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OLIVIER PY
PARADIS DE TRISTESSE
ROMAN
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PARADIS DE TRISTESSE
Cherchant l’Absolu dans la pénombre rou-
geoyante du Trap, le narrateur s’est voué à la
beauté de Pascual, l’ancien skin à la cruauté si
parfaite. Il est entré à jamais dans la dépendance
de cet homme qui impose ses lois, en roi des
cérémonies de la soumission amoureuse.
Au Trap, on croise aussi Alcandre, le vieux
poète, autrefois dandy au panache insolent, qui
voudrait atteindre, par-delà l’humiliation du corps,
la vérité de sa vie et la clarté des signes. Au Trap
encore, il y a Grégoire, titubant entre ce théâtre
d’abjection et ses fiévreuses retraites chez les
moines. Et il y a Ellert, le jeune père à la patiente
douceur de victime…
Méditation sur la condition humaine, sur l’art
et la transcendance, Paradis de tristesse met en
scène des personnages bouleversants, avides ou
désespérés, qui cherchent, au-delà du désir, un
chemin vers la joie, l’inspiration, la grâce.
Auteur, metteur en scène et comédien, Olivier Py est le
directeur du Centre dramatique national d’Orléans. Il a
publié de nombreuses pièces de théâtre chez Actes
Sud-Papiers. Paradis de tristesse (Actes Sud, 2002) est
son premier roman.
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DU MÊME AUTEUR
Chez Actes Sud - Papiers
La Servante. Histoire sans fin, 1995.
Le Visage d’Orphée, 1997.
Epître aux jeunes acteurs pour que soit rendue la parole à
la parole (collection “Apprendre”, n° 13), 2000.
L’Apocalypse joyeuse, 2000.
L’Exaltation du labyrinthe, 2001.
Chez Actes Sud
La Servante. Histoire sans fin, 2000 (nouvelle édition).
Aux Solitaires Intempestifs
La Nuit au cirque, 1992.
Les Aventures de Paco Goliard, 1992.
Théâtres, 1998.
A L’Ecole des loisirs
La Jeune Fille, le Diable et le Moulin, 1995.
L’Eau de la vie, 1999.
Chez Arte éditions (collection “Scénars”)
Les Yeux fermés, 2000.
© ACTES SUD, 2002
2-7427-3922-X
ISBN 978-2-330-10017-9
Illustration de couverture :
Antonello da Messina (c.1430-c. 1479)
Crucifixion (détail), Anvers
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OLIVIER PY
Paradis de tristesse
roman
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LA LAMPE
Son odeur m’apprenait à mourir.
Quand il levait ses bras vers le ciel dans le geste
de plonger, il le faisait souvent, les mains tendues,
il me semblait qu’il allait crever la surface du réel
et plonger au cœur du mystère pour atteindre une
profondeur plus fraîche. Ses aisselles alors lâchaient
une odeur de fleurs mortes et de craie.
Cela m’apprenait à mourir.
Cela m’apprenait à mourir ? Non, cela m’appre-
nait que je meurs.
Sois en fête, toi, l’homme simple qui as aimé
dans l’ombre de la splendeur, et as goûté au vin
éphémère !
Apprends-moi ! Apprends-moi, disait le vieux
professeur à la putain. Or elle ne savait que piétiner
les livres et mettre dans son sexe une dragée de
baptême bleu clair qu’il cherchait plaisamment avec
son vieux museau. Et quand ses amis de l’Académie
lui parlaient d’autre chose que d’expériences sen-
sibles, il lui venait pour la chose écrite une tristesse
et peut-être une haine sans merci. Il pleurait une
nuit entière sur la faiblesse des mots et écrivait sur
le sujet terrible un livre prodigieusement ennuyeux.
J’appartenais à Pascual et apprenais à me conju-
guer au présent.
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Oublier c’est chanter. Dans cette chambre banale,
j’accomplissais la prouesse de n’être plus ce songe
lassant de désirs dérisoires, une chose en moi chan-
tait, une chose rapiéçait mon appartenance au
monde, cette chose en moi chantait, déchirait l’iso-
lat initial et, ce chant, c’était la douleur consentie.
Une sorte de dégoût pour mon corps est tou-
jours sur le point de me faire désirer l’obscurité
radicale, obscurité où cacher autant que faire gran-
dir ce haut-le-cœur que ma naïveté confondait
aux années ardentes avec un renoncement, fleur
de pureté née du bourbier des passions, saxi-
frage hideuse des ruines de ma sensualité.
Et ce dégoût pour mon corps ouvre toujours avec
la voix du fossoyeur l’abîme exaltant du mépris de
soi et, par ce prisme de soi, de toute réalité terrestre.
