FORMATION MEDIATION BURKINA FASO
25
–
29
novembre
2019
/Ouagadougou
Contexte
Le
projet
de
médiation
pénale
par
les
chefferies
traditionnelles
développé
actuellement
au
Burkina
Faso
par
Terre
des
hommes
a
permis,
en
2018,
l’organisation
d’une
première
formation
sur
la
médiation
pénale
pour
mineurs,
les
droits
de
l’enfant
et
le
système
de
protection
de
l’enfant
burkinabè.
En
2019,
une
centaine
de
médiations
ont
été
référées
par
les
procureurs
ouagalais
et
bobolais
à
des
chefs
formés
à
la
médiation
en
2018.
Il
a
été
estimé
utile
de
proposer
une
formation
d’approfondissement
de
pratiques
aux
médiateurs
pénaux
avant
de
finaliser
la
phase
pilote
du
projet,
dont
les
résultats
sont
décrits
et
analysés
dans
le
rapport
de
Terre
des
hommes
présenté
pendant
la
même
semaine
aux
autorités
(«
Expérimentation
des
médiations
pénales
menées
par
les
acteurs
communautaires
sous
l’égide
du
Parquet
au
Burkina
Faso
»).
La
formation
de
3
jours
a
été
complétée
par
un
atelier
d’échange
d’une
demi-‐journée
rassemblant
les
acteurs
formels
et
informels
de
la
justice
juvénile
pour
renforcer
la
confiance
mutuelle
entre
le
acteurs,
cibler
les
défis
et
leçons
apprises
quant
au
processus
de
référencement/collaboration
entre
les
systèmes
judiciaires
formel
et
informel,
s’apporter
mutuellement
des
éléments
liés
à
leurs
pratiques
respectives,
ainsi
que
d’identifier
les
prochaines
étapes
du
projet
et
la
stratégie
d’élargissement
à
d’autres
régions.
1
Objectifs
de
la
formation
ü Approfondissement
d’une
formation
préalable
en
médiation
pénale
pour
mineurs
sur
les
connaissances
et
compétences
des
médiateurs
;
ü Croiser
les
regards
et
les
pratiques
entre
procureurs
et
médiateurs
dans
le
référencement
des
cas
en
médiation
;
ü Analyser,
échanger
et
discuter
de
la
mise
en
œuvre
du
dispositif
de
collaboration
entre
les
acteurs
judiciaires
et
les
acteurs
communautaires
comme
opportunité
d’améliorer
la
justice
pour
mineurs.
Méthodologie
ü Choix
d’un
binôme
de
formateurs
juge
et
médiateur,
soutenus
par
une
médiatrice
experte
des
droits
de
l’enfant
;
ü Consultation
des
participants
en
amont
pour
comprendre
leurs
besoins
et
leurs
attentes
;
ü Formation
de
deux
jours,
en
grand
et
plus
petits
groupes,
incluant
des
exercices
pratiques
;
ü Utilisation
du
Guide
pratique
de
la
médiation
pénale
pour
mineurs,
conçu
par
Terre
des
hommes,
comme
outil
de
travail
et
support
de
formation
;
ü Pleine
intégration
du
système
pénal
du
Faso
dans
la
formation
et
contextualisation
des
outils
de
médiation
et
notions
de
droits
et
de
protection
de
l’enfant
;
ü Rédaction
de
recommandations
à
discuter
pendant
l’atelier
d’échange
avec
les
procureurs
et
autres
acteurs
institutionnels
présents.
Formateurs
§ Gérard
Demierre,
médiateur
spécialisé
en
justice
pénale
pour
mineurs
(déjà
présent
lors
de
la
formation
initiale
de
juin
2018),
Fribourg,
Suisse
§ Régine
Cornet
d’Elzius
de
Peissant,
Première
Substitut
du
Procureur
du
Roi,
Namur,
Belgique
§ Cilgia
Caratsch,
directrice
des
programmes
de
l’Institut
international
des
droits
de
l’enfant
et
médiatrice,
Sion,
Suisse
Ces
trois
formateurs
sont
aussi
les
rédacteurs
du
présent
rapport.
