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LL03 Explication

Dans le livre IX des Caractères, La Bruyère dresse le portrait satirique de Pamphile, un courtisan hautain et égocentrique, représentant l'archétype de l'homme de cour à l'époque de Louis XIV. À travers des procédés rhétoriques et stylistiques, il critique les vices de la cour, tels que l'hypocrisie et le faux-semblant, tout en rendant le personnage vivant et comique. La Bruyère invite ainsi le lecteur à observer et à reconnaître ce type social dans le contexte du théâtre du monde à Versailles.

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LL03 Explication

Dans le livre IX des Caractères, La Bruyère dresse le portrait satirique de Pamphile, un courtisan hautain et égocentrique, représentant l'archétype de l'homme de cour à l'époque de Louis XIV. À travers des procédés rhétoriques et stylistiques, il critique les vices de la cour, tels que l'hypocrisie et le faux-semblant, tout en rendant le personnage vivant et comique. La Bruyère invite ainsi le lecteur à observer et à reconnaître ce type social dans le contexte du théâtre du monde à Versailles.

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1

Lecture linéaire 03 – Le portrait de Pamphile

Jean de La Bruyère, Les Caractères, livre IX, « Des Grands », fragment 50 ; 1688-1696

EXPLICATION LINÉAIRE

[Cf. questions de l’édition Belin]

Introduction
Dans le livre IX des Caractères, La Bruyère achève sa description de la société
d'Ancien Régime en s'intéressant à la caste la plus privilégiée, celle des Grands, dernier
cercle de l'entourage du roi. Pamphile est l'un de ces Grands, courtisan versaillais aussi
incontournable qu'inaccessible, maître des intrigues, des faux-semblants et des jeux de la
sociabilité.

LECTURE DU TEXTE
(cf. conseils édition Belin p.193)

Nous verrons d'abord comment La Bruyère construit tout d’abord efficacement le


portrait d'un individu dont la suffisance va à l'encontre de l'idéal de l'honnête homme :
C’est un courtisan hautain et inaccessible (Lignes 401 à 407). Nous étudierons ensuite les
procédés rhétoriques employés par le moraliste pour attribuer à son sujet la dimension
plus universelle d'un type social : L'archétype de l'homme de cour (Lignes 408 à 420).
Nous montrerons enfin comment il donne une vivacité spectaculaire et une épaisseur
comique à son caractère : Le spectacle vivant est ici au service de la satire (Lignes 420 à
431).

Explication guidée

I. Lignes 401 à 407 : Un courtisan hautain et inaccessible

1. En quoi le nom de « Pamphile » choisi par La Bruyère pour ce portrait est-il ironique ?
Pour vous aider, cherchez l'étymologie grecque de ce nom.

Étymologiquement, le nom de Pamphile est construit sur le suffixe « -phile », qui


signifie « aimer », et le préfixe « pan- » qui signifie « tout » : Pamphile est donc celui qui
aime tout le monde, qui aime autrui, ce qui est un choix parfaitement ironique de la part de
La Bruyère car ce personnage est le type même de l’égocentrique : « Pamphile ne
s’entretient pas avec les gens qu’il rencontre » (l. 401) ; plus loin, ses airs sont qualifiés de
« hautains ».

2. En quoi la syntaxe (énumérations, parataxe, asyndète...) vient-elle appuyer la


construction du portrait moral de son personnage ?
2

La parataxe (du grec ancien parátaxis, « action de ranger une armée en bataille ») est un
mode de construction par juxtaposition de phrases ou de mots dans lequel aucun mot de
liaison n’explicite les rapports syntaxiques de subordination ou de coordination
qu’entretiennent les phrases ou les mots. Elle est opposée à l’hypotaxe, où des
prépositions et des conjonctions assurent l’enchaînement logique des phrases.

L’asyndète (substantif féminin), du grec ancien asúndetos, « non lié, sans lien logique »,
est une figure de style fondée sur la suppression des liens logiques et des conjonctions
dans une phrase, comme dans cette parole de Jules César : « Je suis venu, j'ai vu, j'ai
vaincu ».
Elle permet d'ajouter du rythme à une phrase, de créer une accumulation, ou encore de
rapprocher des mots ou des sons de façon à en renforcer le contraste. L'asyndète est un
type de parataxe qui peut s'apparenter également à une ellipse.

