Désir sexuel des femmes transgenres
Désir sexuel des femmes transgenres
Évoquer le désir sexuel des femmes transgenres1 dans un ouvrage qui tente de saisir la
manière dont les discours scientifiques se sont saisi du désir féminin, ce n’est pas seulement
ouvrir à la diversité des parcours sexuels des femmes, c’est aussi, et peut-être surtout, se donner
les moyens de comprendre, de façon plus générale, la manière dont le désir sexuel est
conceptualisé en fonction du genre. L’expérience transgenre nous paraît souvent marginale, et
elle l’est incontestablement d’un point de vue statistique, mais dès qu’il s’agit de saisir, dans
leur complexité, les conceptions et les pratiques sociales et culturelles liées au genre, elle est
centrale pour ne pas dire incontournable. En ce sens, explorer le désir sexuel des femmes trans
et la manière dont la médecine et la science s’en sont saisi, ce n’est pas s’attacher à une version
insolite de la féminité désirante, c’est plutôt se donner les moyens d’appréhender un certain
nombre d’éléments fondamentaux de sa constitution. Cependant il n’est guère possible dans un
seul chapitre d’aborder l’ensemble des attendus et des versions d’une telle constitution, c’est
pourquoi nous nous centrerons sur les travaux de quelques sexologues et psychologues qui se
sont particulièrement intéressé à la question de la sexualité des femmes trans et ce au point d’en
faire le pivot de la compréhension de la transidentité. Nous verrons comment en voulant
sexualiser totalement les expériences féminines trans, ils ont mobilisé des instruments de
mesure, proposé des protocoles de recherche et travaillé les corps pour asseoir une version
particulière du désir sexuel des femmes (et aussi des hommes). Mais avant d’aborder la
dimension expérimentale de leur démarche, nous prendrons le temps de comprendre la manière
dont la sexualité trans a été travaillée dans le cadre médical du transsexualisme2.
1
Habituellement décrites comme Male to female (MtF).
2
Ce terme décrit la transidentité comme une pathologie et c’est uniquement en tant que terme médical que nous
l’utiliserons ici.
sexualité. Cette conceptualisation médicale « initiale » de la transidentité est celle qui va
dominer le développement de la clinique transsexuelle et c’est celle que l’on retrouve, à partir
des années 1980, dans la caractérisation donnée par le DSM3. Cette focalisation consensuelle
sur le genre n’empêche pas, cependant, un usage particulier de la sexualité des personnes
concernées ni des théorisations sexualisantes alternatives du TIG, comme on va le voir.
H. Benjamin est confronté très tôt à la diversité des orientations sexuelles des patients
qu’il reçoit (Schaefer et Wheeler 1995). Cette réalité clinique a tendance à disparaître dans ses
travaux ultérieurs où il affine la conceptualisation du transsexualisme, et dans lesquels il
marginalise et normalise la sexualité des personnes trans (Ekins 2005). A partir du milieu des
années 1950, il va non seulement affirmer avec force que leur sexualité n’est pas un symptôme
du transsexualisme mais suggérer aussi qu’ils sont invariablement homosexuels (du point de
vue de leur sexe d’assignation), c’est-à-dire hétérosexuels (du point de vue de leur sexe
revendiqué). Cette marginalisation de la sexualité tient évidemment à une option nosologique
qui souhaite « enfin » distinguer les « troubles de la sexualité » des « troubles du genre ». En
revanche, il semble que la normalisation de l’orientation sexuelle des personnes trans renvoie à
une stratégie d’ordre plus pragmatique qui tient, d’une part, à la recevabilité d’une spécialité
médicale nouvelle, et, d’autre part, à la mise en place des protocoles de soins. Ekins suggère,
en effet, que cette « hétérosexualisation » des patients, a vraisemblablement permis de rendre
plus respectable et légitime les traitements hormono-chirurgicaux dans un contexte médical et
social tout à la fois ouvert et réticent. Mais elle a aussi affaire avec la manière dont se sont
progressivement constitués les protocoles de traitement. Ces derniers se sont attachés, en effet,
à développer une véritable évaluation du patient, de sa situation et de son projet (Meyerowitz
2002) et à définir un ensemble de critères sélectifs où la sexualité acquiert une certaine
importance: un candidat qui envisageait, après la transition, une relation hétérosexuelle, voire
même une vie maritale, avait un meilleur profil compte-tenu des conventions sexuelles
médicales et sociales. Cette hétérosexualité post-transition devenait, en outre, une sorte de
« preuve » d’authenticité de l’identité masculine ou féminine de la personne concernée (Ekins
2005). Bien évidemment, les candidats à la transition, confrontés à cette sélection, ont
progressivement appris à optimiser leur chance et à répondre adéquatement aux exigences
posées : les histoires de vie et les projets ont ainsi eu tendance à se typifier, ce qui a eu, entre
autres, pour effet « d’invisibiliser » la diversité des orientations et des expériences sexuelles.