Participants
Chefs
des
Chefferies
traditionnelles
de
Ouagadougou
(20
personnes)
et
Bobo
Dioulasso
(22
personnes)
Organisation
de
la
formation
et
de
l’atelier
Aspects
techniques
La
formation
de
4
jours
s’est
déroulée
de
la
manière
suivante
:
- 1
jour
identique
avec
chacun
des
deux
groupes
;
1
jour
en
grand
groupe
réuni
;
1
jour
d’échanges
entre
procureurs
et
médiateurs,
préparé
pendant
la
formation
dans
le
groupe
élargi.
Les
organisateurs
ont
veillé
à
créer
une
disposition
dans
l’espace
facilitant
les
échanges,
notamment
une
disposition
des
tables
en
U
avec
un
espace
central
où
étaient
jouées
les
mises
en
situation,
ou
un
regroupement
par
tablée
de
huit
chefs
pour
des
discussions
dirigées
;
2
- Equilibre
entre
présentations
théoriques
(utilisation
de
schémas
ou
de
textes
sur
support
diapositives
présentés
au
beamer),
sessions
interactives
(débats
sur
une
question
avec
interventions
libres
des
participants)
et
exercices
pratiques
en
groupe
(mises
en
situation
de
cas
pénaux
tirés
des
situations
référencées
dans
les
chefferies
en
2019
et
inventoriées
par
Tdh)
;
- Implication
des
coordinateurs
burkinabés
dans
la
formation
;
- Traduction
simultanée
en
mooré
et
dioula.
Au
bilan,
la
répartition
du
temps
entre
les
diverses
formes
de
formation
(théorie
-‐
échanges
-‐
jeu
de
rôles)
a
été
appréciable,
d’autant
que
les
chefs
dans
leur
grande
majorité
étaient
très
motivés
par
ce
qui
leur
était
présenté.
Leur
participation
très
active,
voire
spontanée
notamment
dans
les
jeux
de
rôles,
a
conforté
les
formateurs
d’avoir
pris
en
compte
largement
ce
mode
interactif
et
engageant
pour
faire
passer
le
message
aux
apprenants.
Une
importante
difficulté
a
été
de
coordonner
nos
sessions
avec
les
interprètes
pendant
les
pannes
d’électricité.
A
relever
cependant
la
très
grande
souplesse
de
ceux-‐ci
qui
sont
souvent
sortis
de
leur
cabine
pour
traduire
en
direct
dans
un
jeu
de
rôles
ce
qui
était
joué
par
les
acteurs.
Les
éléments
techniques
(micro,
écouteurs,
sono)
ont
en
général
bien
fonctionné
même
si
la
nécessité
de
connections
avec
fil
compliquait
un
peu
la
mobilité,
des
formateurs
en
particulier.
De
même
avec
la
configuration
de
la
salle.
Aspects
pédagogiques
La
consultation
des
médiateurs
en
amont
de
la
formation,
par
le
biais
d’un
questionnaire
a
montré
que
les
médiateurs
souhaitaient
approfondir
les
éléments
suivants
:
- Rappels
sur
la
déontologie
- Rappels
sur
les
droits
de
l’enfant
- Techniques
de
recueil
de
la
parole
de
l’enfant
- Techniques
d’écoute
et
de
reformulation
Par
ailleurs,
les
médiateurs
nous
ont
également
fait
part
dans
le
questionnaire
de
certaines
remarques
dont
il
a
été
tenu
compte
dans
le
cadre
de
la
formation
:
- Invitation
aux
procureurs
à
valoriser
la
chefferie
traditionnelle
auprès
des
parties
en
leur
précisant
que
leur
rôle
dans
la
médiation
pénale
a
la
même
valeur
que
celui
des
procureurs
;
- Remise
d’un
document
(convocation)
aux
parties
par
la
justice,
les
obligeant
ainsi
à
prendre
avec
le
plus
grand
sérieux
le
référencement
à
la
chefferie
;
- Remise
par
la
justice
d’un
document
prouvant
le
rôle
de
médiateur
des
chefs
coutumiers
afin
de
contribuer
à
rendre
leur
rôle
de
médiateur
légitime.
Afin
d’utiliser
de
la
manière
la
plus
efficace
possible
l’atelier
d’échange
entre
les
procureurs
et
les
médiateurs,
un
questionnaire
a
également
été
adressé
aux
procureurs
en
amont
de
la
formation,
pour
connaître
leurs
vues
sur
le
dispositif
pilote.
