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LINCONSCIENT

Le document présente un séminaire sur l'inconscient, basé sur les travaux de Freud et Lacan, qui explore la nature du refoulement et la structure de l'inconscient. Il souligne que l'inconscient ne se limite pas au refoulé et que des perceptions inconscientes existent, influençant les actions conscientes. Le séminaire aborde également la légitimité et la nécessité de l'hypothèse de l'inconscient dans la psychanalyse, en insistant sur l'importance du désir dans l'interprétation.

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Antoine Grandjean
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LINCONSCIENT

Le document présente un séminaire sur l'inconscient, basé sur les travaux de Freud et Lacan, qui explore la nature du refoulement et la structure de l'inconscient. Il souligne que l'inconscient ne se limite pas au refoulé et que des perceptions inconscientes existent, influençant les actions conscientes. Le séminaire aborde également la légitimité et la nécessité de l'hypothèse de l'inconscient dans la psychanalyse, en insistant sur l'importance du désir dans l'interprétation.

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L’INCONSCIENT (1915)

SESAM du 4 octobre1980 au 6 février 1982

Notes explicatives :
- Les textes en caractère gras sont des phrases de Freud extraite de « Métapychologie » (1915).
Traduction de Jean Laplanche et J.B. Pontalis. (La référence des Œuvres Complètes est également
indiquée).
- Les textes en italique sont la transcription de notes de participants ou d'un enregistrement pris au
cours du séminaire.
- Les textes en écriture droite sont écrits par Denis Vasse : ils ont été distribués au Séminaire du
Samedi ou repris à partir de notes manuscrites, relevées dans les archives. »
- À la fin de la transcrption du sémiaire vous trouverez 4 annexes : ce sont des textes distribués par D.
Vasse à la fin du séminaire ou trouvés dans ses archives.

Avant de commencer ce séminaire Denis Vasse a écrit aux participants :


Un séminaire de travail psychanalytique a fonctionné pendant deux années sur le chapitre VII de
« L’interprétation des rêves ». L’approche d’un tel texte impliquait une étude rigoureuse de l’élaboration
freudienne sur le fond toujours présent de la lecture qu’en fait Lacan dans son « retour à Freud ».
Au début de ce séminaire, j’avais d’abord proposé que nous passions - dans un second temps - à l’étude
d’une cure d’enfant afin que la pratique réinterroge, avec plus de rigueur, la mise en place de nos repères
théoriques. Qu’elle les réinterroge et qu’elle les questionne.
En cours de route, un changement de perspective s’est introduit.
Outre que la référence à la clinique ne s’est pas trouvée absente de notre travail, le mouvement de ces
deux années nous conduit davantage à profiter de notre lancée pour passer à l’étude de la « deuxième
topique », dans l’œuvre de Freud, et aux rapports qu’elle entretien avec la « première » qui ne s’en trouve
pas pour autant annulée ou dépassée.
Il m’a semblé alors que nous pourrions continuer le séminaire dans une perspective de travail balisée par
trois textes :
« L’inconscient », de 1915, qui permettrait de reprendre les lignes de force de
l’élaboration de la « première topique ».
« Au delà du principe de plaisir » de 1920
« L’abrégé de psychanalyse » de 1938.

Suivent des informations pratiques sur le fonctionnement du séminaire

**************
L’inconscient p. 65 §1 4/10/80
OC Vol. XIII p. 265
La psychanalyse nous a appris que l’essence du processus de refoulement ne consiste pas à
supprimer, à anéantir une représentation représentant la pulsion, mais de l’empêcher de devenir
consciente. Nous disons alors qu’elle se trouve dans l’état « inconscient » et nous pouvons fournir
des preuves solides de ce que, tout en étant inconsciente, elle peut produire des effets, dont certains
même atteignent la conscience.
Notes. En résumé, le refoulement n’anéantit pas une représentation représentant la
pulsion, il empêche cette représentation de devenir consciente. Elle se trouve alors dans
l’état inconscient et elle peut produire des effets dont certains peuvent atteindre la
conscience.
On ne peut que transposer, traduire : il y a des effets interprétables. Notre travail de
clinicien produit aussi des effets interprétables qui renvoient à quelque chose qu’on ne
1
connaît pas. Il n’y a pas d’interprétations sans effets. Nous ne pouvons parler de
l’inconscient que par la médiation de ses effets. Si l’interprétation est efficace, c’est qu’il y
a deux langues, une consciente et l’autre pas (inconsciente).
L’interprétation doit être soutenue par le désir. Or nous sommes dans une génération
qui met son désir entre parenthèse et qui ne parle pas. L’interprétation n’a pas à être
soutenue seulement par l’entendement de l’analyste mais par le désir, le désir de l’autre.
L’interprétation doit être soutenue par l’entendement, mais l’essentiel est le désir de
l’analyste. Le langage nouveau qui apparaît fait la force de l’interprétation.

L’inconscient p. 65 § 1&2
OC Vol. p. XIII p. 265 § 1&2
Tout refoulé demeure nécessairement inconscient, mais nous tenons à poser d’entrée que le refoulé
ne recouvre pas tout l’inconscient. L’inconscient a une extension plus large : le refoulé est une
partie de l’inconscient.
Comment parvenir à la connaissance de l’inconscient ? Naturellement, nous ne le connaissons que
comme conscient une fois qu’il a subi une transposition ou traduction en conscient… Cela exige que
l’analyse surmonte certaines résistances, celles-là même qui, en leur temps, ont fait de telle
représentation un refoulé en l’écartant du conscient.
Notes. Il y a donc un inconscient qui n’est pas refoulé. Il n’y a pas seulement des
représentations inconscientes, mais de l’inconscient. Le refoulé est bien ce qui est devenu
inconscient, mais il existe un inconscient qui n’est pas du refoulé. L’inconscient-substantif
est un autre lieu. Tout refoulé, nécessairement inconscient, gagne le lieu de l’inconscient,
mais encore une fois, tout l’inconscient n’est pas refoulé. On est donc dans l’appareil
psychique et non dans l’appareil pathologique. Si tout l’inconscient était du refoulé, cela
voudrait dire que tout passerait par la conscience. C’est précisément l’inverse que Freud
veut nous montrer.
L’analyse, c’est aussi mettre des mots sur ce qui n’en a pas, sur des séries de
perceptions qui ne sont pas passées par la conscience, alors qu’en psychologie, la
perception est liée à la conscience. Freud dit précisément : « Il y a des perceptions qui ne
sont pas conscientes ». La conscience est ordonnée à la réalité matérielle et à la réalité
psychique dont l’inconscient est dépositaire.
D’emblée, le lieu de l’inconscient est divisé.
Le refoulement est une médiation. Si le refoulé va dans l’inconscient, il va y avoir
surgissement du sujet. Avant Freud, ce qui n’était pas de la conscience, c’était le corps. La
barre entre conscient et inconscient, c’était le corps. Le problème de la médecine c’est que
le corps ne soit pas signifiant. « L’inconscient est structuré comme un langage » dit Lacan
c’est un langage pas connu : on pourrait dire un langage silencieux. Le langage du sujet a
quelque chose à voir avec le silence du corps. Si on veut écouter, il faut être dans le
silence. On sait que le silence parle, car nous parlons. Tant que quelqu’un ne peut être
silencieux sur le divan, il nous faut faire silence. Le silence de l’analyste n’a de sens que
s’il est référé au désir. Pour cela, il faut qu’il y ait intersection du langage, que ça parle
chez les deux.
Cet inconscient substantif, Lacan va en faire le lieu du sujet parlant. Quand l’homme
parle, il ne sait pas tout ce qu’il dit. La répétition a lieu dans le bavardage. C’est au
moment où quelqu’un croit qu’il ne dit rien, qu’il dit le plus de chose.

I - Justification de l’inconscient 11/80


L’inconscient p. 66
OC Vol. XIII p. 265 § 3

2
On nous conteste de tous côtés le droit d’admettre un psychisme inconscient et de travailler
scientifiquement avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l’hypothèse de
l’inconscient est nécessaire et légitime et nous possédons de multiples preuves de l’existence de
l’inconscient. Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sont extrêmement
lacunaires.
Notes. ° La légitimité évoque le fondement du pouvoir et la justification de l’obéissance
qui lui est dû. « Est légitime ce qui a caractère de loi » (Littré) C’est le droit qu’il s’agit de
prémunir contre toutes les entreprises de la force.
° La nécessité : l’état de nécessité justifie ce qui n’est pas en principe prévu par
la loi et répond à un libre choix de l’individu. Mais ce choix se fait tout de même en
référence à la loi.
Il y a une différence entre légitime et nécessaire. Si on peut comprendre le meurtrier de
quelqu’un et la nécessité dans laquelle il s’est trouvé impliqué, on ne le légitime pas pour
autant. En analyse, ce n’est pas parce que je comprends la nécessité dans laquelle se
trouve le patient qu’il est légitime que je le lui dise. Ce n’est pas parce qu’on a le pouvoir
de discerner que notre discours est légitime. En analyse, le patient vient poser la question
de la légitimité de sa démarche qui avait été nécessaire à une époque. La légitimité n’est
jamais nécessaire. La nécessité est de l’ordre du besoin et du rapport de force. C’est la
question du monde moderne pour qui est légitime non ce qui est permis ou défendu au nom
de la loi, mais ce qui est possible, ce qui apparaît nécessaire.
Nécessaire et légitime sont des métaphores juridiques. Elles viennent du droit. Freud
fonde et élabore sa théorie sur le droit : il cherche un statut scientifique. La prétention
(« j’ai bien le droit de… ») est intenable, parce que n’étant pas fondée sur le droit, elle n’a
pas de fondement symbolique. Ce n’est pas l’envie qui fonde le droit, car la légitimité est
alors fondée sur une nécessité. Ce que j’avance comme droit est valable pour moi comme
pour les autres. Freud fonde en droit l’inconscient pour échapper à l’idéologie qui serait
fondée sur l’envie de faire n’importe quoi.
On est/naît sujet de droit. Ce n’est pas de parler de n’importe quoi qui est légitime : on
serait dans la perversion. Il est nécessaire que les analystes parlent sous certaines
conditions.
Freud cherche à dire que les actes manqués, les rêves… ont un statut de droit. Il s’agit
de tendre à l’universalité et de faire fonctionner une structure dont aucun élément ne peut
être évité. Si on dit que tous les hommes sont égaux, sont des sujets parlant, on ne peut pas
dire que le psychotique n’est pas un Être humain.
Freud sort la science d’un statut d’objet imaginaire. Alors qu’on pouvait penser que la
science n’était ordonnée qu’à la connaissance de l’objet, il la fait basculer. Il ne s’agit pas
de la connaissance de l’objet en tant que tel, mais celle-ci est ordonnée à la vérité du sujet.
Chez le médecin, la vérité est ordonnée par l’entendement de ce qu’il sait. Chez Freud,
c’est l’inverse : le savoir est dans l’ordre de la représentation, mais s’agissant d’un sujet,
il est illégitime de le rabattre au niveau d’un objet. Aujourd’hui, on entend la science de
plus en plus comme une technique à laquelle on a droit.
En médecine, quand on sort du corps parlant, on part dans la technique et le corps
n’est plus que de la viande. Or, le corps est signifiant même là où on ne l’entend pas. Si on
élabore le droit de l’homme en fonction de la médecine, c’est avoir une viande qui
fonctionne bien. Pour nous, analystes, c’est d’avoir une viande qui parle. Le droit de
l’homme, c’est parler en tant que sujet et pas seulement comme corps qui fonctionne.
Le droit fonde la vérité. Ce qui articule viande/désir c’est la loi, le droit. C’est une
erreur de vouloir fonder l’entendement de l’analyse sur la technique : pouvoir faire
quelque chose ne légitime pas que nous le fassions.

3
La bipolarité de l’appareil psychique se situe entre vérité et perversion et non entre
normal et anormal. Le droit représente le passage d’une situation de soumission /
domination à un rapport de parole et d’obéissance. L’analyse permet la sortie d’un
rapport de soumission d’un sujet devant la domination de l’imaginaire, mais il est
impossible d’en parler en dehors de la métaphore juridique : c’est sortir du couple
persécuteur - persécuté. Le « tueur » est toujours du côté de la mère et c’est pour cela que
le père est porteur de la loi.

L’inconscient p. 66
OC Vol. XIII p. 206 §1
Elle (l’hypothèse de l’inconscient) est nécessaire parce que les données de la conscience sont
extrêmement lacunaires… Il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués,
présupposent d’autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. Ces actes
ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves chez l’homme sain, et tout ce qu’on appelle
symptômes psychiques et les phénomènes compulsionnels chez le malade… Tous ces actes
conscients demeurent incohérents et incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu’il
faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d’actes psychiques… La
plus grande partie de ce que nous nommons connaissance consciente se trouve nécessairement, en
état de latence, donc dans un état d’inconscience psychique.
L’inconscient p. 68 § 1
OC Vol. XIII p. 207 § 1
On est en droit de répondre que l’assimilation conventionnelle du psychique et du conscient n’est
absolument pas utilisable. Elle brise les continuités psychiques, nous précipite dans les difficultés
insolubles du parallélisme psycho-physique, prête le flanc au reproche de surestimer, sans
fondement évident, le rôle de la conscience et nous contraint à abandonner prématurément le
domaine de la recherche psychologique, sans pouvoir nous apporter de dédommagement tirés
d’autres domaines.
Notes. Le parallélisme psycho-physique connote ce qui va devenir chez Lacan la
spécularité. Si le psychique est le conscient, on tombe dans le parallélisme psycho-
physique.
Dans la praxis, on a intérêt à comprendre comment le discours de l’analysant
fonctionne comme spécularité de lui-même. Nous sommes en pleine spécularité si notre
identité de sujet du discours dépend de l’image que nous avons de nous-même. On
reconnaît que quelqu’un qui est dans la spécularité sort de ce parallélisme, quand il va en
parler. Quelqu’un qui parle de la spécularité où il se trouve par rapport à son propre
discours s’en sort forcément. Dans la vie courante, notre image est chérie ou non au nom
des valeurs sociales : on chérit d’être l’image du truand. La loi du narcissisme est la loi de
l’image : le truand se réfère à l’image mauvaise de lui comme idéalisée d’être mauvaise.
Le problème n’est pas que l’image soit bonne ou mauvaise mais qu’elle soit image.
L’image n’a pas d’existence. Si nous attendons de notre propre image le fait d’exister,
nous pourrons attendre longtemps !
L’inconscient p. 69
OC Vol. XIII p. 207 § 2
D’autre part, il est sûr qu’ils (les états psychiques inconscients) entretiennent le contact le plus large
avec les processus conscients : ils obtiennent, moyennant l’accomplissement d’un certain travail,
d’être transposés en ces processus conscients, d’être remplacés par eux et ils peuvent être décrits
avec toutes les catégories que nous appliquons aux actes psychiques conscients… En vérité, nous
sommes obligés de dire d’une bonne partie de ces états latents qu’ils ne se distinguent des états
conscients en ce que précisément la conscience leur fait défaut. Nous n’hésiterons donc pas à les
traiter comme des objets de la recherche psychologique, et à les mettre en un rapport très étroit
avec les actes psychique conscients.
4
Notes. Lacan a dû lire un certain nombre de fois cette page pour dire : « L’inconscient
est structuré comme un langage ».
Si nous pouvons en parler, c’est que ça parle : c’est bien structuré comme un langage
inconscient puisque nous pouvons en dire quelque chose. Nous pouvons l’entendre dans
l’ordre de la traduction. C’est efficace puisque ça produit des fruits au niveau du langage
et du corps.
Le langage de l’inconscient rompt avec ce que l’on croyait que notre image tenait.
L’instance de l’inconscient nous fait sortir de la spécularité. Ce lieu où ça peut passer de
l’un à l’autre (de l’inconscient au conscient), est légitimé par l’interprétation et la
découverte du refoulement. C’est à partir du point central du refoulement que ça passe de
l’un à l’autre, mais l’inconscient n’est pas que le refoulé. De la même façon qu’il divise la
conscience, il divise l’inconscient.

L’inconscient p. 70 § 1
OC Vol. XIII p. 208 § 2
Les expériences hypnotiques… ont démontré de manière tangible, avant même l’époque de la
psychanalyse, l’existence et le mode efficace de l’inconscient psychique.
Notes. L’efficacité est due aux effets de l’interprétation. Nous reconnaissons les effets de
l’interprétation à plusieurs facteurs :
à son gain de sens au niveau de la conscience, mais on peut faire surgir des gains
de sens qui n’en finissent plus en se débrouillant pas mal avec la théorie et avec le
discours.
à la sédation du symptôme. Ça se met à parler autrement au niveau du corps. Le
symptôme se met à parler. Autrement dit, le sujet était enfermé dans le mutisme. Ce
qu’avance Freud théoriquement, est toujours référé à une pratique analytique. Sinon, on
tombe dans une spécularité intellectuelle où le gain de sens va être fantasmatique : on va
avoir l’impression de comprendre, mais il ne va rien se passer. Garder la ligne de travail
de Freud empêche de tomber dans la spécularité intellectuelle et théorique. La spécularité
des mots pour les mots, des mots pour les choses est ce qui régit la psychose. Les
schizophrènes par exemple, sont dans un miroir : ils souffrent d’un trop de sens. Il n’y a
pas de rupture. Ils prennent pour réel ce qui n’est que des mots ou du rêve : ils suivent ce
qu’ils conçoivent en rêve.