Alors même que dans sa totalité mon corps m’est
infâme (par exemple regardé dans un miroir, ces
cercueils verticaux aux dos des portes d’hôtel qui
ne laissent pas notre image mettre les bras en croix
ni se hisser sur les pointes mais obligent le regard à
embrasser un corps contraint et dénué de danse),
alors même que la totalité de mon corps est une
pensée insupportable, la pensée même de la fini-
tude odieuse, du contrat dérisoire et léonin que la
pourvoyeuse de déchéance nous impose, alors
même que je vomis ce corps nu dans sa totalité,
j’éprouve pour chaque partie une fascination sans
égale et, le mettant en pièces, j’apprends à l’aimer,
car si la réunion de tous ces membres est une
somme infaisable, car si le considérer dans sa tota-
lité c’est accepter que je ne suis et ne serai que “Ça”,
ses parties démembrées me laissent contempler la
terrible splendeur de la chose humaine.
Ne me reste-t-il pas à découvrir que l’aversion
que j’ai pour mon corps est refus de confondre cette
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identité de passage avec ce que je suis en vérité,
l’enfant de Dieu ?
Mais l’enfant de Dieu est-il connaissable ailleurs
que dans ce corps ?
Et pour mon nom il en va de même. Ecrire mon
nom m’a toujours été insupportable, cette signa-
ture obligatoire en haut de la page me donnait un
haut-le-cœur sans comparaison possible. Il a été
fréquent qu’à l’école on reconnaisse mes copies à
ce qu’elles n’étaient pas signées, j’avais dû, remet-
tant toujours le geste de la signature à plus tard,
l’oublier complètement. Le plus insupportable était
d’avoir ce nom devant les yeux pendant la lon-
gueur du travail, de le lire et de le relire dans son
empreinte et son cri de non-sens. Et plus tard quand
l’étiquette des colloques m’a imposé de décliner
mon patronyme pendu autour du cou, ou en bavoir
sur une table, ou en crête sur la tête de circon-
stance, j’ai déchiré le bout de papier avec un sou-
lagement rageur. Non que dans sa consonance mon
nom me déplaise, je l’apprécierai volontiers en per-
sonnage de roman, mais il m’empêche d’entendre
ce nom que Dieu murmure à mon oreille, ce nom
qui est le mien, et j’ai réclamé autant que l’obscurité
le silence, pour écouter, écouter et entendre.
C’est ce silence et cette obscurité que Pascual
par la majesté de sa présence me donnait, puisque
la ville n’était que fête d’impiété.
La rencontre de deux êtres fait croire en la Pro-
vidence autant que la rencontre de deux mots peut
apprendre à croire au poème.
Chaque fois que je retrouvais Pascual dans cette
chambre vert passé, j’entendais le fracas de mon
enfance rompue à son seuil, et j’en remerciais
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l’homme laconique et brûlé qui me parlait tendre-
ment en me frappant. Douloureuse destination,
pour voir le ciel, je ne pouvais plus compter sur la
grâce (que j’appelle Enfance) mais sur moi-même.
Pascual dans ce temps bref de notre aventure ne
m’apparaissait pas encore comme une allégorie,
je ne saurais que plus tard, au terme de ce livre,
dont les mots qui suivent sont l’empreinte, qu’il
était en chair présente : le spectre de la poésie.
Si la poésie était une Personne, elle serait un
garçon au visage de Janus, mortel ou vivifiant, et
qui sait que le temps est compté. Voilà pourquoi
si souvent, en croyant écrire le mot violence, mes
doigts distraits écrivent douceur, de même que si
souvent je prononce joie pour douleur.
Je n’ai jamais cru aux métaphores, c’est la part
de moi incorrigiblement tournée vers le théâtre.
Car au système métaphorique j’oppose la pré-
sence réelle de l’allégorie. A quoi bon penser la
beauté si l’on ne rencontre pas La beauté, à quoi
bon comparer la mort si l’on ne veut pas rencon-
trer la mort. La mort, la beauté, l’aveuglement, tout
ce que l’homme désire voir et qui ne sait se pré-
senter à son iris que dans l’éblouissement ou l’obs-
cur. Certainement, il était cet astre embrasé de
reflets, par lequel la mort est vue sans en mourir,
par lequel la chose désirée se donne en disparais-
sant, par lequel la beauté détruit en donnant sens.
Je commencerai par ce jour très beau où s’en-
fuyant il m’a dit son prénom, qui croirait que je
l’ai aimé si longtemps sans oser lui demander son
nom ?
