COURS DE DROIT PENAL INTERNATIONAL
Licence 3, UCAO, IU-Bohicon, 2024-2025
Par Alphonse GBOSSOU,
Magistrat,
Docteur PhD (en droit)
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INTRODUCTION
Le droit pénal international est l’ensemble des règles de droit international qui
règlementent la responsabilité pénale des individus ayant enfreint à des normes
de droit international. Ces normes ont pour but la protection de l’ordre public
international. Cette branche du droit organise donc la sanction et la répression
des comportements illicites qualifiés de crimes internationaux.
Un crime international est un acte qui est universellement reconnu comme un
acte criminel et qui revêt une importance internationale. Les crimes
internationaux sont généralement définis par un traité international sous l’égide
des NationsUnies. Il s’agit principalement, de nos jours, du Statut de Rome de la
Cour pénale internationale et des Résolutions du Conseil de Sécurité de
l’Organisations des Nations-Unies créant les TPI ad hoc.
Mais les crimes internationaux ne constituent qu’un aspect du droit pénal
international.
Comprenant des règles qui lient les Etats (conventions d’extradition,
conventions portant des incriminations internationales, etc) et des règles qui
organisent la répression de certains faits individuels (règles internes de
compétence pour des infractions comportant un élément d’extranéité), le droit
pénal international apparaît comme un ensemble hybride du droit international
public, du droit pénal et de la procédure pénale internes.
Ainsi, le droit pénal international organise et règlemente la répression
d’infractions internationales et d’infractions internes présentant un ou plusieurs
éléments d’extranéité.
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L’élément d’extranéité d’une infraction peut revêtir des formes diverses ; il
tiendra notamment :
- au lieu étranger de l’infraction par rapport à l’Etat du for ;
- à la qualité de son auteur ;
- à l’origine étrangère de l’auteur ou de la victime ;
- à l’origine internationale de l’incrimination ;
- à l’organisation internationale de la répression.
Les expressions « droit pénal international » et « droit international pénal »
sont parfois indifféremment utilisées alors qu’il existe une nuance entre les deux
termes.
Le droit pénal international recouvre les règles organisant la répression des
infractions par le droit interne (c.-à-d. les comportements érigés en infractions
par le droit d’un Etat) présentant un élément d’extranéité tandis que le droit
international pénal régit la répression des infractions de droit international (c.-
à-
d. les comportements érigés en infractions par les Etats agissant collectivement).
Ainsi, toutes les questions de droit pénal qui, à l’un ou l’autre titre, relèvent du
droit international sont concernées par le droit pénal international. C’est le cas
notamment des violations des instruments protecteurs des droits de
l’hommealors même que ces instruments ne présentent pas plus de spécificité
pour la répression des infractions comportant un élément d’extranéité que pour
les infractions qui n’en comportent pas.
Le droit pénal international reste, à ce jour, une matière en expansion constante.
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Alors que le droit pénal est, par excellence, l’expression de la souveraineté des
Etats, le développement du droit pénal international atteste du souci des Etats
d’atténuer l’obstacle à la répression que constitue l’existence d’une frontière.
L’évolution récente du droit pénal international met en exergue des organes
comme les tribunaux pénaux internationaux ad hoc (TPI ad hoc) et la Cour
pénale internationale (CPI). Aussi, le Professeur Antonio CASSESE conçoit le
droit pénal international comme « l’ensemble des règles internationales
destinées à proscrire et à punir les crimes internationaux et à imposer aux
Etats l’obligation de poursuivre et de punir ces crimes ». Le droit pénal
international établit des règles qui permettent à une justice pénale nationale de
s’accomplir malgré la situation territoriale des Etats.
Les historiens font remonter l’origine du droit pénal international dans les
années 1880. Cependant, c’est au début du XXe siècle qu’a apparu un nouveau
visage du droit pénal international avec l’émergence des notions comme le
génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre, etc. En effet, suite
aux atrocités de la Seconde Guerre mondiale avec le fameux procès de
Nuremberg qui a suivi, le droit pénal international a pris une nouvelle tournure.
Les années 1990 donnent un coup d’accélérateur au droit pénal international
avec les guerres civiles de la Yougoslavie et du Rwanda qui débouchent sur la
création des tribunaux pénaux internationaux ad hoc pour l’ex Yougoslavie et
pour le Rwanda (TPIY) et (TPIR) qui réaffirment le droit pénal international sur
la scène internationale.
Ce sont autant de signes concrets d’une évolution progressive vers un
effacement des souverainetés en matière pénale.
Actuellement ce développement n’est plus un phénomène isolé. La
reconnaissance de valeurs universelles intangibles a conduit la majorité des Etats
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de la planète à renforcer leurs efforts pour protéger ces valeurs et coopérer à la
répression de leurs violations. La multiplication des conventions organisant
l’incrimination internationale de certains comportements en témoigne. Sont
visés, non seulement, le terrorisme sous toutes ses formes, mais aussi les
violations graves et massives des droits humains. La lutte contre l’impunité est
devenue un leitmotiv des relations internationales, un credo des résolutions du
Conseil de sécurité et de l’AGNU, le fondement de la prolifération des
juridictions pénales internationales. Le temps où les atrocités les plus éhontées
pouvaient être commises à l’abri des regards et de la condamnation universelle
grâce au voile commode d’une frontière ou d’une souveraineté tend à s’éloigner.
A la mondialisation de l’économie fait écho une certaine mondialisation non
seulement de la justice pénale internationale mais aussi de la répression
nationale de crimes de droit international.
Ce voile n’a malheureusement pas disparu. Trop d’Etats et de gouvernements
restent attachés à des visions politiques et sociales qui les conduisent, dans
certaines circonstances, à ignorer les valeurs humaines les plus élémentaires et à
justifier, à leurs propres yeux, les pires aberrations. Les massacres commis en
Asie du Sud-est, dans l’Afrique des grands lacs, en ex-Yougoslavie, et dans bien
d’autres endroits de la planète, au cours de ces 40 dernières années montrent que
la peur absurde de perdre ce que l’on possède ou la croyance irrationnelle en
certaines prétendues doctrines peuvent conduire à justifier l’injustifiable, à
oublier les leçons que l’on pouvait tirer de la 2 e guerre mondiale et à renier les
engagements solennels pris à cette occasion et, maintes fois, répétés.
