Utilisation de la Banane en Alimentation Animale
Utilisation de la Banane en Alimentation Animale
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Salah Nizar
French National Institute for Agriculture, Food, and Environment (INRAE)
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All content following this page was uploaded by Salah Nizar on 09 December 2015.
Avec la participation de
Gisèle Alexandre, Caroline Anais, Remy Arquet, Claude Barbier, Katia Benony, David Béramis, Bruno
Bocage, Jérémy Brochain, Mélain Bructer, Suzitte Calif, Ode Copry, Pierre-Justin Dumoulin, Tatiana
Etienne, Audrey Fanchone, Mélanie Flainville, Jérôme Fleury, Mario Giorgi, Jean Luc Gourdine, Fernand
Labirin, Carine Marie-Magdeleine, Fred Nipeau, Marie-José Noël-Bévis, Fred Périacarpin,
Lucien Philibert, Frederic Pommier, Nizar Salah, Felix Silou .
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AVANT PROPOS
L ’alimentation est l’un des principaux facteurs limitant la production des animaux
d’élevage en zone tropicale. Les recherches conduites à l’Inra dans ce domaine,
consistent à apprécier la valeur alimentaire de divers fourrages et sous-produits pour
préciser les stratégies d’utilisation.
Aujourd’hui, les coproduits du bananier sont utilisés en frais. Leur bonne utilisation dépend
fortement des quantités proposées aux animaux, la stratégie de complémentation (azotée
notamment), l’adéquation de la ressource avec l’espèce animale et son stade physiologique.
Le granulé banane peut remplacer les granulés classiques à base de céréale.
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Le mot de Philippe ALIANE, Directeur du groupement
Les Producteurs de Guadeloupe (LPG),
La farine de banane pour l’alimentation animale :
un plan de développement endogène
Initiative humaine, scientifique et technique, la fabrication par
les GMA d’aliments à base de farine de bananes produites par le LPG, et destinée à l’alimentation
animale, est non seulement une démarche durable pour la Guadeloupe, mais aussi l’occasion pour la
filière de valoriser localement sa production.
« La banane, précise Philippe Aliane, a un vrai rôle à jouer au plan local ». Les écarts de triage étaient déjà
utilisés pour l’alimentation animale. Mais compte tenu des difficultés d’utilisation (manipulation, stockage,
conservation), l’idée a donc été de créer, à partir de ces bananes, une farine de banane à destination des
animaux.
Tino Dambas, producteur de bananes, s’engage : « Il pourrait s’agir, à terme, de produire de la banane
destinée à la fabrication de farine et non plus se contenter des écarts de triage. Développer l’utilisation de la
production sur place et limiter les importations va dans le sens du développement durable ».
La farine de banane pourrait se substituer aux aliments comme le maïs ou le blé, grâce à son apport en
énergie.
L’objectif est donc de valoriser une matière première locale disponible toute l’année. Remplacer à terme une
partie du maïs importé par une banane locale serait donc un grand pas dans la direction du développement
endogène et durable du territoire guadeloupéen.
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SOMMAIRE
AVANT PROPOS p. 4
INTRODUCTION p. 10
Chapitre 1 p. 12
Les ressources alimentaires de la bananeraie
Chapitre 2 p. 18
Valeur alimentaire des ressources de la bananeraie pour les porcs
Chapitre
Chapitre 33 p. 24
Valeur alimentaire des ressources de la bananeraie pour les ruminants
Chapitre
Chapitre 44 p. 30
Les systèmes de production banane-élevage
Chapitre
Chapitre 55 p. 36
Modalités de conservation des produits du bananier
BIBLIOGRAPHIE p. 42
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Introduction
L a banane d’exportation couvrait en 2009, 2100
ha en Guadeloupe et 5700 ha en Martinique
respectivement. La production de fruits était de 59 000
de façon épisodique chez les petits producteurs. De plus,
les feuilles et les stipes sont des alicaments dont l’activité
anthelminthique a été testée (Marie-Magdeleine et al.,
et 190 000 tonnes pour la Guadeloupe et Martinique. 2011). Les pelures de banane sont aussi des aliments
La fonction première d’une bananeraie est de produire potentiels à destination principalement des herbivores
des fruits pour l’exportation. Depuis quelques années, et secondairement des porcs (Tartrakoon et al., 1999 ;
des jachères assainissantes ont été introduites dans les Lapenga et al., 2009).