Pascual. A quoi bon le déguiser sous un pseu-
donyme ? Il n’est pas de nom plus beau. Un u
placé au centre de son prénom le tirait vers le sud,
l’Espagne ou le Portugal, adoucissait l’incroyable
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force et l’étrange banalité de ce prénom dans sa
consonance française. Mais que le mot “Pâques”
ait été ainsi mêlé à ce désir de son nom est pour
moi un objet de contemplation infinie.
Pâques ! La plus belle fête, la seule fête qui soit
absolument lumière ! Toute mon enfance (n’ai-je
pas déjà dit que l’enfance est pour moi comme
un temps de grâce divine où le libre arbitre n’est
pas venu effrayer le dialogue tendre avec l’Esprit),
toute mon enfance est contenue dans ce matin
sous les cloches où ma grand-mère et moi allions
écouter une messe miséreuse dans une joie de
sucre et d’or solaire. Fête, nappes brodées, iris déli-
cats, brise et promesses… Comment associer cette
douceur à la violence effrénée de Pascual, à moins
de confondre par force poétique violence et dou-
ceur, sang et fleur d’oranger.
Ces Pâques nocturnes et hivernales auxquelles
il m’a attablé n’étaient pas celles de l’enfance, mais
c’est parce qu’elles étaient si difficiles que je l’aime.
Nous voulons si souvent exclure Dieu, nous le
confondons avec une substance idéale qui se refuse
à la corruption. Mais il faut une force typhonesque
pour l’admettre à chaque endroit de notre désir,
pour le sentir auprès de soi, non pas aux instants
de pure montée, mais en eaux profondes, là, sa
présence n’est plus diffuse et lointaine comme une
cloche campagnarde, elle est au creux de nous,
sourde et incompréhensible.
Pascual était mon passeur vers cette nuit pro-
fonde, cette nuit où moi seul devais allumer une
lampe. Comment dans cette traversée l’ai-je appelé
avant de connaître son nom ? C’est au-delà de ma
mémoire, il ne pouvait avoir d’autre nom. Je sup-
pose que je disais Il, Lui. N’ayant jamais laissé se
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perdre l’incandescence de sa présence jusqu’à
des définitions d’identité qui auraient anéanti le
charme, je vivais heureusement qu’il soit sans nom.
Mais je ne disais pas Il, ni Lui, non. On dit “Il”
pour l’absent, Pascual n’était jamais absent. Je lui
parlais toujours directement, même à Alcandre,
cet ami nécessaire, je n’ai pas parlé de Pascual
autrement que par figures.
Depuis trois mois (un hiver) je lui appartenais
absolument, il déroulait l’écheveau inepte de mes
désirs adolescents, il détruisait ce qui en moi n’était
pas voué à la contemplation pure. Je devais dans
le temps trop bref de sa présence apprendre à me
connaître non pas comme intelligence, mais comme
élément soumis du continuum fleurissant. Cela
était affaire de rythme, lui seul pouvait enseigner
cela à l’âme trop bavarde que j’étais, lui seul. Il avait
pour ce faire les armes exactes, son indifférence
cruelle, son impatience, cette manière d’être exilé
où qu’il soit, chez lui partout, sans questions inutiles
mais la pensée vivante.
Il ne se contentait pas de tresser des formules
livresques, il pensait, penser, c’est être libre. Il avait
un jour traversé la rue, pour gifler un adolescent
brun qui faisait les cent pas devant un magasin
de mode où sa mère se ruinait.
“Pourquoi tu as fait ça ?
— Parce qu’il avait des lunettes.”
Il voulait dire que, sans lunettes, le plaisir n’au-
rait pas été complet. Je pense souvent à cet ado-
lescent, je m’identifie évidemment à lui, il n’est
pas inimaginable qu’il doive sa libération au geste
de Pascual, c’est ce que je veux croire. Les lunettes
étaient tombées et l’adolescent assommé à quatre
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pattes sur le pavé n’avait pas du tout réagi, ni cris
ni gestes. Pascual l’avait frappé avec le poing mais
de manière latérale, il faisait souvent cela, ainsi il
ne risquait pas de lui casser le nez, ni de l’ébor-
gner. Et Pascual ne s’était pas enfui, il était resté
un temps au-dessus de lui, pour le regarder abso-
lument et puis il avait marché. En disant que c’est
surtout les lunettes qui l’avaient inspiré, il n’avait
pas menti ni souri. J’ai, depuis, l’envie tenace de
frapper tous les adolescents à lunettes que je croise
mais quelque chose m’arrête… je pense mon geste.
L’adolescent frappé avait évidemment réclamé
ce coup, heureux il avait croisé la fureur angélique
de Pascual. Exact, dans le geste et le rythme, oui
c’est cela que j’appelle penser, penser vraiment.
