C’est dans ce cadre que Charreaux affirme que : « Selon l’OCDE la gouvernance d’entreprise
va ainsi au-delà d’une vision trop étroite, exclusivement centrée sur les moyens permettant aux
« financeurs » d’assurer leur retour sur investissement. Despax indique ainsi que les relations
entre le chef d’entreprise et son personnel ne sont plus caractérisées par la constante suprématie
de l’intérêt personnel de l’entrepreneur sur l’intérêt des travailleurs mais qu’il faut composer à
l’heure actuelle avec les intérêts des travailleurs (Despax, 1957, p.219).
Désormais, le salarié est un stakeholder (en dernier lieu : Freeman et al, 2007) et ne peut plus
être réduit à celui qui échange sa force de travail contre une rémunération. Au contraire, il doit
être appréhendé comme un apporteur d’une prestation de travail élevée au rang de « capital
humain ». En 1976, l’OCDE avait déjà invité les entreprises à fournir aux représentants de leurs
salariés les moyens pour faciliter la mise au point de conventions collectives). L’ambition d’une
bonne gouvernance sous l’appellation de « gouvernance partenariale » s’affiche de plus en plus
autour de l’objectif d’une prise en compte de l’ensemble des parties prenantes. Le personnel
non dirigeant de l’entreprise est considéré par l’OCDE comme l’une de ces parties prenantes,
celui-ci devant se voir reconnaître un droit de regard sur la conduite des affaires sociales
(OCDE, 1999) . A l’instar de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et du Bureau
International du Travail (BIT), l’OCDE se montre attachée aux notions d’information et de
concertation. Un rapport de l’OCDE concernant les pratiques de gouvernance de 32 pays et
publié en 2003 montre que 18 pays accordent au minimum aux employés le droit de choisir les
membres du conseil d’administration, de rémunérer les travaux des conseils et de participer au
processus de prise de décision (OCDE, 2003, p.237).
Ainsi avec la RSE se pose le problème crucial de la construction des rapports de force entre ces
différentes parties prenantes, de leur mobilisation en tant que contre-pouvoirs et de la
construction d’espaces de négociation.
PARTIE IV- COMMENT SE MANIFESTE LA RSE?
Le contenu de la RSE est saisi suivant une pluralité de niveaux, celle de réflexion (technique)
sur ce que recouvre concrètement, réellement et objectivement la RSE, celle de décision
(politique) et celle de régulation. Ces niveaux sont interdépendants.
4.1. La dimension technique
Cette dimension permet une définition (du modèle) et suivi des objectifs, avec une
préoccupation additionnelle, celle des impacts des décisions et actions de RSE et de leur
mesure. (Théorisé par Caroll (197953), et approfondi par Wood (1991), Swanson (1995) etc.).
Il s'agit ici de la technique à mettre en œuvre pour concevoir et rendre opérationnel la stratégie
attendu par les parties prenantes. La RSE s’offre comme un moyen de penser l’environnement
sociopolitique de l’entreprise au-delà des aspects purement économiques et commerciaux54.
Les managers et les dirigeants tendent à penser leur activité comme la gestion de multiples
relations avec des groupes internes, externes et prennent des mesures en ce sens. Ces mesures
peuvent constituer un fondement technique pour la conception d’un cadre regulatoire adéquat
ayant comme finalité́ l’atténuation des impacts négatifs relevant des activités sociales.
53
Caroll (1979) tente ainsi une définition synthétique de la RSE intégrant quatre niveaux de responsabilités
sociales organisées de façon hiérarchique : à la base, la rentabilité; suivie du respect des lois, puis des normes
éthiques, la dernière responsabilité au sommet de la hiérarchie étant discrétionnaire.
54
A.-[Link], management strategique : organisation et politique , McGraw-Hill, 1984.
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
23
4.1.1. Penser le modèle de responsabilité sociétale
La RSE s’offre comme un moyen de penser l’environnement sociopolitique de l’entreprise au-
delà des aspects purement économiques et commerciaux55. Les managers et les dirigeants
tendent à penser leur activité comme la gestion de multiples relations avec des groupes internes
et externes.
A quoi voit-on que « ça change » socialement, économiquement, ect pour une entreprise qui
anticipe, qui apprend à devenir socialement responsable et qui donc fait attention aux impacts
de ses décisions? Où même regarder? Telles sont les préoccupations qui les taraudent des lors
qu’ils inscrivent leur gestion dans la perspective de management à trois préoccupations
simultanées: utilitaire, sociale et environnementale. Des préoccupations légitimes pour des
femmes et des hommes d'action soucieux de lier leurs activités à des transformations concrètes.
Le développement de nouveaux concepts, comme le principe de précaution en droit de
l’environnement ou encore de l’obligation de sécurité de résultat56 en matière de droit du travail
forcent les professionnels du droit à s’introduire sur le marché de la responsabilité sociale
d'entreprise. La jurisprudence tend à devenir de plus en plus sévère quant à l’application de ces
notions57 et oblige ipso facto et de jure à prendre conscience de ces enjeux58. Il est essentiel de
penser les modèles de gouvernance d’entreprise articulées a la RSE.
Il s’agit de concevoir et piloter un processus d’élargissement des finalités de l’entreprise.
Donner du sens. L’entreprise doit gérer des contradictions et chercher à faire des compromis.
Il s’agit de mettre en équilibre les « droits » et les « responsabilités » des acteurs et les moyens
les plus efficaces pour introduire la notion de la responsabilité individuelle et collective auprès
des instances de gouvernance. Elle est donc stratégique et appelle à adopter une certaine
conception de l’entreprise. L’idée de RSE adoptée se construit et devra se refléter dans les
comportements des managers et des autres parties prenantes et surtout au niveau des valeurs
incarnées.
C’est précisément l’importance nouvelle de ces relations dans l’entreprise qui amène à repenser
les systèmes de management, le pilotage de l'action collective au sein de l’entreprise. C’est à
partir du système de management qu’il faut principalement penser la gouvernance d’entreprise.
Pour penser les relations, on ne peut que penser à partir des réalités sociales, que l’on peut
interroger la réalité des besoins (de la société, des associés, des salariés, des clients, , etc.) que
l’on prétend satisfaire, que l’on peut esquisser des alternatives. On notera que le modèle
actionnarial de gouvernance basée sur la valeur actionnariale, hiérarchisant fortement ses
parties prenantes en accordant aux actionnaires un statut privilégié, s'impose quasiment dans
55
A.-[Link], management strategique : organisation et politique , McGraw-Hill, 1984.
56
Cass. soc., 3 févr. 2010, n° 08-44.019, Margotin c/ Sté Stratorg et Cass. soc., 3 févr. 2010, n° 08-40.144,
Vigoureux c/ Sté Les Hôtels de Paris où les juges considèrent qu’en matière de harcèlement, il faut
automatiquement licencier le salarié coupable peu importe que l’entreprise ait pris des mesures pour tenter de
mettre fin à de tels actes.
57
la reconnaissance en France d’un préjudice d’anxiété par la Cour de cassation Cass. soc., 11 mai 2010.
58
A titre d’exemple, en matière de maladie du travail, la Cour de cassation a condamné un employeur qui « aurait
du avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié » - Cass. Soc. 11 Avr. 2002, n°00-16.535
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
24
les sociétés commerciales. Pour autant, l’appropriation de la RSE peut exiger le recours à
d’autres formes de gouvernance.
- La gouvernance des entreprises publiques. La loi du marché (main invisibles) gouverne
l’entreprise privée, alors que celle de l’État gouverne l’entreprise publique. D’un point de vue
économique, le secteur public se définit par opposition au secteur privé pour pallier les
imperfections du marché. Par conséquent, leurs méthodes de management ne peuvent être les
mêmes : optimisation du flux financier généré à long terme pour l’entreprise privé, contribution
aux grands objectifs nationaux pour l’entreprise publique (PSE). Stratégie concurrentielle avec
une maitrise du portefeuille d’activités pour l’entreprise privée, une stratégie « relationnelle »
qui permet une négociation avec l’appareil politico-administratif pour l’entreprise publique.
Penser au modèle permettra d'opter pour le mode de management le plus adéquat dans la
situation de l’entreprise.
4.1.2. Outil de performance
Le changement n'est pas seulement une affaire pour les autres appelés aussi parties prenantes.
En développant ou en cherchant à développer des impacts dans les situations concrètes que
vivent des populations et autres parties prenantes, quels impacts l’entreprise a-t-elle développé
sur elle-même et, du même coup, sur ses agents (côté intérieur-associes, dirigeant-salariés) ou
sur son environnement ou ancrage institutionnel (côté extérieur)?
L’investissement des entreprises dans des actions de RSE est-il économiquement et
financièrement rationnel ? une stricte focalisation sur la production, n’est-elle pas mieux à
même de servir la société à long terme ? comme des dirigeants (Henry FORD) avaient eu à le
suggérer. Dans quelle mesure la prise en compte des demandes de parties prenantes plus ou
moins distantes d’une entreprise contribue-t-elle à améliorer sa performance ? il a été démontré
que la gestion des parties prenantes a des conséquences sur ce que les Anglo-saxons nomment
les « 3P » : People, Planet, Profit. La RSE mise en acte permet à l’entreprise de s’améliorer sur
trois dimensions : économique, sociale-sociétale et environnementale.
La performance (Verbe « to perform » issu du vieux français « parformer » ACCOMPLIR ) est
une notion couramment utilisée dans le domaine de la vie des affaires. Le Larousse la définit
comme « résultat obtenu dans l’exécution d’une tache » Résultat ; « manière dont s’est
comporté quelqu’un ou quelque chose »-manière ; « réussite remarquable, exploit isolé » .
Cependant, il demeure difficile d’en donner une définition simple du fait de ses multiples
dimensions.
Les facteurs nécessaires à la réalisation de cette performance sont entre autres, la prise en
compte de la responsabilité sociale de l’entreprise59. Il s’agit ici de mettre en œuvre une «
vision opportuniste »60 de la RSE, dès lors qu’elle est perçue par l’entreprise comme un levier
d’ouverture et de communication : « La RSE est un levier de performance opportuniste, elle
passe par des stratégies de communication et par une modification des rapports aux parties
prenantes ».
59
Saulquin Jean-Yves, Schier Guillaume. Responsabilité sociale des entreprises et performance. Complémentarité
ou substituabilité ? La Revue des Sciences de Gestion, 2007/1 n°223, p. 57-65.
60
Saulquin Jean-Yves, Schier Guillaume. Responsabilité sociale des entreprises et performance. Complémentarité
ou substituabilité ? La Revue des Sciences de Gestion, 2007/1 n°223, p. 57-65.
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
25
La performance globale de l’entreprise doit s’appuyer sur une gouvernance capable de
conjuguer les intérêts parfois contradictoires de ses parties prenantes pour proposer une vision
stratégique partagée, en particulier instaurer une confiance durable entre la direction de
l’entreprise, ses salariés et ses actionnaires. Le salarié devra être loyal envers son entreprise, en
cherchant le bien de celle-ci, notamment par ce qui est appelé sa conscience professionnelle, en
en présentant une image positive, en ne révélant pas son savoir-faire, etc. En accédant au capital
social (attribution gratuite d’action) le salarié accède au statut d’actionnaire et bénéficie ainsi
des droits et devoirs financiers attachés à ce statut. Il peut néanmoins participer aux assemblées
(article 537 de l’AUSCGIE) ou encore au conseil d’administration (article 455 de l’AUSCGIE)
si dans ce dernier cas, le président du conseil l’y a convié. Ces droits d’opposition et le pouvoir
de contrôle dans une société en difficulté sont prévus en droit OHADA.
F Relation avec les employés (salarié et top manager)
D’une vision qui privilégie la création de valeur pour le seul actionnaire, on s’oriente avec la
RSE vers la valorisation de la Valeur partenariale, qui tend à la création de valeur pour d’autres
partenaires de l’entreprise que l’actionnaire, et tout d’abord le salarié.
On l’a dit, la vision «classique» de la gouvernance d’entreprise se réduit à la gestion de la
relation entre l’actionnaire et le top manager. Centrée sur la notion de Shareholder Value, elle
omet d’inclure dans son analyse les autres parties prenantes de l’entreprise (Stakeholder Value).
Cette vision, quelque peu conservatrice, emprunte au Prix Nobel d’économie Milton Friedman
l’idée selon laquelle la seule responsabilité de l’entreprise et de ses dirigeants est d’agir dans
l’intérêt de l’Actionnaire et donc de veiller à la maximisation de son profit. Cela pose en soi
un problème moral. L’entreprise étant imbriquée dans le système social, il paraît en effet pour
le moins réaliste d’étendre le modèle de la gouvernance d’entreprise à l’ensemble. L’exemple
de la (trop) haute rémunération des salaires le démontre: au-delà de la question morale que pose
à l’actionnaire le salaire d’un top manager qui n’a pas su préserver des résultats en phase avec
ses attentes légitimes, se pose de toute manière la question morale de l’écart avec le salaire du
collaborateur le moins bien payé. Ici, l’enjeu éthique réside dans la fixation d’un salaire qui,
bien que mérité, ne paraisse pas si inéquitable du point de vue de la base.