bananeraies afin de couper le cycle des nématodes du
sol responsables de lourdes pertes en fruits (Sarah et al., L’utilisation des produits du bananier dans l’alimentation
1983). Ces jachères sont quelquefois plantées en canne à animale doit intégrer la contrainte des produits
sucre mais peuvent aussi accueillir des prairies naturelles phytosanitaires utilisés en bananeraie. Ainsi, compte
ou plantées, pâturées principalement par des bovins. tenu de la pollution des terres par la chlordécone, la base
En Guadeloupe, des ateliers d’élevage, principalement de de certaines herbes des jachères peut être contaminée. Il
porcs, se sont développés à l’extérieur des bananeraies. en est de même pour la base des stipes alors que les fruits
Ils valorisent la fraction non commercialisée (écarts de et les feuilles seraient indemnes de chlordécone.
triage, 15 à 20% de la production) de la banane produite.
En Martinique, des élevages de ruminants et de porcs se L’objectif principal de ce guide est de faire le point sur les
partagent les écarts de triages. modalités pratiques d’utilisation des produits du bananier
et de la farine de banane dans l’alimentation animale. De
Hormis les écarts de triage, les faux troncs (stipe) et fortes différentes existent dans la composition chimique
feuilles de bananier sont aussi des aliments potentiels des bananiers, notamment entre les variétés dessert
pour les herbivores (Geoffroy, 1980). Ils sont déjà utilisés (Cavendish) et légumes (Plantains). Ce travail porte sur
les variétés Cavendish.
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LES RESSOURCES ALIMENTAIRES
DE LA BANANERAIE
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Chapitre 1
Les pelures de banane, bien que faiblement disponibles en Guadeloupe et Martinique du fait de l’absence d’industries
agroalimentaires, sont aussi des ressources de bonne valeur alimentaire pour les ruminants.
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Composition chimique des produits par les monogastriques. Cela entraînera une plus forte
complémentation en protéines lors de la formulation des
La banane fruit rations des ruminants et monogastriques. .
La composition chimique de la banane fruit (Tableau 2 a Les stades de récolte variant 750 à 1050°C.j ont peu d’effet
et b) varie avec son stade de récolte (maturité) appréciée sur la composition chimique et la valeur énergétique des
en somme de degrés-jours. Les régimes de banane différentes fractions d’un régime de banane et du fruit
destinés à l’exportation sont généralement récoltés à en particulier. En conséquence, ces évolutions ont peu
900°C.j. La banane fraîche a une teneur élevée en eau d’effet sur la valeur énergétique du fruit. A l’intérieur de
qui limite la densité énergétique de la ration de certains cette fourchette (750 à 1050°C.j), la banane est encore
animaux d’élevage (porc, volaille, etc..). Elle est pauvre verte et riche en amidon.
en matières minérales (4 à 10%) de la Matière Sèche (MS)
dont le potassium représente le principal élément (70 à La composition chimique de la banane mûre est par
80 % des cendres totales). contre différente de celle de la banane verte. L’amidon
initialement présent dans le fruit vert se transforme
La banane a une faible teneur en azote comparativement progressivement en sucre. Les tanins présents dans la
aux céréales. De plus, une fraction importante de cet peau du fruit disparaissent. La pulpe quant à elle, a une
azote (25 à 30%) est sous forme soluble non valorisable valeur énergétique proche de celle du maïs.
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Les feuilles et stipes du bananier Les teneurs de feuilles et stipes en fibres totaux (NDF)
sont assez similaires de celles d’une herbe de 35 jours.
Le bananier est une grande herbe. Les compositions Les feuilles ont aussi des teneurs en lignocellulose (ADF)
chimiques des feuilles et stipes de bananier sont indiquées proches de celles d’une herbe alorsque les stipes sont
dans le Tableau 2a. Contrairement aux feuilles qui ont sensiblement moins riches.
des teneurs en matière sèche comparables à celles d’une
herbe verte, les stipes sont très riches en eau qui limite Les feuilles et stipes contiennent des métabolites
leur ingestion. Les concentrations en matières azotées secondaires (tanins, saponines) qui ont des conséquences
totales des feuilles sont proches de celles d’une graminée sur la nutrition et la santé des animaux. L’ingestion de
fourragère de 35 jours. Celles des stipes sont faibles et se feuilles et stipes par les petits ruminants permet de
rapprochent d’une paille. La fraction soluble de l’azote réduire l’impact du parasitisme gastro-intestinal.
rapportée à l’azote total est d’environ 10% dans les feuilles Les variétés plantain se caractérisent par des teneurs en
contre 25% pour les stipes. fibres (NDF, 44% de la matière sèche (MS)) plus faibles
que les Cavendish.