Les orientations non-hétérosexuelles ne disparaissent cependant pas totalement du tableau, mais
elles sont assez généralement considérées comme problématiques. L’hétérosexualité pré-
opératoire n’est pas nécessairement un critère d’exclusion mais figurait, jusqu’assez
récemment, parmi les « facteurs prédictifs négatifs », c’est-à-dire ceux qui sont susceptibles
d’entraîner des regrets, des troubles dépressifs ou encore des comportements suicidaires chez
le patient réassigné (Michel 2001).
Dans cette version du TIG, désir sexuel et identité sexuée sont ainsi non seulement
constitutifs de la personne mais également garants l’un de l’autre dans un double renforcement
normatif : le désir ressenti ou affiché permet de certifier l’authenticité de la féminité ou de la
masculinité affirmée et celle-ci, en retour, permet de confirmer l’inscription sexuelle légitime.
3
Le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, publié par la Société américaine de psychiatrie, est
un ouvrage de référence international.
C’est d’ailleurs ce renforcement réciproque qui autorise l’acceptabilité du projet de transition.
Ce dernier apparaît légitime dès lors qu’il hétérosexualise et féminise (ou masculinise) dans un
même mouvement la personne concernée, rendant visibles ses caractéristiques sexuées et
sexuelles « véritables ».
Dans les années 1980, le sexologue Ray Blanchard va questionner cette conceptualisation
consensuelle du TIG comme trouble non sexuel par le biais d’une catégorie, l‘autogynéphilie,
qu’il invente pour décrire l’excitation sexuelle que certains hommes éprouvent à se penser ou
s’imager en femmes (Blanchard 1989). Sa version, qui va rester marginale, est intéressante
cependant pour saisir la façon dont les liens entre désir sexuel et genre sont envisagés.
En créant l’autogynéphilie, Blanchard n’a pas pour seule ambition de contribuer à la
rénovation lexicale de certains troubles de la sexualité déjà référencés. Son projet a une visée
plus théorique : par l’intermédiaire de l’autogynéphilie, il souhaite proposer une nouvelle
typologie des troubles de l’identité de genre. Il va conduire, dans cet objectif, une série
d’enquêtes quantitatives sur l’attirance sexuelle des MtF montrant que les gynéphiles,
bisexuelles et asexuelles sont toutes autogynéphiles contrairement aux androphiles (Blanchard
1985; Blanchard, Clemmensen, et Steiner 1987). La distinction faite par Blanchard n’est pas
totalement originale mais, contrairement aux typologies plus anciennes, elle accorde une place
centrale à la sexualité4. Ce qui rapproche ou distingue les femmes trans, c’est d’abord leur
orientation sexuelle (il y a celles qui désirent les hommes et les autres) et leur éventuelle nature
autogynéphile. Pour Blanchard, l’autogynéphilie est donc une paraphilie5 véritable, qu’on peut
définir spécifiquement comme une « déviation d’objet » du désir hétérosexuel masculin
(Blanchard 2005). Mais au-delà de la seule autogynéphilie, c’est la sexualité des femmes trans
toute entière qui est fondamentale pour comprendre le « transsexualisme masculin » comme
l’affirme John Michael Bailey qui s’est fait récemment le vulgarisateur de la théorie de
Blanchard : « One cannot understand transsexualism without studying transsexuals’sexuality.
(…) Those who love men become women to attract them. Those who love women become
women they love » (2003:préface). Le vocabulaire privilégié par Blanchard et ses
collaborateurs, qui se réfère principalement au sexe d’assignation pour définir les personnes,
n’est d’ailleurs pas sans effets de ce point de vue puisqu’il anormalise l’ensemble des femmes
trans : désignées comme « transsexuels masculins », autogynéphiles ou homosexuels, elles sont
toutes situées hors de l’hétérosexualité « normale ». Dans cette conception, les femmes trans
sont, en outre, caractérisées essentiellement par leur désir sexuel plutôt que par leur désir de
féminité (comme dans la version classique). Il y a donc moins ici une féminité constitutive
qu’une sexualité spécifique, foncièrement déviante, qui peut trouver une résolution dans une
conversion vers la féminité. En tout cas, c’est bien ce désir sexuel « perturbé » qui viendrait
expliciter le souhait de transition vers la féminité.