Leur
analyse
a
étayé
le
montage
de
la
méthodologie
de
la
journée
d’atelier,
le
vendredi.
Enfin,
les
formateurs
ont
souhaité
faire
intervenir
dans
la
formation
un
certain
nombre
d’experts
et
d’acteurs
professionnels
burkinabés,
travaillant
pour
Tdh
ou
les
services
sociaux,
afin
d’ancrer
le
travail
dans
la
réalité
du
contexte
burkinabé
et
mettre
en
exergue
les
liens
intrinsèques
entre
pédagogie
et
contexte.
3
Déroulement
concret
de
la
formation
Afin
de
répondre
aux
demandes
des
médiateurs,
ont
été
insérés
dans
le
programme
de
formation
des
éléments
pédagogiques
permettant
de
:
ü Rappeler
et
expliquer
les
différences
philosophiques
qui
sous-‐tendent
l’action
de
la
justice
dans
le
contexte
judiciaire
(justice
rétributive)
par
rapport
au
contexte
de
la
communauté
où
se
pratique
la
médiation
(justice
restaurative),
à
l’aide
de
schémas
:
• Comparaison
Justice
rétributive
(droit
pénal)
/
Justice
restaurative
(médiation)
• Comparaison
Conciliation
/
Médiation
4
• Rappel
des
2
textes
législatifs
de
base
au
Burkina
(Loi
n°
0015-‐2014/AN
et
Circulaire
du
19/02/2019)
• Place
de
la
médiation
dans
le
dispositif
mis
en
place
(schéma
dit
de
la
«
bulle-‐médiation
»
qui
s’insère
à
n’importe
quel
stade
de
la
procédure)
• Place
du
travailleur
social
dans
le
processus
de
médiation
ü Réviser
les
questions
déontologiques
et
les
exercer
:
• Problématique
de
la
double
posture
du
chef
coutumier
:
à
la
fois
autorité
communautaire
et
médiateur
• Grands
principes
déontologiques
du
médiateur
(et
de
la
médiation)
:
§ adhésion
libre
des
parties
au
processus
§ autonomie
et
indépendance
§ impartialité
/
multi-‐partialité
§ neutralité
§ confidentialité
§ diligence
§ compétence
Travail
accompli
surtout
sur
les
éléments
de
neutralité,
d’impartialité
et
de
confidentialité,
très
sensibles
dans
les
communautés
pour
le
médiateur
(qui
est
et
reste
le
chef
traditionnel).
5
ü Démontrer
l’importance
de
l’accueil
et
de
la
disposition
des
participants
durant
une
médiation
:
• Le
médiateur
• La
victime
(sécurisation)
• L’auteur
(responsabilisation)
• Les
parents
• Le
travailleur
social
(présence
rassurante
et
légitimante
;
appui
pour
l’accomplissement
des
points
d’accord
trouvés
en
médiation
;
lien
avec
les
médiants
après
le
processus)
• D’autres
personnes
(voisins,
amis,
impliqués…)
?
Travail
accompli
par
le
biais
d’un
jeu
de
rôles
mettant
en
lumière
l’importance
du
dispositif
et
de
la
place
à
donner
à
chacun,
notamment
à
l’enfant
ü Travailler
sur
l’utilité
de
structurer
le
processus
:
un
dialogue
qui
conduit
vers
un
accord
:
• Ecoute
(faits,
positions,
préoccupations,
malentendus,
perceptions,
sentiments,
émotions,
craintes,
croyances,
intérêts,
besoins,
valeurs,
problèmes
du
passé
non
résolus)
et
dialogue
• Prise
de
conscience
• Reconnaissance
• Réparation
Travail
ici
également
accompli
par
le
biais
d’un
jeu
de
rôles
mettant
en
lumière
l’importance
de
la
construction
du
dialogue
et
des
règles
à
respecter
dans
l’échange
de
la
parole
:
une
place
de
nouveau
égale
pour
l’adulte
et
l’enfant,
le
mis
en
cause
et
la
victime
ü Aborder
en
profondeur
certains
éléments
:
• Recueil
de
la
parole
de
l’enfant
:
§ participation
active
de
l’enfant
§ prise
au
sérieux
de
sa
parole
§ priorité
à
sa
parole
(par
rapport
aux
parents)
§ mini-‐entretiens
séparés
seulement
entre
le
médiateur
et
le(s)
jeune(s)
§ écoute
active
des
besoins
des
jeunes
(auteur
et
victime)
§ responsabilisation
du
jeune
(apprendre
à
écouter
les
autres
pour
être
écouté
soi-‐même)
Travail
introduit
par
la
présentation
d’un
modèle
de
participation
de
l’enfant,
en
particulier
pour
le
recueil
de
sa
parole,
mettant
en
exergue
4
éléments
fondamentaux
pour
garantir
une
participation
appropriée,
appelé
modèle
de
participation
de
Laura
Lundy
(un
espace
adéquat
pour
entendre
l’enfant,
un
professionnel
formé
pour
recueillir
sa
parole,
ses
opinions
sont
entendues
par
les
personnes
concernées
et
un
retour
est
fait
à
l’enfant
sur
comment
ses
vues
ont
été
prises
en
compte).