Pire, certaines de ces renonciations ont été inscrites dans le moule de règles
juridiques : l’affirmation de l’immunité de juridiction pénale des gouvernants
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étatiques en exercice (arrêt Yerodia par la CIJ, en 2002), le rejet de l’obligation
d’exercer la compétence universelle pour le crime de génocide (arrêt Bosnie-
Herzégovine c/ Serbie par la CIJ, en 2007), l’état de nécessité admis par les Etats
dans le Statut de la CPI (art. 31, §1, c) comme cause de justification des crimes
de DIH, l’opposition résolue de certains à une loi qui assurerait le respect des
droits humains à des présumés terroristes montrent que le droit pénal
international doit encore accomplir quelques progrès.
En dehors des violations des droits humains, la répression des atteintes aux
échanges commerciaux internationaux et la libre circulation transfrontalière des
personnes et des biens est aussi organisée sur le plan international.
Les questions qui ont donné naissance au droit pénal international en tant que
discipline autonome peuvent être regroupées en deux catégories :
- quels sont les moyens dont dispose l’Etat pour réprimer des infractions de
droit interne comportant un élément d’extranéité ?
- quelles sont les « infractions internationales », et comment les Etats
organisent-ils leur répression ?
Les réponses à la première question trouvent leur source dans le droit pénal
interne de l’Etat ainsi que dans les accords que l’Etat conclut avec d’autres Etats
pour réprimer les infractions de droit interne. Etant donné le caractère à la fois
interne et international du droit applicable, on peut désigner cet ensemble de
règles par l’expression « droit pénal international ».
Les réponses à la deuxième question trouvent essentiellement leur source dans
les accords internationaux que les Etats concluent pour assurer la répression des
faits qui, en raison de leur gravité (ou plus précisément, de la gravité considérée
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comme telle par les gouvernements à un moment donné de l’histoire) affectent
l’ordre social, non d’un seul Etat, mais de tout ou partie de la communauté
internationale. Etant donné le caractère surtout international des sources de cette
répression, on parlera plutôt de « droit international pénal ».
« Droit pénal international » ou « droit international pénal », aucune de ces deux
expressions ne jouit d’une quelconque reconnaissance officielle, mais ce sont
des expressions commodes pour désigner des réalités distinctes.
En tout état de cause, on peut aborder les différentes questions que soulève
l’étude du droit pénal international suivant les deux points ci-après :
- L’action de l’Etat aux plans interne et international pour réprimer les
infractions de droit interne (partie I) ;
- L’action collective des Etats pour réprimer les infractions de droit
international (partie II).
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PREMIERE PARTIE : LA REPRESSION DES INFRACTIONS DU
DROIT INTERNE COMPORTANT UN ELEMENT D’EXTRANEITE
Il existe un lien entre la justice interne et le droit international. Les infractions du
droit interne comportant un élément d’extranéité sont connues de la justice
interne et au besoin avec la coopération judiciaire internationale.
Chapitre 1 : La compétence de l’Etat à l’égard des infractions comportant
un élément d’extranéité
Nous allons étudier ici la compétence territoriale et les compétences
extraterritoriales.
Section 1 : La compétence territoriale
§1 :Le principe
A- La règle
La règle prend en compte la territorialité rigoureuse, la territorialité perméable et
la territorialité élastique.
Il s’agit des infractions commises par des personnes en transit sur le territoire
béninois ou celles commises au Bénin et jugées à l’étranger ou encore des
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infractions commises à l’étranger et jugées à l’étranger. Dans ces deux derniers
cas, le principe ‘‘ne bis in idem’’ s’applique.
B- Le territoire
Le territoire comprend le sol, le sous-sol, l’espace fluvial, l’espace aérien et
l’espace maritime.
L’espace maritime couvre les eaux intérieures, la mer territoriale, la zone
contiguë, la zone économique exclusive et le plateau continental.
§2 : Les limites à l’exercice de la compétence territoriale
Les limites à l‘exercice de la compétence territoriale tiennent à la qualité de
l’auteur de l’infraction et au lieu de commission de celle-ci.
A- En raison de la qualité de l’auteur de l’infraction
Certaines conventions internationales liant le Bénin limitent la compétence des
juridictions répressives nationales en créant des immunités. Les bénéficiaires de
ces immunités sont les agents diplomatiques, les agents consulaires, les
membres des missions spéciales, les membres des missions accréditées auprès
des organisations internationales, les fonctionnaires des organisations
internationales et les membres des forces armées étrangères.
A noter que les bénéficiaires doivent être effectivement dans les fonctions
diplomatiques ou consulaires ou exercer effectivement la mission pour laquelle
l’immunité est prévue. Si la mission est terminée ou les fonctions cessent,
l’immunité ne plus être évoquée.
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Il faut ajouter à cette liste de bénéficiaires d’immunité les chefs d’Etat, chefs de
gouvernement et les ministres des affaires étrangères et les autres gouvernant et
agents étatiques.
A noter aussi que l’immunité ne peut pas être évoquée ni devant les juridictions
nationales ni devant les juridictions internationales en cas de crime de droit
international.
B- En raison du lieu de l’infraction
En raison du lieu de l’infraction, la compétence des juridictions répressives
nationales peuvent être limitées. C’est le cas notamment des espaces aérien et
maritime où les avions et navires militaires ne peuvent pas être soumis aux
juridictions répressives de l’Etat côtier.
Section 2 : Les compétences extraterritoriales
§1 : Les compétences législatives et judiciaires
Nous allons étudier sous ce titre, les compétences personnelle, réelle, universelle
et « pluriterritoriale ».
A- La compétence personnelle
Il y a la compétence personnelle active et la compétence personnelle passive.
1- La compétence personnelle active
La compétence personnelle active peut s’exercer lorsqu’il existe la double
incrimination des faits en cause (incrimination par le droit béninois et le droit
étranger) et que l’inculpé se trouve sur le territoire béninois. Mais il faut
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également que l’infraction soupçonnée soit commise contre un étranger et que
les faits ne se seraient pas encore jugés à l’étranger.
