Positions
Positions
La douche, un gros bisou et bye-bye Thomas. Il aurait aimé que je reste pour la nuit
mais j’ai mes principes, et lui serait du genre accaparant, je le sens.
Et aussi demain j’ai un entretien. Une amie m’a recommandée à une agence de
communication. Rompue aux jobs les plus tristes et les plus mécaniques, j’aspire
maintenant à une place honnête dans cette société malhonnête. Je ne crois pas en dieu
et je suis plutôt jolie : visage de fille sage, poitrine de gourgandine et des fesses
d’hôtesse. Je compte bien mettre mes avantages en avant demain matin. A chaque
entretien c’est la même histoire, même si des femmes sont dans le jury : les mecs
évaluent d’entrée le physique, et sans adopter un look de putain, je sais bien qu’un
décolleté discret peut me faire gagner dix points au final. C’est injuste, mais c’est
comme ça, et demain je ne serai pas seule sur les rangs.
Je suis toujours en transition, à l’essai dans ce monde de cinglés. J’aimerais bien
qu’on me montre le sens de rotation de la terre, qu’on m’indique le chemin jusqu’à ce
garçon qui me trotte dans la tête depuis déjà trois mois, aussi qu’on me prenne dans
les bras.
J’ai commencé à me masturber assez tard si j’en crois mes copines. J’étais en 5è,
voyage scolaire à Londres et sur le trajet de retour du bus, je m’étais retrouvée assise
à côté de Virginie, une copine délurée : elle avait déjà couché avec un garçon ! A un
moment donné, sur la dernière partie du trajet, la conversation a tourné plus intime,
elle était très surprise que je n’utilise pas plus mes doigts pour me toucher, moi qui
avais pris l’habitude de me frotter l’oreiller entre les jambes. Cette nuit-là, on est
rentré vers minuit mais j’ai joué la fille laminée par le trajet pour éviter les questions
de ma mère sur le déroulement de la journée. Je ne pensais qu’à une chose : essayer
ces mouvements décrits par ma camarade. A peine sous les draps j’ai enlevé ma
chemise de nuit pour être plus à l’aise et j’ai introduit mon majeur dans le vagin. Je
mouillais depuis déjà un bon moment par anticipation, c’était tout glissant. J’ai
accompagné le va-et-vient d’un deuxième doigt, ça commençait à monter. Je sentais
un bien-être m’envahir, j’avais chaud. J’ai alors expérimenté ce que j’avais
scrupuleusement enregistré des indications de ma copine : je suis remontée vers mon
clitoris et j’ai tourné autour. Je retenais mes plaintes, je n’en revenais pas de cette
mécanique, ce jouet prodigieux. C’est devenu une habitude, une consolation, un vrai
plaisir, et j’avais été dédouanée de la culpabilité de la pratique par cette conversation,
je ne remercierai jamais assez Virginie de m’avoir affranchie. Elle a eu un drôle de
parcours, cette fille, je l’ai recroisée plus tard après les années de fac et elle m’a
raconté son calvaire.
C’est un peu plus tard que j’ai goûté au miel de mon sexe, par curiosité parce que
ça me dégoutait de prime abord. J’ai beaucoup aimé et ai pris un malin plaisir depuis
à le faire goûter à mes partenaires. Ca ne s’improvise pas la masturbation, la
découverte de son corps. Au fur et à mesure on explore les sensations des mains et de
la bouche, les caresses sur les seins, les frôlements qu’on imagine être ceux d’un
garçon. On fait durer, on goûte, on sent.
Peut-être deux ans après cette découverte digitale, je jouais par hasard avec un
feutre. J’étais bien excitée, un grand brun vissé dans le crâne. Ca s’est fait tout
naturellement, quasiment sans que je m’en rende compte je suis allée balader le feutre
autour de l’anus, puis le glisser à l ‘intérieur après avoir humecté l’orifice. Nouvelles
sensations, c’était bizarre j’avais l’impression d’un truc interdit, je m’en souviendrais
plus tard pour ma première enculade.
Au lycée j’étais plutôt sage par rapport à ce que racontaient certaines, ou ce qu’on
en racontait. Deux petits copains pendant ces années-là, roulages de pelles et
pelotages avec le premier, on s’est retrouvés dans un lit avec Guillaume, le second.
On avait profité du jeudi après-midi où on quittait à 15h30, un mois de mai bien
chaud. Mon premier torse (sans poils !), mon premier dos masculin, le premier à qui
j’ai montré mes seins, mes fesses. Après d’interminables préliminaires, aucun des
deux ne se décidant à se déshabiller, on a fini par se retrouver nus on a touché nos
sexes très maladroitement et je l’ai sucé. C’était étrange, tout chaud tout dur, il a vite
éjaculé. Après ça on était gênés la relation n’a plus été la même.
En bon ado bien renseigné ayant un accès à internet et des copains aussi cons que
lui, mon frère avais une collection étoffée de films de cul, variant selon ses
fantasmes, dieu merci je ne suis jamais tombée sur un « La vieille se tape des petits
jeunes » ou une série de gang-bangs et autres horreurs. Grâce au Michel-Edouard
Leclerc du X français, l’incontournable Marc Dorcel, j’ai pu découvrir une collection
de stars aux noms tous plus prometteurs les uns que les autres. Et ainsi apprendre
nombre de positions improbables, certaines très excitantes, d’autres plus
acrobatiques. A force d’observation, j’ai pu développer sur deux doigts une technique
de pipe efficace et aussi ça m’a donné envie de coucher avec une fille.
J’ai revu Guillaume durant l’année. C’était assez compliqué, il n’y avait pas encore
les mails et je devais lui faire un peu peur. Je crois qu’il était amoureux d’une copine.
Il ne me l’a jamais dit mais je n’étais pas jalouse, plutôt très curieuse après la
première expérience. Je prenais toujours l’initiative. On a profité du 11 novembre
pour se retrouver chez lui, on avait réussi à zapper les réunions de famille. Et là…j’ai
pu expérimenter ma technique de pipe ! Après nous être chauffés sans encore nous
déshabiller, on s’est dirigés vers le lit. Je me souviens lui avoir demandé de
s’allonger, j’avais une surprise pour lui. Je la lui ai joué classe, comme dans les films
: je lui ai retiré son pantalon, j’ai bien pris le temps de l’embrasser en lui massant
doucement le paquet par dessus le caleçon. Il ne disait rien. J’ai commencé à passer
mes doigts dans le caleçon, le sperme coulait, il était à point ; j’ai enlevé le caleçon,
suis retournée un peu l’embrasser en le touchant légèrement, et puis je suis descendue
sur son ventre, et un peu plus bas. C’est plus tard que j’ai appris à organiser des
variations mais là j’ai tout de suite pris son gland dans la bouche et j’ai commencé
des aller-retours, rapides, et évidemment ça n’a pas traîné : j’ai senti sa queue se
contracter et il a éjaculé dans ma bouche. J’étais tellement surprise que je me suis
écartée, j’en ai eu dans les cheveux.
Je suis passée à la salle de bain et suis retournée le rejoindre sous les couvertures.
Un peu plus tard on a vraiment fait l’amour, même si c’était assez bref, vu nos états
d’excitation. Mais j’étais contente, j’avais fait ma première « vraie pipe », avant ça ne
comptait pas, c’était du n’importe quoi.
J’ai eu de la chance avec Guillaume, il était gentil, ouvert, pas super doué pour le
sexe mais plein de bonne volonté, et somme toute on a découvert ensemble nos corps
et notre sexualité en bonne intelligence. On s’est perdus de vu après l’été,
déménageant chacun de nos côtés dans des villes différentes. J’ai eu de ses nouvelles
l’an dernier, il est marié, père d’une petite fille et…facteur.
Le bac, donc. Passé sans éclats, mais honnêtement. J’ai toujours eu une nature
dilettante qui m’empêche de me consacrer pleinement à mes sujets. Comme s’il me
fallait régulièrement une incitation, une carotte. Aquoibonisme, je connais.
Après le bac, la grande ville. Sans trop réfléchir j’ai suivi les conseils des profs et
je suis rentrée en fac de lettres modernes. Camille, une amie de Guillaume, avait
choisi l’espagnol dans la même fac ; on a trouvé un F3 en colocation, très bien situé,
chacune sa chambre et pas trop loin des cours.
On s’est données quelques règles de conduite, on nous avait dit que c’était
important lorsqu’on démarrait une colocation. Pas trop d’alcool, par exemple. Il faut
dire que je méfiais, sachant pertinemment avoir des prédispositions : mon père avait
de gros problèmes avec la bouteille, ça faisait longtemps qu’on se battait avec lui
pour le faire arrêter et mon frère l’a supporté plus durement, étant resté dans la même
ville. Rien à faire, c’était se battre contre un mur en parpaing. Seul un retrait de
permis de deux ans avait mis un coup d’arrêt à sa consommation : il était devenu
dépendant de sa copine pour ses déplacements…il n’avait pas aimé. Il aurait pu se
tuer quinze fois au volant, il nous a fait souffrir mais seules les injonctions judiciaires
l’auront raisonné, sans qu’il arrête totalement.
Il y a eu autre chose, un drame qu’on s’est pris en pleine gueule juste avant de
rentrer en fac avec Camille. Une de nos amies s’est tuée en voiture : quinze jours de
permis, un dépassement en côte, et un camion en face. Jusque-là on se croyait
immortelles. On est tellement idiotes, on ne pense pas à la mort à 18 ans, c’est cette
insouciance incroyable qui fait faire des conneries incroyables et réussir des paris
incroyables. On a beaucoup pleuré, on a encaissé, on a grandi un peu.
Cette fille était vierge. Plutôt jolie mais très sauvage, on l’avait toujours vu
esquiver les prétendants. C’était pas possible, c’était pas croyable, de mourir vierge à
18 ans.
Alors l’alcool, on a tacitement évité d’en avoir trop à l’appartement, et puis les
joints déjà ça aérait pas mal le ciboulot, Camille avait rapidement trouvé un dealer
qui nous fournissait une herbe de première qualité.
On a dû vouloir conjurer ce coup du sort, cette disparition brutale. On était adultes,
responsables, on avait le droit d’avoir envie des garçons. Forcément en fac de lettres
on a du temps, à 18 ans on a le sang bouillant, donc là on s’est un peu lâchées avec
les mecs.
On n’était pas installées depuis 15 jours que Camille m’a emmenée à un gala d’une
école de commerce, un ami lui avait donné deux cartons d’invitation. On s’était un
peu habillées mais on se sentait décalées avec toutes ces filles en tailleur et ces mecs
en costard. Plusieurs salles se répartissaient autour d’un patio central, déclinant
chacune une ambiance : 70’s, techno, rock’n’roll, boîte de nuit, afro-funk. On a pris
quelques verres (tout de même, pas nonnes non plus), papillonné, pris la température
des différentes salles, au final on a préféré l’afro-funk. Le DJ balançait des grooves à
tour de bras, on faisait les folles sur la piste. Il y avait ce type qui me matait depuis un
bout de temps, un blond quasi typé surfeur, pas du tout mon style mais j’avais faim de
sexe. Il dansait pas mal, il était bien foutu. Je me suis décidée, je suis allée danser
près de lui. Rapidement nos corps ont ondulé en cadence, il avait une odeur forte qui
faisait danser la samba à mes neurones. On a enchaîné les funks et puis on est sortis
de la salle pour faire une pause et boire un verre. Il était étudiant en sport (pas loupé)
et il s’exprimait plutôt bien pour un type qui fait…des études de sport ! On s’est
baladés autour du patio et au fond d’un couloir on a aperçu du monde, de l’agitation.
Le petit amphithéâtre pouvait contenir une quarantaine de places, mais là il devait y
avoir environ 20-25 personnes, pas mal amochées par l’alcool et les joints pour la
plupart. Il n’y avait pas encore les restrictions sur le tabac dans les lieux publics,
beaucoup fumaient et ça donnait une atmosphère très spéciale avec cette lumière
voilée diffusée par de petites lampes violettes. Tous les regards étaient dirigés vers le
milieu de l’amphi, et je n’ai jamais oublié la scène qui se révéla à mon regard ébahi :
trois filles étaient en train de sucer en cadence trois mecs qui buvaient et fumaient.
Comme les autres, nous étions hypnotisés. A un moment, on a entendu de légers
éclats de jouissance, des rires claquants, et de nouveaux garçons sont venu se
positionner pour se faire sucer. Il y avait quelque chose de religieux dans cette
cérémonie, comme un rite de passage. Je n’ai jamais su si cela faisait partie d’un
rituel de bizutage de l’école mais le sourire diabolique qui illuminait le visage d’une
ces filles lorsqu’elle a eu « fini » son gars m’a électrisée. On était plutôt gênés avec
mon surfeur, on s’est arrachés à l’addiction de cette vision pour retourner danser.
Camille avait disparu, en fait elle était rentrée. Après une nouvelle demi-heure de
déhanchements et frottements de nos corps, on était hors d’haleine. Minaudant, je lui
ai susurré à l’oreille : « Dis Romain, tu m’emmènes chez toi ? ».
Il m’a emmenée chez lui.
Et là, comme dans les films : à peine rentrés dans l’appartement il m’a plaquée
contre le mur, m’a dévorée les lèvres et baladé ses mains sur tout mon corps. On s’est
vite retrouvés à poil et au lit. Pas de tralala, il m’a clouée au matelas et m’a pilonnée
méthodiquement. Il me murmurait des mots sensuels à l’oreille tout en ondulant du
bassin. J’étais béate, béante, comme un christ offert aux dieux du plaisir, j’avais
perdu tout esprit d’initiative. Après vingt bonnes minutes de ce traitement, il m’a
retournée sur le ventre…ma première levrette. Aussi bizarre que ça puisse paraître, la
première fois qu’on me prenait par derrière. J’ai adoré, je l’accompagnais dans le
mouvement, je me faisais baiser comme une reine. On a dormi profondément après
ces exercices sensuels.
Le lendemain matin ç’a été le feu d’artifice, ce mec baisait comme un dieu. Il a
commencé par me couvrir le corps de baisers et m’a prodiguée un cunnilingus
phénoménal, ça n’en finissait pas, il introduisait sa langue juteuse partout, il m’a
travaillée jusqu’à ce que j’explose en mille morceaux. J’ai compris alors que le plaisir
que je ressentais auparavant n’étais pas complet, là je tenais un véritable orgasme,
Romain me faisait littéralement grimper aux rideaux. Après ça il a fait de moi ce qu’il
voulait : on a passé la journée à varier les positions et à parcourir nos corps. Je me
doutais bien qu’il devait y avoir des garçons plus affolants que Guillaume, là j’avais
décroché un numéro exceptionnel.
J’ai appris beaucoup de choses avec lui, sur les rythmes de baise notamment,
comment il est important de se ménager des pauses, des accélérations, des transitions.
Il avait un truc qui me rendait absolument dingue : après un bon quart d’heure de
pénétration, il avait l’habitude de ralentir ses mouvements, puis de sortir sa queue de
mon vagin, la laisser se rafraîchir au bord de mes lèvres, promener le gland tout le
long de la vulve, exciter mon bouton, et retourner dans mon chaudron avide. Une
fois, deux fois, trois fois, parfois il restait longtemps à faire baver son sexe autour du
mien, me caressant et me léchant. Ca me conduisait très souvent à l’orgasme, il me
laissait pantelante, reconnaissante.
Autre ruse : après une bonne séance de pénétration, sans orgasme, il se dégageait et
s’allongeait à côté de moi : on calmait nos sens deux minutes, sans parole,
contemplant nos corps, puis on se branlait doucement mutuellement, pour relancer
ensuite les débats. Ou alors il venait s’installer à l’envers au-dessus de moi et on
régalait nos sexes de nos langues. Echauffés par la pénétration, ils connaissaient un
plaisir plus doux, et un orgasme plus long et diffus.
On s’est tout de suite vus très régulièrement, on restait au maximum 48 heures loin
de l’autre. Dès que j’étais proche de lui, j’avais envie de sa peau, de son corps, on
baisait tout le temps. Je me sentais juvénile à ses côtés : déjà il avait trois ans de plus
que moi et j’arborais un authentique look néo-bab qui faisait très jeune par rapport à
lui. Quelle cruche quand j’y repense, avec mes converses délavées, mes pulls
distendus et cet éternel keffieh que je portais jour et nuit ! Lui mettait souvent des
vêtements de sport, évidemment, et j’aimais beaucoup ses caleçons ajustés. Dès qu’il
était en caleçon je n’avais qu’une envie, miam, lui enlever ! J’aimais bien lui palper
le paquet à travers le tissu, soupeser ses bourses, voir sa queue se redresser
doucement, le sperme tâcher lentement le caleçon. Vingt centimètres de plus que moi,
un corps noueux, musculeux, entretenu, des abdos de compétition et des épaules de
champion, tout ça pour moi toute seule et le plus beau c’était sa queue plutôt
impressionnante. Je n’avais jamais eu de sexe si beau en moi. Je n’arrivais pas à le
prendre en bouche entièrement ; mon vagin se débrouillait mieux, il se régalait de ses
explorations.
Romain c’était une belle histoire et forcément ça n’a pas duré. Je le sentais plus
distant à la fin de l’hiver, moins appliqué au lit, dilettante. A la mi-mars Camille a
tenu à me parler : elle l’avait aperçu avec une blonde, le contexte était apparemment
sans équivoque. J’en ai parlé à Romain, il a d’abord prétendu que c’était une amie,
rien d’autre. Je l’ai harcelé je lui ai fait une scène, il a fini par avouer qu’il me
trompait. Il avait rencontré cette pétasse à un cours commun, et ça s’était fait. Selon
lui, c’est elle qui l’avait allumé. Ben voyons.
Pleurs, déchirement, confusion, je suis rentrée à l’appartement et Camille a ramassé
les morceaux, et moi une cuite carabinée. J’ai compris ce jour-là que les hommes sont
pour la plupart des pleutres, qu’ils ont du mal à assumer leurs désirs et qu’ils pensent
avec leur bite.
Ca m’a vaccinée pour quelques mois, c’est très bien tombé pour réviser mes cours,
commencer à travailler, décrocher l’essentiel de mes UV et prendre un peu
d’indépendance financière. Ma mère avait été claire : elle m’aidait les six premiers
mois, ensuite je devais me débrouiller. C’est comme ça que j’ai commencé à
travailler au McDo.
Le McDo. Pas mon premier boulot puisque j’accompagnais régulièrement des
groupes de gamins l’été au centre aéré. Mais là, premier vrai contact avec le monde
professionnel et la dureté d’un travail répétitif, peu gratifiant et payé au SMIC.
C’est de l’exploitation légale. Disons qu’il n’y a pas trop de place pour le dialogue
: si on te dit de faire un truc, tu le fais, point, tu t’exécutes. Ca m’a un peu chiffonnée
d’être traitée comme une merde au départ mais si on tient au-delà d’un mois on
trouve sa place, et pour les horaires c’était plutôt souple, sauf les week-ends…
Jusque-là je ne m’intéressais pas aux syndicats, aux revendications, c’était obscur
pour moi. Lorsque papa était encore à la maison, il parlait souvent politique et
syndicats avec ma mère. Elle était plus modérée mais tout de même syndiquée aussi,
n’hésitait d’ailleurs pas à accompagner ses collègues institutrices lorsqu’elles
descendaient manifester. Je me souviens encore des manifestations de 1994 pour
l’école laïque, elle était bien en colère à ce moment-là. Ca m’avait toujours paru
extrêmement sérieux et compliqué tous ces sigles, ces termes barbares ; j’étais naïve,
comme d’habitude. Non le monde du travail n’est pas un beau navire qui vogue sur
une mer immaculée avec des passagers ravis et comblés. Je découvrais concrètement
ce qu’était un syndicat avec Myriam, elle se battait avec la CGT pour améliorer les
droits des exploités de McDo. En quelques mois j’ai compris pas mal de choses avec
elle lors des (courtes) pauses. Elle s’enflammait régulièrement, quel punch cette fille,
elle tenait tête aux managers encravatés ! Je ne me suis pas syndiquée cette année-là,
toutefois ça me tiendrait lieu de porte d’entrée au militantisme, le terrain était balisé.