Penser ; c’est plus probablement être le feu
auprès du feu, l’eau au cœur de l’eau, la terre au
centre de la terre et le vent au comble du vent.
Lui seul, toi seul, et l’amour dévorant m’avait
lavé des psychologies crasses où je complaisais
mes heures scolaires. Je ne désirais rien d’autre
que de le voir par sa seule royauté (j’emploie
souvent royauté pour Présence) soustraire toute
volonté à ma volonté, devenir transparent d’ex-
tase, entrer dans l’organique bienheureux, le sang
qui exulte dans son ressac.
L’éclat qui est notre demeure est un écart de la
Nécessité, j’apprenais par lui à n’être rien.
Il me suffisait de le voir embrasser l’espace.
Une statue parfaite ordonne autour d’elle l’ar-
chitecture d’un jardin, et inverse les perspectives,
c’est le paysage qui s’est mué autour de sa pré-
sence plus grande et non pas sa forme qui est
venue parfaire le lieu (j’emploie aussi présence
pour royauté).
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Ici ou ailleurs, cette royauté qui le faisait sou-
rire c’était d’être toujours en avance sur le temps,
de courir à l’ivresse avec plus de rage, de laisser
derrière lui la mort, chien obèse qui aboie der-
rière son carrosse.
Je décrirai plus tard son visage.
Je veux le décrire tel qu’il m’est apparu au pre-
mier instant, je veux oublier le verre déformant
de mon souvenir, de l’allégorie que je lui fais por-
ter, et retrouver cette épiphanie de son visage, il
ne convient pas de revenir au point de départ
pour comprendre, la flamme est sans raison, les
cendres parlent…
Il importe de dire que la perfection et la cruauté
ont un accord souterrain que l’amateur d’art ne
supporte que rarement de regarder en face. Le
merle qui joue distraitement avec un œil de veau
arraché à l’équarrissage nous enseigne que nous
sommes un tissu graisseux de raisonnements vains.
La ponctualité de la vague et la perfection effa-
rante de l’oiseau carnivore, farouchement désira-
bles, sont l’indifférence musicale de la vie. Pascual
appartenait à ces races d’êtres qui tiennent la mort
à leur botte, chacun de ses gestes était d’une per-
fection rythmique de prédateur, la cruauté n’est-
elle pas diamant négocié ?
L’alliance avec les éléments est mère de cruauté
et d’inspiration. Le mal est le principe agissant,
alchimique, il blanchit dans l’épreuve de la poésie ;
cela aussi je l’ai appris de Pascual.
La connaissance de papier est ridicule, mais ceux
qui ont connu reconnaîtront, ne savent lire que
ceux qui ont vécu.
Cruauté et perfection sont synonymes, ce coup
de poing au ventre quand un jeune homme torse
nu, collier de perles de bois, fleurs de troène à la
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tempe, gifle d’une insulte rieuse vos assurances
de printemps.
La nature a le droit de tuer, la beauté, elle, s’arroge
le droit de ne pas nous tuer, elle nous laisse mou-
rir, c’est une cruauté plus humaine, peut-être.
Dès l’enfance, la douleur physique me semblait
une sorte de sixième sens que la raison avait refusé
de compter parmi les cinq autres.
Et ce que je dirai de la souffrance physique aussi
bien vaut pour toutes les douleurs de l’âme. Sou-
mises à un principe esthétique, dans les barres de
mesures scandées d’Eros, les douleurs avaient pour
mon âme d’enfant des correspondances aiguës
avec les couleurs et les sons.
Et si l’on refuse à la douleur la valeur sensuelle,
c’est de méconnaître le plaisir d’avoir mal dans
son avancée spirituelle. Mais le masochiste reste
le seul véritable contestataire de la Raison. Avec le
sacrifice, il a une alliance informulable, et ce sacri-
fice toujours chantant, il est possible qu’il se tourne
vers le ciel et se confonde avec la plaie hominienne.
Il n’y a pas sacrilège à aimer être triste, cela s’ap-
pelle musique. Toutes les tortures que m’infligeait
Pascual avaient leurs correspondances musicales,
l’aigu, le sourd, l’andante, l’allegro.
Si elles n’étaient pas saintes, ces tortures avaient
le visage du sacré qu’il m’appartenait de convertir.
Au-dessus de ce crâne froid qu’était le front splen-
dide de Pascual, je voyais une flamme, et cette
flamme me désignait. Dans cette nuit qu’est vivre,
on apprend l’éblouissement par diffraction sur
des objets qui ne sont que sable. Sable même pas,
vapeur, illusion, image, frôlement, la matière n’existe
que pour nous informer d’une autre origine.