4
Pour une analyse plus détaillée cf. Hérault (2010)
5
Terme psychiatrique désignant les déviances sexuelles.
pouvant pas être vécue (si le désir manifesté n’avait pas débouché sur une sexualité pratiquée)
et elle oblige simplement à requalifier l’orientation sexuelle. Cependant ces conceptualisations
du TIG sont plus en peine lorsqu’elles s’affrontent à une transformation ou une extension du
désir sexuel: s’il se modifie avec la transition, c’est donc qu’il n’est pas aussi constitutif des
personnes qu’il y paraît. La version autogynéphile de Blanchard est d’ailleurs à la fois plus
sensible et paradoxalement mieux préparée à contrer cet écueil. Elle y est, en effet, plus sensible
car le désir sexuel est primordial dans la caractérisation des personnes : c’est bien la spécificité
de leur désir sexuel qui fait des femmes trans ce qu’elles sont. En même temps, comme cette
version s’attache à découvrir, derrière les orientations sexuelles affichées, un désir sexuel
autogynéphile, pensé comme cryptique et vrai, elle est aussi mieux armée pour pallier au
désordre causé par la modification du désir. Les changements d’orientation sexuelle observés
après la transition pourraient être des erreurs d’évaluation, des mensonges ou encore une
méconnaissance de la « véritable » orientation. Quoi qu’il en soit, il y a bien ici l’idée d’une
vérité du désir sexuel qui se situe au-delà de la déclaration des personnes et que les recherches
mises en place doivent essayer de découvrir. Blanchard et ses collaborateurs ont ainsi mis au
point un ensemble d’outils pour révéler ce désir sexuel authentique, parmi lesquels des échelles
ad hoc d’androphilie et de gynéphilie qui questionnent les désirs et les pratiques de manière très
détaillée (pour exemple : Blanchard 1993; Lawrence 2005). Parfois aussi, leurs recherches se
fondent sur la mesure instrumentale de l’excitation sexuelle : l’émoi des sujets, confrontés à des
stimuli visuels, est évalué par l’intermédiaire de la pléthysmographie pénienne ou de la
photopléthysmographie vaginale comme nous allons le voir maintenant.
6
Il s’agit d’un anneau souple contenant du mercure installé autour du pénis et relié à un enregistreur de données.
Lors de l’érection, l’anneau s’étire entraînant une diminution du diamètre de la colonne de mercure et donc une
baisse de la conductibilité électrique. L’appareil enregistre l’amplitude de cette variation de conductibilité
électrique.
7
Echelle d’androphilie et gynéphilie mise au point par Blanchard.
8
Waidzunas et Epstein montrent qu’au cours de son histoire, la PPG s’est montrée très malléable et a été utilisée
dans 3 objectifs principaux : tester le désir sexuel prédominant des sujets, évaluer l’efficacité des thérapies
sexuelles (notamment d’aversion), tester la propension aux prises de risque en matière sexuelle.
9
Kurt Freund a développé la PPG dans les années 1950 en Tchécoslovaquie dans le but de diagnostiquer
l’orientation sexuelle des hommes et notamment des jeunes recrues qui tentaient de se faire exempter du service
militaire au motif de leur homosexualité (Freund 1957). En 1963, il publie son premier texte en anglais qui est
considéré comme la publication source de toutes les recherches ultérieures dans le domaine (Freund 1963). Après
le printemps de Prague, Il s’installe à Toronto au Clarke Institute of Psychiatry et développe ses recherches sur les
abuseurs sexuels. Il participe également à l’établissement d’une « Gender Clinic » spécialisée dans l’étude et le
traitement des dysphories de genre. C’est dans ce cadre que Ray Blanchard le rencontre au milieu des années 1970
alors qu’il vient d’être recruté en tant que psychologue clinicien à l’Ontario Correctional Institute de Brampton.
Freund introduit Blanchard aux recherches sur les paraphilies et les troubles de l’identité de genre et ce dernier le
rejoint en 1980 à la « Gender Identity Clinic ». En 1995, un an avant la mort de Freund, Blanchard prend la tête
du nouveau Clinical Sexology Service qui comprend la Gender Identity Clinic et le Kurt Freund Laboratory. Il
dirigera ce service jusqu’à sa retraite en 2010.
Les recherches conduites en la matière vont donc utiliser un autre instrument, le
photopléthysmographe vaginal10, envisagé comme l’équivalent du pléthysmographe pénien.