On a investi nos économies dans un vol pour Barcelone, on y est restées quelques
jours à la mi-mars. On logeait dans une auberge de jeunesse du quartier gothique, ce
quartier typique devenu maintenant ultra-touristique. Là pour le coup c’est peut-être
« L’auberge espagnole » qui nous a guidées dans notre choix mais plus sûrement les
tarifs d’easyjet !
On était dans une piaule de quatre avec deux anglaises qui picolaient un maximum,
dès le matin après le petit-déjeuner, hallucinant ! On a rencontré d’autres françaises le
premier soir, des toulousaines qui nous ont entraînées dans une boîte rock. On s’est
amusées, on a taquiné deux-trois gars et puis on est rentrées, on était fatiguées. Le
lendemain grande ballade, la Sagrada Familia et le parc Güell, et on s’est posées sur
la plage de la Barceloneta pour bouquiner et souffler. On est revenues à l’auberge et
on y a croisé Wayne, un londonien qui semblait bien connaître la ville, il y venait
régulièrement, il avait des contacts dans l’audio-visuel. Dégaine branchouille, très
mignon, il était marrant et il bafouillait quelques mots d’un français de contrebande
qui nous a tout de suite charmées. Il nous a parlé d’un truc, une boîte de malades, un
endroit où ne rentrait pas comme ça et dont on se souviendrait longtemps. On a vite
décidé de le suivre.
C’était dans le quartier de l’Eixample, carrément rupin, on se demandait ce qu’on
fichait là. Wayne s’est signalé à une porte cochère avec son catalan rudimentaire, et
on est descendus par un escalier mal éclairé. Surprise, on arrivait sur un grand espace
bruyant : une piscine au milieu, des tables disséminées autour dans un joyeux bordel
et une faune bariolée qui discutait ou déjà dansait aux sons électroniques d’enceintes
minuscules et certainement très chères. Outre la nécessité d’être introduit, pas de
droit d’entrée, juste les consommations et les plats. Wayne a rejoint des amis catalans
à une table et nous a présentées. On se faisait corriger en catalan à chaque fois qu’on
parlait espagnol, à la longue c’était agaçant alors de plus en plus on parlait anglais.
Les joints tournaient allègrement, nos têtes commençaient à suivre le même
mouvement. Toute la table s’est levée et on est descendus plus bas vers les salles de
danse, enfin pas que de danse. Au sous-sol, un enchevêtrement de salles de
dimensions variables, murs épais et plafond bas. Partout musique forte, odeurs fortes
et sensations fortes. On nous a vite proposées de la coke, qu’on a gentiment déclinée.
Danse frénétique sur des pulsations nouvelles, des sons qu’on ne connaissait pas,
ouatés et remplis de basses. Après ces ondulations, Wayne a accompagné Camille,
j’ai suivi Jorge et on a parcouru séparément l’antre sexuelle, le coeur sauvage du lieu
: tout au fond trois salles étaient fermées par des rideaux. Derrière les rideaux, une
surface d’environ 40 m carrés remplie de coussins et une dizaine de personnes
occupées à baiser, sucer, lécher, enculer, à deux, à trois ou plus. Atmosphère de
bacchanale, des bouteilles de vin disposées régulièrement, des gens masqués, des
filles outrageusement fardées, et dans la troisième salle l’apothéose orgiaque : les
coussins remplacés par un immense lit carré aux bords relevés, uniformément rempli
d’une espèce d’huile sur le fond, pas excessivement mais juste assez pour enduire et
faire glisser les corps des protagonistes. Scènes formidablement sensuelles de ces
corps glissants les uns sur les autres, les uns dans les autres, ces sexes luisants, les
éjaculations amenant des teintes plus claires dans cette brillance sombre des peaux
cuivrées.
Après ça, il y avait d’autres petites salles, plutôt des alcôves pour deux personnes :
Wayne a entraîné Camille dans l’une d’elles, je suis allée avec Jorge dans une autre.
Mmmhh, c’était délicieux. On était carrément parties à ce moment-là et on a
expérimenté des sensations délicieuses, pimentées. Baiser avec un étranger dans une
ville étrangère, dans cette atmosphère de stupre insensé, on a pris un pied incroyable.
Peu de préliminaires, j’avais rapidement enfourché Jorge qui s’était montré très doux
et caressant, les lèvres gourmandes. Les substances aidant, ça a duré longtemps, je ne
voulais pas que ça s’arrête, je baignais dans un nuage de plaisir. J’ai crié, plusieurs
fois, c’était in-croy-able. Je ne me souviens pas du retour.
Le lendemain matin Wayne n’était plus à l’auberge. On s’en fichait, on avait passé
une nuit sidérante, on avait notre dose de sexe pour un petit moment. D’ailleurs on a
été très sage les deux jours suivants. Promenade, lecture, on regardait partir les ferries
on profitait du soleil de printemps de Barcelone.
Le retour à Orly a été sévère : décollage avec deux heures de retard, pluie et cinq
degrés de moins à l’arrivée. On a loupé notre train de retour, on a dû squatter chez
une amie à Paris et rentrer le lendemain.
La manif ! J’avais suivi quelques cortèges au lycée et lors des deux premières
années de fac, mais c’était plus pour le fun, pour être avec les copines, suivre le
mouvement, au fond je n’étais pas très impliquée. Là je découvrais un univers très
structuré, rempli de hiérarchies, de règles et de combats. Toutes les mouvances
étaient réunies au sein du cortège. Un véritable patchwork syndical, un arc-en-ciel du
militantisme : autonomes (des électrons libres), CNT, Sud, CGT, CFDT, FO, UNSA,
des sigles que j’apprendrais à identifier les mois suivants grâce à la patience de
Cécile. L’ambiance sous les drapeaux et banderoles de Sud m’a immédiatement
conquise, c’était bon enfant, tout le monde savait pourquoi il (elle) était là (sauf…moi
!), et on n’allait pas se laisser marcher sur les pieds, au propre comme au figuré.
Sirènes, mégaphones, une formidable joie de vivre se dégageait du cortège, ça me
changeait des lamentos de Camille. On s’est dispersés en fin d’après-midi et on a bu
un coup sur les boulevards.
Là j’ai rencontré des gens formidables, des vrais militants dévoués à la cause.
Anna, la meilleure amie de Cécile, était la plus radicale : encartée CNT, elle affichait
des positions anarchistes. Elle se faisait régulièrement charrier pour l’analogie
lexicale entre son prénom et ses convictions syndicales, mais elle savait renvoyer tout
le monde dans ses buts, elle avait un punch explosif.
Cécile m’a raccompagnée et on a mangé à l’appartement. Le vin aidant, on s’est
racontées nos histoires de cul. Elle m’a expliqué qu’elle trompait de temps en temps
son mari. Ils s’entendaient bien, sont toujours ensemble aux dernières nouvelles, mais
ils avaient décidé cette libéralité de se tromper lorsqu’ils en ressentaient le besoin.
Parfois c’était juste quand il la faisait chier, quand il était trop pénible. Alors elle
allait voir ailleurs. Parfois un militant Sud, parfois Anna avec qui elle aimait bien
finir certaines nuits…pendant que son mari gardait les enfants ! J’étais surprise, et
touchée qu’elle m’en dise autant.
A l’approche des vacances d’automne elle m’a invité chez eux pour une soirée
d’anniversaire. C’était chouette, beaucoup de militants avec leurs enfants, on
mangeait, on buvait, on dansait, on rigolait ! Les enfants sont allés se coucher et
malgré ça la musique continuait à pulser, c’était normal pour tout le monde. Manu
Chao, les Têtes Raides, Zebda, tous ces trucs festifs. Je me souviens avoir pas mal
dansé avec Thibault, militant chez Attac, il me plaisait bien, un brun à l’air malin.
Vers la fin de soirée j’étais grise et Cécile m’a raccompagnée chez moi. Elle m’a
déshabillée, m’a mise au lit, s’est déshabillée, s’est mise au lit. J’avais fantasmé ce
moment. Pas seulement avec Cécile et ce qu’elle m’avait raconté, mais bien des fois
auparavant. Les films de cul, d’abord, ça donne fichtrement envie, on aimerait bien
en faire autant. Des scènes saphiques dans des romans, également. Curieusement, ça
restait un tabou avec Camille. On se connaissait trop, depuis trop longtemps, on se
doutait que ç’aurait été une erreur. Même dans les moments où potentiellement on
aurait pu se rapprocher physiquement, ni l’une ni l’autre n’en a eu l’idée ou même
l’envie. Tabou.
Cécile m’offrait ce fantasme sur un plateau. Elle avait un joli visage, cheveux
courts et sourire enjôleur, un long corps effilé, avec des seins lourds, un tatouage
asiatique dans le dos. Je n’ai pas résisté longtemps à ses câlineries. J’étais
complètement envoûtée, j’avais l’impression d’avoir 16 ans. On a entendu Camille
rentrer dans la nuit avec un mec mais je m’en fichais complètement. Cécile a
commencé par me caresser le visage, tout en frottant doucement ses jambes contre les
miennes. Elle m’a longuement embrassée dans le cou, puis en remontant sur la joue,
le nez et enfin les lèvres. Elle les a doucement ouvertes avec sa langue et nos langues
se sont mêlées, son haleine poivrée m’étourdissait. Elle est montée sur moi à
califourchon, a commencé à me caresser les seins avec ses mains, puis à me lécher les
tétons, à tourner autour des aréoles avec sa langue. Simultanément, sa main gauche
était descendue et me harcelait la chatte, la frôlait, la touchait, s’éloignait. Elle a fini
par poser son index à la base de ma vulve et l’a littéralement ouverte avec son doigt,
glissant le long de ma fente humide. Je dégoulinais de délice. Un deuxième doigt a
accompagné le premier pour opérer des aller-retours du clitoris au périnée, ouvrant
encore plus mon sexe. J’ai failli jouir à ce moment.
Elle est descendue s’installer entre mes jambes et m’a laissé souffler avant la suite :
elle observait ma chatte dans la pénombre, je sentais son souffle l’agacer, elle
rapprochait de plus en plus sa bouche de mon sexe. J’ai senti le bout de sa langue
chaude caresser mon clitoris, le titiller tout doucement. Mes halètements
l’encourageaient, je me sentais partir, j’étais divinement bien. Sa langue a
soudainement exploré tout mon sillon, une onde délicieuse m’a parcourue et a
soulevé mon bassin. Elle recommençait, léchant franchement mon sexe sur toute sa
hauteur, finissant par dévorer mon bouton, plus rapidement, plus vivement. J’ai
explosé, une intense vague de plaisir s’est diffusée dans mon corps en lévitation,
j’étais anéantie de volupté.
Quelques minutes plus tard on a parlé à mi-mots, c’était très doux, elle ne voulait
pas me brusquer. Assises au milieu du lit, on se touchait les bras, elle était belle. Je
suis passée derrière elle pour commencer à lui rendre ses caresses, m’attardant sur ses
seins formidables qui remplissaient mes mains. Je n’en pouvais plus de les malaxer
en lui embrassant le cou. Je l’ai masturbée doucement à mon tour, elle gémissait, me
demandait de continuer. Ca m’excitait énormément, je mouillais à nouveau. Elle s’est
allongée et j’ai parcouru son corps de baisers, je découvrais son odeur musquée.
Enfin je me suis dirigée vers sa chatte, j’ai passé mes avant-bras sous ses cuisses pour
saisir ses fesses et je l’ai léchée abondamment. Je m’abreuvais à sa pêche, je
découvrais le miracle de donner du plaisir à une femme. Ca a duré longtemps, je
sentais vibrer son corps, je parcourais toute l’étendue de son sexe, en haut, en bas,
autour, à l’intérieur. Une odeur différente de la mienne, qui me tournait la tête. Elle a
joui en se cabrant et en râlant, j’ai rejoint ses bras.
Le lendemain matin je me suis réveillée avec une gêne, j’avais du mal à respirer :
j’avais le sexe de Cécile en travers de la figure, chaud et mouillé, et je sentais sa
langue s’activer autour de mon clitoris. Elle était venue se positionner tête-bêche au-
dessus de moi !Réveil délicieux, nous avons à nouveau dégusté nos miels et fait
fondre nos chairs, c’était prodigieux. On s’est pressées poisseuses sous la douche,
dont on a failli exploser la vitre, la pauvre douche n’avait jamais vu autant de seins et
de fesses se loger sous son jet.
Le petit déjeuner a été plus délicat. La tête de Camille quand elle m’a vue sortir de
la salle de bain avec Cécile ! Elle a piqué un fard énorme, de mon côté j’étais rouge
comme une pivoine. Camille avait commencé à préparer un café mais elle est
retournée dans sa chambre. On a déjeuné rapidement, on est descendues et…on s’est
fait la bise comme deux vieilles copines. Un dernier sourire plein de soleil et Cécile
est montée dans son break rejoindre sa petite famille. Je suis partie en ville me
prendre un café, j’avais un bon bouquin pour la journée.
Le lundi a été tout à fait normal, rien dans nos attitudes ne trahissait ce
rapprochement physique et spontané. On était plus proches, plus complices, bien sûr,
et on allait s’autoriser ces récréations sexuelles régulièrement. J’étais désormais
syndiquée à Sud, je participais aux réunions et aux collages d’affiches. Les collages
étaient parfois sportifs : entre organisations syndicales ou partis politiques c’était la
course à qui recouvrait les affiches des autres, pas de quartier et c’était quelquefois à
la limite de la castagne.
Sinon je découvrais des règles assez strictes et aussi une orthodoxie surprenante,
des comportements normés par la communauté, c’est ce qui a fini plus tard par me
lasser. Ce que j’avais beaucoup de mal à comprendre, c’était cette manie des
organisations syndicales à se mettre des bâtons dans les roues, alors qu’elles auraient
dû lutter toutes ensemble. Ensemble, c’est tout.
Naïve erreur. Les soubresauts historiques des luttes avaient créé des lignes bien
distinctes, aux rhétoriques bien différentes. Un trotskiste n’avait pas la même vision
qu’un marxiste, un anarcho-syndicaliste présentait encore une autre forme de pensée.
Il faut avouer que j’étais presque effrayée par le dogmatisme de ces militants hard-
core. Pourtant ils ne tentaient que vaguement de convaincre de rejoindre leur
chapelle, à la différence des rares connards d’extrême-droite que j’ai croisés depuis.
Je préférais les alter-mondialistes, il faut dire qu’ils avaient de plus en plus de
visibilité, c’était presque à la mode d’être alter à ce moment-là. Il y avait une grande
perméabilité des milieux et on croisait régulièrement tous ces gens dans les manifs ou
les rassemblements.
Au début de l’année suivante on a entendu parler du projet de loi autour du CPE.
Les appareils syndicaux ont commencé à se mobiliser. C’était excitant, on sentait
monter la pression, les réunions se succédaient, ainsi que les journées de grève. A la
manifestation la plus importante, j’ai croisé Myriam ! Plus que jamais à la CGT, elle
travaillait maintenant dans une brasserie du centre, toujours aussi acharnée et ravie de
me revoir.
Finalement Villepin a dû baisser la garde sous la pression sociale. C’avait un
parfum de victoire, mais en même temps la lutte continuait, il y aurait d’autres lois,
d’autres acquis à défendre, rien n’est jamais terminé dans les combats sociaux.
Avec le temps, je me rendais compte que ça baisait beaucoup dans les milieux
militants, dans toutes les factions et dans tous les sens. Après une des manifestations
on est allées chez Anna avec Cécile. Elle vivait seule avec son chat (…noir !), dans
une petite maison sur deux étages, et une bibliothèque remplie à ras bord d’écrits
politiques et de romans. On avait déjà bu deux bières en sortant du cortège, elle nous
a préparé une tarte salée et a sorti une bonne bouteille de vin. Un peu de fromage,
deux bons joints, et nous étions chaudes pour épicer la discussion.
Anna surjouait la fille blasée par les mecs, qu’elle prenait comme elle jetait, au
fond elle semblait surtout malheureuse et seule ; elle nous a parlé des performances
de ses deux derniers amants, je crois n’avoir jamais ri autant de ma vie. Le premier
éjaculait prématurément. Ca ne l’avait pas empêché d’avoir deux enfants et de
tromper allègrement sa femme…il soignait le mal par le mal. Il était plutôt correct
selon Anna, mais pas moyen d’avoir un rapport complet : à peine commençait-il à la
pénétrer qu’il éjaculait. Parfois même dans le caleçon s’il était trop excité ou
qu’Anna était trop convaincante dans ses préliminaires. Pfft, quelques jets et c’était
terminé.
Le deuxième gars voulait tout le temps la sodomiser. Pour le reste il se débrouillait
à peu près correctement mais il persistait à vouloir éjaculer dans son cul. Il la prenait
souvent en levrette, évidemment, et à l’approche de la jouissance il préparait l’anus
d’Anna avec un ou deux doigts humide de salive et paf, il l’enculait sans préavis.
Anna ne raffolait pas de la sodomie, elle avait supporté ce qu’elle avait pu mais avec
son caractère ça n’avait pas duré, encore moins qu’avec l’autre. Anna a tenté de lui
demander pourquoi il avait cette obsession mais il ne lui a pas donné de réponse,
homosexualité refoulée ? En tout cas ça me donnait chaud, ces discussions, Cécile a
également raconté sa dernière aventure avec un professeur de français du collège,
avec force détails et encore une fois il était question de sodomie. Je me suis dit qu’il
faudrait que j’essaie.
La fin de soirée est embrumée dans mon souvenir. Une atmosphère chargée, la tête
pleine de tous ces sexes pénétrant et ces langues virevoltantes, des regards
équivoques d’Anna. Cécile a annoncé qu’elle allait rester dormir ici, légèrement, sans
me regarder. Et moi, une frousse pas possible, une drôle de sensation, comme
tétanisée dans le canapé. J’ai plié bagage un peu plus tard, rentrant à pied. J’ai
imaginé des tas de fois ce qui aurait pu se passer si j’avais eu le cran de demander
aussi à rester dormir ici.
Je me suis masturbée intensément en rentrant à l’appartement, et je me suis souvent
masturbée et me masturbe encore en fantasmant sur cette non-nuit, cette occasion
manquée d’un ballet de corps enchevêtrés, lèvres sur sexes, culs sur ventres, bouches
remplies de peau, de lèvres, de mamelons, explosions sensuelles sans fin.
Ou alors on aurait dormi sans que rien ne se passe de sexuel. Tout simplement.
Depuis quelques temps on se cherchait avec Thibault. De réunion en
manifestation, je crois bien que je commençais à tomber amoureuse. En fac d’éco,
militant à Attac, il avait un charisme étonnant, exalté par une réelle éloquence dans le
discours et un physique de bellâtre brun de 25 ans. Au début il m’avait agacée,
ensuite étonnée, enfin je le voulais dans mon lit, bien que Cécile m’ait dit qu’il fallait
se méfier de lui, il traînait une réputation sulfureuse.
