Sindbad Le Marin (Voyages 6 Et 7)
Sindbad Le Marin (Voyages 6 Et 7)
Là, je pris la calebasse, et, la portant à ma jours de navigation, nous abordâmes au port
bouche, je bus d'un excellent vin qui me fit d'une grande ville dont les maisons étaient
oublier pour quelque temps le chagrin mortel bâties de bonnes pierres.
dont j'étais accablé. Cela me donna de la « Un des marchands du vaisseau, qui
vigueur. J'en fus même si réjoui que je me mis m'avait pris en amitié, m'obligea de
à chanter et à sauter en marchant. l'accompagner, et me conduisit dans un
« Le vieillard, qui s'aperçut de l'effet que logement destiné pour servir de retraite aux
cette boisson avait produit en moi et que je le marchands étrangers. Il me donna un grand
portais plus légèrement que de coutume, me sac ; ensuite, m'ayant recommandé à quelques
fit signe de lui en donner à boire : je lui gens de la ville qui avaient un sac comme
présentai la calebasse, il la prit, et comme la moi, et les ayant priés de me mener avec eux
liqueur lui parut agréable, il l'avala jusqu'à la amasser du coco : « Allez, me dit-il, suivez-
dernière goutte. Il y en avait assez pour les, faites comme vous les verrez faire, et ne
l'enivrer : aussi s'enivra-t-il, et bientôt la vous écartez pas d'eux, car vous mettriez
fumée du vin lui montant à la tête, il votre vie en danger. » Il me donna des vivres
commença de chanter à sa manière et de se pour la journée, et je partis avec ces gens.
trémousser sur mes épaules. Les secousses « Nous arrivâmes à une grande forêt d'arbres
qu'il se donnait lui firent rendre ce qu'il avait extrêmement hauts et fort droits, et dont le
dans l'estomac, et ses jambes se relâchèrent tronc était si lisse qu'il n'était pas possible de
peu à peu, de sorte que, voyant qu'il ne me s'y prendre pour monter jusqu'aux branches
serrait plus, je le jetai par terre, où il demeura où était le fruit. Tous les arbres étaient des
sans mouvement. Alors je pris une très grosse arbres de cocos, dont nous voulions abattre le
pierre et lui en écrasai la tête. fruit et en remplir nos sacs. En entrant dans
« Je sentis une grande joie de m'être délivré la forêt, nous vîmes un grand nombre de gros
pour jamais de ce maudit vieillard, et je et de petits singes, qui prirent la fuite devant
marchai vers le bord de la mer, où je nous dès qu'ils nous aperçurent, et qui
rencontrai des gens d'un navire qui venait de montèrent jusqu'au haut des arbres avec une
mouiller là pour faire de l'eau et prendre en agilité surprenante. »
passant quelques rafraîchissements. Ils furent Schéhérazade voulait poursuivre ; mais le
extrêmement étonnés de me voir et jour qui paraissait l'en empêcha. La nuit
d'entendre le détail de mon aventure. « Vous suivante, elle reprit son discours de cette
étiez tombé, me dirent-ils, entre les mains du sorte :
vieillard de la mer, et vous êtes le premier
qu'il n'ait pas étranglé. Il n'a jamais 229e Nuit
abandonné ceux dont il s'était rendu maître Sixième voyage de Sindbad le marin
qu'après les avoir étouffés ; et il a rendu cette
île fameuse par le nombre de personnes qu'il « Les marchands avec qui j'étais, continua
a tuées. Les matelots et les marchands qui y Sindbad, ramassèrent des pierres et les
descendaient n'osaient s'y avancer qu'en jetèrent de toute leur force au haut des arbres
bonne compagnie. » contre les singes. Je suivis leur exemple, et je
« Après m'avoir informé de ces choses, ils vis que les singes, instruits de notre dessein,
m'emmenèrent avec eux dans leur navire, cueillaient les cocos avec ardeur, et nous les
dont le capitaine se fit un plaisir de me jetaient avec des gestes qui marquaient leur
recevoir lorsqu'il apprit tout ce qui m'était colère et leur animosité. Nous ramassions les
arrivé. Il remit à la voile, et après quelques cocos, et nous jetions de temps en temps des
pierres pour irriter les singes. Par cette ruse, avec tous les autres convives. Le lendemain, la
nous remplissions nos sacs de ce fruit, qu'il même compagnie se trouva chez le riche
nous eût été impossible d'avoir autrement. Sindbad, qui, après l'avoir régalée comme les
« Lorsque nous en eûmes plein nos sacs, jours précédents, demanda audience, et fit le