Partant du fait que ces instruments mesurent tous deux la vasocongestion qui accompagne
l’excitation sexuelle, ils sont utilisés dans de nombreuses études comparant l’excitation sexuelle
des hommes et des femmes. Pour autant, ils ne fonctionnent ni de la même façon ni ne sont
appliqués à des organes anatomiquement homologues. Un bref développement technique
s’impose ici.
Contrairement à la pléthysmographie pénienne, la photopléthysmographie vaginale
(VPP) est une mesure indirecte de la vasocongestion. Elle utilise, en effet, une sonde insérée
dans le vagin qui contient une diode luminescente (LED) et une photodiode sensible à la
réflexion lumineuse provenant des parois vaginales. Le degré de réflexion lumineuse variant en
fonction du volume sanguin présent dans les vaisseaux, la vasocongestion liée à l’excitation
sexuelle se traduit par une diminution du retour lumineux capté par la photodiode. L’excitation
sexuelle est donc mesurée indirectement via l’amplitude de la pulsation vaginale (VPA). Cette
mesure est, en outre, relative puisqu’elle nécessite le calcul préalable d’une situation témoin
pour chaque sujet et pour chaque session de test, la photoluminescence variant en fonction de
l’état du vagin (température, humidité, etc.) et du cycle menstruel. Les statistiques et les calculs
sont ainsi particulièrement compliqués notamment comparés aux mesures absolues données par
la PPG. Le photopléthysmographe est également très sensible aux mouvements ce qui ne facilite
pas l’obtention de résultats sûrs mais surtout impose aux sujets de l’expérimentation des
contraintes posturales qui ne sont sans doute pas sans effet.
On comprend donc que le pléthysmographe et le photoplétysmographe ne donnent pas
aux sujets évalués les mêmes opportunités d’exposer leur désir au regard du dispositif
expérimental de stimulation, ni non plus aux scientifiques qui les observent les mêmes capacités
d’obtention de résultats « fiables ». En outre, ce type d’expérimentation suppose une adaptation
des sujets non seulement à l’instrument de mesure mais également aux stimuli visuels ou
auditifs proposés et ce, tant pour ce qui concerne leur contenu que les modalités selon lesquelles
ils sont présentés. Les questions de temporalité, notamment, semblent non négligeables
puisqu’en général les séquences sont de très courte durée (1 ou 2 mn) et entrecoupées par des
plages « neutres » censées rétablir une situation de non excitation. On voit donc qu’il faut, pour
être un bon sujet d’expérience, se montrer capable et disposé(e) à être excité(e) sur commande,
assez brièvement et surtout régulièrement, ce qui suppose peut-être un apprentissage ou du
moins une certaine mise en condition. En suivant Waidzunas & Epstein (2015), on peut
10
Selon Donna Drucker, le photoplémtysmographe vaginal a été inventé deux fois mais c’est sa seconde invention
qui est plus directement associée à la mesure de l’excitation sexuelle féminine. Le premier photopléthysmographe
vaginal a été mis au point en 1965 par deux gynécologues-obstétriciens israéliens, Yoram Palti et Bruno Bercovici,
qui s’intéressaient aux relations entre les changements hormonaux et vasculaires des femmes au cours du cycle.
Comme ils n’ont présenté leur travail que lors d’une seule conférence, leur instrument est resté dans l’ombre. La
(ré)invention du VPP a été faite au département de psychologie de l’université de New York en 1974, dans le
laboratoire de psychophysiologie de James Geer qui travaillait sur la peur et les réponses à la peur. Geer
s’intéressait alors à la littérature sur la photopléthysmographie et, en réfléchissant à la façon dont il pouvait
l’appliquer aux femmes, il a pensé que le meilleur emplacement pour la source de lumière était le vagin. Après en
avoir parlé avec sa femme, il a suggéré que l’instrument devrait avoir la forme et la taille d’un tampon de façon à
ce que l’usage de l’instrument soit autonome et référé à une sensation familière. Geer et ses collègues ont testé
l’instrument sur 20 étudiantes volontaires alors qu’on leur passait successivement un film non érotique et un film
pornographique déjà utilisé pour une expérience avec des hommes. Ils pensaient qu’il n’y aurait pas de réponse
mais les femmes ont eu des réponses instantanées et ils ont publié la première étude montrant que cet instrument
était capable de mesurer l’excitation sexuelle des femmes (Drucker 2013).
considérer ainsi que cette orchestration scientifique des corps, des appareils et des auto-
perceptions constitue un script techno-sexuel spécifique capable de matérialiser le désir sexuel
des personnes selon des modalités qu’il est important d’explorer attentivement.
11
A. Lawrence est une sexologue qui n’appartient pas directement à l’équipe de Toronto mais qui a publié plusieurs
fois avec certains de ses membres. Elle est une tenante de la théorie de l’autogynéphilie de Blanchard et s’identifie
elle-même comme autogynéphile.
