Document de synthèse préparé par S.
DEBBACHE sur « Le grand siècle »
Dans le cadre du module « Étude de Textes de Civilisation », 3ème année, Groupes 4&5
Semestre 6, Mars 2020
Document N°4 (suite) : La préciosité, Clélie & la carte de Tendre
La préciosité et les précieuses du 17ème Siècle
La préciosité est une mode, un style, un mouvement qui a duré une dizaine d'années
(1650 et 1660). Né de revendications féministes et modernistes.
Le terme précieux porte dans son sens « valeur – rareté ». Il est réservé à un
phénomène social et littéraire. Il vise la volonté d'épuration des mœurs, de la vie
amoureuse et du langage. Il se développe en réaction aux mœurs grossières de la
cour d'Henri IV de ceux de la Fronde.
Les précieux précieuses se retrouvent dans des Salons mondains (hôtels
particuliers) : ce sont des appartements des aristocrates parisiens. Les amis intimes
de la dame qui reçoit se réunissent dans la ruelle (passage laissé sur le lit et le mur
de la chambre où la dame est allongée sur son lit de parade... Bizarre, non ?
Une variété de précieux y participent (les aristocrates, les beaux esprits, les auteurs
et poètes, les scientifiques les musicien, les comédiens, les politiques...)
Salons mondains
La société des salons est née en Europe au, XVIIème bien que l'expression. À partir des années 1650,
des salons s’ouvrent à Paris : Madame de Rambouillet ; Mesdames Sablé, Scarron (future Madame de
Maintenon) ; la comtesse de la Suze ; de Montpensier ; de Sully ; Mademoiselle de Scudéry. Très vite
devenus les salons « à la mode», dans lesquels se presse tout un chacun. Les courtisans épris de
politesse et conversation galante prennent l’habitude de se réunir dans ces hôtels aristocratiques. Les
maîtresses des salons reçoivent souvent leurs hôtes dans une chambre, assises sur le lit. Cette
habitude de recevoir chez soi un public choisi et de se distraire de cette façon se nommera "tenir" ou
"faire" salon. Les salons de la préciosité sont nombreux. Ils se situent pour la plupart à Paris, et dans
le même quartier. Les femmes de la haute société parisienne reçoivent dans leur hôtel particulier,
l'après-midi ou en soirée, à tour de rôle, une fois par semaine (chaque samedi). Les salons réunissent
des personnalités de l'aristocratie, de la politique, des lettres et des arts pour des conversations
littéraires, morales, galantes ou philosophiques. Ils entretiennent l’actualité de l’époque (observation
des progrès, constat des régressions).
Avant le règne de Louis XIV, préexistaient des « groupes littéraires » (Malherbe, Boileau).
Après, on parle de « café-littéraire » (Procope). Suivre au 18 & 19ème siècles.
Que font les précieux dans les salons ? Les salons possèdent trois fonctions :
Fonction littéraire
Questions littéraires ;
Art de la conversation (le recours aux figures de style,
aux néologismes, aux périphrases) ;
Jeux d'esprit ;
Concours, tournois de poésie ;
Lecture je vous renouvelle.
Une fonction sociale
Un essor de la pensée et des sciences (échange des lettrés et scientifiques) ;
Ils développent une étiquette (façon de se comporter et une mode
vestimentaire) ;
Discussions- débats sur les problèmes de l'époque y compris le rôle de la
femme dans la société.
Développement de l'esprit précieux
La préciosité des manières (l'élégance y compris dans les costumes) et les usages raffinés ;
La préciosité des sentiments (délicatesse des sentiments), voir la carte de tendre ;
La préciosité du goût (vocabulaire original).
Exemple de la préciosité des sentiments, illustré par « la carte de tendre » de Madeleine de
Scudéry dans son roman “Clélie” (un roman fleuve précieux de dix volumes)
C’est une représentation géographique de la conception de la relation amoureuse (une topographie de la
conduite amoureuse). La carte retrace le chemin que doit suivre l’amant pour accéder au cœur de sa bien-
aimée.
Cette carte indique trois chemins prenants leurs noms des trois cours d’eau : Tendre sur estime ;
Tendre sur inclination et tendre sur reconnaissance ;
Au départ, la ville de la « nouvelle amitié » ;
La voie terrestre est obligatoire pour atteindre des deux autres capitales ;
Des villages qu’il vaut mieux éviter : « méchanceté « ; « légèreté » ; « indiscrétion » ; « médisance »,
pour ne pas tomber dans le « lac de l'indifférence » où la « mer de l'hostilité »
Pour atteindre « tendre » il faut passer par : « grand esprit » ; « village de jolis vers » ; « billet
galan » ; « billet doux » ;
Une fois passer, ces formalités, les villages suivants expriment : « la sincérité » ; « le grand cœur » ;
« la générosité » ; « la bonté » ; « les petits soins » ; « les grands services » ; « la complaisance » ; « la
confiance » ; « l’amitié » ;
Au terme du voyage, vers le nord, la « mer dangereuse » (la passion) est traversée ; un nouveau
continent inconnu s’ouvre aux amoureux « Terra incognita »
« Enfin j'ai vu l'admirable Clélie,
Et cette carte si jolie,
Si belle, si galante et si pleine d'esprit,
Qu'à peine fut- elle achevée,
Que le tyran des cœurs, Amour, par
cœur l'apprit... »
(L’évêque de Vence, Godeau dans un
écrit en vers, envoyé à l’auteur)
Madeleine de Scudéry (née au Havre le 15 novembre
1607). Issue de la petite noblesse, connue sous le nom de « Sappho »
(qu’elle se donnera à elle-même revendiquant un lien particulier avec
Sapho, la poétesse grecque de l’Antiquité).
