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Traitement Électrochimique des Effluents

Ce chapitre traite de l'application des méthodes électrochimiques pour le traitement des effluents industriels, en mettant en avant leur efficacité pour éliminer divers polluants, notamment les métaux lourds. Il présente différents procédés électrochimiques, tels que les cellules Chemelec et RCE, qui améliorent le transfert de masse et permettent une récupération efficace des ions métalliques. Les avancées technologiques dans le design des cellules et des électrodes sont essentielles pour rendre ces procédés compétitifs sur le plan économique.

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Traitement Électrochimique des Effluents

Ce chapitre traite de l'application des méthodes électrochimiques pour le traitement des effluents industriels, en mettant en avant leur efficacité pour éliminer divers polluants, notamment les métaux lourds. Il présente différents procédés électrochimiques, tels que les cellules Chemelec et RCE, qui améliorent le transfert de masse et permettent une récupération efficace des ions métalliques. Les avancées technologiques dans le design des cellules et des électrodes sont essentielles pour rendre ces procédés compétitifs sur le plan économique.

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Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au

traitement d’effluents industriels

Chapitre II Application des méthodes électrochimiques


au traitement d’effluents industriels

L’électrochimie étant basée sur le transfert d’électrons, cette


technique peut être susceptible de s’appliquer à un nombre important
de polluants tout en respectant l’objectif environnemental par le
caractère « réactif propre » de l’électron. C’est dans ce contexte que la
technologie électrochimique a été développée afin de pouvoir être
appliquée au traitement d’effluents industriels.
Ce chapitre a pour objectif, grâce à la présentation de
différents procédés électrochimiques appliqués au traitement de divers
effluents industriels, de mettre en évidence la nécessité du
développement de cette technologie, tant au niveau du design de la
cellule et des électrodes que des matériaux disponibles, pour que la
technique électrochimique puisse rentrer en compétition d’un point de
vue économique avec d’autres procédés de traitement des effluents.
Plus précisément, nous présenterons des procédés
électrochimiques de traitement d’effluents aqueux industriels
contenant des polluants inorganiques, effluents pour lesquels
l’électrochimie a montré ses compétences d’un point de vue industriel.
Nous mettrons en évidence les avancées obtenues grâce aux
développements technologiques réalisés pour les procédés suivants :
récupération d’ions de métaux lourds de solutions diluées ; traitement
de solutions contenant du Cr3+, électrodialyse de solutions concentrées
de sels ; dépollution d’effluents dans le domaine nucléaire.

49
Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

II.1 Traitement par électrochimie d’effluents chargés en métaux


lourds

Dans le cas de l’élimination d’ions métalliques, la littérature


est très abondante vu qu’elle concerne une diversité importante de
secteurs industriels (hydrométallurgie, traitement de surface, usine
photographique, catalyseurs,…). Ces articles concernent des effluents
industriels de composition chimique et de conductivité souvent très
différentes.
L’électrochimie offre différentes approches pour éliminer les
ions métalliques d’effluents industriels. Ces ions peuvent être réduits à
la cathode et souvent récupérés sous leur forme la plus valorisable, un
film ou une poudre métallique, qui peuvent directement être vendus
ou recyclés dans le procédé.
L’électrochimie peut également être utilisée, par exemple, pour
le traitement d’effluents contenant du Cr3+, dans le but d’induire une
précipitation du polluant sous forme d’hydroxyde, ou la régénération
du flux par l’oxydation de ce polluant en Cr6+. Elle peut aussi éliminer
des polluants sous contrôle diffusionnel des ions à travers une
membrane échangeuse d’ions.

II.1.1 Electrolyses directes de solutions diluées, chargées en


métaux lourds

L’application des méthodes électrochimiques à la récupération


d’ions métalliques d’effluents industriels dilués [II.1-11] a été rendue
possible grâce aux développements de nouveaux designs de cellules
d’électrolyses.
Les différents procédés décrits concernent essentiellement des
effluents industriels dilués, contenant 1-1000 mg/l d’ions métalliques,
et présentant pour certains une faible conductivité. Vu la faible
50
Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

concentration de l’espèce à réduire, la cinétique de réaction sera


contrôlée par le transfert de masse. Dans ces conditions, la vitesse
maximale de réduction de l’ion métallique est donnée par le courant
limite de diffusion (chapitre I) :
I l = km ⋅ A ⋅ n ⋅ F ⋅ c0 [II.1]

