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COURS DE DROIT DE LA PROPRIETE INTELLECTUELLE -2017
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COURS DE DROIT DE LA PROPRIETE
INTELLECTUELLE
Dr Oswald KPENGLA-S.
97 08 22 11
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INTRODUCTION
La propriété intellectuelle peut être perçue comme l’appropriation par l’homme
de l’expression de son «génie créateur». Elle est au cœur des enjeux économiques
de ce début de XXIe siècle, que ce soit en Europe, en Amérique, en Asie ou en
Afrique.
S’agissant particulièrement de l’Afrique, les chefs d’Etats de douze pays dont le
Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, la Côte d’ivoire,
le Gabon, Madagascar, la Mauritanie, le Niger, le Tchad et le Sénégal, conscients
des avantages économiques et industriels que leurs Etats pourraient tirer de la
connaissance, voire de la maîtrise des outils propres à cette matière, ont créé, le
13 septembre 1962, avec la signature de l’Accord de Libreville, l’Office africain
et malgache de la propriété industrielle (OAMPI). L’Accord de Libreville se
caractérise par une législation commune, un office commun et la centralisation
des procédures à l’Office.
Le retrait de la République de Madagascar, l’attribution de nouvelles
compétences, notamment dans le domaine de la propriété littéraire et artistique,
l’intérêt de couvrir de nouveaux objets et le souci d’impliquer la propriété
intellectuelle dans leur développement ont amené les Etats membres à réviser
l’Accord de Libreville et à créer l’Organisation africaine de la propriété
intellectuelle (OAPI) par l’adoption d’une nouvelle convention : « l’Accord de
Bangui du 2 mars 1977».
L’espace actuel de l’OAPI compte seize Etats membres. Aux Etats signataires de
l’Accord de Libreville se sont successivement ajoutés le Togo, le Mali, la Guinée,
la Guinée Bissau et la Guinée Equatoriale.
La dernière réforme de la législation communautaire est intervenue le 24 février
1999.
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Les dispositions contenues dans l’Accord de Bangui Révisé constituent le code
de la propriété intellectuelle des Etats membres de l’OAPI. Ce dispositif normatif
est complété par des lois nationales relatives à la propriété littéraire et artistique,
ainsi que de nombreuses conventions internationales, au rang desquelles, la
Convention d’Union de Paris pour la protection de la propriété industrielle, la
Convention de Berne pour la protection de la propriété littéraire et artistique,
l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au
commerce (Accord sur les ADPIC), etc.
La propriété intellectuelle s’insère dans un vaste ensemble dont le socle repose
sur le droit de propriété tel que régi par les dispositions du code napoléonien. C’est
ainsi qu’au même titre que le propriétaire d’un bien matériel au sens du droit civil,
le titulaire d’un droit de propriété intellectuelle jouit de tous les attributs essentiels
du droit de propriété à savoir, l’usus, le fructus et l’abusus. Toutefois, à la
différence de la propriété au sens civiliste du terme qui est centrée sur
l’appropriation des biens matériels, la propriété intellectuelle porte sur une
nouvelle catégorie de biens fondée sur l’appropriation du savoir dans tous les
domaines de l’activité humaine notamment l’industrie, l’agriculture, l’artisanat,
la science, etc.
La propriété intellectuelle apparaît ainsi comme un ensemble de prérogatives
spéciales qui contribuent à la réservation des droits portant sur les choses
immatérielles. Les objets de propriété intellectuelle obéissent à un régime
spécifique dérogatoire du droit commun bien qu’il s’en inspire sur divers points.
Une classification déjà ancienne permet de scinder les droits de propriété
intellectuelle en deux catégories à savoir, ceux qui relèvent de la propriété
industrielle, et ceux qui relèvent du droit d’auteur et des droits voisins.
Dans sa première partie, le cours abordera la propriété littéraire et artistique,
articulée autour du droit d’auteur et des droits voisins, et dans sa seconde partie,
il sera traité de la propriété industrielle.
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CHAPITRE PREMIER. LA PROPRIETE LITTERAIRE ET
ARTISTIQUE
Les droits qui relèvent de la propriété littéraire et artistique comprennent le droit
d’auteur (droits des artistes musiciens, des auteurs de romans, des auteurs
d’œuvres cinématographiques, etc.) et les droits voisins du droit d’auteur
(droits des artistes interprètes et exécutants, des producteurs de phonogrammes
ou de vidéogrammes, etc.).
SECTION 1. LE CONTENU DE LA PROPRIETE LITTERAIRE ET
ARTISTIQUE
La propriété littéraire et artistique comprend le droit d’auteur et les droits voisins
du droit d’auteur.
P 1. Le droit d’auteur
A. Définition du droit d’auteur
Le droit d’auteur désigne l’ensemble des droits dont jouissent les créateurs sur
leurs œuvres littéraires et artistiques. Les œuvres protégées par le droit d’auteur
comprennent notamment les œuvres littéraires (romans, poèmes, pièces de
théâtre, ouvrages de référence, journaux et logiciels), les bases de données, les
films, les compositions musicales et œuvres chorégraphiques, les œuvres
artistiques telles que les peintures, dessins, photographies, sculptures et œuvres
d’architecture, et les créations publicitaires, cartes géographiques et dessins
techniques.
Toutes les législations nationales sur le droit d’auteur donnent une liste non
exhaustive des œuvres protégées aussi bien dans leur forme première que dans
leur forme dérivée, reprenant ainsi l’énumération de l’article 2 de la Convention
de Berne sur la protection des œuvres littéraires et artistiques.
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B- Les notions d’auteur et d’œuvre
- La notion d’auteur
Selon l’article 1er de la loi n°2005-30 al 2 « l’auteur est la personne physique qui
a créé l’œuvre … »
L’article 5 précise cette notion en disposant : « l’auteur d’une œuvre est la
personne physique qui l’a créée. L’œuvre est réputée créée, indépendamment de
toute divulgation publique, du seul fait de sa conception ou de sa réalisation,
même inachevée, par l’auteur.
La qualité d’auteur appartient, sauf preuve du contraire, à celui ou à ceux sous les
noms de qui l’œuvre est divulguée.
