Exposé Rétention Des Employés
Exposé Rétention Des Employés
Le déploiement des talents au sein d’un marché interne de l’emploi en turbulence : une
analyse comparative de deux cas
par
Alexis St-Pierre Cadieux
Août 2013
© Alexis St-Pierre Cadieux, 2013
Retrait d’une ou des pages pouvant contenir des renseignements
personnels
Sommaire
La gestion des ressources humaines n’est pas un champ d’étude récent. Plusieurs pans
de cette dernière jouissent déjà d’une littérature abondante. On pense notamment à
l’attraction, la sélection et la rétention des candidats hautement qualifiés. La gestion du
rendement tout comme l’évaluation et le développement des compétences sont aussi
des domaines bien documentés. Il en est de même pour la planification de main-
d’œuvre et le développement de la relève. Sous cette diversité de préoccupations se
cache une faille, celle du déploiement des talents. Faisant fortement référence à la
notion de mouvement, ce domaine englobe les pratiques à mettre en place afin de
s’assurer d’avoir les bonnes personnes dans les bons postes au bon moment. Pour
réaliser cela, il faut tenir compte de la plupart des domaines susmentionnés et s’assurer
de les coordonner de manière optimale. Malgré son importance évidente, le
déploiement des talents n’est que très peu abordé dans la littérature. De plus, il ne
dispose pas d’une définition claire et généralement reconnue. Ce mémoire a donc pour
but de s’attaquer à ces lacunes, en cherchant la réponse à la question : comment les
entreprises gèrent-elles les flux de talents internes afin de combler les postes clés, au
bon moment, avec les bonnes personnes ?
Pour y arriver, nous avons d’abord procédé à une revue approfondie de la littérature
existante. Nous avons exploré un à un les différents concepts et domaines liés au
déploiement des talents. Ce premier exercice nous a permis de fournir une définition
ainsi qu’un cadre intégrateur du déploiement des talents. Cet outil d’analyse nous a
ensuite guidés dans l’exploration terrain réalisée auprès de deux entreprises de grande
taille.
entreprises. Cette information est présentée sous forme de cas. Une analyse
approfondie des résultats nous a permis de tirer plusieurs constats. Certains vont de
pair avec les suppositions relevées dans la littérature, comme l’importante du marché
interne de l’emploi ainsi que celle du gestionnaire immédiat. À l’opposé, d’autres
observations furent plutôt inattendues, comme l’importance du défi que représente la
gestion des attentes.
Mots-clés : déploiement des talents, gestion des talents, marché interne de l’emploi,
mobilité interne, développement des compétences, planification de la main-d’œuvre,
gestion des carrières.
Table des matières
Remerciements ............................................................................................................... xi
Introduction ................................................................................................................... 12
Merci aux trois autres personnes les plus importantes dans ma vie, qui sauront se
reconnaître. Merci pour tout, et pour tout le reste.
Selon les auteurs, la gestion des talents devait être élevée au rang de priorité
stratégique. Pour gagner la guerre, il faudrait attirer, recruter, développer et retenir les
meilleurs employés. Le champ de bataille serait sanglant puisqu’on prévoyait une
diminution de la quantité de travailleurs disponibles. Bien que certains aient relativisé
l’état de crise qu’on supposait à ce moment (Cappelli 2008), l’article de Chambers,
Foulon et al.(1998) a frappé l’imaginaire.
Nous avons vu paraître des écrits sur l’attraction des employés, notamment à l’aide de
l’image d’employeur de choix (Erickson et Gratton 2007). Les notions de bassins et de
pipelines de talents ont aussi reçu leur part d’attention (Gandz 2006; Rothwell 2011).
D’autres se sont inquiétés du traitement réservé aux employés à haut potentiel (Burke
2006; Ready, Conger et al. 2010; Vries 2012). La rétention et la fidélisation des
employés performants ont aussi été abordées (Holtom, Mitchell et al. 2006; Allen,
Bryant et al. 2010), tout comme bien d’autres facettes qu’il serait fastidieux
d’énumérer.
Malgré cet intérêt accru pour différentes notions de la gestion des talents, un aspect
primordial semble encore aujourd’hui négligé. Il s’agit du déploiement des talents. Le
questionnement fondamental auquel ce dernier tente de répondre est : comment avoir la
bonne personne à la bonne place au bon moment? Si elle peut paraître simpliste à
première vue, cette interrogation mobilise moult champs de la gestion des talents.
13
Le deuxième objectif de ce mémoire est beaucoup plus pratique. Après avoir mis en
place notre modèle théorique, nous verrons à quel point il correspond à la réalité. Pour
ce faire, nous avons réalisé une étude de cas multiples dans deux grandes entreprises.
Elle nous offrira l’occasion de mettre de l’avant différents constats relatifs à notre
grille d’analyse. Ceci nous permettra de confirmer ou infirmer la justesse de notre
cadre intégrateur.
Comme les connaissances pertinentes sont éparses, nous œuvrons davantage vers une
construction de sens que vers la validation de construits. Nos recherches ont donc un
caractère exploratoire et intégrateur.
Nous vous présentons un mémoire qui se divise en cinq parties. Nous débuterons par
une recension des écrits pertinents. Nous proposerons ensuite le cadre d’analyse qui
guidera la suite des recherches. L’inévitable chapitre de méthodologie suivra afin de
démontrer la pertinence de l’utilisation de l’étude de cas. La quatrième section sera
consacrée à la divulgation des résultats obtenus lors de notre recherche. S’en suivra une
analyse des observations réalisées. Nous finirons le tout en revisitant les contributions,
limites et pistes de recherches amenées par ce mémoire.
Chapitre 1 : Revue de littérature
Notre quête de sens débute logiquement par une revue des écrits. Cette dernière se
divisera en deux sections majeures. Nous aborderons tout d’abord les différents
concepts fondamentaux dans lesquels s’ancre le déploiement des talents. Nous
passerons ensuite en revue les divers domaines reliés à notre sujet d’étude. Ce faisant,
nous nous attarderons aussi aux enjeux qui s’y rattachent.
La démonstration du rôle prépondérant de la gestion des talents n’est plus à faire. Il est
aujourd’hui admis que le capital humain est un avantage concurrentiel aussi fort que le
capital financier. Plusieurs s’affairent même à démontrer la rentabilité des programmes
de gestion des talents (Silzer et Dowell 2010). Le concept ne bénéficie toutefois pas
d’une définition unique. Il est parfois synonyme de gestion des ressources humaines,
parfois vu comme une sous-fonction de ce département, parfois encore employé pour
désigner uniquement la gestion des candidats à haut potentiel. Le terme « gestion des
talents » est encore aujourd’hui galvaudé (Silzer et Dowell 2010). Voyons quelques
définitions différentes réunies dans l’ouvrage de Silzer et Dowell (2010):
15
Graddick-Weir Our ability to attract, develop and retain key diverse talent to
(2010) meet critical current and future business needs.
Cerrone (2010) Attracting, retaining, and developing the right people with the
right skills in the right roles.
Cappelli (2008) The process through which employers anticipate and meet their
needs for human capital (...) the goal is the more general and
important task helping the organization achieve its overall
objectives.
Lawler (2008) Attract the right talent and helps them understand exactly what
to expect from their work experience with the company (...) also
provides employees with the kind of development experiences
that build the organization’s capabilities and core competencies
so they retain the right talent.
Sloan et al.(2003) Managing global leadership talent strategically, to put the right
person in the right place at the right time.
1. Attraction et sélection
2. Évaluation
3. Planification et révision
4. Développement et déploiement
5. Rétention
Comme nous l’avons déjà fait remarquer, les notions d’attraction, de sélection,
d’évaluation, de planification et de rétention ont toutes fait l’objet de questionnements
autant pour les chercheurs académiques que pour les praticiens. Il existe cependant un
manque flagrant de préoccupations pour le déploiement des talents. Il est parfois absent
17
des modèles de gestion des talents (Cowan et Wright 2010) ou encore ignoré lors de
recherches empiriques1 (Stahl, Bjorkman et al. 2007).
En bref, bien que différents aspects de la gestion des talents aient fait l’objet de
réflexions poussées, un élément d’une importance capitale est encore aujourd’hui
méconnu : le déploiement des talents. Bien qu’il soit plus difficile à circonscrire, il est
essentiel pour mettre à profit les autres éléments de la gestion des talents. Cet aspect est
en quelque sorte le lien qui permet une synergie entre toutes les parties du processus.
Ce mémoire propose donc un premier pas vers une conceptualisation claire et complète
du déploiement. Il va sans dire que ce dernier est lui-même un aspect fondamental, que
nous aborderons en détail dans la section subséquente.
Le déploiement
Nous entrons ici dans le vif du sujet. Avant de faire l’éventail des éléments manquant
aux recherches sur le déploiement des talents, il nous apparaît pertinent de répertorier
les connaissances actuelles. Pour ce faire, nous procéderons à un survol des définitions
1
Stahl et al (2007), dans leur recherche menée sur 37 multinationales, ont regroupé les pratiques de
gestion des talents en trois groupes : 1) Le recrutement et la planification de la succession, 2) la
formation et le développement et 3) la rétention. L’absence de préoccupation pour le déploiement est
flagrante.
18
Survol
Cette première vue d’ensemble est volontairement très simpliste. Nous constaterons
rapidement que le déploiement a des ramifications dans différents domaines de la
gestion des ressources humaines. C’est peut-être ce qui explique l’apparente confusion
régnant sur le sens qu’on lui a donné. Nous profiterons de la prochaine section pour
répertorier ces différentes définitions, ce qui nous aidera à éclaircir le concept.
Le processus de redéploiement des talents internes passe nécessairement par (…) la mise en
adéquation des informations sur les aptitudes et les aspirations des candidats avec les
données sur les compétences requises et les exigences du poste à pourvoir. (…) La mobilité
des talents englobe différentes initiatives qui ont toutes un objectif commun : réaffecter les
employés aux postes qui leur conviennent pour leur donner toutes les chances de
s’épanouir.5
Cette définition vient aussi appuyer notre premier point puisqu’elle démontre comment
« déploiement » et « mobilité » sont utilisés de manière interchangeable.
2
Osterman (1987)
3
Ibid.
4
Taleo Research (2011)
5
Ibid.
20
La notion d’adéquation sous-tend l’idée que les postes clés doivent être occupés par les
personnes clés. C’est ce qu’expriment Kor et Leblebici (2005) : « Proper deployment
of professional human resources involves delegating less complex work by expert
human resources (e.g., partners) to less experienced employees »6. Pour Cheese,
Thomas et Craig (2008) : « Deployment from the perspective of talent (…) is
essentially about: creating the best possible match between employees’ talents and
aspirations and the strategic goals of the organization »7. De son côté, Quaintance
(1989) ne parle pas explicitement de déploiement, mais la notion de « placement
interne » à laquelle elle réfère est clairement en ligne avec notre sujet d’étude. Elle
parle ici de « program that will assign individuals to available jobs in order to
maximize organizational effectiveness »8.
En bref, ces quelques définitions font ressortir le deuxième sens donné au déploiement,
soit un processus visant à maximiser l’adéquation des talents, et par le fait même la
performance de ces derniers.
Cette troisième vision du concept présuppose que déployer les talents revient à leur
trouver des opportunités de développement intéressantes. Nous avons vu que Cheese,
Thomas et Craig (2008) associaient le déploiement à la bonne allocation des talents. Ils
vont cependant plus loin en stipulant qu’il a aussi une deuxième tâche majeure, soit de
développer les employés (Cheese, Thomas et al. 2008) : « making strategic use of
assignments and experiences to further develop those talents »9.
Une fois de plus, nous serons avares de détail sur le développement des talents
puisqu’il est abordé plus profondément dans la troisième section de ce chapitre.
6
Kor et Leblebici (2005)
7
Cheese Thomas et al. (2008)
8
Quaintance (1989)
9
Cheese Thomas et al. (2008)
21
Dans un autre ordre d’idées, certains attribuent à la gestion des carrières des rôles et
responsabilités inhérentes au déploiement. Par exemple, Miner et Miner (1981) font
valoir qu’une organisation doit gérer les carrières de ses employés de manière à
« ensure that the right number and right kinds of people will be at the right places at the
right time in the future »10. Pour Sonnenfeld et Peiperl (1988), « career systems are the
collections of policies, priorities, and actions that organizations use to manage the flow
of their members into, through, and out of the organizations over time »11.
En quelques mots, ces auteurs nous démontrent clairement qu’ils relèguent à la gestion
des carrières des tâches qui découlent plutôt du déploiement.
Nous venons de présenter cinq sens donnés au concept de déploiement des talents. Il
est parfois présenté comme un synonyme de mobilité interne, d’adéquation, de
développement des compétences, de gestion des carrières ou de planification de la
main-d’œuvre. Forts de ces apprentissages, nous nous efforcerons dans la prochaine
10
Miner & Miner, cité dans Anderson, Milkovich et al. (1981)
11
Sonnenfeld et Peiperl (1988)
12
Newman, cité dans Berger et Berger (2011)
22
section de réconcilier ces différentes visions. Cette étape sera importante afin de
proposer un cadre intégrateur qui guidera nos recherches empiriques. Voyons donc
maintenant notre propre définition du déploiement des talents.
Lorsqu’on s’y attarde un moment, on réalise que les significations proposées plus haut
ne sont pas en opposition. Elles sont au contraire complémentaires et interreliées. C’est
peut-être ce qui provoque cette diversité de définitions. Chaque auteur parle d’une
partie du processus, sans dire faux, mais sans le voir dans son entièreté.
Sans vouloir être redondants, nous nous permettons d’exposer côte à côte deux des
définitions proposées plus haut :
23
« Workforce planning is the process that (...) ensure an organization has the right people in
the right place at the right time and at the right cost »13.
« Ensure that the right number and right kinds of people will be at the right places at the
right time in the future »14.
Nous sommes ébahis de constater que les définitions données à deux concepts
différents soient aussi semblables. Toutes deux réfèrent sans aucun doute à la même
problématique. Alors comment la première peut-elle définir la planification de la main-
d’œuvre et l’autre la gestion des carrières? Nous croyons qu’il s’agit d’un bon exemple
du manque de cohésion dont nous parlions plus haut. Il y a lieu de prendre un pas de
recul et d’ouvrir l’horizon du déploiement.
Selon nous, ce dernier est d’une envergure plus grande. Il inclut non seulement toutes
les notions susmentionnées, mais il se rattache aussi au concept de marché interne de
l’emploi. Par ailleurs, il sera de sa responsabilité de gérer divers enjeux relatifs aux
différents domaines mentionnés plus haut. Nous pensons notamment aux silos
organisationnels ou aux gestionnaires immédiats, qui peuvent limiter la mobilité
interne.
Quelle est donc notre définition du déploiement? Celle présentée en introduction est à
notre avis la plus concise :
Bien que court, cet énoncé recoupe toutes les préoccupations exposées plus haut. Il
nous faudra cependant nous assurer de sortir des œillères que se sont mises certains
auteurs en attribuant cette définition à un seul des composants du déploiement, comme
la gestion des carrières ou la planification de la main-d’œuvre. Notre définition
13
Ibid.
14
Miner et Miner, cité dans Anderson, Milkovich et al. (1981)
24
propose d’intégrer chacune d’entre elles comme une composante d’un processus global
de déploiement des talents.
Elle nous permet aussi de voir en quoi le déploiement fait le lien entre les divers
champs d’étude de la gestion des talents. En effet, « avoir la bonne personne » touche
le recrutement, la sélection et le développement des employés. « À la bonne place »
recoupe les notions de mobilité interne, de gestion des carrières et d’adéquation alors
qu’« au bon moment » fait référence à la planification de la main-d’œuvre. N’oublions
pas que le déploiement peut aussi avoir des impacts sur d’autres pôles de la gestion des
talents, par exemple sur la marque d’employeur de choix, la fidélisation et la rétention
des employés.
Notre définition nous permet de voir l’étendue du champ d’action couvert par le
déploiement des talents. Afin de mieux comprendre comment il s’opérationnalise, nous
nous pencherons maintenant sur le marché interne de l’emploi, troisième et dernier
concept fondamental.
Le concept du marché interne de l’emploi occupera une place centrale tout au long de
ce mémoire. Il est donc essentiel de s’y arrêter dès maintenant.
Genèse
La notion de « marché interne de l’emploi » est loin d’être récente. Piore et Doeringer
(1971) l’avaient déjà mise de l’avant en 1971. Cependant la réalité sous-jacente à ce
libellé était à cette époque très différente de celle proposée aujourd’hui par Cappelli
(2008). Ce que les auteurs d’alors voulaient démontrer était simplement l’existence
d’une scission entre le marché externe de l’emploi, dirigé par les fluctuations
économiques à l’échelle nationale, et le marché interne de l’emploi « within which the
pricing and allocation of labor is governed by a set of administrative rules and
procedures »15.
The internal labor market, governed by administrative rules, is to be distinguished from the
external labor market of conventional economic theory where pricing, allocating and
training decisions are controlled directly by economic variables. (...) The jobs within the
internal market (...) are shielded from the direct influences of competitive forces in the
16
external market.
15
Piore et Doeringer (1971)
16
ibid.
26
réduction des coûts occasionnés par la rotation du personnel ainsi que le gain
d’efficacité dans les processus d'identification, de sélection et de formation générés par
le recrutement interne (Piore et Doeringer 1971).
À tous ces facteurs s’ajoute l’impact déterminant des syndicats. Les gestionnaires ont
longtemps été les seuls à détenir le pouvoir de décision sur les mouvements de carrière
des employés. C’est entre autres pour faire contrepoids à ce système, souvent empreint
de favoritisme, que les syndicats ont créé un marché interne de l’emploi. Ce dernier
remplaçait les décisions arbitraires par des règles administratives, principalement
basées sur l’ancienneté (Cappelli 2008). Ces règles ont poussé les employeurs à
afficher les postes disponibles à l’interne et à évaluer tous les candidats répondant aux
critères de sélection. Bien qu’initiée dans le contexte syndical, l’idéologie de ce type de
marché s’est distillée dans la culture générale de beaucoup d’entreprises. Ceci a permis
au marché interne de l’emploi de s’étendre jusqu’aux secteurs non syndiqués
Le marché libre
L’existence d’une telle chose qu’un marché interne de l’emploi est aujourd’hui
incontestable. Cependant, tout comme pour la notion de gestion des talents, les
définitions du même concept diffèrent. Certaines sont surtout fidèles à la vision de
Piore et Doeringer (1971). Bien qu’ils le voient comme un idéal type qui n’arrive que
rarement dans la réalité, Herriot et Pemberton (1996) envisagent le marché interne de
l’emploi comme une structure visant le recrutement endogène pour toutes les positions
excepté celle d’entrée. Le système doit ensuite faire progresser hiérarchiquement les
employés sur une échelle déjà tracée. Suivant cette vision, le marché interne de
l’emploi est donc lié à une structure rigide et hiérarchique. Il sera moins présent dans
des entreprises décentralisées, matricielles ou organisées par équipes projets (Stroh et
Reilly 1994; Herriot et Pemberton 1996)
Cappelli (2008) propose quant à lui une optique différente. Il voit le marché interne de
l’emploi comme un lieu de libre échange entre l’offre de travail des employés et la
demande de main-d’œuvre de l’entreprise. À l’opposé de Piore et Doeringer (1971), la
27
Bryan et Joyce (2007) offrent une perspective plus nuancée. Ils parlent plutôt d’un
« marché des talents » dans lequel les gestionnaires peuvent proposer des emplois à
n’importe quel employé, donnant ainsi davantage de choix à ce dernier sur son
cheminement de carrière. Le marché n’est cependant pas complètement libre et le
contrôle de la mobilité interne est partagé entre gestionnaire et employé. Le but en est
un d’équilibre :
« The idea is to design and build marketplaces that use market mechanisms to match the
self interest of employees seeking the best job opportunities with the self-interest of
managers looking to fill their job opportunities with the best available talent. »17
17
Bryan et Joyce (2007)
28
Partagé
Aux mains de
l’employé
Marché interne déterministe Marché interne partagé Marché interne libre et ouvert
On peut facilement envisager qu’une entreprise de bonne taille n’ait pas qu’une seule
structure d’emploi. Le marché interne pourrait par exemple être divisé en plusieurs
sous-marchés selon les compétences requises par différentes catégories d’emplois
(Bryan et Joyce 2007). De son côté, Osterman (1987) met de l’avant quatre sous-
systèmes, ou types de marchés internes, qui pourront être amalgamés de différentes
façons afin de créer une structure d’emploi adaptée à la stratégie de l’entreprise. Ils
sont présentés dans le tableau suivant :
29
Il va de soi que les marchés internes de l’emploi seront davantage développés dans les
entreprises de taille plus importante. Ces dernières auront l’opportunité d’utiliser leur
envergure pour offrir à leurs employés des perspectives de carrière assez nombreuses et
diversifiées pour rivaliser avec l’attrait du marché externe (Abraham 2004). Il en
découle un effet positif sur la rétention :
30
Apport au déploiement
Le marché interne de l’emploi libre et ouvert est suggéré comme solution à plusieurs
enjeux de la gestion des flux de talents. Il peut notamment transcender les silos
organisationnels et réduire l’impact d’un gestionnaire immédiat qui freine le
mouvement des talents (Stahl, Bjorkman et al. 2007). Il permet aussi une meilleure
allocation des employés tout en offrant davantage d’opportunités de développement
aux travailleurs. Ces possibilités accrues ont à leur tour un impact positif sur la
rétention de la main-d’œuvre (Abraham 2004).
Il convient de prendre un instant pour mesurer l’importance de cet apport. Bien que ce
mémoire ne se concentre pas sur l’attraction ou la rétention des candidats talentueux,
ces problématiques n’en demeurent pas moins importantes pour les entreprises. Le lien
entre opportunités d’avancement et attraction/rétention a été clairement établi. Dans
une collecte d’informations réalisée auprès de 6000 gestionnaires, Handfield-Jones
(1999) a démontré que les possibilités d’avancement de carrière et de développements
futurs étaient parmi les cinq facteurs considérés par les employés pour rester avec
l’entreprise. De leur côté, Morgan et Jardin (2010) citent une étude du Conference
Board qui stipule que les possibilités d’avancement étaient parmi les trois choses les
plus recherchées par les employés. Notons aussi que les possibilités de promotion ont
un impact plus grand que le salaire offert sur la rétention des employés (Allen, Bryant
et al. 2010). Nous avons dit en introduction que le déploiement faisait le lien entre les
différentes parties de la gestion des talents, et nous avons ici un bel exemple de son
apport stratégique.
18
Abraham (2004)
31
Ces avantages semblent très prometteurs afin d’adresser plusieurs défis inhérents à la
gestion des flux de talents. Mais cet outil, à première vue intéressant, est-il vraiment
exempt de défaut? Ayant sans contredit de nombreux points positifs, ce concept amène
aussi son lot de défis. Nous verrons en détail plus loin que la transmission
d’informations, le contrôle des coûts et l’impact sur les programmes de planification et
sur la performance des employés doivent être pris en compte lors de la mise en place
d’un tel système.
Le marché du futur
Maintenant que nous avons bien cerné le marché interne de l’emploi dans sa
signification passée et actuelle, nous pouvons nous demander à quoi il ressemblera
dans le futur. Selon Cappelli, le marché « interne » ne serait plus si privé
qu’auparavant. En effet, certaines entreprises ont déjà mis en place des systèmes de
prêts d’employés. Pour répondre à l’aplanissement des hiérarchies, ou encore pour
faire face à un carnet de commandes variable, nombre d’employeurs sont enclins à
accepter que des employés obtiennent du travail chez des compétiteurs, fournisseurs ou
sous-traitants. Bien que ce soit un changement de paradigme important, la situation
actuelle semble commander une telle évolution :
Cooperating with other companies to develop employees and lay out possible career paths
goes against the grain of traditional HR management, which is based on the assumption that
employees are captive and proprietary assets. But it is in tune with the current reality of the
market-driven workforce20.
