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La jeunesse Africaine dit Non à l'imposture historique de la France sur le
Cameroun.
(La Commission Macron sur l'Histoire du Cameroun est une supercherie qui
cherche à re-habiliter l'image de la France)
de Soany Pougala(*)
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(*)Soany Pougala est une camerounaise de 22 ans, étudiante en Sciences
Politiques à l'Université de Lausanne en Suisse, et à l'Université de Pékin en
Chine.
Elle est aussi la directrice du Pole Asie-Afrique de l'Institut d'Etudes
Géostratégiques (ieg) à Bafang au Cameroun.
Pour lui écrire : boyom5@[Link] - son site [Link] est
indisponible pour pour l'instant des raisons techniques)
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La jeunesse africaine s’oppose à la distorsion du devoir de mémoire !
Les pays africains sont nés dans le sang et la violence. C’est une réalité
historique que le temps n’effacera jamais.
Si nous sommes aujourd’hui libres, si nous pouvons aujourd’hui vanter notre
indépendance et rêver de notre émancipation, c’est parce que nos ancêtres sont
morts pour nous.
Nos grand-parents et nos parents ont souffert d’atroces cruautés de la part de
nos bourreaux afin de donner une chance à leurs enfants de sourire. Ils ont fait
face à la répression, la torture, les camps de concentration et les massacres afin
d’offrir à leur descendance un semblant de liberté.
Nos prédécesseurs ont refusé les promesses creuses et les pitoyables
consolations que les colons ont tenté de leur offrir pour les amadouer. Ils ont
refusé l’esclavage et ont bravé les plus vicieuses campagnes de terreur pour ne
crier qu’une seule phrase :
« L’indépendance ou la mort ! ».
L’Afrique d’aujourd’hui, aussi meurtrie et affaiblie soit-elle, est le résultat du
combat inlassable d’un siècle au cours duquel nos révolutionnaires ont lutté
contre l’oppression et la tyrannie coloniale.
Comment pouvons-nous alors expliquer qu’aujourd’hui, nos propres chefs d’Etats
refusent d’honorer leur mémoire et au contraire, laissent à nos bourreaux la
liberté de choisir comment définir notre propre histoire ?
Le 21 Janvier 2025, une nouvelle humiliante nous parvient depuis le palais de
l’Elysée, à Paris. Une commission pluridisciplinaire franco-camerounaise,
nommée commission Duclert, a remis un rapport au président Emmanuel Macron
au sujet du « rôle et l’engagement de la France au Cameroun dans la lutte contre
les mouvements indépendantistes et d’opposition entre 1945 et 1971 ».
L’objectif de ce rapport serait pour les membres de cette commission de
déterminer quel était le « rôle » de la France durant les répressions
indépendantistes au Cameroun.
Ce rapport, seulement après avoir été consulté par Macron, sera par la suite
remis au président camerounais Paul Biya, selon le journal français Jeune Afrique.
Ce rapport concerne la période de répression violente engagée par la France
contre les révolutionnaires indépendantistes camerounais.
En effet, pendant la deuxième moitié du XXème siècle, la France a poursuivi au
Cameroun une violente répression contre le mouvement indépendantiste
camerounais, lui-même mené par le parti de l’Union des Populations du
Cameroun (UPC).
Afin de mettre un terme à la révolution anti-coloniale et nationaliste qui faisait
rage, la France a instauré au Cameroun un régime colonial totalitaire.
L’Etat français a imposé un système de surveillance de masse afin de traquer,
torturer ou tuer les dissidents au régime, puis a poursuivi la répression politique
et le massacre de tous ceux suspectés comme étant des indépendantistes.
Quand il s’avérait évident que les révolutionnaires ne reculeraient pas, la France
a finalement orchestré en pays bamiléké un génocide qui arracha la vie d’au
moins plusieurs centaines de milliers de Camerounais.
Même face à de telles atrocités, les indépendantistes, traqués et tués
inlassablement, n’ont jamais cessé de combattre l’oppression française, et celle-
ci, à contrecœur, a accordé au Cameroun une prétention d’indépendance afin
d’apaiser l’esprit révolutionnaire des populations.
Cependant, la France ne s’est jamais excusée pour ses crimes. En réalité, elle ne
les a même jamais nommés. L’appellation « génocide » ou « massacre » n’est
jamais sortie de la bouche d’un président français pour qualifier les atrocités
commises par leur régime au Cameroun, de même que les mots « excuses » ou «
pardon ».
La France faisant maintenant face à une jeunesse africaine de plus en plus
hostile à son arrogance, mais désespérée d’embellir son image auprès des
Africains, a donc annoncé en 2022 un projet proposant d’ouvrir une enquête sur
ses crimes de violence qu’elle a jusqu’ici pourtant ignorés.
Cet agissement, prétend-t-elle, est l’opportunité de bâtir la fondation d’une
meilleure relation entre France et Afrique, et de laisser les vieilles hostilités et
ressentiments derrière nous.
Lors d’une conférence de presse à Yaoundé organisée en 2022 par le président
français Emmanuel Macron, des intellectuels camerounais et français se sont
adressés tour à tour pour discuter de l’avenir de la France-Afrique.
L’historienne française Karine Ramondy, chercheuse à l’université de la Sorbonne
en Etudes Africaines, annonce alors une série de « propositions concrètes » à
l’établissement de meilleures relations franco-africaines, notamment :
« […] la création d’une commission pluridisciplinaire conjointe, composée
d’acteurs internationaux, historiens chercheurs, artistes, écrivains, cinéastes ;
impulsée par le Conseil pour le suivi des recommandations du nouveau sommet
Afrique-France, qui devra s’appuyer sur les laboratoires de recherche existants. »
« Elle devra travailler à l’identification, à la collection et à la préservation des
archives écrites et orales nécessaires à l’écriture d’une histoire commune. Elle
devra aussi travailler à l’identification et à la valorisation de lieux de mémoire, y
compris les lieux de répression, de réhabiliter les figures emblématiques, sans
oublier les figures emblématiques féminines, des résistances et des luttes des
indépendances. »
Le discours paraît si mielleux qu’il est tentant qu’un esprit naïf souhaite croire en
la bonne volonté française et de la part de nos intellectuels et dirigeants dans la
poursuite d’un tel projet.