Dans les cas d’une œuvre créée par un auteur pour le compte d’une personne
physique ou morale ci-après dénommée « employeur », dans le cadre d’un contrat
de travail et de son emploi, sauf disposition contraire du contrat, le titulaire
originaire des droits moraux et patrimoniaux est l’auteur, mais les droits
patrimoniaux sur cette œuvre sont considérés comme transférés à l’employeur
dans la mesure justifiée par les activités habituelles de l’employeur au moment de
la création de l’œuvre…».
- La notion d’œuvre et ses variantes
Selon l’article 1er la loi n°2005-30 al 10 « l’œuvre est toute création intellectuelle
originale dans le domaine littéraire ou artistique au sens des dispositions de
l’article 8 de la présente loi. »
A l’alinéa 11 « l’œuvre originale s’entend d’une œuvre qui, dans ses éléments
caractéristiques et dans sa forme seulement permet d’individualiser son auteur. »
L’alinéa 12 définit l’œuvre audiovisuelle comme « une œuvre qui consiste en une
série d’images liées entre elles qui donnent une impression de mouvement,
accompagné de sons et susceptible d’être audible »
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L’œuvre collective est aux termes de l’alinéa 13 « une œuvre crée par plusieurs
auteurs à l’initiative et sous la responsabilité d’une personne physique ou morale
qui l’a publié sous son nom, et dans laquelle les contributions des auteurs qui ont
participé à la création de l’œuvre se fondent dans l’ensemble de l’œuvre sans qu’il
soit possible d’identifier les diverses contributions et leurs auteurs. »
« L’œuvre composite s’entend d’une œuvre nouvelle à laquelle est incorporée une
œuvre préexistante sous la collaboration de l’auteur de cette dernière ». al 14
« L’œuvre des arts appliqués est une création artistique ayant une fonction
utilitaire ou incorporé dans un article d’utilité, qu’il s’agisse d’une œuvre
artisanale où produite selon des procédés industriels. » al 15
A l’alinéa 16, l’œuvre de collaboration est définie comme « une œuvre dont la
réalisation est issue du concours de deux ou plusieurs auteurs indépendamment
du fait que cette œuvre constitue un ensemble indivisible ou qu’elle se compose
de parties ayant un caractère de création autonome. »
L’alinéa 17 défini l’œuvre photographique comme « l’enregistrement de la
lumière ou d’un autre rayonnement sur tout support sur lequel une image est
produite ou à partir duquel une image peut-être produite, quelle que soit la nature
de la technique (chimique, électronique ou autre) par laquelle cet enregistrement
est réalisé. » Il ajoute qu’ « un extrait d’une œuvre est une partie quelconque tirée
de cette œuvre, que la source soit mentionnée ou non. Un extrait n’est pas une
œuvre quel que soit le mode d’extraction utilisé. »
Enfin « l’œuvre posthume est une œuvre rendue accessible au public après le
décès de l’auteur. » al 18
- Les œuvres protégées
Au titre d’œuvres de l’esprit la loi relative à la protection du droit d’auteur protège
à l’article 8 dans une énumération non limitative :
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« - Les livres, brochures et autres œuvres exprimées par écrit y compris les
programmes d’ordinateur;
- les conférences, allocutions, sermons, plaidoiries et autres œuvres de même
nature ;
- les œuvres créées pour la scène ou pour la radiodiffusion (sonore ou visuelle),
aussi bien dramatiques et dramatico-musicales que chorégraphiques et
pantomimiques dont la mise en scène est fixée par écrit, ou autrement ;
- les compositions musicales avec ou sans paroles ;
- les œuvres lithographiques, picturales et de dessins, les gravures à l’eau forte ou
sur bois et autre du même genre ;
- les sculptures, bas-reliefs et mosaïques de toutes sortes ;
- les œuvres d’architecture, aussi bien les dessins et les maquettes que la
construction elle-même ;
- les tapisseries et les objets créés par les métiers artistiques et les arts appliqués,
aussi bien les croquis ou modèles que l’œuvre elle-même ;
- les cartes, les illustrations ainsi que les dessins et les reproductions graphiques
et plastiques
de nature artistique ou scientifique ;
-les œuvres radiophoniques ou audiovisuelles ;
- les œuvres photographiques, à caractère artistique ou documentaire auxquelles
sont assimilées, aux fins de la présente loi, les œuvres exprimées par un procédé
analogue à la photographie ;
- les expressions du folklore et les œuvres inspirées du folklore sous réserve des
dispositions particulières qui pourraient être définies dans une loi spéciale sur la
protection du patrimoine national.
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Sont protégés également en tant qu’œuvres :
- les traductions, les adaptations, les arrangements et autres transformations
d’œuvres et d’expressions du folklore ;
- les recueils d’œuvres, d’expressions du folklore ou de simples faits ou données,
telles : les encyclopédies, les anthologies et les bases de données, qu’elles soient
reproduites sur support exploitable par machine ou sous toute autre forme qui, par
le choix, la coordination ou la disposition des matières, constituent des créations
intellectuelles.
La protection des œuvres mentionnées à l’alinéa précédent ne doit pas porter
préjudice à la protection des œuvres préexistantes utilisées pour la confection de
ces œuvres.
La protection est indépendante du mode ou de la forme d’expression, de la qualité
et du but de l’œuvre. »
La protection accordée par la loi à ces différentes œuvres ne s’étant pas aux textes
officiels de nature législatives, administratives ou judiciaire, ni à leurs traductions
officielles ; elle ne s’étend pas aux nouvelles du jour encore moins aux idées,
procédés systèmes, méthodes de fonctionnement, concepts, principes,
découvertes ou simples données, même si ceux-ci sont énoncés, décrits,
expliqués, illustrés ou incorporés dans une œuvre (art. 12).
Aussi le titre d’une œuvre est protégé comme l’œuvre elle-même dès lors qu’il
présente un caractère original. Nul ne peut donc même si l’œuvre n’est plus
protégée, utiliser ce titre pour individualiser une œuvre du même genre si cette
utilisation est susceptible de provoquer une confusion (art.10).
On entend par forme première : les œuvres littéraires, y compris les programmes
d’ordinateur, les compositions musicales avec ou sans paroles, les œuvres
audiovisuelles, etc.
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La forme dérivée résulte d’œuvres qui sont issues d’autres œuvres qui leur sont
antérieures : les traductions, les adaptations, les recueils d’œuvres, etc.