Les avantages sont nombreux : d’une part, l’entreprise n’a pas à licencier les employés
en surplus, ce qui fait qu’elle ne perd pas les investissements réalisés dans leur
19
Kotorov et Hsu (2002)
20
Cappelli (2000)
32
En bref, nous avons vu que la notion de marché interne de l’emploi n’est pas nouvelle,
mais que le sens qu’on lui attribue a évolué au cours des années. La vision plus
traditionnelle envisage un marché fermé dans lequel les mouvements sont régis par la
direction. L’optique plus contemporaine de Cappelli est à l’opposé du spectre,
suggérant une liberté totale quant aux changements de postes et un contrôle très fort
33
Problématiques opérationnelles
Avant de nous attaquer à son utilité dans l’étude du déploiement, voyons d’abord
quelles sont les préoccupations de la gestion des opérations, de la production et de la
chaîne logistique21. Pour ce faire nous nous baserons sur l’ouvrage intitulé « La gestion
21
Le survol qui sera fait dans cette section ne rend d’aucune manière justice à la richesse des
connaissances en gestion des opérations. Cependant, comme ce mémoire est axé sur la
gestion des ressources humaines, nous nous permettons de pêcher par excès de
34
simplification. Nous espérons ainsi faciliter la compréhension du lecteur tout en faisant ressortir
les éléments pertinents à la gestion des flux de talents.
22
Stevenson et Benedetti (2001)
35
Le processus de transformation des matières premières amène lui aussi son lot de
préoccupations : quelles sont les étapes du procédé de fabrication et dans quel ordre
doivent-elles être réalisées, quel est le délai de production, quels sont les goulots, etc.
Le contrôle de la qualité des extrants est aussi une préoccupation perpétuelle, tout
comme la recherche de l’efficience. En effet, on cherchera la maximisation de
l’utilisation du temps et des ressources dans chaque étape du processus.
Apport au déploiement
L’utilisation d’outils développés par la gestion des opérations pour résoudre des
problèmes de gestion des talents semble à première vue peu orthodoxe. Le parallèle
entre les deux disciplines s’établit toutefois facilement et il nous apparaît
particulièrement porteur de sens pour la compréhension du déploiement des talents. Il
suffit de voir les employés à former comme les intrants du processus dont la phase de
production s’avère être le développement. L’extrant visé est un employé ayant les
bonnes connaissances et prêt à combler un poste clé au moment opportun. Le client est
interne et prend la forme d’un gestionnaire ou d’un département en déficit de
personnel.
Cette analogie nous permet d’appliquer plusieurs des questionnements vus plus haut à
la gestion des talents. La planification est tout aussi importante pour les prévisions de
main-d’œuvre que pour les produits vendus. Cependant l’entreprise devra cette fois
prévoir ses besoins futurs en compétences plutôt qu’en types de produits finis. Les
unités à fabriquer sont ici remplacées par des employés à développer, et on devra
estimer combien seront requis et de quels types ils devront être (expert technique ou
gestionnaire?). L’approvisionnement se questionnera sur la quantité de nouveaux
employés à engager. Parallèlement, l’entreprise se demandera si elle doit procéder à de
36
l’embauche continue ou n’ouvrir ses portes que quelques fois par année. Elle se
préoccupera aussi du coût d’un surplus de nouveaux employés dans l’entreprise qui ne
seront pas utilisés à leur plein potentiel (c.-à-d. qui ne seront pas « transformés »). À
l’inverse, il sera aussi important de connaître le coût d’une pénurie de main-d’œuvre
qualifiée. La production, ou le développement des employés n’est pas en reste. Ayant
établi combien et quel type de travailleurs seront requis, l’entreprise doit déterminer
quels seront les étapes du processus de fabrication, autrement dit de développement de
l’employé : formations, expériences de travail diverses, postes à occuper, etc. Nous
retrouvons des préoccupations quant à l’agencement des étapes : quels postes doivent
être occupés afin de développer l’expérience requise pour les postes subséquents? On
se préoccupera aussi du temps que l’employé doit passer dans le poste afin de réaliser
les apprentissages requis. Cette question de délai est essentielle autant en production
manufacturière qu’en développement des talents puisque le but demeure la livraison
d’un produit fini, ou d’un employé ayant les compétences requises, au moment
opportun. Voilà pourquoi des notions de cadence de production des talents ou de postes
goulots sont essentielles à considérer dans la gestion des mouvements de main-
d’œuvre. L’évaluation de la qualité du produit est aussi présente, prenant en gestion
des ressources humaines la forme d’évaluation de la performance. Les problèmes
d’inventaires de produits finis non écoulés réfèrent dans notre cas aux candidats
plafonnés. Le risque est fort de perdre ces derniers, soit par un désengagement majeur
soit par une démission.
La gestion des talents est déjà imprégnée de certaines notions venant de la gestion des
opérations, comme celle des pipelines de talents. Cependant, nous venons de voir que
la comparaison peut être poussée beaucoup plus loin :
Career management systems are tantalizingly close to mirroring logistics frameworks if you
23
just tap their potential.
23
Boudreau (2010)
37
Each stage in the career path is recast as an inventory of leader talent. Each inventory point
and each movement between them can be measured in quality, quantity, cost, time and
variability. HR and its stakeholders decide where to remove bottlenecks, reduce depletion,
24
or accelerate progress.
Les réseaux
En quelques mots, ce survol du domaine de la gestion des opérations nous a fait voir la
force de l’analogie qu’il est possible de faire avec le déploiement. Après une phase de
planification, la GOP s’assure de fabriquer le bon et de l’acheminer au bon client au
24
Ibid.
25
Nobert, Ouellet, et al. (2005)
38
Comme nous l’avons mis de l’avant plus haut, le déploiement s’enracine dans divers
domaines liés à la gestion des talents. Afin de se donner les outils nécessaires à une
bonne compréhension du processus global, une analyse plus approfondie de ses
différents segments s’impose. Nous nous pencherons successivement sur le
développement des compétences, la gestion des carrières, la planification
organisationnelle, l’allocation et l’adéquation et finalement la mobilité interne. Voici
une représentation graphique de ce que nous allons approfondir dans ce mémoire :
39
Adéquation
individu-poste
Enjeux
Gestion des carrières
Le déploiement des
talents au sein d’un
Développement des
marché Interne de
compétences
l’emploi en
turbulence
Mobilité interne
Pratiques
PMO
En s’intégrant dans le tout cohérent qui est représenté par notre modèle, chaque
domaine amène avec lui son lot d’enjeux à relever. Nous profiterons donc de cette
analyse détaillée pour mettre en lumière ces différents défis auxquels doit faire face le
déploiement des talents.
Afin d’en simplifier la compréhension, nous avons découpé les enjeux en trois
catégories. La première regroupe les défis inhérents à la mise en place d’un système
de mobilité interne. Aux yeux du déploiement, la première étape est de rendre possible
la mobilité à l’intérieur de l’entreprise. Il faut donc non seulement offrir des
opportunités de mouvements, mais aussi s’assurer que les employés les saisissent,
40
autrement dit participent à la mobilité. En effet, c’est cette dernière qui permettra
l’atteinte des trois objectifs mentionnés dans notre définition initiale, soit de
développer la bonne personne et l’acheminer dans le bon poste au bon moment. Les
freins possibles sont au nombre de six. On retrouve d’abord la non-participation des
employés, causée par diverses craintes ou par un manque de transparence du système.
On doit aussi ternir compte des règles syndicales, de la culture de l’entreprise, des silos
organisationnels et des gestionnaires immédiats rébarbatifs. Ils sont représentés en bleu
dans notre cadre intégrateur.
La seconde catégorie contient les défis qu’amène la gestion des flux de talents
internes. Rendre possible une mobilité interne dynamique n’est que la première étape
sur la route d’une gestion complète du déploiement. Une fois le flot de main-d’œuvre
bien établi, l’entreprise doit s’assurer de gérer adéquatement les flux de talents. Pour ce
faire, elle devra gérer une pluralité de chemins et s’assurer du bon équilibre des flux.
Elle devra aussi faire face aux goulots et plateaux qui peuvent se dresser sur la route
des employés. N’oublions pas l’allocation, qui doit être considérée dans chaque
mouvement effectué. Ces défis sont représentés en vert dans notre cadre.
Le dernier groupe d’enjeux aborde finalement les effets néfastes que peuvent avoir les
mouvements de personnel. Un système bien établi qui permettrait une grande fluidité
de mouvement peut causer certaines répercussions qui se doivent d’être prises en
compte. Parmi ces dernières on retrouve les effets tourbillons ainsi que les effets
d’entraînement, sans oublier les perturbations sur les programmes. Elles sont
représentées en rouge dans notre cadre.
Afin de faciliter la lecture de ce chapitre, nous vous présentons dès maintenant notre
cadre intégrateur. Il est tout autant le fruit de nos recherches théoriques que la colonne
vertébrale de nos recherches empiriques. Il amalgame les différents domaines ainsi que
les enjeux et sous-enjeux qui leur sont associés. Bien que vous ayez devant vous la
version finale du modèle, nous passerons en détail chacun des composants ayant servi à
sa construction.
41
Connaissances
Développement
non-‐
des
compétences
transférables
Cheminements
multiples
Gestion
des
carrières
Plateaux
Perturbation
PMO
programmes
Allocation
Adéquation
individu/poste
Établir
un
système
transparent
Goulots
Culture
Silos
Gestionnaire
immédiat
42
Maintenant que nous avons une idée d’ensemble de notre modèle conceptuel, voyons
chacune des parties en détail.
Le développement des compétences est une préoccupation partagée par plusieurs des
disciplines touchées par le déploiement des talents. Elle est au cœur de la gestion des
carrières, de la planification organisationnelle et de la mobilité interne, en plus d’être
liée aux problématiques d’allocation et d’adéquation.
26
Cheese, Thomas, et al. (2008)
43
de rester de manière permanente dans un poste ne l’ayant stimulé que quelques mois
(Bryan and Joyce 2007).
Nous voyons donc clairement que ces deux notions vont de pair. Nous présentons cette
relation dès maintenant afin qu’elle reste à l’esprit du lecteur tout au long de ce
chapitre. Nous y reviendrons fréquemment dans l’étude des différentes disciplines
connexes au déploiement. Cependant, sans nier l’importance capitale du
développement des compétences, nous pensons que la littérature sur le sujet ne suffit
pas à répondre à l’ensemble des enjeux posés par le déploiement. La formation de
silos, le rôle du gestionnaire immédiat, la perturbation sur les programmes et la
performance sont quelques exemples de défis qu’il ne peut surmonter.
Nous le verrons plus loin dans la section sur les carrières, le développement des
compétences est très recherché par les employés. Ces derniers, n’ayant plus l’assurance
d’un emploi à vie, cherchent continuellement à améliorer leur employabilité. Le
couteau peut cependant être à deux tranchants :
Cette citation révèle la présence d’un paradoxe. Les employés sont attirés vers les
employeurs qui leur offrent des opportunités de développement, mais peuvent craindre
que cette acquisition de connaissances les rende captifs. Dans une ère de carrières sans
frontières, une baisse d’employabilité externe sera très peu attrayante pour les
travailleurs désirant un parcours dynamique. À l’inverse, l’entreprise est gagnante dans
27
Herriot et Pemberton (1996)
44
La gestion des carrières est un champ d’études qui dispose déjà d’une importante
littérature. Elle est abordée à deux niveaux, soit du point de vue individuel (celui de
l’employé) et du point de vue organisationnel.
Définitions
Avant d’aborder en détail ces deux facettes, passons d’abord en revue quelques
définitions de la carrière :
28
ibid.
29
Baruch et Rosenstein (1992)
30
Arthur et al, 1989, cité dans Baruch (2006)
31
Sonnenfeld et Peiperl (1988)
32
Krishnan et Maheshwari (2011)
45
Ce très court survol des énonciations de la carrière démontre bien la dichotomie entre
le point de vue individuel et organisationnel. Voyons donc en détail chacun d’entre
eux.
Aspect individuel
Les recherches se penchant sur l’aspect personnel envisagent la carrière d’un point de
vue plus psychologique. On parle davantage de planification de carrière (Quaintance
1989), qui s’attarde par exemple au bien-être au travail, à la réalisation de soi, à
l’équilibre travail-famille et au développement de la flexibilité personnelle (Krishnan
and Maheshwari 2011). Van Mannen et Schein (1977), par exemple, voient la carrière
comme un déterminant de l’identité de la personne :
Ceci dit, pour nous qui nous intéressons au déploiement, c’est principalement
l’optique organisationnelle qui s’avère pertinente. La prochaine section s’y attarde
donc en détail.
Aspect organisationnel
Dans cette perspective il n’est plus question de planification, mais bien de gestion des
carrières. L’objectif se déplace du bien-être de l’employé vers la meilleure utilisation
par l’entreprise de ses éléments clés. Il est évident que les recherches antérieures ont
33
Maanen et Schein (1977)
34
Herriot et Pemberton (1996)
35
Maanen et Schein (1977)
46
laissé pour compte cette facette au profit de l’aspect psychologique (Baruch 2002).
Cependant, certains enseignements non négligeables apportent un éclairage intéressant
à la gestion des flux de talents.
Suite aux changements vécus par les entreprises dans les dernières années, notamment
un aplanissement des structures hiérarchiques, une complexification de
l’environnement et la nécessité d'accroître leur vitesse d’adaptation (Brousseau, Driver
et al. 1996), plusieurs ont déclaré la mort des carrières traditionnelles (Hall 1996) :
« The career as we once knew it - as a series of upward moves, with steadily increasing
income, power, status and security - has died »36. Le pacte tacite d’emploi à vie qui
existait entre employés et entreprises a été mis à mal par les coupures et les
licenciements de masse. En réponse à ce changement de contrat psychologique, les
carrières se sont profondément transformées et on parle aujourd’hui de « boundaryless
career », de « protean career » ou encore de « post-corporate career » (Hall 1996;
Baruch 2002; Baruch 2006; Krishnan and Maheshwari 2011). Ces nouvelles formes
sous-entendent un désengagement de l’entreprise vis-à-vis la gestion des carrières.
C’est donc l’individu qui doit prendre en charge son développement dans une évolution
imprévisible et en perpétuel mouvement. L’employé doit sans cesse élargir son bagage
de compétences et améliorer son employabilité par la recherche de nouveaux défis, de
nouvelles tâches à accomplir et même de nouveaux employeurs (Brousseau, Driver et
al. 1996; Baruch 2006). C’est d’ailleurs en offrant de telles possibilités de
36
Hall (1996)
47
People need to be more flexible and versatile in their skills and knowledge, and must be
willing to go anywhere, at any time, and at a moment’s notice, to do anything. One must
not cling to a job, organization, or type of work. Those who still think of getting ahead in
terms of moving up, who feel commitment to a particular function or type of work, must
get in tune with the times and learn to adapt and to let go.37
Ceci dit, le débat est toujours vif quant aux modifications à apporter aux systèmes de
carrière. Plusieurs tentent de relativiser le changement de paradigme entre pouvoir
despotique et désengagement total de la part de l’entreprise. (Brousseau, Driver et al.
1996; Baruch 2006). À ceux qui voyaient un passage de l’extrême organisationnel à
l'extrême individuel, Baruch répond que :
Control may not be solely with the organization, but the shift does not mean that the
organization has no say in career management; individuals take more control of their own
career, but much remains for organizations to manage38
Gutteridge, Leitbowitz et al.(1993), dans leur étude menée au début des années 1990,
ont démontré que dans la majorité des cas, la responsabilité de la gestion des carrières
était partagée entre l’employé et les gestionnaires, le premier en assumant cependant la
part la plus grande. Bien que cette nouvelle division du pouvoir soit largement admise,
l’entreprise n’est pas complètement évincée du processus pour autant. Elle passe plutôt
de directrice à facilitatrice, son rôle en devient un de support et d’accompagnement au
développement de ses travailleurs39 (Baruch 2002).
En effet, même si l’entente réciproque loyauté — sécurité d’emploi n’est plus au goût
du jour, les employés ne peuvent construire une carrière sans que les organisations leur
37
Brousseau, Driver et al. (1996)
38
Baruch (2006)
39
Nous présentons en annexe une liste d’outils utilisés par les entreprises pour supporter les
employés dans la progression de leur carrière.
48
fournissent des emplois. À l’inverse, plusieurs raisons font en sorte que l’entreprise a
toujours intérêt à s’impliquer dans la gestion des carrières de ses employés.
Premièrement, même dans un monde plus turbulent, plusieurs d’entre elles ont encore
besoin de stabilité, de croissance et de porte-étendards engagés et dévoués qui
porteront le développement de la firme (Brousseau, Driver et al. 1996).
Deuxièmement, ce ne sont pas tous les employés qui embrassent l’idée de prendre en
main leur cheminement (Krishnan et Maheshwari 2011). Les membres de la génération
des baby-boomers, par exemple, ont connu et préfèrent encore aujourd’hui la stabilité
d’emploi (Saba 2009). Dans une ère de pénurie de main-d’œuvre qualifiée, un des
principaux défis des entreprises sera de garder en son sein ses salariés le plus
longtemps possible. Pour ce faire elles devront assujettir leurs programmes aux désirs
de ces derniers (Lockwood 2003), ce qui signifie entre autres de rester engagé dans la
gestion des carrières. Troisièmement certaines compétences spécifiques ne peuvent être
développées qu’à l’interne, à l’aide d’une succession d’expériences judicieusement
planifiées (Brousseau, Driver et al. 1996; Krishnan et Maheshwari 2011). L’entreprise
sera donc intéressée à garder un certain contrôle sur le cheminement de ses employés
pour s’assurer qu’ils développeront les compétences qu’elle recherche.
Apport au déploiement
Bien comprendre le rôle de la gestion des carrières est essentiel à notre étude sur le
déploiement. Ce processus, bien qu’il n’ait pas comme objectif premier d’organiser les
flux de talents à l’échelle de l’entreprise, s’attaque indirectement aux mouvements de
la main-d’œuvre. Planifier la carrière d’un employé implique nécessairement une
réflexion sur le cheminement qu’il devra suivre. À l’inverse, tout changement de poste
a nécessairement des implications sur la carrière de l’individu qui le subit. Sans oublier
que pour être en mesure d’offrir des possibilités de développement, encore faudra-t-il
qu’il y ait des ouvertures et des opportunités de rotation de poste. Nous touchons
cependant ici aux limites de la gestion des carrières. Vouloir lui faire porter le fardeau
de la coordination des flots dépasse largement l’envergure et les capacités d’un tel
programme. Plusieurs défis de la gestion des flux de talents, comme ceux de la
49
Deux défis principaux découlent de la gestion des carrières. Le premier est un enjeu
principalement organisationnel, alors que le deuxième touche autant l’employé que
l’entreprise.
Nos réflexions sur les carrières nous ont permis de démontrer que le cheminement d’un
employé n’est plus nécessairement linéaire. L’avancement hiérarchique sur un chemin
déjà tracé ne répond plus aux attentes de l’ensemble des employés. Pour faire face à
cette nouvelle réalité, l’entreprise doit proposer des parcours variés et flexibles. Cette
pluralité de cheminements de carrière amène un avantage concurrentiel à l’entreprise,
lui permettant de garder en son sein différents types de travailleurs ayant des
compétences complémentaires (Brousseau, Driver et al. 1996). Sans nier cet apport,
nous croyons que cette diversité des cheminements complexifie beaucoup la gestion
des mouvements internes. Bien que nous soyons convaincus du bien-fondé de cette
variété, nous y voyons un important défi de mise en œuvre, enjeu peu abordé dans la
littérature. Par exemple, pour permettre la réalisation de ces différents tracés, la
compagnie doit offrir un grand nombre d'opportunités de développement afin que les
employés puissent progresser vers les postes qui les intéressent. Ce défi est de taille
étant donné que l’aplanissement des hiérarchies limite les opportunités de promotion.
Les entreprises doivent maintenant miser sur les mouvements latéraux ou
géographiques pour offrir des possibilités d’avancement et de développement qui
garderont les employés motivés et empêcheront la stagnation de leur cheminement
(Krishnan etMaheshwari 2011).
promotion is very low »40 et « the point at which future career mobility, including both
upward and lateral moves, is in reasonable doubt because the length of time in the
present position has been unduly prolonged »41. Les employés sont plus à risque d’y
arriver en milieu et en fin de carrière. Deux notions importantes ressortent de ces
définitions : le mouvement (ou l’absence de mouvement) et la perception des
opportunités futures. On ne peut pas, en effet, simplement définir un plateau en
fonction d’un nombre d’années passées dans un poste. La perception du travailleur est
clé : si ce dernier est confiant de ses chances d’avancement, même si elles sont à long
terme, il ne jugera pas son cheminement bloqué. À l’inverse, un employé qui désire
changer de poste tous les deux ans se sentira rapidement stoppé si aucune opportunité
ne se présente à court terme, alors que sa carrière n’est pas nécessairement bloquée à
long terme (Chao 1990). Les effets pervers de l’immobilité se manifestent sur la
satisfaction au travail, l’identification à la compagnie et la planification de la carrière
(Chao 1990), pour ne nommer que ceux-là.
En résumé, on retient de la carrière qu’elle est abordée de deux points de vue, soit celui
de l’individu et celui de l’entreprise. Elle doit être gérée en collaboration par l’employé
et l’employeur, avec une plus grande part de responsabilité dans les mains du premier.
De plus, les cheminements linéaires et hiérarchiques seront fort probablement de moins
en moins nombreux, d’où l’importance accrue du déploiement. Ce dernier est lié à la
carrière puisque les changements de postes que vivra un travailleur guideront
nécessairement son cheminement de carrière. Deux enjeux s’inscrivent sous l’égide de
40
Ference et al, cité dans Nachbagauer et Riedl (2002)
41
Veiga ibid
51
la gestion des carrières, soit la mise en œuvre d’une pluralité de cheminements ainsi
que le contournement des plateaux que peuvent rencontrer les employés.
En plus d’inclure une notion de mouvement, le déploiement des talents fait aussi
référence à l’aspect prévisionnel des flux de main-d’œuvre. Les différents programmes
de planification organisationnelle de la force de travail sont tout indiqués pour nous
guider dans ce processus. Nous en différencierons trois : la planification des
remplacements, la planification de la succession et la planification de la main-
d’œuvre globale (PMO).
Replacement planning is the process of identifying emergency backups for key people or
key positions. When individuals are listed on replacement charts, they are not guaranteed
promotions; rather, they are identified to serve in an acting capacity long enough for an
organization’s leader to conduct proper search, from inside and outside the organization, to
find a qualified candidate.42
La pertinence de tels programmes est justifiée par les impacts négatifs que peut avoir
l'absence d’un dirigeant : « Delays in decision making may lead to lost business,
dissatisfied customers, disgruntled employees, reduced work efficiency and missed
production or service delivery targets »43. Une bonne planification des remplacements
peut donc éliminer les temps d'inoccupation des potes clés. Ce processus est
42
Berger et Berger (2011)
43
Rothwell (2011)
52
généralement plus simple à mettre en œuvre et peut être un premier pas vers des
programmes plus complets de planification des successions et de gestion des talents en
général (Rothwell 2011).
44
Berger et Berger (2011)
53
Comme tous les types de prévisions, la planification des besoins de main-d’œuvre doit
être directement liée à la stratégie. Elle doit inclure les postes qu’on prévoit ajouter ou
supprimer en fonction de la croissance ou décroissance visée. Elle doit aussi prévoir
quels types de compétences seront requises pour réaliser la stratégie future. Une fois
ces éléments établis on peut déterminer la demande en prenant en compte les départs,
les congédiements, les décès, les absences à long terme, les promotions anticipées, les
changements de départements (Belcourt et Mcbey 2004), etc. Il ne reste plus qu’à
cataloguer les effectifs actuels en fonction de leurs compétences, ce qui permettra de
voir quels sont les manques à combler ou les surplus dont on devra se départir. La
dernière étape a pour objectif de combler les écarts. Si ces derniers révèlent un manque
de personnel, on pensera à attirer des nouveaux effectifs ou à former et développer les
employés actuels. Si l’écart est un surplus, les outils seront plus du type rationalisation
des effectifs ou attrition (Belcourt et Mcbey 2004). La planification peut se faire sur
différents horizons, variant d’un à cinq ans, voir plus.
54
Certains pourraient penser qu’il est impossible de prédire avec exactitude les besoins
futurs et que les changements dans l’économie rendent inutile ce processus. Cependant
l’objectif de la planification de la main-d’œuvre n’est pas de prévoir les besoins à
l’employé près. On tente plutôt d’avoir un plan, de connaître les caractéristiques de sa
force de travail et d’être en mesure de réagir efficacement à ces changements (Berger
et Berger 2011). L’effort n’est donc pas vain même si les prévisions ne se réalisent pas
exactement comme on l’avait envisagé.
Apport au déploiement
Les processus de planification organisationnelle que nous venons d’étudier sont très
féconds pour le déploiement des talents. L’aspect prévision et anticipation des besoins
est très intéressant et doit faire partie des préoccupations qui y sont abordées. La
planification des remplacements ou de la relève se concentre sur le passage entre deux
niveaux hiérarchiques, autrement dit sur une section d’un processus qui est beaucoup
plus large. Bien que ce maillon de la chaîne de production des talents soit essentiel, il
nous apparaît nécessaire d’avoir une vision d’ensemble du processus de déploiement.
