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Av. de Provence 6
CH-1007 Lausanne
Fait par
Van Nhut Ho
Laurent Marmy
Sous la direction de Prof. Séverine Rey
Filière TRM, Haute école de santé Vaud (HESAV), HES-SO
(Présidente du Jury)
L’objectif de cette étude est d’explorer l’influence des technologies automatisées sur le travail
des TRM. S’inscrivant dans une approche qualitative, cette recherche de type descriptif
exploratoire a été menée auprès de huit TRM dans différentes institutions de radiologie de
Suisse romande selon des critères de sélection préétablis. Les entretiens semi-directifs se
sont déroulés entre mars et septembre 2018. Les données ont été enregistrées, retranscrites,
anonymisées, catégorisées et analysées. Elles ont été rassemblées en quatre dimensions
principales et plusieurs sous-dimensions. L'analyse des données a été effectuée selon les
méthodes d'analyse de contenu et thématique.
In the era of the 4th industrial revolution, robotization, informatization, digitalization, and artificial
intelligence are at the heart of the debates. The evolution of technologies in the radiographers’
workplace is a known phenomenon. However, few studies are focusing on the radiographers.
Notably, the automation (robotics or software) has an impact on the human-machine
association.
The aim of this study is to explore the influence of automated technologies on the work of
radiographers.
Following a qualitative approach, this descriptive and exploratory study was conducted among
eight radiographers in various radiology institutions from Western Switzerland, in accordance
with our selection criteria.The period of data collection using semi-structured interviews was
from March to September 2018. The data were recorded, transcribed, anonymized,
categorized, and finally analyzed. We have classified the data into four main dimensions and
several sub-dimensions. Inductive data analysis was conducted using content analysis and
thematic analysis methods.
Several findings enabled the study’s aim to be reached. Automation offers new opportunities
to radiographers, such as fieldwork, proficiency, responsibilities, and training programs.
However, according to some professionals, the institutions do not implicate radiographers
enough in the institutional decision-making process when new technologies are implemented,
even though the issues at stake for the profession are numerous. Technological development
also has an impact on the quality and security management, and on patient care. Finally, the
adaptation of basic training is also a key point.
Automation has a significant impact on radiographers’ activity. According to some of them, the
profession should evolve to adapt to its new work environment. The professional should also
strengthen its professional identity in order to have its role recognized in the context of
automated radiology.
Remerciements
Nous tenons à exprimer nos sincères remerciements à notre Directrice de mémoire, Madame
Séverine Rey, qui nous a encadrés, orientés, aidés et conseillés dans ce long processus.
Nous adressons nos remerciements à Madame Daniela Cerqui et Monsieur Loïc Risse
pour leur investissement en tant que membres du jury lors de notre soutenance.
Nous remercions Mesdames Débora Kapp, Rachel Marmy et Jocelyne Rossier ainsi que
Messieurs Nicolas Mamboury et Ricardo Lopes Garcia qui, par leurs relectures, leurs critiques
et leurs conseils nous ont guidé dans notre rédaction.
Nous adressons nos sincères remerciements à tous les instituts qui ont accepté nos
demandes ainsi qu’aux techniciennes et techniciens en radiologie médicale qui ont participé à
notre recherche.
Enfin, un merci tout particulier à nos familles et à nos proches pour leur soutien et leur
précieuse aide.
Table des matières
Résumé ................................................................................................................................ 3
Abstract................................................................................................................................ 4
Remerciements.................................................................................................................... 5
Liste des figures .................................................................................................................. 8
Liste des abréviations ......................................................................................................... 9
1 Introduction .................................................................................................................. 1
1.1 La profession de TRM ............................................................................................1
1.1.1 La formation avant 1985.............................................................................................. 2
1.3 L’automatisation...................................................................................................10
1.3.1 La définition .............................................................................................................. 10
Figure 2 : Probabilité d'automatisation par domaine (Survey of adult skills PIAAC, 2012, 2015,
cité dans Nedelkoska et Quintini, 2018)................................................................................14
Figure 3 : Inspirée du modèle de régulation de l'activité de travail (St-Vincent et al., 2011) ..18
Figure 4 : Courbe de deuil ou du changement (Kübler-Ross, s.d., cité dans Julien, Carrière,
Raymond et Lachance, 1994)...............................................................................................20
IA : Intelligence artificielle
En effet, nous sommes deux étudiants ayant une activité clinique en parallèle. L’un est TRM
dans un service de radio-oncologie et assistant d’enseignement à la Haute Ecole de Santé
Vaud (HESAV). L’autre est TRM avec une fonction d’administrateur avancé pour le système
d’archivage et de transmission d’images dans un service de radiologie diagnostique et
interventionnelle, avec une expérience transversale dans divers hôpitaux d’un réseau
cantonal. Nous avons donc une expérience pratique différente mais complémentaire pour
notre sujet de recherche qui porte sur l’automatisation en radiologie médicale.
1
1.1.1 La formation avant 1985
Dans un article consacré à l’histoire de la profession TRM, Huber (1995), TRM et fondateur
de l’Ecole TRM de Genève, mentionne que tout d’abord, après les années 1900 apparurent
les « aides » formées sur le tas par les radiologues, afin de les assister dans leur pratique
clinique. Ce n’est qu’en 1942 que les premiers diplômes furent délivrés par la Société Suisse
de Radiologie (SSR). Le premier programme de formation pour les Assistants Techniques en
Radiologie (ATR) a été mis sur pied en 1958 ; c’est une étape charnière pour la profession car
elle constitue une qualification formelle pour les aides en radiologie. En 1966, le programme
de formation s’étendit d’une année de formation supplémentaire pour passer à 3 ans au total
et couvrir les 3 domaines que sont le radiodiagnostic, la médecine nucléaire et la radiothérapie.
La profession changea de dénomination : l’acronyme ATR disparut et fut remplacé par ATRM,
pour qualifier le contexte médical de la radiologie. Une collaboration existait déjà entre la
Société Suisse de Radiologie Médicale (SSRM) et l’Association Suisse des Assistants en
Radiologie Médicale. Un diplôme obtenu après 6 semestres a vu le jour en 1977, entraînant
une harmonisation entre les 6 écoles officielles (Bâle, Berne, Genève, Tessin, Vaud et Zurich).
Une reconnaissance par la Croix-Rouge Suisse (CRS) fut réalisée dès l’année 1985. La
formation avait alors la forme d’un apprentissage avec une affiliation de l’élève à une
institution.
Aujourd’hui en Suisse, la formation des TRM est divisée en deux types. Elle est de type
Bachelor contenant 180 crédits ECTS (European Credit Transfer and Accumulation System)
pour la Haute Ecole Spécialisée (HES) en Suisse romande et de type diplôme pour l’Ecole
Spécialisée (ES) en Suisse alémanique. La formation en Suisse romande est assurée par la
Haute Ecole Spécialisée de Suisse Occidentale (HES-SO) sur deux sites, la Haute Ecole de
Santé (HEdS) de Genève et la Haute Ecole de Santé Vaud (HESAV) de Lausanne.
L’acquisition des connaissances se fait sous la forme d’une alternance intégrative entre cours
théoriques, travaux pratiques et formations pratiques dans divers services partenaires. En
2002, le Conseil des HES de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction
publique (CDIP) a adopté les directives concernant la mise en œuvre de la Déclaration de
Bologne, garantissant ainsi une équivalence avec les diplômes européens. En 2006, le
premier diplôme sous ce format “Bologne” a été délivré. Depuis l’adoption des directives, la
formation effectuée sur six semestres se réfère à un plan d’étude cadre (PEC). Le troisième
et dernier en date est celui de 2012. Une nouvelle dimension est donnée à la profession par
une ouverture à l’international qui offre de nouvelles perspectives de recherches et un
partenariat sur des projets à plus large échelle. La formation postgrade a connu un nouvel élan
en Suisse romande, avec l’apparition, en 2017, d’un Master en sciences de la santé
2
(orientation Technique en radiologie médicale). Ce Master conjoint HES-SO et Université de
Lausanne (UNIL) est accessible à tous les TRM possédant un titre de Bachelor ou un diplôme
jugé équivalent ; il ouvre également une porte d’accès direct au niveau doctoral. En parallèle,
plusieurs formations postgrade de type “Certificates of Advanced Studies” (CAS) et “Diplomas
of Advanced Studies” (DAS) sont disponibles pour les TRM dans des domaines spécifiques
(imagerie avancée, dosimétrie, radiologie interventionnelle, imagerie par résonnance
magnétique, gestion et direction d’institutions éducatives, sociales et socio-sanitaires, par
exmple). Elles sont dispensées par les HES en Suisse romande. Les formations continues,
dont une majorité sont dispensées au niveau romand par l’ASTRM, offrent aux TRM diplômés
la possibilité d’approfondir et d’acquérir de nouvelles connaissances et compétences tout au
long de leur carrière professionnelle. Certaines sont également certifiantes comme dans le
contexte de la radioprotection et de la mammographie par exemple. L’obligation de formation
en lien avec la nouvelle ordonnance sur la radioprotection (ORaP) peut redonner un nouvel
essor à la formation continue pour les TRM.
Pour tenter de faire face à ces changements rapides et conséquents qui ont des effets sur la
profession de TRM, l’Association Suisse des Techniciens en Radiologie Médicale (ASTRM) et
en particulier la section romande, a mis sur pied un « Réseau de Veille Métier » (RVM) dont
l’objectif principal est d’anticiper le développement et l’orientation de la profession de TRM. La
veille est selon l’Association française de normalisation (1998, cité dans Innoviscop, s. d.)
« une activité continue et en grande partie itérative visant à une surveillance active de
l’environnement technologique, commercial etc., pour en anticiper les évolutions ». La veille
est organisée en cycle dont la durée est variable selon la thématique traitée. En 2017, deux
axes principaux ont été visés : d’une part la cartographie du champ professionnel et d’autre
part celle des compétences du TRM. Ainsi, le RVM a permis de définir la typologie des
institutions sanitaires et les fonctions types des TRM en identifiant les différents corps de
métier et intervenants dans ce secteur. En parallèle, le profil de compétences lié à ces
fonctions types a été établi. Le cycle de veille actuel qui a démarré courant 2018 est consacré
aux évolutions du métier face à la technologie, avec notamment des sujets comme
l’automatisation ou l’intelligence artificielle. La sélection de ces thématiques par le groupe de
travail du RVM démontre que le phénomène de l’automatisation est d’actualité et qu’il
préoccupe les personnes qui défendent les intérêts de la profession.
Bien qu’elle soit reconnue au sein des institutions de soins, la profession de TRM reste
méconnue par le public et les autres professionnels. Deux explications au moins peuvent être
avancées : d’une part le fait que cette profession est relativement récente et d’autre part le
faible nombre de TRM en Suisse, estimés à une population de 3200 à 3300 personnes selon
3
Lehmann et al. (2012). Ces chiffres montrent que la population de TRM, 30 fois inférieure au
personnel infirmier diplômé, tout en excluant les assistants en soins et santé communautaire,
est considérée comme une minorité dans les professionnels de santé (ASI, 2018). De plus,
les deux types de formation en Suisse ne facilitent pas la réelle reconnaissance de la
profession.
Bien que la profession de TRM soit reconnue dans toutes les institutions hospitalières
romandes sous le titre de technicien en radiologie médicale, son identité professionnelle est
en évolution permanente face à l’émergence des nouvelles technologies. L’identité
professionnelle se compose de l’identité globale de la personne. Selon Gohier, Anadón,
Bouchard, Chevrier et Grossmann (2001), dont l’auteur principal est spécialiste de
l’enseignement et de la formation, elle se développe sur la base de l’identité personnelle par
l’inscription de la personne dans des formes de vie sociale et fait référence à quatre facteurs
principaux que sont le monde vécu du travail, les relations de travail, les trajectoires
professionnelles et la perception de l’avenir. L’identité professionnelle résulte d’un compromis
constant entre l’identité héritée et l’identité projetée, ce qui explique ces changements de
trajectoires. De plus, l’identité est constituée de deux composantes : l’identité pour soi et
l’identité pour autrui, soit la dimension personnelle (« ce que je veux être ») et la dimension
sociale (« comment on me définit, ce qu’on dit que je suis ») (Dubar, 1998, p. 74). Cette dualité,
dans le contexte du TRM peut être contradictoire, notamment en lien avec les côtés soignant
et technique de la profession.
Un bref retour sur l’évolution des technologies en radiologie médicale permet de comprendre
pourquoi cette discipline, qui a toujours subi des bouleversements par ces avancées
technologiques, est dans une nouvelle période de transition.
4
radiopharmaceutiques dans l’imagerie médicale a débuté en 1949. Par la suite l’invention de
la tomographie par émission de positrons (TEP) a permis de faire des avancées dans le
domaine de l’oncologie, des neurosciences et de la cardiologie. Le premier usage de
l’ultrasonographie (US) arriva en 1957 grâce à une sonde développée par l’ingénieur Tom
Brown et le gynécologue Ian Donald. En 1972, Sir Godfrey Hounsfield, ingénieur, inventa la
tomodensitométrie dans la réalisation des coupes axiales. Le danger des rayons X était connu,
les chercheurs s’orientèrent vers les rayons non ionisants. Par la suite, l’imagerie par
résonnance magnétique (IRM) a été mise au point. Cette technique complexe dont la première
image axiale du corps humain fut publiée en 1977 par Raymond V. Damadian, physicien
médical, a permis la réalisation des images sans l’utilisation de rayonnements ionisants. Avec
l’essor de l’informatique, Tim Berners-Lee, informaticien, créa un concept informatique pour le
stockage des images (Picture Archiving and Communication System [PACS]). Tous ces
développements ont permis l’avancée de l’imagerie médicale qui se complexifie avec
l’imagerie moléculaire optique. Cette dernière révolution technologique des années 2000 est
une technique émergente qui se situe entre la biologie moléculaire et cellulaire (Terrier et
Terrier, 1999).
Tous ces développements ont une influence sur la prise en charge des patients et leur
exposition aux rayonnements ionisants en termes de qualité et de sécurité. Le personnel
soignant est également touché dans les pratiques professionnelles, les performances, les
conditions de travail et la formation. Un rapport sur le marché du travail des TRM réalisé par
l’entreprise Econcept en 2013 mentionne que l’attractivité de la profession est due à l’évolution
constante de la technologie et des activités manuelles. Cependant, la complexité des
techniques exige une forte implication des collaborateurs dans l’approfondissement de leurs
connaissances « dans le domaine de la programmation des bases de données en images et
de leur traitement » (OdASanté, 2008, cité dans Econcept, 2013, p. 11).
L’arrivée sur le marché médical de l’IA et les grands progrès des puissants ordinateurs
(Watson, Alpha Go, etc.) ont certainement une influence sur le monde de la santé et ses
emplois. Le terme d’automatisation ne date pourtant pas d'hier puisque nombreuses sont les
publications traitant le sujet dès les années 1960, y compris dans le domaine de la radiologie.
Ces années coïncident avec les premières analyses sur les erreurs de diagnostic comme le
mentionnent Bruno, Walker et Abujudeh (2015), trois radiologues, qui distinguent les erreurs
de perception et les erreurs cognitives (d’interprétation). Dans leur étude, les erreurs de
perception, liées directement à la recherche visuelle peuvent être diminuées par l’aide
logicielle, en permettant par exemple d’attirer le regard du radiologue sur des zones suspectes.
Aucun algorithme actuel ne permet de corriger les erreurs cognitives et leur visée semble
plutôt d’apporter une aide au diagnostic. Mais, grâce à l’IA, le débat sur les possibilités de
remplacer le radiologue est au cœur des discussions entre les concepteurs de machines
« intelligentes » et les radiologues. Plutôt que le remplacement de la profession, les
recherches actuelles ont tendance à parler de reprise d’une partie des tâches par les
ordinateurs, notamment grâce à leur capacité à traiter rapidement une énorme quantité de
données (Alberdi, Povyakalo, Strigini et Peter, 2009; Doi, 2007; Lee et al., 2017).
Les nouvelles technologies permettent d’optimiser les examens à condition qu’elles soient
sous contrôle de personnes compétentes et professionnelles afin d’éviter les erreurs
6
médicales (Bourguignon, Simon, Peiffert et Krembel, 2009). Ainsi, en 2004, une nouvelle
technique de modulation de l’intensité des faisceaux de radiothérapie est mise en application
clinique dans le service du centre hospitalier d’Epinal pour le traitement des cancers de la
prostate. Un accident est survenu chez plusieurs patients ayant bénéficié des traitements à
cette période à cause des lacunes dans les compétences. L’étude menée par les médecins
Bourguignon, Simon, Peiffert et Krembel (2009), sur les accidents en radiothérapie précise
que « du fait d’une formation insuffisante et entachée d’erreur d’un groupe de manipulateurs
[TRM en France], un surdosage a été rendu possible » (p. 419). De plus, aucun contrôle n’a
été effectué afin de garantir la sécurité évitant l’accumulation d’erreurs. Si l’automatisation
comporte des bénéfices majeurs, elle peut aussi, comme le montre cet exemple, induire des
erreurs et des accidents sérieux, voire mortels. Les machines associées à l’automatisation
sont-elles toujours associées à la bonne sécurité et à la bonne qualité ? Posséder les
compétences nécessaires assurant la qualité et la sécurité optimales passe par une formation
de base. Celle-ci, complétée par des formations continues, permet d’acquérir, de maintenir et
de mettre à jour le savoir et les qualifications.
Des machines automatisées sont installées dans les trois domaines de la radiologie. Par
exemple, parmi les activités automatisées en radio-oncologie, la réalisation automatique du
plan de traitement est produite par un logiciel de planification. Le traitement stéréotaxique est
réalisé par un système robotisé. En radiologie diagnostique, certaines activités sont
automatisées dans la reconstruction des images radiologiques par des logiciels associés à
l’intelligence artificielle, dans la mise en place automatique de l’appareil de radiologie
conventionnelle ou encore dans l’usage d’un système d’échographie mammaire automatisé.
En médecine nucléaire, la préparation du radiopharmaceutique est gérée par une machine
automatisée. La fusion des images de différentes modalités (scanner, IRM, tomographie par
émission de positron, scintigraphie) est réalisée à l’aide des logiciels. Ces exemples non
exhaustifs semblent influencer la pratique clinique des TRM. Ainsi, il nous paraît pertinent de
s’interroger sur les points suivants : La présence des machines automatisées modifient-elles
la méthode de travail du TRM ? Les compétences des professionnels sont-elles toujours à la
hauteur des exigences requises par la complexité des appareils ? Les TRM ont-ils besoin de
formations pour maîtriser l’automatisation ?
La compétence, pour exister, ne doit pas fonctionner « à vide » mais réside dans la
mobilisation (application et construction) même des ressources que Le Boterf (1994), expert
en management et développement, qualifie de « compétence-en-acte » : « Pour qu’il y ait
compétence, il faut qu’il y ait mise en jeu d’un répertoire de ressources (connaissances,
capacités cognitives, capacités relationnelles…) » (cité dans Perrenoud, 2001b, p. 2). Par
ailleurs, Le Boterf (2002) distingue les compétences réelles et requises. Les compétences
réelles correspondent à la manière de gérer une situation déterminée, un événement précis,
tandis que les compétences requises sont décrites dans les référentiels de compétences.
Cette distinction est nécessaire puisque l’entreprise Deloitte, une entreprise internationale
fournissant « des services professionnels dans les domaines de l’audit, de la fiscalité et
juridique, du conseil et du financial advisory », n’évoque que les compétences requises.
L’ensemble des compétences est essentiel à la bonne gestion d’une situation spécifique. Le
Boterf (2002) précise que « pour faire face à un événement, pour résoudre un problème, pour
prendre une initiative, un employé doit savoir non seulement sélectionner et mobiliser des
ressources, mais il doit aussi savoir les organiser. Il doit construire une « combinatoire »
particulière de multiples ingrédients » (p. 2). Autrement dit, le professionnel est capable de
combiner les ressources et de les appliquer de manière appropriée dans la pratique clinique.
Ainsi, la formation et l’évolution des compétences devraient suivre la croissance rapide de la
technologie. L’étude d’Alochet (2016), expert leader en assemblage final chez Renault et
orateur à l’école de Paris du management, sur la vision de l’usine automobile du futur indique
que la maîtrise des technologies d’automatisation est requise dans les moindres détails à
travers la formation interne et externe. Avec le progrès technologique, les compétences de
l’homme sont amenées à suivre cette tendance. Nous pouvons nous demander ce qu’il en est
de la formation des TRM qui apparaît comme une nécessité dans l’acquisition des
8
connaissances nouvelles et exigées, en lien notamment avec le phénomène de
l’automatisation.
Les machines sont efficaces dans les processus extrêmement spécialisés, et l’interaction
complémentaire entre TRM et machine contribue à améliorer les conditions de travail du TRM.
Cette interaction entre homme et machine regroupe « l’ensemble des actions permettant la
communication entre un système interactif et son utilisateur humain » (Jean-Daubias, s. d.).
Le TRM produit des images radiologiques. Il est assisté de logiciels de visualisation et de
reconstruction dont les objectifs sont « de faciliter, d’aider, voire de préciser l’interprétation »
du radiologue (Fieschi, 2018, p. 1). Les constructeurs proposent des outils interactifs
permettant au TRM de traiter les données recueillies ainsi que de changer les flux de travail
et les processus. Ces dispositifs évolués lient donc le TRM et la machine dans la pratique
radiologique quotidienne. De plus, le travail en équipe entre TRM est aussi concerné par
l’automatisation. Afin de recueillir une compréhension partagée entre les professionnels de
l’activité de travail assistée par l’automatisation pour améliorer la productivité et la santé du
TRM, il est pertinent de faire recours à l’approche proposée par l’ergonomie de tradition
française, soit l’analyse ergonomique du travail et au concept d’activité. Dans le domaine de
la radiologie médicale, l’automatisation permet d’optimiser une activité, un examen, un
traitement par des procédures, des standardisations, certaines étapes d’une procédure etc.