12
C’est-à-dire non transgenre.
néerlandaise présentée en 1994 au congrès de la Société néerlandaise d'obstétrique et de
gynécologie à Rotterdam (Balsma et al. 1995). Ses auteurs souhaitaient évaluer les réactions
des néovagins à la stimulation érotique, la question étant de savoir s’ils réagissaient comme les
autres vagins. Ils ont donc testé l’excitation sexuelle de 10 femmes cis et de 5 femmes trans,
subjectivement et à l’aide de la VPP et ce, avant et pendant l’exposition à des vidéos érotiques.
Pour toutes les femmes cis, une augmentation de la VPA a été enregistrée lors de l'exposition
aux stimuli vidéos. Sur les 5 femmes trans, 3 ont montré une augmentation de la VPA mais
moins prononcée que chez les femmes cis (pour les 2 autres la VPA n’était pas valide en raison
d’artefacts). La conclusion des auteurs est qu’on enregistre bien des changements dans la
vasocongestion vaginale des femmes trans sous l’effet d’une stimulation érotique mais que ces
modifications sont moins prononcées et parfois difficiles à détecter. La deuxième étude date de
la fin des années 1990 et s’intéresse elle aussi aux résultats sexologiques de la chirurgie dite de
réassignation (Schroder et Carroll 1999). Elle a évalué la sexualité de 17 femmes trans avec un
large panel d’outils : un questionnaire auto-administré, un entretien structuré, une anamnèse,
un examen gynécologique et enfin une photopléthysmographie vaginale. Les résultats montrent
que 94% des femmes sont satisfaites de leur chirurgie (16 sur 17) et que les 2/3 sont
orgasmiques (mais seulement un peu plus de la moitié dans le cadre d’une relation sexuelle).
La VPP a été utilisée en condition témoin, c’est-à-dire sans stimuli sexuels, et les auteurs ont
conclu que les VPA des femmes cis et trans étant comparables, elle pouvait constituer une
bonne technique d’exploration de la réponse sexuelle de ces dernières.
On voit que ces deux recherches liminaires s’intéressent plutôt aux caractéristiques des
néovagins et à leur fonctionnalité et qu’elles valident, avec plus ou moins de réserve, la VPP
dans l’exploration de la sexualité des femmes trans. En tout cas, aucune de ces deux études ne
s’intéresse particulièrement à la caractérisation du désir sexuel trans, l’objectif étant plutôt de
s’assurer que la fonctionnalité vaginale des femmes trans est comparable à ce qui en serait
l’étalon, la fonctionnalité vaginale des femmes cis : même si la seconde étude se donne plus
largement comme une étude de satisfaction (à l’écoute de l’avis des principales intéressées),
l’idée plus ou moins implicite est que si les néovagins fonctionnent comme les « cisvagins »,
ce sont des vagins de qualité, c’est-à-dire des vagins « sexuellement bons ». Schroder & Caroll
(1999) évoquent d’ailleurs la possibilité d’utiliser la photopléthysmographie dans le cadre d’un
« biofeedback training » pour les femmes trans non-orgasmiques. En visualisant leur propre
VPA, elles seraient peut-être en mesure, pensent-ils, de maîtriser leur flux sanguin vaginal et
ainsi d’augmenter la réponse vasocongestive nécessaire à l’orgasme.
Les recherches comparatives de Chivers et de Lawrence, qui se fondent sur ces études
préliminaires, vont également aborder la question des vagins mais d’une autre manière. Les
résultats de l’étude de Chivers, centrée sur la différence femmes/hommes, confirment le
dimorphisme sexuel expérimenté dans un certain nombre de travaux antérieurs. Ils montrent
notamment que l’excitation sexuelle masculine est « category specific » c’est-à-dire qu’elle est
en étroite corrélation avec l’orientation sexuelle déclarée : les hommes hétérosexuels
expérimentent une plus forte excitation sexuelle pour les femmes que pour les hommes et
inversement pour les hommes homosexuels. En outre, leurs réponses subjectives et génitales
sont concordantes : quand ils se disent excités, leur pénis montre qu’ils le sont et inversement.
Autrement dit, chez eux, il y a une cohérence forte entre mesure physiologique, orientation
sexuelle déclarée et excitation sexuelle énoncée. Les femmes cisgenres, en revanche, ne sont
pas « category specific » au sens où cette corrélation est, chez elles, nettement moins affirmée :
elles sont excitées notamment par des scénarios qui ne correspondent pas nécessairement à leur
orientation sexuelle et elles le sont même lorsqu’elles disent ne pas l’être (cf. figure 1).