Pourtant, il ne faut pas faire d’erreur. Ce projet n’est que la tentative à peine
masquée d’enterrer une bonne fois pour toute la gravité de la guerre sanglante
du Cameroun, et d’en exonérer à fort prix ses commanditaires.
1) EN 65 ANS D’INDEPENDANCE, IL N’YA JAMAIS EU AU CAMEROUN D’ENQUETE
SUR LA GUERRE D’INDEPENDANCE
Le Cameroun a été forgé par sa guerre d’indépendance. Sans cette guerre, et
sans les braves révolutionnaires qui l’ont menée, il est juste de dire que nous
serions probablement encore une colonie aujourd’hui.
Comment un pays dont l’histoire entière repose sur sa colonisation et la violente
révolution qui l’en a libéré, ne peut-il a aucun moment de son histoire avoir
cherché à écrire sur papier les évènements qui l’ont formé ?
A la fin de la présidence d’Ahidjo, qui a été responsable pour avoir collaboré avec
la France dans la persécution des indépendantistes et des populations Bamiléké,
la première action du nouveau gouvernement aurait dû être la mise en place
d’un comité d’historiens camerounais cherchant à récolter les témoignages de
tous les survivants et de tous les accusés afin de mettre en place un système
d’archives.
Ce comité d’historiens aurait dû servir à construire la version officielle du
gouvernement de l’histoire du Cameroun, et permettre à ce que cette version
serve de balise dans la construction de notre nation.
Après avoir enquêté sur le nombre total de morts estimés par les autorités
camerounaises, notre gouvernement aurait dû aller réclamer aux autorités
françaises des excuses aussi bien que des réparations pour l’inestimable pertes
de vies qu’elle a causées pendant trois décennies.
Il n’y aurait pas dû avoir une seule école primaire, aucun collège, aucun lycée au
Cameroun où ne sont pas enseignés les noms de nos héros, les dates de leurs
combats, de leurs morts, leurs discours et leurs textes, la signification de leur
lutte.
Comment pouvons-nous rester fiers de nous-mêmes en sachant que nous avons
tellement dédaigné nos héros, que nous n’avons même pas écrit leurs noms sur
une seule plaque sur un seul mur !
Que nous avons complètement négligé leur histoire au point à ce que
jusqu’aujourd’hui, il n’existe que deux ouvrages l’enquêtant en détail : Kamerun !
(2010) et La guerre du Cameroun (2016), et que chaque ouvrage a été fait sous
la direction d’historiens français ?
Comment pouvons-nous nous prétendre dignes de leurs sacrifices, alors qu’il faut
attendre la France, la responsable du crime, pour en étudier l’étendue ?
Existe-t-il une façon plus cruelle de souiller nos morts ?
Non !
2) LE CAMEROUN CONTINUE DE TRAITER LA COLONISATION COMME UN HASARD
DE L’HISTOIRE
Qu’est-ce qu’un pays si ce n’est son histoire ?
La France elle-même a construit son archipel national à l’image de la révolution
française qu’elle a menée pourtant il y a déjà deux siècles. Son hymne national
est un cri de guerre contre ceux qui oseraient défier la volonté française.
Chaque année, le 14 juillet, les Français célèbrent en tant que peuple le jour où
leurs ancêtres sont allés envahir un des symboles les plus emblématiques de leur
oppression : la prison de la Bastille, qui en son sein détenait nombreux paysans
et révolutionnaires français.
Le Cameroun, pourtant, a échoué à son devoir de mémoire. Notre pays est
pratiquement amnésique !
Le jour de l’indépendance ne correspond à aucune fête ou célébration. Il est
traité comme une journée parmi tant d’autres.
Notre hymne national a été écrit par un prêtre français avant l’indépendance, et
parle d’obéissance, de paix et de travail, les valeurs idéales pour les colonisés.
La résidence présidentielle Camerounaise, le palais de l’Unité, a été dessiné par
un architecte français du nom de Olivier-Clément Cacoub. Cet architecte était un
grand proche de Jacques Chirac, qui, en tant que président de la République
Française, a fièrement défendu la colonisation française et la Françafrique.
En 2005, le gouvernement Chirac a proposé une loi qui devait introduire dans
toutes les écoles de France, l’étude du « rôle positif » de la colonisation française
pour l’Afrique.
Ce même architecte, proche donc d’un fier partisan de la colonisation française,
est également l’architecte du palais présidentiel de Gbadolite en RDC et de
Yamoussoukro en Côte d’Ivoire.
Pas un seul nom de rue, pas un nom de place, pas une brique n’a été dédiée à la
commémoration de nos héros.
Pire, nos rues et nos écoles, comme le lycée général Leclerc à Yaoundé ou
l’avenue Charles de Gaulle à Douala, portent les noms des tyrans qui ont
brutalisé notre peuple !
Nos politiciens autant que nos intellectuels bafouent notre histoire comme un
malheureux détail qu’il nous est possible d’oublier.
Qu’en est-il donc de nos livres d’histoire ?
La plupart sont publiés par des maisons d’éditions françaises comme Hachette,
et se permettent donc de survoler les événements qui ont façonné notre pays
afin de ne pas criminaliser l’image de nos colons, la France et le Royaume-Uni.
Pendant ce temps, qu’en est-il d’autres pays aux passés tragiques comme les
nôtres ?
Devant chaque mairie et école publique française, une statue intitulée « à nos
héros » porte les noms de plusieurs soldats morts au cours de la première et de
la seconde guerre mondiale.
