N° 108 - DECEMBRE 2011 LE PETIT VERT PAGE 19
ÉTUDES MATHÉMATIQUES
Histoire de logarithmes : comment s'est
construite une notion difficile à enseigner.
(2ème partie)
Anne Gaydon, Lycée Saint Joseph (Épinal)
Gilles Waehren, Lycée Mangin (Sarrebourg)
Résumé :
Remonter dans l'histoire des logarithmes nous a paru une façon d'appréhender les
difficultés des élèves à les assimiler, mais aussi de retourner aux fondements qui ont pu les
rendre incontournables. Pour des élèves non scientifiques, notamment dans les sections
tertiaires, cette notion vient s'ajouter à celle de racine carrée, souvent mal digérée en raison
de ses propriétés pas toujours intuitives. Comme pour la racine carrée, le logarithme d'un
nombre se construit (on se référera aux recherches entreprises dans les Petits Verts n° 102 et
103). Cette construction est un moyen de donner vie à ce concept, d'autant que les premiers
calculs de logarithmes ont souvent reposé sur des notions simples. On assista, dans un
premier temps, à l'éclosion d'une correspondance nécessaire entre suites géométriques et
suites arithmétiques (première partie, publiée dans le Petit Vert n° 107), puis au
développement de calculs élaborés, afin de déterminer le logarithme de tous les nombres (ci-
après).
2. Construction de tables de logarithmes
2.1 Les logarithmes de Neper
2.1.1. Des sinus longs à calculer
En 1614 John Neper (1550-1617) publie sa Mirifici logarithmorumcanonis
descriptio, « Description de la merveilleuse table des logarithmes ».
L’objectif de Neper est de faciliter les calculs portant sur des grands nombres. Pour
cela, il élabore de nouveaux nombres qu’il appelle logarithmes et remplace les
multiplications, divisions et extractions de racines par des additions, soustractions et
divisions par des entiers.
Son livre, écrit en latin, contient la définition d’un logarithme et ses propriétés, le
mode d’emploi de la table de logarithmes, des exemples de calculs trigonométriques et 90
pages de tables.
Ces tables donnent les angles du premier quadrant, de minute en minute, leurs
sinus et le logarithme des sinus.
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On note Sin α la longueur de la demi-
corde dans un cercle de rayon R.
Ainsi Sin α = R Sin α.
Le sinus de 90° est égal à R et est appelé
sinus total.
Neper choisit un cercle de rayon
R = 10 000 000 ce qui lui permet des
sinus avec 7 chiffres significatifs.
Dans ses calculs Neper prendra comme
unité 107 .
2.1.2. La cinématique au service des mathématiques
Neper établit une correspondance cinématique entre une suite géométrique et une suite
arithmétique :
« Une ligne est dite croître uniformément quand un point la décrivant
progresse par des intervalles égaux en des moments égaux. »
Un point A décrit le droite (x’x) ; A se trouve en A0 à l’instant t = 0 et se déplace avec une
vitesse v constante :
A0A1 = A1A2 = … = AkAk+1 = λ et A0Ak = kλ
« Une ligne est dite décroître proportionnellement jusqu’à la plus courte, quand un point
la parcourant en des moments égaux détache des segments continuellement de la même
raison avec les lignes desquelles ils sont détachés. »
Le point mobile G se déplace sur la droite (y’y), il est en G 0 à l’instant t = 0 avec la vitesse v.
À chaque instant, la vitesse de G est proportionnelle à la distance GB restant à parcourir pour
atteindre le point B.
G 1 B G2 B G B
G0B = 1 et G1B = = =…= k + 1 =q
G 0 B G1 B Gk B
k
donc : Gk B=q
« Les mouvements qui sont faits ensemble et dans le même temps sont synchrones. »
Au temps tk , le point A se trouve en Ak et le point G se trouve en Gk.
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En effet, si au temps tk le point A se trouve en Ak , alors :
A0 A tk k λ
k
= = =k
A0 A t1 λ
1
donc : t k = λ t 1 .
2.1.3 Résolution d'une équation différentielle
La vitesse de G est proportionnelle à la distance GB donc est de la forme C.GB où C est une
constante. À l’instant t = 0, la vitesse de G est C.G0B = C ; or, la vitesse de G à l’instant 0 est
v (GB )
aussi v, donc : C = v ; ainsi, la vitesse de G à l’instant t est : =vGB .
G0 B
Soit y l’abscisse du point G sur la droite (y’y) munie du repère (G0, B),
dy
on a alors : GB = 1 – y, et la vitesse de G à l’instant t est : =v ( 1− y )
dt
donc y est solution de l’équation différentielle : Y' = - vY + v dont la solution générale est : Y
= Ke-vt + 1.
