1.
V. Les politiques de développement
• Définition : Politiques visant à impulser une dynamique de propagation des gains de productivité à
travers la
mise en cohérence d’un territoire, des effets de synergies entre les segments du système productif,
l’élévation
du capital humain… en vue de favoriser l’amélioration du niveau de vie de toute la population, la
réduction
de la pauvreté et l’accroissement de l’égalité dans une perspective de développement durable.
• Politiques plutôt structurelles, macroéconomiques (politiques de croissance) et microéconomiques
(micro-
crédit par exemple).
• Plusieurs approches possibles
o Recours aux marchés, libéralisation et ouverture internationale,
o Développement de l’industrie nationale : protectionnisme.
• Historiquement, les politiques de développement ont été des politiques de soutien à la croissance.
o Le modèle de Roy Harrod et Evsey Domar (1939/1948 - 1947, séparément) et le modèle de croissance
exogène de Robert Solow (1956) ont mis en évidence l’importance de l’épargne (au moins à court
terme pour accélérer le taux de croissance ou la vitesse de convergence, et accroitre le revenu par
tête final).
o Suite à ces travaux, des questions de convergence ont été soulevées :
▪ Convergence absolue ou bêta convergence : croissance plus rapide des pays pauvres par
rapport aux pays riches (Modèle de Robert Solow, 1956). Les pays pauvres vont rejoindre à
long terme le niveau de PIB par tête des pays riches.
▪ Convergence des revenus entre pays : sigma-convergence. Dans ce cas, la dispersion des
revenus par tête tend à se réduire dans le temps. La sigma-convergence indique simplement
que la dispersion des niveaux de revenu se réduisent dans le temps sans pour autant que
celles-ci s’annulent (différence avec la convergence absolue). Cf. inégalités internationales.
▪ Convergence conditionnelle :
On n’observe pas en longue période de convergence absolue au niveau mondial (les pays pauvres ne
semblent
pas en moyenne croître plus vite que les pays riches), mais il y a une convergence observée au sein de «
clubs »
de convergence (convergence conditionnelle, pays à caractéristiques similaires).
• Ensuite, dans la lignée des modèles de croissance endogène, le rôle des infrastructures (Robert Barro
(1990)),
de la R&D (Paul Romer1986, 1990) et du capital humain (Robert Lucas (1988)) ont été mis en avant et
ont
inspiré les politiques de développement actuelles.
A. Historique : trois stratégies de développement
1. Par substitution aux importations
• Le développement repose sur une réduction de la dépendance en favorisant la diversification de
l’économie
et l’essor de secteurs prioritaires pour servir la demande intérieure.
o Satisfaire prioritairement la demande intérieure en remplaçant progressivement les importations par
la production locale en remontant la filière (des biens simples (textiles) aux biens complexes
(sidérurgie puis électronique, automobile)).
o La substitution à l'importation se fonde sur des barrières tarifaires ou non tarifaires permettant au
pays de produire lui-même ce qu'il importait (développement autocentré).
• Exemples
o Amérique Latine (bénéficiant d’un vaste marché intérieur) dans les années 1970,
o Brésil de 1930 à 1980.
• Risques
o Stratégie difficile à mettre en œuvre, si le marché intérieur de consommation se révèle insuffisant
pour absorber la production.
o Favoriser les industries naissantes ne justifie pas de procurer une rentre de monopole durable à des
producteurs locaux dont l’efficacité diminuerait autant que la concurrence.
o Forts déficits extérieurs du fait de la nécessaire importation de biens intermédiaires non produits au
début dans le pays (remontée de filière).
2. Par promotion aux exportations
• Stratégie de remontée des filières à partir de secteurs exportateurs entraînants.
o Cette stratégie consiste à favoriser l’insertion de l’économie dans le commerce mondial. Il s’agit
d’exploiter les avantages comparatifs détenus par le pays (main d’œuvre abondante et bon marché).
Les bénéfices attendus sont les recettes en devises et une bonne allocation des ressources dans une
économie ouverte à la concurrence.
• Le modèle de développement est un mélange de libéralisme et d'interventionnisme direct et actif.