2- La compétence personnelle passive
On parle de compétence personnelle passive lorsque les infractions sont
commises contre les Béninois à l’étranger. C’est le cas, entre autres, des
infractions commises contre les Béninois à bord d’un aéronef étranger.
B- Autres compétences
A ce niveau, il faut distinguer la compétence réelle, la compétence universelle et
la compétence « pluriterritoriale ».
1- La compétence réelle et universelle
La compétence réelle est liée aux faits de crimes et délits contre la sûreté de
l’Etat. Quant à la compétence universelle, sa source se retrouve dans la
convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels ou dégradants
du 10 décembre 1984, ratifiée par le Bénin le 12 mars 1990. Ainsi la compétence
des juridictions répressives béninoises s’établit dès lors qu’on peut soupçonner
un crime de torture. Cette compétence universelle tirée de la convention du 10
décembre 1984 est aussi applicable pour les violations massives des droits
humains et en particuliers pour les crimes du DIH.
2- La compétence « pluriterritoriale »
En raison de cette compétence, les juridictions répressives nationales peuvent
connaitre d’une infraction dans les cas suivants :
- Une infraction continue commencée à l’étranger.
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- Une infraction commise à l’étranger, en raison du fait qu’elle est
l’accessoire d’une infraction principale commise sur le territoire du for.
- Une infraction commise à l’étranger en raison du fait que ses
conséquences se produisent sur le territoire du for.
- Une infraction commise à l’étranger en raison du fait que l’un de ses
éléments a été commise sur le territoire du for.
§2 : Les compétences exécutives A- Compétence exécutive exercée dans la
zone frontière et à l’extérieur du territoire maritime
1- La compétence exécutive exercée dans les zones frontières
Cette compétence concerne les contrôles exercés aux postes frontières et dans les
gares communes et d’échanges entre les Etats. Cela concerne aussi la gestion
sécuritaire de l’espace frontalier
2- La compétence exécutive exercée à l’extérieur du territoire
maritime
Il s’agit des compétences exécutives exercées par l’Etat à l’égard des navires
battant son pavillon.
B- Compétence exercée sur le territoire d’Etats étrangers
Il s’agit des situations où on estime que les exigences de la lutte contre
l’impunité priment sur le respect de la souveraineté. Dès lors on évoque des
arguments justifiant l’exercice de compétence judiciaire à la suite d’arrestations
irrégulières. Ce sont les Etats de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord
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(OTAN) qui sont champions dans cette forme de compétence au mépris de la
souveraineté des autres Etats. L’argument de base demeure la protection des
droits humains. Cet argument serait valablement accepté si la réciprocité était de
mise et que les violations des droits humains commis sur le territoire des Etats
de l’OTAN, généralement au préjudice des Noirs pouvaient justifier aussi
l’intervention des autres Etats, notamment africains.
Chapitre 2 : La coopération judiciaire internationale
Les procédures d’extradition constituent l’objet le plus important dans les
coopérations judiciaires internationales. Mais il existe aussi d’autres dormes de
coopérations judiciaires entre les Etats.
Section 1 : L’extradition
Aux termes des dispositions de l’article 727 du code de procédure pénale :
« L’extradition est l’acte par lequel un Etat remet un étranger trouvé sur son
territoire à un autre Etat sur la demande de celui-ci aux fins de poursuites pour
une ou plusieurs infractions de droit commun ou pour l’exécution d’une peine
privative de liberté prononcée contre cet étranger par une juridiction répressive
de l’Etat requérant en raison d’une ou plusieurs infractions de droit commun ».
On distingue l’extradition passive de l’extradition active.
§1 :L’extradition passive
Il s’agit de l’extradition demandée par un gouvernement étranger.
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A- La procédure
En vertu de l’article 732 du code de procédure pénale, c’est le président de la
République qui ordonne par décret l’extradition aux gouvernements étrangers
qui lui font la demande, de tout étranger trouvé sur son territoire national. Mais
avant la justice nationale devrait autoriser d’abord l’extradition. C’est donc après
la phase judiciaire que le décret peut être pris. En effet : « L’étranger en cours
de poursuite ou d’exécution d’une peine en République du Bénin ne peut être
extradé pour comparaitre devant les tribunaux de l’Etat requérant qu’après
l’intervention d’une décision au fond »(art. 741 CPP).
La demande d’extradition est formulée par voie diplomatique.
B- Les conditions liées aux faits commis
Il s’agit des infractions d’une certaine gravité et qui ne doivent pas être des
infractions politiques ou militaires.
L’Etat requis dans une procédure d’extradition doit vérifier aussi la réciprocité et
la législation de l’Etat requérant. En effet, les Etats n’extradent pas si le droit du
for n’incrimine pas les faits en cause. Ils n’extradent pas davantage s’il s’agit de
ses propres ressortissants. La législation de l’Etat requérant doit être conforme
aux principes élémentaires de protection des droits fondamentaux. Il est
évidemment interdit d’extrader vers un Etat dont la législation n’interdit pas
expressément la pratique de la torture.
§2 :L’extradition active
Il s’agit de l’extradition demandée par le gouvernement béninois.
Dans le cas d’une extradition où l’Etat béninois est l’Etat requérant, c’est le
procureur de la République qui transmet au procureur général près la cour
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d’appel compétente une demande concernant la personne réclamée. Le procureur
général transmet ensuite cette demande au Garde des Sceaux, Ministre de la
Justice et de la Législation et celui-ci l’envoie à son collègue des Affaires
étrangères qui l’achemine par voie diplomatique à l’Etat requis.
Section 2 : La coopération judiciaire avec la cour pénale internationale
§1 :L’entraide judiciaire du Bénin avec la CPI
A- La procédure
En vertu de l’article 87 du statut de la Cour pénale internationale et de 772 du
code de procédure pénale béninois, les demandes d’entraide sont transmises au
procureur de la République près le TPI de Cotonou. Celui-ci peut requérir le
doyen des juges d’instruction de Cotonou pour effectuer, sur tout le territoire
national, les opérations indiquées avec l’assistance d’un membre du bureau du
procureur de la CPI.
B- La remise
L’arrestation du suspect est faite sur territoire béninois avec le concours du
procureur de la République territorialement compétent. Ce magistrat vérifie son
identité et le transfert dans une maison d’arrêt du ressort de la cour d’appel de
Cotonou. La personne réclamée est remise à la CPI dans les meilleurs délais
après l’arrêt de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Cotonou.