Par exemple, les écrans tactiles sont des interfaces qui lient l’homme à la machine. Ces écrans
sont conçus pour centraliser des procédés et des commandes permettant d’afficher toutes les
informations utiles à l’utilisateur (Le Floc’h et Cony, 2010). Ces appareils automatisés
(robotiques et logiciels) offrent donc au TRM une amélioration en ergonomie de travail. La
littérature énonce ces avantages mais qu’en pense le TRM en interaction quotidienne avec la
machine ?
Face à ces nouveaux défis et à l’avenir le plus probable qui projette une association entre
l’homme et la machine, comment réagissent les TRM ? Existe-il des formes d’adaptation, de
résistance ou des initiatives prises, et par qui ? Dans un article concernant l’influence des
technologies avancées sur le TRM, Gillian et Liszewski (2016), deux médecins radio-
oncologues canadiens actifs dans la recherche et l’enseignement, donnent une piste de
réponse avec une posture active en précisant que le TRM est amené à s’adapter. Ils précisent
également que la transition digitale a déjà débuté avec l’arrivée des technologies récentes. De
plus, d’après les auteurs cités, s’il ne veut pas subir l’automatisation, le TRM devra être acteur
de ce changement. Les compétences nécessaires à l’ère numérique ne sont plus les mêmes
et ce changement est transférable au domaine de la radiologie (Deloitte, 2015). Ainsi la
capacité d’adaptation de l’être humain est mise (et le sera encore plus) à rude épreuve dans
le contexte économique actuel où l’efficience est le critère de productivité décisif dans de
nombreuses institutions (Cho, Kovacs et Tramber, 2014). L’automatisation totale d’un robot
qui effectue de manière autonome le diagnostic et la proposition de traitement est un sujet à
propos duquel Zakharov (2016), étudiant Master en médecine expérimentale, s’interroge dans
son article sur le futur de la radiologie. Ce questionnement est d’actualité et pertinent. Selon
lui, l’association entre automatisation et IA peut à terme atteindre le but consistant en une
autonomie totale de la machine. Ses réflexions ont plutôt une allure de mise en garde face à
la formation des radiologues en lien avec les systèmes informatisés de détection et de
diagnostics. D’un autre point de vue, plusieurs recherches scientifiques montrent qu’en
radiologie et notamment dans le domaine du diagnostic assisté (CAD), il existe des biais
d’automatisation et des erreurs faites par les ordinateurs que le professionnel ne ferait pas. Il
est donc important d’avoir toujours un regard critique sur les performances de la technologie
(Mosier, Skitka, Heers et Burdick, 1997; Goddard, Roudsari et Wyatt, 2011).
1.3 L’automatisation
1.3.1 La définition
Van Den Broek D’Obrenan (2018), ingénieur, dans son article publié par l’Encyclopédia
universalis, définit l’automatisation comme « une technique ou un ensemble de techniques
ayant pour but de réduire ou de rendre inutile l'intervention d'opérateurs humains dans un
processus où cette intervention était coutumière. Il n'y a évidemment pas automatisation
lorsque l'opérateur humain est remplacé par la force animale, ni lorsqu'un processus artificiel
est substitué à un processus naturel ». Dans le contexte présent, le terme automatisation est
associé à la robotisation ou à l’intelligence artificielle.
Bien que constituant un concept très en vogue, l’automatisation trouve ses origines dans la
construction d’automates déjà inventés à l’Antiquité. Des cas d’automatisation existent depuis
longtemps comme par exemple, celui d’Héron d’Alexandrie, ingénieur, mécanicien et
mathématicien grec qui inventa des systèmes automatiques utilisant l’énergie hydraulique.
Mais, selon la définition que nous avons retenue, nous nous focalisons sur des phénomènes
plus récents liés à la révolution industrielle.
En 1745, le premier métier à tisser entièrement automatique est développé par Jacques de
Vaucanson, inventeur et mécanicien, fonctionnant sans l’intervention d’un ouvrier. La première
révolution industrielle débutant en 1765 marque l’apparition de la mécanisation de l’industrie,
dont la confusion avec l’automatisation, en lien avec l’exécution mécanique de certaines
tâches par des machines, était fréquente jusque dans les années 1970 selon Ballet, membre
du Ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt en France (1997, cité dans
Conseil d’Orientation pour l’Emploi [COE], 2017). Ainsi l’invention de la machine à vapeur a
permis de fournir une nouvelle énergie aux usines. Dans les années 1870, une deuxième
révolution voit l’apparition de nouvelles sources d’énergie telles que l’électricité, le gaz et le
pétrole permettant d’alimenter les usines innovantes dans la production à la chaîne. En 1969,
la troisième révolution industrielle est marquée par les progrès technologiques dans le
domaine de l’informatique, de la télécommunication et de l’électronique. Ces progrès ont
permis l’essor de l’automatisation dans le domaine la production industrielle à grande échelle
par le développement de deux inventions majeures : l’automate et le robot.
La figure ci-dessous, tirée du rapport fourni du COE (2017), illustre la transition de
l’automatisation des fonctions de production à la numérisation de l’économie.
11
Figure 1 : De l'automatisation des fonctions de production à la numérisation de l'économie (COE, 2017)
Ainsi, les usines modernes s’équipent de systèmes robotiques, offrant sur une même chaîne
de production, des fabrications personnalisées. Dans ce sens, l’industrie automobile propose
de personnaliser chaque voiture selon les commandes des clients. Ces nouvelles installations
permettent aux usines d’augmenter leur productivité en réduisant le temps de production
(Nadoulek, 2008). Ces trois premières révolutions industrielles ont apporté les sources
d’énergies nécessaires aux développements de l’automatisation (Hausermann, 2017). A partir
des années 1980 et jusqu’à ce jour, avec l’apparition d’internet, la quatrième révolution
industrielle est marquée par le phénomène technologique de la numérisation. Avec
l’avènement de l’intelligence artificielle implémentée dans des systèmes informatiques
experts, l’automatisation prend une importance majeure dans la productivité des entreprises
en réduisant le temps de production avec à terme moins d’employés, ce qui engendre un effet
direct sur les travailleurs.
1
Ce groupe comprend, selon l’ISCO-08, les professionnels de la santé qui exécutent des tâches
techniques et pratiques pour appuyer le diagnostic et le traitement des maladies chez les humains et
13
Figure 2 : Probabilité d'automatisation par domaine (Survey of adult skills PIAAC, 2012, 2015, cité dans
Nedelkoska et Quintini, 2018)
Nedelkoska et Quintini (2018) ont publié un autre rapport intitulé « automation, skills use and
training » qui évalue les fonctions concernées et aborde les enjeux en matière de formation.
Ils précisent également l’existence d’inégalités face au phénomène et donnent quelques pistes
en matière de gestion comme celles de valoriser la formation et de développer les
compétences.
Les machines automatisées ont une précision millimétrique et une rapidité d’action, synonyme
de productivité et de sécurité, qui dépassent les compétences d’un être humain. Nadoulek
(2008), dans son rôle de conseiller en stratégie d’entreprise, explique que « nous allons vers
un univers où l’on pourra produire de plus en plus de biens avec de moins en moins d’emplois
industriels, et certaines usines de pointe très automatisées fonctionnent avec un personnel
les animaux, sous la supervision des médecins et vétérinaires. Leurs tâches comprennent, par exemple,
l'utilisation d'équipement d'imagerie médicale (OCDE, Eurostat et WHO, 2017).
14
très réduit » (p. 1). Selon lui, le but est de produire toujours plus avec toujours moins de
personnel, soit la recherche de l’efficience.
Ainsi, comme nous avons pu le constater, les prévisions divergentes mènent à une incertitude
quant à l’ampleur de l’effet sur la disparition, la transformation ou encore la création de
nouveaux emplois face à l’automatisation. Ceux qui défendent les intérêts économiques se
veulent souvent positifs, comme dans une récente publication de la rubrique économique d’un
magazine en ligne américain intitulée « Rassurez-vous : la robotisation n’est pas une menace
pour l’emploi ». Nous pouvons y lire qu’ « il faut ajouter une dose de bon sens économique au
débat sur la supposée raréfaction de l’emploi liée à l’automatisation, électrisée par moult
études alarmistes » (Rondeau, 2018). La publication mentionne également que lors d’une
audition au siège du Parti socialiste en 2017, Jérôme Gautié, professeur d’économie à
l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, expliquait que :
la conviction que nous nous approchons d’une fin du travail est un mauvais
signal envoyé aux entrepreneurs innovants. La technologie est au service de la
qualité de l'emploi. Il faut se focaliser sur cela, et soutenir une robotisation et
une automatisation au service des travailleurs.
Deloitte, un des plus grands cabinets d’audit et de conseils au monde en termes de chiffres
d’affaires, précise qu’il faut parler de transformation plutôt que de perte d’emplois, en ajoutant
que l’effet de l’automatisation est plus marqué chez les personnes faiblement qualifiées
(Deloitte, 2015). Pourtant dans une publication de l’OCDE de mai 2016 intitulée « Synthèses
sur l’avenir du travail », les chiffres montrent qu’entre 2002 et 2014, ce sont plutôt les emplois
de la catégorie « intermédiaire, non-routinier » qui sont les plus touchés, que ce soit dans
l’Union Européenne, au Japon et aux Etats-Unis (p. 1). Leurs analyses permettent de dire que
l’automatisation a aussi un effet sur les emplois avec qualification. Selon l’entreprise Deloitte
(2015) « l’automatisation transforme notre façon de travailler ». Cette transformation n'est
toutefois pas identique dans tous les domaines comme la vente, l’automobile ou encore la
médecine. Leur étude fait état des professions les plus à risque d'être automatisées, voire
remplacées. Nous y retrouvons les métiers avec une forte présence de tâches répétitives,
ingrates voire dangereuses. Les professions nécessitant des compétences techniques ou des
habiletés physiques ont une plus grande probabilité d’être automatisées. Les domaines de la
construction, de la création ou encore de la communication sont aussi confrontés à
l’automatisation. Le devenir de ces professions est donc incertain.
Nous avons vu que l’automatisation pouvait toucher les emplois non qualifiés ou
intermédiaires, souvent liés aux tâches manuelles dans les usines de production par exemple.
Cependant, elle affecte aussi les tâches intellectuelles à travers les systèmes experts. Nous
entendons par système expert, un produit de l’intelligence artificielle qui permet de simuler la
15
pensée d’un expert ; grâce au “big data”, ces systèmes connaissent un essor dans tous les
domaines, comme les jeux vidéo, le sport mais également la médecine, notamment dans les
analyses biomédicales. Dans les publications actuelles, l'automatisation fait très souvent
référence à la robotisation et à l'utilisation de l'informatique, voire même de l'intelligence
artificielle (Deloitte 2015; Peter et al., 2016; Enigma, 2017). Nous pouvons citer par exemple
le système OncoSNIPE® qui a pour objectif d’aider à identifier les patients résistants aux
traitements anti-cancéreux en référence au modèle des mécanismes de résistance. Ces
systèmes sont considérés comme des prolongements des techniques d’automatisation
puisqu’ils sont capables de réaliser des auto-apprentissages et des réflexions décisionnelles.
Comme l’explique Cowen (2013), professeur en économie, dans son article abordant la
prospérité économique : « de plus en plus, les machines fournissent non seulement les
muscles, mais aussi les cerveaux » [traduction libre] (p. 1). Il sera donc difficile de résister à
l’automatisation associée aux systèmes experts. Pour faire face à ces technologies dites
« intelligentes », Nadoulek (2008) préconise d’atteindre des niveaux très élevés dans la
professionnalisation des tâches. Le rapport de Deloitte rajoute que la flexibilité, la réflexion,
l’esprit critique, l’empathie ou encore la connaissance des langues sont des qualités qui
permettent à l’être humain d’être au-dessus des machines. Par ailleurs, l’évolution de
l’automatisation intellectuelle qui concerne une partie des cadres est plus rapide que celle de
l’automatisation de production. Ceci est explicable, selon les experts, par le faible coût d’un
logiciel spécialisé comparativement à l’investissement financier dans un plateau technique
automatisé (Deloitte, 2015). Comme le souligne le rapport publié par le COE (2017), de
nombreuses études empiriques « tendent à converger, malgré les différences d’approche et
de méthode, pour conclure que ces effets ont été globalement favorables » (p. 70).
Les développements récents de l’automatisation, caractérisés par les liens entre les appareils
et la digitalisation, n’ont pas qu’un seul effet négatif avec la suppression de postes de travail.
En effet, les résultats d’un sondage réalisé au mois de septembre 2018 par le cabinet
Technologia, expert dans l'évaluation et de la prévention des risques liés à l'activité
professionnelle, auprès de 2000 Français indiquent que 74% des participants expriment une
amélioration de la qualité de travail en lien avec l’automatisation (UIMM Lyon, 2018). Selon
l’étude d’Alochet (2016), l’automatisation a également contribué à améliorer les conditions de
travail et la qualité de vie du personnel. Dans l’industrie automobile, l’automatisation prend
une place prépondérante dans la chaine de fabrication. Les machines automatisées réalisent
des opérations particulièrement difficiles épargnant ainsi l’épuisement physique des
collaborateurs et permettent de supprimer des postes à ergonomie difficile. Selon cet auteur,
ces nouvelles technologies ne remplacent pas l’humain mais l’assistent dans ses tâches, ce
qui constitue une collaboration inédite entre homme et machine qui mérite attention. Cette
collaboration touche particulièrement les pilotes d’avion, car les systèmes embarqués aident
16
le pilote dans la gestion de la sécurité du vol. Scardigli, socio-anthropologue, qui est attentif à
la relation entre le pilote d’avion et les technologies automatisées, explique que pour des
raisons de sécurité les concepteurs d’aéronautique visent à atteindre une autonomie totale
des avions au détriment de l’autonomie du pilote (Scardigli, 1992). Le but est de garantir la
sécurité et l’efficience étant donné que l’homme est imprévisible et moins fiable. Dans cette
optique, l’automatisation ne deviendrait-elle pas une concurrence à l’homme? Les progrès
rapides de l’automatisation associée à l’intelligence artificielle et les fréquents changements
d’environnement de travail exigent que les employés acquièrent de nouvelles compétences
plus rapidement que dans le passé (Gillian et Liszewski, 2016). Ceci leur permettra de
s’adapter aux nouvelles technologies et leur offrira un moyen pour éviter d’être submergés par
les nouvelles connaissances. Ainsi, il s’avère que : « la formation va devenir une arme
stratégique pour les pays, car la vitesse d’adaptation du capital humain sera la clef du
développement à l’avenir » (Emploiparlonsnet, 2018). Selon ce constat, nous pouvons penser
que les travailleurs moins formés encourent un fort risque d’être remplacés par la machine
automatisée. D’ailleurs, dans un rapport du Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et
à l’innovation (SEFRI), nous pouvons lire que : « la formation, la recherche et l’innovation
jouent un rôle central par rapport au développement, à l’utilisation et à la mise à disposition
des nouvelles technologies : la numérisation modifie les qualifications recherchées sur le
marché du travail ainsi que les profils de compétences correspondants » (SEFRI, 2017, p. 3).
Cet extrait parle de numérisation mais le rapport reprend plusieurs fois les termes
« automatisation » et « robotique ». Ainsi, notre pays, par l’intermédiaire de son Département
fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR), semble avoir pris conscience
des enjeux et des effets de l’automatisation ainsi que de l’importance de la formation pour se
préparer à la transition numérique.
Cette figure, fixant le cadre de travail, nous permet d’illustrer le parallèle entre l’employeur (par
la productivité, qui semble être un objectif de l’automatisation) et l’individu (à travers la santé
physique et mentale du travailleur). Ce modèle montre une possibilité de régulation, si le
travailleur utilise son savoir-faire et ses compétences et s’il saisit les possibilités de variations
au niveau de l’activité entre ce qui est demandé (par l’intermédiaire du travail prescrit) et ce
qui est produit (par le biais du travail réel). Lorsque la marge de manœuvre est adéquate,
l’équilibre entre l’organisation et l’individu est maintenu permettant à l’employé d’atteindre ses
objectifs de production, tout en garantissant sa bonne santé. Cette santé est une
préoccupation qu’Alochet expose dans son discours en 2016 sur la vision de l’usine
automobile du futur en lien avec l’automatisation. Il précise que la technologie n’a pas pour
vocation de remplacer le professionnel mais a pour rôle de l’assister dans ses tâches. Cette
vision contraste avec nos connaissances sur les chaînes de montage, dans lesquelles la
robotisation semble avoir remplacé presque intégralement l’humain.
18
1.6 La conduite du changement
Lors d’une implémentation d’une nouvelle machine automatisée par une institution, différents
points sont à tenir compte afin de faciliter son acceptation par les TRM. Nos questionnements
à ce propos sont les suivants : Quels sont les effets d’un changement de technologie chez les
TRM ? Les besoins des utilisateurs sont-ils écoutés par la direction du service ? L’institution
implique-t-elle les TRM dans le processus de renouvellement d’appareil ?
Figure 4 : Courbe de deuil ou du changement (Kübler-Ross, s.d., cité dans Julien, Carrière, Raymond et
Lachance, 1994)
La première phase, descendante, tournée vers le passé, fait suite à l’étape du choc, de la prise
de conscience. La phase ascendante, tournée vers l’avenir, permet d’intégrer le changement.
Face à l’automatisation, certains professionnels restent à la phase de refus alors que d’autres
sont déjà passés par l’acceptation et ces derniers peuvent se projeter dans leurs tâches avec
plus de sérénité. Ainsi, cette représentation met en avant deux actions à mener pour adopter
un changement de manière opportune. La première action consiste à accepter la fin d’une
situation et la seconde permet d’intégrer entièrement la nouvelle situation. Dans cette
évolution, nous comprenons l’importance de la formation, mais aussi de l’adaptation des
compétences dont nous avons parlé précédemment. Cette courbe du changement est-elle
applicable aux professionnels travaillant dans un service de radiologie ? Un parallèle est-il
faisable pour les TRM utilisant les nouvelles technologies automatisées ? Aussi, nous pouvons
nous questionner sur les méthodes de conduite du changement utilisée en lien avec
l’automatisation.
Une autre référence permettant d’illustrer le changement dans le cadre de l’automatisation est
le schéma du cycle de vie de la technologie en santé présenté ci-dessous. Il illustre le
processus continu implicite à cette gestion des ressources technologiques.
20
Figure 5 : Cycle de vie de la technologie en santé (Campusvirtualsp, 2015)
Sur la base de ce schéma, entre la requête et l’implémentation clinique, plusieurs étapes sont
à considérer. Ce processus touche plusieurs acteurs au niveau institutionnel. Il met en lumière
un élément souvent absent, selon nous, dans le domaine des soins en Suisse romande qui
est celui de la mesure des effets ; une forme d’évaluation continue des ressources
technologiques. Mais nous avons pu constater par notre expérience que souvent le cycle du
processus prend fin après l’implémentation. Certes, des maintenances et des mises à jour
techniques ou logicielles sont effectuées, certaines nécessitant des formations. Dans le
contexte de l’automatisation nous pouvons nous demander si ces formations sont adaptées
aux besoins du personnel, si elles sont suffisantes pour favoriser la compliance. Nous pouvons
également nous questionner sur la prise en compte de l’humain, en lien avec l’usage qu’il fait
de cette technologie. Aussi, il paraît important de se demander si les effets de cette technologie
sur l’activité sont suffisamment pris en considération. Pour répondre à ces questionnements,
il convient de se référer à la courbe du changement et au cycle de vie de la technologie en
santé.
La courte durée de vie (environ 10 ans) des appareils utilisés dans la santé nécessite leur
remplacement périodique. Dans tous les domaines, le renouvellement des ressources
technologiques est de plus en plus tourné vers l’automatisation.
21
suivante : En quoi l’automatisation influence-t-elle la profession de TRM ? Sous-jacentes à
cette question principale, nous avons deux questions secondaires afin d’aller au bout de la
réflexion : selon les TRM en Suisse romande, 1) quels sont la place, les enjeux et les effets
de l’automatisation sur leur pratique clinique et leur profession ? 2) Quel rôle ont-ils à jouer
dans l’évolution de leur profession ?
Les objectifs de cette étude sont, d’une part, d’explorer ce que représente l’automatisation
pour les TRM, par le biais de leurs discours. Le deuxième objectif est de décrire
l’environnement propre à l’automatisation en lien avec l’activité TRM. Le dernier objectif est
d’étudier le devenir de la profession. A travers ces objectifs, nous souhaitons identifier le
positionnement des TRM face à cette automatisation émergente et à l’avenir de leur
profession. Nous aimerions également caractériser le rôle du professionnel dans cette relation
en nous basant sur son vécu dans la réalisation d’actes automatisés, en identifiant notamment
les compétences nécessaires à cette nouvelle forme de travail. Nous avons finalement un
objectif en lien avec notre statut de professionnel qui est de sensibiliser les TRM à l’évolution
de la profession et la nécessité de se préparer à ce changement. Nous pensons qu’une prise
de conscience est nécessaire, non seulement pour les TRM qui sont sur le terrain, mais
également pour les partenaires de la formation et les acteurs décisionnels au sein des
institutions de soins en Suisse romande.
3 Méthodologie
La visée de notre travail étant exploratoire, dans le but de répondre à notre question sur la
complémentarité entre l’homme et la machine et plus précisément entre le TRM et
l’automatisation dans sa pratique, les entretiens constituent une méthode adéquate. En effet,
dans le manuel de recherche en sciences sociales (Quivy et Campenhoudt, 2011, cité dans
Lenormand, 2018), cette méthode convient particulièrement à « l’analyse du sens que les
acteurs donnent à leurs pratiques » ainsi qu’à « l’analyse d’un problème précis ». Nous avons
élaboré une liste de dimensions et sous-dimensions (voir annexe I) à prendre en compte pour
formuler des questions dans un guide, en vue de la réalisation des entretiens semi-directifs.