P 2. Les droits voisins
A. Définition du droit voisin
Les droits voisins tirent leur origine d’une œuvre protégée par le droit d’auteur et
s’apparentent à celui‐ci à certains égards. Ils ont pour objet de protéger les intérêts
juridiques de certaines personnes physiques ou morales qui contribuent à rendre
les œuvres accessibles au public.
B. Les bénéficiaires des droits voisins
Ces personnes peuvent être réparties en trois groupes :
- les artistes interprètes ou exécutants (chanteurs, acteurs, danseurs, musiciens,
etc.) ;
- les producteurs de phonogrammes ou de vidéogrammes ;
- les organismes de radiodiffusion ou les entreprises de communication
audiovisuelle.
SECTION 2. LES DROITS CONFERES PAR LA PROPRIETE
LITTERAIRE ET ARTISTIQUE
P 1. LE DROIT D’AUTEUR
A. Les prérogatives du titulaire du droit d’auteur
L’auteur de l’œuvre comme l’a disposé l’article 5 de la loi dispose de droits
moraux et patrimoniaux sur son œuvre.
L’article 2 de l’Annexe VII de l’Organisation africaine de la propriété
intellectuelle portant droit d’auteur et du patrimoine culturel dispose que
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«L’auteur de toute œuvre originale de l’esprit, littéraire, artistique ou scientifique,
jouit sur cette œuvre du seul fait de sa création, d’un droit de propriété
incorporelle, exclusif et opposable à tous. Ce droit comporte des attributs d’ordre
intellectuel et moral ainsi que des attributs d’ordre patrimonial, qui sont
déterminés par l’acte. »
Nous proposons, en conséquence, de dresser le classement de ces différents droits
et de passer ensuite à une étude séparée des uns et des autres, en laissant bien
entendu de côté l’objet matériel lui-même, dont la propriété dite corporelle n’offre
pas de difficultés.
Les droits de propriété incorporelle reconnus à l’auteur se répartissent en deux
groupes :
- Les attributs d’ordre patrimonial qui comprennent : le droit de représentation ;
le droit de reproduction et le droit de suite ;
- Les attributs d’ordre intellectuel et moral qui comprennent : le droit de
divulgation ; le droit au respect de l’œuvre ; le droit au respect du nom de l’auteur
et le droit de repentir.
a- Les attributs d’ordre patrimonial
Ce premier groupe, ainsi qualifié, est relatif à ceux des droits qui présentent pour
l’auteur un intérêt financier, ou plus vulgairement pécuniaire. Nous venons de dire
qu’ils sont au nombre de trois.
Le droit de représentation
Le droit de représentation consiste dans la communication directe de l’œuvre au
public ; cette « communication » peut se faire notamment par voie de récitation
publique, présentation publique, projection, radiodiffusion, diffusion par quelque
procédé que ce soit, des paroles, des sons ou des images.
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De tous ces moyens de « communication au public », nous retiendrons, celui de
la diffusion des images.
Comme exemples de communication au public de dessins ou de modèles, nous
proposons l’affichage, ou des expositions à la vue du public, le terme d’exposition
étant pris dans un sens très général, comme celui, par exemple, de la présence
d’éléments publicitaires décoratifs placés dans la vitrine d’un commerçant et bien
entendu la publicité à la télévision.
Le droit de reproduction
Ce dernier est bien celui qui occupe la plus grande place parmi les arts appliqués.
« La reproduction consiste dans la fixation matérielle de l’œuvre ou du
phonogramme par tous procédés qui permettent de la communiquer au public
d’une manière indirecte.
Elle peut s’effectuer notamment par imprimerie, dessin, gravure, photographie,
moulage et tout procédé des arts graphiques et plastiques ; enregistrement
mécanique, cinématographique ou magnétique.
Pour les œuvres d’architecture, la reproduction consiste également dans
l’exécution répétée d’un plan ou d’un projet type ».
La reproduction de l’œuvre bénéficie de la protection de la loi quel que soit le
mode de reproduction qui peut être le résultat de n’importe quelle technique.
Aussi n’exige-t-on pas que la reproduction ait lieu dans la même industrie, dans
le même art, ou par la même matière.
Il importe peu que les reproductions soient destinées à la vente ou qu’il s’agisse
d’exemplaires réservés à la distribution gratuite : d’ailleurs, les juges admettent
une certaine tolérance lorsque la copie a un but d’enseignement. (Cass. Civ. 25
janv. 1893 : D.P.93, 1, 114).
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Le droit de suite
Il s’agit d’un droit réservé aux auteurs des œuvres graphiques et plastiques, qui
s’exerce nonobstant toute cession de l’œuvre originale, il est inaliénable et permet
de participer au produit de toute vente de cette œuvre faite aux enchères publiques,
ou par l’intermédiaire d’un commerçant. Son montant est progressif allant de 1%
à 3% ; il permet ainsi aux artistes de bénéficier des plus-values atteintes par les
œuvres qu’ils auraient précédemment aliénées.
b- Les attributs d’ordre intellectuel et moral
Les auteurs et la jurisprudence ont reconnu aux auteurs un autre droit tout à fait
différent du droit patrimonial que nous venons d’analyser leur permettant de
veiller à l’intégrité artistique ou littéraire de leur œuvre ; c’est ce droit que l’on a
appelé le droit moral.
En fait, cette notion était simple : elle accordait à l’auteur qui avait cédé ses droits
de reproduction c’est-à-dire son droit pécuniaire, la faculté d’en surveiller
l’exploitation, et celle d’intervenir au cas où son œuvre aurait été défigurée ou
modifiée d’une façon quelconque, et cela même si les droits avaient été cédés sans
aucune réserve.
Mais il n’était pas rare de se trouver en présence de dessins ou de modèles dont la
cession comprenait une clause de renonciation à l’exercice du droit moral. Il était
admis, en effet, que rien ne s’opposait à ce que l’artiste en se dépouillant de son
œuvre au profit de l’éditeur, lui permettre d’en disposer à sa guise, de la modifier,
transformer, adapter à chaque besoin plus ou moins varié de son industrie.
En pratique, la jurisprudence fondait sa protection sur le respect des droits de la
personne humaine, et appliquait la notion de faute basée sur l’article 1382 du Code
civil.
Certaines innovations essentielles, ont été apportées qui précisent et codifient un
grand nombre de principes depuis longtemps admis en jurisprudence.
