Cours Théorie du Projet 3ème Année L.M.
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Département d’Architecture -Annaba-
SYSTEMES STRUCTURELS: PORTEES. TRAMES
1. Dimensionnement :
Dans tout projet d'architecture, le dimensionnement représente une phase importante pour
donner une forme au bâtiment qui satisfasse à ses exigences fonctionnelles et formelles. Pour
cela, et après le module du temple grec et autres modèles de dimensionnement, l'évolution de
l'industrie du bâtiment a amené les architectes à considérer les dimensions comme un outil
pour la restriction de la production, où le facteur économique est prépondérant.
Une fois que l'industrie relative à la construction eut trouvé sa vitesse de croisière, la
conception architecturale est entrée dans une période où toute dimension donnée à un espace
devait être justifiée. Ernest Neufert, éminent élève de Gropius a cherché à codifier les
dimensions nécessaires pour les fonctions dans les bâtiments. Dans son livre "Les éléments
des projets de construction", il fournit des cotes précises pour la plupart des activités
humaines. Cette vision du dimensionnement dans le cadre de l'évolution du système industriel,
n'a pas empêché d'autres architectes d'avoir des attitudes plus ambitieuses. Viollet-le-Duc ne
conçoit les dimensions qu'en référence à de multiples champs de préoccupations. Pour lui,
toute mise en forme est basée sur les dimensions à donner aux parties du programme afin que
les éléments du projet servent à établir des ordres de grandeur" 1. Ainsi les dimensions
approchées se précisent par les données de la matière. "On voit que les dimensions sont l'effet
d'un très grand nombre de raisonnements qui font intervenir tout ce qui concerne la maison,
depuis son programme, son usage, sa disposition, sa construction, jusqu'au caractère des
matériaux qui la constituent"2.
En opposition avec cette démarche, Le Corbusier propose le "modulor" qui vise à constituer le
dimensionnement en opération autonome. Ce système permet de donner des dimensions aux
éléments du projet et du bâtiment lui-même, sans qu'il faille faire référence aux matériaux, à
leur mise en œuvre ou à l'image prévue de l'architecture. Avec le modulor on n'aura nul besoin
de se référer à la construction, ni même à l'usage. Plus tard M. et C. Duplay proposent la grille
d'inscription modulaire3.
1
- Décrivant la conception d'une maison, Viollet-le-Duc écrit que les proportions doivent être établies par
« certains rapports indiqués par la destination». Par exemple, une salle à-manger doit être plus longue que large
«pour la raison qu'une table augmente en longueur avec le nombre des convives». Il note aussi que la largeur ne
doit pas être trop réduite car «lorsqu'on sort de dîner, les messieurs donnent le bras aux dames». Raisonnant ainsi
la dimension de chaque pièce, en y ajoutant l'épaisseur des murs qui dépendra de leur matériau, Viollet-le-Duc
parvient à donner une forme définitive à la maison. Voir son livre "Histoire d'une maison". Ed. Hetzel, Paris.
2
- Bernard Hamburger, J.C. Paul, Alain Thiebaut "Dimensionnements". p. 53. Ed. Centre d'Études et de Recherches
Architecturales, Paris, 1979.
3
- Duplay C. et M. "Méthode illustrée de création architecturale". Ed. Le Moniteur, Paris, 1982.
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2. Trames:
Les trames renvoient habituellement à la construction ou à l'industrialisation. Une trame est
considérée comme un principe cohérent dans la mise en œuvre constructive du bâtiment ou
une sorte de guide pour le concepteur. C'est cette trame dite constructive qui nous intéresse
puisqu'elle a une influence directe sur le système structurel choisi et la distribution de l'espace
plan. "Elle constitue une division du plan selon une formule régulière assurant une dimension
minimale par fragmentation et propose des unités de surface ou des formes élémentaires
pertinentes ... De plus, étant un procédé de recouvrement du plan selon un motif régulier, elle
permet de se situer tout à la fois au niveau de l'élément et au niveau de l'ensemble" 4.
