Grille d'analyse des pratiques musicales
Grille d'analyse des pratiques musicales
Jérôme A. Schumacher
Résumé
Cet article a pour objectif la présentation d’une grille d’analyse des pratiques du professeur
d’instrument de musique. Cet outil, basé sur les concepts des styles didactiques et de la variabilité
didactique répond à la nécessité de mener des recherches in situ. Après un bref survol de la
situation de la recherche sur les pratiques des professeurs d’instrument, nous exposons en détails
les concepts retenus dans la construction de la grille ainsi que les nécessaires adaptations à la
situation particulière de l’enseignement – apprentissage de l’instrument.
INTRODUCTION
Alors que l’analyse des pratiques représente un champ de recherche largement répandu et
diversifié dans l’enseignement scolaire (Bru et Talbot, 2001 ; Bru, 2002 ; Lenoir, 2005),
force est de constater que l’état actuel des connaissances formelles dans le domaine des
conduites1 de l’enseignement instrumental est si pauvre que les institutions chargées de la
formation des professionnels de la musique éprouvent les plus grandes difficultés à définir
un concept clair et univoque du métier (CEFEDEM Rhône-Alpes, 2003). Malgré la
publication de quelques travaux francophones (Lartigot, 1999 ; Cobo-Dorado, 2003, 2004 ;
Thaler Raimbault, 2004) et anglophones (Duke, 2000 ; Mills, 2004 ; Karlsson et Juslin,
1 Dans cet article, analyse des conduites et analyse des pratiques sont à considérer comme synonymes.
Ces deux expressions désignent en effet « une large variété de dispositifs qui ont en commun de
considérer les pratiques à la fois comme sujet de réflexion (à travers leur analyse) et but (conceptualiser
les pratiques pour les améliorer) » (Bru, 2002, p. 66). Depuis la mise en place des IUFM en France le
terme générique d’analyse des pratiques a été retenu ; cependant, comme plusieurs de nos sources
théoriques parlent de conduites, nous avons aussi conservé ce terme.
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2008) portant sur l’analyse des pratiques des professeurs d’instrument, ce qui se passe
derrière la porte du studio de musique, une fois refermée sur elle-même, demeure encore
trop souvent une énigme.
Dès lors, afin d’analyser les conduites spécifiques des professeurs, nous avons opté pour le
développement d’une grille2 calibrée pour l’analyse didactique de séquences
d’enseignement – apprentissage de l’instrument.
Même si l’apprentissage collectif de la musique s’avère être une pratique de plus en plus
répandue (Demange, Hahn et Lartigot, 2007), l’enseignement individualisé de l’instrument,
proche du modèle du préceptorat, demeure encore actuellement la forme pédagogique
privilégiée dans les conservatoires et écoles de musique. Ce modèle dual (professeur –
élève) devrait garantir un suivi adéquat et adapté de la part de l’enseignant. Bloom (1988)
constate d’ailleurs les avantages de cette forme d’enseignement — notamment en termes
d’apprentissages et d’efficacité de l’élève — face au modèle plus classique de
l’enseignement frontal scolaire (le problème des deux sigmas).
Les travaux d’analyse des pratiques enseignantes scolaires représentent un pôle important
de la recherche en sciences de l’éducation (Maubant, Lenoir, Routhier et al., 2005).
Malheureusement, (trop) peu d’écrits sont consacrés à l’analyse des pratiques du professeur
d’instrument de musique dans le cadre de la leçon hebdomadaire traditionnelle. Lartigot
(1999) constate au sujet des cours d’instrument une certaine autarcie pédagogique et
reconnaît les difficultés relatives à leur observation : « un observateur en école de musique,
c’est rare et on sent tout de suite qu’il est inhabituel que cette porte soit franchie pendant
les cours si on n’est pas l’élève ou le professeur » (p. 202). Cet hermétisme est aussi
constaté par le CEFEDEM Rhône-Alpes (2003) qui relève qu’aucun référentiel de
compétences n’est proposé au niveau national et que la description des missions du poste
de professeur d’instrument demeure du ressort des écoles de musique et des conservatoires.