L’éthique des dirigeants sont encourageantes et positives pour le bien-être et le bon
fonctionnement de l’ensemble de l’organisation: plus grande productivité, loyauté des
employés, attractivité de l’entreprise sur le marché du travail, faible turnover, etc. L’idée que
la prise en compte des intérêts des salariés, ne se limite pas à la seule valorisation de la
rémunération, mais suppose de reconsidérer les conditions de travail et de participation aux
décisions.
Le système doit être adapté à la situation économique de l’entreprise et répondre à ses
besoins et à sa complexité. Il intègre alors la poursuite de l’intérêt social qui sera présentée. Le
débat sur la gouvernance des entreprises repose sur l’hypothèse suivante : parce qu’ils sont
capables de s’affranchir des différents mécanismes mis en place pour les contrôler, les
dirigeants d’entreprises sont en mesure de s’attribuer des rentes au détriment des actionnaires
et des autres partenaires de l’entreprise61.
61
Bancel Franck, La gouvernance des entreprises, Economica Paris, Gestion Poche, 1997.
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
26
Cette hypothèse se décompose en trois sous hypothèses suivantes :
F la politique de rémunération influence significativement la performance sociale de
l’entreprise,
F l’existence d’un comité d’audit influence significativement la performance sociale de
l’entreprise,
F la connaissance des droits des actionnaires influence significativement la performance
commerciale de l’entreprise.
Ainsi sur cette base et pour comprendre les mécanismes de gouvernance en vigueur dans les
entreprises, on peut s’interroger sur certains points inspires des travaux de L. Amir (2007) :
• fournit une discussion générale sur le fonctionnement du conseil d'administration. Il traite
les sujets de l'indépendance du conseil, ses activités, sa composition, la formation des
administrateurs.
• le processus d’audit : étudier l'efficacité du comité d'audit en raison de sa pertinence pour
la fiabilité du rapport financier, ses activités, la publication d’un rapport…
• la structure de propriété : il s’agit de comprendre la composition de l’actionnariat et son
influence sur la direction de l’entreprise d’une part, et les interactions qui peuvent exister
entre les filiales et d’autres entités liées, d’autre part.
• la politique de rémunération : cette section se concentre en particulier sur la rémunération
du dirigeant.
• les droits et l’information des actionnaires : ce thème d’évaluation comprend d’une part,
les droits des actionnaires et la divulgation des informations sur le gouvernement
d’entreprise, d’autre part. Ceci, afin que les actionnaires et les créanciers puissent être
informés de la situation financière de l’entreprise.
[Link] politique
Cela ne va pas de soi de concevoir des stratégies ou de mettre en œuvre des politiques RSE.
Elle interroge la dimension politique de l’entreprise, c’est-à-dire les rapports de pouvoir qu’elle
institue et auxquels elle participe. Les décisions se prennent en fonction de la position
hiérarchique de chacun au sein de l'entreprise. Le risque comme cela a été soulevé à l’occasion
des discussions62 autour du projet de la Loi Pacte63 « serait de maintenir la situation antérieure
pervertie par la contradiction entre une gouvernance légalement conçue comme purement
actionnariale d’un côté, et la montée des enjeux environnementaux et sociétaux de l’autre, qui
exige et exigera de plus en plus de la part du dirigeant, un pilotage axé sur la performance
globale (économique, sociétale et environnementale).
4.2.1. La prise de décisions courantes impactant à différents niveaux.
L'idée est de responsabiliser davantage les individus vers un objectif global commun.
62
[Link] 9
63
La LOI PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises ; n° 2019-486) entend
définir une nouvelle vision de l’entreprise, en interrogeant pour cela son rôle et ses missions
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
27
Le défi consiste en la maitrise des impacts64 des décisions et activités sociales stratégiques de
l’entreprise et leurs gestions intégrées. Seulement il faut noter que Les impacts sont donc des
construits subjectifs ou intersubjectifs (partagés conventionnellement65 entre différents
groupes) A ce propos, il faut faire la distinction entre deux sortes d'impacts, ceux que
l’entreprise voit avec ces propres critères d’évaluation propre avec extérieurs aux sociétés (les
parties prenantes) d'une part et, d'autre part, ceux que les parties prenantes qui y vivent voient
avec leurs propres critères. Ce ne sont pas forcément les mêmes impacts, loin de là. Ainsi, les
impacts considérés avec les yeux des parties prenantes peuvent éventuellement révéler un
monde totalement différent de celui des entreprises. Les impacts ne s'imposent donc pas d'eux-
mêmes mais seulement à la suite d'une démarche de construction par un sujet pensant
(généralement les dirigeants, le Conseil d’administration y compris) tirant des conclusions à
partir des effets qu'il attribue à une action quelconque. C'est pourquoi les impacts sont toujours
matière à discussion: non seulement ils résultent de choix plus ou moins délibérés (l'un pondère
ceci, l'autre néglige cela) mais ils sont aussi une question de perception (l'un voit ceci tandis
qu'au même endroit l'autre souligne cela).
F Forte influence des actionnaires et top manager
L’influence de l’intention stratégique des associés66, du Conseil d’administration et des
dirigeants d’entreprise sur les performances est très forte. Une bonne partie du droit des
sociétés tend à protéger les associés, appelés actions dans les sociétés de capitaux. Ces acteurs
sont considérés comme la pierre angulaire pouvant influencer les orientations stratégiques de
l’entreprise. Ils ont un droit d'intervention dans les affaires sociales- le droit pour l’associé de
demander des comptes aux dirigeants sociaux et de contribuer à la définition des objectifs de la
société tout associé a le droit de participer et de voter aux décisions collectives. L’objectif de
faire du profit en augmentant la valeur des actions qu’il détient et en récoltant des dividendes
constitue l’intérêt principal de l’actionnaire. Son droit d’être payé en retour est moralement
incontestable, dès lors qu’il renonce à disposer d’une partie de son capital. Ce droit est d’autant
plus légitime qu’il compense aussi le risque pris en investissant. Ainsi, même si sont les
préoccupations, attentes des catégories de parties prenantes qui a priori seront plus
particulièrement favorisés, ce serait toutefois une erreur de négliger pour autant la position des
associes-actionnaires qui, d'une manière ou d'une autre, jouent un rôle déterminant sur la
répartition et la profondeur des impacts des activités de développement.
Le rééquilibrage des pouvoirs au sein de l’entreprise est encadré par le droit des sociétés, en
protégeant les droits des actionnaires, comme l’instrument d’un capitalisme cynique. De ce
64
Le programme "MEANS" (1999) définit ainsi le concept d'impact: il s'agit "des conséquences qui résultent des
interactions directes et immédiates du programme avec ses destinataires". Pour la DG Budget de la Commission
européenne, le concept prend une allure différente: il s'agit d'un "terme général utilisé pour décrire les effets d’une
intervention sur la société. L’impact peut être aussi bien positif que négatif, prévu ou imprévu. Les impacts initiaux
sont appelés résultats (results), alors que les impacts de long terme sont appelés effets (outcomes)". [Link]
propose pour l'organisation OXFAM une définition différente: les impacts seraient "des changements significatifs
positifs ou négatifs, attendus ou inattendus, dans la vie des gens apportés par une action ou une série d’actions
(son appréciation se faisant par l’analyse systématique des changements ultimes ou significatifs)". Pour la Banque
Mondiale, l’évaluation d’impact serait une évaluation sur le long terme qui dure 2 ans et qui se révèle coûteuse.
Dans ce cadre, les impacts désigneraient des "effets, positifs ou négatifs, voulus ou non, d’une activité de
développement donnée, par exemple un programme ou un projet, sur les individus, les ménages, les institutions et
l’environnement". (sur les impacts, voir la brillante etude, du Réseau Enda GRAF Sahel, Changement Politique et
Social. Éléments pour la pensée et l'action, 2004).
65« Conventionnellement » au sens de Dan Sperber & Deirdre Wilson (1996) Fodor’s Frame Problem and
Relevance Theory: reply to Chiappe & Kukla. Behavioral and Brain Sciences 19(3) 530-532.
66
Terme emprunté à Mathé, J-C. and V. CHAGUÉ (1999). L'intention stratégique et les divers types de
performance de l'entreprise, Revue Française de Gestion: 39-49.
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
28
point de vue, pour être légitime, la RSE ne peut échapper à une logique de rentabilité. Or, d’un
point de vue actionnarial, le dossier peut ne pas être pleinement convaincant.
Le ressort sur lequel repose l’activité entrepreneuriale, l’exercice de la liberté d’entreprendre
procède par essence du risque67. Or, la notion de risque évoque certes le danger, mais elle est
également porteuse de valeurs positives, exaltées par la récompense du risque que constituent
les profits »68. Le profit est ce qui revient aux actionnaires d’une entreprise après toutes les
dépenses, intérêts et impôts. Il ne doit pas créer des déséquilibres dans l'entreprise où doit régner
un climat social harmonieux ; les tensions sociales ayant de mauvaises répercussions sur la
rentabilité de l'entreprise69. Il peut servir à réinvestir dans l’entreprise pour améliorer les profits
futurs ou à verser des dividendes. La valeur d’une entreprise repose essentiellement sur les
profits ; sans eux l’entreprise ne vaut que la valeur liquidative de ses actifs. Ce profit n’est pas
incompatible avec le bien des parties prenantes. Il ne peut exister, dans un marché concurrentiel,
que si les producteurs satisfont leurs consommateurs.
Par ailleurs, dans les formes sociétaires dans lesquelles les associés disparaissent derrière
les capitaux qu’ils mettent à la disposition de la société70, la protection du capital social et du
patrimoine de la société constitue une priorité. Elle semble rejoindre ainsi le principe de
précaution (en analyse financière) qui suppose qu'un besoin de financement ne peut être satisfait
qu'avec des ressources stables et dont l'échéance est au moins aussi longue que la durée du
besoin à financer71. C'est en ce sens que le capital social apparaît comme un véritable outil au
service du financement de la société. Ainsi, les immobilisations acquises par une société par
apport en nature, en numéraire d'un associé, ont vocation à perdurer au cours de plusieurs
exercices ; ce qui permet à la société d'avoir des ressources stables sur lesquelles elle pourra se
baser pour son fonctionnement72. Il convient dès lors de noter que le dirigeant social se doit de
gérer, de mettre en œuvre avec diligence et loyauté le plan de financement élaboré par les
associés et qui est censé être adapté aux besoins de la société afin d'utiliser, au mieux des intérêts
de cette dernière, le capital comme ressource.
67
Koh, 1996; Cromie, O’Donoghue, 1992; Chell et al., 1991; Caird, 1991; Cunningham, Lischeron, 1991.
68 Isabelle Tricot-Chamard, Christophe Estay, Quand la responsabilité juridique vient enrichir la responsabilité
sociale des entreprises, in Gestion 2000 2011/5 (Volume 28), pages 83 à 100
69
Les dirigeants sociaux sont malheureusement souvent impuissants car l'entreprise est une caisse de résonnance
de notre société : quand l'environnement va mal, cela se répercute sur l’entreprise.
70
Cette mise en commun d'apports est primordiale et n'est pas sans conséquence sur la société dont elle permet
l'organisation et fonde aussi l'existence de certains principes du droit des sociétés commerciales notamment celui
de la limitation de la responsabilité des associés aux apports dans le cadre des SA et SARL qui se trouve par là
même justifié du fait de l'importance du capital dans ces sociétés ; il y a aussi le principe de l'intangibilité et de la
fixité du capital qui permet de garantir la confiance des tiers qui, n'ayant pas la qualité d'associé, ont prêté leur
concours financier à la constitution de la société ou ont aidé cette dernière à faire face aux difficultés qu'elle
rencontre
71
B. SOLNIK, Gestion Financière, 6e édition ,2002 ; Le financement des entreprises, éd. Francis LEFEBRE, 1993.
72
Le cycle de financement, il faut le rappeler, correspond à l'ensemble des opérations financières de la société
liées aux opérations de règlement, d'encaissement et de répartition des bénéfices.
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
29
4.2.2. La poursuite de l’intérêt social (L’entreprise un réseau de parties
prenantes)
C’est une boussole stratégique pour l’entreprise qui doit agir de telle sorte que la maxime de sa
volonté puisse toujours valoir en même temps comme principe d’une législation universelle73.
L’entreprise est décrit comme un réseau de parties prenantes incluant les salariés, les
consommateurs, les fournisseurs, actionnaire, ainsi que tous les autres groupes avec lesquels
l’entreprise est en relation. La RSE a vocation, sans nier le rôle pertinent du profit comme
indicateur du bon fonctionnement de la société commerciale, à consolider le système, qui
n’existerait pas sans les interactions sociales qu’entretiennent les individus les uns avec les
autres. Elle appelle avant tout à reconnaître juridiquement cette réalité mal décrite, l’entreprise,
invisible en droit des sociétés, et qui en réalité crée le management tout en définissant son
périmètre et sa fonction. La société n’y est pas vue comme la réponse qui porterait du profit
mécaniquement, hors de toute régulation sociale et politique. C’est le défi d’une nouvelle
relation aux parties prenantes, à son écosystème et d’une responsabilité environnementale et
peut être l’engagement d’un « contrat naturel ». Il s’agit alors de mettre davantage l’accent en
plus de la propriété, sur la maîtrise de potentiels non financiers (compétences, relations, etc.),
dans la mesure où l’investissement spécifique des parties concernées et la cohésion entre les
parties seraient déterminants pour l’efficacité économique, la compétitivité de l’entreprise et sa
profitabilité à terme. L’entreprise est perçue comme un habillage de contrats interindividuels74
où le processus contractuel domine les affaires internes de l’entreprise. Les contrats sont
étendus au-delà de ceux liés à la fonction de la production (visant les contrats avec les
employés) pour inclure l’ensemble des contrats établis entre la société et son environnement
ainsi que la répartition des revenus générés par les biens ou les services produits. Dans le cadre
de cette théorie, l’entreprise n’est ni une entité ni une chose capable d’être possédée. Cela donne
tout son sens à la quête de l’intérêt social.