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La première de ces innovations consiste à donner à la protection du droit moral,
une existence légale et non plus jurisprudentielle : le droit moral figure à côté du
droit patrimonial et dans certains domaines, comme celui de la littérature et du
cinéma, il prendra une importance primordiale. Il en résulte qu’étant protégé par
la loi, qui est une loi pénale puisqu’elle édicte des peines, l’atteinte au droit moral
devient un délit.
Le droit de divulgation
On peut le définir par le droit exclusif pour l’auteur de publier son œuvre, c’est-
à-dire de la communiquer au public et de déterminer lui-même le lieu, le moment,
les limites et le principe même de cette publication.
Il se situe donc à la naissance du droit moral dont il représente la première
manifestation, les autres éléments n’intervenant qu’ensuite, tels que le droit au
respect de l’œuvre ou le droit de repentir.
Le droit au respect de l’œuvre
L’auteur a donc le droit de veiller sur l’intégrité de son œuvre, d’en empêcher les
altérations, déformations ou modifications, additions ou suppressions. C’est ce
droit de contrôle qui a donné lieu aux décisions les plus nombreuses. Ce sont
d’ailleurs les atteintes de cet ordre qui sont les plus fréquentes dans la pratique.
La première hypothèse sera celle d’une transformation en quelque sorte matérielle
des éléments eux-mêmes de la création.
L’atteinte au droit moral peut consister aussi dans le simple fait que la
reproduction de la maquette originale de l’artiste a été défectueuse et imparfaite.
Le droit à la paternité au respect du nom et de l’œuvre
Le droit, pour un auteur, de publier ses œuvres sous son nom et de défendre ce
droit contre n’importe qu’elle atteinte apparaît comme un attribut essentiel
conféré par la loi.
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Il a été jugé que constituait une atteinte au respect du nom de la reproduction d’un
dessin de publicité non identique à l’original, la signature de l’auteur ayant été
supprimée, une pareille mutilation ouvrant droit à des dommages si intérêts.
L’adaptation de dessins d’affiches, sans autorisation de l’auteur, à des habillages
exécutés par un imprimeur, avec suppression du nom de l’auteur, affadissement
du dessin par substitution de tons, modifications maladroites de détails, tous
agissements portant atteinte au droit moral de l’auteur.
Le droit de repentir ou de retrait
On entend par droit de repentir ou de retrait, la faculté par l’auteur qui a déjà cédé
son droit d’exploitation à un tiers de mettre fin à toute publication ou diffusion à
la seule condition d’indemniser ce tiers.
« Nonobstant la cession de son droit d’exploitation, l’auteur, même
postérieurement à la publication de son œuvre, jouit d’un droit de repentir ou de
retrait vis-à-vis du cessionnaire. Il ne peut toutefois exercer ce droit qu’à charge
d’indemniser préalablement le cessionnaire du préjudice que ce repentir ou ce
retrait peut lui causer ».
Il est essentiel de préciser que ce droit ne peut aller jusqu’à obliger le cessionnaire
de l’œuvre, soit à sa restitution, soit à sa destruction, il ne permet, en réalité, que
la résolution de la publication par le cessionnaire qui conserve malgré tout la
possession de l’objet matériel.
B. Les limitations aux droits conférés par le droit d’auteur
Les principales limites au droit d’auteur sont :
- les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, pédagogique,
scientifique ou d’information de l’œuvre, à condition qu’elles soient
accompagnées par la mention « source » et du nom de l’auteur, si ce nom figure
dans la source ;
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- les copies privées : ce sont les reproductions et les transformations privées, en
un seul exemplaire, destinées à un usage strictement personnel et privé qui sont
autorisées par la loi. Est ainsi exclue toute exploitation à des fins lucratives d’une
œuvre ;
- la parodie : le pastiche et la caricature visent à faire rire ou sourire le public à
travers une œuvre de l’esprit. Sous réserve de rester dans la limite " des lois du
genre", elle constitue une exception aux droits patrimoniaux de l’auteur ;
- la durée de protection : l’œuvre est protégée toute la vie de l’auteur et 70 ans
après son décès.
- la libre utilisation pour l’enseignement ;
- la reproduction reprographique par les bibliothèques et les services d’archives ;
- la libre reproduction à des fins judiciaires ou administratives ;
- la libre utilisation à des fins d’information ;
- la libre utilisation d’images, d’œuvres situées en permanence dans des endroits
publics ;
- le libre enregistrement éphémère par les organismes de radiodiffusion ;
- la libre représentation ou exécution lors des cérémonies officielles ou
religieuses, ou dans un établissement d’enseignement à l’intention des étudiants
et professeurs.
- En tout état de cause, la loi réprime toute reproduction d’une œuvre qui porterait
atteinte à son exploitation normale ou causerait un préjudice injustifié aux intérêts
légitimes de l’auteur.
P 2. LES DROITS VOISINS
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A. Les droits conférés par les droits voisins
L’artiste interprète jouit des droits suivants :
- droit de communication au public de son interprétation ;
- droit de représentation ;
- droit de distribution.
Les producteurs de phonogrammes et de vidéogrammes jouissent des droits
suivants :
- droit de reproduction ;
- droit de distribution ;
- droit de représentation.
Les entreprises de communication audiovisuelle jouissent des droits suivants
:
- droit de fixation ;
- droit de représentation ;
- droit de distribution ;
- droit de réémission des programmes.
Il est important de relever que l’artiste interprète ou exécutant a droit au respect
de son nom, de sa qualité et de son interprétation. C’est le droit moral de l’artiste
interprète et exécutant qui est attaché à sa personne.
B. Les limitations aux droits conférés par les droits voisins
Ce sont les mêmes exceptions qu’en droit d’auteur.
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CHAPITRE SECOND. LA PROPRIETE INDUSTRIELLE
Les droits qui relèvent de la propriété industrielle peuvent être regroupés en trois
catégories qui portent respectivement sur les créations industrielles, les signes
distinctifs et la protection contre la concurrence déloyale. C’est ainsi que les
inventions, les modèles d’utilité, les dessins ou modèles industriels, les obtentions
végétales relèvent des créations industrielles ; alors que les marques, les noms
commerciaux et les indications géographiques sont classés dans la catégorie des
signes distinctifs.