Figure 1. Mesures des différences du désir sexuel des hommes, des femmes trans et cis.
Sources : Chivers, M. L., Rieger, G., Latty, E., & Bailey, J. M. (2004). A sex difference in the specificity
of sexual arousal. Psychological Science, 15, p 740
En 2007, Chivers, Seto et Blanchard vont d’ailleurs conduire une recherche, plus fine
encore, pour préciser ce à quoi correspond exactement cette différence : est-elle due au désir
pour les acteurs en fonction de leur sexe (somatotype féminin ou masculin) ou pour les actes
sexuels représentés en fonction de leur nature et de leur intensité? Pour répondre à ces questions,
ils vont soumettre 20 lesbiennes, 27 hétérosexuelles, 17 gays et 27 hétérosexuels à des stimuli
vidéos plus « chamarrés » : sexe oral et génital homme/homme, femme/femme (avec dildo),
femme/homme, mais aussi sexe non-humain (bonobos mâle et femelle), sexe en solitaire
homme et femme, exercice nu solitaire mais sans dimension sexuelle et paysages (Chivers et
al. 2007). Les résultats confirmeront la différence hommes/femmes en la précisant : les hommes
se disent et se montrent plus sensibles au sexe des acteurs qu’aux actions, tandis que les femmes
manifestent un moindre intérêt pour les acteurs et une plus forte réceptivité à l’activité sexuelle
(elles se montrent même, contrairement aux hommes, excitées par la relation sexuelle entre
bonobos bien qu’elles disent ne pas l’être). Autrement dit, le désir masculin est spécifique ou
catégorique (focalisé sur les seuls objets de désir déclarés) quand le désir féminin se montre au
contraire plutôt plastique ou flexible (ouvert à toutes les opportunités bien au-delà des désirs
exprimés), quant au désir des femmes trans, évalué dans l’étude de 2004, il est complètement
semblable au désir masculin.
Avant de revenir sur ce point, il faut signaler que les auteurs se montrent globalement peu
sensibles à l’impact éventuel de la différence entre pléthysmographie et photopléthysmographie
sur la caractérisation différentielle des désirs masculin et féminin13. En se basant sur le fait que
c’est le clitoris qui est l’organe homologue du pénis, d’autres chercheurs proposent plutôt des
mesures de la vasocongestion clitoridienne dans le cadre de recherches comparatives
femmes/hommes (Kukkonen 2014). Dans une étude de 2015, à laquelle Chivers a participé,
Suschinsky montre que lorsqu’on utilise la photopléthysmographie clitoridienne, l’écart de
corrélation entre réponse subjective et mesure physiologique est nettement moins important
notamment pour les stimuli de courte durée (5mn) (Suschinsky et al. 2015). Compte tenu du
fait que les stimuli de l’étude de 2004 avaient une durée de 2 mn, il se peut que la moindre
corrélation observée chez les femmes avec la VPP soit un artefact. Ce problème est ici balayé
par le recours au groupe trans : le fait que les femmes trans montrent les mêmes réponses
sexuelles que les hommes alors qu’elles sont testées via la VPP est la preuve, selon eux, qu’il
ne s’agit pas d’un biais instrumental. On aurait pu espérer cependant que ce résultat soit mieux
interrogé dans la mesure où les études antérieures montrent que la VPA est plus faible, et donc
plus difficile à détecter, chez les femmes trans que chez les femmes cis. En outre, les préférences
sexuelles des uns et des autres ne sont pas travaillées de la même façon. En effet, si tous les
sujets de 2004 sont évalués via l’échelle de Kinsey, les homosexuels et les hétérosexuels
cisgenres correspondent respectivement aux degrés 5-6 et 0-1 de l’échelle, les degrés
intermédiaires 2 à 4 (c’est-à-dire les bisexuel(le)s) ont été exclus de l’étude. Les femmes trans,
en revanche, sont classées selon la conception de Blanchard en hétérosexuelles et non-
hétérosexuelles, c’est-à-dire respectivement les degrés 5-6 et les degrés 0 à 4 de l’échelle, ce
qui revient à identifier les trans bisexuelles et homosexuelles. Autrement dit, les déclarations
des sujets trans sont travaillées de façon différente, ce qui interroge bien évidemment la validité
des comparaisons réalisées : elles mettent en perspective des sujets qui sont très diversement
« gynéphiles ». Il se pourrait donc que le groupe trans constitue une preuve moins solide qu’il
n’y paraît. Quoi qu’il en soit, leur désir n’a pas seulement statut de preuve du dimorphisme
sexuel mais permet également aux auteurs de faire quelques hypothèses en la matière : le fait
que le désir féminin soit non spécifique ne serait pas dû à l’invisibilité des organes sexuels
(comme en font l’hypothèse des études antérieures) puisque le désir des femmes trans est
spécifique avec ce même invisible vagin. De même, puisque les femmes trans, censées rejeter
le rôle masculin dans lequel elles ont été socialisées, continuent à montrer une structure
spécifique caractéristique de leur sexe génétique (c’est le terme employé), il y a lieu de
s’interroger, selon les auteurs, sur le caractère inné ou acquis de ce dimorphisme sexuel observé
entre femmes et hommes.