§2 :L’exécution des peines prononcées par la CPI A- L’exécution des peines
d’amende
En vertu des dispositions de l’article 785 du code de procédure pénale béninois,
l’exécution des peines d’amende et de confiscation ou les décisions concernant
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les réparations prononcées par la CPI sont est autorisée par le tribunal
correctionnel de Cotonou. Cette juridiction est saisie par le procureur de la
République. Elle est liée par la décision de la CPI qu’elle ne pas modifiée.
B- L’exécution des peines d’emprisonnement
En vertu des dispositions de l’article 103 du statut de Rome, le gouvernement
béninois peut accepter de recevoir sur le territoire de la République du Bénin,
une personne condamnée par la CPI pour que celle-ci purge sa peine
d’emprisonnement. La condamnation prononcée par la CPI est directement et
immédiatement exécutoire dès le transfert de cette personne sur le territoire
béninois, pour la partie de la peine restant à subir.
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DEUXIEME PARTIE : LA REPRESSION DES INFRACTIONS DE
DROIT INTERNATIONAL
Chapitre 1 :L’incrimination des infractions internationales
Section 1 :La mise en œuvre de l’incrimination au plan national
§1- L’application de l’incrimination internationale dans l’ordre juridique
interne des Etats
L’incrimination des infractions internationales au plan national peut être faite
dans le code pénal. Le code pénal définit les infractions internationales et prévoit
les peines applicables en droit interne. Pour ce faire certaines législations
nationales recopient simplement les définitions contenues dans les conventions
internationales et ajoutent la peine appropriée en tenant compte de la gravité de
l’infraction.
Le juge peut aussi, dans le cas où la législation nationale n’a rien prévu alors que
la convention internationale est déjà entrée par ratification dans le droit interne
du for, appliquer directement celle-ci en trouvant la peine similaire dans le droit
interne.
§2 : La portée de l’incrimination internationale au plan national
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Une fois l’incrimination des infractions internationales est faite en droit interne,
les juridictions répressives nationales ont la possibilité de réprimer ces
infractions.
Dès lors, il s’impose à l’Etat de rendre la justice. Il peut le faire par ses propres
tribunaux ou à défaut, extrader le suspect pour le faire juger dans un autre Etat
ou devant la Cour pénale internationale.
Section 2 : La mise en œuvre de l’incrimination dans l’ordre
international La mise en œuvre de l’incrimination des infractions
internationales au plan international a permis de juger certaines personnes
devant les juridictions internationales. Ces juridictions internationales sont
soit ad hoc soit permanentes.
§1 : Les juridictions internationales ad hoc
Le TPY et le TPR ont été les juridictions internationales ad hoc les plus
retentissantes. Mais l’humanité a connu d’autres juridictions internationales
ad hoc.
A- Le Tribunal pénal international pour le Rwanda et le Tribunal pénal
international pour l’ex Yougoslavie (TPIR et TPIY)
Ce sont des Tribunaux pénaux internationaux créés par Résolutions du Conseil
de Sécurité des Nations-Unies afin de répondre à une urgence de répression des
violations massives des droits de l’homme. Les TPI ad hoc sont des juridictions
d’exception à la compétence spéciale limitée.
En effet, pour combler l’absence d’une cour pénale internationale permanente, la
communauté internationale a mis en place, en 1993 et 1994, deux tribunaux
pénaux internationaux ad hoc pour enquêter et juger les personnes responsables
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de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et actes de génocide commis en
exYougoslavie (TPIY) et au Rwanda (TPIR).
1- L’organisation des TPIY et TPIR a-
Les organes
Les TPI ad hoc comprennent les organes suivants : L’organe judiciaire composé
de 14 juges au total, tous de nationalités différentes et constitués en deux
chambres de première instance (3 juges chacune) et d’une chambre d’appel (5
juges) commune aux deux TPI. Les 14 juges élisent ensuite le président du
tribunal. Ce dernier préside également la chambre d’appel et répartit les juges
dans les différentes chambres.
Les TPI ad hoc comprennent aussi le Bureau du procureur et un greffe.
b- La compétence des TPIY et TPIR
- La compétence ratione loci et ratione temporis
Le TPIY a une compétence de lieu qui correspond au territoire de l’ex-
Yougoslavie. Quant à sa compétence de temps, elle s’applique aux crimes
commis depuis le 1er janvier 1991, date marquant le début des hostilités, d’après
le Conseil de sécurité. Sa compétence cessera à la fin des hostilités, date qui sera
appréciée par le tribunal lui-même.
Le TPIR a, quant à lui, une compétence de lieu qui est celle du territoire du
Rwanda et de ses États voisins. Sa compétence de temps s’étend du 1er janvier
au 31 décembre 1994.
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Dans l’arrêt Bizimungu (22 novembre 2005, § 20,26), la deuxième Chambre de
première instance du TPIR a fait une interprétation extensive de sa compétence
ratione temporis, soutenant que même si la compétence du tribunal était limitée
aux crimes commis en 1994 (article 1 er de son statut), la conspiration de
génocideétait un crime de nature continue, comme affirmé dans l’arrêt
Nahimana (3 décembre 2003, § 100-104, 1044). Par conséquent, le tribunal a
soutenu que la preuve d’actes ayant eu lieu avant 1994 pouvait être utilisée
comme preuve de crimes commis pendant la période comprise entre le
1erjanvier 1994 et le 31 décembre 1994.
Dans l’arrêt Nahimana et al. (28 novembre 2007, § 313 et 314), la Chambre
d’appel du TPIR a déclaré que « les rédacteurs du statut ont voulu que le tribunal
n’ait compétence pour condamner un accusé que si tous les éléments qui doivent
être établis pour conclure à sa responsabilité ont existé en 1994 ». De la même
manière, la Chambre d’appel a trouvé que, pour condamner un individu, il doit
être prouvé que les actes ou omissions de l’accusé établissant sa responsabilité
se soient produits en 1994 et qu’au moment de tels actes ou omissions l’accusé
avait l’intention requise.