Bien sûr, aucun nom africain : ce sont les Français qui commémorent leurs héros
à eux, pas les esclaves dont ils se sont servis pour mourir à leur place.
Le Royaume-Uni en fait de même.
Et L’Allemagne ?
Au-delà des innombrables musées destinés à l’exposition des cruautés commises
envers les populations juives et autres victimes du régime nazi, l’Allemagne a
placé de nombreuses statues, instauré des noms de rues, financé la publication
de livres, de films et de documentaires pour qu’aucune génération ne puisse
oublier ou renier les crimes commis en son nom. Et comme l’Allemagne sait que
cela ne sera pas assez, qu’il y aura toujours ceux qui voudront réécrire l’histoire à
leur manière, elle instaure une loi qui fait du déni de l’holocauste un crime, de
même que l’utilisation des symboles nazis.
En Chine, dans chaque ville envahie par les Japonais, il existe un musée pour
raconter l’histoire de l’occupation de cette ville, ainsi que des combats qui se
sont suivis pour l’en libérer.
Aucun détail n’est épargné. A Harbin, ville située au Nord-Est de la Chine, proche
de la frontière avec la Russie, j’ai eu la chance de visiter les musées de la ville.
Parmi eux, le musée « Unité 731 », où sont exposés en grand détail tous les
mécanismes de torture et expériences inhumaines que les Japonais ont utilisé
contre les Chinois.
Tous les rapports, confessions, outils utilisés, tous les moindres indices et détails
sont minutieusement exposés. Des statues sont faites simplement pour répliquer
les scènes de cruauté humaine, et les touristes peuvent se balader le long de
couloirs similaires à ceux où on enfermait les Chinois torturés.
Pourquoi le font-ils ?
Parce qu’il faut que les Chinois voient ce qui a été fait à leurs ancêtres. Il faut
qu’ils voient la souffrance, qu’ils comprennent sa profondeur, et même s’ils ne
pourront – et ne devraient – jamais eux-mêmes la vivre, il est de leur mission, de
leur devoir de s’en rappeler.
Ainsi, ils ne pourront jamais prendre leur liberté et leur pays comme acquis, car
quelqu’un est mort dans d’atroces souffrances pour les protéger.
C’est leur responsabilité envers les défunts, c’est ce qu’on appelle le devoir de
mémoire.
De tels mémoriels existent un peu partout dans le pays : on trouve des
mémoriels aussi bien dans des grands musées importants que dans des gares.
A la fin du musée, on laisse des cahiers blancs où chacun peut prendre un stylo
afin d’écrire sa reconnaissance envers les sacrifices de ces prédécesseurs, et leur
tristesse face à la douleur qu’ils ont dû traverser.
Mais en Afrique, l’Europe nous a dit que le devoir de mémoire, c’était la «
repentance perpétuelle », qu’il fallait passer à autre chose, arrêter de pleurer nos
morts, et nous avons écouté !
Nous chantons des hymnes qui n’ont aucun rapport avec ce que nous avons
vécu, nous marchons dans des rues qui n’ont pas été nommées par nous, nous
parlons dans une langue qui n’est pas la nôtre.
Mais malgré ça, nous disons aimer notre pays, dont le nom donné par les colons
européens est une humiliation en lui-même (le Pays des crevettes !).
La France nous dit que ça c’est le vrai nationalisme ! Que c’est l’oubli et le
pardon.
Et elle nous demande de hocher la tête, d’accepter.
Et si elle le fait, c’est bien parce que la France cherche à se dédouaner de toute
culpabilité, car elle a passé la seconde moitié du vingtième siècle à se construire
l’image d’une nation libératrice du totalitarisme nazi, alors qu’elle a poursuivi en
même temps le totalitarisme colonial dans ses colonies !
3) QUELLE LEGITIMITE A LE BOURREAU POUR PARLER DE LA SOUFFRANCE DE SA
VICTIME ? AUCUNE !
Si les participants de cette mascarade ont jusqu’ici utilisé des euphémismes pour
en dissimuler la vraie nature, il faut bien s’en rendre compte.
L’objectif de cette commission n’est rien d’autre que l’opportunité pour la France
de réécrire son passé de puissance coloniale totalitaire, afin de n’avoir jamais à
en payer les frais, aussi bien symboliques que matériaux.
Il est vrai que jusqu’ici, le Cameroun est coupable d’avoir bafoué sa propre
histoire et d’avoir refusé d’entreprendre le travail de mémoire qui lui avait été
confié.
Il n’en reste qu’il faut soit être naïf, soit être malhonnête pour penser que la
France, après avoir pendant des décennies refusé toutes les preuves compilées
par les rares travaux de recherche sur la guerre au Cameroun, ait soudainement
décidé de se racheter par le biais de ce projet.
Lorsqu’il est venu au Cameroun annoncer en 2022 la création d’une telle
commission, Macron déclarait en même temps que « la France restera
résolument engagée pour la sécurité du continent, en appui et à la demande, de
nos partenaires africains ».
En d’autres termes, Macron venait défendre la perpétuation de l’interférence
française dans les affaires politiques africaines, 60 ans après les indépendances,
dans un contexte où la grande majorité des Africains demande l’expulsion des
troupes françaises de leurs territoires.
C’est donc dans une tentative de ressaisir l’autorité et l’influence de la France en
Afrique que Macron, dans une arrogance classiquement française, a proposé aux
Africains la création d’un comité franco-camerounais comme on jetterait des os à
des chiens affamés.
Quelle légitimité a le bourreau pour enquêter si oui ou non, il a véritablement
tourmenté sa victime ? Comment bourreau et victime peuvent-ils ensemble se
mettre d’accord sur la gravité de la blessure sans qu’il y ait conflit d’intérêts ?
La Chine a-t-elle attendu que le Japon donne son avis sur la gravité des crimes
japonais avant de publier sa version de l’histoire ?
