Écriture réflexive
Qu'est-ce que l'écriture réflexive ?
L'écriture réflexive fait référence aux essais qui sont composés sur la base d'un examen
critique d'une expérience de vie spécifique. Ce type d'écriture peut être comparé à des
entrées de journal de bord ou de journal intime, la principale différence étant qu'en écrivant un
essai de réflexion, vous êtes très conscient et intentionnel, car vous écrivez en sachant que
quelqu'un d'autre lira votre texte. L'essai suit toujours une structure similaire à celle d’une
dissertation, répondant au besoin de cohérence et de cohésion tout au long de la rédaction.
Avantages de l'écriture réflexive
La réflexion vous offre l'opportunité de considérer la manière dont votre expérience et vos
pensées personnelles influent sur votre perspective globale des choses et comment cela agit
sur votre approche des idées nouvelles. L'écriture réflexive offre de nombreux avantages,
entre autres :
• Elle vous aide à développer une attitude curieuse et des compétences analytiques ;
• Elle vous permet d'identifier les axes d'amélioration de vos pratiques d'écriture ou de
lecture ;
• Elle accroît la capacité d’affronter efficacement les nouveaux défis ;
• Elle développe la capacité de généraliser et d'appliquer vos nouvelles connaissances à
de nouvelles situations.
Le Cycle d'Apprentissage Réfléctif
La pensée réflexive est essentielle pour réussir
dans des circonstances imprévisibles et
difficiles, ou face à des textes et des théories
complexes. Le Cycle d'Apprentissage
Réfléctif vous aidera à structurer la manière
dont vous aborderez ces défis et vous fournira
les outils que vous pourrez utiliser en toute
nouvelle occasion. Un petit mot sur le cycle : ce
cycle est itératif. Cela signifie qu'il ne s'arrête
pas après une rotation complète, mais continue
sa rotation dans le sens des aiguilles d'une
montre aussi longtemps que nécessaire, dans
Figure 1 - Cycle d'apprentissage réfléctif
chaque situation.
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1) Planification : Considérez le contexte plus large, les modèles de connaissances et de
pratiques, les théories spécifiques, l'expérience personnelle antérieure et celle des
autres, et l'interaction avec le texte ou la tâche à accomplir. Utilisez ces informations
pour construire, ajuster, adapter, modifier, puis développer un plan d'action pour
aborder le projet ou le texte à traiter.
2) Action : Utilisez les approches ou la méthode de l'étape précédente, la Planification.
Ayez conscience de chaque action. Soyez prêt à adapter et à modifier vos objectifs et
votre matériel au fur et à mesure de cette étape, tout en donnant priorité au plan
principal.
3) Observation : Une fois l'action principale terminée, prenez le temps de revoir ce qui
s'est passé et comment la situation a influé sur vous. Préparez un rapport précis et
objectif de l'opération.
4) Réflexion : C'est là que la pratique d'écriture réflexive entre en jeu. Réfléchissez à la
session ou à l'opération précédente et évaluez votre réaction. Examinez les forces et
les faiblesses de votre approche et de vos actions, identifiez les problèmes et les
domaines à améliorer. Procédez à l’introspection de la session. Il n'y a pas de réponse
correcte ou incorrecte ici et vous pourriez avoir du mal à interpréter certains domaines.
Voici quelques questions à garder à l'esprit en l’occurrence : avez-vous atteint les
principaux objectifs de votre plan ? vos objectifs ont-ils (et comment ont-ils) changé ?
quel rôle vos actions ont-elles eu sur la situation et comment avez-vous réagi à la
situation ? vos observations ont-elles reflété (ou reflètent-elles) les théories que vous
connaissez ?
5) Planification (à nouveau) : Rédigez un nouveau plan d'action en vous fondant sur le
premier cycle. Utilisez les résultats de l'étape de réflexion pour élaborer le nouveau
plan d'action. N'oubliez pas d'y inclure le contexte plus large des modèles de
connaissances et de pratiques et les théories de la connaissance.