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VALEUR ALIMENTAIRE DES RESSOURCES
DE LA BANANERAIE POUR LES PORCS
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Chapitre 2
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Banane verte ensilée riches en azote doit être réévaluée pour tenir compte
des besoins des animaux. La farine peut être utilisée
L’ensilage de banane offre une possibilité de conservation sans être incorporée dans un aliment composé. Dans
sur le long terme pour les éleveurs (voir plus loin la ce cas, elle devra être mélangée avec de l’eau (1:1) pour
description de la technique). Les travaux menés en maximiser l’ingestion et devra être complémentée avec un
Guadeloupe montrent que la valeur alimentaire de la supplément protéique (le même que pour la banane verte
banane conservée par ensilage est inférieure à celle du fraiche). Les besoins en protéines et en énergie du porc
produit frais. Au niveau des performances des animaux, en post sevrage (entre 10 et 30 kg) sont importants. De
cette plus faible valeur peut être compensée par une plus ce fait, l’inclusion de farine de banane dans un aliment
forte ingestion du produit ensilé (MS). formulé pour ce stade physiologique ne peut pas être
Chez le porc en croissance (>30 kg), l’ensilage de banane aussi importante que pour le porc en croissance. Nous
peut être donné à volonté. Les conditions d’utilisation préconisons une incorporation limitée à 20%.
(distribution, complémentation) sont les mêmes que Chez la truie en gestation, l’utilisation de la farine de
pour la banane verte fraiche. banane en remplacement des céréales dans l’aliment
La banane fraiche ensilée peut couvrir l’intégralité des composé ne pose aucun problème particulier. Chez la
besoins de la truie en gestation à condition d’apporter un truie en lactation, son incorporation dans l’aliment ne
complément protéique. Compte tenu de la faible densité doit pas dépasser 30 à 40 %.
énergétique de l’ensilage et des besoins importants de
la truie en lactation, une quantité limitée d’ensilage
de banane doit être utilisée pendant cette phase. Par Banane mure
précaution, il est préférable d’alimenter les truies en
lactation avec un aliment concentré.
Tableau 3a : Apport de tourteau de soja en fonction de la quantité de banane fraîche consommée pour un porc
en croissance LW (30 - 90 kg)
Banane fraiche, kg/j 3,0 4,0 5,0 6,0 7,0 8,0 9,0
Tourteau de soja, g/j 270 350 440 520 610 700 790
GMQ, g/j 320 430 540 650 770 880 1000
Tableau 3b : Apport de complément banane GMA en fonction de la quantité de banane fraîche consommée
pour un porc en croissance LW (30 - 90 kg)
Banane fraiche, kg/j 3,0 4,0 5,0 6,0
Complément GMA, g/j 850 1120 1390 1670
GMQ, g/j 530 710 880 1060
Tableau 3c : Apport de tourteau de soja en fonction de la quantité de banane fraîche consommée pour un porc
en croissance Créole (20 - 60 kg)
Banane fraiche, kg/j 3,0 4,0 5,0 6,0 7,0 8,0 9,0
Tourteau de soja, g/j 160 210 260 310 360 410 460
GMQ, g/j 220 300 370 450 530 610 690
Tableau 3d : Apport de complément banane GMA en fonction de la quantité de banane fraîche consommée
pour un porc en croissance Créole (20 -60 kg)
Banane fraiche, kg/j 3,0 4,0 5,0 6,0 7,0
Complément GMA, g/j 400 540 670 800 930
GMQ, g/j 290 400 500 600 700
Tableau 3e : Apport de tourteau de soja en fonction de la quantité de farine de banane consommée pour un
porc en croissance LW (30 - 90 kg)
Farine, kg/j 1,0 1,20 1,4 1,6 1,8 2,0
Tourteau de soja, g/j 430 510 590 670 760 840
GMQ, g/j 540 640 750 850 960 1060
Tableau 3f : Apport de tourteau de soja en fonction de la quantité de farine de banane consommée pour un
porc en croissance CR (20 - 60 kg)
Farine, kg/j 1,0 1,2 1,4 1,6 1,8 2,0
Tourteau de soja, g/j 260 300 350 400 440 490
GMQ, g/j 370 440 520 590 660 730
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Complémentation protéique pour la truie en gestation
Pour les truies en gestation alimentées avec de la banane fraiche (verte/mure) ou ensilage, nous préconisons le même
niveau de complémentation. La complémentation sera différente avec la farine de banane (Tableau 3g).