Les nazis ont-ils offert de travailler avec les Juifs pour rétablir « ce qui s’est
réellement passé » ?
Le fait est qu’une commission franco-camerounaise existe simplement pour que
la France puisse enfin offrir sa version officielle des faits.
Ainsi, elle pourra se dédouaner de l’apathie qu’elle a jusqu’ici montré envers la
situation : elle trouvera sûrement un léger crime pour lequel elle plaidera
coupable, afin de se faire pardonner les plus graves accusations qu’elle pourra
maintenant se permettre d’ignorer.
Si dans le futur, des Camerounais verront la supercherie et demanderont une
nouvelle enquête, la France pourra se défendre en déclarant que des historiens
camerounais, ainsi que des membres du gouvernement camerounais, ont
également participé à la commission et ont donné leur accord sur le verdict
final !
Toute tentative de rétablir la vérité sera balayée d’un revers de la main comme
une attaque injuste envers la France par des Africains qui continuent de vivre
dans le passé.
Cette bêtise n’est donc pas simplement la bêtise de quelques individus. Elle
concerne notre devoir de mémoire à tous, et met en péril la mémoire nationale
de notre pays, en réécrivant l’histoire pour faire du tyran un innocent !
Pour ceux qui doutent de cette analyse, répondez-donc : pourquoi la Commission
s’appelle-t-elle Commission Duclert ?
Pourquoi ne pas la nommer Commission Moumié, ou Um Nyobé, ou s’il fallait un
historien camerounais, Commission Tatsitsa, en honneur à l’un des rares
historiens camerounais qui a travaillé sur la formulation d’un tableau complet de
la guerre du Cameroun ?
Non, il fallait que la commission s’appelle Duclert, en hommage à l’historien
français qui a enquêté sur le génocide des Tutsis au Rwanda et au génocide des
Arméniens.
C’est le même historien qui, à la demande de Macron, a présidé la Commission
française d’historiens sur le rôle de la France au Rwanda de 2019 à 2021.
Verdict final de cette commission ?
La France a commis quelques erreurs, mais non, elle n’a aucune responsabilité
dans le génocide rwandais.
Donc le Rwanda peut cesser de l’embêter et de demander quelconques
réparations que ce soit, car la France ne lui doit absolument rien.
4) LE BOURREAU ET LA VICTIME N’ONT COMME DESTINEE COMMUNE QUE LA
CORDE DE LA PENDAISON
Les pays impérialistes agiront toujours contre l’intérêt des pays exploités. Il ne
faut donc pas être surpris de cette tentative flagrante en plein jour de la France
de réinventer l’histoire de sa colonisation afin de ne pas faire face à ses crimes.
Cependant, il faut aussi se rendre compte que s’il n’y avait pas, à chaque
tournant, des Africains prêts à la soutenir dans chacune de ses manipulations, la
France aurait aujourd’hui en Afrique très peu de champ pour agir.
Il faut donc aussi reprocher à ces intellectuels africains qui, sans se poser de
questions, ont répondu à l’appel de Macron et ont participé à la confection d’un
rapport qui ne sert qu’à minimiser les violences françaises réalisées au
Cameroun.
Se sont-ils même demandés pourquoi leur rapport devait d’abord être présenté
au Président français avant le Président camerounais, et pas l’inverse ou bien
aux deux en même temps ?
En lisant les déclarations de chaque participant africain dans l’entourage de
Macron, il est très simple de comprendre pourquoi chacun a été choisi.
Ainsi, l’avocat camerounais Jacques Jonathan Nyemb, décrit l’histoire de la
France au Cameroun en ces propos :
« Excellences, Mesdames et Messieurs, qu'on s'en souvienne, à l'appel du 18 juin
1940 du Général De GAULLE, le Cameroun a été parmi les premiers territoires à
rallier la France libre. De nombreux jeunes Camerounais ont versé leur sang pour
la reconquête et la libération de la France. Moins de deux décennies plus tard,
dès 1955, c'est au tour de plusieurs jeunes militants progressistes français de
porter la voix des leaders camerounais pour la cause de l'indépendance et de la
réunification du Cameroun. Ainsi, unis par une histoire parfois douloureuse, mais
inexorablement appelés à partager un destin commun, les jeunesses
camerounaises et françaises ont toujours su s'engager ensemble avec audace,
courage et espérance, lorsque la sécurité collective est menacée.”
Il est difficile pour moi, en tant que jeune camerounaise de 22 ans, de faire sens
de ces propos.
Il est difficile pour moi de comprendre comment des Camerounais, consciemment
ou par ignorance, peuvent-ils faire le choix de détruire à ce point la mémoire de
nos révolutionnaires, et de travailler contre tout ce pour quoi ils se sont battus.
Les Camerounais se sont battus contre la France. Les Camerounais se sont battus
également contre leurs frères africains, les Sénégalais, utilisés par la France
comme des chiens de chasse pour maintenir en ordre chacune de ses colonies.
Ce sont les
Camerounais qui ont versé leur sang. Ce sont les Camerounais qui n’avaient
même plus suffisamment de terre pour enterrer leurs enfants.
Ce sont les Camerounais qui ont souffert pour ce pays, qui ont été pendus,
fusillés, torturés, violés…!
Parce qu’ils ont simplement espéré pour un avenir meilleur pour nous, les
générations d’après.
Comment peut-on aujourd’hui mentir et les effacer de leur propre histoire, tout
ça pour mettre en valeur ces prétendus “militants progressistes français” , qui
auraient supposément aidé l’indépendance du Cameroun ?
Les Camerounais qui se sont battus pour la “libération de la France” étaient des
colonisés que le maître a envoyé mourir sur les lignes de front pour épargner le
sang de ses fils. Ils n’étaient pas des frères qui ont choisi de se sacrifier ; ils
étaient des énièmes victimes dans le sillonage sanglant de l’Empire Français.