Il apparaît comme « l’intérêt supérieur de la personne morale elle-même, c’est-à-dire de
l’entreprise considérée comme un agent économique autonome, poursuivant des fins propres,
distinctes notamment de celles de ses actionnaires, de ses salariés, de ses créanciers dont le fisc,
de ses fournisseurs et de ses clients, mais qui correspondent à leur intérêt général commun, qui
est d’assurer la prospérité et la continuité de l’entreprise »75.
En saisissant la Responsabilité sociétale, l’analyse se situe au niveau d’un débat ancien qui
tendait à la non reconnaissance d’un intérêt collectif sociétaire. Elle est créée pour poursuivre
un des intérêts particuliers divergent (celui de la société et de la communauté des associés). «
Il n'y a plus que l'intérêt particulier et l'intérêt général... », proclame la Loi Le Chapelier,
73
En écho á une certaine conception de la justice auquel personne ne pourrait déroger et qui s’imposerait
catégoriquement à l’individu, au voir, Emmanuel KANT [1788], Critique de la raison pratique, trad. F. Picavet,
1943, PUF, coll. “Quadrige”, p. 30.
74
Y. Pesqueux, « Organisations : Modèles et représentations », 1ère éd., 2002, P.U.F., spéc. p.118.
75
Marc Vienot, « Le conseil d’administration des entreprises cotées », juillet 1995. Voir également le rapport
Vienot 2 (« Rapport du Comité sur le gouvernement d’entreprise », juillet 1999) et le Rapport Bouton (« Pour un
meilleur gouvernement des entreprises cotées », septembre 2002).
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
30
fondatrice en France de la liberté du commerce et de l'industrie. Suivant cette loi, il n’était pas
envisageable de reconnaître des intérêts collectifs. Dans ce cadre, le Professeur soulignait
FARJAT qu’« à l'époque de la « déréglementation », ou même l'intérêt général a mauvaise
presse, comment admettrait-on l'existence d'intérêts collectifs ! Il n'y a que des contrats ou des
groupes de contrats76, mais point d'institutions, point d'organisations... Et pourtant, - reprenons
le mot de Galilée, et pourtant, elle tourne ... l'organisation ! »77. Pour autant, nous estimons que
la société commerciale peut être considérée, pour reprendre les analyses de Mme Judith
Rochfeld comme « l’instrument de la poursuite d’un intérêt collectif, commun ou composé
d’intérêts différents qui convergent, au travers de l’établissement d’une structure durable ».
Elle apparait de ce point de vue comme un espace de conflit d’intérêt par excellence : tous les
acteurs y ont des pouvoirs et poursuivent des objectifs divers, changeants et en partie
conflictuels78. Un auteur considérait à ce propos que « l'entreprise n'est qu'un centre permanent
d'arbitrage entre des intérêts antagonistes ... alors qu'on assiste à la multiplication des intérêts
rattachables à l'entreprise ».79 Elle est l’expression d'un intérêt collectif. Ils ajustent leurs
objectifs, les modifient, acceptent compromis et compensations, tentent, selon les opportunités
et leur pouvoir, de glisser un nouvel objectif même si cela exige qu’un autre accède à leur
exigence. Ce dernier, naturellement, fait de même, et ainsi de suite. Cela peut aboutir à des
crises aiguës par la remise en cause d’objectifs organisationnels importants par les certains
auteurs ou groupes d’acteurs80. On notera à la suite de M.J. PAILLUSSEAU que : « l'entreprise
n'est pas seulement une activité. Sa création et son fonctionnement font naître des intérêts
multiples : ceux de son créateur, des apporteurs de capitaux, des salariés, des créanciers, etc.
Elle constitue un centre d'intérêts » poursuivant un but lucratif81. « L’entreprise se présenterait
comme une collectivité économique et humaine regroupant toutes les personnes liées à l'activité
économique commune. Les actionnaires apporteraient leurs capitaux, les salariés leur force de
travail, les banques leurs crédits, etc. Les associés auraient leur propre intérêt commun,
s'enrichir, mais comme ils ne formeraient qu'un sous-groupe d'une collectivité plus vaste, c'est
l'intérêt de l'ensemble, l'intérêt de l'entreprise, qui devrait l'emporter ».
En tout état de cause rien n’empêche, surtout que la performance est recherchée de mettre en
œuvre une politique de Management de la qualité s’appuyant sur ces principes :
- Orientation client: Il convient que les entreprises comprennent les besoins présents et
futurs de leurs clients, les prennent en compte, fassent concorder leur organisation avec
eux et s’efforcent d’aller au-devant des attentes de leurs clients
- Leadership: Les dirigeants établissent les objectifs de l’entreprise et créent les
conditions nécessaires pour les atteindre
76
B. TEYSSIE, Les groupes de contrat, LGDJ, 1975
77
G. FARJAT, Entre les personnes et les choses, les centres d'intérêts. Prolégomènes pour une recherche. RTD
Civ. 2002 p.221
78
[Link], Le management et le pouvoir, les Editions d’Organisation Université, 1991, p.157
79
R. Le Moal, Droit de concurrence, Economica, 1979.
80
[Link], [Link], p.108
81
Dans cette perspective, le Professeur FARJAT fera observer que : « La notion de centre d'intérêts peut être
considérée au départ comme une notion de fait puisque tous ces intérêts n'ont pas une formalisation juridique
unitaire, mais au contraire, une formalisation juridiquement diversifiée. Des actionnaires de nature différente au
moins substantiellement, des obligataires, et puis : des contrats de travail, de fournitures, des créances nées de
dommages causés par l'activité de l'entreprise, Voir J. PAILLUSSEAU, « L'EURL ou des intérêts pratiques et des
conséquences théoriques de la société unipersonnelle », JCP [Link].14684.
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
31
- Implication du personnel: Les collaborateurs à tous les niveaux sont l’essence même
d’une entreprise.
- Approche processus: Un résultat escompté est atteint de façon plus efficiente lorsque
les ressources et activité afférentes sont gérées comme un processus
- Management par approche système: Afin d’améliorer l’efficacité et l’efficience des
processus, le mieux est de les intégrer dans un système de management
- Amélioration continue: l’amélioration constante est une mission de l’entreprise
- Approche factuelle pour la prise de décision: Le processus de prise de décision repose
sur l’analyse de données, d’informations et de paramètres
- Relations mutuellement bénéfiques avec les fournisseurs: Les relations d’une entreprise
avec ses fournisseurs doivent se construire au bénéfice des deux parties
Il touche aux discours sur la nature de la société commerciale vue comme « un centre d’intérêt
socialement protégé »82, « un intérêt distinct des intérêts individuels »83, « une organisation
capable de dégager une volonté collective qui puisse représenter et défendre cet intérêt84 ». Il a
vocation à orienter et baliser les activités sociales si ce que celles-ci engendrent, l’acte85 de
gestion lui-même tel qu’il se déploie, échappe inéluctablement, en fin de compte à leur emprise.
De façon générale, l'organisation de la société par le contrat connait des limites de protection
des intérêts mis en présence par les sociétés. La principale limite tient à la non contrariété a
l'intérêt social. C’est d’ailleurs notamment sous le prétexte de la sauvegarde de l'intérêt social
et le bien de la société commerciale, l’alerte peut être le fait des associés ou des commissaires
aux comptes. Il s’agit d’une mécanisme préventif destiné à éviter que les problèmes
économiques ou sociaux de l’entreprise deviennent irrémédiables, cette dernière étant dans
l’impossibilité de continuer son exploitation. Mais, le législateur OHADA n’a pas précisé ce
qu’il faut entendre par « la continuité de l’exploitation ». Du point de vue de la doctrine, cette
continuité désigne « une expression de la santé financière de l'entreprise, laquelle se conçoit
aisément comme le degré de probabilité de la voir cesser ses activités, notamment pour cause
de faillite »9. Il en résulte que l’entreprise doit continuer son exploitation et être capable de
renouveler cette hypothèse, ce qui exige la vérification de sa situation économique, financière,
sociale et juridique. Ainsi, au cours de l’exercice de sa mission de contrôle et de surveillance
des informations comptables et financières, le commissaire aux comptes doit alerter les
dirigeants sur tout fait de nature à compromettre la continuité de l’exploitation. Il est ainsi le
débiteur principal du devoir d’alerte, sans préjudice du droit reconnus aux associés d’initier la
procédure. Il s’agit de deux procédures qui se rapprochent et se recoupent au regard de la finalité
informative et préventive qu’elles partagent. Précisément, il s’agit de neutraliser tout risque
sérieux, susceptible d’entraîner la cessation d’exploitation et donc de justifier le redressement
judiciaire ou la liquidation des biens de la société. À travers l’alerte, les dirigeants sociaux sont
mis face à leurs responsabilités, soit par les commissaires aux comptes, soit par les associés.
Elles permettent la mise en œuvre de méthodes d’interpellation et de contrôle approfondi
82
J. WALINE, Précis de droit administratif, t. 2, Montchrestien, 1970, p.159.
83
L. MICHOUD, La théorie de la personnalité morale et son application en droit français, LGDJ, 2ème éd. par
L. TROTABAS, 1924, n°53.
84
L. MICHOUD, [Link], par L. TROTABAS, 1924, n°54 b.
85
L’acte, actum, en latin : ce qui est fait ou « agi ».
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
32
nécessaire souvent à la prise en charge du souci de la détection précoce des difficultés de
l’entreprise, de l’incitation à leur traitement rapide et de l’association des actionnaires ou des
associés à la gestion et au fonctionnement de leur structure dans l’intérêt bien compris de celle-
ci.
[Link] dimension normative _Fondement normatif de la RSE
Cette perspective normative vise à clarifier les raisons pour lesquelles les demandes des groupes
et catégorie d’individus parties prenantes qui ne sont pas nécessairement en relation
contractuelle explicite avec les entreprises peuvent être légitimes et doivent être prise en
compte.
4.3.1. La diversité des normes applicables
Le cadre normatif (au sens étymologique de règle (du latin norma=règle) et dans le sens de
règles d’action qui suppose une « obligation de moyens » d’atteindre une fin) de la RSE évolue
entre soft et hard law.
[Link].Les Normes impératives fixées par les États (Hard law)
La responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) se présente essentiellement comme un concept
non juridique parce qu’elle repose originellement sur l’éthique des affaires, vision américaine,
libérale et religieuse de la seconde moitié du 20e siècle. Elle se traduit par des démarches
volontaires des entreprises, « au-delà de loi »86 souvent assimilées à des actions
philanthropiques.87 Toutefois, comme le rappelle l’OCDE, « la première obligation des
entreprises est de se conformer au droit interne88». Dans le cas contraire, c’est aux États de
sanctionner les violations et d’assurer des possibilités de recours aux éventuelles victimes.
Le respect du droit reste opposable aux entreprises.
- L’activité́ économique ne peut se développer sans un cadre juridique précis
Les règles de droit sont édictées afin de favoriser et d’encadrer le concept économique, les
échanges commerciaux et l’intérêt général de la société́ . Ainsi, dans différents domaines du
droit, le juriste d’entreprise aura l’obligation d’apprécier toute la portée des évolutions
jurisprudentielles même si celles-ci sont récentes89, afin de sécuriser au maximum les
transactions qui peuvent être traitées.
Le droit des sociétés OHADA s’applique en priorité aux societes commerciales, entreprises de
formes sociétaires. Ce droit a pour fonction d’établir et de définir la personnalité juridique de
l’entreprise. Il encadre la prise de décision. Il attribue l’autorité décisionnelle au sein de
l’entreprise. Cette autorité décisionnelle est investie primordialement dans le conseil
d’administration qui a le pouvoir de gérer les affaires commerciales et internes de la société.
De manière résiduelle, elle est investie dans l’assemblée des actionnaires qui dispose du pouvoir
d’élire les administrateurs et d’approuver les changements fondamentaux à la structure de la
société. Il édicte des mécanismes de responsabilisation destinés à assurer l’imputabilité des
titulaires de l’autorité décisionnelle. Parmi ces mécanismes, les devoirs des administrateurs
86
I. CADET. « Responsabilité sociale de l’entreprise, responsabilités éthiques et utopies, les fondements normatifs
de la RSE, étude de la place du droit dans les organisations », Cnam, 2014 [Link]
01142683/document
87
Isabelle CADET, Aspects juridiques de la responsabilité sociale, I2D – Information, données & documents,
V.53, 2016/1, pages 37 à 38
88
Commentaire 6. (Concernant les principes généraux) des Principes directeurs à l’intention des multinationales.
89
Cass. Civ 1ère, 1er Mai 2009
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
33
occupent une place particulière. La loi impose des devoirs de prudence, de diligence et de
loyauté aux administrateurs.
- Une ouverture vers le soft law.