L'asyndète et la parataxe (difficiles à dissocier, mais retenez que l'asyndète est un type
de parataxe) sont donc des procédés stylistiques qui consistent à juxtaposer des éléments
du discours sans établir clairement par la syntaxe les rapports logiques qui existent entre
eux.
Le portrait que fait ici La Bruyère de Pamphile est comme toujours de nature
psychologique et non physique, mais pour bien en brosser le caractère, le moraliste choisit
de montrer le personnage en action. Chacune des propositions du texte a Pamphile
comme sujet (« Pamphile ne s’entretient pas », « il rencontre », « il les reçoit, leur donne
audience, les congédie », « il a des termes », « il a une fausse grandeur ») et, juxtaposant
ainsi les propositions, évitant les connecteurs logiques, il fait mine de se contenter de
donner à voir, en toute objectivité, une série de faits et gestes de Pamphile, comme à
travers un portrait pointilliste laissant le lecteur le contempler et se forger sa propre opinion
à son sujet. Ainsi, l’énumération « il les reçoit, leur donne audience, les congédie » (l. 403)
rend compte par son efficacité de la brièveté et de la sécheresse des entretiens de
Pamphile.

3. Quels sont les champs lexicaux employés par La Bruyère pour montrer que Pamphile
est très éloigné de l'idéal de l'honnête homme ?

La Bruyère entrecroise ici les champs lexicaux de la sociabilité (« s’entretient »,


« rencontre », « reçoit », « donne audience », « congédie », « civils »), de la grandeur
(« gravité », « élévation », « hautains », « impérieuse », « grandeur ») et de la médiocrité
(« abaisse », « embarrasse », « mépriser »). La sociabilité est un enjeu central de la
réflexion sur l’honnête homme : ce dernier doit, en société, faire preuve d’humilité (ce qui
s’oppose à la hauteur affichée de Pamphile) mais aussi de véritables qualités d’esprit (qui
s’opposent à la médiocrité manifeste de Pamphile). C’est donc tout l’opposé de l’idéal de
l’honnête homme tant vanté au XVIIème siècle.

II. Lignes 408 à 420 : L'archétype de l'homme de cour

1. En quoi l'antonomase «un Pamphile» employée à la ligne 408 permet-elle au moraliste


de généraliser son propos ?
3

En utilisant la figure de l’antonomase, grâce à l’adjonction d’un déterminant indéfini,


La Bruyère glisse du nom propre « Pamphile », renvoyant à un individu unique,
parfaitement identifiable, et au comportement qui lui est propre, à un nom commun,
multipliable à l’envi (on trouvera à la fin du texte « les Pamphiles ». De ce fait, « un
pamphile » ne désigne plus un personnage unique mais un type d’homme. Du même
coup, toutes les descriptions qui suivent se rapportent non plus au cas particulier de tel
personnage ni de tel individu contemporain de La Bruyère, homme de cour dissimulé
derrière ce qui serait un portrait à clef, mais constituent les caractéristiques ordinaires de
ce type d’homme, le « snob » de cour.
2. Par quels procédés La Bruyère commence-t-il, dans ces lignes, à animer son portrait ?

La parataxe asyndétique sur laquelle repose l’extrait crée de nombreuses


énumérations rapides, donnant beaucoup de dynamisme au portrait : « est plein de lui-
même, ne se perd pas de vue, ne sort point de l’idée » (l.408-409), « de sa grandeur, de
ses alliances, de sa charge, de sa dignité » (l.409-410). Autre élément qui permet au
moraliste d’animer son portrait, l’utilisation massive des verbes d’action dont Pamphile est
le sujet (« perd », « sort », « ramasse », « enveloppe », « étale »…) et le choix de
métaphores très visuelles pour décrire des éléments plus abstraits ou psychologiques du
portrait (« il ramasse […] toutes ses pièces, s’en enveloppe, […] il l’étale ou il le cache »,
l.410-412). Le moraliste donne ensuite la parole à son personnage, au discours direct :
« Mon ordre, mon cordon bleu » (l.411), ce qui permet encore plus de donner vie à sa
description. Enfin, le décrivant de manière très minutieuse, dans tous ses détails visuels
(« il sourit », « la rougeur lui monterait-elle au visage »), à travers une petite saynète, La
Bruyère achève de proposer un portrait particulièrement vivant au regard du lecteur-
spectateur.