En mettant en avant ces supposés militants français, l’objectif est clair :
prétendre à la réciprocité.
Des centaines de milliers d’Africains sont morts pour la France, et en échange, la
France les a aidés !
C’est ce qu’on appelle le révisionnisme historique.
En échange d’avoir libéré la France, Charles de Gaulle a assuré durant la
Conférence de Brazzaville que jamais il ne libèrerait les colonies africaines.
En échange d’avoir libéré la France, Mitterrand a envoyé en Algérie des
guillotines pour exécuter les indépendantistes rêvant de la même liberté.
En échange d’avoir libéré la France, la France refuse toujours aujourd’hui d’ouvrir
les archives sur notre propre histoire afin de nous permettre de correctement
pleurer nos morts et leur offrir l’hommage qu’ils méritent.
Qui sont ces prétendus militants progressistes français ?
La France aime toujours mettre en avant le bref soutien du Parti Communiste
Français envers les mouvements anti-colonialistes africains, comme si le PCF
représentait la pensée ou l’action de l’Etat.
La France aime toujours faire oublier, cependant, que dès que le PCF en 1956
devint le premier parti gouvernemental français, il vota pour une réforme
donnant à l’administration coloniale algérienne les pleins pouvoirs afin
d’annéantir la révolution algérienne en cours. Les détails de cette “trahison” sont
développés dans le livre
"L’Afrique D’abord", par Thomas Deltombe, à partir de la page 214.
La France utilise les intellectuels africains comme des marionnettes pour répéter
inlassablement la même phrase “destinée commune”.
La France et l’Afrique ont une histoire commune, nous dit Macron, nous dit
Hollande, nous dit Sarkozy, nous disaient également Chirac et Mitterand, et rien
ne saurait les séparer.
Mais les présidents français tiennent-ils un tel discours au Vietnam ? Au Laos ?
Qu’est-ce qui unit la France et l’Afrique mise à part la relation de maître et
esclave de la colonisation ?
Qu’est-ce qui fait que l’Afrique, selon tous ces intellectuels souvent sortis des
plus prestigieuses universités parisiennes, serait une sorte de jumelle siamoise
avec celui qui l’a brutalisée pendant des siècles ?
Les Etats-Unis ont-ils une destinée inséparable avec le Royaume-Uni ?
La Chine a-t-elle une destinée inséparable avec le Japon ?
Le Vietnam a-t-il une destinée inséparable avec la France ?
La Serbie a-t-elle une destinée inséparable avec l’Empire Ottoman ?
Pourtant tous étaient des pays colonisés par l’autre. Pourquoi cette phrase ne
s’applique qu’à l’Afrique ?
Car ce qui attache la France à l’Afrique, ce sont les liens coloniaux.
Ce sont ces liens coloniaux qui font que l’Afrique parle français, anglais et
portugais, qu’elle utilise une monnaie coloniale et prie aux dieux de ses colons.
Mais ces liens ne sont pas inséparables. Et nous ne voulons pas qu’ils soient
inséparables.
Nous vendre une image d’une France et d’une Afrique éternellement liées, c’est
nous vendre une colonisation qui ne s’interrompra jamais.
Nous refusons ! Nous disons non !
La jeunesse africaine en a assez de voir des gens qui n’ont pas les intérêts de nos
pays à cœur parler en son nom.
Si tous ces intellectuels Camerounais voulaient honorer la mémoire de nos
ancêtres qui sont morts pour qu’ils puissent aujourd’hui vivre libres, ils auraient
dû parler avant.
Plutôt, ils ont choisi de se taire, et ce n’est que quand le maître a eu besoin de
les utiliser comme masques pour cacher ses intentions qu’ils se sont pressés
d’agir.
Aux endroits où nous aurions dû ériger les statues de nos héros, trônent les
statues de ceux qui les ont massacrés. Mais on nous dit que la France va
travailler à “valoriser les lieux de mémoire” et « rendre hommage aux figures
emblématiques » !
Quelle mauvaise blague !
Les Africains qui ont choisi de participer à une telle farce ne parlent ni au nom de
l’Afrique, ni au nom du Cameroun. Ils parlent au nom d’eux-mêmes.
Ils ne représentent pas nos pays, pas notre peuple, et certainement pas notre
jeunesse !
A la jeunesse africaine : écrivez-tout. Ecrivez les témoignages de vos parents, de
vos grands-parents s’ils sont encore là.
Ne laissez pas leurs souvenirs mourir avec eux.
Ne laissez pas ceux qui nous tourmentent écrire notre histoire à notre place.
Tenez un journal, et marquez-le toujours d’une date et de votre nom.
Les souvenirs vacillent en une nuit, mais l’encre peut survivre pendant des
siècles.
C’est-à-nous de respecter le devoir de mémoire qui nous a été confié.
Nous refusons de répéter les erreurs de ceux qui nous précèdent.
La jeunesse africaine dit non !
Soany Pougala
Pékin le 26 Janvier 2025
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(*)Soany Pougala est une camerounaise de 22 ans, étudiante en Sciences
Politiques à l'Université de Lausanne en Suisse, et à l'Université de Pékin en
Chine.
Elle est aussi la directrice du Pole Asie-Afrique de l'Institut d'Etudes
Géostratégiques (ieg) à Bafang au Cameroun.
Pour lui écrire : boyom5@[Link] - son site [Link] est
indisponible pour pour l'instant des raisons techniques)
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"Dans les conditions actuelles de médiocrité généralisée des intellectuels
africains qui ne savent pas qu'on est en guerre, ni contre qui, même dans 100
ans, l'Afrique n'a pas une seule chance sur 1 million de s'en sortir."
Jean-Paul Pougala
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(Extrait de la leçon n° 1925, à lire dans son intégralité sur [Link])
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(...)
(...)