L’inconscient p. 70 § 2
OC Vol. XIII p. 208 § 3
Mais l’hypothèse de l’inconscient est aussi une hypothèse pleinement légitime …La conscience ne
procure à chacun de nous que la connaissance de ses propres états psychique : qu’un autre homme
ait aussi une conscience, c’est là une inférence qui est tirée, par analogiam , pour nous rendre le
comportement de cet autre homme compréhensible, en se fondant sur la perception de ce qu’il dit
et fait.
Notes. La conscience est l’origine des sens du psychisme. Dans le phénomène de la
conscience, nous n’avons pas la perception d’actes de l’extérieur, mais la connaissance de
l’état psychique qui médiatise la perception du monde extérieur. C’est un organe des sens
et non du sens.
À chacun de nous. Pour fonder la loi, il faut que ce soit universel. Il s’agit du passage
d’une expérience particulière au général. La fausse scientificité, consiste à accumuler les
cas individuels pour arriver à un discours général, mais ce n’est pas légitime. Ce qui
autorise de passer du particulier au général c’est de dire que ce qui est vrai pour l’autre
est vrai pour moi. Le passage par la singularité autorise le passage à l’universel. Ce qui
fait la même humanité, c’est que nous sommes différents de l’autre. Ce qui est vrai pour un

5
homme est vrai pour tous. Un homme, c’est tous les hommes. L’humanité se dit dans la
différence des corps.
L’inconscient p. 70 bas/71
OC Vol. XIII p. 208 § 3 et 209 § 1
Nous prêtons, sans réflexion spéciale, à tout autre être en dehors de nous, notre propre constitution,
et donc aussi notre conscience : et notre compréhension présuppose cette identification… Mais là
même où la tendance originaire à l’identification est sortie victorieuse de l’examen critique, à savoir
dans le cas de cet autre qui nous est le plus proche, l’humain, l’hypothèse de la conscience repose
sur une inférence et ne peut bénéficier de la certitude immédiate que nous avons de notre propre
conscience.
Notes. L’autre homme est le plus proche de nous parce qu’il parle. Ça ne parle pas de
manière singulière chez l’animal.
On trouve cette identification imaginaire chez ceux qui imaginent qu’il y a une parole ou
un discours chez les animaux. Certains enfants psychotiques vont jusqu’à cette
identification en se prenant pour un animal ou une fleur.
L’identification n’est légitime que lorsqu’il s’agit d’un autre homme sinon c’est de la pure
projection. L’identification à un autre homme n’est pas de la projection (ça peut l’être)
parce qu’en lui ça parle. La parole est spécifique à l’homme et fait de lui un genre
singulier.
L’inconscient p. 71 § 2 & 72 & 2
OC Vol. XIII p. 209 § 2 & 3
Or, la psychanalyse n’exige rien si ce n’est que ce procédé d’inférence soit aussi appliqué à la
personne propre, bien qu’assurément il n’existe pas de tendance constitutionnelle à le faire. Si l’on
fait ce pas, il faut dire que tous les actes et toutes les manifestations que je remarque en moi et que
je ne sais pas relier au reste de ma vie psychique doivent être jugé comme s’ils appartenaient à une
autre personne et que l’on doit les expliquer en leur attribuant une vie psychique. L’expérience
montre aussi que, si, dans le cas de la personne propre, on refuse de reconnaître certains actes
comme psychiques, on s’entend fort bien à interpréter ces mêmes actes - c’est-à-dire à les intégrer à
l’ensemble du psychisme - chez les autres.
Or, ce procédé d’inférence, appliqué, en dépit de la résistance intime, à la personne propre, ne
conduit pas à la découverte d’un inconscient, mais, pour s’exprimer plus correctement, à
l’hypothèse d’un autre, d’une seconde conscience, unie dans ma personne à celle qui m’est connue.
Notes. Il s’agit d’une interrogation sur soi, en tant qu’elle est valable pour tel ou tel autre
en particulier, mais aussi pour tous les autres.
Il y a déduction du fait que moi je parle, j’en déduis que les autres parlent.
Il y a induction : du fait que les autres parlent, j’en déduis que moi je parle.
Mais, si ça parle dans les autres à leur insu dans les actes psychiques latents, j’ai à inférer
que ça parle en moi à mon insu. Nous passons du registre du discours au registre de la
parole. Ce qui fait la déduction universelle à partir de cette singularité : si je suis un
homme comme les autres sont hommes, comme chez eux ça parle et ça ne se sait pas, alors
en moi ça parle et ça ne se sait pas. Comme ça parle à mon insu, je ne sais pas de quoi je
parle quand je parle de moi parlant. La parole fait la singularité de notre structure.
La conscience ne procure à chacun de nous que la connaissance de ses propres états
psychiques. Qu’un autre homme ait aussi une conscience est une conclusion que nous
tirons par l’analyse pour nous rendre le comportement de cet autre homme
compréhensible en se fondant sur la perception de ce qu’il dit et fait. Cette compréhension
suppose une identification.
Nous pouvons faire la même démarche pour nous-même. Toutes les manifestations que je
remarque en moi et que je ne sais pas relier au reste de ma vie psychique doivent être
6
jugées comme si elles appartenaient à une autre personne et nous devons les expliquer en
leur attribuant une vie psychique. Souvent nous refusons de reconnaître pour nous-même
certains de nos actes comme psychiques alors que nous interprétons ces mêmes actes chez
les autres. Il y a donc un autre en moi uni à ma personne, une seconde conscience qui
m’est inconnue.

L’inconscient p. 73
OC Vol. XIII p. 210 §1
Comme nous l’apprend l’investigation psychanalytique, une partie de ces processus latents
possèdent des caractères et des particularités qui nous apparaissent comme étranges et même
incroyables et qui vont directement à l’encontre des propriétés de la conscience que nous
connaissons. Nous sommes par là fondés à modifier l’inférence que nous avons appliquée à la
personne propre : elle ne prouve pas qu’il y a une seconde conscience en nous, mais qu’il existe des
actes psychiques qui sont privés de conscience.
Notes. Le fait que nous parlons va directement à l’encontre des propriétés de nos
connaissances. Ce n’est pas une étrangeté à l’intérieur de nous-même qui renvoie à l’état
de conscience dans un espèce de miroir, c’est l’altérité.
Ce que nous sentons d’illégitime dans le racisme par exemple, ce n’est pas seulement un
sentiment social. Est étranger quelqu’un dans lequel on ne se reconnaît pas. Percevoir que
l’étranger est un être humain, nous fait sortir du racisme : en effet ça parle en lui comme
en moi, même s’il ne parle pas la même langue. Nous sommes au cœur de la structure
humaine. Nous parlons de nous-même alors que nous ignorons la langue qui nous parle. Il
s’agit du passage à l’humanité en tant qu’elle est universelle et qu’elle trouve son identité
dans la différence des formes imaginaires entre les races ou entre les langues. Il n’y a pas
d’autres médiations. Par exemple le problème de l’étranger relativement à la loi mosaïque
: l’étranger est un autre s’il n’obéit pas à la loi valable pour tous, la loi des hommes. Ce
n’est pas en tant qu’il obéit à la loi qui régit tel groupe d’homme, c’est en tant qu’il est
homme.
L’inconscient p. 74
OC Vol. XIII p. 211 §1
…l’objet intérieur est moins inconnaissable que le monde extérieur.

Notes. Il y a une médiation (la conscience) qui rend l’inconnu, l’inconscient moins
inconnaissable. L’inconnu apparaît comme inconnu, comme perte. Les trous que nous ne
connaissons pas, sont à reconnaître dans l’objet perdu. Ces pertes successives qui font
traces, nous renvoient constamment à quelque chose d’originellement perdu qui est
l’inconscient (Ics), l’inconscient originel. Les manques sont signifiants de ce qui est
originellement perdu. Ce processus nous oblige à poser la question de l’origine.
La parole pleine est celle qui ne renvoie pas indéfiniment d’une image à l’autre mais qui
se réfère à ce qu’elle ne connaît pas. Articulation de ce que nous comprenons à ce que
nous ne comprenons pas et qui est le désir. Le point où le désir bascule du savoir dans le
non-savoir. C’est du lieu du non-savoir que ça se met à parler.

II. La pluralité des significations du terme d’inconscient et le point de vue topique


L’inconscient p. 76 §2
OC Vol. XIII p. 212 §1
Nous énoncerons un résultat de la psychanalyse : un acte psychique en général passe par deux
phases, deux états, entre lesquels est intercalée une sorte d’épreuve (censure). Dans la première

7
phase, il est inconscient et appartient au système inconscient (Ics) : s’il est écarté par l’épreuve que
lui fait subir la censure, le passage à la deuxième phase lui est refusé : il est alors refoulé et doit
nécessaire rester inconscient. Mais s’il réussit dans cette épreuve, alors il entre dans la deuxième
phase et appartient désormais au deuxième système que nous décidons d’appeler le système
conscient (Cs). Mais son rapport à la conscience n’est pas encore déterminé de manière univoque
par cette appartenance. Il n’est pas encore conscient, mais bien plutôt susceptible de devenir
conscient… Nous appelons aussi ce système conscient le préconscient.
Notes. Il s’agit ici de la réalité psychique, d’une conception dynamique des processus
psychiques qui s’oppose à une psychologie descriptive. À cela s’ajoute la topique
psychanalytique qui permet d’indiquer pour un acte psychique quelconque à l’intérieur de
quel système ou entre quels systèmes il se situe.(p.77§2)

Réalité psychique

Inter- esse (être)


Est-entre

Ics CENSURE Cs

La réalité psychique ne peut être autrement « qu’inter-essée » par le Conscient et


l’Inconscient, mais il n’y a pas de réalité psychique sans censure. La censure ce sont les
« inter-dits », ce qui est dit « entre » dans le champ de la parole et du langage. Il est donc
impossible de penser la censure hors d’une structure du langage. Si on ne fait pas surgir
un troisième terme entre conscient et inconscient (la censure), ces instances restent
descriptives comme la psychologie descriptive qui parle de la matière sans y être.

L’inconscient p. 79 §1 12/80
OC Vol. XIII p. 214 §1 (fin)
Pour le moment, notre topique psychique n’a rien à voir avec l’anatomie : elle se réfère à des
régions de l’appareil psychique, où qu’elles se situent dans le corps, et non à des localités
anatomiques.
Notes. Le corps n’est pas une réalité anatomique, mais une réalité symbolique à travers le
signifiant. C’est en tant que le corps s’inscrit dans la chaîne signifiante, qu’il est référé à
un lien psychique qui n’est pas de l’ordre de la conscience. Nous sommes donc référés à
quelque chose qui est du psychique sans être du conscient et quelque chose qui est du
corps sans être physique. Ce quelque chose, c’est l’inconscient.
« L’inconscient c’est une coupure en acte » (Lacan). Il est coupure à la place du
parallélisme et réfère au lieu du sujet barré par le signifiant. Si le psychique égale le

8
conscient, on tombe dans le parallélisme psycho-physique qui connote ce qui va devenir
chez Lacan la spécularité.
(Denis Vasse reprend en le développant le rapport entre le parallélisme psycho-physique et
la spécularité cf p. 4)
Dans la praxis, on a intérêt à comprendre comment le discours fonctionne comme
spécularité de soi-même. L’identité du sujet du discours dépend de l’image que l’on a de
soi-même. Comment reconnaître que quelqu’un qui est dans la spécularité sort de ce
parallélisme ? Quand il va en parler ! Quelqu’un qui parle de la spécularité dans laquelle
il se trouve par rapport à son propre discours est forcément quelqu’un qui en sort. Dans la
vie courante, notre image est chérie, qu’elle soit chérie d’être idéalisée au nom des valeurs
sociales ou chérie d’être l’image d’un truand. Freud compare le narcissisme de la jolie
femme au narcissisme du truand. Il y a une loi du narcissisme qui est la loi de l’image qui,
chez le truand se réfère à la mauvaise image de lui-même idéalisée comme mauvaise.
Qu’elle soit bonne ou mauvaise ce n’est pas le problème, c’est qu’elle soit image. Or,
l’image n’a pas d’existence. Si on attend de l’image le fait d’exister, on peut attendre
longtemps.
L’inconscient p. 79 §2 bas
OC
À la première hypothèse topique, est liée l’hypothèse d’un séparation topique des systèmes Ics et Cs
ainsi que la possibilité, pour une représentation, d’être présente simultanément en deux endroits de
l’appareil psychique et même, régulièrement, quand elle n’est pas inhibée par la censure, de
s’avancer d’un lieu à l’autre, éventuellement sans quitter son premier emplacement, sa première
inscription.
Notes. Ça se met à parler là où c’était censuré et ce n’est pas imputable à une cause
supérieure. Là où la censure est levée, le sujet se met à fonctionner, ça se met à parler là
où c’était muet.
L’inconscient, c’est l’insu de l’homme, ce qu’il ne sait pas de lui-même. Nous avons une
tendance constante de croire que la parole qui nous habite est fondée par les objets de
notre connaissance. Quand l’objet de la connaissance devient « lui-même », il retombe sur
l’énigme de la parole. L’énigme de la parole, va directement à l’encontre des propriétés de
nos connaissances. Ce n’est pas une étrangeté à l’intérieur de nous-même qui renvoie à
l’état de conscience dans une espèce de mémoire, mais une altérité.

L’inconscient p. 81 §1 31/01/81
OC Vol. XIII p. 215 §1
La moindre réflexion montre que l’identité du souvenir communiqué et du souvenir refoulé du
patient n’est qu’apparente. Avoir entendu et avoir vécu sont deux choses de nature psychologique
tout à fait différente , même si elles ont un contenu identique.

LES IMAGES ET LES MOTS. (Texte de Denis Vasse).


Qu’est-ce que cela veut dire ? Y aurait-il dans l’appareil psychique deux zones séparées radicalement ?
L’une concernant les choses vécues, sensations ou sentiments, qui s’imprimeraient directement dans
I’appareil psychique sous forme d’images sans représentation de mots ? L’autre concernant les choses
entendues et qui n’aurait pas de représentation visuelle ?
Il faudrait alors admettre que l’image se forme dans l’appareil psychique sans les mots et réduire au
fonctionnement d’un appareil optique, dénué de signifiance, le fonctionnement de l’appareil psychique.
Le sens des images ne serait que secondaire par rapport au fait de « sentir » ou d’éprouver des sensations.
Les images, alors, seraient des constructions inertes et finalement non-psychiques, prenant sens
secondairement et les hallucinations ne seraient que le resurgissement de ces images.

9
Mais il y a là une contradiction flagrante : les hallucinations ont un sens. Elles ont même trop de sens.
Elles représentent quelque chose et c’est même de cette signification envahissante que celui ou celle qui
les ont, ne peuvent se débarrasser. Ce sont des représentations prises pour une présence réelle et qui sont
comme la manifestation dernière du sens. Une hallucination a trop de sens et il n’est pas possible, de
l’extérieur, de mettre ce sens en question. Elle ne manifeste plus ce qu’elle représente, elle ne représente
plus quelque chose ou quelqu’un. Elle est une image « pleine », pourrait-on dire. Une image qui ne
représente plus ce qu’elle signifie, une image prise pour la chose, un mot qui a perdu son pouvoir de
représenter ce qui est absent. ElIe est un signifiant qui renvoie au contenu imaginaire comme s’il était
dans l’image, comme s’il était l’image même.
Elle est le refoulement massif du processus même de représentation. Elle fait apparaître comme étant
là ce qui n’est pas là.
Or, si « le mot tue la chose » dans le langage, si « le signifiant ne représente le sujet que pour un autre
signifiant » dans l’ordre symbolique, cela veut dire précisément, non seulement qu’il ne représente pas le
contenu, le signifié, mais encore qu’il ne l’est pas. Le mot n’est pas la chose. Il n’est pas non plus le su-
jet. Et c’est en cela qu’il est un signifiant dans une chaîne. Mais c’est en perdant ce rapport constitutif au
manque ou à l’absence que le mot devient opaque. II est pris soit pour le signifié lui-même dans la
disparition du sujet, soit pour le sujet lui-même dans la disparition du signifié. L’image acoustique ou
visuelle, ou sensationnelle, perd sa faculté de représentant-représentatif. Dans un excès de signifiance,
elle perd son rôle de signifiant. L’excès de sens, et l’invasion du champ psychique qui le caractérise
cliniquement, signe la perte du sens. Quand tout prend sens, comme dans le délire d’interprétation, c’est
que plus rien n’en a. En terme plus technique, il manque le manque auquel s’arrime tout discours et par
lequel se réfère au sujet inconscient ce qui le représente, dans la représentation même.
Dès lors qu’il y a « image », - et I’image est toujours consciente même quand il s’agit de 1’halluci-
nation dont on peut dire qu’elle est hyper consciente -, c’est qu’il y a eu mise en branle de 1’appareil
psychique et de l’inconscient. C’est que se sont articulées les représentations de choses et les
représentations de mots, c’est que « ça parle », pour un sujet donné, dans le jeu des représentants
représentatifs qui représentent la pulsion - ou son objet - dans la conscience aussi bien que dans
l’inconscient. L’appareil psychique comme tel n’est fait que de cela. Il naît pour ainsi dire, de cet entre-
deux, de cette articulation qui le divise en Ics et Cs et qui indique la position du sujet par rapport aux
pulsions dont son corps est le théâtre.
L’hallucination peut être conçue comme une « représentation » qui fait hernie dans le langage, le
paradoxe d’une image-en-soi (or, il n’y a pas d’image-en-soi) qui a perdu ses attaches langagières, qui
n’entre plus dans le jeu de la métaphore et de la métonymie. Du moins ses attaches se sont-elles
relâchées. Les mots qui la relient au corps de langage ont été refoulés et elle a perdu son caractère
signifiant pour un sujet parlant.
Il se peut que ce refoulement soit préalable à la mise en place des mots. Il porte alors, comme dans la
psychose, sur la parole même. I1 faudrait même dire alors qu’il porte sur le droit à la parole du sujet :
« ça » ne lui parle pas, car il n’a pas le droit d’en parler : « ça » ne lui parle pas de lui parce que personne
ne 1ui a parlé de « ça », que « ça » n’a jamais été symbolisé pour lui. Ça reparaît dès lors dans le réel, en
faisant hernie au lieu et place de l’Autre, en lui, comme une monstrueuse invagination à partir des bords
de sa bouche. C’est en lui et il ne peut pas en parler : invagination, réticence, inhibition de la parole,
mutisme. Dans l’angoisse de la confusion, il est ce qu’il ne peut pas dire.
Si le travail analytique parvient à lever le refoulement, à abaisser la censure qui condamne la parole sur
ce sujet en condamnant le Sujet à ne pas parler sous peine d’en mourir de honte ou de souffrance, les
liaisons avec les traces mnésiques inconscientes se rétablissent et la hernie hallucinatoire se résorbe dans
le langage. C’est dans cette mesure que le sujet entend ce qu’il ne faisait que dire ou que voir.

L’inconscient p. 80 §2 (bas)
OC Vol. XIII p. 215 §1
La suppression du refoulement n’intervient pas avant que la représentation consciente, une fois
surmontées les résistances, ne soit entrée en liaison avec les traces mnésiques inconscientes. C’est
seulement quand ces dernières sont elles-mêmes rendues conscientes que le succès est atteint.

