Jean-Noël L OUCOU
Jean-Noël L OUCOU
LE PARTI DÉMOCRATIQUE DE CÔTE D’IVOIRE
RASSEMBLEMENT DÉMOCRATIQUE AFRICAIN
D’Hier à Demain
Créé le 9 avril 1946, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire
- Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) est
le plus ancien parti politique d’Afrique subsaharienne après
l’African National Congress (ANC) d’Afrique du Sud. LE PARTI DÉMOCRATIQUE
Il incarne dans la durée une tradition politique, celle du
nationalisme ivoirien et du développement dans la paix. Il a fait
DE CÔTE D’IVOIRE
de la Côte d’Ivoire, quarante années durant, un pays prospère, RASSEMBLEMENT DÉMOCRATIQUE AFRICAIN
pacifique et fraternel, un pays essentiel et incontournable en
Afrique. D’Hier à Demain
LE PARTI DÉMOCRATIQUE DE CÔTE D’IVOIRE
Il est confronté au dilemme de préserver sa singularité et son
indépendance, ou de se fondre dans le Rassemblement des
Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) que
d’aucuns voudraient transformer en parti unifié voire unique.
RASSEMBLEMENT DÉMOCRATIQUE AFRICAIN
À la croisée des chemins, il doit mesurer le chemin parcouru
avec ses heurs et ses malheurs et proposer un nouveau chemin
d’avenir.
Cet ouvrage s’adresse à ses militants, mais aussi à tous les
Ivoiriens soucieux de bâtir, sur des majorités d’idées, une
D’Hier à Demain
démocratie avancée et apaisée.
Né en 1948 à Abidjan, Jean-Noël LOUCOU, Professeur
d’histoire contemporaine, a été le directeur du
département d’histoire de l’université d'Abidjan (1979-
1983) et le directeur de cabinet du président de la
République ivoirienne (1995-1999). Membre du Bureau
politique du PDCI-RDA, président de la commission
des affaires politiques (1996-2002), président de la commission technique
nationale « Culture et Tourisme », vice-président du think tank « Initiative
pour le Changement et le Progrès » (ICP), il est l’actuel Secrétaire Général
de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. Il a
déjà publié plusieurs ouvrages sur l’ histoire ivoirienne et africaine.
ISBN : 978-2-343-24740-3
19 €
LE PARTI DÉMOCRATIQUE DE CÔTE
D’IVOIRE-RASSEMBLEMENT
DÉMOCRATIQUE AFRICAIN
D’Hier à Demain
Jean-Noël LOUCOU
LE PARTI DÉMOCRATIQUE DE CÔTE
D’IVOIRE-RASSEMBLEMENT
DÉMOCRATIQUE AFRICAIN
D’Hier à Demain
Du même auteur
x Bibliographie de l’histoire de Côte d'Ivoire, Abidjan, Université
d'Abidjan, 1982.
x Histoire de la Côte d’Ivoire. Tome 1 : La formation des peuples,
Abidjan, éd. CEDA, 1984.
x En pays baoulé, Abidjan, éd. NEA, 1988.
x Yamoussoukro. Guide pratique, Abidjan, SII, 1989.
x Le multipartisme en Côte d’Ivoire, Abidjan, éd. Neter, 1992.
x La tradition orale africaine, Abidjan, éd. Neter, 1994.
x Histoire de la Côte d’Ivoire. Peuples et ethnies, Abidjan, éd. Neter,
2002.
x Côte d’Ivoire : les résistances à la conquête coloniale, Abidjan, éd.
du CERAP, 2007.
x Histoire et développement, Abidjan, éd. FHB, 2011.
x La dissertation historique, Abidjan, éd. du CERAP, 2015.
x Sciences et Techniques des Baoulé, Abidjan, éd. FHB, 2017.
x La Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix,
Abidjan, éd. FHB, 2020.
x La Côte d’Ivoire Coloniale 1893-1960, Abidjan éd. du CERAP, 2012,
2016, 2021.
En collaboration
x La Reine Pokou, Paris, éd. ABC, 1978.
x Actes du colloque international sur l'histoire du Rassemblement
démocratique africain (RDA), Paris, Hatier, Abidjan, CEDA, 1987, 2
volumes.
x Mémorial de la Côte d’Ivoire, Abidjan, éd. AMI, 1988, 4 tomes.
x Dictionnaire baoulé-français, Abidjan, NEI, 2003 (Prix de la
Recherche ivoirienne 2006).
x Le commentaire de documents d'histoire, Abidjan, éd. du CERAP,
2006.
x Histoire et Politique. Mélanges offerts au professeur Joachim Bony,
Abidjan, éd. FHB, 2009.