QUELLES LECONS POUR L’AFRIQUE ?
Question : A l’origine, quel était l’objectif d’unir l’Afrique, alors qu’on ne s’est
nullement préoccupé de résoudre ses maux qui la minent de l’intérieur ?
Réponse : A l’origine, les Afro-Américains qui ont créé le concept de
Panafricanisme, voulaient unir l’Afrique sous les Etats-Unis d’Amérique. L’idée
était de fédérer une Afrique des problèmes structurels internes non résolus, pour
espérer qu’elle serait sauvée en définitive par la puissance des Etats-Unis.
C’est tout au moins l’idée que Kwame Nkrumah ramène des Etats-Unis des
précurseurs du Panafricanisme comme Williams DuBois, Marcus Garvey etc.
Quand j’étais jeune, je croyais naïvement que l’union faisait la force. Je pensais
que mettre ensemble plusieurs pays aurait permis d’obtenir plus que la somme
des Nations.
J’avais complètement sous-estimé le fait qu’une union entre des faibles n’aurait
jamais fait peur à un puissant. L’exemple suisse, non membre de l’Union
Européenne, mais beaucoup plus puissante au point où ses citoyens n’ont pas
besoin d’aller vers ceux qui se sont mis ensemble pour soi-disant être plus
puissants a fini par me convaincre que je me trompais.
Les Etats-Unis d’Afrique ? Pour quoi faire ?
Quand vous êtes jeunes, vous répétez vous aussi cette idiotie à l’infinie, comme
si c’est l’unité qui doit apporter le courage et la force qui manque à ceux qui ne
se sont jamais donné les moyens de devenir forts.
Comme les autres naïfs qui nous avaient précédés et qu’on appelait
triomphalement Panafricanistes, j’avais complètement ignoré par erreur, la vérité
des vérités, celle qui veut que dans le système capitaliste en vigueur, la priorité
des priorités n’est pas celle de s’unir ou de se réunir comme des cancres, mais
de posséder le seul levier qui confère la force, la puissance. Et ce seul levier,
c’est de devenir possédant.
Dans le système capitaliste, le monde se divise en forts et faibles, les forts sont
les possédants du capital et les faibles ceux qui ne possèdent pas le capital.
On a beau s’unir à 55 états africains faibles, parce que non possédants du
capital, que cela ne changera rien au sort du continent.
Le problème est lorsqu’un non-possédant de capital, comme le Rwanda croit en
bonne foi qu’il a les moyens, les capitaux pour occuper une partie du territoire de
son géant voisin, la République Démocratique du Congo et y rester stablement
que vous comprenez que les Africains n’ont vraiment aucune notion d’économie
politique.
En campagne électorale pour les élections présidentielles de 2024, le candidat
Donald Trump avait clairement annoncé que sa cible principale était la Chine, qui
serait un adversaire systémique. Et une fois élu, il a oublié sa cible d’avant pour
s’occuper du Groenland, du Canada, de l’Union Européenne, de Panama, pour
une raison principale, la Chine est devenue une possédante de capital,
notamment avec un excédent commercial record de près de 1.000 milliards de
dollars en 2024. Et c’est la douane chinoise qui a annoncé l’information. Et sans
même attendre d’arriver à la Maison Blanche, le président élu Donald Trump
avait déjà téléphoné au président chinois Xi Jinping pour calmer le jeu et se
montrer conciliant, très conciliant.
Son prédécesseur Joe Biden avait obtenu la fermeture du média chinois Tik Tok
et voilà Trump qui nous déclarait la Chine comme ennemie principale qui
suspend en 24 heures l’annulation de la suspension, pour donner l’espace à la
négociation a-t-il justifié son geste, qui ne trompe personne. La Chine possède le
capital et surtout, elle est principale propriétaire mondiale des moyens de
production de la richesse.
Et c’est ce qui donne la force. C’est cela la puissance que Trump est obligé de
respecter.
L’Union Européenne a beau être une association de 27 pays, mais cela ne suffit
pas, parce que ce sont 27 pays faibles tous très endettés. Et contre eux, même
Elon Mursk se sent puissant, notamment avec ses 430 milliards de dollars de
fortune en 2024.
Au final, même l’individu Elon Mursk, parce qu’étant un possédant du capital, est
capable de taper sur le premier ministre britannique sur une ancienne affaire de
viol et obliger la justice du pays à re-ouvrir les enquêtes. C’est la puissance de
l’argent qui parle. Ce n’est pas le fait d’être uni ou de parler d’une seule voix.
C’est le même scénario d’humiliation auquel assistent les chefs d’état africains,
dans des réunions du genre : Etats-Unis-Afrique, Chine-Afrique, Russie-Afrique,
Turquie-Afrique, Italie-Afrique etc. Voilà 55 chefs d’état de pays africains, qui se
sont précipités à Rome, sur l’invitation de Giorgia Meloni. Je trouve cela une
parfaite humiliation. C’est la même chose avec la rencontre de Washington et
celle de Pékin que je ne partage pas.
Depuis qu’une matière appelée Economie Politique existe, nous n’avons jamais
vu un pays étranger développer un autre pays. Cela ne s’est jamais vu dans
l’histoire.
Les pays africains renoncent au principal levier de croissance et donc de
prospérité auquel recourent tous les pays du monde devenus riches, c’est-à-dire,
mobiliser l’épargne interne pour constituer le capital à destiner aux
investissements productifs et non à la gestion ou à la consommation.
Lorsqu’en 1992, je suis revenu dans mon pays le Cameroun après mes études
d’économie et que le gouvernement Camerounais m’a contraint de repartir en
exil en me signifiant que je n’appartenais pas à la bonne tribu, parce que
Bamileke, confisquant de fait et vendant aux enchères tous mes équipements
que j’avais mis des années à économiser, pour moi aussi, devenir un possédant
des moyens de production industrielle, j’ai fui les ténèbres de mon pays pour me
réfugier en Italie en annonçant à mes proches une phrases qu’un d’eux m’a
récemment répété plus de 30 ans :
« Ce pays a raté le coach pour sortir de la pauvreté ».