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————————— PARADIS DE TRISTESSE —————————
La douleur physique, je la chérissais clandesti-
nement, l’interdit d’aimer la douleur, je ne savais
pas encore qu’il était pure politique. Qui aime la
douleur physique détraque l’horloge. Et en toute
chose, théâtre, mélancolie, lecture, travestissement,
absinthe et flagellations, je n’ai cherché que le
moyen de détraquer ce temps qui m’était imposé.
Mettre au pas cette armée de secondes, affirmer
que je suis le bouilleur de cru de mon anecdote,
distiller à ma façon la liqueur de mes jours, et vomir
cette eau sans vie qu’est le temps des autres.
La douleur physique, scarifications, flagellations,
brûlures, m’aidera plus que tout dans cette entre-
prise, et avec tant de virtuosité que je ne suis pas
loin de penser que ce sens supplémentaire de la
souffrance est confondu avec l’appréciation de
toute chronologie.
L’espace de jouissance par la douleur est hors
de la course imposée qu’arbitre la mort, et si la
douleur consentie sait interrompre la marche des
aiguilles c’est que la douleur est la clef du temps,
c’est que la douleur est le temps.
Mais je ne pensais pas à tout cela en cherchant
l’amande, dans les écorces sales, avec le couteau
jeune de Pascual.
J’entrais dans la chambre que j’avais réservée,
rue de Seine, dans cet hôtel indemne de décora-
tion qu’il avait élu pour m’y faire subir l’intelli-
gence.
La chambre n’avait ni le charme vieillot des pen-
sions de famille ni la crudité impeccable de l’hô-
tellerie industrielle, nous étions au cœur du banal,
dans ces décors où rien n’attache à la rêverie, déser-
tés par les signes, ignorés des modes, agonie de
la théâtralité.
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————————— PARADIS DE TRISTESSE —————————
Ce lieu me reposait, il appuyait un linge froid
sur le front de mon imaginaire malade, Pascual
y était comme superposé à l’image, sa présence
réelle brillait dans le vert-gris disparu et gommé
des murs et des meubles. On aurait dit qu’il avait
été repeint en couleurs puissantes sur une photo-
graphie en noir et blanc, et tandis que tout appar-
tenait à la fois au passé et à ce temps indéfini des
objets utilitaires qu’on a oublié de rendre beau,
lui, mon maître étonnant, était un présent brutal
et colorié, une mort dont le masque n’était pas
livide mais, sur le fond brumeux de la chambre,
étincelant.
Son pied sur ma nuque, il m’avait ordonné de
me mettre à plat ventre, et m’avait fait attendre
longtemps, le regard immobile sur sa bouche en
énigme.
Rien d’autre que ce sourire insultant, ce mépris
haineux, ce crachat roulé au fond de sa gorge.
J’attendais, cette attente laissait le sable de ma con-
science s’écouler à petit fil, j’oubliais d’être. J’ou-
bliai d’être comme j’ai voulu le dire mais ne saurai
jamais le dire sans sa musique.
Je ne vivais plus que par ce rictus sur ses lèvres
blanches et toute volonté perdue.
Ces lèvres étaient souvent anémiques, elles deve-
naient blanches avec le plaisir qui montait en lui,
plaisir de posséder ? D’asservir ? De détruire ? Plai-
sir de sentir en lui l’antique nature, d’être à nouveau
soudé à la méchanceté fondamentale, jouissance
d’union ! Ses lèvres blanchissaient, c’était le signe
qu’il ne se possédait plus, que l’expérience était
ouverte.
J’étais bien, là, à ses pieds, comme chaque fois
qu’il me faisait attendre, j’aimais cette suspension
de ma pensée roturière vers un état d’aristocra-
tique indifférence. Cette noblesse est peut-être
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————————— PARADIS DE TRISTESSE —————————
celle des pauvres et des désespérés. Mais pauvre
veut dire ici simplifié et désespéré en soif d’espé-
rance.
Oui, j’espérais ! J’espérais et cet espoir me déses-
pérait, j’étais l’aveugle sourcier de la deuxième
vertu, de la plus mystérieuse et belle vertu, l’espé-
rance.
Apprendre à attendre, c’est ce que l’amour fait
avec violence. Ce ralentissement donne à l’Espoir
une présence incarnée par laquelle peut-être la
douleur va pouvoir nous absoudre de l’emprise
du temps. Mais nous sommes encore loin de là…
Pour qui n’a jamais été soumis absolument à
un être de chair, la chorégraphie de ces sentiments
ascendants reste obscure. J’avance le mot ascen-
dant faute de me représenter réellement ce mou-
vement de chute vers le haut, d’aspiration par le
bas, de montée en profondeur… L’ascèse du maso-
chiste ne peut pourtant se dire sans recours aux
métaphores de la prière, c’est-à-dire celles d’un
cantique des montées.