Pourtant, des recherches orientées vers l’analyse des conduites permettraient d’interroger
différemment la profession et offriraient l’opportunité de réfléchir sur ce qui se déroule
réellement dans les studios de musique et non sur la façon dont on aimerait que cela se
passe.
L’analyse des pratiques des professeurs d’instrument de musique apparaît donc comme un
cheminement nécessaire, menant à une réflexion sur la professionnalisation de cette
fonction. En Suisse, ce questionnement est d’autant plus d’actualité puisque le curriculum
de formation des enseignants de musique est depuis peu dispensé à un niveau universitaire
dans les Hautes écoles de musique (Coen, 2007).
Cependant, l’analyse des conduites ne doit pas se faire à n’importe quel prix. Lenoir (2005)
met en évidence les résultats d’une métarecherche portant sur plusieurs travaux nord-
américains (anglophones et francophones) consacrés à l’analyse des pratiques (Wideen,
Mayer-Smith et Moon, 1998). Cette dernière souligne en effet la faiblesse et la fragilité
conceptuelle et méthodologique de la plupart des travaux analysés. Bru (1991), quant à lui,
regrette le manque d’études empiriques permettant de mieux décrire les pratiques mises en
œuvre par les enseignants. Enfin, Bressoux (2001, cité par Maubant, Lenoir et al., 2005),
constate que les questionnaires et les entrevues ne produisent qu’un discours sur la
pratique, mais ne permettent pas de l’observer en tant que telle.
Il apparaît dès lors nécessaire de concevoir des outils conceptuellement fondés et capables
de décrire les conduites des enseignants de musique. Notre travail tend à répondre à ces
exigences dans la mesure où il permet d’observer et d’analyser, sur la base d’un construit
théorique, les conduites des professeurs in situ.
La construction de la grille d’analyse se fonde sur deux concepts : les styles didactiques
(Altet, 1988, 1994, 2005) et la variabilité didactique (Bru, 1991, 1992, 2005). Leur intérêt
réside essentiellement dans la possibilité qu’ils offrent au chercheur d’analyser finement
les phases interactives liées à tout processus d’enseignement – apprentissage. Les styles et
la variabilité didactiques permettent ainsi d’observer in situ les pratiques mises en place par
l’enseignant.
Les styles didactiques (Altet, 1988, 1994, 2005) représentent le premier concept utilisé
dans l’outil. Altet (2005) les définit de la façon suivante :
[Un style didactique] est caractérisé par les choix des modalités didactiques, stratégies,
méthodes mises en œuvre par chaque enseignant. C’est le champ des variables
décisionnelles prises par l’enseignant dans l’organisation de ses actions et des conditions
d’apprentissage. (p. 96)
L’auteure précise que ces styles ne sont pas à considérer comme un état pur et absolu, mais
plutôt comme le reflet dominant d’un mode d’enseignement (Altet, 1988). Les styles
didactiques sont au nombre de six : style expositif, style interrogatif, style incitatif, style
animation, style guide et style mixte-flexible.
Le concept de variabilité didactique (Bru, 1991, 1992, 2005) définit la manière dont
l’enseignant — inconsciemment ou non — met en œuvre des procédures de diversification,
de différenciation ou d’individualisation pédagogique pour faciliter l’apprentissage de ses
élèves. Il découle des compétences professionnelles du maître (Maccario, 2001) et ouvre
un nouveau champ de recherche au niveau des conduites d’enseignement (Bru, 1992).