nous nous en retournâmes à la ville, où le récit de son sixième voyage de la manière que
marchand qui m'avait envoyé à la forêt me je vais vous le raconter :
donna la valeur du sac de cocos que j'avais
apporté : « Continuez, me dit-il, et allez tous SIXIÈME VOYAGE
les jours faire la même chose jusqu'à ce que DE SINDBAD LE MARIN
vous ayez gagné de quoi vous reconduire
chez vous. » Je le remerciai du bon conseil « Messeigneurs, leur dit-il, vous êtes sans
qu'il me donnait, et insensiblement je fis un si doute en peine de savoir comment, après
grand amas de cocos que j'en avais pour une avoir fait cinq naufrages et avoir essuyé tant
somme considérable. de périls, je pus me résoudre encore à tenter
« Le vaisseau sur lequel j'étais venu avait la fortune et à chercher de nouvelles
fait voile avec des marchands qui l'avaient disgrâces. J'en suis étonné moi-même quand
chargé de cocos qu'ils avaient achetés. j'y fais réflexion, et il fallait assurément que j'y
J'attendis l'arrivée d'un autre qui aborda fusse entraîné par mon étoile. Quoi qu'il en
bientôt au port de la ville pour faire un pareil soit, au bout d'une année de repos, je me
chargement. Je fis embarquer dessus tout les préparai à faire un sixième voyage, malgré les
cocos qui m'appartenaient, et lorsqu'il fut prières de mes parents et de mes amis, qui
prêt à partir, j'allai prendre congé du firent tout ce qui leur fut possible pour me
marchand à qui j'avais tant d'obligation. Il ne retenir.
put s'embarquer avec moi parce qu'il n'avait « Au lieu de prendre ma route par le golfe
pas encore achevé ses affaires. Persique, je passai encore une fois par
« Nous mîmes à la voile, et primes la route plusieurs provinces de la Perse et des Indes,
de l'île où le poivre croît en plus grande et j'arrivai à un port de mer où je
abondance. De là nous gagnâmes l'île de m'embarquai sur un bon navire dont le
Comari, qui porte la meilleure espèce de bois capitaine était résolu à faire une longue
d'aloès, et dont les habitants se sont fait une navigation. Elle fut très longue, à la vérité,
loi inviolable de ne pas boire de vin, ni de mais en même temps si malheureuse que le
souffrir aucun lieu de débauche. J'échangeai capitaine et le pilote perdirent leur route, de
mon coco en ces deux îles contre du poivre manière qu'ils ignoraient où nous étions. Ils la
et du bois d'aloès, et me rendis, avec d'autres reconnurent enfin ; mais nous n'eûmes pas
marchands, à la pêche des perles, où je pris sujet de nous en réjouir, tout ce que nous
des plongeurs à gages pour mon compte. Ils étions de passagers ; et nous fûmes un jour
m'en pêchèrent un grand nombre de très- dans un étonnement extrême de voir le
grosses et de très-parfaites. Je me remis en capitaine quitter son poste en poussant des
mer avec joie sur un vaisseau qui arriva cris. Il jeta son turban par terre, s'arracha la
heureusement à Balsora ; de là, je revins à barbe, et se frappa la tête comme un homme
Bagdad, où je fis de très grosses sommes à qui le désespoir a troublé l'esprit. Nous lui
d'argent du poivre, du bois d'aloès et des demandâmes pourquoi il s'affligeait ainsi : « Je
perles que j'avais apportés. Je distribuai en vous annonce, nous répondit-il, que nous
aumônes la dixième partie de mon gain, de sommes dans l'endroit de toute la mer le plus
même qu'au retour de mes autres voyages, et dangereux. Un courant très rapide emporte le
je cherchai à me délasser de mes fatigues dans navire, et nous allons tous périr dans moins
toutes sortes de divertissements. » d'un quart d'heure. Priez Dieu qu'il nous
Ayant achevé ces paroles, Sindbad fit délivre de ce danger : nous ne saurions en
donner cent sequins à Hindbad, qui se retira échapper, s'il n'a pitié de nous. »
Cycle 3
Lecture Sindbad le marin CONTE Feuille n°13
À ces mots, il ordonna de faire ranger les en ambre gris, que les vagues rejettent sur la
voiles ; mais les cordages se rompirent dans la grève, qui en est couverte. Il y croît aussi des
manœuvre et le navire, sans qu'il fût possible arbres, dont la plupart sont de bois d'aloès,
d'y remédier, fut emporté par le courant au qui ne cèdent point en bonté à ceux de
pied d'une montagne inaccessible, où il Comari.