10
Bien sûr, dans le cas de la psychose, les traces mnésiques sont des blancs, des traces de non-mots, des
trous dans le langage dans lesquels le sujet lui-même s’engouffre, en proie au vertige dû à1a perte de tout
repère signifiant de sa propre position. Mais les traces de non-mots sont relatives aux mots non-inscrits et
ne peuvent se penser que relativement à I’instauration du langage. Là, il ne doit pas y avoir de mots et le
sujet reste coincé dans la peur des mots qui pourraient y advenir, il reste prisonnier d’une jouissance
majeure dans l’effroi de mots qu’il ne peut pas dire, sauf à mourir. Il n’a pas le droit d’en parler : il n’a
pas le droit de parler de lui en parlant de « ça », car s’il parle de Ça, s’il ose en parler c’est tout
l’imaginaire de son « moi », dans la constellation familiale ou sociale, qui est mis en péril. Il n’a pas plus
le droit de se représenter cela que, dans la Bible, les hommes n’ont le droit de se représenter Dieu. Dès
lors l’équivalence est facile : « Nul ne peut voir Dieu sans mourir ». La place laissée vacante par les mots
devient le sanctuaire vide et sacré de l’effroi qui tue. Tout s’organise, dans la libido, pour éviter de parler
de cet imaginaire pris pour Dieu : ne pas en parler, c’est faire comme si ça n’existait pas, c’est se protéger
du vertige de la perte du moi, en édifiant le rempart du mensonge et de la perversion. C’est exhausser au
rang de 1a vérité du sujet désirant ce que je ne peux ou ne veux pas savoir de moi. C’est faire de
l’ignorance (que d’aucuns peuvent confondre avec le non-savoir) vertu. C’est promouvoir l’ignorance
comme secret du désir.
(Ici se situe une séance avec un analysant de structure perverse).
En partant, après une séance un patient, de structure perverse, me dit :
« Finalement j’ai peur des mots »,
Il sait pourtant beaucoup de choses et il a passé sa vie à apprendre. À 1a séance suivante, voici ce qu’il
me dit :
« Je n’arrivais pas, je n’arrive pas à transformer les images en mots. Il y a une discordance… ça
défile à toute allure dans ma tête et ce que je dis n’est jamais ce que je pense (ce que j’imagine). J’ai fait
un rêve : je me trouvais à Paris, sortant d’un magasin. J’ai rencontré la femme d’un ami. On s’est
arrêté, on a discuté. On est parti et e1le m’a pris le bras comme si on avait couché ensemble. C’est un
rêve qui m’a fait chaud. C’est la première fois, depuis longtemps, qu’il m’arrive de rêver à une femme ».
Il est en proie à des passages à1’acte homosexuels depuis toujours. Il sont la répétition d’une scène
inaugurale où jouant, avant trois ans, sur le giron de son père allongé sur un lit, il a provoqué chez lui 1a
défaillance orgastique. Il l’a perçue dans le regard chaviré du père qui dans le même mouvement 1’a
rejeté de lui. Fantasme ou réalité, peu importe. Ses passages à l’acte obéissent avec la rigueur d’une
répétition vaine et déstructurante au même et indéfini scénario : traqué par le regard, il y est
obligatoirement conduit et toute vie sexuelle, chez lui, évoque la mort. Comme il arrive souvent en ce cas,
il est marié. L’image de l’homme marié vient incessamment combattre, dans l’escalade d’une vie de
mensonges, sa tendance homosexuelle. Le mariage alors devient dénégation permanente et, il faut le dire,
l’équivalent d’un suicide du désir de la vérité. Inutile ici d’en dire plus, mais tout ceci est tout à fait
repérable dans le discours qu’il tient et dont le mensonge l’entraîne avec une violence de plus en plus
grande au désespoir.
« … Depuis que je suis là, j’ai une phrase qui me revient toujours : je ne me supporte plus (3 fois)…
Je pense que j’ai peur de... Je ne peux plus vivre avec cette homosexualité qui me bouffe totalement
(invagination dans 1’appareil psychique) J’ai vraiment envie de dégueuler quand j’y pense à ce truc-là
(rejet qui répète le « rejet » du père). Je pense à ma fille... elle a les mêmes difficultés que moi... elle
aussi, elle est aussi coincée que moi... Je n’arrive pas à mettre des mots sur les images qui me passent
par la tête... et c’est sans cesse… je n’arrive pas ».
« Je n’ai jamais pu dire lorsque je fais l’amour, ce que je ressentais. Vraiment, c’est un sujet tabou...
Tout ce qui a trait au sexe ne peut se dire… (Bergman)… Le silence à ce sujet aussi… Je n’ai jamais pu
dire à une personne que je la désirais. »
« C’est idiot... le mot qui vient, c’est SACRÉ qui me vient maintenant à 1a tête... C’est pas quelque
chose qui fait partie de 1a vie! pour moi Sacré ? Interdit… rituel... cérémonie… mort ».
Un sanglot le déchire, auquel i1 résiste… Je lui dis de se laisser pleurer.

11
« Si j’arrivais à trouver les mots pour parler de tout ça… c’est un tel fatras » (confusion)
DV: « C’est comme si les mots étaient confisqués ». (soulagement)
« Absolument… Je les sais... je les sens… ils sont comme emmagasinés, comme dans un sac (sa peau),
dans un coin... et moi à côté... ABSOLUMENT CONFISQUÉS… c’est le mot…il ne m’est pas autorisé de
parler » !

Je crois que mieux qu’une grande explication théorique, mais non pas sans elle, une telle séance est
évocatrice de l’emprisonnement dans l’imaginaire. Toute une vie imaginaire peut ainsi être construite sur
une hétérosexualité affichée qui dénie l’homosexualité cachée, sur l’enseigne d’une maternité
apparemment florissante qui dénie la plus féroce pulsion de meurtre. Ainsi se constitue le dédoublement
pervers du moi ; cette duplicité ravageante qui camoufle, singe, se substitue à la division du sujet, évite la
chute de l’image qui est le ressort de toute castration symbolique. La libération de l’imaginaire s’opère
dans la confiance aveugle (les yeux fermés) d’une parole remise à 1’autre pour que, dans la brisure de
l’image et de son double, la parole de l’Autre se fasse entendre et confirme, par ses effets, le sujet dans 1a
vérité d’un désir qui parle de lui en l’autre et en moi, et qui se trouvait confisqué dans le regard spéculaire
du mensonge avec ou sans mots.
Et à y bien regarder, l’omission des mots est en ce cas pire que leur émission : elle donne l’impression
de ne pas mentir, elle se réfugie derrière l’apparente transparence et la fallacieuse naïveté du
regard pervers, qui traque sa proie en la laissant se prendre à son propre piège. Les rencontres
dites « homosexuelles » se font par le regard vide et mort qui attire le partenaire et le conforme à
l’image de lui-même qu’il ne peut ni ne veut voir par peur de mourir. Ce regard le convoque à une mort
réelle, là où se trouve soigneusement évitée, en lui-même, la mort de son image prise pour la vérité du
sujet.
Suit une séance avec le même analysant un ou deux mois plus tard (à la porte, le premier sourire)
« J’ai fait un 1ong rêve et ce qu’il en reste, c’est tantôt ma mère, tantôt ma femme…la même... J’ai
réalisé quelque chose ces jours-ci à propos de ma femme … je suis en même temps elle et moi…je sais
pas comment dire… quand e1le n’est pas 1à, c’est comme si j’étais amputé de quelque chose de moi.... Je
crois que c’est totalement ça ! C’est pour ça que quand elle n’est pas 1à, je suis si mal… J’ai fait un rêve,
i1 y a quatre ou cinq jours. Je regardais et il y avait à coté de moi quelqu’un , un inconnu… je regardais
la TV, un reportage de l’inauguration d’un barrage... inauguré par J.L. Barrault et je critiquais J.L.
Barrault qui me paraissait (ce qu’il dit souvent de son état)... et je me suis retrouvé dans 1a
manifestation ( confirmation et passage dans l’image) : c’était au bord d’une falaise, il y avait le barrage
au fond, un à pic et au fond un petit 1ac. Il y avait un tas de gens... et personne ne faisait attention au
précipice et, à la fin, des milliers de personnes jouaient au football... Il y a très souvent dans mes rêves
ces à pics, ces précipices, ces chutes ... »
« Depuis que je suis rentré ( i1 a pris deux jours de vacances), j’ai vraiment l’impression qu’il y a du
changement… avec ma femme, je suis beaucoup plus détendu... C’est aberrant, mais ce que ma femme ne
fait pas avec moi en quelque sorte... c’est contre moi. »
« Je suis allé en Italie quarante huit heures. Le samedi soir, au restaurant seul, j’ai mangé à toute
allure... et après je me baladais dans 1a vi1le et d’un seul coup… parfois je parle fort, je parle haut dans ma
tête… pour me forcer à tourner la page… là, tout haut, je me suis mis à dire : « in cauda venenum »… ça
m’a fait rire d’ailleurs... Lorsque ma femme n’est pas avec moi, j’ai l’impression de ne plus avoir de sexe…
ou, de n’être que ça… d’être empoisonné par ça… J’ai pensé... amputé et, en même temps, m’est venue
l’image de ma mère qui passait sa main sous les draps et me touchait le sexe, sans dire un mot avec une tête
complètement fermée, absente, un regard vide… comme si je n’existais pas ».
DV : « oui, comme si le sexe lui appartenait ».
« Comme si ce sexe n’était pas moi… comme si c’était quelque chose coupé en moi dont on ne pouvait
pas parler, qui était à côté (comme le sac de mot, dans la séance qui précède)... Je me figurais que c’était
pour voir si on avait de la température (confusion : zone génitale, zone anale) quand on était malade...

12
quand on a trois enfants, le père de famille ne partait pas à la guerre : gamin je l’entendais dire… et je
me suis dit que je n’avais été qu’un prétexte ».
Séance suivante, dans la même après midi
« ... Ma femme et ma mère se superposaient, c’était en fait le même personnage. Lorsque mon frère
était en Algérie, j’ai appris, par ma belle soeur que ma mère avait refusé d’avoir la moindre relation
sexuelle avec mon père. Ça me fait penser à des tas de choses : prétexte pour ma mère…
Le sexe est le lieu du prétexte : attouchement sous prétexte de prise de température, accouchement de
lui sous prétexte d’éviter la guerre au père, évitement du plaisir sexuel sous prétexte d’éloignement du
fils…
« Il devait y avoir entre eux de sacrées difficultés… et sur le plan sexuel aussi…Mon père n’existait
plus en tant qu’homme, c’était plutôt ses garçons « .
DV : « oui... cette caresse sexuelle dans un regard vide… »

« Caresse n’est pas le mot qui convient…. Mais, palpation… contact »

DV : « Pourquoi ? »

« Parce qu’il n’y avait rien dans le regard (il n’y avait donc rien dans la main : substitution du
vide)
Mon Dieu !... c’est la même chose dans les relations homosexuelles… Je me rends compte que le
regard qu’on échange est là aussi un regard vide… Ce qui m’inquiétait beaucoup... c’est que si
el1e faisait ça, c’est qu’à ce niveau, j’étais pas normal...
DV : c’était anormal que ça ne lui donne pas du plaisir ! »

« Oui … c’était la grande gêne ce truc. »

DV : « Un plaisir dénié »

« Quelque chose qui était en dehors de tout, (quelque chose qui était en dehors de la vie, c’est ainsi
qu’il définit souvent sa position)… quelque chose qu’on subissait... »
DV : « On » comme pour cacher que ça ne se passait pas qu’avec vous. »
« Je sais pas… Il m’arrivait très souvent bien plus tard ... J’ai passé six mois en dormant très peu … et
je ne pouvais m’endormir que dans la mesure où je dormais avec quelqu’un.. J’allais réveiller mes
parents et ma mère me laissait sa place (prétexte). Je me mettais dans un coin du 1it... sans bouger… je
ne faisais pas le moindre geste. »
DV : « Comme s’il fallait que cette manière d’être figé vienne dénier l’épisode orgastique avec le père
(aussi bien celui qu’il a effectivement (?) provoqué chez son père que celui de la mère et du père)… ces deux
mois de silence face à face avec mon père… »
« On ne s’est jamais adressé la parole.» (1a gène à cause du sexe devient le lien oedipien)
DV : « Comme s’il y avait eu « ça » entre vous.
« Je ne ne pouvais rien dire… Je ne savais pas si ma mère lui avait dit qu’elle m’avait surpris avec un
copain... je ne savais pas s’il savait...ça… ça avait été présent… et, il s’en était plaint à ma mère (de mon
silence)… qu’il ne savait pas ce que j’avais.
Quand je pense à mon enfance c’est vraiment une impression de pesanteur, de menace, de peur que ça
soit découvert ! »
III – Sentiments inconscients 31/2/81

13
L’inconscient p. 82 §1
OC Vol. XIII p. §2

Je pense que l’opposition entre conscient et inconscient ne s’applique pas à la pulsion. Une pulsion
ne peut jamais devenir objet de la conscience, seule le peut la représentation qui la représente.
Mais, dans l’inconscient aussi, la pulsion ne peut être représentée que par la représentation.
Notes. Jusqu’à présent, l’inconscient était limité aux représentations, mais y a-t-il des
pulsions, des affects, des sentiments… dans l’inconscient ?
- l’opposition entre conscient et inconscient ne s’applique pas à la pulsion,
- une pulsion ne peut jamais devenir objet de la conscience,
- seule peut devenir consciente la représentation qui la représente,
C’est la question de la représentation comme telle. On n’accède jamais directement à la
pulsion. La pulsion est un mythe : c’est ce qu’on suppose être à l’origine de la
représentation qu’elle soit consciente ou inconsciente. C’est en prenant pour objet cette
médiation (la représentation) qu’on peut parler du sujet. La réalité matérielle comme la
réalité du sujet est [Link] en avons des effets dans l’ordre des
représentations. La vérité du désir ne peut être de l’ordre de la connaissance immédiate,
sinon il n’y aurait plus de représentations, plus d’appareil psychique. Je ne peux connaître
mon vrai désir, alors je mets l’envie à sa place en l’identifiant à la pulsion.
L’envie a pris la place du désir quand elle prend la place de la pulsion.

L’inconscient p. 83 §2
OC Vol. XIII p. 217 §1
Quand nous rétablissons la connexion exacte, nous appelons « inconsciente » la motion d’affect
originaire bien que son affect n’ait jamais été inconscient et que seule sa représentation ait
succombé au refoulement.
Notes. Pourtant, il est de l’essence d’un sentiment d’être perçu et connu de la conscience.
L’emploi des expressions « affects inconscients et sentiments inconscients » renvoie
surtout aux destins que connaît le facteur quantitatif de la motion pulsionnelle suite au
refoulement :
- l’affect subsiste totalement ou en partie tel qu’il est.
- l’affect subit une transformation qualitative qui peut déclencher une angoisse
- il est réprimé et son développement est empêché, refoulé.
Nous appelons inconscient les affects que nous rétablissons en redressant le travail du
refoulement. Par contre, la représentation inconsciente une fois refoulée demeure dans le
système Ics comme formation réelle.

Affect ou sentiments Ics Représentation Ics


Ceux que nous rétablissons en redressant Un fois refoulée elle demeure dans le
le travail du refoulement… système Ics comme formation réelle…

… d’un rudiment qui n’a pas


pu se développer
Il peut donc y avoir dans l’Ics des formations
d’affects qui deviennent Cs comme les autres

Ce sont des processus de décharge dont les Ce sont des investissements fondés sur
manifestations finales sont perçues comme sensations des traces mnésiques

Quand on parle d’affect, on parle de pulsion, mais c’est faux : on parle des mouvements de
l’appareil psychique. La pulsion, c’est la méconnaissance de l’affect. Quand nous parlons
de représentation nous en parlons comme conscience, comme si elle était dernière.

14
La méconnaissance est une connaissance qui s’ignore. La méconnaissance suppose la
perception et l’homme se percevant se méconnaît : sa perception est frappée de
méconnaissance. Avoir la connaissance sans rapport à l’autre, devient méconnaissance.
La pulsion est en même temps mythique : différentes et multiples, elles ne sont pas tout à
fait originaires. Elles témoignent d’une origine unique qui est le désir qui met en rapport
avec l’Autre mais qui est indéfectible et éternel. Le désir est infini. Il n’y a connaissance
que dans la reconnaissance qui n’est pas un fruit de la connaissance.
Ce qui est représenté, c’est la pulsion qui naît entre la psyché et le somatique. En tant
qu’analyste, nous n’aurons à faire qu’aux représentations, qu’aux mots. La pulsion n’est
pas de l’ordre de la représentation, mais ce qu’il y a dans le Cs et l’Ics sont des
représentations de ces choses là (pulsions). La RE-PRESENTATION c’est ce qui
présentifie ce qui n’est pas là : l’imaginaire. Il faut bien que cela ait été, et que cela ait été
perdu.

L’inconscient p. 84 §1
OC Vol. XIII p. 217 (milieu)
La répression du développement de l’affect est le but spécifique du refoulement et le travail
spécifique de celui-ci reste inachevé tant que le but spécifique n’est pas atteint.

Texte de Denis Vasse (manuscrit)


L’affect
L’affect connote tout état affectif, agréable ou pénible, vague ou qualifié, se présentant sous la forme
d’une décharge massive ou partielle, ou comme tonalité générale.
Il est de l’ordre du ressenti, de l’émotion qui affecte et transforme le « corps propre » : modifications
sécrétoires des mains, régulation de vascularisation (rougeurs, refroidissement, vertiges…), battement
cardiaque ou de la respiration : les indicateurs de l’amour, de la rage, de la haine, de la tendresse, de
l’envie…
Le but du refoulement est de réprimer le développement de l’affect, d’interdire les effets qu’une
représentation a dans le corps pour un sujet, d’interdire que ça lui parle de lui dans un corps et donc qu’il
parle. On perçoit bien que de proche en proche, pour réduire l’effet de signification d’où surgit la
conscience du sujet, le refoulement empêche non seulement l’accès à la conscience mais le
développement de l’affect et le déclenchement de l’activité musculaire. (voir aussi p. 85).
Il semble qu’avec une petite phrase de ce genre, Freud, peut-être sans le savoir, touche génialement à
ceci : l’interdiction la plus radicale du sujet parlant consiste en la négation du corps et de son « image ».
Là où il n’y a pas de corps à partir duquel se signifie le sujet dans une chaîne d’où il s’exclut, il est exclu
par la parole de l’Autre. Là où il n’y a pas d’acte de signifiance du sujet dans un corps, là où il n’y a pas
de corps, là il n’y a pas de sujet :
- c’est l’accès à la conscience qui est interdit ou modifié.
- ce sont les affects qui manifestent que les signifiants sont captifs du corps et trouvent en lui leur
résonnance (ni pleurs, ni rire, ni émotions…)
- c’est le déclenchement de l’activité musculaire qui se trouve sidéré (catatonie, coma, évanouissement,
sidération, agitation…)
En bref, le refoulement empêche
1- la raisonnance (le sens)
2- la résonance (le langage) – l’imaginaire ?
3- la con-sonance (le corps) réponse du corps à la parole de l’Autre – le désir

En empêchant le sens de se dire, c’est le langage et le corps qui vont à la dissolution.


