Le caractère multiforme et cumulatif des
inégalités économiques et sociales
Les inégalités présentent plusieurs dimensions car elles peuvent être économiques mais également
sociales. Ces différentes dimensions ont un caractère cumulatif, une inégalité pouvant en engendrer
une ou plusieurs autres.
I Les différentes dimensions des inégalités
1 Les inégalités économiques
Les inégalités de revenu et de patrimoine sont les principales formes d'inégalités économiques.
Cependant, d'autres inégalités économiques sont constatées : l'accès à un emploi stable ou précaire, le
chômage, la consommation, l'épargne.
Les inégalités économiques englobent le phénomène de pauvreté monétaire. Est considérée comme
pauvre en France toute personne ayant un revenu inférieur à 60 % du revenu médian. Ce seuil de
pauvreté mesure une pauvreté relative dans le sens où elle évolue en fonction du revenu médian.
MOT CLÉ
Le revenu médian est le revenu qui divise la population en deux parties égales : 50
% de la population a un revenu supérieur et 50 % un revenu inférieur.
La pauvreté absolue touche les personnes qui ne disposent pas des ressources qui leur permettent de
satisfaire leurs besoins essentiels : se nourrir, se vêtir, se chauffer, se loger. Cette pauvreté peut être
mesurée par un minimum vital.
2 Les inégalités sociales
Les inégalités sociales sont des différences entre individus ou groupes sociaux portant sur des
avantages ou des désavantages dans l'accès à des ressources socialement valorisées (la santé,
l'obtention d'un diplôme qui favorise l'entrée dans une profession, l'accès à des fonctions politiques).
Autant d'accès qui peuvent être différenciés entre hommes et femmes et selon les milieux sociaux.
INFO +
La pauvreté en France (2021)
Le seuil de pauvreté est de 1 102 € par mois.
9,2 millions de personnes sont considérées comme pauvres, soit 14,6 % de la population.
Le revenu de solidarité active (RSA) est de 589,54 € et concerne environ 1,9 millions d'allocataires.
II Le caractère cumulatif des inégalités sociales
Les inégalités économiques se cumulent. Les inégalités de revenu entraînent des comportements de
consommation et d'épargne différents. Les détenteurs des revenus les plus élevés épargnent plus que
ceux qui ont des revenus faibles. Cette épargne permet d'acquérir un patrimoine expliquant ainsi
les inégalités de patrimoine. Le patrimoine génère des revenus qui se cumulent aux revenus de
l'activité économique : ces revenus tendent à accroître les inégalités économiques.
MOT CLÉ
L'épargne est la partie du revenu non dépensée dans la consommation.
Les inégalités économiques entraînent des inégalités sociales. Les inégalités économiques ont des
effets sur la réussite scolaire, celle-ci dépendant en grande partie des conditions matérielles
d'existence des élèves. Des revenus importants donnent aussi un meilleur accès aux soins expliquant
ainsi les différences d'espérance de vie entre les catégories socioprofessionnelles : un cadre a une
espérance de vie plus élevée qu'un ouvrier.
Les inégalités sociales engendrent des inégalités économiques. Les inégalités scolaires ont des
conséquences sur le niveau de revenu. La réussite scolaire conditionne l'accès aux diplômes, et donc
au type d'emploi occupé, engendrant ainsi des inégalités de revenu, de logement…
Ce caractère cumulatif des inégalités, qui touche les catégories défavorisées dans tous les domaines,
se constate pour une même génération et se poursuit également d'une génération à l'autre avec une
reproduction des inégalités.
Les différentes conceptions de la justice sociale
Égalité et justice sociale sont des principes fondamentaux des sociétés démocratiques. Cependant, on
distingue différentes formes d'égalité conduisant à définir plusieurs conceptions de la justice sociale.
I Les différentes formes d'égalité
1 Égalité des droits
L'égalité des droits signifie que tous les membres de la société ont les mêmes droits (égalité devant la
loi). Cette forme d'égalité apparaît en France avec la Révolution française et la Déclaration des droits
de l'homme et du citoyen.