L'État crée
les infrastructures nécessaires à l'industrialisation, met en place des mesures protectionnistes, choisit
des
secteurs considérés comme prioritaires pour l'industrialisation et l'exportation...
• Exemples : les 4 dragons dans les années 1960/70 : Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong.
Positionnement sur des marchés de niches : produits manufacturés, haut coefficient en capital.
Aujourd’hui
c’est le cas de la Chine, Indonésie, Thaïlande.
• Risque : soumet les économies aux chocs provenant des échanges mondiaux sur les termes de
l’échange,
instabilité des cours des devises. Cf. crises asiatiques en 1997.
3. Par industries industrialisantes
• Favorise les opérations dans les branches de l’industrie lourde qui sont supposées avoir un fort effet
d’entrainement sur le reste de l’économie (dont le secteur agricole).
o Industrialisation progressive par descente de filière : les industries de biens intermédiaires et
d’équipement sont une priorité par rapport à celles produisant des biens de consommation.
• Exemple : Algérie durant l’ère Boumédienne (1965-1978) : développement des activités de pétrole, gaz
et cela
en amont et en aval de la chaîne de distribution (sidérurgie, chimie, énergie). Mais, ce ne sont pas les
entreprises nationales qui ont développés les technologies de pointes utilisées mais les firmes
multinationales
qui ont monté des usines clés en main sur le territoire. Ce type de politique ne permet pas vraiment le
transfert
de technologie vers le pays d’accueil : perpétue la dépendance technologique sans favoriser l’intégration
du
tissu industriel.
• Risques
o Ces stratégies ont été plutôt un échec : marché intérieur insuffisant, inefficacité des entreprises
publiques, blocage et dépendance technologique, manque de capital humain qualifié et chômage de
masse des moins qualifiés.
o Comme pour la stratégie d’ISI, la stratégie par II conduit à de forts déficits extérieurs du fait de la
nécessaire importation de biens intermédiaires non produits dans le pays.
B. Evaluation des politiques de développement
1. L’évaluation des politiques de développement par l’expérimentation
• Avec le débat sur l’efficacité des aides publiques au développement, les programmes et la recherche
en
développement se concentrent sur le choix de méthodes les plus efficaces pour d’atteindre les objectifs
de
développement.
o « Le fardeau de l’homme blanc » de William Easterly énonce que malgré les 60 ans d’aide publique
au développement, les milliards de dollars investis et la multiplication des intervenants, l’aide n’a pas
éradiqué la pauvreté. Il propose certaines explications qui concernent principalement la mes-
allocation de l’aide ou sa mauvaise gouvernance : agence peu responsabilisée et dilution de la
responsabilité, population-cible pas impliquée, « solutions miracles » appliquées sans concertation
avec la population (FMI) et manque d’évaluation de l’efficacité de l’aide.
• Esther Duflo et son organisation J-PAL (Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab) travaillent sur
l’évaluation des
politiques publiques de développement par l’expérimentation.
o Méthodologie : les ménages ou les villages sont répartis de manière aléatoire entre un groupe test
qui reçoit le traitement (subvention, vaccins ou moustiquaires gratuitement) et un groupe contrôle
(qui ne reçoit rien et qui permet la comparaison). La répartition aléatoire permet de rendre
comparable les deux groupes si la taille de l’échantillon est suffisante. Conformément à la loi des
grands nombres, il n’y a pas de différence en moyenne entre les groupes lorsqu’ils ont été
sélectionnés au hasard.
o Cette méthodologie s’applique pour des politiques en matière d’éducation, de santé, d’accès à
l’emploi, d’accès au crédit, de réduction de la corruption administrative et policière.
o Exemples
▪ Adoption de moustiquaires au Kenya (médecine préventive) : qu’est-ce qui est le plus
efficace entre les distribuer gratuitement et les vendre à un prix très faible à des femmes
enceintes (lors de visites prénatales) ?