où c0 est la concentration de l’ion métallique au sein de l’effluent


industriel. Pour un effluent industriel donné, donc une concentration
en ion métallique imposée, l’efficacité de l’électrodéposition ne peut
être augmentée que par un accroissement du coefficient de transfert,
km, et de la surface d’électrode, A. A cette fin, différents modèles de
cellules ont été développés.
La figure II.1 reprend une liste non exhaustive de différents
types de cellules, classées selon la géométrie à deux ou trois
dimensions de l’électrode et la nature du mouvement relatif de
l’électrolyte et de l’électrode.
Parmi ces cellules, celles à électrodes bidimensionnelles
(initialement utilisées) ne permettent pas d’atteindre des seuils
résiduels de concentration en ions métalliques inférieurs aux limites
légales actuelles sans induire une chute importante du rendement
faradique. Pour satisfaire ces exigences, il faut en fait recourir, soit à
un design permettant une amélioration du transfert de masse
(Chemelec, RCE, Eco-cell), soit à l’utilisation d’électrodes
tridimensionnelles ou à lit fluidisé (AKZO), spécifiquement conçues
dans un souci de développer une surface spécifique d’électrode élevée
et de favoriser ainsi les phénomènes de transfert de masse.

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Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

Figure II. 1 : Classification des réacteurs électrochimiques en fonction de leur


design, du type d’électrodes utilisées et la nature du mouvement relatif de
l’électrode et de l’électrolyte [II.6]

II.1.1.1 Cellules électrochimiques favorisant le transfert de masse

Nous décrirons ici, plus particulièrement, la cellule Chemelec


et la cellule RCE à électrodes tournantes.

Chemelec cell, cellule à lit de particules inertes fluidisé


La cellule Chemelec, reprise à la figure II.2, utilise un lit
fluidisé de particules non conductrices, des billes de verre, comme
promoteur de turbulence pour améliorer le transfert de masse aux
électrodes. Ces dernières consistent en une série d’électrodes en métal

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Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

déployé fort rapprochées, placées classiquement selon une alternance


anode et cathode. Le temps de résidence et donc le degré de
conversion par passage sont relativement faibles, étant donné que le
débit de l’électrolyte doit atteindre une vitesse minimale assurant la
fluidisation du lit de particules non conductrices. Il en découle que ces
cellules ne permettent pas d’abaisser de façon rentable la teneur en
métaux lourds des effluents en dessous de 50 mg/l.

Figure II. 2 : Cellule Chemelec utilisée dans une boucle de recyclage d’un
bain de rinçage d’un procédé de galvanisation [II.4]

La cellule Chemelec est donc plus appropriée pour une étape


de prétraitement ou pour une opération de recyclage ; elle est
largement utilisée dans les industries de galvanoplastie afin de
maintenir une concentration relativement faible en ions métalliques

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Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

(Cu, Ni, Au, Ag, Zn, Cd, Pb) contenus dans les bains de rinçage
(figure II.2).

Cellule à électrodes tournantes, RCE


Une autre configuration de cellule d’électrolyse permettant
d’obtenir un coefficient de transfert de masse élevé est celle des
cellules à électrodes cylindriques tournantes (RCE). Des vitesses de
transport de masse élevées sont obtenues, dans ce cas, sous l’effet
d’un régime turbulent. La vitesse de déposition des métaux est élevée,
même pour de faibles concentrations en ions métalliques. Le métal
réduit est bien souvent récupéré sous forme de scraps ou de poudre.
La cellule de ce type la plus connue est la cellule ECO-cell, illustrée
schématiquement à la figure II.3. Cette cellule est constituée d’une
cathode sous forme d’un cylindre rotatif unique, la chambre
cathodique étant subdivisée en segments par des cloisons. Cette
configuration en cascade, permettant le passage successif de
l’électrolyte dans tous les segments, a pour effet d’éliminer tout
mélange à contre-courant, ce qui assure de hauts degrés de
conversion ; par exemple, pour une concentration en Cu(II) à l’entrée
de 100 ppm, il est possible d’obtenir une concentration de 2 ppm en
sortie de la cellule.
La cellule ECO-cell est utilisée notamment pour récupérer
l’argent d’effluents provenant de l’industrie photographique, le
cadmium sélectivement vis-à-vis du zinc de solutions concentrées de
sulfate de zinc, le cuivre d’effluents provenant de la fabrication de
pigments à base de cuivre.