Trame constructive.
A côté de cette trame constructive appelée aussi trame porteuse assurant la répartition des
charges et la tenue de l'édifice, on peut citer une autre trame qui doit permettre l'adaptation des
formes à leur usage. Cette trame dite d'aménagement ou fonctionnelle supporte l'organisation
et l'utilisation de l'espace. Ces deux trames, parfois se confondent et rarement se distinguent:
"Les trames porteuses et d'aménagement relèvent du produit de la conception. Quelquefois, la
différenciation ou même la distinction de ces types de trame ne s'avère pas pertinente"5.
4
- Jean Zeitoun "Trames planes". p. 49. Ed. Dunod, Paris, 1977.
5
- Jean Zeitoun. p. 59. op. cit.
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La production du logement exploite la trame dite constructive.
Dans le contexte d'une société industrialisée, c'est à dire dans la perspective d'une
construction des bâtiments à l'aide de composants standardisés, cette notion de trame qui
règle ou guide l'architecte, impose une régularisation linéaire. Vu sous l'angle constructif ou
esthétique, cette régularité peut se confondre avec le module constructif et ainsi la monotonie
s'installe dans l'édifice pouvant contraindre la division rationnelle des espaces. L'exemple d'un
plancher à caissons est révélateur dans la mesure où la trame peut constituer un obstacle
physique pour disposer d'un espace libre de colonnes:
3. Système structural:
On a vu que le choix du système n'est pas un fait hasardeux et que le choix du matériau n'est
pas effectué a priori. En premier lieu a démarche, consiste à étudier le projet, à définir sa
forme, sa fonction, à cerner les problèmes particuliers. Puis, à choisir le matériau de
construction le mieux adapté et le système de structure remplissant la fonction de l'édifice tout
en tenant compte du facteur économique.
Dans toute construction, y compris les hôpitaux, l'organisation des locaux et la distribution de
l'espace jouent un rôle déterminant pour le choix des matériaux et de ce fait découle le type de
structure. En effet, la forme et les dimensions des ouvrages dépendent de leur utilisation future,
doivent satisfaire les usagers et remplir les exigences du cahier des charges. Il faut en
particulier savoir si la destination immédiate des locaux est définitive, si des modifications sont
susceptibles d'être apportées dans la distribution des espaces intérieurs. La flexibilité dans
l'organisation des locaux joue aujourd'hui un rôle prépondérant dans le choix des matériaux du
système porteur. Cette flexibilité est étant plus importante dans le cas des hôpitaux puisque
c'est dans ces établissements qu'on est censé disposer plus de liberté de réaménagement des
espaces selon les conditions de travail. Dans les hôpitaux, on est souvent amené à ajouter des
murs de séparation ou à les démolir pour changer le type des chambres de malades et dans ce
cas, prévoir des murs intérieurs porteurs de séparation est inconcevable. D'autres facteurs, tels
que l'exigence de durabilité lors des sinistres, le type de montage, l'origine des matériaux,
l'implantation dans l'environnement, les problèmes esthétiques jouent leurs rôles dans le choix
de la structure.
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Ainsi, à titre d'exemples, les structures métalliques conviennent bien pour des formes
géométriques composées essentiellement d'éléments rectilignes. Le bois s'accorde des même
formes que l'acier, toutefois des critères économiques limitent son utilisation à des portées plus
faibles que celles de l'acier. Le béton armé possède un champ d'application plus vaste. Sa
grande maniabilité permet la réalisation de constructions complexes contrairement à l'acier ou
au bois; le béton armé est un matériau permettant de réaliser des constructions monolithiques
capables de porter dans une direction (poutre), deux directions (dalle) ou trois directions (voile).
Exigences dans l'occupation des locaux et répercussions sur le système porteur.