Les variables de l’action didactique sont regroupées en trois catégories : 1) les variables de
structuration et de mise en œuvre des contenus, qui concernent la sélection et
l’organisation des contenus, l’opérationnalisation des objectifs, le choix des activités
proposées à l’élève ; 2) les variables processuelles, auxquelles se rapportent la répartition
des initiatives (notamment entre enseignants et élèves), les registres de la communication
didactique, les modalités d’évaluation et ; 3) les variables relatives au cadre et au
dispositif, qui concernent l’organisation temporelle, les matériels et supports utilisés.
Bien que la liste puisse encore être augmentée, Bru (1991) considère ces variables de
l’action didactique comme étant représentatives dans la mesure où :
- il est possible d’observer des modalités contrastées pour chacune d’elles (chez des
enseignants différents mais aussi pour le même enseignant) ;
Les variables proposées par Bru (1991) ont dû être modifiées pour s’adapter à la situation
particulière de l’enseignement – apprentissage dual de l’instrument de musique.
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Cette section présente la grille d’analyse ainsi que les adaptations conceptuelles effectuées.
L’outil peut être consulté à l’annexe 1.
Styles didactiques
Le Style didactique fait référence aux modalités stratégiques mises en œuvre par le
professeur dans les séquences d’enseignement – apprentissage. Toute leçon d’instrument
contient deux moments bien distincts : une partie parlée (échanges verbaux entre le
professeur et l’élève) et une partie jouée (lorsque l’élève a recours à son instrument de
musique). Nous sommes d’avis que c’est de la combinaison de ces deux moments qu’il
faut interpréter les conduites de l’enseignant. C’est pourquoi une adaptation des concepts
développés par Altet (2005) a été effectuée dans ce sens. Des modifications ont aussi été
nécessaires compte tenu de la forme duale de l’enseignement de l’instrument. Nous
retenons donc trois styles didactiques observés lors des échanges verbaux et ajoutons deux
styles pour les séquences musicales.
Exemple :
Exemple :
Enseignante Ah oui… et… et est-ce que toutes les notes étaient correctes selon toi ?
Enseignante Par exemple dans ces mesures ? (montre un endroit sur la partition)
Enseignante Non, le do était très bien ! Mais est-ce qu’il n’y avait pas une autre note
avec laquelle tu n’étais pas contente ? … Une qui sonnait un peu moins
bien ?
Enseignante Oui, tout à fait ! Tu as oublié le si bémol dans cette mesure. Est-ce que tu
l’avais entendu ?
Élève Oui…
Dans cette situation, l’enseignante, par un jeu de questions fermées et dirigées (elle indique
même physiquement sur la partition où l’élève doit concentrer sa réflexion et son analyse),
amène l’élève à donner la réponse attendue, et ce, même si cette dernière constate d’autres
difficultés (le passage du la au si par exemple).
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Le style incitatif se définit quant à lui par des situations d’apprentissage interactives,
caractérisées par un questionnement ouvert, garantissant de ce fait une plus grande
autonomie de l’élève dans sa réponse.
Exemple :
Élève Hmm (…) je pense plutôt que c’est des automatismes. Il y a beaucoup
de silences et je veux respirer à chacun alors j’ai trop d’air et je n’arrive
pas à régénérer mon air alors ça fait que je dois lâcher de l’air car j’en ai
trop.
Enseignant Hmm (…) et (…) qu’est-ce que tu pourrais faire pour ne pas avoir ce
problème ?
Dans cette situation, le professeur a laissé l’élève réfléchir sur son problème de gestion de
la respiration. Par un jeu de questions ouvertes et d’incitations, il l’a amené à trouver par
lui-même une solution afin de remédier à cette difficulté.
Dans la phase purement musicale de la leçon (lorsque l’élève joue avec son instrument), les
interventions du professeur peuvent être catégorisées en deux styles didactiques : le style
spectateur – auditeur et le style guide – mentor.
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Le style spectateur – auditeur se caractérise par une observation et une écoute attentives
pendant l’interprétation de l’élève. L’enseignant n’est pas inactif. Bien au contraire, il
récolte un certain nombre d’informations (sonores, musicales, visuelles) qui lui permettront
d’adapter sa conduite ultérieure.
