
- La lecture verticale du tableau permet de reconstituer les comptes intégrés des secteurs
institutionnels en rapprochant les colonnes emploi et les colonnes ressources du secteur.
- La lecture horizontale permet de retrouver les comptes d’opérations.
Par ailleurs, il convient de retenir que le TEE permet de suivre l’évolution des structures
économiques et l’impact des diverses mesures de politiques économiques. Ensuite il permet le
calcul aisé des agrégats ou de ratios d’agrégats.
Ainsi à partir des soldes comptables du TEE, on peut :
Ces agrégats ont pour finalité de servir d’instrument d’analyse d’une situation économique.
Pour cela, il est aussi conseillé de les utiliser sous forme de ratio. Par exemple, on a :
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X '
=taux d exportation
PIB
M
=Taux d ' importation
PIB
X +M
=degré d ' ouverture
PIB
EB
=Taux d ' autofinancement , avec EB=Epargne Brute
FBCF
EBE
=Taux de marge , avec EBE=Excédent Brut d’Exploitation et VA= Valeur Ajoutée
VA
En définitive, le T.E.E fournit chaque année une vue synthétique de la manière dont
l’équilibre économique se réalise. En disposant des séries chronologiques de tableaux
économiques d’ensembles, on peut suivre l’évolution des structures économiques, les
déformations subies par le système économique au cours du temps, l’impact de diverses
mesures de politique économique. Généralement ces comparaisons peuvent être facilitées par
le calcul des agrégats et ratios d’agrégats.
Une branche rassemble les unités de production (entreprises) qui produisent le même type de
produit (exemples de branches : agriculture, commerce, énergie, transports…) alors qu’un
secteur réunit les entreprises ayant une même activité principale.
2.1.4.1 Les principes du TES
Le TES décrit le mécanisme de la production nationale en présentant l’équilibre emploi-
ressources, branche par branche, et pour l’ensemble des branches. Il met en évidence
l’interdépendance entre les branches (grâce aux consommations intermédiaires) et détaille les
conditions de production et les types d’emploi de chacune.
L’équilibre emplois-ressources
P + M = CI + CF + FBCF+ VS + X
(Ressources) (Emplois)
Avec p : productions
M : Importations
CI : Consommations intermédiaires
CF : Consommation finale
X : Exportations
VS ; Variations de stocks
FBCF : Formation brute de capital fixe
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2.1.4.2 La construction du TES
Le TES est un ensemble de tableaux structurés
Soient trois branches dont A=agriculture ; B=Industrie ; C=services qui utilisent les produits
agricoles ; industriels et des services pour leurs activités. Nous pouvons construire le TES
suivant :
5400 1475 6875 B 160 1355 1215 2730 1960 575 1625 -15 6875
10055 285 10340 C 245 2325 2540 5110 3960 815 455 0 10340
16375 1850 18225 Total des 655 3770 3810 8235 6450 1390 2170 -20 18225
CI des
branches
Le TES peut se lire en ligne et en colonne. En ligne, elle indique la destination des produits.
Ainsi, les produits industriels ont été utilisés par la branche agriculture à hauteur de 160
milliards de francs, 1 355 milliards ont servi à l’industrie, 1215 à la branche des services,
1960 milliards ont fait l’objet d’une consommation finale par les ménages, 575 milliards de
francs ont concerné l’investissement, 1625 ont été exportés, 15 milliards de produits
industriels ont été déstockés.
Enfin, le TES laisse apparaître le PIB, somme des valeurs ajoutées de toutes les branches, ou
encore différence entre la production et les consommations intermédiaires (PIB = 8140
milliards de francs dans le TES pris en exemple)
Partant des branches, on peut calculer ce qu’on appelle « les coefficients techniques de
production ». Ceux-ci sont définis comme le rapport entre l’input et l’output. En d’autres
termes, c’est le rapport entre la consommation intermédiaire et la production de la branche au
cours de la même période. Ces coefficients, sous certaines hypothèses, permettent de prévoir
23
les variations de la demande d’un facteur résultant des variations de la demande de produit de
la branche considérée.
Les hypothèses
Les coefficients techniques de production permettent de distinguer les branches qui ont des
effets d’entraînement très élevés (généralement ces coefficients sont proche de l’unité). Quant
aux branches autonomes, elles ont de faibles besoins en consommation intermédiaire (CI).
Ces coefficients techniques sont proches de zéro.
En définitive, le TES est utilisé comme instrument de description du système productif. Il met
en évidence l’interdépendance des branches.
L’utilisation du TES a tout de même des limites :
- il ne tient pas compte des stratégies des firmes ;
- il ne tient pas compte de la substitution entre les matières premières ;
- il ne peut pas servir à des projections de long terme ;
- il ne tient pas compte de la technologie.
Exercice 1
Connaissant la matrice des coefficients techniques suivante, et sachant que la totalité des
produits 1, 2, 3 et 4 est utilisée dans la production des branches I, II, III et IV et que ces
dernières n’utilisent que ces produits, répondre aux questions suivantes :
Exercice 2
25
production de 30. La VAB de B est de 16. La production de C est de 40. Les importations sont de 34
en produit A, de 19 en produit B et de 0 en produit C. Les emplois finals sont de 41 en produit B.
TAF : Construire le TES de cette économie.
Les agrégats sont des grandeurs synthétiques qui mesurent les résultats de l’activité
économique en termes de production et de revenu. Ils constituent des indicateurs très utiles
pour les comparaisons dans l’espace et dans le temps des performances économiques de
divers pays.
Les agrégats les plus utilisés sont le Produit Intérieur Brut (PIB), le Produit National Brut
(PNB) et le Revenu National (RN).
Il est construit sur un critère de territorialité, et son calcul consiste à additionner les
productions de toutes les unités économiques résidentes, ivoiriennes ou étrangères
PIB = ∑VA des secteurs institutionnels résidents + Impôts sur les produits
(TVA) + Droits de douane - Subventions sur les produits
2.2.2.1.2 Le Produit Intérieur Brut (PIB) selon l’optique de la dépense (ou des emplois
finals)
26
Application : calculer le PIB d’un pays pour une année t donnée, à partir des données
suivantes (les valeurs sont exprimées en millions de F):
Consommation finale sur le territoire économique…………….1 439 136
Formation brute de capital……………………………………… 444 122
Exportations……………………………………………………… 376 867
Importations…………………………………………………… - 384 945
PIB = Rémunérations
Application des
: calculer le PIB salariés
d’un versées
pays pour par les
une année unités àrésidentes
t donnée, partir des
données+suivantes
Excédents(les bruts
valeursd’exploitation
sont exprimées en millions de F):
+ Impôts
Rémunération dessur la production
salariés versés paret
lesles importations
unités - subventions
résidentes…… 1 025 813d’exploitation
Excédents bruts d’exploitation ………………………………….. 629 494
Impôts liés à la production et à l’importation nets de
Subventions d’exploitation……………………………………….. 219 873
Exercice 1
Le tableau économique d’ensemble fournit les données suivantes (en milliards d’euros) :
Les opérations sur biens et services
Consommation finale : 6351
FBCF : 1766
Variations stocks : 35
Exportations : 2220
Importations : 2267
Les opérations de répartition
Rémunération des salariés : 4249
Dont versées par le RDM : -27
Impôts liés à la production et à l’importation : 1180
Dont TVA grevant les produits : 622
Droits de douane nets des subventions à l’importation : 40
Subvention d’exploitation : -148
Les soldes comptables
Valeur ajoutée brute : 7443
Excédent brut d’exploitation : 2851
Calculer la valeur du PIB en utilisant trois méthodes différentes (optique production, dépense
et revenu)
Exercice 2
Soient les données suivantes, relatives à l’économie fictive (en milliards d’euros) :
PIB : 7376
Consommation finale des ménages : 4433
Consommation finale des administrations : 1463
FBCF : 1338
Variations de stocks : -19
27
Exportations : 1684
Importations : 1523
1. Ecrire l’équation d’équilibre entre les ressources et les emplois
2. Donner la valeur du solde commercial et du taux de couverture
2.2.2.2 Le Produit National Brut (PNB)
Il comptabilise les revenus reçus par les agents économiques. On peut le calculer à partir du
PNB.
Revenu National (RN) = PNB – Amortissements – Droits de douane - TVA
Application : calculer le revenu national d’un pays pour une année t à partir des données
suivantes
PIB………………………………………………………………….. 1 875 180
Revenus courants reçus du reste du monde…………………………. 70 826
(Rémunération des salariés = 2 519
Subventions d’exploitation = 10 850
Revenus de la propriété et de l’entreprise = 37 308
Opérations d’assurance-dommages = 2 006
Transferts courants sans contrepartie = 18 143)
Revenus courants versés au reste du monde………………………. - 81 043
(Rémunération des salariés = 4 496
Impôts liés à la production et à l’importation = 11 061
Revenus de la propriété et de l’entreprise = 28 520
Opérations d’assurance-dommages = 768
Transferts courants sans contrepartie = 36 198)
* Enfin, le PIB et le PNB constituent des indicateurs de bien-être durables, dans la mesure où
la relation entre quantité produite et qualité de vie est loin d’être établie.
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CHAPITRE 3 : LES FONCTIONS DE CONSOMMATION ET
D’EPARGNE
J.M. Keynes fut parmi les premiers économistes à établir une relation entre la consommation
et le revenu (Y). Parmi tous les facteurs qui expliquent le niveau de la consommation, le
montant du revenu joue, dans la théorie keynésienne, un rôle décisif.
Outre l’analyse keynésienne, d’autres théories ont été développées : la théorie du revenu
relatif, celle du revenu permanent et celle du cycle de vie.
3.1 La fonction de consommation keynésienne
** Les hypothèses de Keynes relatives à la fonction de consommation
1- La propension marginale à consommer (pmc), soit la part consommée de chaque unité
monétaire supplémentaire de revenu est comprise entre 0 et 1. Keynes écrit qu’une « loi
psychologique de base que nous pouvons raisonnablement accepter nous dit que les gens
sont prêts, en principe et en moyenne, à accroître leur consommation à mesure que leur
revenu augmente, mais moins que proportionnellement à la croissance de celui-ci ».
2- La part consommée du revenu appelée propension moyenne à consommer (PMC),
diminue à mesure que le revenu augmente. Pour lui, l’épargne est un luxe et, en
conséquence, les riches épargnent une part plus grande de leur revenu que les pauvres.
3- Le revenu est le principal déterminant de la consommation et que le taux d’intérêt
n’influence que marginalement celle-ci.
Pour un ménage comme pour l’économie dans son ensemble, le revenu peut, soit être
consacré à l’achat de biens de consommation, soit être épargné. En toute période, la
consommation correspond donc à une certaine fraction du revenu ; Soit C/Y cette fraction,
appelée propension moyenne à consommer. Il est admis que lorsque le revenu s’accroît, cette
fraction diminue tout simplement parce que, lorsque le niveau de vie s’élève, la satisfaction
des besoins courants devient moins urgente, de telle sorte que les possibilités d’épargne
augmentent.
30
Sous la forme la plus simple, la fonction de consommation, qui est une relation de
comportement, s’écrit :
0<c<1 Puisque ce qui n’est pas consommé est épargné, le complément à l’unité de la
propension marginale à consommer est la propension marginale à épargner, soit s=1-c.
C’
C
<1
C Y
=
Y
N
C 45°
β >1
Y
C O N’ Y
A gauche de N=désépargne
A droite de N=épargne
La droite OM à 45° représente une relation entre C et Y telle que le revenu se trouve
intégralement dépensé quel que soit son niveau, donc l’épargne est nulle.
31
La bissectrice OM ne représente qu’une droite de référence ou C=Y. En réalité on constate
qu’aux faibles niveaux de revenu, la consommation est supérieure au revenu (il y a
désépargne), l’épargne n’apparaissant qu’à un certain niveau de revenu.
Si l’on fait abstraction de la consommation autonome liée à une épargne antérieure, le seul
déterminant de la consommation dans l’analyse keynésienne est le revenu courant :
C=cY
- du temps ;
- des retards d’adaptation et des prévisions, puisque la consommation dépend du seul revenu
courant disponible (après prélèvement des impôts directs) ;
Les recherches poursuivies depuis Keynes sur la fonction de consommation ont enrichi
l’analyse en introduisant les éléments négligés par la théorie keynésienne.
Ct=c(Yt-1)
32
Ct=cYt+bY0
Ct=cYt+dAt
La hausse du niveau des prix diminue la valeur réelle des encaisses, la baisse du niveau
général des prix augmente leur valeur. Dans le premier cas, les consommateurs auront
tendance à réduire leur consommation, tandis que dans le second cas, ils tendront à
l’augmenter.
Une hausse des prix peut conduire les consommateurs à augmenter leurs achats en prévision
d’une nouvelle hausse des prix. Au contraire, une baisse de prix peut les inciter à retarder
leurs achats dans l’espoir d’une nouvelle baisse. L’influence des prévisions de prix exerce un
rôle opposé à celui de « l’effet Pigou » et par trend à le neutraliser.
Cette influence est mesurée par le coefficient d’élasticité par rapport au prix, c’est-à-dire par
le rapport entre la variation relative anticipée du prix futur et la variation relative acquise du
prix courant :
Pt +1− P t
Pt
e=
Pt −P t−1
Pt −1
e>1, la hausse (ou la baisse) anticipée est de taux supérieur à la hausse (ou à la baisse)
acquise ; les mouvements de hausse ou de baisse de prix sont largement amplifiés par le
comportement des consommateurs. Ceux-ci aggravent l’inflation par un accroissement de la
tendance ou la déflation par une diminution de la demande.
e<1, la hausse (ou la baisse) anticipée est de taux inférieur à la hausse (ou à la baisse) acquise.
Le revenu permanent d’un ménage au cours d’une année n’est pas son revenu courant mais
plutôt son revenu anticipé sur une longue période. Ainsi défini, le revenu courant ou observé
ou mesuré des ménages à n’importe quel moment peut être supérieur ou inférieur au revenu
permanent.
Friedman divise ce revenu observé en deux (2) composantes c’est-à-dire en revenu permanent
et en revenu transitoire.
Ainsi le revenu observé est supérieur ou inférieur au revenu permanent selon que sa
composante transitoire est positive (+) ou négative (-).
o p T
Y =Y +Y
Par exemple si un ménage espère percevoir des gratifications à la fin de l’année en cours,
mais si ce ménage n’a aucune raison d’espérer en recevoir les années à venir, cette
gratification ponctuelle est perçue comme un revenu transitoire positif qui élève son revenu
34
observé au-dessus du revenu permanent. En revanche si ce même ménage est l’objet d’une
réduction de son revenu à la suite d’une calamité dans son entreprise, cette baisse ponctuelle
constitue un revenu transitoire négatif qui rabaisse son revenu observé en-dessous de son
revenu permanent. Dans ce contexte on peut aussi citer les gains et les pertes liées à la loterie.
Ces augmentations et réductions brutales non anticipées du revenu se soldent à long terme
mais sont présentes à court terme.
De la même façon, Friedman divise la consommation en consommation permanente et
transitoire. Comme dans le cas du revenu observé, la consommation observée d’un ménage
peut être supérieur ou inférieur à la consommation permanente.
Y1 Y2 Yn n
Yt
R= +
1+i (1+ i)2
+ …+ n =∑
(1+i) t =1 (1+ i)t
Où Yt est le revenu courant de l’année t, ce revenu pouvant varier d’une année à l’autre.
Les mêmes ressources pourraient être obtenues si le consommateur recevait chaque année un
revenu constant, Yp.
n
Yp
R=∑
t =1 (1+i)t
Yp
R= ¿
i
On a:
Yp '
R=,lorsque≤nombre d années n devient très élévé (cas de la rente perpétuelle)
i
Car le terme ¿tend vers zéro. Dans ce cas le revenu permanent est Yp=iR
La théorie suppose que les décisions de consommation sont prises sur la base du revenu
permanent et que la consommation est proportionnelle à ce revenu.
C=kYp
35
Elle est proposée par Franco Modigliani et Richard Brumberg. Elle a été reformulée plus tard
par Ando et Modigliani. Cette hypothèse met l’accent sur le long terme. Mais ici l’accent est
surtout mis sur la relation entre l’âge de l’individu et son comportement en matière de
consommation. L’individu observe trois périodes distinctes dans son cycle de vie.
Il gagne très peu dans son âge adolescent quand il est à l’école, en formation ou quand il
commence à peine sa carrière.
A l’âge adulte, il gagne le maximum de son revenu pour gagner encore très peu à l’âge de
retraite. Si les gens consommaient suivant leur revenu courant, ils consommeraient
éventuellement très peu à l’âge adolescent et à la retraite et maximum à l’âge adulte. Au
contraire l’individu essaie de consommer régulièrement en utilisant leur épargne pendant
l’âge adulte pour subventionner la consommation en âge jeune et de retraite.
C, Y
0
Adolescent Adulte Retraite Age (t)
Prenons le cas d’un consommateur qui s’attend à vivre encore T années, dispose d’une
richesse W et s’attend à gagner un revenu Y lorsqu’il prendra sa retraite dans R années. Quel
niveau de consommation doit-il choisir pour être en mesure de lisser plus ou moins son niveau
de consommation pendant toute sa vie ?
Les ressources dont dispose notre consommateur durant toute sa vie sont faites de sa richesse
initiale W, et des revenus gagnés pendant sa carrière professionnelle R*Y. Pour simplifier
nous supposons que le taux d’intérêt est nul : s’il était supérieur à zéro, nous devrions tenir
compte également des intérêts gagnés sur l’épargne. Le consommateur peut alors diviser les
ressources auxquelles il s’attend pendant toute sa vie, pendant le nombre T d’années qu’il
s’attend à vivre encore. Nous supposons qu’il désire lisser au maximum son niveau de
consommation pendant toute sa vie. Il va donc répartir ses ressources totales attendues W+RY
en parts égales entre chacune des années T et va consommer chaque année :
36
W + RY
C=
T
1 R
C= W + Y
T T
C=0,02W+0,6Y
Cette équation nous dit que la consommation est fonction à la fois du revenu et de la richesse.
Si tous les membres d’une économie planifient de la sorte leur consommation, la fonction de
consommation agrégée ressemble à celle de chacun d’entre eux. En particulier elle est
fonction à la fois de la richesse et du revenu. En d’autres termes la fonction de consommation
de l’ensemble de l’économie s’écrit :
C=αW+βY
Où le paramètre α est la propension marginale à consommer une partie de la richesse et le
paramètre β la propension à consommer une partie du revenu.
3.3.1 Définition
Dans sa définition la plus simple, l’épargne est considérée comme la part du revenu non
consacrée à la consommation finale.
Dans son approche économique existent différentes définitions de l’épargne, selon son
affectation et sa fonction.
L’épargne active est l’épargne créatrice de richesse, par exemple celle affectée à
l’investissement. Elle s’oppose à l’épargne oisive, appelée encore épargne stérile, inactive ou
de thésaurisation.
37
Chez ces derniers, l’épargne est considérée comme la renonciation à une consommation
présente. Cette renonciation a un prix, le taux d’intérêt. C’est pourquoi chez ces auteurs,
l’épargne est fonction du taux de l’intérêt.
Chez Keynes, l’épargne est fonction du revenu. La fonction d’épargne se déduit de la fonction
de consommation.
S=sY-Co
C, S
C=Y
C=Co+cY
Co S= -Co+(1-c)Y
0
Y*
-Co
38
∆Y ∆C ∆ S
= +
∆Y ∆Y ∆Y
1= c+s s=1-c
s=propension marginale à épargner
c=propension marginale à consommer
dS dC
s= ou s¿ 1−
dY dY
Application
370 375
390 390
410 405
430 420
450 435
470 450
490 465
Pour Duesenberry, l’épargne est le solde de la consommation par rapport au revenu. Aussi, ce
sont les mouvements de la consommation qui expliquent la constitution de l’épargne. On
distinguera deux périodes : la récession et la reprise. Lorsqu’il y a récession, la consommation
n’évolue pas de façon proportionnelle au revenu. Le ralentissement du revenu disponible
entraîne un mouvement non proportionnel de la consommation. Ce qui veut dire que les
ménages vont défendre leur niveau de consommation en réduisant l’épargne.
39
Avec la reprise, mouvement inverse, la consommation va évoluer moins vite que le revenu
des consommateurs, permettant aux ménages de reconstituer leur épargne. La consommation
ne va pas redevenir proportionnelle au revenu que lorsque le revenu atteint le niveau le plus
élevé connu dans le passé.