L'égalité des droits implique qu'il est interdit de se fonder sur les caractéristiques personnelles des
personnes pour les exclure ou les traiter différemment sous peine de discrimination.
MOT CLÉ
On parle de discrimination lorsqu'un individu ou un groupe d'individus est traité différemment en
raison de caractéristiques personnelles : sexe, origine ethnique, handicap…
2 Égalité des chances
L'égalité des chances signifie que tous les membres d'une société disposent des mêmes opportunités
pour accéder aux positions sociales les plus élevées dans la hiérarchie sociale. Dès lors, la position
sociale dépend des mérites des personnes et non de leur origine.
Le système scolaire est l'un des principaux domaines où doit s'exercer l'égalité des chances. Les
résultats scolaires dépendent en principe des mérites des élèves et non de leur milieu social.
3 Égalité des situations
Si chacun est traité de façon identique par la loi (égalité formelle), tous les individus ne bénéficient
pas des mêmes conditions matérielles d'existence (égalité réelle).
L'égalité des situations correspond à une égalité réelle entre les membres d'une société qui disposent
des mêmes ressources économiques et sociales (revenus, patrimoine, prestige, etc.).
II Les conceptions de la justice sociale
1 La conception « égalitariste »
La conception « égalitariste » de la justice sociale prône une égalité politique, économique, sociale
complète entre les membres de la société.
MOT CLÉ
La justice sociale est l'ensemble des principes et des valeurs permettant la répartition des ressources
(économiques, sociales) essentielles d'une société et l'orientation des actions correctrices à mener.
Pour les marxistes, la justice sociale implique aussi bien l'égalité des droits que l'égalité des chances
et surtout l'égalité des situations. Cette égalité « absolue » est la condition de la liberté. Celle-ci est
incompatible avec l'inégalité car elle revient à la liberté d'une minorité d'exploiter et de dominer la
majorité.
2 La conception « libérale »
La conception libérale de la justice sociale privilégie le principe de liberté au principe d'égalité. Les
libéraux justifient ainsi l'existence d'inégalités. Les libéraux « utilitaristes » considèrent que la justice
sociale consiste à maximiser le bien-être de la population grâce à la « main invisible » du marché qui
permet d'obtenir un optimum social.
Les ultralibéraux ou « libertariens » estiment que la liberté est la valeur ultime qui doit être défendue
dans toute société démocratique et que seule l'égalité des droits doit être respectée.
Le philosophe américain John Rawls (1921-2002) défend une conception « libérale égalitaire » de la
justice sociale : le principe d'équité. Il combine le principe de liberté pour chaque individu si elle est
compatible avec la liberté pour tous et le principe de différence : on peut justifier les inégalités si elles
profitent aux plus défavorisés.
Pouvoirs publics et justice sociale
Dans les sociétés démocratiques, la lutte contre les inégalités est l'un des objectifs traditionnels de
l'action des pouvoirs publics. Cependant, cette action connaît des limites entraînant des débats sur sa
pertinence.
I L'action des pouvoirs publics pour la justice sociale
1 Réduire les inégalités par la protection sociale
Le système de protection sociale mis en place en France après la Seconde Guerre mondiale protège
les individus contre les risques sociaux : maladie, vieillesse, chômage. Il est financé par les cotisations
sociales et verse des prestations sociales suivant une logique horizontale : des bien portants vers les
malades, des actifs occupés vers les chômeurs…
MOT CLÉ
La protection sociale est le système de solidarité permettant aux individus de faire face aux risques
sociaux (maladie, charges de famille, vieillesse, perte d'emploi…).
À l'origine, la protection sociale en France répondait à une logique d'assurance : ceux qui avaient
cotisé (principalement les salariés) pouvaient en bénéficier. Mais l'évolution de la protection sociale
répond de plus en plus à une logique d'assistance : même ceux qui n'ont pas cotisé (les plus démunis)
perçoivent des prestations sociales.