Un aréopage de gazelles toutes plus bigarrées les unes que les autres lui
tournait autour. C’était intimidant et excitant, la chasse était ouverte, je préparais mes
meilleurs coups. Je discutais avec lui dès que je pouvais en fin de réunion, le plus
adroitement possible, veillant toujours à être sexy et élégante. J’étais plus souvent en
jupe, je soignais mes passements de jambes et multipliais les décolletés. Un dimanche
de mars Cécile m’a appelée. Thibault était chez elle, ils préparaient une déclaration
pour une action commune et ils avaient besoin d’aide, et puis aussi il y avait du
gâteau à finir ! Je les ai rejoints du plus vite que j’ai pu, pestant contre les horaires
dominicaux des bus et on a travaillé le texte. J’étais fébrile, Thibault semblait fatigué,
à moitié décoiffé il était encore plus beau que d’habitude. En une heure la rédaction
du document était terminée, on pouvait l’envoyer au marbre.
Fort naturellement, le sieur Thibault a offert de me raccompagner, oh joie. Une fois
en voiture il m’a proposée qu’on aille se balader sur les bords du fleuve, tu parles que
j’ai dit non. Et voilà, yes, j’étais en sa compagnie sur le chemin détrempé, et même le
soleil arrivait pour réchauffer la fin de journée. C’était romantique, on a papoté
pendant des heures, tantôt marchant, tantôt assis sur un banc. Il m’a ramenée à
l’appartement on a échangé nos numéros. Je n’ai pas pu résister, je l’ai appelé le
mardi et le soir même on allait au ciné. « 2046 », de Wong Kar-Wai, ça collait
parfaitement avec le moment. Ca y est, j’étais amoureuse, j’avais tous les signes : je
pouffais comme une dinde, j’arborais un sourire niais, je pensais à Thibault environ
258 fois par jour, j’étais mûre. Il n’a eu qu’à presser doucement pour faire tomber la
pomme Julie : c’est cliché…il m’a embrassée à la fin du film. On est allés boire un
verre, et même deux. Il avait une réunion le mercredi, il m’a invitée chez lui le jour
suivant. Je me souviens lui avoir apporté des bières belges.
Déjà j’ai appris à branler un mec. Après cette séance d’onanisme concerté, un soir
où on était tranquille, il a décidé de me montrer comment il procédait : il a soulevé le
drap et a entrepris de me révéler ses techniques. Il a commencé avec trois doigts,
pouce en dessous, ça c’est ce que je faisais habituellement. Il me montrait comment
bien remonter le prépuce vers le haut du gland en pressant légèrement et ainsi faire
sortir doucement le sperme, qu’il goûtait ensuite de son doigt. Puis il a dégagé les
poils du bas du membre et il a empoigné de sa main entière tout le corps de son pénis,
comme un micro. Je sentais à son souffle que ça faisait plus d’effet, il commençait
clairement à se faire beaucoup de bien. Il a continué lentement pendant un bon
moment, serrant vigoureusement son membre. Il se tortillait de plaisir, grognant. Moi
aussi à côté, qui regardais fascinée, je commençais à mouiller sérieusement. Il arrêtait
parfois le mouvement pour goûter ou me faire goûter le sperme qui perlait au bout du
gland, ou l’utilisant pour tapisser la surface du gland et faciliter le mouvement du
prépuce. Il entourait aussi ses couilles de sa main libre pour les masser et augmenter
son plaisir.
Enfin il a accéléré le branle de sa main, ça devenait très rapide, il transpirait, son
bassin ondulait comme s’il me pénétrait et il a fini par envoyer son sperme, s’en
tapissant le ventre et un peu le visage. Wouh, quel exercice ! J’avais bien observé tout
le déroulé, désormais j’étais prête à l’empoigner plus fermement.
Thibault a souhaité que je porte des dessous plus sexe. J’ai commencé à mettre des
bas résilles pour lui, un porte-jarretelles et des culottes et soutien-gorges de plus en
plus échancrés. Pas de string, aucun de nous deux n’appréciait cette ficelle, qui est à
l’érotisme ce que la nouvelle cuisine est à la gastronomie. Toute cette lingerie
m’excitait. Ca m’excitait de les mettre, rien que les textures et les dessins de certains
tissus portaient en eux toute une charge de stupre, et ça m’excitait de faire bander
Thibault en prolongeant les préliminaires. Une des premières fois il a éjaculé à peine
entré dans mon vagin, le frottement des bas résilles sur ses cuisses l’avait
complètement chamboulé.
Cette fois-là je l’ai poussé gentiment sur le côté et j’ai entrepris de me caresser
pour aller à l’orgasme. J’ai d’abord introduit deux doigts dans un vagin qui exsudait
le sperme, ça facilitait drôlement le mouvement. Je suis remontée ensuite pour
m’occuper du clitoris, je commençais à ressentir les prémices du plaisir à venir. J’ai
pris beaucoup de soin à promener mes mains sur mes cuisses gainées, tachant le tissu
noir. Thibault est venu m’aider, il m’a léchée généreusement, j’ai déclenché
l’orgasme en flattant à nouveau mon clitoris.
La lingerie nous autorisait beaucoup de nouveaux jeux, de nouvelles danses des
corps, des chorégraphies savantes de chairs, d’étoffes, de souffles, de draps et de
fluides.
Vers le milieu de l’été Thibault a reçu la visite d’un vieil ami. Alex, un type
charmant. Installé à Paris, un bon job dans la communication, il traînait une
désinvolture de poseur et un peu trop d’idées arrêtées. Il me charmait gentiment, nous
parlait de ses problèmes parisiens, de ses amoureuses et détaillait l’architecture des
bâtiments de la ville. Il donnait l’impression de connaître toutes les époques, tous les
styles, c’était stupéfiant. On faisait de longues balades dans les rues désertées en
s’arrêtant boire café ici, bière là ou manger un bout. Camille était partie en
Allemagne, j’ai proposé qu’on s’installe à l’appartement.
Alex a occupé la chambre de Camille. On se levait généralement vers dix heures,
on déjeunait à onze, on attrapait un sandwich un peu plus tard et l’apéro du soir
sonnait à chaque fois le début de libations abondantes. Disons qu’on picolait par mal,
pour faire court. Un de ces soirs-là, on avait jeté notre dévolu sur une pizzeria du
centre, on avait bien apprécié le lambrusco du patron, je ne sais plus si on avait pris
deux ou trois bouteilles. Au retour on avait laissé Alex devant la télé et on était parti
se coucher. Je me suis levée un peu plus tard pour aller aux toilettes. Alex ne m’avait
pas entendu ouvrir la porte, j’ai dû traverser la pièce pour rejoindre les gogues…et là
il avait les jambes légèrement écartées sur le canapé, le jean baissé, il était en train de
se masturber en regardant un de ces vagues films érotico-bidons d’M6. Passablement
gêné, il a vite remballé ses outils et je suis allée me soulager. Mais ça m’avait
diablement troublée. J’étais à moitié pétée avec le vin, nous l’étions tous ce soir-là, et
ça a déclenché une valse incontrôlée.
Je suis allée m’asseoir à côté de lui sur le canapé, curieusement le film passait
toujours à l’écran. Il avait mal refermé son jean, sa queue tendait son caleçon. Je l’ai
un peu charrié, et puis j’ai joué la fille compréhensive, tout le monde a ses besoins, il
faut soulager ses envies, etc… Et je me suis rendue compte que j’avais envie de
l’embrasser, et pas que de l’embrasser, ça montait irrésistiblement.
Je lui ai caressé la joue et me suis rapprochée de lui, il n’en menait pas large. J’ai
dégusté goulûment ses lèvres charnues et aussi j’ai fait descendre mes doigts le long
de sa poitrine. Je me foutais de savoir ce qui pouvait arriver. Thibault avait été
suffisamment clair à ce point, il était tolérant et réclamait lui-même la tolérance. J’ai
dégagé l’étoffe de son caleçon et j’ai entrepris de le branler, lentement mais
amplement. Il me pelotait avec une allégresse croissante, ayant vite soulevé ma
nuisette et explorant mon corps. Je l’ai entraîné dans la chambre de Camille. On a
retiré nos derniers effets et on s’est allongés. On s’embrassait en se branlant
méthodiquement, on faisait durer le plaisir. Et alors je suis passée sur lui, introduisant
en douceur son sexe dressé dans mon vagin trempé. Mmmhhh, c’était bon de sentir
une nouvelle queue dans mon ventre, j’avais l’impression qu’elle était plus grosse
que celle de Thibault, en tout cas elle était plus longue. Vissée à son sexe, je faisais
tourner mon bassin pour intensifier les ondes de plaisir.
C’est alors que je me suis rendu compte qu’il y avait une troisième personne dans
la chambre : Thibault nous regardait en se branlant posément. Il était assis par terre à
deux mètres de nous. Il a allumé la lampe de chevet et nous a demandé de continuer.
Visiblement ça lui plaisait, ça a augmenté également mon ardeur, je me déchaînais
sur la queue d’Alex. Tellement qu’il a joui assez vite, et s’est retiré, me laissant
pantelante. Mais Thibault était déjà à côté de moi, le sexe luisant et me caressant
partout. Son membre est rentré comme dans du beurre dans mon vagin rempli du
sperme frais d’Alex. Il m’a prise en levrette, tandis qu’Alex me caressait les seins. Et
là j’ai joui, j’ai crié, avant que Thibault ne m’inonde à son tour la chatte. C’était un
plaisir inouï, incroyable. Malgré tout Thibault et moi sommes retournés dans ma
chambre, nous étions chamboulés.
Le lendemain matin on a beaucoup parlé, mesurant ce que ça pouvait impliquer
dans nos échanges, évaluant l’impact psycho-affectif du mieux qu’on le pouvait. J’ai
appris que j’étais pucelle en la matière, puisque les deux compères avaient déjà
expérimenté les plans à trois, plus souvent à deux mecs d’ailleurs. Convenant que
tout était clair dans nos têtes, que nous étions adultes et consentants, nous avons
estimé qu’il serait de bon ton de réitérer l’expérience ! L’été et l’alcool sont les
meilleurs amis du sexe récréatif, nous étions chauds pour un nouveau tour de manège.
Ce soir-là, nous avons attaqué l’apéro chez le gallicien, bière et tapas, et puis une
salade rapide, nous étions pressés de rentrer à la maison. Alex a préparé un joint
d’une herbe délicieuse qu’il avait amenée, le rosé était au frais, je pouvais aller me
préparer.
J’ai passé ma robe la plus blanche, sous laquelle j’étais en porte-jarretelles et bas
résilles. Thibault a mis un vieux Marvin Gaye sur la platine, on a fermé les volets ce
qu’il fallait et j’ai commencé à danser. Le crépuscule tombait, je tournoyais lentement
sur mes talons hauts, chauffée par l’alcool et surexcitée par le libertinage à venir.
J’avais à mes pieds deux jeunes hommes bien chauds, que j’allais faire bander à mort.
Intenses instants de pression érotique, deux paires d’yeux braquées sur mon corps,
deux acolytes se consumant d’excitation pour ma silhouette mouvante entre les
volutes de fumée d’un joint explosif.
La robe n’a pas tenu longtemps, j’en rajoutais des tonnes pour les faire saliver. Le
fait qu’on ait bien mis les choses au point le matin m’autorisait à me lâcher, je
multipliais les regards suggestifs et les poses provocantes. J’ai fait tomber le
chemisier, je me suis rapprochée du canapé, continuant à onduler lentement entre
eux. Ils me caressaient les jambes, déjà les doigts couraient sur les coutures de mes
bas, sur mes fesses, sur mon ventre. Ma culotte se teintait d’une ombre coupable. Je
me suis dégagée pour reprendre la danse, j’avais de plus en plus envie d’aller au lit,
avec la lumière tombante la scène était fascinante. Je me suis dirigée vers la chambre,
les deux m’ont suivie. J’étais allongée au milieu du lit, ils sont venus de chaque côté,
Thibault caressant mes jambes et mon entre-jambe, Alex m’embrassant et me
caressant la poitrine. J’ai déboutonné Thibault, Alex a aussi enlevé son jean. J’ai posé
le crâne sur l’oreiller, ils sont remontés tous les deux d’un même mouvement et j’ai
mis chaque main dans un caleçon. Les deux gaillards étaient bien dressés, comme de
juste, c’était le moment idéal pour deux masturbations simultanées, inédit et très très
bandant, je commençais à avoir vraiment chaud. Nos regards en disaient longs sur la
volupté du moment, le sperme affleurait sur les glands. Au bout de quelques minutes
Alex a retiré mon soutien-gorge, dévorant mes seins, tandis que Thibault avait enlevé
ma culotte et me branlait très adroitement. Je mouillais, ils bandaient, nous étions
tous en orbite.
Alors a commencé le ballet des positions, à trois on peut mélanger les orifices et les
postures, nous avons été très inventifs. D’abord Thibault s’est placé entre mes jambes
pour un cunnilingus de préambule, délicieux. Il me léchait de haut en bas, à
l’intérieur, m’en faisait voir de toutes les couleurs, déchainé. Alex en a profité pour
venir se masturber entre mes seins, prolongeant à l’occasion la course de sa queue
jusque dans ma bouche, pour finalement l’y laisser. Je le suçais bien et profondément,
dégustant son gland épais. Après cette mise en bouche Thibault a rejoint Alex à la
tête du lit. Je les ai sucés et branlés chacun leur tour, je goûtais deux spermes
légèrement différents, préférant celui de mon mec. On a fait une pause en buvant du
vin. Alex s’est allongé, je suis allée m’empaler sur sa queue brûlante, suçant
paresseusement Thibault. A un moment j’en ai eu marre du porte-jarretelles ; je me
suis dégagée, j’ai retiré tout ce qui me couvrait encore, nous étions nus tous les trois.
J’étais allongée sur le côté, écarlate, reprenant mon souffle, taquinant le sexe d’Alex
de mes doigts. Il m’a pénétrée comme ça, et je sentais Thibault m’agacer les fesses, il
préparait mon anus pour la suite. Il nous a demandés de repasser en position
d’Andromaque. Je polissais la queue d’Alex qui me pétrissait les seins avec beaucoup
d’application et Thibault est venu doucement m’enculer par derrière. Ouuhhhh….
J’ai eu un peu de réticence à l’introduction, mais après les sensations ont été vraiment
fortes. Ils ne remuaient pas tout à fait en même temps, alternant en immobilisant
chacun son sexe dans l’orifice dédié. C’était fabuleux, ça a provoqué mon premier
orgasme et l’éjaculation de Thibault. Il s’est retiré et Alex a suivi peu après.
Nous étions exsangues, anéantis de plaisir. Un peu de vin nous a alanguis, Alex a
mis un CD d’électro salace, la douche nous a réveillés. Cette fois ils m’ont léchés à
deux pour commencer, et ça c’était prodigieux, j’ai eu un deuxième orgasme. Puis
Alex m’a prise en levrette pendant que je suçais Thibault, je sentais Alex exalté,
venant cogner contre mon cul, me baisant à fond, longtemps, passionnément. Il a
éjaculé à nouveau, s’écroulant contre mon dos. Thibault l’a relayé, toujours en
levrette, glissant facilement dans mon vagin lubrifié du sperme frais d’Alex. Alex me
regardait me faire baiser, m’embrassant fasciné, mon regard voilé de jouissance
puisant l’excitation dans son envoûtement. Je me suis branlée en même temps pour
déclencher le troisième orgasme, je touchais aux sommets de la jouissance. Cette fois
nous avons dormis dans le même lit, d’un sommeil sans nuages.
Je me suis réveillée en sentant quelque chose de mouillé harceler mon bas-ventre :
Alex était déjà à l’oeuvre, léchant mon sexe avec gourmandise. Je suis aller chercher
sa bouche pour goûter mon nectar et je l’ai entraîné dans un 69 par le côté. Thibault
dormait toujours. La suite fut classique, je me suis allongée pour laisser Alex me
pénétrer, mmhhh, longue pénétration dans un vagin aux abois, j’adorais sa longue
queue puissante. Il m’a tisonnée avec lenteur et mes gémissements ont fini par
réveiller Thibault qui a rapidement conduit sa verge à mes lèvres. Ca l’excitait
beaucoup de me voir prise par Alex et d’y prendre un plaisir fou, je n’ai pas eu de
mal à le faire éjaculer dans ma bouche. Alex s’est retiré de mon vagin, s’est mis à se
branler sur moi, me demandant aussi de me masturber. Je me suis exécutée et on a
joui de concert, lui sur mon ventre, moi le visage enfoui dans les cheveux de
Thibault. On s’est à moitié rendormis, sens dessus-dessous et les peaux reposées.
Après la douche on a déjeuné dans une hébétude ensoleillée, et puis Alex rentrait à
Paris, il a pris un train dans l’après-midi. J’ai préféré laisser Thibault le conduire à la
gare. Même si j’avais (encore alors) parfaite confiance en Thibault, j’étais secouée
par ces derniers jours de débauche. J’avais aimé le corps d’Alex, aimé l’embrasser, le
sucer et me faire baiser et je ne savais pas comment me juger : étais-je une folle du
cul, une chienne, ou seulement une jeune fille adulte qui profite de son corps par une
sexualité extravertie ? Cet été enivrant me réservait encore d’autres épreuves
sexuelles, la question restait en suspens.
Une semaine plus tard on partait dans le Languedoc. Les parents de Thibault
possédaient un petit appartement à Leucate, on allait pouvoir se la couler douce au
soleil.
Un petit appartement, en effet. A peine vingt mètres carrés, une kitchenette
minuscule et une salle de bain lilliputienne où le filet d’eau de la douche était souvent
capricieux. On n’avait pas trop envie de s’y poser. En général on descendait à la plage
le matin et on rentrait le soir. Repos total, parfois un tour au marché pour se mêler au
flot des touristes, acheter victuailles et vins locaux, et sinon lecture et baignade. Est
arrivée cette journée à la plage où on a reparlé de nos ébats avec Alex. Jusque-là on
avait été discret, par un accord commun tacite, mais je sentais Thibault curieux, de
mes impressions et de mes envies. Je lui ai communiqué mes interrogations, à quel
point j’étais troublée et hésitante moralement entre culpabilité et épanouissement. Il a
balayé ces questions d’un revers de manche, concédant toutefois que c’était normal
que ça me bouleverse. J’étais surprise mais à moitié seulement, je commençais à
cerner son égoïsme…clé de son hédonisme. Au contraire, il m’a encouragée à
continuer les expériences, arguant que ce qui était différent était justement plus
excitant. Fatiguée de ces arguments, je suis retournée à mon bouquin. J’étais en
pleine période Jim Harrison, « De Marquette à Veracruz » à ce moment-là.
Ce soir-là on a fait l’amour, c’était très sensuel, j’avais des flashs des moments
avec Alex qui me vrillaient la cervelle. Ensuite sur l’oreiller Thibault m’a dit qu’il
voulait me parler d’un truc très spécial. Il venait dans cet appartement depuis pas mal
de temps déjà, avec ses parents d’abord puis de manière autonome. Il commençait à
bien connaître la région, sans connaître vraiment les gens. Il avait découvert trois ans
auparavant l’existence d’une boîte échangiste à quelques kilomètres de là.