On remarquera que le droit positif contient une grandes diversité de valeurs et principes ayant
vocation á traduire la RSE. Ce droit entre en résonance avec les principes de la RSE (droit des
enfants, environnement, respect des consommateurs, etc.).
Il y a une diversité de normes applicables au benefice des stakehoders:, suivant le type de
parties prenants unies ou non à l’entreprise par un contrat – Il s’agira pour l’entreprise de
promouvoir un système de gouvernance qui associe90 des mécanismes91 juridiques imposés par
la loi, des mécanismes suggérés92ou spontanés liés au marché et des mécanismes intentionnels
associés à la hiérarchie93, etc. Une attention particulière devra être portée aux contrats qui
unissent la société aux parties prenantes. Il est procédé dans ces cas de figure á l’application
des contrats- de règlement intérieur- du contrat de travail- les règles relatives à la discipline,
dans l’entreprise, la nature et l'échelle des sanctions, les droits de la défense des salariés, les
mesures d'application de la réglementation en matière d'hygiène et de sécurité.
D’ailleurs, les dispositions légales interpellent sur la nécessité de respecter les principes visant
la protection de l’environnement. L’article 13 du décret n° 2004-627 du 7 mai 2004, décret
d’application du code des investissements au Sénégal qui impose aux entreprises éligibles au
Code des investissements de se conformer aux exigences environnementales. Il en est de même
de la loi n° 98-05 portant code pétrolier au Sénégal aujourd’hui abrogé, qui disposait que les
opérations pétrolières doivent être conduites de manière à assurer la conservation des ressources
nationales et à protéger l’environnement.
La déclaration de principe à cet effet, elle est faite par l’énoncé de valeurs et de vertus :
• Elles définissent les conditions d'honneur, de probité et de réserve que toutes les parties
prenantes de l’entreprise s'engagent à respecter dans l'exercice de la profession.
• Les vertus étant des dispositions à agir, elles permettent une déclinaison de l'éthique en
comportements de référence, dans un métier donné.
L’enjeu est primordial de prendre la mesure de la place de la RSE dans la normativité. Il est
question ici de droit et de norme, en insistant principalement sur les valeurs inspirées par la
morale et l’éthique des entreprises. A ce propos, la valeur est appréhendée notamment comme
cette croyance durable, ce mode spécifique de conduite ou d’état final d’existence, qui est
90
O.E. WILLIAMSON, « Comparative Economic Organization, The Analysis of discrete structural alternatives
», Administrative Science Quarterly, N°36, 1991, p.269-296.
91
En utilisant le terme « mécanisme » soulignons principalement un point de vue fonctionnel et résolument
dynamique qu’on pourrait sommairement saisir par la question générique « comment cela marche ?
92
Cela donne lieu á de nouvelles formes de règlements des litiges ad hoc, aux allures de « Soft procès », ne donnant
lieu qu’à des recommandations, telle que celle soumise à la compétence des points de contact nationaux des
principes de l’OCDE, (Ces différends modes de résolution des litiges ont fait l’objet d’un séminaire organisé à
l’Université Paris V publié à la revue Énergie - Environnement - Infrastructures, n° 4, avril 2019).
93
Les mécanismes spontanés jouent à l'intérieur de l'espace discrétionnaire laissé par les mécanismes intentionnels.
Inversement certains mécanismes intentionnels sont issus, après formalisation, des mécanismes spontanés. Il
pourra aussi s’appuyer sur une vision dualiste avec une priorité donnée à la défense et à la protection des intérêts
des propriétaires, sans toutefois exclure les intérêts des salariés et des autres parties prenantes.
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
34
personnelle ou socialement préférable, à l’autre mode de comportement ou but de l’existence
opposé ou convergent.
Concernant l’obligation de transparence et la responsabilité de rendre des comptes,
Il est possible de remarquer leur réelle appropriation par l’OHADA. On s’aperçoit que
l’environnement de gouvernance d’entreprise dans lequel il est enserré a subi, depuis la réforme
du 30 janvier 2014, une réelle mutation vers la gouvernance sociétale sans toutefois remettre
en cause l’équilibre crée entre la satisfaction des droits sociaux et patrimoniaux des associés
(ou actionnaires) et la nécessaire protection de la personne de la société commerciale. Le
Législateur OHADA n’a pas hésité à insérer des nouvelles dispositions mettant à la charge de
la société une obligation d’« appliquer ou expliquer », à l’article 831-3 AUSGIE. Le
Législateur OHADA oblige plus largement certaines entreprises à publier dans leurs rapports
annuels des informations détaillées sur leurs engagements sociaux, environnementaux et
sociétaux, pour informer les parties prenantes des actions menées et de leurs conséquences dans
ces différentes dimensions de la RSE. La publication d’informations relatives aux engagements
sociaux et environnementaux de l’entreprise, selon des auteurs comme M. Jean-François Ory
et Jean-Luc Petitjean94, vise à̀ créer une image favorable et à assoir la réputation de l’entreprise
pour influencer les parties prenantes95.
Il rejoint le Législateur Français qui avait à travers la loi n° 2008-649 du 3 juillet 2008 portant
adaptation au droit communautaire et transposant la Directive du 14 juin 2006 exigeait des
sociétés cotées96 que le rapport joint au rapport annuel de gestion sur le contrôle interne et,
dorénavant, le gouvernement d'entreprise, indique si la société se réfère ou non à un code
professionnel de bonne conduite en matière de gouvernance des sociétés. Les sociétés
assujetties doivent soit se référer à un tel code, cela en précisant alors quels sont les principes
retenus et ceux écartés et, dans cette dernière hypothèse, dire pourquoi ils le sont), soit
expliciter les règles retenues au-delà des exigences légales pour assurer une bonne gouvernance
en dépit de l'adoption d'un tel code professionnel.
Le mécanisme du « comply or explain » (se conformer ou s’expliquer) de l’AUSCGIE entre
dans cette dynamique vertueuse, sans être pour autant assortie systématiquement de sanction
juridique. ll apparaît délicat de distinguer les démarches volontaires des initiatives imposées
aux entreprises97. D’abord comme le rappelle Mme Catherine Thibierge « le normatif ne se
confond pas avec l’obligatoire et (…) une règle de droit peut être souple, autrement dit non
obligatoire et/ou non sanctionnée »98. Ensuite, une initiative privée, voire un simple
comportement, peuvent se voir reconnaître une force obligatoire alors même que son auteur
l’aurait expressément exclue.99 Les sujets de droit disposent en effet d’un pouvoir limité pour
déterminer le caractère contraignant de leurs engagements.
94
Jean-Francis Ory et Jean-Luc Petitjean, RSE et performance financière : une approche par la communication
des entreprises, La Revue des Sciences de Gestion n°267-268
95
Quairel Françoise. Responsable mais pas comptable : analyse de la normalisation des rapports
environnementaux et sociaux. Comptabilité́ -Contrôle-Audit, 2004, 1, vol. 10, p. 7-36
96
C. com., art. L. 225-37 et L. 225-68 et C. monet. fin., art. L. 621-18-3.
97
Nicolas Molfessis. La distinction du normatif et du non-normatif. RTDCiv. : Revue trimestrielle de droit civil,
Dalloz, 1999, p.600 (pp.729. ⟨halshs-02246876⟩)
98
Thibierge C., Le droit souple. Réflexion sur les textures du droit, RTD civ. 2003
99
«C’est une chose de ne pas être contraint d’adopter des règles, une autre de ne pas être lié par les règles ainsi
acceptées», Trébulle (3) (2003)
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
35
(Aucune difficulté particulière à identifier et appliquer le droit positif)
[Link].Les référentiels relavant des softs law
Il s’agit de référentiels dans lesquels les parties ont clairement voulu situer leur relation en
dehors du droit. !!! La RSE peut renvoyer à la notion de standard c’est-à-dire de mesure
moyenne de conduite sociale correcte100. Elle apparaît comme un ensemble d’énoncés à
vocation prescriptive mais qui reste en dessous du seuil de normativité (droit dur..impératif).
[Link].référentiels localisés et nationaux
Ces règles mettent en exergues la « Compliance », la pratique anglo-saxonne traduite le plus
souvent par « Conformité́ ». , la « Compliance » dissimule un arsenal normatif complexe et des
obligations éthiques visant à̀ prémunir l’entreprise contre tout risque de non-conformité́ . Il
s’agit de garantir l’équilibre des forces, des droits et responsabilités au sein de l’entreprise.
L’éthique valorisée en l’espèce est l’expression d’une responsabilité́ sociétale appliquée au
droit des sociétés commerciales101, la RSE ayant une relation certaine avec le droit des affaires,
relation à laquelle il est apparu intéressant d’apporter un éclairage juridique.
- Les Codes de gouvernance
Ils sont appréhendés comme des recueils de lignes de conduite et de recommandations
complémentaires à la loi et aux règlements et les éventuelles dispositions contenues dans ces
codes qui y sont contraires sont réputées non écrites. Dans l’espace OHADA, la référence à̀ un
code de gouvernement d’entreprise n’est pas obligatoire. Ce principe repose essentiellement
sur une démarche volontaire, contrairement en grande Bretagne. Y est appliqué le principe
comply or explain. En effet, chaque entreprise aura à se positionner par rapport au code de
gouvernance et à expliquer dans quelle mesure elle en applique les recommandations. Ce
système appelé́ « comply or explain » recommandé également par l’OCDE. Il s’agit donc
d’appliquer la recommandation (« comply ») ou s’expliquer (« explain » ) pourquoi on y déroge
dans le chapitre Gouvernance d’Entreprise du rapport de gestion (exigé) et le cas échéant, dans
son rapport annuel. En droit OHADA le principe est prévu par les dispositions de l’article le
831-2 AUSCGIE alinéa 2. Suivant ce principe, si un code existe et que les sociétés qui font
appel public à̀ l’épargne102 décident certes de s’y référer mais en écartant certaines dispositions,
la société́ doit indiquer les règles de substitution et les raisons de non application d’aucune
disposition du code de gouvernement d’entreprise. Par contre si un code existe et que la société́
décide de ne pas s’y référer, elle devra préciser dans son rapport les dispositions exclues et les
100
Roscoe Pound cité par Tunc André. Standards juridiques et unification du droit. In Revue internationale de droit
comparé. Vol. 22 N°2, Avril-juin 1970, p.248 (pp. 247-261)
101
C’est au niveau de la société commerciale servant de support juridique à l’activité de l’entreprise que seront
imputées les responsabilités en cas de dommages engendrés par cette activité. Comme le précise Madame
Rochfeld, « le terme responsabilité́ signifie que chacun doit répondre. Mais encore faut-il déterminer de quoi : de
ses propres fautes (...) des dangers que l’on fait courir aux autres (dans ce cas, faut-il ou non que ce danger se
concrétise par un dommage) ? », voir J. ROCHFELD, Les grandes notions du droit privé. [Link].2013.p.482.
102
L’appel public à l’épargne est une technique juridique et financière consistant, pour une société ou toute
personne, à se procurer des capitaux, notamment en fonds propres ou par endettement, en contrepartie du
placement de ses titres auprès du public. La technique permet traditionnellement aux entreprises et autres agents
économiques de disposer d’une réelle alternative aux emprunts bancaires, réduisant ainsi leur dépendance à l’égard
du système bancaire. Ayant pour substrat la mobilisation de l’épargne du public, la technique donne lieu à une
extrême vigilance des autorités de régulation financière des États parties, dont la préoccupation principale consiste
à veiller à la bonne information du public.
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
36
raisons de cette exclusion. Ils contiennent des principes d'actions qui dépassent souvent la
simple gouvernance actionnariale.
A propos du Code de gouvernance des entreprises du Sénégal élaboré par l’institut sénégalais
des administrateurs, qu’il s’agit d’un « ensemble de règles de bonne conduite de l’entreprise
qui précise les textes de l’OHADA »103. En effet, selon le degré d’institutionnalisation, la norme
est plus ou moins contraignante, élaborée plus ou moins de façon précise et accompagnée ou
non d’une sanction. Cette optique de « légalisation » graduelle est éloignée de la vision
classique du droit, laquelle exige son application par un pouvoir souverain, centralisé et
coercitif104. Ainsi, pour cette variabilité105 , par le manque de repères qu’il implique engendre
une incertitude à l’égard du droit. Quand on utilise la terminologie soft law, « on ne précise pas
si on se réfère au contenu de la norme, à la proposition normative, à son contenu (ou negotium)
ou bien s’il s’agit du support de la norme, du contenant, de l’instrumentum »106, avec les
déclarations conjointes, les résolutions, les codes et chartes de conduites, les accords, etc. Ces
règles doivent sûrement être stabilisées. Cette stabilité est fonction également de la non
contrariété entre la soft law et le droit positif. Ces référentiels peuvent venir compléter les Actes
uniformes, les suppléer lorsqu’ils sont lacunaires. Pour des auteurs comme Monsieur le
professeur Sakho « En réalité, ce phénomène de l’incursion de l’éthique comme norme de
régulation sociale n’est pas propre à la science médicale. Il participe d’un vaste mouvement
actuel qui tire les conséquences des lenteurs de la régulation juridique sur les faits sociaux. Le
droit est de plus en plus en retard sur les faits qu’il prétend régir. Le constat qu’on peut déjà
dresser des observations ci-dessus, c’est qu’en l’absence de règles de droit, il est fait appel à un
autre type de normes comportementales issues du bon sens, de la morale, en un mot de l’éthique
»107. Seulement, il est difficile de concevoir ces référentiels s'opposer à ces actes uniformes ou
Lois d’origine nationale108, qu’ils peuvent compléter. De sorte que l’absence de valeur
normative doit être relativisée. En ce sens, selon la doctrine cette valeur normative peut varier
en fonction de l'autorité109 qui met en place le code, de son pouvoir de réglementation, du degré
d'engagement qu'elle entend prendre en édictant un code, mais aussi et essentiellement lorsqu’«
il produit un « effet de droit » c'est-à-dire qu’il procède à une modification quelconque dans
l’ordonnancement juridique existant, à savoir quand il arbitre au statut juridique, confirme ou
cpnsolide une situation juridique »110
Exemple de codes (Le code nigérian de la gouvernance d’entreprise (Nigeria Code of Corporate
Governance) pour les sociétés anonymes a été élaboré en 1993 conjointement par la Securities
and Exchange Commission (SEC) et la Corporate Affairs Commission (CAC).