Tableau 3g : Apport de tourteau de soja en fonction de la quantité de farine de banane consommée pour la truie
en gestation
Forme de présentation Banane fraiche Farine de banane
Type de complément Soja Complément GMA Soja Complément GMA
Complément, kg/j 0,6 1,1 0,6 1,1
Banane, kg/j 9,9 7,7 2,1 1,6
23
VALEUR ALIMENTAIRE DES RESSOURCES
DE LA BANANERAIE POUR LES RUMINANTS
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25
Chapitre 3
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La complémentation de la banane avec une source Farine de banane
d’azote non protéique à fermentation rapide telle l’urée
n’est pas une bonne solution. La fermentation de l’azote La farine de banane peut aussi être utilisée
de l’urée n’est pas synchronisée avec celle de l’énergie comme ingrédient d’aliment commercial,
de la banane qui est une source d’amidon à dégradation ou d’un aliment fabriqué à la ferme.
lente. La complémentation azotée de la banane devrait Différentes formules sont possibles.
être réalisée avec des protéines du genre tourteau ou L’optimisation de la formule dépend de
de l’azote non protéique à hydrolyse lente (Geoffroy, la composition du fourrage consommé
1980). Il n’y a pas de références sur l’association de la par le ruminant. Avec une graminée de
banane avec les légumineuses fourragères. Ce scénario qualité moyenne, une formule du type
est potentiellement une voie d’amélioration de la valeur « 57,5% farine de banane, 20% de soja,
protéique des rations consommées par les ruminants. 20% de luzerne (ou stylosanthes), 2,5%
de CMV » permet d’optimiser l’utilisation
de l’énergie de la banane.
Feuilles et stipes
Feuilles et troncs peuvent être assimilés à de l’herbe
dont l’ingestion se fait en moindre quantité du fait des
concentrations plus élevées
en eau, en lignine, et certains
autres composés biochimiques.
Les feuilles et troncs peuvent
être distribués à l’état brut, tels
que récoltés aux champs. Ce-
L’apport de la banane augmente la digestibilité globale pendant, le hachage favorise la
de la ration et en conséquence sa valeur énergétique. consommation du produit. Les
Cependant, la digestibilité du fourrage diminue, la feuilles sont équivalentes à de
banane se comportant comme un concentré classique. l’herbe de qualité moyenne tant
Les bananes sont consommables vertes ou mûres, du point de vue énergétique qu’azoté (protéique). Les ru-
entières ou fractionnées (broyées, cossettes plus ou minants peuvent volontairement
moins fines), fraîches, ensilées. Ces traitements peuvent consommer jusqu’à environ 3,2
entraîner des modifications surtout dans l’appétence du kg de produit sec pour 100 kg de
produit mais également dans une moindre mesure dans poids vif (soit 15 kg de feuilles
sa valeur énergétique pour l’animal. Le fractionnement fraîches). Les troncs sont plus
du produit facilite l’ingestion et est à ajuster en fonction riches en eau et plus pauvres en
de l’espèce animale pour limiter des risques de blocage azote que les feuilles.
dans l’oesophage et d’étouffement après ingestion. La Les ruminants peuvent volontai-
forme entière est la plus neutre, l’animal ajustera sa taille rement consommer jusqu’à envi-
de bouchée. Le broyage grossier et les fines cossettes ron 1,2 kg de stipes secs pour 100 kg de poids vif (soit
peuvent permettre d’améliorer sensiblement l’ingestion 12 kg de tronc frais). Il est possible d’associer feuilles et
de la banane fraîche. La valeur énergétique de la banane troncs, feuilles ou troncs dans des rations mixtes avec la
fraîche verte ou mûre a été estimée à 1,1 UF par kg de banane fruit et un complément azoté.
matière sèche (Geoffroy, 1980).