Intrigué, il y était allé avec son amie du moment et avait trouvé ça formidable, un
temple du cul où on pouvait baiser et voir les gens baiser. Il me vantait l’accueil
chaleureux, la qualité du lieu, pas glauque comme peuvent l’être certains de ces
endroits, et aussi la beauté des gens qu’on pouvait y rencontrer. Je lui ai promis de
réfléchir et on s’est endormis. Le lendemain soir il m’en a reparlé, me demandant
cette fois clairement si je souhaitais y aller. J’y avais réfléchi sur la plage et
finalement je n’étais pas contre. Je ne sais pas si c’est cette proximité de corps
luisants et à moitié nus sur le sable qui me donnait des envies de sexe en communauté
mais je songeais à dire oui à Thibault, et puis surtout j’étais curieuse. On est
terriblement curieux de la sexualité des gens. Je me considère même comme un peu
voyeuse, j’ai une tendance à ça. Comment pratique donc celui-ci ? Cette dame, là, qui
met de la crème solaire à ses enfants, est-elle salope lorsque son mari la prend en
levrette ? Cette autre qui mange une glace, est-elle pareillement gourmande
lorsqu’elle suce son amant ? Ce type, qui descend de sa planche à voile, va-t-il se
branler en rentrant chez lui en regardant des clips de cul sur internet ? J’avais envie
de voir transpirer et jouir, de surprendre regards et expressions, et je n’ai pas hésité à
faire plaisir à Thibault : okay, on irait dans cette boîte le samedi suivant.
Alors, comment s’habiller pour aller dans un tel endroit ? Thibault m’a
recommandée d’être soft, c’était l’été, pas la peine d’en rajouter dans les sous-
vêtements, j’irais donc en robe légère. Il savait aussi qu’il ne fallait pas arriver trop
tôt, ça pouvait se révéler sinistre et faire débander le plus acharné des queutards. On
est entrés vers 22 heures, après avoir eu un mal de chien à nous garer, preuve que
l’endroit attirait son compte de coquins et de coquines. J’avais un peu peur d’un lieu
sordide, boîte de nuit améliorée avec des salles de baise, mais tout au contraire j’ai
été surprise de pénétrer dans un mas du XVIè siècle parfaitement aménagé. Cent
euros les deux entrées avec une boisson, c’était cher la fesse et les boissons
supplémentaires se révéleraient hors de prix. Mais l’accueil des hôtes fut très
agréable, un couple dans la bonne quarantaine qui nous a tout de suite mis à l’aise.
Elle surtout, veillant très régulièrement au bien-être des clients, distillant conseils et
recommandations avisées. Un restaurant, des chambres d’hôtes, une boîte de nuit tout
de même et des tas de coins un peu partout où les couples étaient déjà en train de
s’arsouiller, décidément on était loin des clichés que j’avais en tête, je me suis
détendue et j’ai ravalé mes préjugés.
On a pris un verre au bar et j’ai eu tout de suite très chaud dans ma robe ; non
seulement la température était encore élevée en ce début de nuit mais je découvrais
un spectacle fascinant : sur les poufs alignés en face, plusieurs couples étaient en train
de baiser, totalement nus et mâchant ou frottant des sexes, les corps perlés de
transpiration. C’était bizarre de prime abord, comme si on rentrait en costume dans
un camp de naturistes, d’ailleurs on n’est pas resté habillés très longtemps. On est
allés danser un peu et puis on a déposé nos affaires au vestiaire. Thibault bandait pas
mal, il m’a entraîné à l’extérieur dans le patio libertin. Des éléments de mobilier
cheap étaient dispersés sur la pelouse et là, même spectacle de sexes les uns dans les
autres, avec tout de même pas mal d’observateurs auxquels nous nous sommes joints.
Je sentais Thibault très excité, il me caressait fébrilement, je commençais à mouiller
énormément. C’était très excitant mais aussi un peu ridicule, j’avais failli rire en
découvrant la scène : tout ce sexe en société, avec ces voyeurs disposés en rangs
d’oignons, ç’avait un côté zoo, l’homme qui redécouvre son animalité et qui expose
ses attributs à ses congénères. Thibault a entamé la discussion avec un couple de
hollandais, et la femme est venue se coller à moi : blonde comme les blés, toute
mignonne, petite trentaine, elle m’a embrassée avec douceur, me caressant et
déroulant des banalités en anglais. J’étais tétanisée par tous ces regards, tous ces
gens, et je pense que la patronne du lieu l’a senti, qui passait là à ce moment précis.
Voyant mon air perplexe et aussi mon excitation, elle nous a suggérés de passer à
l’intérieur, à l’étage. Et à l’étage, nous avons rejoint les coins câlins, succession
d’alcôves baignant dans une lumière tamisée, où s’ébattaient quelques trios et carrés
amoureux. Il restait un endroit libre, un grand lit à baldaquin où nous avons pris
place, enfin surtout Lisanne et moi. Thibault et Henk regardaient, se branlant
distraitement. Lisanne s’est emparée de moi, elle m’a envoûtée en un tour de main.
Ondulant sur les décibels de la musique lancinante, elle m’a intimé de rester
allongée. Elle se livrait à de savantes caresses, frôlant mon corps de ses mains
chaudes, puis de ses lèvres, effleurant à peine la peau. C’était terriblement excitant,
ma chatte commençait à dégouliner. La sienne s’est posée sur mes seins, couvrant un
à un mes tétons, et remontant vers ma bouche. Elle maintenait une distance, je
pouvais sentir l’odeur et la chaleur de son sexe mais elle remontait à chaque coup de
langue de ma part. Alors elle a sorti une petite fiole et s’est attelée à nous enduire
d’une huile légèrement parfumée. Elle s’est allongée sur moi pour pratiquer une
espèce de massage thaïlandais ! C’était in-cro-ya-ble, je suis partie dans des volutes
de jouissance, mon corps entier se contorsionnait contre le sien, j’en avais des
frissons des pieds à la tête. Nos mains se cherchaient, glissaient, s’évitaient, elles ont
fini par trouver nos vulves et les mettre sens dessus dessous. Lisanne a pivoté sur
mon corps et a enfin offert sa chatte luisante à ma bouche, je l’ai savourée avec
délectation, elle-même me procurant un orgasme merveilleux avec sa langue.
Thibault n’a pas pu se retenir, il a éjaculé à long jets sur le corps de Lisanne, venant
se frotter à nos corps. J’étais ébahie, pour un peu je tombais amoureuse de Lisanne.
Nous avons pris une bonne douche, moi avec Henk et Thibault avec Lisanne,
découvrant nos corps et leur redonnant de la vigueur. Henk était petit, musclé, avec
une queue de taille moyenne, je n’allais pas retrouver les mêmes sensations qu’avec
Alex. Mais il me plaisait, et j’avais l’air de beaucoup lui plaire aussi, il n’arrêtait pas
de me mordre l’oreille et de me tripoter les seins. On est passés au jacuzzi et on a
continué la discussion. Libertins accomplis, nos amis bataves pratiquaient
l’échangisme régulièrement chez eux à Groningen et venaient profiter du Languedoc
au mois d’août depuis plusieurs années. Ils avaient écumé les coins libertins et nous
ont assurés que c’était le meilleur endroit de toute la région, propre, bien fréquenté et
convivial. On n’en doutait pas. Même si la moyenne d’âge était plutôt autour de la
quarantaine, il ne semblait pas y avoir trop d’authentiques pervers. Des habitués,
certainement beaucoup de curieux comme nous, tous venus goûter aux plaisirs variés
des mélanges et du voyeurisme autorisé. On soupçonnait à la fois une certaine
candeur à vouloir affirmer ainsi son appétit du sexe, et aussi une franchise dans le
comportement : plutôt que regarder chez soi, en cachette, son petit film X, ou mater
des vidéos de cul sur le net, ici on revendiquait une sensualité partout ailleurs
dissimulée, d’ailleurs beaucoup de gens avaient le sourire, lorsqu’ils n’affichaient pas
dans l’action cette gravité propre à l’exercice sexuel.
Nous sommes sortis du jacuzzi et avons erré dans le club. Sur les côtés de la piste
de danse, les sofas étaient maintenant tous occupés. Ca forniquait à tour de bras, je
me souviens d’une plantureuse italienne besognée par quatre types et matée par
quelques couples, elle diffusait une volupté contagieuse. Henk commençait à mettre
ses mains partout et fouillait ma chatte de plus en plus précisément, je crois que
Thibault faisait pareil avec une Lisanne ravie. Retour au patio libertin, ça virait à la
partouze en régle avec des entremêlements de corps bronzés, les râles le disputant
aux gémissements, c’était…un peu chargé, nous avons préféré nous éloigner de tous
ces membres dressés et ces nichons s’agitant. Nous avons à nouveau trouvé de la
place en haut, un grand lit blotti derrière une bibliothèque (vide). Après des
préliminaires rapides, Henk et Thibault ont enfilé des capotes et se sont jetés sur
nous. On sentait que ça bouillonnait depuis un moment, ils se sont déchaînés, variant
les rythmes et les positions. Deux couples de curieux sont venus regarder, puis l’un
s’est mêlé à nous, ajoutant deux sexes surchauffés dans la tourmente de nos ébats.
Nos regards se croisaient avec Lisanne, nous nous embrassions goulûment. Le type
du couple voyeur a éjaculé, Thibault a éjaculé, Henk a éjaculé, c’était l’apothéose.
On est repassés sous la douche et on a laissé les hollandais finir la nuit avec
d’autres compagnons de jeu. J’étais lessivée, ça me suffisait. Je crois que
l’exhibitionnisme commençait à me taper sur le système, je n’étais pas sûr d’être
compatible. Thibault y serait bien retourné mais j’ai refusé. J’ai préféré qu’on
rencontre à nouveau ailleurs Henk et Lisanne, on avait échangé nos numéros et on a
échangé de nouveau nos conjoints par deux fois. Toujours aussi délicieux, Lisanne
notamment était pleine de ressource, elle avait des trésors illimités de prouesses
sensuelles qui nous faisaient grimper aux rideaux, Thibault comme moi. Un air triste
parfois qui nous faisait fondre, sa lèvre inférieure qu’elle mordait à tout bout de
champs, ses jolies petites fesses rebondies, cette petite femme était décidément
craquante, elle a illuminé notre dernière semaine.
Les jours précédant le départ, nous sommes allés marcher dans l’arrière-pays avec
Thibault. J’avais besoin de me nettoyer spirituellement. Tous ces corps, ce
déferlement de sexe m’avaient remuée. Ca n’était pas les vacances que j’avais
imaginées avec mon homme. J’étais amoureuse d’un type beau, intelligent, fin, et je
découvrais un Thibault assoiffé de baise, toujours à l’affût de nouvelles expériences.
Tout ça était allé beaucoup trop vite. Il était temps de rentrer, nous avons rangé nos
affaires dans la voiture, dit au revoir à nos échangistes d’un été et à la méditerranée,
et repris l’autoroute.
La fin de l’été a été plus calme. J’avais envie de retrouver mes marques, on passait
donc plus de temps à l’appartement, on écoutait Camille nous raconter ses histoires
berlinoises, elle avait été complètement conquise par la ville. Elle ne parlait pas un
mot d’allemand, mais peu importait : logée chez des français, elle gravitait dans un
quartier cosmopolite où tous les commerçants du quartier parlaient anglais, beaucoup
de français dans les bars où elle allait, elle avait même parlé espagnol quelques fois.
Elle s’était tapée un danois bien barré, un grand type qui faisait de la musique
expérimentale avec tout un tas de machines. Et elle avait fumé herbes et shits variés
tout au long de son séjour. Camille, quoi…
C’est là que je lui raconté nos expériences sexuelles. Elle a été surprise, mais pas
plus que ça connaissant la réputation de Thibault. Elle m’avait pourtant prévenue,
sauf que j’étais amoureuse, et j’avais suivi Thibault dans ses désirs. Lorsque je lui ai
détaillé un peu plus notre relation, elle m’a montrée à quel point il était manipulateur,
asservi à son avidité sexuelle et jouant avec les autres. Les jours suivants j’ai ouvert
les yeux. Ré-analysant mentalement ses attitudes, ses choix, j’ai compris qu’il
agissait en pervers narcissique, j’avais été complètement sous son emprise. Le fait
que je le surprenne au lit avec Camille était au fond plus un bien qu’un mal, ça m’a
permis de voir la réalité en face et de démasquer le sombre personnage caché derrière
le militant hâbleur.
Trois jours après je récupérais mes affaires chez lui. Il n’a pas essayé de me retenir,
n’avait pas l’air de tenir beaucoup à moi. J’étais à nouveau en vrac en sortant,
décidément ce type était ignoble, je le haïssais. Au bout d’une semaine je ne pleurais
plus, avec Camille on s’évitait, ça devenait intenable. Elle s’était confondue en
excuses mais le lien était rompu, je ne pouvais plus lui faire confiance, il fallait qu’on
habite ailleurs. On a eu la chance de retrouver rapidement des repreneurs pour
l’appartement, il nous fallait maintenant trouver chacune un logement dans les quinze
jours. Et c’était la pire période de l’année, les étudiants avaient tous emménagé un
mois auparavant. Grâce à Cécile et au réseau militant j’ai eu un bol incroyable : une
fille d’amie qui partait en Erasmus et lâchait son F2 dans l’hyper-centre. C’était bien
situé, proche de la gare, propre et pas (trop) cher, j’ai pris tout de suite. Le
déménagement m’a donné de l’élan : les amis militants étaient là, avec le camion des
potes, de la bière et à manger, on a fait transiter les cartons en deux voyages express,
et les gars ont bien voulu déménager aussi Camille, qui se retrouvait à l’autre bout de
la ville. Elle n’avait pas eu ma chance mais je ne la plaignais pas, et ça l’éloignerait
un temps de ses fournisseurs habituels…
Mon début de master était perturbé, je loupais quelques examens importants en
décembre. Mais l’année continuait, je pouvais rattraper mon retard et remettre les
compteurs sentimentaux à zéro.
Peu après j’ai croisé par hasard Virginie dans la rue, la copine délurée qui m’avait
expliqué au collège comment mieux me masturber. Elle était méconnaissable, le teint
pâle, des cernes comme des valises, je ne sais pas d’ailleurs si j’aurais réagi si elle ne
m’avait interpelée, c’est elle qui m’a reconnue la première. Elle aussi avait donc
atterri dans la grande ville, nous étions loin de notre collège perdu et de notre
adolescence enthousiaste. On est allées boire un café et j’ai essayé de lui parler mais
je la sentais mal à l’aise. La pauvre avait l’air complètement paumée, au bord de la
dépression, elle fumait cigarette sur cigarette. J’étais triste de la trouver dans cet état,
je ne pouvais pas la planter après ce café, alors je l’ai invitée à manger à
l’appartement le surlendemain soir.
Elle semblait plus en forme lorsque j’ai ouvert la porte ce soir-là. Dégaine un peu
gauche malgré tout, on avait l’impression que quelqu’un lui avait marché dessus. Ca
n’était malheureusement pas seulement une personne, mais beaucoup qui l’avaient
piétinée, j’étais prête à écouter une histoire dingue.
J’avais préparé un bon petit repas et le vin a rapidement permis de détendre
Virginie. Elle a commencé à me raconter sa descente. Nous n’avions pas été
forcément très proche au collège mais cet épisode sur la masturbation avait créé une
complicité, le lien était encore présent.
Elle avait commencé tôt à coucher avec des garçons. Il faut dire aussi qu’avec un
père disparu alors qu’elle n’avait que six ans et un beau-père tyrannique, les points de
repère s’étaient vite brouillés, l’adolescence l’avait entraînée sur des voies pas
royales du tout. Sa mère avait essayé de corriger sa scolarité catastrophique mais rien
n’y faisait, elle glissait insensiblement. Dépucelée à 12 ans, elle enchaînait les petits
copains peu scrupuleux et commençait à côtoyer des délinquants. Deux avortements,
alcool, joints, elle goûterait aussi plus tard aux venins de substances plus dures.
A 17 ans elle avait rencontré un nouvel amoureux dans une boîte de nuit de la
grande ville où elle se rendait de plus en plus lors de fugues. Ce type avait dix ans de
plus qu’elle, une grosse voiture, elle en était tombée raide dingue et il avait pu en
faire ce qu’il voulait. Il trempait dans pas mal d’affaires louches, trafics, extorsions et
dieu sait quoi. Rapidement il a proposé à Virginie de poser pour des photos de
charme. Dans les vapes la moitié du temps, elle y a vu un bon moyen de faire du fric
facilement. Et avec sa petite gueule d’ange et son corps appétissant, elle a attiré
d’autres vautours : elle était invitée dans des soirées privées, orgies de notables où
elle était rémunérée selon les services dispensés. Il ne manquait plus qu’une étape à
cette remarquable ascension, ça n’a pas tardé : elle était majeure, mûre pour le porno.
Pendant près de quatre ans elle allait tourner partout en Europe. Pour elle c’était
fantastique, elle gagnait un maximum de blé sans trop se casser le cul et en reversait
une bonne partie à son copain. Au début ça se limitait à la gamme conventionnelle :
des rapports à deux, à trois parfois, avec des garçons, des filles. Des positions parfois
acrobatiques, avec des types qui arrivaient à bander super longtemps, c’est ce qui
l’avait le plus surprise au début. La plupart étaient des gros cons imbus de leur bite,
mais les autres filles étaient dans l’ensemble plutôt sympathiques, même s’il ne fallait
pas leur parler de la dernière diffusion du « Masque et la Plume ». Malgré tout elle
recevait déjà des bordées d’éjaculations faciales dans la figure, avec le sourire
évidemment, en en redemandant évidemment, et en couinant comme une folle bien
sûr, ça faisait partie de l’engagement, les producteurs étaient très à cheval sur cet
aspect sensationnel des scènes. Elle jouissait rarement, avec les rares gars qui
savaient la manipuler plus tendrement.
Elle avait aussi un plan avec une boîte spécialisée dans les sites de cul à péage. Elle
allait à Paris des journées complètes, tournant dans des décors minuscules où elle
devait aguicher le péquenaud devant une webcam. Elle se touchait et se branlait
quasiment toute la journée en minaudant, variant les tenues, les décors, les
maquillages. De la prostitution de pixels bien organisée. Mais au bout d’un moment
c’est devenu plus difficile, le rythme des tournages s’accélérait, on lui en demandait
de plus en plus. Malheureusement pour elle, elle n’était pas dans le circuit des stars,
les poupées de Marc Dorcel et compagnie. On lui avait bien donné un nom : Lola
Monta, mais les conditions de travail n’avaient rien à voir avec celles de l’industrie
du X classique, les groupes mafieux ne s’embarrassaient pas de fiches de paye ni de
récupérations, encore moins d’horaires. Ca devenait épuisant, alors…d’abord la
cocaïne, qui la galvanisait. Il fallait ça pour tenir. Virginie m’a racontée par le menu
les affres qu’elle a traversés. On était loin du sexe de chambre à coucher de monsieur
tout le monde.
Les films s’étaient corsés : des partenaires multiples, l’enfilant par tous les trous, et
des pratiques plus sauvages, la double pénétration vaginale (deux verges dans le
vagin !)…la double pénétration anale (…). Elle a eu des lésions à plusieurs reprises,
mais les producteurs étaient intraitables, il fallait qu’elle continue de tourner.
A ce moment-là son mec est tombé pour une affaire de dope. Elle lui faisait
parvenir de l’argent en prison, progressivement les tournages ont viré de plus en plus
hard-core, il a fallu qu’elle subisse les gang-bangs : cinq, dix, puis jusqu’à vingt mecs
à lui passer dessus, à la ramoner par tous les trous en même temps, à lui éjaculer sur
la gueule, lui recouvrir le corps de foutre. Pendant des mois, des centaines d’hommes
l’ont humiliée, avilie, insultée. Un trou sur pattes, c’est ainsi qu’un de ces nombreux
Casanova de la braguette l’avait qualifiée, alors qu’elle dégoulinait de sperme, le cul
en compote et le corps laminé.
Elle satisfaisait ce truc très violent dans certaines spécialités où les femmes ne sont
plus tant des objets de jouissance que des jouets qu’on essaie de casser. Que
cherchent les hommes qui regardent ces horreurs ? Une impossibilité à gérer leur
relations avec les femmes, la frustration de se voir refuser la satisfaction sexuelle ?