13
Ils sont également peu sensibles à la possible manipulation des résultats par les hommes. S’ils font référence à
des études montrant que les hommes peuvent « négocier » leur réponse génitale, ils affirment que cela n’a pas ici
d’impact véritable car : 1) dans les contextes où les hommes sont très enclins à la manipulation (pédophilie par
exemple) on observe qu’ils sont tout de même « catégory spécific » ; 2) s’il y avait manipulation, il devrait y avoir
une différence entre homosexuels et hétérosexuels puisque seuls ces derniers pourraient se montrer réticents à
avouer un intérêt homoérotique socialement stigmatisé ; 3) les hommes seraient capables de réduire leur érection
mais pas de l’augmenter. Autant de justifications qui ouvrent sans doute à discussions critiques.
On voit ainsi se profiler une mobilisation particulière des corps, référant tantôt à
l’anatomie et tantôt à la génétique, et qui semble, un peu contre-intuitivement, minorer les
particularités anatomiques et valoriser les configurations génétiques dans sa quête d’un
dimorphisme sexuel hommes/femmes. Elle est très visible dans le traitement des corps trans :
la configuration corporelle des femmes trans est moins appréhendée dans sa réalité
(correspondant à un corps transformé notamment par la chirurgie) que dans sa « mixité
sexuée ». C’est bien dans la mesure où ce corps a, par exemple, des organes dits invisibles
(comme les femmes) et des gènes XY (comme les hommes), qu’il devient à différents niveaux
une preuve de la réalité du dimorphisme sexuel. L’insistance sur l’invisibilité anatomique est
intéressante ici car si le vagin est peu visible, il n’en est pas moins éprouvé (et ce, contrairement
aux gènes) mais l’est-il de la même façon pour toutes les femmes et l’est-il particulièrement
pour les femmes trans et les femmes cis ? Autrement dit, pourquoi le caractère spécifique du
désir sexuel des femmes trans est-il référé immédiatement à leur configuration génétique
(semblable à celle des hommes cis) plutôt qu’aux particularités éventuelles de leur néovagin et
de son ressenti ?
Sans chercher à répondre à cette question, l’étude de Lawrence s’attache à étudier plus
particulièrement l’amplitude de la VPA et la corrélation entre réponses génitale et subjective
chez les femmes trans et cis, ce qui l’amène à s’intéresser de plus près aux corps. Les mesures
photopléthysmographiques des femmes trans, on l’a vu, montrent une VPA plus faible que
celles des femmes cis et c’est dans ce cadre que les particularités anatomiques et hormonales
des unes et des autres sont interrogées. Les différences de structure de la paroi des vagins et des
néovagins sont ainsi examinées de même que les taux de testostérone et d’estrogène. Comme
les taux hormonaux des sujets de l’étude n’ont pas été enregistrés et que les travaux sur l’impact
des hormones sur les réponses génitales des femmes et des hommes cisgenres sont
contradictoires, cette piste n’est pas véritablement validée par les auteurs. En revanche, la
différence de vascularisation des vagins et des néovagins est admise : les néovagins,
généralement construits à partir de la paroi pénienne, ne disposent plus de tissu caverneux
érectile alors que les parois des vagins cis sont plus vascularisées semblant même disposer de
tissu caverneux ou pseudo-caverneux. Cette mobilisation causale de la vascularisation est ici
assez logique dans la mesure où la VPP mesure effectivement la vasocongestion vaginale mais
si elle permet aux auteurs d’expliquer la différence entre VPA trans et cis, elle ne les amène pas
pas à interroger plus avant les particularités éventuelles des vagins des unes et des autres. Le
vagin « sexuellement bon » que nous avions découvert dans les usages scientifiques
préliminaires de la VPP n’est donc pas mieux caractérisé ici. Ce qui semble importer, au fond,
c’est qu’il soit « techno-sexuellement » bon et pour cela il suffit qu’il soit vascularisé (même
plus ou moins), suffisamment ample pour admettre l’instrument et invisible.