Pour mon interlocuteur du ministère camerounais des finances qui parlait au nom
du ministre, le fait que j’étais rentré avec les équipements de production me
disqualifiait d’office de la qualité d’étudiant, parce que m’a-t-il dit :
« Nous tous avons étudié en Occident et personne de nous n’est retourné à la fin
des études avec un tel matériel. Les Bamileke sont riches, Allez dédouaner vos
marchandises ».
Selon lui, l’exonération douanière que m’avait concédée l’Ambassadeur du
Cameroun à Rome, comme de droit pour tout étudiant en fin d’études, pour le
retour définitif, n’était plus valable, à cause du type de matériel que je ramenais
au Cameroun, qu’i faut préciser, aussi avec l’aide de l’Office des Migration
Internationale (OMI), un organisme des Nations Unies.
En d’autres mots, les économistes camerounais, ont démenti même les
économistes des Nations Unies, qui étaient d’accord que mon retour serait
bénéfique pour mon pays.
J’ai compris, avec cette épreuve que l’Afrique n’avait pas une seule chance sur 1
million de s’en sortir, si les africains eux-mêmes n’étaient pas capables de
comprendre les mécanismes du système capitaliste et comment un pays doit
procéder pour tirer le plus grand profit de ses propres citoyens, devenus des
possédants, non pas seulement à travers les impôts, mais par d’autres
mécanismes portant à encourager l’augmentation de l’assiette fiscale de la
nation.
J’avais mis 7 ans pour faire des études d’économie en Italie, où j’avais appris
avec l’exemple même de l’Italie, que la priorité des gouvernants de tous les pays
du monde est d’arriver à mobiliser l’épargne de ses citoyens qui économisent le
plus, pour financer sa propre production macro-économique de richesse
collective.
J’avais appris de la bouche et des devoirs de mes enseignants italiens que
l’économie politique, est une science qui étudie les moyens de gagner de
l’argent, mais qu'au commencement, il fallait le capital et pour avoir le capital, il
fallait l'épargne, mon épargne, de moi pauvre étudiant.
Une fois que j’avais compris à travers mes leçons d’économie, en faculté,
comment fonctionne le système capitaliste basé sur le pouvoir de l’épargne,
j’avais mis 7 ans de privation, pour réussir moi aussi à épargner mes miettes,
jour après jour, dans l’espoir de passer un jour de mon état de prolétaire, à petit
possédant de capital, comme condition incontournable pour rentrer dans mon
pays.
Par la décision d’un politicien de mon pays, le ministre des finances, un certain
Justin Dioro, 7 années d’épargnes venaient de se volatiliser. Je suis retourné en
Italie dans un jour de Mai 1993, avec l’aide des amis italiens qui avaient bien
voulu acheter mon billet d’avion, puisque je n’avais plus rien.
Pendant que je repartais vers l’Italie, désabusé en fuyant les ténèbres
qu’incarnait à mes yeux, mon pays le Cameroun, je lisais les intellectuels
camerounais, continuer à fanfaronner avec les concepts vides de sens, du genre :
- l’Afrique va s’unir,
- on est fort si on est uni,
- le panafricanisme est la seule voie de sortie pour l’Afrique etc.
- la roue de l'histoire tourne, c'est venu le tour de l'Afrique
- etc.
La roue de l'histoire tourne peut-être, mais objectivement, je ne vois personne en
Afrique disposant du levier du pouvoir politique ou économique pour faire tourner
cette roue en la faveur du continent Africain.
J’ai mis des années avant de comprendre que l’idée même de fédérer les pays
africains ne relevait que de cette série de diversions, du christianisme à l’islam
en passant par les faux ancêtres pharaoniques de l’Egypte antique.
Comment faites-vous pour fédérer sur le plan continental, une entité qui se veut
avant tout clanique ? Où les privilèges des possédants du capital et des moyens
de production de la richesse, s’effacent devant les privilèges des clans, des tribus
?
Comment faites-vous pour espérer devenir prospères et puissants sur le plan
continental, en mettant comme priorité le fait d’unir des gens qui par nature
cultivent la tribu et l’auto-destruction ?
En Afrique, nous avons des pays qui ne sont pas des Nations. Les regroupements
des peuples divers sous un seul et même pays ont été décidés par les Européens.
En devenant indépendants, les pays africains auraient dû se fixer comme priorité,
non pas la fédération des unités mal ficelées, appelées : pays, mais de mettre
ensemble, les contractions et toutes les parties inconciliables des nouveaux
états.
C’était à mon avis, même prioritaire à l’idée même de développement ou de
prospérité des nations africaines qui n’existent toujours pas.
Si des Camerounais n’ont pas surmonté leurs contradictions et leurs différences,
à quoi cela servira-t-il de se précipiter à parler des Etats-Unis d’Afrique où les
plaies non cicatrisées du Cameroun vont trouver d’autres nombreuses plaies de
divisions ethniques et tribales, ouvertes par la colonisation partout en Afrique ?
Tous ces questionnements ont la même et unique réponse, qui, à mon avis, est
celle de la qualité de la formation citoyenne de l’homme africain. C’est
l’éducation de l’homme colonisé africain qui pose des problèmes. Ce qui l’amène
à se tromper royalement et de façon pérenne de priorité.
Je reviendrai prochainement avec une leçon sur une autre variable de ce même
Panafricanisme venu des Etats-Unis d’Amérique, avec le désir des Noirs
Américains de civiliser et de sauver avec Jesus-Christ les sauvages restés en
Afrique, qui ont été capables disent-ils par erreur, de vendre leurs propres frères
en esclavage, très convaincus de leurs soi-disant origines bibliques égyptiennes
des Noirs d’Afrique, où nous serions des bourreaux par définition, des
esclavagistes dans le sang qui sont allés jusqu’à martyriser le peuple béni de
Dieu, les Juifs.