Nous avons choisi de débuter les entretiens par une question sur la représentation de
l’automatisation. Cette entrée en matière nous a permis, d’une part, d’avoir un aperçu sur la
manière dont les professionnels définissent ce phénomène, et d’autre part de fixer un cadre
et une base de discussion. Nous avons testé cette grille à deux reprises, puis, nous avons
apporté les modifications nécessaires afin d’éviter les incompréhensions et les redondances.
Cette vérification nous a permis de nous assurer de la concordance entre les réponses
obtenues lors des entretiens tests et notre questionnement initial. Nos entretiens visent à
22
explorer les dimensions mentionnées ci-dessous par les avis, les retours d’expériences ou les
ressentis de nos informateurs :
Nous avons contacté différentes personnes issues de nos contacts professionnels, de HESAV
et de la section romande de l’ASTRM. Nous avons contacté prioritairement les chefs TRM,
afin d’obtenir leur aval pour notre étude, d’où la forte prévalence de responsables ayant
participé à nos entretiens. Ils ont tous été très intéressés par la thématique. Au total, huit
entretiens ont été réalisés. Nous avons également fait signer un consentement libre et éclairé
avant chaque enregistrement et fait remplir le questionnaire de caractérisation des participants
de manière anonyme.
Nombre de participants : 8
1 TRM chef du service de 2 TRM chefs du service 1 TRM chef transversal des
médecine nucléaire diagnostique centres de radiologie
1 TRM spécialiste du
service diagnostique
23
3.2 La réalisation des entretiens
La totalité des entretiens formels a été réalisée durant les heures de travail ainsi que sur le
lieu de pratique des professionnels. Les entrevues ont été menées dans un endroit à la
convenance des participants, comme une salle de commande non-utilisée, un bureau, une
salle de consultation ou encore une salle de colloque. Nous nous sommes assurés de
l’adéquation de ces lieux avec les critères garantissant un bon déroulement de nos entretiens,
tels que le calme et d’être à l’abri des regards pour minimiser les distractions possibles. Un
seul des 8 entretiens a subi une interruption (de quelques minutes) suite à un appel
téléphonique concernant un acte spécifique à réaliser ; nous en avions été prévenus avant le
début de l’entrevue. Un entretien a été mené en présence d’un collègue à proximité (travaillant
sur un ordinateur), avec l’accord de ces deux personnes, le bon déroulement de l’interview n’a
pas été gêné. Tous les entretiens ont pu se dérouler dans leur intégralité selon la grille
initialement prévue. Un temps a été accordé en fin d’entretien pour permettre aux participants
de nous faire part de leurs remarques ou d’aborder un thème dont nous n’avions pas parlé
auparavant. Certains entretiens se sont terminés par une visite du service et des
démonstrations d’appareils utilisés, souvent en lien avec l’automatisation.
Huit entretiens (voir tableau 1) ont été réalisés d’une durée variable mais comprise en 34 et
62 minutes, la moyenne se situant à 45 minutes. Le fait que certaines questions ne
concernaient que les TRM avec un statut hiérarchique plus élevé (chef/responsable ou
spécialiste), peut contribuer à expliquer la variabilité concernant la durée.
Tous les entretiens ont été réalisés en français et enregistrés à l’aide de 2 smartphones, l’un
orienté vers l’intervieweur principal et l’autre vers l’interviewé afin de s’assurer une bonne
source de données et de pallier un éventuel problème technique de l’un des appareils.
Nous avons effectué tous les entretiens à deux intervieweurs et avons défini préalablement le
rôle de chacun (intervieweur principal et secondaire) en prenant soin d’en informer notre
interlocuteur. Les interactions se sont majoritairement déroulées entre le professionnel et
l’intervieweur principal, l’autre chercheur gardant un contact sur la grille d’entretien et se
focalisant sur les relances. Nous avons également alterné notre rôle d’un entretien à l’autre.
Par ailleurs, le monde de la radiologie étant petit, afin de garantir l’anonymat des participants
à l’étude, nous exposons leur discours sans en préciser l’auteur. Dans certains cas, nous
indiquons toutefois la fonction, pensant que cela peut être pertinent pour l’interprétation et la
compréhension.
24
4 Méthode d’analyse
Suite aux entretiens réalisés dans sept services de radiologie, nous avons procédé au
traitement des données recueillies, soit la transcription et le codage des entretiens. Puis nous
avons passé à l’analyse du contenu qui consiste à examiner dans les détails les données
obtenues et à dégager les thématiques générales de la recherche. Elle contient trois phases :
préanalyse, exploitation du matériel et traitement des résultats, interprétation et inférence
(Bardin, 2013; Paillé et Mucchielli, 2012).
4.1 La transcription
Nous avons transcrit manuellement l’intégralité des entretiens, en prenant soin de noter les
moments de silence et les autres aspects audibles, tels que rires ou soupirs ainsi que tics de
langages (mots béquilles par exemple).
25
A la suite de ce codage, nous avons réalisé les analyses verticales et horizontales.
Concrètement, nous avons effectué un double codage mené indépendamment par chacun
des chercheurs, pour le premier entretien afin de vérifier notre concordance (cross-check).
Nous avons constaté des petites divergences dans le codage des sous-dimensions. Elles nous
ont permis de nous mettre d’accord sur l’adaptation des dimensions et sous-dimensions ainsi
que sur leurs caractéristiques spécifiques. A l’issue de ce premier codage, nous avons ajouté
une sous-dimension concernant la prise en charge du patient. Les sept autres entretiens ont
été analysés par l’un ou l’autre des chercheurs. Une mise en commun a été effectuée à l’issue
de cette partie de codage.
Nous avons représenté l’ensemble des dimensions dans des feuilles séparées (tableau Excel)
que nous avons imprimées afin de faciliter la lisibilité et la vision globale des données. Les
dimensions ainsi représentées dans une forme de matrice nous a permis de mieux
comprendre et d’analyser les sous-dimensions. Ces représentations ont pour objectif de
donner une vue d’ensemble sur plusieurs aspects combinés, et de toutes les données codées
et regroupées par dimensions afin de simplifier l’analyse.
Suite à l'analyse de contenu, nous avons effectué une analyse thématique dans le but de
résumer et de traiter le corpus pour répondre à notre question de recherche. Selon Paillé et
Mucchielli (2012), cette analyse est une méthode qui fait appel à des thèmes pertinents par le
repérage d’unités sémantiques d'un corpus donné en lien avec la problématique. La
reformulation du contenu sous forme condensée et formelle permet de préparer l'analyse.
Ensuite, il est aussi nécessaire de tracer des parallèles ou des divergences entre les thèmes
transversalement à l'ensemble des entretiens.
26
5 Résultats et analyses
Afin de faciliter la lecture entre la présentation des résultats et leur interprétation, nous avons
choisi d’exposer dans le même chapitre ces deux phases. Ainsi, face à la complexité de
différencier et de distinguer l'étape purement descriptive de celle plutôt interprétative des
données, une présentation par thématique permet de mêler les résultats, l’analyse et la
littérature. Nous avons recensé quatre thématiques qui nous semblent pertinentes en vue de
l’objectif de recherche. Ces thématiques sont l’automatisation dans le travail des TRM, les
discours sur l’automatisation, l’environnement de l’automatisation et le devenir de la
profession. Chaque thématique est abordée par une présentation et une discussion des
résultats en lien avec les références spécifiques. Finalement, une discussion générale est
proposée sur les enjeux de la profession de TRM.
Par ailleurs, au cours de ces dernières années, des technologies de plus en plus performantes
et automatisées ont été développées. Le premier exemple mentionné est celui du Thoramat,
un appareil dédié pour la réalisation de radiographies du thorax que nous expose en ces mots
ce professionnel :
on a déjà commencé par ça chez nous quand on avait une salle qu’on appelait
la salle thorax. Et ensuite est venu cet appareil, le Thoramat où là carrément,
voilà un appareil dédié à ça. C’est-à-dire que nous dans la salle thorax, on
devait encore tirer le bucky, mettre une cassette, et puis après aller [développer
la cassette]. Pis après, le Thoramat, c’était un film qui tournait pis à la fin ils
développaient tout ça. Donc ça, c’était déjà un système.
27
Cet extrait nous illustre le processus de l’automatisation, avec, dans un premier temps,
l’identification d’une tâche pouvant être optimisée dans le cadre d’une automatisation. Dans
ce cas, le TRM parle déjà de système automatisé. Le second exemple qui est une version
évoluée du Thoramat, dont la version précédente semble avoir été développée dans les
années 1980 déjà. Un TRM dit que « la machine se met en place toute seule ». Cette machine
totalement automatisée sur la simple « pression d’un bouton » est une évolution de l’appareil
radiologique spécifiquement dédiée au cliché thoracique. La version actuelle permet de
réaliser toutes les autres incidences radiologiques sur la base d’une liste de positions du tube
et du détecteur prédéfinis.
Plusieurs actes automatisés en lien avec la robotique ont été mentionnés dans les autres
domaines de la radiologie. En médecine nucléaire, un TRM expose son expérience avec la
pompe à injection : « on a un dispenseur, donc une machine, qui est capable de recevoir le
flacon et puis d’administrer la bonne dose dans la seringue, qui sera donnée au patient, de
façon semi-automatique ». Le TRM doit toutefois insérer initialement le flacon contenant le
radiopharmaceutique pour que la machine puisse le diluer. D’autres distributeurs de seringues,
avec une forme de robotisation encore plus avancée, sont déjà disponibles sur le marché.
En lien avec les appareils technologiques, le recours à des logiciels pour les acquisitions et
les traitements d’images devient de plus en plus fréquent. De nombreux exemples
d’automatisations logicielles ont été abordés lors de nos entretiens. En radiologie
diagnostique, la première illustration est celle des paramètres techniques prédéfinis pour
l’acquisition des images gérées par le logiciel intégré au poste de commande. Le TRM
détermine la région anatomique à radiographier et le système lui propose des constantes (kV,
mAs, cellule etc). Ce logiciel est, par exemple, intégré dans le Thoramat. Cet appareil contient
donc les deux formes d’automatisation. Un autre exemple d’automatisation logicielle en
radiodiagnostic est celui du scanner, dont parle ce TRM :
28
la pose des coupes se fasse de manière automatique, c’est-à-dire qu’il va
repérer les apex, sinus etc. Et il va tourner ça dans tous les sens.
L’expression « il va tourner ça dans tous les sens » démontre les performances et les
possibilités du logiciel automatisé. Aussi, la mention de supériorité de l’appareil sur l’homme
démontre un jugement de valeur du TRM face à la machine. Ce constat d’infériorité semble
rester confiné à la correction de positionnement et spécifiques aux patients se rapprochant
des « standards ». De plus, l’expression « il ne gère pas encore tout » utilisée par ce TRM en
comparant l’action de la machine à celle de l’humain démontre un certain potentiel
d’amélioration pour les développeurs de nouvelles technologies.
Par ailleurs, le traitement d’images est également de plus en plus automatisé, notamment pour
les reconstructions. L’exemple suivant est issu de la médecine nucléaire et lié à l’analyse
d’images avec le passage d’une évaluation subjective (qualitative) provenant du TRM à
l’objectivation (quantitative) de la machine : « au niveau logiciel, avant, on s'arrêtait à une
analyse subjective. Par exemple, pour le DaTSCAN2, on comparait à une image étalon et il y
avait quatre stades. Et puis maintenant, on peut quantifier encore la captation des noyaux ».
Par le biais de ces exemples, nous pouvons nous rendre compte que l’automatisation est déjà
bien présente dans les trois domaines de la radiologie. Elle influence non seulement l’activité
du TRM, mais aussi toute la radiologie et le travail des autres professionnels exerçant dans la
2
Produit marquant les transporteurs de la dopamine dans le cadre de la scintigraphie cérébrale
29
discipline. Un retour au modèle de St-Vincent présenté en introduction à la figure 3 permet de
comprendre l’influence de l’automatisation sur l’activité. En effet, la différence entre le travail
réel et prescrit est schématisée par la marge de manœuvre dont bénéficie le professionnel.
Cette marge de manœuvre peut être mise en relation avec l’autonomie du TRM. Avec la
standardisation des processus et l’automatisation, cette marge devient de plus en plus
restreinte pour les techniciens. L’inaccessibilité à certaines données des logiciels ou des
paramètres techniques, la standardisation des examens et des traitements ou encore la
segmentation des tâches, constituent des barrières dans l’activité du TRM.
Dans la littérature spécialisée, nous retrouvons quelques fragments de tâches qui a priori ne
sont pas « automatisables ». Selon le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE, 2017), ces
tâches non substituables sont celles qui sortent de la routine, en dehors de leur aspect manuel
ou cognitif. Il n’est ainsi pas surprenant que les TRM mentionnent les actes en lien avec les
aspects relationnels. En effet, l’image de l’activité, souvent très technique, du TRM comporte
une partie non négligeable de tâches relationnelles. Les TRM puisent dans cette d’activité une
partie pour parler du « besoin de rassurer le patient face à ces machines qui font peur », du
devoir de lui « expliquer le déroulement du traitement » ou encore de la nécessité de
l’« écouter pour comprendre ses besoins ». Ces tâches liées à l’accueil et l’accompagnement
du patient sont des exemples des tâches relationnelles réalisées par le TRM. Elles demandent
des compétences spécifiques, notamment la communication et l’empathie. Dans ce sens, en
nous référant au modèle de l’activité selon St-Vincent et al. (2011), nous pouvons voir une
possibilité d’autonomie du TRM dans la marge de manœuvre par l’utilisation de son savoir-
faire et de ses compétences. Par ailleurs, un TRM exerçant en radio-oncologie parle de
l’importance du non-verbal pour détecter les émotions, les interrogations et les pensées
inexprimées. L’empathie du TRM est essentielle dans la reconnaissance et la compréhension
des sentiments et des émotions du patient. Actuellement, cette aptitude psychologique n’est
attribuable qu’à l’être humain.
Le développement des robots humanoïdes, comme ceux utilisés pour encadrer les personnes
âgées ou les enfants ouvre toutefois de nouvelles perspectives. Cependant, tous les
participants de notre enquête sont unanimes pour signifier que les actes relationnels ne sont
pas automatisables par le biais de la machine. En effet, selon le rapport du COE (2017) :
30
La prise en charge du patient en radiologie constitue un exemple de ces tâches dites « non
routinières ». Par ailleurs, nous pouvons ajouter les examens sur des patients polytraumatisés
en radiodiagnostic, les injections de radiopharmaceutique en médecine nucléaire et les
traitements pour des cas dits « complexes » en radio-oncologie. Ces situations pouvant
susciter la peur, l’angoisse et des questionnements de la part des patients constituent d’autres
exemples de tâches particulières ayant actuellement peu de probabilités de pouvoir être
robotisées. En effet, de telles prises en charge du patient nécessitent un savoir-faire du TRM.
Ce savoir-faire correspondant aux compétences acquises par l’expérience que sont la
« perception » et « la manipulation », l’« intelligence créative » (valeurs créatives pour pouvoir
les coder dans un algorithme) et l’«intelligence sociale » (capacités de négociation, de
persuasion ou comportant une dimension de soin) (COE, 2017, p. 64). Cependant, avec
l’essor de l’intelligence artificielle associée à l’automatisation, les actes auparavant non
automatisables deviennent réalisables par les machines « intelligentes » (Cowen, 2013). Dans
le contexte de la radiologie médicale, le patient est-il le grain de sable qui fait que tout ne peut
être automatisé ? Une projection à moyen terme ne permet pas de répondre à cette question.
Toutefois le questionnement mérite réflexion et mis en relation avec le développement des
robots humanoïdes pour le divertissement et l’éducation qui semble n’avoir aucune limite, de
nouvelles perspectives de développement sont envisagées par les développeurs.
Les exemples d’actes automatisés présentés dans les trois domaines de la radiologie montrent
que la problématique est déjà bien présente en lien avec l’activité du TRM. Le patient paraît
constituer un frein à la robotisation, en lien avec l’importance du facteur relationnel dans la
prise en charge et la réalisation des traitements ou des examens. Toutefois, plusieurs
professionnels évoquent un fort potentiel de développement de l’automatisation dans leur
pratique. Dans le chapitre suivant, nous présentons ces discours.
Par ailleurs, nous constatons que les participants définissent le terme « automatisation » en
associant les opportunités et les risques, tout en mentionnant aussi ses avantages. Selon
certains TRM, l'automatisation offre des opportunités qui se retrouvent dans les qualificatifs
utilisés par les interviewés comme « précision », « fiabilité », « efficience », « meilleur
contrôle » ou encore « gain de temps ». Elle comporte toutefois des risques, comme en
témoigne l’extrait ci-dessous sur un éventuel remplacement du professionnel. Un TRM définit
l’automatisation comme :
32
Une perte du travail manuel de l’acte répétitif en remplaçant un humain par une
machine qui va faire ce travail à sa place, soit pour gagner du temps, soit pour être
plus précis, soit pour faire des économies financières dans le sens où on prend
moins d’employés. Et on remplace par une machine qui peut-être au départ coûte
un peu plus cher que le salaire d’un humain mais qui, finalement sur la durée, va
permettre de faire des économies.
Outre l’aspect économique qui apparaît comme une composante importante du processus
d’automatisation, six TRM mentionnent un élément lié à l’activité du professionnel : celui de la
perte des actes répétitifs. Selon eux, l'automatisation apporte un soulagement dans les tâches
manuelles et répétitives en utilisant notamment les termes « facilité du travail » ou
« simplicité ». Ils ne font pas mention du travail intellectuel, ni des possibilités de la machine
en ce sens. Comme l’explique Cowen (2013) dans son article de journal abordant la prospérité
économique : « De plus en plus, les machines fournissent non seulement les muscles, mais
aussi les cerveaux ». Ces systèmes sont considérés comme des prolongements des
techniques d’automatisation puisqu’ils sont capables de réaliser des auto-apprentissages et
des réflexions décisionnelles pouvant remplacer le travail intellectuel de l’homme. C’est dans
cette optique que sont développés les systèmes experts dont nous avons parlé préalablement,
notamment grâce à l’intelligence artificielle et à l’abondance de données, le « big data ».
Toutefois, cette discussion sortant du cadre de notre travail, nous ne l’approfondirons pas.
Par ailleurs, nous voyons à travers nos entretiens que certains ont parlé directement des buts
et des effets lorsque nous leur avons demandé quelle était leur représentation de
l’automatisation. Nous pouvons formuler l’hypothèse que pour ces derniers la définition du
phénomène semble universelle et connue de tous.
Les entretiens nous ont permis d’explorer le ressenti des TRM face à l’apparition et à la
réalisation des tâches automatisées. Il est important de préciser que nous ne nous intéressions
pas au « vécu de l’action » ou « la réalité agie » obtenue par des entretiens d’explicitation et
qui est selon Vermersch (1994, cité dans Guigue, 1997, p. 41), psychologue et auteur de deux
ouvrages sur l’entretien d’explicitation, « la succession des actions élémentaires que le sujet
a mise en œuvre pour atteindre un but ». Nous avons ciblé plutôt la réalité émotionnellement
vécue, qui, selon Rogers (1994, cité dans Guigue, 1997), psychologue et initiateur de
l’approche centrée sur la personne, est basée sur l’expression et l’écoute des émotions et
33
centrée sur l’implication personnelle de l’individu et la dimension émotionnelle du vécu. Le
recours à l’entretien non-directif recommandé selon Rogers pour obtenir ce discours n’était
pas réalisable dans le cadre de notre travail, en lien avec les autres dimensions à aborder.
Ainsi, nous avons tenté d’obtenir des réponses sur ce que ressentent ou éprouvent les
professionnels face à l’apparition de l’automatisation et son implémentation dans leur activité
et, plus précisément, aux actions liées à leur pratique quotidienne. D’ailleurs, plusieurs
participants ont spontanément répondu interrogativement à notre question traitant du vécu par
« mon ressenti ? », afin de s’assurer de la compréhension de nos attentes. Face à ce flou
sémantique, il apparaît important de différencier « le vécu » défini par Husserl et « le ressenti »
selon Depraz (2011, cité dans Thomas-Fogiel, 2015). Ainsi, le vécu husserlien est « le vécu
réflexif car second et acquis au terme d’un processus démonstratif réitérable en droit ». Lors
de la réalisation de notre grille d’entretien, nous avions préféré ce terme nous paraissant plus
clair du point de vue des professionnels. Toutefois, la définition du terme contraste avec la
définition du vécu de Depraz au sens ordinaire de « j’ai ressenti cela ». C’est dans ce sens
que nous avons abordé cette sous-dimension. La distinction entre vécu et ressenti n’étant pas
présente de manière intuitive chez tous les professionnels nous a parfois amené à rediriger
nos questions vers le ressenti par des formules telles que : « qu’est-ce que vous ressentez
quand vous appuyez sur le bouton » ? Très vite, leurs discours ne sont pas restés fixés à leur
ressenti mais se sont tournés vers leurs avis sur l’automatisation en général. Les TRM nous
ont ainsi dit ce qu’ils jugent de bien et de moins bien dans les actes automatisés. Afin de
faciliter la lecture et la compréhension, nous avons choisi d’exposer et de discuter
conjointement dans ce chapitre les éléments purement liés au ressenti et ceux plutôt lié à un
avis sur le phénomène.