Mâles qui scrutent le mal, déviances de l’homme moderne, et toujours du fric à se
faire dans les marges. Sans soutien moral, Virginie est allée chercher une béquille
dans la chimie. Elle n’avait pas loin à aller pour trouver de l ‘héroïne, s’est enfoncée
dans de nouveaux tournages glauques pour payer ses doses. Et puis un jour elle est
allée voir une copine de plateaux à l’hôpital. Elle était tombée sur des mecs vraiment
méchants qui lui avaient bousillé le bas-ventre, des sauvages. Tout ça avait été filmé
en long et en large mais elle ne pouvait pas porter plainte, elle se serait fait tuer avant.
Des semaines de convalescence, des souffrances terribles, la sirène d’alarme pour
Virginie, elle a pris une nouvelle claque plutôt salutaire dans la figure.
Depuis, elle avait arrêté ces tournages de cinglés et vendait son corps dans d’autres
sphères, selon elle nettement plus rémunératrices : SM et bondage. Pas toujours
rigolo, l’héroïne la blindait contre les douleurs passagères, mais au moins on la
traitait curieusement plus humainement. Et toujours les parties fines qui lui
permettaient de payer les cantines de son mec. Elle en était là, accro à l’héroïne et
monnayant sa chair pour vivre et faire vivre un mec coincé entre quatre murs…Elle
s’est effondrée à la fin de son récit, pleurant toutes les larmes de son corps. Je l’ai
consolée, câlinée, et elle m’a confessée une dernière saloperie : lorsqu’on avait fait ce
fameux voyage en bus, elle se faisait déjà abuser par son beau-père. Il la baisait
depuis une année, la forçait à se caresser, à le caresser, et ça durerait jusqu’à ce
qu’elle quitte la maison. Là je ne savais plus quoi dire, on n’a plus dit grand chose
d’ailleurs. On a échangé nos numéros, je lui ai fait promettre de m’appeler et elle est
descendue prendre son bus. J’attends toujours son appel.
En janvier on m’a proposée de donner des cours de français à des étrangers. J’avais
du temps et c’était bien rémunéré : ça tombait bien, j’avais besoin de compenser les
économies d’échelle englouties avec la fin de la colocation. Les cours se déroulaient
dans un centre social, par chance pas très loin des boulevards, je pouvais y aller en
vélo. C’était le soir la plupart du temps, à partir de 18h30. J’ai commencé avec deux
heures par semaine pour grimper à six à la fin de l’année. Peu de préparation, je me
bornais au départ à suivre une méthode que j’avais récupérée au CRDP.
Le public venait beaucoup de pays africains, ex-Yougoslavie et pays de l’est, un
peu de Russie et du Moyen-Orient, et quelques asiatiques. Je découvrais un monde
entraperçu par des discussions militantes, les immigrants étaient maintenant face à
moi pendant ces heures où nous essayions de communiquer. C’était souvent difficile
d’arracher des lambeaux d’histoires personnelles, beaucoup n’avaient toujours pas de
papiers en règles et restaient méfiants. Mais la bonne humeur et le rire sont des
choses universelles, et je découvrais des gens simples, attentifs, avec une volonté de
s’en sortir hors du commun. Les parcours de ces gens étaient stupéfiants, certains
avaient été médecins, professeurs d’université ou riches commerçants dans leur pays
d’origine. Ils avaient fui des zones de conflit et arrivaient en France avec un vague
sac, parfois des enfants et aucune reconnaissance de diplôme ou de compétence. Il
fallait du tempérament pour avancer, et toute cette énergie diffusée me faisait du bien,
les échanges n’étaient pas qu’unilatéraux.
Nous étions une petite dizaine d’intervenants, avec plus ou moins d’heures et de
bagage initial. Hugo était un collègue que j’avais commencé à croiser à la mi-février.
Il revenait du Brésil, où il avait enseigné le français pendant quelques temps. Il me
plaisait, et il m’intimidait, d’autant plus qu’à chaque fois que je l’approchais je
sentais le rouge me monter au visage, trouble irrépressible que je n’arrivais pas à
corriger. On se croisait mais on n’avait jamais le temps de discuter, c’était toujours
entre deux portes, ou alors nos cours étaient décalés. Enfin un soir le sort a joué pour
moi : je ne retrouvais pas la clé de l’antivol de mon vélo, pas moyen de l’extraire du
local. J’ai tempêté une bonne dizaine de minutes et puis Hugo est passé par là. On a
retourné le vélo dans tous les sens mais c’était peine perdue, il resterait là le week-
end. Il m’a proposé de me ramener, et nous voilà dans sa vieille R5 rafistolée de
partout à descendre le boulevard. Il m’a lâchée devant ma porte et en a profité pour
me proposer son carrosse pour les fois suivantes où on travaillerait en même temps.
On a échangé nos numéros pour nous tenir au courant. Ca m’arrangeait bien, ce mois
de mars était très froid et je me gèlerais moins les fesses, surtout au retour. On a
commencé à faire le trajet ensemble la semaine suivante. Entre temps j’avais retrouvé
la clé…au-dessus de la machine à café !
Les dialogues étaient très décousus dans la voiture, comme si on s’offrait tout le
temps la politesse. Parfois l’un ou l’autre à dérouler un pan de vie sur une brusque
impulsion, ou alors à se taire par pudeur, souci de ne pas se livrer. Totale
schizophrénie du discours, et pas un pour rattraper l’autre. En même temps des
moments très beaux, comme à chaque fois qu’on sent qu’un lien fort est en train de se
construire, des élans du coeur prometteurs, promesses de chavirements à venir. Un
vendredi soir de ce mois de mars glacial, on a décidé d’aller boire un verre tous
ensemble, les six formateurs présents ce soir-là. Une brasserie sans caractère, ça me
changeait des bars interlopes qu’on écumait avec Camille. On a beaucoup rigolé,
cette fois-là. J’amusais la galerie avec mes anecdotes sur les élèves et les profs du
collège, Hugo avait parlé de ses expériences passées au Mali, en République
Dominicaine et au Brésil. Il avait un diplôme de FLE et enseignait depuis deux ans à
l’étranger. Il ne voulait pas révéler pourquoi il était revenu en France, je l’ai pourtant
asticoté gentiment mais quand j’ai suggéré « une fille » il a botté en touche. On s’est
tous quittés dehors, mais nous deux on n’arrivait pas à rentrer ; il a fini par me
proposer qu’on se revoit le lendemain. Je suis rentrée en ne sentant plus du tout le
froid, des colibris plein la tête.
On voyait pas mal de monde avec Hugo, lui beaucoup d’étrangers, je sentais une
nostalgie de ses séjours nomades. On s’entendait bien au lit, moins de fantaisie
qu’avec Thibault mais c’est ce que je recherchais à ce moment-là. Jusqu’à ce jour où
j’ai découvert qu’il avait des fantasmes bien caractérisés. Un jour de semaine, donc,
je suis rentrée de la fac plus tôt que prévu. Je me suis dit que j’allais faire la surprise à
Hugo. J’étais d’humeur allègre et déterminée à l’effeuiller en rentrant, et si affinités
faire tout un tas de cochonneries ensuite ! J’ai grimpé l’escalier, ai doucement ouvert
la porte d’entrée et posé ma veste. J’entendais du son dans le bureau, je me suis
approchée à pas de loup. Et là…j’ai écarquillé les yeux, non je ne rêvais pas : Hugo,
pantalon et caleçon baissés, la bite à la main, s’astiquant paresseusement devant son
ordinateur. Ca n’était pas tant de le voir en action qui me choquait, on aimait se
branler face à face, mais c’était plutôt que j’avais l’impression qu’il me trompait avec
son écran. J’ai eu une réaction instinctive, je l’ai malicieusement taclé par derrière en
rentrant dans la pièce et en l’interpelant. Il a remballé ses outils, extrêmement gêné,
tout rouge et j’ai pu voir ce qu’il était en train de regarder : une vidéo avec une black
plantureuse, gros seins et lèvres épaisses. J’ai quitté la pièce, le laissant embarrassé,
et je suis allée m’enfermer dans la chambre. Au bout d’une demi-heure il est venu me
voir et j’ai fini par ouvrir. Je voulais savoir si c’était régulier, ancien, ce que ça lui
apportait. Il m’a expliqué que c’était quasi-compulsif, il regardait ce genre de
spectacle deux à trois fois par semaine et c’était un fantasme de longue date chez lui.
C’est entre autres pour le satisfaire qu’il était allé travailler dans des pays où la chair
noire était partout. Au Brésil il était tombé sur la mauvaise personne : une fille
superbe liée à des affaires pas nettes, ça pouvait devenir dangereux. D’où un départ
précipité, il était venu se mettre à l’abri en France, le coeur ravagé par cette histoire.
Mais nous, alors, comment on faisait ? C’était une sérieuse remise en question pour
moi ; s’il aimait les blacks, pourquoi Hugo était-il avec moi ? Et là il a eu l’air très
triste, il m’a expliqué que ma rencontre avait été un vrai rayon de soleil, il était
tellement perdu et isolé lorsqu’il est revenu en France, je lui avais redonné goût à la
vie et maintenant il était bien avec moi. Bon, un partout, il m’a prise dans ses bras et
on s’est fait un gros câlin. N’empêche que ça me chiffonnait, cette affaire, j’avais
l’impression de m’être trompée d’histoire. Quelle conne j’ai été de ne pas avoir tout
arrêté avec lui, il allait me faire du mal et il le savait.
Comme j’étais amoureuse, j’ai cherché des idées pour satisfaire son fantasme. Déjà
je lui ai proposé qu’on regarde ses vidéos ensemble. Pas enchanté au départ, il a
finalement accepté et je dois avouer que ça a donné du piment à nos ébats. C’était
indéniable, ces peaux d’ébène avaient un effet assez explosif sur la libido d’Hugo, il
était plus gourmand, plus chaud et on remettait ça parfois deux ou trois fois d’affilée.
Ca me fascinait également, particulièrement lorsque c’étaient deux blacks qui
baisaient ensemble. Les mecs avaient des queues pas possibles, des corps
magnifiques, une virilité incroyable. Je me souviens encore de cette séquence où une
blanche se faisait sauter avec un plaisir visible par trois grands blacks aux membres
épais, ça donnait presque envie. Ils se partageaient sa bouche, son vagin et son cul,
puis deux orifices à la fois et enfin les trois en même temps, ça nous excitait
beaucoup.
On est allés passer les fêtes à nouveau dans les Landes, où j’ai beaucoup
sympathisé avec la soeur d’Hugo, tout juste émoulue du lycée mais très mature, une
fille pétillante et intelligente. Grâce à une météo excellente on a pu faire de grandes
ballades à vélo, un bon air précieux pour nos poumons de citadins intoxiqués. J’y
voyais plus clair dans mon mémoire de master, les cours avaient été assurés
normalement tout le mois de décembre et la fac fonctionnait à plein.
Au coeur de l’hiver Hugo s’est décidé à me parler de cette fille, Chloé, qu’il
connaissait depuis quelques mois : elle était arrivée en septembre dans sa boîte de
formation, et non seulement c’était d’après Hugo une bombe, mais surtout elle était
d’origine sénégalaise. Elle n’avait pas froid aux yeux, semblait bien dessalée en ce
qui concernait les cabrioles, et après quelques soirées entre collègues, elle avait
clairement fait comprendre à Hugo qu’il lui plaisait. J’étais horrifiée mais Hugo m’a
calmée : il brûlait de se la faire, mais il souhaitait surtout vivre avec moi, donc l’idée
d’un plan à trois avait germé dans sa cervelle. Il me demandait mon avis. L’intention
était louable : il m’incluait dans son fantasme et me laissait décider des étapes.
J’avoue qu’après ces mois à mater tous ces grains de peau superbes et ces corps
surchauffés, j’en avais aussi un peu l’eau à la bouche, j’étais curieuse. Je lui ai dit que
j’étais d’accord, mais je déciderais d’arrêter lorsque je le voudrais. Mon homme s’est
frotté les mains et ce soir-là on a baisé longtemps.
Il s’est arrangé pour manger avec Chloé la semaine suivante. Il a joué cartes sur
table, lui expliquant la situation, notre discussion et ce qu’on voulait d’elle. Elle lui a
demandé une photo de moi, l’a regardée une dizaine de secondes, a eu une moue
amusée et a accepté. Hugo était surexcité ce soir-là quand il est rentré. Le week-end
est arrivé, on a invité Chloé à l’appartement le samedi soir. Elle est arrivée dans une
robe claire, les jambes gainées de bas, elle était effectivement très jolie, avec des
formes avantageuses : poitrine joliment dessinée, des épaules adorables, des jambes
fuselées et un cul de vénus noire à tomber. Très consciente de ses charmes, elle a
multiplié les passements de jambes à l’apéritif, je voyais Hugo de plus en plus fébrile.
On a bu un peu de vin, raconté deux trois conneries, et on est passés à table. Chloé
me frôlait ostensiblement, sa chair m’électrisait, j’avais envie de croquer dedans à
pleines dents. C’est dans la dorade qu’on a d’abord croqué, puis le fromage et des
fruits exotiques qu’elle avait ramenés. Chloé a commencé à jouer avec une petite
papaye : elle était délicieusement indécente dans sa manière de lécher le fruit, le
passant ensuite sous ses bretelles de soutif, entre ses seins. Sa jolie langue rose
m’hypnotisait, elle savait chauffer son public !
Elle est passée derrière moi et m’a baisotée dans le cou, son souffle chaud
s’insinuant ensuite sur mon visage. Elle m’a embrassée à pleine bouche, tandis
qu’Hugo venait à son tour la peloter. On est allés sur le canapé, Hugo s’attardant sur
ses fesses et ses jambes, Chloé et moi dégrafant nos corsages et goûtant avec délice
nos seins. Je découvrais une peau africaine chaude comme la braise, les tétons
distendus et les seins épais. Hugo avait déjà tombé le pantalon, et la tâche sur son
caleçon trahissait un émoi déjà sévère. Chloé s’est écartée de ma poitrine pour se
tourner vers lui. Elle l’a embrassé goulûment, a soupesé son paquet, puis écarté le
tissu du caleçon pour faire jaillir sa queue. La branlant en continuant de l’embrasser,
elle est ensuite descendue le long de son torse pour l’engloutir comme une friandise.
Hugo se pâmait, il me regardait déjà plein de reconnaissance.
On est enfin passés dans la chambre pour ne garder que ses bas pour Chloé et…
rien du tout pour nous ! Chloé voulait nous voir baiser, Hugo s’est exécuté en me
prenant en levrette, Chloé se régalait du spectacle en se masturbant avec une volupté
non dissimulée. A un moment elle est venue se placer face à moi pour m’offrir sa
chatte luisante. J’ai passé ma langue sur son sillon avant de l’enfouir dans les
muqueuses rosâtres, je me délectais de sa chair fondante, Hugo me forant
inlassablement. Elle s’est raidie et a crié, tressaillant de manière frénétique, ses doigts
crispés sur mon crâne, orgasme qui a déclenché le mien puis celui d’Hugo, cette fille
était une réaction en chaîne à elle toute seule.
On s’est allongés côte à côte, hors d’haleine et le sourire au lèvres. Dieu que c’était
une bonne idée, nous soufflait une Chloé décoiffée et radieuse. Elle a retiré ses bas et
est allée prendre une douche. Je l’ai rejoint dans la baignoire et on a joué comme des
gamines, Hugo se marrait en attendant son tour. Lorsqu’il est revenu dans la chambre,
je saturais de caresses le corps de Chloé. Il m’a aidé, choisissant cette fois le haut du
corps, Chloé gémissait de plaisir. J’ai pris à nouveau la direction de son vagin, et elle
a attrapé mes jambes pour me rendre la pareille. 69, 70 avec la queue d’Hugo qui
cherchait son chemin entre ses seins. 71 lorsqu’Hugo a titillé son anus, y plaçant un
doigt puis deux, enfin sa queue. Chloé faisait des merveilles avec sa langue, explorant
toutes les zones de ma chatte avec avidité, rentrant sa langue à fond puis remontant
tout le long de ma fente pour jouer avec mon clitoris. Elle m’a fait jouir en quelques
minutes. Hugo passait de son vagin à son cul, à la grande satisfaction de Chloé qui
accompagnais ses mouvements d’ondulations diaboliques. Elle a fini par s’écrouler
sur le lit dans un râle de jouissance, alors qu’Hugo déversait son foutre entre ses
fesses.
En plus elle avait apporté un peu d’une excellente herbe africaine qui a achevé de
nous transformer en chamallows humains, nos corps traversés d’un bien-être
phénoménal. On s’est endormi sans entendre Chloé partir, elle nous avait foudroyés
avec ses talents charnels et sa ganja.
J’avais adoré, l’humeur d’Hugo parlait pour lui les jours suivants, forcément on a
recommencé. La fois suivante on est allés chez elle, un mignon appartement qu’elle
avait entièrement refait seule. On est arrivés le samedi midi pour déguster un
tiboudienne, plat de riz et de poisson délicieux, il nous a fallu un peu de temps pour
digérer et…passer dans la chambre. Cette fois et malgré mon désir, je les ai d’abord
laissés à deux, je voulais observer Hugo. Ses yeux avaient une brillance que je lui
connaissais peu, et Chloé l’a gratifié d’une pipe phénoménale, il n’a pas eu ensuite
longtemps à la pénétrer avant de jouir. On a pu s’amuser avec Chloé en attendant
qu’il revienne en forme. J’aimais énormément caresser cette peau sombre, aux
contours gracieux, palper ces seins pleins, ces fesses rebondies.
On a enchaîné quelques séances à trois cet hiver-là, on n’avait pas trop de mal à
réchauffer nos intérieurs avec ces exercices sensuels. Et puis graduellement j’ai senti
naître la jalousie. Plus ça allait plus je redoutais les rendez-vous avec Chloé.
L’excitation préalable d’Hugo m’agaçait, les manières de Chloé aussi, que je voyais
désormais plus futile, gamine qu’elle n’était en réalité. Au printemps, après une
énième séance, j’ai craqué en rentrant à la maison. J’ai fait une vraie scène à Hugo.
Toute la jalousie qui marinait depuis des semaines lui explosait à la figure. Je
pleurais, j’en voulais à Chloé mais je lui en voulais aussi à lui. Il était surpris,
contrarié, pourtant il m’a pris dans ses bras et promis qu’on arrêtait ça. Il a expliqué
la situation à Chloé la semaine suivante, et Chloé m’a téléphoné. Elle était désolée, il
n’y avait pas de souci à arrêter pour elle, elle souhaitait rester amis avec nous. Mais il
me fallait un temps d’éloignement, j’ai préféré qu’on attende avant de la revoir à
nouveau. Et pourquoi elle ne se trouvait pas un mec, elle ?
Je bossais mon mémoire, j’avais trouvé des routines au collège comme au centre
social, mais je sentais Hugo distant, d’humeur maussade. On faisait l’amour moins
souvent, on ne regardait plus ses vidéos ensemble. On ne prenait même plus de bain
dans cette baignoire qui nous avait vu essayer de nombreuses positions amoureuses.
Et puis en mai j’ai trouvé ce mot sur la table en rentrant un soir. Hugo partait, et il
n’avait même pas le courage de me l’annoncer en face. Dans une lettre brève il
m’annonçait qu’il repartait à l’étranger, au Cameroun cette fois-ci. Ah oui, ça, pas au
Canada ou au Laos, je m’en doutais bien. On lui proposait un contrat à Yaoundé, dans
une boîte privée, même plus dans l’enseignement ! Là j’ai compris, je n’avais rien à
faire avec un type comme Hugo, il finirait nécessairement dans les bras d’une black,
s’il arrivait à se stabiliser un jour.