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Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

Figure II. 3 : Cellule d’électrolyse ECO-cell [II.4]

II.1.1.2 Cellules électrochimiques favorisant le transfert de masse


et développant une surface spécifique d’électrode élevée

Les électrodes tridimensionnelles offrent, de par leur structure,


une surface spécifique élevée et permettent par ailleurs, grâce au
passage de l’électrolyte à travers leur porosité, d’obtenir des
coefficients de transfert de masse élevés. De telles caractéristiques
sont appropriées pour le traitement d’effluents pour lesquels il faut
assurer l’élimination des ions métalliques à des concentrations proches
ou inférieures au ppm, avec des rendements faradiques élevés.
Dans ces cellules, les directions des lignes de courant et de
l’électrolyte peuvent être perpendiculaires (cellules de type « flow-
by ») ou au contraire parallèles (cellules de type « flow-through »),
comme l’illustre la figure II.4. Pour les applications techniques,
cependant, l’arrangement « flow-by » est préféré car il permet
notamment une meilleure distribution du courant dans la masse de
l’électrode.

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Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

Figure II. 4 : Configuration des électrodes tridimensionnelles : a) flux de


l’électrolyte parallèle au flux du courant ; b) flux de l’électrolyte
perpendiculaire au flux du courant [II.1]

Les électrodes utilisées couvrent une large gamme de matériaux. Il


s’agit soit :
- de lits de très nombreuses particules, telles des petites sphères
de plomb ou des granules de carbone, ou d’éléments
entremêlés comme des fibres de carbone ou de la laine
d’acier ;
- de matrices poreuses continues comme des matériaux réticulés,
mousses de métaux, mousse de carbone, feutres.

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Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

- d’arrangements réguliers, en parallèle, de plusieurs électrodes


bidimensionnelles telles des plaques perforées, des grilles et du
métal déployé.
Parmi les différents designs de cellules électrochimiques
utilisant des électrodes tridimensionnelles qui ont été commercialisés,
nous en présenterons tout particulièrement quatre : les cellules
RETEC, EnViro-cell, ElectroSyn et AKZO.
La cellule RETEC (Eltech Systems Corp.), schématisée à la
figure II.5, est sans doute la cellule à électrodes tridimensionnelles
ayant le plus simple design. En effet, ce dernier est similaire à celui
d’une cellule ouverte, mais contenant une série de 5 à 60 électrodes
tridimensionnelles réticulées (mousses de métal ou de carbone),
chaque paire de cathodes étant séparée par une anode DSA-O2,
électrode de Ti/TiO2-IrO2 ou Ti/Ta2O5-IrO2 présentant une faible
surtension de dégagement de l’oxygène. L’électrolyte s’écoule
perpendiculairement par rapport aux électrodes. Ce design permet de
développer une grande surface cathodique. Néanmoins, le coefficient
de transfert obtenu est relativement faible, même si de l’air est injecté
dans la cellule afin d’améliorer les transferts de masse. Globalement,
la cellule RETEC assure une efficacité similaire à celle de la cellule
CHEMELEC. En pratique, la cellule RETEC est utilisée surtout pour
maintenir des concentrations modérées en ions métalliques (cuivre,
cadmium et zinc) dans des bains de rinçage de l’industrie des surfaces
et récupérer les métaux précieux présents dans des solutions diluées.

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Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

Figure II. 5 : Cellule d’électrolyse RETEC [II.3]

Un deuxième type de cellule à électrodes tridimensionnelles


est la cellule EnViro-cell, comprenant un lit de granules de carbone
comme compartiment cathodique, profilé de telle manière que la
surface de la cathode augmente vers la sortie de la cellule, figure II.6.
Ce design particulier du compartiment cathodique assure une
diminution de la densité de courant cathodique dans la direction du
flux de l’électrolyte, ce qui permet d’obtenir une efficacité de courant
telle qu’une conversion, en un seul passage de l’effluent dans la
cellule d’électrolyse, permet de réduire la concentration en ions
métalliques d’environ 80 ppm à 1 ppm. La cellule EnViro-cell est
appliquée dans le traitement de solutions photographiques, de
solutions de rinçage de procédés de traitement de surfaces, d’effluents
d’usines fabriquant des batteries ou d’usines chimiques ; les métaux
récupérés sont principalement le Pb, Cu, Cd, Hg, Au, Ag et Pd.