Le premier élément lié au ressenti lors de la réalisation d’un acte automatisé est celui énoncé
par ce TRM qui parle du Thoramat (et la réalisation de clichés de thorax « à la chaîne ») que
nous avons cité précédemment : « On s’est dit voilà c’est un petit truc qu’on aime moins qu’on
va faire. Intellectuellement, ça [ne] nous enlevait pas grand-chose, ça [n’] enlevait rien, je
trouve de ce point de vue. C [e n’] était pas une perte ». Cette posture et cette forme
d’acceptation témoigne d’un ressenti positif du TRM face à certains actes très mécaniques et
peu intéressants pouvant être automatisés. Cet exemple de soutien physique qui leur épargne
certaines tâches ingrates (ou jugées ingrates) reflète la pénibilité du travail dans la pratique
clinique. Ainsi, ce ressenti favorable influence leur positionnement et donc leur positivité face
à l’apport de l’automatisation dans la réalisation de cette catégorie de tâches. Nous pouvons
penser que cette positivité est liée au travail répétitif, vu parfois comme monotone et
inintéressant.
Un autre point important de cet extrait est celui de la perte au niveau intellectuel. Il est
certainement différent lorsque cette automatisation touche des tâches ayant plus attrait à la
34
cognition. Aucun exemple concret n’a été recensé par nos interviewés, mais nous pouvons
penser par exemple au positionnement lors de la réalisation d’un cliché radiologique chez un
patient polytraumatisé. Une réflexion entre l’image attendue et les contraintes liées à l’état du
patient demande des connaissances et une certaine expérience afin d’obtenir un cliché
conforme aux critères de réussite, en vue de son interprétation par le radiologue. Si la machine
automatisée peut avoir une pratique réflexive et remplacer le TRM dans cette prise en charge
complexe du patient, une perte au niveau intellectuel est alors possible. Et pour aller encore
plus loin, elle pourrait totalement remplacer le TRM dans ce cadre de travail.
Selon un interviewé qui se décrit, en riant, comme étant ‘de la vieille génération’, la méfiance
est plus prononcée : « Je pense toujours que même dans le système les plus informatisés, il
peut toujours y avoir des couacs. Je vais quand même bien vérifier ». Dans son discours, le
TRM se retrouve dans un rôle de moteur, d’acteur, de superviseur ou encore de garant face à
35
l’appareil qui est un exécuteur d’une tâche spécifique, préprogrammée. Cette considération
nuance l’humanisation de la machine abordée dans la section précédente. Un autre participant
dit que : « la nouvelle génération, ils ont plus l'habitude de tout ça ». Il est difficile de tirer un
parallèle générationnel sur le positionnement face à l’automatisation. Mais, il y a certainement
une influence liée au fait « d’avoir grandi avec ces technologies » comme le mentionne un
TRM. Ainsi, face à l’automatisation, un processus d’adaptation est nécessaire et peut être
variable ; une personne le mentionne en ces mots : « On est toujours un petit peu sur la
défensive en se disant que c'est moi qui dois commander et ce n'est pas la machine. Et puis
après gentiment on s'habitue quoi ». Nous retrouvons dans ce discours la forme de méfiance
illustrée par la posture initialement défensive face à la machine.
Comme nous l’avons dit plus haut, le contraste avec un ressenti négatif face à l’automatisation
existe, bien qu’aucun exemple pratique n’ait été cité. Ce ressenti se traduit sous la forme de
craintes. Un interviewé va même plus loin en qualifiant l’automatisation d’ennemie : « moi
comme professionnel, je m'en méfie beaucoup, c'est parfois aussi un ennemi la machine ».
Face à cette menace, une volonté de dresser un barrage a été énoncée. Un interviewé fait
part de son inquiétude quant aux possibilités de bloquer cette automatisation :
c’est une crainte que j’ai, mais comment empêcher ? C’est vrai que moi
personnellement, je n’ai pas de leviers ou moyens d’empêcher si ce n’est de,
quand on monte un projet, de donner ma position en disant : « ça je pense que
c’est pas quelque chose qui amène un plus » mais juste dans le ressenti ou
dans l’habitude de travail que j’ai.
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La crainte que mentionne ce TRM dans ses propos peut être liée à l’impossibilité de freiner le
développement d’automatisation. Nous pouvons la qualifier d’aveu d’impuissance en tant que
TRM souffrant d’un manque de pouvoir décisionnel. Dans leurs discours, les professionnels
semblent dans leur discours subir l’automatisation et n’avoir qu’un très faible pouvoir d’action.
Ils paraissent également souffrir d’un manque de reconnaissance en qualité de sujet, en tant
qu’acteur. Certes, le statut hiérarchique, mais aussi leur manque d’identité professionnelle,
leur faible nombre, le manque de poids dans la décision sont autant de facteurs qui influencent
négativement cette considération. A cause de cela, le TRM se retrouve objet de
l’automatisation, au même titre que la machine, et s’expose à un remplacement. D’autant plus
que, comme nous l’avons dit précédemment, la majorité de nos informateurs ont un statut
hiérarchique élevé au sein des services de radiologie.
Devant l’émergence croissante de l’automatisation dans leur activité, dont ils ne sont souvent
que des spectateurs, le contrôle et la maîtrise du phénomène s’avèrent très faibles, voire
inexistants. Une échappatoire que nous envisageons réside dans l’activité, dans l’utilisation
des ressources pour produire son travail. Autrement dit, pour reprendre le concept de
Davezies, dans le travail réel, le travail effectif dans la pratique quotidienne, cette forme de
marge de manœuvre illustrée par le modèle de St-Vincent présenté en introduction. Un
contrôle mis en évidence à travers nos entretiens réside dans le pouvoir décisionnel de l’action.
Le TRM a le « dernier mot ». Il « presse » sur le bouton. Par notre expérience, nous pouvons
constater une forme de soumission partielle, du moins de délégation à la machine, la
réalisation de certaines tâches techniques. Ce positionnement est plus marqué chez ceux qui
maîtrisent mieux ces technologies, qui connaissent ses forces et ses faiblesses. Un sentiment
de frustration peut apparaître chez tous les professionnels au contact de l’appareil automatisé.
« Le TRM doit être là quand il y a un problème ». Ces termes représentent bien ce
positionnement de garant de la sécurité, propre à de nombreux techniciens lorsqu’ils ont
recours à des technologies automatisées. Ce propos démontre aussi l’importance d’intégrer
le TRM lorsqu’une erreur est observée pour qu’il puisse en apprendre quelque chose et
intervenir en cas de nécessité. Le passage dans une forme de routine, influencé par « cette
machine qui [ne] commet presque jamais d’erreurs », est une situation défavorable pour le
professionnel comme le relève un TRM. En effet, le terme « presque » a une importance
considérable dans le domaine des soins. Les conséquences de ces erreurs sont variables,
mais cette vision dans ce discours peut influencer fortement le rôle du TRM sur lequel nous
reviendrons plus tard.
Nous pouvons voir que la majorité des sondés sont confiants en mettant en avant la
complémentarité entre l’homme et la machine. Liés à notre faible nombre d’entretiens, nous
ne pouvons pas effectuer une comparaison statistique. Mais ces quatre attitudes sont
représentées parmi les huit TRM que nous avons interviewés. Si nous nous référons à la
courbe du changement de Kübler-Ross présentée en introduction, nous constatons que peu
de professionnels se situent dans la phase ascendante, celle de la sérénité. Les sentiments
de « peur », d’ « incertitude », ou de « crainte » face à cette « menace », cet « ennemi » que
constitue l’automatisation en sont les témoins. En effet, la première étape étant celle de la
peur, plusieurs TRM s’y retrouvent par leur discours et cela constitue un frein à l’adoption.
Toutefois, certains professionnels tentent d’expliquer le changement en abordant par exemple
les buts de l’automatisation. Cette étape est la deuxième selon Kübler-Ross. Par ailleurs, les
moyens de s’y adapter sont peu explicités par les TRM interrogés et montrent la difficulté à
surmonter ce passage. Cependant, les institutions par leurs formations internes et leurs
investissements se situent déjà à la dernière étape : rendre le changement accessible. Ce
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constat nous mène à penser qu’en radiologie, la prise en compte des utilisateurs dans la
conduite du changement est presque inexistante.
Une citation tirée du discours d’un professionnel reflète l’avis général des professionnels face
à ces appareils : « je les apprécie tant qu'elles fonctionnent ». Voilà la condition déterminante
qui favorise l’acceptation des TRM à l’utilisation de la machine automatisée. Mais cette
acceptation ne doit pas se limiter uniquement au bon fonctionnement de l’appareil pour qu’elle
soit pleinement réalisée. Elle est étudiée, dans un article sur l’adoption des technologies en
situation professionnelle, à l’aide de la notion d’acceptabilité qui est distinguée par Nielsen en
« acceptabilité pratique » et « acceptabilité sociale » (1994, cité dans Bobillier-Chaumon et
Dubois, 2009). Ainsi l’acceptabilité des TRM à l’utilisation de la machine est liée à son utilité
et aux impressions ainsi qu’aux attitudes des utilisateurs. Le rôle des chefs est d’encourager
les membres du groupe en leur démontrant la plus-value de l’automatisation. Ce chef TRM en
radiodiagnostic nous fait part de ses pensées : « ils sont un peu un frein [à l’adhésion de
l’appareil] et puis, il faut vraiment qu’ils comprennent la plus-value ou qu’ils voient cette plus-
value pour accepter. Mais, c’est vrai que si on fait un passage en force, c’est plus compliqué
quoi ». Nous pouvons sentir à travers cet extrait la nécessité de travail de persuasion avec
l’équipe pour ne pas imposer une innovation. Là réside toute la difficulté du processus de choix
et d’implémentation des nouveaux appareils. Selon ce TRM responsable, un changement
d’état d’esprit est donc nécessaire : « en tout temps, on a manipulé des machines très chères
et je [ne] crois pas que ça vient de la technologie. Je pense que ça vient d'un état d'esprit de
travail ou bien des conditions cadres de travail ». L’expérience ou le passé du TRM en lien
avec la technologie semblent constituer, selon ce chef, un facteur favorable ou défavorable
aux innovations technologiques. Il aborde également les conditions de travail comme étant un
élément important au contexte de l’automatisation. En effet, le changement dans l’activité et
l’intégralité du processus nécessite une analyse et une évaluation des conditions de travail,
pouvant parfois aller jusqu’à une reconfiguration de l’organisation du service.
Par ailleurs, un TRM exerçant dans le domaine du radiodiagnostic établit un rapide bilan positif
des objectifs et des raisons de l’arrivée de l’automatisation en clinique :
alors, c'est dans le but déjà de faciliter le travail du TRM à mon avis.
Premièrement, euh, d'éviter deuxièmement, de faciliter dans le sens d'éviter des
erreurs, des incompréhensions, euh, l'aide à l'être humain en règle générale.
Pis ça aide aussi au rendement, des examens, à la vitesse d'exécution, pour
rentrer l'argent (rires) etc. C'est tout un ensemble qui permet d'aller plus vite,
d'être plus efficace, et puis de travailler avec une meilleure qualité.
Cet extrait nous permet de revenir sur la facilitation du travail que mettent en avant plusieurs
TRM pour étayer leur ressenti positif. Il en ressort également un élément important et qui ne
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fait pas l’unanimité auprès de nos interviewés : la machine, ou l’automatisation, comme aide,
comme outil, dans la réalisation de son activité. Cette vision contraste avec celle de la
personnalisation de la machine. « Rapidité », « efficacité », « qualité » et « sécurité », ces
termes sont repris par de nombreuses institutions pour mettre en avant un système de soins
performant qui peut engendrer un sentiment de convoitise auprès des utilisateurs. Dans ce
discours, nous voyons que la recherche de la performance devient possible grâce à
l’automatisation. Est-ce là, dans la complémentarité entre le TRM et les appareils automatisés,
un moyen d’augmenter la productivité et la qualité du travail du professionnel ? La question
reste ouverte, mais l’exposition des enjeux liés à l’automatisation et leur effet sur l’emploi
nuancent les propos du TRM cité que nous pouvons qualifier d’enthousiasmes et réjouissants,
tant pour la profession que pour les patients.
Les différents ressentis et les avis énoncés par les TRM nous amènent à nous questionner
sur la place et le rôle que peut prendre la machine dans leur activité. Certains la voient comme
« collègue » en l’humanisant, alors que d’autres la voient comme outil pour améliorer les
conditions et la performance au travail. D’autres encore mentionnent que si « elle a des bugs »,
cela est directement lié à des erreurs de programmation. Ceci nous fait penser que si elle est
bien paramétrée par les ingénieurs et qu’elle paraît si parfaite, elle devrait remplacer petit à
petit le TRM dans son travail. Certes, il semble exister des actes non-automatisables, mais la
plupart des tâches techniques paraissent substituables à un automate.
Les ressentis et les avis divergents présents dans les discours sur l’automatisation influencent
le rapport du TRM à la machine automatisée. Cependant, ils sont propres à chacun selon
l’expérience professionnelle. La présence de défauts de programmation et la sur-sécurisation
de la machine et des logiciels constituent une grande limite qui peut soit conforter le TRM dans
son rôle de garant de la sécurité soit l’amener à un sentiment de frustration dans son rôle
d’acteur de la profession.
Le premier effet de l’automatisation dont plusieurs TRM ont fait mention concerne les actes
répétitifs. Par exemple, une des premières formes d’automatisation mentionnée est le
Thoramat en radiologie diagnostique dont nous avons parlé précédemment. Celui-ci a permis
d’automatiser la réalisation de clichés thoraciques par la mise en position automatique de la
machine à l’aide d’un bouton. Il a permis d’augmenter le volume d’examens réalisés et a
contribué à la simplification du processus de travail du TRM, en lien avec la réalisation d’actes
répétitifs. L’automatisation prend, dans cet exemple, le rôle de soutien puisqu’elle contribue
au rendement et à la rapidité d’exécution des examens. Ainsi, nous avons remarqué que
l’aspect économique apparaît comme un élément important du processus d’automatisation.
Selon un informateur, la pression productiviste est liée à l’arrivée progressive de
l’automatisation en clinique par la réalisation de plus en plus d’examens qui surchargent
l’agenda et réduisent le temps attribué à chaque examen. L’influence sur la productivité ne
mettant pas en péril les compétences du TRM, du moins dans cet exemple, apparait pour ce
participant comme un élément essentiel à l’acceptation de ce type de technologie en clinique:
41
un peu rébarbatif et pas très intéressant ni valorisant au niveau intellectuel
comme travail.
Par ces propos, la perte des actes répétitifs est bien acceptée puisqu’elle permet à ce TRM
d’épargner des tâches physiques et monotones. Par ailleurs, un chef TRM est contrarié face
à une décision imposée par la direction institutionnelle sur la réduction de la durée attribuée à
l’examen à partir d’une analyse statistique et d’une comparaison entre les centres. La direction
estime que les machines automatisées, réduisant les activités répétitives des TRM, permettent
d’optimiser le temps imparti à chaque examen. Nous pouvons y voir une forme de
standardisation très forte. Suite à cela, il avoue avoir été amené à réorganiser les plannings
d’examens, toujours dans une optique de productivité comme il l’expose ici : « on a réduit à
20 minutes, 30 minutes, à la place de 30 et 45. On dit à la place de faire six examens ou sept
examens d’une matinée, on va faire une dizaine ce qui permet de les [les TRM] libérer l’après-
midi ». Cet extrait illustre le rythme des examens et la répercussion sur le temps de travail lié
aux nouvelles technologies. De plus, il met en avant l’avantage que cela peut représenter pour
le management. Il convient de préciser que cette tâche d’organisation du travail des équipes
est souvent confiée aux chefs TRM, bien qu’elle soit soumise à des conditions cadres définies
par les directions humaines et médicales.
42
La prise de conscience des limites de l’automatisation est un facteur favorisant la limitation
des erreurs et le sentiment de contrôle sur la machine. Les conditions de travail, en lien avec
l’ergonomie du travail, constituent un déterminant de la fiabilité. Par ailleurs, l’hyper-
sécurisation de ces machines est également source de conflit et peut mener à une forme
d’hypovigilance et de frustration de l’opérateur. D’ailleurs, un TRM exerçant en radio-oncologie
parle du nombre de signatures nécessaires pour valider une tâche ou outrepasser une sécurité
liée au risque de contact de la machine avec le patient. Dans cet exemple, la machine semble
jouer le rôle de contrôle sur l’humain et non l’inverse comme certains TRM le disent ou le
pensent. Qui a le pouvoir sur l’autre ? Est-ce un pouvoir partagé, une sorte de double-contrôle
? La réponse dépend de la posture du TRM en lien avec le contexte déterminé, l’objectif de la
tâche et sa propre expérience. Toutefois, nous ne pouvons nier l’existence d’un jeu de pouvoir
entre l’homme et la machine. L’exemple des droits d’accès, des droits d’utilisateur, notamment
pour outrepasser une sécurité, illustre cette lutte par une prise de pouvoir, une passation de
la prise du contrôle, de la responsabilité. L’administrateur de l’appareil ou du logiciel, que ce
soit le responsable technique, l’ingénieur ou la personne référente, en attribuant les droits à
l’opérateur, reconnaît des compétences et une habileté technique de l’outil. En dehors du
contexte de l’intelligence artificielle, la machine automatisée n’a la possibilité de gérer que ce
pour quoi elle a été préalablement programmée. L’apprentissage ne lui est pas possible, de
même que l’expérience. C’est en ce sens que le TRM se différencie de l’automate et qu’il doit
garder le pouvoir sur l’action réalisée par la machine en s’appuyant sur ses compétences
propres et son savoir-faire. Liant expérience et réflexivité, cette capacité lui permet pour
prendre une décision de considérer la multitude de facteurs présents dans la situation.
Revenons à cet exemple de la sécurité en radio-oncologie empêchant la collision entre
l’appareil et le patient. L’appareil est muni de capteurs laser qui permettent au système de
détecter la présence d’un objet, comme c’est le cas dans de nombreux ascenseurs. Ces
accessoires prennent en compte une certaine marge, soit plusieurs centimètres. Toutefois,
dans son utilisation clinique, le professionnel est souvent amené à dépasser cette limite pour
réaliser le traitement. C’est ici qu’il reprend alors le contrôle sur la machine automatisée, grâce
au contrôle visuel, mais grâce à sa propre expérience pouvant lui procurer un sentiment de
supériorité. L’appareil lui permet, dans cet exemple, d’attirer son attention sur un risque de
collision. Mais le TRM garde le contrôle sur la décision finale, à savoir de poursuivre la rotation
ou s’arrêter.
Une première erreur qui est citée dans les entretiens est celle causée par un manque
d’attention. Comme ce TRM spécialiste du scanner, d’autres participants sont sensibles à ce
type d’erreur. En effet, un excès de confiance engendre des imprécisions du positionnement,
des surdoses et des fautes dans la configuration du protocole au scanner. Ce TRM souligne
sa prudence à l’égard de la machine car elle peut comporter des erreurs de programmation :
43
pour les enfants, on doit un petit peu manœuvrer parce que le protocole, il [n’]
est pas toujours préétabli parfaitement. Et pis, si on se laisse aller et à juste
utiliser ce qu'il faut sans réfléchir, et que le protocole a été mal entré par
exemple, ou bien mal enregistré au départ, et ben on peut se faire avoir au
niveau de la dose, de la position etc.
Cette éventualité de confiance du TRM en la machine est une conséquence de l’objectif des
ingénieurs qui visent à conceptualiser des appareils parfaitement autonomes dont parle
Scardigli (2007, p. 180) en ces mots : « ils sont l’incarnation de cette utopie de pureté,
d’absence de désir et d’erreur ». L’autonomie de l’humain est ainsi amoindrie car la machine
automatisée affecte l’ « intentionnalité humaine (l’attribution d’une finalité par un sujet) dans
l’acte de programmation (l’algorithme), jusqu’à la soustraire à la connaissance de l’usager »
(Beaune, 1980, cité dans Dubey, 2014, p. 3). Ainsi le TRM, autrefois actif, devient peu à peu
passif dans son travail.
Un TRM qui est particulièrement vigilant aux erreurs produites dit que : « ça m'est déjà arrivé
de faire des erreurs. Et puis ça, c'est la limite de cette automatisation si le TRM n’est pas
capable de maîtriser vraiment, dans le fond ce qu'il est en train de faire ». Par ces propos, il
met en lumière les lacunes du TRM dans la connaissance des options spécifiques de
l’appareil. La maîtrise de l’automatisation est primordiale pour éviter un incident indésirable
qui peut engendrer, selon ce même interviewé, des « effets assez graves » pour le patient.
D’autant plus qu’en radio-oncologie, les doses délivrées sont élevées et peuvent provoquer
des lésions irréversibles voire mortelles lors d’un traitement de cancer comme l’exemple de
l’accident d’Epinal (Bourguignon, Simon, Peiffert et Krembel, 2009).
Par ailleurs, une erreur liée à la rigueur de travail est révélée par un TRM cadre. Ce type
d’erreur concerne le TRM qui est conscient que l’automatisation peut corriger ses imprécisions
de positionnement du patient et tient compte de l’état du patient comme la physiologie et la
morphologie du corps. Selon lui, le TRM qui installe le patient de manière imprécise sur la
table de scanner pense ainsi : « tu te dis que c’est plus ou moins juste et qu’ils [appareils
automatisés] vont corriger derrière. Ça, c’est possible. On peut avoir ce biais-là ». Cette façon
de penser est liée à une manière de travailler. Ceci décrit une modification du rapport au travail
du professionnel. D’ailleurs, lorsque le TRM réalise un examen au patient, le contrat est sous
forme de mandat. Le TRM est soumis à l’art. 398 du Code des Obligations suisse (CO) qui
précise que : « le mandataire est responsable envers le mandant de la bonne et fidèle
exécution du mandat » (CO RS 220, 2017). Le TRM a l’obligation de réaliser l’examen avec
soin et diligence.
La figure ci-dessous, tirée d’une publication de Reason, (2000), fait état des principaux types
d’erreurs humaines.