103
Sur la définition du code de gouvernance des entreprises, voir www. [Link]/documents/ Code_
de_Gouvernance_Senegal_ISA_Dec_2011.pdf
104
F. CHATZISTAVROU, o« L’usage du soft law dans le système juridique international et ses implications
sémantiques et pratiques sur la notion de règle de droit », page 2
105
Ce concept sera emprunté de M. Filippa CHATZISTAVROU, à propos du droit international, Voir.F.
CHATZISTAVROU.
106
Sur la notion, voir « Soft law, Base de discussion », in [Link]
107
Abdoulaye SAKHO, Droit, éthique et sida dans la recherche clinique et les essais thérapeutiques dans les pays
en voie de développement, Animation régionale de Dakar Réseau des chercheurs « Droit de la Santé » Agence
Universitaire de la Francophonie, 2005.
108
Voir les articles 28; 94, 103, de la Loi n°2016-32 du 8 novembre 2016, et l'article 3 al02 paragraphe (C),
109
L’autorité qui s’attache à la qualité de ceux qui les ont énoncés leur assure un impact au moins aussi réel que
celui qui découlerait d’engagements juridiques », Filippa CHATZISTAVROU, [Link]. page.5
110
L’usage du soft law dans le système juridique international et ses implications sémantiques et pratiques sur la
notion de règle de droit », Le Portique [En ligne], 15 | 2005, mis en ligne le 15 décembre 2007, Consulté le 12
septembre 2013. URL : [Link]
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
37
- Les chartes éthiques et codes de conduites…
L'origine étymologique des codes de bonne conduite renvoie au champ lexical de la morale, qui
s’oppose a priori au droit. En effet «to deon » en grec se traduit littéralement comme « ce qu’il
faut faire », « l'art de ce qu'il est concevable de faire » il exprime l’idée de devoir, de
convenance. Elles formalisent l'ensemble de valeurs éthiques et déclinent un certain nombre de
principes de comportement individuel. La transgression caractérisée de ces valeurs et de ces
principes, contraire aux intérêts de l'entreprise, peut entraîner des sanctions. Par exemple, la
Cour de cassation dans son arrêt « Dassault Systèmes » du 8 décembre 2009 a qualifié le «
Code de conduite des affaires » de la société d’adjonction au règlement intérieur pour ainsi
contrôler sa conformité avec l’article L.1121-1 du Code du travail. Elle reconnaît ainsi
implictement une portée juridique aux codes de conduites111.
Ces instruments qui regroupent un ensemble d’obligations que les entreprises imposent
notamment à leurs proposés et salariés et qui énoncent entre autres les sanctions encourues en
cas de non-respect. Dans un arrêt rendu le 8 décembre 2009, la Cour de cassation s’est
prononcée sur le contenu de l’un de ces codes élaborés dans la mouvance de la loi américaine
Sarbanes-Oxley, adoptée après les scandales Enron et Worldcom. L’affaire concerne Dassault
Systèmes, une filiale française du groupe Dassault cotée au Nasdaq et qui, en octobre 2004, a
résolu de faire signer à ses salariés un document intitulé Code de conduite des affaires. Destiné
à faciliter le déclenchement d’alertes pour prévenir les malversations ou des cas de corruption,
ce texte soumettait les salariés employés en France à une obligation de réserve drastique et
prévoyait notamment que, au-delà de l’interdiction classique de divulgation d’informations «
confidentielles » (processus, recherches, contrats en discussion, etc.), un salarié ne pouvait
diffuser des « informations à caractère interne » qu’après « autorisation préalable » de la
direction. Ce même code instaurait un dispositif d’« alerte professionnelle », afin de permettre
à tout salarié de rapporter anonymement, via une plate-forme sur l’Intranet de l’entreprise, des
faits qui, en définitive, pouvaient ne pas se révéler délictueux puisque le salarié disposait du
choix de cocher, sur cette page, une case : « corruption », « délit d’initié », « malversations »...
ou « autres ». « Craignant à la fois le bâillon et la délation », et estimant qu’un tel document
portait atteinte aux libertés fondamentales des salariés, un syndicat saisit avec succès le tribunal
de grande instance (TGI) de Nanterre d’une demande visant à l’annuler. Censurée par la cour
d’appel de Versailles, la position des premiers juges a cependant été confirmée par la Cour de
cassation, dont la décision conforte, nous semble-t-il, l’opinion selon laquelle - loin d’échapper
à toute analyse juridique -, le concept de responsabilité sociale des entreprises (RSE), au nom
de laquelle sont donc adoptés codes et autres normes, s’exerce aujourd’hui dans un cadre
juridiquement contraignant.
[Link].Les principes (internationaux)
Les principes directeurs énoncent des principes et des normes volontaires de comportement
responsable des affaires dans les domaines tels que les relations professionnelles, les droits de
l’homme, la publication d’informations, la lutte contre la corruption112, la fiscalité́ , les relations
111
voir De QUENAUDON René et GOMEZ-MUSTEL Marie-José, « un code de conduite des affaires » en quete
de statut juridique », Revue de droit du travail,2009, p.311. ; TGI Nanterre, réf., 27 décembre 2006, n° 2006/02550
: « l’application des mesures d’alerte professionnelle au sein du code éthique) est de nature à engendrer des
phénomènes de stress et de harcèlement pour les salariés concernés par les dénonciations anonymes ».
112 La corruption, telle que définie par la Convention de l’OCDE, se distingue d’autres infractions pénales ou
civiles comme le conflit d’intérêts, le détournement de fonds publics, la collusion et les manquements aux règles
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
38
sociales, l’environnement ou encore la protection des consommateurs, de la science et de la
technologie et de la concurrence113.
Adoptés en 1976 et révisés en 2011, les principes directeurs de l’OCDE à l’intention des
entreprises multinationales sont des recommandations adressées par les gouvernements des 34
États membres et de huit autres signataires (dont le Maroc et l’Égypte) à leurs entreprises
multinationales. Ces principes visent à̀ faire en sorte que les activités des entreprises
multinationales s’exercent en harmonie avec les politiques des gouvernements, à renforcer la
confiance mutuelle entre les entreprises et les sociétés dans lesquelles elles exercent leurs
activités, à améliorer l’environnement pour l’investissement étranger et à accroitre la
contribution des entreprises multinationales au développement durable. Les principes directeurs
font partie de la déclaration de l'OCDE sur l'investissement international et les entreprises
multinationales, dont les autres éléments concernent le traitement national, les obligations
contradictoires imposées aux entreprises ainsi que les incitations et les obstacles à
l’investissement international114. Ces principes ne sont pas contraignants, mais reposent sur un
mécanisme de plaintes115.
- LES « PRINCIPES D’ÉQUATEUR » DU SECTEUR BANCAIRE
Quatre grands groupes bancaires (ABN Amro au Pays Bas, Barclays au Royaume-Uni,
Citigroup aux États-Unis et WetsLB en Allemagne) ont rédigé́ une déclaration d’engagements
volontaires qui concernent uniquement l’activité́ de financement de projet116. Initialement
appelés «Principes de Londres», dénomination qui s’avéra être déjà̀ utilisée, puis «Principes de
Greenwich», dénomination jugée trop proche de “greenwash” (Heal, 2008), les 10 principes de
cette déclaration sont aujourd’hui connus sous le nom d’ « Equator Principles » ou «Principes
Équateur» en français.117 Le site des Principes Équateur (PE) ([Link])
indique que les banques signataires se fondent sur «les revenus générés par un projet unique, à
la fois comme source de remboursement mais aussi comme sécurité́ .». Selon Bhimani et
Soonawalla (2010), l’idée fondamentale de ce code volontaire est que les organisations
signataires ne devront pas accorder de prêts à des projets où l’emprunteur ne peut/veut pas se
conformer aux exigences sociales et environnementales sous-jacentes ainsi qu’aux procédures
de contrôle et d’évaluation associées aux PE. Les 10 principes issus de la révision de 2006
sont118 : Examen et catégorisation (1), Évaluation sociale et environnementale (2), Critères
sociaux et environnementaux applicables, (3) Plan d’action et système de gestion, (4)
Consultation et communication , (5) Mécanisme de règlement des griefs, (6) Expertise externe,
des marches publics. L’examen non juridique des définitions de la corruption permet d’approfondir les zones
d’ombre et d’analyser la relation entre corruption et autres formes de fraude (OCDE, 2007: 34)
113
Fahd, R. (2013), Marketing durable : Éditions Vuibert, p.9.
114
Ecofin (2012a), Des principes directeurs de l’OCDE sur la responsabilité́ sociétale des multinationales,
consultés le 20 mars 2015 à 02h10mn <[Link] rse/0802-3300-des-principes-
directeurs-de-l-ocde-sur-la-responsabilite-societale-des-multinationales> .
115
Fahd, R. (2013), Marketing durable : Éditions Vuibert
116 Des projets supérieurs à 50 millions de dollars (PE I), depuis 2006, les PE sont au nombre de 10 et concernent
tous les projets supérieurs à 10 millions de dollars (PE II).
117 Baret, P. & Chivot, M. (2012). Pertinence des principes Équateur comme outil d’implémentation de la RSE
dans le secteur bancaire, 33e Congrès de l’AFC, 21-23 mai, Grenoble.
118
Baret, P. & Chivot, M. (2012). Pertinence des principes Équateur comme outil d’implémentation de la RSE
dans le secteur bancaire, 33e Congrès de l’AFC, 21-23 mai, Grenoble, 2012: 9
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39
(7) Obligation de faire ou de ne pas faire (« covenants ») (8 Indépendance du suivi et du
reporting (9), Présentation de rapports par les Equator Principles Financial Institutions (EFPIs)
(10). Depuis son entrée en vigueur en 2003 à ce jour, les banques signataires de PE, aussi
appelées EPFIs (Equator Principles Financial Institutions) sont au nombre de 73 institutions
financières dans 27 pays et couvrent plus de 80 % des financements de projet mondiaux119. En
Afrique : Absa Bank Limited, Access Bank Plc, Arab African International Bank, BMCE
Bank120, First Rand Limited, Nedbank Limited, Standard Bank of South Africa Limited sont
adhérentes et ont publié́ un rapport en 2010 sur le reporting environnemental et social.
- LES PRINCIPES DIRECTEURS DE L’ONU SUR LES ENTREPRISES ET LES
DROITS DE L’HOMME
Le 17 juin 2011, le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies adoptait121 des «Principes
directeurs sur les droits de l’Homme et les entreprises». Cette adoption à l’unanimité́ des
organisations d’employeurs, d’employés et de défense des droits de l’Homme est considérée
comme un évènement majeur pour la protection des droits de l’Homme et pour l’évolution du
concept de RSE. Ces principes sont structurés autour de :
• l’affirmation du rôle central de l’État dans la protection et la promotion des droits de
l’Homme vis-à-vis des entreprises ;
• la priorité́ à la prévention et la gestion des risques. Rappelons que la RSE s’est
principalement construite sur l’idée que les entreprises sont des acteurs-citoyens invites
à contribuer positivement à la réalisation du bien-être commun et plus récemment du
développement durable ;
• la responsabilité́ étendue à la chaine de valeur. Les Principes affirment que la
responsabilité́ de l’entreprise recouvre la partie de la chaine de valeur sur laquelle elle
dispose d’une capacité́ d’action. Il lui appartient, selon la méthode de la «diligence
raisonnable», de se livrer chez ses fournisseurs (filiales ou non) et clients à un examen
systématique des pratiques en vigueur, voire des risques et de leur demander, le cas
échéant, de procéder aux adaptations nécessaires ;
• la référence au droit international écrit et obligatoire des droits de l’Homme et du
droit du travail : la Charte des droits de l’Homme, composée de la Déclaration
universelle des droits de l’Homme de 1948 et des deux Pactes conclus en 1966 (droits
civils et politiques d’une part, droits économiques, sociaux et culturels de l’autre) ; les
119 Capron, M. & Quairel-Lanoizelée, F. (2010), La responsabilité́ sociale d’entreprise, Éditions La Découverte.
120 À l’occasion de l’Edition 2015 des African Banker Awards qui s’est tenue le 27 mai à̀ Abidjan, en marge de
la 50e Assemblée annuelle de la Banque africaine de développement (BAD), le Groupe BMCE Bank a été désigné́
«Meilleure banque socialement responsable en Afrique». Cette distinction reçue pour la 2ème fois par le groupe
vient couronner son engagement résolu dans la responsabilité́ sociétale et environnementale depuis plusieurs
années. En 2014, le groupe BMCE Bank avait également obtenu pour la 2e année consécutive le prix «Top
Performer RSE» par l’agence de notation Vigeo, pour sa contribution aux causes d’intérêt général et le déploiement
d’une stratégie environnementale à travers les activités de sa fondation ainsi que le prix du CSR Arabia Awards,
Partnership Category <[Link] meilleure-banque-
[Link]> consulté le 05 juin 2016 à 03h08min.
