Chapitre 1
Chapitre 1
1.1 Motivation
Une fonction de plusieurs variables est une fonction qui prend en entrée plusieurs variables indé-
pendantes et produit un résultat unique. Contrairement aux fonctions d’une seule variable, comme
f ( x ), qui prennent un nombre réel et renvoient un autre nombre, une fonction de plusieurs va-
riables, comme f ( x1 , x2 , . . . , xn ), prend plusieurs nombres en entrée.
Les fonctions de plusieurs variables jouent un rôle fondamental dans la modélisation et l’analyse
des phénomènes complexes dans divers domaines. Voici quelques motivations pour leur étude :
• Complexité du Monde Réel : De nombreux systèmes naturels et artificiels sont influencés
par plusieurs facteurs simultanément. Par exemple, la croissance d’une plante dépend de la
lumière, de l’eau et des nutriments. Modéliser ces interactions nécessite l’utilisation de fonc-
tions de plusieurs variables.
• Sciences de l’Ingénieur : Dans l’ingénierie, les fonctions de plusieurs variables sont utilisées
pour décrire des systèmes mécaniques, thermiques et électriques. Par exemple, la résistance
d’un matériau peut dépendre de sa température et de sa pression.
• Économie : Les fonctions de production, qui relient les intrants (comme le capital et le travail)
à la production, sont souvent représentées comme des fonctions de plusieurs variables. Cela
permet d’analyser l’impact de chaque intrant sur la production totale.
• Analyse et Optimisation : La compréhension des fonctions de plusieurs variables permet
d’analyser les comportements des systèmes complexes. Par exemple, les techniques d’optimi-
sation, comme la recherche du maximum ou du minimum d’une fonction, sont essentielles
dans des domaines tels que la logistique, la finance et la planification de projets.
• Visualisation et Intuition : Les fonctions de plusieurs variables permettent de visualiser des
concepts mathématiques dans un espace à dimensions supérieures. Par exemple, les surfaces
de niveau et les graphiques tridimensionnels aident à développer une intuition sur la manière
dont les changements dans une variable affectent les autres.
• Développement des Outils Mathématiques : L’étude des fonctions de plusieurs variables
mène à la découverte et à l’application de nouveaux outils mathématiques, tels que les dé-
rivées partielles, le gradient, et les intégrales multiples. Ces concepts sont cruciaux pour ré-
soudre des problèmes complexes dans de nombreux domaines.
• Interdisciplinarité : Les fonctions de plusieurs variables sont essentielles dans de nombreuses
disciplines, notamment la physique, la chimie, la biologie, la médecine et les sciences sociales.
Elles fournissent un langage commun pour analyser des problèmes qui transcendent les fron-
tières disciplinaires.
1
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Notions importantes
• Le domaine de définition : Pour une fonction de n variables, il s’agit de l’ensemble des points
de Rn où la fonction est définie.
• Les courbes et surfaces de niveau : Elles permettent de visualiser des fonctions de plusieurs
variables, notamment dans les cas à deux ou trois variables.
• Les limites et continuité : Ces concepts généralisent ceux des fonctions d’une variable, mais
nécessitent des outils spécifiques pour traiter les fonctions de plusieurs variables.
Cette introduction permet d’aborder les concepts fondamentaux avant de se plonger dans des no-
tions plus avancées comme la dérivation partielle, les gradients ou encore les intégrales multiples.
• Exemple :
f ( x, y) = x2 + y2
Domaine : D f = R2 , c’est-à-dire que x et y peuvent prendre toutes les valeurs réelles.
• Exemple :
1
f ( x, y) =
x2 + y2 − 1
Ici, le dénominateur est nul lorsque x2 + y2 = 1. Cela correspond à un cercle de rayon 1
centré à l’origine.
Domaine :
D f = {( x, y) ∈ R2 | x2 + y2 ̸= 1}
Le domaine est tout le plan sauf les points sur le cercle x2 + y2 = 1.
2
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
• Exemple :
f ( x, y) = ln( x2 + y2 )
Le logarithme est défini uniquement lorsque x2 + y2 > 0, ce qui signifie que le point (0, 0)
est exclu du domaine.
Domaine :
D f = {( x, y) ∈ R2 | ( x, y) ̸= (0, 0)}
• Exemple : q
f ( x, y) = 4 − x 2 − y2
• Exemple :
f ( x, y) = sin( x ) + cos(y)
Domaine : D f = R2 , la fonction est définie pour tout x et y.
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Fonction polynomiale
Prenons la fonction f ( x, y) = x2 + y2 .
Fonction rationnelle
1
Prenons la fonction f ( x, y) = x 2 + y2 +1
.
Im( f ) = (0, 1]
Fonction logarithmique
Prenons la fonction f ( x, y) = ln( x2 + y2 ).