6) Action (à nouveau) : Le processus continue.
Réflexion de Lecture
La réflexion critique est caractéristique de l’analyse méditative et insistante. Bien qu'il soit
important de considérer les questions de base, telles que « quel est l'énoncé de la thèse ? »,
« quel est l'argument principal ? » et « quelle est la preuve ? », afin de faciliter votre
compréhension, la réflexion critique attend de vous que vous alliez un peu plus loin. Il vous
est demandé d'évaluer vos propres hypothèses et idées préconçues sur le sujet, en vue
d'approfondir votre analyse et de porter votre attention sur les différents aspects du texte.
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Évaluez le(s) texte(s) :
• Quel est l'argument principal ? Comment cela est-il développé ? Identifiez le but et/ou
les principaux cadres théoriques du texte.
• Quelles idées vous ont frappé et pourquoi ? Étaient-elles nuancées ou opposées à
des idées préconçues ou à des connaissances existantes ?
Développer des idées :
• Que sais-je déjà sur le sujet principal ? D'où proviennent ces connaissances
existantes ? Quelles expériences forgent ma compréhension ?
• Quelle est ma position sur cet argument principal ? Suis-je d'accord ou non ?
Pourquoi ?
Faire des associations :
• Comment ce texte souligne-t-il mes idées préconçues ? Dans quelle mesure ce texte
remet-il en question mes hypothèses et idées existantes ?
• Comment ce texte développe-t-il ma compréhension du sujet ?
Rédaction d'un Essai de Réflexion
Dans la section suivante, nous étudierons les caractéristiques d’un bon essai de réflexion.
Ces caractéristiques comprennent la structure, le contenu et le processus d'écriture.
Le Format
Nous avons déjà mentionné que l'objectif principal d'un essai de réflexion est de placer
l'expérience personnelle d'un écrivain sous le microscope, y compris ses révélations issues
de l'expérience. Il y a plusieurs formats à travers lesquels l'écriture réflexive peut évoluer,
mais les formats les plus courants comprennent les structures d'entrée de journal de bord, de
dissertation et de notes de journal intime.
Un facteur à garder à l'esprit lors de la réflexion sur le format est le public cible. Dans un
contexte académique, l'écriture réflexive prendra le format d’une dissertation. L'accent sera
probablement mis sur un texte spécifique de littérature, de théorie ou de modèle de
connaissances et de pratique, ainsi que sur la manière dont ce matériel s'applique et affecte
les expériences personnelles de l'étudiant. Le sujet vous sera sans doute donné par le
professeur et constituera le point de départ de votre projet.
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Réflexion
Le processus de réflexion doit être au cœur de la rédaction de ce type de dissertation et, par
conséquent, il est impératif de s’organiser en conséquence. Considérez attentivement vos
réactions et expériences personnelles en rapport avec le texte, en utilisant vos souvenirs et
vos sentiments pour guider votre réflexion. Il est fortement recommandé de prendre des
notes, pour décrire l'expérience de manière aussi vivante et cohérente que possible,
consigner vos réactions et réponses, vos idées et opinions préconçues, tout comme les
sentiments suscités par l'expérience.
Une fois vos idées générales couchées sur papier, le processus de réflexion peut
commencer. Une façon utile d'aborder ce processus consiste à utiliser ces questions de
réflexion pour l’approfondissement de la pratique.
• Quelles sont vos idées générales concernant l'expérience ? Était-ce une expérience
d'apprentissage utile et efficace ? Quelles perspectives ou compétences spécifiques
avez-vous recueillies au cours de cette démarche ?
• Quelles leçons avez-vous tirées sur vous-même à la suite de cette expérience ?
• Avez-vous évolué en conséquence ? Comment ?
• Cette expérience a-t-elle eu un impact positif ou négatif sur votre vie ?
• En y repensant, y a-t-il des aspects/comportements/actions que vous auriez changé ?