44
Figure 7 : Principaux types d'erreurs (Reason, 2000)
Parmi ces quatre types d’erreurs illustrés dans cette figure 7, trois ont été recensés à travers
les entretiens. Seul celui du « trou de mémoire » n’a pas été mentionné. L’erreur du TRM est
un élément qui ne peut pas disparaître totalement. Mais les erreurs identifiées ne pourraient-
elles pas être analysées pour empêcher les professionnels de les reproduire ? Ces analyses
permettraient de mettre en place des mesures préventives qui contribueraient éventuellement
à limiter les erreurs. De nombreuses institutions utilisent déjà les rapports d’incident mais la
culture de la sécurité n’est pas ancrée dans la pratique TRM. Les déclarations, bien que le
plus souvent anonymes, sont parfois problématiques selon certains professionnels. Elles
peuvent donner lieu, selon eux, à des sanctions par exemple. Mais qu’en est-il lorsque ce n’est
pas le TRM qui commet véritablement l’erreur ou que la machine semble le principal
responsable ? Comme déjà mentionné, parfois, les TRM sont amenés à outrepasser les
limites de sécurité gérées par la machine pour la réalisation d’un traitement. Néanmoins, les
restrictions contrôlées par l’appareil automatisé ne poussent-elles par les TRM à l’erreur par
les violations des règles ? Le TRM est-il toujours considéré comme le garant de la sécurité,
au sens il est responsable de l’action des appareils automatisés ? Aucun cadre juridique ne
précise véritablement ces aspects. Mais, selon nos résultats d’entretiens, il est de la
responsabilité du TRM de vérifier l’action des machines. Mais, il est certain que, parfois, pour
réaliser son activité, il est contraint d’outrepasser des limites de la machine et « prendre des
risques ». Nous pourrions élargir la discussion en abordant la perception et la prise de risque
du TRM en lien avec l’automatisation, ou encore discuter de la fiabilité humaine et des
matériels. Les résultats de nos entretiens ne nous permettent pas de répondre à ce
questionnement. Mais, selon notre expérience pratique, nous avons pu constater que bien des
professionnels sont convaincus que l’information, la numérisation et l’automatisation
constituent des moyens de compenser l’erreur humaine en intégrant la machine au sein des
processus.
Par ailleurs, nous avons constaté que les erreurs ne proviennent pas uniquement des TRM.
En effet, plusieurs exemples d’erreur lié à la machine ont été mentionnés dans nos entretiens
45
et présentés dans les chapitres précédents. Ainsi, selon la majorité des interviewés, le rôle de
la technologie devrait rester une « aide », et une forme de « supervision » ou de « contrôle »
de l’humain est nécessaire pour garantir la sécurité du patient et limiter tout type d’erreur,
qu’elle soit liée au facteur humain, technologique ou organisationnel. Dans cette optique, un
aspect soulevé par plusieurs TRM de différents niveaux hiérarchiques est la prudence de
l’humain face à la machine comme le précise cet extrait :
il faut toujours avoir un œil ouvert sur ce qu'on fait vraiment. Et puis se dire que
la machine, elle est capable de faire des erreurs. Et puis qu'on puisse être
capable et être vigilant et de se dire qu'on a toujours une supériorité par rapport
à ça. On a tendance à s'enfermer et puis à [ne] plus réfléchir.
En référence à l’article de Scardigli qui explique que pour des raisons de sécurité, les
concepteurs d’aéronautique visent à atteindre une autonomie totale des avions au détriment
de l’autonomie du pilote (Scardigli, 1992), nous pouvons faire un parallèle avec les ingénieurs
qui visent à rendre une machine radiologique totalement indépendante de l’humain afin de
garantir la sécurité. Mais il n’est pas impossible que la machine fasse aussi des erreurs.
Cependant, malgré les limites de l’automatisation, certains participants ont tout à fait confiance
en la machine et les avantages que celle-ci procure. Ces TRM pensent que les machines
automatisées sont bien configurées et optimisées par un TRM spécialiste, un technicien
d’application ou un ingénieur de la firme pour augmenter la qualité et la sécurité. Ces
spécialistes ont des connaissances expertes que les TRM n’ont pas acquises. Dans ce sens,
cet interviewé précise que : « j'ai quand même une très grande confiance au scanner. Ce que
je me dis que, ils [les spécialistes], optimisent au mieux toujours. Et puis que, il faut savoir
aussi au niveau technique, nous avons nos limites ». Comme exemple, selon un participant
cadre, ces optimisations se présentent sous forme d’un message d’alerte en IRM pour
favoriser la vigilance du professionnel. Ce TRM souligne la sécurité des implants en IRM :
« certains constructeurs commencent à mettre au niveau de l’IRM (…) des implants (…)
compatibles sous certaines conditions. Et puis durant l’examen, le programme veille à ce qu’on
ne dépasse pas les conditions. Ça c’est vraiment un atout pour la sécurité ». Toutefois, ce
TRM doit être prudent malgré la confiance en la machine qui selon Scardigli (1992) « conduit
à une complaisance à l’égard de l’automate qui sait tant de choses… ». La machine, même
parfaitement autonome ne peut posséder le « savoir-faire et l’intelligence du travail » du TRM
dont parle Davezies (1993) dans sa publication traitant des éléments de psychodynamique au
travail.
Par ailleurs, il arrive que la machine cesse de fonctionner en cours d’examen ou de traitement,
alors que le professionnel aurait poursuivi le traitement. Cette situation est relatée par un
interviewé en radio-oncologie : « qu'il ait une automatisation, ben voilà elle [la machine
46
automatisée] est respiro-dépendante [le fonctionnement de la machine est synchronisé à la
respiration et à la stabilité de la position du patient afin d’obtenir un traitement de qualité]. Si
le patient bouge, l'irradiation s'arrête. Mais des fois, ça [ne] nous arrange pas (sourire) ». Dans
cet exemple, le TRM paraît contrarié par la décision de la machine. Elle fait référence au temps
perdu par cet arrêt, mais aussi au système binaire de la machine. Dans cette situation, en
voyant un mouvement très faible, le professionnel aurait certainement poursuivi l’irradiation,
au vu de la très faible incidence sur la qualité. Cette détection de très faibles écarts à une
norme définie par les utilisateurs semble positive sur la qualité et la sécurité. Toutefois, elle
apparaît comme négative pour la vigilance des professionnels « qui se reposent sur la
machine » et perdent dans certains cas le contact visuel avec le patient.
« Il y aura toujours un humain derrière la machine », tels sont les mots rassurants d’un TRM.
Ainsi selon un participant, l’automatisation est considérée comme un partenaire. Elle est prise
au même titre qu’un collègue de travail. Ce TRM dit : « ça permet d’être deux personnes qui
pourraient contrôler le travail ». Cette position de la machine comme partenaire permet au
TRM de collaborer dans la gestion de la sécurité, démontrant la grande confiance en la
machine automatisée.
Par ailleurs, un autre effet lié à l’automatisation est celui lié à la sécurité du professionnel et à
la radioprotection. Dans le domaine de la médecine nucléaire, la dose reçue par les TRM est
une des plus élevées. Une optimisation de la radioprotection est nécessaire afin de protéger
le professionnel. La machine automatisée se projette comme une des solutions efficaces. En
effet, un des informateurs mentionne que le service dans lequel il travaille a récemment acquis
« un dispenseur donc une machine qui est capable de recevoir le flacon et puis d'administrer
la bonne dose dans la seringue ». La préparation des doses radioactives effectuée à la main
par un TRM est remplacée par une machine et c’est une bonne chose étant donné le risque
d’irradiation. Cependant, la confiance excessive en la machine constitue un facteur de risque
47
considérable selon plusieurs interviewés. L’erreur de dosage expliquée par ce même TRM met
l’accent sur le rôle important du TRM dans la vérification. En effet, la non-détection d’une erreur
de dosage peut avoir une incidence sur le patient. C’est la raison pour laquelle ce responsable,
suite à l’événement indésirable, demande à ses collègues « un contrôle systématique » des
doses avant de procéder à l’injection. Même si le TRM contrôle la dose radioactive diluée par
la machine, une erreur peut toutefois survenir. Ceci signifie que l’erreur initiale produite par la
machine est le résultat d’une mauvaise programmation par l’ingénieur. Une seconde erreur
peut apparaître si le TRM réalise un mauvais contrôle de la dose. Au final, l’une comme l’autre
erreur provient d’un acte humain.
Une conséquence négative de l’arrivée des nouvelles technologies sur la qualité des prises
en charge et l’activité du TRM est celle des pannes et de leur gestion. Plusieurs professionnels
annoncent le gain non négligeable quand tout fonctionne correctement mais avancent une
forte critique quant au fonctionnement anormal des machines et à la gestion des pannes ou
erreurs : « Sitôt qu'on est en panne, je nous trouve extrêmement handicapés, extrêmement
handicapés dans le sens où c'est vraiment à un informaticien, donc c'est un spécialiste qui
vient nous décanter de cette situation problématique ». L’autonomie du TRM dans la résolution
d’un problème lié à l’appareillage devient alors limitée. La nécessité d’une intervention d’un
spécialiste démontre la complexité de la machine et le besoin d’acquérir des connaissances
spécifiques. Dans ce sens, un autre TRM dit : « Avant l'automatisation, on était nous-mêmes,
humains, autonomes à résoudre n'importe quel problème. Maintenant, sincèrement, sitôt qu'on
est en panne, on [ne] peut plus faire grand-chose ». Ainsi, la machine peut être une source
d’erreurs et les pannes peuvent survenir. Désormais, la fiabilité du TRM ne peut compenser
les défauts de la machine. En effet, le technicien n’est plus à même de détecter les problèmes,
car son expérience et son niveau de connaissance du fonctionnement du système automatisé
sont insuffisants. Une conséquence liée à l’intervention du spécialiste concerne le délai
d’intervention. Un long délai rallonge le temps d’inaccessibilité à l’installation radiologique.
Cela peut avoir des incidences sur plusieurs niveaux. Nous pouvons citer en premier lieu les
retards, voire les annulations d’examen pour les patients et donc pour les médecins
demandeurs. Cela peut également engendrer du stress et une perte de maîtrise de la situation
problématique pour les professionnels, des coûts pour l’institution (selon les contrats de
maintenance) ou encore une réorganisation du service en termes de ressources et de
planification. L’argument productiviste énoncé par les concepteurs et repris par les directions
concernant le gain de temps pour être avec les patients et le gain en efficacité, de même qu’en
efficience organisationnelle est remis en question dans ce contexte. Ceci, d’autant plus que,
selon un TRM, plus les appareils sont performants et automatisés, plus ils sont complexes et
ainsi sujets à des pannes. Cette constatation nuance les bénéfices de l’automatisation.
D’ailleurs, lors d’une visite réalisée à la suite d’un entretien, un TRM nous a montré un
48
message d’erreur apparaissant de manière récurrente sur un appareil radiologique
automatisé, récemment installé et utilisé dans le cadre des angiographies. Il a mentionné
plusieurs annulations d’examens et se montrait inquiet face à la prise en charge qu’il devait
réaliser en fin de journée dans cette salle. Cet exemple démontre les limites du TRM lors de
pannes. Dans cette situation, il nous a fait part de son désarroi, avec comme seule issue,
contacter l’ingénieur d’application.
Comme nous l’avons constaté dans le passage 5.2.3, l’automatisation est considérée par
certains TRM comme un partenaire. Ainsi, l’équipe est composée de TRM et
d’automatisations. La présence de plus en plus importante des technologies au sein des
services a des répercussions sur le travail en équipe. Pour certains participants, les
technologies automatisées implémentées dans les services de radiologie modifient la
répartition du travail et changent la dynamique de l’équipe. Pour d’autres, elles n’ont que peu
d’influence. D’après une participante du service de radio-oncologie, l’automatisation change
la répartition des tâches et des responsabilités. Elle souligne l’importance de la présence d’un
deuxième professionnel expérimenté lorsqu’un TRM a peu de connaissances des
technologies afin d’assurer la qualité des traitements et d’éviter des événements indésirables.
Les TRM utilisant les machines automatisées n’ont pas tous la même expérience ni la même
expertise des technologies. Phaneuf écrit en 2012 un article intitulé « travail d’équipe auprès
des malades : ressource ou souffrance » où elle donne une vision positive de la répartition des
tâches selon les compétences et les capacités de chacun. Cette répartition est :
je vois, vous les jeunes (rire), vous êtes plus à l’aise des fois par rapport à des
logiciels, des systèmes informatiques que moi en tout cas. Je sais que j’aime
aller demander s’il y a un truc qu’on m’explique. Mais on a l’habitude d’aller
demander, d’aller farfouiller et ça c’est quelque chose qui fait partie du jeu.
Par ces mots, cette participante entretient une collaboration avec ses collègues et s’assure de
sa bonne compréhension de la technologie pour la réalisation d’un examen. Selon un TRM
cadre, l’automatisation peut apporter de la cohésion dans une équipe à condition qu’elle
49
s’occupe « des gestes rébarbatifs ou répétitifs ». Un autre TRM dit que : « ça [l’automatisation]
aide à la collégialité [et évite les] tensions aussi ». Par contre d’après un participant,
l’automatisation peut créer des conflits entre les membres de l’équipe si elle remplace les
postes de spécialiste provoquant une modification dans l’organisation du service. Ce TRM fait
l’hypothèse que si l’automatisation met en péril des postes de « spécialiste » ou de « référent »
liés à une technologie spécifique (par exemple l’IRM), ceci peut modifier l’organisation des
services :
Cette organisation du service passe par une répartition des tâches et des responsabilités et
donc une organisation du travail. Ainsi, il paraît pertinent de revenir sur la différence entre le
travail prescrit et le travail réel. Il est également essentiel de différencier les tâches et l’activité,
entre lesquelles il y a toujours un ajustement nécessaire dans le travail. D’ailleurs, Davezies
(1993) reprend les concepts définis par l’ergonomie, à savoir que « les gens ne font jamais
strictement ce qu'on leur dit de faire, si nous admettons qu'ils déploient toute une activité
destinée à pallier les manques de l'organisation du travail » (p. 8). Nous pouvons voir en la
machine une opportunité pour pallier certains manques. Cela est certainement un des
facteurs, dans une optique de recherche constante de productivité, qui est mis en avant par
les décideurs.
Pour un autre TRM, il faut accepter une délégation partielle des responsabilités à la machine:
je dirai que si je bosse avec l’automatisation, il faut accepter que ce ne soit plus
toi qui le fasses, qu’il y ait une partie de délégation de la responsabilité que tu
avais pour partir vers la machine. Il y a aussi, est-ce qu’on va avoir confiance
en la machine ? Il y a des questions comme ça très éthiques qui doivent être
réglées et opérationnalisées, des gros défis.
Par ailleurs, selon deux TRM travaillant dans un service de radiologie diagnostique et
interventionnelle, l’influence de l’automatisation est faible dans le travail en équipe. Parmi ces
deux participants, un chef TRM se montre positif et optimiste face à ce phénomène : « en
termes de travail d’équipe, j’ai de la peine à me dire que ça va vraiment changer. C’est
tellement personnellement dépendant… Je ne vois pas un obstacle de travail d’équipe ».
Bien que l’automatisation a peu d’influences selon ces deux TRM, nous avons pu constater
qu’elle peut modifier le travail en équipe à travers la répartition des tâches et des
responsabilités. Ceci rejoint la définition du travail en équipe selon Phaneuf (2012) qui est « un
mode de répartition des tâches et des responsabilités partagées entre plusieurs personnes où
chaque membre tient un rôle particulier. Mais la dynamique qui les unit possède, elle aussi,
des caractéristiques qui lui sont propres » (p. 2).
Un autre élément important de l’automatisation est son influence sur la méthode de travail du
TRM et ce, dans tous les domaines de la radiologie. Pour certains, une adaptation est
nécessaire et devrait arriver comme le mentionne ce TRM : « ça pourrait les chambouler [les
méthodes de travail] », alors que pour d’autres, cet impact [cette influence] est moindre comme
le précise cet interviewé ayant vécu une expérience d’automatisation :
Les retombées sur la méthode de travail semblent différentes entre un professionnel ayant
une pratique automatisée et d’autres TRM moins confrontés au phénomène dans leur pratique
courante. Ceci peut être lié à la représentation que chaque professionnel se fait de
l’automatisation. En effet, les professionnels peu confrontés ne peuvent qu’émettre des
hypothèses, faire des inférences ou relayer une information. Les TRM, qui sont au contact au
quotidien ou qui ont de l’expérience avec l’automatisation, font part de leur réel ressenti. Ils
ont une vision concrète des effets. Toutefois, nous ne pouvons pas avancer que ceux qui l’ont
vécue ont raison et que les autres ont tort. Mais, il est nécessaire de nuancer les propos, de
les mettre en relation avec l’expérience propre de chaque interviewé. Aussi, nous avons
effectué des entretiens dans les trois domaines de la radiologie et les méthodes de travail ne
51
sont pas identiques dans chacun d’eux, ni même dans chaque institution. De plus, la méthode
de travail est souvent personnelle, variable selon la situation et en constante évolution.
L’automatisation façonne la manière de travailler, qu’elle soit en équipe, donc avec des
humains, ou avec une machine. Pour examiner de cela, il paraît important de différencier les
termes travail et action. Nous reprenons la définition du travail selon Davezies qui, dans sa
publication traitant des éléments de psychodynamiques au travail, parle de « caractère
énigmatique du travail » et qui aborde une forme de « savoir-faire et d’intelligence du travail ».
Ainsi, il poursuit son raisonnement en affirmant que :
en aucun cas la machine n'est en mesure de se mobiliser pour faire face à des
situations imprévues. Il n'est donc pas question de parler de travail. La maîtrise
de la variabilité nécessaire à l'automatisation, plie localement le monde à l'ordre
du discours et repousse le travail à la périphérie. (…) Il n'y a donc de travail
qu'humain. La machine est capable d'exécution. L'homme seul travaille, et
jamais comme une machine (1993, p. 4).
Ainsi est rejoint et étayé le discours de nos interviewés qui défendent l’importance de
l’autonomie et de la réflexivité dans le travail du TRM. En effet, les situations qui sortent de la
routine sont fréquentes dans la prise en charge de patients. Ainsi, il serait possible de classifier
les actes du TRM qui composent son travail en deux axes : automatisable et non
automatisable. Ceci passerait par une segmentation de son travail en actes, donc certains
sont automatisables, comme la facturation par exemple, et d’autres qui ne le sont pas. Nous
pourrions citer dans cette seconde catégorie, sur la base de nos entretiens, toutes les tâches
« relationnelles » et les situations complexes liées aux patients polytraumatisés ou
hospitalisés.
Pour tous, « la place du patient est centrale » dans le quotidien des TRM, et ceci même avec
l’automatisation. Cependant, la machine automatisée peut affecter la prise en charge du
patient tant positivement que négativement. Un facteur positif à énoncer et qui se retrouve
dans les mots de cette responsable en radio-oncologie est celui du temps : « pour moi, ça a
été positif [l’automatisation] parce que moi je trouve que c'est bien. On est plus rapide. On a
plus de temps pour le patient ». En effet, la machine automatisée aide le TRM dans les tâches
physiques et répétitives tout en garantissant une prise en charge adaptée au patient. Malgré
la réduction du temps attribué à chaque examen en lien avec l’automatisation, un gain de
temps est obtenu par la suppression des manipulations d’accessoires désormais réalisées par
la machine. Dans le contexte des traitements de cancers avec des machines imposantes, cette
TRM explique que : « tu devais mettre tellement d’accessoires dans la machine. Tu devais
52
expliquer aux gens et puis ça faisait plus peur ». Le fait de ne plus devoir manipuler ces
accessoires permet au TRM de gagner du temps dans une prise en charge facilitée du patient.
Dans ce sens, ce participant spécialiste au scanner explique que la « prise en charge et la
communication avec le patient est plus simple ». Une communication simple et efficace
contribue à une meilleure compréhension de l’examen et favorise la bonne collaboration du
patient. De plus, ce TRM pense que les priorités du patient résident dans une bonne réalisation
et une rapidité d’exécution de l’examen ainsi qu’un vécu supportable du moment.
Tous les participants sont unanimes sur le fait que le TRM ne peut actuellement être remplacé
par la machine dans les aspects relationnels avec le patient. Certains pensent que la machine
ne peut pas prendre en charge un patient de manière autonome, le rassurer, le mettre en
confiance et s’adapter aux spécificités et aux besoins de chacun. Dans ce sens, un TRM
praticien formateur en radiologie diagnostique et interventionnelle souligne que : « la machine
est très performante, mais elle [ne] sera jamais à l'égal de l'homme à mon sens, par rapport à
tout ce qui est sensibilité, feeling, communication, compréhension et surtout constat ». Pour
ce TRM, la perception et l’intelligence « sociale » sont spécifiques à l’humain. Dès lors qu’est-
ce que l’humain peut déléguer à la machine ? Comme énoncé dans le chapitre 5.3.1, la
machine automatisée peut réaliser des actes rébarbatifs ou répétitifs. Toutefois, les ingénieurs
aspirent à concevoir des machines « intelligentes » (Cowen, 2013). Une autre participant
rajoute que : « On pourra toujours mieux s'adapter aux gens qu'une machine. Le patient, c'est
nous qui l'avons sous les yeux et puis c'est nous qui devons avoir ce pouvoir de modifier selon
ce qu'on pense nous. Ça une machine ne pourra jamais le faire ». Ainsi, pour cette TRM, seul
l’être humain est capable de tenir compte de l’état du patient et de garantir une qualité optimale
dans la réalisation d’un examen ou d’un traitement. Toutefois, l’automatisation associée à
l’intelligence artificielle augmente les capacités et les possibilités de la machine (Cowen,
2013). Elle permet la résolution de problèmes complexes, d'analyse de risques liés au patient
et au personnel soignant et de prises de décisions rapides et efficientes. S’adapter
spécifiquement à chaque patient, à sa singularité pour garantir une prise en charge globale
adéquate semble être une des clés pour le maintien de l’humain dans les soins selon de
nombreux TRM. Jusqu’où sera capable d’aller l’intelligence artificielle dans ce contexte du
rapport humain ? Les projections sont parfois dignes de science-fiction mais la réflexion reste
importante. Cette prise de conscience peut amener le TRM à réfléchir sur sa pratique, à
adapter son travail à ce qu’il sait faire de mieux, bien plus que ne le ferait la machine au
quotidien.