L’horreur de soi est le maître de chant.
Apprendre à se connaître, mais non pas tel que
pubère dans une orgie d’identités chapardées on
a voulu se bâtir, c’est l’explication du coup donné
par Pascual à l’adolescent à lunettes enfermé dans
la temporalité maternelle. Ce que Pascual n’avait
pas supporté, avec tout cet amour en lui exempt
de charité et de compassion, c’est que l’adoles-
cent attendait sa mère. Quand je lui ai demandé
pourquoi il l’avait frappé, il aurait tout aussi bien
pu répondre “parce que sa mère le faisait attendre”.
Le maître du temps c’était Pascual, le maître de la
douleur c’était Pascual. De même que lorsqu’il me
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————————— PARADIS DE TRISTESSE —————————
torturait c’était pour m’apprendre à dominer le
temps, sa victime adolescente avait dû découvrir
une porte dans la forteresse familiale. Dans l’ivresse
du coup porté, la joue encore rouge, a-t-il fait ses
valises pour les grands territoires du Nord, l’Islande,
les îles Féroé, la Gaspésie, la Cimérie patrie de
l’ombre et des tourbillons ?
Il ne s’agissait donc pas de se composer figure
mais d’apprendre à connaître celui qui sans âge
et sans visage gît au cœur des masques et appelle.
Il faut écrire, la douleur n’est peut-être qu’un mot
et c’est sans doute la couleur la plus naïve avec
laquelle peindre l’ascèse du masochiste.
C’est pourquoi parmi tous les théâtres que Pas-
cual m’imposait c’était celui de l’attente qui me
semblait le plus proche de ma flamme intérieure.
Attendre, entrer dans le vide de la prophétie, n’être
plus que le Possible. Et la douleur vous conduit
par la main, un enfant le soir de fête qui veut vous
montrer au fond du jardin endormi une nichée
d’oiseaux sanglants.
Et puis il me frappe, sur la nuque, le dos, il me
retourne, me frappe au ventre, s’assoit sur moi,
frappe mes cuisses, il se relève, crache sur ma
bouche, appuie son pied sale sur ma bouche et
l’écrase. Je lèche le dessous de ses chaussures de
sport qu’il prétend avoir achetées déjà usées et
sales, parce qu’elles étaient usées et sales, et je
sens tout son corps surdimensionné par le désir
que j’en ai s’abattre lentement vers moi.
Ses yeux dans leurs meurtrières bleues.
Sa bouche vient contre mon oreille, son corps
est au-dessus de moi, un aigle s’abat les ailes en
croix, masque le soleil, je suis sa proie, c’est la mort
du monde, sa bouche vient et fredonne.
Il fredonne une mélodie idiote et guillerette.
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Une chanson de variété dont il accélère le tempo
pour me faire peur. Et j’ai peur. J’ai peur parce que
je connais les paroles infamantes de bêtise qui
viennent avec la médiocrité musicale coller à je ne
sais quoi d’abject.
J’ai peur qu’il ne se moque de mon plaisir. Il rit
de mon plaisir. Cela me terrifie. J’imagine que je
ne suis pas assez imposant de soumission, il juge
que je ne me donne pas absolument. Ou bien, il
fredonne par indifférence totale à mon plaisir, ce
qui est plus terrifiant encore. Cette indifférence à
mon plaisir affirme que seul le sien règne, contrai-
rement aux autres dominants qui sont sans le savoir
les esclaves des soumis, Pascual affirme que rien
de ce qu’il va faire il ne le fait pour me complaire,
il affirme qu’il est libre et que je n’ai rien à espé-
rer d’une dialectique imbécile où mon désir plus
grand avalerait le sien, et où il ne jouerait que le
rôle que je lui impose. Par cette chansonnette, il
réaffirme son pouvoir, il affirme aussi que le plai-
sir sexuel n’est qu’un outil, que le plaisir est une
lettre qui ne doit pas se lire à la lettre.
Il m’ordonne de me relever. De me mettre à
genoux. De me relever, dix fois. Cet agenouille-
ment renouvelé, exercice d’adoration, efface les
derniers contours. Nous sommes parfaitement
dans l’éducation spirituelle, et le maître dit non,
non, non, jusqu’à ce que l’apprenti trouve la forme
accomplie, le chant limpide, le geste exact il ne le
fera que perdant toute volonté de bien faire quand
l’art naît de l’oubli de soi, pur envol.