SECTION 1. LE CONTENU DE LA PROPRIETE INDUSTRIELLE
Les droits de propriété industrielle comprennent les brevets d’invention, les
modèles d’utilité, les marques de produits ou de services, les dessins ou modèles
industriels, les noms commerciaux, les indications géographiques, les obtentions
végétales, etc. Ces droits peuvent être rangés en trois groupes en fonction de la
nature de la création sur laquelle ils portent.
P1. Les créations à caractère technique
Il s’agit de l’invention, du modèle d’utilité et de l’obtention végétale.
a. L’invention
• Définition de l’invention
L’invention est une idée qui apporte une solution à un problème donné relevant
du domaine de la technique.
L’Accord distingue deux types d’inventions :
- l’invention de produit : elle consiste en un objet matériel qui se distingue par
les caractéristiques de sa constitution, notamment par sa composition, sa structure
ou sa forme. Exemple : une prothèse de genoux ;
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- l’invention de procédé : il s’agit de tout facteur ou agent qui conduit à
l’obtention d’un résultat ou d’un produit. Exemple : un procédé de fabrication des
médicaments.
La protection de l’invention
Selon l’Accord de Bangui, le brevet est un titre délivré pour protéger une
invention. Il confère à son titulaire un droit exclusif d’exploitation de l’invention
qui en est l’objet pour une durée déterminée. La protection par brevet signifie que
l’invention ne peut être réalisée, utilisée, distribuée ou vendue sans le
consentement du titulaire du brevet. Les droits conférés par un brevet sont
normalement sanctionnés par une action devant les tribunaux qui, dans la plupart
des systèmes, ont compétence pour faire cesser les atteintes aux brevets. À
l’inverse, les tribunaux peuvent également invalider un brevet contesté par un
tiers.
Dans l’espace OAPI tout comme dans la plupart des Offices de propriété
industrielle, le brevet garantit à son titulaire la protection de l’invention pour une
durée limitée à vingt ans sous réserves pour lui de payer la taxe de maintien en
vigueur chaque année.
Conditions d’obtention du brevet. Pour bénéficier de la protection par le
brevet, l’invention doit remplir certaines conditions :
- Elle doit être nouvelle c’est‐à‐dire qu’elle ne doit jamais avoir été divulguée.
Dès lors, ce qui est déjà connu ne peut être considéré comme une invention. La
nouveauté a un caractère absolu, ce qui signifie que l’invention en cause ne doit
avoir été déjà réalisée nulle part à travers le monde. Il faut noter que la nouveauté
est détruite par tout fait de nature à rendre l’invention accessible au public.
- Elle doit impliquer une activité inventive : l’invention est considérée comme
impliquant une activité inventive si elle ne découle pas de manière évidente de
l’état de la technique. Le critère de l’évidence et de la non évidence est apprécié
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au regard de l’homme du métier, c’est‐à‐dire une personne ayant des
connaissances et une habileté moyenne. De nombreux indices ont été dégagés par
la jurisprudence pour apprécier l’activité inventive. Exemples : un résultat
surprenant ou inattendu, un progrès technique important, etc.
- Elle doit être susceptible d’application industrielle : une invention est
susceptible d’application industrielle si son objet peut être fabriqué ou utilisé dans
tous genres d’industries. L’industrie doit être comprise au sens large. Elle intègre
l’artisanat, l’agriculture, la pêche et les services, etc.
NB. L’invention ne doit pas être confondue avec la découverte scientifique qui est
la révélation d’un phénomène préexistant dans la nature mais jusque-là méconnu
du public. Exemple : la découverte au siècle dernier de l’électricité statique n’est
pas une invention.
Régime juridique de l’invention. Une invention est en général l’œuvre
d’une personne. Mais deux mais plusieurs personnes peuvent réaliser une
invention en commun, c’est l’hypothèse de la copropriété du brevet ; de
même, les inventions peuvent réalisées par les salariés, c’est l’hypothèse de
l’invention salariée.
La copropriété du brevet. Lorsque plusieurs personnes réalisent une invention en
commun, le droit au brevet leur appartient en commun 1. Il en est de même des
héritiers, cessionnaires du droit au brevet par voie successorale 2. L’Accord
n’organise pas un régime spécifique de la copropriété des brevets. C’est donc le
droit commun de la copropriété des biens corporels qui a vocation à s’appliquer
en cette occurrence.
Les inventions de salariés. Les inventions de salariés sont, quant à elles, les
inventions réalisées par les salariés du secteur privé ou public dans le cadre ou
1
[Link]. 10(2) de l’Annexe I de l’ABR.
2
[Link]. 10(4) de l’Annexe I de l’ABR.
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en dehors de leurs missions.
Lorsqu’elle est réalisée par le salarié en exécution d’un contrat de travail, on
parle d’invention de mission. Ici, l’invention appartient en principe à l’employeur.
L’Accord de Bangui de 1999 reconnaît cependant au salarié auteur d’une
invention de mission le droit à une rémunération supplémentaire qui s’ajoute à
son salaire normal si l’importance de l’invention est très exceptionnelle.
Lorsqu’elle est réalisée par le salarié en dehors du contrat de travail mais avec
les données et moyens mis à sa disposition par l’employeur, on parle d’invention
hors mission. Dans ce cas, l’employé a droit à une rémunération qui tienne compte
de l’importance de l’invention brevetée. A défaut d’entente, l’Accord donne aux
tribunaux le pouvoir de fixer la rémunération.
L’employeur peut renoncer de manière expresse au brevet et le brevet revient dès
lors de plein droit à l’employé.
Intérêt et rôle du brevet
Le titulaire du brevet a le droit de décider qui peut utiliser l’invention brevetée
pendant la durée de la protection et qui ne peut pas le faire. Il peut, en vertu d’une
licence, permettre aux tiers d’utiliser l’invention à des conditions convenues d’un
commun accord. Il peut aussi vendre son droit sur l’invention à un tiers, qui
devient le nouveau titulaire du brevet.
Les brevets ont une fonction d’encouragement, car ils offrent aux individus la
reconnaissance de leur créativité, ainsi qu’une récompense matérielle pour leurs
inventions commercialisables. Ils encouragent ainsi l’innovation, grâce à laquelle
la qualité de la vie humaine s’améliore constamment.