6
• Importance
de
déplacer
la
focale
des
intérêts
purement
communautaires
vers
les
enfants
et
les
médiants
• Importance
de
la
place
de
la
victime
:
§ Écoute
attentive
et
délicate
(reconnaissance
de
sa
qualité
de
victime)
§ Recherche
d’apaisement
;
empathie
§ Importance
de
la
sécurité
et
du
respect
§ Éviter
la
victimisation
secondaire
§ Lui
donner
une
place
(un
rôle
actif)
dans
la
procédure
§ Règle
des
3R
(Reconnaissance
–
Regrets
–
Réparation)
À
l’issue
de
la
formation,
les
participants
ont
renforcé
leur
posture
de
médiateur
et
leurs
connaissances
sur
la
médiation
pénale,
et
développé
leur
manière
de
recueillir
la
parole
de
l’enfant
impliqué
dans
une
procédure
pénale.
Les
chefs
disent
avoir
été
particulièrement
marqués
par
:
ü l’utilité
de
réfléchir
à
la
disposition
des
participants
à
la
médiation
dans
l’espace
;
ü l’importance
de
séparer
leur
rôle
de
chef
et
leur
rôle
de
médiateur
;
ü l’intérêt
qu’il
y
a
à
faire
participer
l’enfant
en
conflit
avec
la
loi
activement
dans
la
médiation
pour
le
responsabiliser
par
rapport
à
ses
actes
;
ü l’importance
de
l’échange
actif
pour
la
victime
;
ü le(s)
danger(s)
de
l’auto-‐saisine
;
ü la
nécessité
de
collaborer
avec
les
procureurs,
avec
qui
ils
ne
sont
pas
en
concurrence
;
ü l’importance
d’être
légitimés
par
le
système
de
justice
dans
leur
rôle
de
médiateurs,
acteurs
officiels
de
la
justice
pénale
des
mineurs.
Appréciation
des
formateurs
(sur
l’impact
de
la
formation
sur
les
médiateurs
et
sur
ce
que
les
médiateurs
ont
démontré
dans
leur
pratique
dès
le
début
de
la
formation)
Gérard
Demierre,
ayant
eu
l’occasion
de
rencontrer
ces
mêmes
chefs
lors
de
la
formation
initiale
en
juin
2018,
a
pu
noter
que
chez
la
majeure
partie
d’entre
eux
la
volonté
d’améliorer
leurs
compétences
de
médiateur
était
très
présente.
Très
attentifs
aux
éléments
de
formation
présentés
aussi
bien
dans
les
parties
théoriques
que
dans
les
sujets
de
discussion
qui
ont
été
proposés,
ils
sont
parvenus,
toujours
dans
leur
majorité,
à
démontrer,
en
particulier
par
le
biais
des
mises
en
situations
où
ils
devaient
s’impliquer,
que
la
posture
de
médiateur
était
désormais
bien
ancrée
chez
chacun
et
bien
distinguée
de
leur
rôle
de
chef.
Il
est
certain
aussi
que
l’accent
mis
dans
la
formation
sur
la
place
primordiale
de
l’enfant
dans
le
processus
de
médiation
est
aussi
devenu
majoritairement
un
élément
de
la
démarche
dont
ils
sont
désormais
assurément
plus
conscients
de
l’importance.