Je suis à genoux, il me fait ouvrir et fermer la
bouche. Devant ma bouche son bras découvert,
prêt à frapper, le poing fermé, comme il le faisait
toujours. Jamais de face. Pensée exaltante d’un
oisillon écrasé avec une lenteur musicale dans sa
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main amusée. Il frappe ma bouche, mes lèvres
contre mes dents ; il frappe avec une main et de
l’autre il tient ma bouche comme une fleur pres-
sée qu’il détruit. Ses mains légèrement piquées de
sang, il les essuie sur mon cou. Il frappe encore,
et je sens que cette bouche devient autre chose,
un autre organe, elle est un sexe de femme, il la
modèle et la frappe, elle devient une chair vibrante,
elle perd tout rapport avec la parole et la mandu-
cation, elle se détache de moi, chose horrible qui
m’émerveille. Il la regarde comme une œuvre
accomplie. Son bras est toujours gonflé du geste
noble, mais il pend inerte et satisfait, une veine,
serpent sous la vase, respire en dormant. Je lèche
cette sinuosité rêveuse qui bat sous son bras. Je
lèche cette ligne de sang bleue dans le blanc idéal
de son avant-bras. Cela est comme la récompense,
mais il faut que je la lui vole, jamais ce bras ne
semble se donner à mes lèvres. Un peu de mon
sang se mêle à sa sueur au creux du bras, là où la
veine disparaît.
Et tandis que je léchais ce petit fleuve terrible,
viril et vibrant, sur l’avant-bras ouvert, il a je crois
murmuré, mais ni les lèvres ni les dents n’ont
mordu ou embrassé la sentence, les mots sont
venus par sa voix de ses abysses. Ses abysses, où
règnent quelque monstrueux souvenir, comment
pouvait-il en être autrement, n’était-il pas un
homme brûlé ? N’est pas énigme qui veut.
Seul celui qui a été défiguré, au matin de son
être, peut prétendre à cette royauté, mais à quoi
bon rêver sur la douleur de Pascual, je n’en saurai
jamais rien.
Ses abysses, l’obscurité nécessaire aux trésors
et aux chimères, l’ombre où la vérité mûrit. Quel-
ques paroles, tout en lui est paroles, oboles de
l’obscurité au lent périple ennuyeux, sa vie, la vie.
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Les yeux disent qu’il va parler, non pas de cette
parole prostituée, il ne savait pas parler ainsi. Tous
les signes de la grande parole, rabatteurs d’extases,
la nuque molle, l’œil trouble qui ne pointe qu’un
lointain flou, la main suspendue vers la proie invi-
sible, cette aigrette de feu qui brille un instant au-
dessus de son crâne lapidaire, une veine qui s’agite,
gonfle, soupire, serpent céruléen dans le sable de
sa chair. La vie d’un homme hanté de pressenti-
ments, mais exclu de la lumière, sa vie. Sa vie ou
la mienne, à mesure que je parle de lui, il faut
admettre que je parle de moi, à moins que je ne
parle que de cette part de terre engloutie qui nous
était, nous est commune. Toujours ce glissement de
son âme devinée à la mienne pressentie, jusqu’à
admettre qu’il y a pour nous une âme commune
qui ne s’avoue que dans la souffrance partagée.
“Le mal, spirituel argument…”
Et les mots abordaient à ses lèvres presque clan-
destinement, sourire tragique de celui qui sait.
Un sourire ? Cette façon de masquer la force de
ses paroles, l’oracle n’est pas volontaire, l’oracle a
presque honte de prêter ses lèvres à l’invasion de
l’esprit.
“Le mal, spirituel argument.”
Et saurait-on dire une phrase aussi simple sans
en sourire ?
L’intelligence ingénue jouant avec un papillon
épinglé, ce papillon est peut-être une planète, un
système solaire, une idée vitale.
Comment comprendre son sourire autrement
que du côté de la lumière ? Sourire de conquête
et de liberté affirmée sur la mutité de la douleur.
Sourire de supériorité fauve, la canine du mal est
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luisante d’innocence. Pudeur peut-être, pudeur
de l’oracle, sourire, voile du saint des saints vibrant
sous le souffle de la Providence. Car c’est la Pro-
vidence que voulait dire mon maître souriant dans
sa force, providence dont il s’improvisait à ma
demande un bras puissant. Aucune considération
morale ne venait corrompre l’eau pure de ses actes,
que savait-il du mal ? Qu’il était un spirituel argu-
ment, que savait-il du spirituel, à la porte de toute
église, si ce n’est le souffle, la vie même.
Et enfin ce mot… argument.
“Le mal, spirituel… argument.”