• Pourquoi pensez-vous avoir fait ces choix précis au cours de ces moments particuliers
de la vie ? Pensez-vous que vos choix étaient bons ?
Ces questions peuvent vous servir de tremplin pour déclencher le processus de réflexion.
N'oubliez pas qu'en vous posant une multitude de questions, vous serez certain d'avoir une
réflexion critique et approfondie autour de vos expériences.
Plan
Bien que vous puissiez vous sentir assez confiant et préparé, après avoir passé beaucoup
de temps à réfléchir sur l'expérience, évitez de vous lancer directement dans l'écriture sans
un plan écrit. Votre écriture sera ainsi cohérente et claire, soutenue par une structure bien
organisée. Les avantages d'un plan (ou aperçu) sont énumérés ci-dessous :
• Un plan vous donne la possibilité de déterminer les points essentiels que vous
comptez inclure dans votre essai. Cette démarche est très utile pour écarter les
informations superflues et incohérentes de votre écrit, qui ne risquent pas de
contribuer à sa valeur d’ensemble.
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• Votre plan fonctionne comme une carte qui vous aide à évoluer à travers les
différentes discussions que votre écrit aborde. Un plan cohérent garantira une ligne de
pensée claire tout au long de la rédaction, offrant au lecteur une expérience de lecture
plus agréable et plus aisée. Il vous aidera également à éviter de manquer des étapes
clés dans votre écriture. Vous ne voudriez pas arriver au repaire du dragon sans les
armes appropriées - une créature cracheuse de feu se moquera de vos poings nus !
• Le plan vous aidera à exploiter votre temps avec plus d’efficacité et de productivité.
Puisque le plan (aperçu) fonctionne comme le canevas de l'essai, vous pourrez
gagner du temps sans avoir à penser à ce que vous devez écrire : vous savez déjà
sur quoi vous écrivez, précisément, à chaque étape de l'essai. Ainsi, vous pourrez
consacrer plus de temps au processus de révision et de relecture.
Le plan, ou l’aperçu, partage une structure similaire à celle de l’essai. Ce qui change, c'est le
contenu de chaque section et l'approche personnelle de chaque sujet. Examinons la structure
en détail en considérant chaque section de l'essai de réflexion : l'introduction, le corps
principal et la conclusion.
Introduction
Comme dans chaque essai, votre essai de réflexion doit commencer par une introduction qui
comprend un énoncé de thèse clair. L'énoncé de thèse est un résumé bref et général de
l'objet de la présentation, qui dans votre cas, est l'expérience ou le texte particulier qui vous a
influencé à cet instant précis. Le but de cet énoncé de thèse est d'attirer dès le début
l'attention de votre lecteur. Une bonne tactique consiste à résumer les aspects intéressants
de votre essai dans l'introduction, afin que vous ayez la meilleure opportunité de capter
l'intérêt du lecteur. N’en dévoilez pas trop ou vous ne serez pas en mesure de maintenir
l'attention du lecteur au fur et à mesure que vous progresserez dans l'essai.
Corps principal
Il est facile de tomber dans le piège de trop en dire et de finir par se répéter tout le temps,
même dans le plan. L'astuce ici est de consacrer du temps à éviter que le plan s’enlise dans
le verbiage et les répétitions. Vous pouvez le faire en adoptant un ordre chronologique. Cela
garantira un travail cohérent et méthodique. Il est important de noter qu'un essai de réflexion
ne doit pas nécessairement être linéaire, mais le fait de travailler sous une structure
chronologique évitera une réitération chaotique de vos souvenirs. En situant les éléments
principaux dans une suite chronologique, vous pourrez faire le lien entre les différentes
parties du récit.
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Assurez-vous que le corps principal de votre essai est organisé et comprend une critique et
une réflexion appropriées et efficaces. Le corps principal n’est pas seulement un endroit
pour un résumé de l'expérience, mais il doit aussi étudier la façon dont l'expérience vous
a affecté et discuter des leçons et idées que vous avez acquises. L'accent doit être mis sur
la réflexion plutôt que sur une simple récapitulation. Cela vous aidera également à entretenir
l'intérêt de votre lecteur.