Tous les titulaires de brevets sont tenus, en contrepartie de la protection de leurs
brevets, de divulguer publiquement des informations sur leurs inventions, pour
enrichir le fonds de connaissances techniques du monde, ce qui encourage la
créativité et l’innovation. Ainsi, non seulement le brevet protège le titulaire de
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l’invention, mais il apporte des informations précieuses et constitue une source
d’inspiration pour les générations futures de chercheurs et d’inventeurs.
b. Le modèle d’utilité
D’une manière générale, un modèle d’utilité est une invention qui ne répond pas
à tous les critères de brevetabilité mais qui a une application industrielle.
L’incorporation du modèle d’utilité dans le système de propriété intellectuelle de
certains pays d’Afrique a pour objectif fondamental de favoriser l’innovation
locale, en particulier dans les PME et le secteur informel.
Le modèle d’utilité est considéré comme un moyen supplémentaire de protection
des inventions. Mais à la différence du brevet le modèle d’utilité protège
spécifiquement les inventions se rapportant aux instruments de travail ou parties
de ces instruments pour autant qu’ils soient utiles au travail ou à l’usage auquel
ils sont destinés.
A la différence du brevet d’invention qui protège l’invention pour une période de
vingt ans, le modèle d’utilité a une durée de protection de dix ans à compter de la
date de dépôt.
Pour être valablement protégé, le modèle d’utilité doit présenter :
- une configuration nouvelle ;
- un arrangement ou un dispositif nouveau ;
- et être susceptible d’application industrielle.
Il convient de relever que la demande de brevet peut être transformée en demande
de modèle d’utilité et inversement.
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c. L’obtention végétale 3
P 2. Les créations à caractère ornemental : les dessins ou modèles industriels
Les créations à caractère ornemental diffèrent des créations à caractère technique
en ce que leur objet et leur finalité sont esthétiques. Ici, c’est l’aspect extérieur
d’un produit qui est pris en compte et non ses fonctionnalités.
a. Définition du dessin ou modèle industriel
Selon l’art 30 de l’Annexe X de l’ABR, le dessin ou modèle industriel est
constitué par l’aspect ornemental ou esthétique d’un objet. Il peut consister en
éléments tridimensionnels (exemple : la forme ou la texture de l’objet) ou
bidimensionnel (exemple : les motifs ou la couleur).
Les dessins ou modèles industriels s’appliquent aux produits les plus divers de
l’industrie et de l’artisanat : montres, bijoux, meubles, appareils électriques,
véhicules, etc.
Il convient de préciser que le droit des dessins ou modèles ne protège pas les
aspects techniques du produit auquel il s’applique lesquels sont susceptibles d’être
protégés au titre du brevet d’invention ou du modèle d’utilité.
Le dessin ou modèle industriel est ce qui donne à l’article son attrait et son pouvoir
de séduction : il ajoute donc à la valeur marchande du produit et il en accroît les
possibilités de commercialisation. Lorsqu’un dessin ou modèle industriel est
protégé, son titulaire – la personne physique ou morale qui l’a déposé – possède
le droit exclusif de s’opposer à toute copie ou imitation non autorisée du dessin
ou modèle industriel par des tiers. La protection contribue donc à garantir un
revenu équitable par rapport aux investissements consentis.
Un système efficace de protection est aussi avantageux pour les consommateurs
et pour l’ensemble du public, dans la mesure où il encourage la loyauté de la
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Hors programme
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concurrence et des pratiques commerciales, favorise la créativité et contribue à
rendre les produits plus attrayants esthétiquement. La protection des dessins et
modèles industriels contribue au développement économique, en encourageant la
créativité dans l’industrie. Elle permet de développer des activités commerciales
et de faire exporter les produits nationaux.
Le dessin ou modèle industriel est protégé pour une durée de cinq ans
renouvelable deux fois.
b. Le cumul de protection du dessin ou modèle industriel
Les dessins ou modèles industriels ont une nature hybride en ce qu’ils touchent à
la fois à l’art et à l’industrie. Ce dualisme a un impact sur le régime juridique de
cette catégorie de biens intellectuels qui n’appartient pas à un terrain juridique
précis. Son régime est en effet à cheval entre le droit d’auteur et le droit de la
propriété industrielle.
Deux situations doivent être envisagées :
- si le créateur d’un dessin ou d’un modèle dépose sa création à l’OAPI, cette
formalité lui permet de bénéficier de la protection spécifique du droit des dessins
ou modèles industriels issue de l’Annexe IV de l’Accord de Bangui révisé. En
sus, il a la latitude d’agir cumulativement ou alternativement sur le fondement du
droit d’auteur ;
- si le créateur d’un dessin ou modèle n’a procédé à aucun dépôt, il agira seulement
sur le terrain du droit d’auteur.
P 3. Les signes distinctifs
Il s’agit des marques de produits ou de services, des noms commerciaux et des
indications géographiques.
a. La marque
Après avoir l’avoir défini et indiqué son régime de protection, il sera précisé ses
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différentes variantes avant d’évoquer le régime spécifique de la marque notoire.
Définition et régime de protection
La marque est un signe visible utilisé par une personne physique ou morale pour
distinguer ses produits ou services de ceux de ses concurrents. Une marque est
donc un signe distinctif qui indique que des produits ou services sont produits ou
fournis par une certaine personne ou une certaine entreprise.
Ce système aide les consommateurs à reconnaître et à acheter un produit ou un
service donné parce que la nature et la qualité de celui-ci, indiquées par sa marque
unique, répondent à leurs besoins.
L’Accord de Bangui en son art. 2 de l’Annexe III de l’ABR., énumère de manière
significative les signes qui sont susceptibles de constituer une marque. Il s’agit
notamment des noms patronymiques, des dénominations particulières, arbitraires
ou de fantaisie, de la forme caractéristique du produit ou de son conditionnement,
des étiquettes, enveloppes, emblèmes, empreintes, timbres, cachets, vignettes,
liserés, combinaisons ou dispositions de couleurs, dessins, reliefs, lettres, chiffres,
devises, pseudonymes.
La marque offre une protection à son propriétaire en lui donnant le droit exclusif
de l’utiliser pour désigner des produits ou des services, ou d’autoriser un tiers à le
faire en contrepartie d’une rémunération. La durée de la protection varie, mais une
marque peut être renouvelée indéfiniment moyennant le paiement de taxes
additionnelles.