Parallèlement, ces programmes peuvent facilement se laisser emprisonner dans des
silos puisqu’il est facile de limiter la recherche de successeurs potentiels au
département immédiat. Les enjeux reliés au gestionnaire semblent aussi généralement
absents de la littérature sur la planification de la main-d’œuvre. Finalement, la mobilité
interne peut rendre caduques les différentes planifications, qui doivent être revues
fréquemment. Voilà le principal enjeu que nous aborderons en détail dans la section
subséquente.
Les trois types de programmes abordés dans la section précédente sont dépendants de
la prévisibilité de la main-d’œuvre (Osterman 1987). Ceci sous-entend que l’entreprise
est en mesure d’avoir une idée claire de la taille, des compétences et de l’emplacement
de sa main-d’œuvre. Pour ce faire, elle doit opter pour une optique de développement
interne et un contrôle important sur les flux de talents. Nous voyons poindre à
55
Pour Herriot et Permberton (1996), la relation d’emploi est une négociation dans
laquelle employés et employeurs établissent ce qu’ils désirent obtenir de l’autre partie
et ce qu’ils sont prêts à donner en échange. Une fois les offres sur la table, une entente
est conclue et l’employé est engagé dans un poste spécifique. La réalité actuelle est
toutefois plus complexe. Avec la compétitivité des marchés, l’entreprise ne peut se
contenter de conclure des ententes pour combler des postes sans se soucier de
l’efficacité de cette relation. Elle devra s’assurer d’une bonne adéquation entre les
capacités de l’employé et les compétences requises par le poste. De cette manière,
l’employé y trouvera une expérience utile à son développement alors que l’entreprise
56
utilisera les forces de l’individu dans un poste ayant un impact stratégique. Autrement
dit, « There are two distinct dimensions of the deployment challenge: managing the
work and developing talent »45. Si l’objectif fondamental du déploiement est d’avoir la
bonne personne réalisant la bonne tâche au bon moment, une bonne adéquation permet
de mettre à profit les forces d’un employé talentueux de manière à maximiser la
compétitivité de l’entreprise (Cheese, Thomas et al. 2008).
Une bonne adéquation est importante dans tous les postes. Cependant, des
gestionnaires ayant des ressources limitées pourraient ne pas être en mesure de
procéder à une analyse exhaustive. Dans ce cas, certains auteurs comme Huselid,
Beatty et al. (2005), suggèrent de segmenter autant les emplois que les employés. Les
postes qui ont une importance majeure sur la réalisation de la stratégie de l’entreprise
seront catégorisés A, alors que les postes de soutien seront des B. Les emplois de
catégorie C sont ceux qui n’amènent pas ou peu de valeur ajoutée à l’entreprise. Quant
aux employés, les plus performants et les plus prometteurs seront de classe A. Ceux
ayant un potentiel de croissance modéré tomberont dans la catégorie B alors que les
travailleurs classés C sont ceux dont on voudra se départir (Huselid, Beatty et al.
2005). Une fois cette segmentation réalisée, l’entreprise devra faire tout son possible
pour déployer les travailleurs A dans les postes A, autrement dit les employés clés dans
les postes clés.
Apport au déploiement
Plusieurs préoccupations doivent être considérées dans la gestion des flux de talents.
Nous avons vu jusqu’ici que le déploiement doit prendre en compte le développement
des compétences, s’assurer que les mouvements s’inscrivent dans le cheminement de
carrière de l’individu tout en considérant la planification de main-d’œuvre réalisée par
l’entreprise. À tout ceci viennent s’ajouter les questions d’allocation et d’adéquation,
qui doivent être analysées chaque fois qu’un employé se déplace. L’allocation est donc
un enjeu en soi.
45
Cheese, Thomas et al. (2008)
57
La mobilité évoque évidemment une notion de mouvement, et dans notre cas peut se
définir comme suit :
La capacité d’une personne à accepter un changement dans les attributions liées à son
emploi, par exemple un changement dans le lieu d’exercice de son travail. Elle évoque
également la capacité d’une personne à accepter un changement d’emploi.48
46
Abraham (2004)
47
ibid.
48
ibid.
49
ibid.
58
La rotation de poste est aussi vue comme essentielle au développement des futurs
gestionnaires. Elle leur permet d’élargir leur réseau de contacts, de développer leurs
connaissances organisationnelles et de vivre différentes réalités présentes dans
l’entreprise. Sur le plan personnel, la mobilité latérale permet aux futurs gestionnaires
de mieux se connaître eux-mêmes en identifiant leurs forces et leurs faiblesses. Elle
améliore aussi leur capacité à gérer l’incertitude (Campion, Cheraskin et al. 1994).
50
Campion, Cheraskin et al. (1994)
51
Ibid.
59
Apport au déploiement
En ce qui a trait aux enjeux, un nombre important de défis peut être regroupé sous le
chapeau de la mobilité interne. Pour que cette dernière prenne vie, on doit d’abord
s’assurer de la participation des employés.
Ce défi va de pair avec la gestion des craintes des employés. Il s’agit encore une fois de
s’assurer de leur participation au processus de mobilité. Dans l’optique où l’entreprise
désire mettre en place un marché interne de l’emploi libre, la transparence du système
devient un enjeu primordial. Comme dans tout marché, les règles du jeu doivent être
définies clairement et communiquées aux participants. Les employés doivent connaître
les conditions d’accès au marché interne de l’emploi ainsi que les procédures et
protocoles de participation (Bryan et Joyce 2007). Notons aussi l’importance d’établir
des critères d’évaluation standardisés, appliqués eux aussi à toute l’entreprise. Ceci
aura pour effet de permettre une comparaison plus objective des employés postulant
pour un poste, peu importe leur secteur de provenance ou leur gestionnaire actuel. Des
outils provenant de la gestion des carrières, comme les livrets d’orientation ou le
support au développement, peuvent être utilisés à ces fins. Un document plus officiel
telle une charte de la mobilité (Abraham 2004), peu aussi être bénéfique.
Ce défi d’information est donc double. D’une part, l’entreprise se voit forcée de
réfléchir à ce qu’elle recherche et recherchera en terme de compétences. Les postes
devront être analysés afin d’établir les caractéristiques personnelles requises pour
exécuter les tâches (Quaintance 1989). Le résultat peut se matérialiser en profils types
de gestionnaires idéaux ou en portfolio de compétences clés. D’autre part, on retrouve
un défi de transmission de l’information, cette dernière n’étant d’aucune utilité si elle
ne quitte pas les bureaux des ressources humaines. Une bonne communication aura
pour effet d'encourager les employés à participer à la mobilité. Un travailleur bien
informé aura un plus grand sentiment de contrôle sur son cheminement de carrière. La
connaissance des procédures de changement de poste ainsi que des caractéristiques de
l’emploi futur diminuera les appréhensions et inquiétudes qui pourraient envahir les
employés se retrouvant face à l’inconnu. De plus, bien informer les participants aura un
impact positif sur la rétention et à la motivation :
There is a long tradition of evidence regarding realistic job previews which indicates
decreased levels of voluntary turnover and increased motivation when recruits are given
clear information of what the organization will want from them.52
Ceci dit, s’assurer de la participation des employés n’est pas le seul enjeu inhérent à la
mobilité interne. Présente en trop grande quantité, cette dernière peut aussi donner lieu
à un déséquilibre des flux.
Dans une optique de choix multiples et de pouvoir aux mains de l’employé, les
dirigeants n’ont plus la discrétion de placer les employés là où ils le désirent. Ceci
expose l’entreprise à un risque de déséquilibre des flux de personnel (Kotorov et Hsu
52
Ibid.
62
2002). Il est facile de concevoir que certains emplois peuvent attirer une quantité
importante de travailleurs alors que d’autres peuvent être beaucoup moins populaires.
Ceci représente un problème puisque même les emplois moins recherchés ont leur
importance et doivent être comblés. L’entreprise peut facilement choisir le meilleur
candidat lorsque le nombre de prétendants au poste est élevé. Par contre, les choses se
compliquent lorsque la situation s’inverse. Les gestionnaires devront alors faire
d’importants efforts pour attirer les employés dans les directions moins désirées afin
d’équilibrer les flux de main-d’œuvre (Quaintance 1989). En plus des postes non
attrayants, les flux de main-d’œuvre peuvent être bloqués par des goulots. Voyons en
détail cette problématique.
Les goulots représentent un phénomène très étudié par la gestion des opérations. Ils se
produisent lorsqu’une étape de la chaîne de production ralentit considérablement le flot
de produits. En terme de flux de personnel, cette problématique peut se matérialiser en
poste goulot. En effet, on peut envisager que certaines affectations soient des passages
obligés dans le développement des compétences. Dans le cas où on dispose de moins
de postes à offrir que d’employés à former, un goulot apparaît. Il vient réduire la
cadence de progression des travailleurs et freine les mouvements. Il représente donc un
enjeu qui peut limiter les flux de talents et doit être adressé par le déploiement.
mouvement qui lui aussi créera un nouveau besoin, etc. (Campion, Cheraskin et al.
1994).
The most common complaint in the pilot study was that employees rotated too fast and the
organization was unable to slow the rate down. Ripple effects occurred in that filling
openings through rotation created other openings to be filled53.
Des inquiétudes se posent face à un marché interne de l’emploi sans aucune restriction.
Si tous les employés peuvent changer de postes sans contrainte, on peut envisager une
menace à la productivité de l’entreprise. Cette dernière recherche sans conteste les
avantages liés à la mobilité sur le plan de l’attraction, de la rétention et du
développement des compétences des employés. Cependant l’employeur doit se
prémunir des abus que pourraient faire certains travailleurs en changeant de poste à un
rythme démesuré. Elle ne doit pas perdre le contrôle et tomber dans un mouvement
perpétuel nuisant à sa productivité. Son défi est de : « balance developing people with
getting the work done »54. En plus de nuire à l’efficacité, une mobilité interne
surabondante peut aussi induire des coûts de transactions importants, au point de
réduire à néant les gains qui pourraient être réalisés avec le programme. Analogue aux
enjeux liés à la planification de la main-d’œuvre, on voudra permettre une mobilité
interne assez ouverte pour en tirer tous les avantages sans que l’effet négatif sur la
productivité ou les coûts de transactions dépassent les bénéfices réalisés.
Pour ce faire, l’entreprise devra mettre en place une structure et se doter d’outils et de
normes lui permettant de gérer la mobilité de manière efficace (Abraham 2004). Afin
de garder sous contrôle le nombre de changements de postes, l’entreprise peut, par
exemple, établir un temps d’occupation minimal dans chaque poste avant d’avoir accès
à un mouvement subséquent (Kotorov et Hsu 2002). Les systèmes informatisés
joueront un rôle prépondérant en ce qui a trait au contrôle des coûts.
53
Ibid.
54
Ibid.
64
La gestion des craintes des employés, dont nous avons déjà exposé une partie plus
haut, se manifeste aussi sous d’autres formes. Encore une fois le défi est de s’assurer
de la pleine participation des employés au marché interne de l’emploi.
Malgré les points positifs que nous avons présentés, l’attrait de la mobilité interne
n’est pas universel. En effet, « la mobilité interne n’est pas vécue par tous comme un
avantage pour la carrière »55. Le travailleur qui change de poste pourrait être
préoccupé par les effets négatifs de ce mouvement sur sa productivité. En effet, tout
mouvement demande des efforts d’apprentissage et d’adaptation au nouvel
environnement. Il met aussi l’employé face à des risques accrus de baisse de
performance ou d’erreur. L’ouvrier laisse derrière lui ses repères, notamment les
personnes-ressources sur qui il pouvait s’appuyer. Un travailleur ayant acquis une
notoriété dans un poste ou un secteur peut considérer un changement de poste comme
un risque important puisqu’il devra reconstruire sa légitimité professionnelle
(Abraham 2004). Il peut aussi craindre de ne pas être en mesure de réaliser les
nouveaux apprentissages nécessaires. On note aussi la peur de l’incapacité de
s’adapter à sa nouvelle équipe ou à son nouveau contexte organisationnel. Outre ses
inquiétudes sur sa performance personnelle, le nouvel arrivant peut aussi craindre
d’avoir un impact négatif sur la performance collective (Kotorov et Hsu 2002;
Abraham 2004).
Outre ces deux enjeux, les employés peuvent aussi redouter la prise d’une mauvaise
décision ou d’une mauvaise orientation de carrière. La culture de l’entreprise peut
quant à elle amener un sentiment de culpabilité ou d'infidélité envers l’équipe ou le
gestionnaire immédiat abandonné. Les travailleurs peuvent craindre les perceptions
négatives de leurs collègues et supérieures, pouvant aller jusqu’à la peur de représailles
(Abraham 2004). D’autres encore peuvent redouter le temps nécessaire au suivi du
55
Abraham (2004)
65
marché interne de l’emploi et aux opportunités qu’il offre. Certains estimeront que ce
dernier sera davantage profitable à ceux qui y sont scrupuleusement attentifs (Kotorov
et Hsu 2002). Notons finalement qu’Abraham suggère qu’on pourra limiter ces craintes
en établissant un système transparent (Abraham 2004), ce qui, comme nous l’avons vu,
représente un défi en soi.
Bien que l’obtention de la participation des employés soit un enjeu important, ce n’est
pas le seul facteur à même de freiner la mobilité interne. Les règles syndicales peuvent
aussi avoir un effet inhibiteur.
Comme nous l’avons mentionné plus haut, les syndicats ont joué un rôle important
dans l’ontogenèse du marché interne de l’emploi. Cependant, le type de marché que
propose Cappelli (2008) est bien différent du lieu d’échange syndical. Les règles
administratives, basées sur l’ancienneté, qui lui ont donné naissance peuvent
aujourd’hui représenter un frein au mouvement, au développement et à une bonne
allocation des employés.
Ces règles peuvent aussi nuire à une bonne allocation. Il est impossible de maximiser
l’utilisation des employés sans pouvoir gérer les mouvements en fonction de
l’adéquation entre les forces du travailleur et les compétences requises par le poste.
66
L’employé le plus ancien n’est pas nécessairement le plus qualifié pour le poste à
combler. Parallèlement, l’emploi en question pourrait peut-être offrir des opportunités
d’apprentissages inestimables pour un autre travailleur moins expérimenté. Comme le
dit Osterman (1987), « seniority provisions and/or eligibility limitations may prevent
the most able workers from attaining jobs best suited to their talents »56.
En bref, les règles syndicales, qui sont officielles et explicites, peuvent représenter un
frein à la mobilité et à l’atteinte d’une adéquation judicieuse. Nous devons cependant
aussi prendre en compte l’existe d’autres barrières, celles-là non-officielles et tacites.
Nous parlons ici des normes culturelles, qui peuvent exercer un pouvoir sur la mobilité
interne. Voyons leur impact plus en détail.
56
Osterman (1987)
67
l’emploi fluide, qui pourrait cependant être mis à mal par la présence de silos
organisationnels, que nous étudierons dans la section suivante.
Les silos représentent un frein majeur à la mobilité des talents. Il s’agit de barrières,
tacites ou explicites, qui se forment entre différents secteurs ou différents
départements. Elles surviennent généralement lorsque les mouvements d’employés
sont décidés sur la base des relations personnelles ou à l’intérieur de certains réseaux
sociaux restreints. Lorsque vient le temps de recruter, les gestionnaires vont en effet
généralement choisir parmi les gens déjà sous leur supervision ou dans leur cercle
rapproché (Handfield-Jones 1999; Bryan et Joyce 2007).
Many frustrated managers have searched in vain for the right person for a particular job,
knowing that he or she works somewhere in the company. And many talented people have
68
had the experience of getting stuck in a dead-end corner of a company, never finding the
right experiences and challenges to grow, and finally, bailing out57
Nous avons très légèrement effleuré l’impact que le gestionnaire immédiat peut avoir
sur la mobilité interne. À la problématique des silos vient donc se greffer celle du
supérieur, qui exacerbe le problème. Voyons plus en détail son rôle dans la gestion des
flux de talents.
57
Bryan et Joyce (2007)
58
Ibid.
59
Herriot et Pemberton (1996)
60
Ibid.
69
Plusieurs raisons font que ce poste a une grande importance dans la gestion des
mouvements de talents. Les gestionnaires d’aujourd’hui ne peuvent plus déléguer les
tâches relatives à la gestion des talents au département des ressources humaines. Ils
sont impliqués dans tous les aspects du processus, de la sélection au coaching (Berger
et Berger 2011). Le gestionnaire immédiat est en effet l’engrenage qui fait le lien entre
employés et organisation. D’une part, il est en contact constant avec les travailleurs de
son équipe, ce qui lui permet de connaître plus intimement les forces, faiblesses et
aspirations de chacun d’eux. D’autre part, il est aussi au fait des objectifs stratégiques
et des plans de l’entreprise. Ce double niveau de connaissance fait de lui la meilleure
personne pour identifier, sélectionner, développer, coacher, récompenser et faire
progresser les travailleurs talentueux (Berger et Berger 2011). Connaissant les besoins
de l’entreprise, il peut tenter d’y répondre en ciblant les employés clés et en leur faisant
voir ce que l’organisation attend d’eux et quelles sont les possibilités d’avancement et
de progression de carrière. Parallèlement, il est très bien placé pour identifier les
employés dont le développement bénéficierait de nouveaux défis ou de nouvelles
assignations. Il est aussi à même d’évaluer quels postes seraient les plus appropriés afin
de combler les désirs de développement de l’employé et les besoins de talents de
l’entreprise (Berger et Berger 2011).
Effective internal placement and career management programs give mangers key
responsibility in the development and career counseling of their employees. This
responsibility helps to build ownership, while freeing HRM office staff to handle actual
administration of the program.62
61
Gutteridge, Leitbowitz et al. (1993)
62
Quaintance (1989)
70
apports très positifs tout autant que très négatifs. S’il peut être un facilitateur des
mouvements maximisant les flux de main-d’œuvre, il peut à l’inverse représenter un
frein majeur au déploiement (Abraham 2004). Que ce soit par manque de formation ou
par mauvaise foi, les gestionnaires deviennent nuisibles lorsqu’ils refusent de laisser
partir des employés talentueux. Ils deviennent ainsi les premiers responsables de la
formation des silos organisationnels dont nous venons de discuter (Stahl, Bjorkman et
al. 2007). L’effet est le même s’ils sont tout simplement incapables d’identifier les
employés à fort potentiel, de déterminer si un employé est plafonné ou nécessite de
nouveaux défis. Bref, le gestionnaire ne disposant pas des outils pour épauler ses
employés dans leur cheminement de carrière sera nuisible à ce dernier.
2008). Un autre outil qui peut s’appliquer a déjà été présenté dans la section sur la
transparence du marché interne de l’emploi. Il s’agit de critères d’évaluation de la
performance et du potentiel standardisés. Ces derniers réduisent la subjectivité du
processus, donc l’impact négatif que peut avoir un gestionnaire mal intentionné.
En quelques mots, nous avons vu que la mobilité interne peut prendre différentes
formes. Elle offre nombre d’avantages, notamment en ce qui a trait à au
développement des compétences et à l’avancement de la carrière. Certains
inconvénients ne peuvent cependant être ignorés tels que les coûts de formation et la
perte de productivité. L’entreprise désirant mettre en place une mobilité interne vivante
devra aussi faire face à plusieurs enjeux. Parmi ceux-ci on retrouve la gestion des
craintes des employés, les freins que peuvent représenter les règles syndicales, la
culture, les silos ainsi que les gestionnaires immédiats.
En conclusion de cette deuxième section, rappelons que nous avons étudié plus en
détail les différents domaines qui sont porteurs d’enseignements pour le déploiement
des talents. Puisque ce dernier est l’objet central de ce mémoire, nous n’avons pas fait
une revue de la littérature exhaustive de chacun de ces thèmes. Notre objectif était
plutôt de mettre en relief les éléments pertinents à l’étude de notre sujet afin de les
rassembler dans un cadre opérationnel intégrateur et holistique.
éléments relatifs au déploiement des talents. Ce premier pas a été accompli dans la
revue de la littérature. Nous nous proposons aussi de valider empiriquement comment
ce modèle s’applique à la réalité. C’est pourquoi le prochain chapitre présentera notre
cadre de référence, qui guidera nos recherches sur le terrain.
Chapitre 2 : cadre de référence
Nous l’avons vu et expliqué à maintes reprises, le déploiement ne bénéficie pas d’un
modèle intégrateur. Ce concept est affublé de plusieurs définitions et est utilisé pour
désigner différentes réalités. On lui accorde des significations allant du simple outil de
développement (Cheese, Thomas et al. 2008) au système de gestion des carrières
(Anderson, Milkovich et al. 1981; Sonnenfeld et Peiperl 1988), pour ne nommer que
ceux-là. Sans surprise, nous n’avons malheureusement trouvé aucune proposition de
cadre théorique sur laquelle nous aurions pu baser nos recherches.
Notre cadre théorique sera donc fortement inspiré des éléments identifiés dans la revue
de la littérature. Nous pensons que ces domaines doivent tous être pris en compte dans
l’étude du déploiement. Nous pensons aussi qu’une étude approfondie de chacun
d’entre eux et du lien qui les unit nous permettra de faire un tour d’horizon assez large
pour circonscrire le phénomène de manière satisfaisante.
63
Campenhoudt et Quivy (2011)
75
Nous savons que les entreprises dévouent beaucoup d’effort à l’exécution des tâches
relatives aux différents domaines exposés plus haut. Par exemple, des équipes de
gestion des ressources humaines s’affairent à suivre les carrières et le développement
des compétences. Plusieurs entreprises font aussi l’effort de réaliser des plans de main-
d’œuvre. Les problématiques d’adéquation et de mobilité interne sont elles aussi au
nombre des inquiétudes des entreprises. Alors quel est l’objet de notre recherche? Il
s’agit en fait de voir comment toutes ces activités se joignent entre elles afin de
déployer efficacement les talents à l’intérieur de l’entreprise. Nous nous concentrerons
ainsi sur les pratiques mises en place dans les entreprises étudiées.
Avant même d’étudier la manière dont s’amalgament ces différents processus, nous
voulons tout d’abord savoir s’il existe ou non une vision d’ensemble du déploiement
des talents. Que la réponse soit positive ou négative, nous nous préoccuperons ensuite
de la manière dont ces différents processus s’imbriquent entre eux. À notre
connaissance, il n’existe aucune étude empirique ayant tenté de voir comment chacun
des domaines du déploiement était relié et géré en un tout cohérent. Avec comme
objectif de pallier à ce manque, nous chercherons à savoir si une telle vision
macroscopique existe chez les praticiens. Autrement dit, nous voulons savoir si ces
derniers sont conscients des liens qui existent entre les disciplines relatives au
déploiement des talents. C’est là l’essence notre première interrogation :
Nous voulons aussi savoir si, et comment, cette prise de conscience s’opérationnalise
au quotidien. Voilà ce qui donne naissance à notre deuxième sous-question :
En ce qui concerne notre question de recherche principale, elle sera basée sur notre
définition du déploiement des talents, exposée au chapitre précédent :
Notre interrogation aura donc comme trame de fond la mobilité interne (les flux de
talents), concept beaucoup plus évocateur pour les praticiens. Voici comment elle
s’articule :
Avant d’exposer en détail le cadre théorique qui guidera nos recherches, une précision
nous semble importante. Tout au long de ce mémoire, nous adoptons volontairement
un point de vue organisationnel. Ce choix s’explique par notre objectif de comprendre
comment l’entreprise utilise la mobilité interne pour développer ses employés et
ultimement les utiliser au meilleur de leurs compétences. Ceci dit, nous sommes
conscients qu’il s’agit d’individus. Loin de nous l’idée d’instrumentaliser les
travailleurs ou de passer outre l’importance de la personne, de son bien-être et de sa
satisfaction au travail. L’optique organisationnelle n’est qu’un choix que nous devons
faire afin de limiter l’envergure du projet.
Le cadre de référence présenté ici est le même qui a guidé notre revue de la littérature.
Il est calqué sur les différentes problématiques soulevées par chacune des disciplines
étudiées. Il intègre aussi les enjeux présentés dans la section précédente.
77
Suivant notre modèle, gérer le déploiement demande de prendre en compte les six
domaines qui y sont reliés.
Le développement est un de ces derniers. Notre recherche empirique aura pour but de
découvrir comment il s’amalgame aux autres pratiques de gestion des flux de talents.