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ISBN : 978-2-343-24740-3
EAN : 9782343247403
INTRODUCTION
Vive le PDCI-RDA, PDCI-RDA toujours premier,
toujours debout !
PDCI vivra, vivra, vivra !
Ainsi se ponctuaient et se ponctuent toujours les
acclamations des meetings et des réunions des militants du
Parti Démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement
Démocratique africain.
Pour nous qui en sommes membres, notre parti reste le
parti du nationalisme ivoirien, le parti de l’expérience et de
l’espérance. Le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire-
Rassemblement Démocratique Africain (PDCI-RDA),
comme l’écrivait son secrétaire général, Philippe Yacé, en
1970, « est bien l’âme de la Côte d’Ivoire d’hier et l’arme
de la Côte d’Ivoire de demain, qu’il peut rendre des
services, mais que des réformes s’imposent non seulement
pour mieux ajuster le Parti aux conditions de notre temps,
mais pour atteindre l’objectif final : le bonheur des militants
dans une fraternelle union. » Ces lignes n’ont rien perdu de
leur actualité.
Nous avons toujours l’ambition partagée d’en faire le
premier et le plus puissant parti politique de Côte d’Ivoire.
Certes, nous avons perdu le pouvoir d’État en 1999 à la
suite d’un coup d’État anachronique, suscité et planifié par
l’étranger avec quelques crispins ivoiriens. Certes encore,
et de façon douteuse et, de ce fait, plus douloureuse, nous
avons perdu l’élection présidentielle de 2010, censée
ramener la paix et la normalité dans notre pays, après dix
années de désordres, de tribulations, de larmes et de sangs.
Nous avons perdu les élections législatives de 2011-2012,
7
les municipales et les régionales de 2013 et 2018. Nous
n’avons pas participé aux élections présidentielles de 2015
et de 2020.
Certes enfin, nous sommes confrontés au dilemme de
préserver la singularité et l’indépendance de notre parti
septuagénaire, ou de nous fondre dans le Rassemblement
des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP),
coalition électorale de quatre partis politiques que d’aucuns
voudraient transformer en parti unifié voire unique.
Et la crise pré et postélectorale engendrée par l’élection
présidentielle du 31 octobre 2020 en raison du troisième
mandat controversé du président sortant n’a fait
qu’accroître les difficultés et menacer l’existence du parti.
Nous sommes donc à la croisée des chemins et nous
devons faire retour en nous-mêmes, mesurer le chemin
parcouru avec ses heurs et ses malheurs et proposer comme
il se doit un nouveau chemin d’avenir.
Militant actif du PDCI-RDA depuis cinquante ans,
membre des instances dirigeantes, vice-président d’un
laboratoire d’idées, je me sens le devoir d’apporter mes
réflexions et mes propositions dans ce passage en revue
pour l’aggiornamento de notre parti.
Telle est la visée de cet ouvrage qui s’adresse aux
militants de notre parti, mais aussi à tous les Ivoiriens
soucieux de bâtir, sur des majorités d’idées, une démocratie
avancée et apaisée.
Comme l’affirme le président Henri Konan Bédié : « La
démocratie, il faut sans cesse la consolider et l’élargir. Pour
cela, il faut établir solidement l’impartialité de l’État et
l’État de droit. Il faut donner aux communes et aux régions
la capacité de gérer directement leurs propres affaires. Il
faut donner à chacun toujours davantage le pouvoir de
participer à tous les niveaux, à l’élaboration des choix et à
8
leur mise en œuvre. En un mot, il nous faut réaliser ce que
j’appellerai une démocratie participative et avancée. »
Notre parti a déjà pris sa juste part à ce combat pour la
construction de la démocratie et veut en rester le fer de lance
en dépit des incertitudes et des menaces des temps
nouveaux.
C’est pourquoi, nous lançons un appel pour que d’autres
militants prennent également la plume pour animer le débat
politique, oxygène d’un parti qui est démocratique, quoi
qu’en pensent certains contempteurs, et entend le demeurer.
Nous commençons par rappeler les faits saillants de
l’histoire de notre parti (I) ; puis nous précisons nos valeurs
et nos idées (II) ; enfin, nous proposons une nouvelle
alternative pour relever les défis du futur (III).