échoua et se brisa, de manière pourtant qu'en « Pour achever la description de cet
sauvant nos personnes, nous eûmes encore le endroit, qu'on peut appeler un gouffre,
temps de débarquer nos vivres et nos plus puisque jamais rien n'en revient, il n'est pas
précieuses marchandises. possible que les navires puissent s'en écarter
« Cela étant fait, le capitaine nous dit : lorsqu'une fois ils s'en sont approchés à une
« Dieu vient de faire ce qui lui a plu. Nous certaine distance. S'ils y sont poussés par un
pouvons nous creuser ici chacun notre fosse, vent de mer, le vent et le courant les perdent,
et nous dire le dernier adieu, car nous et s'ils s'y trouvent lorsque le vent de terre
sommes dans un lieu si funeste que personne souffle, ce qui pourrait favoriser leur
de ceux qui y ont été jetés avant nous ne s'en éloignement, la hauteur de la montagne
est retourné chez soi. » Ce discours nous jeta l'arrête, et cause un calme qui laisse agir le
tous dans une affliction mortelle, et nous courant qui les emporte contre la côte, où ils
nous embrassâmes les uns les autres les se brisent comme le nôtre y fut brisé. Pour
larmes aux yeux, en déplorant notre surcroît de disgrâce, il n'est pas possible de
malheureux sort. gagner le sommet de la montagne et se sauver
« La montagne au pied de laquelle nous par aucun endroit.
étions faisait la côte d'une île fort longue et « Nous demeurâmes sur le rivage comme
très vaste. Cette côte étant toute couverte de des gens qui ont perdu l'esprit, et nous
débris de vaisseaux qui y avaient fait attendions la mort de jour en jour. D'abord
naufrage ; et par une infinité d'ossements nous avions partagé nos vivres également :
qu'on y rencontrait d'espace en espace et qui ainsi, chacun vécut plus ou moins longtemps
nous faisaient horreur, nous jugeâmes qu'il s'y que les autres, selon son tempérament et
était perdu bien du monde. C'est aussi une suivant l'usage qu'il fit de ses provisions. »
chose presque incroyable, que la quantité de Schéhérazade cessa de parler, voyant que le
marchandises et de richesses qui se jour commençait à paraître. Le lendemain elle
présentaient à nos yeux de toutes parts. Tous continua de cette sorte le récit du sixième
ces objets ne servirent qu'à augmenter la voyage de Sindbad :
désolation où nous étions. Au lieu que
partout ailleurs les rivières sortent de leur lit 230e Nuit
pour se jeter dans la mer, tout au contraire
une grosse rivière d'eau douce s'éloigne de la « Ceux qui moururent les premiers,
mer, et pénètre dans la côte au travers d'une poursuivit Sindbad, furent enterrés par les
grotte obscure dont l'ouverture est autres : pour moi, je rendis les derniers
extrêmement haute et large. Ce qu'il y a de devoirs à tous mes compagnons, et il ne faut
plus remarquable dans ce lieu, c'est que les pas s'en étonner, car, outre que j'avais mieux
pierres de la montagne sont de cristal, de ménagé qu'eux les provisions qui m'étaient
rubis ou d'autres pierres précieuses. On y voit tombées en partage, j'en avais encore en
aussi la source d'une espèce de poix ou de particulier d'autres dont je m'étais bien gardé
bitume qui coule dans la mer, que les de faire part à mes camarades. Néanmoins,
poissons avalent, et rendent ensuite changé lorsque j'enterrai le dernier, il me restait si
peu de vivres que je jugeai que je ne pourrais moindre rayon de lumière. Je trouvai une fois
pas aller loin : de sorte que je creusai moi- la voûte si basse qu'elle pensa me blesser à la
même mon tombeau, résolu de me jeter tête, ce qui me rendit fort attentif à éviter un
