Lycée El Nadjah Année scolaire :
2023/2024
Classe : 1AS/S Durée : 1h
« Le personnage de cette histoire a loué une petite maison au bord de la Seine 1. Là, il
fait la connaissance d’un vieux canotier qui lui raconte sa vie nautique. Une nuit, fatigué, le
canotier jette l’ancre ».
Soudain, un petit coup sonna contre mon bordage. Je fis un soubresaut 2, et une sueur
froide me glaça des pieds à la tête. Ce bruit venait sans doute de quelque bout de bois entraîné
par le courant, mais cela avait suffi et je me sentais envahi de nouveau par une étrange
agitation nerveuse. Je saisis ma chaîne et je me raidis dans un effort désespéré. L'ancre tint
bon. Je me rassis épuisé.
Cependant, la rivière s'était peu à peu couverte d'un brouillard blanc très épais qui
rampait sur l'eau fort bas, de sorte que, en me dressant debout, je ne voyais plus le fleuve, ni
mes pieds, ni mon bateau, mais j'apercevais seulement les pointes des roseaux, puis, plus loin,
la plaine toute pâle de la lumière de la lune, avec de grandes taches noires qui montaient dans
le ciel, formées par des groupes de peupliers d'Italie. J'étais comme enseveli jusqu'à la
ceinture dans une nappe de coton d'une blancheur singulière, et il me venait des imaginations
fantastiques.
Je me figurais qu'on essayait de monter dans ma barque que je ne pouvais plus
distinguer, et que la rivière, cachée par ce brouillard opaque, devait être pleine d'êtres étranges
qui nageaient autour de moi. J'éprouvais un malaise horrible, j'avais les tempes 3serrées, mon
cœur battait à m'étouffer, et, perdant la tête, je pensai à me sauver à la nage ; puis aussitôt
cette idée me fit frissonner d'épouvante. Je me vis, perdu, allant à l'aventure dans cette brume
épaisse, me débattant au milieu des herbes et des roseaux que je ne pourrais éviter, râlant de
peur, ne voyant pas la berge, ne retrouvant plus mon bateau, et il me semblait que je me
sentirais tiré par les pieds tout au fond de cette eau noire.
En effet, comme il m'eût fallu remonter le courant au moins pendant cinq cents mètres
avant de trouver un point libre d'herbes et de joncs où je pusse prendre pied, il y avait pour
moi neuf chances sur dix de ne pouvoir me diriger dans ce brouillard et de me noyer, quelque
bon nageur que je fusse.
J'essayais de me raisonner : je me sentais la volonté bien ferme de ne point avoir peur,
mais il y avait en moi autre chose que ma volonté, et cette autre chose avait peur. Je me
demandai ce que je pouvais redouter ; mon moi brave railla mon moi poltron, et jamais aussi
bien que ce jour-là je ne saisis l'opposition des deux êtres qui sont en nous, l'un voulant,
l'autre résistant, et chacun l'emportant tour à tour.
Cet effroi bête et inexplicable grandissait toujours et devenait de la terreur. Je
demeurais immobile, les yeux ouverts, l'oreille tendue et attendant. Quoi ? Je n'en savais rien,
mais ce devait être terrible.
Extrait de « Sur l'eau » de Guy de Maupassant
1
Un fleuve en France
2
Secousse imprévue
3
Côté de la tête, entre le coin de l'œil et le haut de l'oreille.
I. Compréhension de l’écrit :
1. Choisissez la bonne réponse :
a. Le type de ce texte est : narratif. / explicatif. / informatif
b. Ce texte est un récit : réel. / vraisemblable. / Fantastique.
c. L’histoire de ce texte est racontée à travers : Un narrateur extérieur à l’histoire.
Un personnage de l’histoire. Un narrateur qui sait tout et en sait même plus que
les personnages.
d. Comment appelle-t-on ce type d’auteur ?
2. Relevez du texte 4 mots et 2 expressions relatif à la peur.
3. Trouvez dans le texte le synonyme de « peur », puis donnez son antonyme.
4. Relevez quelques termes montrant que cette peur provoque le malaise physique.
5. « Soudain, un petit coup sonna contre mon bordage. »
a. À quel temps le verbe est-il conjugué ?
b. Pourquoi?
6. Quel événement est à l’origine de cette peur ?
7. « Il me venait des imaginations fantastiques »
a. Quel phénomène météorologique engendre ces imaginations ?
b. Pourquoi ?
8. Quelles sont ces « imaginations fantastiques » que l’auteur imagine ?
9. Dites à qui ou à quoi renvoient les mots soulignés dans le texte.
10. Comment auriez-vous réagit à la place du personnage ? Parlez-en en deux ou
trois lignes.
Bonne chance mes champions, travaillez bien.