Fonction trigonométrique
Prenons la fonction f ( x, y) = sin( x ) + cos(y).
• Domaine : Tout R2 .
• Image : La fonction sinus et cosinus prennent des valeurs entre −1 et 1, donc la somme
sin( x ) + cos(y) est comprise entre −2 et 2. L’image est donc [−2, 2].
Im( f ) = [−2, 2]
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Définition formelle
Soit f : Rn → R, une fonction de n variables. Le graphe de cette fonction est l’ensemble des points
dans l’espace Rn+1 , donné par :
G ( f ) = {(x, f (x)) | x ∈ Rn }
où x = ( x1 , x2 , . . . , xn ) est un vecteur de Rn , et f (x) est la valeur de la fonction pour ce vecteur.
Exemples
Fonction de deux variables ( f : R2 → R)
Pour une fonction f ( x, y), le graphe est un ensemble de points ( x, y, f ( x, y)) dans l’espace R3 . Le
graphe est une surface.
G ( f ) = {( x, y, x2 + y2 ) | ( x, y) ∈ R2 }
Pour une fonction f ( x, y, z), le graphe est un ensemble de points ( x, y, z, f ( x, y, z)) dans l’espace
R4 . Ici, le graphe est une hypersurface dans un espace à 4 dimensions, ce qui est plus difficile à
visualiser.
Visualisation et interprétation
• Pour les fonctions de deux variables, le graphe peut être visualisé comme une surface en 3D.
• Pour les fonctions de trois variables et plus, le graphe est une hypersurface dans un espace
de dimension supérieure, et il devient plus difficile à représenter géométriquement. On peut
toutefois se concentrer sur des sections ou des projections pour en obtenir une interprétation
visuelle partielle.
Courbes de niveau
Pour une valeur constante c ∈ R, la courbe de niveau correspondante est définie par :
L c = { x ∈ Rn | f ( x ) = c }
Les courbes de niveau représentent les ensembles de points dans le plan où la fonction prend la
même valeur.
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Lc = {( x, y) ∈ R2 | f ( x, y) = c}
Fonction Linéaire
Prenons la fonction f ( x, y) = 2x + 3y
Analyse des courbes de niveau Les courbes de niveau sont définies par l’équation suivante :
f ( x, y) = c
Pour la fonction f ( x, y) = 2x + 3y, cela donne :
2x + 3y = c
Cette équation représente des lignes droites dans le plan xy, où chaque valeur constante c corres-
pond à une courbe de niveau. Les courbes de niveau sont des lignes parallèles dont l’inclinaison
est donnée par la pente − 32 , car en réarrangeant l’équation, nous obtenons :
2 c
y = − x+
3 3
Voici quelques exemples pour des valeurs spécifiques de c :
• Pour c = 0, la ligne droite passe par l’origine et a pour équation 2x + 3y = 0.
• Pour c = 3, la ligne droite est décalée vers le haut et a pour équation 2x + 3y = 3.
• Pour c = −3, la ligne droite est décalée vers le bas et a pour équation 2x + 3y = −3.
Courbes de niveau
Les courbes de niveau sont des lignes droites parallèles, uniformément espacées, correspondant
à des valeurs différentes de c.
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Le graphe montre un plan incliné. La pente dans la direction y est plus élevée (3) que dans la
direction x (2), ce qui reflète l’évolution linéaire de la fonction dans l’espace.
Fonction Quadratique
Nous considérons la fonction suivante :
f ( x, y) = x2 + y2
Les courbes de niveau pour une valeur donnée c sont les ensembles de points ( x, y) tels
que f ( x, y) = c, soit :
x 2 + y2 = c
√
Ce sont des cercles de rayon c, centrés à l’origine.
Courbes de Niveau
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Les courbes de niveau sont des cercles concentriques centrés à l’origine, et leur rayon augmente
avec la valeur de c.
La paraboloïde montre que la fonction augmente radialement à partir de l’origine. Chaque courbe
de niveau correspond à une tranche de cette surface à différentes hauteurs.
Fonction Exponentielle
2 + y2 )
Prenons la fonction f ( x, y) = e−( x
Courbes de niveau : Pour une valeur c (où c est dans l’intervalle (0, 1]), nous avons :
2 + y2 )
Lc = {( x, y) ∈ R2 | e−( x = c}
Cela se réécrit en :
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
−( x2 + y2 ) = ln(c) ⇒ x2 + y2 = − ln(c)
p
Représentation : Cela représente des cercles de rayon − ln(c).
Exemples :
√
• Pour c = 0.5 : x2 + y2 = − ln(0.5) ≈ 0.693 → cercle de rayon 0.693 ≈ 0.833.
√
• Pour c = 0.1 : x2 + y2 = − ln(0.1) ≈ 2.302 → cercle de rayon 2.302 ≈ 1.52.