La théorie de Modigliani est celle d’une consommation constante par rapport au revenu des
ménages, durant trois périodes : la non activité, l’activité et la retraite.
Durant la non activité, la consommation est rendue possible par l’épargne antérieure des
parents (héritage ou d’avances sur héritage).
Durant l’activité, le revenu disponible des ménages excède leurs besoins de consommation, ce
qui permet de dégager une épargne qu’on va retrouver dans l’accumulation d’une richesse
immobilière, ou mobilière.
Comme Modigliani, Friedman défend le principe que l’épargne des ménages est fonction de
leur revenu anticipé sur longue période. Différence avec Modigliani, l’épargne constituée par
les ménages peut permettre de soutenir la consommation mais aussi aider à la constitution
d’un patrimoine destiné à leurs descendants.
40
CHAPITRE 4 : LA FONCTION D’INVESTISSEMENT
- Elle concerne d’une part les achats d’actifs financiers (actions, obligations et autres titres),
en un mot les placements. Ces titres peuvent provenir des nouvelles émissions ou être achetés
de seconde main en bourse.
- Elle concerne d’autre part les actifs réels ou biens particuliers (machineries et outillages)
c’est-à-dire les biens qui produisent d’autres biens. Ces biens capitaux peuvent aussi être
achetés neufs ou occasions.
IN=IB-A
Un investissement net positif correspond à un accroissement du stock de capital fixe et des
capacités de production ; un investissement net négatif ou un désinvestissement implique au
contraire un déclin des capacités productives.
Les variables qui influencent le montant des investissements sont de deux ordres :
41
- D’une part, le coût des emprunts nécessaires à leur financement : plus le taux d’intérêt i
est élevé, plus le montant d’investissement réalisé est faible.
−∆ I
d=
∆i
I(i)
I
- D’autre part, les investissements évoluent avec la variation de la production de l’entreprise.
I=f(i, ∆Y)
Contrairement à la fonction de consommation, la théorie de l’investissement n’est pas
spécifiquement keynésienne. La relation entre le taux d’intérêt et les investissements remonte
à la théorie de l’intérêt d’Irving Fisher dont Keynes s’est inspiré. D’autre part, la liaison entre
l’investissement et la variation de la production, qu’on appelle le principe d’accélération, a été
découverte dès 1909 par l’économiste français Aftalion et largement utilisé par l’Américain
Clark dès 1917.
42
4.1 LA THEORIE FISHERIENNE DU COMPORTEMENT D’INVESTISSEMENT
Pour établir les facteurs qui déterminent la décision d’investissement, on va poser le problème
en terme fishérien comme suit : A partir d’une répartition initiale de revenu (Y t), si l’agent a
un certain nombre d’opportunités d’investissements : (I1, I2, …, In) et qu’il en escompte une
répartition après investissement : (Yt)I1, (Yt)I2,…., (Yt)In, quel est l’investissement choisi ?
On part de la répartition initiale (Yt). Soit les opportunités d’investissements : I1, I2, …, In,
On regarde ce que devient le flux de revenu après chacun de ces investissements : (Yt)I1,
(Yt)I2,…., (Yt)In. On ordonne ces répartitions éventuelles : (Yt)I1>(Yt)I2
L’investissement I choisi est tel que le flux de revenu obtenu après cet investissement est
préféré à la répartition initiale ainsi qu’à toute répartition (Y t)Ij obtenu avec les autres
investissements possibles Ij
- une dépense initiale que nous allons supposer réalisée à la date 0, mais qui peut aussi être
aussi fractionnaire ;
- pendant la durée de vie de l’investissement, des recettes et des dépenses conduisant, pour
chaque exercice comptable, à un revenu net de trésorerie, souvent appelé cash flow ;
- éventuellement, en fin de durée, une valeur résiduelle du bien. Il s’agit d’une valeur de
revente éventuelle, à ne pas confondre avec une valeur comptable (après amortissements
fiscaux) ou une valeur économique (capacité de produire).
Notations utilisées
A : apport initial ;
n : durée de l’investissement ;
Ck : cash-flow de l’année k (fin d’année) k=1, 2, ….,n
i= taux d’actualisation ;
Vn=Valeur résiduelle à l’année n.
43
4.2.1 Les critères usuels
Pour un taux d’actualisation donné, on appelle valeur actuelle nette d’un investissement, la
différence entre la valeur actuelle des flux positifs et celle des flux négatifs c’est-à-dire :
n
VAN=∑ C k (1+i) +V n (1+i) -A
−k −n
k =1
Si la valeur actuelle nette d’un projet d’investissement est positive, on peut dire que
l’investissement est rentable, pour la valeur du taux d’actualisation choisie.
Le taux d’actualisation est choisi par l’entreprise. Il peut être différent suivant la nature du
projet ; par exemple être plus élevé pour une machine spéciale que pour une machine banale,
pour tenir compte du risque d’obsolescence du produit fabriqué.
Le TRI est le taux d’actualisation pour lequel la valeur actuelle nette est nulle, c’est-à-dire
que le réel r tel que :
n
VAN=∑ C k (1+r ) +V n(1+ r) − A=0
−k −n
k =1
Attention : Lorsque les bénéfices dégagés chaque année ne sont pas tous positifs, le calcul du
TRI ne conduit pas nécessairement à une solution unique ou même simplement à une solution.
* Si I= 1 000€, B1=5 000€ et B2=-5 000€, l’équation qui permet de déterminer le TRI est :
En multipliant cette équation par (1+i) 2, on trouve une équation du second degré qui admet
deux solutions : i1=38% et i2=262%.
* Si Si I= 1 000€, B1=-5 000€ et B2=5 000€, l’équation qui permet de déterminer le TRI est :
En multipliant cette équation par (1+i) 2, on trouve une équation du second degré qui admet
deux solutions négatives, qui ne peuvent être interprétées en taux de rentabilité interne.
Quand on est en face d’une des deux situations décrites ci-dessus, il faut déterminer un autre
taux dénommé taux global de rentabilité.
44
Lorsque la valeur actuelle nette est une fonction décroissante du taux d’actualisation, il existe
un seul taux pour lequel elle s’annule : c’est le taux interne de rentabilité. Il est parfois
possible que la valeur actuelle nette ne soit pas une fonction décroissante. Cela arrive en
particulier lorsque le projet se termine par les coûts de dépollution du site très élevés.
Il peut alors exister plusieurs taux pour lesquels elle s’annule. Dans ce cas on peut définir
un autre taux de rentabilité. On choisit un taux de réinvestissement (ou de capitalisation) des
cash-flows, et on capitalise les cash-flows à ce taux sur la droite de vie résiduelle de
l’investissement. Le taux global de rentabilité est alors le taux d’actualisation tel que la
valeur actuelle du produit de la capitalisation des cash-flows soit égale à l’apport initial. Il est
donné par l’équation :
− A+ B1 ¿ ¿
On a donc :
A=B 1 ¿ ¿
Soit
¿
TGR=¿ ¿
On retient le projet si son TGR est supérieur au coût du capital (le taux d’intérêt).
d- Délai de récupération
Le délai de récupération est le moment à partir duquel un projet devient rentable à un taux
d’actualisation fixé.
Un délai de récupération court est un élément positif dans l’analyse d’un projet
d’investissement.
Dans le cas général, la méthode pour calculer le délai de récupération est d’évaluer une valeur
actuelle nette chaque année pour déterminer la première année à partir de laquelle la valeur
actuelle nette devient positive.
Exemple
Année VAN
1 3 000
−10 000+ =−7 272 , 73<0
1,1
2 3 000 4 000
−10 000+ + =−3 966 ,94 <0
1 , 1 1, 12
45
3 3 000 4 000 5 000
−10 000+ + + =−210 ,37 <0
1 , 1 1, 12 1 , 13
Le délai de récupération correspond donc à une date pendant l’année 3. A cette date, on a une
valeur actuelle nette nulle.
0 D 360
360∗210 , 37
D= =18 , 41
3 887 , 71+210 , 37
On généralise cet exemple, en notant Vk la dernière valeur actuelle nette négative, Vk+1 la
première valeur actuelle nette positive, le délai de récupération est de k ans et j jours où
−360∗V k
j=
V k+1 −V k
Dans le cas particulier où les bénéfices annuels envisagés sont identiques et où la valeur
résiduelle est nulle, on a à la date du délai de récupération :
− A+ B 1−¿ ¿
B1−¿ ¿
1−¿
iA
1− =¿
B
iA
−nlog ( 1+ i )=log (1− )
B
iA
−log (1− )
B
n=
log (1+i)
Remarque : il est possible de calculer un délai de récupération non actualisé ; mais celui-ci
est moins pertinent car il ne prend pas en compte le paramètre de risque lié à des estimations
de gains à venir. Dans ce cas, le délai de récupération d’un investissement est le nombre
46
d’années au bout desquelles les cash-flows couvrent l’apport initial. C’est le plus petit entier p
tel que :
n
A≤∑ C k
k =1
Pour comparer plusieurs investissements, on choisit celui dont le délai de récupération est le
plus petit. Ce critère a l’avantage très simple.
Application
L’étude de deux projets A et B a permis de prévoir les flux nets de trésorerie (en euros)
engendrés par ces investissements :
1 80 000 10 000
3 80 000 30 000
4 20 000 40 000
5 0 60 000
6 0 400 000
Le capital investi dans le projet A est de 200 000 euros et celui investi dans le projet B est de
100 000 euros.
Réponse
Projet A
On a C1+C2=180 000˂200 000 et C1+C2+C3=260 000˃200 000 donc p=3
Projet B
On a C1+C2+C3=60 000˂100 000 et C1+C2+C3+C4=100 000≥100 000 donc p=4
Entre différents projets d’investissement, on préférera celui qui rapporte le plus et le plus vite.
Pour un taux d’actualisation fixé, on retiendra celui qui a la valeur actuelle nette (VAN) la
plus grande, celui qui a le délai de récupération le plus court et celui qui a le taux de
rentabilité interne le plus important.
47
Mais il peut arriver qu’entre différents projets, les critères de VAN et de taux de rentabilité
interne ne sont pas toujours concordants. Dans ce cas quel critère doit-on retenir?
Si l’on dispose d’un taux d’actualisation pertinent, on ne retient que le critère de la VAN.
Le taux de rentabilité interne est intéressant tout de même car il ne dépend que des données
intrinsèques du projet et non du choix d’un taux d’actualisation.
La cause principale pour des projets de durées identiques est la répartition des bénéfices au fil
des années. Une répartition très différente entre différents projets peut entraîner une
discordance entre la VAN et le TRI.
∑ C k (1+i)−k +V n (1+i)−n
π= k=1
A
VAN + A
π=
A
VAN
π= +1
A
Remarque : Un projet n’est acceptable que si son indice de profitabilité est supérieur à 1.
Exemple : Un projet A d’investissement 1 000€ a une valeur actuelle nette de 600€. Un projet
B d’investissement 3 000€ a une valeur actuelle nette de 800€. Quel projet choisir?
Réponse
600+ 1000
π A= =1 , 6
1 000
3 000+ 800
πB= =1 ,27
3 000
π A > π B , on choisit le projet A.
Application
48
On considère quatre projets d’investissement dans le secteur touristique ayant chacun une
durée de vie de 7 ans et une valeur résiduelle nulle au bout de 7 ans.
Pour chaque projet l’apport initial A et les cash-flows annuels C k supposés constants sont
donnés en euros par le tableau suivant :
Comparer ces projets pour les critères de la VAN et de l’indice de profitabilité à 7%.
Réponse
Pour chaque projet, on calcule au taux d’actualisation choisi, la valeur actuelle nette
n
VAN=∑ C k (1+r ) −A
−k
k =1
n
VAN= ∑ C k (1+0 , 07) −A
−k
k =1
VAN
Et l’indice de profitabilité π= +1
A
1 83 236 1,83
Les investissements nécessitent des apports initiaux différents, il est préférable de les
comparer en utilisant l’indice de profitabilité π . On constate qu’avec cet indice, le classement
des projets étudiés est différent de celui obtenu avec la VAN.
49
Il n’est pas possible de comparer des projets de durées différentes par une simple comparaison
des valeurs actuelles nettes. En effet, la VAN n’a un sens que pour une durée déterminée, or
un projet long est plus risqué qu’un projet court. Alors pour comparer les projets de durées
différentes, on procède comme suit :
Application
Considérons le projet A d’une durée de 2 ans et de valeur nette 200€ au taux de 10% et le
projet B d’une durée de 3 ans et de valeur actuelle nette de 300€ au taux de 10%. Quelle
période choisir? On choisit de réaliser plusieurs fois de suite les projets A et B jusqu’à trouver
une période commune utile à la comparaison. Dans cet exemple la période commune est de 6
ans. En 6 ans, on peut réaliser 3 fois le projet A et 2 fois le projet B.
4 5 6 Années
0 1 2 3
VAN (A ) VAN ( A)
VAN ( A )+ +
(1+ i)2 (1+i) 4
200 200
200+ 2
+ 4
=501 , 89 €
1 ,1 1 , 1
50
VAN (B)
VAN ( B ) +
(1+i)3
300
300+ 3
=525 , 39 €
1 ,1
Limite de cette méthode : si l’on considère trois projets de durées respectives 3 ans, 11 ans
et 13 ans, la période commune de comparaison est de 429 ans. Cette durée n’est pas un
horizon réaliste de prévision pour une entreprise ; elle n’est en réalité pertinente que lorsque la
période commune n’excède pas 20 ans. Cependant, même avec une durée commune
supérieure à 20 ans, on peut utiliser la méthode.
EXERCICE
Faisons apparaître cet accélérateur en partant d’un rapport fixe entre le capital K t à l’instant t
et la production (l’output) Qt :
Kt=αQt (1)
Comme l’investissement It=Kt-Kt-1 et que Kt-1=αQt-1, on déduit de (1) la relation de flux :
It= α(Qt-Qt-1)=α∆Q
51
* Le mécanisme d’induction est de caractère microéconomique puisqu’il suscite des réactions
au niveau des entrepreneurs : ceux-ci décident une augmentation des investissements en
fonction de la demande de biens de consommation ;
* toute variation de la demande de biens de consommation (∆D) détermine une variation plus
que proportionnelle de la demande de biens de production, d’investissements :
It= α(Dt-Dt-1)
=α∆D
Le coefficient α est appelé accélérateur ou amplificateur : le mécanisme d’induction de
l’investissement par le revenu fait apparaître une accélération ou amplification résultant de la
multiplication par α de la variation de la demande de biens de consommation.
* le fonctionnement du mécanisme suppose quatre hypothèses de base :
1- l’absence d’outillage oisif : si l’appareil productif ne fonctionnait pas à pleine capacité, une
augmentation de la demande des biens de consommation conduirait les entrepreneurs à puiser
dans leurs réserves d’outillage sans provoquer d’investissements supplémentaires.
2- l’amortissement du capital constant : si une machine a une durée de vie de 10 ans, chaque
année un dixième (1/10) de sa valeur est amorti. Le mécanisme de l’accélérateur ne s’applique
donc qu’à l‘investissement net et non aux dépenses de remplacement.
3- la rigidité de la combinaison productive : toute augmentation de la production implique une
augmentation proportionnelle du capital. Le rapport du capital K à la production Q, ou
coefficient moyen de capital K/Q=constante
4- l’égalité entre le coefficient d’accélération α et le coefficient marginal de capital v : cette
égalité résulte des hypothèses suivantes :
- absence de progrès technique et d’investissement autonome,
- égalité de l’accroissement de la demande ∆Dt à l’accroissement de produit ∆Qt
It ∆Kt
α= = =v
∆ Dt ∆ Qt
Soient :
- D=demande de biens de consommation ;
- Ir : demande de biens d’investissement de remplacement (amortissement) ; l’investissement
initial est de 500 ; Cet investissement a une durée de vie de 10 périodes.
- It : demande d’investissement supplémentaire sur laquelle jouera la relation d’accélération ;
- Ir+It=la demande d’investissement total (demande d’outillage) ;
- K=capital (le coefficient de capital K/Y est constant et égal à 5).
Au cours des cinq (5) périodes successives, présenter l’évolution de la demande d’outillage
dans le tableau suivant :
Période D Ir It Ir+It K
(1) (2) (3) (4) (5) (6)
52
1 100 50 - 50 500
2 120 50 100 150 600
3 130 50 50 100 650
4 130 50 0 50 650
5 120 50 -50 0 600
Précision : Les valeurs en italique et gras sont des données du sujet. Les autres sont
déterminées.
∆ D=20 %
Ir=50 : l’amortissement est constant est égal à 1/10 de la valeur du capital initial (500)
A la période 1 : Y=D=100
K/Y=5 K=5*Y
K=5*100
K=500
Pour faire face à l’augmentation de la demande de biens de consommation de 20%, un
investissement supplémentaire It est nécessaire.
It ∆Kt
α= =
∆ Dt ∆Y t
∆ K t 600−500
De la période 1 à 2, = =5
∆ Y t 120−100
It
α= =5 It=5*∆Dt
∆ Dt
It=5*(120-100)=100
53
- l’accélération ne fonctionne pas lorsqu’il y a excédent de capacité de production car
augmentation de la production peut être réalisée avec le même dispositif
- il y a un retard entre le moment où l’on désire investir et celui où l’investissement est
effectivement réalisé de sorte qu’il vaut mieux employer une formule avec retard
It=α∆Qt-1
- Enfin il peut avoir des goulots d’étranglement dans la production de biens
d’investissement. Dans ce cas l’accroissement d’investissement désiré ne peut pas
avoir lieu.
Ce sont ces remarques de Clark qui sont à l’origine de la théorie de l’accélérateur flexible
54
On constate que selon les valeurs de α et β choisies, on assiste à une oscillation du revenu
national (Y) dans le temps ; Pour α=0,5 et β=2, on a le tableau suivant :
Périodes 1 2 3 4 5 6 7 8 9
Dépenses exogènes……. 1 1 1 1 1 1 1 1 1
Revenu national……….. 1 2,5 3,75 4 ,12 3,44 2,03 0,59 -0,12 0,24
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9
-1
-2
Ct It Yt
55
CHAPITRE 5 : DETERMINATION DU REVENU NATIONAL D’EQUILIBRE ET LA
THEORIE DU MULTIPLCATEUR KEYNESIEN
INTRODUCTION : La notion de multiplicateur est très simple ; comme son nom l’indique,
il s’agit d’une dépense initiale (injection) dont l’effet est amplifié, multiplié par le PNB.
Essayons de comprendre d’abord son fondement avant de l’analyser dans différents domaines
(modèles) à deux secteurs, trois secteurs, etc.
S(y)
Fuite (S)
Injection (I)
I1
ΔI Io
s
PNB=Y
yo Δy Y1
56
Une augmentation des injections (Investissement) conduit à un agrandissement proportionnel
du PNB (Y). L’importance de l’effet multiplicateur dépend de la pente de la courbe des
fuites ; comme cette pente représente la propension marginale à épargner, dès lors le mode de
consommation est la base du multiplicateur. Plus la propension marginale à épargner (s) est
grande, moins forte sera l’effet du multiplicateur.
Deux (2) pentes différentes de courbes des fuites (épargne) conduisent à deux multiplicateurs
différents, avec le plus petit multiplicateur associé à la plus forte pente. Cela tient à ce que
deux pentes différentes représentent deux modes de consommation et d’épargne différents.
Sur le graphique, nous voyons que Δy est un multiple de l’investissement initial en ce sens
que ;
Δy=k ΔI
* Pour la période 1 :
Y1=C1+I=Co+cy1+I
C 0+ I
y 1=
1−c
* Pour la période 2
y2=C2+I+ ΔI=Co+cy2+I+ ΔI
C 0+ I + ΔI
y 2=
1−c
1
Puisque 0<c<1 et 0<1-c<1, alors >1
1−c
57
Nous pouvons mieux percevoir le concept de multiplicateur à travers un processus dynamique
d’une série de dépenses occasionnées par un accroissement des investissements ΔI.