−vt
Pour t = 0, on a : Y = 0, donc : K = - 1, donc : y = 1 - e-vt , et donc : GB=e .
Quelle est alors la position de G à l’instant tk ?
k
A l’instant tk , GB=e−vt =e−vkt = (e−vt ) = (G 1 B )k =qk =G k B
k 1 1
Conclusion : à l’instant tk , le point G est en Gk.
Remarque : la solution de l’équation pourrait être donnée avec une fonction exponentielle de
base différente de e ; dans ce cas, la constante serait différente. Dans cet exposé le choix de
l’exponentielle de base e est simplement du au fait que cette fonction est introduite en
terminale S comme solution de l’équation différentielle y’ = y.
Remarque : le logarithme de Neper n’est pas vraiment népérien ; en fait, il fait intervenir un
1 1
log de base , mais qui n’est pas tout à fait de base ...
e e
La définition du logarithme :
« donc le logarithme d’un sinus quelconque est un nombre définissant très près une
certaine ligne qui croît également pendant que la ligne de tout le sinus décroît
proportionnellement jusqu’à ce sinus, un mouvement synchrone existant de part et
d’autre et d’égale vitesse au commencement »
En utilisant la notation Nog pour désigner le logarithme calculé par Neper on a :
Nog(G0B) = A0A0 = 0, c'est-à-dire : Nog(1) = 0 .
(en fait Neper posera G0B = 107 et donc Nog 107 = 0 : le logarithme du sinus total est 0)
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Nog(GkB) = A0Ak, donc : Nog(qk) = kA0A1
or : A0A1 = Nog(G1B) = Nog(q)
donc : Nog(qk) = k Nog(q)
2.2 La construction de la table des logarithmes décimaux par Briggs
2.2.1. Une nouvelle table
Henry Briggs (1561-1630) est professeur de mathématiques à Londres.
Après la publication de la table de logarithme de Neper, Briggs lui rend visite en Écosse
pendant l’été 1615, puis en 1616. Ils tombent d’accord sur la nécessité d’envisager une
nouvelle table de logarithmes : les logarithmes calculés par Neper pouvaient être améliorés.
Les nouveaux logarithmes définis par Briggs et Neper vérifient log 1 = 0 et log 10
=1 (il s’agit de notre logarithme décimal).
Cela revient à mettre en correspondance une suite géométrique de premier terme 1
et de raison q inconnue et une suite arithmétique dont le premier terme est 0. On fait
correspondre à 10 (terme de la suite géométrique) le terme 1 de la suite arithmétique. (En fait
on prendra 100 000 000 000 000 pour avoir des log avec une précision de 14 chiffres après la
virgule).
suite géométrique suite arithmétique (logarithme)
1 0
10 100 000 000 000 000
Vocabulaire : Briggs parle de suite de nombres continuellement proportionnaux pour
désigner des nombres en progression géométrique.
Il désigne par indice d’un nombre dans la suite, la puissance d’un nombre donné ou son
logarithme.
Briggs propose ainsi deux méthodes pour calculer les logarithmes des nombres
entiers.
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2.2.2. Première méthode : très astucieuse
a) Considération préalable
Supposons que l’on mette en correspondance deux suites, l’une géométrique
l’autre arithmétique, de telle façon qu’au terme 1 de la première suite corresponde 0 et au
terme 32 corresponde 5. On veut déterminer le terme correspondant à 8.
Briggs propose la technique suivante :
suite indice suite indice suite indice
géométrique géométrique géométrique
1 0 1 0 1 0
2 8 1 32 1
4 64 2 1024 2
8 ? 512 3 32768 3
16 4096 4
32 5 32768 5
Pour trouver l’indice correspondant à 8, on construit une suite de raison 8, le terme d’indice
5 de cette suite est 32768.
On construit alors la suite géométrique de raison 32, dans cette suite le terme
32768 a pour indice 3. On en déduit que 8 a pour indice 3 dans le premier tableau.
Briggs ne démontre pas le résultat utilisé mais il est facile de le justifier avec les notations
actuelles. En effet :
notons q la raison, inconnue, de la suite géométrique,
alors : 32 = q5 , et : 8 = qn
où n désigne l’indice de 8, inconnue que l’on cherche ;
5 n
par suite : 85 =( qn ) =( q5 ) =32 n ;
donc trouver l’indice de 8 revient à trouver l’exposant n tel que : 85 = 32n.
La première méthode de Briggs est basée sur cette remarque.
b) Détermination du logarithme décimal de 2
On considère donc deux suites : une suite géométrique de premier terme 1 et de
raison q (inconnue) et la suite arithmétique des indices.
suite géométrique indice
1 0
….
