Persepolis,
la gloire du Grand Roi
La porte monumentale de Xerxès
éduite à l’état de cendres par Alexandre le Grand
R et son armée, par accident ou délibérément,
Persepolis, l’immense ensemble monumental
conçu par Darius et Xerxès, sombra dans l’oubli pen-
dant des siècles. Utilisé comme carrière au Xe s. par
l’émir de Chiraz, le site n’est redécouvert qu’au XVIIe s.
par des voyageurs européens, Pietro della Valle,
Chardin et Cornelius van Bruyn pour ne citer que les
plus significatifs.
Dès le début du XIXe s., Persepolis attire de nom-
breux voyageurs, au point que le gouverneur de Fars
décide d’engager plusieurs centaines d’ouvriers char-
gés d’effectuer les premiers travaux de dégagement
de l’ensemble. Mais ce n’est qu’en 1931 que J.H.
Breasted, directeur de l’Oriental Institute of Chicago,
met en chantier une exploration méthodique du site.
L’empire achéménide
C’est au faîte de leur puissance que les souverains avant d’entreprendre la conquête de l’Egypte, réalisée
perses ont fait bâtir ce qui devait servir de cadre aux par son fils Cambyse II.
festivités du nouvel an, moment privilégié qui voyait Après la mort de Cambyse, Darius lui succède par
se confirmer le lien de fidélité unissant au Grand Roi les hippomancie (son cheval fut le premier à hennir au
multiples peuples placés sous son autorité. Même si lever du soleil). Matant différentes révoltes, il pousse
l’unité des tribus du peuple perse remonte au VIIe s. ses conquêtes jusqu’à l’Indus et fait campagne contre
avant J.C., sous la férule du chef de clan Teïspès, il faut les Scythes. La révolte des cités grecques d’Ionie est
attendre Cyrus II le Grand (-559 / -530) pour que la puis- écrasée, mais le Grand Roi est repoussé à Marathon
sance achéménide prenne son véritable essor. Ce der- par les hoplites athéniens. Il semble qu’il est fait débu-
nier réunit en effet en une seule unité les deux empi- ter les travaux de Persepolis vers -520. C’est Xerxès,
res perse et mède. un petit-fils de Cyrus le Grand, qui lui succède de -486
L’asie Mineure est conquise après l’effondrement du à -465. Vaincu à plusieurs reprises par les Grecs, il
royaume lidien de Crésus. À l’est et au nord, la Parthie, renonce à les soumettre et se consacre aux travaux
la Drangiane, L’Arachosie, la Margiane et la Bactriane de Persepolis. Le déclin est sensible dès le règne
sont soumises. La chute de Babylone survient peu d’Artaxerxès et les souverains suivants doivent répri-
après et Cyrus y reçoit un nouveau titre royal. Il meurt mer de multiples révoltes.
Vue aérienne de Persepolis
vingt mètres, s’étend sur
450 mètres de long et 300
m de large. Surélevée sur un
soubassement de 2,60 m,
l’apadana s’élevait à plus de
20 m de hauteur et la salle
principale, entourée d’épais
murs de briques crues, for-
mait un carré de plus de 70
m de côté. Les palais de
Darius et de Xerxès servait
en fait de salles de banquet.
Alors que l’Apadana
comptait 72 colonnes (dont
36 à l’intérieur), la salle aux
Le jour de l’an à Persepolis cent colonnes est considérée comme la salle du trône
(celle-ci se trouvant sans doute initialement plus au
Au cœur du Fars, Darius entreprend la construction sud, en raison du fait que le centre des festivités se
de Persepolis à peine le palais de Suse terminé. Les trouvait du côté sud de la terrasse, devant la plaine
architectes élèvent une terrasse qui s’appuie sur la d’où provenaient les différentes délégations.
montagne voisine dont la partie avancée sera nivelée
et allongée artificiellement. Il s’agit ici de construire une
sorte de sanctuaire politiquer où sera manifestée cha- Quand la glorification de l’empire
que année l’unité de l’Empire fondé par les Perses et remplace le culte des Dieux
les Mèdes. Soucieux de ne pas voir les Perses épuiser
leurs forces à brises de perpétuelles révoltes, Darius a La réalisation d’un tel ensemble correspond avant
eu le souci de créer un véritable sentiment de fidélité tout à des préoccupations politiques. Pas un seul
dynastique qui se fonde sur l’adhésion à une volonté monument religieux ne semble même avoir trouvé
commune de puissance et de grandeur. Ceux qui place sur cette terrasse. Privée de support architectu-
étaient étrangers à l’Empire perse étaient exclus de la ral (le culte rendu à Ahura Mazda se déroulait en plein
fête du nouvel an. air), la sculpture d’inspiration religieuse ne joua qu’un
C’est par milliers que les délégués venus de toutes rôle secondaire dans l’art achéménide.
les satrapies venaient installer leurs tentes dans la Si les artistes perses se sont largement inspirés des
vaste plaine qui s’étend à l’ouest de la terrasse. Une modèles mésopotamiens et assyriens, ils ont évité de
fois arrivé le jour de la cérémonie, ceux qui sont admis représenter les scènes guerrières ou les massacres
à participer au cortège des tri-
L’Apadana
butaires gravissent le large
escalier occidental donnant
accès à la terrasse. Ils traver-
sent alors le large parvis sur
lequel s’ouvre l’apadana, la
grande salle d’audience analo-
gue à celle édifiée à Suse. Elle
est surélevée et, pour y accé-
der, il faut emprunter (sur les
côtés nord et est) deux grands
escaliers sur les murs desquels
se tiennent les célèbres
“Immortels”, les gardes royaux
armés de lances et d’arcs.
Tout ici évoquait la puissance
du Grand Roi. La terrasse, dont
la hauteur varie de douze à
Plan de la terrasse
1. terrasse en élévation
2. grand escalier d’accès
3. porte monumentale de Xerxès, dite “de toutes les nations”
4. forteresse nord
5. Apadana
6. palais de Darius
7. palais H
8. palais de Xerxès
9. palais G
10. Tripylon
11. harem
12. trésorerie royale
13. garde royale
14. salle aux cent colonnes
15. salle aux 32 colonnes
16. porte monumentale inachevée
17. façade sud de la terrasse donnant sur la plaine
18. tombeau d’Artaxerxes II
Bas-relief du Tripylon
Le tombeau d’Artaxerxès II
Bas-relief d’un escalier monumental rapports entre Perse et vaincus qui ne correspond
qu’affectionnaient les maîtres de Ninive. Ici, la guerre guère à la réalité. Le Grand Roi dut constamment guer-
est proscrite. Ce n’est pas la terreur qui doit motiver royer pour maintenir l’unité de son trop vaste Empire,
l’adhésion au projet politique des Achéménides, c’est mais la réalisation de Persepolis n’en témoignait pas
la fidélité sereinement acceptée vis-à-vis de celui qui moins d’une aspiration à l’établissement d’un ordre
garantit la paix. impérial fondé, certes, sur la puissance des armes, mais
L’histoire de l’empire achéménide montre pourtant aussi sur la glorification d’un monarque bienfaisant.
que cet art idéologique nous propose une image des
Guy Annequin in Terres d’Histoire 2