Homélie de l'Assomption 1996
Il nous est donné aujourd'hui de contempler les merveilles que Dieu, a accomplies en la
Vierge Marie. Ces merveilles accomplies depuis son Immaculée conception jusqu'à son
Assomption, c'est à dire son entrée dans la Gloire, sans que son corps ait connu la
corruption.
Oui, la Vierge Marie est associée du premier instant jusqu'au terme à l'oeuvre de salut
du Fils de Dieu; elle est la nouvelle Eve associée au nouvel Adam, à partir de qui toute
l'humanité est reprise.
L'Assomption de Marie constitue une participation particulière à la résurrechon du
Christ. Dans la liturgie d' aujourd'hui, saint PauI met en évidence cette vérité, en
annonçant la joie de la victoire sur la mort, remportée par le Christ à travers sa
résurrection. "Car il faut qu'il règne jusqu'à ce qu 'il ait placé tous ses ennemis sous ses
pieds. Le dernier ennemi détruit c'est la Mort" (1 Co 1 5, 25-26). La victoire sur la mort
est, devenue manifeste le jour de la résurrection du Christ; elle s'applique en ce jour de
l'assomption, de façon particulière, à sa Mère. Si la mort n'a pas de pouvoir sur lui - le
Fils - elle n'a plus de pouvoir non plus sur la Mère, c'est-à-dire sur celle qui lui donna la
vie terrestre.
C'est une sorte de commentaire approfondi du mystère de l'Assomption, que saint Paul
fait dans la première Epître aux Corinthiens, dans le passage que nous avons entendu.
En effete il écrit ceci : << Le Christ est ressuscité d'entre les morts, prémices de ceux qui
se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c'est par un homme aussi que
vient la résurrection des morts. De même en effet tous ceux qui meurent en Adam, ainsi
tous revivront dans le Christ. Mais chacun à son rang: comme prémices, le Christ,
ensuite ceux qui seront en Christ" (1 Co 15, 20-23): or Marie est bien la première parmi
"ceux qui seront du Christ". Dans le mystère de l'Assomption, Marie est la première à
recevoir la gloire; l' Assomption représente en quelque sorte le couronnement du
mystère pascal.
Le christ est ressuscité en remportant la victoire sur la mort, conséquence du péché
originel, et par sa victoire, il embrasse tous ceux aui accueillent avec foi sa résurrection.
Tout d'abord sa Mère, libérée de l'héritage du péché originel dés sa conception, grâce à
la mort rédemptrice du Fils sur la croix. Aujourd'hui, le Christ accueille Marie,
Immaculée, Il l'accueille au ciel dans le corps glorifié, comme s'il voulait rapprocher
pour elle le jour de son retour glorieux sur terre, le jour de la résurrection universelle,
attendue par l'humanité. Car Marie, par son Assomption anticipe ce jour de la
résurrection universelle. L'Assomption au ciel constitue une sorte de grande anticipation
de l'accomplissement définitif de chaque chose en Dieu, conforrnément à ce qu'écrit
l'Apôtre: Puis ce sera Ia fin, Iorsqu'il [Ie Christ] remettra la royauté à Dieu le Père [,...]
afin que Dieu soit tout en tous" (1 Co 15, 20-23). Dieu n'est-il pas tout en Celle qui est la
Mère Immaculée du Rédempteur?
"Alors s'ouvrit Ie tempIe de Dieu, dans le ciel et son arche d'alliance apparut [...] Un
signe grandiose apparut au ciel: une femme ! Le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses
pieds et douze étoiles couronnent sa tête" (Ap 11, 19~l2, 1). Ce texte du chap. 12 de
l'apoc. exprime le mystêre de l'Assomption d'une façon magnifique, mais nous y voyons
en même temps Marie non seulement en tant que Reine de toute la création mais aussi
en tant que Mère de l'Eglise. Et en tant. que Mère de l'Eglise, Marie, montée et coronnée
au ciel, ne cesse de "prendre Part" à l'histoire de l'Eglise qui est l'histoire de la lutte
entre le bien et le mal.
Saint Jean écrit en effet: "Puis un second signe apparut au ciel: un énorme Dragon
rouge feu" (Ap 12, 3). Ce dragon est représenté par la Sainte Ecriture comme étant
l'ennemi de la Femme, depuis les premiers chapitres du livre de Ia Génèse (cf. Gn 3, 14).
Dans l'Apocalypse, nous voyons ce même même dragon posté devant la Femme en
travail, et s'apprêante à dévorer son enfant aussitôt né (cf. Ap 12, 4). Cette fureur du
dragon s'est manifestée par le geste criminel d'Hérode faisant tuer les enfants de la
région de bethléem, mais elle se manifeste aussi par la fureur du dragon contre les
autres enfants de la Vierge Marie au long de l'histoire de l'Eglise.
Car Marie, Mère du Fils de Dieu, est en même temps Mère de tous les hommes, devenus
dans le Fils, les fils adoptifs du Père céleste. C'est justement ici que se manifeste la lutte
incessante de l'Eglise. Ces fils et filles, sont toujours menacés par la haine du "dragon
rouge feu": satan.
Tout en montrant le réalisme et la dureté de cette lutte qui se poursuit dans l'histoire,
l'auteur de l'Apocalypse met aussi en relief la victoire définitive qui sera l'oeuvre de la
Femme, de Marie qui est notre Avocate, qui est la puissante alliée de toutes les nations
de la terre. L'Apocalypse parIe de cette victoire: "Et j'entendis une voix clamer dans le
ciel : " Désormais, la victoire, la puissance et la royauté sont acquises à notre Dieu et la
domination à son Christ." (Ap 12, 10).
La solennité de l' Assomption nous montre le royaume de notre Dieu et le pouvoir du
Christ sur toute la création.
Le mystêre de Marie, son assomption dans la gloire nous font contempler l'Amour de
Dieu à l'oeuvre, son plan de salut qui se réalise, plus fort que tout.
Aussi la prière qui vient à nos lèvres aujourd'hui c'est le magnificat dans lequel Marie
exulte de joie pour les merveilles que Dieu accomplit pour nous, pour sa fidélité à la
promese de salut faite à Abraham pour toute sa descendance, c'est à dire pour tous les
croyants, et ceux qui cherchent Dieu.
Nous prions spécialement pour la France, aujourd'hui, c'est aujourd'hui la vraie fête de
notre pays, sa fête chrétienne. A quelques mois du quinzième centenaire du baptême de
notre pays et de la venue du St Père, demandons qu'une grande grâce de lumière soit
donnée, afin que nous reconnaissions que la plus garnde richesse de notre pays c'est
l'immense moisson de sainteté que Dieu Lui a donnée; Que tous les chrétieins préparent
avec Marie ce Jubilé afin qu'ils soit la source d'un grand renouveau.