• Débat : William Easterly affirme que le fait de payer contribue à valoriser le bien et
donc à plus ou mieux l’utiliser. De plus, la gratuité peut avoir des effets délétères si
cela favorise l’attentisme ou l’assistanat (pas d’achat dans l’espoir d’en avoir une
gratuite plus tard).
• D’après Esther Duflo (Le développement humain, 2010), la gratuité est en mesure de
favoriser l’adoption. « La gratuité d’aujourd’hui peut encourager l’achat de demain ».
o Toutes celles qui avaient reçu des bons de gratuité ou de réduction ont pu
acheter à nouveau une moustiquaire et celles qui l’avaient reçue
gratuitement la première fois ont été plus enclines à en acheter une nouvelle.
• Les effets à long terme sont importants :
o Effet d’apprentissage : donner gratuitement une moustiquaire aux femmes
enceintes leur permet de se familiariser avec le produit et d’en comprendre
son fonctionnement afin de pouvoir la valoriser. Elles seront alors plus à
même d’acheter un produit qu’elles connaissent.
o Imitation sociale : lorsqu’une personne observe une moustiquaire chez des
amis ou voisins, elle est plus disposée à en acheter une d’autant plus qu’elle
peut échanger de l’information sur l’utilisation et le gain lié à cette
technologie.
▪ Réduire l’absentéisme des élèves et des professeurs à l’école primaire (Inde)
o Esther Duflo et Rema Hanna (2005) :
o Malgré son succès, cette expérimentation ne la rend pas moins difficile à généraliser. On
ne peut distribuer et contrôler des millions de photos au niveau national…
De plus, l’échec d’une expérimentation au Kenya prouve que la corruption peut réduire
son efficacité : si c’est le directeur de l’école qui évalue la présence des instituteurs, qui
seront récompensés par le gouvernement, le risque de corruption et de falsification des
relevés de présence est très élevé.
2. Critiques de la méthode
• Une méthodologie qui se veut scientifique : validité interne mais qu’en est-il de la validité externe (se
pose
pour tout projet pilote). Effet d’équilibre : cf. ci-dessus.
• Une méthodologie qui se veut justifiée dans un contexte de ressources budgétaires limitées, afin de
débloquer des fonds sur la base de résultats scientifiques.
• Certains problèmes éthiques
o Action sur le bien-être d’autrui : inégalités relatives créées pour le groupe de contrôle, effets
permanents ? Effet d’hystérèse.
o Tous ceux qui constituent la base des études sont-ils volontaires ?
C. Aide Publique au Développement
• Assistance financière fournie par une entité publique (État, organisme public, collectivité territoriale...)
à un
pays en développement ou à des institutions multilatérales, sous forme de dons ou de prêts à faible taux
d'intérêt, dans le but de contribuer au développement des pays. Mais l'argent peut venir de tout un
chacun.
• Aide Publique au Développement française : 10,1 milliards d’euros en 2017, soit 0,43 % du revenu
national
brut, contre 8,7 milliards d’euros en 2016. La France est le cinquième bailleur mondial d’Aide Publique
au
Développement en volume, derrière les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon.
• Au niveau de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques), l’aide au
développement s’est élevée à 147 milliards de dollars en 2017.
• Les Nations Unies ont fixé un objectif qui est de maintenir un niveau d’Aide Publique au
Développement
supérieur ou égal à 0,7 % du RNB de chaque pays donneur (membre du Comité d’Aide au
Développement de l’OCDE).
1. Un ensemble hétérogène
• Aide publique bilatérale (majeure partie de l’aide publique), qui en France passe par une institution
financière,
l’Agence Française de Développement (AFD).
• Aide publique multilatérale qui transite par des organismes internationaux tels que la FAO, l’UNICEF, le
Programme Alimentaire Mondial, l’OMS, la Banque Mondiale, le FMI, les Banques Régionales de
Développement) : prêts, dons, subventions aux ONG, annulation de dettes, salaires des chercheurs et
praticiens du développement, bourses versées aux étudiants étrangers, aides aux réfugiés…
• Parallèlement à l’aide publique au développement, existe également l’aide privée : transferts
financiers
d’origine privée (banques, particuliers, ONG) sous forme de dons, de conseil technique, de prêts ou de
prise
de participation.