Par ailleurs, tous les professionnels ne sont pas focalisés sur les besoins du patient. Un TRM
responsable en radio-oncologie n’hésite pas à rappeler ses collaborateurs :
53
en tant que responsable, je suis quand même censée des fois aller vers la
personne et lui dire : n’oublie pas, il y a un patient qui est là, qui a mal ou qui a
peur aussi. Donc c'est quand même notre rôle d'être là pour eux.
Ce participant soulève la nécessité à ce que le professionnel soit présent pour le patient afin
de répondre à ses besoins. Si l’automatisation affecte positivement la prise en charge du
patient, elle peut aussi l’influencer négativement. En effet, lorsque la technologie est complexe,
le TRM est focalisé sur la technique et peut délaisser le patient. D’après ce TRM travaillant en
IRM : « quand il y a une nouvelle séquence ou des examens compliqués, le technicien a
tendance à oublier le patient et il risque de se focaliser sur son examen, sur les séquences,
sur les technologies ». D’ailleurs, lorsque le TRM est stressé par le temps, il est possible que
le professionnel oublie de s’assurer de la bonne compréhension du patient et à ne pas l’écouter
attentivement. Cet interviewé, sensible aux besoins du patient dit qu’: « on va trop vite pour un
patient. Un patient, il faut bien comprendre qu’il est diminué. Il est handicapé ». Il entend par
« diminué » un patient qui est en position de faiblesse mentale ou physique. Dans ce cas, le
patient a des besoins que le TRM est amené à prendre en compte et à intégrer dans la prise
en charge du patient.
54
vrai défi à relever pour tous les TRM au quotidien. Par ailleurs, lorsque nous avons abordé
l’interface TRM-machine, un professionnel nous fait part de ses réflexions : « je ne pense pas
qu’on ne peut que parler de la relation TRM-machine. C’est vraiment un trio pour moi. Quand
un TRM est derrière sa machine, il faut qu’il garde le contact avec le patient. En réfléchissant
comme ça, je pense qu’il faut qu’on parle de trio plutôt que de duo ». Le TRM est au centre de
ce trio, en tant que garant de la sécurité technique et de la qualité humaine des soins. « Dans
les sentiments, dans la compassion, dans les ressentis, la chaleur humaine. Des fois un
toucher sur une épaule ou une oreille attentive fait beaucoup. Pour ça, l’automatisation ne
pourra jamais le faire ». Cet extrait, tiré des propos d’un TRM du domaine de la radio-
oncologie, résume bien les forces du TRM face à l’automatisation.
Par ailleurs selon un TRM, l’évolution de la technologie automatisée semble avoir atteint son
apogée : « ils [les concepteurs ou les ingénieurs] essaient toujours d’inventer des nouvelles
machines mais je pense qu’on est arrivé à un point où je ne sais pas ce qu’ils pourraient sortir
de nouveau ». Ceci en revient à notre constat énoncé en introduction. En effet, les avancées
technologiques robotiques et logicielles imposent un renouvellement constant des instruments
de travail. Mais, après l’implémentation, l’utilisation en routine clinique semble ne laisser que
peu de place à l’analyse et à la prise de recul du TRM sur l’influence de cette automatisation.
La durée de vie des appareils radiologiques est courte. Pourtant, ces appareils de plus en plus
complexes d’utilisation demandent aux TRM une adaptation qui peut prendre du temps. Nous
avons malheureusement récolté peu de données sur les véritables effets de ce phénomène
récurrent en radiologie. Toutefois, un TRM aborde les difficultés rencontrées par certains TRM
face à ces changements constants : « Comprendre, comprendre pourquoi on doit changer.
Qu’est-ce qui pourrait leur apporter de mieux et puis qu’est-ce qu’ils pourraient gagner ».
Comprendre les raisons du renouvellement et identifier les bénéfices semble constituer selon
lui un paramètre nécessaire. Pour aider les professionnels, il mentionne la formation et les
démonstrations. Il rapporte également un cas où « un TRM s’est trompé. En fait il n’avait pas
le bon soft. Il y avait des erreurs. Une autre personne dans la même situation n’a pas fait
d’erreur ou des erreurs ont diminué ». Finalement, le TRM a besoin de concret pour trouver
une signification à ces changements.
Mais, face à ce renouvellement périodique, nous pouvons nous demander ce que cela
implique pour les TRM. Certains disent se sentir « déstabilisé », « handicapé » ou « stressé ».
55
Toutefois, il faut relever que plusieurs TRM voient en considérant ces changements une
source de motivation. Le besoin de toujours apprendre, de se remettre à jour, constitue des
défis à relever qui donnent du crédit à leur profession. Nous retrouvons ainsi deux formes de
vécu en regard à ce phénomène : ceux qui préfèrent la routine pour être à l’aise et ceux qui
sont adeptes de challenge, pour ne pas se lasser du travail quotidien. Il nous paraît important
pour les services d’appréhender ces effets pour proposer des ressources différentes selon les
besoins des TRM. Le rôle du chef de service pourrait même être de gérer ses ressources
humaines selon cette caractéristique, en favorisant les échanges et les interactions entre ces
deux positionnements.
Par ailleurs, plusieurs participants à l’étude mentionnent que l’institution implique peu
l’ensemble des utilisateurs dans le choix d’un nouvel appareil automatisé mais se réfère à un
groupe de représentants de TRM. De plus, la formation de l’appareil, souvent dans des
conditions non réelles, n’est pas adaptée et provoque une inadéquation avec la réalité du
terrain et les attentes des professionnels. Comme solution, un TRM cadre propose la mise en
place de simulations : « Je pense que l’automatisation va nous permettre effectivement d’avoir
des structures de simulations qui seront vraiment top pour être encore plus que maintenant au
plus près de la réalité ». Ainsi, ces éléments recensés par les professionnels témoignent d’une
gestion technologique inadaptée de la part des services.
D’ailleurs aucun informateur ne nous a parlé d’une réelle analyse ou gestion des
implémentations technologiques avec un statut avant et après intégration de la technologie
dans la pratique quotidienne. Souvent, le choix des appareils ou des logiciels est fait par les
personnes de niveaux hiérarchiques supérieurs. Ainsi, cette manière d’agir peut expliquer le
ressenti négatif des utilisateurs face à cette imposition d’utilisation de l’appareil. En référence
à la figure 5 présentée en introduction qui illustre le cycle de vie des technologies en santé,
nous pouvons constater que le TRM ne semble commencer à intervenir qu’après le
déploiement, soit à la phase de transition entre la partie « planification » et la partie « gestion ».
Cette intégration tardive de l’utilisateur direct constitue un handicap à son adhésion aux
nouvelles technologies. Il convient alors de préciser quelques points en matière de stratégie
pour favoriser le TRM à trouver sa place dans un environnement de travail en constante
évolution du fait des innovations technologiques. Freeman (1974, cité dans Drouvot et Verna,
2014), professeur en management, a élaboré une typologie de différentes stratégies (voir
annexe V). Nous avons pu identifier quelques-unes dans nos entretiens. Les différentes
stratégies accordent une certaine importance à l’éducation et à la formation des professionnels
favorisant ou défavorisant l’adhésion du personnel. Dans un contexte où la demande
d’innovation technologique semble stable, voire croissante, la stratégie usuelle paraît la plus
opportune, mais tient peu compte de l’éducation et de la formation du personnel. La stratégie
offensive serait plutôt celle des centres universitaires en vertu de ressources humaines et
56
financières dédiées à la recherche, et privilégie l’éducation et la formation des collaborateurs.
La stratégie imitative n’est pas rare en radiologie pour des services de plus faibles envergures.
Elle laisse peu de place à l’innovation. Cette approche accorde une importance moyenne à
l’éducation et la formation.
les anciens ne sont pas nés avec l’informatique. Donc, c’est toujours quelque
chose [l’informatique] qui n’est pas facile. Et puis tu auras, encore une fois les
jeunes qui sont friands de ces nouveautés, qui vont être plus sensibles, plus
enthousiastes et qui vont essayer de voir quelles fonctions il y a etc. Le
challenge est de garantir la qualité minimum d’utilisation de l’appareil.
Le facteur générationnel est repris par un chef TRM en ces mots : « oui les « anciens » [les
TRM expérimentés], je dirais sont assez réticents ». Cette réticence peut constituer un frein
ou même être défavorable à l’utilisation des appareillages automatisés. Mais elle peut aussi
ouvrir la discussion sur des aspects sensibles et permettre la réflexion quant aux enjeux
spécifiques pour le service ou pour l’institution concernée. Il est ainsi important que
l’implémentation d’une technologie fasse l’objet d’une discussion et d’une analyse au sein de
l’équipe, ou du moins d’un groupe de travail représentatif de l’équipe.
Finalement, selon un TRM, l’obstacle principal dans la gestion technologique est celle du
changement : « c’est plutôt le management du changement qui est difficile. Faire comprendre
aux gens l’utilité de ce changement. Pourquoi ça apporte un mieux et leur faire accepter en
fait. C’est ça la plus grande difficulté ». Ainsi, la notion d’acceptabilité permet « d’évaluer les
probabilités d’appropriation des technologies et limite ainsi les risques de rejet probables en
repositionnant si besoin le projet de changement et/ou la technologie elle-même » (Bobillier-
Chaumon et Dubois, 2009). De plus, ces mêmes auteurs mentionnent que l’acceptation des
usagers à l’utilisation de la technologie liée à leur ressenti permet de « réajuster la place et le
rôle du dispositif dans ce système de travail ».
Les effets de l’automatisation sur l’activité du TRM sont multiples et variés. L’automatisation
semble avoir des effets sur la pratique du TRM à travers les actes répétitifs, le travail en équipe
et la méthode de travail. En médecine nucléaire, l’argument de la radioprotection semble
3
Anglicisme souvent traduit par conformité, mais qui correspond plutôt dans ce contexte à adoption
57
pertinent. Les pannes et leurs gestions complexes, nécessitant des ressources externes,
perturbent le bon fonctionnement des activités et de l’équipe. Les répercussions sur le rôle et
les responsabilités professionnelles du TRM semblent constituer une source de conflit et
requièrent une évaluation et une adaptation du cadre de travail. La mauvaise conduite du
changement et notamment le manque d’intégration des utilisateurs dans le processus
décisionnel constituent des facteurs défavorables à l’acceptation des TRM pour l’utilisation de
l’automatisation.
Le premier enjeu qui émane de la totalité des entretiens est l’enjeu économique. En effet, une
grande majorité des interviewés a énoncé de manière explicite la recherche de productivité
suite à l’installation de machines automatisées dans leur service. Néanmoins, un TRM cadre
reconnait un but de l’implémentation des processus d’automatisation qui n’est jamais
clairement explicité par les décideurs : « il ne faut pas se la cacher. Il y a une augmentation
de la productivité qui est attendue ». Dans ce sens, l'étude de Deloitte (2015) sur les effets de
l’automatisation sur le marché suisse du travail indique une augmentation de la productivité
issue de l’interaction entre l’homme et la machine. La productivité semble actuellement être
une opportunité majeure de l’enjeu économique. Ce désir de productivité n’est pas sans
incidence. Elle a des effets sur l’emploi et la prise en charge du patient déjà énoncés. Ainsi,
face au gain de temps et à la recherche d’efficience, un enjeu important se dresse devant le
TRM : sa crédibilité et la justification de son rôle au sein des institutions hospitalières
modernes. En lien à cette menace, un TRM exerçant en radiodiagnostic dit que :
je ne pense pas que ça soit la fonction du TRM qui dérange mais je pense que
c’est son prix. Si un médecin voit qu’il a la capacité de poser un diagnostic avec
une personne [autres corps de métier] qu’il paiera moins cher, il ne va pas
hésiter à le faire bien longtemps. Mais sinon du point de vue de la technologie,
58
je pense qu’ils ont les outils, les moyens de nous supplanter, [ou] de nous
remplacer par une assistante médicale par exemple.
Ainsi, par ces paroles, le coût du TRM est mis en avant par ce participant pour justifier son
remplacement par l’automatisation ou par un autre professionnel du domaine médical. Le
récent exemple des hôpitaux fribourgeois où la volonté de certains politiciens était de sortir les
employés de l’hôpital public, dont les TRM, de la loi cantonale sur le personnel de l’Etat de
Fribourg (LPers) est une illustration de ce contexte économique sous tension. De plus, un
participant TRM, cadre d’un hôpital universitaire, compare les coûts entre le professionnel et
la machine. Il explique qu’à l’exploitation, la machine « coûte beaucoup moins cher qu’un TRM
avec son salaire à l’année ». Il précise que les coûts des employés sont imprévisibles à cause
de l’absence des collaborateurs due à la « maladie », au « stress » et à la « fatigue » alors
que les coûts d’une machine automatisée sont prévisibles car les coûts de la « mécanique »
et des « maintenances » peuvent être calculés. Dans son calcul, ce TRM tient compte des
frais que peut engendrer une panne qui selon lui restent inférieurs à ceux générés par
l’homme. Ces propos ne sont pas rassurants pour les emplois des TRM. Cependant en 2014,
une entreprise spécialisée dans les applications automatisées et des équipements industriels
produit un robot autonome nommé Baxter et annonce que : « l’achat de Baxter ne coûte guère
plus cher que le coût de l’employé humain moyen » (Rexroth Bosch Group, 2014). L’entreprise
admet que la machine ne remplace pas l’humain et qu’elle nécessite l’intervention d’un
professionnel pour assurer son bon fonctionnement. La formation du personnel spécialisé ainsi
que son salaire revalorisé engendrent des coûts supplémentaires au prix initial de la machine.
Au final, le professionnel coûterait-il vraiment plus cher que la machine ? Toutefois, ce même
interviewé reste serein face aux dangers de pertes d’emplois :
Ainsi, ce professionnel reste optimiste en suggérant une transformation des emplois existants
en se basant sur son expérience et notamment la numérisation de la radiologie médicale. Il
donne également un indice en disant qu’elle sera moins technique. Cela veut donc dire que le
rôle de soignant sera probablement mis en avant, selon lui, dans les années futures.
L’enjeu économique est aussi lié au type de diplôme délivré par deux systèmes académiques.
Après le maintien du niveau ES pour les TRM en Suisse alémanique, certains ont vu dans
cette décision une illustration des enjeux économiques de la profession et du domaine de la
59
santé en général. Ceci, d’autant plus que, selon nos informations, le salaire d’un TRM de type
HES n’est pas plus élevé que celui de type ES.
La présence de l’humain derrière la machine ne paraît pas remise en question par les
informateurs. La justification du rôle du TRM constitue un véritable enjeu pour toute la
profession. Ainsi, « l'humain est là pour jauger, juger, intervenir à bon escient ». En lien avec
les compétences du TRM, un interviewé expérimenté parle de l’évolution de la profession en
disant que : « notre métier, aussi dans la formation, a quand même bien évolué vers cette
fonction réflexive qui demande toutes ces pensées. L’automatisation, si elle nous fait perdre
un peu tout de ça, voilà c’est cette crainte que j’ai ». Par ces paroles, la réflexivité prend une
importance inédite dans la profession. Ceci va de pair avec la nécessité de comprendre l’action
de la machine pour la maîtriser. Un interviewé précise qu’il est judicieux de démystifier la
machine par des explications afin de mieux la contrôler. Au final d’après un cadre en
radiodiagnostic, l’automatisation propose des solutions optimisées mais leurs validations
relèvent de la compétence du TRM. Tous les participants sont unanimes pour souligner que
le rôle de superviseur de la machine ou d’expert est important et déterminant dans la maîtrise
l’automatisation. Dans ce sens, Dorn, à travers son article relatant l’influence des machines
sur le travail, évoque l’importance de ce rôle pour maintenir l’emploi : « un opérateur sur
machine, qui en connaît à fond le fonctionnement et le processus de production dont elle fait
partie, sera plus précieux et plus difficile à remplacer qu’un opérateur qui saurait uniquement
appuyer sur les boutons du tableau de bord » (Dorn, 2016, p. 60).
Les autres corps de métier peuvent également influencer le rôle des TRM au détriment de ses
compétences et de ses responsabilités dans les différentes fonctions au sein d’un service. Un
chef TRM dans le domaine de la radio-oncologie mentionne qu’il ne faut pas « laisser les
physiciens nous envahir ». Ces propos sont appuyés par l’informateur qui parle de lui et des
physiciens en disant : « on verra nos patients, on les installe et pis c'est eux [les radio-
physiciens] qui traitent. Alors moi, j'ai dit oui bon ben voilà. Mais [il] faut bien penser que votre
métier, ben ça sera des ingénieurs [au sens radio-physiciens] qui vont le faire ». Nous pouvons
constater une forme de débat sur la redistribution des rôles dans le domaine de la radio-
oncologie. Dans cet extrait, nous observons un conflit sur le rôle de chaque professionnel et
les enjeux liés à l’automatisation. Ici, le TRM semble dire que, selon les radio-physiciens, ces
derniers prendront le rôle du TRM dans la réalisation du traitement. La TRM contre-attaque en
répondant que leur profession est aussi en danger face à un autre corps de métier, celui des
ingénieurs. Dans la conjoncture actuelle, avec une pression économique palpable dans le
domaine, chaque acteur de santé tente de défendre voire d’améliorer sa position. Une forme
de tension peut ainsi naître et avoir un effet négatif sur le travail du service.
60
5.4.3 L’enjeu de formation
La formation est un enjeu important pour les interviewés avec l’émergence de l’automatisation.
Nous parlons ici aussi bien de la formation de base que de la formation continue ou postgrade.
La perspective d’une modification de la formation ne semble pas nécessaire selon un TRM :
« c’est encore trop tôt pour voir un changement [de la pratique clinique due à l’automatisation]
mais ça pourrait arriver si vraiment l’automatisation s’implante. Ça pourrait modifier la
profession et donc la formation. Peut-être des techniciens moins formés ou un corps de métier
plus formé ». Par ailleurs, la formation continue fortement soutenue par des journées
consacrées à chaque domaine de la radiologie tend à maintenir un niveau et une adéquation
face aux exigences et aux évolutions de la profession. Ce chef TRM témoigne d’un
questionnement pertinent face à ces formations, aussi d’un point de vue économique : « on se
pose des questions sur les investissements. Est-ce qu’il faut former plus de TRM » ? Toutefois
l’inquiétude reste de mise pour certains, illustrée par ces propos : « j'ai peur qu'on passe à du
"presse-bouton", sans aucune réflexion, sans aucune formation en amont, n'importe qui
finalement peut faire ce qu'on fait, sans réelle base ». Au-delà de la formation, c’est la
profession elle-même qui est visée par l’inquiétude de ce participant. Le manque de
spécificités dans certaines tâches du TRM semble un handicap pour la profession et une
possibilité de remplacement comme le mentionne ce TRM : « [le TRM peut être] remplacé par
d'autres corps de formation qui touchent en général à tout mais qui sont moins pointus ».
L’exemple des assistants médicaux qui peuvent réaliser des radiographies des extrémités
dans les cabinets médicaux est pertinent.
Un dernier extrait concernant la formation illustre une vision claire de l’évolution probable :
« moi, je vois que (…) tout sera automatisé. Ça c'est sûr que les étudiants travailleront leur
premier stage sur des machines qui vont tout placer pour eux [en radiologie conventionnelle],
tout en continuant d'apprendre les incidences ». Selon ce participant, le fondement de la
radiologie conventionnelle réside dans la connaissance des incidences radiologiques et la
manipulation de l’appareillage. Or avec l’arrivée des machines automatisées, les étudiants
perdent le savoir dans la maîtrise de l’appareillage. Cette maîtrise est-elle plus importante que
l’ergonomie du travail offerte par ces technologies pour la santé des étudiants et des TRM ?
L’influence de l’automatisation atteint aussi le TRM dans le soutien et la facilité au travail. Un
cadre TRM précise que : « l'automatisation c'est le truc qu'il faut accepter, c'est la démarche
qu'on est en train de faire et on en a besoin, mais pas au prix de l'ignorance et de la paresse ».
Bien que l’automatisation procure des avantages inédits, elle peut aussi être influente sur les
connaissances et les motivations personnelles. Le contexte de l’évolution de la profession
semble transitionnel comme le mentionne ce TRM :
61
on est en pleine transition et je pense que ça devra bouger pour le technicien
en radiologie. Parce que, sinon, euh, ça va devenir une profession qui va se
perdre dans le sens que tout le monde pourra vite la faire si le technicien n'arrive
pas à évoluer dans un certain sens.
Ainsi, le rôle de la formation est prépondérant dans l’optique de l’automatisation. Alors que le
cycle de Kolb (1994, cité dans Dabaptiste, 2015) a permis de rapprocher la théorie et la
pratique, les travaux de Schön (1994), dans son concept de la pratique réflexive, ont permis
de relativiser la suprématie des savoirs académiques. C’est dans la connaissance construite,
en lien avec le continuum de l’apprentissage, que le TRM trouve les ressources pour s’adapter
à l’émergence des nouvelles formes de technologies comme l’automatisation.