Pour être protégée, la marque doit remplir les conditions fixées par l’Accord de
Bangui de 1999 à savoir :
- elle doit être distinctive c’est-à-dire qu’elle ne doit pas décrire ou être la
désignation nécessaire du produit couvert. C’est ainsi que la marque APPLE pour
désigner des pommes ou des produits à base de pomme ne peut pas être enregistrée
puisque ce terme est la traduction anglaise du mot français POMME;
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- elle doit être disponible c’est-à-dire qu’elle ne doit pas avoir fait l’objet d’une
appropriation antérieure. De manière plus prosaïque, elle ne doit pas déjà avoir
fait l’objet d’un enregistrement au profit d’une autre personne ; dans la même
classe de produits ou de services ou pour les produits ou services similaires, c’est‐
à‐dire dans le respect du principe de la spécialité ;
- elle ne doit pas être contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs ;
- elle ne doit pas être de nature à tromper le public sur son origine géographique,
la nature ou les caractéristiques du produit ou du service. C’est ainsi qu’une
marque qui vante les produits à base de plantes médicinales alors que ce ne sont
que des dérivés de plantes médicinales n’est pas valable ;
- elle ne doit pas reproduire les armoiries ou les poinçons officiels. C’est le cas
d’une marque qui reproduit les couleurs du drapeau d’un pays ou le sigle d’u
organisme international. Par ailleurs, la marque pour être protégée doit faire
l’objet d’une demande d’enregistrement auprès de l’OAPI.
• Variantes de la marque
On distingue traditionnellement la marque individuelle de la marque collective.
La marque individuelle permet de différencier les produits ou services proposés
par une entreprise de ceux des autres entreprises ou des concurrents. On peut citer
les marques MOOV, ALO MOBILE ; BEAUFORT, etc.
La marque collective est celle dont les conditions d’utilisation sont fixées par un
règlement approuvé par l’autorité compétente. Son régime juridique est
sensiblement différent de celui de la marque individuelle.
L’Accord de Bangui énumère les personnes habilitées à bénéficier de la marque
collective. Il s’agit des groupements de droit public, des syndicats ou groupements
de producteurs, d’industriels, d’artisans ou de commerçants.
• Le régime spécial de la marque notoire
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Lorsqu’une marque, qu’elle soit individuelle ou collective, acquiert une certaine
renommée elle devient notoire et bénéficie d’un régime spécial de protection.
La marque peut revêtir un caractère notoire dès lors qu’elle est connue d’une large
fraction du public. Il ne suffit donc pas que la marque soit connue d’un public
spécialisé, par exemple dans un cercle professionnel. Le plus souvent il sera exigé
que la marque soit connue d’une grande partie du public, c’est‐à‐dire l’ensemble
de la population.
Contrairement aux marques ordinaires, la marque notoire n’a pas besoin de faire
l’objet d’un dépôt pour bénéficier d’une protection légale. L’appréciation de la
notoriété relève du pouvoir souverain du juge.
b. Le nom commercial
Selon l’art. 1er de l’Annexe V de l’ABR. Le nom commercial est la dénomination
sous laquelle une personne physique ou morale désigne l’entreprise ou le fonds
de commerce qu’elle exploite pour l’identifier dans ses rapports avec la clientèle.
Il peut consister en un nom patronymique.
Le régime OAPI du nom commercial a une nature hybride puisque ce droit naît
tantôt de l’usage, tantôt de l’enregistrement. L’atteinte portée au nom commercial
est sanctionnée par l’action en concurrence déloyale. L’action en contrefaçon est
exclue pour cette catégorie d’objet de propriété industrielle.
Le régime du nom commercial enregistré emprunte beaucoup au régime de la
marquetant en ce qui concerne les formalités que pour ce qui est de ses effets.
Le nom commercial a une durée de protection de dix ans à compter du dépôt.
Toutefois, ce délai peut être prorogé tous les dix ans sans limitation.
c. L’indication géographique
L’indication géographique est une mention précisant qu’un produit donné
provient d’une aire géographique déterminée, dans le cas où une qualité,
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réputation ou une autre caractéristique déterminée du produit peut être attribuée
essentiellement à cette origine géographique.
En réalité, l’indication géographique est un signe distinctif qui permet d’attester
que les produits extraits ou fabriqués dans une aire géographique limitée
présentent des caractéristiques spécifiques conformes à la tradition locale.
Il convient de préciser que l’atteinte à une indication géographique n’est pas
sanctionnée par l’action en contrefaçon mais par celle en concurrence déloyale.
SECTION 2. LES DROITS CONFERES PAR LES TITRES DE
PROPRIETE INDUSTRIELLE
P 1. LE BREVET
A. Les droits conférés par le brevet d’invention
En vertu de l’article 7 Annexe I de l’Accord de Bangui Révisé, le breveté jouit
des prérogatives suivantes :
- le droit exclusif d’exploiter l’invention brevetée. Ce droit varie selon qu’il s’agit
d’un brevet de procédé ou de produit :
Lorsque le brevet a été délivré pour un produit, le droit de fabriquer, importer,
offrir en vente, vendre et utiliser le produit, détenir ce produit aux fins de l’offrir
en vente, de le vendre ou de l’utiliser.
Lorsque le brevet a été délivré pour un procédé, le droit d’employer le procédé, le
droit d’accomplir les actes mentionnés ci‐dessus à l’égard d’un produit résultant
directement de l’emploi du procédé.
- le droit d’interdire à toute personne l’exploitation de l’invention brevetée ;
- le droit de céder ou de transmettre par voie successorale le brevet et de conclure
des contrats de licence.
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- En sus de tous autres droits, recours ou actions dont il dispose, le titulaire du
brevet a le droit d’engager une procédure judiciaire devant le tribunal du lieu de
la contrefaçon contre toute personne qui commet une contrefaçon du brevet
accomplissant sans son consentement, l’un des actes mentionnés ci‐dessus ou qui
accomplit des actes qui rendent vraisemblable qu’une contrefaçon sera commise.
Les droits sus énumérés ne sont pas absolus. Ils sont assortis de limitations.