Nous voulons, par exemple, voir quelles pratiques sont mises en place afin de le
prendre en compte lors de la planification de la main-d’œuvre, de la gestion de la
carrière, des décisions de rotation de poste ou encore lors de l’établissement des règles
du marché interne de l’emploi. Nous voulons aussi nous enquérir de l’impact qu’a ce
dernier sur les préoccupations d’allocation des employés.
En ce qui concerne la gestion des carrières, nous voudrons voir si l’entreprise offre
différents cheminements. Afin de mieux comprendre le contexte dans lequel peuvent
survenir différents enjeux, il sera pertinent d’évaluer comment se répartit le contrôle
de la carrière entre employé et employeur. L’étude de ce domaine nous permettra aussi
de voir comment l’entreprise et l’employé font face à différents blocages, notamment
les plateaux.
Nous nous pencherons aussi en détail sur l’existence de ce dernier. Il sera intéressant
de valider sous quelle forme il se manifeste dans les entreprises étudiées : quelles en
sont les règles et procédures, qui peut y participer, etc. Encore une fois il sera
intéressant de déterminer l’envergure d’un tel marché. Ces informations nous seront
très utiles afin d’analyser les enjeux relatifs aux silos et aux gestionnaires immédiats.
Pour bien camper notre étude du déploiement, nous aurons finalement besoin
d’informations générales sur la mobilité interne. C’est en effet elle qui met en branle
le processus et qui permet de déployer les talents. Toujours dans le but de comprendre
le contexte expliquant les enjeux, il sera pertinent de savoir quels sont les types de
mouvements les plus encouragés et parallèlement les plus fréquents. Nous voudrons
finalement savoir comment la rotation de poste est perçue par la culture de
l’entreprise.
Les enjeux
Voyons maintenant les défis qui ont été relevés de nos recherches théoriques. Le but
de notre terrain sera de confirmer ou infirmer la présence de chacun de ses enjeux.
Nous voudrons aussi juger de l’importance relative qu’ils occupent dans la vie des
gestionnaires.
Afin de mettre en place une mobilité interne fluide, l’entreprise devra gérer les
craintes de ses employés. Ces derniers pourraient avoir des inquiétudes quant au
développement de connaissances non transférables ou à la perte de productivité
suivant un changement de poste. Ils pourraient aussi juger que le suivi des postes
disponibles demande un temps indu. Afin de s’assurer de leur participation, il sera de
79
La gestion des flux de talents fait elle aussi face à plusieurs défis. L’entreprise devra
s’assurer de développer les bonnes compétences, la bonne quantité de talent et de les
rendre disponibles au bon moment. Tout ceci devra se faire dans une multitude de
cheminements possibles, ce qui pourrait donner lieu à des déséquilibres des flux. Ces
derniers pourront par ailleurs être limités par la présence de goulots ou de plateaux de
carrière. Chaque mouvement amènera aussi une problématique d’adéquation entre
l’individu et le poste qu’il occupe.
Finalement, l’entreprise doit aussi être consciente des effets néfastes que peut induire
la mobilité interne. Il s’agit des effets d’entraînement ainsi que des perturbations
sur les programmes de planification.
Voilà ce qui complète notre cadre conceptuel. Nous croyons que l’étude de chacun des
éléments qu’il propose nous permettra de circonscrire le phénomène du déploiement et
de cibler quels en sont les enjeux principaux.
Chapitre 3 : Méthodologie
Ce chapitre a pour but de présenter les détails pratiques relatifs à l’exécution de notre
recherche empirique. Après avoir fait une revue approfondie de la littérature pertinente
à notre sujet d’étude, nous avons posé un cadre de référence à même de guider notre
cueillette de données. La présente section a pour but d’expliquer la méthodologie qui
sera utilisée pour réaliser notre étude terrain.
Comme stipulé plus haut, peu de travaux de recherche se sont penchés directement sur
le déploiement des talents. Notre état d’esprit est donc principalement exploratoire.
Bien que nous ayons en tête un cadre conceptuel à même de guider nos recherches,
nous tentons de défricher un pan de la gestion des talents encore peu abordé. Dans
cette optique, nous nous lançons à la découverte d’un vaste champ d’études qui
recoupe des préoccupations aussi diverses qu’éparses. Ceci, jumelé à notre désir de
comprendre les liens existant entre ces différents éléments, nous mène directement
vers la recherche qualitative. En effet, les données qualitatives « permettent des
descriptions et des explications riches et solidement fondées »64. Le but de notre
recherche est de mettre à l’épreuve le cadre intégrateur développé dans les premières
sections de ce mémoire. Nous voulons voir s’il s’applique bien à la réalité vécue en
entreprise. Ceci dit, nous gardons aussi l’esprit ouvert et tenterons de voir quels
éléments manquent à notre modèle. Nous resterons donc ouverts aux réalités qui
émergeront des terrains d’étude et viendront enrichir notre modèle. Les données
qualitatives sont aussi particulièrement indiquées pour ce genre de tâche puisqu’elles
« permettent aux chercheurs de dépasser leurs a priori et leurs cadres conceptuels
initiaux »65.
64
Miles et Huberman (2003)
65
Ibid.
81
Le spectre de notre recherche est donc assez large. Nous ne tentons pas de valider une
corrélation entre deux variables précises, mais bien de voir comment plusieurs
éléments s’intègrent entre eux, et ce dans le contexte très large qu’est celui de la
gestion des ressources humaines dans une entreprise. Encore une fois, la recherche
qualitative s’impose :
Les méthodes qualitatives de recherche sont seules à rendre accessible une telle vision
holistique. (…) Elles permettent, particulièrement pour l’étude de cas, d’observer et
d’analyser ces phénomènes comme un tout intact et intégré. (…) Les méthodes
quantitatives ne peuvent donner une telle vision des phénomènes étudiés »66.
Cette citation nous permet d’introduire l’étude de cas, qui sera la méthode de
recherche utilisée dans ce mémoire. Nous avons fait le choix de nous pencher sur un
nombre restreint de sujets d’étude, en optant pour la profondeur plutôt que la variété.
Puisque nous n’avons pas de modèle déjà testé sur lequel nous baser, nous voulons
d’abord nous assurer de bien répertorier tous les domaines devant être pris en compte
dans le déploiement des talents, sans oublier les enjeux vécus sur le terrain. L’étude de
cas est une méthode de recherche qui nous permet cette analyse rigoureuse et en
profondeur d’une situation type. D’une part, elle s’avère pertinente lorsque « la base
théorique qui existe au sujet de la problématique sous étude comporte (…) des
éléments non expliqués »67. D’autre part, elle « permet une compréhension profonde
des phénomènes, des processus les composant et des personnes y prenant part »68. Elle
s’applique particulièrement bien dans une situation complexe ou plusieurs éléments
s’entremêlent :
66
Gagnon (2012)
67
Ibid.
68
Ibid.
69
Laplan, Quartaroli, et al. (2012)
82
Évidemment, une faiblesse importante de l’étude de cas est qu’elle est limitée à une
situation unique. Afin de mitiger cet impact négatif, plusieurs auteurs suggèrent une
étude de cas multiples, ou multisite (Miles et Huberman 2003; Gagnon 2012). Pour
des raisons de faisabilité, nous avons limité notre échantillonnage à deux cas. En effet,
le temps et les ressources dont nous disposons étant limités, augmenter le nombre de
cas étudiés aurait pu nuire au temps disponible pour l’analyse et conséquemment à la
qualité des construits pouvant en découler. Ce choix va de pair avec les
recommandations de Gagnon (2012) selon lesquelles « le nombre de cas doit permettre
de faire un examen suffisamment approfondi de chacun des cas pour que la réponse à
la question de recherche soit valide »70.
While the cases may be chosen randomly, random selection is neither necessary, nor even
preferable. As Pettigrew (1988) noted, given the limited number of cases which can usually
be studied, it makes sense to choose cases such as extreme situations and polar types in
70
Gagnon (2012)
83
which the process of interest is « transparently observable ». Thus the goal of theoretical
sampling is to choose cases, which are likely to replicate or extend the emergent theory71.
C’est pourquoi notre échantillonnage, autant sur le plan des entreprises que sur le plan
des répondants, est orienté et de convenance (Miles et Huberman 2003). Ceci amène
une plus grande force à la recherche puisque « data sources, participants, or cases are
selected by how much can be learned from them » (Laplan, Quartaroli et al. 2012).
Notre quête de cas riches en enseignements sur le déploiement des talents nous a donc
menés vers deux grandes entreprises. En effet, une masse critique est nécessaire à
l’existence d’un marché interne de l’emploi assez étendu et dynamique pour que les
enjeux relevés dans la revue de la littérature soient observables. Nous avons donc visé
des entreprises d’au moins mille employés. Afin de renforcer notre étude, nous avons
choisi deux entreprises de différents secteurs. En ce qui concerne les répondants, notre
objectif était d’obtenir la participation d’une dizaine de travailleurs par compagnie.
Nous avons jugé que ce nombre nous permettrait d’arriver à une saturation des
données satisfaisante.
71
Eisenhardt (1989)
84
Les répondants ont été contactés par les personnes-ressources afin d’introduire
l’étudiant et le sujet de recherche. Dans certains cas les rendez-vous ont été fixés par la
personne-ressource. Dans d’autres cas, l’étudiant chercheur a communiqué
directement avec les répondants afin de solliciter un entretien. Le tableau suivant
donne une vue d’ensemble des répondants, de leur entreprise et de leur niveau
hiérarchique :
Tableau 3 : Répondants
méconnus »72. Les données ainsi recueillies permettent de « décrire ou comprendre les
témoignages plutôt que d’en tirer des résultats quantitatifs »73. Les questions sont
ouvertes et ont pour but de laisser le répondant s’exprimer à sa guise. Leur contenu est
toutefois « structuré par certains thèmes types, tirés du protocole de recherche »74.
C’est dans cette optique de guider adéquatement les entretiens que l’étudiant chercheur
a conçu un guide d’entrevue. Ce dernier est étroitement lié au cadre de référence posé
au chapitre précédent. Chacune des dimensions y figurant a été transformée en
questions générales, soutenues par des sous-questions à même de faire ressortir les
aspects plus précis de chacune d’entre elles (les enjeux notamment) (Angers 2009). Ce
guide d’entretien, présenté en annexe, est un instrument flexible qui a été ajusté aux
besoins des différentes situations. En effet, certains répondants étant spécialisés dans
un ou quelques domaines abordés par notre recherche, il n’était pas pertinent de
toucher tous les points avec chacun d’entre eux. Certaines sections ont donc été
laissées de côté, ajoutées ou modifiées selon les personnes interviewées.
Dans le cas de l’entreprise 1, nous nous sommes arrêtés à dix répondants puisque la
saturation des données était atteinte. Des entrevues subséquentes n’auraient fourni que
très peu de nouvelle information. La situation est différente pour l’entreprise 2. Notre
72
Angers (2009)
73
Ibid.
74
Gagnon (2012)
86
recherche aurait bénéficié d’un nombre plus grand de répondants, mais nous n’avons
malheureusement pas réussi à obtenir la participation volontaire de participant
supplémentaire. Ce fut donc un choix de convenance que de s’arrêter à six répondants
pour l’entreprise 2.
Une fois les données brutes recueillies, nous disposons du substrat nécessaire à une
analyse en profondeur. Se présentant sous forme de verbatim, les données empiriques
nous permettent une analyse à même d’extraire les significations et enseignements
relatifs à la gestion des flux de talents.
Pour arriver à nos fins, nous effectuons cet exercice sous la forme d’une analyse de
contenu (Usunier, Easterby-Smith et al. 2000). Paillé et Mucchielli (2008) proposent
un mode d’analyse qualitative qui met de l’avant « l’écriture comme praxis
d’analyse »75. Cette technique s’effectue en trois étapes subséquentes. Elle débute par
la transcription et se termine par la reconstitution. Entre ces deux extrémités se trouve
l’étape la plus importante, celle de la transposition. Cette dernière se subdivise elle-
même en trois éléments soit l’appropriation, la déconstruction et la reconstruction
(Paillé et Mucchielli 2008). Voyons en détail chacune d’entre elles.
75
Paillé et Mucchielli (2008)
87
premier contact rapproché avec les données. Ne représentant pas le cœur de l’analyse,
ce passage obligé assume plutôt un rôle préparatoire.
Toute cette phase cruciale de transposition sera faite à l’aide d’une analyse thématique
(Paillé et Mucchielli 2008). Les données seront découpées en fonction de différents
codes thématiques (Miles et Huberman 2003) directement issus de notre cadre de
référence. Par exemple, les données relatives à la planification de la main-d’œuvre
seront identifiées, codées, découpées et ultimement regroupées ensemble. Ceci
permettra d’amalgamer les éléments relatifs à chaque thème, jusque là disséminé de
part et d’autre dans les verbatim des différentes entrevues. De cette façon, le chercheur
pourra considérer de manière intelligible l’ensemble des données relatives à chacune
des unités d’analyses.
76
Ibid.
77
Ibid.
78
Ibid.
88
Notons que notre analyse s’effectue à deux niveaux. D’une part, nous observons la
situation à l’intérieur de chacune des deux entreprises visitées. D’autre part, nous
laissons libre cours à notre désir d’une analyse de deuxième niveau qui compare les
deux terrains entre eux. À ce moment, la tactique privilégiée sera celle consistant à
établir des contrastes ou comparaisons ou encore repérer les relations entre les
variables (Miles et Huberman 2003).
Deux éléments principaux doivent être évalués afin de nous permettre de juger de la
qualité des conclusions : la fiabilité et la validité des données recueillies. Dans le
deuxième cas, il y a lieu de se préoccuper d’une optique interne et d’une optique
externe. Voyons-les tous en détail.
Fiabilité
79
Gagnon (2012)
80
Ibid.
89
manière précise les dires de nos répondants. Deuxièmement, les données brutes sont
conservées sans modification. Ceci pourrait donner lieu à une nouvelle analyse,
permettant à d’autres chercheurs d’en vérifier la conformité. Troisièmement, nous
avons explicité le processus utilisé pour identifier autant les entreprises que les
répondants choisis. Nous avons aussi donné autant d’information que possible sur les
entreprises étudiées. Nous sommes cependant limités sur ce point puisque nous nous
sommes engagés à assurer la confidentialité de nos répondants et de leurs entreprises.
Nous avons donc tenté de trouver le meilleur équilibre possible entre le respect de
cette confidentialité et la maximisation de la fiabilité de nos données. Quatrièmement,
nos concepts, construits et unités d’analyses étaient clairement définis avant
d’entreprendre la recherche empirique. Ces derniers sont en effet inclus dans le cadre
de référence posé au deuxième chapitre qui, comme nous l’avons expliqué, a guidé la
construction du guide d’entretien. Finalement, nous avons explicité en détail notre
stratégie de recherche, nos méthodes de collecte et d’analyse de données, bref tous nos
choix méthodologie. Le guide d’entretien, qui a assuré une certaine constance dans
chacune des entrevues, est aussi présenté en annexe de cet ouvrage. Ceci dit, la
fiabilité n’est qu’un des deux éléments qui a trait à la conformité des données. La
validité est sa douce moitié et elle nous dévoile ses secrets dans la prochaine section.
Validité
Validité interne
81
Ibid.
90
Validité externe
Il est ici question de généralisation ou de transférabilité des résultats. Une étude est
généralisable si ses conclusions peuvent être étendues à d’autres situations, par
exemple d’autres entreprises. Malheureusement, il s’agit cette fois de la principale
faiblesse de l’étude de cas. En effet, cette dernière se concentre sur une réalité bien
précise. De plus, comme nous l’avons déjà mentionné, l’échantillon choisi de manière
non probabiliste ne permet pas la généralisation des résultats. Cependant, tout n’est
pas perdu. Certains éléments peuvent être mis en œuvre afin de maximiser la
transférabilité potentielle des résultats à d’autres sites d’études (Miles et Huberman
2003). Par exemple, en décrivant de la manière la plus détaillée possible les entreprises
choisies, nous donnons au lecteur la possibilité de comparer notre étude à d’autres
situations semblables. D’autre part, n’oublions pas que notre recherche est multisite,
ce qui « renforce la validité des résultats »82.
82
Miles et Huberman (2003)
Chapitre 4 : Présentation des résultats
Comme nous l’avons déjà stipulé, nous sommes à la recherche des pratiques mises en
place par les entreprises afin de déployer les talents efficacement. Fidèles à notre
optique organisationnelle, nous ne nous centrerons donc pas sur un recensement des
mouvements vécus par chacun des employés. Pour ce qui est des enjeux, nous ne les
traiterons pas tous immédiatement. Certains sont à propos dès maintenant, alors que
d’autres seront mis de l’avant dans notre chapitre d’analyse. Avant de plonger en
détail dans nos deux cas, voyons d’abord de plus amples informations sur nos sujets
d’étude.
Afin d’aller valider nos présomptions quant au déploiement des talents, nous avons eu
accès à deux entreprises de grande taille. Afin d’assurer la confidentialité de ces
dernières, nous les nommerons ci-après entreprise 1 et entreprise 2.
L’entreprise 1 œuvre dans le secteur financier. Dans son ensemble elle compte plus de
20 000 employés ainsi qu’une quantité importante de succursales géographiquement
dispersées. L’entreprise 2 œuvre quant à elle dans le secteur pharmaceutique. Elle
compte plusieurs localisations dans la grande région de Montréal qui comprennent
usines et bureaux. Elle employait plus de 1000 personnes lors de notre passage.
92
Nos répondants s’élèvent au nombre de seize, soit dix au sein de l’entreprise 1 et six à
l’intérieur de l’entreprise 2. Plusieurs d’entre eux sont évidemment du secteur des
ressources humaines, mais nous avons aussi été en contact avec des directeurs et des
employés de différents secteurs, que ce soit dans des succursales pour l’entreprise 1 ou
dans différentes unités d’affaires dans l’entreprise 2. Nos répondants sont aussi
répartis sur différents niveaux hiérarchiques allant d’employé de première ligne à vice-
président, en passant par différents niveaux de direction.
Ceci dit, l’entreprise se divise naturellement en deux groupes ayant des réalités
différentes. D’un côté, nous retrouvons les succursales, qui sont sur la ligne de front et
promulguent les services aux clients. Les types d’emplois qu’on y retrouve sont
principalement ceux de caissiers et de conseillers financiers. De l’autre, nous
retrouvons les fonctions corporatives. Ces dernières supportent les divers programmes
en place. Les employés les occupants vivent une réalité qui est plus loin du service à la
clientèle et de l’immédiateté qu’il demande.
93
La mobilité interne est très présente au sein de l’entreprise 1. Elle est bien vue et
fortement encouragée. Comme nous le dit un conseiller RH :
De ma connaissance et avec mon expérience, je vois que l’organisation dit et met beaucoup
de choses de l’avant pour favoriser la mobilité interne – Répondant 2-
Cette mobilité interne exacerbée prend vie dans un marché interne de l’emploi très
développé, libre et ouvert. Ce dernier se rapproche de l’idéal mis de l’avant par
Cappelli (2008), dans lequel les employés ont énormément de latitude. En effet,
hormis les emplois de cadres supérieurs, tous les postes permanents sont
94
systématiquement affichés. Notons qu’il existe quelques exceptions, par exemple pour
des postes temporaires de moins d’un an, qui, eux, n’ont pas à être affichés. Dans un
but d’efficacité, les ouvertures sont généralement affichées simultanément à l’interne
et à l’externe, bien qu’elles ne pourraient pas être rendues disponibles uniquement à
l’externe. Tous les employés peuvent appliquer sur n’importe quel poste, et ce à
l’échelle de l’entreprise. Le système informatique qui gère les affichages ne bloque
aucun candidat, pour quelconque raison que ce soit. Cependant, les employés qui
désirent obtenir de nouvelles opportunités doivent le faire en respectant certaines
règles. Un conseiller RH nous explique ces dernières :
L’employé doit passer 18 mois dans un poste régulier pour avoir le droit de postuler sur
un autre emploi, ou 6 mois dans le cas d’un poste temporaire. (Pour les fonctions
corporatives), actuellement il n’y a pas de règle. Elles sont limitées au réseau de
succursales. - Répondant 1-
L’employé qui désire changer de poste n’a pas l’obligation d’obtenir l’approbation de
son gestionnaire avant d’appliquer sur une nouvelle opportunité. On lui suggèrera
fortement de le faire, mais ce n’est pas une exigence, et l’équipe de dotation
conservera la confidentialité aussi longtemps que possible dans le processus.
un conseiller principal, le changement structurel vécu dans les dernières années a été
très salutaire pour l’extinction des silos :
Il y a eu longtemps une sorte de cloison très étanche. Là la cloison est fissurée, il y a plus
de va-et-vient, c’est plus possible. La structure rend ça plus possible, les programmes en
font la promotion - Répondant 5-
Ce que je constate, c’est que souvent les succursales sont des pépinières. Les gens vont
commencer comme caissiers ou conseillers financiers, mais vont faire leur bac en même
temps en RH. (Une fois ses études terminées), ils peuvent travailler en RH dans leur
succursale, mais ils pourraient aussi venir ici (fonctions corporatives). Cependant, souvent
les postes en succursales sont des postes d’entrée dans des niveaux un peu moins élevés ou
égaux à ce qu’on a ici (corporatif). Donc par exemple, moi, personnellement, il n’y aurait
pas de poste intéressant comme conseillère RH dans une succursale. Je pourrais faire un
mouvement latéral pour aller apprendre comment fonctionne le réseau des succursales,
mais ça ne serait probablement pas très stratégique parce que ça ne m’ouvrira pas beaucoup
d’autres portes. - Répondant 2-
Nous observons que le mouvement a généralement un sens, soit des succursales vers
les fonctions corporatives. Ceci dit, les changements de postes du corporatif vers les
succursales ne sont pas impossibles. Si un employé le désire, il peut sans problème
effectuer un tel changement. Nos répondants nous ont aussi confié que les
mouvements étaient plus fréquents à l’intérieur de chacun des deux groupes qu’entre
ces derniers. La mobilité interne entre succursales est vue comme plus naturelle
puisque les tâches et les connaissances requises sont de mêmes types. Les
mouvements deviennent alors principalement géographiques. Les règles en place
favorisent aussi cette dernière :
On a des conditions de travail qui sont harmonisées pour s’assurer que les gens ne perdent
pas d’ancienneté ou de vacance - Répondant 4-.
96
Cadres
et
gestionnaires
Emplois
Emplois
en
corporatifs
succursales
Par exemple, un poste qui œuvre dans une succursale sur la Côte-Nord (…) personne
n’applique. C’est un défi parce que les gens qui sont dans un milieu compétitif, comme
dans la région de Montréal, cherchent à être dans les plus grosses succursales. Donc moi je
suis gestionnaire ici, je suis bien payé parce que c’est une grosse succursale. Je ne vais pas
aller prendre un poste de direction d’un échelon moins élevé sur la Côte-Nord. Ça ne
m’intéressera pas du tout : je vais baisser de salaire et je vais être perdu dans la nature.
Donc l’intérêt pour ces postes-là diminue, et c’est plus dur à combler - Répondant 5-
97
Le problème n’est donc ni avec le poste, ni avec les tâches qui y sont attachées ou avec
un manque d’employés compétents pour les occuper. Ce sont des facteurs extérieurs
qui repoussent les candidats recherchés.
Il faut aussi bien faire la distinction entre déséquilibre des flux et pénurie de talent. En
effet, certains corps de métier sont tout simplement plus rares. Dans ce cas, il ne s’agit
pas de postes qui n’attirent personne à l’intérieur de l’entreprise, mais d’un problème
plus large à l’échelle du marché externe de l’emploi. Selon un conseiller RH :
On est en pénurie sur des postes clés. C’est une guerre de talent entre les institutions
financières, il y a certains postes pour lesquels on s’arrache les gens - Répondant 10-.
La carrière (domaine B)
Nous avons questionné nos répondants afin de savoir s’il existait, dans l’entreprise,
des cheminements de carrière prédéfinis ou tracés d’avance. Ces derniers nous ont
expliqué que règle générale, de tels cheminements n’existent pas. Ce qui est
absolument certain est qu’en aucun cas y aura-t-il des cheminements obligatoires.