La psychose serait alors un refoulement réussi – à l’orée de la vie.
Que le corps ne puisse entrer en résonance pour un sujet dissonant au lieu de l’Autre entraîne une non-
prise en compte du corps, un refus qui ne se sait pas, le paradoxal refus de naître si rien ne témoigne que
« je » naît d’un corps qui signifie dès l’origine la parole.

Avec la programmation refoulante :


15
(Cs) la raisonnance devient confusion
(Affect) la résonance devient mutisme
(Ics) la consonance devient morcellement (bizarrerie, éclatement)

CORPS

De ce qui arrive au corps

Accès à la conscience

Représentation
Substitutive

AFFECT

Représentation
rudimentaire (traces)

Activité musculaire
motricité

CORPS

Confusion

Représentation consciente

Névrose Refoulement sépare


(sexe)

Mutisme L’affect

Psychose
(voix, corps, Refoulement
parole de l’Autre)

Morcellement Traces
ou
sidération

16
L’inconscient p. 85 §1 7/3/81
OC Vol. XIII p. 218 §2
Le refoulement peut donc réussir à inhiber la transposition de la motion pulsionnelle en
manifestation de l’affect. Cette constatation nous montre que, normalement le système conscient
régit l’affectivité aussi bien que l’accès à la motilité : elle accroît également la valeur du
refoulement en montrant que celui-ci a pour conséquence (1) d’empêcher non seulement l’accès à la
conscience (2) mais aussi le développement de l’affect et (3) le déclenchement de l’activité musculaire.
Notes. Il y a une différence entre la motricité qui est une transformation du corps propre et
la motilité: par exemple rougeur, vertiges, tachycardie, spasmes, soit tout ce qui affecte le
corps. Pour lire un affect, il faut qu’il soit ressenti, qu’il soit parlé et qu’il y ait une
représentation.
Le travail du refoulement consiste précisément à faire en sorte qu’il y ait un décrochage
entre la représentation et l’affect ou de séparer la représentation de l’affect. Par exemple
quelqu’un qu’on aime meurt et on est sans affect. La mort de l’être cher ne s’inscrit pas
dans le corps. Si on pleure, on est affecté : c’est la motricité. Affecté, le corps devient
signifiant pour le sujet. On est ému et on cherche à savoir ce que ça signifie, ce que ça veut
dire pour nous. Tout ce qui affecte le corps a un sens.
On peut faire en sorte que ce qui nous touche ne nous touche pas. Dans la névrose, la
séparation va s’inscrire dans n’importe quoi. Le psychotique ne sera pas touché du tout.
S’il réussit à supprimer l’affect, il supprime aussi son corps. Il n’est pas touché. L’affect,
c’est les modifications liées aux représentations. « Les signifiants sont captifs du corps »
(Lacan). Il n’y a pas de langage possible, de vie psychique, de parole sans corps affecté. Il
n’y a pas de corps humain sans parole. Chez le psychotique, le lien est détruit au moment
de l’affect : ce qui devait faire rencontre fait séparation. Il va avoir un langage sans
parole et sans corps du moins sans ressenti du corps. Les affects sont absents, c’est
pourquoi ce qui l’affecte le plus, c’est la parole.
Le psychotique ne supporte pas la sympathie dégoulinante : il ne sait pas quoi en faire, il
s’en va. Nous n’avons pas besoin de lui signifier nos affects pour qu’il les perçoive. Se
trouver en face de quelqu’un qui est plein d’affects ne fait pas sens chez lui. Le thérapeute
pour entendre doit commencer par ne pas entendre : le psychotique apporte le silence
sépulcral où il se trouve. Apporter le silence ne signifie pas ne rien dire dans son économie
: il faut que mon silence puisse entendre le vide.
Le sac de peau est la première entité du moi. Le psychotique qui se regarde dans la glace
ne voit pas sa peau.
L’affect se trouve au croisement du ressenti du corps et du langage. Le refoulement
réprime le développement de l’affect :
- Il empêche l’accès à la conscience, aux représentations conscientes : c’est le domaine
des substitutions, annulations, déplacements… Il y a des affects ressentis dans le corps
mais il s’agit de rétablir la manière dont les substitutions se sont faites.

17
- Dans la répression du développement des affects il y a déconnexion, pas de ressenti
corporel, dénégation du ressenti. « J’ai pas de corps, je ne ressens rien, mon corps ne
ressens rien ». Un corps non affecté n’existe pas.
- Déclenchement de l’activité musculaire : sidération du corps dans la psychose,
éclatement, coma, immobilité.
Là où il n’y a pas de signification du corps dans le monde extérieur, il y a disparition du
sujet. Pour qu’il y ait corps humain, il faut que ce soit signifié. Au niveau névrotique, on
peut repérer ces trois stades dans la bouderie : on ne veut pas savoir ce qui advient dans
la conscience, on se met dans son coin. Le psychotique ne boude pas, il part dans son
corps, ce qui nécessite le silence de l’analyste. Seul le silence lui permet de revenir.

Langage

Refoulement Ordre de la névrose

Corps
Affect
Refoulement Ordre de la psychose

Ics-
Endroit où corps
L'Autre
et parole se rejoignent

Dans le cas de la psychose les trois sphères se détachent : le lien à la parole est perdu

Langage Confusion

Ces trois boules sont la première


représentation du corps
chez l'enfant
Corps Mutisme

Sidération Morcellement
Ics

18
Raisonnance
Il f Il faut cet accord préalable
la v entre la voix et le corps chez
un le bébé

1 Là, s’inscrit quelque chose


de la parole
La peau se constitue. Il faut que la
peau résonne et puisse se traduire en Résonance
raisonnance

Parlant en tant que sujet


2 parlant, il témoigne de son corps
de parole. Son corps est bien
inscrit dans un rapport de sens,
de signification.
Consonance C'est un corps qui parle

Le névrosé se joue des tours au niveau de la parole, le psychotique au niveau du corps :

Dans tous les cas, le refoulement sépare les représentations des affects.
Dans 2, le refoulement sépare les affects des traces et des représentations de l'inconscient

Dans 1, le sexe en tant qu'il est différence, d'où toutes les différences prennent sens
Dans 2, le rapport désexualisé est absolument nécessaire

Dans 1, les signifiants de la honte prévalent


Dans 2, les signifiants de la colère prévalent.

L’inconscient p. 87 §1 4/4/81
OC Vol. XIII p. 219 §2
IV - Topique et dynamique du refoulement.
Nous avons établi que le refoulement est essentiellement un processus qui opère sur des représentations
à la limite des systèmes Ics et Pcs (Cs), et maintenant nous pouvons faire un nouvel essai de description plus
approfondie de ce processus. Il doit nécessairement s'agir d'un retrait d'investissement, mais la question se
pose de savoir dans quel système a lieu le retrait et à quel système appartient l'investissement retiré.

Texte de Denis Vasse.


Le refoulement
Nous l'avons vu dans les pages qui précèdent, les mots sont liés au corps par les affects, par le jeu de leur
retentissement dans le corps et par les "sommes d'excitation" dont ils sont investis. Mais ils peuvent aussi être
désinvestis pour être investis à nouveau par une nouvelle "valeur affective". Ce n'est pas le "mot" en soi qui a
valeur pour un sujet humain, c'est la manière dont il est investi par la médiation de son corps, dont il est affecté par
les excitations corporelles. Il n'y a de langage opérant pour un sujet donné qu'à ce prix.
On peut dire alors qu'il n'y a pas de langage sans corps. On peut dire encore que, dans le corps, les mots de la
19
langue font langage pour un sujet et que c'est à partir de là qu'il peut prendre la parole.
Mais en même temps qu'il la prend, la parole est prise dans le jeu métaphorique et métonymique du langage.
Lacan fait de ce lien entre le langage et le corps, le lieu du surgissement du sujet parlant. C'est d'être
captif de son corps que le sujet humain parle. "Le langage n'est pas immatériel : il est corps subtil, mais il
est corps. Les mots sont pris dans toutes les images corporelles qui captivent le sujet. Ils peuvent
engrosser l'hystérique, s'identifier à l'objet du Penisneid, représenter le flot d'urine de l'ambition urétrale
…" (Lacan, Fonction et champ de la parole et du langage).

Avec la découverte du refoulement lié au jeu des affects du corps et la mise en place de l'inconscient,
c'est la structure même du langage que Freud touche et aborde. Le langage n'est plus une pure activité de
l'esprit rattachable secondairement au corps. Le corps de l'homme parle là où il ne sait pas que ça parle,
dans l'inconscient, dans les scansions du discours conscient, dans les lapsus et les symptômes.

"C'est toute la structure du langage que l'expérience psychanalytique découvre dans l'inconscient. Les
prétentions de l'esprit demeureraient irréductibles si la lettre n'avait fait la preuve qu'elle produit tous ses
effets de vérité dans 1'homme, sans que l'esprit ait le moins du monde à s'en mêler". (Lacan, Instance de
la lettre dans l'inconscient ).

20
Ce Ce n'est pas une nouvelle inscription (I) dans un autre
Préconscient
autr lieu qui caractérise le passage de l'Ics à la Cs : ce n'est
pas pas un changement de phonème, de lettre ou de mot
Substitution mot qui caractérise le refoulement.
C
Contre investissement

I
Représentations désinvesties
C'est la même lettre qui se trouve investie, "affectée"
différemment, indexée par un affect différent (contraire) pour
éviter la signification qu'elle a dans le système d'où
Conservation de elle vient : la lettre change d'état suivant la série dans
l'investissement Inconscient laquelle elle s'inscrit.

I
c "Il peut y avoir dans le Cs et dans l'Ics une inscription
s totalement différente d'un même signifiant.
Ces inscriptions sont les mêmes sur le plan du signifiant mais
elles sont par contre différentes en ce qu'elles font
tourner leur batterie, leur appareil pour occuper
topologiquement des places différentes.
Ces inscriptions sont étroitement dépendantes de leur
Substitution
lieu de support. Qu'une certaine fonction signifiante
soit à un niveau ou à un autre, c'est très précisément
Injustice
I ce qui va lui assurer une portée différente dans
l'ensemble de la chaîne". (Lacan Ecrits p. 222)

Pénis Chapeau honte/colère


Colère Tendresse

21
"C'est le signifiant qui est refoulé et il n'y a pas d'autre sens à donner au mot Vorstellungrepräsentanz.
Les affects ne sont pas refoulés mais simplement déplacés" (Ecrits, p. 714 où Lacan fait allusion à cet
article).

Le fait qu'un "mot", une représentation, un signifiant soit intolérable pour la conscience entraîne son
refoulement.
À un "signifiant" en est substitué un autre disons acceptable… mais, l'affect auquel il est lié donne à
cette "liaison" un caractère de refus, d'inadéquation et de "mensonge" qui rend incompréhensible le
signifiant de cet affect. La substitution métaphorique ne renvoie pas à l'asymptotique adhésion à la
vérité du sujet (inconscient) mais à l'adéquation (fausse) à un savoir conscient : elle fait vibrer
l'inadéquation entre "savoir"et "vérité", entre le sujet du discours et le sujet de l'énonciation.

Les effets du refoulement se repèrent à ce que les signifiants auxquels sont liés nos affects - effets
dans la motilité et la mobilité du corps - nous les rendent incompréhensibles, immotivés : ils nous
aliènent dans un imaginaire dont nous sommes, en tant que sujets, séparés.

Nous cherchons d'autant mieux à "comprendre" nos affects qu'ils sont moins motivés réellement",
(Ecrits p. 714) qu'ils ont perdus ce qui les rend signifiant du sujet : la parole, le symbole qui fait
l'homme.
Par le jeu substitutif qu'elle implique, la métaphore est bien le lieu et l'agent du refoulement
proprement dit (secondaire) qui divise le sujet. Le sujet "reçoit sous une forme inversée - ou -
substituée son propre message oublié", c'est à dire "refusé par le Pcs dont le contre investissement
refoule le message (le signifiant) avant que ne s'y substitue un autre signifiant.
La découverte freudienne réside en ceci qu'il ne s'agit pas d'une transformation du message mais d'une
substitution.

"Tout homme, dit St Paul, est menteur". On comprend ce que l'analyse doit à l'hystérique toujours
pris au jeu des substitutions : tout homme est livré à ce jeu qui est celui du langage. Du fait que "ça
parle", ça parle de lui et de la place différentielle, refendue entre 1e "moi" et le "sujet" quand il parle.
Quand sa parole est pleine, il ne peut que pointer - voire dénoncer - le jeu de ses substitutions
imaginaires et restaurer par 1à une position subjective qui se réfère à "l'Autre qui est le lieu d'où se
pose pour le sujet la question de son ex-sistence" en tant que corps. Du même coup il ne sait plus ce
qu'est le corps de sujet ex-sistant de son imaginaire, corps de désir perdu dès l'origine et qui du fait
d'être perdu dès l'origine ouvre le champ à toutes les substitutions imaginables. Ce corps de désir est
l’objet originel du contre investissement depuis l'origine refoulé sans objet imaginaire. Il est 1e seul
mécanisme du refoulement originaire.

Dès l'origine le corps de désir se perd dans un corps de savoir dans une substitution indéfinie - ou
historique seulement - du savoir au désir.

Le sujet dépend du rapport au signifiant et les signifiants sont « managés » par les affects du corps,
dans le langage. Cette "découverte" est à l'origine de l'établissement de la structure de Lacan.

L'homme dans son corps pense par la médiation de ses affects, soit le rapport des mots à leurs
investissements dans le langage. Ce qui le constitue, dès l'origine comme sujet, c'est le rapport de la
parole - du grand Autre - aux signifiants, parole originaire refoulée dès 1'origine par le jeu du langage,
le refoulement auquel il donne lieu et l'inconscient qui en résulte. C'est ce rapport aux signifiants que
l'être ne pense pas.
"Il arrive que ça pense là où il est impossible que le sujet articule : donc je suis parce que là est
exclu structuralement qu'il accède à la conscience de soi (se nommer comme étant ce qui parle). Je
pense là où je ne puis dire que je suis, là où il me faut poser le sujet de l’énonciation comme séparé de
22
l'être par une barre. Le statut de l'inconscient, je l’articule par la fonction du signifiant… je dis qu'à
l'être succède la lettre (interview de J.L. à RTB le 14.I2.66 - ARL. 255)".

L'homme se pense comme sujet de la parole, dans l'Autre, là où il n'est pas lui-même, là où les
représentations sont articulées à une présence-à-soi, qui elle-même n’est articulée à aucune
représentation.
"L'Autre est le lieu d'où se pose pour le sujet la question de son existence, question concernant son
sexe, sa contingence (son corps !) Cette question ne se présente pas dans l'inconscient comme
ineffable, avant tout analyse, elle y est articulée en éléments discrets : ceux que le linguiste nous
commande d'isoler en tant que signifiant". (Lacan. D'une question préliminaire à tout traitement
possible de la psychose).

La théorie lacanienne est fondée sur le passage de « l'opération du langage comme fonction » qui
répartit les mots, cadre les réalités, opère par la partition entre Cs et Ics à la « fonction du langage
comme structure » où se laisse pointer la position du sujet par rapport aux mots.

L’inconscient p. 88 § 2 & 3 4/4/81


OC Vol. XIII p. 220 §2
Le refoulement originaire
…le retrait d’investissement préconscient – ferait défaut quand il s’agirait de nous fournir une
présentation du refoulement originaire : dans ce cas en effet, on a affaire à une représentation
inconsciente qui n’a encore reçu aucun investissement du préconscient et qui ne peut donc pas
non plus s’en voir retirer un.
Nous avons donc besoin, ici, d’un autre processus qui, dans le premier cas, maintient le
refoulement et, dans le second, a pour rôle de le constituer et de le faire durer : nous ne pouvons
le trouver qu’en admettant l’existence d’un contre-investissement par lequel le système Pcs se
protège contre la poussée de la représentation inconsciente.
Notes. Il y a un lieu de l’inconscient qui attire, pour avoir été déjà refoulé : les
représentations de la conscience secondairement refoulée sont attirées par le refoulement
originaire. Ce qui est refoulé avant le refoulement, c’est le refoulé originairement par un
contre-investissement du préconscient qui ignore qu’il refoule.

Pcs

Inconscient
substantif
Ics Cs

Refoulé originairement Refoulement

Le Pcs est le lieu du contre-investissement : l’investissement d’une représentation lui est


retiré pour fonder le refoulement.
Comment parler de représentation là où il n’y a pas de représentation consciente : c’est le
refoulement originaire. Le langage est premier. Il n’y a pas un Ics et un Cs séparé : c’est
parce que ça parle qu’il y a une structure. Il y a langage parce qu’il y a un corps. Les
affects fournissent les investissements au langage. Il n’y a de sujet que dans un corps.
C’est l’investissement corporel des mots que nous entendons qui fait que nous parlons. Ça
suppose qu’il y ait des mots dans la langue et des affects qui parlent dans le corps. Pour
qu’il y ait langage, il faut qu’il y ait une langue et un corps où ça parle. Ce qui parle en
nous est pris dès l’origine par la métaphore, la substitution. Ce lieu, où tout ça se passe,
c’est à la fois langue et corps. Ce serait un mythe d’imaginer qu’il y aurait un langage
sans corps.
23
L’inconscient n’est pas plus vrai que le conscient : la vérité se trouve entre les deux. Le
corps humain ça parle tout le temps. Il est important de reconsidérer le langage à partir
d’investissements corporels et non uniquement en fonction des mots. Le langage est une
fonction du corps humain : c’est ce qui différencie l’humain de l’animal.
La métaphore est le lieu du mensonge puisque lieu de la substitution. On ne peut parler de
ce qui parle en nous que par le biais de la métaphore, donc du mensonge. On est du côté
du langage métaphorique qu’un corps implique. On ne peut accéder à l’ordre de la vérité
que par le repérage du mensonge.