Par
ailleurs,
Gérard
Demierre
pense
que
tous
sont
repartis
plus
déterminés
dans
leur
conviction
que
les
éléments
de
la
déontologie
(en
particulier
la
confidentialité,
la
neutralité
ou
encore
une
multi-‐partialité
bien
dosée),
doivent
présider
dans
leur
pratique
désormais
régulière
de
la
médiation
dans
le
contexte
des
infractions
commises
par
les
jeunes
dans
leurs
communautés.
7
Régine
Cornet
d’Elzius
de
Peissant,
à
titre
personnel,
a
tout
d’abord
été
très
impressionnée
par
l’implication
et
la
grande
concentration
des
chefs
tout
au
long
des
journées
de
formation,
qui
se
sont
pourtant
avérées
longues
et
denses.
Elle
a
ensuite
apprécié
leur
ouverture
d’esprit
et
leur
vraie
capacité
à
remettre
leurs
pratiques
séculaires
en
question,
parvenant
ainsi
peu
à
peu
à
bien
distinguer
leur
double
rôle
de
chef
coutumier
et
de
médiateur.
Elle
a
en
effet
pu
constater
-‐
à
travers
les
jeux
de
rôles
notamment
-‐
que
les
chefs
arrivaient
à
adapter
leurs
méthodes
et
façons
de
mener
les
entretiens
aux
conseils
et
aux
enseignements
dispensés
dans
le
cadre
de
la
formation.
Enfin,
compte
tenu
du
suivi
de
la
première
formation
en
2018,
elle
pense
que
l’ensemble
des
chefs
était
déjà
bien
au
fait
des
grandes
règles
déontologiques
du
médiateur
(et
de
la
médiation),
lesquelles
ont
à
nouveau
été
développées
cette
fois-‐ci.
Un
accent
plus
particulier
a
été
mis
sur
les
principes
de
neutralité,
d’impartialité
et
de
confidentialité,
dès
lors
qu’ils
sont
très
sensibles
dans
les
communautés
pour
le
médiateur
(qui
est
et
reste
le
chef
traditionnel).
Par
ailleurs,
un
focus
important
a
été
mis
sur
la
place
primordiale
qu’il
convient
absolument
de
laisser
à
l’enfant
tout
au
long
du
processus
de
médiation,
et
plus
particulièrement
dans
le
cadre
des
échanges.
Cilgia
Caratsch,
pour
sa
part,
relève
que
les
éléments
déontologiques
de
la
médiation,
et
en
particulier
les
principes
incontournables
régissant
la
pratique,
sont
intégrés
et
nécessitent
peu
ou
prou
d’exercices
d’approfondissement.
Ainsi,
la
formation
de
2019
a
permis
d’explorer
et
de
s’attarder
sur
d’autres
aspects
essentiels
de
la
médiation,
nécessitant
exercices
et
visualisation,
par
le
biais
notamment
de
jeux
de
rôles
(p.ex.
l’importance
de
la
disposition
des
personnes
participant
à
la
médiation
dans
l’espace,
ou
encore
l’effet
d’une
attention
accrue
sur
et
une
participation
renforcée
de
l’enfant
victime
et
l’enfant
auteur
sur
ces
derniers).
La
méthodologie
de
la
formation
a
permis
aussi
de
constater
l’adhésion
des
apprenants
aux
diverses
propositions
pédagogiques,
en
témoigne
p.ex.
les
discussions
animées
en
groupe
pour
se
projeter
dans
l’avancement
de
la
pratique
de
médiation
en
collaboration
avec
la
justice
formelle
(le
jour
3).
Du
point
de
vue
de
l’Institut
international
des
droits
de
l’enfant,
elle
note
l’impact
mesurable
d’une
formation
courte,
quand
celle-‐ci
intervient
dans
le
cadre
d’un
projet
coordonné
se
déroulant
sur
plusieurs
années,
ouvrant
même
l’espace
pour
une
formation
complémentaire
permettant
d’ancrer
les
apprentissages,
sur
la
base
d’une
expérience
gagnée
dans
le
cadre
du
projet
en
question.
Cet
aspect
lui
fait
penser
que
si
le
projet
continue
et
peut
être
répliqué
dans
d’autres
régions
du
Burkina
Faso,
il
serait
peut-‐être
pertinent
et
utile
de
réfléchir
à
la
possibilité
de
développer
une
solide
formation
par
les
pairs,
également
dans
une
approche
progressive
(sur
une
période
de
temps
déterminée)
ou
autrement
dit
une
«
formation
de
formateurs
»
habilitant
les
acteurs
burkinabés
à
avancer
sur
le
projet
de
réplication.