Variabilité didactique
Cinq variables de l’action didactique sont retenues dans cette grille : 1) les activités
proposées à l’élève (composante de la catégorie des variables de structuration et de mise en
œuvre des contenus) ; 2) l’organisation de l’espace (composante de la catégorie des
variables relatives au cadre et au dispositif) ; 3) les matériels et moyens didactiques
(composante de la catégorie des variables relatives au cadre et au dispositif) ; 4) les
registres de la communication didactique (composante de la catégorie des variables
processuelles) ; 5) l’évaluation (composante de la catégorie des variables processuelles).
Pour la variable Activités proposées à l’élève, nous retenons les suivantes : activités à
dominante sensorielle, activités à dominante psychomotrice, activités à dominante
cognitive. Une autre activité, directement adaptée des séquences d’enseignement –
apprentissage de l’instrument de musique que propose Cobo-Dorado (2003, 2004),
complète la liste de celles présentées par Bru (1991) : les activités à dominante expressive.
Reprenons, présentons et discutons chacune de ces dernières.
Les activités à dominante sensorielle concernent toutes les tâches didactiques liées à
l’appropriation sensorielle et physique de l’instrument (travail du positionnement des
doigts sur l’instrument, position du corps...). Elles concernent aussi tous les jeux
sensoriels et les manipulations effectuées sur l’instrument de musique pour en
découvrir les caractéristiques physiques et musicales. Les activités à dominante
sensorielle sont essentiellement orientées vers l’apprenant, son ressenti et ses
impressions sensorielles.
Exemple :
Dans une séquence d’enseignement – apprentissage de clarinette que nous avons
filmée et analysée (Schumacher, 2008), le professeur propose à l’élève une série
d’exercices pour éviter que ses épaules soient constamment surélevées pendant
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qu’il joue. En plaçant tout d’abord ses mains sur les épaules de l’élève pour le
rendre conscient de cette crispation, le professeur encourage ensuite l’élève à
interpréter à nouveau le passage central de la pièce en lui demandant de se
concentrer sur la position de ses épaules et sur sa respiration.
Les activités à dominante cognitive sont orientées vers le savoir musical de l’élève.
Par réflexion et/ou questionnement interactifs, le professeur s’assure des capacités de
l’élève à répondre aux questions ou à réfléchir au sujet d’une situation qui se présente
lors de la leçon de musique.
Exemple :
Un professeur de piano peut s’assurer que la forme Lied est non seulement claire
dans le jeu de son élève, mais aussi dans sa tête en le questionnant au sujet de
cette forme musicale.
Enfin, les activités à dominante expressive sont caractérisées par des moments où les
échangent entre le professeur et l’élève tournent autour d’aspects musicaux et
interprétatifs de l’œuvre. Les activités proposées sont orientées vers le perçu, le rendu
musical.
Exemple :
Lors d’une leçon de clarinette (Schumacher, 2007), le professeur demande à
l’élève ce qu’il peut conclure des indications dynamiques indiquées dans les
différents mouvements d’une pièce de Béla Bartók, Román népi táncok (Danses
populaires roumaines). Ce questionnement au sujet de l’œuvre amène
l’enseignant et l’élève à discuter de l’interprétation de chacune des parties.