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Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

Figure II. 6 : Cellule d’électrolyse EnViro-cell [II.10]

ElectroCell System AB a mis sur le marché une cellule de type


ElectroSyn permettant d’inclure un lit de particules de carbone. Cette
cellule d’électrolyse permet de réduire les concentrations en ions
métalliques en dessous du ppm, avec une efficacité de courant
raisonnable. Ce système est utilisé, par exemple, pour récupérer du
cuivre et du zinc de solutions acides, du cuivre de solutions diluées
contenant de l’EDTA et de l’argent de bains provenant du
développement de films photographiques.
La cellule AKZO est une cellule d’électrolyse dont la cathode
est un lit fluidisé de particules conductrices, c’est donc la cathode
même qui est promoteur de turbulence. Une telle cathode, de surface
spécifique très élevée et présentant en outre un régime turbulent
important, permet le recours à de fortes densités de courant, ce qui
assure une grande vitesse d’élimination des ions métalliques. La
cellule AKZO, schématisée à la figure II.7, s’apparente à un
échangeur de chaleur à faisceaux tubulaires, le lit de particules étant
fluidisé autour des petits compartiments anodiques entourés de
diaphragmes judicieusement répartis dans le volume de la colonne.

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Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

Cette cellule est utilisée pour la récupération du mercure à


l’état d’amalgame par électrolyse et pour éliminer les ions cuivre et
cadmium de solutions de zinc. Dans cette dernière application, le
cuivre et le cadmium peuvent être récupérés jusqu’à des
concentrations résiduelles respectives de 0.1 mg/l et 1 mg/l.

Figure II. 7 : La cellule d’électrolyse AKZO [II.3]

D’autres cellules à électrodes tridimensionnelles ont également


été développées, telles : la cellule E.S.E cell de DuPont ayant pour
cathode des treillis en inox, la cellule swiss-roll constituée d’un
module cylindrique avec promoteur de turbulence et la cellule
Porocell utilisant des cathodes en feutre de carbone.
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Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

Par ailleurs, il est important de préciser que certaines des


cellules décrites ci-dessus ont également été utilisées avec succès pour
oxyder des cyanures, des chlorures, des colorants, de l’EDTA, …

II.1.2 Traitement électrochimique d’effluents contenant du chrome

L’élimination du chrome d’effluents industriels ou la


régénération d’effluents contenant du chrome est un autre domaine
d’application de l’électrochimie [II.1-3,6-8,10,12]. Le chrome sous sa
forme hexavalente, Cr(VI), est utilisé dans de nombreux secteurs
industriels ; par exemple, pour la production du chlorate de sodium et
en traitement de surface comme inhibiteur de corrosion ou pour le
décapage de métaux ou plastiques.
Deux voies sont en général préconisées pour traiter les
effluents issus de ces secteurs industriels et contenant du Cr(III) et du
Cr(VI) : soit la réoxydation du chrome présent sous sa forme
trivalente en Cr(VI) de manière à régénérer le flux lorsque ce dernier
contient peu d’impuretés, soit la réduction des ions Cr(VI) en ions
Cr(III) en milieu acide et sa précipitation sous forme de Cr(OH)3 après
neutralisation.
Lors du traitement de surface de métaux et de plastiques à
l’aide de bains de Cr(VI) assez concentrés, l’ion est utilisé pour
décaper simplement la surface, la nettoyer, ou bien pour redissoudre
complètement une couche de dépôt. Au fur et à mesure du traitement,
la concentration en Cr(III) augmente jusqu’à une concentration limite
au-delà de laquelle, le bain de décapage n’est plus efficace : sa
régénération s’impose. Cette régénération peut être réalisée par
électrolyse dans le compartiment anodique d’une cellule selon la
réaction suivante :
2 Cr3+ + 7 H2O → Cr2O72- + 14 H+ + 6 e- [II.2]