8
Aspects
favorisant
la
coopération
entre
acteurs
institutionnels
et
médiateurs
L’atelier
a
été
organisé
en
vue
d’un
échange
substantiel
sur
les
pratiques
et
procédures
respectives,
une
discussion
sur
les
défis
et
les
obstacles
du
référencement
de
cas
en
médiation.
Initialement
prévu
pour
recevoir
entre
8
et
12
procureurs
(8
procureurs
de
Ouagadougou
et
de
Bobo
Dioulasso,
et
quelques
procureurs
d’autres
villes
en
vue
de
la
réplication
du
projet
dans
d’autres
régions
du
Burkina
Faso),
son
format
a
finalement
été
transformé
pour
accueillir
divers
acteurs
institutionnels
de
la
justice
pénale
des
mineurs
(Directeur
des
affaires
pénales
et
du
sceau,
Directeur
de
la
législation
et
de
la
coopération
judiciaire,
Inspecteur
général
des
services
judiciaires,
Brigade
Régionale
de
la
Protection
de
l’Enfance,
Conseillère
des
droits
humains).
ü Présentation
par
les
intervenants
de
la
formation
et
Tdh
• Justice
pénale
des
mineurs,
justice
restaurative
(projection
d’un
film
belge
sur
la
justice
réparatrice)
• Place
du
médiateur
dans
le
dispositif
de
la
médiation
pénale
:
lien
avec
le
système
pénal
mineur
au
Faso
(schéma
de
la
«
bulle-‐médiation
»)
• Types
d’infractions
visées
• Rappels
sur
les
droits
des
enfants
et
en
particulier
de
la
parole
de
l’enfant
dans
la
procédure
ü Exercices
pratiques
• Coordination
des
acteurs
judiciaires
liés
à
l’intervention
pénale
officielle
(police
et
procureurs)
et
des
acteurs
du
traitement
de
l’infraction
(médiateurs)
:
jeux
de
rôles
sur
les
entretiens
au
poste
de
police
et
chez
le
médiateur
• Création
d’outils
de
facilitation
(création
d’un
modèle
de
lettre
de
communication
aux
parties
de
la
mise
en
œuvre
de
la
médiation
-‐
pas
réalisé
par
manque
de
temps)
ü Session
interactive
entre
médiateurs
et
procureurs
• Engagements
des
médiateurs
à
l’égard
de
la
justice
:
§ Distinguer
les
rôles
du
chef
coutumier
et
du
médiateur
§ Pas
d’auto-‐saisine
par
le
chef
coutumier
(médiateur)
§ Respect
de
la
déontologie
§ Respect
de
la
parole
et
de
la
place
du
mineur
(auteur
et
victime)
§ Implication
des
travailleurs
sociaux
dans
le
processus
de
médiation
• Attentes
des
médiateurs
par
rapport
à
la
justice
:
§ Amélioration
de
la
communication
avec
la
justice
et
franchise
réciproque
dans
la
collaboration
§ Souhait
d’un
entretien
préalable
magistrat
/
mineur
(pour
vérifier
son
adhésion)
§ Remise
d’une
lettre
aux
parties
par
le
Procureur
les
enjoignant
à
résoudre
leurs
litiges
en
médiation
avec
désignation
du
médiateur
nommé
à
la
médiation
§ Légitimation
de
la
qualité
de
médiateur
à
travers
une
carte/papier
certifiant
sa
fonction
de
médiateur
reconnue
par
le
système
judiciaire
§ Déplacements
difficiles
vers
le
palais
de
justice,
discussion
sur
l’utilisation
des
TIC
(smartphone,
tablettes)
pour
envoyer
les
PV
de
médiation
§ Problèmes
de
disponibilité
des
procureurs
9
• Regard
sur
le
futur
:
propositions
pour
une
collaboration
renforcée
entre
acteurs
impliqués
:
§ Souhait
de
rencontres
régulières
entre
médiateurs
et
procureurs
pour
échanger
sur
les
points
positifs
et
négatifs
:
création
d’un
cadre
permanent
de
concertation
entre
procureurs
et
médiateurs
communautaires
§ Prise
en
charge
des
frais
liés
à
la
médiation
§ Inscription
de
la
qualité
de
médiateur
dans
le
texte
légal
(légitimation
de
la
fonction)
§ Information
officielle
du
procureur
aux
acteurs
de
la
procédure
de
médiation
via
le
chef
coutumier
§ Aménagement
d’un
local
adéquat
pour
la
médiation
§ Communication
plus
fluide
et
plus
systématique
entre
le
procureur
et
l’Action
sociale
§ Extension
du
projet
expérimental
à
tout
le
Burkina
Faso
§ Fin
du
rôle
d’interface
de
Tdh
(dans
une
logique
de
pérennisation
des
relations
entre
procureurs
et
médiateurs,
il
serait
souhaitable
que
le
procureur
appelle
directement
le
médiateur
pour
lui
confier
la
médiation
et
que
le
médiateur
à
son
tour
appelle
directement
le
Procureur
pour
l’informer
des
cas
et
faire
le
point
avec
lui
sur
les
médiations
réalisées
sans
devoir
toujours
passer
par
Tdh).