B. Les limitations aux droits conférés par le brevet d’invention
Elles sont prévues par l’article 8 Annexe I de l’Accord de Bangui Révisé. Selon
cet article, les droits découlant du brevet ne s’étendent pas :
a) aux actes relatifs à des objets mis dans le commerce sur le territoire d’un Etat
membre par le titulaire du brevet ou avec son consentement, ni
b) à l’utilisation d’objets à bord d’aéronefs, de véhicules terrestres ou de navires
étrangers qui pénètrent temporairement ou accidentellement dans l’espace aérien,
sur le territoire ou dans les eaux d’un Etat membre ; ni
c) aux actes relatifs à une invention brevetée accomplis à des fins expérimentales
dans le cadre de la recherche scientifique et technique ;
d) aux actes effectués par toute personne qui, de bonne foi à la date du dépôt ou,
lorsqu’une priorité est revendiquée, à la date de priorité de la demande sur la base
de laquelle le brevet est délivré et sur le territoire d’un Etat membre, utilisait
l’invention ou faisait des préparatifs effectifs et sérieux pour l’utiliser, dans la
mesure où les actes ne diffèrent pas, dans leur nature ou leur finalité, de
l’utilisation antérieure effective ou envisagée.
Le droit de l’utilisateur visé ci‐dessus ne peut être transféré ou dévolu qu’avec
l’entreprise ou la société ou la partie de l’entreprise ou de la société dans laquelle
ont lieu l’utilisation ou les préparatifs en vue de l’utilisation.
P 2. LE MODELE D’UTILITE
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A. Les droits conférés par le modèle d’utilité
Le titulaire du certificat d’enregistrement d’un modèle d’utilité a le droit
d’interdire à toute personne l’accomplissement des actes suivants : la fabrication,
la vente, l’offre de vente, l’utilisation, l’importation ou la détention dudit modèle
aux fins de l’offrir en vente, de le vendre ou de l’utiliser.
B. Les limitations aux droits conférés par le modèle d’utilité
Ne sont pas considérés comme portant atteinte aux droits conférés par le modèle
d’utilité :
- les actes relatifs à des objets mis dans le commerce sur le territoire d’un Etat
membre par le titulaire ou avec son consentement ;
- l’utilisation d’objets à bord d’aéronefs, de véhicules terrestres ou de navires
étrangers qui pénètrent temporairement ou accidentellement dans l’espace aérien,
sur le territoire ou dans les eaux des Etats membres ;
- les actes accomplis à des fins expérimentales dans le cadre de la recherche
scientifique et technique ;
- les actes effectués par toute personne de bonne foi qui utilisait le modèle d’utilité
ou qui faisait des préparatifs effectifs et sérieux pour l’utiliser, à la date du dépôt
de la demande ou de la priorité, dans la mesure où les actes ne diffèrent pas, dans
leur nature ou leur finalité, de l’utilisation antérieure effective ou envisagée.
P 3. LA MARQUE
A. Les droits conférés par la marque
L’enregistrement de la marque confère à son titulaire :
- le droit exclusif d’utiliser la marque, ou un signe lui ressemblant, pour les
produits ou services pour lesquels elle a été enregistrée, ainsi que pour les produits
ou services similaires ;
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- le droit exclusif d’empêcher tous les tiers agissant sans son consentement de
faire usage au cours d’opérations commerciales de signes identiques ou similaires
pour des produits ou services qui sont similaires à ceux pour lesquels la marque
de produits ou de services est enregistrée dans le cas où un tel usage entraînerait
un risque de confusion. En cas d’usage d’un signe identique pour des produits et
services identiques, un risque de confusion sera présumé exister.
B. Les limitations aux droits conférés par la marque
- Les tiers peuvent librement faire usage de bonne foi de leur nom, de leur adresse,
d’un pseudonyme, d’un nom géographique, ou d’indications exactes relatives à
l’espèce, la qualité, la destination, la valeur, le lieu d’origine ou l’époque de la
production de leurs produits ou de la présentation de leurs services, pour autant
qu’il s’agisse d’usage limité à des fins de simple identification ou d’information
et qui ne puisse induire le public en erreur sur la provenance des produits ou
services.
- Les tiers peuvent également faire usage de la marque en relation avec les produits
qui ont été licitement vendus sous la marque sur le territoire national de l’Etat
membre dans lequel le droit d’interdiction est exercé, sous la condition que ces
produits n’aient subi aucun changement.
P 4. LE DESSIN OU MODELE INDUSTRIEL
A. Les droits conférés par le dessin ou modèle industriel
Le dépôt d’un dessin ou modèle assure à son titulaire un droit exclusif d’utilisation
du dessin ou modèle.
L’article 3 Annexe IV de l’Accord de Bangui Révisé vise les prérogatives du
titulaire d’un dessin ou modèle industriel.
Ce dernier a le droit exclusif d’exploiter son dessin ou modèle et de vendre ou
faire vendre à des fins industrielles ou commerciales les produits dans lesquels ce
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dessin ou modèle est incorporé, dans les conditions prévues par les dispositions
de l’Annexe IV de l’Accord de Bangui sans préjudice des droits qu’ils tiendraient
d’autres dispositions légales.
B. Les limitations aux droits conférés par le dessin ou modèle industriel
Elles sont prévues à l’article 7 Annexe IV de l’Accord de Bangui.
Le dessin ou modèle industriel enregistré ne produit pas d’effet à l’égard du tiers
qui, au moment du dépôt de la demande d’enregistrement exploitait déjà ledit
dessin ou modèle sur le territoire de l’un des Etats membres ou avait pris des
mesures nécessaires pour cette exploitation. Ce tiers est autorisé à utiliser ce
dessin ou modèle pour les besoins de son entreprise, dans ses propres ateliers ou
dans ceux d’autrui. Ce droit ne peut être transmis qu’avec l’entreprise.
P 5. LE NOM COMMERCIAL
A. Les droits conférés par le nom commercial
Le propriétaire d’un nom commercial enregistré ou non a le droit de l’utiliser pour
ses activités commerciales, industrielles, artisanales ou agricoles.
Il a également le droit d’interdire tout usage illicite de ce nom et d’exercer les
actions prévues par la loi pour la défense de son droit.
B. Les limitations aux droits conférés par le nom commercial
Le titulaire d’un nom commercial ne peut interdire aux tiers l’usage de bonne foi
de leur nom, de leur adresse, d’un pseudonyme, d’un nom géographique ou
d’indication actes relatifs à l’espèce, la qualité, la quantité, la destination, la
valeur, le lieu d’origine ou l’époque de la production de leurs produits ou de la
prestation de leurs services, pour autant qu’il s’agisse d’un usage limité à des fins
de simple identification ou d’information et qui ne puisse pas induire le public en
erreur sur la provenance des produits ou des services.