Quand il est accru de ΔI, il y a au moins deux créneaux par lesquels le PNB peut croître :
D’abord l’augmentation de I de ΔI s’ajoute directement à la demande globale et accroît le
PNB du même montant, c.-à-d. que des biens en I sont produits et le revenu des facteurs de
production dans le secteur se trouve augmenté, mais le processus ne s’arrête pas là, ceux-ci
dépensent alors une proportion de cet accroissement de ce revenu qui est égal à cdI dans
d’autres secteurs ; dès lors le revenu des agents dans ce secteur se trouve augmenté de cdI ;
ceux-ci dépensent à leur tour une proportion ccdI=c²dI et ainsi de suite indéfiniment avec
n
l’accroissement de revenu devenant de plus en plus petit c-à-d c 0 lorsque n ∞ Car
0˂c˂1. En somme l’augmentation du revenu résultant de l’augmentation des I s’écrit comme
suit :
dy=dI+cdI+c²dI+c3dI+…..cndI
dy=dI(1+c+c²+c3+…cn)
=kdI
Avec k=1+c+c²+c3+…..cn qui est la somme d’une suite géométrique de raison c
n+1
1−c
k=
1−c
dy=kdI
n+1
1−c
dy = dI
1−c
1
Lorsque n ∞ dy = dI
1−c
58
C’est le modèle à économie fermée sans gouvernement où les agents qui interviennent sont
des consommateurs, qui consomment et qui épargnent (les ménages) d’un côté et les
entrepreneurs (firmes) qui investissent.
A l’équilibre, nous avons :
C+I=Y=C+S
I=Y-C=S
I=S
L’égalité I=S caractérise l’équilibre macroéconomique.
I=Io
Dans ce cas nous aurons un modèle comme étant :
Y=C+I (1)
C=C(y)=Co+cy (2)
I=Io (3)
dy =( 1−c1 ) dI =k dI
o 0
k est le multiplicateur keynésien. En d’autre terme la variation du revenu y due à une variation
exogène des investissements est un multiple de cette variation initiale.
1
Si y=C+S c+s= 1 s=1-c donc k =
s
Ce qui justifie que plus les fuites (épargnes) sont fortes, moins fort sera l’effet du
multiplicateur.
S, I
S
s
I1
59
dI
s
Io
b) Hypothèse d’investissement induit
y= Co+cy+Io+iy
y(1-c-i)=Co+ Io
1
y= (C + I )
1−c−i 0 0
dy 1
= i≠0
dI 0 1−c−i
Nous remarquons que le multiplicateur sous b) est plus grand que le multiplicateur sous a)
parce que i±0
1 1
<
1−c 1−c−i
L’Etat intervient à travers les taxes et les dépenses publiques sous l’hypothèse que les
dépenses publiques sont autonomes, G=Go. Le multiplicateur keynésien va dépendre de la
forme de la taxe en vigueur.
60
C=Co+c(y-T) (2)
T=To (3)
G=Go (4)
Un budget est équilibré lorsque le montant des recettes est égal au montant des dépenses
T=G
y=Co+c(y-To)+I+G
y=Co+cy-cTo+I+To
y(1-c)=Co-cTo+I+To
1
y= ¿)
1−c
1
y= ¿)
1−c
dy 1−c
=
d T o 1−c
dy =dT 0
y=C+I+G (1)
C=Co+c(y-T) (2)
61
et T=To+ty (3) C=Co+c(y-
To-ty) (4)
G=Go (5)
Par substitution de (4) et (5) dans (1) on obtient
y=Co+c(y-To-ty)+I+Go
y=Co+cy-cTo-cty+I+Go
y(1-c+ct)=Co-cTo+I+Go
1
y= ¿
1−c+ ct
1
y= ¿)
1+c (t−1)
dy −c
=
dT 0 1+c (t−1)
−c
dy = dT 0
1+c (t−1)
Comment réagit le revenu national (Y) suite à une variation du taux de taxe. Cette politique
est plus pratique en matière de politique stabilisatrice. Dans l’hypothèse que les recettes
fiscales sont proportionnelles au revenu,
T(y)= ᵼy
y=C+I+G (1)
C=Co+c(y- ᵼy) (2)
I=I(r)+Io (3)
G=Go (4)
Le modèle devient
y= Co+c(y-ᵼy)+Io+I(r)+Go
y=Co+cy-cᵼy+Io+ I(r)+Go
dy=dCo+cdy-cᵼdy-cydᵼ+dIo+dI(r)+dGo
dy(1-c+cᵼ)=dCo-cydᵼ+dIo+dI(r)+dGo)
dy −cy
= <0
d ᵼ 1−c ( 1−ᵼ )
−cy
dy = dᵼ
1−c ( 1−ᵼ )
62
* Explication du numérateur -cydᵼ
Si le taux de taxe change de dᵼ alors le revenu disponible baisse de –ydᵼ induit directement
par l’accroissement de la taxe et -cydᵼ donne l’effet de cette baisse du revenu sur la
consommation.
L’économie est maintenant ouverte sur l’extérieur, quel sera l’effet des exportations sur le
revenu national?
Y+M= C+ I+G+X
Y= C+ I+G +(X-M)
Y=Co+c(Y-T)+I+G+(X-M)
Y=Co+cY-cT+I+G+(X-M)
Y(1-c)=Co-cT+I+G+(X-M)
1
Y= (Co−cT + I +G+ X−M )
1−c
dY 1
=
dX 1−c
1
dY = dX
1−c
a) Le multiplicateur du commerce extérieur
Supposons que les importations ne sont pas une donnée exogène mais que leur niveau est
induit par l’activité économique nationale.
Ecrivons alors que : M=M(y) et supposons également qu’il existe un niveau d’importations
incompressible Mo et écrivons la fonction d’importation sous la forme :
M=Mo+my, m étant la propension marginale à importer ; 0<m<1
1
Y= (C −cT + I +G+ X −M 0) (1)
1−c+ m 0
63
dy 1
=
dX 1−c +m
1
Le coefficient représente le multiplicateur du commerce extérieur.
1−c +m
On note que ce multiplicateur est plus faible que celui obtenu lorsque les importations sont
exogènes.
1 1
<
1−c +m 1−c
1
dy = dG
1−c+ m
−m
Alors dX n=−mdy devient dX n= dG
1−c +m
d Xn −m
= ˂0 ∀ 0 ˂m ˂1
dG 1−c+ m
L’effet d’un accroissement des dépenses publiques sur la balance commerciale est négatif. Un
accroissement des dépenses publiques entraîne une augmentation des importations. Le niveau
des exportations étant donné ceci pose donc un déficit de la balance commerciale.
Dépenses=DG
D3(g3)
D2(g2)
D1(g1)
64
45°
Y1 Y2 Y3 Y=Revenu
α
dy −c −c
= donc dy = dT (2)
dT 1−c+ m 1−c+ m
dX n mc
= >0
dT 1−c +m
65
CHAPITRE 6 : L’EQUILIBRE MACROECONOMIQUE CLASSIQUE,
NEOCLASSIQUE ET KEYNESIEN
66
Un modèle de synthèse entre la macroéconomie keynésienne et la macroéconomie
néoclassique sera proposé pour rendre compte de l’interdépendance du secteur réel de
l’économie et du secteur monétaire. Il s’agit du modèle IS-LM.
Nous terminerons le chapitre par la présentation des tests d’efficacité des politiques
budgétaire et monétaire à l’aide des courbes IS-LM
Le chef d’entreprise doit calculer quelle quantité de travail doit-il utiliser en vue de maximiser
son profit π, qui se définit comme la différence entre ses recettes et ses coûts :
Considérons : p=prix ; y=volume de production avec Y=f(L) ; w=salaire (coût unitaire du
travail) ; L=quantité de travail utilisée ; β=coûts fixes
L’expression du profit est :
Π=p.y-(wL+β)
Π=p.y-wL-β
dπ dY
=P −w=0
dL dL
dY w
=
dL p
67
Le profit est donc maximum lorsque la productivité marginale du travail est égale au salaire
réel.
La demande de travail des entreprises est une fonction décroissante du salaire réel :
w
L D=L D ( ) avec L'D <0
p
L’offre de travail des salariés est une fonction croissante du salaire réel :
w
L0=L0 ( ) avec L'0 >0
p
c- L’équilibre du marché du travail
Du fait du caractère monotone des deux fonctions (l’une étant continûment décroissante,
l’autre continûment croissante), il y a nécessairement un point d’équilibre E, c’est-à-dire un
w
salaire réel d’équilibre ( ) et un volume d’emploi d’équilibre L E. La quantité de travail L E
p E
w
demandée par les firmes au taux de salaire ( ) est égale à la quantité offerte par les
p E
travailleurs : toute personne désireuse d’occuper un emploi à ce salaire le trouve. Au regard
de la thèse néoclassique traditionnelle, on dira que cet équilibre correspond à une situation de
plein-emploi.
w
p LO
E
w
( )
p E LD
LE L
Figure : L’équilibre du marché du travail
Sur le marché des biens et services, la production en volume, c’est-à-dire l’offre globale y est
liée à la quantité de travail L par la fonction de production y=f(L), pour un stock de capital K
68
y
et un état des techniques donnés. Par suite, pour le volume d’emploi L *, on peut déterminer
l’offre globale d’équilibre y* : c’est un produit national de plein emploi, puisque le facteur
travail est totalement occupé.
Quant à la demande globale, elle est constituée par le volume de la consommation des
ménages C et le volume de l’investissement des entreprises I. Or, un des fondements de la
théorie néo-classique est constitué par la loi des débouchés de J. B. Say (la demande globale
est nécessairement égale à l’offre globale) qui assure l’équilibre entre l’offre et la demande
globales : la demande globale d’équilibre est donc automatiquement égale à l’offre
globale d’équilibre y* soit y*= C+ I
Pour les économistes classiques, les individus n’accumulent une épargne que si elle offre un
rendement. L’épargne désirée est une fonction croissante du taux d’intérêt :
dS
S=S(i) ; >0
di
Avec : S, l’épargne,
i, le taux d’intérêt.
L’investissement est d’autant plus (moins) élevé que le taux d’intérêt est faible (élevé).
L’investissement est donc une fonction décroissante du taux d’intérêt.
dI
I=I(i) ; <0
di
L’équilibre sur le marché du capital est donné par l’égalité entre S et I, soit :
S=I
S=S(i)
i (Offre de capital)
E
iE
I=I(i)
(Demande de capital)
69
0
IE=SE S, I
6.1.3 L’équilibre sur le marché de la monnaie
MV=PY (1)
Dans cette équation, la vitesse de circulation de la monnaie et le volume des transactions sont
considérées, à court terme, comme constants. La stabilité de la vitesse de circulation de la
monnaie s’explique par la très grande inertie des habitudes de paiement et par l’absence
d’encaisses oisives chez les agents économiques. La constance du volume des transactions
s’explique par la stabilité à court terme de la production du fait de la rigidité du volume du
travail disponible et de l’absence de progrès technique.
MV
P= (2); V et Y étant constants, P est alors proportionnel à M. Le niveau des prix est
Y
donc déterminé par la seule offre de monnaie.
70
Quelques années après Irving Fisher, deux économistes anglais, A. Marshall et A. C. Pigou,
ont reformulé la théorie quantitative de la monnaie.
La demande de monnaie émane des agents économiques. Ceux-ci désirent détenir sous forme
d’encaisses liquides (pour un motif de transactions) un pourcentage donné du PIB nominal :
MD=bPY (3)
Avec :
MD, la demande de monnaie,
b, le pourcentage supposé constant du PIB que les agents souhaitent conserver sous forme
d’encaisses liquides,
L’offre de monnaie M est exogène parce qu’elle est déterminée par les autorités monétaires.
M=bPY
Le PIB réel Y et b étant constants, la quantité de monnaie M détermine le niveau des prix P et
n’a pas d’effets sur les variables réelles de l‘économie (ici Y). Ce résultat a conduit les auteurs
néo-classiques à parler de « neutralité » de la monnaie.
1- Le modèle keynésien rompt avec celui de la pensée classique et néoclassique dont le cadre
d’analyse est essentiellement microéconomique : l’analyse keynésienne se développe dans le
cadre de la comptabilité nationale et fait appel aux agrégats économiques.
2- Concernant le rôle de la monnaie, contrairement au modèle néoclassique dans lequel la
monnaie est neutre et n’a pas un rôle actif dans l’économie, Keynes intègre complètement la
monnaie dans son modèle et construit une véritable théorie de la demande de monnaie.
71
Keynes conteste ainsi l’existence de mécanismes autorégulateurs de l’économie et préconise
donc l’intervention de l’Etat pour réduire les déséquilibres éventuels, notamment en matière
d’emploi.
5- L’économie keynésienne est une économie de la demande, ce qui signifie que ce sont les
composantes de la demande globale qui influencent les comportements d’offre des
entreprises. En cela, Keynes réfute totalement la loi des débouchés de Say (l’offre crée sa
propre demande) et place au centre de sa théorie, le principe de la demande effective qui
indique que les entrepreneurs doivent mettre en œuvre un certain volume de production qu’ils
estiment être celui qui fera l’objet d’une demande de la part des ménages-consommateurs : ils
s’adaptent à la demande.
Dans une économie fermée, à prix fixes, ne comportant que les secteurs ménages et
entreprises, l’équilibre économique keynésien s’établit comme suit :
Y=C+I (1)
Avec Y=offre globale ; C+I= demande globale
Y= C0+cY+I0 (2)
Si on désigne par Y* le revenu national d’équilibre, la relation d’équilibre (2) s’écrit :
¿ 1
Y*= C0+cY*+I0 Y = (C + I )
1−c 0 0
D
Y=C+I
D=C+I=cY+C0+I0
72
45°
6.2.3 L’équilibre sur le marché de l’emploi
L’équilibre macroéconomique keynésien sur le marché des biens et services qui s’exprime par
Y=C+I n’implique pas nécessairement un équilibre de plein emploi sur le marché du travail.
a- La demande de travail
Dans la théorie keynésienne, la demande de travail par les entreprises dépend du niveau de la
demande effective.
Ainsi, contrairement au modèle néo-classique dans lequel le chômage est volontaire, le
chômage keynésien est essentiellement involontaire, et son intensité dépend du niveau de la
demande effective et du volume de production qui en résulte.
A partir de la fonction de production de courte période Y=f(L) et pour un stock de capital
constant, on peut obtenir le niveau de la demande de travail Ld.
Le marché des biens et services permet de calculer la demande effective (revenu d’équilibre)
Y*. La fonction de production détermine alors le niveau L d de l’emploi offert par les
entreprises (demande de travail).
Y*
Y=f(L)
Ld L
Figure : Demande de travail
b- L’offre de travail
73
Pour Keynes, l’offre de travail des travailleurs dépend du salaire nominal. Pour un salaire
nominal W donné, au-dessus d’un niveau plancher W0, tous les offreurs de travail cherchent à
s’employer : on peut considérer qu’à court terme, l’offre de travail L 0 est donnée, car elle
dépend de variables qui n’évoluent qu’à long terme, telles que la population, par exemple. La
figure suivante montre une offre de travail parfaitement rigide par rapport au salaire nominal
(droite verticale).
W
W°
L° L
Figure : Offre de travail
La figure ci-dessous montre que le chômage peut être résorbé par une augmentation du revenu
d’équilibre (demande effective) qui passe de Y* à Yp.e (revenu de plein emploi).
En effet, pour une demande effective égale à Y p.e, l’offre de travail est égale à la demande de
travail (L0=Ld soit L0-Ld=0), c.-à-d. qu’on a atteint le plein-emploi.
W
Chômage
W°
Ld L° L
Y 74
Yp.e
6.2.4 L’équilibre du marché de la monnaie
L’équilibre monétaire est le résultat de la rencontre entre une offre de monnaie mise en
circulation dans l’économie par les autorités monétaires et d’une demande de monnaie
provenant de l’ensemble des agents économiques non financiers (principalement les ménages
et les entreprises) pour satisfaire leur préférence pour la liquidité.
75
Le coefficient h est égal à l’inverse de la vitesse-revenu V de circulation de la monnaie
(h=1/V=taux de liquidité). En accord avec la pensée néo-classique, Keynes considère que V
(ou h) est constant à court terme. Il s’ensuit que : Mt=L1(Y) =h.Y
* Calcul du prix d’une obligation : Sur le marché financier, il existe une relation
inverse entre le cours des obligations et le taux d’intérêt.
Pour une rente perpétuelle (obligation dont la date de remboursement n’est pas fixée
lors de l’émission), le prix P de l’obligation à une époque donnée où le taux d’intérêt
du marché est i, est donnée par la formule :
i0
P= F
i
i0, taux d’intérêt nominal d’émission (fixe) et F la valeur nominale d’émission (ou
encore valeur faciale).
i1
Trappe à liquidité
i2
0
On peut distinguer trois parties dans l’évolution de
MdM d en
=M t+Mfonction
s de i
- Pour i>i1, Md est représentée par une portion de droite verticale (la demande de monnaie est
totalement inélastique au taux d’intérêt) : c’est la vision néo-classique ;
- Pour i2<i<i1, Md est représentée par une courbe décroissante plus ou moins élastique au taux
d’intérêt : c’est la vision keynésienne ;
76
- Pour i<i2, Md est représentée par une droite horizontale (la demande de monnaie est
parfaitement élastique au taux d’intérêt) : trappe à liquidité.
Le niveau du taux d’intérêt au-dessous duquel la préférence pour la liquidité est totale,
détermine la trappe à liquidité (ou trappe monétaire). Dans ce cas, toute injection
supplémentaire de monnaie dans l’économie ne ferait qu’augmenter le montant de monnaie
thésaurisée et serait sans effet sur le taux d’intérêt.
La trappe à liquidité s’explique par le fait que si le taux d’intérêt devient trop faible (Keynes
indique un niveau de l’ordre de 2% ou 3%), les agents n’éprouvent plus le besoin d’acheter
des titres financiers dont le taux de rendement serait très bas. Aussi, ils préfèrent conserver
des encaisses monétaires, car ils estiment certaine la hausse du taux d’intérêt : la préférence
pour la liquidité est alors parfaite, c’est-à-dire que la demande de monnaie spéculative est
infiniment élastique par rapport au taux d’intérêt.
b- L’offre de monnaie
L’équilibre du marché de la monnaie est obtenu lorsque l’offre de monnaie Mo est égale à la
demande de monnaie Md
i
Mo=Md
i1
i2 Md
0 M0 M01 M
Figure : Equilibre sur le marché monétaire
L’augmentation de l’offre de monnaie par les autorités monétaires qui n’atteindrait pas la
trappe à liquidité provoque une baisse du taux d’intérêt si la demande de monnaie reste
constante.
Le secteur réel et le secteur monétaire sont reliés par le taux d’intérêt. Le taux d’intérêt
tout comme le revenu national influence et est influencé en retour par les activités
77
économiques tant dans le secteur réel que le secteur monétaire. Il revient dans le modèle IS-
LM de déterminer le taux d’intérêt d’équilibre correspondant au revenu d’équilibre (les prix
étant maintenus constants) qui réalisent simultanément l’équilibre sur le marché des biens et
services et sur le marché monétaire.
Pour rendre compte de l’interdépendance du secteur réel de l’économie et du secteur
monétaire, nous allons utiliser le modèle IS-LM. Ce modèle a été initialement présenté par
John Richard Hicks en 1937. Le modèle fut définitivement popularisé au lendemain de la
guerre par l’économiste américain Alvin Hansen de sorte que le modèle Hicks-Hansen, ou
modèle IS-LM sera longtemps considéré comme la version formalisée des idées
keynésiennes.
6.3.1 Equilibre sur le marché des biens et services : la courbe IS
a)- Définition : La courbe IS représente le lieu de toutes les combinaisons du revenu national
et du taux d’intérêt pour lesquelles le marché des biens et services est en équilibre.
Quadrant 1 r Quadrant 4
r
r2
r1 IS
I2 I1 Y2 Y1 Y
I
S S
I=S
S1 S=sY-C0
S2
45°
I2 I1 I Y2 Y1 Y
Quadrant 2 Quadrant 3
Il y a dans le fond de cette figure, une relation inverse entre le taux d’intérêt et le revenu
national qu’il convient de mettre en relief et qui fonde l’équilibre fondamental.
Y=C0+cY+I(r)
78
Cette équation contient les couples (Y E, rE) qui maintiennent l’équilibre sur le marché des
biens et services. L’accroissement des taux d’intérêt entraîne une diminution des
investissements. Ce qui entraîne par conséquent une baisse de la demande globale. Ceci
permet d’établir une relation inverse entre revenu national et taux d’intérêt. Le lieu de tous les
couples d’équilibre forment la courbe IS.
r
1)- D’abord à travers l’effet (1)
I
r
2)- Ensuite l’effet de C (2)
- Lorsque le taux d’intérêt augmente, il devient plus cher d’emprunter pour consommer.
Comme les biens durables de consommation sont généralement achetés à crédit, lorsque le
taux d’intérêt augmente, la demande de consommation de biens durables diminue, donc le
niveau de consommation diminue.
- Lorsque le taux d’intérêt augmente, cela veut dire que les revenus escomptés sur l’achat de
titres augmentent. Pour bénéficier de cet avantage, toute personne sera tentée d’épargner plus
et à consommer moins.