§ Susciter
une
forte
implication
de
l’Etat
dans
le
processus
Appréciation
Selon
Gérard
Demierre,
cette
journée
d’échanges
entre
acteurs
judicaires
censés
travailler
ensemble
a
été
très
fertile.
Elle
a
permis
de
mettre
en
lumière
pour
les
procureurs
que
leur
sensibilité
à
la
justice
restaurative
appliquée
par
les
chefs
dans
les
communautés
était
bien
vivace.
Ils
y
adhèrent.
Malheureusement,
l’absence
de
nombreux
procureurs
n’a
pas
permis
de
généraliser
ce
constat.
En
revanche,
avec
ceux
qui
collaborent,
le
courant
passe
et
les
chefs
savent
apprécier
le
partenariat.
Il
y
a
une
conviction
réciproque
qui
se
développe
que
les
rôles
ne
sont
pas
en
concurrence,
mais
en
complémentarité
:
chacun
a
besoin
de
l’autre.
Cela
s’est
vérifié
de
manière
éclatante
dans
les
mises
en
situation
organisées
où
procureur,
policier
et
médiateur
étaient
les
trois
impliqués.
Il
est
encore
nécessaire
que
grâce
au
travail
législatif
en
cours
qui
fixera
mieux
les
divers
rôles
détenus
par
chacun,
mais
aussi
la
place
de
l’enfant
(auteur
et
victime)
dans
le
processus,
la
relation
entre
acteurs
du
système
judiciaire
pénal
et
médiateurs
dans
les
communautés
sera
encore
plus
fluide
et
respectée,
validée
et
légitimée,
voire
mieux,
institutionnalisée.
Selon
Régine
Cornet
d’Elzius
de
Peissant,
cette
journée
visait
initialement
à
toucher
un
grand
nombre
d’acteurs
des
parquets
du
Burkina
Faso
en
vue
d’étendre
le
projet
expérimental
porté
par
Tdh
à
tout
le
pays.
Malheureusement,
de
nombreux
procureurs
étaient
finalement
absents
et
cet
objectif
a
dès
lors
dû
être
revu.
Malgré
cela,
la
journée
a
été
fertile
en
échanges
et
a
notamment
permis
de
faire
un
peu
de
droit
comparé
avec
la
Belgique,
pays
dont
elle
provient
et
précurseur
en
matière
de
médiation
dans
les
procédures
judiciaires
(impliquant
des
mineurs
ou
des
majeurs).
Par
ailleurs,
la
présence
de
différents
acteurs
institutionnels
de
la
protection
de
l’enfance
du
Faso
s’est
avérée
de
haute
importance
afin
d’attirer
leur
attention
sur
les
lacunes
des
textes
légaux
actuels
et
sur
les
choses
à
mettre
en
place
dans
le
futur
code
de
protection
de
l’enfance.
Plus
particulièrement,
leur
attention
a
été
attirée
sur
l’impérieuse
nécessité
d’inscrire
la
qualité
de
médiateur
dans
le
futur
texte
légal.