121 Ces principes sont proposés par le Professeur John Ruggie, représentant spécial du Secrétaire General des
Nations Unies (Fahd, R, Marketing durable, Éditions Vuibert, 2013, p.9.
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huit conventions fondamentales de l’OIT identifiées dans la Déclaration relative aux
principes et droits fondamentaux au travail de 1998. Si certains pays ne reconnaissent
pas certains de ces textes internationaux, les entreprises n’en sont pas moins
explicitement incitées à respecter l’esprit de ces textes.
- LA GLOBAL REPORTING INITIATIVE (GRI)
La GRI est une Organisation Non Gouvernementale fondée aux États-Unis dont la mission est
l’établissement et la diffusion de lignes directrices pour la publication de rapports
environnementaux et sociaux. Elle est issue d’une initiative lancée en 1997 par le
CERES122(Coalition for Environmentally Responsible Economies) en partenariat avec le
programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) à laquelle participent des
entreprises, des consultants et des universités pour élaborer un cadre et des règles destinées aux
entreprises soucieuses de développement durable. Il s’agit de développer des méthodes
d’élaboration de rapports extra-financiers équivalentes au reporting financier. L’objectif final
est l’obtention d’une plus grande transparence au sein des entreprises et d’autres organisations.
(Souvent utilise dans le cadre de la mise en œuvre de l’article 831-2, AUSCGIE., pour le
reporting RSE123. Ainsi suivant l’article 831-2, alinéa 2 « Lorsqu'une société se réfère
volontairement à un code de gouvernement d'entreprise élaboré par les organisations
représentatives des entreprises, le rapport prévu […..] précise également les dispositions qui
ont été écartées et les raisons pour lesquelles elles l'ont été. Se trouve de surcroît précisé le lieu
où ce code peut être consulté. Si une société ne se réfère pas à un tel code de gouvernement
d'entreprise, ce rapport indique les règles retenues en complément des exigences requises par
la loi et explique les raisons pour lesquelles la société a décidé de n'appliquer aucune disposition
de ce code de gouvernement d'entreprise ».
À l’instar de la comptabilité́ financière, les rapports sociétaux sont des instruments de reddition,
de diagnostic, de dialogue et servent à la prise de décision ; ils constituent la forme la plus
visible de la comptabilité́ sociétale et doivent donc être jugés en fonction des normes et des
qualités attendus des documents comptables (Capron, 2000).
- DÉCLARATION DE PRINCIPES TRIPARTITE DE L’OIT SUR LES
MULTINATIONALES ET LA POLITIQUE SOCIALE
La Déclaration de principes tripartite de l'OIT sur les entreprises multinationales et la politique
sociale, lancée en 1977 révisée en 2000, édite des principes dans le domaine de l’emploi, de la
formation, des conditions de travail et des relations professionnelles. Instrument spécialisé,
122 Réseau National de fonds d’investissement, d’organismes environnementaux et autres groupes d’intérêt public
œuvrant pour la gestion environnementale des entreprises (Benseddik, F. & Szwed, A. (2008), La norme publique
internationale dans la conception et l’exercice de la responsabilité́ sociale des grandes entreprises européennes.
Enquête sur la prise en compte volontaire des instruments internationaux par les entreprises européennes engagées
en faveur de la responsabilité́ sociale, octobre, Vigeo, 2008: 20). Le CERES est une organisation basée à Boston
regroupant des ONG environnementalistes, des investisseurs institutionnels, des gestionnaires de fonds éthiques,
des organisations syndicales et religieuses. Elle est notamment connue pour avoir élaboré́ les « principes Valdez
», un code de conduite de comportement responsable des entreprises à l’égard de l’environnement (Capron, M. &
Quairel-Lanoizelée, F. (2003), Reporting sociétal : limites et enjeux de la proposition de normalisation
internationale "Global Reporting Initiative", 24e Congrès de l’AFC, 22 mai, Louvain la Neuve, 2003: 3).
123
Ecofin (2012c), Global Reporting Initiative :, consulté le 20 mars 2015 à 03h52mn
<[Link]
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41
cette déclaration vise à̀ promouvoir une contribution active des entreprises multinationales aux
progrès économiques et sociaux tout en minimisant les effets négatifs de leurs activités. La mise
en application de cette déclaration est suivie par l’OIT, qui produit régulièrement des rapports
sous forme d’enquêtes dans les pays membres. Les résultats sont discutés par le Conseil
d’administration, qui regroupe des délégués et déléguées des directions d’entreprises, du
personnel et des gouvernements124.
- les Accords-cadres
Il s’agit d’instruments négociés entre une entreprise multinationale et une fédération syndicale
internationale, en vue de défendre les droits sociaux fondamentaux
La plupart des ACM sont applicables dans les filiales du groupe à l’étranger, au moins dans
celles où l’entreprise mère a une participation majoritaire. Mais ils peuvent s’étendre aux
fournisseurs et sous-traitants, voire aux intérimaires pour les accords les plus récents.
Ils précisent l’obligation qui incombe à une entreprise multinationale de respecter, dans plus
d’un pays et souvent dans le monde entier, certaines normes particulières en matière de : droit
du travail et de droits sociaux fondamentaux, conditions de travail, relations professionnelles,
conditions de santé et de sécurité, formation et dispositions relatives à la protection de
l’environnement. Les accords-cadres mondiaux sont régulièrement cités par l’Organisation
internationale du travail (OIT), les syndicats, mais aussi les entreprises comme un outil efficace
pour permettre le respect des droits humains dans les chaînes d’approvisionnement. Pour l’OIT
(Organisation internationale du travail), un accord-cadre mondial (ACM) est "un instrument
négocié entre une entreprise multinationale et une fédération syndicale mondiale en vue
d’établir une relation continue entre les parties et de garantir que l’entreprise respecte les mêmes
normes dans tous les pays où elle opère". Selon l’OIT, les ACM s’appuient de plus en plus sur
des instruments et des principes internationaux, tels que les conventions de l’OIT, la
Déclaration de l’OIT sur les entreprises multinationales, les Principes directeurs de l’OCDE
pour les entreprises multinationales ou les Principes directeurs des Nations Unies sur les
entreprises et les droits de l’Homme.
Ils intéressent à la gouvernance d’entreprise dans la mesure où, ces accords visent notamment
à permettre une amélioration continue des conditions de travail au sein des entreprises, par le
biais d’un dialogue social constant, à l’échelle locale, entre le management et les salariés"
pour "limiter l’emploi à durée déterminée ou externalisé.
Industrie : 49 ACM signés par IndustriALL Global Union, dans l’automobile, la métallurgie, le textile, etc. Exemples : Total,
PSA, Inditex, H&M...- Services : 35 ACM signés par UNI Global Union. Exemples : Carrefour, Securitas, Société Générale...
- Bâtiment et bois : 20 ACM signés par la FSI Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB). Exemples : Ikea,
Stabilo...- Alimentation / hôtellerie / restauration : 7 ACM signés par l’Union Internationale des travailleurs de
l’alimentation, de l’agriculture, de l’hôtellerie / restauration, du tabac et des services associés (UITA). Exemples : Danone,
Sodexo, Club Med...- Médias : 1 ACM signé par la Fédération Internationale des Journalistes avec la chaîne Al Jazeera.
- PACTE MONDIAL (GLOBAL COMPACT)
124
Benseddik, F. & Szwed, A. (2008), La norme publique internationale dans la conception et l’exercice de la
responsabilité́ sociale des grandes entreprises européennes. Enquête sur la prise en compte volontaire des
instruments internationaux par les entreprises européennes engagées en faveur de la responsabilité́ sociale, octobre,
Vigeo
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Le pacte Mondial est une initiative lancée en 1999 au Forum économique mondial de Davos,
en Suisse, par l’ancien Secrétaire General des Nations Unis, Kofi Annan. Il invite les entreprises
à adopter, soutenir et appliquer dans leur sphère d’influence un ensemble de 10 valeurs
fondamentales dans les domaines suivants
F Droits de l’Homme : les entreprises sont invitées à promouvoir et à respecter la protection
du droit international relatif aux droits de l’homme dans leur sphère d’influence ; et à veiller
à̀ ce que leurs propres compagnies ne se rendent pas complices de la violation des droits de
l’homme.
F Droit du travail : les entreprises sont invitées à̀ respecter la liberté́ d’association et à
reconnaitre le droit de négociation collective, - L’élimination de toutes les formes de travail
forcé ou obligataire, - L’abolition effective du travail des enfants ; et L’élimination de la
discrimination en matière d’emploi et de profession.
F Environnement : les entreprises sont invitées à appliquer l’approche de précaution face
aux problèmes touchant l’environnement ; - À entreprendre des initiatives tendant à̀
promouvoir une plus grande responsabilité́ en matière d’environnement ; et à favoriser la
mise au point et la diffusion de technologies respectueuses de l’environnement.
F Lutte contre la corruption (depuis le 24 juin 2004) : es entreprises sont invitées à̀ agir
contre la corruption sous toutes ses formes, y compris l’extorsion de fonds et de pots-de-
vin (un cas de corruption révèlé au grand public dégrade considérablement l’image de la
société́ et engendre le plus souvent une forte sanction des marchés financiers125. Cet
instrument est juridiquement non contraignant et repose sur un engagement déclaratif des
entreprises126. Ces derniers ne sont pas contraignants : il n’y a aucun contrôle ni vérification
par un tiers.
- ISO 26000 : Lignes directrices de responsabilité sociétales des organisations
La première norme internationale ISO127 26000, « Lignes directrices relatives à la
responsabilité sociétale », vient d’être publiée en novembre 2010. L’ISO 12826000 se veut, au
premier abord, un outil de référence, un guide d’objectifs et de bonnes pratiques. L’objet est de
clarifier les termes de responsabilité « sociétale » au niveau mondial et de définir une
terminologie commune pour toutes les organisations, avec ou sans but lucratif et quelle que soit
leur dimension129..
L’ISO 26000 révèle une nouvelle forme d’éthique de la normalisation, une « métanorme » en
quelque sorte, par une formalisation et une structuration des pratiques coutumières
125
Combalbert, L. (2008), Entreprises : halte aux prédateurs ! : Éditions Dunod, 2008,P. 97
126
Benseddik, F. & Szwed, A. (2008), La norme publique internationale dans la conception et l’exercice de la
responsabilité́ sociale des grandes entreprises européennes. Enquête sur la prise en compte volontaire des
instruments internationaux par les entreprises européennes engagées en faveur de la responsabilité́ sociale, octobre,
Vigeo, 2008: 19).
127
ISO (2010), Norme internationale ISO 26000 : Lignes directrices relatives à la responsabilité́ sociétale, 1er
édition ISO, novembre 2010.
128 L'Organisation internationale de normalisation (ISO) a 157 membres qui sont répartis en trois catégories : les
comités membres, les membres correspondants et les membres abonnés Cette division tient compte des différents
niveaux d’accès et d’influence dans le système ISO.. Le Sénégal fait partie des membres correspondants.
129 [Link]
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43
internationales en matière de responsabilité sociétale et un ordonnancement matriciel, fondé sur
les droits de l’Homme :
-Sept principes de comportement gouvernent effectivement la responsabilité sociétale
(article 4) : la redevabilité, la transparence, le comportement éthique, la reconnaissance des
intérêts des parties prenantes, le respect du principe de légalité, la prise en compte des normes
internationales de comportement, le respect des droits de l’Homme.
-Sept questions centrales (article 6, p. ix) fixent la démarche des organisations autour de la
gouvernance, des droits de l’Homme, des relations et des conditions de travail, de
l’environnement, de la loyauté des pratiques, y compris la lutte contre la corruption, des
questions relatives aux consommateurs, des communautés et du développement local. Chacune
de ces questions se subdivise en plusieurs domaines d’actions. Pas moins de 130 pages130
définissent ces lignes directrices de la responsabilité sociétale, qui se décomposent
en 7 chapitres, encore appelés articles (domaine d’application, définitions, appréhender la
responsabilité sociétale, les principes, les deux pratiques fondamentales, les questions centrales
et l’intégration de la responsabilité sociétale dans l’organisation), 2 annexes (A : exemples
d’initiatives et outils, B : abréviations) et une bibliographie (l’ensemble des instruments
officiels internationaux, dont les normes ISO).