61
Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

la réaction à la cathode étant le dégagement d’hydrogène. L’anode


utilisée est une anode de plomb recouverte de PbO2, dont le rôle
catalytique est essentiel pour minimiser la production d’oxygène.
Anodes et cathodes sont séparées par un séparateur afin de prévenir
toute réduction du Cr(VI) à la cathode.
Lorsque ces bains sont utilisés pour le décapage de pièces
métalliques, ils seront pollués par des cations de fer, zinc ou nickel.
L’oxydation électrochimique du Cr(III) en Cr(VI) à l’anode peut alors
être couplée à l’élimination des polluants métalliques par
électrodialyse grâce à l’utilisation d’une membrane échangeuse de
cations sélective (Nafion 450), laissant passer les cations bivalents
mais non les cations trivalents du compartiment anodique vers le
compartiment cathodique. Un schéma de principe du procédé est
présenté à la figure II.8.

Figure II. 8 : Régénération des bains d’acide chromique via


l’oxydation du Cr(III) en Cr(VI), avec élimination des ions
métalliques selon le principe de l’électrodialyse [II.8]

Les cations bivalents seront finalement récupérés en


remplaçant régulièrement le catholyte ou simplement par
électrodéposition. Pour ce type d’application, on utilise des cellules
62
Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

ouvertes, des cellules de type filtre-presse ou de forme cylindrique


concentrique.
Pour les effluents industriels produits notamment par le rinçage
des pièces traitées, il est nécessaire, en vue de leur recyclage ou de
leur rejet, d’abaisser la concentration en chrome à des niveaux très
bas. Dans ces cas, on vise la précipitation du chrome sous forme
d’oxyde ou d’hydroxyde, l’ion Cr(VI) ayant été réduit en Cr(III). Dans
ce traitement, des ions Fe2+, électrogénérés par dissolution anodique
d’anodes en fer, réduisent les ions Cr6+ en Cr3+, les ions Fe3+ et Cr3+
étant précipités simultanément à la suite de la production d’OH-,
comme le rappellent :
ƒ les équations relatives à la cellule d’électrolyse :
à l’anode : Fe → Fe2+ + 2 e- [II.3]
à la cathode : 2 H2O + 2 e- → H2 + 2 OH- [II.4]
soit pour la cellule : Fe + 2 H2O → Fe2+ + H2 + 2 OH- [II.5]
ƒ et les équations concernant l’électrolyte :
3 Fe2+ + CrO42- + 4 H2O → 3 Fe3+ + Cr3+ + 8 OH- [II.6]
et donc :
Cr2O72- + 6 Fe(OH)2 + 7 H2O
→ 2 Cr(OH)3 + 6 Fe(OH)3 + 2 OH- [II.7]

La cellule est schématisée à la figure II.9. Ce procédé permet


d’obtenir des concentrations finales en chrome inférieures à 1 mg/l.
Cependant, il présente le désavantage de produire une grande quantité
de boues difficilement valorisables.

63
Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

Figure II. 9 : Cellule d’électrolyse utilisée pour la réduction du Cr(VI)


en Cr(III) par l’ion Fer(II) et leur précipitation sous forme
d’hydroxyde [II.3]

Récemment, une alternative intéressante a été développée par


Albright et Wilson America pour précipiter du chrome présent dans
des solutions de chlorate de sodium. Ces solutions sont chargées en
chrome, à raison de 3 à 4 g/l de Cr(VI), afin de permettre un meilleur
rendement faradique lors de la production du chlorate de soude par
électrolyse. Dans ce procédé, le précipité Cr(OH)3, formé par
réduction directe du Cr(VI), est piégé dans la structure
tridimensionnelle de la cathode (grains ou feutre de carbone) libérant
une solution sans chromate. Périodiquement, le précipité sera
solubilisé en faisant percoler sur la cathode imprégnée, une solution
d’hypochlorite de soude, la solution ainsi formée pouvant être
recyclée dans l’installation de production de chlorate de sodium. Ce
procédé est schématisé à la figure II.10.