Argument ? qui a besoin d’argument ? Qui doit
être convaincu ? Qui cherche à me convaincre ?
Qui ? Lui ou plus haut ? Quel est ce discours invi-
sible dont les arguments sont l’atrocité du monde.
Convaincre ? C’est moi que l’argument du mal
achève de convaincre de la splendeur du monde.
Moi. Moi, je suis cette destination de l’argument
insupportable, moi. Non pas seulement cette part
intelligente, ce tonneau de jolies phrases et d’im-
patiences, mais cette chair crucifiée si haut dans
le ciel de ma bêtise, cette chair qui ne sait être
convaincue que par les coups. Et lui, la voix de
cet argument…
O jeunesse, tout ce qui n’est pas d’un seul cristal
te semble impur. Je voulais un monde où l’obscur
est séparé de la nuit, où l’inerte et le vivant sont
deux. Et pourtant je savais déjà que la matière est
un leurre, que tout n’est que mouvement, mais com-
ment me voir moi-même comme un ébat d’atomes,
comme un simulacre de densité, comment soute-
nir l’idée que je ne suis moi-même qu’un tour-
billon de volonté négative et positive qui dans son
tournoiement, un instant, donne une image de chair.
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De même, comment supporter que mon iden-
tité ne soit que flux, substances gazeuses, sucres,
protéines, paroles et volonté extérieure, cela, si je
pouvais l’admettre théoriquement, je ne connais-
sais pas encore l’embrasement qui me le ferait vivre
et qui me permettrait, moi aussi, de sourire d’un
sourire de Roi dans la déchirante connaissance.
L’unité du mal et du bien, de ma volonté et de la
Volonté, de la mort et de la vie, tout était en con-
flit et ces conflits encombraient ma vacuité d’ado-
lescent vieux avec des paroles démesurées. Pascual
seul pouvait me rendre la totalité du monde, me
rendre à la totalité du monde.
“Le mal, spirituel argument.
— Prouve-le !”
Entre ces deux phrases le temps était devenu
une lourde substance. Et je n’avais pas dit “prouve-
le” pour le mettre à l’épreuve ou pour platement
le prendre en flagrant délit d’affirmation facile.
Prouve-le voulait dire je suis prêt, cette preuve, je
suis prêt à la recevoir.
“Je n’ai pas de plaisir à faire semblant de te faire
mal, je n’ai pas de plaisir tant que je te donne assez
de douleur pour que tu le supportes. J’aurais du
plaisir si je te faisais souffrir plus que tu ne peux
le supporter. Dans ta chair sans beauté.”
Lentement, il prend la nappe atrocement laide
qui recouvre la table, et la plie.
Il enlève l’abat-jour en peau de la lampe de che-
vet avec sa main gauche.
De sa main droite protégée de la nappe, il enlève
l’ampoule brûlante de la lampe en tenant le pied
fait dans un cep de vigne de sa main gauche. La
chambre devient bleue, d’un bleu dense liquoreux.
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“Ouvre ta chemise.”
Je défais les premiers boutons et fais descendre
ma chemise sur les épaules.
Il appuie l’ampoule brûlante sur mon sein gauche.
Je crie. Je m’écarte, la douleur trop violente me
fait reculer vers l’angle du mur, presque sous le
lit, je voudrais gémir joliment mais je grogne.
Il repose l’ampoule sur la lampe, la lumière
revient. C’est maintenant la lumière blanche que
l’abat-jour ne tamise plus. Il est immobile assis
sur le lit, le sang s’est retiré de son visage magni-
fique. Impassibilité de la jouissance qui vient. Il
attend. Je grogne toujours dans mon coin. Pour
ne pas faire entendre une plainte aiguë, je trans-
forme mon gémissement en ce grognement encore
plus écœurant.
Au bout de quelques minutes, il sait que l’am-
poule est à nouveau brûlante.
Toujours avec la nappe roulée autour de sa main,
il enlève l’ampoule de son socle. Ma rétine ne voit
plus qu’un cercle de lumière bleue dans l’opacité
totale, j’ai sûrement regardé fixement l’ampoule.
Je protège mon torse avec mes mains. Il écarte
mes mains avec des coups de pied. Et appuie for-
tement l’ampoule au même endroit. Il étouffe mon
cri avec son genou sur ma joue.
“Là, maintenant, je jouis.”
Sa cruauté chante, au-delà.
Je comprends que la formule “le mal, spirituel
argument” ne m’était aucunement adressée. Il se
parlait à lui-même, j’étais simplement un peu de
chair qu’aveuglément il dévorait pour trouver la
force de continuer son exil intérieur. Rien ne
m’était adressé. Il était absolument indifférent à
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