Cette interrogation sur les configurations anatomiques des femmes trans et cis, aussi
réduite soit-elle, vient également questionner, par contraste, l’absence de discussion sur
l’impact des particularités génitales des femmes et des hommes cis et des mesures subséquentes
de leur excitation. On comprend ici que les différences obtenues via l’évaluation instrumentale
ne sont interrogées que lorsqu’elles prennent place à l’intérieur d’un groupe disposant d’une
configuration génitale semblable (vagin/néovagin) et ne le sont pas lorsque les sujets affichent
des configurations génitales plus hétérogènes (vagin/pénis). Il est vrai que dans le premier cas,
l’affichage d’une différence corporelle ne saurait remettre en question la validité de l’instrument
et de sa mesure tandis que dans le second cas, elle pourrait conduire à réinterroger l’ensemble
du dispositif expérimental et par le fait même la fameuse différence femmes/hommes. Il est
également possible de lire en creux, dans la discussion menée par Lawrence & al. sur la
structure des vagins et des néovagins, la mise en équivalence (anatomiquement intrigante) des
vagins et des pénis dans le cadre de ces mesures instrumentales. Les vagins trans, qui sont d’ex-
pénis, constitueraient aussi des sortes de preuves indirectes de la similitude de la PPG et de la
VPP. Quoi qu’il en soit, le souhait, présenté en fin d’article, de développer de futures études
sur la stabilité du désir sexuel trans en utilisant la PPG et la VPP sur des femmes trans en
situation de pré et de post transition, confirme bien la croyance en l’identité des deux mesures
et en leur aptitude à prouver le dimorphisme sexuel et son irréversibilité.
Conclusion
Dans ces évaluations instrumentales du désir sexuel, notamment des femmes trans, on
remarque que les procédures d’essentialisation ne passent pas par une prise en considération
des configurations corporelles mais plutôt par une instrumentalisation voire une négation de
leur spécificité. C’est à cette condition, par exemple, que le corps des femmes trans vient faire
la preuve du dimorphisme sexuel affirmé. On voit bien ici combien il est important de savoir
manœuvrer adéquatement les corps pour certifier « scientifiquement » les spécificités sexuelles
postulées des hommes et des femmes. Dans cette approche sexologique, le dimorphisme sexuel
est en fait référé à une relation plus ou moins cohérente entre corps et esprit : ce qui dit ici la
différence, c’est bien la concordance/discordance entre voix du corps et voix du sujet. Cela
renvoie à la manière dont est conçue plus généralement la personne humaine, mais aussi les
personnes trans, dans nos sociétés. Leur identité de genre « troublée » est, en effet,
habituellement référée à une incohérence corps/psychisme. A la lumière de cet exemple, on
peut se demander si la normalité ne serait pas étroitement assimilée à la concordance des deux
entités substantielles censées constituer les personnes. Il se pourrait ainsi que, dans les sociétés
occidentales, les désirs, tant sexuels que sexués, soient considérés comme normaux dès lors que
corps et esprit parlent d’une même voix. Cela ouvre à une interrogation sur la constitution de la
différence femmes/hommes produite dans le cadre de ces expérimentations médico-
scientifiques. Le désir sexuel masculin, catégorique, n’aurait-il pas implicitement statut de
norme en vertu de sa cohérence ? Dans les textes retenus, en tout cas, il est intéressant de
constater que c’est bien celui des femmes qu’on tente d’expliquer, ce qui pourrait être le signe
de sa singulière étrangeté. Chivers & al. (2007) n’hésitent d’ailleurs pas à le faire par le biais
d’hypothèses phylogénétiques pour le moins hasardeuses. La flexibilité sexuelle des femmes
est, en effet, reliée à une réponse vaginale réflexe qui pourrait avoir été bénéfique à nos ancêtres
femelles dans la mesure où la vasocongestion vaginale produit une lubrification qui réduit les
risques de blessures et d’infections lors de la pénétration vaginale. Celles qui ne lubrifiaient pas
de façon réflexe auraient ainsi été plus souvent stériles et/ou auraient connu un funeste destin.
Quoi qu’on puisse penser de cette hypothèse psycho-évolutionniste, il en ressort que la féminité
se voit sexuellement définie par la capacité psychophysiologique à répondre à toutes les
sollicitations sexuelles aussi baroques (cf. les bonobos) et agressives soient-elles quand la
masculinité apparaît sexuellement solide, naturellement assurée de ses désirs et de ses choix et,
qui sait, peut-être légitime dans sa propension à en exiger la réalisation.
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