Soit le modèle
iy=propension marginale à investir en
Y=C+I (1)
fonction du revenu ;
C=Co+cY (2)
ir=propension marginale à investir en
fonction du taux d’intérêt.
I=Io+iyY+irr (3)
Y=Co+cY+Io+iyY+irr
1
Y= (C + I + i r )
1−c−i Y o o r
Co + I o ir '
Y= + r (Ceci est l équation de la courbe IS)
1−c−i y 1−c−i y
79
Y se présente sous forme d’équation Y =A+bx
Co+ I o ir
Avec : A= et b=
1−c−i y 1−c−i y
∂y ir
= < 0 puisque i r <0
∂ r 1−c−i y
La pente de IS dépend de la façon de spécifier le modèle.
a) Définition : La courbe LM représente le lieu des couples (r,Y) pour lesquels le marché
monétaire est en équilibre (le prix étant maintenu constant).
La courbe LM est une relation entre le taux d’intérêt et le revenu national donnant l’équilibre
de la demande et de l’offre de monnaie (l’offre de monnaie étant une donnée).
r Quadrant 1 r Quadrant 4
LM
r2
r1
M2=L2(r)
M2 Y1 Y2 Y
M1 M1
M1=L1(Y)
M12
M11
M21 M22 M2 Y1 Y2 Y
Quadrant 2 Quadrant 3
soit :
80
Mo=offre de monnaie en valeur nominale
R
M =demande réelle de monnaie
s
M =offre r é elle de monnaie donn é e
mr=propension marginale à demander la monnaie par rapport au taux d’intérêt,
Mo S
=M (2)
P
M A+mrr+myY= M S (3)
S
M −M A mr
Y= -m r
my y
∂ y −mr
= >0 car mr ˂0
∂r my
{
(1)
Y C I G
= + +
P P P P
(2)
Secteur des
biens et services
C
P
=ƒ
Y
P ( ); ƒ' Y ˃0
P
I (3)
¿ =g ( r ) ; g ' r <0
P
G G
P
= ( )
P 0
(4)
Dans le secteur monétaire la demande de monnaie en terme réel est fonction du revenu
réel. L’agent fonde sa demande de monnaie sur le pouvoir d’achat de ses encaisses. D’autre
part, le taux d’intérêt intervient comme un coût alternatif. Plus le taux d’intérêt est élevé, plus
81
les encaisses désirées (pour le motif de spéculation) diminuent. Si M d est la demande
nominale de monnaie on a :
( )
d
M Y
=L , r
P P
L ' Y / P > 0;
L 'r < 0
A l’équilibre monétaire on a :
d
M =M
Le secteur monétaire est représenté par le système :
{ ( )
Md Y
=L ,r (5)
Secteur monétaire P P
M 0=M ( 6)
d
M =M 0 (7)
Le système des 7 relations donnant l’équilibre simultané dans le secteur des biens et
services et le secteur monétaire, a 8 variables : Y, C, I, G, r, P, Mo, M .
d
r LM(P0)
IS
Y
P
82
M
Pour un niveau des prix (Po) et pour un stock réel de monnaie P donnés, la relation
o
Mais à chaque niveau de prix correspond pour un stock nominal de monnaie donné, un
stock réel de monnaie différent, donc une autre courbe d’équilibre monétaire LM. Par
exemple, si le niveau des prix s’élève de P o à P1, le stock réel de monnaie diminue ; le lieu des
points (Y/P, r) d’équilibre monétaire se trouve sur une courbe LM (P 1) situé au-dessus de la
courbe initiale LM(Po). Pour le voir, supposons que le taux d’intérêt ne soit pas modifié (r =
ro) ; les encaisses de spéculation restent alors identiques. Comme le stock réel de monnaie a
baissé, pour que l’équilibre monétaire soit préservé, il faut que les encaisses de transactions
diminuent, donc que le revenu réel diminue. Ce raisonnement est évidemment vrai en tous
points de la courbe LM.
LM (P1¿ ; P 1> P0
r
LM ( P0 ¿
r0
IS
Y
P
( YP )
1
( YP )
0
Keynes part d’un tout autre point de vue ; il cherche à prouver qu’il peut y avoir un
équilibre durable de sous-emploi. Contrairement aux néo-classiques qui supposent un niveau
de revenu donné et constant, dans l’analyse keynésienne le niveau du revenu devient une
variable endogène. En revanche, pour Keynes le niveau des prix est supposé constant à court
terme : P = Po.
Le système précédent des 7 équations d’équilibre réel et monétaire est alors soluble
parce qu’on supprime une variable (P = Po) : il y a 7 équations et 7 inconnues. Ecrivons les
variables en terme réel :
83
Y C I G
= y ; =c ; =i; =g
P P P P
Md M0 M
=md ; =m0 ; =m
P P P
IS
6.3.5 Tests de l’efficacité des politiques budgétaire et monétaire à l’aide des courbes
IS-LM
Nous allons examiner l’opportunité de l’emploi de la politique budgétaire ou de la
politique monétaire. A cet effet, on raisonnera dans le modèle IS-LM en terme réel c’est-à-
dire avec un niveau des prix donné. On rappelle que dans ce schéma la politique budgétaire
apparaît dans le paramètre G et la politique monétaire dans M . Leur impact respectif sur
l’équilibre macroéconomique dépend de la forme des fonctions de comportement. Dans
84
certains cas, la politique budgétaire a une grande efficacité conjoncturelle que la politique
monétaire. On les nomme « les cas keynésiens » car les keynésiens préconisent l’usage de la
politique budgétaire.
On a le système suivant en valeur réelle (les relations sont linéaires pour simplifier) :
{
Secteur des Y =C + I +G
biens et C=aY +b ; 0< a<1
services I =I 0
G=G0
IS a pour équation :
b+ I 0 +G0
Y= ( IS ) C’est une droite verticale.
1−a
{
Secteur Md=αY −βr ; α >0 ; β >0 ;
monétaire M 0=M
Md =M 0
LM a pour équation :
M + βr
Y= ( LM )
α
Comme IS est verticale, la politique monétaire d’accroissement de la quantité de monnaie qui
déplace LM vers le bas est inefficace : l’effet de la politique monétaire sur le taux de l’intérêt
ne se répercute pas sur l’investissement. En revanche, la politique budgétaire qui déplace IS
vers la droite a un effet multiplicateur maximum.
r I’S’
IS LM
Politique
budgétaire L’M’
Politique
monétaire
Y Y’ Y
85
Les économistes keynésiens qui considèrent que l’investissement est inélastique au
taux d’intérêt préconisent la politique budgétaire aux dépens de la politique monétaire qui n’a
pas d’impact sur la conjoncture.
L’équilibre keynésien montre que la modification de la politique budgétaire modifie la
dépense et donc le revenu d’équilibre. On constate donc que la hausse des dépenses publiques
déplace vers la droite la courbe IS.
Aussi, une baisse des impôts induisant une hausse de la dépense et du revenu, déplace
également vers la droite la courbe IS.
Toute réduction des dépenses publiques ou hausse des impôts réduit le revenu et
déplace donc vers la gauche la courbe IS.
En synthèse les modifications de la politique budgétaire qui accroissent la demande de
biens et services déplacent la courbe IS vers la droite. Les modifications de la politique
budgétaire qui réduisent la demande de biens et services déplacent la courbe IS vers la
gauche.
b- La situation « néo-classique »
La courbe LM se trace pour une offre donnée d’encaisses monétaires réelles. Si les
encaisses réelles varient, sous l’effet par exemple d’une modification de l’offre de la monnaie
décidée par la banque centrale, la courbe LM se déplace.
Avec les relations de comportement utilisées précédemment, l’équilibre sur le marché
de la monnaie est tel que :
{
Md =αY
M 0 =M
Md=M 0
M
Y= (LM)
α
La courbe LM est alors verticale. Aussi, la politique budgétaire est inefficace, alors
que la politique monétaire a un impact maximum.
On doit attribuer ce résultat à l’absence, dans ce cas, d’interdépendance entre les deux
secteurs par l’intermédiaire du taux d’intérêt. Si on augmente les dépenses publiques, comme
l’offre de monnaie est constante et que la demande de monnaie spéculative est nulle, il ne peut
pas y avoir d’encaisses de transactions supplémentaires pour permettre au revenu de croître ;
le revenu reste au même niveau. Dans la demande globale, les dépenses publiques ont
augmenté aux dépens des investissements qui ont décru avec la hausse du taux de l’intérêt.
Au contraire si on augmente la quantité de monnaie, cela se répercute en totalité sur les
encaisses de transactions. L’effet de la quantité de monnaie est maximum.
86
r LM L’M’
Politique
budgétaire Politique
monétaire
I’S’
IS
Y Y’ Y
Dans cette partie, l’investissement n’est plus inélastique au taux d’intérêt r comme l’a
exprimé Keynes, et la demande de monnaie n’est plus seulement fonction du revenu comme
l’ont exprimé les néoclassiques.
Dans un premier cas, nous chercherons à apprécier l’impact d’une hausse des dépenses
publiques ΔG. Pour tout taux d’intérêt donné, cette modification de la politique budgétaire,
1
selon le multiplicateur keynésien accroît le niveau de revenu de ΔG
1−c
Par conséquent, la courbe IS se déplace proportionnellement vers la droite. La hausse des
dépenses publiques accroît tant le revenu que le taux d’intérêt (Cf. figure ci-dessous).
r LM
B
r2
A
r1 IS2
IS1
Y1 Y2 Y
87
Figure : Une hausse des dépenses publiques dans le modèle IS-LM
Cherchons maintenant à apprécier l’impact d’une baisse des impôts ΔT. Cette baisse accroît
c
le niveau de revenu de Δ T . En conséquence, la courbe IS se déplace
1−c
proportionnellement vers la droite. La réduction fiscale accroît à la fois le revenu et le taux
d’intérêt (Cf. figure ci-dessous).
r LM
B
r2
A
r1
IS2
IS1
Y1 Y2 Y
Figure : Une baisse des impôts dans le modèle IS-LM
Selon la théorie de la préférence pour la liquidité, pour tout niveau donné de revenu, un
accroissement des encaisses monétaires réelles induit une baisse du taux d’intérêt. En
conséquence, la courbe LM se déplace vers le bas. Le modèle IS-LM indique qu’une hausse
de l’offre de monnaie réduit le taux d’intérêt, ce qui, à son tour, stimule l’investissement et
induit une expansion de la demande de biens et de services.
LM1
r
LM2
A
r1
B
r2
IS
Y1 Y2 Y
Dans les cas précédents, nous avons analysé les impacts isolés de l’une des deux politiques.
Cependant, il faut reconnaître que les deux politiques ne sont pas toujours indépendantes
88
l’une de l’autre. Si une modification de l’une des deux politiques affecte l’autre, cela peut
avoir un impact sur le résultat qui est attendu.
Considérons par exemple que l’on cherche à réduire le déficit budgétaire par la hausse des
impôts. Quel effet peut-on attendre d’une telle politique sur l’économie? Selon le modèle
IS-LM, la réponse dépend de la réaction de la banque centrale à la hausse des impôts. LM1
Supposons trois cas de réaction de la banque centrale :
r r
LM r
LM2 LM2
LM1
r1 r1
r1=r2
r2
IS1 r2 IS1
IS1
IS2 IS2 IS2
Y2 Y1 Y Y2 Y1 Y1=Y2 Y
Y
(a) : La banque centrale (b) : La banque centrale
(c) : La banque centrale
maintient constante l’offre maintient constant le taux maintient constant le revenu
de monnaie d’intérêt en réduisant en accroissant l’offre de
l’offre de monnaie monnaie
Figure : La réaction de l’économie à une hausse des impôts
A l’aide du modèle IS-LM, nous montrons que le revenu national diminue lorsque les prix
augmentent. C’est cette relation qu’exprime la pente négative de la courbe de demande
agrégée.
(a) Le modèle IS-LM
r
P
LM(P2) P2> P1 (b) La courbe de demande
agrégée
LM(P1)
P2
P1
IS
DA
Y2 Y1 Y Y2 Y1 Y
89
Commentaire : La figure (a) représente le modèle IS-LM : la hausse du niveau de prix de
P1 à P2 réduit les encaisses monétaires réelles et déplace vers le haut la courbe LM. Ce
glissement de la courbe LM diminue le revenu de Y1 à Y2.
La figure (b) représente la courbe de demande agrégée qui synthétise cette relation entre
niveau des prix et revenu : plus le niveau des prix est élevé, plus est faible le niveau du
revenu.
Nous avons jusqu’à présent étudié les politiques économiques dans le cadre des économies
fermés, or la plupart des économies mondiales sont des économies ouvertes, ce qui veut dire
qu’elles exportent une partie des biens et services qu’elles produisent et qu’elles importent
certains des biens et des services qu’elles consomment. En outre, les économies ouvertes
empruntent et prêtent sur les marchés financiers internationaux.
Ce chapitre étudie le comportement à court terme des économies ouvertes. Le premier objectif
est de comprendre comment les politiques monétaires et budgétaires influencent le revenu
agrégé en économie ouverte. A cette fin, nous élaborons le modèle de Mundell-Fleming, qui
est la version du modèle IS-LM applicable en économie ouverte.
Les deux modèles font l’hypothèse que le niveau des prix est donné pour étudier les sources
de fluctuation du revenu agrégé. De même, tous deux mettent en avant l’interaction entre
marché des biens et services et marché monétaire. La seule différence entre les deux est
que le modèle IS-LM représente une économie fermée alors que le modèle Mundell-
Fleming décrit une économie ouverte.
L’une des grandes leçons du modèle Mundell-Fleming est que le comportement d’une
économie est fonction du système de taux de change qu’elle adopte (taux de change fixe ou
flottant).
Y=C0+c(Y-T)+I(r)+G+NX(e) IS
M
=L(r ,Y ) LM
P
90
Le taux de change réel ε est le prix relatif des biens entre deux pays. Il nous dit à quel
taux il est possible d’échanger des biens d’un pays contre les biens d’un autre. On l’appelle
quelquefois termes de l’échange.
e. p
ε= ¿
p
P est le niveau des prix intérieurs, p* le niveau des prix étrangers.
Le modèle Mundell-Fleming ne fait pas de distinction entre taux de change nominal et réel car
il suppose que les prix sont donnés, donc les variations du taux de change réel sont
proportionnelles à celles du taux de change nominal.
7.1.2 Représentation graphique
La figure ci-dessous met en relation le revenu et le taux de change e. Le taux d’intérêt est
maintenu constant au niveau du taux d’intérêt mondial. Les équations qu’illustre cette figure
sont :
Y=C0+c(Y-T)+I(r*)+G+NX(e) IS*
M
=L(r∗, Y ) LM*
P
e
LM* La pente de la courbe IS* est négative
parce que la hausse du taux de change
diminue les exportations nettes et
ee donc le revenu agrégé.
IS*
Ye Y
Figure : Le modèle Mundell-Fleming
* Dérivation de la courbe IS
Pour obtenir graphiquement la courbe IS*, nous allons combiner la droite d’exportations
nettes et le diagramme à 45° de l’équilibre keynésien
E=c(Y-T)+I(r*)+G+NX(e2)
45°
NX(e2) NX(e1) NX Y2 Y1 Y
e
91
e2 (c) La courbe IS*
e1
Commentaire : La courbe IS* se dérive à partir de la courbe des exportations nettes
et du diagramme à 45° de l’équilibre keynésien. Le graphique (a) représente la courbe des
exportations nettes : la hausse du taux de change de e 1 à e2 réduit les exportations nettes de
NX(e1) à NX(e2). Le graphique (b) montre l’équilibre keynésien : la baisse des exportations
nettes de NX(e1) à NX(e2) réduit le revenu de Y1 à Y2. Le graphique (c) illustre la courbe IS*
qui synthétise cette relation entre taux de change et revenu : plus le taux de change est élevé,
plus est faible le niveau du revenu.
e LM*
e2
e1
IS*2
IS*1
Y
Figure : Une expansion budgétaire en régime de taux de change flottants
92
7.2.2 La politique monétaire
Supposons maintenant que la banque centrale accroît l’offre de monnaie. Le niveau des prix
étant supposé donné, cette hausse de l’offre monétaire se traduit par un accroissement des
encaisses réelles. En conséquence, la hausse de l’offre de monnaie accroît le revenu et
diminue le taux de change.
LM*1 LM*2
e1
e2
IS*
Y1 Y2 Y
Supposons que le gouvernement réduise la demande des biens importés en imposant sur ceux-
ci un droit de douane ou en les soumettant à un contingentement.
(b) La modification de l’équilibre
de l’économie
(a) Le déplacement de la
e courbe des exportations e LM*
nettes
e2
IS*2
NX2 e1
NX1 IS*1
Ye Y
NX
Figure : Une restriction des échanges en régime de taux de change flottants
Les politiques commerciales déclarées ont souvent pour objectif de modifier la balance
commerciale NX mais généralement elles n’y parviennent pas. Le déplacement de la courbe
des exportations nettes tend à accroître NX, mais la hausse du taux réduit proportionnellement
NX.
93
Cette section décrit le fonctionnement d’un système de taux de change fixes ainsi que
l’impact des politiques économiques sur les économies où il est mis en vigueur.
Lorsque les taux de change sont fixes, la banque centrale se tient en permanence prête à
acheter ou à vendre la monnaie nationale contre des devises à un prix préétabli.
Le simple fait de fixer le taux de change veut dire que le seul objectif qui reste à la politique
monétaire est de maintenir le taux de change au niveau annoncé (c-à-d au taux fixe).
e LM*
LM*
Taux de
change fixe
Taux de
change Taux de
d’équilibre change
d’équilibre
Taux de
change fixe
IS* IS*
Y Y
(a) Le taux de change est supérieur (b) Le taux de change est inférieur
au taux de change fixe au taux de change fixe
Figure : Réaction de l’offre de monnaie à la variation du taux de change
Au graphique (a), le taux de change d’équilibre est supérieur au taux de change fixe. Les
arbitragistes achètent des devises sur le marché des devises et les revendent à la banque
centrale pour acquérir la monnaie nationale en réalisant un profit. Ce processus accroît
automatiquement l’offre de monnaie, ce qui déplace vers la droite la courbe LM* et réduit le
taux de change.
Au graphique (b), le taux de change d’équilibre est inférieur au taux de change fixe. Les
arbitragistes achètent la monnaie nationale sur le marché des changes et les utilisent pour
acheter des devises à la banque centrale. Ce processus réduit automatiquement l’offre de
monnaie, en déplaçant la courbe LM* vers la gauche, ce qui accroît le taux de change.
Si la banque centrale s’efforce d’accroître l’offre de monnaie, en achetant par exemple des
obligations sur le marché, la courbe LM* se déplacera vers la droite, ce qui réduit le taux de
change. Mais comme la banque centrale s’est engagée à vendre et à acheter des devises à un
taux fixe, les arbitragistes ne tardent pas à lui vendre la monnaie nationale, ce qui ramène
l’offre de monnaie donc la courbe LM* à sa position initiale. En conséquence, la politique
monétaire conventionnelle n’a aucun impact en régime de taux de change fixes.
e LM*
Figure : Une expansion monétaire en
régime de taux de change fixes
94
Taux de
change fixe
IS*
7.3.3 La politique commerciale
Une réduction des importations à travers un contingentement ou un tarif douanier déplace vers
la droite la courbe des exportations nettes et donc également la courbe IS*. Le déplacement de
la courbe IS* tend à accroître le taux de change. Pour maintenir celui-ci inchangé, l’offre de
monnaie doit augmenter,
e ce qui
LM* 1
déplaceLM*
la courbe
2 LM* vers la droite.
Taux de
IS*2
change fixe
IS*1
Y
Figure : Une restriction des échanges en régime de taux de change fixes
Le résultat des politiques commerciales restrictives en régime de taux de change fixes est
différent de celui que l’on a constaté en régime de taux de change flottants. Dans les deux cas
les restrictions aux échanges déplacent la courbe des exportations nettes vers la droite, mais
au contraire de ce qui se passe en régime de taux de change flottants, avec des taux de change
fixes, cette restriction des échanges accroît les exportations nettes NX. La raison en est qu’en
régime de taux de change fixes, la restriction des échanges provoque une expansion monétaire
plutôt qu’une hausse du taux de change. A son tour l’expansion monétaire accroît le revenu
agrégé.