dedans, puisque personne ne vivait pour pareil danger. Pendant ce temps-là, je ne
m'enterrer. Je vous avouerai qu'en mangeais des vivres qui me restaient
m'occupant de ce travail, je ne pus qu'autant qu'il en fallait naturellement pour
m'empêcher de me représenter que j'étais la soutenir ma vie. Mais, avec quelque frugalité
cause de ma perte, et de me repentir de que je pusse vivre, j'achevai de consumer mes
m'être engagé dans ce dernier voyage. Je n'en provisions. Alors, sans que je pusse m'en
demeurai pas même aux réflexions : je défendre, un doux sommeil vint saisir mes
m'ensanglantai les mains à belles dents, et peu sens. Je ne puis vous dire si je dormis
s'en fallut que je ne hâtasse ma mort. longtemps ; mais, en me réveillant, je me vis
« Mais Dieu eut encore pitié de moi, et avec surprise dans une vaste campagne, au
m'inspira la pensée d'aller jusqu'à la rivière qui bord d'une rivière où mon radeau était
se perdait sous la voûte de la grotte. Là, après attaché et au milieu d'un grand nombre de
avoir examiné la rivière avec beaucoup noirs. Je me levai dès que je les aperçus et je
d'attention, je dis en moi même : « Cette les saluai. Ils me parlèrent, mais je n'entendais
rivière qui se cache ainsi sous la terre en doit pas leur langage.
sortir par quelque endroit. En construisant « En ce moment, je me sentis si transporté
un radeau et m'abandonnant dessus au de joie que je ne savais si je devais me croire
courant de l'eau, j'arriverai à une terre habitée, éveillé. Étant persuadé que je ne dormais pas,
ou je périrai : si je péris, je n'aurai fait que je m'écriai, et récitai ces vers arabes :
changer de genre de mort ; si je sors au « Invoque la Toute-Puissance, elle viendra à
contraire de ce lieu fatal, non seulement ton secours. Il n'est pas besoin que tu
j'éviterai la triste destinée de mes camarades, t'embarrasses d'autre chose. Ferme l'œil, et,
je trouverai peut-être une nouvelle occasion pendant que tu dormiras, Dieu changera ta
de m'enrichir. Que sait-on si la fortune ne fortune de mal en bien. »
m'attend pas au sortir de cet affreux écueil « Un des noirs, qui entendait l'arabe,
pour me dédommager de mon naufrage avec m'ayant ouï parler ainsi, s'avança et prit la
usure ? » parole : « Mon frère, me dit-il, ne soyez pas
« Je n'hésitai pas de travailler au radeau surpris de nous voir. Nous habitons la
après ce raisonnement ; je le fis de bonnes campagne que vous voyez, et nous sommes
pièces de bois et de gros câbles, car j'en avais venus arroser aujourd'hui nos champs de
à choisir ; je les liai ensemble si fortement que l'eau de ce fleuve qui sort de la montagne
j'en fis un petit bâtiment assez solide. Quand voisine, en la détournant par de petits canaux.
il fut achevé, je le chargeai de quelques ballots Nous avons remarqué que l'eau emportait
de rubis, d'émeraudes, d'ambre gris, de cristal quelque chose ; nous sommes vite accourus
de roche et d'étoffes précieuses. Ayant mis pour voir ce que c'était, et nous avons trouvé
toutes ces choses en équilibre et les ayant que c'était ce radeau ; aussitôt l'un de nous
bien attachées, je m'embarquai sur le radeau s'est jeté à la nage et l'a amené. Nous l'avons
avec deux petites rames que je n'avais pas arrêté et attaché comme vous le voyez, et
oublié de faire, et me laissant aller au cours de nous attendions que vous vous éveillassiez.
la rivière, je m'abandonnai à la volonté de Nous vous supplions de nous raconter votre
Dieu. histoire, qui doit être fort extraordinaire.