Aucun employé ne sera contraint de suivre des progressions ou des changements de
poste définis à l’avance. Chaque individu est libre de forger son parcours en fonction
de ses intérêts et de ses aspirations de carrière. Ceci dit, certains secteurs ou certains
métiers présentent une progression logique qui est généralement suivie par la majorité
des employés, sans que ces derniers soient contraints d’y demeurer. Selon un
conseiller RH :
La progression normale débute au caissier, passe ensuite par agent de service financier puis
conseiller. C’est le parcours un peu plus régulier. Mais rien n’empêche que tu puisses
passer de caissier à conseiller directement. Tu n’es pas obligé de passer par tous les postes
intermédiaires. Après le poste de conseiller, normalement le saut suivant est en gestion du
patrimoine, qui va être conseiller d’un niveau supérieur. Mais c’est sûr qu’il y a des
98
L’entreprise 1 s’affère à mettre ces cheminements typiques sur papier, regroupés dans
une sorte de « carte des carrières ». Aux dires de deux directeurs principaux :
Il y a certains parcours qui vont être favorisés, qui vont donner un plus grand tremplin à ces
gens-là qui vont accepter d’aller dans ces parcours-là, parce qu’on le voit comme étant un
gage de succès. - Répondant 7-
Il y a des travaux qui sont faits. Il y a des postes pour lesquels on a tracé un peu plus des
parcours typiques de carrière, qui donnent un peu plus une idée de quel pourrait être le
cheminement. Ce n’est pas comme ça partout. Et on ne veut pas non plus qu’il y ait UNE
voie tracée. C’est plus large que ça. - Répondant 1-
La responsabilité de la carrière
Si toi, comme employé, tu veux développer ton employabilité, explorer autre chose, ce
n’est pas à moi, ton gestionnaire, à le faire pour toi. Je suis là pour te supporter,
t’accompagner, te présenter des possibilités. Mais ultimement c’est toi qui va devoir faire
le travail. - Répondant 9-
99
Le soutien à la carrière
Le soutien à la carrière dont il est ici question se divise en deux volets. D’une part, les
employés disposent d’une multitude d’outils en libre-service. Un conseiller principal
nous explique en détail :
La première responsabilité est au niveau de l’employé. C’est lui qui doit faire une
réflexion sur ce qu’il veut dans sa carrière. On a beaucoup d’outils en mode libre-service,
sur le portail interne. Il y a des capsules interactives, des guides de réflexion, etc. Bref,
dans un premier temps, l’employé doit faire sa propre réflexion. (…) Suite à ça, on
l’invite à aller rencontrer son gestionnaire, et là oui son gestionnaire à une responsabilité
d’accompagner l’employé dans le développement de ses compétences. Le gestionnaire
peut être supporté par des équipes RH. - Répondant 4-
Les employés ont aussi évidemment une vision très claire des postes ouverts dans
l’entreprise. Le logiciel qui prend en charge les affichages permet aux employés
mettre en place une notification automatique qui leur enverra un courriel lorsqu’un
poste s’ouvrira dans leur domaine de prédilection.
Une fois ce travail d’introspection complété, l’employé ayant ciblé ses intérêts ainsi
que certains postes qu’il désirerait obtenir sera invité à rencontrer son gestionnaire
pour lui partager ses réflexions. L’entreprise encourage une discussion ouverte,
franche et honnête entre employés et gestionnaires. Une fois le patron au courant des
objectifs de carrière et des ambitions personnelles de son subordonné, il devient un
élément de support important. Il pourra, par exemple, aider l’employé dans sa
recherche de formation pertinente à ses objectifs de carrière. Le dirigeant est la
ressource principale dans l’accompagnement de la carrière, mais il a lui aussi accès au
support offert par l’équipe RH s’il ne se sent pas outillé pour réponde adéquatement
aux besoins des employés.
Afin de s’assurer que cette discussion de carrière entre gestionnaire et employé ait
lieu, elle a été insérée dans le processus annuel d’évaluation de la performance.
100
Quelle que soit la fréquence du dialogue de carrière, ce dernier peut donner naissance
à un plan de carrière, bien que ce ne soit pas une pratique systématique. On établit
un tel plan dans certaines situations spécifiques, lorsque le besoin se fait sentir. Il sera
fait conjointement par l’employé et son gestionnaire, sans oublier les conseillers RH
qui pourront aussi être appelés en renfort, par exemple pour suggérer des activités de
développements. L’horizon de prévision et la précision du plan dépendent des
secteurs et des métiers. En effet, certains secteurs laissent voir plus facilement des
mouvements pressentis, alors que d’autres sont plus ouverts.
À l’origine, l’équipe s’appelait centre de réaffectation. Son rôle, dans les années 90, début
2000, c’était vraiment d’aider à replacer les gens qui se faisaient couper leur poste. Ce rôle
a évolué à cause de la rareté de main-d’œuvre. (…) Dans notre contexte actuel, de plus en
plus on veut retenir les gens, de plus en plus on travaille fort pour les attirer. Les sujets
reliés à la carrière sont un gros facteur d’attraction chez nous. - Répondant 5-
La transformation du rôle de l’équipe de gestion des carrières au fil des années s’est
faite notamment par l’ajout de nouvelles responsabilités. Elle peut, par exemple, être
appelée en renfort lors d’une réorientation de carrière. Elle fera alors office de
service d’orienteur. Elle intervient principalement auprès d’employés qui sont dans
l’entreprise depuis déjà quelques années. On a généralement recours au service de
101
Pour nous, de développer dans l’action c’est ça le secret du développement, beaucoup plus
que les formations X ou Y. Ça c’est notre stratégie privilégiée. Pour ça, il faut faire des
mandats ou autres types de mobilité. - Répondant 7-
C’est dans cette optique que les changements de postes occupent une place
importante dans le développement des compétences. Cependant, l’apprentissage dans
l’action peut se faire sans requérir un changement d’emploi complet. L’entreprise mise
aussi sur les assignations temporaires. Dans un tel cas, l’employé prenant un défi
ayant une durée limitée se verra garantir son poste d’origine. Il est aussi possible pour
les travailleurs d’aller chercher des expériences diversifiées sans quitter leurs tâches en
s’impliquant à temps partiel dans des projets ou des dossiers appartenant à d’autres
équipes ou d’autres départements. Certaines unités disposent aussi de processus de
stage internes, qui sont en fait des assignations temporaires à plus court terme.
Plusieurs méthodes sont utilisées pour permettre aux employés de vivre des
expériences pratiques enrichissantes. Cependant, les sources d’apprentissages plus
formelles ne sont pas absentes, loin de là. Il existe d’une part l’université
corporative, qui offre une multitude de formations diverses. Son public cible est très
102
large, allant des techniciens aux gestionnaires en passant par les professionnels.
Comme nous l’explique un conseiller RH :
Une autre stratégie qui nous interpelle est de sponsoriser ces jeunes-là. Par exemple, leur
donner accès à quelqu’un de plus sénior dans l’organisation, à qui ils vont pouvoir se
référer. Cette personne-là pourrait les amener sur certaines tribunes pour leur donner une
visibilité et un accès à certaines expériences. - Répondant 7-
103
On essaie de donner une rétroaction à la personne qui a été embauchée sur son processus
de dotation. Ce qui a été évalué, de quelle façon a-t-on perçu ses talents, dans quoi peut-il
aller, quels sont les éléments d’améliorations, les aires de vigilances? Tout ça pour que la
personne puisse être plus éclairée sur son profil. - Répondant 10-
Le développement dont nous avons parlé jusqu’à maintenant était surtout axé sur
l’avancement de la carrière. Il ne faut cependant pas négliger un pan majeur de la
formation qui est donnée dans l’entreprise, soit celle qui survient lors de l’arrivée
dans un nouveau poste. S’il s’agit d’un candidat venant de l’extérieur, il passera par
le programme d’accueil et intégration. Ce dernier a pour but de faire connaître
l’entreprise, son histoire, les règles de sécurité et de déontologie, etc. Normalement,
tous les employés passent par ce programme, peu importe leur poste.
Le niveau de formation suivant est celui dispensé lors de l’arrivée dans un poste
précis. Il existe, pour certains emplois ayant un taux de roulement plus élevé, des
programmes de formations standardisées. Voici l’explication qu’un conseiller en
développement nous a fournie sur les formations promulguées aux caissiers et aux
conseillers en succursales :
ressources qui arrivent en emploi ou qui ont une promotion doivent se déplacer
généralement 4 à 5 jours semaine pour se rendre au centre de formation. Ensuite ils
retournent en succursale. Graduellement, depuis 2011, on intègre les moyens de formation
comme les classes virtuelles, pour que ça se fasse à distance. Il y a beaucoup
d’autoformations qui sont faites dans notre système de gestion de la formation, mais il y a
encore beaucoup de formation en salle traditionnelle (…). À la fin complètement, les
formateurs se déplacent en succursale pour aller voir en entrevue les participants des
groupes pour voir le transfert d’apprentissage et continuer (…). Après le programme, il y a
4 suivis individuels qui sont faits sur place. - Répondant 8-
Notons aussi que le programme est accessible autant pour un employé arrivant de
l’externe que pour un travailleur qui était déjà dans l’entreprise. Dans le deuxième cas,
on évaluera évidemment s’il est pertinent que l’employé refasse le processus de
formation dans son ensemble et on ajustera en fonction de son besoin.
Nous verrons dans les deux prochaines sections que notre première entreprise à l’étude
se livre à deux formes principales de planification de la main-d’œuvre. Nous y
retrouvons une planification globale et une planification de la succession. Dans les
deux cas, ces processus de prévision ont une importance majeure sur tous les autres
aspects du déploiement. En effet, comme nous l’explique un directeur de succursale,
les enjeux qui émergent de cet exercice guideront les programmes successivement mis
en place.
Tout ce dont on a parlé présentement sont des moyens pour réaliser les enjeux ou les
constats qu’on tire de l’exercice de la planification de main-d’œuvre (…) Le plan d’action
provient des constats qu’on tire de notre analyse (…) Une PMO c’est le croisement du
bilan de ta main-d’œuvre (…) et des ambitions de l’organisation. - Répondant 3-
Avant d’aller plus loin, il nous apparaît pertinent de mettre de l’avant une distinction
qui nous a été expliquée par plusieurs de nos répondants. Ces derniers divisaient la
planification de la main-d’œuvre en deux niveaux : un tactique et un stratégique. Le
premier est lié à l’exercice budgétaire et relève davantage du décompte de personnel.
Il s’agit simplement de calculer le nombre d’employés qui sera requis dans la période
visée par la prévision. Un directeur RH nous explique en détail le niveau stratégique :
La nuance que j’en fais, c’est au niveau de ce à quoi ils utilisent d’avantage la planification
de main-d’œuvre (…). Dans une activité de planification de main-d’œuvre qui se veut de
niveau stratégique, on grefferait une activité de planification de main-d’œuvre à une activité
de planification stratégique. Greffer cette activité à une activité d’affaires, en lien avec des
objectifs d’affaires, à un niveau macro, et qui là ferait boule de neige sur des activités plus
pointues éventuellement. - Répondant 7-
Cet exercice implique une notion de prévision et d’anticipation des besoins, autant
qualitatifs que quantitatifs, qui n’est pas présente au niveau tactique. Cette évaluation
des compétences et de la quantité d’employés requis à l’accomplissement de la
stratégie d’affaires est la première étape du processus. Autrement dit, on analyse la
portion « demande » de la planification de la main-d’œuvre. La suite logique est
évidemment l’évaluation de l’offre. Pour bien jauger cette dernière, l’entreprise débute
par faire un autodiagnostic, ou un état de la situation en terme de capital humain. Plus
qu’un décompte d’employés, on évaluera l’âge, l’état de santé et la situation familiale
des travailleurs. On prendra aussi en compte les prévisions de retraites et de départs
ainsi que les aspirations de carrière et l’ouverture à la mobilité des employés, et ce
pour l’ensemble de la force de travail. On s’interrogera ensuite sur les facteurs
externes tels que le portrait démographique de la population ou encore l’état des
cohortes présentement en formation dans les établissements d’éducation. Une fois ces
deux variables bien estimées, l’entreprise est à même d’évaluer si elle a (et aura) la
quantité de personnel requis ayant les compétences voulues afin de réaliser avec
succès sa stratégie d’affaires. On peut ainsi identifier les écarts, qui peuvent être
quantitatifs, qualitatifs ou encore géographiques (par exemple le bassin est suffisant,
mais il est concentré dans la grande région de Montréal, ce qui présentera un défi pour
107
combler certains postes en régions). Cet exercice est donc bien plus qu’un simple
décompte d’employés comme c’est le cas pour la planification tactique. On s’interroge
sur les vulnérabilités et les enjeux en termes de compétences requises pour réaliser la
stratégie d’affaires, et ce autant à court terme que pour le futur.
Par contre, on a de plus en plus suscité de l’intérêt pour faire des PMO régionales.
L’information qui est traitée au niveau de la succursale (…), on la ramène à un niveau
régional pour en faire une PMO plus stratégique. - Répondant 7-
La planification de la relève
Un regard sur les enjeux des secteurs, leurs vulnérabilités, mais surtout la vulnérabilité des
cadres supérieurs - Répondant 7-
Prenons un instant pour faire un lien avec les procédures d’affichage présentées dans
la section sur le marché interne de l’emploi. Nous avons mentionné que tous les postes
étaient affichés. Ceci est vrai même lorsqu’un candidat est identifié et développé pour
prendre la relève. Même dans un tel cas, tous les employés seront invités à poser leur
candidature pour le poste. En ce qui concerne les niveaux de gestion, qui ne sont pas
affichés, mais pour lesquels on fait systématiquement une identification de la relève, il
y a là aussi un processus de sélection qui s’opère. Ce dernier est cependant réalisé
« sur invitation », ce qui veut dire qu’un nombre restreint de candidats sont approchés
pour poser leur candidature. Encore une fois, ce processus a lieu même si une relève
bien précise est déjà identifiée.
Dans un but d’équité, mais aussi avec pour objectif de ne pas créer trop d’attentes,
l’entreprise n’informe pas les employés ciblés qu’ils sont dans le groupe sélect de la
« relève ». Ils seront évidemment accompagnés et encadrés dans leur développement,
mais par l’entremise des systèmes RH habituels qui s’appliquent à tous les employés.
Nous l’avons exposé plus tôt, chaque travailleur (dans l’entreprise depuis au moins un
an) devrait avoir eu une discussion de carrière avec son gestionnaire. Si l’employé est
identifié « relève », c’est qu’il est un travailleur prometteur. Dans ce cas, il y a fort à
parier qu’il avait déjà été identifié par son gestionnaire et qu’il dispose d’un plan de
carrière avec des activités de formation bien précises. Le suivi spécial accordé aux
talents identifiés relève se fera donc par ces mêmes canaux, et la situation demeurera
la même. On pourrait par contre réajuster ses activités de développement en lui
109
suggérant un chemin mieux adapté à la préparation requise pour le poste dans lequel
on le voit. Selon un conseiller RH :
Donc, si toi tu as participé, comme gestionnaire, au processus de ton secteur dans lequel
on dit : M. ou Mme Y est identifié comme relève, bien toi comme gestionnaire, lors de ta
rétroaction et de ton évaluation de rendement, tu vas t’assurer de donner des objectifs qui
comportent un peu plus de défis à cette personne-là. La mettre en situation parce qu’on la
voit comme une relève. Donc, assure-toi de lui donner des mandats qui correspondent à la
tirer vers la bonne place. Ensuite de ça, fais une gestion de carrière avec lui, de
l’encadrement, fournis lui des ressources, etc. - Répondant 6-
Il nous serait par ailleurs impossible de passer sous silence l’importance du support
accordé par la haute direction. Tous les bons livres de gestion des talents vous le
diront, son implication est primordiale au succès de n’importe quelle initiative. Cette
importance nous a été confirmée par nos répondants. Un directeur RH nous
mentionnait la force du signal envoyé par le plus haut dirigeant de l’entreprise
lorsqu’il prend le temps de participer au programme de revue de talent et de
planification de la relève. Ceci donne une importance cruciale à ces activités, et les
gestionnaires se disent que si le plus haut dirigeant de l’entreprise se rend disponible,
eux aussi devraient être en mesure de trouver du temps à y consacrer.
Ça prend une vision de l’entreprise, une volonté de la tête. (…) Même si on voulait faire
des gros programmes de relève ou des grosses activités de planification de main-d’œuvre
en disant : on va faire de la mobilité grâce à ça… Si on n’a pas travaillé sur des
paradigmes avant de partir, et si on n’a pas des volontés de la tête, on est à risque. Quand
il y a la volonté de la tête, premièrement eux donnent l’exemple. - Répondant 7-
Ceci confirme l’importance de la culture, que nous avions identifiée comme douzième
enjeu. Cependant, lors de notre passage, ce dernier ne semblait pas poser problème
puisque la culture en place favorisait déjà la mobilité interne.
110
Maintenant que nous avons une meilleure idée des processus de planification en place
dans l’entreprise, voyons comment cette dernière s’assure d’une bonne adéquation
entre les postes à combler et les personnes sélectionnées.
Nous nous attarderons ici en détail sur le processus de sélection utilisé par l’entreprise
1. Afin d’en cerner toutes les subtilités, voyons un processus de dotation typique. Il
débute par l’affichage d’un poste, généralement ouvert aux gens de l’interne et de
l’externe. Les candidats intéressés font parvenir leur curriculum vitae aux responsables
des ressources humaines, qui effectuent un premier tri en fonction des critères du
poste. S’en suit généralement une pré-entrevue téléphonique, qui débouchera sur une
première entrevue face à face. Des entretiens subséquents pourront être réalisés au
besoin. Les candidats les plus intéressants seront ensuite soumis à différents tests
s’appliquant le mieux à la situation. On peut penser à des tests psychométriques, des
tests de personnalité, d’habilité aux ventes, des tests de langue, etc. Ces différentes
évaluations sont faites à toutes les embauches, que le postulant provienne de l’interne
ou de l’externe. Pour les candidats externes, on procédera à une prise de référence,
alors que pour les candidats internes on étudiera leurs évaluations de performance
antérieures.
L’architecture de compétences très détaillée que possède l’entreprise est une pierre
angulaire du processus de sélection des candidats. Un conseiller nous mentionne que :
L’affichage est fait en fonction de ce qu’on appelle chez nous le répertoire des emplois, qui
est comme un dictionnaire des emplois dans l’organisation. Les emplois sont définis en
111
fonction d’une raison d’être et d’un objectif du poste. Après on documente les
responsabilités. (..) Il y a toujours un certain nombre de compétences relationnelles.
Lorsqu’un gestionnaire va vouloir doter un poste, s’il veut l’afficher, c’est dans le répertoire
des emplois qu’il va aller chercher cette description de poste. - Répondant 10-.
De cette manière, peu importe qui se livre à l’activité de recrutement, il pourra se baser
sur des critères préétablis et communs à tous. Notons que ces définitions sont plus
qu’essentielles pour une entreprise qui compte environ 2500 types d’emplois
différents.
Le processus de sélection peut être effectué par différents acteurs. Comme c’est le cas
dans beaucoup d’autres aspects abordés jusqu’à maintenant, il en revient au
gestionnaire de chaque unité de sélectionner la marche à suivre qui lui convient. Il peut
effectuer son recrutement de manière pleinement autonome. Dans certaines
succursales d’envergure, le gestionnaire disposera d’un conseiller en ressources
humaines dédié qu’il pourra mettre à profit. Il pourra aussi quérir du support au groupe
des ressources humaines de la branche corporative. Là, il obtiendra de l’aide soit du
conseiller généraliste qui lui est attitré, soit de l’équipe de spécialiste en acquisition de
talents. Ces derniers sont tous au minimum bacheliers et connaissent spécifiquement
les différents profils de compétences recherchés. Dans tous les cas de figure, le
processus de sélection sera guidé par les mêmes critères, soit ceux consignés au
répertoire des compétences. Ceci dit, le gestionnaire est invité à ajouter certains
éléments recherchés en fonction du poste précis. Aux dires d’un conseiller RH :
Voilà que se termine ce tour d’horizon des différents éléments lié au déploiement des
talents dans l’entreprise 1. Avant de nous lancer dans l’analyse, voyons la situation
vécue dans l’entreprise 2.
Pour notre deuxième cas, nous nous sommes penchés sur une entreprise du milieu
pharmaceutique. Cette compagnie privée a connu une forte croissance dans les 30
dernières années, passant de 5 employés au moment de sa création pour atteindre plus
de 1000 travailleurs aujourd’hui. Les employés sont disséminés à travers plusieurs
sites dans la grande région de Montréal et occupent autant des postes de production
que des postes administratifs. Cette compagnie possède aussi quelques détachements à
l’étranger, mais le pourcentage de la main-d’œuvre y travaillant est minimal.
La force de travail se divise en deux groupes distincts. D’un côté nous retrouvons les
employés s’affairant sur les chaînes de production, qui sont appelés « horaires » pour
des raisons évidentes. De l’autre on retrouve les employés salariés, qui peuvent être
des ingénieurs ou des spécialistes en production, mais qui peuvent aussi occuper des
fonctions de support comme celle des ressources humaines. Voyons en détail comment
se vit chacun des éléments relatifs au déploiement des talents dans l’entreprise 2.
D’entrée de jeu, nous pouvons mentionner que l’entreprise favorise la mobilité interne.
Cette dernière est vue d’un bon œil et est encouragée. Aux dires d’un employé RH :
De ma perception (…), on encourage les gens à se développer. Une des huit valeurs de
l’entreprise est le leadership personnel et professionnel. Le leadership personnel (signifie
que) leur développement, c’est aux employés de le prendre en charge. – Répondant P4-
113
Cette mobilité prend vie dans un marché interne de l’emploi bien développé. Nous
n’avons pas eu de statistiques précises, mais nos répondants estiment à 50 % la
proportion des postes comblés via l’interne. Le marché est global et aucun règlement
n’empêche les travailleurs de passer d’un département à un autre, ou encore de salariés
à horaires et vice versa. Dans cette optique, tous les postes qui doivent être comblés
(jusqu’au niveau de directeur) sont affichés sur l’intranet pour un minimum de sept
jours ouvrables. Il en va de même pour les assignations temporaires. Lorsqu’il s’agit
de postes salariés, les offres d’emploi sont aussi affichées en format papier sur des
babillards aux entrées. De cette manière, les employés de production qui n’auraient
pas accès à des ordinateurs sont en mesure d’en prendre connaissance. Notons que les
restructurations représentent une exception à la règle, puisque dans de tels cas les
affichages ne sont pas obligatoires.
Tous les employés peuvent voir et postuler sans restriction sur les postes qui les
intéressent. Les ouvertures sont généralement affichées à l’interne et à l’externe
simultanément, mais les candidats internes seront toujours privilégiés. Bien que ce ne
soit pas écrit dans les règlements de l’entreprise, le département des ressources
humaines demande et s’assure systématiquement qu’on rencontre tous les candidats de
114
C’est arrivé que quelqu’un de l’interne applique à la dernière minute. Je ne l’avais même
pas passé en entrevue et on s’en allait faire une offre (à un candidat externe). Les RH ont
réalisé qu’il y avait quelqu’un de l’interne que je n’avais pas vu en entrevue. Tout de suite
ils ont bloqué (le processus), ils ne m’ont même pas laissé faire une offre. Ils m’ont dit :
non, il y a quelqu’un (de l’interne) que tu n’as pas rencontré, il faut le rencontrer. –
Répondant P5-
Maintenant notre hiérarchie est plus plate qu’avant. On avait 20 classes salariales. L’année
passée on a fait un exercice pour les réduire, et on a maintenant 4 niveaux de leadership -
Répondant P3-.
Un type de mouvement qui est aussi digne de mention, puisque très présent chez les
employés salariés, est celui entre quarts de travail. Un recruteur nous en explique la
teneur :
Pour les postes horaires, c’est principalement relié aux quarts de travail. Donc, si un poste
est ouvert sur le quart de jour, on va l’afficher sur le quart de jour et ça va faire que
quelqu’un de soir va l’avoir, quelqu’un de nuit va avoir le quart de soir, etc. Donc chaque
poste, si c’est de jour, va générer au moins deux changements. – Répondant P4-
Ceci est une manifestation du huitième enjeu relevé dans nos recherches théoriques,
soit l’effet d’entrainement. Ceci dit, bien que nous constations son existence, nos
répondants nous ont expliqué qu’il ne représentait pas un effet négatif majeur.
115
Parmi les autres limites, notons qu’un travailleur œuvrant sur la chaîne de production
ne peut rechercher de nouvelles opportunités que trois mois après avoir complété son
plan de formation. La durée de ce dernier varie en fonction de la rapidité
d’apprentissage de l’employé. Ceci est vrai pour les mouvements latéraux, mais ne
l’est pas pour les promotions. Dans un tel cas, il n’y a aucun temps minimal imposé.