V – Les propriétés particulières du système Ics 9/5/81


L’Inconscient p. 96
OC Vol. XIII p. 225 §3
Le noyau de l’Ics est constitué par les représentants de la pulsion qui veulent décharger leur
investissement, donc par des motions de désir. Ces motions pulsionnelles sont coordonnées les
unes aux autres, persistent les unes à côté des autres sans s’influencer réciproquement et ne se
contredisent pas entre elles. Lorsque deux motions de désir dont les buts devraient nous paraître
inconciliables sont activés simultanément, les deux motions ne se soustraient pas l’une de l’autre,
ni se suppriment l’une l’autre, mais elles concourent à la formation d’un but intermédiaire, d’un
compromis
Notes.
Le compromis. C’est le symptôme hystérique, celui qui dit « oui » et « non » en même
temps : il permet la cohabitation de constructions. En fait le compromis lèse les deux
constructions et le « non » qui ne lèse personne, n’est qu’une apparence.
On ne résout rien de la contradiction dans la confusion de vouloir résoudre quelque chose
sans le faire.

L’inconscient p. 96 §4
OC Vol. XIII p. 225 §4
Il n'y a dans ce système ni négation, ni doute, ni degré dans la certitude. Tout cela n’est introduit
que par le travail de la censure entre l'Ics et le Pcs. La négation est un substitut de refoulement
d’un niveau supérieur. Dans l’Ics il n’y a que des contenus plus ou moins fortement investis.
Notes.
Pas de négation. Le oui équivaut au non. Il n’y a donc ni oui, ni non, ni question. S’il n’y a
ni oui ni non, il n’y a aucun sujet impliqué dans une énonciation. La compromission est
introduite par le travail du Pcs.

L’inconscient p. 97 §2
OC Vol. XIII p. 225 §5
Il y règne une beaucoup plus grande mobilité des intensités d’investissements. Par le processus
de déplacement une représentation peut transmettre tout son quantum d’investissement à une
autre, par celui de la condensation, s’approprier tout l’investissement de plusieurs autres.
Notes.
Mobilité. L’investissement peut circuler selon deux modalités :
- le déplacement
- la condensation : il s’agit de représentations sur lesquelles se fixent d’autres
représentations, ce qui s’oppose à l’inhibition.

Les processus du système Ics sont intemporels c’est-à-dire qu’ils ne sont pas ordonnés dans le
temps, ne sont pas modifiées par l’écoulement du temps, n’ont absolument aucune relation avec
le temps.
Notes.
Imtemporalité. Cela veut dire que pour une personne, un événement d’aujour’hui peut se
référer à un événement de ses deux ans avec la même force, ce qui nous permet de penser
24
l’intemporalité. Parler implique le temps. Parler, c’est projeter à des moments différents
des représentations, c’est l’ancrage de la parole sur le corps. Le corps est nécessairement
le support du temps. Le corps réconcilie le temps et l’espace.
La psychose pense la vie et la mort en même temps, il y a éclatement du temps.
Mesurer le temps, suppose le mouvement.
« Le verbe s’est fait chair ». Il n’y a pas de commencement sans corps. Le problème de
l’homme c’est sortir de l’intemporalité.

L’inconscient p. 97 §4
OC Vol. XIII p. 226 §3
Pas davantage les processus Ics n’ont égard à la réalité. Ils sont soumis au principe de plaisir :
leur destin ne dépend que de leur force et de leur conformité ou non conformité aux exigences de
la régulation plaisir-déplaisir.
Notes.
Réalité. Il n’y a pas de rapport avec la réalité. Il y a confusion entre la réalité psychique et
la réalité matérielle.

Si l’Ics c’est ça, que seront les caractéristiques du Cs ?


- contradiction
- le oui et le non, négation, doute, incertitude
- fixité du choix
- organisation ponctuelle
- ne pas confondre réalité psychique et matérielle. Il y a une prise en compte de la réalité
extérieure sans faire l’impasse de la réalité intérieure et vis versa.

L’Inconscient p. 98/99/100
OC Vol. XIII p. 221 à 225
La pleine signification des caractères du système inconscient, caractères que nous venons de
décrire, ne pourrait nous apparaître dans toute sa clarté qu’à partir du moment où nous les
confronterions et les mesurerions aux propriétés du système préconscient.
Le lieu de passage entre les deux états c’est, pour Freud, le Pcs.
- les processus du système préconscient montrent une inhibition de la tendance à la décharge des
représentations investies…
Ce qui est inhibé, c’est la tendance à la décharge
- l’instauration d’une capacité de communication entre les contenus des représentations, de sorte
qu’ils puissent s’influencer réciproquement…
La communication entre les contenus. le souvenir écran est un souvenir sur lequel tout
s’est condensé : il faut donc qu’il trouve une respiration à partir de plusieurs
représentations.
- l’ordonnance temporelle de ses contenus…
- l’introduction de la censure ou de plusieurs censures …
- l’épreuve de la réalité et le principe de réalité…
- la mémoire consciente…

VI – Les rapports entre les deux systèmes.


L’Inconscient p. 101
OC
Il serait faux d’admettre que les rapports entre les deux systèmes se limitent à l’acte du
refoulement, le Pcs jetant dans le gouffre de l’Ics tout ce qui lui paraît perturbant. L’Ics est au
contraire vivant….
Il y a en effet de l’Ics qui n’est pas du refoulé : c’est la diff érence entre l’Ics substantif et
l’Ics adjectif.
…capable d’évoluer et il entretient un grand nombre d’autres relations avec le Pcs parmi
25
lesquelles aussi la coopération.
C’est sur quoi se fonde la psychanalyse.

L’inconscient p. 101 §2
OC Vol. XIII p. 229 §3 (bas)
…on doit se dire que l’Ics se prolonge dans ce qu’on nomme ses rejetons, il est accessible à
l’action des événements de la vie, il exerce une influence permanente sur le Pcs et il est même de
son côté soumis aux influences venant de la part du Pcs.
En analyse, nous sommes autorisés à parler. La stratégie de l’analyse peut faire jouer
quelque chose dans l’Ics sans intervenir. Cela fonctionne tout seul dans la mesure où
l’analysant fait des associations parlées. Le langage associatif mobilise la censure. Parler,
c’est faire jouer l’écart entre Pcs et Cs, mettre en service quelque chose de la censure.
Parler, met en cause l’image narcissique de soi qui s’appelle la pensée . Il y a deux
censures : l’une entre l’Ics et le Pcs et une entre le Pcs et le Cs.
Chez le psychotique, le rapport Pcs/Cs ne fonctionne pas. Pour rendre compte de sa
naissance, il faut renaître au niveau du sens.

L’Inconscient p. 103
OC Vol. XIII p. 229 §3
Dans les formations fantasmatiques des hommes normaux comme des névrosés, nous avons
reconnu les degrés préliminaires de la formation du rêve et des symptômes : en dépit de leur
haute organisation, elles restent refoulées et en tant que telles ne peuvent devenir conscientes.
Pour qu’il y ait passage de l’Ics au Cs, il faut un contre investissement : le travail du rêve,
de la métaphore, de la métonymie.
Le symptôme est ce qui du corps est Ics. En même temps le symptôme est Cs.
L’Inconscient p. 105
OC Vol. XIII p. 231§1
Nous devons apprendre à nous émanciper de l’importance donnée au symptôme : « fait d’être
conscient ». (Ce qui est intéressant c’est que Freud parle de la conscience comme d’un symptôme, ce qu’on peut
rapprocher de ce que Vasse épinglait de la lucidité comme défense. La traduction la plus correcte paraît être: se libérer
du symptôme « Conscience » Note de [Link])

L’Inconscient p. 104 6/6/81


OC Vol. XIII p. 230 §2
La totalité des processus psychiques se présente comme le royaume du préconscient. Une très
grande partie de ce préconscient tire son origine de l’inconscient, présente le caractère des
rejetons de l’inconscient et est soumise à une censure, avant de pouvoir devenir consciente…
C’est un texte majeur sur le préconscient. Il est une sorte de gare de triage qui gère
l’ouverture et la fermeture entre deux systèmes incompatibles.

Pcs
langage

Ics Cs

On pourrait réécrire le texte de Freud en mettant langage à la place de Pcs. C’est le lien
qui tient à la fois les deux lieux, mais qui n’est aucun des deux. C’est la médiation. Alors,
cette médiation est fondamentale et originaire. On ne peut plus penser les autres systèmes

26
sans cette médiation : tous les processus psychique en dépendent, le Pcs « est roi ». Il est
pour tous et chacun représentant de toutes les instances psychiques, ce que Lacan appelle
le langage.
… à tout passage d’un système dans le système immédiatement supérieur, donc à tout progrès
vers un niveau plus élevé d’organisation psychique, correspond une nouvelle censure.
L’hypothèse d’un renouvellement continuel des inscriptions tombe, il faut bien le dire, de ce fait.
Dans le passage de l’Ics vers le Cs, même s’il y a passage, ce n’est pas une nouvelle
inscription. Ça ne s’inscrit pas dans le Cs par répétition des affects. Un enfant répète sans
arrêt un mouvement qu’on lui a appris et ça s’arrêtera quand on va lui parler. Il n’est
donc pas nécessaire que tout se répète indéfiniment. Il faut bien que ce rapport duel Ics-Cs
devienne confus pour devenir symbolique.
L’intelligence c’est la possibilité de faire des rapports et des rapports de rapports.
La mémoire c’est la possibilité de faire des rapports de rapports dans le temps, mais c’est
un autre système.
Penser, ce n’est pas cerner des éléments en mettant le sujet à distance : ce serait la pensée
imaginaire. La pensée vraie est vertigineuse : penser, c’est toujours penser autrement, être
délogé de l’endroit où on croit être, de l’imaginaire. C’est pourquoi, ça n’arrête jamais de
penser.

VII – La reconnaissance de l’inconscient. 17/10/81


L’Inconscient p. 110
OC Vol. XIII p. 234 §2
…l’opposition entre le moi et l’objet. Dans les névroses de transfert, rien ne se présentait qui
aurait pu mettre au premier plan cette opposition.
Dans la névrose, le moi est différent de l’objet. Le moi ne peut investir dans l’objet que
quand il y a quelque chose de différent entre le moi et l’objet.

Sujet

≠ ≠
Moi ≠ Objet

Investissement

Ce qui rend possible l’investissement c’est la différence


L’Inconscient p. 111
OC Vol. XIII p. 235 §2
Dans la schizophrénie au contraire, s’est imposée à nous l’hypothèse selon laquelle, après le
processus de refoulement, la libido qui a été retirée ne cherche pas un nouvel objet, mais se
replie dans le moi, qu’ainsi dans ce cas les investissements d’objet sont abandonnés et que se
rétablit un état anobjectal primitif de narcissisme.
Dans la psychose, le moi est indifférencié de l’objet. L’imaginaire ne peut pas fonctionner
et tout applatissement de cette différence signe l’applatissement du sujet. Le sujet est
englouti dans l’image.

Objet = Moi = Objet


Désinvestissement ↵

- l’altérité disparaît
27
- le narcissisme s’installe ; c’est le moi qui se prend pour l’objet ou qui se prend lui-même
comme objet, ce qui aboutit à un repli complet sur soi.
Entrer dans le jeu des investissements, c’est entrer dans l’altérité. On pense parfois que les
schizophrènes n’ont été investis par personne : en fait, ils n’ont pas été nommés.

L’Inconscient p. 113
OC Vol. XIII p. §5
La manière de s’exprimer… la construction des phrases subit une désorganisation particulière…
de sorte que nous tenons les déclarations du malade pour dénuées de sens. Dans le contenu de ces
déclarations, une relation aux organes du corps ou aux innervations corporelles passent souvent
au premier plan. (Suit une clinique de Tausk…) Je fais ressortir de cet exemple le fait que la
relation à l’organe s’est arrogé la fonction de représenter le contenu tout entier… il est devenu
langage d’organe.
Quand la partie est prise pour le tout et qu’on s’adresse à la partie, l’organe ou l’objet
sont pris pour le corps.
La malade de Tausk devient comme ce à quoi on s’adresse. Il n’y a plus de différenciation
entre la matérialité corporelle et le psychique. Il n’y a donc plus de langage puisque tout
est identifié à l’organe. Là où les différences ne peuvent plus jouer, ça implose, il n’y a
plus de chemin pour le sujet, c’est le chaos. Le monde est explorable parce qu’il y a des
chemins. Le visage des psychotiques est un visage sans chemin. Il n’y a pas de repère. Ils
se sont complètement retirés avec des manifestations somatiques, (bave, surdité, crises
d’épilepsie…)

L’Inconscient p. 114 §2 & 115 14/11/81


OC Vol. XIII p. 237 §3
Dans la schizophrénie, les mots sont soumis au même processus qui, à partir des pensées latentes
du rêve, produit les images du rêve et que nous avons appelé le processus psychique primaire.
Les mots sont condensés et transfèrent, sans reste, les uns aux autres, leurs investissements, par
déplacement : le processus peut aller si loin qu’un seul mot, apte à cela du fait de multiples
relations, assume la fonction de toute une chaîne de pensées.
Dans le rêve, les mots produisent des images, mais dans la schizophrénie, il n’y a pas de
reste : le mot ne capte rien. La glissade de sens de mot en mot fait qu’il (le mot) n’y est
pas : rien ne le (sujet) représente. Le psychotique fonctionne comme un discours purement
métonymique. Pour que la métonymie prenne sens, il faut qu’il y ait métaphore,
déplacement et substitution du sens. Par exemple, si je parle d’une voile, ce mot n’a de
sens que s’il reste quelque chose en moi du bateau. Sinon « voile » peut nous conduire
métonymiquement sur n’importe quel voie.

Viol
Été
Viole

Voile de mariée
Vois le VOILE

Etc
olive live

28
C’est la fuite des idées avec crispation sur un mot dont on ne peut sortir. Dans tous les
processus psychotiques, il y a blocage ou crispation sur un mot qui n’a plus de sens
tellement il est condensé. Chez les psychotiques, « le reste » c’est eux, un reste qui n’a pas
de sens, un gouffre.
Sur la métonymie qu’exprime le psychotique, on essaie souvent d’accrocher une
interprétation, mais pour cela il faut qu’il y ait un reste. Le psychotique nous oblige à
écouter le vide, la castration fondamentale, l’absence de savoir.
Avoir un discours accroché à rien, c’est ne pas avoir de corps parlant. La fuite des idées
se fait dans l’ordre de la pensée et non dans l’ordre de la parole. Parler, c’est détruire le
chaos pulsionnel. Le psychotique ne peut parler car alors, il mettrait en danger son monde
intérieur.
Pour Lacan, l’homme ce n’est pas quelqu’un qui secondairement parle, mais quelqu’un–
qui-parle (le parl-être). La parole implique l’autre. La pensée elle est narcissique, c’est le
miroir. Quand on dit qu’on pense trop et que de ce fait on ne parle pas, on dit en fait qu’on
ne veut rien risquer de notre image. Le psychotique investit les mots dans l’ordre de la
pensée. On investit un autre quand il y a un manque (reste) dans la pluralité dispersée. Il y
a panique, catastrophe chez le psychotique quand le monde intérieur se met, pour une
raison fortuite, à refléter adéquatement le monde extérieur, quand image et comportement
collent avec le monde extérieur. Il est obligé de sortir de ce collage, car il n’y est pas, il
n’y a pas de reste, le symbolique est forclos. Ça permet de repérer l’endroit où le
psychotique se donne à séparer métonymie / métaphore, la barre ne fonctionne pas. Si le
réel et l’imaginaire se mélangent, c’est que le symbolique s’en va : à la place de cette
barre du symbolique il y a un décalage.

Réel

Symbolique X décalage

Imaginaire

Cela veut dire, pour employer les mots de Freud, que pour le psychotique il n’y a pas de
différence entre la réalité matérielle et la réalité psychique.

Réalité psychique = Réalité matérielle

Ce sera tout le travail du psychanalyste


Il devient la barre

L’opposition chez l’enfant est une façon de dire « non » à la confusion. Sur le plan social
c’est la délinquance et sur le plan intérieur, ça peut aller jusqu’au dédoublement.
Exemple de métonymie : « un trou est un trou » : c’est valable mot à mot. La métonymie
est une tautologie : un trou est un trou sans reste.
Dans l’ordre analytique par exemple : un trou ≠ vagin il y a une différence, quelque chose
qui fait limite.

Quelques réflexions :
- il ne faut pas se représenter le corps d’un psychotique, il ne le supporte pas.

29
- la psychose « pure », c’est la mort. Il y a effectivement des bébés qui se laissent mourir
sans aucune cause physiologique.
- dans la psychose, il y a confusion entre naissance et mort. Un bébé qui naît choisi entre
la vie, la mort, la confusion.
- dans la psychose, il nous faut atteindre l’endroit où le psychotique s’est retiré dans la
confusion sans le savoir, en ce temps qui se situe près de la naissance, voire avant.

L’Inconscient p. 118 § 2 & suivantes 5/12/81 au 6/2/82


OC Vol. XIII p. 239 et ssv
(Pour une meilleure compréhension du texte de Freud, Denis Vasse a mis le texte en schéma. Vous le trouverez en Annexe
1)
… dans la schizophrénie, les investissements d’objets sont abandonnés. Nous devons alors
introduire cette modification : l’investissement des représentations de mot des objets est
maintenu. Nous voyons maintenant ce que nous pouvons appeler la représentation de mot et la
représentation de chose. Celle-ci consiste en l’investissement, sinon des images mnésiques
directes de choses, du moins en celui de traces mnésiques plus éloignées et qui en dérivent.
Dans ce « maintenant », nous percevons qu’il y a à nouveau quelque chose de l’ordre de la
rupture dans l’ordre structural mais pas dans la chronologie : rupture qui appelle une
nouvelle manière de voir les choses. Tout à coup, ça s’ouvre dans la pratique… « tout à
coup, je vois ce que je ne voyais pas », ça s’organise de façon différente. Ça se relie de
manière nouvelle puisque ça se compose de manière différente. C’est l’appel à une
rupture, le surgissement de la parole. Le « tout à coup » s’accompagne d’un changement
de tonalité, de voix.

Représentation

OBJET

Cs

Représentation Représentation
MOTS CHOSES

Ics
Pcs

La représentation consciente articule constamment la représentation de chose et la


représentation de mot : quand cette articulation se casse, c’est la schizophrénie.