Il partait à la fin du mois, inutile de dire que la cohabitation a été très pénible. J’ai
gardé l’appartement pour le mois de juin, on coupait la poire en deux avec le
propriétaire : il acceptait le délai d’un mois de préavis pour mutation, enfin un gros
mois et demi, dans la mesure où je payais le dernier mois. Et j’ai dû rechercher un
appartement pour l’été, en finissant mon mémoire de manière chaotique. Malgré la
pesanteur de la démarche, c’était la période la plus favorable pour démarcher et j’ai
pu à nouveau me rapprocher du centre-ville, même si c’est un peu au nord, le petit F2
que j’occupe toujours. J’ai battu le rappel des amis, goguenards au téléphone, moins
lorsqu’ils ont vu ma tronche ce jour-là, et le ballet des cartons a commencé. Ce jour-
là j’ai aussi cartonné sur la bière, les cartons atterrissaient n’importe où. Je me suis
réveillée le lendemain en travers de mon matelas, lui-même en travers de la pièce,
avec un mal de crâne épouvantable et dans un t-shirt puant la transpiration. J’ai
branché la mini-chaîne, mis un CD de Portishead, et je suis partie sous la douche, pas
fâchée de ne pas avoir hérité d’une baignoire.
Cet été a été le plus triste de ma vie. J’ai frôlé la dépression. Je n’ai pas bougé de la
ville pendant ces deux mois, sauf une escapade pour retourner voir ma mère, à qui
j’ai eu un mal de chien à faire entendre mon fiasco sentimental sans rentrer dans les
détails. Elle commençait à s’inquiéter pour moi, à questionner les raisons de cette
instabilité. Mon frère était seul aussi, toujours à la maison et pas bien pressé d’en
partir. Il a essayé d’être proche de moi, on a fait quelques ballades étranges, sans
beaucoup de mots, je retrouvais d’anciens lieux.
Je suis rentrée encore plus abattue. Les derniers vagues amis étaient partis en
vacances et je prenais mon temps pour déballer les cartons, pas encore à l’aise dans
ce nouvel appartement, ce nouveau quartier. Je naviguais entre mon lit, la
bibliothèque municipale, le supermarché et les parcs de la ville. Je ne me maquillais
plus, je mangeais peu, je dormais beaucoup. Je me plongeais dans la lecture pour
compenser, beaucoup de classiques : Jane Austen, Proust, Cervantès, Maupassant.
Aussi je me masturbais énormément, frénétiquement, n’y trouvant même plus de
plaisir, juste cet espèce de soulagement, ce baume des nerfs. Une nuit où il faisait
particulièrement chaud j’ai eu ce rêve prodigieux : l’île du sexe.
Ca commence sur la mer, nous sommes dans une petite embarcation à moteur avec
Cécile, et filons droit sur une île paradisiaque. Eau turquoise transparente, ciel azur,
et une langue de sable blond qui se rapproche du bateau. Nous plongeons dans l’eau
chaude avant le rivage, des milliers de poissons nagent avec nous, c’est
extraordinaire. Sur le sable nous sommes accueillies par des locaux, repas de
poissons et fruits délicieux, le buffet semble sans fin.
Un maître de cérémonie vient alors s’occuper de nous et nous faire découvrir ce
paradis de la sensualité. Il nous explique la philosophie du lieu : « Je regarde, je
touche, je fusionne ». Dans les paliers du plaisir, le visiteur doit ménager ses sens,
faire durer la volupté. Tout d’abord nous revêtons un pagne en soie qui nous laisse
nues en dessous, doux contact du fin tissu sur la peau. Nous arrivons à une première
maison en bois, le toit recouvert de feuilles de palmes. Un long couloir la parcourt
d’un bout à l’autre, nous avançons, Cécile à gauche, moi à droite, et des hommes nus
sont alignés de chaque côté, certains nous regardant ennamourés, d’autres se touchant
le corps ou se masturbant mollement. Ils ont des positions franchement provocantes,
c’est comme si nous nous retrouvions dans un bordel pour femmes ou à feuilleter en
grandeur nature un de ces magazines cochons qu’affectionnent les hommes. Nous
devons choisir chacune un homme qui se masturbera pour nous. Je jette mon dévolu
sur un jeune gars très beau, doté d’un appareil…stupéfiant !
Un nouveau bain et cette fois-ci nous entrons dans une bâtisse plus grande. Des
alcôves sont ménagées dans la pièce principale, nous y observons furtivement des
amas de corps se mouvoir dans une lumière filtrée. Nous sommes séparées à
nouveau. On me mène à une alcôve inoccupée, on me bande les yeux et on m’allonge
les bras en croix…les poignets derechef attachés. Les fines cloisons en bois laissent
entendre les bruits de succions, de frottements des pièces voisines, parfois des cris de
jouissance étouffés. Au bout de quelques minutes je sens une présence dans la pièce.
Quelqu’un s’allonge à côté de moi et commence à me caresser le crâne. Une autre
personne arrive, s’assoit de l’autre côté et me touche doucement les seins. Une
troisième vient s’occuper de mes jambes, puis deux encore viennent multiplier les
caresses, ce sont cinq personnes qui palpent mon corps. Je commence à avoir chaud,
ça doit se voir car on me retire le pagne, les caresses deviennent alors plus précises.
Je suis bercée dans des ondes de plaisir, les gens qui s’occupent de moi savent y faire,
tantôt frôlant, tantôt léchant, mais pour l’instant mon sexe est préservé. A un moment
les mains s’éloignent, il y a un flottement, et puis je sens quelque chose de plus chaud
sur mon ventre, oui, c’est un sexe, un sexe féminin qui vient cajoler mon nombril.
Puis un gland bien masculin celui-ci se promène sur mon bras, remonte, dépose un
peu de sperme sur ma joue et rapidement je suis parcourue de cinq sexes vibrant, trois
d’hommes et deux de femmes, ça au moins je peux le déterminer. Je les accueille tour
à tour dans ma bouche, sentant les fermetés et les humidités s’intensifier sous ma
langue. Je suis moi-même dans un grand bouleversement des sens et je sens qu’il va
falloir très rapidement trouver une solution à ce sexe bouillonnant. Entendant mon
appel, une main fine tourne autour de ma chatte, vient en écarter les lèvres, remonte
et me masturbe délicatement. Un peu plus tard, c’est une bouche qui s’approche et
s’occupe comme il se doit de mon giron. Dans le concert des cinq corps haletants
m’entourant, j’entends une respiration s’accélérer et une giclée de sperme
m’éclabousse les seins. Et puis enfin une longue queue vient régaler ma chatte
implorante, amples mouvements dans un fourreau trempé et brûlant. Je jouis avant
lui, presqu’en même temps qu’une femme à l’odeur musquée que je sens pénétrée à
mon côté. Je suis k.o., inondée de plaisir, lorsqu’une deuxième giclée de sperme vient
recouvrir mon ventre. Je sens mes compagnons de jeu quitter la pièce et quelques
instants plus tard on me détache, on m’enlève le bandeau et on me mène sous une
douche brûlante.
Cécile n’a pas eu la même répartition : trois femmes et deux hommes, par contre
elle a connu la même intensité dans la jouissance, ces gens sont des sorciers, nous
sommes ébahies.
Il est 18h et c’est l’heure du repas du soir. Le rêve est décousu à ce moment, je me
souviens d’une viande marinée et d’un vin excellent, mais des convives qui se
multiplient et s’interchangent dans un ballet étrange. Parmi eux Camille et Thibault
qui me considèrent d’un air moqueur, ils se moquent même ouvertement de moi et
s’embrassent amoureusement. Alors nous quittons le groupe avec Cécile, rejoignons
ensuite la plage pour la dernière réjouissance de la journée. A la lumière de torches,
on nous installe dans des transats douillets, la mer immense face à nous, température
toujours entre 25 et 30°. A ma grande surprise, c’est mon homme et ma femme
masturbateurs qui viennent alors s’installer sur les serviettes disposées à nos pieds,
puis leurs homologues pour Cécile. Ils s’entreprennent rapidement et nous jouissons
du spectacle autant qu’eux. Tandis qu’ils sont en plein exercice, on nous autorise à les
rejoindre. Je peux enfin embrasser la jolie bouche de mon homme et caresser les seins
de mon asiatique. Nous nous plongeons goulûment dans ces corps torrides et c’est
une danse de mains, de bouches, de sexes, de seins qui se déchaîne.
Orgasmes à répétition, cette partie à six au clair de lune est divine, nos corps se
régalent. Une dernière baignade nous lave de toutes les sécrétions et nous nous
endormons comme des bébés sur les transats.
Le lendemain matin, petit déjeuner royal et matinée détente. La sieste nous cueille
après les salades du midi, et le maître de cérémonie vient nous chercher pour la suite
des festivités. Nous arrivons dans un grand bâtiment circulaire en briques, à
l’intérieur duquel deux vastes pièces surchauffées se font face. Le sol est un immense
coussin, parsemé de fontaines sur plusieurs niveaux. Que des hommes, simplement
vêtus de serviettes nouées autour de la taille. Une trentaine d’éphèbes alanguis qui
n’attendent que notre bon vouloir. Nous devons en choisir autant que nous voulons,
pour ensuite laisser libre court à nos désirs. Nous déambulons parmi ces apollons,
telles des amazones faisant leur marché charnel. Cécile en choisit quatre, je décide
d’en faire autant. Tous les autres sortent, nous voilà avec huit hommes pour nous
toutes seules.
C’est un moment difficile à décrire que de disposer ainsi de quatre beaux et jeunes
hommes, entièrement soumis. Nous investissons chacune une pièce et je demande
tout de suite à mes garçons de retirer leurs serviettes. La chaleur humide fait luire
leurs corps athlétiques, transpiration et humidité conjuguées. Je m’assois et leur
demande de défiler devant moi pour soupeser leurs sexes qui se tendent peu à peu. Je
les manipule tendrement un à un et au bout de l’opération j’ai face à moi quatre
beaux gaillards bandant comme des cerfs. Je peux sentir leur désir brut, l’éclat dans
leur rétine, comme des chiens à l’arrêt. Je vois Cécile occupée à en sucer deux de
l’autre côté, je suis son idée en les disposant par paires : je m’occupe d’abord de deux
queues, puis me retourne et polis les deux autres. Elles sont pour moi, je les regarde,
les tâte, fait virevolter ma langue autour des glands et guette les soubresauts des
veines. Une sensation de puissance m’envahit, je commence à mouiller
copieusement. J’ai une idée : je demande au plus grand de sucer le plus beau. Il
s’exécute sans difficulté, je m’en doutais, ils doivent tous être à voile et à vapeur,
surtout à vapeur dans cette pièce... Je savoure le moment, reprend en bouche les deux
autres, et puis demande au sucé d’enculer son camarade. Le grand se met à quatre
pattes, et l’autre le pénètre facilement. Je suis fascinée, ces garçons sont des
saltimbanques du sexe, à l’aise dans toutes les situations. Ce spectacle est nouveau,
intense, je me délecte de cet accouplement viril. Ivre de désir, je m’allonge et
demande à tous de venir me caresser et se frotter contre moi. Ils me recouvrent
littéralement le corps, malaxant, m’embrassant, les doigts dans la chatte, dans le cul,
je suis tripotée dans tous les sens. J’entends les gémissements de Cécile s’intensifier
dans l’autre pièce, j’ autorise alors mes garçons à me pénétrer, méthodiquement : le
premier s’allonge, je viens le chevaucher, puis je demande au deuxième d’investir
mon cul, le plaisir grimpe. J’attire le troisième dans ma bouche et le quatrième me
caresse le corps en se branlant, tout ça de manière cordiale, extrêmement douce et
sensuelle. Je défie quiconque de résister à ce traitement plus de cinq minutes, surtout
après l’excitation initiale. C’est le temps approximatif qu’il me faut pour atteindre un
orgasme magistral, démesuré ; je me tords dans les bras de mes garçons, hoquette de
plaisir, joui dans un grand fracas de cris, des vagues prodigieuses traversant les
tréfonds de mon corps, entraînant trois éjaculations simultanées en moi et une
dernière sur mes seins. Invraisemblable, inouï, je n’ai pas de mots pour ce sommet de
jouissance, le moment le plus fort du rêve. Cécile a assisté à ma déflagration sans que
je m’en rende compte, elle est hilare, m’enviant peut-être un peu, mais je crois qu’elle
aussi a passé un moment extraordinaire.
Cécile justement, c’est le premier coup de fil que j’ai eu après le 15 août. J’avais
passé un été abominable, cafardeux, mes études étaient terminées et je n’avais aucune
perspective à court terme, en dehors du collège. Hors de question que je retourne au
centre social, je visualisais déjà les regards de travers, avec les rumeurs qui s’étaient
propagées sur nos activités sensuelles. Cécile a senti mon désarroi au téléphone, elle
m’a promis de baliser le terrain au collège.
Septembre est arrivé. J’avais eu mon master, péniblement. Comme je m’en doutais,
le collège ne pouvais pas me reprendre sur mon poste habituel, mais ils me
proposaient autre chose : de l’administratif, au service de la Vie Scolaire. Et là j’allais
découvrir les joies du fonctionnariat et ses travers.
La Vie Scolaire. Tout un concept. Voilà un endroit où on gère tout ce qui se déroule
en dehors du temps de classe : retards, absences, réunions, problèmes avec les élèves,
donc tout un tas de paperasse à organiser et à classer, et de multiples interlocuteurs,
dont l’inamovible CPE qui dirige le service. En l’occurence le CPE auquel nous
avions affaire était un sombre connard, essentiellement préoccupé par son
déroulement de carrière et ses fichus parapentes qui l’occupaient deux week-ends sur
trois.
La chance m’avait souri : la plus jeune du service partait en congé maternité,
j’avais donc six mois de contrat, le temps de me remettre de ma rupture, d’arrêter de
naviguer à vue et de savoir un peu plus vers quoi j’allais me diriger. Mes trois
collègues avaient entre 40 et 55 ans, et j’ai senti dès mon arrivée une méfiance et une
atmosphère délétère, que je mettrais quelques semaines à analyser. En rentrant dans le
bureau j’ai reconnu Valérie, la plus jeune des trois, je l’avais souvent croisé en manif
avec Cécile, mais Cécile la disait un peu spéciale, j’allais comprendre.
Chantal, la plus ancienne, était aussi la plus aigrie. Désagréable, disant à peine
bonjour le matin, c’est pourtant la personnalité que j’apprécierais le plus dans les
derniers mois, car au fond la plus droite et professionnelle dans son travail. J’ai mis
quelques semaines à constater que Valérie se prêtait régulièrement à un jeu agaçant :
à peu près un vendredi sur deux, le téléphone sonnait vers neuf heures. Chantal se
renfrognait, en général je décrochais, et Valérie m’annonçait que sa fille était malade,
on devrait donc se passer d’elle ce jour-là. Enfant malade, le truc inattaquable. Ca
marche à tous les coups, un certificat du médecin et le tour est joué. Et
malheureusement les médecins de complaisance sont des contacts qui circulent bien,
Valérie en connaissait apparemment un fameux. Ainsi elle s’offrait régulièrement des
week-ends de trois jours, Jocelyne (la troisième secrétaire du service) m’avait
d’ailleurs raconté en aparté l’avoir croisée à un salon de loisirs créatifs un vendredi
où elle était censée garder sa fille…malade. Jocelyne, elle, avait posé un jour de
congés pour ce salon, mais elle n’avait pas ébruité cette rencontre, elle ne tenait pas à
pourrir davantage l’ambiance du bureau et après tout qu’est-ce que ça changerait ?
Valérie était aussi très active dans son syndicat, ce qui lui permettait de bénéficier
régulièrement de décharges. Et je découvrais une lutte larvée très intéressante entre
Valérie et Jocelyne, c’est à qui arrivait à décrocher le plus de ponts et à cumuler avec
des jours de RTT. J’avais souvent observé navrée leurs petits calculs mesquins, les
yeux rivés à un calendrier format XXL, calculette en main, cherchant à tirer le
meilleur parti d’un pont transformable en viaduc. Cela donnait lieu à des séances
épiques avec le CPE lors de la distribution des congés, chacune défendant son bon
droit (« oui, mais l’an dernier… »), et en général Valérie l’emportait car le CPE
redoutait ses attaques syndicales. Tout ça mis à bout à bout, on voyait Valérie environ
50% du temps, et le travail retombait sur nous, d’où l’atmosphère malsaine du
bureau, je comprenais maintenant la mauvaise humeur perpétuelle de Chantal.
Je découvrais effarée qu’on pouvait être syndiquée et s’en servir comme arme pour
défendre des intérêts personnels. Alors qu’à la base les syndicats défendent le
collectif, certaines s’en servaient à des fins toutes personnelles, sans vergogne et sans
limites. Cécile s’en plaignait aussi, ces perversions du syndicalisme la scandalisaient,
elle dont toute la famille était historiquement militante, elle observait ces dérives avec
une froideur résignée. Cela me choquait d’autant plus que tout ce temps de travail
était volé à la collectivité alors que des dizaines de milliers de personnes allaient
pointer tous les jours à Pôle-Emploi. Et ces dizaines de milliers de personnes auraient
pu accomplir le travail de Valérie plus efficacement, ce genre de pratique représentait
véritablement une gifle à la face de tous ceux et celles qui avaient cinq fois le niveau
pour accomplir ce boulot…et qui restaient sur le carreau.
J’observais par ailleurs une frilosité de mes trois collègues quand à leur évolution
professionnelle. Le service basculait de plus en plus de tâches sur informatique,
notamment la gestion des absences, et je sentais une réticence phénoménale à suivre
les formations indispensables à ces changements progressifs, à part peut-être chez
Chantal. Ces dames étaient rentrées dans la fonction publique par la petite porte, sans
concours du temps où c’était encore possible, elles ne se rendaient donc absolument
pas compte de leur chance d’être fonctionnaires en CDI, et la routine remplissait leurs
journées mornes sans qu’elles aient envie d’y changer quoi que ce soit. Elles
ronronnaient dans leurs petites habitudes, leurs petites fesses douillettement ancrées
dans leur fauteuil ergonomique, le café à 10h, la pause à midi, la quille à 17h, et elles
n’avaient aucune idée du combat auquel se livraient tous les jours des masses de
chômeurs et chômeuses fatiguées pour essayer d’accrocher ne serait-ce que trois mois
d’un contrat à durée déterminée qui ne leur donnerait que la moitié de leurs
prérogatives. Dehors, oui juste là, et bientôt j’allais m’y retrouver, moi aussi.
Tout ça et les commérages fleuris ont eu tendance à annihiler le peu d’entrain que
je mettais à remplir mes tableaux excel. Je savais me servir d’excel, alors j’ai
rapidement été mieux acceptée qu’au départ. On me refilait du boulot, et puis on me
demandait des conseils pour l’informatique. Tout à coup, je devenais une
technicienne de haute-volée. Pensez-donc, je savais ouvrir une pièce jointe,
transférer un message et même créer une liste de diffusion. Heureusement qu’il y a
eu le volley pour me sortir du marasme de cet automne. J’ai appris par hasard qu’il
manquait une personne à l’équipe féminine qui s’entraînait tous les jeudis, je suis
allée les voir un soir, j’ai touché quelques ballons, pour être intégrée le jeudi suivant.