À l’appel des institutions internationales, le programme « Action 21 » issu de la Déclaration de
Rio en 1992 invitait déjà les entreprises à contribuer au développement durable, de concert avec
les États. Injonction paradoxale ou conséquence logique d’une mobilisation sans précédent des
entreprises aux côtés des acteurs publics, ces lignes directrices relatives à la responsabilité
sociétale ne peuvent laisser les juristes indifférents, car elles suscitent des interrogations
majeures, d’une part sur le champ de la responsabilité juridique, d’autre part sur la notion de
norme131 voire de force normative 132et enfin, sur la nature du droit133 ou, plus exactement,
sur la hiérarchie des sources du droit. Pour la première fois dans l’histoire de l’ISO, la ligne de
démarcation entre droit international public et droit international privé a effectivement bougé.
C’est avec une acuité sans pareille que la question de la gouvernance de la norme est posée,
notamment en matière économique, où les normes techniques, prétendument objectives,
envahissent le juridique.134 Si ses promoteurs ont nié toute confusion avec une norme juridique
éventuelle135, pour ne pas porter atteinte à la souveraineté des États ou aux prérogatives
d’institutions internationales, il n’en demeure pas moins que les politiques publiques sont
invitées à utiliser ces lignes directrices, dans le même paragraphe136. On peut supputer, par un
raisonnement a contrario, que l’absence d’effet juridique n’est pas certaine.
130 Dans la version française (F), contre 100 pour la version anglaise (E), en raison de la traduction.
131 F. Chazel et J. Commaille (dir.), Normes juridiques et régulation sociale, LGDJ, coll. Droit & Société, 1991,
p. 35.
132 C. Thibierge et alii (dir.), La force normative : naissance d’un concept, L.G.D.J.-Bruylant, 2009.
133 D. de Béchillon, Qu’est-ce qu’une règle de droit ?, Éd. Odile Jacob, 1997 ; A. Jeammaud, « La règle de droit
comme modèle », D.1990, chron. pp. 203-204 ; C. Thibierge, « Au cœur de la norme : le tracé et la mesure. Pour
une distinction entre normes et règles de droit », in L’égalité, Arch. de Philo. du Droit, t. 51, 2008, p. 341et s.
134 M. Lanord Farinelli, « La norme technique : une source de droit légitime ? », RFDA, 2005, p. 738, spéc.
conclusion.
135 Regula/règle vs norma/équerre, arbitrage vs arpentage, au sens originel de la norme juridique donné par A.
Supiot, Homo Juridicus. Essai sur la fonction anthropologique du droit, Seuil, 2005, p. 86.
136 ISO/FDIS 26000 : 2010 (F), 1 Domaine d’application, p. 1-2.
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44
Le Sénégal fait partie des membres correspondants. Les membres correspondants observent la
mise au point des normes et des stratégies ISO. Ils sont habilités à assister en qualité
d'observateurs aux réunions techniques et politiques. Les membres correspondants d’entités
nationales vendent les Normes internationales ISO et peuvent les adopter en tant que normes
nationales. Les membres correspondants de territoires qui ne sont pas des entités nationales
vendent les Normes internationales ISO sur leur territoire. Les membres à part entière
influencent les travaux de normalisation et les stratégies ISO. Ils sont habilités à participer avec
plein droit de vote à toutes les réunions techniques et politiques de l'ISO. Les membres à part
entière vendent les Normes internationales ISO et peuvent les adopter en tant que normes
nationales. Par contre les membres abonnés sont tenus informés des activités de l'ISO mais ne
peuvent y participer. Ils ne sont pas autorisés à vendre les Normes internationales ISO ni à les
adopter en tant que normes nationales.
Elle n’établit, en effet, aucune procédure de contrôle, de reddition des comptes ou de sanction
et n’a pas pour but de le faire. Son utilité́ est d’un autre ordre : c’est un guide qui a été́ élaboré́
pour répondre aux besoins des entreprises et des organisations qui souhaitent mettre en place
une démarche RSE.
F des contrats de performance dans le secteur public
« L’amélioration de la gouvernance au niveau des organismes publics ainsi que la promotion
de l’efficacité́ de la dépense publique constituent un des enjeux majeurs pour l’atteinte des
objectifs du Pse», selon le document qui signale que c’est dans cette dynamique que s’inscrivent
notamment la généralisation en cours des contrats de performance (Cdp) ainsi que la réforme
du cadre juridique organisant l’exécution des budgets des organismes publics. Ainsi, après
l’effectivité́ des Cdp au niveau des Universités et la mise en œuvre des Contrats pluriannuels
d’objectifs et de moyens (Cpom) dans les Etablissements publics de Santé (Eps), sept (7)
agences d’exécution ou structures assimilées ont été́ dotées de contrats de performance en
2014].
4.3.2. Les échelles de juridicités des normes applicables
La juridicité́ est la qualité de ce qui est juridique, de ce qui est droit. Bien qu’une analyse
exhaustive de toutes les normes existantes soit impossible dans le cadre de ce module, il est
question ici de comparer les solutions susceptibles d’être proposées dans les documents RSE.
afin de dégager un certain nombre de principes qui permettront de mieux comprendre les
enjeux. La portée juridique de ces documents est souvent incertaine, bien qu’elle puisse avoir,
à terme, un effet important sur la responsabilité́ juridique des parties.
5.2.1. Détermination de la juridicité́ des normes soft law
L’exhortation et l’incitation se font généralement sur une base volontaire dénuée de sanction et
prennent souvent la forme de « droit mou », donc dépourvu d’effet obligatoire et échappant à
Dr PAFNdong_FAD-[Link]é sociétale d’entreprise-septembre 2020
45
une application imposée par la contrainte137. Il est souvent question d’éthique.« L’éthique
consiste en une réflexion critique sur la signification des conduites ainsi que sur les valeurs et
les normes que se donnent les membres d’une société́ ou d’un groupe pour guider et réguler
leurs actions138. [...] Les questions éthiques sont abordées à partir de situations qui impliquent
des valeurs ou des normes et qui présentent un problème à résoudre ou un sujet de réflexion139».
La question pour le juriste est alors de savoir s’il est possible de faire échapper au domaine du
droit l’engagement «sociétal» de l’entreprise ? la réponse ne peut qu’être que négative.
Les juges sont de plus en plus interpelés par ce genre de problématique. Suivant certains auteurs
comme le Pr Mestre140, des arrêts comme celui rendu par la chambre commerciale le 23 janvier
2007 permettent de déceler une nouvelle manifestation de la volonté́ de nos juges de fixer eux-
mêmes les frontières du droit et du non droit, et donc de ne pas abandonner celles-ci aux parties
contractantes, on pourrait se tourner vers l'arrêt rendu par la chambre commerciale le 23 janvier
2007. L’arrêt de janvier 2007141 va particulièrement loin dans la précision des limites du droit
puisque, en l'occurrence, la partie actionnée avait pris soin d'évoquer, dans la transaction
conclue, un engagement simplement moral. Peu importe, lui rétorque la Cour de cassation en
plein accord d'ailleurs avec les juges du fond, la formule qu'elle avait utilisée n'empêchait
nullement, eu égard sans doute au contexte particulier dans lequel elle s'était inscrite, d'aller au-
delà̀ d'un simple devoir de conscience, et d'atteindre les rives de l'engagement contraignant
proprement dit (sur ce point, pour de semblables attitudes judiciaires à l'égard de simples
engagements d'honneur142).
Cette approche a l’inconvénient de nier toute juridicité à la RSE, pour en faire un guide à l’usage
des organes de création du droit qui doivent s’en inspirer. Il s’agirait alors d’un principe d’action
politique et non d’une norme justiciable. On notera par ailleurs que la RSE apparaît
essentiellement comme une idée selon laquelle les entreprises, au-delà des prescriptions légales
ou contractuelles, ont une obligation envers les acteurs sociétaux.
Il existe plusieurs normes (ISO26000, SA8000, AA1000, ISO14001, etc.) sur lesquelles les
entreprises peuvent s’appuyer. il existe un cadre international de référence de la RSE, mais il
n’est pas contraignant143. En outre, des auteurs comme [Link] et Igalens soulignent144
que différents référentiels ont été élaborés au fil du temps. Certains émanent de l’initiative
d’organismes internationaux ou de gouvernements. D’autres, tels les normes, codes de conduite
137
Karounga DIAWARA et Sophie LAVALLÉE: La responsabilité́ sociale de l’entreprise (RSE) dans l’espace
Ohada : pour une ouverture aux considérations non économiques, , (Revue Internationale de Droit Économique –
2014 p. 441 ( pp. 431-451 – DOI: 10.3917/ride.284.0431).
138
Éthique et culture religieuse, Programme de formation de l’école québécoise, secondaire, p. 1(499).
139
Ibid., p. 16 (514).
140
RTD Civ. 2007 p. 340, Com. 23 janv. 2007, n° 05-13.189, D. 2007.442, obs. X. Delpech.
141
Com. 3 oct. 2006, D. 2007. 765, note D. Mazeaud, RJDA 2007, n° 129, p. 126 - Com. 23 janv. 2007, n° 05-
13.189, D. 2007.442, obs. X. Delpech - Com. 20 févr. 2007, n° 05-18.882, D. 2007. 807, obs. X. Delpech)
142
Bruno OPPETIT, «L’engagement d’honneur», dans B. de SÉGOGNE (dir.), Paris, Recueil, Dalloz Sirey,
Jurisprudence Générale Dalloz, vol. 1, 1979, 107
143
El Hila, R. & Amaazoul, H. (2013). Impacts de la Tétranormalisation sur les pratiques de RSE. Recherches en
sciences de gestion, (96), 199-216
144 e
Combemale, M. & Igalens, J. (2012), L’audit social, 2 éd. : PUF, 2012, p.76
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46
et labels, sont le fait des entreprises qui les ont adoptés sous la pression des certains acteurs
(ONG, agences de notation sociétale).
Ils servent à̀ renforcer la confiance publique en présentant explicitement les normes éthiques
que le public est en droit d’attendre. Ces référentiels peuvent guider, éclairer, inspirer les
pratiques, et ils fournissent un outil de régulation autonome.
Le droit « soft law » structuré sous forme de déclarations unilatérales qu'elles soient ou non
formalisées dans des documents se caractérise par la variabilité des énoncées qui le structurent
et de la difficulté de s’y fonder pour engager a priori et de facto la responsabilité juridique. Sa
mise en œuvre laisse planer des doutes quant à son existence, quant à la réalité de l'intention de
s'engager de l'auteur ou même quant à la portée de l'engagement souscrit. Il est souvent
caractérisé par des objectifs variés mais internes à l’entreprise145. Toutefois, sa force obligatoire
est de plus discutée, en ce sens qu’« un texte (…) qui a une force obligatoire, produit un effet
de droit, une modification quelconque dans l’ordonnancement juridique existant, lorsqu’il crée,
confirme ou consolide une situation juridique. Les instruments softs law semblent s’apparenter
à des dispositifs, « des instruments dynamiques, adaptables selon les circonstances plus ou
moins incertaines ».146 En effet, selon le degré d’institutionnalisation, la norme est plus ou
moins contraignante, élaborée plus ou moins de façon précise et accompagnée ou non d’une
sanction. Cette optique de « légalisation » graduelle est éloignée de la vision classique du droit,
laquelle exige son application par un pouvoir souverain, centralisé et coercitif147. Ainsi, pour
cette variabilité148, par le manque de repères qu’il implique engendre une incertitude à l’égard
du droit. Quand on utilise la terminologie soft law, « on ne précise pas si on se réfère au contenu
de la norme, à la proposition normative, à son contenu (ou negotium) ou bien s’il s’agit du
support de la norme, du contenant, de l’instrumentum »149, avec les déclarations conjointes, les
résolutions, les codes et chartes de conduites, les accords, etc. Ces règles doivent sûrement être
stabilisées. Cette stabilité est fonction également de la non contrariété entre la soft law et le
droit positif. Ces référentiels peuvent venir compléter les actes uniformes, les suppléer
lorsqu’ils sont lacunaires. Seulement, il est difficile de concevoir ces référentiels s'opposer à
ces actes uniformes, qu’ils peuvent compléter. De sorte que l’absence de valeur normative doit
être relativisée. En ce sens, selon la doctrine cette valeur normative peut varier en fonction de
l'autorité150 qui met en place le code, de son pouvoir de réglementation, du degré d'engagement
qu'elle entend prendre en édictant ce code, mais aussi et essentiellement lorsqu’« il produit un
« effet de droit » c'est-à-dire qu’il procède à une modification quelconque dans
l’ordonnancement juridique existant, à savoir quand il attribue un statut juridique, confirme
145
Il s’agit d’une nécessité au regard de la pression sociale et de l’importance de l’image de l’entreprise pour
atteindre son (ses) objectifs.
146 F. CHATZISTAVROU, o« L’usage du soft law dans le système juridique international et ses implications
sémantiques et pratiques sur la notion de règle de droit », page 2
147
ibidem
148 Ce concept sera emprunté de M. Filippa CHATZISTAVROU, à propos du droit international, Voir. F.
CHATZISTAVROU, « L’usage du soft law dans le système juridique international et ses implications sémantiques
et pratiques sur la notion de règle de droit », Le Portique [En ligne], 15 | 2005, mis en ligne le 15 décembre 2007,
Consulté le 21 août 2013. URL : [Link]
149 Sur la notion, voir « Soft law, Base de discussion », in [Link]
150
« L’autorité qui s’attache à la qualité de ceux qui les ont énoncés leur assure un impact au moins aussi réel que
celui qui découlerait d’engagements juridiques », Filippa CHATZISTAVROU, [Link]. page.5
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47
ou consolide une situation juridique ».151 Ces actes établissent ainsi des règles de conduite qui
indéniablement ne disposent pas d’un caractère contraignant au sens strict du terme du droit
positif qui incorpore des droits et des obligations applicables. Mais, ils jouissent d’un statut
infrajuridique, ce qui n’empêche pas que certaines conséquences juridiques puissent en être
logiquement déduites. Il semble qu’une distinction, (certes subtile), entre le caractère
contraignant et la portée ou l’effet juridique d’un acte, peut s’avérer très utile. En tout état de
cause, l'engagement unilatéral du dirigeant qui poursuit la RSE peut prendre fin par
contractualisation, le recours de conventions dite RSE.