Cela va se passer sur [Link] Ne manquez surtout pas cette leçon-là.
Ceux qui s’accrochent à leur pseudo ancêtres égyptiens vont se marrer.
CONCLUSION
Personne ne peut garantir que si les dirigeants africains avaient fait un choix
différent à l’indépendance, on aurait eu ou non, un résultat meilleur, puisque
nous vivons dans un système dans lequel il y a une seule hégémonie, un seul
maître, les Etats-Unis. Quel que soit les rapprochements qu’on aurait fait avec la
Russie ou la Chine, cela ne nous aurait pas empêché de nous frotter aux règles
du marché capitaliste des échanges internationaux.
Et c’est dans ces échanges que même Kwame Nkrumah s’est rendu compte qu’il
ne disposait d’aucun levier pour modifier les règles du jeu ou pour influencer les
prix de son cacao.
Dans son livre « Africa Unite, une histoire du panafricanisme », La Découverte,
2014, p. 143-168. Amzat Boukari-Yabara écrit :
« Selon l'historien Basil Davidson, alors que la production de cacao au Ghana est
passée de 350 000 tonnes en 1960 à 494 000 en 1965, les recettes réalisées en
1965 sont inférieures à celles de 1960. Alors que les relations avec les pays
occidentaux se dégradent, Nkrumah opte officiellement pour le marxisme lors de
la XIe conférence du CPP. Sous la doctrine du « consciencisme » (ou «
nkrumahisme »), une économie planifiée est mise en place et un plan septennal
est adopté en 1964, devant se traduire par une forte politique d’investissements
publics de façon à réduire la dépendance économique vers l'étranger. ».
On constate que Nkrumah ne fait pas les choix d’une forte politique
d’investissements publics par conviction, mais à cause des échecs et de la
déception des promesses qu’il continue de propager dans son discours
d’inauguration du barrage que nous avons vu plus haut.
La quasi-totalité des héros africains des indépendances, sont devenus des chefs
d’état, non pas parce qu’ils avaient lutté contre la colonisation ou contre
l’impérialisme. Ils ont été choisis par le colon non pas pour diriger ces pays, mais
pour administrer des colonies et donc les remplacer à la tête des pays africains,
parce qu’ils avaient donné un gage de loyauté face aux idées coloniales, que
dans la pratique, rien ne changerait effectivement.
Il me plait de conclure avec deux citations :
« Le Congrès américain qui représente les États américains avait demandé que
soit coupée toute aide à l’Égypte, car nous avons refusé d’accepter l’occupation
et l’exploitation de notre territoire. Ce fut notre punition », Discours de Gamal
Abdel Nasser [annonçant la nationalisation de la Compagnie du Canal de Suez]
(Alexandrie, 26 juillet 1956), Source :
[Link] a2ed-
[Link].
« Les gens en Occident ne sont pas intéressés par de sérieuses études coloniales,
ils veulent des histoires de voyages qui leur fassent comprendre que les Noirs
sont à leur place et que tout va bien. » Lettre de Padmore à la journaliste
britannique Cunard, le 29 novembre 1953, avec qui ils ont écrit ensemble le livre
"The White man duty".
On ne quitte pas un maître pour un autre ?
Nasser a réussi à nationaliser le Canal de Suez qui est encore aujourd’hui en
2025, le principal post d’entrée de devise de l’Egypte, même devant le tourisme.
Il l’a fait grâce aux menaces militaires de l’Union Soviétiques contre la France et
le Royaume Uni d’utilisation de la bombe atomique sur Paris ou Londres.
Est-ce que pour ce soutien militaire ayant servi à garantir la défense des
ressources du pays, l’Egypte est devenue une colonie de Moscou ? Bien sûr que
Non ! Mais force est de constater que sur cette époque, l’Egypte est le seul pays
sanctionné par Washington.
Si les recettes occidentales appliquées au Ghana suffisaient pour instaurer la
démocratie et devenir aussi riche que les pays occidentaux qu’on veut copier, il y
a longtemps que le Ghana serait devenu un exemple de prospérité en Afrique et
dans le monde.
Ce que je reproche aux dirigeants africains est justement cet exemple que nous
avons vu plus haut qui dit que :
« La production de cacao au Ghana est passée de 350 000 tonnes en 1960 à 494
000 en 1965, les recettes réalisées en 1965 sont inférieures à celles de 1960. »
Si les recettes de la vente du cacao du Ghana de 1965 sont inférieures à celles
de 1960, alors que les quantités ont augmenté, presque doublé, la raison
suggérait de passer à autre chose.
Le président Nasser en Egypte, le plus haï de l’Occident, a arrêté l’économie
coloniale de la production du coton, dès qu’il a constaté qu’il ne pouvait pas
contrôler son prix sur le marché de Londres pour mettre sa population à produire
en masse les dattes, vendues dans tout le Moyen-Orient à son prix.
Qui oblige les autres pays africains à persévérer dans la culture des plantes qui
contribuent à appauvrir leurs populations, pas d’aujourd’hui, mais depuis 1965,
comme dans le cas du cacao ?
Sans la rupture avec la colonisation, comme a fait le président Nasser, nous
pourrons continuer à raconter les belles histoires à la Padmore, sur les voyages
en Afrique où les Africains sont toujours souriants et accueillants et où tout va
bien, cela nous condamnera à observer les aigles de descendre aussi bas que
nous les poules de Lénine, mais il sera dès lors évident que jamais nous restés
des poules ne pourrons monter aussi haut que les aigles de l’occident que nous
aimons singer.
Jean-Paul Pougala
Dimanche le 09 Février 2025
P.S : Lire la leçon intégrale n° 1925 sur [Link]