9
Première partie
NOTRE HISTOIRE
11
Chapitre 1
LE PDCI-RDA, PARTI DE LA LUTTE
ANTICOLONIALE
Les partis politiques jouent un rôle important dans la
formation de l’opinion publique et dans la mobilisation des
citoyens en période électorale. Ils ont aussi une histoire. Et
le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire –Rassemblement
Démocratique africain (PDCI-RDA) a une riche histoire
que les militants doivent connaître. Créé en 1946, il a 75
ans aujourd’hui. C’est le plus ancien parti politique
d’Afrique subsaharienne après l’African National Congress
(ANC) d’Afrique du Sud, le parti de Nelson Mandela.
Le PDCI-RDA incarne dans la durée une tradition
politique, celle du nationalisme ivoirien et du
développement dans la paix et l’unité. La longue et
glorieuse histoire du PDCI-RDA comporte trois moments,
trois grandes phases : la lutte anticoloniale de 1946 à 1960,
l’exercice du pouvoir de 1959 à 1999 ou les 40 Glorieuses
du PDCI-RDA, enfin le parti dans l’opposition, depuis l’an
2000.
1. LA NAISSANCE DU PARTI DÉMOCRATIQUE
DE CÔTE D’IVOIRE (PDCI)
La Côte d’Ivoire devient colonie française le 10 mars
1893 et le reste jusqu’au 7 août 1960. Elle est soumise à un
régime d’administration directe, à un colonialisme pur et
dur qui faisait de tous les Ivoiriens des « sujets français »,
des « indigènes », privés des libertés les plus élémentaires
(pas de liberté d’association, pas de liberté d’expression,
13
pas de suffrage universel, pas de citoyenneté). Il faut
attendre la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) pour que
les Africains, par leur participation à la libération de la
France et de l’Europe du joug nazi, gagnent le droit à la
liberté et à la dignité.
La Conférence de Brazzaville (du 30 janvier au 8 février
1944) qui réunit sous la présidence du général de Gaulle,
les gouverneurs d’Afrique Occidentale Française (AOF),
d’Afrique Équatoriale Française (AEF) et de Madagascar,
propose des réformes, notamment l’élection de députés aux
assemblées françaises (Assemblée nationale, Sénat) et la
création de syndicats professionnels.
La Constitution du 27 octobre 1946 créant la IVe
République française reconnait la citoyenneté aux
indigènes, l’exercice des libertés individuelles et
collectives, l’élection de représentants aux assemblées
locales et métropolitaines. Les Ivoiriens peuvent ainsi créer
des syndicats, des partis politiques et élire des députés.
Le Syndicat Agricole Africain (SAA), encore dénommé
Syndicat des planteurs africains, qui forme la matrice dans
laquelle le PDCI prend naissance, est créé le 10 juillet 1944
et reconnu le 8 août 1944, grâce au soutien du gouverneur
André Latrille. Les pères fondateurs du Syndicat sont :
Félix Houphouët-Boigny, Joseph Anoma, Fulgence Brou,
Gabriel Dadié, Djibril Diaby, Georges Kassi, Kouamé
N’Guessan, Amadou Lamine Touré.
Le syndicat a pour but de prendre en main les intérêts
des planteurs lésés par l’administration coloniale (par
exemple le kilogramme de cacao était payé à 2,60 F aux
Africains et à 4,50 F aux Européens, la prime de soutien au
café était de 1000 F à l’hectare pour les Européens et de 500
F pour les Africains).
14
Mais très vite, la lutte économique prend une nette
coloration politique. En trois années de présidence (de 1944
à 1947), Félix Houphouët-Boigny implante le syndicat dans
tout le pays et en fait l’instrument de lutte du peuple ivoirien
contre le régime colonial. Il est élu député en 1945 et en
1946.
Ces premières élections ont fait sentir la nécessité d’une
action politique organisée dans le cadre d’un parti politique.
Félix Houphouët-Boigny propose donc à ses partisans de
créer un parti politique. Retenu en France par ses activités
parlementaires, il confie à son neveu Jacques Aka le soin de
préparer l’assemblée constitutive.
Le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) résulte
de la fusion des principales associations ivoiriennes créées
entre 1944 et 1946 : organisations syndicales, comités
d’études, associations régionales.
Les organisations syndicales sont représentées par le
Syndicat Agricole Africain qui forme l’ossature du parti, et
l’Union locale des syndicats confédérés, section ivoirienne
de la CGT française (Confédération Générale du Travail)
créée le 21 septembre 1944 et dirigée par Camille Gris,
Georges Séry et Georges Kassy.