- La compétence ratione materiae
Les deux TPI ont vocation à sanctionner les violations graves du droit
international humanitaire (statut TPIY, art. 1 ; statut TPIR, art. 1). Les crimes
punissables sont détaillés dans chacun des statuts (art. 2, 3, 4 et 5) pour le TPIY;
art. 2, 3, 4 pour le TPIR). Il s’agit des crimes de guerre, des crimes de génocide
et des crimes contre l’humanité.
- La compétence ratione personae
Les statuts des TPI posent le principe de la responsabilité pénale individuelle
(art.
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7 pour le TPIY) ; art. 6 pour le TPIR). En l’état actuel du droit international, ce
principe ne s’applique qu’aux individus. C’est pourquoi les statuts se bornent à
indiquer que les TPI ont compétence à l’égard des personnes physiques (art. 6
pour le TPIY ; art. 5 pour le TPIR). Les États ne peuvent donc pas être jugés.
Les TPI sont habilités à juger tout individu présumé responsable de violations
graves du droit international humanitaire (statut TPIY, art. 1 ; statut TPIR, art.1),
quel que soit son niveau de responsabilité. Leurs statuts reprennent les
dispositions des statuts du tribunal de Nuremberg :
Décideur politique, commandant hiérarchique ou simple exécutant, quiconque a
planifié, incité à commettre, ordonné, commis ou de toute autre manière aidé et
encouragé à planifier, préparer ou exécuter les crimes entrant dans le champ de
compétence des TPI peut être poursuivi (statut TPIY, art. 7.1 ; statut TPIR, art.
6.1).
L’excuse des fonctions officielles et l’excuse des ordres reçus des supérieurs
sont écartées.
La qualité officielle d’un accusé, soit comme chef d’État ou de gouvernement,
soit comme haut fonctionnaire, ne l’exonère pas de sa responsabilité pénale et
n’est pas un motif de diminution de la peine (statut TPIY, art. 7.2 ; statut TPIR,
art. 6.2). De même, le fait qu’un accusé a agi en exécution d’un ordre d’un
gouvernement ou d’un supérieur ne l’exonère pas de sa responsabilité pénale.
Cela peut être un motif de diminution de la peine, uniquement dans le cas où
cette autorité était telle qu’elle a exclu toute liberté d’appréciation ou d’action
(statut TPIY, art. 7.4 ; statut TPIR, art. 6.4).
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La responsabilité pénale des supérieurs n’est pas dégagée par le fait que les
crimes en question ont été commis par un subordonné, si le supérieur savait ou
avait des raisons de savoir que le subordonné s’apprêtait à commettre cet acte ou
l’avait fait et que le supérieur n’a pas pris les mesures nécessaires et
raisonnables pour empêcher que ledit acte ne soit commis ou en punir les auteurs
(statut TPIY, art. 7.3 ; statut TPIR, art. 6.3). Les statuts reprennent ici les
dispositions du Protocole additionnel I de 1977 sur les devoirs des commandants
(GPI art. 87).
Dans l’arrêt Boškoski & Tarcˇulovski (19 mai 2010, § 52), la Chambre d’appel
du TPIY a rappelé que, conformément à l’article 1 de son statut, le tribunal n’est
pas limité dans sa compétence à poursuivre les personnes avec un niveau
d’autorité spécifique, ce qui signifie que le rôle de subordonné d’un accusé n’a
pas de pertinence juridique dans la détermination de sa responsabilité pénale.
2- Le procès devant les TPI ad hoc a-
La procédure
Elle est fondée sur les Statuts et les Règlements de procédure et des preuves de
chacun des deux tribunaux. b- Les peines encourues
Les peines prononcées par les TPI ad hoc ainsi que leur exécution doivent
respecter la légalité, c’est-à-dire conforme aux Statuts et aux règlements de
procédure et des preuves. La peine capitale est exclue.
B- Autres juridictions pénales à dimension internationale
En dehors de ces deux TPI, on peut citer aussi les tribunaux spéciaux créés sous
l’égide de l’ONU pour réprimer certaines violations des droits de l’homme dans
certains pays. C’est le cas du tribunal spécial pour le Liban, le tribunal spécial
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pour la Sierra Leone. On peut mentionner ici aussi le Tribunal international de
Nuremberg, le Tribunal militaire international de Tokyo.
§2 : La juridiction répressive internationale permanente : la CPI
La Cour pénale internationale est la seule juridiction internationale permanente.
1- L’organisation de la CPI a- Les organes de la CPI
La CPI est composée de quatre organes :
La Présidence, les Chambres, le Bureau du Procureur et le Greffe.
La Présidence est chargée d’administrer la Cour et de la représenter à l’extérieur.
Les Chambres (préliminaire, de première instance et d’appel) comptent 18 juges
qui exercent les fonctions judiciaires de la Cour : ils résolvent toutes les
questions soulevées avant le début de la phase du procès et se prononcent sur la
recevabilité des situations et des affaires devant la Cour ; ils veillent à ce que les
procès soient conduits de façon équitable et avec diligence, dans le plein respect
des droits de l’accusé et en ayant pleinement égard à la nécessité d’assurer la
protection des victimes et des témoins ; ils peuvent confirmer, annuler ou
modifier une décision ou même ordonner la tenue d’un nouveau procès.
Le Bureau du Procureur analyse les informations relatives aux situations ou aux
crimes allégués qui relèvent de la compétence de la CPI, décide s’il y a lieu
d’ouvrir une enquête et plaide les affaires devant les différentes Chambres de la
Cour.
Le Greffe fournit un appui administratif et opérationnel à la Cour et est
responsable des activités concernant la défense, les victimes, la communication
et les questions de sécurité.
23
b- La compétence de la CPI
Le Statut de la C.P.I. est entré en vigueur le 1 er juillet 2002. La C.P.I. est l'unique
juridiction internationale dont la compétence pour juger les personnes physiques
ayant commis les crimes les plus graves, touchant l'ensemble de la communauté
internationale, est potentiellement universelle. Elle siège à La Haye, aux
PaysBas, conformément à l'article 3 du Statut. Mais cet article, ainsi que la règle
100 du Règlement de procédure et de preuve adopté le 9 septembre 2002,
prévoient également la possibilité pour la Cour de siéger dans un État autre que
l’Etat hôte. - La compétence ratione loci et materiae
Sa compétence est retenue lorsque l’Etat sur le territoire duquel le comportement
s’est produit est partie au statut et/ou l’Etat dont la personne accusée de crime
est partie au statut.