Au-delà du fait que les entreprises ont l’obligation de se tenir informés de leurs responsabilités
légales, contractuelles, elles peuvent décider de s’engager ou non dans une démarche RSE, de
respecter ou non leurs engagements, et souvent de tenir ou non des rapports sociaux et
environnementaux152. Dans ce contexte, le risque est que les entreprises soient susceptibles de
créer elles-mêmes les règles dont elles ont besoin153. La pratique de RSE devrait alors obéir à
un mélange de genres entre volontarisme et contrainte afin que des éléments comme le droit
des travailleurs, le droit des fournisseurs, des sous-traitants, le respect des normes sociales et
environnementales soient pris en compte. En ce qui nous concerne, nous soutenons une
approche principalement normative de la RSE, même si a priori le cadre législatif et
réglementaire applicable aux sociétés commerciales ne comporte pas de textes spécifiques à la
thématique de la RSE. Cette dernière est plutôt adressée partiellement par des lois « connexes »
portant prioritairement sur le droit au travail154, la gestion et la protection de l’environnement,
etc. Il s’agit simplement d’aligner les cadres légaux nationaux, souvent faibles155, sur les
engagements internationaux des États, notamment en matière de droits humains.
Cette reconnaissance en faveur de ce mélange de genre va alors représenter une avancée
considérable dans le domaine de la responsabilité. Toutefois, la perception du contexte actuel
est sensiblement différente de celui proposé dans la réforme du droit des sociétés commerciales,
à tel point que, sous l'influence directe du droit OHADA, la société commerciale est aujourd'hui
appelé à une nécessaire réflexion autour d'une responsabilité complémentaire et inédite. Cette
entreprise est donc immergée dans le sociétal à tel point que l’interface entreprise/société fait
désormais partie intégrante de l’évaluation de l’entreprise156. La responsabilité sociale est
devenue une dimension de la performance corporative, comme en attestent les lois sur les bilans
151
« L’usage du soft law dans le système juridique international et ses implications sémantiques et pratiques sur
la notion de règle de droit », Le Portique [En ligne], 15 | 2005, mis en ligne le 15 décembre 2007, Consulté le 12
septembre 2013. URL : [Link]
152
Alain Kenmogne Simo, « Entreprises et droits de l’homme : des voies pour un mariage », RTSJ, no 2, janvier-
juin 2012, p.34.
153
COCHOY, F., « La responsabilité sociale de l’entreprise comme « représentation » de l’économie et du
droit », Droit et société, 2007/1 n° 65, pp. 91-101.
154 Suivant le secteur d’activité certaines sociétés commerciales sont plus soumises aux risques sociaux (sécurité
au travail, etc.) et environnementaux (études d’impact, pollution, gestion des déchets etc.) donc elles se doivent
impérativement d’intégrer les enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux dans leur gestion quotidienne.
155
Alain Kenmogne Simo, Ibid.
156 L’article L 220 du Code du travail du Sénégal, tout en maintenant la DASMO pour les établissements de petite
taille (effectifs inférieurs à cinquante travailleurs), prescrit désormais la production, chaque année, du bilan social
pour tout établissement occupant cinquante travailleurs ou plus.
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48
sociaux157, telles que le Décret n° 2009-1 411 du 23 décembre 2009 fixant les modalités
d’élaboration du bilan social et de la déclaration annuelle de la situation de la main-d’œuvre
des entreprises et établissements au Sénégal158, la loi française sur les Nouvelles régulations
159
économiques (NE) ou encore la Loi sur les banques canadiennes , mais aussi l’émergence
d’une myriade d’organismes qui se consacrent au classement et à la catégorisation des
entreprises socialement responsables (les agences de notation, index, les fonds éthiques). Mais
si tous s’accordent sur le caractère désormais incontournable de la responsabilité sociétale, il
n’en demeure pas moins que la question de sa définition, qu’il s’agisse de son contenu ou de sa
forme, reste entière. En fait, non seulement le concept de responsabilité sociétale est interprété
par plusieurs comme étant malencontreusement flou, mais il abrite aussi d’importantes
divergences prenant la forme de propositions irréconciliables160. De sorte qu’il est difficile
d’identifier le contenu des exigences qui interpellent le dirigeant dans l’exercice de ses
fonctions directoriales. L’imprécision dans le contenu immédiat des exigences de RSE, mais
aussi sa malléabilité dans le temps, font qu’on est en présence d’un phénomène fuyant. De sorte
qu’a priori il y a antinomie entre l’exigence de stabilité des règles juridiques et le dynamisme
de ce phénomène corollaire du dynamisme de l’économie. Mais incertitude ensuite, dans la
mesure où si la RSE infléchit et transforme la technique juridique qu’elle utilise, on peut
s’interroger sur les contraintes que les questions sociétales actuelles font peser sur la
construction d’un droit harmonisé, du moins uniforme qui semble être axé sur le maintien du
caractère mono centrique et hiérarchisé du droit « officiel » de l'État. À ce propos, l’amorce
d’une réflexion sur la problématique sociétale dans le champ du droit des affaires trouve son
sens au regard des enjeux et perspectives théoriques et pratiques de construction du cadre
normatif, social, politique et économique OHADA. Nous sommes particulièrement interpellés
sur la question de savoir si la RSE peut nous permettre de penser161 et d’appliquer le droit
OHADA ? Si l’expérience directe de rationalité normative, entendons ici la phénoménologie,
apparaît insuffisante à interroger les choix d’instrumentalisation du droit des affaires au service
du développement de l’Afrique. Il faudra alors en suggérer la dimension significative quand on
157
Le bilan social permet d’enregistrer, de mesurer et d’apprécier la situation sociale, ainsi que les changements
qualitatifs et quantitatifs intervenus en manière de gestion des ressources humaines au cours de l’année écoulée. Il
comporte des informations sur l’emploi, les rémunérations, les charges sociales, l’hygiène, la sécurité et la santé,
les relations professionnelles, le fonctionnement des organes de concertation et de dialogue au sein de
l’établissement, la formation, V. Art. 2. DECRET n° 2009-1411 1 du 23 décembre 2009.
158 Au Sénégal les entreprises et les établissements énumérés à l’article L.3 du Code du travail et employant
habituellement un effectif égal ou supérieur à cinquante travailleurs, obligatoirement inscrits ou non au registre
d’employeur, élaborent à la fin de chaque année leur bilan social et le transmettent, avant le 30 mai de l’année
suivante, à l’Inspecteur du Travail et de la Sécurité sociale du ressort. Voir l’article 1 du DECRET n° 2009-1411
du 23 décembre 2009 fixant les modalités d’élaboration du bilan social et de la déclaration annuelle de la situation
de la main- d’œuvre des entreprises et établissements.
159
Celle-ci comporte depuis peu une disposition à l’effet que les institutions financières à charte fédérale dont les
capitaux s’élèvent à un milliard de dollars ou plus publient une déclaration annuelle faisant état de leur contribution
à l’économie et à la société canadienne. Le contenu de ces rapports fait d’ailleurs l’objet d’une recherche de la
Chaire de responsabilité sociale et de développement durable sous la direction de Andrée De Serres et Corinne
Gendron amorcée en 2003 (voir [Link]).
160
Les mémoires reçus par la Commission européenne dans le cadre de sa consultation sur la responsabilité sociale
sont éloquents à cet égard. Voir CCE (2002).
161
« (…) penser le droit et au-delà du droit et donc de substituer aux systèmes apparents, fortement implantés en
nous par l'appareil conceptuel du droit, le système réel dans sa complexité, sa diversité, mais aussi son ordre propre
». Voir Gérard. TIMSIT, Théorie de l’Administration, Paris, ECONOMICA, 1986, p.13.
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49
sait que la pratique de l’acte éthique implique toujours une lecture subjective, un jugement de
valeur162. En l’espèce, le trop grand intérêt accordé à la production du sens et à la médiation
continue pourrait toutefois, du moins a priori condamner notre démarche à n’être qu’une
philosophie des apories sans véritable portée pour le renforcement des sciences juridiques.
5.2.2. L'intensité́ de cette juridicité́ à partir des mots utilisés
Pour que les référentiels RSE permettent effectivement de renforcer la confiance publique, il
faut que les entreprises comportent conformément aux normes qui y sont prescrites et c’est dans
ce sens que les codes sont censés guider les pratiques professionnelles.
- L’importance des mots et concepts utilisés sur la qualification juridique des
documents
Les engagements des parties sont clairement définis, mais ils sont d’un tout autre d’ordre
puisque les parties n’ont pas souvent l’intention de soumettre la sanction de leur non-respect à
un ordre juridique quelconque. Il peut s’agit juste de normes techniques. Elles peuvent être dites
« corporatistes » dans la mesure où elles identifient des normes qui servent avant tout le
maintien des institutions et non les intérêts ou le bien-être des parties prenantes.
La discussion de validité́ de la norme technique est le plus souvent informelle et prend l’allure
de tous ces échanges communicationnels quotidiens qui visent à demander et donner conseil.
Toutes les normes techniques qui sont énoncées sont bien des normes de moralité, des règles
de savoir-vivre relativement aux mœurs (mores), mais elles sont d’ordre simplement technique
au sens où l’entreprise on ne risque, en n’y adhérant pas, qu’a être inefficace c’est-à-dire à ne
pas atteindre mon but ou à l’atteindre moins bien.
Généralement les chartes éthiques mettent l’accent sur le fait que l’entreprise ou les employés
feront de leur mieux……..L'utilisation de l'expression « au mieux » exprimant la volonté́ d'une
limitation de cet engagement à̀ ce qui était « possible » ou encore « raisonnable ». D’un point
de vue juridique, « Au mieux » se rapproche, du moins dans l'esprit de la Cour de cassation163,
de la formule « faire le nécessaire » dont on sait que la présence dans une lettre d'intention est
traditionnellement synonyme d'obligation de résultat à la charge de son auteur164, et elle
s'éloigne en revanche du tout aussi célèbre « faire son possible », simplement générateur d'une
obligation de moyens165.
162
Le Pr SIMO Alain Kengmogne saisira cette subjectivité du jugement comme la « capacité qu’ont les êtres
humains de distinguer le bien du mal, de nommer les actions bonne ou mauvaise, et non seulement utile ou inutile,
agréable ou désagréable, vraie ou fausse », in « Entreprises et droits de l’homme : des voies pour un mariage »,
RTSJ, no 2, janvier-juin 2012, p.34.
163
Arrêt cassation, Com. 20 févr. 2007, n° 05-18.882, D. 2007. 807, obs. X. Delpech.
164
Voir N. Rontchevsky, Faire le nécessaire, Mélange Simler, Litec-Dalloz, 2006, p. 417 s.
165
RTD Civ. 2007 p. 340, Editions Dalloz 2012
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Les parties ne s’engagent ici que sur l’honneur, l’effectivité́ de leur lien n’étant pas garantie
par l’État, mais bien plutôt par la qua- lité de la réputation dont elles jouissent dans le monde
des affaires166.
À la différence des obligations aspirationnelles (qui identifient des idéaux de pratique
professionnelle) ou régulatrices (qui identifient des normes déontologiques minimales pour la
profession), les obligations corporatistes semblent viser la docilité, l’obéissance ou la
subordination par rapport à̀ la hiérarchie institutionnelle.
Il est à noter que ce corporatisme semble aller à l’encontre de la définition classique d’un code
d’éthique, lequel constitue un contrat pour établir la confiance entre un groupe professionnel et
le public qu’il sert.
Noter alors la fonction symbolique de certains référentiels
Ces référentiels peuvent viser à̀ travers le contenu choisi et le langage ou le ton employé́ , « de
rassurer » en projetant une image publique de l’entreprise.
Certaines rédactions des documents peuvent participer à forger une image truffée de
déclarations de principes idéalisés en représentant l’entreprise comme un sujet parfaitement
juste, honnête et intègre. Ce type de représentation peut nuire à l’applicabilité́ des dits
documents, et amener les parties prenantes concernées à ne pas les prendre au sérieux et à les
considérer comme des « reliques représentant des idéaux déchus », expression empruntée à M.
LADD167. (se sera approfondi durant les séminaires)…
166
Bruno OPPETIT, «L’engagement d’honneur», dans B. de SÉGOGNE (dir.), Paris, Recueil, Dalloz Sirey,
Jurisprudence Générale Dalloz, vol. 1, 1979, 107
167
Ladd, J, . The quest for a code of professional ethics: an intellectual and moral confusion. Dans P. A. Vesilind
et A. S. Gunn (dir.), Engineering, ethics and the environment, 1998, P.215(p. 210-218). Cambridge : Cambridge
Université Press
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