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Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

Figure II. 10 : Procédé d’élimination du Cr(VI) de solutions de chlorate :


a) élimination du Cr(VI) sous forme de Cr(OH)3 ; b) Régénération du Cr(VI)
[II.3]

65
Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

II.2 Traitement par électrodialyse de solutions concentrées de sels

Dans de nombreux secteurs industriels, de gros volumes


d’effluents concentrés en sels divers sont produits. Une solution
intéressante pour traiter ces effluents est l’électrodialyse car elle
permet de régénérer à partir d’un sel, l’acide et la base le constituant
[II.1,4-8,10,13]. Une solution de Na2SO4 peut être régénérée, par
électrodialyse, en une solution de NaOH et une solution de H2SO4.
L’électrodialyse est à la fois une technique de séparation et de
concentration dans laquelle des espèces dissoutes sont transportées à
travers des membranes ioniques sous l’action d’un champ électrique.
Les cations migrent tout naturellement vers la cathode et les anions
vers l’anode, en traversant toutefois uniquement et respectivement les
membranes cationiques (C.S.M) et anioniques (A.S.M.). Des protons
sont générés à l’anode et des ions hydroxyles à la cathode.
Le recours à l’électrodialyse pour traiter une solution
concentrée de sel (Na2SO4 par exemple) peut être réalisé en fait selon
trois approches, conduisant cependant à des résultats très différents.
ƒ Suivant un design de cellule à deux compartiments avec
une membrane cationique, figure II.11 : la solution de sel
est introduite dans le compartiment anodique et la base est
régénérée à la cathode. Les inconvénients de ce design
sont, d’une part, la non-récupération d’une solution pure
d’acide sulfurique et, d’autre part, la rapide compétition
entre la migration des H+ et des Na+ à travers la membrane
cationique.

66
Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

Figure II. 11 : Cellule d’électrodialyse à deux compartiments [II.10]

ƒ Suivant un design de cellule à trois compartiments,


composé d’une membrane anionique et d’une membrane
cationique, figure II.12 : la solution de sel est introduite
dans le compartiment central et une solution acide et une
solution basique sont respectivement régénérées à l’anode
et à la cathode. Suivant ce design, deux solutions pures
d’acide et de base sont théoriquement obtenues.
Malheureusement, la membrane anionique ne peut tolérer
qu’une concentration en acide dans l’anolyte limitée si on
veut éviter la diffusion des protons à travers elle, ce qui
bien entendu diminuerait l’efficacité de l’électrodialyse et
entraînerait l’acidification du flux contenant le sel. Notons
que pour réduire au maximum cet inconvénient, il est
recommandé d’utiliser des membranes anioniques à haute
rétention de protons.

67
Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

Figure II. 12 : Cellule d’électrodialyse à trois compartiments [II.10]

ƒ Suivant un design de cellule utilisant des membranes


bipolaires, figure II.13, qui agissent comme une source
directe d’acide et de base pour le procédé. Les membranes
bipolaires, BM, sont constituées d’une membrane
anionique « collée » à une membrane cationique par des
procédés particuliers. A l’interface, l’eau s’y dissocie avec
migration des H+ à travers la membrane cationique et
migration des OH- à travers la membrane anionique. Dans
ce procédé, la cellule comporte de nombreux
compartiments et une seule anode et cathode à ses
extrémités. Les H+ et OH- sont produits, pour une part
mineure, par électrolyse de l’eau et, pour une part majeure,
par dissociation de l’eau dans la membrane, ce dernier
phénomène nécessitant beaucoup moins d’énergie que
l’électrolyse.

68
Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

Figure II. 13 : Cellule d’électrodialyse à membranes bipolaires [II.10]

De nombreux systèmes d’électrodialyse sans membrane


bipolaire (ElectroCell System AB, El-TECH, ICI, Nora) ou avec
membranes bipolaires (WSI Technologies Inc. et Aquatech System)
ont été commercialisés pour valoriser les solutions de Na2SO4, K2SO4,
KCl, NaCl, KF, Na3PO4.
Avant de clore ce point, il nous paraît utile de citer encore :
ƒ le procédé mis au point par Osmotek pour retraiter des
effluents de l’industrie de papeterie appelés « black
liquor », en vue de précipiter la lignite et de régénérer la
soude caustique ;
ƒ le procédé développé par Genders (Electrosynthesis Co
Inc.) en collaboration avec Ormiston Mining Company
pour convertir le Na2SO4, d’une part, en hydroxyde de
sodium dans le compartiment cathodique et, d’autre part,
en sulfate d’ammonium, produit largement utilisé en tant
que fertilisant, dans le compartiment anodique grâce à

69
Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

l’introduction dans ce dernier d’une solution de NH3. Ce


procédé est schématisé à la figure II.14.