En ce qui concerne les grandes portées, il est difficile définir à partir de quelle limite inférieure
on qualifie une portée comme telle? C'est la relation entre la charge et la portée qui constitue
un critère valable: un pont de 30 m ne constitue pas une grande portée, alors que c'en est une
pour le bâtiment. De plus, actuellement, il est facile d'atteindre des portées énormes avec
absolument tous les matériaux. Cependant, la mise en œuvre peut influencer ce choix, puisque
dans les constructions, le problème de retombée des poutres en béton armé des grandes
portées ne peut se résoudre qu'en utilisant des éléments métalliques ou de la précontrainte
mais avec la nécessité de corriger la courbure afin d'avoir une planéité parfaite. Le
dégagement des espaces dans les structures portiques peut déterminer les emplacements des
poteaux (colonnes) et leurs types. Plus loin, nous verrons l'influence du choix du système
porteur sur la typologie des hôpitaux.
Il faut ajouter à cela d'autres critères importants influençant le choix, parmi lesquels: la durée
de vie prévue de la structure y compris sa résistance au feu, le type de montage et les
conditions dans lesquelles il se fait, l'origine des matériaux et les conditions climatiques, le coût
lié à la conjoncture et qui peut jouer un rôle prépondérant dans l'aspect du bâtiment.
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4. Dimension et proportion:
Comme nous l'avons vu, la considération de l'usage n'est pas sans influencer la formation
spatiale (donc structurelle) dont elle dépend. Ceci nous ramène au débat sur le caractère
dimensionnel de l'espace et à la définition de la portée et de la travée de la structure primaire.
Ces dernières sont conditionnées par le matériau qui induit certaines limites dimensionnelles,
et par la géométrie qui sous-tend l'ordre structurel d'un espace qui doit répondre à sa vocation
première. L'espace ainsi conçu doit permettre le déroulement de l'activité sans entrave à son
exercice (accès, lumière, confort, etc.). Il est évident que c'est une des premières conditions de
notre tâche que de satisfaire vocation et usage de l'espace. Mais vouloir standardiser l'activité
humaine dans une fonction irréductible est dépourvu de sens. Offrir des lieux pour le bon
déroulement d'une activité ne veut pas dire réduire cet usage à son strict minimum.
Pour dimensionner un espace (travée/portée), la réflexion doit provenir de l'étude approfondie
de l'usage, non seulement dans son sens strict, mais aussi dans ses «prolongements», ses
dérivés et ses transgressions.
Dimensionner un espace est savoir mesurer sa complexe destinée. Le dimensionnement ne
ressort donc pas d'un parti pris, fût-il prescrit par un règlement ou une loi, mais d'une longue
étude du comportement des hommes entre eux et leur environnement. Avant d'être une
question technique, le dimensionnement est une question culturelle. Au caractère dimensionnel
de l'espace (le choix de la portée et de la travée) correspondent ses qualités proportionnelles:
le rapport défini entre les trois dimensions de l'espace et celui entre les éléments structurels qui
le définissent.
Le caractère proportionnel de l'espace contribue à sa définition et à son autonomie. Un espace,
mal proportionné dans la longueur par rapport à sa largeur, peut entraîner une subdivision qui
ne serait pas souhaitée. S'il n'est pas recherché, l'effet «tunnel» peut être mal ressenti.
5. Structure et l'espace de mouvement:
La formation de l'espace de mouvement est induite par le principe d'identité entre la définition
spatiale et la structure primaire. Poser la question de l'espace de mouvement en termes de
hiérarchie spatiale ouvre d'autres perspectives que les précieuses considérations initiées par
les caractères distributifs offerts par la modernité.
Le concept de distribution, tel que nous l'entendons actuellement, a son origine dans
l'amélioration de la commodité des espaces: les rendre plus autonomes pour en assurer le
caractère privatif. C'est à la Renaissance, que ce concept prend- forme afin d'éviter que
«toutes les occupations domestiques et individuelles se déroulassent dans le même cadre ».