A la date du 20 août 2021, 123 Etats ont ratifié, dont le Bénin, le Statut de la
Cour.
Ces pays sont chargés, au cours d’assemblées annuelles, de voter le budget,
d’élire juges et procureurs et d’amender le code de procédure.
La condition de la nationalité n’est pas retenue lors de la saisine par le conseil de
sécurité.
Pour ce qui de la compétence ratione materiae, elle est compétente à l’égard des
crimes les plus graves, à savoir les quatre crimes qui sont de sa compétence : le
génocide, le crime contre l’humanité, le crime de guerre et le crime d’agression.
24
- La compétence ratione personae et temporis
La CPI n’a pas compétence à juger les personnes mineures, c’est-à-dire celles
qui ont moins de 18 ans au moment des faits.
Elle n’est, non plus, pas compétente pour juger les crimes commis avant le 1 er
juillet 2002, date d’entrée en vigueur de son Statut.
2- Le procès devant la CPI a- La
procédure devant la CPI
Il faut noter que la CPI est complémentaire aux juridictions nationales, c’est-
àdire que ce sont les juridictions nationales qui doivent juger les personnes
soupçonnées d’avoir commis les crimes, ces crimes étant aussi dans le droit
national de chaque Etat. C’est quand les autorités judiciaires nationales ne sont
pas en mesure d’organiser un procès équitable que la CPI devient de facto
compétente. C’est pourquoi on dit que la CPI est complémentaire aux
juridictions nationales. Dans l’hypothèse que la juridiction nationale n’est pas en
mesure d’organiser un procès équitable, les autorités nationales doivent extrader
le suspect vers la CPI. Dans ce cas, le procureur peut solliciter de la chambre
préliminaire un mandat de dépôt contre le suspect.
Les procédures devant la CPI peuvent être ouvertes à l’instigation d’un
Etatpartie, du Conseil de sécurité ou du Procureur. La compétence du Procureur
en la matière est essentielle, car les Etats-parties et le Conseil de sécurité
peuvent hésiter, pour des motifs politiques, à renvoyer à la Cour des situations
de violations graves des droits humains.
25
Le jugement à la CPI se fait en deux temps : d’abord en première instance puis
en appel. Le suspect ou le procureur ont, en effet le droit de relever appel de tout
jugement intervenu en première instance.
b- Les peines encourues devant la CPI
Les peines en courues devant la Cour sont l’emprisonnement pendant trente ans
au plus ou l’emprisonnement à perpétuité. Des amendes et la confiscation des
profits, biens et avoirs tirés du crime sont aussi applicables. La peine de mort est
exclue.
Chapitre 2 : Le contenu des incriminations
Section1 : La protection de l’Etat et de l’individu
§1 : La protection de l’Etat
Au nombre des incitations pour la protection de l’Etat, on peut mentionner : les
crimes d’agression, les crimes contre la paix, le terrorisme, faux monnayage et
le mercenariat.
1- Le crime d’agression
Le crime d’agression, qu’on appelait autrefois « crime contre la paix » dans
l’article 6 du Statut du tribunal de Nuremberg, incarne exemplairement la
dialectique de la paix et de la justice puisque son existence même place la justice
sur le terrain du rétablissement de la paix et de la sécurité. Il figure parmi les
crimes relevant de la compétence de la Cour.
Le Statut précise que la Cour ne pourra le faire que lorsqu’une disposition aura
été adoptée « qui définira ce crime et fixera les conditions de l’exercice de la
26
compétence de la Cour à son égard ». Ce qui a été fait finalement lors de la
Conférence de révision du Statut de Rome, le 11 juin 2010.
En effet, à la suite de la Conférence de révision qui s’est tenue à Kampala,
l’article 8 bis a été ajouté au Statut de Rome : le crime d’agression s’entend de la
planification, la préparation, le déclenchement ou la commission d’un acte
consistant pour un État à employer la force armée contre la souveraineté,
l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État. Les actes
d’agression comprennent notamment l’invasion, l’occupation militaire ou
l’annexion par le recours à la force et le blocus des ports ou des côtes, si par leur
caractère, leur gravité et leur ampleur, ces actes sont considérés comme des
violations manifestes de la Charte des Nations unies. L’auteur de l’acte
d’agression est une personne qui est effectivement en mesure de contrôler ou de
diriger l’action politique ou militaire d’un État.
2- Les crimes contre la paix :
Le crime contre la paix est un terme apparaissant après la Seconde Guerre
mondiale. Cela correspond au fait de diriger, de préparer ou de déclencher une
guerre qui serait contraire au droit international et seul sont concernés les
dirigeants d'un pays et les très hauts officiers militaires.
3- Le faux monnayage :
Le faux-monnayage est la contrefaçon de monnaie, et, sur le plan légal et
judiciaire, l’infraction consistant à fabriquer, à détenir ou à utiliser de la fausse
monnaie.
Le faux-monnayage a parfois été utilisé par certains pays comme une arme
économique pour affaiblir des pays ennemis. L’idée était de submerger
l’économie ennemie avec de la fausse monnaie afin de faire baisser la valeur de
sa monnaie.
27
4- Le mercenariat :
Un mercenaire est un combattant étranger aux parties en conflit, « spécialement
recruté dans le pays ou à l'étranger » et qui « prend une part directe aux hostilités
». Ce combattant doit également avoir un « avantage personnel » à participer à
ce conflit, qui doit prendre la forme d'une rémunération « nettement supérieure à
celle » de ses homologues de l'armée régulière.
Un mercenaire est un combattant de métier qui est recruté moyennant finances
par un État, une entreprise, un mouvement politique ou toute autre organisation,
en dehors du système statutaire de recrutement militaire d'un pays. Un
combattant de carrière, bien que rémunéré et parfois recruté sur contrat, se
distingue d'un mercenaire par son adhésion à un statut professionnel découlant
d'une législation ou d'une coutume locale stable.