Ce qui lie représentation de mot et représentation de chose c’est le refoulement, le


refoulement originaire. Le refoulement secondaire ne fonctionne que parce qu’il y a
eu refoulement originaire sans quoi la représentation de mot ne serait pas attachée à
la représentation de chose. Il ne produit rien : il n’est pas une pure négation
consciente, c’est un lieu. On ne peut parler que s’il y a refoulement ; il est constitutif
de l’appareil psychique. Il n’y a pas de pensée sans refoulement. Ça fait penser le
refoulement à l’envers de la façon dont on le perçoit généralement.
30
Le refoulement va devenir le symbolique chez Lacan : c’est la parole qui fait l’homme.
Le schizophrène s’imagine qu’en récupérant les mots il récupère les choses. Avec
le psychotique, on risque d’être ébloui par le jeu des mots : il est dans la métonymie,
la fuite du moi. Face à quelqu’un qui ne parle pas on ne peut que supporter l’angoisse
qu’il provoque. Le psychotique demande à un témoin une parole qui parle. Il est donc
nécessaire d’y aller de sa propre parole. Ce qui fait parole pour le psychotique, c’est
l’endroit où vous le recevez dans votre corps. Il n’y a pas d’autre signifiant de la
parole que le corps. Le psychotique fonctionne avec l’œil : il voit tout et n’oublie rien.
Il va mieux quand il commence à refouler : il perd la protection narcissique
confortable de la psychose. Ce qu’il nous demande, c’est une parole originelle dont
on ne peut témoigner que si elle fonctionne en nous. On est dans la position
d’éprouver la castration jusqu’au bout : le « des-être » de Lacan. On a à entendre
quelque chose du des-être en restant debout et en ayant la foi absolue dans le corps de
l’autre psychotique. S’il est là, il y a capacité de langage. Ecouter un psychotique,
c’est lui supposer un Autre et ne pas se prendre pour cet Autre.

… la représentation consciente comprend la représentation de chose plus la représentation de


mot qui lui appartient, la représentation inconsciente est la représentation de chose seule. Le
système Ics contient les investissements de chose des objets, les premiers et véritables
investissements d’objets : le sytème préconscient apparaît quand cette représentation de chose
est surinvestie du fait qu’elle est reliée aux représentations de mot qui lui correspondent.

Repère Cs Repère Ics


R

MOT + CHOSE surinvestie CHOSE SEULE

RELIEE
Pcs

traduction
renforcement

…premier et véritable investissement d’objet…


C’est ce qui reste de l’objet dans l’Ics. L’investissement de chose est plutôt du côté de la
vision. A ce stade, pour Freud, l'investissement est encore séparé du langage, c'est un
"investissement": le système Ics contient les investissements de chose, des objets, "les
premiers et véritables investissements d'objets". Dans ce texte Freud conçoit les
investissements par les mots comme secondaire. Qu'est ce alors une représentation de
chose seule ? une représentation prise de vue par un appareil de photo, une visualité qui
ne passerait pas par les mots?
« Premier » et « vérité » liés en appellent à l’origine, la façon dont on est premièrement
pris dans les signifiants du langage. Le rapport aux premiers et véritables objets passent
par le corps. C’est ça que le schizophrène a perdu. Le schizophène a les mots mais il a
perdu la première et véritable relation d’objet : alors il délire. Si on enlève le corps d’un
enfant de son rapport topographique aux objets, on a le discours schizophénique.
…quand cette représentation de chose est surinvestie…

31
Le premier investissement, c’est la vie primordiale surinvestie parce que déjà investie dans
l’Ics. Pour être dans l’Ics il faut que ce soit investi : les choses seules sont déjà investies. Il
parle de surinvestissement quand il s’agit de mots. La traduction en mots c’est le
surinvestissement. Chez le psychotique, il n’y a pas de reliement : ce qui est refusé, c’est la
traduction en mot. Pour que ce soit dans l’Ics il ne faut pas qu’il y ait de représentation de
mots. Représentation consciente, surinvestissement, reliement, traduction c'est la même
série, la série qui ouvre à l'élaboration psychique.

Représentation
Cs

surinvestissement

Processus Processus
secondaire primaire

Origine
Qui ne peut être dit
que par un autre

Schizophrénie

MOI

Le lieu du premier processus doit être dit dans un deuxième lieu qui ne soit pas le premier.
Il n'y a représentation consciente que si il y a d'abord un premier investissement
(surinvesti) qui, puisqu'il est premier ne peut se dire, et qui ne peut être dit comme premier
que par un autre, un second investissement. S'il n'y avait qu'un investissement de mot, ça
serait le délire. Les mots ne sont pas secondaires
L’Inconscient p. 119 § 2
OC Vol. XIII p. 240 §2
…les processus de pensées, c’est-à-dire les actes d’investissement (suffisamment) relativement
(trad. OC) éloignés des perceptions, sont en eux-même dépourvus de qualité et inconscients : ils
n’acquièrent l’aptitude à devenir conscient qu’en étant reliés aux restes des perceptions de mot.

Le processus de pensée

Représentation de mot

Perception sensorielle

Représentation de chose

Freud dit que c’est la perception sensorielle qui est première. Percevoir sensoriellement
c’est déjà, quelque part, traduire, c’est une fonction de langage. La perception sensorielle
tient donc une place importante qui introduit au langage. Quand un enfant sort de la
psychose, qu’il se met à vivre, il refait trente six mille fois la même chose : il est dans une
perception qui n’a pas encore reçu de mots. En mettant des mots, en interdisant de
continuer, on fait passer un niveau de langage et de loi entre humains. La parole, c’est ce
32
qui du langage vient d’un autre désirant.

L’Inconscient p. 121 § 2 & suivantes


OC Vol. XIII p. 241 §3
Si, dans la schizophrénie, cette fuite consiste en ce que l’investissement pulsionnel est retiré des
endroits qui représentent la représentation d’objet inconsciente, il peut sembler surprenant que
la partie de la même représentation d’objet appartenant au système Pcs – les représentations de
mot qui correspondent à cette représentation d’objet – doive au contraire subir un
investissement plus intense.
L’investissement de la représentation de mot, dans la schizophrénie n’appartient pas
à l’acte du refoulement, puisque l’hypothèse est que, dans la schizophénie, justement il y a
fuite du moi du lieu de division entre Cs et Ics et « que cette fuite consiste en ce que
l’investissement pulsionnel est retiré des endroits qui représentent la représentation ».
L’endroit, le lieu géométrique des endroits qui représentent la représentation d’objet Ics
c’est le MOI
Il ne peut y avoir de « moi » où se représentent les représentations de mot, il ne peut
y avoir de moi « en fait » et qui pèse comme objet, que si les représentations de mot
naissent du refoulement qui les lie aux représentations de chose. Ce n’est qu’à ce prix que
le moi est un objet de la conscience.
Pour que ça marche, il faut donc que la représentation de mot appartienne à l’acte du
refoulement. L’investissement psychotique est ce qui n’appartient ni à la représentation de
mot, ni à la représentation de chose :
- il n’est pas le signifiant inconscient d’un rapport moi/chose
- il ne naît pas de cette « coupure » qui fait que les mots ne sont pas les choses même et
parce qu’ils les représentent
- il n’appartient pas au « refoulement en acte »
- il n’est qu’investissement de mots-choses, pris pour des choses ce qui produit le contraire
du désir d’être dans un corps.
- il est tentative de restituer le corps ou plutôt la chair comme mot, il laisse en retrait le
sujet et laisse la chair déshabitée. Une chair déshabitée des mots, dont les mots ne
s’articulent pas à « la fonction créatrice » de la parole, est une chair vide de corps humain.
Au mieux, c’est une « chair », des mots qui se donnent à voir (image) pour cacher que « ça
parle » du sujet dans son rapport à l’Autre.
Le corps/chair n’est plus qu’une arche construite pour éviter la destruction, le déluge
des mots qui ne représentent rien.
Si elle n’appartient pas à l’acte du refoulement par la médiation de l’appareil
psychique, cette représentation de mot et l’investissement qui y préside sont une tentative
schizophénique de guérison, vouée à l’échec. En effet le refoulement qui donnerait son
poids de chose et de représentation aux mots (qui les rendraient signifiants) n’a pas lieu.
Par le processus purement et follement métonymique, le schizophrène fait
l’économie du refoulement et partant, de la division même. Du même coup, s’ouvre le
gouffre du dédoublement indéfini rattrapé indéfiniment par l’investissement de mot (vide)
qui tente de faire un surjet, une cicatrice chéloïde. Plutôt que d’être le lieu d’une unité
brisée (espérée de l’Autre), il choisit ( ?) le dédoublement entre un monde des mots et un
monde des choses qu’il tente de recoudre avec un fil sans nœud qui rend vaine la couture.
Il investit le monde des mots, et ce faisant, il évite toujours davantage le monde des choses
(ou de la Chose ?), son corps ou plutôt sa chair insignifiante.
Cet évitement est l’évitement même de la castration symbolique et de la division
qu’elle implique (par la parole).
Ou alors, c’est l’absence de castration c’est-à-dire la fuite de la parole ou sa
dénégation dans la génération précédente… qui ne l’autorise pas à entrer dans la castration
et à devenir sujet à son tour, dans un corps limité par son poids d’objet. Pour qu’il y ait
refoulement opératoire (de sujet) dans le corps de l’homme, il faut que quelqu’un lui parle.
Il faut qu’il y ait un inter-dit, un entre-dit qui le confie à l’ouverture de la question de
33
l’homme, et fasse barrage à la peur ou à la peur de la peur. Sinon ça ne lui parlera de rien
et surtout pas de lui.
Il ne saura jamais que « ça parle »… de ou dans son corps puisque personne n’en
témoigne pour lui dans le seul ordre qui supporte le témoignage sans confusion, celui de la
parole. « Il n’y a personne », « je suis vide » est la plainte térébérante du psychotique.
C’est une plainte qu’il ne peut même pas articuler puisqu’il n’y a personne pour l’entendre,
pas de tribunal devant lequel elle pourrait s’exhaler.

Nous voilà subrepticement obligés, pour lire Freud, de le lire comme Lacan.

Le problème nodal finalement de savoir ce qui commence est absolument


incontournable :
- est-ce le psychotique qui a d’abord refusé la parole ?
ou
- c’est d’abord la parole qu’on lui a refusée ?
Refuse-t-il de naître ou la naissance lui a-t-elle été refusée ? Les deux sont noués ensemble
dans la confusion originelle d’un « ni l’un » « ni l’autre ».
C’est à cette pointe, à cette racine ultime dont toute névrose témoigne et que la
psychose tente de réaliser, que le sujet humain sort, c’est de là qu’il vient. Ce que toute
psychose manifeste à l’évidence, c’est cette limite confusionnelle qu’aucun refoulement
n’est venu ou ne vient symboliser pour rendre opératoire la différence entre imaginaire et
réel. C’est là qu’apparaît la figure ironique du diable, du dédoublant, qui « sait » que dans
le hors-limite de la confusion, l’homme meurt dans l’épuisement de sa quête. Le non
respect des limites, de la limitation dynamique qui structure l’appareil psychique dans le
refoulement articulé à la parole et à la loi, le non respect des limites – dans la glissade des
mots – témoigne qu’il manque la butée créationniste d’une parole qui fait corps. La
forclusion de la parole renvoie toujours à la fuite catastrophique des médiations et de leur
jeu…sans que soit trouvé le seul chemin qui peut conduire l’homme à se reconnaître
comme sujet désirant infiniment dans son corps – aux multiples représentations – limité.

L’abstraction dont parle Freud se repère dans la psychose ou dans la pensée dès lors
que se trouvent négligées - pour des raisons d’évidemment et d’évitement du corps – les
relations des mots aux représentations de chose inconscientes.
Il y a alors abstraction du sujet, c’est-à-dire « sujet imaginaire », moi, tiré de son
corps, de la chaîne des signifiants sans laquelle il n’est pas de désir. Il n’y a pas non plus
d’assomption symbolique, mais exclusion du sujet de la chaîne signifiante et de l’entrée
dans un corps de désir.
Le corps, réduit à la chair insignifiante, n’est plus vécu que comme une panoplie
indépendante, détachable, qu’on peut mettre de côté, qui a pour fonction de dissimuler un
lieu secret et dévorant – celui d’une vie ni vraie ni fausse, d’un sujet non barré, non
refoulé : d’une vie invivable.
Pour éviter la corruption des mots d’où personne ne pourrait le tirer, où personne ne
pourrait l’entendre, qui ne serait pas le chemin d’une assomption jubilatoire, le psychotique
se laisse aller à la consomption d’une vie qui se dévore elle-même de ne pouvoir se risquer
dans le réseau des signifiants mondains, éprouvés a priori comme ne représentant aucun
sujet… aucun Autre. Il n’y a pour lui que des autres sans Autre… et finalement que lui-
même (narcissisme dit primaire). Finalement, il n’y a que le miroitement indéfini d’une
image du moi réfugié dérisoirement – dans un corps-trou, un gouffre, sur le bord duquel il
se balance ou se saoule d’une floraison d’images qui ne font jamais que lui donner un
semblant d’existence. Exister alors, ce n’est plus qu’échapper au trou… d’une génération,
d’un sexe qui n’engendre rien vraiment. Le seul lien indissoluble est d’échapper à la mort
c’est-à-dire ne pas vivre, ou vivre de la peur de la peur de l’autre qui n’est plus en position
de médiateur entre le « moi » et l’Autre, entre le « moi » et le sujet. Ce lien est –
absolument aliénant - car s’il se dissout, c’est la fin.
34
TEXTES ANNEXES

DE LA PREMIÈRE À LA SECONDE TOPIQUE

(Texte distribué)

Avec l’efficace de l’interprétation psychanalytique qui manifeste que les symptômes, ça parle,
c’est le corps tout entier finalement qui bascule dans le registre du psychique.
Le corps de l’homme est psychique. Et, il n’y a pas de vie psychique qui ne se soutienne du
corps somatique, qui ne se trame à partir des signifiants captifs du corps (comme dit Lacan).

À partir de la découverte de Freud et l’effet rétro-actif qu’elle exerce sur tout ce qui lui est
antérieur, la réalité humaine ne peut plus être pensée à partir de deux entités séparées, abstraites qui
seraient l’âme et le corps, le somatique et le psychique.
Ce dédoublement, né de la primauté de l’abstraction sur la concret dont elle entend rendre
compte en en séparant, en en analysant les éléments, est quelque chose de fréquent : nous savons en tout
cas qu’il est le procédé favori du pervers pour éviter sa propre division (castration)
Peut-être bien que la pensée humaine est intrinsèquement perverse et qu’elle tente de se
représenter (imaginaire) dans l’ordre du dédoublement ce qui la fonde en vérité comme expression d’un
sujet (naissant), sujet irreprésentable (symbolique) dans l’ordre de la division, de la contradiction
originelle dont il naît.

Dire que le soma est psychique et que le psychique est soma, c’est parler de l’homme dans un
concept de corps humain qui n’est réductible ni à l’organicité du corps médical ni à la représentation
éthérée d’un corps psychologique.
Nous pouvons remarquer au passage que ce corps parlant à partir duquel l’homme est parlé et
sans lequel il n’y a pas de sujet reconnaissant et reconnu, c’est l’homme issu de la plus profonde tradition
sémitique. Mais il n’est pas possible que nous empruntions ce détour.
Avec ce concept d’inconscient, c’est au concept d’homme que Freud touche. Ce qui était
dédoublement entre soma et psyché passe en tant que division à l’intérieur et du soma et de la psyché. Le
corps n’est somatique que d’être psychique et il n’est psychique que d’être somatique.

(Texte manuscrit)

Avec l’efficace de l’interprétation psychanalytique qui manifeste que les « symptômes » sont
d’ordre psychique, que le « corps » ça parle, l’opposition dans l’homme d’un corps et d’une âme qui
seraient deux entités séparées comme le serait la notion de somatique et de psychique, comme
appartenant (philosophiquement) à une « nature » différente, va au gouffre.
Le corps de l’homme, c’est ce qui parle.
Pour qualifier sa découverte d’un discours muet, d’un discours qui ne se sait pas, Freud avance
l’hypothèse et le concept d’inconscient. Ce qui a l’effet suivant : l’ancienne division entre soma et psyché
passe - de manière structurale - et à l’intérieur du corps somatique et à l’intérieur du corps psychique. Le
soma, si l’on veut, est divisé en perceptions conscientes et inconscientes et la psyché est divisée
représentation conscientes et inconscientes.
Il n’y a plus contradiction formelle entre corps et psychisme. La contradiction qui autorise de
penser le corps humain est désormais celle d’inconscient/conscient qu’il s’agisse des perceptions ou des
représentations : perceptions corporelles (matérielles) ou psychiques, représentations de choses ou
représentation de mots (p. 118).
35
Ce qui est commun aux deux termes, c’est la division conscient / inconscient de la première
topique avec le préconscient qui permet en tant que médiation de les penser dans un rapport tout à la fois
conjonctif et disruptif (symbolique ?)

Freud ne va pas s’arrêter en si bon chemin livré qu’il est au mouvement d’une pensée qui
s ‘élabore à partir de la contradiction, de la division qui d’une part la fonde comme pensée dialectique
(rapport de deux termes) et d’autre part comme pensée non dialectique, pointant le sujet parlant comme
tel en tant qu’il est le lieu d’une division, d’un principe de division qui lui, est non dialectisable (et qui
fera parvenir Lacan à ce concept d’Autre sans autre, comme trésors, source des signifiants)

Il ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Puisque la division (contradiction ?)


conscient/inconscient qui fonde la première topique et qui tend à faire voir imaginairement le conscient
et l’inconscient comme deux entités séparées, linéairement distinctes, va dans une élaboration ultérieure
lui permettre de penser selon le même principe la deuxième topique.
Autrement dit, d’extérieur ou d’extériorisante qu’elle était dans la première topique, la division
conscient – inconscient s’intériorise à nouveau et fonde chacun des éléments de la deuxième topique : le
ça, le moi et le surmoi y obéissent tous. On ne peut penser aucun des trois sans ce principe et pas
davantage, on ne peut penser sans ce principe l’ensemble des trois comme organisation de la vie
psychique.

Tout est prêt alors pour l’élaboration du concept de structure (Lacan) et son affirmation selon
laquelle le symbolique est partout dans les éléments de la structure. C’est cet ordre qui autorise à penser le
rapport disruptif et conjonctif du réel et de l’imaginaire dans chacun des éléments.
En même temps, il faut qu’un de ces éléments (soumis pourtant au même principe) le représente
en tant que tel :
- le Surmoi représente cette contradiction principielle du langage ; il faudrait dire : du corps
parlant, contradiction qui peut elle-même s’effacer dans une réduction à l’imaginaire et/ou au réel.
- le Ça est constitué par la division Cs/Ics er son articulation au moi par le surmoi.
- le Moi est constitué par la division Cs/Ics et son articulation au surmoi par le ça.