L’équipe n’avait rien à voir avec le collège, elle était intégrée à un club amateur qui
bénéficiait gracieusement du gymnase pour s’entraîner. Les filles étaient presque
toutes plus jeunes que moi, sauf Noémie la capitaine. J’ai eu très mal aux mains en
sortant des premières séances, parfois je n’arrivais plus à taper au clavier le vendredi
matin, et je maudissais d’autant plus Valérie lorsque ce jour-là sa fille faisait une fois
de plus montre d’une santé fragile…
Les entraînements étaient plutôt intensifs et de temps en temps nous jouions le
dimanche, parfois assez loin et alors les copains étaient mis à contribution pour
conduire notre escouade à bon port. Bertrand étaient de ceux-là, le copain de Fatiha,
et j’avais rapidement remarqué que c’était un chaud lapin, distillant un charme
ravageur et faisant tout pour attirer l’attention des filles. Ca occasionnait de sérieuses
engueulades avec Fatiha, nous on comptait les points avec les filles et on se marrait.
Malgré son côté hâbleur pénible, je dois avouer qu’il me faisait de l’effet, et mon
corps commençait à se sentir seul, j’ai lâchement entretenu ce nuage érotique qui
commençait à se manifester lorsque nous nous croisions. Un soir de décembre, après
un match victorieux dans une sous-préfecture nichée au fin fond du département, j’ai
reçu un SMS : « Julie j’ai envie de toi. Appelle-moi. Bertrand ». Point.
Okay je l’avais trouvé très mignon ce jour-là et j’avais dû frôler intentionnellement
sa main mais je trouvais ça incroyablement gonflé de me brancher si abruptement.
Déjà comment est-ce qu’il avait eu mon numéro ? J’ai laissé passer la soirée. Le lundi
s’est révélé calamiteux, un temps abominable dehors et les collègues eh bien…
comme un lundi, quoi. Et ce SMS qui ne voulait pas sortir de mon crâne, le joli
minois de Bertrand qui s’incrustait dans ma rétine, j’ai décidé de répondre à son texto
en sortant du taf. Tant pis pour Fatiha, après tout on n’était pas amies.
17h09 « Bertrand, on peut se voir si tu veux. »
17h34 « Attends, là je suis au boulot, je peux t’appeler tout à l’heure ? »
17h48 « Quand tu veux, mon grand, je suis chez moi. »
Il m’a appelé vers 18h30. Il rentrait chez lui mais on pouvait se voir le lendemain,
il trouverait un prétexte pour avoir sa soirée. Je lui ai proposé de passer chez moi.
C’était puéril de se donner rendez-vous ailleurs, on savait l’un comme l’autre qu’on
n’allait pas se voir pour échanger des recettes de cuisine.
Le lendemain soir je suis rentrée à l’appartement fébrile mais excitée. J’ai pris une
douche, me suis calée sur le canapé et j’ai essayé d’écouter la radio. Ca a duré. A
19h36 j’ai reçu un SMS « Désolé, Fatiha me tue si je sors ce soir, elle a préparé un
tajine… » J’ai respiré un grand coup, ça a fait redescendre toute la tension, j’ai mangé
et suis allée bouquiner au lit.
Finalement il pouvait passer le vendredi. Je suis rentrée à l’appartement fébrile
mais excitée, j’ai pris une douche, me suis calée sur le canapé et j’ai essayé d’écouter
la radio. J’entendais surtout mon coeur qui battait fort, et je n’arrivais pas à trouver
une position agréable sur le canapé. Vers 19h la sonnette a claqué. J’ai mis un temps
infini à retrouver mes mules, et je suis allée ouvrir. Bertrand s’est jeté sur moi, a
refermé la porte d’un coup de pied, m’a plaquée contre le mur, a dévoré mes lèvres en
enlevant mon pull et mon t-shirt, baissé mon jean d’un mouvement du poignet et m’a
baisée furieusement à la hussarde. Nan je déconne. Il était un peu en retrait dans le
couloir, hésitant. Je lui ai dit de rentrer, on s’est fait la bise et on s’est assis sur le
canapé. Je suis allée chercher deux bières qu’on a bues vite. Je sentais mes mains
trembler quand je saisissais le goulot. Je ne me souviens pas de quoi on a parlé.
Probablement de nous, de Fatiha, je me souviens de « super chiante ». Et puis il s’est
rapproché de moi, ça je le revois au ralenti, il m’a embrassée tendrement, m’a
caressée les cheveux. Il n’y avait plus de radio, plus que les froissements des tissus, le
contact des peaux. On a fait tomber nos vêtements très vite et on s’est empoignés sur
le canapé comme deux boxeurs. C’était sauvage, comme si nos corps n’attendaient
que ça, l’autorisation des cerveaux, ce moment justement où les têtes décrochent et
où les corps mènent la danse tout seuls. Intenses instants, on a fait éclater nos sexes
en gerbes, en grognant et en suant. On est passés au lit, on a remis ça plus calmement,
suçant gaillardement et profondément, et je me rappelle encore du goût de cet interdit
qui nous galvanisait. Je m’étais entraînée la veille avec Fatiha, on avait déconné et
transpiré ensemble et maintenant je baisais son mec, et c’était foutrement bon.
Bertrand a pris une douche express, s’est rhabillé vite fait, m’a embrassée, est reparti
comme il était venu.
Voilà, j’en étais là, je trompais une camarade, je m’en fichais pas mal et j’attendais
que son mec me rappelle. On arrivait à se voir à peu près tous les dix jours, toujours
chez moi. C’était à chaque fois le feu d’artifice. J’aimais son corps bien dessiné, ces
cuisses puissantes, ce sourire de canaille. Les matchs du dimanche succédaient les
uns aux autres et je devenais de plus en plus parano. Bertrand évitait le plus possible
de nous convoyer mais certaines fois il ne pouvait plus y échapper c’était son tour.
Ces trois dimanches ont été stressants. On faisait le maximum pour éviter de croiser
nos regards, je n’arrivais pas non plus à regarder Fatiha dans les yeux et Noémie
m’engueulait parce que je jouais n’importe comment. Aux entraînements je sentais
Fatiha plus cassante envers moi, comme si elle se doutait de quelque chose. Moi je
n’en voulais pas à son couple, je voulais juste un peu de son mec et de sa queue
fabuleuse.
Finalement mon contrat est arrivé à terme à la fin du mois de février, ça tombait
très bien. J’en ai profité pour marquer un coup d’arrêt à cette histoire, ça devenait
trop dangereux et ça risquait de me faire du mal, de tourner au vilain. D’abord
Bertrand : j’ai savouré chaque centimètre de son corps un dernier mercredi soir, le
lendemain je l’appelais pour clore les hostilités, je ne voulais pas d’une de ces ultimes
séances de baise qui rajoutent du pathétique à la déconfiture de la séparation. J’ai
annoncé aux filles que j’arrêtais le volley, prétextant la fin de mon contrat au collège
et d’autres horaires qui empêchaient les entraînements dans mon nouveau boulot
imaginaire. Je remettais les compteurs à zéro. « No man no cry », comme dit
(presque) la chanson.
Les clichés ont la vie dure : quand t’es seule, quand ça va pas, il faut sortir, faire
des voyages, faire du sport. Sortir je n’avais pas envie, faire des voyages je n’avais
pas les moyens, j’ai donc choisi le sport. Le volley me manquait. Je déchargeais
beaucoup de tension nerveuse dans les matchs et les entraînements et j’avais
désormais besoin de ma dose d’endorphines. En même temps je n’avais pas envie
d’un sport collectif. Me restaient : le vélo, mais j’en faisais déjà tous les jours ça me
suffisait, la natation mais je nageais mal, enfin le jogging. C’est pratique le jogging :
équipement réduit au strict minimum, libre choix du parcours et de la durée, c’était ce
qu’il me fallait. J’ai commencé avec mes vieilles baskets et au bout de quelques
semaines j’ai acheté des chaussures plus adaptées, qui d’ailleurs m’ont coûté un bras.
Au début j’étais vannée en vingt minutes mais j’ai augmenté au fur et à mesure. Les
sensations étaient terribles, à la fin des séances j’étais dans une espèce de lévitation :
hors d’haleine, le coeur battant à fond et vidée de mon stress.
L’entretien s’est déroulé dans un bureau minuscule, spartiate, avec le gérant, tout
simplement. Un grand type froid, très direct, qui a commencé par me présenter
l’établissement, puis le travail : beaucoup d’accueil, aussi du nettoyage et du
rangement, avec des horaires à 80% d’un temps plein. La fille à remplacer avait
trouvé une opportunité dans un club du même genre à Cap Skirring au Sénégal, ils
cherchaient quelqu’un d’opérationnel très rapidement, visiblement ils étaient bien
dans la mouise. Je me suis présentée à mon tour, en mettant l’accent sur le volley, le
jogging, sans préciser que je nageais à peu près aussi bien qu’un steak surgelé. Tout
ça a duré vingt petites minutes, avec le traditionnel on vous tiendra au courant en
guise d’au revoir. A ma grande surprise on m’a tenue au courant très rapidement, le
lendemain matin en fait, j’étais retenue et je commençais trois jours après ! Le boss
(qu’on voyait rarement) me révèlerait plus tard que c’est mon look et surtout mon
élocution qui l’avaient convaincu, en somme j’avais bien fait d’y aller en chaussures
de sport. J’ai appelé Cécile pour lui annoncer la bonne nouvelle et on a fêté ça le soir-
même, elle me confiant ses tracas avec des élèves de plus en plus ingérables, moi lui
parlant de mes dernières lectures et du boulot à venir.
Le lundi j’ai été briefée rapidement. Visite des espaces, certains luxueux, et
consignes pour le nettoyage régulier des vestiaires et le rangement des appareils de
torture. Il m’a ensuite fallu assimiler en un temps records les différents tarifs de
l’établissement, formules d’abonnement et soins spécifiques. Tout ça me paraissait
bien cher, et effectivement mes premières impressions ne m’avaient pas trompée : les
clientes étaient constituées pour majeure partie de bourgeoises qui s’ennuyaient, de
vieilles qui vieillissaient, et de mères au foyer pleines aux as. Les clients étaient des
cadres CSP++ entretenant scrupuleusement des corps sans graisse et des retraités
bronzés au comportement d’autant plus arrogant qu’ils ne pouvaient plus se permettre
de taquiner la jeunette.
Bref, une ambiance plutôt sinistre et des rapports tout entier basés sur l’argent, les
airs de domination de certaines ne souffrant pas la contestation. De ces femmes qui
ont l’habitude (et l’ont toujours eue) qu’on respecte leurs désirs sans même envisager
le contraire. J’ai assisté ce matin-là à une séance surprenante : l’aquacycling. Je ne
sais pas qui a inventé ça mais j’étais bidonnée intérieurement à considérer cette scène
d’anthologie : il faut imaginer une dizaine de femmes d’âges variées immergées dans
une piscine jusqu’aux épaules, juchées sur des vélos…dans l’eau ! Une monitrice est
postée au bord du bassin et gueule des instructions comme une poissonnière, parce
qu’elle doit couvrir le son d’une infâme musique techno qui rythme les mouvements.
Evidemment le son se disperse énormément dans ces endroits très ouverts, pas
d’autres moyen que de beugler dans un petit ampli pour se faire entendre, d’où une
atmosphère de fête foraine sans la fête, c’est difficile à expliquer.
Nous étions quatre à nous relayer entre les différents postes, et je dois dire qu’à la
différence de la Vie Scolaire il n’y avait pas de tire-au-flanc. Je me retrouvais souvent
avec Tania à l’accueil, jeune femme d’environ 35 ans un peu grasse, surbronzée et
soupe-au-lait. Je pense qu’elle s’était fait refaire les lèvres, c’était très moche ; sa
conversation tournait autour de trois thèmes : son corps, son mec et son chien, un
bichon absurde et hautain que j’ai eu le privilège de croiser en deux occasions.
L’ennui caractérisait certaines après-midi, où à part contrôler les abonnements et
délivrer des tickets d’entrée, nos tâches étaient limitées. Le soir à tour de rôle c’était
nettoyage et rangement, je rentrais chez moi soit vers 17h30 soit vers 19h30. Un jeudi
creux où je terminais plus tôt, j’ai décidé de tester le hammam. Nous avions
royalement droit à cinq heures offertes par trimestre à répartir où nous voulions, après
c’était le tarif normal. Il va sans dire que les cinq heures de Tania se passaient
immanquablement sous les lampes à bronzer. Je suis passée par les vestiaires, ai
enfilé mon maillot, pris une douche et suis entrée dans le hammam. Douce chaleur
humide, la vapeur d’eau faisant ruisseler les murs de la pièce, de la taille d’une petite
chambre, les particules en suspension se détachant dans la lumière. A intervalles
réguliers, on entendait l’eau se diffuser dans des cavités pour contribuer à nouveau à
embuer la pièce. Une jeune femme sculpturale était assise sur le banc circulaire, les
seins nus, une serviette nouée autour de la taille. Typée moyen-orientale, grands yeux
en amande, longue chevelure de jais, elle me considérait comme absente, comme si
elle avait fumé. Elle m’a adressée la parole avec un léger accent, me conseillant de
passer aussi une serviette, d’ailleurs il y en avait sous le banc et c’était plus agréable.
Embarrassée, j’ai saisi la serviette et enlevé mon maillot de bain, c’est vrai que c’était
mieux ainsi, la peau aérée. De sa voix grave et indolente, elle m’a dit qu’elle avait
tout de suite vu que c’était la première fois que je mettais les pieds dans un hammam.
Et elle a commencé à me parler d’elle. D’origine libanaise, chrétienne maronite, ses
parents étaient venus s’installer en France dans les années 80, elle ne se rappelait que
de quelques années enfant à Beyrouth. Elle me demanda ce que je faisais, qui j’étais.
J’étais troublée par ses questions, je voulais me reposer et ne plus penser à rien,
pourtant je sentais qu’elle n’était pas inquisitrice, juste curieuse…et splendide. La
fatigue aidant j’étais comme ensorcelée, comme si on avait recouvert mon corps d’un
doux coton. Je lui ai parlé de ma famille, des mecs en fustigeant leur inconséquence
et leur couardise. On a bien rigolé, elle aussi sortait d’une histoire pas drôle, je
commençais à être à l’aise.
Et puis elle m’a un peu expliquée les bienfaits du hammam, qu’elle avait découvert
en retournant de temps en temps au Liban, même s’ils se faisaient de plus en plus
rares, certains ne fonctionnant plus que l’hiver. Là-bas, c’étaient des établissements à
part entière, et pas intégrés à des complexes fourre-tout comme en France : la chaleur
y était plus diffuse, plus enveloppante, du fait que les salles étaient plus grandes. On
pouvait s’allonger sur la dalle centrale en l’ayant apprêtée au préalable avec de l’eau
jetée en pluie, régulièrement d’ailleurs on s’aspergeait d’eau pour apaiser le corps.
Transpiration, dilatation des pores, une heure durant, deux heures parfois, alors qu’en
France on tenait rarement plus d’un grand quart d’heure, à cause de l’exiguïté des
cabines et de l’intensité de la vapeur. Je n’avais pas remarqué un petit pommeau de
douche froide ; accompagnant ses explications, Salma m’a passé le jet sur le haut du
corps, puis sur le crâne, lissant mes cheveux de ses mains. Sensation délicieuse, un
bien-être inondant tout mon corps, l’eau s’insinuant partout, trempant la serviette
mais pas de manière désagréable, la chaleur reprends vite ses droits. Principe
d’aération de la peau : on mouille, la chaleur sèche, on hydrate à nouveau, etc…
Elle me sentait tendue, m’a proposée de me masser. Elle m’a précisée qu’au pays
les séances de bain chaud étaient généralement complétées par un lavage complet du
corps, suivi de massages parfois éprouvants mais oh combien bienfaiteurs pour les
muscles. Je me suis allongée sur le ventre, Salma est venue s’installer à califourchon
sur mes fesses et a commencé de savants mouvements de pétrissage de mes chairs
rendues moites par la chaleur. C’était apaisant, je pouvais littéralement sentir les
noeuds de mes muscles se dénouer sous ses doigts. Elle est descendue plus bas,
produisant des mouvements concentriques autour de la colonne vertébrale, plus bas
encore pour taquiner mes fesses. Je sentais des ondes de plaisir me parcourir tout le
dos. Et puis elle a saisi à nouveau le jet d’eau pour s’hydrater et ensuite me le diffuser
de haut en bas. Alors Salma a fait descendre une main le long de mon cou, puis un
peu plus bas sur mon sein. Elle a fait le tour de ma poitrine, j’avais fermé les yeux, la
respiration suspendue, il se passait des choses et j’étais incapable de réagir. Je sentais
mes têtons durcir, la pression de sa main se faisait plus ample sur mes seins,
maintenant elle me pelotait franchement. Elle m’a demandé si j’aimais bien, je lui ai
dit oui dans un souffle rauque. Nous nous sommes assises à nouveau, elle a collé son
flanc contre le mien. Silence durant deux, trois minutes, nous avons laissé la chaleur
reprendre possession des peaux. Puis elle s’est tournée vers moi, a passé une jambe
dans mon dos une autre par-dessus mes genoux. Elle a rapproché son visage du mien,
le couvrant de baisers puis m’embrassant, ses lèvres chaudes et pleines me dévorant
la bouche.
J’avais ses seins lourds à portée de main, j’ai entrepris de les lui effleurer, puis de
les soupeser avec gourmandise et de les caresser, allant ensuite tourner avec ma
langue autour de ses aréoles et faire grossir encore des mamelons déjà écarlates. Elle
m’a arrêtée pour m’embrasser à nouveau, c’était divin. Puis c’est elle qui s’est
occupée de ma poitrine avec sa bouche. Je sentais mon corps fondre, à la fois par
l’action coordonnée de la chaleur et de la vapeur d’eau, aussi grâce aux caresses
expertes de Salma. Elle a repris le jet d’eau froide et nous a aspergées toutes les deux
cette fois-ci, jouant avec le filet d’eau et l’orientant de plus en plus bas, vers nos
sexes. Les serviettes étaient complètement trempées, elle m’a alors annoncée avec un
air coquin que nous étions bien loin de la tradition du hamman, me demandant si je
souhaitais continuer. Je l’ai encouragée à le faire, elle a retiré ma serviette, la sienne,
nous étions maintenant complètement nues dans cette cabine surchauffée et humide,
les corps en ébullition. Salma a pris ma main et l’a dirigée vers sa chatte, c’était tout
humide et doux, je ne pouvais plus m’arrêter de la caresser, elle lançait des hoquets
de plaisir étouffés.
Elle s’est allongée sur le banc principal, m’ouvrant largement ses jambes. J’ai
longuement parcouru ses cuisses, retardant l’intervention de ma bouche. J’ai à
nouveau pris la douche froide pour refroidir son corps torride, je commençais à bien
transpirer aussi et j’ai accueilli avec soulagement le jet à mon tour. J’ai reposé le
pommeau et me suis lentement dirigée vers son sexe avide. Passant d’abord ma
langue sur le haut des cuisses, j’ai fait quelques incursions vers l’intérieur, frôlant de
plus en plus ses poils mouillés. Je suis remontée sur le haut de sa chatte et j’ai assez
vite trouvé le clitoris. Quelques léchouilles plus tard, je l’ai abandonné pour
descendre le long de son sillon, augmentant au fur et à mesure l’intensité et la
longueur des aller retours. Je la léchais maintenant profondément, régulièrement,
goûtant son miel abondant. Salma a commencé à laisser échapper des plaintes de
plaisir, je la sentais frémir, me caressant la tête, ondulant le bassin. Au bout de
quelques minutes de ce traitement elle s’est tendue dans un cri rauque, son orgasme
inondant la pièce. J’ai eu peur que Tania entende mais aucun souci, la pièce était
formidablement isolée. Salma m’a accueillie dans ses bras, le contact de son corps
était très maternel, les seins épanouis et la mine réjouie. Elle s’est relevée, nous a
douchées toutes les deux et s’est occupée de moi, et ce moment je le garde pour moi,
un véritable arc-en-ciel de la jouissance.