Les comités d’études sont composés par le CEFA
(Comité d’Études Franco-Africaines) créé le 1er mars 1946
dont la section d’Abidjan avait pour principaux
responsables, Jean Delafosse, Germain Coffi Gadeau, Fily
Sissoko, N’Diaye Guirandou et Papa Sow ; et par le GEC
(Groupe d’Études Communistes) installé dans les
principales villes d’AOF, notamment Dakar, Abidjan et
Conakry. La section ivoirienne reconnue le 18 avril 1946
comprenait quelques communistes français comme
Philippe Franceschi, Jean Tiberghien, Pouillat, Du Tanby et
des Africains comme Doudou Gueye, Coffi Gadeau,
15
Auguste Denise, Camille Gris. Après la création du parti, le
GEC lui servit d’école de formation de ses cadres.
Les associations régionales les plus importantes sont
l’Union des Originaires des Six Cercles de l’Ouest de la
Côte d’Ivoire (UOCOCI) et l’Odienné Idéal. L’UOCOCI,
constituée le 30 juillet 1944, regroupe les ressortissants des
cercles de Daloa, Gagnoa, Grand-Lahou, Man, Sassandra et
Tabou. Elle est d’abord dirigée par Frédéric Gogoua,
exploitant forestier et planteur, originaire de Sassandra,
puis par Martin Clark Blagnon, sous-brigadier des douanes,
originaire de Tabou avec pour secrétaire général, René Séry
Koré, fonctionnaire de police, originaire de Soubré. La
quasi-totalité des hommes politiques de l’Ouest qui se
retrouvent au PDCI, y font leurs premières armes,
notamment Etienne Djaument, Martin Clark Blagnon, René
Séry Koré, Antoine Gauze, Camille Gris, Marcel
Laubhouet.
L’association Odienné Idéal, autorisée le 11 juillet 1945,
regroupe les originaires des trois cercles du nord de la Côte
d’Ivoire : Odienné, Korhogo, Séguéla. Elle est présidée par
Yoro Sangaré, un instituteur originaire d’Odienné. Elle se
divise en 1947, certains membres comme son président
reste au PDCI, d’autres comme Vamé Doumouya, Amadou
Touré rejoindront l’Entente des Indépendants de Côte
d’Ivoire (EDICI), parti créé en 1949.
L’assemblée constitutive du PDCI a lieu le 9 avril 1946
à Abidjan-Treichville, à l’Étoile du Sud, salle de réunion et
de loisirs de l’élite abidjanaise, construite par le planteur
Georges Kassi. 34 personnes participent à cette assemblée :
Martin Blagnon, Brou Fulgence, Franceschi, Casanova,
Jacques Aka, Nicolas, Turbe Sow, Papa Sow, Da Sylva
Dorothée, Fily Sissoko, Sangaret Bernard, Boka Méné
Gaston, Konian Kodjo, Kouadio Rémy, Lodougnon
Augustin, Konan N’Dri André, Kouadio Koffi, Diallo
16
Ousmane, Babacar Diop, Cuineou Paulin, Aka N’Dri
Lambert, Séri Koré René, Toubia, Konan Kanga Antoine,
Benoit Djoman, Konan Raphael, Cuiesson Kélétigui,
Zebango Pohi, Ali Traoré, Ahobaut Akré, Coffi Gadeau
Germain, Léonard, Kouadio Koffi Germain, Koffi Julien.
Ces personnes sont un fidèle reflet de la diversité des
milieux ethniques, sociaux et professionnels qui fourniront
les adhérents du nouveau parti.1 Dès l’origine, celui-ci est
conçu comme un vaste front anticolonialiste, transcendant
les races, les classes et les corporations ; se donnant pour
mission de lutter contre l’exploitation coloniale et d’assurer
l’émancipation des Ivoiriens suivant un programme de
revendications démocratiques.
Le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) est
autorisé par un arrêté du gouverneur Latrille, le 30 avril
1946. Il acquiert d’emblée une dimension nationale, par son
recrutement (dans tous les milieux), par son implantation
(sur tout le territoire), par son programme axé sur
l’abolition de l’exploitation coloniale et de son institution
fondamentale, le travail forcé.
De 1946 à 1947, le nouveau parti est dirigé par un bureau
provisoire de 18 membres, présidé par Félix Houphouët-
Boigny et composé de Philippe Franceschi, Etienne
Djaument, Jean Delafosse, Raul Nicolas, Babacar Diop,
Fily Sissoko, Seyni Gueye, Turbé Sow, Germain Coffi
Gadeau, Gabriel Dadié, Dorothée Da Sylva, Martin
1
On compte vingt-deux Ivoiriens, trois Sénégalais, deux Français, deux
Libanais, deux Dahoméens, deux Soudanais et un Voltaïque. Du point
de vue des professions, on dénombre treize fonctionnaires (« commis
expéditionnaires » pour la quasi-totalité), six cheminots, trois
médecins, trois commerçants, un industriel, un agent d’affaires, un
comptable, un instituteur, un planteur, un greffier, un employé de
pharmacie, un mécanicien et un chauffeur.