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Quelques exemples de rations ce même taux de substitution est appliqué. Cependant,
dans les deux cas, une dégradation de l’indice de
Le tableau 5 présente quelques rations pour l’engraisse- consommation est observée.
ment intensif. De nombreuses rations à base de banane
fruit ou feuillage de bananier ont été testées sur les ani- Chez les ruminants consommant de la banane fruit,
maux d’élevage avec de bonnes performances zootech- la complémentation azotée doit permettre aux rations
niques (Tableau 6). d’engraissement d’atteindre des taux de matière azotée
supérieurs à 12,5% pour maximiser les croissances des
Chez les veaux zébus en cours de sevrage recevant une animaux de type zébu. Dans de telles conditions, des
ration d’engraissement (700 g de croît par jour), la farine régimes composés de bananes vertes à volonté, d’herbe
de banane peut remplacer jusqu’à 65 % de céréales ou de foin (jusqu’à 700 g de matière sèche /100 kg de
sans aucune conséquence sur la croissance (Geoffroy, poids vif) et de tourteau de soja (moins de 750 g /100 kg
1980). Des croissances (1200 g /jour) de génisses et de poids vif) permettent des croissances supérieures à
taurillons d’environ 270 kg, recevant cette même ration 1000 g /jour.
d’engraissement ne sont pas non plus pénalisée quand
Ration 2
Feuilles de Bananier (g) 2500 5000 7000 9000 12000 14000 16000
Légumineuse Herbacée ou
arbustive (g) 3000 6000 9000 12000 15000 18000 21000
Banane fraiche (g) 3500 7000 10500 14000 18000 21000 25000
Ration 3
Feuilles de Bananier (g) 1500 3000 4500 6000 7500 9000 11000
Légumineuse herbacée ou
arbustive (g) 4500 9000 14000 18000 23000 27000 32000
Banane fraiche (g) 3500 7000 10500 14000 18000 21000 25000
Ration 4
Feuilles de Bananier (g) 4500 9000 13500 18000 23000 27000 32000
Concentré commercial Banane (g) 500 900 1800 2700 3500 3150 5300 6200
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Tableau 6 . Performances des animaux d’élevage ingérant des rations à base de banane
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LES SYSTÈMES DE PRODUCTION
BANANE-ÉLEVAGE
30
31
Chapitre 4
En Guadeloupe et en Martinique, les bananeraies sont principalement des unités de production spécialisées dans la
production de banane comme schématisé par la Figure 2. Les bananeraies permettent cependant de supporter des activités
d’élevage (porcs, ruminants). L’élevage peut être présent dans la bananeraie ou à l’extérieur de celle-ci. Cependant,
même quand elle existe sur l’exploitation agricole, il n’y a pas d’intégration entre les cultures et l’élevage.
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Une alternative à la valorisation du bananier serait de faire évoluer les bananeraies dans des unités de production de type
polyculture élevage intégrant cultures et élevage (Archimède et al, 2012) Figure 3.
Dans l’hypothèse de valorisation de certains coproduits utilisant le fumier des animaux. Par ailleurs, il peut être
(écarts de triage et feuilles), les travaux de modélisation envisagé de ne prélever que les feuilles du bananier et de
indiquent que des chargements de 1184, 285, et 418 kg de laisser les troncs sur les parcelles.
poids vif de bovins, caprins et ovins créoles peuvent être
Sur les exploitations dont le sol est contaminé par la
envisagés par hectare de bananier.
chlordécone, les élevages de type naisseur ne présentent
L’introduction d’une jachère herbacée dans les pas de risques pour la qualité sanitaire des produits
bananeraies pour lutter contre les nématodes du animaux exception faite des femelles de réforme. Pour les
bananier, représente un atout pour leur évolution dans élevages de type engraisseur, la distribution de fourrage
des exploitations agricoles de type polyculture élevage, (herbe de la jachère + feuilles de bananier) doit s’arrêter
accueillant notamment des élevages de ruminants. Le 9 mois avant la date d’abattage des bovins. Ce délai est en
choix d’une légumineuse herbacée, le stylosanthes par cours de détermination pour les petits ruminants. Pour
exemple, permet de produire la protéine de substitution alimenter en permanence les animaux à l’engraissement
au tourteau de soja. avec les produits issus de la bananeraie, l’agriculteur doit
s’assurer que les aliments (herbe de la jachère et feuilles du
bananier) ne soient pas contaminés par la chlordécone.