On a échangé nos numéros en partant. Je n’étais pas lesbienne, je n’avais pas envie
d’une amoureuse, mais pour la gaudriole, après tout, c’était ce qu’il me fallait à ce
moment-là : j’en avais soupé des mecs pour un moment, et Salma était une fille
vraiment spéciale, envoûtante. Je l’ai invitée chez moi un soir de la semaine suivant
nos ébats humides. On a beaucoup discuté, elle avait eu d’autres problèmes que moi
avec les mecs, même si certaines caractéristiques se recoupaient. Le dernier
notamment était violent, il l’avait frappée à plusieurs reprises et, comme moi, il lui
faudrait un moment avant d’avoir envie de se plonger à nouveau dans une relation
avec un homme. On n’a pas parlé du hammam, comme un accord tacite de ne pas
gâcher le souvenir de ce moment extraordinaire. Elle a dormi sur le canapé et je lui ai
laissé les clés, elle avait envie d’être en ville pour la journée. Lorsque je suis rentrée
le soir suivant elle lisait sur le canapé, souriante, flamboyante. On a un peu discuté
mais je n’arrivais pas à me concentrer, j’avais chaud. Son regard m’invitait, son
décolleté me tentait, j’ai senti une violente envie monter, n’y tenant plus je me suis
précipitée entre ses bras et j’ai commencé à l’étreindre. C’était bon de serrer à
nouveau un corps entre mes bras, son odeur suave me stimulait, ma belle amazone
libanaise. On n’a pas tardé à passer au lit et à combler nos corps, je parcourais avec
délices ses courbes harmonieuses, me régalant particulièrement de ses formidables
seins. On a pris une douche ensemble, réactivant le souvenir du hammam, et puis elle
a filé pour regagner le giron familial.
Elle habitait à la campagne avec ses parents, une grande maison avec un terrain
incroyable, j’y suis allée quelques fois. La première fois, un barbecue avec ses amis,
tous plus défoncés les uns que les autres, c’est parti un peu dans tous les sens. Et puis
la deuxième fois toutes les deux, un week-end où ses parents étaient absents. On est
allées faire une grande balade à vélo autour des étangs environnants. Une douche en
rentrant, et on est passées à l’apéro. Elle avait préparé des mezzes, on s’est régalées
en faisant un sort à la bouteille de Chablis qu’elle avait débouchée. Toujours aussi
splendide, elle semblait triste ce jour-là, et m’a appris que ça commençait à chauffer
avec ses parents : ils lui mettaient la pression pour trouver un boulot, et malgré sa
formation en commerce international elle ne trouvait rien. Elle était déprimée avec
tout ça, toutes ces lettres de refus, ces rendez-vous sans suite à l’ANPE. On a fait
péter la deuxième bouteille, elle avait besoin de parler, d’exprimer ses frustrations.
Les échecs de sa vie sentimentale s’ajoutaient à son sentiment d’inutilité sociale, mais
qu’est-ce que ses grands yeux tristes étaient beaux à ce moment-là. A la troisième
bouteille on est montées sur la mezzanine, un grand salon avec un écran énorme en
plein milieu ; elle a pris un air de conspiratrice, « il faut que je te montre un truc »…
Elle a mis un DVD dans la platine et c’était un porno, je me suis marrée. C’était à son
père, de temps en temps elle allait fouiller un peu dans sa collection cachée. On
gloussait en commentant et en regardant les queues rentrer dans les chattes, les
visages extatiques des filles recevant des bordées de sperme, les sexes se superposant
les uns aux autres. On gloussait mais on commençait aussi à être bien rouges, actions
conjuguées du vin et de l’excitation. C’était le mois de mai, pas encore la canicule
mais il faisait déjà chaud, particulièrement à l’étage. Salma a retiré son jean, s’est
enfoncée un peu plus dans le canapé…et a fait descendre sa main droite dans sa
culotte. On était à se toucher, je me tortillais, j’avais envie de faire comme elle, dieu
ce que j’avais envie. Elle a tourné son visage vers le mien, apaisée, et elle a continué
à se branler régulièrement. Le film devenait aussi plus excitant, une scène collective
avec trois couples, ça baisait dans tous les sens, tous les trous et toutes les positions.
J’ai enlevé mon jean à mon tour et j’ai glissé aussi ma main dans ma culotte, avec
un énorme frisson de satisfaction et une volupté redoublée par l’alcool. Alors Salma a
commencé à me questionner sur mes pratiques solitaires, comment je le faisais, elle
était tout à coup très curieuse. On est arrivées à la question du vibro, et non je ne
connaissais pas ces machins-là, jamais expérimentés, tout juste vus en rêve, en
passant je lui ai promis de lui raconter le fameux rêve. Elle a disparu dans une pièce
adjacente, en est revenu avec un vibromasseur violet à la main, entreprenant de me
montrer l’intérêt de ce joujou. Donc : un film porno dégoulinant ses images face à
nous, nous deux surexcitées et un vibro pour corser le débat. Nous avons retiré nos
culottes, Salma s’est allongée vers moi pour me présenter son sexe humide, et elle a
commencé à se servir du dildo. Elle a tourné autour de son sexe, agaçant son clitoris,
puis lentement, centimètre par centimètre, a fait rentrer l’objet dans son vagin. Le
petit moteur vrombissait plus ou moins selon l’intensité qu’elle lui donnait. Je voyais
les traits de son visage se contracter, sa langue passer sur ses lèvres, elle prenait son
pied, et bien. Ca n’a pas été long, en trois minutes elle a déclenché un orgasme
fulgurant, retentissant dans tout le salon. On a bu un autre verre, elle m’a dit utiliser
cet outil régulièrement, un excellent compagnon d’après elle, bien meilleur que
certains hommes, et elle m’a demandé de m’allonger. Elle a terminé de me
déshabiller complètement, frottant sa peau le long de mon corps nu et chaud, faisant
pétiller les épidermes et communier les chairs. Elle m’a embrassée longuement, puis
a enclenché le vibro. J’ai fermé les yeux, je lui confiais mon corps. Les sensations
étaient nouvelles, précises, j’avais l’impression de flots de jouissance qui
m’envahissaient par vagues. Salma m’embrassait et me caressait en même temps, et
je n’ai pas mis longtemps non plus à jouir, en même temps cela faisait une demi-
heure que le film défilait, l’explosion sensuelle n’en a été que plus salutaire. On est
allées prendre une douche, ensemble cette fois-ci, nous couchant dans les bras l’une
de l’autre. Le réveil a été à nouveau très épicé, caresses, soixante-neuf de gala et
vibro pour ponctuer l’affaire. Je suis repartie un peu sonnée, ébahie par cette
avalanche de sensations neuves, de saveurs piquantes et d’interdit. La séance avec le
porno en grand écran, waouh, ça c’était de l’inédit, et encore plus ce qui avait suivi.
Salma est repassée me voir une dizaine de jours après cet épisode, elle était dans
tous ses états : ses parents en avaient marre de la voir traîner à la maison à ne rien
faire, ils l’envoyaient chez un oncle à Chicago. Il aurait du travail pour elle dans sa
boîte, elle allait bosser dans un bureau. On s’est revues quelque fois sans effusions
sexuelles aucunes, elle angoissait à l’idée de partir aussi loin. Pourtant malgré son
anglais chaotique j’étais sûre qu’elle trouverait sa place là-bas, elle était ébouriffante,
sa personnalité ferait la différence. Elle est partie à la fin du mois de juin. J’ai eu trois
mails pendant l’été, ça se passait bien, et puis plus rien, même pas de réponse à un
mail de voeux du nouvel an. C’est comme ça, les gens vous oublient.
J’ai passé l’été à l’aquastation, à part la période de fermeture du 1er au 15 août.
J’en ai profité pour accompagner ma mère à la montagne. Une fois n’est pas
coutume, elle m’avait proposée de passer une semaine ensemble à St-Girons, dans
l’Ariège. Elle avait trouvé un petit F2 aménagé à un prix défiant toute concurrence et
j’ai découvert une région magnifique. Nous avons passé la semaine à nous balader, à
nous gaver de spécialités locales (en particulier de croustades !), et à rire comme cela
nous était peu arrivé ensemble. Je crois que ma mère était soulagée de retrouver sa
fille en pleine forme, et pas en mille morceaux comme l’année précédente, sa fille
ayant fini ses études, sa fille ayant un travail, même s’il n’était pas bien brillant, et
j’avais beaucoup d’anecdotes comiques à lui raconter sur l’aquastation. Nous sommes
revenues à la maison détendues, bronzées, et de nouveau prêtes à affronter le
quotidien.
De fait, ça n’était pas si tranquille que ça au boulot. Au début de l’été Tania
m’avait surprise à me foutre de sa gueule en aparté avec une cliente, depuis elle me
menait la vie dure, et elle avait l’avantage de l’ancienneté dans la boîte. Je ne sais pas
comment elle négociait avec le gérant (au lit ?), mais désormais je me fadais souvent
l’essentiel du nettoyage, et aussi la paperasse la plus pénible. De toutes façons ça
commençait à me peser, je végétais depuis bientôt six mois dans ce job alimentaire.
La paye honorable m’évitait de penser à la suite, j’étais encore en phase d’adaptation
au marché du travail. J’en ai pas mal parlé avec Cécile, elle m’a conseillé de chercher
autre chose. Mais pour chercher autre chose il fallait avoir du temps, la recherche
d’emploi c’est du travail à temps plein, on peut difficilement mener ça de front avec
un job ordinaire.
Alors un lundi matin je suis allée voir le gérant et lui ai donné ma lettre de
démission pour la fin de semaine. Il n’a pas eu l’air surpris, plutôt ravi même, comme
si on lui enlevait une épine du pied. Je ne sais pas ce que lui avait raconté Tania, mais
il surjouait tellement l’étonnement et la déception que c’en était risible. Au fond pour
lui c’était un bon arrangement : plus d’ambiance pourrie dans l’équipe, il n’aurait pas
d’indemnités à me payer, juste une autre fille à trouver qui ferait l’affaire, ce qui se
ferait sans mal, il le savait. Je me fichais du petit air narquois de Tania les jours
suivants, j’allais être débarrassée de sa sale gueule liftée et brunie, j’allais pouvoir
souffler loin des vapeurs de chlore et de shampoing.
Effectivement le lendemain midi elle m’appelait : elle avait compris mon urgence
de trouver un taf, et si je m’en sentais capable je pouvais être embauchée comme
barmaid dans un rade branchouille. Un mois à l’essai, on verrait ensuite selon mon
efficacité. Sans autre éclaircie en vue je pouvais tenter ça, et puis ça me ferait voir du
monde et peut-être trouver d’autres opportunités. Goguenard lorsque j’ai rempli de
mousse ma première pression, mais pas chien, le patron m’a rapidement montrée les
quelques bases et m’a conseillée d’être ferme : comme j’étais mignonne, j’allais me
faire emmerder. Ce qui est sûr, c’est que c’était épuisant : sept heures par jour, de 18h
à 1h du matin, quatre soirs alternés par semaine. A six à se relayer pour couvrir tous
les créneaux, du lundi au samedi…
J’ai failli me blesser plusieurs fois, surtout cette fin de soirée la deuxième semaine
où j’ai dérapé sur un machin glissant en revenant au bar, le plateau a valsé,
heureusement vide et je me suis explosée la jambe le long du comptoir. Rien de grave
au final mais ça et le verre renversé, c’était plus sportif que l’aquastation. Et puis les
clients chiants, pétés, qui te draguent comme des balourds…A côté de ça des
conversations intéressantes, plus souvent en début de soirée mais j’étais clairement là
aussi pour compenser les manques affectifs. La règle d’or : ne pas établir de contact
avec un client en dehors du bar. C’est pourtant là où j’aurais pu attirer quelques
spécimens intéressants dans mes filets, les regards éloquents déversaient des
charrettes de promesses à certains moments de la nuit. Il y eut toutefois une
exception, mais à circonstance particulière conclusion déraisonnable. A la mi-janvier
le patron nous a demandés qui serait volontaire pour travailler le dimanche suivant,
pas en ouverture aux clients mais pour une soirée privée. Quand j’ai vu comment
Franck s’est tout de suite porté volontaire avec un sourire polisson, sachant qu’il était
le plus ancien des barmen, je me suis dit que la soirée devait être spéciale et j’ai aussi
levé le doigt. La patron nous a ensuite expliqué que c’était une soirée libertine. On
servirait essentiellement du champagne et du vin ce soir-là, à une clientèle triée sur le
volet, certainement dans des tenues ou des activités inhabituelles, la soirée avançant.
On nous demandait discrétion, disponibilité, sans participer évidemment. Une journée
de travail supplémentaire, davantage d’heures qu’à l’ordinaire, mais la prime serait à
l’avenant.
Ce dimanche-là nous sommes arrivés à 17h pour préparer la salle, nous vannant les
uns les autres pour désamorcer une excitation bien palpable. Une équipe était passée
plus tôt dans la journée pour transformer le bar en lieu de concupiscence,
particulièrement la vaste arrière-salle : tapis, larges sofas, tentures de velours pourpre,
éclairages tamisés, le billet d’entrée devait être salé. Vers 18h les premiers
participants ont commencé à arriver…masqués. Beaucoup de trentenaires et
quarantenaires, quasi-exclusivement en couple, de toute évidence friqués mais nous
considérant avec bienveillance, ils ont commencé par former de petits groupes pour
discuter bruyamment autour des tables garnies de champagne et de petits fours salés.
Peu à peu on voyait s’éclipser des couples pour aller rejoindre l’arrière-salle et nous
sommes allés servir de plus en plus de ce côté. Première vision surprenante : j’avais à
ma gauche une jeune femme alanguie sur un fauteuil, à moitié nue, gémissant en
faisant aller et venir un gode translucide, pendant que trois grand gaillards se
branlaient allègrement en la regardant : j’ai servi du vin aux hommes, pas à la dame
qui semblait toute à son affaire. En continuant vers le fond c’était plus intense, deux
couples étaient en train de baiser nonchalamment et simultanément, les femmes à
cheval sur les hommes, deux autre couples regardant la scène en se caressant à peu
près partout. Un type à éjaculé à proximité de mon plateau, il s’est excusé en
bredouillant et m’a tendue son verre pour que je le serve. J’étais cramoisie. Il y avait
maintenant une vingtaine de personnes dans la salle, une vague musique lounge était
diffusée dans les haut-parleurs et l’atmosphère était étouffante. Franck s’est marré
lorsqu’il m’a vue rappliquer au bar effarée et écarlate. C’est toujours la même histoire
avec le sexe : c’est mystérieux et électrisant lorsqu’on est actrice, gênant et ennuyeux
lorsqu’on est spectatrice hors contexte. Pourtant mes rétines enregistraient les scènes
précisément et je serais surprise les semaines suivantes de la capacité rétrospective de
ce spectacle à alimenter mes fantasmes et mes masturbations. Pour l’heure ça
forniquait à tout va, ça buvait pas mal, une orgie urbaine au milieu de la ville. Et puis
ce type qui restait au bar. J’étais allée le servir plusieurs fois, il ne se décidait pas à
plonger dans l’arène. Je l’avais vu faire deux ou trois incursions exploratrices mais il
en était revenu dépité, comme effrayé.
Il semblait tellement s’ennuyer, sans vouloir partir non plus, alors j’ai trouvé un
bon prétexte pour aller le taquiner, cet inconnu masqué était de surcroît très élégant et
courtois. Nous avons pu avoir une longue conversation : la soirée était bien avancée,
certains couples se rhabillaient déjà, nous avions servis tous les plateaux du traiteur et
en somme c’était un moment creux avant de ranger et de nettoyer. Il était cadre dans
une boîte importante de matériaux, c’est son patron qui l’avait poussé à venir, il
n’avait pas refusé par curiosité et pour les convenances. Il se déplaçait beaucoup à
l’étranger, Moyen-Orient et Asie, et s’intéressait énormément à l’art. Une voix de
basse affirmée, des yeux d’un noir profond, je me sentais tomber sous le charme. Je
ne pouvais pas abandonner les collègues trop longtemps, j’ai annoncé que j’allais
retourner en salle, il m’a doucement retenue par le bras et m’a avouée que s’il n’était
pas parti plus tôt c’est parce que je lui avais plu dès qu’il était rentré. J’ai souri
comme une cruche, toute rouge, j’ai dû bafouiller une connerie et alors il m’a écrit
rapidement son numéro sur un bout de calepin en me faisant promettre de l’appeler
cette nuit-là.
Il est parti. Nous avons regardé se rhabiller les derniers invités et sommes passés au
nettoyage (les tâches sur les sofas…) et au rangement. Environ une heure plus tard,
j’étais sur mon vélo une rue plus loin à composer le numéro de Yann. Il m’a donné
une adresse à l’ouest de la ville, en quinze minutes j’y étais. Un immeuble cossu de
trois étages, dans un quartier où je n’allais jamais. J’ai sonné au numéro 8, dernier
étage : Yann avait enlevé son masque et me révélait des traits fins et volontaires,
même si on n’aurait pas vraiment pu le qualifier de beau. Il m’a fait rentrer dans un
loft spacieux, aux murs clairs simplement parsemés de toiles d’artistes
contemporains. Le rhum arrangé a achevé de me faire chavirer : je l’ai embrassé sur
le canapé et j’ai commencé à froisser sa chemise qui n’en demandait pas autant.
Presqu’un an sans homme, celui-là me tombait comme un fruit dans la main, j’allais
le cueillir et le croquer à pleine bouche. Nous nous sommes très vite jetés dans le lit
et Yann m’a baisée longtemps, câlinant mes seins, dévorant ma bouche, je sentais que
lui aussi avait besoin d’un corps, du bouleversement des muqueuses, de la confusion
des odeurs et des goûts, il m’a fait jouir plusieurs fois. La suite est une autre histoire.
Mars 2009 : après quatre mois au bar, j’ai enfin trouvé un vrai travail.
Epanouissant, gratifiant, avec des responsabilités, des missions et une équipe
formidable. Ca a duré pas loin de deux ans. Les conséquences de la crise ont ensuite
mis fin à mon contrat. Dernière arrivée, première dégagée. Je ne me suis pas plainte.
J’ai rangé mon bureau, transféré mes dossiers sur un disque dur, payé un pot au bar
du coin et en route pour Pôle-Emploi, je commençais à être habituée.
Le mois suivant j’étais à nouveau dans la rue avec Cécile et Marie, pour manifester
pour l’éducation. Je n’étais plus directement concernée mais ça me faisait plaisir de
retrouver un souffle, des préoccupations communes, un élan collectif. La mobilisation
a été moyenne, et l’ambiance morose, on se rendait compte qu’il était de plus en plus
difficile de faire bouger les gens, à se demander si le collectif pouvait encore signifier
quelque chose en France. On se disait que si on ressuscitait Karl Marx pour l’inviter
à la prochaine fête de l’Huma, il serait terrassé, le pauvre homme : que de
bouleversements en 130 ans, mais toujours les mêmes qui manipulent les mêmes, les
mêmes mensonges pour les mêmes effets, les mêmes guerres pour les mêmes
victimes. On a bu un dernier verre, en nous promettant de rester vigilantes et de
garder les yeux ouverts, toujours…et puis on est rentrées chez nous.
Elisa Olsen ne vit pas et ne travaille pas à Paris.
Après avoir exercé divers emplois, elle consacre maintenant plus de
temps à l’écriture.
Dans son premier roman, elle raconte une vie sexuelle de ce début de
siècle.
Accessoirement, elle cherche du travail.
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