Flottants fixes
Impact sur :
Politique Y e NX Y e
NX
95
Expansion budgétaire 0
Expansion monétaire
Y=C0+c(Y-T)+I(r*)+G+NX(ε) IS*
M
=L(r∗, Y ) LM*
P
Une baisse du niveau des prix occasionne un accroissement du niveau des encaisses réelles,
alors la courbe LM* se déplace vers la droite. Le taux de change réel se déprécie et le niveau
d’équilibre du revenu augmente (Cf. graphique a). La courbe de demande agrégée synthétise
cette relation négative entre niveau des prix et niveau de revenu (Cf. graphique b).
Les politiques économiques qui accroissent le revenu dans le modèle Mundell-Fleming
déplacent la courbe de demande agrégée vers la droite, tandis que les politiques qui réduisent
le revenu Y déplacent la courbe de demande agrégée vers la gauche.
ε LM*(P1) LM*(P2)
IS*
Y1 Y2 Y
P
(b) La courbe de demande agrégée
P1
P2
DA
Y1 Y2 Y
La balance des paiements est un état statistique qui retrace, sous une forme comptable,
l’ensemble des flux d’actifs réels, financiers et monétaires entre les résidents d’une économie
et les non-résidents au cours d’une année.
Un paiement qui se traduit par une entrée de devises est inscrit au crédit (une exportation de
marchandises, une subvention versée par un Etat étranger, un investissement d’une entreprise
étrangère sur le territoire national, un achat d’actions ou d’obligations effectué par un
étranger sur le marché financier national, etc.). Inversement, les opérations qui entraînent une
sortie de devises vers l’extérieur sont inscrites au débit de la balance des paiements
(importations, transferts et mouvements de capitaux vers l’étranger). La différence entre les
crédits et les débits donne le solde de la balance des paiements.
Ce chapitre sera répartie en quatre sections dont la première sera consacrée à la présentation
de la balance des paiements, la seconde consacrée à l’analyse des variations des prix et des
revenus sur la balance des transactions courantes. Au niveau de la troisième section, nous
établirons un lien entre la balance des paiements et la création monétaire et finalement dans la
quatrième section nous donnerons une équation de la balance des paiements pour mettre en
exergue les facteurs qui l’influencent.
Les résidents sont les unités économiques qui ont un centre d’intérêt sur le territoire
économique. Le territoire économique comprend la Côte d’Ivoire, ses ambassades et consulats
à l’étranger, plus les détachements militaires ivoiriens à l’extérieur et les zones franches sous
contrôle ivoirien à l’extérieur.
97
8.1.1 Les Principaux Postes et les Soldes Significatifs de la Balance des Paiements
Les flux économiques et financiers entre résidents et non-résidents sont répartis dans la
balance des paiements en distinguant le compte courant, le compte de capital et le compte
financier.
Au total la balance des paiements reste ainsi subdivisée en un certain nombre de postes.
- les transferts courants: ils comprennent les dons, les transferts unilatéraux de fonds,
les transferts des administrations publiques aux institutions internationales telles que
l’ONU, ainsi que le rapatriement des mandats des travailleurs dans d’autres pays.
L’ensemble des transactions sur biens, services et revenus constitue la balance des
transactions courantes ou encore la balance des comptes courants.
b. Le compte de capital
Ce compte ne concerne pas les mouvements de capitaux, mais les transferts en capital, c.-à-d.
la contrepartie comptable des remises de dette ou annulation de créances, ainsi que les achats
(acquisition) ou vente (cession) d’actifs non financiers (droits d’auteur, brevets ou marques
commerciales).
* La somme du compte courant et du compte de capital représente la capacité de
financement de la nation (ou le besoin de financement s’il est négatif).
Le compte capital marque l’importance des problèmes liés à l’endettement des Etats.
98
c. Le compte financier
Il regroupe l’ensemble des mouvements de capitaux, c.-à-d. tous les flux liés aux avoirs et
engagements financiers. Il est ventilé en cinq rubriques, selon la nature des flux financiers :
- les investissements directs, ce poste regroupe l’ensemble des transactions sur valeurs
mobilières dont le but est d’acquérir une influence sur la gestion de l’entreprise émettrice. Par
convention, une opération d’investissement direct est établie dès qu’un investisseur détient
10% du capital social de l’entreprise investie. En deçà de ce seuil, les opérations sur titres sont
classées dans les investissements de portefeuille ;
- les investissements de portefeuille. Cette rubrique concerne l’ensemble des opérations sur
titres qui relèvent d’une logique de placement et non de contrôle de l’entreprise émettrice
(achat de titres qui peuvent être des titres du marché monétaire, des obligations, des
actions…) ;
- les autres investissements correspondent aux crédits commerciaux liés à des transactions sur
biens et services, ainsi que de l’ensemble des prêts et placements. Ceux-ci sont ventilés par
secteur : autorités monétaires, administrations publiques, secteur bancaire et autres secteurs ;
- les produits financiers dérivés (contrats à terme) qui sont des instruments de gestion des
risques : intérêts sur swaps, primes sur options, gains ou pertes sur contrats négociés sur les
marchés à terme ;
- les avoirs de réserve (avoirs en devises et l’or monétaire). Il s’agit de la variation des avoirs
et des engagements des autorités monétaires du pays à l’égard de l’étranger. Les avoirs de
réserve correspondent aux réserves officielles internationales des banques centrales.
* La balance de base = compte des transactions courantes + compte de capital + compte
financier (hormis Autres investissements et Avoirs de réserve).
Le dernier poste de la balance des paiements reste le poste erreurs et omissions qui permet
de redresser les déséquilibres dans la balance des paiements. En effet, la balance des
paiements est un document comptable constitué à partir de nombreuses sources. En pratique,
il y a toujours des approximations, des erreurs de mesures qui viennent fausser l’identité
fondamentale de la balance des paiements qui stipule que :
99
1.4 Transferts courants………………………………………
2. COMPTE CAPITAL
2.1 Transferts en capital……………………………………..
2.2 Acquisition et cession d’actifs non financiers (droits
d’auteur, brevets ou marques commerciales…)
3. COMPTE FINANCIER
3.1 Flux financiers…………………………………………..
- Investissements directs……………………………………
- Investissements de portefeuille……………………………
- Produits financiers dérivés…………………………………
- Antres investissements…………………………………….
3.2 Avoirs de
réserve………………………………………...
4. ERREURS ET OMISSIONS……………………………
Exercice d’application
On vous donne les informations suivantes, en milliards de francs CFA, concernant une
économie Y ouverte sur l’extérieur :
- Les sociétés ont vendu des biens à des non-résidents pour 1325, elles ont acheté à ces
non-résidents des consommations intermédiaires pour 1030 et des biens d’équipement
pour 1382. Les produits importés ont été transportés par une société française pour
400 et assurés par une société ivoirienne pour 215 ;
- Des ménages non-résidents ont visité l’économie Y et y ont dépensé 923,
- Les administrations publiques ont reçu une aide budgétaire extérieure de 320,
- Les ménages ont acheté des actions des sociétés non résidentes pour 300,
- Les sociétés ont réalisé des investissements directs à l’étranger de 245, elles ont
également remboursé à des ménages non-résidents des obligations pour 75 et perçu
des intérêts sur des prêts en cours pour une valeur de 100,
- Les administrations publiques ont bénéficié d’une remise de dette des bailleurs
internationaux pour une valeur de 15 et d’un prêt des ménages pour une valeur de 24 ;
- Les entreprises d’assurance du pays Y ont prêté aux ménages à moyen terme 40.
- Les travailleurs émigrés de l’économie Y ont envoyé 840 F à leurs parents résidents
dans leur pays d’origine.
Travail à faire :
1) Enregistrez les opérations de la balance des paiements en donnant les principaux soldes.
REPONSES
1) Tableau: Balance de paiement de l’économie Y
100
1. COMPTE DES TRANSACTIONS COURANTES
1.1 Biens
* Exportations………………………………………………………….1 325
* Importations………………………………………………………… -(1 030+1 382)
Solde balance commerciale……………………………………………………. -1 087 (1)
1.2 Services
* Transports……………………………………………………………. -400
* Assurances…………………………………………………………… -215
* Tourisme……………………………………………………………… 923
Solde services……………………………………………………………………308 (2)
1.3 Revenus
* Intérêts…………………………………………………………………...100
Solde revenu……………………………………………………………………….100 (3)
1.4 Transferts courants
* Transferts publics…………………………………………………………….320
* Transferts privés……………………………………………………………..-840
Soldes transferts courants…………………………. ……………………………...-520 (4)
2. COMPTE CAPITAL
2.1 Transferts en capital…………………………………………………………….15 (5)
3. COMPTE FINANCIER
3.1 Flux financiers
* Investissements directs………………………………………………….. -245
* Investissements de portefeuille…………………………………………. -300
* Remboursements………………………………………………………… -75
Solde flux financier…………………………………………………………………-620 (6)
Solde de la balance des paiements……………………. ….(1)+(2)+(3)+(4)+(5)+(6)=-1804
Dans les deux (2) cas, la monnaie nationale sera dévaluée, celle-ci va augmenter le prix des
importations et réduire le prix des exportations, ce qui signifie une réduction du volume des
importations et une augmentation du volume des exportations, d’où une amélioration du solde
de la balance commerciale.
101
a- Taux de couverture = Exportations de biens / Importations de biens.
b- Degré d’ouverture = (Exportations de biens et services + Importations de biens et services) / PIB
c- Taux de pénétration = Importations/Demande intérieure
= Importations/ (PIB+ Importations – Exportations)
d- Effort d’exportation = Exportation/PIB
e- Taux de capacité de financement = Capacité (ou besoin) de financement /PIB
Une baisse du taux de change nominal e indique une dépréciation (en régime de change
flexible) ou une dévaluation (en régime de change fixe) de la monnaie nationale. Inversement,
une augmentation de e implique une appréciation ou une réévaluation de la monnaie
nationale.
eP
Le taux de change réel e R = ¿ est le nombre d’unités de bien étranger obtenu avec une unité
P
de bien national.
102
8.2.2 Impact du revenu national sur la balance commerciale
Toutes choses égales par ailleurs, une hausse du revenu national dégrade la balance
commerciale parce qu’elle élève les importations. On se situe dans le cas d’une « petite »
économie, donc en ignorant les répercussions internationales.
- Si l’expansion du revenu est provoquée par une augmentation de la demande intérieure, par
exemple par une hausse des dépenses gouvernementales, les importations augmentent, la
balance commerciale se dégrade, et ceci d’autant plus que la propension à importer est élevée,
ou que l’économie est plus ouverte sur l’extérieur.
1
dXn=-mdY avec dY = dG
1−c +m
dX n −mdG
=
donc dG 1−c+ m
dG
dX n −m
soit = <0 (Cf cours sur multiplicateur du commerce extérieur au chapitre 5).
dG 1−c +m
- Si l’expansion du revenu est provoquée par une augmentation des exportations (dX>0),
consécutive elle-même à une hausse de l’activité à l’étranger (dY*>0), la balance
commerciale s’améliore :
1
dXn=dX-mdY avec dY = dX
1−c +m
dX n dX 1
= −m dX
donc dX dX 1−c +m
dX
dX n m
=1−
dX 1−c+m
dX n 1−c +m−m
=
dX 1−c+ m
dX n 1−c
= >0
dX 1−c +m
Les importations progressent du fait de la hausse du revenu, mais d’un montant plus faible
que l’augmentation des exportations.
L’importance de ces effets dépend des élasticités-revenus des importations et des
exportations, l’une jouant négativement et l’autre positivement.
8.2.3 L’impact d’une variation du taux de change sur la balance commerciale
8.2.3.1 Les élasticités critiques : la condition de Marshall-Lerner
L’effet global d’une dépréciation de la monnaie nationale est la résultante de deux effets de
sens contraire :
103
- effet favorable : la baisse du taux de change améliore la compétitivité prix des produits
nationaux, ce qui augmente le volume des exportations (X) et réduit le volume des
importations (M) ;
- effet défavorable : la réduction du taux de change, en élevant le prix en monnaie nationale
¿
P
des produits étrangers ( ¿ augmente la valeur des importations.
e
Au total, l’amélioration est d’autant plus probable que les volumes réagissent davantage à la
variation de prix relatif induite par la dévaluation, donc que les élasticités prix des
exportations et des importations sont plus élevées, d’où le théorème des élasticités critiques
encore appelée condition de Marshall-Lerner qui indique que :
Si initialement, la balance commerciale est équilibrée, une dévaluation (dépréciation) de la
monnaie nationale améliore la balance commerciale à condition que la somme des valeurs
absolues des élasticités prix des demandes d’exportations et d’importations soit supérieure à
l’unité.
|ℇ X|+|ℇ M|> 1
Il importe de noter que ce théorème n’est vérifié que sous l’hypothèse d’une parfaite élasticité
de l’offre de biens et services, à l’intérieur comme à l’étranger. C’est-à-dire que les
mouvements de la demande sont suivis de mouvements équivalents et instantanés de l’offre.
8.2.3.2 La courbe en J
Un retard d’adaptation des quantités exportées et importées à la variation des prix relatifs
induite par la baisse du taux de change implique que les dévaluations et les dépréciations sont
suivies d’une dégradation du solde commercial, puis, après un délai variable pouvant dépasser
l’année, un redressement.
Solde Le profil d’évolution évoque un J majuscule.
commercial
O Temps
Figure : Courbe en J
La monnaie est créée par les banques qui, à la demande des agents non financiers,
transforment en monnaie scripturale trois types de créances : créances sur le trésor public,
crédits à l’économie, créances sur l’étranger.
Les créances sur le Trésor et les crédits à l’économie constituent ensemble le crédit interne à
la nation (CIN).
Les créances sur l’étranger sont constituées par tous les moyens de paiement internationaux
détenus par le système bancaire (y compris la banque centrale) ; il s’agit des réserves de
change (RES).
La monnaie M=CIN+RES (1)
∆ M ≡ ∆ CIN + ∆ RES (2)
Cette approche monétaire permet de préciser l’une des différences entre changes fixes et
changes flexibles. En régime de changes fixes, les réserves de change variaient en réaction
aux mouvements des marchés des changes, alors qu’elles restent inchangées en régime de
changes flexibles ; par conséquent, la masse monétaire varie dans le premier cas alors qu’elle
reste constante dans le second. L’obligation de défendre une parité stable donne en théorie la
politique monétaire moins indépendante qu’en régime de changes flottants.
Par ailleurs, on peut à présent mieux comprendre les dangers d’un excédent prolongé de la
balance des paiements en régime de changes fixes.
D’une part, l’excédent entraîne un gonflement de RES et après conversion des devises, un
développement de la masse monétaire qui peut alimenter l’inflation.
105
les besoins intérieurs. A la limite, l’excédent maximum est atteint quand la dépense intérieure
est nulle et que tout le produit intérieur est destiné aux étrangers !
Si la balance globale (balance des règlements officiels) qui est la somme de la balance des
transactions courantes (BTC) et de la balance des mouvements de capitaux non monétaires
(BCA) est excédentaire, cela signifie que la résultante des échanges, des transferts et des
mouvements de capitaux est une entrée nette de devises dans le pays. Ces devises se
retrouvent dans les réserves de change détenues par les banques ou par la banque centrale :
un solde positif de la balance globale entraîne une augmentation d’un montant équivalent des
réserves de change privées ou publiques. Inversement, un déficit de la balance globale
implique une sortie nette de devises et donc une diminution des réserves de change pour un
montant équivalent. La variation des réserves de change du pays est donc égale au solde de la
balance globale : ∆ S RE= BTC + BCA
BP=BTC+BCA
BP=X-M+RnRDM+BCA
Nous pouvons écrire cette équation sous une forme linéaire comme suit :
106
A l’équilibre, BP=0, soit :
D C BP
i2
A
i1 B
Zone de déficit
0
Y1 Y2 Y
Inversement, en partant toujours du point A, une hausse du taux i de i 1 à i2 entraîne des entrées
de capitaux étrangers qui améliorent le solde de BCA, on se trouve en D, dans la zone
d’excédent global. Pour préserver l’équilibre global des comptes extérieurs, il faut donc un
déficit compensatoire du solde des opérations courantes, ce qui implique une hausse du
revenu Y.
107
CHAPITRE 9 : LES THEORIES DU COMMERCE INTERNATIONAL
Les théories du commerce international cherchent à expliquer les flux d’échanges entre
nations ainsi que leur avantage à la spécialisation. Au sens strict, le commerce international
concerne toutes les opérations de vente et d’achat de marchandises réalisées entre espaces
économiques nationaux. Les exportations et les importations sont mesurées en volume ou en
valeur, puis enregistrées dans la balance commerciale. Au sens large, le commerce
international inclut un grand nombre de transactions internationales (services : assurances,
tourisme) comptabilisées dans la balance des transactions courantes, puis dans la balance des
paiements. Depuis quelques décennies, l’internationalisation des économies a engendré un
vaste mouvement, appelé mondialisation. A côté des flux de biens et services, on assiste à la
montée en puissance des firmes multinationales, des flux d’investissements à l’étranger (IDE)
et de la finance internationale.
Traditionnellement, la théorie économique renvoie aux travaux d’Adam Smith, David Ricardo
et au théorème Heckscher – Ohlin – Samuelson (HOS) pour expliquer les avantages de la
spécialisation. Les études empiriques tendent toutefois à relativiser ces conclusions
théoriques. Si certains échanges correspondent effectivement à l’existence d’avantages,
d’autres constituent au contraire des paradoxes. Cette indétermination théorique a relancé le
108
débat amorcé au 16ème entre les tenants du libéralisme économique et les partisans du
protectionnisme.
Dans son ouvrage « Recherches sur la nature et les causes de la Richesse des Nations »,
Adam Smith (1776) souligne que chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les productions
où il possède un avantage absolu en matière de productivité (les coûts absolus de production
sont plus faibles que ceux des autres pays) et à acquérir à l’étranger les produits où il est en
infériorité absolue (toujours en matière de productivité).
C AX
Soit le coût de production du bien X dans le pays A.
C BX
Soit le coût de production du bien X dans le pays B.
C YA
Soit le coût de production du bien Y dans le pays A.
C BY
Soit le coût de production du bien Y dans le pays B.
Supposons que les performances des entreprises dans les deux (2) pays soient telles que :
C AX <C BX
C YA <C BY
Selon Adam Smith le pays B devrait acheter les deux (2) produits X et Y au pays A dont les
coûts absolus de production sont plus faibles pour les deux (2) biens. Autrement dit le pays A
va produire les deux (2) biens et le pays B va importer les deux (2) biens : l’échange ne sera
pas mutuellement avantageux. La théorie de l’avantage absolu ne peut donc expliquer à elle
109
seule qu’une partie du commerce international. Le problème se pose en effet lorsque des pays
ne possèdent pas d’avantages absolus. D’où la référence à la théorie des avantages
comparatifs de David Ricardo.
9.1.2 La théorie des avantages comparatifs de David Ricardo
Dans son ouvrage « Principes de l’économie politique et de l’impôt », David Ricardo
(1817) avance que l’échange est souhaitable même dans des situations où il n’existe pas
d’avantages absolus. Pour lui si on prend en compte les coûts relatifs, c'est-à-dire les rapports
de prix, alors chaque pays pourra produire un des biens et l’échange sera mutuellement
avantageux.
Pays
Gambie Mauritanie
Produits
Donc le rendement d’une heure de travail est plus productif pour la Gambie que pour la
Mauritanie. La Gambie dispose donc d’avantages absolus sur les deux (2) biens, selon Adam
Smith. Autrement dit la Mauritanie devrait importer les deux (2) biens de la Gambie et
l’échange ne serait pas mutuellement avantageux.
- Gambie :
→ ⇒
1 heure 6 tonnes de fer 6 t de fer = 3 t d’arachide
110
→ 1
1 heure 3 tonnes d’arachide
⇔ 2
1 t de fer = t d’arachide
- Mauritanie
1 heure→ 1 tonne de fer ⇒ 1 t de fer = 2 t d’arachide
Nous constatons qu’en Gambie pour produire une tonne de fer il faut renoncer à produire
une demi-tonne d’arachide.
En Mauritanie pour produire la même tonne de fer il faut renoncer à produire deux tonnes
d’arachide.
Selon Ricardo, le coût relatif du fer en termes d’arachide est beaucoup plus faible en
Gambie comparativement à la Mauritanie. Donc la Gambie devra se spécialiser dans la
production du fer et la Mauritanie dans la production de l’arachide : l’échange sera
mutuellement avantageux.
Toutefois, comme le souligne John Stuart Mill (1848), cette spécialisation (sur la base des
avantages comparatifs) n’est favorable que si la demande étrangère de produits nationaux est
suffisante. Si en effet, la demande d’arachide en Gambie est faible, l’échange risque d’être
défavorable pour la Mauritanie.