2 Réduire les inégalités par la fiscalité et les services collectifs
L'impôt sur le revenu est le prélèvement obligatoire qui corrige le mieux les inégalités économiques
car c'est un impôt progressif : le taux d'imposition augmente lorsque le revenu augmente.
Les services collectifs comme la Santé ou l'Éducation sont des productions non marchandes financées
par les prélèvements obligatoires. En les fournissant à titre quasi gratuit, les pouvoirs publics
favorisent l'égalité des chances et réduisent les inégalités face à la santé.
3 Réduire les inégalités par la lutte contre les discriminations
Les pouvoirs publics adoptent des lois condamnant les discriminations, permettant ainsi l'égalité des
droits.
Ils agissent aussi par l'octroi de dotation accrue de moyens matériels pour compenser une inégalité
initiale (Éducation prioritaire par exemple).
Ils peuvent également avantager des populations considérées comme discriminées en menant
une politique de discrimination positive corrigeant les mécanismes de marché (recrutements
préférentiels avec des quotas pour des catégories comme les personnes handicapées).
II L'action des pouvoirs publics en débat
1 Les contraintes pesant sur l'action des pouvoirs publics
L'action des pouvoirs publics pour lutter contre les inégalités est soumise à des contraintes de
financement. La conjoncture économique (ralentissement de la croissance, chômage élevé) freine la
progression des ressources publiques.
Cette action est également soumise aux contraintes européennes qui imposent une limitation du déficit
budgétaire afin de réduire l'endettement public. De plus, le cadre européen limite l'action des services
publics soumis à la concurrence.
2 Les débats sur l'efficacité et la légitimité des pouvoirs publics
La capacité des pouvoirs publics est remise en cause. En effet, ils peinent à limiter la dégradation du
marché du travail (chômage, précarité) qui engendre une nouvelle pauvreté s'accroissant en période de
crise.
Pour réduire les inégalités, les pouvoirs publics doivent disposer de ressources importantes notamment
grâce à l'impôt. Or, on assiste à une dégradation du « consentement à l'impôt ». Le « citoyen-
contribuable » est devenu un « usager-client » des services publics, perdant de vue la fonction sociale
de l'impôt.
Selon une logique libérale, l'action des pouvoirs publics a des effets pervers. Le versement
d'indemnités de chômage ou de minima sociaux peut encourager les chômeurs à ne pas occuper des
emplois à bas salaire (« trappe à chômage » ).
L'évolution des inégalités économiques depuis le début du XXe siècle
Depuis le début du XXe siècle, on constate une tendance à la baisse des inégalités économiques
(revenu, patrimoine) au niveau mondial entre les pays, alors que les inégalités au sein d'un grand
nombre de pays (développés ou en développement) tendent à augmenter à nouveau.
I Les différentes inégalités économiques
1 Les inégalités de revenu
Le revenu est un flux de ressources issues directement ou indirectement de l'activité économique. Il
est le plus souvent une ressource monétaire mais il peut correspondre à une ressource réelle (logement
de fonction par exemple).
On distingue les revenus primaires des revenus de transfert. Les premiers rémunèrent les facteurs
de production travail et capital (salaires, intérêts, dividendes, loyers, revenus mixtes des travailleurs
indépendants). Les revenus de transfert correspondent à des droits sociaux (santé, chômage, retraite) et
se versent principalement sous la forme de prestations sociales.
Les inégalités de revenu apparaissent lors de la distribution des revenus primaires, mais également
après la redistribution des revenus de transfert.
MOT CLÉ
La redistribution des revenus correspond aux prélèvements obligatoires (impôts, cotisations sociales)
et au versement de prestations sociales.
2 Les inégalités de patrimoine
Le patrimoine correspond à l'ensemble des avoirs, financiers ou non (une action ou un logement par
exemple), et des dettes d'un agent économique.
Les inégalités de patrimoine dépendent principalement de la concentration de la propriété.
Cependant, elles ont des effets sur les inégalités de revenu car la propriété du patrimoine donne lieu au
versement de revenus : intérêts, dividendes ou loyers par exemple.