3. Sur quels jeux d'antithèses La Bruyère s'appuie-t-il pour construire le portrait à charge
de l'homme de cour ?

Le portrait de l’homme de cour repose sur un jeu d’antithèses entre la réalité et les
apparences puisque la caractéristique première du courtisan est l’hypocrisie, la
dissimulation et la volonté de manipuler autrui pour arriver à ses fins (les expressions
« l’étale ou le cache », « il croit l’être, il ne l’est pas », « homme du dernier ordre »
s’opposent aux termes « opulent », « puissant », « ministre »). La mention de la
« rougeur » et le participe passé « surpris » traduisent bien cet écart entre la réalité et les
apparences affichées par Pamphile.

III. Lignes 420 à 431 : Le spectacle vivant au service de la satire

1. De quelle manière La Bruyère s'adresse-t-il au lecteur ? Quel est l'effet produit ?

Le moraliste, de façon saisissante, fait entrer le lecteur à l’intérieur même de la


saynète décrite par le biais du pronom personnel « vous » : « il vous aperçoit », « il vous
fuit », « s’il vous trouve », « il vient à vous, et il vous dit », etc. Il instaure même un court
dialogue entre Pamphile et le lecteur, qui devient ainsi non seulement acteur de ce portrait
mais aussi interlocuteur du personnage : « il vous dit, Vous ne faisiez pas hier semblant
de nous voir » (l. 423). Par ce dispositif, le moraliste invite le lecteur à regarder au plus
près le comportement de ce personnage et à y reconnaître, en effet, un type social tout à
fait familier et reconnaissable.

2. En quoi le portrait de Pamphile, de plus en plus dynamique, suscite-t-il le rire?


4

Le rythme du texte, par la parataxe et les asyndètes, s’accélère ; les verbes de


mouvement se multiplient et l’utilisation des locutions, des adverbes et des connecteurs
temporels « un jour », « le lendemain », « tantôt », « tantôt », « brusquement » vient créer
un effet de balancement en mettant en scène, avec humour, le caractère inconstant et
changeant du personnage qui apparaît dans cette fin du texte comme une sorte de
marionnette, d’automate aux gestes saccadés dont parfois la mécanique déraille puisque
ses gestes, erratiques, semblent échapper à toute logique.

3. Comment la métaphore du « théâtre du monde » rend-elle efficace la pointe du texte


(I..428-431) ?

La pointe du texte ( = la fin, la clausule (= le dernier membre d'une période


oratoire), inattendue et surprenante – Le texte de la 6ème édition s'arrêtait d'ailleurs ici,
avant l'ajout d'un § dans l'édition 7) joue de la métaphore du theatrum mundi avec la
comparaison « comme sur un théâtre », l’antithèse du « faux » et du « naturel », ainsi que
les métaphores, pour désigner les Pamphiles « vrais personnages de comédie » ou leurs
attitudes : « c’est une scène pour ceux qui passent », et la référence à deux célèbres
acteurs du temps, eux aussi transformés par le biais d’antonomases en types : « des
Floridors, des Mondoris ». Le moraliste construit ainsi une réflexion sur les jeux de cour,
où chaque courtisan joue son rôle et où dissimulation, faux semblants et hypocrisie
constituent les principes du génie du courtisan.

Conclusion

Dans ce portrait, La Bruyère reproche aux courtisans de Louis XIV leur


comportement outrancier, vaniteux et contraire à l'idéal de l'honnête homme. Il parvient à
donner une dimension universelle à l'individu singulier qu'il décrit d'abord, tout en jouant
de sa maîtrise de la scénographie et de l'hypotypose. Non seulement le lecteur a
l'impression de voir réellement les gesticulations farcesques de Pamphile, mais il est
même invité à le rejoindre dans ce théâtre qu'est Versailles.
On retrouve cette satire des vices des courtisans chez Molière, qui caricature les
attitudes outrées des Grands dans Le Misanthrope (1666). Mais notre Pamphile, qui fait
semblant « d'aimer tout » est le contraire du personnage de Philinte, qui incarne vraiment
l'honnête homme et se fait le porte-parole de Molière lui-même face au mis-anthrope
Alceste, qui finit par détester l'humanité entière par excès d'exigence de sincérité.

Une hypotypose : figure de style consistant en une description réaliste, animée et


frappante de la scène dont on veut donner une représentation imagée et comme vécue à
l'instant de son expression.

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