Exercice d’Application
On vous donne les informations suivantes concernant les coûts de production en heure de
travail d’une tonne de coton et d’une tonne de riz dans deux pays A et B :
Pays
A B
Produits
Travail à faire :
Solutions
111
1) D’après la thèse d’Adam Smith, c’est le pays B qui dispose d’avantages absolus dans la
production des deux biens. Autrement dit le pays B dispose des coûts absolus les plus faibles
dans la production des deux biens (riz et coton). Le pays A devra donc importer les deux
biens et l’échange ne sera pas mutuellement avantageux.
2) Chez Ricardo chaque pays devra se spécialiser dans la production du bien pour lequel il
supporte le coût relatif le plus faible.
Pays A :
1
1 1
1t de coton→ 16h⇒ 1h→ 16 t de coton ⇒ 16 t de coton = 24 t de riz
1
2
1t de riz→ 24h⇒ 1h→ 24 de t de riz ⇔ 1 t de coton = 3 t de riz
2
Coût relatif du coton en terme de riz dans le Pays A : 1 t de coton = 3 t de riz
Pays B :
1 1 1
1t de coton→ 8h⇒ 1h→ 8 t de coton ⇒ 8 t de coton = 6 t de riz
1 4
1t de riz→ 6h⇒ 1h→ 6 de t de riz ⇔ 1 t de coton = 3 t de riz
4
Coût relatif du coton en terme de riz dans le Pays B : 1 t de coton = 3 t de riz
2
Nous constatons que le prix relatif du coton en terme de riz dans le pays A ( 3 ) est inférieur
4
au prix relatif du coton en terme de riz dans le pays B ( 3 ). Donc le pays A devra se
spécialiser dans la production du coton et le pays B dans la production du riz selon la thèse de
Ricardo. De plus nous constatons que le prix international se situe dans l’intervalle borné par
2 4
les prix relatifs déterminés en situation d’autarcie, en effet : 3< 1< 3 , l’échange sera donc
mutuellement avantageux.
- pays A :
* 1 t de coton → 16h
* 1 t de riz → 24h
- Pays B :
112
* 1 t de Coton → 8h
*1 t de Riz → 6h
Total → 54h
- pays A :
* 1 t de coton → 8h
*1 t de riz → 6h
- Pays B :
* 1 t de Coton → 8h
*1 t de Riz → 6h
Total → 28h
Chez Smith c’est le pays B qui se spécialise dans la production des deux biens, par
conséquent il produit sa propre consommation mais aussi celle du pays A, ce qui représente
un total de 28h de travail correspondant à une économie de travail de 26h.
- pays A :
* coton → 16h
* riz → 6h
- Pays B :
* Coton → 16h
* Riz → 6h
Total → 44h
Chez Ricardo, le Pays A se spécialise dans la production du coton alors que le pays B se
spécialise dans la production du riz, par conséquent chacun des pays produira en plus de sa
propre consommation celle de l’autre pays concernant leurs produits respectifs de
spécialisation, ce qui représente un total de 44h de travail correspondant à une économie de
travail de 10h.
4) 1t de coton = 6t de riz
2
2 4
Pays A : 1 t de coton = 3 t de riz or 3< 3< 6
113
4
Pays B : 1 t de coton = 3 t de riz
Nous constatons que le pays A se spécialise toujours dans la production du coton et le pays B
se spécialise toujours dans la production du riz, mais l’échange ne sera pas mutuellement
avantageux parce que le prix international est en dehors de l’intervalle borné par les prix
relatifs. Donc il y a forcément un pays qui gagne et un pays qui perd.
2
Dans notre cas c’est le pays A qui gagne 6t de riz - 3t de riz
1 3
Par contre le pays B perd 6t de coton - 4 t de coton.
9.1.3 Heckscher-Ohlin et le modèle des dotations en facteurs de production (1933)
En 1933, Bertil Ohlin (Ohlin a reçu le prix Nobel d’économies en 1977) énonce la Loi des
Proportions de Facteurs en se fondant sur l’origine des différences de coûts. Un pays tend
alors à se spécialiser dans la production pour laquelle la combinaison des facteurs dont il
dispose lui donne le maximum d’avantages. Les inégalités dans les dotations de facteurs
entraînent des écarts de prix et des différences de spécialisation des économies.
Ainsi chaque pays importe les biens qui incorporent des facteurs qui sont rares sur son
territoire ou coûteux, et exporte les biens qui incorporent des facteurs qui sont abondants sur
son territoire et donc peu coûteux.
- 2 pays, 2 biens
- 2 facteurs de production, travail et capital, dont les rémunérations respectives sont le
salaire et le taux d’intérêt
- Mobilité parfaite des biens, à l’intérieur de chaque pays et entre les pays
- Mobilité parfaite des facteurs de productions à l’intérieur des pays, immobilité
internationale des facteurs de production
114
Un pays a intérêt à se spécialiser dans l’activité du ou des biens dont la production nécessite
l’utilisation intensive du ou des facteurs de production relativement abondants chez lui. Il
devra les exporter. Il importera tous les biens dont la production nécessite une utilisation
intensive des facteurs de productions relativement rares chez lui.
Prolongeant les travaux de Heckscher et Ohlin, Paul Samuelson en déduisit un théorème sur la
rémunération des facteurs de production qu’il est convenu d’appeler le théorème HOS. Selon
ce théorème, si les pays se spécialisent dans les biens dont la production nécessite l’utilisation
intensive des facteurs de production relativement abondants chez eux, s’ils exportent ces biens
et s’ils importent les biens dont la production nécessite l’utilisation intensive des facteurs de
production relativement rares chez eux, il s’en suit une tendance à l’égalisation internationale
des rémunérations des facteurs de production : « A long terme, le commerce international
tend à produire une égalisation des rémunérations de facteurs ».
Leontief (1954) analysa le contenu en travail et en capital des exportations américaines et des
productions des Etats-Unis concurrencées par les importations. Il obtint les résultats suivants :
Exportations Productions concurrencées par les importations
Rapport K/L 14 18
Les Etats-Unis qui disposent de beaucoup de facteur capital et où la main d’œuvre est
relativement rare, exportent des produits qui demandent moins de facteur capital et plus de
travail que n’en demandent les productions américaines concurrencées par les importations.
Ce résultat statistique constitue un paradoxe par rapport aux enseignements du Théorème
HOS. Selon ce dernier, les Etats-Unis devraient exporter des biens à forte intensité
capitalistique puisqu’ils possèdent ce facteur en abondance et importer des biens à forte
intensité de travail. Leontief explique cette contradiction théorique par la formation et
l’organisation du travail aux Etats-Unis. La main d’œuvre américaine (on parle également de
capital humain) était en 1947 trois fois plus efficace en moyenne que la main-d’œuvre
étrangère. L’apparente rareté du travail masquerait donc une réelle abondance de ce facteur.
Cette constatation a été vérifiée ultérieurement par de nombreuses études statistiques montrant
que les Etats-Unis incorporaient relativement plus de travail qualifié.
115
La théorie traditionnelle du commerce international regroupe les travaux des auteurs
classiques (A. Smith, D. Ricardo, …) et ceux des auteurs néoclassiques (Heckscher et Ohlin
notamment). Les limites de cette théorie sont liées aux points suivants :
* Les hypothèses du modèle traditionnel sont celles de la concurrence parfaite ; ce qui n’est
pas conforme à la réalité des transactions internationales actuelles qui se réalisent dans un
contexte de concurrence imparfaite, d’oligopole, de monopole ou de concurrence
monopolistique. Ainsi par exemple, les biens ne sont-ils pas homogènes mais plutôt de plus
en plus substituables.
* Dans la réalité, le capital est mobile au plan international, en quête des meilleures conditions
de rémunération dans le monde. De même, le travail n’est pas homogène. La prise en compte
de son hétérogénéité et du travail qualifié en particulier conduit à s’interroger sur
l’implication de l’innovation dans l’explication de la division internationale du travail
* L'égalisation des prix relatifs n'est que rarement observée, même au sein d'une union
monétaire comme la zone euro. Cette observation conduit à étudier l’impact de la différence
des demandes entre pays sur la division internationale du travail.
A partir des années 1960, on assiste à une floraison de nouvelles analyses du commerce
international.
Selon Posner (1961), c’est donc l’avancé technologique caractérisant un pays qui conduit à
déterminer les avantages comparatifs du pays. Le déterminant du commerce international,
selon Posner, réside alors dans l’écart technologique entre les pays :
- les pays en avance exportent des produits intensifs en nouvelles technologies,
- les pays en retard sont spécialisés et exportent essentiellement voire uniquement des produits
banalisés
- les pays du Nord innovent, ce qui permet de développer de nouveaux produits pour lesquels
le Nord dispose d’une situation de monopole et peut donc produire sur son territoire des biens
de haute technologie à un prix élevé.
- inversement, les pays du Sud ont des capacités d’innovation réduites. Dès lors, ils ne
peuvent que copier les innovations réalisées au Nord, mais avec un décalage plus ou moins
long. Ils fabriquent et exportent les produits banalisés à un prix réduit en raison de la
concurrence.
- dans la première phase appelée démarrage ou lancement, le produit n’est pas très standardisé
(il en existe un grand nombre de modèles), sa technique de production est fortement
utilisatrice de travail (car les processus de fabrication ne sont pas encore très automatisés) et il
est demandé par les consommateurs nationaux disposant de hauts niveaux de revenus.
- dans la deuxième phase qualifiée de croissance exponentielle : le produit est fabriqué sur une
vaste échelle, avec une technique plus capitalistique. Son coût unitaire de production diminue.
Le nombre de modèles disponibles se réduit. Son prix de vente diminue et il est demandé par
les consommateurs à revenus moyens. On est dans la phase de consommation de masse sur le
marché intérieur.
117
- Dans une troisième phase, le produit pénètre les marchés des autres pays riches développés
car le pays précurseur dans la production du bien commence d’abord à exporter vers ces pays,
ensuite la production est réalisée dans ces pays par les filiales délocalisées.
- Dans une dernière phase, le produit est délocalisé dans les pays en développement (PED),
les pays riches arrêtent de produire ce bien en raison de l’apparition d’une production peu
coûteuse dans les pays en développement.
Stephan B. Linder estime que les théories traditionnelles fondées sur la différence (et en
particulier l’approche factorielle) sont absolument incompétentes pour expliquer le
phénomène d’intra-branche. Il cherche alors à expliquer l’échange de produits similaires par
l’existence d’éléments similaires entre les pays.
Linder, étant un économiste keynésien, va partir de la demande pour élaborer sa théorie qui
peut être présentée en trois temps :
- Les structures de production ne sont pas indépendantes de la demande
Par cette première proposition, Linder rompt avec les théories traditionnelles de la
spécialisation internationale. Pour lui, les structures de production sont liées à la demande.
Plus cette dernière est importante, plus les premières sont efficaces. Autrement dit, la
demande conditionne l’offre.
- L’importance de la demande intérieure représentative
Linder soutient l’idée que les producteurs nationaux, étant peu familiarisés avec les marchés
extérieurs, cherchent d’abord à produire pour leur marché national. Il en découle que les
structures productives nationales d’un pays sont déterminées par l’importance et la structure
de sa demande intérieure. Cette dernière conditionne l’offre intérieure, mais également l’offre
d’exportation. Toutefois, l’exportation est secondaire. Elle est considérée ici comme un
commerce de surplus.
- L’échange entre pays à demande représentative semblable
Les produits exportables, prévus initialement pour satisfaire un besoin national, ne peuvent
effectivement être exportés que vers d’autres pays à demande intérieure représentative
similaire (expression du même besoin à l’étranger). Linder lie cette demande au revenu
moyen qui permet de déterminer la quantité, mais également la qualité de la demande. Ainsi,
il faut des niveaux de revenus par habitant comparables pour que l’échange puisse apparaître
entre pays.
Pour l’auteur, « la gamme des exportables est identique ou incluse dans la gamme des
importables ». En d’autres termes, tout produit exportable est également importable en raison
de la ressemblance des besoins exprimés. C’est en ce sens que la demande intérieure est
représentative de la demande étrangère, le marché extérieur n’étant qu’une extension du
marché intérieur. L’échange intra-branche des biens de consommation dépend de la similarité
des élasticités-revenus des demandes nationales alors que l’échange intra-branche des biens
de production dépend de la similarité des stocks de capitaux nationaux.
L’approche lindérienne est en rupture totale avec les théories traditionnelles de la différence.
Pour la première fois, l’échange de produits similaires est expliqué par la similarité et non la
118
différence. A l’opposé des théories traditionnelles, les pays échangent d’autant plus qu’ils
sont semblables.
Degré de qualité ou de
sophistication du
produit
f
d
C
c
B
b
A
a
0
Revenu par tête
Commentaire : Plus le revenu par tête est important, plus la demande intérieure
représentative est grande et plus le degré de sophistication des produits est élevé.
Alors que le pays A (dont le revenu par tête est le moins élevé) demande des produits dont la
qualité est comprise dans l’intervalle [a-d], le pays B (revenu par tête intermédiaire) demande
des produits dans l’intervalle [b-e], et le pays C (revenu par tête élevé) demande des produits
dans l’intervalle [c-f]. Les produits dont la qualité se situe dans les espaces communs aux
demandes des pays peuvent potentiellement faire l’objet d’échanges réciproques. Par exemple
le pays A échange alors des biens dont la qualité est comprise dans l’intervalle [b-d], avec le
pays B et dans [c-d] avec le pays C.
119
La spécialisation internationale dépend de la taille des firmes (économies d’échelles internes)
ou de la taille des nations (économies d’échelles externes). Il existe par conséquent des effets
d’agglomération, qui incitent toutes les entreprises d’un même secteur à se localiser au même
endroit ; le pays en question se spécialisera alors dans cette production.
Si l’analyse des coûts et des avantages du commerce international expliquent en grande partie
la spécialisation des pays industriels, deux courants de pensée économique sont généralement
associés aux politiques économiques : le libre-échange et le protectionnisme.
9.4.1 Le Libre-échange
Dans son ouvrage Economics (1980), Paul Samuelson précise que « le libre échange favorise
une division internationale du travail mutuellement profitable, accroît grandement les
produits nationaux réels susceptibles d’être obtenus dans tous les pays et permet d’élever les
niveaux d’existence dans le monde entier ».
La politique du Libre-échange est fondée sur la théorie des avantages comparatifs de Ricardo
et sur les effets bénéfiques de la concurrence. Chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les
productions où il possède un avantage relatif en termes de coûts de production et à se procurer
à l’étranger les produits pour lesquels ses coûts de production sont comparativement trop
élevés. L’échange international n’est pas un jeu dans lequel il y aurait des gagnants et des
perdants : tous les participants au commerce international en retirent des gains. Les effets
bénéfiques de la concurrence permettent d’obtenir une réduction des prix de vente au profit
des consommateurs (d’une part, ces derniers peuvent acheter des produits étrangers à meilleur
marché, d’autre part les producteurs nationaux sont obligés de s’aligner sur des prix
compétitifs) ; une affectation optimale des ressources (la spécialisation internationale conduit
à utiliser les facteurs de production dans les secteurs où ils sont les plus productifs) ; un
dynamisme de l’appareil productif (la concurrence internationale permet d’assainir le système
de production national, disparition des secteurs en déclin, et oblige les entreprises nationales à
innover sans cesse).
120
9.4.1.2 Les conditions du Libre-échange
La mise en place d’une politique de Libre-échange suppose cependant la suppression des
obstacles tarifaires et non tarifaires. Un des principaux obstacles à la libre circulation des
marchandises entre les pays, est constitué par l’existence de droits de douane ayant pour
effet de rendre les marchandises étrangères plus chères sur le marché national. La réduction
progressive des droits de douane a été amorcée au 19 ème siècle par l’Angleterre avec la
suppression en 1846 des droits de douane sur le blé (accusé par les libre-échangistes de
renchérir le prix du pain). L’Allemagne avec la mise en place de l’union douanière
(Zollverein1) en 1834, la France avec la signature du Traité de commerce franco-britannique
en 1860, s’engagèrent également dans cette voie. Cependant, le retour à la protection
douanière caractérisa la fin du 19 ème siècle et la première moitié du 20 ème siècle. Aux Etats-
Unis, les droits de douane atteignaient près de 60% de la valeur des marchandises. Ces tarifs
ont été réduits de façon très importante après la seconde guerre mondiale au cours des
négociations du GATT (General Agreement on Tarifs and Trade, accord commercial conclu
à Genève en 1947 pour favoriser la libéralisation des échanges entre les pays développés à
économie de marché). Ils sont passés d’une moyenne de 40% de la valeur des marchandises
dans les pays industrialisés en 1940, à 25% en 1950 et 5% en 1990. L’élimination des
barrières non tarifaires suppose quant à elle la suppression, des quotas et contingentements
fixant une limite aux importations, des réglementations protectrices interdisant l’entrée de
certains produits étrangers ne correspondant pas à des normes techniques ou sanitaires, et des
aides gouvernementales aux entreprises nationales sous forme de subventions (exemple du
déficit du Crédit Lyonnais, de Air France qui a été réduit en ayant l’accord de Bruxelles), de
crédits bonifiés ou d’attribution préférentielle de marchés publics. La libéralisation des
échanges peut cependant comporter des effets négatifs qui contribuent à contrebalancer les
effets positifs de l’ouverture des frontières et à conforter la thèse du Protectionnisme.
9.4.2 Le protectionnisme
Trois (3) raisons sont avancées pour justifier le protectionnisme, à savoir :
- l’inégalité des situations économiques des Etats, dans ce cas le protectionnisme permet de
protéger, de sauvegarder les industries naissantes dans la mesure où le libre échange favorise
les plus puissants ;
- la défense de l’emploi, dans ce contexte il faut protéger les secteurs de production menacés
par les importations de biens étrangers dans le but de sauvegarder des emplois ;
- le protectionnisme permet de lutter contre la concurrence déloyale.
Une première approche du protectionnisme est à mettre au crédit des mercantilistes. Associant
la richesse à la détention d’or et d’argent, ils préconisaient au 17 ème et au 18 siècle, une
ème
politique de soutien aux exportations (via la création par l’Etat des grandes compagnies de
commerce ou de manufactures) et une limitation des importations (synonyme de sorties d’or).
Le commerce était ainsi un jeu à somme nulle : tout enrichissement d’un Etat s’effectuait au
détriment d’un autre Etat. Au cours du 19ème siècle, Friedrich List (1789 – 1846) va initier un
protectionnisme libéral.
Farouche opposant à la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo, List évoque dans
son ouvrage « Système national d’économie politique » (1840) l’idée d’un protectionnisme
éducateur. List considère que le protectionnisme est nécessaire à court terme pour initier le
développement économique. Pour appuyer son argumentation, il est amené à diviser l’histoire
économique en plusieurs stades : toute nation évoluerait successivement de l’état sauvage à
121
l’état pastoral, à l’état agricole, à l’état agricole manufacturier, à l’état agricole –
manufacturier – commercial. Le passage aux derniers stades nécessiterait l’intervention de
l’Etat, grâce à l’instauration du protectionnisme éducateur. Il s’agit tout d’abord de protéger
les industries naissantes, puis une fois le retard entre les industries nationales et les industries
étrangères comblé, le libre-échange reprend ses droits. Ce qui amène List à dire « le
protectionnisme est notre voie, le libre échange est notre but ». L’influence de List sera
considérable en Allemagne, il sera à l’origine de la création de l’Union douanière
(Zollverein).
Enfin, dans la mouvance du théorème HOS, le théorème Stolper-Samuelson peut être
introduit afin d’établir une relation entre le libre-échange, le protectionnisme et la répartition
des revenus. Ce théorème considère qu’un accroissement du prix relatif d’un bien
augmente la rémunération du facteur de production intensif dans la production de ce bien
et diminue la rémunération du facteur de production non intensif. Quelles conséquences
pour les gains tirés du commerce international ? Le théorème Heckscher – Ohlin – Samuelson
partait du principe que les pays tendaient à exporter les biens pour lesquels la production est
intensive dans les facteurs dont ils sont dotés abondamment. Or, si l’on tient compte des
conditions sociopolitiques du pays et de la distribution des revenus, les propriétaires des
facteurs relativement abondants d’un pays auront tout intérêt à ce que le pays pratique le libre-
échange alors que les propriétaires des facteurs rares auront tout intérêt à ce que le pays
pratique une forme de protectionnisme. Dès lors, la force politique des groupes sociaux peut
affaiblir les conclusions du théorème HOS. Le choix entre le protectionnisme et le libre-
échange sera fonction du pouvoir ou des mécanismes de coalition entre groupes sociaux
détenteurs de ressources rares ou abondantes. Les détenteurs de ressources rares chercheront à
faire pression pour qu’un pays instaure un droit de douane ou des barrières à l‘entrée.