II L'évolution des inégalités économiques
1 L'évolution des inégalités de revenu en France
Au XXe siècle, l'étude de l'évolution des inégalités de revenu permet de distinguer deux périodes. La
première correspond à la période du début du siècle jusqu'au milieu des années 1970, au cours de
laquelle les inégalités de revenu baissent. La part des revenus captée par les 10 % les plus riches passe
de 50 % à 30 % du total.
Depuis la fin des années 1970, les inégalités de revenu sont reparties légèrement à la hausse.
2 L'évolution des inégalités de patrimoine en France
Au cours du XXe siècle, les inégalités de patrimoine ont tendance à baisser, essentiellement après la
Première Guerre mondiale. Une classe moyenne se constitue qui détient une part grandissante du
patrimoine.
MOT CLÉ
La classe moyenne correspond aux personnes dont le patrimoine se situe « au milieu », entre les 10 %
les plus riches et les 50 % les plus pauvres.
Depuis le milieu des années 1980, les inégalités de patrimoine augmentent. Cette tendance est
modérée, mais continue.
3 L'évolution des inégalités dans le monde
Après deux siècles de hausse continue des inégalités entre les citoyens du monde, suite à la révolution
industrielle, ce processus s'est ralenti, puis renversé depuis une vingtaine d'années : on observe
un recul des inégalités entre pays du monde lié à la croissance des pays émergents et des pays en
développement.
Parallèlement on assiste à la hausse des inégalités internes aux pays. Au niveau mondial, les 1 % les
plus riches ont profité deux fois plus de la croissance des revenus que les 50 % les plus pauvres.
Zoom
Les inégalités de revenu et le niveau de vie
Selon l'Insee, en 2018, en moyenne, les 20 % des ménages français les plus aisés disposent d'un
revenu disponible 6,2 fois plus important que les 20 % des plus pauvres après impôts et prestations
sociales.
Les inégalités économiques se mesurent aussi avec le niveau de vie qui permet de comparer les
ressources des personnes vivant dans des ménages de taille ou de composition différentes. Les
statisticiens vont également modifier ces indicateurs en les élargissant avec la valorisation des services
publics ou en distinguant les ménages propriétaires de leur logement de ceux qui sont locataires.
Une action publique pour la justice sociale en débat
L'action publique est soumise à diverses contraintes financières qui amènent l'État à réduire des
dépenses ou à baisser le niveau de certaines prestations sociales. Dans cette vidéo de SES Terminale,
explorons les raisons pour lesquelles l'action publique est controversée.
L'action publique en faveur de la justice sociale
Il y a différentes formes d'égalités : égalité des chances, des situations, des droits… Cette vidéo de
SES Terminale montre ce qui est considéré comme juste selon différentes conceptions de la justice
sociale, et les outils dont les pouvoirs publics disposent pour réduire les inégalités.
Prendre la mesure des inégalités en France
Rapport interdécile, courbe de Lorenz, indice de Gini… Différents outils existent pour mesurer les
inégalités. Mais comment évoluent ces dernières ? Comment se transmettent-elles ? Quelles en sont
les conséquences ? C'est ce que nous tenterons de comprendre dans cette vidéo de SES Terminale.
Comment les inégalités économiques et sociales se cumulent-elles ?
Les inégalités sont multiformes puisqu'elles peuvent être économiques ou sociales. Dans cette vidéo
de SES Terminale, tâchons de comprendre les mécanismes qui rendent les inégalités cumulatives et
comment cela aggrave la situation des personnes concernées.
Le caractère cumulatif des inégalités
Intérêt du sujet • Ce sujet traite des différentes formes d'inégalités,
mais également des mécanismes de causalité et de renforcement
existant entre elles.
Vous montrerez que les inégalités économiques et sociales présentent
un caractère cumulatif.
Source : Insee, Les revenus et le patrimoine des ménages, 2018.
1. Revenu utilisable par un ménage pour la consommation ou l'épargne comprenant
les revenus d'activité, de patrimoine et de transferts déduits des impôts directs.