2 ??
….
10 100 000 000 000 000 = 1014
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Briggs prend 1014 comme indice pour 10 de façon à avoir une précision de 14 décimales,
14
14 10 14 n
ainsi : 210 = (q n ) = (q 10 ) =10 n .
Trouver le log décimal de 2 revient donc à déterminer la puissance de 10 qui est
14
10
égale à 2 . Évidemment, on ne trouvera pas d’entier n qui convienne puisqu’aucune
14
10
puissance de 2 n’est égale à une puissance de 10, mais on va chercher à encadrer 2 par
14
n−1 10 n
deux puissances de 10 d’exposants entiers consécutifs : 10 < 2 < 10 .
Le problème est maintenant de déterminer n. Un nombre entier compris entre 10 n-1
14
10
et 10 comporte n chiffres : il suffit donc de déterminer le nombre de chiffres de 2
n
pour
déterminer log 2 : très astucieux ! On est maintenant confronté à un autre problème :
14
10
comment compter le nombre de chiffres d’un grand nombre comme 2 ?...
c) Table de calcul par quatraines
suite géométrique indice nombre de chiffres
du terme de la
suite
1 0
2 1
4 2 1
16 4 2 1ère quatraine
256 8 3
1024 10 4
10242 = 1048576 20 7
10244 40 13
10248 80 25 2ème quatraine
102410 100 31
On prend comme premiers termes de la suite géométrique (de raison 2), 1 et 2 dont on
cherche le log : 1 a pour indice 0 et 2 a pour indice 1.
On construit ensuite la première quatraine :
– le premier terme est obtenu en élevant 2 au carré ;
– le deuxième en élevant le premier au carré ;
– le troisième en élevant le deuxième au carré ;
– le quatrième multipliant le premier par le troisième.
Le quatrième terme de la quatraine a donc pour indice 10 et est égal à 2 10.
On recommence de même pour obtenir la deuxième quatraine dont le quatrième terme aura
pour indice 100 et sera égal à 2100.
14
10
Le quatrième terme de la quatorzième quatraine sera donc égal à 2 .
Il reste à compter le nombre de chiffres à chaque étape.
Lorsqu’on multiplie entre eux deux nombres ayant respectivement n et p chiffres le
produit aura n + p ou n + p – 1 chiffres.
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d) Un problème de précision
Comment déterminer précisément le nombre de chiffres ? Pour avoir une précision
de 14 décimales, combien de chiffres doit-on garder lors du calcul ?
Exemple du calcul de log 7 (avec 5 chiffres après la virgule) :
suite géométrique indice chiffres
1 0
7 1
49 2 2
2401 4 4 1ère quatraine
5 764 801 8 7
282 475 249 10 9
282 475 2492 = 7,979226630.106 20 17
282 475 2494 = 6,366805761.1033 40 34
2ème quatraine
282 475 2498 = 4,053621560.1067 80 68
282 475 24910 = 3,234476510.1084 100 85
(3,234476510.1084)2 = 1,046183829.10169 200 170
(3,234476510.1084)4 = 1,094500605.10338 400 339
3ème quatraine
(3,234476510.1084)8 = 1,197931574.10676 800 677
(3,234476510.1084)10 = 1,253256641.10845 1000 846
(1,253256641.10845)2 = 1,570652208.101690 2000 1691
(1,253256641.10845)4 = 2,466948358.103380 4000 3381
4ème quatraine
(1,253256641.10845)8 = 6,085834203.106760 8000 6761
(1,253256641.10845)10 = 9,558728929.108450 10000 8451
(9,558728929.108450)2 = 9,136929874.1016901 20000 16902
(9,558728929.108450)4 = 8,348348752.1033803 40000 33804
5ème quatraine
(9,558728929.108450)8 = 6,969492688.1067607 80000 67608
(9,558728929.108450)10 = 6,367976595.1084509 100000 84510
5
84509
On a donc obtenu que : 10 < 710 < 1084510 et donc : 0,84509 < log 7 < 0,84510.
2.2.3. Deuxième méthode : extraction de racine carrée
Briggs et ses collègues dressent un tableau des racines carrées successives de 10
(travail quelque peu fastidieux !) jusqu’à la 54ème. Ce sont les nombres continuellement
moyens : chaque terme est obtenu en calculant la moyenne géométrique du nombre
précédent avec 1.
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a) La règle des proportions
« Je cherche donc des nombres continuellement moyens entre Dix et Un dont le
1622776606837633199889354
premier sera √10 à savoir 3 qui est le moyen
1000000000000000000000000
proportionnel entre 10 et 1.