Dans cet article de 1915 où se fait jour le « principe de division » de l’appareil psychique qui est
comme un relais (nécessaire) du « principe de contradiction » du langage et de la parole, ce qui est
frappant c’est l’importance conférée au Pcs comme lieu où s’articule des différences, celle du Cs et de
l’Ics, qui sans lui ne pourraient pas être pensé. Le Pcs est l’instance représentative de la censure certes,
mais aussi de la loi et du langage à moins que ce soit le langage lui-même, pas que Lacan franchit.
L’inconscient est structuré comme un langage parce que l’homme est parlant.
« La totalité des processus psychiques se présente comme le royaume du préconscient ». (p104
& ssv) Comment mieux dire que le langage est roi ? (La souveraineté du langage pour Heidegger : la
primauté, pour Lacan). Il est le roi des processus psychiques c’est-à-dire qu’il les représente tous : les
conscients et les inconscients dans ou pour un corps parlant qui est son royaume.
Pour inscrire dans le Pcs cette division qui est constitutive de l’unité symbolique de l’ensemble, Freud
ne ménage pas sa peine quitte à arriver à un « résultat en contradiction avec une hypothèse antérieure »
(p. 104) : la reconnaissance des deux censures qui séparent le Pcs de l’Ics d’une part, de la Cs d’autre
part. En d’autres termes, le Pcs de 1915 a deux faces, c’est une surface à un seul bord (Lacan) et ce que
Freud en dit annonce ce que Lacan dira du « Surmoi » qui ne peut être pensé que comme instance
symbolique.
De fait, en cette instance (Pcs) se conjoignent et se disjoignent processus inconscients et
processus conscients : ils passent les uns dans les autres mais sont distingués. C’est en lui qu’un signifiant
conscient représente le sujet pour un signifiant inconscient (ou réciproquement) et que ça fait chaîne.
Cette chaîne signifiante permet, la parole ou la liberté de parole du sujet, pour autant qu’elle la limite, la
rend dépendante de l’histoire et du corps. Ce n’est peut-être pas grand-chose, mais c’est quelque chose
comme une « naissance » et la reconnaissance qu’elle implique.

36
Cette instance là qui unit et sépare, qui distingue et conjoint bouleverse les moyens mis en œuvre
précédemment et crée des « difficultés ». Mais le seul caractère qui nous soit donné immédiatement, « le
fait d’être conscient », ne peut fournir un critère de distinction puisque les inscriptions dans notre corps
ou sur lui ne sont pas toutes conscientes, loin de là. Si le seul critère de l’immédiateté de la conscience
était maintenu il faudrait se rendre à « l’hypothèse d’un renouvellement continuel des inscriptions ». (p.
104)

Certes, la mise en œuvre du principe de division (instance symbolique) complique le schéma


topique précédent ; tout n’est pas si simple (p. 105) et a une ou deux reprises Freud s’excuse de cette
« confusion »… mais au prix de cet abandon des repères, Freud fait un nouveau pas sans le savoir encore
vers l’élaboration de la deuxième topique1.
La vapeur est renversée et si l’homme est corps parlant, vraiment, « le fait d’être seulement
conscient », (s’il prend trop d’importance) devient symptôme, manière de réécouter la phrase de Freud (p.
105) : « Dans la mesure où nous voulons accéder à une conception métapsychologique de la vie
psychique, nous devons apprendre à nous émanciper de l’importance accordée au symptôme : « fait d’être
conscient ».

La projection anthropologique que revêt la description de la deuxième topique où le Ça, le Moi


et le Surmoi deviennent quasiment les personnages du théâtre de la vie psychique, n’est alors plus
étonnante. Le principe de contradiction (division) qui fonde le langage2 se retrouve dans chacune des
instances qui permettent de le penser… et pour autant qu’il se retrouve ou qu’il est celui-là même qui
autorise le sujet (lui-même divisé) à se penser dans le langage – même et surtout (après tout) s’il n’y est
pas – en tant qu’être réductible.

1
Confusion : «sang mêlé » (p. 103) – « complication/difficulté » (p. 104) toutes ces difficultés (p104) « conscient pas toujours
conscient » (p. 105) « devenir conscient restreint » (p. 105) « pas de rapport simple » (p. 105) Ics, Pcs Cs (début p. 106)
2 Les mots qui se répètent marquent la confusion

37
L’INCONSCIENT (p. 110)

Dans l'article sur l'inconscient qui date de 1915, Freud dans la clarté de son langage nous met - en s’y
mettant - à l'école de la découverte psychanalytique et de la pratique qu’il en a.

Cette découverte consiste en ceci : les actes humains que la pathologie étudie, comme l’étude du rêve,
sont interprétables à la lumière de la conscience. En tant qu’interprétables, ils sont traduits secondairement
dans l’ordre du langage. Ces actes au premier abord incompréhensibles, décrits extérieurement comme des
symptômes ou rangés dans la catégorie à part des rêves, se révèlent comme ayant une signification qui était
cachée, latente, pour peu qu’on les interprète selon les lois de la psychanalyse. Tout ce qui se passe dans le
corps humain se révèle être de l’ordre de la parole. Qu’on le sache ou non, le corps est parlant. Ce qui le
prouve, ce n’est pas qu’ils soient interprétables n’importe comment, mais qu’au contraire leur interprétation
obéit aux lois d’un langage qui rend compte de l’histoire d’un sujet dans son corps. Rendre compte de
l’histoire en détache. L’approche psychanalytique de ces actes est nécessaire et légitime (p.66) c’est-à-dire
fondée en droit du côté du sujet : elle obéit à des principes contraignants et à des règles de cohérence. La
preuve que l’interprétation est pertinente réside dans son efficace. L’interprétation a des effets qui sont
repérables après coup dans le corps et dans l’histoire du sujet. Ces effets d’après coup fondent l’écoute
psychanalytique de ces actes, de ces symptômes et de ces rêves. Du même coup, ils confèrent à ceux-ci un
statut d’actes psychiques latents, inconscients en tant qu’ils échapp(ai)ent à l’immédiateté de la conscience.
« Le refus obstiné d’accorder un caractère psychique aux actes psychiques latents, écrit Freud,
s’explique par le fait que la plupart des phénomènes considérés n’ont pas été un objet d’étude en dehors de la
psychanalyse. Celui qui ne connaît pas les faits pathologiques, qui se borne à tenir les actes manqués des
hommes normaux pour des hasards et se contente de la vieille sagesse selon laquelle tout songe est
mensonge, celui là n’a plus besoin que de négliger encore quelques énigmes de la psychologie de la
conscience pour s’épargner l’hypothèse de l’activité psychique inconsciente. Du reste, les expériences
hypnotiques, en particulier la suggestion post hypnotique, ont démontré, de manière tangible, avant même
l’époque de la psychanalyse, l’existence et le mode d’efficace de l’inconscient psychique ». (p.69-70)

Il découle d’un tel constat scientifique, et selon le procédé d’inférence auquel Freud s’attache, que ce
qui est valable, dans cet ordre, pour les autres est valable pour moi. Il en résulte aussi, sur le plan de
l’élaboration théorique, que l’appareil psychique de l’homme est divisé en deux parties l’une consciente,
l’autre inconsciente. Cette division est la condition sine qua non de la constitution de l’homme en tant que
sujet parlant : parlant de lui à un autre, parlant d’un autre à lui. Elle est la condition de la parole qui spécifie
le genre humain et qui lui interdit de s’identifier aux animaux, aux plantes ou à l’inanimé. « Mais là-même
où la tendance originaire à l’identification est sortie victorieuse de l’examen critique, à savoir dans le cas de
cet autre qui nous est le plus proche, l’humain, l’hypothèse de la conscience repose sur une inférence et ne
peut bénéficier de la certitude immédiate que nous avons de notre propre conscience ». (p.71)

Il s’ensuit que la division de la chair, en ce qui concerne le corps de l’homme, renvoie nécessairement
et légitimement à une division interne, psychique, en ce qui concerne l’esprit par lequel il accède à la parole.
Cette division interne nous est devenue familière et Freud la pointe à partir de sa découverte du
refoulement. Il situe le ressort de ce dernier dans le préconscient, envisagé sous la forme d’une censure elle-
même « double » ou biface dont la sévérité se modifie selon l’état de l’homme. (cf ce qui est dit du Pcs p.
104 à 106) Cet état peut être normal ou pathologique, de veille ou de sommeil. La censure est un fait de
langage : elle reprend, critique, condamne une action ou une opinion. Elle la fait dépendre d’une autorisation
préalable, d’une situation où ce qui voudrait se dire ou se faire n’est pas toléré en fonction d’un intérêt
supposé « supérieur », d’un intérêt tout court. Elle rend inintelligible à l’homme ce qu’en conscience -
topologiquement - il ne veut pas comprendre. Elle refoule les significations en les annulant, en les
contrariant, en les déguisant en les soumettant à des lois qui les font apparaître au jour (de la conscience)
sous des formes méconnaissables. Elle inverse et déforme le sens qui devient incompréhensible, voire non-
sens, à qui ne possède pas les clés de l’interprétation de cette transformation. Elle va jusqu’à substituer au
pur jeu des forces du refoulement la négation qui introduit à la logique consciente (p. 96/97). Mais, la
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négation elle-même peut être reprise dans le jeu ambivalent de l’Ics pervertissant la censure dans la
dénégation : une négation ayant valeur d’affirmation, ou une affirmation ayant valeur de négation. Le oui
n’est pas oui : le non n’est pas non.

Dans l’interprétation des rêves Freud écrit : « Le rôle de renversement est particulièrement intéressant
quand il sert à la censure. Il donne à la représentation un degré de déformation tel qu’à première vue, le rêve
paraît tout à fait inintelligible » (p. 282) (problème d’une cohérence inintelligible).

Il faut reconnaître avec lui que ce principe de contradiction qui peut servir à l’opposition mise à un
sens et à son inversion, ou à la perversion d’une signification perçue, est le principe même de la conscience
dans la logique de son fonctionnement. Cela, nous le savions bien avant Freud. (Note manuscrite : il
convient de passer de l’opposition sémantique – cohérence – à l’opposition non spéculaire entre discours et
parole). Dans ce principe s’enracine aussi le procédé de déduction selon lequel telle ou telle représentation
peut être refusée, oubliée, jugée sans importance (comme dans un régime politique, l’opposition est jugée
sans importance). La logique issue du principe de contradiction qui organise la conscience immédiate des
choses – il faudrait dire spéculaire – fait rebrousser dans le non-su, le hasard, l’inintéressant, l’inconnu (et
quand bien même cet inconnu se parerait de la justification sociale, politique ou religieuse) ce qu’elle ne
veut pas comprendre. Alors, elle refuse la médiation psychique spécifique de l’homme (genre humain) qui
est la parole avec sa dimension conflictuelle. Sous prétexte qu’elle ne comprend pas ce qui cherche à se dire,
elle nie. Et pourquoi dès lors ne nierait-elle pas l’inconscient ? Il y a une antinomie entre la logique de la
contradiction, le langage conscient et la parole incarnée dans le corps, inconsciente.

« L’essence du refoulement ne consiste pas à supprimer une représentation représentant la pulsion,


mais à l’empêcher de devenir consciente » (p. 65)
Autrement dit, si ce qui est inconscient est ce qui ne devient pas conscient, cela ne veut pas
nécessairement dire que le devenir conscient supprime l’inconscient : il n’y a pas d’opposition dialectique
des contraires mais une opposition différentielle entre un être de parole et sa médiation.

En tant qu’ « organe des sens de l’appareil psychique », la conscience est ordonnée à la perception de
ce qui traverse la censure constitutive du psychisme humain. Après-coup, en relisant ce qu’elle dit, à la
lumière de l’interprétation et de ses effets, dans un rapport à quelqu’un d’autre qui ne tient pas pour argent
comptant l’immédiateté de ses conclusions3, la conscience perçoit, en rebroussant le chemin de la
modification de ses représentations, ce qui originellement ou originairement cherche à se dire. Dans le
discours exprimé et mis en suspend ou interprété, l’homme découvre (en lui-même) le travail d’une parole
dont il n’avait pas conscience qu’elle fût écrite en son corps et non lue. Par ce retour, il entend ce qui parlait
en lui de lui et des autres et qu’il ne savait pas. Il abdique alors sa prétention à une souveraineté qui parerait
son image d’homme connaissant des attributs de la toute puissance imaginaire de son savoir. Il sait qu’il ne
sait pas ce dont il parle quand il parle de ce qu’il sait : « ça parle». Ainsi s’ouvre la brèche du non savoir de
lui-même qui, dans la recherche de la vérité qui oriente la pulsion épistémologique, renouvelle sans cesse et
son discours et son désir.

Dans le travail de l’écoute et de l’interprétation de ce qu’il dit, l’homme découvre que ça dit autre
chose en lui ou dans l’image la plus proche qu’il a de lui, en l’autre. Quand ça parle de lui ou d’un autre en
lui, ça parle à partir d’un point obscur qu’il ne connaît pas : ça parle à partir d’un autre lieu que où je pense
que je suis et ça rejoint un autre lieu que celui où je pense que l’autre est. Ça parle du lieu d’un Autre sans
autre et sans moi représentable, hors image de moi ou de l’autre.
Ça parle du lieu du non-savoir qui est, par excellence, le lieu de l’Autre, celui de la vérité qui, elle,
parle – ou n’est pas -.

3… de l’ordre de la conscience… « Il faut chercher la raison de toute ces difficultés en ce que le fait
d’être conscient – le seul caractère des processus psychiques qui nous soit donné de façon immédiate
– n’est en aucune façon de nature à fournir un critère de distinction », (p. 104) de discernement. Sans
parler du fait que le conscient n’est pas toujours conscient mais est aussi, par moments, latent.
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Que Freud tienne à ce point que l’inconscient soit un lieu, un « topos », et non seulement la
conséquence déduite du processus de refoulement, n’est pas sans importance. Il le dit dans le chapitre VII de
l’interprétation des rêves et il le redit ici. L’inconscient est un adjectif quand il s’agit de représentations
maintenues dans le non-savoir par le refoulement : le non-savoir de ces représentations est alors une
ignorance qui s’ignore. Mais l’inconscient est un substantif quand le non-savoir est un lieu au centre de
l’appareil psychique, lieu qui persiste et qui s’ouvre d’autant plus que le non-savoir de l’ignorance est
vaincu, que le refoulé fait retour. À partir de là, il va élaborer sa deuxième topique qui n’annule pas la
première. « Si tout refoulé est nécessairement inconscient, le refoulé ne recouvre pas tout l’inconscient » (p.
65). Le premier inconscient est un adjectif, le second substantif, et Freud n’en démordra plus. L’inconscient
adjectif ne suffit pas pour qualifier l’inconscient substantif : « le refoulé n’est qu’une partie de
l’inconscient » (p. 65). Il y a donc un inconscient qui n’est pas du refoulé, un inconscient où ça parle
originellement et dont « moi » ne sait rien. Cette parole ne peut être imaginée et ne peut être adéquate à
aucun discours. L’inconscient auquel se trouve référé toute chaîne signifiante dans le langage est un lieu sans
image et sans représentation : le lieu de l’Autre qui parle du sujet. Il faudrait aller plus loin et dire : qui parle
le sujet - toujours barré dans son rapport à l’autre et à lui-même d’un trait unaire dont tous les signifiants
sont tributaires. C’est aussi bien le lieu de l’Autre que celui de la chose originellement perdue (Lacan
séminaire sur l’éthique), das ding. Quelle que soit la réalité qu’il signifie, la matérielle ou la psychique qu’il
signifie, pour reprendre les termes mêmes de Freud, le signifiant en tant que tel renvoie au sujet, parlant
d’être originellement parlé. Dans le registre symbolique de la parole, Lacan le dit lapidairement : « le
signifiant représente un sujet pour un autre signifiant. »

Il en découle alors que l’inconscient aussi a deux parts : il est lui aussi divisé, il est coupure en acte -
non symétrique, non réversible en doigt de gant comme l’est l’imaginaire.

Note manuscrite :
Dont :
mot (réalité)
- un des bords conscient

psy (id)

l’autre
- l’autre bord le réel
la chose perdue

De fait , si la notion d’inconscient était adéquate à celle de refoulé, adéquate à l’attribut que lui donne
la conscience, la levée des résistances par l’interprétation lui rendrait le rôle prédominant et souverain que la
psychanalyse lui conteste. Elle aplatirait la structure psychique en anéantissant l’inconscient, en suturant sa
division.

Que le refoulé trouve son lieu, sa demeure dans l’inconscient, suppose une attraction primaire en
ce lieu où ça parle, mais où ça ne parle pas à partir de l’imaginaire du discours. Ce point d’articulation
théorique ne va pas laisser Freud tranquille. C’est pour le justifier qu’il va élaborer le concept de
refoulement originaire et le faire dépendre d’un premier contrinvestissement hypothétique (p. 88-89).

Ce travail du concept de l’inconscient divisé en deux parts qui ne s ‘annulent pas dans leur
opposition (lieu inconscient radicalement opposé à l’adjectif inconscient et qui plus est peut devenir
conscient) prépare le lit, étaye déjà la notion de « ça » de la seconde topique . Il est constitué par cette

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division même qui, dans un même lieu, articule à une face tournée vers l’inconscience, une face
tournée vers la conscience.

De cette avancée naît la théorie des « rejetons des motions pulsionnelles » qui « réunissent en
eux des déterminations opposées » (p. 102) : ayant tous les caractères de la conscience, ils sont
inconscients. « Ils appartiennent qualitativement (organisation) au Pcs mais en fait à l’Ics » (p. 103).
« En fait » veut dire ici topologiquement. Certains de ces rejetons vont pouvoir pénétrer dans la
conscience grâce à « une circonstance favorable », « la conjonction avec un contre-investissement du
Pcs » (p. 103), avec une modification de la censure.
Lacan a très bien vu cela. Ce qui gît ou demeure en ce lieu c’est pour lui tour à tour le sujet (le sujet de
l’Ics), le grand Autre (trésor des signifiants) ou das ding selon une problématique archaïque du
séminaire l’Ethique de Lacan.

Dans l’ordre de la connaissance scientifique et dès lors que l’objet de cette science est l’homme
(son psychisme, sa libido, son désir) l’hypothèse née de l’expérience psychanalytique - de sa méthode
et des lois qui en rendent compte - et qui admet l’inconscient, est plus scientifique que celle qui ne
l’admet pas et réduirait à un objet de connaissance le sujet même de la connaissance. La connaissance
consciente ne se déploie que sur ce fond de la reconnaissance de l’inconscient sans lequel le sujet de la
conscience risque de se comprendre dans l’immédiateté de la perception ou de la représentation qui
l’objective, de se prendre pour le moi, sans tenir compte de la distinction entre « la réalité et le réel »
(p. 74 Kant).