[…] Le niveau de vie1 peut être la cause directe d'un état de santé plus
ou moins bon, et donc d'une durée de vie plus ou moins longue. Ainsi,
les difficultés financières peuvent limiter l'accès aux soins. Par exemple,
d'après l'enquête Santé et protection sociale de 2014, 11 % des adultes
parmi les 20 % les plus modestes disent avoir renoncé pour des raisons
financières à consulter un médecin au cours des 12 derniers mois,
contre 1 % des adultes parmi les 20 % les plus aisés.
[…] Le niveau de vie a aussi un effet indirect sur la santé, parce qu'il est
lié à des facteurs également associés à une santé plus ou moins bonne
comme la catégorie sociale, le diplôme ou la région de résidence. Les
cadres ont un niveau de vie élevé et sont moins soumis aux risques
professionnels (accidents, maladies, exposition à des produits toxiques)
que les ouvriers. De même, les comportements moins favorables à la
santé sont plus fréquents chez les non-diplômés que chez les diplômés.
Par exemple, d'après le Baromètre Santé 2016, 39 % des personnes
âgées de 15 à 64 ans sans diplôme fument quotidiennement, contre
seulement 21 % des diplômés du supérieur. Par ailleurs, un faible
niveau de vie peut également être la conséquence d'une mauvaise
santé plutôt qu'en être la cause. Une santé défaillante peut freiner la
poursuite d'études, l'exercice d'un emploi, ou l'accès aux emplois les
plus qualifiés.
Source : Insee Première, 2018.
1. Revenu disponible d'un ménage en tenant compte de sa composition.
Source : « Quand l'école est finie. Premiers pas dans la vie active de la
génération 2013 », Céreq Enquêtes, n° 1, octobre 2017.
Note : CPIS : Cadres et professions intellectuelles supérieures. PI : Professions
intermédiaires. E : Employés. O : Ouvriers.
Les clés du sujet
Analyser les termes du sujet et mobiliser ses
connaissances
Exploiter les documents
Document 1. Ce tableau permet de voir le lien de corrélation entre
patrimoine et revenu. Il vous faut ensuite l'expliciter en lien de
causalité avec les notions de revenu disponible, épargne…
Document 2. Ce texte met en évidence les liens entre différentes
formes d'inégalités. Notez-les selon les différentes variables socio-
démographiques (niveau de vie, santé, diplôme, emploi…).
Document 3. Ce tableau présente le lien entre le niveau de
diplôme et les conditions d'insertion des jeunes dans le monde du
travail. Il montre que les inégalités sociales sont cumulatives et qu'elles
peuvent avoir également des répercussions sur la situation
économique.
Définir les arguments
Les titres de parties ne doivent pas figurer sur votre copie.
Introduction
Malgré l'affirmation de la devise républicaine, « Liberté, Égalité,
Fraternité », nous vivons dans un pays où les inégalités réelles sont
fortes. Les inégalités représentent les différences d'accès aux
ressources rares et valorisées dans la société, qu'elles soient
économiques ou sociales. Nous montrerons que les inégalités tant
économiques que sociales peuvent s'entretenir mutuellement, d'où leur
caractère cumulatif et auto-entretenu.
I. Les inégalités de revenus et de patrimoine se renforcent mutuellement
Les inégalités économiques représentent les inégalités de revenus (flux
issus de la rémunération du travail et du capital) et les inégalités de
patrimoine (stock des actifs détenus). Elles peuvent se cumuler car les
revenus alimentent, par la « mécanique » de l'épargne, le patrimoine.
Plus les revenus sont élevés, plus les capacités d'acquérir du
patrimoine, sous forme d'actions et de biens immobiliers par exemple,
sont importantes.
La répartition des patrimoines apparaît plus inégalitaire que la
répartition des revenus : c'est ce que montre la comparaison
des courbes de Lorenz. Ainsi, les 10 % des ménages les plus riches
possèdent près de 50 % du patrimoine en France. Ils détiennent plus de
534 800 euros, contre moins de 3 000 euros pour les 10 % les moins
bien dotés en patrimoine net (doument 1).