Ainsi, une contradiction existe bien. D’un côté, l’automatisation offre le temps au TRM pour
s’occuper du patient. D’un autre côté, l’institution réduit le temps d’examen pour des raisons
économiques. De plus, les statistiques, produites par des systèmes automatisés, permettent
de « minuter » chaque prise en charge pour ensuite les analyser selon des « normes ». Cette
forme de standardisation ne laisse que peu de place à l’adaptation aux besoins spécifiques du
patient. Toutefois, un TRM travaillant en radio-oncologie souligne l’importance des aspects
relationnels dans la prise en charge du patient et la nécessité pour le TRM d’y porter une
attention particulière. La machine ne pourra pas le leur offrir : « une personne, si elle est en
confiante et si elle parle ou qu'elle a des craintes, des questions, la machine [ne] pourra jamais
répondre. Donc non, elle [ne nous] remplacera pas ; le côté relationnel [ne] partira pas, je
pense ».
Les enjeux éthiques et législatifs ont également été abordés dans les entretiens mais avec
une moindre mesure. Nous avons choisi de regrouper ces deux enjeux, notamment sous
l’aspect de la responsabilité du TRM dans le cadre d’erreurs. Ceci a fait l’objet de discussion
mais reste à l’état embryonnaire sans issue concrète actuellement. Un participant travaillant
en médecine nucléaire souligne que : « derrière la machine, il y a quand même toujours une
personne ». La question de la responsabilité est légitime en cas d’erreur causée par la
machine automatisée. Même s’il est évident pour certains que la responsabilité repose sur le
TRM, le collaborateur fautif peut penser que sa responsabilité n’est pas engagée lorsque la
machine automatisée est à l’origine de l’erreur. Un TRM chef, sensible aux questions de
responsabilité, dit : « quand c’est l’automatisation [l’appareil automatisé] qui fait une [erreur],
on se dira que c’est qui le responsable ? C’est le constructeur ? C’est nous ? Parce qu’on n’a
pas surveillé » ? A l’évidence, du point de vue juridique et face à l’automatisation, il est
nécessaire qu’une prise de décision soit faite sous plusieurs aspects. L’exemple d’un
interviewé est celui de la radioprotection. Nous avons connaissance qu’une nouvelle
ordonnance sur la radioprotection (ORaP) du 26 avril 2017 est entrée en vigueur au 1er janvier
2018 et qui introduit notamment les audits réalisés par des pairs dans tous les domaines de la
radiologie. Ces audits ont pour objectif de garantir la radioprotection des professionnels et des
patients, ainsi que de soulever les responsabilités des TRM en tant que garant de la qualité
des images et de la sécurité de tous. Un autre ajout intéressant dans le contexte de
l’automatisation est celui des articles 32 et 35 de cette ordonnance qui proposent une
63
extension des processus d’optimisation, par exemple dans le choix des équipements. Aussi,
l’obligation de formation continue pour tous les professionnels travaillant avec des
rayonnements ionisants (y compris les TRM) est une nouveauté qui doit être adaptée aux
machines automatisées. L’ordonnance constitue un véritable défi et soulève des interrogations
quant aux mises en pratique. Un autre enjeu législatif concerne le pouvoir et les ressources
de l’Office fédéral de la santé publique, et de ses capacités de surveillance envers ces
nouvelles technologies.
Un enjeu éthique intéressant est celui de la prise en charge des patients. Ce point a été abordé
en détails dans la section 5.3.5 et il n’est donc pas nécessaire d’y revenir ici.
L’enjeu technologique est de taille dans les systèmes de soins actuels. L’avènement rapide
de l’automatisation associée à l’IA contribue à l’amélioration de la qualité des prestations de
soins et de la santé des professionnels. Soit à ce qui précède, l’automatisation ne semble être
qu’à ses débuts dans les trois domaines de la radiologie. Il est important de prendre cet aspect
en considération. Les objectifs, les buts mais aussi les risques et les faiblesses ne sont pas
les mêmes pour chaque acteur. D’ailleurs, la vision des TRM diverge en certains points, car si
certains y voient une issue pour limiter la pénibilité, d’autres y perçoivent une menace pour la
profession. Etant donné les compétences demandées pour faire usage d’appareils de plus en
plus complexes et spécifiques, une réorganisation des postes est nécessaire comme le
présente ce chef TRM exerçant en radiodiagnostic : « maintenant, il y a les gens qui ne
tournent que sur certains appareils. On leur demande d’être spécialiste. Donc c’est vers ça
qu’on va courir ». La maîtrise des machines automatisées est un enjeu essentiel. Les
technologies automatisées sont-elles devenues un des vecteurs prépondérants dans le
changement et le développement des services de radiologie ? Il apparaît que ces technologies
agissent sur les TRM en différents points comme nous l’avons montré dans le chapitre 5.3.
Par ailleurs, l’omniprésence des systèmes informatiques dans les technologies a pour
incidence que les appareillages comportent fréquemment des formes de « boîte noire ». Ainsi,
l’accès aux paramétrages est de plus en plus limité pour les TRM et la marge de manœuvre
lors de gestion de panne également réduite.
Un autre enjeu technologique est celui des informations fournies par les logiciels qui
permettent d’effectuer des analyses objectives comme le précise ce TRM en médecine
nucléaire dans l’exemple de quantification du DaTSCAN cité au chapitre 5.1.2. Désormais, la
technologie permet à ce TRM de réaliser des analyses objectives de quantification des
rayonnements émis par le produit radioactif. D’après un participant, l’évolution de la profession
de TRM, comme la plupart des professions, sera rythmée par les évolutions technologiques :
64
« l'évolution de notre profession, de la technologie dans le monde est la robotisation,
l'automatisation de tous les appareils électroniques qu'on peut utiliser partout ».
Afin de débattre des enjeux de l’automatisation, nous avons choisi de déterminer les
opportunités et les menaces pour la profession en termes d’automatisation.
Nous avons identifié plusieurs opportunités sur la base des résultats énoncés dans la partie
précédente que nous aimerions questionner dans cette section. Le premier élément est
l’avantage de l’automatisation comparé au travail humain en termes de précision, de fiabilité
et de sécurité comme un meilleur contrôle. Un autre aspect est le gain en efficience et en
temps ainsi qu’en productivité. Dans ce sens, l'étude de Deloitte (2015) sur les effets de
l’automatisation sur le marché suisse du travail, indique une augmentation de la productivité
issue de l’introduction des machines dans le travail. La productivité semble actuellement être
une opportunité majeure de l’enjeu économique. De plus, le gain de temps n’est pas toujours,
voire rarement, utilisé pour le patient mais plutôt pour la réalisation de plus d’examens ou
d’autres actes. Cependant la complémentarité TRM-machine semble avoir des bénéfices pour
la prise en charge du patient, pour autant que le TRM reste le garant de la sécurité et garde
une certaine réflexivité. Dubey (2014) parle de l’abandon de nombreux pans de cette
intelligence pratique dans son analogie au pilote dans les avions de la nouvelle génération et
le fait « d’être devant l’avion », dans lequel son rôle est centré sur le « contrôle du bon
déroulement des normes procédurales et des instructions explicites contenues dans les
programmes informatiques » (p. 5).
D’une part, cette complémentarité inédite est décrite dans l’étude d’Alochet (2016) sur la vision
de l’usine automobile du futur. Il précise que la technologie n’a pas pour vocation de remplacer
le professionnel mais l’assiste dans ses tâches. L’automatisation influence positivement
l’activité du TRM par un soulagement physique dans son travail comme le mentionne ce
professionnel : « là maintenant, l'image est directe et elle arrive tout de suite. La position est
automatique. Ça aide au rendement, ça aide au travail. Il y a moins de pression. On se sent
plus léger en travaillant. C’est une aide en général bien sûr ». L’automatisation procure ainsi
une diminution de la pénibilité de certaines tâches comme la réalisation de clichés thorax en
radiodiagnostic, manutention de filtre en radio-oncologie, ou encore une diminution du risque
lié aux rayonnements ionisants comme la préparation de radiopharmaceutique en médecine
65
nucléaire. Nous pouvons reprendre le discours d’Alochet (2016) sur sa vision de l’usine
intelligente et la présence de l’homme au centre avec, comme principal défi, le maintien de la
santé mentale et physique du travailleur. De plus, l’étude de Ba (2015) sur l’avenir du métier
des caissières d’hypermarché met en évidence que les innovations technologiques valorisent
les professions connues pour leur pénibilité et leur manque d’attractivité par un redéploiement
des emplois, par exemple le poste d’administrateur pour appuyer le responsable des caisses.
Aussi l’automatisation permet une ouverture vers de nouveaux rôles et de nouvelles
responsabilités pour le TRM. Finalement, l’évolution de la radiologie au sens large du terme,
liée à l’innovation et à l’usage de la technologie, permet une évolution continue de la
profession. Celle-ci n’est cependant pas sans risques.
Dès lors, nous souhaitons revenir sur deux points peu abordés lors des entretiens : le
remplacement ou la disparition du TRM ainsi que la perte d’emploi. Nous émettons quatre
hypothèses quant au fait que les professionnels ne les aient peu mentionnés. Est-ce un sujet
tabou, une forme de déni, une inconscience de l’enjeu professionnel ou simplement que cet
effet n’est pas ressenti sur le terrain ? S’il devait s’agir des deux premières, la participation aux
entretiens n’aurait pas été aussi enthousiaste. En effet, nous n’avons essuyé que deux refus,
l’un en vertu des contraintes de planification et le second en raison de travaux et d’une
réorganisation dans l’institution du TRM contacté. Ainsi, l’explication la plus plausible reste
l’inconscience de l’enjeu liée à la faible présence d’actes automatisés ou à la méconnaissance
ou à la non-reconnaissance des formes d’automatisation robotique et logicielle. D’ailleurs, lors
de plusieurs entretiens, les TRM n’ont pas pu citer d’actes automatisés en premier recours
mais ont reconnu une forme d’automatisation en fin de discours. De plus, cette
méconnaissance liée au phénomène demeure contradictoire avec leur volonté de participer à
notre recherche. Leur représentation de l’automatisation a-t-elle été éclaircie au fil de
l’entretien ? Ont-ils cherché à obtenir des informations ou ont-ils profité de l’occasion pour
prendre conscience du phénomène ? Dans ce questionnement, il nous paraît important de
sensibiliser les professionnels de notre branche à l’automatisation. Par ailleurs, la quatrième
hypothèse concernant l’absence de ressenti sur le terrain peut s’expliquer par la pénurie
67
annoncée par Lehmann et al. en 2012 et le fait que les TRM ne peinent pas à trouver un
emploi.
Un des questionnements restés sans réponse est celui de savoir s’il faut se battre avec ou
contre l’automatisation. Un des professionnels ayant identifié une menace de l’automatisation
a dit qu’il ne voyait pas comment freiner ou empêcher l’arrivée en masse de toutes formes
d’automatisation, une allusion à la robotisation et à l’intelligence artificielle, dans tous les
domaines, radiologie médicale comprise. Ainsi, avec ce constat d’impuissance, il paraît
opportun de ne pas lutter contre mais d’utiliser cette technologie comme un outil, favorable au
développement de la profession. Dans un article concernant l’influence des technologies
avancées sur le TRM, Gillian et Liszewski (2016) donnent une piste de réponse avec une
posture active en précisant que le TRM est amené à s’adapter, bien que la transition ait déjà
débuté avec l’arrivée des technologies récentes. De plus, s’il ne veut pas subir
l’automatisation, il doit être acteur de ce changement. Cependant, il est difficile de se servir de
l’automatisation à bon escient alors que souvent le TRM n’est que spectateur dans l’évolution
de son contexte de travail. Ainsi, il nous paraît judicieux d’impliquer l’utilisateur dès les
premières étapes de la planification de l’implémentation.
Le devenir de la profession de TRM lié aux enjeux déclinés ici comporte des doutes. Ainsi,
ceux liés à l’automatisation tels que l’économie et la technologie mettent en question le rôle et
le coût du TRM vis-à-vis de la machine automatisée. Les enjeux liés à la formation, à l’aspect
relationnel et à la profession, mettent en évidence la nécessité de complémentarité inédite
entre le TRM et la machine car le TRM possède des avantages que la machine ne possède
actuellement pas.
68
partie, il faut qu’on garde un champ patient ». Oui, les TRM sont conscients de l’aspect très
technique qui semble de plus en plus prédominer. Mais, ils sont également lucides au fait que
leur rôle de soignant constitue une force face à la machine automatisée. Nous avons discuté
de l’existence, à priori, des tâches qui peuvent être qualifiées d’automatisables et d’autres qui
ne le sont pas. C’est justement dans ce contact humain, ce rôle relationnel, cette empathie,
que le TRM doit puiser des ressources pour développer de nouveaux champs de compétence.
Il est également amené à utiliser cela pour développer son identité, sa position entre technique
et relationnel, une sorte d’interface entre le patient et la machine. « La place du patient est
centrale ». Cette constatation semble faire l’unanimité au sein des TRM, du moins de ceux
que nous avons interrogés.
Nous l’avons entendu à plusieurs reprises lors de nos entretiens, la formation qu’elle soit
continue ou initiale à un grand rôle à jouer dans le maintien des compétences. Nous avons
discuté en introduction de la compétence qui est cette capacité à mobiliser les ressources, qui
lie savoir, savoir-être et savoir-faire. Le rôle de la formation dans ce processus d’acquisition et
de maintien est, bien sûr, indéniable.
Afin de maîtriser les nouveaux appareillages, notamment ceux qui sont automatisés, les TRM
sont amenés à se former en interne. Ces formations, données dans la majeure partie des cas
par des ingénieurs d’applications, ne font pas l’unanimité dans leur conception. Certains les
qualifient de « sommaires ». Ces ingénieurs sont également critiqués, comme étant « de
mauvais pédagogues », « des vendeurs bis ». Ils donnent quelques pistes d’améliorations
comme celle-ci : « moi j'aurais préféré une formation en petit nombre avec le technicien
d'application pas seulement une ou deux personnes et après qui donne des informations au
compte-goutte, vraiment quelque chose où on peut poser des questions, où on peut un peu
comprendre. » Ce discours témoigne d’une insatisfaction quant à la formation fournie. Selon
ce même TRM, des problèmes linguistiques sont également présents. En effet, la dernière
formation qu’ils ont eue a été délivrée en anglais. Or, selon lui, seule la moitié du service
maîtrise cette langue. Une formation insatisfaisante en termes de forme et de contenu, de
plus, dans une autre langue, ne favorise certainement pas l’apprentissage. Toutefois, les
critiques positives sont également présentes, notamment en rapport à la forme. En effet, les
ateliers, les démonstrations ou encore les visites d’autres centres possédant déjà un appareil
semblable sont appréciés. Ils permettent un « aperçu des possibilités cliniques », « une
première prise en main » ; ils servent aussi à détecter des problèmes ou des incohérences
avec les pratiques du service.
D’autres moyens pour maintenir et approfondir ses connaissances sont avancés par les TRM
interrogés. D’une part, ils mentionnent le partage des savoirs en interne, par le biais de
colloques, de présentations à la suite d’une participation à un congrès ou de formation
interdisciplinaire effectuée au sein du service, par exemple par des médecins ou des radio-
physiciens. D’autre part, plusieurs TRM énoncent le besoin d’un « investissement personnel ».
Nous pouvons même aller plus loin en faisant référence au développement professionnel, titre
du dernier cours de notre formation Master. Le constat de résistance des TRM en termes de
développement professionnel peut être expliqué par plusieurs raisons. D’une part, selon
Adams et Smith (2003), le manque de recherches TRM font que la formation se base
70
principalement sur des études provenant d’autres professionnels, comme les médecins et les
physiciens notamment. Sim et Radloff ajoutent que ce manque d’implication dans la recherche
est dû à une mauvaise compréhension du processus de recherche, à un manque de
ressources financières, de soutien hiérarchique et de temps alloués, et à une résistance au
changement de la part des professionnels (2009, p. 205). D’autre part, à nouveau selon ces
deux chercheurs, ni l’autonomie, ni la mise en place de bonnes pratiques ne sont défendues
par la communauté professionnelle. Aussi, et ce constat diffère avec celui que nous pouvons
faire de notre étude, les TRM considèrent leur activité professionnelle comme n’étant pas une
profession à part entière; tout comme la faible exigence intellectuelle qui ne favorise pas le
développement de leur rôle. Selon les TRM ayant participé à notre étude, l’aspect intellectuel
de leur travail semble être une condition favorable à leur maintien. Selon notre hypothèse, le
regard sur la profession a changé au sein de la communauté en presque dix ans. La menace,
la prise de conscience, le travail associatif ainsi que l’évolution de la formation initiale et
continue sont autant de facteurs renforçant notre avis. Néanmoins, le manque de recherches
reste présent et il est nécessaire que tant les institutions que les professionnels eux-mêmes
trouvent les moyens de progresser dans ce domaine. Former des chercheurs du terrain, tel
devrait être un des slogans soutenus par les partenaires de la formation des TRM en Suisse
romande. Développer une culture de la recherche pour ensuite développer une pratique basée
sur les résultats probants sont deux défis à relever pour la formation mais surtout pour la
profession et son avenir.
Un autre moyen énoncé est celui de la simulation. Un TRM l’aborde ainsi : « on faisait de la
simulation un petit peu cheap, c’est qu’on prend du temps hors activité clinique ou à la fin du
programme, on rassemble des personnes et on fait le truc un peu comme ça sans avoir de
structure ». Cette proposition semble pertinente mais trouver ou délivrer du temps hors activité
clinique devient de plus en plus difficile et contraignant. Certes, les ressources matérielles et
techniques semblent présentes mais le facteur temps reste le plus critique. Plusieurs TRM ont
repris la possibilité de réaliser des simulations, mais pour certains avec des patients simulés
comme cela est réalisé dans le cadre de la formation initiale.
Finalement, nous voyons que le rapprochement au plus près du cas réel constitue une
demande des TRM pour favoriser le développement de leurs compétences. C’est d’ailleurs
une des caractéristiques de l’andragogie. L’apprentissage par la pratique et la résolution de
problèmes liés à la réalité sont deux éléments fondamentaux à l’éducation des adultes. La
prise en considération de ces facteurs, parmi d’autres comme l’utilisation des ressources
actuelles par exemple, font que la simulation se retrouve dans de nombreux autres domaines,
mais aussi en santé. Même si chaque situation ou chaque patient est différent, cette méthode
d’apprentissage semble constituer un outil adéquat et pertinent pour offrir au TRM un cadre
propice à son apprentissage et au développement de son savoir-faire. Toutefois, malgré l’avis
71
de ce professionnel qui prétend que faire de la simulation semble chose aisée, elle n’en reste
pas moins un outil pédagogique qui demande une maîtrise de la part des formateurs. Plusieurs
publications mettent en lumière les enjeux éthiques notamment avec les risques liés au facteur
humain. L’ouvrage de Boet, Savoldelli et Granry (2013) intitulé « la simulation en santé : de la
théorie à la pratique » qualifie la simulation patient comme « hautement réaliste » et qui permet
« dans certaines industries à risques (aviation, nucléaire) (…) de délivrer une qualification
professionnelle sans jamais avoir été en condition réelles » (p. 4). Nous disions que le contexte
de la radiologie rendait de nombreuses tâches du TRM non-automatisables par leur
divergence devant la routine et le patient-modèle. Ainsi, cette méthode pédagogique semble
aller dans le sens de pouvoir fournir les ressources nécessaires pour réaliser un acte pour la
première fois. Cette piste constitue un moyen d’optimiser autant la formation initiale que la
formation continue. D’ailleurs, dans ce même ouvrage, un chapitre est consacré à la simulation
dans la formation des physiothérapeutes et des TRM. Ces deux disciplines mises ensemble
relatent l’expérience de HESAV et notamment le recours à des simulations dites virtuelles.
De plus les fantômes utilisés, par exemple dans les cas de contrôle qualité ou de recherche,
constituent un autre moyen pour se former.
Concernant le format de la formation initiale actuelle, un TRM dit que « la formation doit rester
généraliste ». Toutefois, plusieurs autres professionnels mentionnent une tendance vers une
« spécialisation » dans l’un ou l’autre domaine par exemple l’IRM, le scanner ou
l’interventionnelle en radiodiagnostic. En radio-oncologie, un professionnel évoque la
nécessité de « choisir un domaine », par exemple le traitement ou la dosimétrie, en
argumentant « qu’avec l’évolution, il n’est plus possible de tout maîtriser ». Ainsi, nous
pouvons penser, et cela a été dit par certains TRM, que l’automatisation « simplifie le travail
du TRM ». Toutefois, selon cet extrait, son activité semble aussi se complexifier. Comment
aborder la formation initiale et continue face à ce dilemme. Former moins en théorie ? Former
plus spécifiquement ? Quoi qu’il en soit, former différemment semble une certitude à cause de
l’évolution de la profession. Mais qu’enseigner et comment le faire n’est pas aisé et seulement
quelques éléments ont été énoncés par les TRM interrogés. Le niveau Bachelor n’est pas
remis en cause. Il semble même être favorable au développement professionnel du TRM de
72
2018 et des années à venir. Toutefois, l’adaptation aux enjeux de l’automatisation et à la réalité
clinique passera certainement par une mise à jour du plan d’étude cadre datant de 2012 selon
plusieurs TRM. Ayant un pied dans la formation, nous partageons cet avis, bien que le travail
s’avère compliqué et conséquent. La remise en question du PEC pourrait aller bien au-delà
des discussions sur le plan d’études lui-même. Nous pouvons énoncer les conflits
professionnels du TRM en relation aux autres acteurs de la santé, à la pénurie annoncée,
discutée mais peu remise en question, ou encore au facteur économique avec notamment la
pression sur les coûts de la santé. Par ailleurs, il sera également nécessaire à ce que la
formation continue soit étoffée dans tous les domaines et que l’automatisation y soit
considérée.
Finalement, les TRM interrogés semblent mettre en avant l’alternance intégrative promue par
la formation initiale. La combinaison entre un apport théorique et des ateliers pratiques semble
être le plus opportun. Elle permet l’acquisition du savoir et du savoir-faire, deux formes
inhérentes à la compétence.