Par la suite, le protectionnisme s’est appuyé sur les effets négatifs du libre-échange pour
promouvoir ses préceptes. Trois types de risques sont relatifs au libre-échange :
- Les risques liés à l’imperfection de la concurrence et à l’existence de rendements d’échelle:
Si les marchés internationaux sont imparfaits, de grandes firmes de dimension internationale
peuvent imposer leurs prix et éliminer les concurrents de petite taille dans les secteurs où
existent des rendements d’échelle croissants. Ainsi pendant de nombreuses décennies, les
firmes aéronautiques européennes n’ont pu, en raison de séries trop limitées, rivaliser avec les
entreprises américaines comme Boeing ou Mc Douglass qui contrôlaient au départ la
quasi-totalité du marché de l’aviation civile. Le libre-échange peut donc condamner des
industries naissantes. Dans ces conditions, un protectionnisme éducateur peut s’imposer
temporairement jusqu’à ce que les entreprises nationales aient une dimension suffisante pour
affronter la concurrence de grandes firmes (logique de secteurs abrités).
- Les risques de baisse des salaires ou de chômage liés à la concurrence des pays à bas coûts
de main d’œuvre : lorsque la concurrence oppose des pays à coûts salariaux différents, elle
peut remettre en cause l’existence de certaines industries dans les pays où les coûts sont les
plus
élevés.
1 Le Zollverein comprenait la Prusse, le Wurtemberg, la Saxe, les États de Thuringe, puis Bade et Nassau
en 1835, Francfort en 1836, Brunswick en 1842. Les marchandises pouvaient circuler librement à
l'intérieur de la confédération, qui adopte le thaler prussien comme monnaie commune. Des droits élevés
protègent l'industrie allemande naissante de la concurrence des produits étrangers (notamment
britanniques). L'industrie et le commerce allemand connaissent,Disparition des
grâce au Zollverein, un très fort essor.
entreprises
Concurrence des Baisse du
pays à bas salaire prix du
Substitution du
marché Chômage
capital au
122 travail
Baisse de la
Baisse des consommation
salaires
L’augmentation du chômage et la baisse de la consommation seraient ainsi les deux effets
négatifs d’un libéralisme trop zélé.
- Les risques de restructuration de l’appareil productif : On constate généralement que
l’ouverture d’une économie à la concurrence internationale entraîne la restructuration de
l’appareil de production. Certains secteurs disparaissent ou réduisent leurs activités, tandis
que d’autres se développent. Cette réorientation de l’appareil de production peut avoir des
effets contradictoires sur le bien être de la population. Certains facteurs sont déterminants
dans cette évolution : la demande nationale et internationale adressée aux nouveaux secteurs ;
la valeur ajoutée dégagée par les nouvelles activités ; l’adéquation des nouveaux postes aux
préférences des salariés ; l’effet des nouvelles productions sur le cadre de vie et
l’environnement. Dans certains cas, même lorsque les emplois créés par les nouvelles
activités compensent les emplois détruits dans les autres secteurs, les gains en termes de bien
être peuvent être réduits, ce qui peut fonder un certain protectionnisme. Malgré des progrès
réalisés dans le cadre du GATT (puis de l’OMC) sur la voie du libre-échange et la création de
vastes zones économiques sans frontières, de nombreuses barrières non tarifaires demeurent :
les accords multifibres, signés en 1973 entre les pays en développement et les pays de la
Communauté Européenne, maintiennent des quotas d’importations de produits textiles aux
frontières de l’Union ; le Japon interdit l’accès de ses réseaux de distribution aux industriels
étrangers de l’automobile ; la diversité internationale des normes techniques n’est que très
partiellement en voie d’harmonisation.
Peu de gouvernements se réfèrent aujourd’hui au protectionnisme, cependant certains comme
les USA, s’efforcent de définir une politique commerciale stratégique en faveur des secteurs
pouvant bénéficier de fortes positions de marché et de taux de croissance élevés.
* Les Techniques de Protectionnisme
Dans la pratique il y a plusieurs techniques de protectionnisme, parmi celle-ci on note :
- les droits de douanes qui sont des impôts indirects sur les biens importés, qui deviennent
ainsi plus chers, d’où une réduction des importations ;
- le contingentement : dans ce cas d’espèces, il s’agit de fixer des quotas à ne pas dépasser en
terme d’importation ;
- le dumping : cela se passe lorsqu’un pays accorde des facilités à ses entreprises
exportatrices, de manière à ce qu’elles puissent artificiellement vendre moins cher sur les
marchés extérieurs (subventions, exonérations fiscales, etc.)
3. Les termes de l’échange et échange inégal
3.1 Les termes de l’échange
Les termes de l’échange de marchandises sont utilisés pour mesurer le pouvoir d’achat des
exportations. On l’obtient en faisant le rapport de l’indice des prix à l’exportation sur l’indice
123
des prix à l’importation. Si ce résultat est strictement supérieur à 1, on dit qu’il y a
amélioration des termes de l’échange.
Par contre si ce résultat est strictement inférieur à 1, on dit qu’il y a détérioration des termes
de l’échange.
Il convient de souligner que l’on peut calculer également les termes de l’échange revenu, en
faisant le rapport de la valeur des exportations sur la valeur des importations.
124
CHAPITRE 12 : LES INSTRUMENTS DE LA POLITIQUE COMMERCIALE
Ce chapitre étudie les conséquences des politiques commerciales mises en place par les
gouvernements, sur leur économie nationale, ainsi que sur les économies étrangères. Dans ce
cadre, il existe plusieurs instruments de protection : taxes sur les produits échangés,
subventions, ou limites légales aux volumes d’importation. On évaluera aussi théoriquement
les effets de chacun de ces instruments.
Un droit de douane est un impôt sur les importations. On en distingue deux catégories : un
droit de douane spécifique et un droit de douane ad valorem.
Le droit de douane spécifique correspond au prélèvement d’un montant fixe par unité de bien
importé (par exemple, 3 FCFA par baril de pétrole). Si tS est le droit de douane spécifique,
l’importateur verse à l’Etat tS francs par unité importée. D’une manière générale, si Pm est le
prix mondial de X, et Pi le prix intérieur de X, on a, après application de la taxe spécifique :
Pi= Pm+tS
Le droit de douane ad valorem est une taxe à l’importation exprimée sur la base d’un
pourcentage du prix (ou valeur) d’un bien importé. Par exemple, si le prix à l‘importation
(prix mondial : Pm) d’un bien X est égal à 100 F et si la taxe ad valorem ( ta) est égale à 15%,
l’importateur doit verser 100x15%=15F à l’Etat par unité importée. Le coût unitaire
domestique à l’importation est égal à : 100+100x15%=100(1+15%)=115 F
D’une manière générale, si Pm est le prix mondial de X, ta le droit de douane ad valorem, et Pi
le prix intérieur de X, on a la formule suivante : Pi= Pm(1+ta)
Dans les deux cas, cette mesure de protection tarifaire a pour conséquence d’augmenter le
coût d’importation des biens.
125
demande et l’offre domestiques sont identiques : aucun échange n’a lieu. La courbe de
demande d’importation domestique coupe donc l’axe des prix en P A (cette demande est nulle
pour un prix égal à PA).
Prix Prix
D O
PA A
P2 2
1
P1
DM
P1
P*A
D*
D*2 D*1 O*1 O*2 Quantité O*1-D*1 O*2-D*2 Quantité
Lorsque le prix du bien augmente, la production étrangère augmente tandis que la demande
étrangère diminue. Cela entraîne une hausse des quantités de produit disponibles pour
l’exportation.
126
Demande domestique - offre domestique = offre étrangère - demande étrangère
Ou : demande domestique + demande étrangère = offre domestique + offre étrangère
Ou : Demande mondiale = offre mondiale
Prix OM
Pw 1
DM
Qw Quantité
Figure 3 : Equilibre mondial
PT 2
PW t 1
3 P*T
D DM
D*
Un droit de douane augmente le prix d’un bien dans le pays importateur, et le réduit dans le
pays exportateur. Par conséquent, la situation des consommateurs du pays importateur se
dégrade, alors que les consommateurs du pays exportateur voient leur pouvoir d’achat
s’élever.
A l’inverse les producteurs du pays importateur y gagnent tandis que ceux du pays
exportateur y perdent. Quant au gouvernement qui instaure ce droit de douane, il bénéficie de
rentrées fiscales supplémentaires. Quel est alors l’effet total sur le bien-être de l’économie?
Pour répondre à cette question, nous allons nous appuyer sur les concepts de mesure des
surplus du consommateur et du producteur.
a
P1
b
P2
D
Q1 Q2 Quantité
128
quantité offerte Q1, le surplus est égal à l’aire c. Si le prix et la quantité augmentent à P 2 et Q2,
le surplus du producteur s’élève pour s’établir à c+d.
Prix
O
P2
d
P1
Q1 Q2 Quantité
Figure 6 : Représentation géométrique du surplus du producteur
L’analyse des surplus du consommateur et du producteur permet de mesurer les coûts et les bénéfices
des politiques commerciales. Il arrive cependant que ces surplus ne parviennent pas à capter de façon
adéquate l’ensemble des effets des barrières commerciales. La protection peut notamment engendrer
un bénéfice social, qui constitue l’un des arguments clés en faveur du protectionnisme.
12.2.2 La mesure des coûts et des bénéfices
Les coûts et les bénéfices qu’un pays importateur peut retirer de l’instauration d’un droit de douane
dans un secteur donné sont représentés sur la figure 7. L’instauration d’un droit de douane a pour effet
d’augmenter le prix domestique de P w à PT et de réduire celui des exportations étrangères de P w à P*T.
La production domestique augmente alors de O1 à O2, tandis que la consommation diminue de D 1 à D2.
Les coûts et les bénéfices des différents groupes d’agents sont représentés par les combinaisons des
surfaces a,b,c,d et e.
Concernant les producteurs domestiques, leur gain lié à l’instauration du droit de douane qui a fait
passer le prix de Pw à PT correspond à l’aire a.
Au niveau des consommateurs domestiques, qui pâtissent de la hausse du prix provoquée par
l’instauration du droit de douane qui fait passer le prix de P w à PT, ils perdent leur surplus de la valeur
a+b+c+d.
Enfin, il existe un troisième type d’agent qui est l’Etat. Il perçoit les recettes fiscales générées par le
droit de douane. Sur chaque unité importée, le montant de la taxe s’élève à t = P T-P*T. Les recettes
douanières sont donc mesurées par cette différence de prix, multipliée par le volume des importations,
QT=D2-O2. Ces recettes correspondent à la somme des aires c et e.
Prix O
PT
c
t PW a b d
P*T e D
O1 D1 Quantité
O2 D2
QT 129
Figure 7: Les coûts et les bénéfices liés à un droit de douane pour le pays importateur
En conclusion, le coût net associé à un droit de douane est :
Perte du consommateur-Gain du producteur-Recettes gouvernementales
Géométriquement, ce coût est égal à :
(a+b+c+d) – a – (c+e) = b+d-e
12.3 Effets d’un droit de douane sur le prix et la valeur ajoutée domestiques
12.3.1 Concept de taux de protection nominale
Il y a protection nominale lorsqu’un pays décide de taxer l’importation de produits finis et des
intrants. La protection est en faveur de l’industrie locale. A l’évidence, plus le droit de douane
est élevé, plus grande est la protection dont jouissent les entreprises de la branche concernée.
Le taux de protection nominale est un indicateur utilisé pour mesurer les effets du système
d’incitations économiques. Il vise à évaluer l’effet des mesures de protection sur le prix d’un
produit pour le producteur local. Le taux de protection nominale mesure l’accroissement
relatif (en pourcentage) du prix d’un produit sur le marché intérieur par rapport à son prix sur
le marché international.
Pi−Pm
TPN =
Pm
Pi
TPN = −1
Pm
130
Application
Considérons les données suivantes relatives à une activité axée sur la production d’un seul
bien.
Produit final Consommation
intermédiaire
Prix mondial 75 25
* Produit final
150−75
TPN = =1
75
TPN =100 %
* Consommation intermédiaire
20−25
TPN = =0.2
25
TPN =−20 %
VAD−VAI
2) TPE=
VAI
* VA=X°-CI
VAD=150-20
VAD=130
* VAI=75-25
VAI=50
130−50
TPE= =1, 6
50
TPE=160%
131
* L’activité est protégée par la mesure de protection en vigueur car la valeur ajoutée
domestique a accru de plus de 60% par rapport à la valeur ajoutée mondiale suite à
l’application de la mesure de protection.
12.4 Les autres instruments de la politique commerciale
En plus des droits de douane il existe d’autres instruments de protection commerciale. Ce sont les
subventions à l’exportation, les quotas d’importation, les restrictions volontaires aux exportations, les
règles de contenu local, etc.
Une subvention à l’exportation est une aide publique versée à une entreprise qui vend une part de sa
production à l’étranger. A l’instar des droits de douane, elle peut être spécifique (somme allouée à
chaque unité vendue) ou ad valorem (proportion de la valeur exportée).
Avec la subvention, les entreprises du secteur visé préféreront exporter leurs produits, plutôt que de les
vendre sur le marché domestique, du moins jusqu’à ce que le prix domestique dépasse le prix mondial
d’un montant égal à la subvention.
Les effets de la subvention sur les prix sont opposés à ceux des droits de douane (voir figure 8). Le
prix du pays exportateur augmente de Pw à Ps mais en raison de la baisse du prix étranger de Pw à
P*s, cette hausse est inférieure à la subvention. Dans le pays exportateur, les consommateurs voient
leur situation se dégrader. Les producteurs y gagnent, et le gouvernement y perd car il doit consacrer
une part de son budget au financement de la subvention. La perte du consommateur est égale à l’aire
a+b, le gain du producteur est a+b+c, et la subvention versée par le gouvernement (le montant des
exportations multiplié par le montant de la subvention) est b+c+d+e+f+g. La perte nette de bien-
être est alors égale à la somme des aires b+d+e+f+g soit (a+b+c)- (a+b)- (b+c+d+e+f+g).
La subvention à l’exportation dégrade les termes de l’échange, en réduisant le prix des exportations
sur le marché étranger de Pw à P*s, ce qui contraste avec le cas du droit de douane. Cet effet se
traduit par une perte supplémentaire de bien-être, e+f+g, qui est égale au produit de (Pw-P*s) par la
quantité exportée. Au total, la conséquence sur le bien-être de l’économie est sans ambiguïté : les
coûts supportés par les consommateurs et les pouvoirs publics excèdent largement les gains des
producteurs. Gain du producteur (a+b+c)
Prix
D Perte du consommateur (a+b)
O Coût de la subvention publique (b+c+d+e+f+g)
Ps Figure 8 : L’effet d’une subvention à
l’exportation
Subvention Pw a c
b d Une subvention à l’exportation augmente les
P*s e f prix dans le pays exportateur, tandis qu’elle les
g
réduit dans le pays importateur.
Quantité
Exports
132
12.4.2 Les quotas d’importation
Un quota d’importation est une limite légale des quantités importées. Les quotas d’importation
augmentent systématiquement le prix domestique dans le secteur protégé. Lorsque les volumes
d’importation sont restreints, la demande du bien au prix initial excède l’offre disponible sur le marché
domestique (c.-à-d. la production locale plus les importations). Il s’en suit une hausse des prix jusqu’à
ce que le marché s’équilibre à nouveau). In fine, l’instauration du quota augmente les prix
domestiques, d’un montant équivalent à celui généré par l’imposition d’un droit de douane. La
principale différence entre un droit de douane et un quota est qu’avec ce dernier, les pouvoirs publics
ne perçoivent aucun revenu. Lorsqu’un pays remplace un droit de douane par un quota, le montant
correspondant aux recettes fiscales est récupéré par les agents qui ont obtenu une licence d’importation
(le plus souvent le pays octroie des licences à certaines organisations, seules habilitées à
importer). . Ceux-ci ont le droit d’acheter des produits étrangers, puis les revendre à un prix plus
élevé sur le marché domestique. Les profits qu’ils perçoivent constituent ce qu’on appelle des rentes
de quota.
L’effet du quota sur le bien-être est donné par les surfaces a, b, c et d. Les consommateurs subissent
une perte de surplus. Une partie de cette perte constitue de fait un transfert aux producteurs qui
bénéficient d’une augmentation de leur surplus (surface a). Il existe une perte liée aux distorsions de
la production (b) et celle résultant de la distorsion de la consommation (d). La surface c correspond à
la rente de quota, captée par les économies étrangères. Au final, la perte totale est égale à la somme
des distorsions et des rentes de quota, soit b+c+d.
Prix
O
PQ
a b c d
Pw
D
qOW qOQ QDQ qDW Quantité
Le quota limite les importations par rapport au niveau du volume qui prévaudrait en libre-échange.
En conséquence, le prix domestique augmente par rapport au prix mondial.
Une alternative au quota d’importation est la restriction volontaire aux exportations (RVE). Il s’agit
d’un quota sur le commerce imposé non pas par le pays importateur, mais par l’exportateur lui-même.
L’exemple le plus emblématique est la limitation, dans les années 1980, des exportations
d’automobiles japonaises vers les marchés américains et européens. D’un point de vue économique,
une RVE est identique à un quota d’importation, où les licences d’exportation sont distribuées aux
autorités étrangères.
133
Selon la règle de contenu local, une fraction donnée d’un bien final vendu dans un pays doit être
produite sur le territoire national. Dans certains cas, elle est spécifiée en unités physiques mais, en
général, elle est exprimée en valeur : cette règle requiert donc que la valeur ajoutée locale constitue
une part minimale du prix d’un bien.
Du point de vue des producteurs domestiques, cette règle offre une protection comparable à celle d’un
quota. En revanche pour les entreprises contraintes d’acheter localement, cette réglementation a un
effet sensiblement différent. Les règles de contenu local ne fixent pas de limites strictes aux niveaux
d’importation : une société peut accroître ses importations dans la mesure où elle achète aussi
davantage de biens locaux. Pour elle, le prix effectif des biens intermédiaires correspond donc à la
moyenne des prix des biens importés et de ceux produits localement.
* Les crédits subventionnés aux exportations. Il s’agit non pas d’aider directement l’exportateur, mais
de proposer de prêtes bonifiés aux acheteurs étrangers.
* Les achats publics. Pour satisfaire un certain nombre de besoins d’équipement ou de fourniture,
l’Etat, les collectivités locales et les entreprises publiques peuvent décider de favoriser les produits
nationaux, au détriment des importations.
* Les barrières administratives. Il arrive parfois qu’un gouvernement souhaite réduire les flux
d’importations sans pour autant prendre de mesure formelle. Par exemple, en 1982, un décret français
imposé par le gouvernement Mauroy, obligeait tous les magnétoscopes japonais à passer par la
minuscule douane de Poitiers.
Surplus du
consommateur Diminue Diminue Diminue Diminue
134
CHAPITRE 13 : L’OFFRE ET LA DEMANDE DE MONNAIE
1. L’OFFRE DE MONNAIE
En appelant M l’offre de monnaie, C les pièces et billets en circulation et D les dépôts à vue,
nous pouvons écrire
M=C+D
Pour comprendre l’offre de monnaie, nous devons bien voir l’interaction entre pièces et billets
en circulation et dépôts à vue d’une part et la manière dont la banque centrale influence ces
deux composantes de l’offre de monnaie d’autre part.
On appelle réserves bancaires, la partie des dépôts constitués auprès des banques que
celles-ci ne prêtent pas. Une fraction de ces réserves se trouve dans les coffres-forts de chaque
banque, mais la majeure partie est détenue par la banque centrale. Dans notre économie
hypothétique, tous les dépôts constituent des réserves : les banques reçoivent les dépôts, les
placent en réserves et les y laissent jusqu’au moment où un retrait est effectué ou un chèque
émis. Un tel système bancaire fonctionne avec réserves intégrales.
Actif Passif
135
Le bilan d’une banque exprime l’état comptable de son actif et de son passif. Avec des
réserves intégrales, les banques détiennent la totalité des dépôts sous forme de réserves. Dans
notre exemple, les 1000F de réserves sont exactement égaux aux 1000F de dépôts.