17
Blagnon, Jean Casanova, Ouezzin Coulibaly, Mory Kéïta,
Akré Ahobaut, Joseph Anoma.
Le PDCI est la cheville ouvrière des forces politiques
africaines qui créent le Rassemblement Démocratique
Africain (RDA).
2. LA NAISSANCE DU RASSEMBLEMENT
DÉMOCRATIQUE AFRICAIN (RDA)
Le congrès constitutif du RDA a lieu du 18 au 21 octobre
1946 à Bamako. Il réunit près de 800 délégués venus
d’Afrique Occidentale Française et d’Afrique 2quatoriale
Française. Il se fixe pour objectif, la libération de l’Afrique
du colonialisme et de l’impérialisme par l’union et le
rassemblement de toutes les forces africaines.
Les Ivoiriens arrivent à Bamako avec un parti de masse,
le PDCI, et des hommes de qualité qui sauront faire
prévaloir l’intérêt de l’Afrique. On comprend mieux
pourquoi la présidence du RDA est confiée au plus illustre
d’entre eux, Félix Houphouët-Boigny, qui en fut d’ailleurs
le seul président de 1946 à sa mort en 1993. Le secrétariat
général revient également à un Ivoirien, en la personne de
Fily Sissoko (remplacé plus tard par Gabriel d’Arboussier).
Le congrès décide que les partis politiques se réclamant
de l’idéal du RDA deviennent des sections largement
autonomes, organisées en sous-sections, en comités de
quartier et de village. Ces sections doivent accoler le sigle
RDA à leur dénomination. Le PDCI devient ainsi le PDCI-
RDA tout comme l’Union Démocratique Sénégalaise
(UDS-RDA), le Parti Démocratique de Guinée (PDG-
RDA), le Parti Progressiste Nigérien (PPN-RDA), l’Union
Démocratique Dahoméenne (UDD-RDA), l’Union des
Populations du Cameroun (UPC-RDA), le Parti
Progressiste Congolais (PPC-RDA), le Parti Progressiste
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Tchadien (PPT-RDA), le Bloc Démocratique Gabonais
(BDG-RDA). Le RDA devient ainsi un vaste mouvement
interterritorial qui allait conduire, par son combat
protéiforme, l’Afrique noire d’expression française à
l’indépendance.
Après Bamako, PDCI et RDA deviennent donc
indissociables. Les militants de cette époque se proclament
RDA et leurs adversaires disent combattre le RDA.
Le PDCI-RDA tient son premier congrès du 27 au 31
octobre 1947 (il y eut deux autres congrès avant
l’indépendance, en 1949 et 1959). Il adopte ses statuts et élit
ses organes directeurs, à savoir, le Comité directeur et son
bureau, le Comité général, autorité suprême dans
l’intervalle des congrès. Il a comme organes annexes : un
comité féminin (après 1949), un syndicat affilié (le SAA) et
un service d’ordre. Le bureau du Comité directeur a pour
président d’honneur Félix Houphouët-Boigny, et comprend
Auguste Denise, Secrétaire général (il occupe ce poste de
1946 à 1959), Coffi Gadeau, Secrétaire à l’organisation,
Fily Sissoko et René Séry Koré, trésoriers, Antoine Konan
Kanga, Secrétaire administratif, Albert Paraiso, Secrétaire
aux affaires judiciaires, Mathieu Ekra, Secrétaire à
l’éducation des masses, Bernard B. Dadié, Secrétaire à la
Presse. Le Comité directeur compte 21 membres dont deux
femmes (Mme Ouezzin Coulibaly, née Macoucou Traoré et
Mme Mockey, née Georgette Yacé).
Le PDCI-RDA connait un succès immédiat. Il compte
271 000 adhérents dès 1947, 350 000 en 1948, plus d’un
million après 1950. C’est donc un parti organisé, un parti
populaire qui allait mener la lutte anticoloniale jusqu’à
l’indépendance.1
1
Pour plus d’informations, cf. notre ouvrage, Le multipartisme en Côte
d’Ivoire, Abidjan, Éditions Neter, 1992, p.40 et suivantes.
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