En outre, le patrimoine génère d'autant plus de revenus qu'il est
important (dividendes, intérêts, loyers…). Enfin, il peut se transmettre
entre générations par l'héritage, ce qui renforce son caractère
cumulatif.
II. Les inégalités sociales sont cumulatives entre elles
Les inégalités en matière de santé sont en corrélation avec le statut
social. L'emploi et la position sociale déterminent des conditions de
travail plus ou moins pénibles et dangereuses. Le niveau de diplôme
détermine la fréquence des consultations de santé et les pratiques à
risques (document 2). L'espérance de vie est moins élevée chez les
ouvriers que chez les cadres.
Il existe également une corrélation entre l'accès inégalitaire
aux diplômes et le taux de chômage. Ainsi, en 2016, trois ans après la
fin de leurs études, un jeune sur deux sans diplôme est au chômage,
soit un taux quatre fois supérieur à celui des jeunes diplômés bac + 2
(document 3). Le niveau de diplôme est également important pour
l'acquisition d'une position sociale décisive qui génère elle-même
d'autres inégalités sociales. 91 % des jeunes diplômés bac + 5 occupent
une position de cadre ou de profession intermédiaire, contre 29 % pour
ceux uniquement titulaires d'un baccalauréat.
III. Les inégalités économiques et sociales s'entretiennent mutuellement
Les inégalités économiques favorisent les inégalités sociales. Des
revenus faibles limitent l'accès aux soins et à une alimentation de
qualité (document 2). De même, les familles aux faibles revenus ont de
moindres possibilités pour financer les études de leurs enfants,
générant une reproduction intergénérationnelle des inégalités d'accès
aux diplômes. Enfin, les inégalités économiques ont des conséquences
sur les conditions de vie (qualité du logement, lieu de résidence…) et
sur les pratiques culturelles et de loisirs.
Réciproquement, les inégalités sociales favorisent les inégalités
économiques. Ainsi, l'origine sociale peut déterminer la possession d'un
capital culturel plus ou moins favorable à la poursuite d'études, pouvant
réduire les chances d'accès à un diplôme, à un emploi à durée
indéterminée (document 3) et donc à un salaire élevé. Le niveau de
santé peut également avoir un impact sur les possibilités de poursuivre
des études ou d'exercer un emploi (document 2).
Conclusion
Les inégalités sont donc multiformes et s'auto-entretiennent les unes
les autres, formant un cercle vicieux pour les plus défavorisés et un
cercle vertueux pour les plus favorisés : accumulation des handicaps
d'un côté et des privilèges de l'autre. Ce système tend à se reproduire
d'une génération à l'autre, entraînant une dynamique de creusement
des inégalités qui peut menacer la cohésion sociale.
Indicateurs des niveaux de vie en France
Intérêt du sujet • La crise économique de 2008 a touché en premier lieu
les ménages les plus modestes. Les statistiques peuvent-elles nous
préciser si cette crise a réellement aggravé les inégalités de niveau de
vie entre les ménages en France ?
Source : Insee, Portrait social, édition 2019.
Champ : France métropolitaine, personnes vivant dans un ménage dont le revenu
déclaré est positif ou nul et dont la personne de référence n'est pas étudiante.
Montants annuels en euros constants 2017.
1. Le niveau de vie correspond au revenu disponible en tenant compte de la
composition du ménage.
▶ 1. Faites une phrase précisant le sens du rapport inter-décile en 2017.
▶ 2. Mettez en évidence comment ont évolué les inégalités de niveaux
de vie en France depuis 2000.
Les clés du sujet
Définir les mots clés
Le niveau de vie correspond au revenu disponible en tenant compte
de la composition du ménage. Le revenu disponible comprend les
revenus d'activité et de remplacement (indemnités chômage,
retraite…), les revenus du patrimoine, les prestations sociales perçues,
en retranchant les principaux impôts directs (impôt sur le revenu, taxe
d'habitation…).