Quelle est l’offre de monnaie dans une telle économie ? Avant la création de la Primobanque,
l’offre de monnaie était faite des 1000F en circulation. Après la création de la Primobanque,
ce sont maintenant les 1000F de dépôts à vue qui constituent l’offre de monnaie. Si les
banques détiennent 100% des dépôts sous forme de réserves, le système bancaire n’affecte
pas l’offre de monnaie.
Imaginons maintenant que les banques se mettent à utiliser une partie de leurs dépôts pour
consentir des prêts, par exemple aux familles qui veulent acheter une maison ou aux
entreprises qui souhaitent investir en usines et équipements nouveaux. Ceci intéresse les
banques, car elles peuvent prélever un taux d’intérêt sur les prêts qu’elles consentent. Elles
doivent pourtant conserver une partie des dépôts, pour permettre à leurs clients de continuer à
effectuer des retraits lorsqu’ils le souhaitent. Cependant, si de nouveaux dépôts viennent
régulièrement à peu près compenser les quantités d’argent retirées par les clients, la banque
peut ne conserver en réserves qu’une partie de la totalité des dépôts. On parle alors d’un
système bancaire avec réserves fractionnaires.
A supposer que Primobanque octroie un prêt à Duobanque à hauteur de 800F. On suppose que
le coefficient de réserves (la partie des dépôts conservée par la banque à titre de réserves) est
de 20%. La Primobanque conserve donc 200F, sur les 1000F de dépôts, en réserves et prête
les 800 restants. En prêtant 800F, la Primobanque accroît l’offre de monnaie d’un même
montant. Avant ce prêt, l’offre de monnaie était égale à 1000F, équivalents aux dépôts
détenus par la Primobanque. Après le prêt, l’offre de monnaie est de 1800F : le déposant a
toujours son dépôt à vue de 1000F, mais l’emprunteur détient lui aussi maintenant 800F en
espèces. On voit donc que, dans un système bancaire avec réserves fractionnaires, les banques
créent de la monnaie.
Cette création de monnaie ne s’arrête pas à la Primobanque. Si l’emprunteur dépose les 800F
qu’il a obtenus dans une autre banque, ou s’il les utilise pour payer un tiers qui les dépose à
son tour, le processus de création monétaire se poursuit. Le tableau (b) montre le bilan de la
Duobanque. Celle-ci reçoit les 800F en dépôt, en conserve 20% soit 160F en réserve et prête à
son tour 640F. La Duobanque crée donc 640F de monnaie. Lorsque ces 640F seront à leur
tour déposés auprès de la Triobanque, celle-ci en conservera 20% en réserves, soit 128F, et
pourra en reprêter 512F, accroissant d’autant, à son tour, l’offre de monnaie. Chaque dépôt
ou prêt successif crée donc de la monnaie.
136
Tableau 2 : Le bilan d’une banque avec réserves fractionnaires
Actif Passif
Tout en pouvant se poursuivre indéfiniment, ce processus ne crée pourtant pas une quantité
infinie de monnaie. En dénotant le coefficient de réserves par t, on peut calculer comme suit
la quantité totale de monnaie qui sera créée avec un dépôt initial de 1000F :
= ( 1t ) .1000 F .
Chaque 1F de dépôt génère (1/t)F de monnaie. Dans notre exemple, t= 0,2 et les 1000F
initiaux génèrent donc 5000F de monnaie.
Ce processus de transfert de fonds des épargnants vers les emprunteurs s’appelle
intermédiation financière. Le marché boursier, le marché obligataire et le système bancaire
figurent parmi les principales institutions qui réalisent cette fonction d’intermédiation
financière. Parmi toutes les institutions financières qui interviennent en ce sens, seules les
banques ont le pouvoir légal de créer des actifs constitutifs de l’offre de monnaie, tels que les
comptes à vue. C’est pourquoi les banques sont les seules institutions financières qui ont un
impact direct sur l’offre de monnaie.
137
Sachant maintenant comment les banques créent de la monnaie, nous pouvons étudier de
manière plus détaillée les déterminants de l’offre de monnaie. A cette fin, nous construisons
ci-dessous un modèle de l’offre de monnaie avec réserves fractionnaires. Le modèle comporte
trois variables exogènes :
La base monétaire (B) est la somme des pièces et billets en circulation C, et des
réserves bancaires R. La banque centrale la contrôle directement.
Le coefficient de réserves (t) est la fraction des dépôts que les banques conservent
sous forme de réserves. Elle dépend des pratiques commerciales des banques et de la
réglementation bancaire.
Le coefficient d’encaisses (a) est la part de leurs dépôts à vue D que les gens
souhaitent détenir en espèces C. Il traduit les préférences des gens quant aux formes
de détention de la monnaie.
Notre modèle montre la manière dont l’offre de monnaie dépend de la base monétaire, du
coefficient de réserves et du coefficient d’encaisses. Il nous permet d’étudier comment la
politique de la banque centrale, d’une part, et les choix des banques et des ménages d’autre
part, affectent l’offre de monnaie.
Commençons par définir l’offre de monnaie et la base monétaire :
M = C +D
B = C+R
La première équation nous dit que l’offre de monnaie est la somme des pièces et billets en
circulation et des dépôts à vue. La deuxième équation indique que la base monétaire est la
somme des pièces et billets en circulation et des réserves bancaires.
Pour trouver l’offre de monnaie en fonction des trois variables exogènes, nous divisons tout
d’abord la première équation par la seconde pour obtenir :
M C+ D
=
B C+ R
C
+1
M D
=
B C R
+
D D
Vous aurez remarqué que C/D est le coefficient d’encaisses a, et R/D le coefficient de
réserves t. En remplaçant les termes C/D et R/D respectivement par leur expression a et t et en
déplaçant B du membre de gauche vers le membre de droite de l’équation, nous obtenons :
a+1
M= .B
a+ t
Cette équation nous montre comment l’offre de monnaie dépend des trois variables exogènes.
138
Nous voyons maintenant que l’offre de monnaie est proportionnelle à la base monétaire. On
dénote par m et on appelle multiplicateur monétaire, le facteur de proportionnalité
(a+1)/(a+t). Ceci nous permet d’écrire :
M =mxB
Chaque Franc de base monétaire produit m Francs de monnaie. C’est parce que la base
monétaire a cet effet multiplicateur sur l’offre de monnaie qu’on l’appelle quelquefois
monnaie à haute puissance.
Voici un exemple numérique inspiré de la situation aux Etats-Unis. La base monétaire B est
égale $400 milliards, le coefficient de réserves t est égal à 0,1 et le coefficient d’encaisses a
est égal à 0,4. Le multiplicateur monétaire est donc
0 , 4+ 1
m= =2, 8
0 , 4 +0 , 1
Chaque dollar de la base monétaire produit 2,8 dollars de monnaie, pour constituer une offre
totale de monnaie de $1120 milliards.
Tournons-nous maintenant vers la manière dont les variations des trois variables exogènes, B,
t et a, modifient l’offre de monnaie :
2. Plus est faible le coefficient de réserves, plus les banques consentent de prêts et plus elles
créent donc de monnaie à partir de leurs réserves. En conséquence, toute baisse du coefficient
de réserve accroît le multiplicateur monétaire et donc l’offre de monnaie.
3. Plus est faible le coefficient d’encaisses, plus l’est également la part de la base monétaire
que les gens souhaitent détenir en espèces, plus est élevée la part de la base monétaire détenue
en réserves par les banques et plus celles-ci peuvent créer de la monnaie. En conséquence,
toute baisse du coefficient d’encaisses accroît le multiplicateur monétaire et donc l’offre de
monnaie.
Cette opération appelée open-market consiste à l’achat ou à la vente des obligations d’Etat
par la banque centrale.
139
L’argent avec lequel la banque centrale achète ces obligations accroît la base monétaire et
donc l’offre de monnaie.
L’argent qu’elle reçoit lorsqu’elle vend ces obligations réduit la base monétaire et donc l’offre
de monnaie.
Elles désignent les réglementations par lesquelles les banques centrales obligent les banques
commerciales à respecter un coefficient de réserves minimal. Toute hausse de coefficients de
réserves obligatoires réduit le multiplicateur monétaire et donc l’offre de monnaie, toute
baisse de ces coefficients produit l’effet contraire.
Il représente le taux d’intérêt que prélève la banque centrale lorsqu’elle consent des prêts aux
banques commerciales. Celles-ci empruntent auprès de la banque centrale lorsque leurs
réserves sont insuffisantes pour respecter le coefficient de réserves obligatoires. Plus le taux
d’escompte est faible, moins il est coûteux d’emprunter auprès de la banque centrale et plus
les banques commerciales ont recours à cette modalité de financement. En conséquence, toute
réduction du taux d’escompte accroît la base monétaire et donc l’offre de monnaie.
2. LA DEMANDE DE MONNAIE
( )
d
M
=kY où k est une constante.
P
Par la suite Keynes a formulé une fonction de demande de monnaie plus générale et plus
réaliste, dont l’hypothèse est que la demande d’encaisses réelles est fonction à la fois du taux
d’intérêt et du revenu :
( )
d
M
=L(i, Y )
P
140
Dans cette section nous allons affiner la fonction de demande de monnaie. Sachons que la
monnaie a trois fonctions : unité de compte, réserve de valeur et moyen d’échange. En
tant qu’unité de compte, la monnaie, par elle-même, ne fait l’objet d’aucune demande : il est
parfaitement possible de libeller les prix dans toute monnaie donnée sans pourtant en détenir
une seule unité. Par contre, la monnaie ne peut jouer ses deux autres rôles que si les gens en
détiennent. C’est pourquoi les théories de la demande de monnaie sont construites sur la
monnaie en tant que réserve de valeur ou en tant que moyen d’échange.
( )
d
M e
=L(r s , r b , Π , W )
P
Toute hausse de rs ou de rb réduit la demande de monnaie en rendant plus attrayants les autres
types d’actifs financiers. Une hausse de π e réduit également la demande de monnaie, en
rendant la détention de celle-ci attrayante. Enfin une hausse de W accroît la demande de
monnaie en augmentant le volume global du portefeuille.
Les théories de la gestion du portefeuille nous aident-elles à mieux comprendre la demande de
monnaie? Tout dépend de la mesure de monnaie que nous utilisons. Les mesures restreintes
telles que M1 n’incluent que les pièces et les billets en circulation et les comptes à vue. Ces
formes de monnaie ne sont rémunérées que par un taux d’intérêt nul ou très faible.
Les économistes qualifient la monnaie M1 d’actif dominé : en tant que réserve de valeur, elle
coexiste avec d’autres actifs qui lui sont supérieurs. Il n’est donc pas optimal de détenir de la
monnaie dans son portefeuille, et les théories de la gestion du portefeuille n’expliquent pas la
demande de ces formes dominées de monnaie.
Les théories de la gestion du portefeuille deviennent plus plausibles en tant que théories de la
demande de monnaie à mesure que nous élargissons la définition de la monnaie aux actifs qui
dominent les pièces et billets en circulation et les comptes à vue. M 2, par exemple, inclut les
comptes d’épargne. Les considérations de risques et de rendements qui sont à la base des
théories de la gestion du portefeuille jouent sans doute un rôle essentiel dans la décision de
détenir de la monnaie sous forme de M2 plutôt que d’obligations ou d’actions.
141
Nous retiendrons donc que ces théories de la gestion du portefeuille n’expliquent pas bien la
demande de monnaie M1, mais beaucoup mieux les demandes de monnaie M2 ou M3.
2.2 Les théories de la demande de monnaie basées sur la gestion des transactions
Les théories de la gestion des transactions mettent en avant le rôle de la monnaie en tant
qu’intermédiaire des échanges. Ce sont ces théories qui expliquent le mieux la détention de la
monnaie dans ces définitions étroites telles que pièces et billets ou compte à vue plutôt que
des actifs qui dominent ces définitions étroites de la monnaie, tels que les comptes
d’épargnent ou bons du trésor. Le point commun des théories de la gestion du portefeuille est
qu’elles font l’hypothèse que le coût de la détention de monnaie est le faible rendement que
cela procure, et son avantage l’aisance avec laquelle elle permet de réaliser des transactions.
C’est l’arbitrage entre ce coût et cet intérêt qui détermine la quantité de monnaie que l’on
souhaite détenir.
L’une des plus célèbres théories explicatives de la fonction de demande de monnaie par la
gestion des transactions a été élaborée dans les années 1950 par les économistes William
Baumol et James Tobin
142
(a) La détention de monnaie avec
Détention de monnaie
Moyenne=Y/2 Y/2
Moyenne=Y/4
1 1/2 1 Temps
Temps
Y/N
Moyenne=Y/2N
1/N 1 Temps
Figure : La détention de monnaie en cours d’année
La détention de monnaie est fonction du nombre de visites que l’on est prêt à faire à la banque
chaque année. Quel est alors le choix optimal pour N?
Supposons :
T=coût constant d’une visite à la banque (T représente la valeur du temps perdu pour effectuer
cette visite, soit le temps de déplacement et d’attente au guichet) ;
i=taux d’intérêt auquel renonce le détenteur de monnaie (i mesure le coût d’opportunité de
cette détention de monnaie).
Pour tout N donné, la quantité moyenne de monnaie détenue est Y/(2N), et l’intérêt perdu est
donc iY/(2N).
Le coût ces visites à la banque est : CB=T.N
Le coût d’opportunité des intérêts perdus est CO= iY/2N
Le coût total (CT) de la détention de monnaie est :
CT=iY/2N+TN
143
Y
2 N¿
=
√ YF
2i
Cette expression montre qu’on est amené à détenir d’autant plus de monnaie que le coût fixe
T de la visite à la banque est élevé, que la dépense annuelle globale Y est élevé, ou que le taux
d’intérêt i est faible.
C
o
û
Coût total
Intérêt perdu=iY/2N
N* N
N* = nombre de visites qui minimise le coût total
Figure : Le coût de la détention de monnaie
144
CHAPITRE 13 : CROISSANCE ET DEVELOPPEMENT
145
CHAPITRE 14 : LA PENSÉE ÉCONOMIQUE CONTEMPORAINE
Les analyses économiques contemporaines peuvent être classées en deux grandes catégories :
celles qui reprennent le champ d'analyse d'un grand courant et celles qui s'en distinguent. Les
premières sont qualifiées d'orthodoxes, les secondes d'hétérodoxes.
En tenant compte des problèmes économiques nouveaux rencontrés, et de l'insuffisance des
modèles de base, les idées des principaux courants sont alors renouvelées. Par contre, la
pensée hétérodoxe s'efforce de bâtir des modèles originaux grâce à l'apport d'autres
disciplines telles que la sociologie, l'histoire, les sciences de la décision.
14.1 LE PROLONGEMENT DE L'ANALYSE KEYNESIENNE
Il existe plusieurs voies empruntées par ceux qui ont voulu reprendre l'esprit de Keynes : celle
de la synthèse des idées keynésiennes et classiques, celle qui oppose la logique de circuit
économique à celle de marchés en équilibres, et celle qui s’efforce de donner des fondements
microéconomiques à la macroéconomie keynésienne.
14.1.1 Une synthèse des modèles néoclassiques et keynésiens
Dès 1937, John Hicks tente de montrer que l'analyse keynésienne n'est qu'un cas particulier de
l'approche néoclassique, à prix fixes. C'est dans le cadre du modèle IS/LM de Hicks et Hansen
(1953) que sont réunies les principales conclusions de cette étude.
Ce modèle servira de base à la définition des politiques économiques menées dans
l'après-guerre. Celles-ci s'illustrent par le stop and go qui stipule qu'une politique budgétaire
expansionniste se heurte à des effets inflationnistes qu'il convient de limiter en pratiquant une
politique de freinage des dépenses publiques, laquelle induit un chômage que l'on combat en
relançant l'activité économique par le recours au déficit budgétaire, etc.
14.1.2 La pensée post keynésienne
Les principales avancées de l'analyse keynésienne résident dans le rôle attribué aux banques
dans le circuit économique. La monnaie ne serait pas exogène mais endogène, c'est le
processus de création monétaire qui est à l'origine de tout le circuit économique. La monnaie
n'est créée qu'en réponse à une demande des agents économiques qui font des paris sur
l'avenir.
En prolongeant la tradition de circuit qu'ils observent chez Quesnay (1758) et Marx (1857),
les post keynésiens écartent la vision walrasienne d'une économie comme simple
juxtaposition de marchés interdépendants. Pour eux, les flux économiques sont hiérarchisés
avec, au sommet, les flux de financement de l'économie.
14.1.3 La nouvelle école keynésienne
La nouvelle économie keynésienne (NEK) quant à elle s'efforce de suivre l'intuition féconde
de Keynes selon laquelle le fonctionnement des marchés est imparfait : les prix ne s'ajustent
pas de manière automatique aux variations de l'offre et de la demande, mais plutôt de manière
lente. Ces imperfections résultent pour les auteurs de la NEK, de l'information insuffisante
dont bénéficient les acteurs des marchés ou d'une information mal partagée (asymétrie
d'information).
146
Par ailleurs, et contrairement à Keynes qui raisonnait essentiellement d'un point de vue
macroéconomique, les auteurs de la Nouvelle Économie Keynésienne s'efforcent de donner
des fondements microéconomiques à leurs modèles macroéconomiques.
147
14.3.1 Les nouvelles théories de la croissance
Les théories de la croissance endogène montrent que l'intervention de l'État dans l'économie
se justifie pour développer la recherche et la formation.
En effet, les théories traditionnelles de la croissance expliquent que la hausse de la production
résulte en grande partie d'un progrès technique exogène, résultat hasardeux des activités de
recherche isolées d'individus ingénieux. Les théories de la croissance endogène montrent au
contraire que le progrès technique ne peut naître qu'au sein de structures organisées (grandes
entreprises, organismes publics), et qu'il est donc endogène à l'activité économique, à la
production.
Parce qu'ils profitent à l'ensemble des agents économiques, et qu'ils ne peuvent être mis en
œuvre par un seul, les investissements en formation et en recherche, qui permettent
l'émergence du progrès technique, relèvent d'une logique publique. Ce sont eux qui sont à
l'origine de la compétitivité des agents économiques nationaux, compétitivité cruciale pour
accroître la production des richesses et développer les emplois dans l'avenir.
14.4 La nouvelle microéconomie
Elle s'appuie pour l'essentiel sur l'étude de la concurrence imparfaite grâce aux apports de la
théorie des jeux, de l'économie des incitations et de l'information.
Elle conserve l'hypothèse de rationalité des individus, mais montre que lorsque les individus
ne disposent pas de la même information, les mécanismes de marché peuvent conduire à des
impasses. Georges Ackerlof (1970), du courant de la NEK, étudie le marché des voitures
d'occasion et indique que les acheteurs et les vendeurs sont en situation d'asymétrie
d'information.
Les vendeurs connaissent mieux l'état de leur véhicule que les acheteurs, et le dissimulent s'il
est mauvais. Si l'on ne peut distinguer les bons des mauvais véhicules, un prix unique
s'établira sur le marché. À ce prix, les possesseurs de voitures en bon état refuseront de
vendre, jugeant qu'ils pourraient obtenir un meilleur prix. Il ne reste donc plus sur le marché
que les mauvaises voitures. Les acheteurs, en raisonnant comme nous venons de le faire,
penseront n'avoir à faire qu'à des véhicules en mauvais état et n'achèteront pas au prix du
marché. Le mécanisme de marché, en asymétrie d'information, ne permet aucun échange si le
prix ne baisse pas, et en tout cas élimine les voitures de bonne qualité. L'intervention de l'État
est alors nécessaire pour exiger, par exemple, un contrôle technique au moment de la
transaction.
Pour sa part, la théorie des jeux permet de souligner que la poursuite d'intérêts individuels ne
conduit pas toujours à l'intérêt général, ou que l'équilibre obtenu n'est pas efficace au sens de
Pareto. Elle trouve une application dans la compréhension des décisions d'entreprise en
situation de concurrence imparfaite, comme dans la coordination internationale des politiques
économiques.
Au total, la nouvelle microéconomie s'éloigne du modèle purement libéral, elle modifie la
vision d'une économie régulée par la concurrence pure sur des marchés parfaits. Elle inspire
autant le courant de la nouvelle économie keynésienne que le courant de la nouvelle économie
classique.
148
BIBLIOGRAPHIE
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P.
DALPRA Philippe, Dix questions clés en économie, ellipses Editions Marketing, Paris, 2006, 144 P.
FLOUZAT Denise, Analyse économique, comptabilité nationale, Masson, Paris, 1993, 353 P.
MENENDIAN Claude, Fiches de macroéconomie, 2è édition mise à jour, ellipses, Paris, 2005,
168 P.
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