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Passé cette zone franche, l’enfant devient élève. L’organisation de l’espace est aussi
évoquée dans les écrits de Malaguzzi (s. d.) qui le considère comme un pédagogue à part
entière (Edwards, Gandini et Forman, 1998 ; Fehse, 2004). Bru (1991) reconnaît lui aussi
l’importance du cadre spatial pour les apprentissages, mais constate que les enseignants
n’en tiennent pas encore suffisamment compte :
Il reste certainement sur ce point beaucoup à inventer car les variations du cadre spatial (…)
peuvent amener le sujet qui apprend, d’une part à appréhender le savoir nouveau selon des
points de vue contrastés et complémentaires et, d’autre part à accéder à une prise de
conscience des divers usages sociaux de la connaissance. (p. 108)
Exemple :
Dans une leçon de clarinette donnée à une élève débutante, l’enseignante travaille le
passage du la au si. L’élève ne garde pas sa main droite arrondie et n’arrive pas à
trouver les touches et les clefs qui permettent d’interpréter cette note. Après avoir
montré sur son instrument la position correcte des doigts de la main droite et
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constatant que l’élève n’arrive toujours pas à adopter la position désirée, l’enseignante
lui propose de manipuler la molette de réglage de la hauteur d’un siège de piano
présent dans la salle de cours. De cette manière, l’élève reproduit approximativement
le même geste que celui demandé à la clarinette.
Le registre abstrait se réfère à un langage imagé et non concret, utilisant les allégories
et les symboles. Dans l’enseignement de la musique, les professeurs recourent souvent
à ce registre, notamment dans le discours sur l’interprétation. Il permet à l’élève de se
faire une représentation mentale plus précise de ce qui est attendu et demandé.
Exemple :
Images visuelles et sensorielles : ton son doit être plus rond, plus chaud. Sois
plus léger dans ce passage. Les triolets doivent s’interpréter de manière moins
scolaire…
Le registre non verbal. Très souvent dans la leçon, l’enseignant interagit avec l’élève
sans parler, mais utilise d’autres canaux tels que la gestuelle, le toucher, le regard, les
grognements, les silences, les postures du corps… Selon plusieurs recherches
(Kenwright, 2007), 55% de la communication passerait par le non-verbal. Comme les
informations distribuées par ce registre sont tout à fait envisageables dans une relation
individuelle maître – élève, et qu’il peut avoir jusqu’à cinq fois plus d’impact que la
communication verbale (Kenwright, 2007), les enseignants l’utilisent souvent. Le
professeur peut ainsi, par exemple, jouer avec son instrument une partie que l’élève
doit répéter, chanter un passage pour corriger l’intonation, diriger l’élève pendant qu’il
interprète une œuvre, pointer du doigt une mesure, inscrire une information sur la
partition…
La dernière variable s’intéresse aux fonctions, aux moyens et aux agents de l’Évaluation.
Les moyens d’évaluation s’intéressent au matériel mis en œuvre par l’enseignant dans
le cadre de l’évaluation. Même si la plupart du temps l’évaluation des productions de
l’élève se concrétise de façon verbale, un professeur pourrait, par exemple, envisager
d’enregistrer son élève et travailler autour de ce matériel sonore ou proposer tout autre
moyen adapté à la situation.
3 « L’évaluation est un acte qui a plus pour fonction d’expliquer que de décrire » (Hadji, 1997, p. 52).
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Une évaluation peut enfin impliquer plusieurs agents : le maître seul (hétéro-
évaluation), l’élève seul (auto-évaluation) ou le maître et l’élève (co-évaluation).
Exemple :
C’est bien ! Tu as bien travaillé à la maison cette semaine ! (hétéroévaluation).
Par rapport à ce que nous avons vu lors du dernier cours : tempo, timbre et
musicalité, dis-moi comment tu as trouvé ton interprétation ? (auto-évaluation).
Tu vas me dire ce que tu as pensé de ton interprétation en te focalisant sur les
aspects du tempo, du timbre et de la musicalité et puis je te dirai à mon tour ce
que j’en ai pensé (co-évaluation).
À ce jour, deux types de validation ont permis de confirmer la stabilité de l’outil. Une
validation diachronique, premièrement, nous a permis de constater que les indicateurs
présents dans la grille permettaient un travail de codage régulier dans le temps.
Deuxièmement, nous avons demandé à des experts de Suisse romande de coder un extrait
filmé par l’entremise de la grille. Dans ce cas, nous avons pu constater une quasi-unanimité
des réponses proposées. La prochaine étape de la validation de la grille sera de calculer
l’indice de correspondance inter-juges Rater Agreement Index (RAI) de Burry-Stock et al.