Conclusion
Une fois que vous êtes parvenu à la conclusion, il est temps de relier soigneusement les
points principaux, en fournissant un résumé de chacun d’eux et des idées que vous avez
acquises grâce aux nouvelles connaissances obtenues. Vous pouvez également inclure des
informations sur la manière et la raison pour lesquelles vos opinions et votre approche ont
évolué. Quelles conclusions peut-on tirer sur vos compétences en matière de résolution de
problèmes ? Quelles étapes avez-vous suivies pour consolider tout ce que vous avez appris
à travers votre expérience ?
Rédaction de l'essai
La première étape consiste à écrire la première phrase. C'est souvent l'étape la plus difficile
et la plus décourageante lorsque vous amorcez la rédaction de votre essai. Cependant, si
vous avez consacré du temps et de l’énergie pour élaborer un plan sain, vous devriez être
prêt et le processus de rédaction devrait se dérouler sans peine. Voici quelques conseils
supplémentaires pour vous aider à rédiger votre essai :
• Essayez de trouver quelques exemples pour vous aider à vous faire une idée du
format et du style, qui sont généralement associés à l'écriture réflexive. Un exemple
vous est fourni à la fin de ce document.
• Ne perdez pas trop de temps sur la première phrase ; commencez à écrire et revenez
sur votre texte plus tard, pour le modifier. La première version ne sera pas
nécessairement la version que vous enverrez. Vous reviendrez sur l'essai par la suite,
afin de le corriger et le réviser.
• Soyez aussi précis que possible pour chaque argument que vous développez
concernant l'expérience. Évitez l'ambiguïté et l'imprécision.
• Utilisez une structure narrative à la première personne, afin que votre essai soit
personnel et réfléchi.
• Vous pourriez commencer votre introduction par une brève anecdote, par un flashback
ou par une citation pour attirer l'attention de votre lecteur.
• Choisissez le vocabulaire qui traduira le mieux vos émotions et vos sentiments.
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L'écriture réflexive a un aspect descriptif et devrait offrir une variété d'adjectifs pour
créer une image colorée. Évitez les mots descriptifs vagues tels que « bon », car ils
n'offrent pas beaucoup de discernement dans l'expérience.
• Vous êtes censés faire preuve d'honnêteté à l’égard de vos sentiments et de vos
opinions dans une écriture réflexive. N'ayez pas honte d'admettre que vous avez
échoué dans un projet ; ce projet s'intéresse davantage à ce que vous avez appris de
l'expérience, plutôt qu'à votre performance ou aux parties actives de l'expérience.
• Utilisez une variété de ponctuation.
• Incorporez une imagerie pour présenter des images diverses et vivantes de vos
expériences.
• Soulignez les moments charnières de votre essai. Sans ces moments, vos sentiments
restent banals et bancals.
• Continuez à souligner les leçons que vous avez tirées de cette expérience.
• Tirez parti de sources externes pour témoigner d’une compréhension d’ensemble de
l'expérience, qui comprend une perspective théorique. Cela validera également la
crédibilité de votre travail vis-à-vis des points de vue opposés.
Dernières pensées
Résumons ce que nous avons étudié aujourd'hui. L'objectif principal d'un essai de réflexion
est d'illustrer les leçons que vous avez tirées du texte et de son expérience, ainsi que la façon
et la raison dont ces expériences ont influé sur vous.