Du côté salarié, les travailleurs ne sont pas couverts par le guide de l’employé, mais
doivent tout de même respecter certaines règles. Par exemple, il leur est nécessaire de
compléter au moins un an dans leur poste avant de pouvoir appliquer sur une nouvelle
opportunité. Lorsqu’il s’agit d’une assignation temporaire, l’employé doit attendre le
dernier mois de son mandat avant de pouvoir postuler ailleurs. Si une assignation
temporaire était prolongée, l’employé pourrait par contre chercher de nouveaux défis à
n’importe quel moment durant ladite prolongation. Les employés n’ont pas besoin de
l’approbation de leur superviseur, ni même de les en informer, avant de mettre en
branle le processus. Ils peuvent postuler directement auprès des ressources humaines,
généralement en passant par l’intranet. Ils peuvent aller jusqu’à passer la première
entrevue avant de devoir mettre leur gestionnaire au parfum. Cependant, s’ils sont
retenus pour une deuxième entrevue, ils devront en aviser leur supérieur.
Niveau 1
Employés
Employés
salariés
horaires
Niveau 2
Nous venons de voir qu’en théorie, le marché interne de l’emploi (représenté sur notre
graphique par le cercle rouge) est global. Cependant, la réalité est plus complexe. Les
règles en place permettent aux employés de bouger à leur guise à l’intérieur de ce
dernier. Cependant, les emplois salariés et les emplois horaires présentent des réalités
très différentes, autant en terme de tâches qu’en terme de formation requise. C’est dans
cette optique que nous distinguons les deux sections. Il n’est pas impossible de passer
de l’une à l’autre, cependant les mouvements entre les cercles sont plus rares que les
mouvements à l’intérieur de ces derniers. À l’instar des succursales pour l’entreprise 1,
ici c’est la mobilité entre les quarts chez les employés horaires qui est vue comme plus
naturelle. Elle demande généralement peu de formation puisque les tâches sont
semblables, ce qui fait en sorte que le pas à franchir est moins grand que celui entre
employés horaires et salariés.
Quant aux cadres et gestionnaires, ils représentent encore une autre réalité. Les
employés peuvent évidemment y être promus, et ce en provenance d’emplois salariés
tout comme d’emplois horaires. Cependant, plusieurs de nos répondants nous ont
mentionné que pour ces niveaux hiérarchiques, l’accent était moins placé sur le
117
recrutement interne. Ce qui nous fait dire que le marché de l’emploi est à deux
niveaux. Les citations qui suivent, provenant d’un chef de département et d’un cadre
de haut niveau, nous permettent de constater que cette ouverture à l’externe ne fait pas
l’unanimité :
Nous nous permettons un court aparté pour mettre de l’avant une pratique utilisée par
l’entreprise 2. Dans notre revue de littérature, nous avions abordé le « marché interne
du futur », qui ne serait peut-être plus aussi interne qu’on pourrait le croire. Cappelli
donnait quelques exemples d’entreprises s’échangeant du personnel afin de ne pas
devoir les licencier. Cette conception semblait très avant-gardiste, voire presque
ésotérique. C’est pourquoi nous avons été étonnés de la retrouver dans le cas présent.
En effet, nous avons appris que l’entreprise 2 se proposait de mettre en place un
programme d’échange de vice-président. Via certains partenariats avec des firmes de
différents secteurs, un vice-président de l’entreprise étudié pourrait échanger de siège
pour une semaine avec un autre dirigeant. Le but de l’exercice est d’offrir des
possibilités de développement hors du commun en sortant le gestionnaire de sa zone
de confort. Bien que très préliminaire, cette ouverture du marché interne est très
intéressante et sera assurément de plus en plus présente dans le futur.
118
La carrière (domaine B)
Notre revue de la littérature nous laissait entrevoir la présence de plateaux (enjeu 3).
Grâce au marché interne de l’emploi très développé, ce problème n’est que très peu
vécu. Les nombreuses possibilités de changements de postes latéraux inhibent ce frein
au mouvement. Il se présente tout de même chez certains employés très spécialisés. Un
directeur d’opération nous en donne un bon exemple :
(Il y en a) un qui est un poste de graphiste, que j’appelle mon « cas problème ». Ce n’est
pas un employé problème, mais il est graphiste, et il n’y a aucun autre poste (de graphiste)
dans l’entreprise. Je ne peux pas dire : dans un an je le vois dans tel poste. Il est dans
l’entreprise depuis 2005, je crois. Il est au poste de graphiste, et il va mourir dans le poste
de graphiste. Il n’a aucune opportunité d’aller ailleurs dans l’entreprise. – Répondant P5-
119
La responsabilité de la carrière
C’est à l’employé de gérer son plan de développement, et c’est à l’organisation d’avoir les
outils, le coaching et tout. - Répondant P2-.
Via le portail intranet, les employés peuvent accéder à des outils d’auto-évaluation leur
permettant de cibler leurs désirs de carrière. Nos répondants nous ont expliqué que cet
exercice facilitait la prise en main de leur propre carrière par les employés.
Le soutien à la carrière
Encore une fois, le gestionnaire est la première ressource en terme de gestion des
carrières. C’est avec lui que l’employé aura une discussion de carrière, au minimum
une fois par année. Cette dernière est effectivement jumelée avec l’exercice annuel
d’évaluation de la performance, qui renferme une section réservée au développement
de la carrière. Ce moment d’échange débouche sur un plan de développement, outil
le plus officiel utilisé pour encadrer l’évolution des employés. Il est d’abord concocté
par l’employé, qui jette sur papier ses intérêts et aspirations de carrière, avant d’être
révisé et accepté par son gestionnaire. Cependant, il n’est pas question ici de plan
formel qui dicterait quels postes l’employé désire occuper dans deux ans, cinq ans, dix
ans, avec des étapes précises à franchir ainsi que des délais prévus à l’avance. Il s’agit
plutôt d’identifier des intérêts, des départements ou encore des types de fonctions que
l’employé aimerait occuper. On peut aussi identifier dans ce plan les faiblesses et les
compétences manquantes que l’employé devrait acquérir pour atteindre ses objectifs.
Parallèlement, le plan devrait contenir les activités de développement que l’employé se
propose de réaliser durant l’année à venir, évidemment dans le but de combler les
lacunes identifiées. Les conseillers du département des ressources humaines ne sont
120
donc pas impliqués dans le processus. Ils peuvent toutefois être appelés en renfort si le
gestionnaire en ressent le besoin, par exemple pour identifier des activités de
développement originales.
Ceci dit, tous les employés ne bénéficieront pas du même support ou du même suivi.
L’entreprise effectue annuellement un exercice d’identification des hauts potentiels.
En se basant sur l’évaluation de rendement ainsi que sur les capacités d’apprentissages
et de développement, environ 10 % des employés sont catégorisés « hauts potentiels ».
Un cadre de haut niveau nous explique que ce sont ces derniers qui bénéficieront d’un
suivi plus serré :
Je crois que c’est impossible de développer tout le monde de la même façon. On n’a pas
un nombre de ressources illimité. C’est la loi du 80-20. 80 % de mes dépenses dans 20 %
de mon talent. Le reste c’est un peu en masse, ils vont dans l’université corporative, ils
vont s’enrichir dans des cours. Mais l’attention que je porte, je le porte à un groupe où on
fait de la planification de la relève. – Répondant P2-
Gardons en tête que dans les deux cas, l’employé demeure maître de son
cheminement. Même pour un employé identifié haut potentiel, l’entreprise ne prendra
pas la responsabilité de son cheminement. Le gestionnaire d’un tel employé pourrait
par contre être amené à lui suggérer des opportunités de développement intéressantes,
par exemple des assignations temporaires qui lui permettraient d’acquérir des
connaissances et expériences formatrices. Comme nous l’expliquent un chef puis un
conseiller RH :
Ces personnes-là aussi sont responsables de leur propre développement. Mais on demande
au gestionnaire d’être plus proche, plus proactif. De vraiment cibler où veut aller la
personne, de le comprendre, d’avoir un suivi plus individualisé avec un effort accru. -
Répondant P1-
Alors avec les personnes qu’on voit prendre deux niveaux, deux changements dans les
prochaines 5 années, on va essayer de le pousser un peu plus ou de planifier quel type de
projet la personne va prendre. - Répondant P3-
121
Nos répondants dans l’entreprise 2 nous ont fait valoir que le développement dans
l’action était vu comme une méthode primordiale d’acquisition de compétences. Un
chef et un cadre de haut niveau nous expliquent que :
La meilleure façon de développer son monde, tout le monde le sait, c’est par les
changements de rôles. - Répondant P2-
On accorde ainsi beaucoup d’importance aux changements de poste. Ceci dit, on mise
aussi énormément sur les assignations temporaires. Ces dernières prennent la forme
de mandats qui sont généralement de 12 mois, et qui peuvent être prolongés au besoin.
Un généraliste RH nous explique qu’un employé permanent sélectionné pour une
assignation temporaire se verra garantir son poste d’ancrage :
Les employés peuvent donc ainsi relever de nouveaux défis en occupant de nouvelles
fonctions, ce qui leur permet de développer de nouvelles capacités tout en ayant
l’assurance de pouvoir revenir dans leur ancien poste. Les assignations temporaires
peuvent être des remplacements de congé maladie, de départs pour maternités, des
projets spéciaux ou encore simplement pour combler des surplus de travail. Outre les
mandats temporaires, les employés peuvent aussi diversifier leur expérience pratique
en prenant part à des projets d’une autre équipe ou d’un autre département. Ils
peuvent ainsi consacrer quelques heures par semaine à des tâches qui les mettront en
contact avec de nouveaux défis et de nouvelles personnes. Il est aussi possible, bien
que ce soit plus rare que les assignations temporaires, d’effectuer des stages à
l’intérieur même de l’entreprise, analogue à ceux qui seraient offerts aux étudiants
universitaires par exemple.
122
Dans certains cas particuliers, on peut aussi procéder à un enrichissement des tâches,
par exemple à l’aide de la restructuration d’une équipe. Un gestionnaire pourrait
diviser ses employés entre juniors et séniors, permettant ainsi à certains travailleurs
d’avoir un premier contact avec des responsabilités de supervision sans
nécessairement faire le saut dans un poste de gestion.
Notons qu’en terme de développement des compétences, la réalité n’est pas la même
pour les employés salariés et les employés horaires. Un chef RH nous explique que :
123
Beaucoup de programmes ne leur sont pas rendus disponibles (aux employés horaires). Des
programmes de formation, par exemple, (on peut les offrir) aux employés salariés parce
qu’il y a une flexibilité de pouvoir assister à des « lunch and learn », des formations,
puisqu’ils peuvent reprendre leurs heures. En production c’est sur que c’est plus rigide. Les
programmes de formations doivent être modifiés pour eux. Tout doit être planifié beaucoup
à l’avance pour ne pas que ça arrête la ligne de production. Alors c’est un enjeu parce qu’on
ne veut pas avoir deux mondes différents dans l’entreprise – Répondant P1-
Un mot en terminant sur la formation en entrée de poste. Cette dernière sera différente
pour un employé interne et un nouvel arrivant de l’externe. Dans le premier cas, il
s’agit davantage d’accueil et d’intégration plutôt que de formation. Le gestionnaire
prendra en charge l’employé durant la première journée afin de l’introduire à sa
nouvelle équipe et de valider avec lui les systèmes et processus utilisés. Dans le cas
d’un employé provenant de l’externe, la première journée sera animée par l’équipe des
ressources humaines qui lui offrira diverses présentations sur l’entreprise, sa culture et
ses valeurs. Les nouveaux arrivants pourront aussi visiter les locaux et les sites de
production. Après cet accueil, tous devront passer par des formations obligatoires de
santé Canada.
On regarde les postes critiques, les postes clés, puis on regarde si on a la relève qui est
prête. – Répondant P1-
Moi (…) une de mes top priorités, c’est de m’assurer d’avoir toujours un remplaçant. (…)
Pour moi c’est une priorité, parce que si demain matin il arrive quelque chose, j’ai besoin
de quelqu’un qui peut prendre rapidement la relève. - Répondant P5-
Les candidats qui sont identifiés comme relève sont généralement issus du groupe des
hauts potentiels. Nous en avons parlé brièvement dans la section sur le développement
des compétences, mais voyons en détail comment cette identification s’effectue.
Chaque année, on demande aux gestionnaires de se livrer à un exercice
d’établissement de profils de talents. Chaque individu est ainsi classé en fonction de
son rendement, mais aussi, et surtout en fonction de son potentiel de promotion. On
évalue donc :
Quelles sont les forces et les faiblesses, est-ce qu’on pense qu’il va rester, quitter, quel est
son poste futur d’ici un an ou deux, et quel est son poste à long terme, quel genre de poste il
pourrait combler. - Répondant P5-
Cet exercice se fait généralement avec une matrice à neuf boîtes, outil largement
répandu dans la littérature et dans la pratique. On identifie ainsi « hauts potentiels » les
employés qu’on voit faire deux sauts dans les 5 prochaines années, et « dignes de
promotion » ceux qui sont en mesure de faire une progression hiérarchique dans les 5
prochaines années. Cet exercice est fait par la majorité des départements salariés, mais
n’a pas lieu dans les départements horaires. Les résultats ne sont pas systématiquement
communiqués aux employés. Il en revient au gestionnaire de juger de la pertinence de
cette information et de procéder à la divulgation ou non, selon son analyse de la
situation. Aux dires de nos répondants, il est rare que l’identification en tant que haut
potentiel ou relève soit communiquée.
125
Les entrevues tentent de rester proches des valeurs de l’entreprise. Comme nous
l’explique un recruteur :
126
En général, pour les entrevues, on essaie de baser nos questionnaires sur les valeurs. Moi,
de mon côté, c’est sur que les questions que je vais poser c’est plus par rapport aux valeurs,
à la personnalité, la débrouillardise, etc. – Répondant P4-
Notons aussi que selon le poste à combler et le type de candidat recherché, on peut
donner plus d’importance à une valeur ou à une autre.
Chaque année, le printemps amène avec lui non seulement le beau temps, mais aussi la
période des évaluations de la performance dans l’entreprise 2. Une chef opération
nous donne davantage de détails sur ce processus :
On a les 8 valeurs, chaque valeur doivent être cotée entre 1 et 4. (…) 1 n’étant pas bon, 4
étant élite. Chaque employé donne son auto-évaluation. (…) Il y a une section commentaire
pour chaque valeur, et je m’attends à ce que les gens en mettent. Une fois qu’ils complètent,
ça s’en va directement au gestionnaire. (…) On rajoute nos propres commentaires, on met
la cote qui est la cote finale, donc on finalise l’évaluation. Il y a les 8 valeurs, il y a ensuite
une section « opportunités de développement et/ou points forts ». Ensuite, il y a les plans de
carrière de l’employé. Moi c’est une section que je ne remplis pas, je laisse l’employé le
faire. Je vais en parler avec lui plus tard dans la rencontre. Ensuite (il y a) une section
activité de développement. Donc comme gestionnaire je complète l’évaluation, et ensuite
c’est informatiquement envoyé à mon gestionnaire qui l’approuve. Il peut demander des
corrections si nécessaires, ensuite il y a une rencontre de vive voix avec l’employé. On
regarde mes commentaires, pour moi c’est un moment d’échange. – Répondant P5-
Le processus est uniforme pour tous et les points évalués sont les mêmes pour
l’ensemble des employés, autant horaires que salariés.
127
Nous en savons maintenant beaucoup plus sur les différents aspects relatifs au
déploiement des talents dans les deux entreprises étudiées. Nous avons ainsi passé en
revue la mobilité et le marché interne de l’emploi, la carrière, le développement des
compétences, la planification de main-d’œuvre ainsi que les processus relatifs à
l’allocation et l’adéquation des talents. En se basant sur ces faits maintenant explicités,
la prochaine section sera consacrée à l’analyse de nos deux cas.
Chapitre 5 : Analyse
Nous voilà rendus au chapitre d’analyse. Ce dernier nous donnera l’opportunité de
comparer la réalité décrite dans le chapitre précédent aux apprentissages et aux
présomptions ayant pris forme suite à notre revue de littérature. Comme notre optique
en est une de découverte, nous tenterons de mettre en évidence les principales
pratiques utilisées dans les deux entreprises étudiées. Bien que nos études de cas soient
insuffisantes pour extraire des réalités généralisables, elles nous seront très utiles à une
première illustration d’un processus de déploiement des talents. Elles nous permettront
aussi de terminer notre analyse des différents enjeux. Avant de se lancer dans cet
exercice, il nous apparaît important de se rafraichir la mémoire sur quelques notions
exposées plus haut. Premièrement, rappelons notre définition du déploiement des
talents :
La question ayant guidé nos recherches empiriques était quant à elle la suivante :
En gardant ces deux notions comme points centraux, nous procéderons à l’analyse en
mettant de l’avant certains constats majeurs. Nous analyserons les deux entreprises
conjointement puisque les différences tout comme les similitudes observées
appuieront fortement nos déductions.
129
Il faut mettre en place des moyens pour favoriser la rétention. En même temps, ça génère
de l’attraction pour les gens de l’externe, comparativement aux autres entreprises qui ne
se donnent pas la peine de faire ça. Moins tu te préoccupes des gens dans des moments
difficiles, moins tu es intéressant. - Répondant P3-
Les sujets reliés à la carrière sont un gros facteur d’attraction chez nous. Quand on
demande aux gens qui vont voir sur le site internet ce qui les attire chez (l’entreprise 1),
c’est la possibilité de faire carrière, parce qu’on voit (l’entreprise 1) évidemment comme
une grosse entreprise où tu peux passer ta vie en cheminant. - Répondant P5-
Un chef RH de l’entreprise 2 nous confirme quant à lui que les employés manifestent
leur désir d’accéder à une mobilité interne développée :
C’est un enjeu qu’on a parce que les employés nous le demandent. Une meilleure visibilité
sur la mobilité et les cheminements de carrière - Répondant P1-.
Nos observations semblent donc aller de pair avec les propos relevés dans la revue de
la littérature, dans notre section sur le marché interne de l’emploi. Plusieurs auteurs
130
suggéraient en effet que les possibilités d’avancement étaient très recherchées par les
travailleurs, ce que nos entrevues tendent à certifier (Handfield-Jones 1999; Abraham
2004; Allen, Bryant et al. 2010; Morgan et Jardin 2010). Outre l’attraction, certaines
raisons expliquant l’état de développement du marché interne sont étrangement
semblables à celles mises de l’avant par Piore et Doeringer (1971). Nos répondants
nous ont expliqué à quelques reprises l’avantage d’avoir des employés qui ont déjà
assimilé la culture de l’entreprise et qui sont formés à son fonctionnement
spécifique. Il y a donc un gain d’efficacité certain à recruter des travailleurs déjà
présents dans l’entreprise
Il est aussi pertinent de noter l’influence du marché externe de l’emploi. Pour des
questions méthodologiques et pratiques, ce mémoire avait ouvertement pour but de se
concentrer sur l’aspect interne de la mobilité de la main-d’œuvre. Nous ne pouvons
cependant pas faire l’impasse complète sur la réalité du marché externe de l’emploi,
puisque les deux sont fortement liés. Ce point a été soulevé par plusieurs de nos
répondants comme ayant un impact sur l’attention accordée au marché interne au sein
de leur entreprise. L’importance d’avoir la bonne personne à la bonne place au bon
moment n’est pas affectée par l’état du marché externe de l’emploi. C’est davantage la
131
manière d’y arriver qui est touchée. Lorsque la main-d’œuvre fait la file pour venir
travailler dans l’entreprise, comme c’était le cas dans les années 80, le développement
et la mobilité interne comme élément de rétention prennent nécessairement moins
d’importance. Cependant, lorsque la tendance s’inverse et que les entreprises doivent
se livrer à une guerre de talents, tous les éléments d’attraction et de rétention possibles
sont mis en place
Développement
des
compétences
132
Pour arriver à un tel objectif, l’entreprise tentera de guider certaines personnes vers les
postes clés. Évidemment, ceci ne sera fait que pour quelques postes jugés critiques.
Gardons à l’esprit que la mentalité dominante est celle selon laquelle l’employé est
maître de son cheminement. Ceci dit, l’entreprise ne peut se permettre de laisser au
hasard la succession de certains postes importants. C’est donc dans cette optique
133
qu’elle tentera de guider les employés vers certaines formations, vers certains postes
intermédiaires qui seront jugés pertinents à son développement.
Ces deux types de mobilité sont donc présents en parallèle. Comme nous l’explique un
conseiller principal, ils sont liés puisque :
La relève ce sont les besoins de l’entreprise, la carrière se sont les besoins de l’individu. -
Répondant 5-
Encore une fois ces gens-là n’ont pas de poste garanti au bout. Mais on fait le pari que le
programme est assez bon pour que ce soit lui qui soit choisi. - Répondant 6-
La situation dans l’entreprise 2 diffère sur certains points. Une planification de main-
d’œuvre est bel et bien réalisée, mais le lien avec le développement des compétences
semble ténu.
Par la suite, on peut les identifier, mais on n’a pas de procédure systématique pour
développer ces gens-là pour les préparer pour le poste. Donc, on fait cette cartographie,
on identifie les gens de potentiels et les postes critiques, on essaie de faire un lien, mais
par la suite on n’a pas de système pour les mener où on veut. - Répondant P1-
Personnellement, je n’ai pas vu souvent ce type d’approche là, parce que c’est souvent à
plus court terme. - Répondant P4-
Tout comme dans l’entreprise 1, on procède ici à une évaluation de l’état actuel de la
force de travail ainsi que de ses besoins futurs par rapport à la stratégie. C’est l’étape
subséquente qui est absente, soit le développement d’employés en fonction des écarts
identifiés. Par contre, la planification de la relève est un processus plus solidement
implanté. Il est attendu de chaque gestionnaire qu’il identifie un employé à même de le
remplacer et qu’il le développe en fonction de ce besoin. Le gestionnaire sera plus
proactif et fera un suivi plus serré avec les ressources identifiées comme relèves ou
comme hauts potentiels.
Une des clés du déploiement observées chez nos deux répondants est la participation
active à la gestion de la carrière des employés. Notre revue de littérature nous
suggérait quelques possibilités quant à l’engagement de l’entreprise dans la gestion
des carrières. La plus vieille conception est celle du « chess master », vision selon
laquelle l’entreprise déplaçait les employés à sa guise comme des pions sur un
échiquier. À l’opposé on retrouve les « boundaryless career » (Hall 1996),
cheminements éclatés intra et inter entreprises, contrôlés uniquement par l’employé.
135
Entre les deux, nous retrouvons un équilibre dans lequel la responsabilité de la carrière
était partagée par l’employé et l’entreprise. C’est cette dernière présomption qui
correspond le mieux à ce que nous avons observé dans la réalité.
Nous n’avons en effet vu aucune trace du maître d’échec. Aucune des deux entreprises
étudiées ne dirige ou ne contrôle le cheminement de leurs employés. On reconnaît
l’individualité de chacun des travailleurs et on respecte leurs désirs de carrière. De ce
fait, la propriété de la carrière est effectivement davantage dans les mains des
employés. Ceci dit, l’entreprise ne se désengage pas complètement de la gestion des
carrières. Elle se positionne plutôt comme élément de support, comme facilitatrice du
mouvement. Ceci correspond bien à la vision de Baruch exposé plus tôt (Baruch
2002). Cette division du pouvoir est aussi conséquente avec le type de marché interne
de l’emploi observé. Il serait effectivement difficile de remettre la responsabilité de
leurs cheminements aux employés sans leur donner les possibilités d’avancement ou la
latitude nécessaire pour faire progresser leur carrière. À l’inverse, il serait incohérent
de mettre en place un marché interne ouvert sans permettre aux employés d’y naviguer
à leur guise.
Pour bien comprendre comment sont vécus les défis d’allocation et d’adéquation dans
l’entreprise, il faut faire encore une fois le lien avec le type de marché interne de
136
l’employé et le type de gestion des carrières utilisé. En effet, dans les deux entreprises
étudiées, ce sont les employés qui choisissent les postes sur lesquels ils appliquent, et
ce parmi un nombre important d’opportunités. L’allocation est par le fait même
presque naturelle. Les chances sont effectivement très fortes qu’un employé qui choisit
lui-même son poste futur, en fonction de ses intérêts et de ses compétences, obtienne
un emploi qui lui convient. Évidemment, l’intérêt n’est pas garant des compétences ou
de l’adéquation avec l’équipe. Cependant, toute cette culture d’ouverture et de libre
choix crée une certaine autoallocation des talents, en ce sens que les employés
trouvent eux-mêmes des défis qui les intéressent et qui leur permettent de grandir.