2. Les critiques de l’APD
• Efficacité. Cf. William Easterly.
• Saupoudrage des aides
• Ne se concentre pas assez sur les PMA : en 2014, ils n’ont touché que 39 % de l'APD d’après les
premières
estimations de l’OCDE.
• Changements alimentaires
• Conditionnalité
o Craig Burnside et David Dollar (2000) : efficacité de l’aide, suivant les politiques mises en oeuvre : il
faut de « bonnes » politiques pour que l’aide soit efficace. Sélectivité de l’aide vers les pays « bien
gouvernés »
▪ Pour Cling Cogneau et Jean-David Naudet (2007), cela n’est pas compatible avec les principes
de justice distributive et d’égalité des chances : les populations des pays pauvres et mal gérés
souffrent ainsi d’une double punition puisqu’elles subissent à la fois un régime autocratique
et corrompu et elles bénéficient de moins d’aides que d’autres pays à niveau de
développement équivalent.
o Aides liées : Liées à l’achat vers le pays donateur ou prêteur.
• "Alternative" : microcrédit
o Prêt de petites sommes d’argent sur de courtes durées à des taux « assez » faibles.
o Permet d’accroitre le bien-être des populations mais ne suffit pas pour enclencher un processus de
développement dans ces pays.
o Souvent au bénéfice des femmes (Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix en 2006 avec la Grameen
Bank au Blangladesh).
o Puis micro finance : faciliter accès de tous aux services financiers de base : épargne. Puis méso
finance : soutien aux très petites entreprises. Aller vers l’inclusion financière.
croissant entre développement et développement du système financier. INCLUSION financière.
o Limites
▪ Besoin de formations, d'éducation financière, en plus du besoin d’argent,
▪ Apparition du risque du surendettement : frontière floue entre dépenses productives et non
productives,
▪ Pression sociale et dérives des instituts de micro finance (pyramide à la Ponzy) : suicides en
Inde.
Le développement n’est pas défini de manière universelle. Le risque est d’utiliser comme référence les
pays
industrialisés bien qu’ils ne se situent pas sur un sentier de croissance durable (en termes écologique
notamment).
Or tous les groupes humains ont le droit de poursuivre leurs objectifs dans le cadre de leur culture
spécifique
et de leur rapport à la nature.
De plus, le développement peut nécessiter des changements sociaux tellement importants qu'il peut
être
ressenti comme une perte d'identité.
S'il peut donc y avoir croissance sans développement, le développement ne peut-il pas être satisfait
autrement
que par la croissance économique telle que nous la connaissons aujourd’hui ?
Point sur les PMA (Pays les Moins Avancés)
• Catégorie de pays créée en 1971 par les Nations Unies.
• Les pays les moins avancés sont les pays les plus pauvres et les plus faibles du monde. Ils sont
structurellement
handicapés dans leur développement, vulnérables au niveau économique et méritent une attention
particulière de la part de la communauté internationale. Ils bénéficient de mesures d'appui spécifiques.
• Pour être qualifié de PMA, un pays doit remplir les trois critères :
o Niveau de revenu bas, calculé en fonction du PIB par habitant sur 3 ans,
o Retard dans le développement humain, mesuré en tenant compte de la malnutrition, du taux de
mortalité des enfants, de la scolarisation, et du taux d’alphabétisation,
o Vulnérabilité économique, en fonction de la taille de la population, du degré d’isolement, des
exportations, des différentes cultures agricoles, des catastrophes naturelles et de leurs incidences.
En appliquant ces critères, on compte, depuis 2014, 48 PMA. Ils étaient 25 lors de la création de
l'appellation.
• Angola, Bénin, Tchad, Togo, Ouganda, Birmanie, Népal, Mali, Libéria, Somalie, Soudan...
• Les mesures internationales de soutien associées au statut de PMA concernent les préférences
commerciales,
le financement du développement, y compris l’aide publique au développement, l’allègement de la
dette
(initiative des pays pauvres très endettés (1996) par exemple), l’assistance technique et d’autres formes
de soutien.