La galerie distributive intérieure fait son apparition en Angleterre et modifiera profondément le
type de communication spatiale en enfilade (figure). Elle séduira la noblesse française des
XVIIe et XVIIIe siècles. Toutefois, l'enfilade ne disparaîtra pas entièrement, vu la théâtralité des
rapports sociaux qu'elle permet. Il n'est pas étonnant que ce soit le monde anglo-saxon qui ait
développé ce concept de la galerie distributive. Il offre une grande individualisation de la
pratique spatiale.
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Très imprégnées de la Réforme, ces sociétés du Nord de l'Europe se sont construites sur la
notion d'individu et de sa relative solitude face aux responsabilités qu'il exerce dans le monde.
Ceci différemment du monde latin, encore sous l'emprise d'un certain holisme où chaque
individu fait partie d'abord d'un tout social. Les espaces distribués en enfilade ressortent d'une
organisation sociale, même fortement hiérarchisée, où le collectif joue un rôle prédominant.
Chaque espace est contrôlé par d'autres espaces (figure).
Robert Adam, Luton Park House, Bedfordshire, UK, 1767-75, le hall d'accueil et la
distribution des espaces par la galerie.
Le Vau, plan du château de Vaux-le-Vicomte, France, 1656-1660, la distribution des
espaces en enfilade.
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6. Forme et matière:
Par «forme» matérielle nous entendons la géométrie de l'enveloppe volumétrique d'un élément
en vue de le rendre productible, résistant, manipulable et assemblable pour servir et réjouir
l'homme.
La construction -notamment la structure porteuse dans son interaction avec l’espace,
l’enveloppe spatiale, les ouvertures et la lumière - est le premier moyen pour la concrétisation
d’une idée qui, elle, appartient au domaine de l’art.
7. Les matériaux ont leurs désirs:
Il suffit de connaître les capacités physiques et économiques des matériaux pour construire en
entrepreneur. Pour l'architecte, ce genre de performance est peu satisfaisante. La forme et
l'espace de l'architecture se qualifient par le caractère des matériaux et les traces de leur mise
en œuvre. La lumière en est le complice. Le résultat est «une ambiance»; c'est exactement ce
terme d'«ambiance» qu'il convient d'utiliser ici, terme précieux n'ayant guère d'équivalent chez
les Anglo-Saxons, qui sont ainsi obligés d'utiliser ce mot étranger pour parler du caractère d'un
lieu. Dans la définition d'un lieu, les formes jouent enfin leur rôle par l'intermédiaire de la
matière. Lorsqu'on la caresse des mains ou des yeux, elle se révèle fragile ou résistante,
tendre ou dure, froide ou tempérée. Selon son traitement de surface, la même matière sera
lisse ou rugueuse, mate, satinée ou brillante. Le polissage est ce qui met en valeur sa structure
interne en la dénudant.
L'examen de la dimension affective conférée à la pierre, au béton, au bois, au métal ou au tissu
laisse entrevoir que les connotations évoluent avec la technologie et la culture. Elles
outrepassent parfois leur rôle constructif immédiat.
La pierre taillée, extraite avec science de son lit, puis soigneusement travaillée et jointoyée,
offre l’assurance de sa pérennité en échange de la sueur de l'homme. Polie, elle peut devenir
revêtement en exaltant ses veines et ses couleurs. Plus résistant que molasse des cathédrales
helvétiques, moins que le marbre d'Athènes, le béton est devenu la «roche» des bâtisseurs du
XXe siècle. Le moule est facile à construire; il est même réutilisable! Armé, bien dosé, vibré et
protégé, le béton n'a guère de limite.
Le bois, plus tendre, plus facile à travailler comme matériau de structure et de revêtement,
accepte même la traction; il n'a pas joui en tout temps de la considération qu'il connaît
aujourd'hui.
Louis Kahn disait: «Si tu demandes à une brique ce qu'elle veut être, elle te dira: une
voûte. Parfois tu demandes au béton d'aider la brique et la brique est très heureuse»