L’allocation et l’adéquation auraient été beaucoup plus complexes si les entreprises
avaient eu le pouvoir et la responsabilité d’assigner des gens à certains postes, comme
dans notre image maintenant éculée du maître d’échec. Ce cas de figure demande
beaucoup plus de contrôle de l’entreprise qui doit gérer le parcours de tous les
employés et s’assurer qu’elle place chacun d’entre eux dans un poste qui lui convient,
qui lui plait et qui lui donne un défi suffisant. La situation que nous avons observée
remet donc une partie de ce travail dans les mains des employés. L’entreprise, de son
côté, ne fait que choisir le meilleur candidat parmi ceux ayant postulé.
Nous avions aussi soulevé, dans nos recherches théoriques, l’importance d’assigner les
employés clés aux postes clés (Huselid, Beatty et al. 2005). Cette pratique est en effet
présente chez nos deux sujets d’étude. Bien que la majorité de l’allocation se fasse de
manière autodirigée, l’entreprise se permet tout de même de suggérer certains parcours
à des candidats clés qu’on veut mener vers des postes clés. Cette préoccupation face à
l’adéquation des meilleurs candidats et des postes stratégiques est donc bien présente.
Elle est cependant moins distincte qu’on le pensait initialement. En effet, aucune des
deux entreprises étudiées n’en fait un processus séparé. Dans les deux cas, la gestion
des candidats clés s’entremêle avec les processus normaux de gestion de la carrière.
On se contentera de suivre de manière plus serrée les candidats identifiés, toujours
subtilement puisqu’on ne leur dévoile généralement pas leur statut.
137
Nous nous permettons de relever deux éléments spécifiques à l’entreprise 1 qui nous
semblent dignes de mention. D’une part, le répertoire des emplois qui est utilisé autant
lors des affichages de postes que pour les entrevues nous semble un outil fort
pertinent. Il est particulièrement adapté à la situation de l’entreprise puisqu’il permet
de maximiser l’autoallocation des candidats. En effet, ces derniers sont en mesure de
voir par eux-mêmes les tâches et les compétences relatives à l’emploi en question, leur
permettant ainsi d’autoréguler leur mouvement avec davantage de précision. D’autre
part, comme nous l’avons mentionné dans notre cas, le processus de sélection ne se
contente pas de juger des compétences ou de l’adéquation avec le reste de l’équipe. On
prend aussi en considération les objectifs de carrière de l’employé. On peut ainsi en
discuter avec le candidat et s’assurer qu’il ne se dirige pas vers un poste qui plafonnera
sa carrière, ou encore vers un poste qui ne le comblera qu’à court terme. On évite ainsi
de placer des gens avec de grands désirs de progression dans des postes qui offrent peu
d’opportunité d’avancement et vice et versa.
Nous nous attendions donc à ce que les gestionnaires jouent un rôle important dans le
déploiement des talents. Notre passage dans les deux entreprises étudiées nous a
permis de constater qu’« important » est un euphémisme pour décrire l’impact du
dirigeant. Extrêmement critique décrirait mieux la réalité observée chez nos
répondants. Comme la littérature nous le laissant soupçonner, il est impliqué dans tous
les domaines du déploiement et aux dires même de certains de nos répondants, il est la
« pierre angulaire » de tout ce qui touche à la carrière et au mouvement des employés.
Sa position fait de lui un engrenage de premier plan puisqu’il fait le lien entre les
désirs de carrière de ses employés et les besoins de l’organisation. Il est aussi la
ressource principale, le premier répondant aux besoins de support et
d’accompagnement de carrière de ses employés. La relation de confiance qui doit
s’établir entre eux est donc d’une importance capitale à la mise en place d’une
mobilité interne fluide.
Le graphique suivant représente d’une part toutes les tâches qui incombent au
gestionnaire et d’autre part tous les éléments mis en place pour limiter la rétention des
talents.
139
Développement
des
compétences
Responsabilités
Formation
Évaluation Outils
PMO
Autant dans l’entreprise 1 que dans l’entreprise 2, la chaise du gestionnaire est difficile
à occuper car il doit porter deux chapeaux. On lui demande de remplir deux rôles en
opposition. Il doit parfois être un patron coercitif, parfois se transformer en un
accompagnateur de carrière. Comme nous l’explique un conseiller RH :
Il y a un gros défi avec les gestionnaires. Ils sont d’abord positionnés comme des
gestionnaires de performance. Ils ont une équipe, des attentes, des résultats à produire. La
performance est là, il y a beaucoup de pression. De la pression de vente dans les
succursales, mais aussi de la pression pour arriver aux résultats partout. Il faut couper, être
plus efficace. Cette pression fait en sorte que le gestionnaire ne peut pas fonctionner avec
une équipe de 30 employés et en avoir la moitié qui travaillent à moitié. Tout le monde doit
performer. Dès que quelqu’un performe moins, il faut en chercher la raison et trouver des
solutions. Maintenant, quand il est gestionnaire de la performance, il a un chapeau de
décideur. Il peut décider : je te mets résultat insatisfaisant, il faut que tu fasses tes preuves
sinon l’année prochaine tu vas être congédié. Ça, c’est son rôle de gestionnaire décideur.
Mais quand il arrive dans la carrière, il ne peut pas faire ça. C’est là la difficulté, où il faut
140
aider le gestionnaire à changer de chapeau. Parce que là, la carrière elle appartient à la
personne, pas à l’organisation. C’est difficile faire le saut entre les deux. - Répondant 5-
Dans les deux entreprises étudiées, le gestionnaire immédiat est la toute première
ressource en terme de gestion des carrières. On demande aux employés d’avoir une
discussion de carrière ouverte, franche et honnête avec leur patron. Ceci peut être
compliqué par la tension ci-haut exposée.
Il faut aussi considérer cette dichotomie dans l’enjeu de frein au mouvement. Nous
avions relevé dans notre revue de littérature la possibilité que le gestionnaire tente
d’empêcher ses meilleurs employés de quitter son équipe afin de maximiser sa
performance (Abraham 2004). Nos répondants nous ont confirmé que ce problème
existait, bien que dans les deux cas cet enjeu ne semble pas d’une importance majeure.
Quelques raisons expliquent la présence plus faible qu’attendu de ce phénomène.
Premièrement, la culture d’ouverture face aux changements de postes qui règne dans
les deux entreprises tend à limiter la rétention des employés. Sans dire qu’elle
l’annihile complètement, la pression des pairs ainsi que le signal envoyé par la haute
direction jouent un rôle important dans l’ouverture face aux changements. La culture
est aussi importante dans l’établissement du dialogue de carrière. Deuxièmement, la
structure du marché interne de l’emploi ainsi que les règles qui l’accompagnent
font en sorte de ne pas rendre les employés captifs de leur gestionnaire. N’ayant pas de
pouvoir officiel de rétention, les patrons constatent qu’ils perdront coûte que coûte les
employés qui désirent changer de poste. Ils ne peuvent que réaliser qu’ils tireront plus
de bénéfices à accompagner leurs employés qu’à tenter de les retenir en vain. En effet,
le gain ainsi réalisé se fait sentir pour l’entreprise, mais aussi pour le gestionnaire lui-
même. Nos répondants nous expliquaient que dans un marché interne où les
mouvements sont encouragés et où les employés sont maîtres de leur carrière, les
141
gestionnaires qui n’aident pas les talents à progresser se font rapidement une mauvaise
réputation. Cette dernière diminue fortement leur force d’attraction interne. Moins
d’attraction égale moins de candidats parmi lesquels choisir, donc moins de chance
d’avoir les meilleurs dans son équipe. Il est facile de concevoir que le résultat de ceci
est une équipe moins performante, ce qui implicitement nuit aux résultats personnels
du gestionnaire. À l’inverse, le patron qui est reconnu pour le support qu’il donne à ses
employés attirera nombre de candidats, lui permettant ainsi de choisir les meilleurs.
Nous exposons ici ce que nous pourrions appeler le « paradoxe de la rétention des
talents ». Plus un gestionnaire tente d’empêcher ses employés de quitter son équipe,
moins il sera en mesure de les remplacer par des employés performants. À l’inverse,
plus un dirigeant stimule la progression de carrière de ses talents, plus il sera en
mesure de les remplacer par d’autres éléments talentueux. Un conseiller RH nous parle
de cette autorégulation de la rétention des talents :
Le gestionnaire ne veut pas laisser aller ses ressources performantes parce qu’il veut une
équipe performante, mais en même temps si tu n’aides pas les gens performants à faire leur
carrière, ils ne veulent pas aller travailler pour toi. (…) On a documenté des cas où le fait
d’avoir de l’ouverture, de supporter les gens dans leurs projets, de s’intéresser à eux, ça les
fidélise d’une façon plus forte que d’essayer de les retenir ou d’essayer de faire assemblant
qu’on ne sait pas qu’ils veulent partir. - Répondant 5-
On n’est pas encore assez rigoureux à mon goût ici pour vraiment évaluer ça et commencer
à pénaliser les gestionnaires sur leur bonus. Mais ça va venir - Répondant P2-.
142
Parmi les autres procédures en place pour réduire la rétention des talents, la flexibilité
lors des changements de postes nous apparaît être un point important. Cet outil est
utilisé dans les deux entreprises pour adoucir les effets de la perte d’un employé.
Lorsqu’il y a mouvement interne, le gestionnaire qui perd son employé entre en
discussion avec celui qui le reçoit, et les deux tentent de trouver un terrain d’entente
relativement à la date de transfert du travailleur. Le but étant évidemment de combler
le poste à pourvoir le plus rapidement possible sans causer un vide dans l’équipe de
départ. À notre avis, cette flexibilité aide les gestionnaires à accepter plus facilement le
mouvement puisqu’elle diminue les effets négatifs qui y sont associés. Cependant,
l’entreprise 2 nous a aussi fait voir un point négatif de ce même outil. En effet, nous
répondants nous ont expliqué que certains gestionnaires utilisaient cette flexibilité à
mauvais escient et tentaient de retarder indument le transfert. Si cette procédure a pour
but d’empêcher une coupure trop brusque, dans ce cas-ci les dirigeants la poussent à
l’autre extrême et l’utilisent finalement comme dernier moyen de rétention des talents,
ce qui est exactement l’inverse du résultat visé. Cette constatation nous permet de faire
le lien avec un point relevé dans notre revue de littérature. Nous avions expliqué que le
poste de gestionnaire était empreint de beaucoup de variabilité : un bon gestionnaire
pouvait être très positif alors qu’un mauvais gestionnaire pouvait être très négatif.
Dans ce cas-ci, l’outil présenté est efficace s’il est utilisé adéquatement, mais nous
voyons qu’il représente un couteau à deux tranchants. Selon un généraliste RH et un
chef opération :
Le débat c’est sur la date de transfert. C’est la chose la plus difficile à gérer pour tout le
monde, parce que le gestionnaire en recrutement a besoin de la personne hier, mais l’autre
ne veut pas avoir un trou dans son équipe le temps qu’il trouve quelqu’un. - Répondant P3-
Avec certains gestionnaires ça va très très bien. (…) Par contre j’ai vécu des expériences où
c’était extrêmement difficile. L’ancien gestionnaire a essayé de garder l’employé pendant
8-12 semaines. Alors que la politique c’est plus un 4, 5 semaines - Répondant P5-
143
Dans un autre ordre d’idées, il est intéressant de noter que chez nos deux répondants,
les gestionnaires se voient offrir de la formation relative à la gestion de la carrière. On
relève notamment des formations en ligne, sans oublier une personne de l’entreprise 1
qui se dédie presque uniquement à une formation d’une demi-journée sur l’effet de
mobilisation que peut entraîner la gestion de la carrière. Ceci démontre que nos
entreprises collaboratrices sont conscientes de l’ampleur et de la difficulté de la tâche
confiée au gestionnaire. Cela va aussi à l’encontre des observations faites par
Gutteridge, Leitbowitz et al. (1993) exposées dans notre revue de la littérature selon
lesquelles les gestionnaires manquaient cruellement de formation.
Toujours dans l’entreprise 1, les dirigeants ont aussi accès à différents outils, rendus
disponibles sur l’intranet. Semblables à ceux offerts aux employés, les documents
proposés sont axés sur l’accompagnement de la carrière. On y retrouve par exemple un
guide de préparation aux entretiens de carrière. Ceci dit, l’entreprise est consciente que
tous ces gestionnaires ne deviendront pas des spécialistes de la carrière. C’est
pourquoi ils peuvent toujours faire appel à leurs partenaires du département des
ressources humaines ou du service de gestion des carrières. Ces derniers peuvent
épauler le gestionnaire dans des situations plus complexes, qui n’est donc pas laissé à
lui-même dans tout ce processus.
Nous terminons cette section avec une citation d’un conseiller principal qui recoupe
plusieurs des éléments dont nous avons discuté.
C’est une question de confiance. Si je crains de parler de ce que j’aime moins, ou de mes
faiblesses à mon gestionnaire, par peur que s’il y a des coupures que c’est moi qu’il va
choisir, je ne lui en parlerai pas, je vais faire semblant que tout va bien, que je suis heureux.
Mais, pendant ce temps, je me cherche un autre poste ailleurs et un bon matin, l’échange
carrière qu’on a c’est : je viens d’avoir un emploi ailleurs, je pars dans quatre semaines.
C’est souvent de cette manière que se vit la gestion de carrière dans l’ancienne mode.
Aujourd’hui, ce qu’on dit au gestionnaire c’est : si la personne a des projets qui ne cadrent
144
pas dans ton unité, il ne faut pas que tu la laisses tomber pour ça, il faut que tu continues de
t’assurer qu’il donne une bonne performance, mais aussi continuer à l’aider pour sa
carrière. - Répondant 5-
Les observations réalisées dans les deux entreprises participantes nous ont permis de
découvrir un marché interne de l’emploi très actif et comportant beaucoup de
mouvements. Notre revue de la littérature nous laissait présager certains désavantages
liés à une mobilité interne exacerbée (Campion, Cheraskin et al. 1994; Kotorov et Hsu
2002). Or, bien que cette mobilité entraîne une charge administrative élevée, la
turbulence du marché ne semble pas amener d’effets négatifs majeurs chez les deux
entreprises à l’étude. Il y a bien sûr certains impacts nuisibles découlant des
changements de postes, mais ces derniers ne sont pas assez importants pour limiter la
mobilité.
Par exemple, la liberté de mouvement accordé aux employés par le marché interne de
l’emploi laissait présager la présence d’effets tourbillon et d’effet d’entrainement
(enjeu 8). Nos recherches nous démontrent que ces enjeux ne sont que très faiblement
vécus. Leur quasi-absence s’explique par différents facteurs. À l’instar des
gestionnaires se créant une mauvaise réputation en ne donnant pas de support de
carrière, nos répondants nous ont expliqué qu’il existait une autorégulation des effets
tourbillons. Souvenons-nous qu’un processus de dotation complet est fait lors de
chaque ouverture de poste, qu’on recrute un candidat interne ou externe. Les
gestionnaires et les employés des ressources humaines qui reçoivent les candidatures
voient donc l’historique de mouvements des employés qui postulent. Les recruteurs se
questionneront ainsi sur le sérieux d’un employé ayant changé de poste à outrance
dans les dernières années.
145
Il est aussi important de relativiser l’ampleur de la mobilité interne. Bien qu’elle soit
importante, il ne faut pas penser que tous les employés changent de poste chaque
année. Comme nous l’explique un conseiller RH de l’entreprise 1 :
Il y a environ 60 % des employés qui sont bien dans leur poste et qui ne cherchent pas
autre chose, ils aiment ce qu’ils font. (…) Dans les 2 extrémités, il y a 20 % de chaque
côté : (…) un 20 % qui a de la difficulté s’ajuster aux changements et qui ne sont plus à
l’aise dans leurs tâches. L’autre 20 % en veulent plus. - Répondant 5-
On voit donc que ce ne sont pas tous les employés qui sont en mouvement, bien que
20 % de plus de 20 000 employés représente tout de même une quantité importante de
changement de poste.
Le contrôle des coûts de transaction ne s’avère pas non plus dissuasif. Ces derniers
ne sont pas vus comme une dépense additionnelle puisqu’ils seraient engagés de toute
façon si on recrutait à l’externe. Les deux entreprises étudiées nous ont expliqué que le
processus de sélection devait être fait coûte que coûte, alors le coût n’était pas plus
élevé pour une mobilité interne.
Pour l’entreprise 2, ce sont les assignations temporaires qui amènent la plus grande
complexité. Ce type de mobilité est largement utilisé et amène une complexité
puisqu’on assure à l’employé qu’il pourra regagner son poste d’ancrage. Il faut donc
combler ce dernier à l’aide d’une autre assignation temporaire, qui elle créera
successivement une autre assignation temporaire, et ainsi de suite. Le tout se
complique encore davantage étant donné que la durée de l’assignation temporaire n’est
pas fixée. Elle peut en effet se prolonger de quelques mois si le besoin s’en fait sentir.
Alors si quelqu’un veut prendre une assignation temporaire pour 8 mois, il faut combler ça.
Alors qu’est-ce qu’on fait avec ça? Est-ce qu’on va prolonger le contrat de quelqu’un pour
combler ce besoin, est-ce qu’on a besoin d’une ressource additionnelle, est-ce qu’on peut
embaucher quelqu’un temporaire, etc. Alors c’est vraiment un jeu de domino. – Répondant
P3-
146
Outre les coûts, nous avions relevé deux types de perturbations possibles, soit de la
performance (enjeu 9) et des programmes (enjeu 4). La première était
principalement liée à l’inefficacité d’un employé dans un nouveau poste et à son
besoin de formation. L’enjeu est double : il constitue une crainte pouvant inhiber le
désir de mobilité chez les employés; il constitue aussi une perte de productivité pour
l’entreprise. Ces deux aspects pernicieux semblent peu présents dans les entreprises
étudiées. Évidemment un employé qui prend de nouvelles responsabilités requiert une
période d’adaptation. Cependant, comme on fait un processus de sélection complet qui
permet de s’assurer que l’employé possède les compétences requises, cette période
d’adaptation ne s’accompagne généralement pas d’effets négatifs importants. Plusieurs
de nos répondants nous ont aussi fait voir l’aspect inverse, c’est-à-dire l’avantage de
combler un poste par quelqu’un de l’interne. En effet, vu la taille des entreprises
étudiées (particulièrement l’entreprise 1), l’apprentissage de son fonctionnement et de
sa structure, de ses règles, de ses normes et de sa culture nécessite quelques mois. Les
équipes qui reçoivent un employé qui a déjà ces connaissances vivent donc un
dérangement beaucoup moins grand que s’ils recevaient quelqu’un de l’externe.
Aucun de nos répondants n’a identifié l’inquiétude de perte de productivité comme un
frein au mouvement des employés. Comme nous le mentionne une directrice RH :
C’est nouveau, on est moins performant, il y a une période et une courbe d’apprentissage,
donc on se sent tous pas bon au début et on voudrait tous être bons tout de suite. Tout le
monde vit ce phénomène. Mais ça ne fait pas en sorte que la mobilité soit mal vue
ultimement. Peu importe le changement, s’il fait partie de ce que l’employé convoite,
ultimement il répond à un certain besoin, donc il y a plus d’avantages que de désavantage.
(…) En tant qu’organisation, on met en œuvre des stratégies, des façons de faire pour
inhiber le plus possible ces inquiétudes. - Répondant 9-
147
Encore une fois, nous venons de voir que le déploiement des talents est un processus
global. En effet, les perturbations que peut amener la mobilité interne sur la
performance sont fortement réduites si toutes les sections du déploiement des talents
sont effectuées correctement et qu’elles communiquent entre elles. Si une bonne
planification de main-d’œuvre a été réalisée, qu’elle a guidé le développement des
compétences, que le gestionnaire a établi une bonne discussion de carrière avec ses
employés pressentis comme relève, les changements de postes s’effectueront sans
problèmes. Il sera beaucoup plus facile dans ce cas d’avoir la bonne personne avec les
bonnes compétences à la bonne place au bon moment
Un des outils utilisés pour minimiser les effets néfastes des changements de poste est
analogue au concept de la « ferme » exposé dans nos recherches théoriques. Certains
regroupements de succursales se sont ainsi dotés d’équipes volantes. Il s’agit
d’employés n’ayant pas de postes fixes qui sont appelés pour faire des remplacements
à court ou moyen terme. Ils peuvent entrer en action lors de congé de maladie, mais
aussi pour combler le vide entre le moment où un employé change de poste et le
moment où on lui trouve un successeur. Cette équipe volante a plusieurs avantages. En
plus de diminuer les effets néfastes dont il est question ici, elle peut aussi minimiser la
rétention des talents chez les gestionnaires. Ces deux enjeux vont de pair puisque,
comme nous l’avons expliqué, une des causes de la rétention des talents chez les
gestionnaires est la baisse de productivité de son équipe. Un autre avantage non
négligeable est lié à la formation. De l’avis d’un conseiller principal, ces équipes
volantes deviennent rapidement des bassins de relève.
Souvent ils prennent des jeunes, les forment, les mettent dans différents postes, les
promènent un peu. Et quand un poste permanent ouvre, ils ont quelqu’un de prêt qui
connaît déjà la succursale et qui est connu de la succursale et qui peut faire du dépannage
au besoin. - Répondant 5-
148
Quant aux effets néfastes sur les programmes, ils semblent absents de la réalité de
nos répondants. Nous avons vu que les employés demandent aux entreprises davantage
d’orientation quant aux cheminements de carrière à suivre. Voilà peut-être une raison
pour laquelle la mobilité ne va pas à contresens des besoins de l’entreprise.
Les enjeux de mise en place de la mobilité laissent présager moult difficultés à obtenir
la participation des employés au marché interne de l’emploi (Abraham 2004; Bryan
et Joyce 2007). Les observations réalisées dans les deux entreprises tendent à
minimiser la présence de cette problématique. Outre le défi de transmission de
l’information que nous aborderons bientôt, plusieurs autres enjeux se sont faits
discrets.
Notre revue de la littérature suggérait quelques défis relatifs à la gestion des craintes
des employés. On stipulait premièrement qu’ils pourraient appréhender le
développement de connaissances non transférables (enjeu 1) (Herriot et Pemberton
1996). Nous avons très peu à dire sur cet aspect puisqu’il semble pratiquement absent
de la réalité de nos sujets d’étude. Aucun de nos répondants ne nous a manifesté une
telle inquiétude, ou ne nous a dit en avoir été conscient. Il semble que toutes nouvelles
expériences, tout nouvel apprentissage est vu comme un gain par les employés, qu’il
soit directement transférable ou non.
Parmi les autres enjeux relatifs aux craintes des employés (enjeu 10), nous avions
relevé l’inquiétude de la prise d’une mauvaise orientation de carrière. Une fois de
plus, cet aspect ne s’est pas présenté. La liberté de mouvement offerte par les deux
marchés internes étudiés permet sans problème aux employés de réorienter leur
carrière et même de revenir vers l’arrière s’ils constatent qu’ils ont pris une direction
qui ne leur convenait pas. Il en va de même pour les sentiments d’infidélité ou de
culpabilité qui auraient pu découler des mouvements (Abraham 2004). Comme la
mobilité est imbriquée dans la culture de l’entreprise, ces craintes ne semblent pas
présentes chez aucun de nos répondants.
149
L’absence de ces enjeux est due notamment à la structure ouverte du marché interne
de l’emploi et à la culture d’ouverture. Les assignations temporaires, qui sont très
utilisées dans l’entreprise 2, nous apparaissent aussi être un outil particulièrement
efficace pour gérer l’ensemble des inquiétudes susmentionnées. Il permet en effet aux
travailleurs de relever de nouveaux défis et de sortir de leur zone de confort tout en
réduisant de beaucoup le stress qui est associé à ce changement de tâche. En sachant
qu’il est assuré de retrouver son poste d’ancrage, l’employé peut beaucoup plus
facilement se lancer dans l’aventure sans craindre de donner un mauvais alignement à
sa carrière. Il ne sera pas non plus inquiet de progresser vers un poste qui ne
correspond pas à ses attentes ou dans lequel il ne performe pas comme prévu. Si tel
était le cas, la courte durée du mandat permettrait à l’employé de revenir dans sa zone
de confort sans mettre sa carrière en péril.