Le processus de réflexion réflexive commence par un effort conscient d’identifier et
d’examiner vos pensées en rapport avec cette expérience particulière. Vous devriez
également explorer toute connaissance ou expérience préemptive du sujet, ce qui vous
aidera à comprendre pourquoi vous avez formé des opinions sur les thèmes choisis. Le cœur
de l'essai de réflexion est l'étude de vos positions, hypothèses et valeurs, alors prenez soin
de rester sincère dans vos réflexions. L'écriture réflexive peut être assez méditative, vous
permettant d'identifier vos forces et vos faiblesses, en particulier quant aux lacunes dans les
connaissances que vous pourriez encore avoir. Cela vous permettra d'adopter une posture
introspective en analysant vos expériences et la manière dont vous pouvez apprendre de
cette expérience.
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Exemple d'un Essai de Réflexion :
« Les expériences de terrain peuvent souvent être perçues comme un processus intimidant
lors de la réalisation de recherches, mais elles peuvent aussi s’avérer enrichissantes. J'ai
vécu une expérience directe lors de la conduite de travaux sur le terrain pour ma maîtrise, et
bien que ce fût une expérience généralement agréable, j'ai commis un certain nombre
d'erreurs au cours de cette démarche. Toutefois, j'ai également appris de précieuses leçons à
la suite de cela. Au cours de mon travail de terrain au Rwanda, j’ai progressivement réalisé
qu'il était important d'incorporer des données de recherche primaire dans mon étude, mais en
raison d'un manque de données sur mon sujet, j'ai utilisé d'autres sources de données
qualitatives pour valider mes résultats. Cette stratégie, selon Denzin (1970), est connue sous
le nom de triangulation méthodologique et elle permet aux chercheurs d'utiliser diverses
méthodes de collecte de données pour assurer la validité interne. En me fondant sur
l'utilisation de la triangulation méthodologique, j'ai spécialement conçu des entretiens ciblant à
la fois les groupes d'élite et les habitants des bidonvilles au Rwanda, pour examiner la
réflexion justifiant les politiques urbaines élaborées par les élites politiques, et la manière dont
elles affectent les habitants marginalisés des bidonvilles.
Le premier groupe de personnes interrogées que j'ai ciblé était composé de représentants du
gouvernement, tandis que le second consistait en un groupe de personnes vivant dans des
bidonvilles. Les entretiens avec les élites étaient généralement semi-structurés et reposaient
sur des questions ouvertes et fermées. Des chercheurs tels que Harvey (2011) ont noté que
c'est la meilleure approche pour les entretiens avec les élites, car elle permet la flexibilité et,
en conséquence, maximise les taux de réponse. En particulier, des chercheurs tels que
Aberbach et Rockman (2002), Hoffmann-Lange (1987), et Zuckerman (1972), ont également
montré que les élites sont motivées par des questions ouvertes qui leur permettent d’articuler
leurs points de vue de manière cohérente. Lors de mes entretiens avec des groupes d'élite, je
n'ai pas toujours posé des questions formelles, mais j’ai pris soin de me familiariser avec le
sujet, de sorte à pouvoir développer aisément un rapport naturel avec les répondants. La
durée des entrevues variait de trente minutes à deux heures, et les répondants me
fournissaient habituellement des ensembles de données à consulter, puis nous engagions la
discussion. J'ai souvent été obligé de soumettre une demande officielle pour accéder à ces
fichiers, et bien que j'aie officiellement soumis une lettre de demande au ministère du
Développement urbain, mes efforts se sont avérés vains et j’ai été de plus en plus frustrée de
ne pas pouvoir accéder aux ensembles de données dont j'avais besoin.
Dans certaines interviews, j'ai trouvé que les élites politiques ont fourni des réponses
évasives, en raison de la nature politiquement sensible de certaines des questions posées.