Le niveau de vie moyen correspond au montant total des revenus
disponibles de la population, divisé par l'effectif de la population.
Le niveau de vie médian correspond au montant partageant la
population en deux : 50 % ont un niveau de vie supérieur, 50 % un
niveau de vie inférieur à cette valeur médiane.
L'indice de Gini mesure le degré d'inégalité de la distribution des
niveaux de vie. Il varie entre 0 et 1 : la valeur 0 correspondant à
l'égalité parfaite (tout le monde a le même niveau de vie) et la valeur 1
à l'inégalité extrême (une seule personne a tout le revenu).
Comprendre le document
Le document est un tableau statistique qui présente différents
indicateurs (niveau de vie médian, moyen, déciles, rapport inter-décile)
permettant de mesurer les inégalités de niveau de vie et leur
évolution entre 2000 et 2017 en France. Il s'agit de sélectionner des
données de ces séries chronologiques et de les comparer avec
pertinence (écart, coefficient multiplicateur, par exemple) pour
caractériser leur évolution (hausse, baisse, stagnation, intensité des
variations).
Structurer la réponse à la seconde question
On mettra d'abord en évidence l'évolution globale : les inégalités de
niveau de vie (après redistribution) sont globalement restées stables à
un niveau faible sur la période 2000-2017.
On observera ensuite l'évolution plus en détail : on remarque une
dispersion plus importante dans le haut de la distribution ainsi qu'un
léger accroissement des inégalités entre 2008 et 2012.
▶ 1. Le rapport inter-décile D9/D1 permet de mesurer l'ampleur des
inégalités (ici des niveaux de vie) en mesurant combien de fois le
numérateur (D9, c'est-à-dire le niveau de vie plancher des 10 %
d'individus les plus aisés) est plus important que le dénominateur (D1,
le niveau de vie plafond des 10 % les plus pauvres). Ainsi, en France, en
2017, le « plus modeste » des 10 % les plus riches a un niveau de vie
3,4 fois plus élevé que le plus « riche » des 10 % les plus pauvres.
à noter
Pour mesurer l'ampleur des inégalités, on utilise l'écart inter-quantile
(D9 – D1, pour une répartition en décile) ou le rapport inter-quantile
(D9/D1).
▶ 2. Les titres de parties ne doivent pas figurer sur votre copie.
Introduction
Ce document, élaboré par l'Insee, représente l'évolution chronologique
de 2000 à 2017 de différents indicateurs du niveau de vie en France.
Après avoir dégagé le niveau et la tendance principale de cette
évolution, nous soulignerons les mouvements contrastés aux extrémités
de la distribution ainsi qu'une légère variation entre 2008 et 2012.
Développement
Les inégalités de niveau de vie se maintiennent à un niveau plutôt
faible et restent globalement stables sur la période. Si les écarts inter-
déciles (D9 – D1) sont certes croissants (de 23 000 euros en 2000 à
27 000 euros en 2017), le rapport inter-décile (D9/D1) est lui quasi
stable et s'établit à environ 3,4.
Dans le détail, on peut mesurer la dispersion, c'est-à-dire l'écart par
rapport à la médiane. Le rapport D5/D1 en 2000 est proche de 2 et plus
faible en 2017 : les inégalités en dessous de la médiane se réduisent.
Inversement, les inégalités s'accroissent dans le haut de la distribution
avec un rapport D9/D5 qui augmente.
On constate enfin en utilisant l'indice de Gini que les inégalités de
niveau de vie ont légèrement augmenté après la crise économique de
2008 : l'indice passe de 0,283 en 2004 à 0,292 en 2008, jusqu'à 0,302
en 2012, ce qui représente une hausse de près de 0,20 point, soit + 7 %
environ.
Conclusion
Les inégalités de niveau de vie sont globalement stables sur la période
2000-2017, et si elles ont légèrement augmenté après la crise de 2008,
elles se stabilisent à un niveau équivalent au début des années 2000.