La profession de TRM a évolué, évolue et évoluera encore ces prochaines années. Les effets
de l’automatisation sur ce changement demeurent incertains. Toutefois, en se confrontant aux
enjeux actuels, la formation doit être adaptée. L’apport théorique et pratique de la formation
initiale Bachelor doit être évalué selon les besoins du terrain et les défis de la profession.
Finalement, les méthodes d’apprentissage comme la simulation peuvent favoriser l’acquisition
des compétences dans le contexte de l’automatisation, avec les tâches routinières effectuées
par la machine et les tâches plus spécifiques, peu communes restant aux mains de l’humain,
du TRM.
6 Discussion
Notre recherche traite de la thématique de l’automatisation de la profession de technicien en
radiologie médicale. L’objectif principal que nous avions énoncé était de déterminer l’influence
de l’automatisation sur cette profession. Pour ce faire, nous avons présenté les actes
automatisés, les discours sur l’automatisation, l’environnement en lien avec le phénomène de
l’automatisation et le devenir de la profession. Ces quatre sections nous ont permis, par le
biais des huit entretiens réalisés auprès de TRM selon nos caractéristiques prédéfinies,
d’explorer le phénomène de l’automatisation en lien avec la pratique TRM. Nous avons ainsi
pu décrire l’automatisation sous différents angles, tout en constatant la présence d’éléments
contradictoires entre les professionnels. Parfois, même au sein d’un entretien, le discours
débutant par l’inexistence d’actes automatisés réalisés par le TRM a débouché sur la
73
description d’exemples concrets. De plus, nous avons pu déceler ses différentes postures en
rapport au phénomène. Ces dernières influencent ses représentations, mais aussi son
positionnement et ses actions dans leur pratique.
Par ailleurs, nous avons constaté que les discours et les représentations peuvent dépendre et
être influencés par plusieurs facteurs. Le premier est la définition personnelle attribuée à
l’automatisation. L’image d’un processus intégralement automatisé, en référence aux usines
de production industrielles, a amené certains TRM à dire que le phénomène n’était pas présent
dans le travail du TRM. Toutefois, leurs discours ont évolué au fil des entretiens. Les
discussions sur les effets et les enjeux ont incité, chez certains professionnels, à une
sensibilisation au phénomène. Se projeter dans l’avenir paraît difficile pour la grande majorité
des TRM. L’incertitude, les craintes ou le flou quant à leur rôle propre sont des facteurs
défavorables à cette vision à moyen et long terme sur le devenir de leur activité et de leur
profession.
Une certitude est que l’automatisation se développe dans les trois domaines de la radiologie
et plusieurs effets sont identifiables. Les effets touchant tous les professionnels des équipes
pluridisciplinaires constituent une source de conflit qui peut prendre l’allure d’une lutte des
classes. En effet, chaque communauté tente de défendre ses champs de compétences. Le
manque de spécificité de l’activité du TRM et l’évolution identitaire constituent des facteurs
défavorables à son maintien et son développement. Toutefois, seule une minorité de TRM,
majoritairement les expérimentés, soit ceux qui ont vécu les transformations de la profession,
semblent en être conscients.
74
comparable. Cette profession a vécu dans les années 2000 une transition, avec notamment
l’introduction des algorithmes dans la prise de décision. Encore une fois, la comparaison entre
les avions modernes et les appareils actuels utilisés en radiologie permet, en reprenant les
mots de Dubey, de donner une réponse :
Face à la situation actuelle et la mise en péril de ses activités avec l’automatisation, le TRM
est amené à se lancer dans la conquête de nouvelles parts de marché du travail, renforcer ses
compétences et son identité, tout en veillant au maintien des tâches et responsabilités
existantes. Cela semble être un défi de taille qui implique une multitude d’acteurs de la
profession, de la formation, mais aussi de la gestion de la santé en général. L’identité
professionnelle du TRM est influencée par l’arrivée des technologies automatisées. En
connaissant des éléments, nous pouvons dire qu’il n’est pas surprenant que le TRM se
retrouve en crise identitaire face à l’émergence de l’automatisation. En effet, l’avenir de la
radiologie semble incertain et pourrait mener les professionnels à déconstruire puis à
reconstruire leur identité en fonction des changements subis. Le maintien de l’identité dans un
environnement en mutation a été étudié par Krestin (2009), en particulier pour le radiologue.
Selon lui, « l'imagerie biomédicale peut devenir une discipline à laquelle participent de
nombreux spécialistes de la médecine et des sciences fondamentales sans que le radiologue
perde son identité fondamentale et sa position de chef de file » [traduction libre] (Krestin, 2009,
p. 617). Sola qui s’est intéressée à la construction identitaire du TRM en Angleterre, donne
quelques explications concernant la notion de « presse-boutons ». Elle se focalise sur l’aspect
technique de la profession nuisant ainsi l’image du TRM :
dans le passé, la profession s'était vantée d'offrir des soins à la fois humanistes
et techniques. Le climat actuel dans le système de soins de santé a créé de
75
nouveaux niveaux au sein des professions de la santé où un cadre de
travailleurs est intégré à la prestation du service. Il semble que ce groupe de
travailleurs prend progressivement en charge l'aspect humaniste des soins
dispensés par les TRM anglais, les laissant se concentrer sur l'aspect technique
de leur rôle [traduction libre] (Sola, 2006, cité dans Decker, 2006, p. 163)
Nous en sommes amenés au développement professionnel continu (DPC) défini par la Haute
Autorité de Santé française (HAS) comme « un dispositif d’amélioration continue de la qualité
et de la sécurité des soins associant la formation continue et l’évaluation des pratiques
professionnelles » (HAS, 2014). Les exigences pour les TRM en Europe ont été abordées par
Marshall, Punys et Sykes (2006) dans une étude préliminaire réalisée par le biais de
questionnaires envoyés à des TRM provenant de douze pays d’Europe. Plusieurs facteurs
pertinents émergent de cette étude. Nous pouvons recenser par exemple la langue, le type de
support ou le nombre d’heures. Leur conclusion aboutit à une perspective européenne du DPC
76
avec une mise en réseau dont HENRE network4 pourrait être le coordinateur. Cette
perspective favorise l’ouverture d’une formation européenne en technique en radiologie
médicale à laquelle la Suisse, comme plusieurs autres pays membres de l’Union Européenne
(UE), ne semble actuellement pas s’engager. D’ailleurs, Couto, McFadden, Bezzina, McClure
et Hughes, dans leur étude sur l’évaluation des exigences en matière de formation pour la
pratique de la radiographie dans l'UE, la Suisse n’entrant donc pas dans l’étude, arrivent à la
conclusion que « l’éducation est une condition nécessaire à la pratique dans toute l'UE, mais
l'absence de réglementation à l'échelle de l'UE conduit à une variation des réglementations
nationales. Ces différences peuvent conduire à une hétérogénéité des compétences en cours
de développement, compromettant la mobilité des professionnels à travers l'Europe et la
sécurité des patients » [traduction libre] (Couto, McFadden, Bezzina, McClure et Hughes,
2018)
Aussi, l’émergence de la simulation dans la formation initiale des TRM et l’analyse des
pratiques professionnelles constituent des pistes pour l’élaboration de nouveaux concepts de
formation continue (Burn et Bassin, 2013; Lagadec, 2009). Cette donnée pourrait aussi être
utilisée dans le cadre de formations réalisées en interne par les services.
Par ailleurs, la guerre des territoires professionnels ne facilite pas la situation du TRM. Comme
nous avons pu le voir, cette lutte semble plus prononcée en radio-oncologie. L’émergence des
infirmières spécialisées ayant une formation orientée vers le relationnel et la présence des
radio-physiciens dont les connaissances restent très techniques induisent un chevauchement
de compétences. La référence à Boudreault (2010), professeur en enseignement en formation
professionnelle et technique, et son illustration de la compétence, qui est une combinaison
des connaissances, de l’exécution et de la performance, permet de cibler les enjeux. En effet,
le rôle d’expert n’est pas forcément requis pour toutes les tâches. Ainsi, la réalisation d’une
tâche, a priori sous la responsabilité du TRM, peut être déléguée à un autre professionnel de
la santé avec un niveau de compétence spécifique inférieur. Le niveau fonctionnel caractérisé
par Boudreault (2010) dans un contexte d’enseignement didactique est l’application des
pratiques de façon autonome. Ce niveau de compétence peut être suffisant pour la réalisation
d’une tâche déterminée. Cette situation peut être source de conflit. Nous pouvons illustrer le
cas des assistants médicaux dans les cabinets de radiologie et a contrario, celui des radio-
physiciens dans le domaine de la radio-oncologie.
4
« Higher Education Network for Radiography in Europe », aile éducative de l'EFRS, composée d'un
certain nombre d'établissements d'enseignement (principalement des universités) à travers l'Europe qui
offrent un enseignement et une formation en radiographie.
77
Paicheler (1995), psycho-sociologue, porte un regard sur le territoire professionnel dans le
domaine des soins en partant de la conception fonctionnaliste de la division du travail
d’autrefois. « A cette vision figée s'est substituée en sociologie une conception mouvante des
métiers et des fonctions » (p. 6). Ce déplacement induit un flou qui éclaire la dynamique et le
changement des métiers. Freidson, sociologue des professions dit que « la nature de la
formation, l'évolution des statuts, des attributions, du système des professions et de la société
font de la profession une catégorie historique variable » (1986, cité dans Paicheler, 1995, p.
6). Barrault-Stella, Garcia et Vélu (2016) parlent de la spécificité professionnelle comme outil
au maintien de sa profession et de son autonomie. C’est d’ailleurs cette autonomie en lien
avec l’effet de subordination qui est étudiée par Lewis, Heard, Robinson, White et Poulos
(2008). Il en ressort une mauvaise identité et une forme de soumission liées à la domination
médicale dans le milieu de la radiologie.
Finalement, nous avons pu voir que les professions de la santé possèdent un faible risque
d’automatisation totale comparativement à d’autres, selon les projections de l’OCDE. Nous
pourrions mettre ceci en parallèle avec le rapport du McKinsey Global Institute (2017) qui
78
présente plusieurs facteurs avec le potentiel d’avoir un effet positif sur les emplois :
l’augmentation des revenus et de la consommation dans les pays en voie de développement,
les dépenses dans les technologies, les investissements dans les infrastructures et dans les
énergies renouvelables. La dernière source examinée et qui concerne directement la
profession est celle du vieillissement de la population. En effet, la personne âgée constitue
une patientèle en constante augmentation dans le domaine de la santé et notamment en
radiologie médicale.
Ainsi, malgré l’émergence de l’automatisation dans la pratique radiologique qui semble être
progressive selon notre expérience, les effets s’avèrent modérés pour les professionnels
interrogés comparativement aux enjeux qu’elle soulève. Toutefois, les actes automatisés, sous
forme de véritable système, sont encore plutôt rares dans le cadre de l’activité TRM.
Néanmoins, le développement dans les autres domaines des technologies en lien avec
l’automatisation, notamment l’intelligence artificielle, illustre un potentiel encore conséquent.
Finalement, le nombre restreint d’entretiens ne nous permet pas de tirer des conclusions
exclusives sur la présence, les enjeux, les effets et le devenir de la profession TRM. Il nous
permet pourtant d’avoir une illustration de l’influence de l’automatisation sur l’activité du TRM
en Suisse romande, en vue d’une étude à plus large échelle.
7 Conclusion
Grâce aux entretiens réalisés sur un échantillon de TRM en Suisse romande, nous avons pu
explorer l’influence de l’automatisation sur cette profession. Nous avons pu constater que,
malgré une faible présence d’actes automatisés, la connaissance des enjeux paraît essentielle
pour se préparer à un développement futur. L’inconscience ou plutôt la méconnaissance des
enjeux et des influences potentielles liés à l’automatisation est défavorable à la bonne
évolution de la profession de TRM. Nous avons vu que la standardisation des pratiques et le
tout-protocolé des tâches et des processus par le biais des procédures et des diverses
documentations internes constituent une menace pour la profession, amplifiée par la faible
présence des utilisateurs dans les organes décisionnels. L’arrivée de TRM avec un master
spécifique à la radiologie médicale en 2019 est un espoir pour l’ouverture de nouvelles
perspectives professionnelles et permettra une meilleure représentativité de la profession à
tous les niveaux hiérarchiques mais également une meilleure (re)connaissance au niveau
politique. Toutefois, le remplacement et la disparition de la profession paraissent utopiques
79
selon les circonstances actuelles. Le vieillissement de la population, le recours croissant aux
techniques d’imagerie dans le diagnostic des pathologies, le suivi des traitements et la
surveillance constituent des facteurs favorables à une évolution positive sur l’emploi pour le
TRM. Les pressions liées à la facilitation du travail du TRM par l’automatisation et la
standardisation des processus offrent des opportunités pour d’autres professionnels. Une
attention doit être portée à ce risque.
Ainsi, une prise de conscience est nécessaire, afin de relever les défis existants, mais aussi
ceux liés aux évolutions à venir. Nous pensons à l’arrivée de la robotisation et de l’intelligence
artificielle donnant un nouvel essor à l’automatisation et à la redéfinition de la radiologie
médicale du futur. Ceci doit être mis en relation avec les enjeux économiques auxquels font
face les institutions de soins et la santé en général avec notamment la pression sur les coûts
ou les changements démographiques (vieillissement de la population notamment).
Par ce travail, nous souhaitons offrir aux TRM l’opportunité d’une réelle prise de conscience
des enjeux et des effets de l’automatisation. Il est nécessaire que chacun se rende acteur de
l’évolution de sa profession mais aussi qu’il en fasse la promotion. Rester passif et s’adapter
silencieusement aux évolutions technologiques en restant impuissant et fataliste fragilise la
profession. Il est essentiel qu’une implication ait lieu à tous les niveaux.
Par ce biais, nous voulons adresser un message à tous les TRM, mais aussi à tous les
décideurs : le TRM a un rôle essentiel à jouer dans la prise en charge des patients dans ses
trois domaines d’activité que sont la radiologie diagnostique et interventionnelle, la médecine
nucléaire et la radio-oncologie. Le type de formation HES présent en Suisse romande lui
permet de se munir d’outils pour se préparer à l’arrivée de l’automatisation. La simulation et
l’analyse des pratiques constituent des moyens de développements pour la formation initiale
et continue, dans le sens où elles favorisent le regard critique sur sa propre pratique. Par
ailleurs, la formation continue demeure un outil important dans le maintien et le développement
des compétences, notamment celles requises par l’automatisation de la profession. Elle
contribue à favoriser le développement professionnel.
En conclusion, les enjeux ressortis de nos entretiens sont nombreux. Ils affectent le devenir
de la profession de TRM. Les enjeux liés à la formation, à l’aspect relationnel et à la profession
mettent en évidence la nécessité de complémentarité entre le TRM et la machine. Cela permet
80
ainsi de renforcer notamment la qualité et la sécurité des examens et des traitements. Aussi,
les enjeux liés à l’automatisation tels que l’économie, l’éthique, l’aspect législatif et la
technologie mettent en question le rôle, la responsabilité et le coût du TRM vis-à-vis de la
machine automatisée.
8 Pistes de recherche
Notre recherche réalisée auprès de TRM en Suisse romande permet d’ouvrir des pistes de
recherche pour de futurs travaux. Nous pouvons citer en premier lieu le besoin d’identifier, de
caractériser, voire d’analyser l’identité professionnelle des TRM. Nous pensons aussi à une
analyse sur les influences de l’automatisation sur la santé des TRM et les conditions de travail
mais aussi sur les compétences nécessaires devant l’arrivée des technologies émergentes,
notamment liées aux développement de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé
et de la radiologie en particulier. Une recherche sur la perception du risque en lien avec
l’automatisation et les erreurs commises par les machines serait également pertinente.
Une autre perspective est celle de l’évaluation de la formation actuelle en lien avec l’évolution
de la profession dans un avenir proche et de mesurer son adéquation avec les besoins du
terrain. Une mise à jour de l’évolution de l’emploi des TRM en Suisse serait également
souhaitable pour identifier les effets, mais aussi les enjeux et les perspectives futures de la
profession en lien avec les décisions politiques récentes, les facteurs économiques qui ont
touché la profession de TRM depuis la dernière étude de 2012.
Aussi, une étude similaire avec l’intégration d’autres professionnels du domaine, voire du
regard des patients seraient souhaitables afin d’explorer plus précisément le phénomène de
l’automatisation et de la digitalisation en général.
Une analyse de la posture des décideurs et des institutions de soins face à l’implémentation
des nouvelles technologies, tournées de plus en plus vers l’intelligence artificielle et les
données de masse permettrait d’évaluer l’implication des utilisateurs dans le processus de
conduite du changement.
Finalement, une recherche qualitative basée sur l’observation serait pertinente pour obtenir et
analyser la pratique des TRM travaillant au quotidien avec les technologies automatisées afin
de mieux déterminer l’influence de l’automatisation sur la pratique clinique.
81
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9.2 Bibliographie
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Concepts, méthodes et applications. Louvain-la-Neuve : Peeters. Consulté à l’adresse
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90
Annexes
Annexe V : Typologies des stratégies (selon Freeman, 1994) mises en relation avec le
contexte radiologique
91
Annexe I : Tableau des dimensions et sous-dimensions
1.2 Formation 2.2 Effet sur la pratique clinique 3.2 Management de la qualité-
sécurité
Expérience 3 ayant une expérience ≤10 ans 5 ayant une expérience >10 ans
92
Annexe III : 4 composantes de la représentation de l'automatisation par le TRM, inspiré
de Jodelet (2003)
93
Annexe IV : Enjeux de l'automatisation, inspiré de Gutiérrez-Ibarluzea,
Chiumente et Dauben (2017)
économiques
de rôle et
technologiques responsabilité
(techniques et informatiques) (compétences)
enjeux
de formation
législatifs
(éthiques)
relationnels
(humains et sociaux)
94
Annexe VI : Document d’informations pour les participant.e.s à notre travail de
recherche
Madame, Monsieur
Procédure de l’étude
Nous aimerions mener un entretien semi-directif avec un (une) TRM qui est au contact régulier
avec les appareils automatisés. L’entretien durera entre 30 à 45 minutes. Le recueil des
données s’effectuera à l’aide d’un dictaphone et des prises de notes. Toutes les données
recueillies lors de cet entretien seront uniquement destinées à notre étude.
Contraintes/ inconvénients
Vous êtes libre d’accepter ou de refuser l’entretien ainsi que d’écourter le processus à votre
convenance. Aucun dédommagement n’est prévu pour la participation de cette étude.
L’entretien pourrait se dérouler durant vos heures de travail, d’entente avec la direction de
votre service. Il aura lieu sur votre place de travail ou dans un autre lieu calme selon votre
convenance. Avant l’entretien, nous vous ferons signer un formulaire de consentement libre
et éclairé et nous serons à votre disposition pour toute question.
95
Confidentialité
Les données enregistrées seront analysées uniquement par nos soins et de façon
confidentielle par soucis de respect des avis, expériences et sphère privée de chaque
participant-e. Les enregistrements seront détruits une fois la retranscription réalisée et
anonymisée. Enfin, si vous le désirez, nous mettrons à votre disposition une copie de
l’entretien retranscrit.
Lieu de formation :
Haute Ecole Spécialisée de Suisse Occidentale Master/Université de Lausanne – Master en sciences
de la santé à orientation Technique en Radiologie Médicale, Lausanne
96
Annexe VII : Consentement libre et éclairé
Selon la loi fédérale sur la protection des données (LPD) du 19 juin 1992, les personnes qui
transmettent des données personnelles les concernant doivent avoir consenti à leur
communication. Dans le cadre de leur formation, les étudiants de la HES-SO Master/UNIL
sont appelés à travailler avec des données personnelles, notamment les données sensibles
qui touchent à la santé et/ou à la sphère privée. Lorsque les travaux demandés par l’institution
de formation et réalisés par les étudiants concernent des personnes protégées par la LPD,
ces dernières donnent leur consentement libre et éclairé par écrit.
La personne soussignée :
• Déclare avoir reçu des réponses satisfaisantes aux questions posées en relation avec
sa participation à la recherche.
• A été informée que les données récoltées pendant la recherche seront traitées dans la
plus stricte confidentialité.
• Consent à ce que les données recueillies pendant l’étude puissent être utilisées, après
avoir été rendues anonymes et analysées, à des fins scientifiques (colloques,
publications, rapport de recherche).
• A été informée du fait que des personnes tenues par le devoir de confidentialité
pourraient avoir accès aux données recueillies, à des fins de vérification de
l’authenticité de ces dernières.
• A été informée du fait qu’elle pouvait interrompre à tout instant sa participation à cette
recherche sans préjudice d’aucune sorte et que les données récoltées la concernant
seraient alors immédiatement détruites.
• A été informée que les entretiens seront enregistrés intégralement et sous ces
conditions : lors de la retranscription, les éléments tels que noms et prénoms, lieu de
domicile et toute autre information permettant une identification seront rendus
anonymes. Une fois retranscrits, les enregistrements seront détruits.
97
Annexe VIII : Guide d’entretien
98
6. Selon vous, en quoi l’automatisation modifie-t-elle votre profession ?
a. Quelle est l’influence sur votre méthode de travail ?
b. Quelle est l’influence sur vos compétences ?
i. Vous sentez-vous à l’aise lorsque vous effectuez ces tâches
automatisées ? travail prescrit versus réel ?
ii. Et leur maintien ?
iii. Voyez-vous des besoins de la part de votre institution ou des instituts
de formation ? lacunes ?
7. Comment voyez-vous la profession de TRM dans un avenir proche ?
a. Que pensez-vous personnellement de l’évolution technologique de la
profession de TRM dans 10 ans ?
8. Avez-vous des remarques ou des informations à ajouter ?
99