L'étiquette générale selon Peabody et al. (1990) suggère que les élites politiques ne devraient
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idéalement pas être interviewées au moyen d'appareils d'enregistrement, car cela peut
entraîner de l’imprécision et de l'anxiété – bien que je n'ai pas utilisé d'enregistreur, j'ai
continué à recevoir des réponses vagues qui m'ont parfois frustrée et désillusionnée dans
mon projet. Je me sentais particulièrement irritée, étant donné que l'absence d'un appareil
d'enregistrement signifiait que je n’ai pas pu obtenir un compte rendu mot pour mot de mes
entretiens. Vu que je devais prendre des notes d'observation tout en discutant avec le
répondant, il était difficile d'enregistrer toutes les informations et j'en ai perdu sur certains
points importants. J'ai essayé d’atteindre un équilibre entre la prise de notes et le processus
de l'entrevue, mais j'ai constaté que c'était une entreprise difficile. J'ai pu accéder à plus
d'élites politiques que ce que j’avais initialement prévu, mais cela m’a souvent semblé futile,
dans la mesure où j’étais dans l’impossibilité de rassembler la quantité d'informations
souhaitée de ce groupe échantillon. J'ai essayé de compenser ces limitations en me
concentrant sur le deuxième échantillon de mon étude, les habitants des bidonvilles, même si
cette démarche était également parsemée d'embûches. Comparativement et dans
l'ensemble, le deuxième groupe échantillon s'est avéré plus coopératif et j'ai rapidement
réalisé que j'avais perdu beaucoup de temps à me concentrer sur les élites politiques, alors
que plusieurs réponses souhaitées auraient facilement pu provenir de documents politiques et
de rapports gouvernementaux.
Comme je l’ai mentionné, j'ai découvert que les habitants des bidonvilles, une fois leur
confiance gagnée, ont largement contribué par leur vision nuancée à ma compréhension de la
régénération urbaine au Rwanda, ce qui a été très bénéfique pour mon projet. Harvey (2011)
a souligné la manière dont les chercheurs de terrain doivent s'efforcer de gagner la confiance
de leurs répondants pour avoir accès à des données de haute qualité ; en considérant les
résultats que j'ai recueillis, j’estime que j'ai réussi à le faire. L'acquisition des données du
groupe échantillon n'a cependant pas été sans complications. La première complication
concernait mon statut d'étrangère, à propos duquel j'ai réalisé que plusieurs personnes se
méfiaient de ma présence. Après avoir visité le site de recherche constamment et pour une
longue période, ils se sont habitués à moi et ont ainsi accepté l'idée de participer à mon
étude. J'ai également veillé à embaucher un assistant de recherche local et j'ai réalisé que
cette collaboration avec un autochtone me donnait une plus grande légitimité aux yeux de
mes répondants potentiels participant à la recherche.
Bien que souvent le processus de collecte de données ait été extrêmement stressant et
parfois précaire, j'ai appris à être tenace et à rester concentrée sur l'atteinte des objectifs que
je me suis fixé. Parallèlement, j'ai appris à changer d'approches sur le terrain - en particulier
lorsqu'une méthode de recherche particulière s'est avérée infructueuse. Avec le recul, j'aurais
dû changer d'approche beaucoup plus tôt, ce qui m’aurait évité de perdre autant de temps.
Avec le recul, j'aurais dû mettre moins l'accent sur l'échantillon du groupe d’élite, car les
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données primaires n'étaient pas nécessaires pour répondre à mes questions de recherche
sur la politique gouvernementale. J'aurais pu gagner du temps et des efforts en recherchant
ces informations auprès de sources secondaires, telles que des rapports et des livres
gouvernementaux. J'aurais également pu embaucher un chercheur local beaucoup plus tôt
dans le processus, car cela m’a permis de gagner la confiance des répondants. En même
temps, je me suis rendu compte que j'aurais dû former beaucoup plus l'assistant de
recherche, qui a également servi de traducteur, en raison des événements qui ont suivi sur le
terrain.