Pour les porcs, les animaux en engraissement sont
potentiellement les meilleurs valorisateurs de la banane
fruit. La bonne stratégie de complémentation est
probablement celle qui permet de valoriser le potentiel
énergétique de la banane ingérée plutôt que d’essayer
de maximiser les performances de l’animal. Cela revient
dans la pratique à calculer l’apport de protéines en
fonction de la quantité d’énergie de banane qui peut être
volontairement ingérée par les animaux. Le fruit n’étant
pas contaminé par la chlordecone, il n’y a pas de risque
Les planteurs de banane font le choix de laisser les troncs pour la qualité sanitaire des produits si l’élevage est
et feuilles de bananier sur champs pour ne pas réduire conduit sur caillebotis ou une aire bétonnée.
le taux de matière organique du sol. En cas de présence
Le tableau 7 donne les résultats économiques de quelques
d’un atelier d’élevage sur l’exploitation agricole, une
ateliers d’élevage.
restitution de la matière organique peut être réalisée en
33
Tableau 7. Résultats économiques d’ateliers d’élevage
34
35
MODALITÉS DE CONSERVATION
DES PRODUITS DU BANANIER
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37
Chapitre 5
38
Ensilage mode opératoire
Faire un silo - tranchée ou silo – couloir (parpaing,
bois…). Le silo doit être long avec une largeur la plus faible
possible pour limiter les contacts avec l’air au moment de
l’ouverture du silo. Prévoir une pente pour l’évacuation
de « jus » de l’ensilage. Le volume du silo doit être calculé
en fonction des besoins journaliers prévisionnels. Il est
souhaitable que le contenu du silo soit consommé dans
une semaine.
Le séchage
Le séchage est une technique visant à évaporer l’eau du
produit de manière à accroître la teneur en matière sèche
et faciliter la conservation. Le séchage artisanal est une
technique de conservation utilisée depuis très longtemps.
La banane verte ou mûre, coupée en cossette, est mise à
sécher au soleil pendant 2 à 3 jours. Le produit ainsi séché
Disposer une bâche à l’intérieur du silo. Les bords de est conservé tel quel à l’abri de l’humidité ou réduit en
la bâche doivent déborder largement pour pouvoir être farine.
rabattus une fois le silo plein.
Le séchage industriel remonte aux années 60. Les
techniques varient. Parmi elles, la banane mûre ouverte
hachée est séchée dans un système de tambours où circule
de l’air chaud. Cette technique n’est pas tributaire des aléas
climatiques mais a un coût énergétique élevé. Ce dernier
est estimé à 68 kg de fuel et à 25 KW par tonne de banane
fraîche. Dans le contexte local, la viabilité économique de
cette technique est conditionnée à l’utilisation d’énergie
renouvelable.
39
Conclusions
Q uelle que soit l’espèce animale considérée, la valeur énergétique de la banane fraîche est
5 fois plus faible que celle du maïs du fait de sa forte teneur en eau. La carence en azote
(protéine) est la principale contrainte d’utilisation de la banane. Des travaux d’amélioration
génétique ont été conduits sur les variétés de bananes cultivées pour l’exportation. Cela pourrait
impacter la valeur alimentaire des fruits. Le séchage de la banane permet d’améliorer sa qualité
nutritionnelle (valeur énergétique multipliée environ par 5 par kg de produit) et offre la possibilité
de stocker le produit sur de très longues périodes. Le coût énergétique d’une telle opération et les
moyens de la minimiser doivent être étudiés. Cependant, les rations à base de banane doivent, le
plus souvent, être complémentées en protéines. Les tourteaux de soja en particulier qui sont bien
équilibrés pour les principaux acides aminés, sont des compléments nécessaires pour une bonne
valorisation de la banane. D’autres ressources riches en protéines sont aussi utilisables, dont les
Ressources Non Conventionnelles (feuillages riches en protéines, pois..) principalement pour les
ruminants.
En plus des travaux sur les ressources du bananier, des innovations (organisation, technologies,
itinéraires techniques) sont à rechercher à l’échelle des bananeraies et/ou des territoires pour une
gestion optimale.
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Références bibliographiques
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