Je trouve ça bien fait pour les gens, ça encourage les gens à sauter dans une opportunité
parce que des fois, ça peut être (…) un gros step. Mais c’est sécurisant parce que l’employé
sait qu’après l’assignation temporaire, il va revenir à sa place. - Répondant P6-
Nos recherches théoriques nous portaient à croire que les règles syndicales (enjeu 11)
relatives aux mouvements des employés ainsi que les goulots (enjeu 7) pourraient
représenter un frein à la mobilité interne (Osterman 1987; Cappelli 2008). Une fois de
plus, ces enjeux ne sont pas vécus par les entreprises étudiées. L’entreprise 1 compte
une dizaine de syndicats, qui ne représente d’aucune manière des freins aux
mouvements. D’une part, les règles d’affectation sont généralement les mêmes pour
les employés syndiqués et les employés non syndiqués. Il n’existe pas de coupure, ou
de silo entre les deux sections. Cette homogénéité est favorisée par les définitions de
postes standardisées à l’échelle de l’entreprise. Un employé qui applique sur une
nouvelle opportunité doit passer par un processus de dotation complet, qu’il soit
syndiqué ou non. Selon un cadre de haut niveau, cette méthodologie assure une équité
et permet de choisir un candidat en fonction de critères clairement établis :
150
Si quelqu’un ne se qualifie pas pour le poste, syndiqué ou non je suis capable de le justifier.
Puis si quelqu’un se qualifie, c’est logique que ce soit le plus ancien qui l’ait. - Répondant
P2-
Si certains enjeux étaient absents de nos terrains d’études, d’autres se sont révélés ou
ont pris une importance insoupçonnée.
Nos recherches sur le terrain ont fait ressortir un autre défi qui n’avait été qu’effleuré
dans la revue de la littérature. Son importance semblait si marginale que nous ne
l’avions pas identifié parmi notre liste d’enjeux. Il s’agit du défi de responsabilisation
des employés, qui se voit ainsi conférer le titre de deuxième enjeu insoupçonné.
Selon plusieurs de nos répondants, il semblerait que beaucoup d’employés ne soient
pas particulièrement enthousiasmés par le fait de devoir gérer leur carrière. Certains
aimeraient être pris en charge davantage et seraient prêts à sacrifier une portion de
liberté en échange d’un alignement plus clair. Ceci correspond aux préoccupations
soulevées par Krishnan et Maheshwari (2011) relatés plus haut dans notre section
consacrée à la gestion des carrières. Comme nous l’expliquent un conseiller puis un
cadre de haut niveau:
De façon générale, en terme de mobilité, beaucoup de gens s’attendent à être pris en charge.
Ça, c’est quelque chose qui est omniprésent dans les organisations. Moi j’ai signifié que
j’avais envie de faire quelque chose, et ensuite on s’attend à être pris en charge. (…) Quand
on parle de gestion de carrière, ce n’est pas ça du tout. On peut te dire : voici où tu veux
aller, maintenant à toi de t’inscrire à l’université, à toi de voir ce qui te manque, de
consulter. On a des services carrière, des conseillers en carrière, des gens qui sont
spécialisés là-dedans. À toi de consulter pour réussir à mieux te connaître, qui tu es et ainsi
de suite. - Répondant 6-
Pour moi c’est un rêve quand je rencontre quelqu’un qui vient cogner à ma porte et qui veut
progresser, c’est mon paradis. Mon problème c’est qu’il n’y en a pas assez qui font avancer
leur carrière, qui poussent vraiment. - Répondant P2-
152
Notre dernier constat met au jour un réel défi de mise en place de la mobilité. En effet,
pour que la mobilité interne prenne vie, les employés doivent s’investir activement
dans la gestion de leur carrière. Pour ce faire, l’établissement d’un système de mobilité
interne transparent et équitable est un passage obligé (enjeu 5). Nos deux sujets
d’étude possèdent déjà des règles de participation et des critères d’évaluations
standardisés. Par contre, la transmission de l’information de carrière s’est avérée
être un enjeu majeur dont nous n’avions pas soupçonné l’importance. Nous l’avions
relevé comme enjeu potentiel, mais la littérature ne nous laissait pas présager qu’il
serait un défi gargantuesque. Afin d’être précis, nous devons distinguer deux pans de
la transmission de l’information. En effet, les entreprises contrôlent très bien
l’affichage des postes. Elles ont aussi toutes deux un intranet possédant une section
consacrée à la carrière qui regorge d’informations et d’outils en libre-service. C’est le
médium principal dans les deux organisations, de sorte que le problème ne se situe pas
au niveau du véhicule de transmission de l’information. Les choses se compliquent
plutôt lorsque vient le temps de donner aux employés une vision claire des
cheminements de carrière possibles. Normal, me direz-vous, puisque nous avons
mentionné plus haut que de tels cheminements de carrière ne sont pas tracés d’avance.
Sur le plan des avantages, cette ouverture offre une grande liberté aux employés. En
contrepartie, ces derniers se retrouvent désorientés face à cette multitude de
cheminements possibles.
Nos répondants nous ont expliqué que beaucoup d’employés peinent à avoir une
image claire des opportunités qui s’offrent à eux à long terme. Nous ne parlons pas ici
du prochain poste recherché, mais plutôt d’un objectif de carrière, d’une « destination
ultime » en quelque sorte. En effet, les processus d’affichage de postes extensifs
décrits plus tôt permettent aux employés de voir les opportunités, et peut-être de cibler
leur prochain mouvement. Cependant, cette vision n’est qu’à un niveau et elle se
153
concentre sur les mouvements immédiats. Elle ne permet pas aux employés de définir
à l’avance un parcours ou un objectif de carrière. Comme nous l’explique un Chef RH,
les employés manifestent fortement le désir d’avoir davantage de visibilité sur les
cheminements de carrière possibles :
Nous avons de la difficulté à donner une bonne visibilité aux employés sur les possibilités
de changements de carrière à l’intérieur de l’entreprise. Nous avons un sondage annuel
auprès des employés dans lequel on retrouve une section sur le développement de la
carrière, qui nous démontre notre faiblesse à offrir cette visibilité. Ça ne veut pas dire que
les gens ne sont pas mobiles. Cependant, nous n’avons pas de système visible pour les
parcours de carrière et ça, c’est problématique. Nous avons l’impression d’être aveugle en
quelque sorte. – Répondant P1-
Je suis dans ce rôle, je veux me rendre là, entre les deux présentement c’est comme un vide.
Je ne sais pas ce que je dois faire, ce qui va m’aider à définir ce que j’ai à faire, ce qui me
manque. - Répondant P1-
On a un peu l’impression que ce qui se passe dans une autre division est un peu mystérieux.
On ne sait pas qu’on a les compétences pour pouvoir faire ça. Ce qui est technique du poste,
souvent on peut l’apprendre assez facilement. C’est tout le reste qui est difficile à définir. -
Répondant P1-
Dans l’entreprise 1, il existe environ 2500 types de poste différents. Il est donc facile
de concevoir qu’un employé soit déstabilisé par une telle diversité. Il leur est difficile
de cibler un poste, ou même un type de poste qui pourrait être leur objectif de carrière.
Et s’ils réussissent à le faire, ils n’ont que très peu de moyens leur permettant de savoir
quel chemin mène à Rome.
154
Ce constat nous permet de faire le parallèle avec deux autres enjeux qu’il nous semble
pertinent d’introduire à ce moment-ci de la discussion. Nous avions premièrement
relevé, dans nos recherches littéraires, le défi de mise en œuvre d’une pluralité de
cheminement (enjeu 2). Nous suspections à ce moment une difficulté pour les
entreprises d’offrir différents cheminements ainsi qu’une complexité de gestion
relative à cette multitude de possibilités de carrières. Cet enjeu s’est manifesté d’une
manière différente que ce à quoi nous nous attendions. Les deux entreprises étudiées
ne nous ont mentionné aucune difficulté à offrir de multiples cheminements. En effet,
les systèmes de mobilité interne et le type de marché interne de l’emploi en place
permettent une grande diversité de parcours sans en rendre la gestion indument
compliquée. Ceci s’explique entre autres par le fait qu’on a remis une grande partie de
la responsabilité du suivi de ce cheminement dans les mains de l’employé. Ce n’est
donc pas l’entreprise, mais plutôt les travailleurs qui sont aux prises avec cette
difficulté de suivi. Au final, l’enjeu relatif à la gestion d’une multitude de
cheminements est bel et bien présent. Il pèse cependant sur les épaules des employés et
non celles des entreprises, comme nous l’avions initialement pensé. En fait, force est
de constater qu’il sera vécu par celui ou celle à qui incombe la responsabilité de la
carrière.
Après tout ce que nous venons d’exposer, on peut conclure que les employés
recherchent de la mobilité, mais que parallèlement la gestion d’une multitude de
cheminements s’avère complexe. En plus de ne pas être systématiquement heureux
d’investir le temps nécessaire au suivi du marché interne de l’emploi, les travailleurs
manquent cruellement de visibilité sur les cheminements de carrière possibles. Nos
155
Pour que les gens puissent voir : ah voilà, ce métier-là existe? Oui, et il y en a un nombre x
situé dans tel secteur d’affaires. Ah tiens, il y en a plus dans la région de l’Ontario que dans
la région du Québec. Ah, il y a un potentiel, il y en a 50 dans l’organisation de ces postes-
là. Ou à l’inverse : je voulais m’en aller faire ça, mais il y en a juste un dans l’organisation
qui fait ça. - Répondant 7-
Le travailleur pourrait aussi savoir si le poste visé a fait l’objet d’une planification de
main-d’œuvre, et ainsi savoir si ce dernier sera en pénurie de travailleurs ou au
contraire ne sera pas d’une importance stratégique pour le futur de l’entreprise. Nous
en avons très peu parlé jusqu’ici, mais ce lien entre planification de la main-d’œuvre et
cheminement de carrière est un élément important pour un bon déploiement des
talents. Afin de diriger les employés là où on en aura besoin, les parcours de carrière
suggérés doivent refléter les besoins futurs identifiés dans l’exercice de planification.
Voici l’avis d’un conseiller principal à ce sujet :
Pour que ça fonctionne bien ensemble (la carrière et la PMO), on doit rendre disponible à
l’individu le plus possible d’informations. Si on a une planification de main-d’œuvre qui
dit : on va avoir besoin de x nombres de personnes dans tel genre de poste, il faut que ce
156
soit connu. En tout cas on gagne à ce que ce soit connu si on veut que les gens s’alignent en
conséquence. - Répondant 5-
Un tel outil, s’il venait à prendre forme dans son intégralité, serait sans aucun doute un
véritable logiciel de déploiement des talents. En effet, il fait le lien entre planification
de main-d’œuvre, développement des compétences et gestion des carrières. Il s’assure
d’orienter les travailleurs talentueux là où l’entreprise en a le plus besoin, maximisant
ainsi l’allocation des ressources.
• Constat 9 : une gestion globale du déploiement réduit les effets néfastes liés à
la mobilité interne
Plateaux
Perturbations programmes
Goulots
Préoccupations diverses
Règles syndicales
Silos
Gestionnaire immédiat
C’est ainsi que se termine notre analyse dans laquelle nous avons passé en revue les
éléments relatifs aux différents domaines liés au déploiement des talents ainsi qu’aux
enjeux auxquels les entreprises doivent faire face. Nous avons aussi fait un résumé des
conditions de succès d’un bon déploiement des talents.
La question qui nous habitait lorsque nous avons débuté nos recherches était :
comment les entreprises gèrent-elles les flux de talents internes afin de combler au
bon moment les postes clés avec les personnes adéquates? Nous avons vu dans ce
chapitre que la réponse à cette question n’est ni simple ni unique. Comme nous
l’avions exposé dès le début de nos recherches, le déploiement des talents est un
processus holistique qui réunit plusieurs éléments de la gestion des talents. Reprenons
le graphique utilisé dans l’analyse de la planification de main-d’œuvre et du
développement des compétences. En y ajoutant une section sur la sélection, on arrive à
une très bonne schématisation de ce qu’est le déploiement des talents.
Comme nous l’avions appréhendé, le point central de ce dernier est le marché interne
de l’emploi. C’est lui qui permet la mise en œuvre des mouvements, c’est le terrain de
jeu dans lequel les employés évoluent. La mobilité se divise quant à elle en deux
branches qui cohabitent. D’une part on retrouve une mobilité plus structurée qui
découle de la planification de la main-d’œuvre. D’autre part, la gestion des carrières
aux mains des employés leur permet une mobilité d’une grande liberté. Le
développement des compétences est présent, peu importe le type de mobilité. Il ne
reste plus qu’un processus de sélection rigoureux pour boucler la boucle du
déploiement et ainsi faire en sorte d’avoir la bonne personne à la bonne place au bon
moment.
159
Graphique 10 : Résumé
Marché PMO/Relève
Gestion
de
la
carrière
interne de
l’emploi
Développement
des
compétences
Sélection (adéquation)
Nous cherchions aussi à savoir s’il existait une vision intégrée du déploiement des
talents. À la lumière de nos différentes entrevues, une telle conception globale ne
semble pas être présente chez les praticiens. Chacune des différentes sections du
déploiement est bien connue et bien maîtrisée, mais la gestion du déploiement des
talents ne semble pas être chose commune. Ceci dit, rappelons-nous que l’entreprise 1
envisage de mettre en place une équipe dédiée précisément à la gestion du déploiement
des talents, ce qui nous confirme l’à-propos et la pertinence de notre sujet de
recherche.
Chapitre 6 : Conclusion
C’est ainsi que prend fin notre épopée dans le monde du déploiement des talents. Ce
mémoire avait deux buts principaux, soit de proposer un cadre théorique intégrateur
facilitant la compréhension du concept à l’étude et de voir comment ce dernier
s’applique à la réalité vécue par les entreprises. Nous y sommes parvenus
premièrement en relevant la littérature pertinente. Cette dernière nous a ensuite permis
de proposer un cadre théorique qui recoupait les différents domaines liés au
déploiement des talents ainsi que les enjeux qui s’y rattachent. Afin de confirmer la
validité de ce construit nous nous sommes rendus en entreprise pour y rencontrer
différents acteurs de ce large processus. Nous avons ensuite comparé les observations
effectuées avec les postulats théoriques en nous efforçant de comprendre et
d’expliquer les écarts.
Contributions
Pour ce faire, nous avons construit un cadre intégrateur qui permet de voir clairement
quels sont les différents domaines de la gestion des talents qui font partie du processus
de déploiement. Ce dernier, supporté par notre analyse des deux réalités étudiées,
permet de mieux comprendre les liens qui existent entre les différents éléments.
161
Limites
Notre focus sur les pratiques représente une autre limite de notre recherche. Comme la
littérature ne nous fournissait que peu d’information sur les pratiques, les politiques ou
encore les programmes de déploiement en place dans les entreprises, c’est sur la
découverte de ces dernières que nous nous sommes penchés. Ceci a eu pour effet
162
négatif de nous détourner quelque peu du vécu des employés. Nous avons fait une
place importante aux règles et pratiques officielles de nos deux sujets d’étude, et ce au
détriment de l’expérience vécue par les employés.
La structure d’une importance majeure dans notre recherche est celle du marché
interne de l’emploi. Elle représente autant une limite qu’une possibilité de recherche
subséquente. En effet, les deux entreprises étudiées présentaient un marché interne de
l’emploi ouvert, libre et accessible à tous les employés. Nos observations auraient sans
aucun doute été très différentes dans une compagnie ayant un autre type de marché
interne de l’emploi. Il serait donc intéressant de se pencher sur le déploiement des
talents dans un milieu plus fermé et plus dirigé afin de comparer les constats obtenus.
Nous croyons que les enjeux vécus varieraient beaucoup en fonction de la structure
des entreprises étudiées.
Recherches futures
Deuxièmement, notre étude était transversale plutôt que longitudinale. Suite à nos
observations sur l’impact du marché externe de l’emploi, il pourrait être intéressant de
réaliser une étude longitudinale. Cette dernière permettrait de voir l’évolution de
l’importance accordée au déploiement des talents en fonction des différentes réalités
économiques affectant l’entreprise.
163
Il reste beaucoup à étudier en ce qui a trait au déploiement des talents. Nous espérons
tout de même que ce premier pas aura su clarifier ce processus dans l’esprit du lecteur
et lui aura fait prendre conscience de l’importance et de l’envergure qu’il occupe pour
les grandes entreprises.
Annexes
Outil Description
Évaluation de la performance Peut être fait par les supérieurs, les pairs ou des
comités réunissant diverses personnes. Cet outil a
pour but d’identifier les besoins de développement
de l’employé et aide à établir l’état d’avancement
de sa carrière.
165
Outil Description
Support d’un coach ou d’un Guide auprès de qui l’employé peut se confier et
mentor quérir support et conseils.
166
Outil Description
Source : (Gutteridge, Leitbowitz et al. 1993; Baruch 2002; Baruch 2006; Krishnan et
Maheshwari 2011)
Introduction
2) Cheminements de carrières
3) Quels sont les enjeux liés aux cheminements effectués par les employés?
• Plafonnements?
• Complexité de gérer une multitude de cheminements?
• Comment l’entreprise réussit-elle à aligner les désirs de cheminement de
l’employé avec ses besoins de main-d’œuvre?
• Comment s’assurer que le cheminement sera disponible? Que le poste envisagé
sera libre au moment opportun?
1) Quelles sont les pratiques de planification et de gestion des carrières en place dans
l’entreprise?
• Comment se partage la responsabilité de la gestion de la carrière?
• Comment se partagent les pouvoirs décisionnels du cheminement de carrière?
• L’entreprise peut-elle décider du prochain poste de l’employé?
• Quelles sont les conséquences d’un refus de mouvement?
• Quels acteurs de l’entreprise sont impliqués?
• RH, gestionnaire immédiat, haute direction?
1) Quels outils sont mis en place pour soutenir l’employé dans l’avancement de sa
carrière?
• Les informations suivantes sont-elles diffusées?
• Les règles de la mobilité interne?
• Les opportunités d’emplois internes?
• Les cheminements de carrières offerts?
• Les formations disponibles?
• Les compétences recherchées dans le futur?
• Description de postes?
• À qui sont diffusées ces informations? Tous, juste les participants au marché
interne, etc. ?
• À l’aide de quels médiums?
• Lettre d’information hebdomadaire, publication mensuelle, affichage de poste
(physique ou électronique), livrets de carrières, sites intra ou internet,
descriptions de poste complètes, etc.
• Quels acteurs peuvent soutenir l’employé dans son cheminement de carrière?
3) Quelles sont les conditions de succès pour une bonne progression de carrière?
• Quelles sont vos attentes face au soutien de l’organisation quant à la gestion
de votre carrière?
• Parmi les outils en place, qu’appréciez-vous particulièrement? Quels autres
outils ou programmes auriez-vous aimé avoir à votre disposition?
2) Quelles sont les procédures à suivre pour un employé désirant changer de poste?
• Qui peut initier le mouvement?
• Y a-t-il des formulaires ou des demandes officielles à remplir?
• Quels sont les acteurs impliqués?
• Qui doit donner son autorisation?
• Quel est le temps nécessaire à un changement de poste (temps de cycle
complet)?
3) Quels sont (ou serait, selon les réponses précédentes) les avantages d’une mobilité
interne sans restriction?
• Opportunités de formations pour les employés.
• Opportunités d’avancement, en lien avec la rétention.
• Meilleure allocation des talents?
• Transcender les silos.
• Réduire l’impact d’un gestionnaire immédiat rébarbatif.
4) Quels sont les enjeux liés à la mobilité interne et comment y fait-on face?
• Perte de productivité.
• Pour l’employé mobile.
• Besoin de formation, risque d’erreurs accru.
• Pour les membres des équipes de départ et d’arrivée.
• Surcharge de travail, perception des employés non mobiles (jalousie,
sentiment d’iniquité), effets pervers sur la dynamique d’équipe.
• Perte de vision stratégique de l’employé qui bouge trop fréquemment et ne voit
pas le résultat de ses actions.
• Coûts administratifs lors du changement (coûts de transaction)?
• Vides?
• Effet tourbillon, effet d’entrainement?
• Goulots?
171
2) Comment ces pratiques sont-elles intégrées aux autres pratiques de gestion des
talents?
• Cheminement et gestion des carrières, mobilité interne, planification de la
main-d’œuvre, préoccupations d’adéquation.
172
8) Adéquation individu-poste
1) Quelles sont les pratiques utilisées pour arriver à une bonne adéquation entre les
compétences de l’employé et le poste qu’il occupe?
3) Quelles sont les conditions de succès afin de s’assurer d’une bonne adéquation?
173
Formulaire A
FORMULAIRE DE CONSENTEMENT À UNE ENTREVUE EN ORGANISATION
Ce projet est réalisé par Alexis St-Pierre Cadieux, étudiant à la maîtrise en science de la
gestion à HEC Montréal. Vous pouvez le joindre par courriel à l’adresse suivante : [Link]-
pierre-cadieux@[Link]. Vous pouvez aussi le rejoindre par téléphone au 450-280-1600. Cette
recherche est réalisée sous la direction de M. Alain Gosselin, professeur titulaire au service de
l’enseignement de la gestion des ressources humaines. Vous pouvez le joindre par téléphone
au 514-340-6353 ou par courriel à l’adresse suivante : [Link]@[Link].
Résumé :
Le but de notre recherche est de comprendre comment les entreprises s’assurent d’avoir la
bonne personne à la bonne place au bon moment. Pour ce faire nous cherchons de
l’information sur les processus de mobilité interne, de développement et de formation des
employés, de gestion des carrières, et de planification de la main-d’œuvre. Nous sommes
particulièrement intéressés par les enjeux, les outils et les conditions de succès lié à la gestion
de la mobilité interne.
Votre organisation a accepté de participer à ce projet de recherche. Elle nous a aussi fourni
votre nom comme répondant potentiel. Votre participation à ce projet de recherche doit être
totalement volontaire. Vous pouvez refuser de répondre à l’une ou l’autre des questions. Il est
aussi entendu que vous pouvez demander de mettre un terme à la rencontre, ce qui interdira
au chercheur d'utiliser l'information recueillie. Pour toute question en matière d'éthique, vous
pouvez communiquer avec le secrétariat de ce comité au (514) 340-7182 ou par courriel à
cer@[Link]. N’hésitez pas à poser au chercheur toutes les questions que vous jugerez
pertinentes.
Vous devez vous sentir libre de répondre franchement aux questions qui vous seront posées.
Le chercheur, de même que tous les autres membres de l’équipe de recherche, le cas
échéant, s’engagent à protéger les renseignements personnels obtenus en assurant la
protection et la sécurité des données recueilles, en conservant tout enregistrement dans un
lieu sécuritaire, en ne discutant des renseignements confidentiels qu’avec les membres de
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l’équipe de recherche et en n’utilisant pas les données qu’un participant aura explicitement
demandé d'exclure de la recherche.
De plus les chercheurs s’engagent à ne pas utiliser les données recueillies dans le cadre de
ce projet à d'autres fins que celles prévues, à moins qu'elles ne soient approuvées par le
Comité d'éthique de recherche de HEC Montréal. Notez que votre approbation à participer à
ce projet de recherche équivaut à votre approbation pour l’utilisation de ces données pour des
projets futurs qui pourraient être approuvés par le Comité d’éthique de recherche de HEC
Montréal;
Toutes les personnes pouvant avoir accès au contenu de votre entrevue de même que la
personne responsable d’effectuer la transcription de l'entrevue, ont signé un engagement de
confidentialité.
Les renseignements que vous avez confiés seront utilisés pour la préparation d’un document
qui sera rendu public. Les informations brutes resteront confidentielles, mais le chercheur
utilisera ces informations pour son projet de publication. Il vous appartient de nous indiquer le
niveau de protection que vous souhaitez conserver lors de la publication des résultats de
recherche.
Niveau de confidentialité
Option 1 :
Si vous cochez cette case, aucune information relative à votre nom ne sera divulguée lors de
la diffusion des résultats de la recherche. Par ailleurs, le nom de votre organisation pourrait
être cité. Il est donc possible qu’une personne puisse effectuer des recoupements et ainsi
obtienne votre nom. Par conséquent, vous ne pouvez pas compter sur la protection complète
de votre anonymat
Option 2 :
Si vous cochez cette case, aucune information relative à votre nom ou à votre fonction ne sera
divulguée lors de la diffusion des résultats de la recherche. Par contre, le nom de votre
organisation pourrait être cité. Il est donc possible qu’une personne puisse effectuer des
recoupements et ainsi obtienne votre nom. Par conséquent, vous ne pouvez compter sur la
protection absolue de votre anonymat.
Le comité d’éthique de la recherche de HEC Montréal a statué que la collecte de données liée
à la présente étude satisfait aux normes éthiques en recherche auprès des êtres humains.
Prénom et nom :
_____________________________________________________________________
SIGNATURE DU CHERCHEUR :