Selon des chercheurs tels que Temple et Edwards (2002, p. 2), « l'interprète est un
intermédiaire reliant l'intervieweur à la personne interrogée et il constitue idéalement une
partie neutre qui ne devrait rien ajouter ou soustraire de ce que les parties principales se
communiquent » ; or, dans mes recherches, j’ai vite réalisé que ce n'était pas le cas. Au total,
l'assistant de recherche avait des idées bien arrêtées et, dans certains cas, a tenté d'imposer
ses opinions politiques à mes répondants. Je pense a posteriori que j'aurais pu faire un
meilleur travail en le formant et en lui faisant comprendre la raison pour laquelle les réponses
des personnes interrogées ne devraient pas être anticipées. Dans plusieurs cas, j'ai
également remarqué que le processus de traduction n'était pas aussi efficace qu'il aurait dû,
pendant le processus de travail sur le terrain. En raison de ma familiarité croissante avec les
dialectes locaux, j'ai pu distinguer les occasions au cours desquelles le traducteur ne rendait
pas une image complète et fidèle des réponses des répondants. À mon avis, cela était
révélateur du manque de formation que le traducteur avait reçu et j'ai appris à ne pas me
contenter de supposer que les rôles professionnels étaient évidents, en particulier dans ce
contexte. Dans les cas où des omissions étaient évidentes, j'ai interrogé le traducteur pour
obtenir plus de détails. Au cours des premières étapes du travail de terrain, il était également
beaucoup trop indépendant et, parfois, il ne s'en tenait pas au schéma des questions
d'entretien que j'avais rédigées. Avec le recul, je me dis que j'aurais dû faire un essai ou une
étude pilote, afin qu'il connaisse mieux le niveau de recherche auquel je m'attendais.
Dans l'ensemble, le processus a été un défi qui m'a fait découvrir la nature itérative du travail
sur le terrain. Il m'est devenu progressivement évident que sur le terrain, rien ne se passe
jamais aussi bien que ce qui a été prévu sur le papier. J'ai réalisé à quel point la ténacité et la
flexibilité étaient impératives sur le terrain. Avec le recul, j'aurais dû prévoir des solutions
alternatives pour chaque aspect de mon étude, car dans certains cas, j'ai été complètement
prise au dépourvu et j'ai dû prendre quelques jours de congé pour revoir ma stratégie. J'ai
perdu des jours précieux en faisant cela et si j'avais géré mes attentes avec plus de
prudence, je pense que j'aurais été mieux préparée aux imprévus sur le terrain. À la réflexion,
j'aurais aussi pris ma positionnalité beaucoup plus au sérieux, car je n'avais jamais imaginé
que la façon dont j'étais perçue par les autres pouvait affecter mon étude. Au cours de mes
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entretiens avec des groupes d'élite, ils étaient souvent perplexes et intrigués à la fois sur mon
rôle de chercheuse étrangère. Des chercheurs tels que Kobayashi (1994) ont mis en
évidence la manière dont les identités de genre jouent pendant le travail sur le terrain, ce qui
signifie que les femmes sont souvent victimes de discrimination en raison de leur sexe. Je n'ai
pas subi de discrimination, mais je sens que le fait d'être une femme m'a aidée à avoir accès
à certains répondants auxquels je n'avais jamais pensé pouvoir accéder, car j'étais un peu
perçue comme une demoiselle en détresse qui avait besoin d'aide. Alors que la pitié dont j'ai
fait l’objet a joué en ma faveur, elle n'a eu aucune incidence sur les entretiens eux-mêmes,
dans la mesure où je n'ai pas pu acquérir les données que j'espérais. Le fait de mieux
comprendre les nuances culturelles m'aurait aidée à mieux gérer mes attentes. En effet, des
chercheurs tels que Denzin et Lincoln (2011) ont mis en évidence que la manière dont la
capacité d'un chercheur à accéder à l’objet de son étude est influencée par des
caractéristiques personnelles, y compris le sexe. Avec le recul, je crois que mon projet de
terrain était assez réussi, essentiellement en raison de sa capacité à obtenir un aperçu
nuancé du deuxième échantillon impliquant des habitants de bidonvilles. Les principaux
écueils du projet concernaient surtout la logistique du projet - en particulier le manque de
formation de l'assistant de recherche et le manque général d'orientation de la recherche ».
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Références
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13