(1996).
La grille peut être utilisée par plusieurs acteurs (enseignant, chercheur, étudiant,
observateur) et peut connaître plusieurs fonctions :
1. Comme outil d’observation directe, elle permet à un observateur de donner un
feed-back général et tendanciel au travail effectué par l’enseignant.
2. Son utilisation comme moyen médiateur à la réflexivité offre au professeur la
possibilité de réfléchir sur sa façon d’intervenir auprès de l’élève.
3. La grille s’avère aussi être un précieux outil dans la formation des enseignants de
musique (prise en compte de la complexité des conduites).
4. Dans le cadre de l’analyse des pratiques, et couplée à la vidéoscopie, elle permet
un fin niveau d’analyse. En effet, pour Maubant, Lenoir et al. (2005) seule une
récolte filmée des données permet une analyse réelle des conduites
d’enseignement.
56 RECHERCHE EN ÉDUCATION MUSICALE
Pour cette dernière option (analyse des pratiques), la présentation des données peut
s’effectuer de deux façons différentes : tableau ponctuel d’analyse des conduites
(tableau 3) ou graphique récapitulatif en secteurs d’une variable (figure 1).
Le tableau ponctuel d’analyse des conduites effectue une recension de la variabilité et des
styles didactiques pour chaque intervention de l’enseignant. Par un système de coches et de
brèves indications verbales, il permet une vision générale des conduites de l’enseignant
dans le cadre d’une séquence d’enseignement – apprentissage ou d’un épisode issu de cette
dernière.
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St yl es di dac t i ques
E x pos i t i f
St yl es di dac t i ques
I nt er r ogat i f
St yl es di dac t i ques
I nci t at i f
St yl es di dac t i ques
Spect at eur - audi t eur
St yl es di dac t i ques
Gui de - modèl e
Les graphiques en secteurs permettent, quant à eux, une synthèse visuelle et quantitative
pour chaque variable contenue dans la grille.
INTÉRÊT DE L’OUTIL
Ajoutons encore que cet outil s’avère aussi être un puissant vecteur de prise de conscience
et de réflexivité dans le cadre de la formation initiale des professeurs. Nous avons en effet
recours à cette grille pour susciter chez nos étudiants une réflexion quant à leurs conduites
dans le cadre d’un cours sur l’analyse des pratiques.
58 RECHERCHE EN ÉDUCATION MUSICALE
Références bibliographiques
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dossiers des Sciences de l’éducation, 5, 9-34.
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for performance assessment. Educational and Psychological Measurement, 56 (2),
251-262.
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romande. Recherche en éducation musicale, 26, 159-176.
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Symétrie.
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Mills, J. (2004). Working in music: the conservatoire professor. British Journal of Music
Education, 21, 179-198.
au cadre
dispositif
relatives
au cadre
dispositif
relatives
et au
Registre abstrait Æ Langage la plupart du temps imagé et qui sert à transmettre une idée, un
sentiment, une pensée
Registre pédagogique Æ Langage essentiellement utilisé dans la relation Maître – élève, caractérisant
les rôles de chacun
Registre familier Æ Langage utilisé tous les jours, réduisant les distances hiérarchiques
Registre non-verbal Æ Moyen de communication essentiellement basé sur la communication
gestuelle (indication de la pulsation, direction, respiration, postures
physiques…), sonore (chant, sifflement, utilisation de l’instrument à titre
d’exemple), physique (toucher), corporelle (posture du corps)…
Variabilité Évaluation
didactique
Fonction de l’évaluation Æ Contrôle des acquis des élèves
ÆRégulation
processuelles
Variables
parlé
sans interruption
joué
Style guide - modèle Æ Style caractérisé par des situations où le professeur intervient et / ou
guide l’élève pendant l’interprétation