Les services des mercenaires sont généralement sollicités pour une opération
militaire identifiée et pour une durée limitée ou pour un type de service
spécialisé. La durée d'engagement et le caractère provisoire ou permanent de
leur emploi ne sont pas en revanche des critères de distinction entre militaires
réguliers et mercenaires, certains mercenaires pouvant se voir attribuer des
fonctions institutionnelles durables.
§2 : La protection de l’individu
Au nombre des incriminations pour la protection de l’individu, on peut
mentionner : le génocide, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre,
l’esclavage, le trafic de publications obscènes, la torture, le trafic des stupéfiants,
la discrimination raciale, les prises d’otage et la criminalité transfrontalière
organisée.
28
1- Le génocide
Le génocide en tant que notion légale n’a pas vu le jour avant les années 1940.
On doit le terme à Raphael Lemkin, juriste juif polonais qui travaillait dans le
domaine alors émergent du droit international. Comme l’écrit son biographe
Douglas Irvin-Erickson, Raphael Lemkin avait l’impression que « le droit de la
guerre tel qu’il existait alors était inadéquat pour traiter les nouvelles formes de
violence politique qui frappaient le monde
En décembre 1946, après la clôture du procès, l’Assemblée générale des Nations
unies fait du génocide un crime encadré par le droit international. Deux ans plus
tard est adoptée la Convention pour la prévention et la répression du crime de
génocide, accord qui désigne la tentative d’anéantir tout ou partie d’un groupe
national, ethnique, racial ou religieux comme un « fléau odieux ». Depuis lors, le
génocide est officiellement interdit par la communauté internationale.
Ainsi dans la convention pour la prévention et la répression du crime de
génocide, le terme est défini en son article 2 :
« Dans la présente Convention, le génocide s'entend de l'un quelconque des
actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un
groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : a) Meurtre de
membres du groupe;
b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe;
c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant
entraîner sa destruction physique totale ou partielle;
d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;
e) Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe ».
2- Les crimes contre l’humanité
Le crime contre l'humanité est défini comme « l'assassinat, l'extermination, la
réduction en esclavage, la déportation et tout autre acte inhumain commis contre
29
toutes les populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les
persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux ». Le statut de la
CPI le définit de la manière suivante :
« Aux fins du présent Statut, on entend par crime contre l’Humanité l’un
quelconque des actes ci-après lorsqu’il est commis dans le cadre d’une attaque
généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en
connaissance de cette attaque :
1. meurtre ;
2. extermination ;
3. réduction en esclavage ;
4. déportation ou transfert forcé de population ;
5. emprisonnement ou autre forme de privation grave de liberté physique en
violation des dispositions fondamentales du droit international ;
6. torture ;
7. viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation
forcée ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable ;
8. persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des
motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux ou
sexiste au sens du paragraphe 3, ou en fonction d’autres critères
universellement reconnus comme inadmissibles en droit international, en
corrélation avec tout acte visé dans le présent paragraphe ou tout crime
relevant de la compétence de la Cour ;
9. disparitions forcées de personnes ;
10.crime d’apartheid ;
11.autres actes inhumains de caractère analogue causant intentionnellement
de grandes souffrances ou des atteintes graves à l’intégrité physique ou à
la santé physique ou mentale ».
30
3- Les crimes de guerre
Aux termes de l'article 8 du Statut, la CPI a compétence à l'égard des crimes de
guerre. Ceux-ci incluent la plupart des violations graves du droit international
humanitaire mentionnées dans les Conventions de Genève de 1949 et leurs
Protocoles additionnels de 1977, commises lors de conflits armés internationaux
ou non internationaux.
Un certain nombre d'infractions sont spécifiquement identifiées comme des
crimes de guerre dans le Statut, comme par exemple :
• le viol, l'esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée et toute
autre forme de violence sexuelle; • le fait de faire participer activement des
enfants de moins de 15 ans à des hostilités.
Certaines autres violations graves du droit international humanitaire, telles que
les retards injustifiés dans le rapatriement des prisonniers et les attaques sans
discrimination atteignant la population civile ou des biens de caractère civil, qui
sont définis comme des infractions graves dans le Protocole additionnel l de
1977, ne sont pas mentionnés spécifiquement dans le Statut.
Seules quelques dispositions concernent certaines armes dont l'utilisation est
interdite aux termes de divers traités existants, et celles-ci ne s'appliquent pas
aux conflits armés non internationaux.
4- L’esclavage
L'esclavage a été défini à l'article 1 de la Convention sur l'esclavage du 25
septembre 1926 : Comme l'état ou la condition d'une personne sur laquelle
s'exerce tout ou partie des pouvoirs attachés au droit de propriété
31
5- Le trafic de publications obscènes :
Aux termes de l’article 1erde la Convention internationale pour la répression de
la circulation et du trafic des publications obscènes du 12 septembre 1923, les
fais suivants sont incriminés :
« Doit être puni le fait:
1. de fabriquer ou de détenir des écrits, dessins, gravures, peintures,
imprimés, images, affiches, emblèmes, photographies, films cinématographiques
ou autres objets obscènes, en vue d’en faire commerce ou distribution, ou de les
exposer publiquement;
2. d’importer, de transporter, d’exporter ou de faire importer, transporter
ou exporter, aux fins ci-dessus, lesdits écrits, dessins, gravures, peintures,
imprimés, images, affiches, emblèmes, photographies, films cinématographiques
ou autres objets obscènes, ou de les mettre en circulation d’une manière
quelconque;
3. d’en faire le commerce même non public, d’effectuer toute opération les
concernant de quelque manière que ce soit, de les distribuer, de les exposer
publiquement ou de faire métier de les donner en location;
4. d’annoncer ou de faire connaître par un moyen quelconque, en vue de
favoriser la circulation ou le trafic à réprimer, qu’une personne se livre à l’un
quelconque des actes punissables énumérés ci-dessus; d’annoncer ou de faire
connaître comment et par qui lesdits écrits, dessins, gravures, peintures,
imprimés, images, affiches, emblèmes, photographies, films cinématographiques
ou autres objets obscènes peuvent être procurés, soit directement, soit
indirectement ».