La conscience ne se conçoit que par rapport à ce qu’elle ne conçoit pas, qu’à ce qu ‘elle ne peut
concevoir et qui la contre-dit préalablement. Par contra-diction préalable j’entends que l’inconscient
contre-dit la « prétention intenable » … qui « exigera que tout ce qui se produit dans la domaine
psychique doive aussi être connu de la conscience » (p. 67).

Cette contra-diction est préalable dans la mesure ou elle n’est pas secondaire à la conscience
mais qu’elle appartient au langage lui-même dans son rapport à la parole et à l’inconscient (le
refoulement n’est pas seulement ce qui de conscient devient inconscient). Cette contradiction est ce à
partir de quoi surgit le psychique et le corps de l’homme.

Une partie du refoulement est secondaire au refoulement : ce qui était conscient devient
inconscient. Mais une partie de l’inconscient est premier par rapport au refoulement et donc à la
conscience. Ce qui est perdu est originel, et c’est ce que Freud va retrouver autour de l’ombilic du rêve.
(p. 111-112 & p. 117 prédominance du langage).
Il y a des actes – symptômes ou pas – et des idées qui nous viennent sans que nous en
connaissions l’origine. Il y a « des résultats de pensée dont l’élaboration nous est demeurée cachée »
(p. 66).

Ce qui devient conscient ne l’était pas à l’origine et la conscience ignore comment il le devient.
La psychanalyse ouvre une voie pour parler des processus psychiques inconscients et de leur
transposition en processus psychiques conscients qui les remplacent. « Elle les décrit avec toutes les
catégories que nous appliquons aux actes psychiques conscients, tels que représentations, tendances,
décisions et autres choses du même genre… mais ils s’en distinguent en ce que précisément la
conscience leur fait défaut » (p. 69). (L’aporie de la psychanalyse).

Il faut bien voir que Freud se bat ici contre l’affirmation binaire que le conscient serait le
psychique et le pas-conscient le somatique (réservé au physiologique et au chimique). Il y a un pas-
conscient qui est psychique et qui n’est pas le somatique :
- ce qui ne revient pas à nier le somatique comme réalité

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- ce qui ne revient pas non plus à faire du psychique la réalité première (le réel) ou seule
originaire et pas davantage le somatique
- ce qui ne revient pas à une division de la réalité psychique par laquelle originellement le sujet
s’ouvre au réel.
Autrement dit, dans le même temps Freud pose qu’il y a une réalité matérielle (spécifique) et
une réalité psychique (spécifique) : il pose cette différence où chacun des deux termes est indexé – de
manière particulière – par le réel, qui n’est ni l’un ni l’autre mais sur lequel ouvre cette différence.
Dans le même temps il pose que le psychique est lui-même divisé entre le conscient et l’inconscient
tout comme le somatique et que c’est cette division qui (le) fonde le corps humain comme parlant. Ce
qui conduit bien sûr à l’interdiction radicale d’identifier le conscient à la réalité psychique et le réel à
la réalité matérielle de l’objet. Cette réalité de l’objet, c’est l’imaginaire, que cet objet soit repéré dans
l’ordre matériel ou dans l’ordre psychique.

Ainsi donc, il y a deux réalités qui ne sont pensables que dans l’ordre qui les différencie, qu’à
partir de l’acte qui les unit et les sépare et sans lequel il n’y a pas d’ouverture au réel. Ce réel est
impossible à réduire à l’un ou à l’autre et la réalité psychique est elle-même divisée. Elle n’est pensable
que relativement à la division qui lui permet de s’imaginer et lui interdit d’être réductible à ce qu’elle
s’imagine. Dans l’acte même où elle se pose, la conscience méconnaît son origine, elle la barre,
reconnaissant qu’elle est posée par un autre processus, par un Autre, là où elle se pose comme « moi,
je ». Qu’elle ne puisse se poser que dans un acte où, du même coup, elle est posée à partir d’une zone,
d’un processus, d’un lieu qu’elle ignore, l’ouvre :
- d’un côté sur ce qu‘elle sait, sur ce qu’elle se représente être, le sujet du discours, le moi qui
gère l’imaginaire
- et de l’autre sur ce qu’elle ne sait pas, sur un non-savoir du sujet de la parole, sur le désir qui
l’entraîne dans le déséquilibre du fait de parler, de l’acte psychique perçu et reconnu dans le fait que
l’autre, il parle et que moi, je parle. Ce procédé d’inférence (p. 70-71), admet « per analogiam »
l’hypothèse de l’inconscient – dans le rêve, les symptômes que décrypte la psychanalyse – chez l’autre.
Il nous rend compréhensible le comportement de cet autre homme, « en se fondant sur la perception
de ce qu’il dit et fait » (p. 70), quand bien même il ne sait pas immédiatement ce qu’il dit et ce qu’il fait.
Il autorise l’interprétation et la reconnaissance de son efficace dans ses effets. Ce processus
d’inférence doit « être aussi appliqué à la personne propre. » (p. 71)

L’inférence se définit comme « l’opération logique par laquelle on admet une proposition en
vertu de sa liaison avec d’autres propositions déjà tenues pour vraies ».

Le processus d’inférence dont parle Freud a un double mouvement :


1 – S’il est vrai que moi j’ai une conscience, « la tendance originaire à l’identification » (p. 71)
veut que l’autre en ait une : d’où compréhension !
2 – Mais, si l’observation des autres – rêves, symptômes, lapsus…et l’efficace de l’interprétation
« démontrent, de manière tangible, avant même l’époque de la psychanalyse, l’existence et le mode
d’efficace de l’inconscient psychique » (p. 70), alors, en retour, « la psychanalyse n’exige rien, si ce
n’est que ce procédé d’inférence soit aussi appliqué à la personne propre, bien qu’assurément, il
n’existe pas de tendance constitutionnelle à le faire. » (p. 71) C’est une opération logique - fondée sur
une identité corporelle « non déductible logiquement » …mais… « si l’on fait ce pas, il faut dire que
tous les actes et toutes les manifestations que je remarque en moi et que je ne sais pas relier au reste
de ma vie psychique doivent être jugés comme s’ils appartenaient à une autre personne. On doit les
expliquer en leur attribuant une vie psychique » (p. 71), et non les réduire purement et simplement à
des manifestations somatiques ou seulement incompréhensibles, non-interprétables.

L’interprétation exige alors qu’on se réfère aux lois découvertes dans la praxis de l’inconscient
et de la division en acte qu’il opère dans l’appareil psychique.

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On voit bien ici que l’autre du premier mouvement, l’autre image du moi, l’autre imaginaire
n’est pas purement et simplement superposable à l’autre personne dont Freud parle dans un
deuxième temps. Dès lors, à partir de son retour à Freud, la théorie lacanienne est fondée quand elle
distingue le petit autre du grand Autre. Il y a une altérité non imaginaire, non imaginable, non
spécularisable. Là aussi s’introduit un principe de division qui n’est pas dédoublement (p.73) qui n’est
pas symétrique, qui ne tient pas dans une identité imaginaire et purement dialectique des deux
parties. Le petit autre s’inscrit dans la relation imaginaire qui fonde la représentation moïque et dont
la médiation est la parole en tant qu’elle ouvre la relation imaginaire moi/autre à la relation
symbolique à l’Autre, à l’endroit précis où l’objet chute. Lacan peut alors écrire que « l’inconscient est
le discours de l’autre » et, dans le même temps, que le sujet est déterminé et dépendant des signifiants
de sa chaîne.

Il introduit, à la suite de Freud, les conditions subjectives (p. 74) de Kant qui régule les lois de la
perception. De la même façon que la perception de conscience ne peut pas être mise à la place de son
objet externe, réalité matérielle, elle ne peut pas davantage « être mise à la place du processus
psychique inconscient qui est (aussi) son objet. Tout comme le physique, le psychique n’est pas
nécessairement en réalité tel qu’il nous apparaît ». (p. 74) De même que la réalité matérielle (fin de
l’Interprétation des rêves) est autre que ce que j’imagine en moi, de même la réalité psychique est
autre que moi. « Moi est un autre ». En 1915 Freud tire les conséquences de ses découvertes de 1900.

« Toutefois, écrit-il pour conclure sa démarche, nous n’allons pas tarder à apprendre avec
satisfaction que la correction de la perception interne n’offre pas un aussi grande difficulté que celle
de la perception externe, que l’objet intérieur est moins inconnaissable que le monde extérieur ». (p.
74)
Qu’il soit moins inconnaissable que le monde extérieur ne signifie pas qu’il soit connaissable.
Cela signifie que selon l’efficace de l’expérience clinique, sa connaissance obéit à des lois qui sont
celles-là mêmes qui régulent l’appareil psychique et que la découverte de l’inconscient freudien
permet d’élaborer en théorie. Même si pour construire l’échafaudage qui en rend compte, Freud dans
sa probité, se trouve acculé à passer d’une topique à l’autre sans pour autant renoncer à la première.
Ce passage implique l’introduction d’une coupure, d’une division, dans les différentes instances de la
première topique. Cette division/coupure se présentent comme l’intériorisation de cette coupure
même (Cs/Ics) constituant de chacun des éléments de la deuxième topique. Du même coup, s’esquisse
la naissance du concept de structure (hétérogène, ouverte). Celle-ci obéit aux interférences logiques
qui la fondent en même temps qu’à une autre logique, celle de l’être parlant dans un corps . C’est celle
du sujet dont ça parle partout et qui le fait ex-sister dans une antériorité logique à tout éveil du
signifié. Là, « je pense où je ne suis pas par la pensée, donc je suis où je ne pense pas », dans l’origine
même de la parole.

« Il faut établir une jonction conceptuelle entre cet « Ailleurs » et le lieu où ça pense. Une autre
scène qui n’est pas un ailleurs nostalgique, imaginaire… mais qui est un ailleurs « présent pour tous et
fermé à chacun» : Autre du sujet (« D’une question préliminaire à tout traitement possible de la
psychose » 1957 p. 548)
Division qui – théoriquement – se répercute dans toutes les instances de l’échafaudage et
autorise la mise en place du concept de structure. Grâce à cette division constitutive, l’affectation d’un
des éléments de la structure modifie les autres en la faisant jouer au risque soit de se clore sur elle-
même dans l’indéfini de son propre jeu, soit de s’ouvrir sans cesse sur l’infini du désir de l’Autre qui
s’y joue. Le désir du sujet peut être joué, floué, perdu ou, au contraire mis en jeu, surgir dans l’ailleurs.

43
SCHÉMA L’Inconscient p. 118 & suivantes 5/12/81 & 9/1/82

OC Vol. XIII p. 239 § 3 et ssv

Nous voyons maintenant ce que nous pouvons appeler

LA REPRÉSENTATION D’OBJET CONSCIENTE

SE SCINDER EN

REPRENTATION DE MOT et REPRÉSENTATION DE CHOSE


Celle-ci consiste en l’investissement,
sinon des images mnésiques directes de
choses,
du moins en celui de traces mnésiques plus
éloignées et qui en dérivent.

Nous croyons maintenant tout d’un


coup savoir

EN QUOI

UNE REPRÉSENTATION CONSCIENTE

se distingue

d’UNE REPRÉSENTATION INCONSCIENTE

Ces deux représentations (la consciente et l’inconsciente) ne sont pas, comme nous l’avions pensé, des
inscriptions différentes
- du même contenu
- dans des lieux psychiques différents
ni non plus des états d’investissements fonctionnels
- différents
- au même lieu.

LA REPRESENTATION CONSCIENTE
Comprend :
- la représentation de chose qui ne lui appartient pas ?
+
- la représentation de mot
qui lui appartient.
LA REPRÉSENTATION INCONSCIENTE
Est
La représentation de chose seule
Le système Ics contient les investissements de
chose des objets,
les premiers et véritables investissements d’objets

Le sysyème préconscient Pcs


Apparaît quand………………………………………. cette représentation de chose

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Est SURINVESTIE DU FAIT……………………….qu’elle est

… RELIÉE …
…aux représentations de mots qui…………………… lui
correspondent.
Ce sont, nous pouvons le présumer,
ces surinvestissements
qui introduisent une organisation psychique
plus élevée et qui rend possible

le REMPLACEMENT……… du processus primaire


par le processus secondaire
qui règne dans le préconscient.

Nous pouvons maintenant énoncer aussi avec précision ce que, dans les névroses de transfert le
refoulement refuse à la représentation écartée : c’est

La TRADUCTION
… des mots qui doivent restés reliés à
l’objet (sans représentation)
La représentation (des mots) qui n’est pas
exprimée en mot
ou l’acte physique non surinvesti
(non relié aux représentations de mot)
demeurent alors - en arrière (retrait)
- refoulés dans l’Ics

Je me permets de faire remarquer que très tôt nous avons été en possession de l’idée qui aujourd’hui
nous rend compréhensible un des caractères le plus frappants de la schizophrénie. Dans les dernières
pages de l’interprétation des rêves, publié en 1900, se trouve exposée l’idée selon laquelle
Les processus de pensée
c’est-à-dire
les actes d’investissement
suffisamment éloignés des…
perceptions…………………… sont en eux-même
dépourvus de qualité et……………………… inconscients
Ils n’acquièrent l’aptitude
à devenir….
… conscients qu’en étant reliés
aux restes …
… des perceptions de mot

OR
Les représentations de mot
de leur côté … proviennent de la
perception sensorielle……………… de la même manière que
les représentations de chose
si bien que l’on pourrait soulever la
question de savoir POURQUOI
LES REPRÉSENTATIONS D’OBJET
ne peuvent devenir
CONSCIENTES …….. ….. par le moyen de leurs propres
restes perceptifs.
45
Mais vraisemblablement la pensée fonctionne
dans ces systèmes qui sont si éloignés
des restes perceptifs originaires …
…qu’ils n’ont plus rien conservé …
… des qualités de ceux-ci…
et ont besoin pour devenir…
conscients …….
… d’un renforcement par de nouvelles qualités.

De plus
le lien avec les mots permet de doter
de qualité des investissements (pensée)
qui ne pouvaient apporter avec eux
… aucune qualité tirée des perceptions
elles-mêmes, ….
parce qu’ils correspondent seulement
à des relations entre
les représentations d’objet.
De telles relations qui ne sont devenues
saisissables que par
Des mots……………… constituent une partie capitale
de nos processus de pensée.

Nous COMPRENONS que le LIEN avec


les représentations de mot ne coincide
encore pas avec le fait de devenir conscient,
mais n’en procure que la possibilité,
il ne caractérise donc pas d’autre système
que le Pcs.

Mais nous remarquons qu’avec cette discussion nous abandonnons ce qui constitue proprement notre
thème : nous voilà en plein dans les problèmes du préconscient et du conscient, qu’il serait plus
approprié de réserver pour les traiter séparément.

Dans la schizophrénie, que nous n’abordons ici d’ailleurs que dans la mesure où cela nous semble
indispensable à la connaissance générale de …
… l’inconscient

un doute ne peut manquer de surgir :


le processus ici appelé REFOULEMENT
a-t-il encore quoique ce soit à voir
avec le refoulement observé dans
les névroses de tranfert ?
La formule selon laquelle le
REFOULEMENT
serait un processus se déroulant
ENTRE …
Le système Ics …
… et le Pcs (ou Cs)
avec pour résultat le maintien …
… du refoulé
À L’ÉCART …
… de la conscience
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a besoin en tout cas d’une modification
afin de pouvoir aussi inclure le cas de la démence précoce et d’autres affections narcissiques.

Mais, la tentative de fuite du moi


qui se manifeste dans le retrait
de l’investissement Cs…
…reste de toute façon l’élément commun

A quel point la mise en œuvre de cette tentative de fuite, de cette fuite du moi dans les névroses
narcissiques est plus fondamentale et plus profonde, c’est ce que nous apprend la réflexion la plus
superficielle.
Si,
dans la schizophrénie
cette fuite (du moi)
consiste en ce que
l’investissement pulsionnel
EST RETIRÉ des endroits
qui représentent………………………………………………… la représentation d’objet Ics
il peut sembler surprenant
que la partie de la même
représentation d’objet …
appartenant au
système Pcs
les représentation de mots
qui correspondent
à cette représentation d’objet
doive au contraire
subir un investissement
plus intense.
On aurait pu s’attendre,
Plutôt, que…
la représentation de mot,
en tant qu’elle est
l’élément préconscient,
ait à soutenir le
premier choc du
REFOULEMENT
Et qu’elle ne puisse
absolument plus
être investie après que le
REFOULEMENT

Se fut poursuivi jusqu’aux…..


représentations de chose Ics

C’est là assurément un point


difficile à comprendre.
Pour sortir de cette difficulté,
on peut dire que cet investissement
de la représentation de mot
n’appartient pas à l’acte
de REFOULEMENT
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MAIS, AU CONTRAIRE
représente la première des
tentatives de restitution
ou de guérison
qui domine de façon si frappante
le tableau clinique
de la schizophrénie.

Ces efforts tendent à


récupérer les objets perdus
et il se peut bien que
dans cette intention,
ils prennent le chemin
de l’objet (chose ?)
en passant par
l’élément mot
de celui-ci
ce qui les amène alors à
devoir se contenter
des mots …………………………… à la place …………………. des choses

De façon tout à fait


générale en effet
notre activité psychique
peut suivre deux parcours
aux directions opposées

soit venant des pulsions


par le système Ics
pour aboutir au
travail de pensée conscient

soit sur une incitation


de l’extérieur, en passant
par le système Cs et Pcs
pour arriver …………………………………………………….. aux investissements Ics

du moi et des objets

Cette deuxième voie


doit, malgré le ………….…….. REFOULEMENT …………… (des représentations de chose ?)
qui s’est préalablement
produit
rester PRATICABLE ET
ELLE reste jusqu’à un certain
Point OUVERTE aux efforts de la névrose pour
récupérer ses objets

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Lorsque nous pensons
abstraitement,
nous courons le risque de
négliger les relations…
des mots …………………………………………………………… aux représentations de chose Ics

Et l’on ne peut nier que notre philosophie revêt, dans son expression et dans son contenu, une
ressemblaance qu’on n’eût pas désiré lui trouver avec la façon dont opèrent les schizophrènes. D’autre
part, on peut tenter de caractériser le mode de pensée des schizophrènes en disant qu’ils traitent les
choses concrètes comme si elles étaient abstraites.
Si nous avons vraiment reconnu… l’Ics
et déterminé correctement
la différence entre…….
une représentation
inconsciente
et une représentation
préconsciente,
les recherches que nous pouvons
mener à partir de bien d’autres
points de départ nous ramènerons
nécessairement à cette conception.

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