Et après, je cherche encore le côté du précédent [la racine carrée] √√10 qui est
77827941003892280119730413
1 .
100000000000000000000000000
Puis, derechef, encore le côté du précédent √√√10 :
33352143216332402566538931
1 ;
100000000000000000000000000
et ainsi vais-je toujours continuant le même ordre d’opérations, jusqu’à tant que
j’en aie une colonne de cinquante cinq nombres, le Dix y enclos. Lesquels sont ici marqués
par D et leurs sont adjoints à côté à chacun leurs Logarithmes rationnels marqués par E.
Le moindre des continuellement Moyens est :
000000000000000127819149320032344165
1 dont le Logarithme se trouve en mi-
1000000000000000000000000000000000000
partissant 0,00000,00000,00000,05551,11512,31257,82702,11815,83 car le Logarithme du
côté est la moitié de celui du carré par ce que le carré est produit de la multiplication du côté
en soi-même et partant chacun de ces Logarithmes sera double de son plus proche moindre.
Et d’autant que les caractères significatifs, adjoints à l’Unité après quinze zéros sont la
moitié de ceux qui vont immédiatement devant ; tant sont nombres continuellement moyens
que sont les Logarithmes : il semble que les Logarithmes retiennent la même proportion en
décroissant que les nombres auxquels ils sont adjoints. Et partant si quelques nombres sont
diminués si avant, qu’après l’unité s’y ensuivent immédiatement quinze zéros, nous
donnerons les vrais Logarithmes, ou approchant fort près, par la règle des proportions. »
b) Justification des approximations
Cette règle peut s’écrire : log(1 + x) = Cx , pour x < 10-15.
La constante C se calcule à l’aide de la relation :
log (1+ x ) x log ( 1+ x ) log ( 1+ y )
= , ce qui équivaut à : = =C .
log ( 1+ y ) y x y
La dernière ligne du tableau permet d’écrire :
Log (1,0000 00000 00000 01278 19149 32003 235)
= 0,00000 00000 00000 05551 11512 31257 82702 11815
On a donc :
0 ,0000000000000000555111512312578270211815
C= ≈ 0,434 294 481 903 251 804
0 ,000000000000000127819149320032344165
1
soit : C≈ .
ln 10
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On peut montrer que : |ln(1 + x) - x| < x2 < 10-30 , pour x < 10-15.
ln ( 1+ x ) x x2 10−30
Donc : ∣ ln 10
− < ∣ <
ln10 ln 10 ln 10
< 10 ,
−30
x
donc, en remplaçant, log(1 + x) par pour x < 10-15, Briggs fait une erreur inférieure
ln 10
à 10-30.
c) Conclusion
Pour calculer le logarithme d’un nombre n :
− on calcule les racines carrées successives de ce nombre jusqu’à que ce que l’on
obtienne un nombre inférieur à 1 + 10-15 ;
− on calcule le logarithme du nombre trouvé à l’aide de la règle des proportions ;
− on remonte les calculs en multipliant par 2 jusqu’au logarithme du nombre n.
En pratique, Briggs utilise quelques astuces pour simplifier les calculs.
Par exemple pour calculer le logarithme de 2, il utilise le fait que : 210 = 1024 ,
donc :
10 log 2 = log 1024 = log(1000 × 1,024) = 3 + log 1,024.
Briggs calcule alors le logarithme de 1,024 (qui est quand même plus proche de 1 que 2 !)
puis il en déduit le logarithme de 2.
Pour calculer le logarithme de 5, Briggs utilise :
log 5 = log 10 - log 2 = 1 - log 2.
Pour calculer le logarithme de 6, il remarque que : 69 = 10077696, et il calcule
donc le logarithme de 1,0077696.
Le logarithme de 3 se déduit de log 2 et log 6, etc.
Briggs propose enfin une méthode pour extraire les racines carrées, plus rapide que la
méthode couramment utilisée : la méthode des différences.
3. Bibliographie
• Simone TROMPLER : L’histoire des logarithmes - Les cahiers du CeDoP
• IREM - Histoire des mathématiques : Histoires de logarithmes - ellipses
• Luca PACIOLI : Summa de arithmetica, geometria proportioni et proportionalita -
(Venise 1494)
• Jean TRENCHANT : L’arithmétique départie en trois livres - Paris 1558
• Nicole VOGEL : La construction des logarithmes de Néper - L’Ouvert n 55 ̊
• John NEPER : Mirifici logarithmorumcanonis descriptio - 1614
• John NEPER & Henry BRIGGS : Logarithmica - Londres 1624
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