10
Cilgia
Caratsch
relève
la
posture
très
professionnelle
des
médiateurs
le
jour
de
l’atelier
d’échange
avec
les
procureurs
quant
à
leur
fonction,
leur
rôle
et
leur
place
dans
le
dispositif
du
pilote
burkinabé,
ainsi
que
la
pertinence
de
leurs
commentaires,
questions
et
attentes
dans
la
collaboration.
Ceci,
à
son
sens,
témoigne
à
la
fois
de
leur
propension
à
résoudre
des
conflits,
de
leur
compréhension
de
la
médiation
telle
qu’elle
est
pensée
comme
mode
alternatif
de
résolution
dans
des
situations
impliquant
des
enfants
en
conflits
et
en
contact
avec
la
loi,
de
l’assimilation
des
outils
enseignés
sur
deux
années,
et
de
leur
motivation
à
coopérer
avec
les
acteurs
formels
de
la
justice.
Recommandations
ü Importance
d’inscrire
le
maximum
d’éléments
favorables
à
une
collaboration
Parquet-‐
chefferie
(procureur-‐médiateur)
dans
la
loi
de
protection
de
l’enfant
ü Maintenir
le
niveau
de
formation
des
médiateurs,
notamment
par
des
studios
de
mises
en
situation,
par
l’intervision.
Impliquer
les
procureurs
dans
ces
formations
pour
une
meilleure
complémentarité,
et
dès
lors
une
meilleure
reconnaissance
réciproque
ü Dans
la
formation
continue,
continuer
d’intégrer
les
éléments
théoriques
de
la
justice
restaurative
dans
les
jeux
de
rôle,
afin
de
développer
encore
la
posture
déontologique
des
médiateurs,
la
place
de
l’enfant
et
sa
parole
dans
le
processus
ü En
vue
de
futures
formations,
partir
de
groupes
plus
restreints
de
médiateurs
(de
3
à
6)
et
y
intégrer
1
ou
2
procureurs
Appréciations
finales
Manifestement,
les
chefs
traditionnels
qui
ont
participé
à
cette
formation
ont
gagné
en
expérience
et
en
maturité,
en
compréhension
des
enjeux
de
leur
rôle,
dans
la
communauté
évidemment
(mais
comme
médiateur),
mais
surtout
dans
le
système
de
justice
pénale
pour
les
mineurs.
Leur
enthousiasme
et
leur
capacité
à
s’adapter
aux
exigences
qui
leur
ont
été
demandées
tant
dans
les
parties
théoriques
à
intégrer
que
dans
les
mises
en
situation
à
«
jouer
»
en
tenant
divers
rôles
constituent
une
immense
satisfaction
pour
les
formateurs
:
il
en
résulte
une
motivation
permanente
et
une
stimulation
communicative
qui
permet
un
partage
d’expérience
et
un
échange
toujours
aussi
profitable
(tant
pour
eux
participants
que
pour
les
formateurs
eux-‐mêmes).
On
perçoit
chez
la
majorité
de
ces
chefs
-‐
médiateurs
un
potentiel
d’envie
de
continuer
à
apprendre,
qui
est
prometteur
et
permet
d’envisager
à
coup
sûr
une
formation
continue
spécifique
chez
ces
praticiens.
Au
plan
de
l’équipe
de
formation,
la
complémentarité
des
acteurs
dans
nos
rôles
respectifs
de
juge,
de
promoteur
des
droits
de
l’enfant
et
de
médiateur
fut
tout
simplement
excellente.
Le
rythme
de
la
formation
a
été
exigeant,
du
fait
de
travailler
à
trois,
ce
qui
nécessitait,
à
mesure
de
l’avancement
du
cours,
des
ajustements
liés
aux
besoins
révélés
et
aux
constats
faits
en
permanence
par
l’équipe
de
formateurs.
Il
sied
finalement
de
souligner
la
collaboration
spontanée
et
la
disponibilité
continue
de
l’équipe
Tdh
sur
place,
qui
a
tenu
tout
le
magnifique
projet
à
bouts
de
bras
et
l’a
conduit
non
seulement
avec
compétence
et
pertinence,
mais
encore
avec
enthousiasme
et
persévérance.
Bravo
à
tous
ses
membres
:
c’est
assurément
grâce
à
eux
aussi
que
la
formation
en
définitive
s’est
déroulée
si
profitablement
et
avec
un
impact
aussi
bénéfique
pour
les
participants.
11