Figure II. 14 : Electrodialyse de solution de Na2SO4 avec génération


d’une solution de NaOH et d’une solution de (NH4)2SO4. [II.10]

Tous ces développements ont en grande partie pu être réalisés


grâce aux avancées technologiques au niveau des résistances chimique
et mécanique des membranes et de leur sélectivité.
Enfin, notons que l’électrodialyse est également appliquée
pour la récupération d’acides organiques ou d’ions métalliques
(comme déjà présenté à la figure II.8) et pour éliminer des solutés
ioniques d’un flux en les concentrant dans une autre solution.

70
Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

II.3 Autres applications de l’électrochimie au traitement


d’effluents industriels

L’électrochimie offre encore de nombreuses autres possibilités


dans le domaine du traitement d’effluents industriels.
Nous citerons, en premier lieu, l’oxydation électrochimique
des ions CN-, fort toxiques, largement utilisés dans le secteur du
traitement de surface. Le CN- des solutions peut être oxydé
directement à l’anode ou par l’intermédiaire de l’ion hypochlorite
anodiquement généré [II.2,6,7,9].
L’électrochimie est également appliquée dans l’industrie
nucléaire pour réduire le temps de demi-vie d’espèces radioactives,
réduire la corrosivité des effluents aqueux, minimiser le volume des
rejets et recycler des composés chimiques utiles. Ainsi, par exemple,
avant d’immobiliser dans un ciment, les composés faiblement
radioactifs, il est avantageux de faire subir à certaines solutions une
réduction électrochimique. Ce traitement a pour effet simultané de
réduire les nitrates et nitrites en gaz (N2 et NH3), de produire du
NaOH qui sera recyclé et d’électrodéposer des métaux lourds ainsi
que des isotopes radioactifs comme le 106Ru et le 99Tc.
Une autre application au domaine nucléaire repose sur le
procédé Lomi qui permet de réduire la contamination radioactive des
tuyaux en acier avant tout processus de maintenance ou de
démantèlement d’une centrale nucléaire. Dans ce procédé, les films
d’oxydes métalliques contaminés par des isotopes radioactifs, formés
par la corrosion des tuyaux en acier inox, sont lixiviés en présence
d’un agent réducteur puissant, un sel de vanadium (II) qui est régénéré
électrochimiquement. [II .7,13,14]
La technologie électrochimique a été proposée également pour
la désinfection de l’eau, l’électroflottation de précipités ou leur
électrocoagulation, sans oublier le traitement d’effluents contenant des

71
Chapitre II : Application des méthodes électrochimiques au
traitement d’effluents industriels

composés organiques. La bibliographie relative à ce sujet sera


présentée dans le chapitre III [II.2,3,6,10,14].
On rappellera enfin que l’électrochimie est également utilisée
pour la décontamination de sols et d’eaux souterraines contaminés par
des polluants organiques ou inorganiques (métaux lourds) [II.2-
4,6,7,9,14].

II.4 Conclusions

Nous venons de présenter un certain nombre de procédés et de


cellules électrochimiques développés ces dernières années pour traiter
de nombreux effluents. Le succès du développement de cette
technologie est dû, d’une part, aux nombreux progrès réalisés tant au
niveau du design des cellules que des matériaux disponibles à leur bon
fonctionnement (types d’électrodes, de membranes,…), et, d’autre
part, à la meilleure compréhension des mécanismes impliquant des
espèces électro-actives. Grâce à ces avancées technologiques, les
coûts opératoires associés aux traitements électrochimiques ont pu être
réduits nettement, ce qui a permis de les mettre en compétition avec
les procédés classiques.
Par ailleurs, un des grands avantages des techniques
électrochimiques appliquées au traitement d’effluents industriels
réside dans le fait qu’elles ne déplacent pas le problème de pollution
mais permettent de le supprimer. En outre, dans certaines applications,
il est possible de générer un produit directement valorisable comme,
par exemple, des métaux après électrodéposition ou des solutions
pures d’acide ou de base après électrodialyse d’une solution de sel.

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