« Sitôt que je fus sous la voûte, je ne vis Dites-nous comment vous vous êtes hasardé
plus de lumière, et le fil de l'eau m'entraîna sur cette eau, et d'où vous venez. » Je leur
sans que je pusse remarquer où il répondis qu'ils me donnassent premièrement
m'emportait. Je voguai quelques jours dans à manger, et qu'après cela je satisferais leur
cette obscurité, sans jamais apercevoir le curiosité.
Cycle 3
Lecture Sindbad le marin CONTEFeuille n°14
Après que je l'eus remercié autant qu'il me fut quelqu'un ait souffert autant que moi, ou
possible de tous les bienfaits que j'avais reçus qu'aucun mortel se soit trouvé dans des
de lui, je m'embarquai. Nous mîmes à la voile, embarras si pressants ? N'est-il pas juste
et comme l'aventure qui m'avait procuré la qu'après tant de travaux je jouisse d'une vie
liberté était fort extraordinaire, j'en avais agréable et tranquille ? » Comme il achevait
toujours l'esprit occupé. ces mots, Hindbad s'approcha de lui, et dit en
« Nous nous arrêtâmes dans quelques îles lui baisant la main : « Il faut avouer, seigneur,
pour y prendre des rafraîchissements. Notre que vous avez essuyé d'effroyables périls. Mes
vaisseau étant parti d'un port de terre ferme peines ne sont pas comparables aux vôtres :
des Indes, nous y allâmes aborder, et là, pour si elles m'affligent dans le temps que je les
éviter les dangers de la mer jusqu'à Balsora, je souffre, je m'en console par le petit profit que
fis débarquer l'ivoire qui m'appartenait, résolu j'en tire. Vous méritez non seulement une vie
de continuer mon voyage par terre. Je tirai de tranquille, vous êtes digne encore de tous les
mon ivoire une grosse somme d'argent : j'en biens que vous possédez, puisque vous en
achetai plusieurs choses rares pour en faire faites un si bon usage et que vous êtes si
des présents, et, quand mon équipage fut généreux. Continuez donc de vivre dans la
prêt, je me joignis à une grosse caravane de joie jusqu'à l'heure de votre mort. »
marchands. Je demeurai longtemps en Sindbad lui fit donner encore cent sequins,
chemin, et je souffris beaucoup ; mais je le reçut au nombre de ses amis, lui dit de
souffrais avec patience en faisant réflexion quitter sa profession de porteur, et de
que je n'avais plus à craindre ni les tempêtes, continuer de venir manger chez lui ; qu'il
ni les corsaires, ni les serpents, ni tous les aurait lieu de se souvenir toute sa vie de
autres périls que j'avais courus. Sindbad le Marin.
« Toutes ces fatigues finirent enfin ; j'arrivai Schéhérazade, voyant qu'il n'était pas
heureusement à Bagdad. J'allai d'abord me encore jour, continua de parler, et commença
présenter au calife, et lui rendre compte de une autre histoire.
mon ambassade. Ce prince me dit que la
longueur de mon voyage lui avait causé de Conte extrait des Mille et unes nuits,
l'inquiétude, mais qu'il avait pourtant toujours traduit de l’arabe par Antoine Galland.
espéré que Dieu ne m'abandonnerait point.
Quand je lui appris l'aventure des éléphants, il
en parut fort surpris, et il aurait refusé d'y
ajouter foi si ma sincérité ne lui eût pas été
connue. Il trouva cette histoire et les autres
que je lui racontai si curieuses, qu'il chargea
un de ses secrétaires de les écrire en
caractères d'or pour être conservées dans son
trésor. Je me retirai très content de l'honneur
et des présents qu'il me fit ; puis je me donnai
tout entier à ma famille, à mes parents et à
mes amis. »
Ce fut ainsi que Sindbad acheva le récit de
son septième et dernier voyage ; et s'adressant
ensuite à Hindbad : « Hé bien ! mon ami,
ajouta-t-il avez vous jamais ouï dire que