6- La torture
Aux termes de l’article 1er de la convention contre la torture et autres peines ou
traitements cruels, inhumains ou dégradants, on entend par torture :
32
«1- tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou
mentales, sont intentionnellement infligées à une personne, aux fins notamment
d’obtenir d’elle ou d’une tierce personne des renseignements ou des aveux, de
la punir d’un acte qu’elle ou une tierce personne a commis ou est soupçonnée
d’avoir commis, de l’intimider ou de faire pression sur une tierce personne ou
pour tout autre motif fondé sur une forme de discrimination quelle qu’elle soit,
lorsqu’une telle douleur ou de telles souffrances sont infligées par un agent de
la fonction publique ou toute personne agissant à titre officiel ou à son
instigation ou avec son consentement exprès ou tacite. Ce terme ne s’entend pas
à la douleur ou aux souffrances résultant uniquement de sanctions légitimes,
inhérentes à ces sanctions ou occasionnées par elles.
2- Cet article est sans préjudice de tout instrument international ou de toute
loi nationale qui contient ou peut contenir des dispositions de portée plus
larges».
7- Le trafic des stupéfiants
La Convention contre le trafic illicite de stupéfiants et de substances
psychotropes de 1988est entrée en application le 11 novembre1990.
Elle vient renforcer les dispositions de la Convention unique sur les stupéfiants
de 1961 et de la Convention sur les substances psychotropes de 1971 en termes
de lutte contre le trafic de stupéfiants en définissant des moyens légaux.
8- La discrimination raciale
La discrimination raciale désigne toutes les formes de distinctions effectuées sur
la base de l’origine, de l’appartenance réelle ou supposée d’une personne à une
ethnie, à une nation, à une race ou à une race déterminée.
33
9- Les prises d’otage :
Une prise d'otage est une action visant à retenir des personnes contre leur
volonté afin, le plus souvent, de revendiquer quelque chose (la possibilité d'une
évasion, revendications politiques, financières, etc.).
10- La criminalité transfrontalière organisée :
La Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée,
adoptée le 15 novembre 2000, est le principal instrument dans la lutte contre la
criminalité transnationale organisée. Elle est entrée en vigueur le 29 septembre
2003. La Convention est complétée par trois Protocoles, qui visent des activités
et manifestations spécifiques de la criminalité organisée : le Protocole visant à
prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et
des enfants ; le Protocole contre le trafic illicite de migrants par terre, air et mer ;
le Protocole contre la fabrication et le trafic illicites d'armes à feu, de leurs
pièces, éléments et munitions.
Section 2 : Autres protections
§1 : La circulation internationale
Au nombre des incriminations pour la protection de la circulation, on peut
mentionner : la piraterie, les détournements d’avions et la cybercriminalité.
1- La piraterie :
La piraterie est une forme de banditisme pratiquée sur mer par des marins
appelés pirates. Cependant, les pirates ne se limitent pas aux pillages de navire,
mais attaquent parfois de petites villes côtières.
34
2- Le détournement d’avion
Un détournement d'avion est la prise de contrôle d'un avion ou plus par une ou
plusieurs personnes. Dans la plupart des cas, ces personnes sont armées et
forcent le pilote à se diriger vers l'endroit désiré par les preneurs d'otage. Cet
acte est souvent associé au terrorisme.
3- La cybercriminalité :
La cybercriminalité est une activité criminelle qui cible ou utilise un ordinateur,
un réseau informatique ou un appareil mis en réseau. La plupart des activités
cybercriminelles (mais pas toutes) sont commises par des cybercriminels ou des
pirates informatiques qui veulent se faire de l'argent.
§ 2 : Les incriminations destinées à protéger l’environnement
Au nombre des incriminations pour la protection de l’individu, on peut
mentionner : les atteintes à l’environnement et la pollution des mers.
1- Les atteintes à l’environnement :
Les atteintes à l’environnement et à la santé publique sont des problématiques
croissantes. Très souvent de portée internationale, elles revêtent des formes très
diverses, affectant notre quotidien à travers l’air que nous respirons, les aliments,
l’eau, voire les produits contrefaits ou détournés que nous consommons.
2- La pollution des mers :
La pollution marine consiste en la présence de déchets dans les océans, ou bien
résulte du rejet dans l'environnement par les activités humaines de quantités
excessives de produits physiques ou chimiques toxiques, etc.
35
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TINE, A. ; La Cour pénale internationale ; l’Afrique face au défi de l’impunité,
édition Raddho, Dakar, 2000, 199 pages.
39
DROIT PENAL INTERNATIONAL
Epreuve de préparation aux examens
1- Définissez : génocide, crime contre l’humanité, crime de guerre, crime
d’agression, TPI ad hoc, compétence universelle, extradition.
2- La qualification pénale du génocide exige un dol spécial ; expliquez
3- Quels sont les crimes internationaux dont la CPI peut connaître
actuellement?
4- Qui a créé les TPI ad hoc (TPIY, TPIR)?
5- Pourquoi dit-on que la CPI est la juridiction pénale internationale
permanente ?
6- Quelle est la compétence ratione temporis de la CPI ?
7- Citez les juridictions du DPI que vous connaissez ?
8- Que veut dire rôle complémentaire de la CPI par rapport aux juridictions
nationales ?
9- Parmi les affirmations suivantes, laquelle ou lesquelles vous paraissent
exacte(s) ?
A : Le génocide suppose un nombre de victimes dépassant le millier ;
B : La qualification pénale de génocide exige une intention spéciale ; C : Le
génocide suppose la destruction d’un groupe national, ethnique,
politique ou religieux.
10-Parmi les affirmations relatives à la CPI, laquelle ou lesquelles sont
inexacte(s) ?
A : Elle a la primauté sur les juridictions nationales ;
40
B : Elle est une juridiction permanente ;
C : Sa compétence, non rétroactive, porte sur les crimes commis après son
entrée en vigueur, soit le 1er janvier 2002 ;
D : Elle a été créée par le Conseil de sécurité.
11-Parmi les affirmations concernant les modes de saisine de la CPI, laquelle
ou lesquelles sont exactes ?
A : Tout Etat membre de l’ONU peut la saisir ;
B : Tout citoyen ressortissant d’un Etat partie au Statut de Rome peut la
saisir ;
C : Le Conseil de sécurité de l’ONU peut la saisir sur la base du chapitre VII
de la Charte des Nations Unies.
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