Madeleine de Scudéry a publié ses romans sous le nom de
son frère Georges par respect des bienséances. La légèreté associée au
genre romanesque était à cette époque jugée inconvenable pour les
femmes du monde.
Elle tenait un salon « le salon de Mlle de Scudéry », qui prit
de l’importance vers le milieu du siècle (on y tenait des conversations
galantes et raffinées ; on lisait les petites pièces de vers ; on y discutait
et commentait les mérites et les défauts des ouvrages parus récemment)
Exemple du Roman fleuve, illustré par « Clélie » de Madeleine de Scudéry
Madeleine de Scudéry définit son roman comme « une fable que je
compose et non une histoire que j’écris ».
Où s’entremêlent : monologue, lettres, poèmes, conversations et
digressions de toute sortes.
Ce qui nous ramène aux caractéristiques du Roman Précieux :
Un grand amour et des obstacles romanesques et in
vraisemblables ;
Des passions extraordinaires et subites ;
Des naufrages et des enlèvements ;
Des princesses à aimer et des amants désespérés.
Clélie, en dix volumes, est publié de 1654 à 1660 ; avec des personnages tirés de l’histoire antique qui la
conjugue avec la période où elle vit (décrit les comportements de son temps, développe sa conception de la
vie marquée par la préciosité). Clélie, histoire romaine, où Madeleine insère la fameuse Carte de Tendre
conserve la structure des romans grecs de l’Antiquité, mais tient aussi de la gazette galante (vers,
descriptions et portraits et conversations en font un « élégant manuel de savoir-vivre, de savoir-lire et de
savoir-écrire). Pour plus consultez : [Link]
Dans ce roman, Madeleine de Scudéry reprend un épisode illustre de l’antiquité : En 509 av. J.-C., le roi
Tarquin est chassé de Rome. Il tente de reconquérir le trône et prend en otage des jeunes femmes, dont
Clélie. Elles entreprennent de fuir après avoir convaincu un soldat de les aider.
EXTRAITS DE CLÉLIE (1654)
(...) Mais, Madame, comme il n'y a point de chemins où l'on
ne se puisse égarer, Clélie a fait, comme vous le pouvez voir,
que si ceux qui sont à Nouvelle Amitié prenaient un peu plus à
droite ou un peu plus à gauche, ils s'égareraient aussi : car si
au partir de Grand Esprit, on allait à Négligence, que vous
voyez tout contre sur cette carte, qu'ensuite, continuant cet
égarement, on allât à Inégalité, de là à Tiédeur, à Légèreté et à
Oubli, au lieu de se trouver à Tendre sur Estime, on se
trouverait au Lac d'Indifférence que vous voyez marqué sur
cette carte, et qui, par ses eaux tranquilles, représente sans
doute fort juste la chose dont il porte le nom en cet endroit.
De l'autre côté, si, au partir de Nouvelle Amitié, on prenait un
peu trop à gauche, et qu'on allât à Indiscrétion, à Perfidie, à
Orgueil, à Médisance ou à Méchanceté, au lieu de se trouver à
Tendre sur Reconnaissance, on se trouverait à la Mer
d'Inimitié, où tous les vaisseaux font naufrage, et qui, par
l'agitation de ses vagues, convient sans doute fort juste avec
cette impétueuse passion que Clélie veut représenter.
Pour le résumé du roman, par chapitre, consultez :
[Link]
[Link]
Influence de la préciosité : concis des caractéristiques
En dépit de sa courte vie (10 ans), le mouvement précieux a marqué :
Les mœurs amoureuses (plus raffinées, moins brutales ; une conception qui rappelle l’amour
courtois « le Fin ’Amor » du moyen âge) ;
Le langage qui s’est éloigné du baroque, annonçant le classique. Plus raffiné mais parfois trop
sophistiqué, donc souvent critiqué.
Voir le dictionnaire de la préciosité d’Antoine Baudeau sieur de Somaize sur
[Link]
Les « précieuses ridicules » de Molière. Voir la fiche de lecture sur
[Link]
Voir, aussi, la pièce sur [Link]
Ce qui nous ramène à citer quelques caractéristiques de ce courant :
Passion baroque (exagérée, extravagante et surdimensionnée) ;
Référence à la mythologie grecque (domaine de la nature et de la divinité) ;
Vocabulaire de la divinité, lexique noble, pureté du langage, préciosité des sentiments ;
Stylistique marquée par des jeux sur la sonorité, les rythmes ; création littéraire ; figures de style ;
adjectifs recherchés ;
Langage soutenu/raffiné, néologisme ;
Absence de connotations sexuelles (on ne touche pas, on idolâtre !) ;
Échange de points de vue homme/femme ;
Supériorité de la femme : les précieuses !
Coquetterie, galanterie, raffinement, délicatesse, élégance, mœurs épurées, esprit brillant... tel
était l’univers des précieux (une aristocratie de l’esprit s’appuyant sur un effort intellectuel
d’acquisition d’une culture pour dire de façon singulière, une réalité ordinaire.
Lecture de Molière dans un salon mondain