Courbes de niveau : Pour une valeur c (où c est dans l’intervalle [−1, 1]), nous avons :
q
Lc = {( x, y) ∈ R | sin( x2 + y2 ) = c}
2
Représentation : Cette fonction produit des cercles concentriques, avec des valeurs maximales et
minimales alternant à mesure que l’on s’éloigne de l’origine.
Exemples :
• Positivité :
∥x∥ ≥ 0 et ∥x∥ = 0 ⇐⇒ x = 0
Cela signifie que la norme est toujours positive (ou nulle) et qu’elle est nulle uniquement
lorsque le vecteur est le vecteur nul.
Cela signifie que la norme d’un vecteur multiplié par un scalaire α est égale au produit de la
valeur absolue de α et de la norme du vecteur.
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
• Inégalité triangulaire :
L’inégalité triangulaire exprime que la norme de la somme de deux vecteurs est toujours infé-
rieure ou égale à la somme des normes de ces vecteurs.
∥ x ∥1 = | x1 | + | x2 | + · · · + | x n |
∥x∥∞ = max{| x1 |, | x2 |, . . . , | xn |}
Ouvert dans Rn
Un ensemble ouvert dans Rn est un ensemble dans lequel, autour de chaque point, il est possible
de trouver une "balle" entièrement contenue dans cet ensemble. Autrement dit, chaque point d’un
ensemble ouvert a un voisinage qui reste à l’intérieur de l’ensemble.
Définition formelle :
Soit U ⊆ Rn . L’ensemble U est dit ouvert s’il vérifie la condition suivante : pour tout point x0 ∈ U,
il existe un rayon ε > 0 tel que la balle ouverte de rayon ε centrée en x0 soit incluse dans U.
B ( x 0 , ε ) = { x ∈ Rn : ∥ x − x 0 ∥ < ε } ⊆ U
Exemple d’un ensemble ouvert : Dans R2 , l’intérieur d’un disque centré à l’origine de rayon r
est un exemple d’ensemble ouvert :
D = {( x, y) ∈ R2 : x2 + y2 < r2 }
Pour tout point à l’intérieur du disque, on peut trouver un petit rayon ε tel que l’ensemble de
points à une distance inférieure à ε de ce point soit contenu à l’intérieur du disque.
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
3. Un ensemble ouvert dans Rn ne contient pas ses points frontières. Par exemple, dans un
disque, les points sur la circonférence ne font pas partie de l’ensemble ouvert.
• On dit que f a pour limite ℓ au point a, ce que l’on écrit limx→a f (x) = ℓ, si pour tout ε > 0 il
existe δ > 0 tel que
x ∈ D \{a} et ∥x − a∥ < δ =⇒ | f (x) − ℓ| < ε
autrement dit
x ∈ D ∩ B (a, δ) =⇒ | f (x) − ℓ| < ε
• On dit que f tend vers +∞ quand x tend vers a, ce que l’on écrit limx→a f (x) = +∞, si pour
tout M > 0 il existe δ > 0 tel que
autrement dit
x ∈ D ∩ B (a, δ) =⇒ | f (x) − ℓ| > M
• On dit que f tend vers −∞ quand x tend vers a, ce que l’on écrit limx→a f (x) = −∞, si pour
tout M < 0 il existe δ > 0 tel que
autrement dit
x ∈ D ∩ B (a, δ) =⇒ | f (x) − ℓ| < M
Unicité de la Limite
Par définition de la limite, pour chaque ϵ > 0, il existe δ1 > 0 tel que :
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
| L1 − L2 |
Prenons ϵ = . Il existe δ1 et δ2 correspondants à L1 et L2 . Choisissons δ = min(δ1 , δ2 ).
3
Si ∥x − a∥ < δ, alors :
| L − L2 |
| f ( x ) − L1 | < 1
3
| L − L2 |
| f ( x ) − L2 | < 1
3
Par l’inégalité triangulaire, on peut écrire :
| L1 − L2 | | L1 − L2 | 2| L1 − L2 |
| L1 − L2 | = | L1 − f (x) + f (x) − L2 | ≤ | L1 − f (x)| + | f (x) − L2 | < + =
3 3 3
Cela implique que :
2| L1 − L2 |
| L1 − L2 | <
3
En réarrangeant cette inégalité, nous obtenons | L1 − L2 | < 0, ce qui est impossible. Par consé-
quent, nous devons conclure que L1 = L2 .
Remarque :
Il est important de noter que dans le cas des fonctions à plusieurs variables, le point a peut être
approché de plusieurs directions dans Rn , ce qui rend l’étude des limites plus complexe.
x 2 − y2
Exemple Prenons la fonction f ( x, y) = x 2 + y2
. Nous voulons étudier la limite lorsque ( x, y) →
(0, 0).
• Si on approche le point (0, 0) le long de l’axe des x, c’est-à-dire en posant y = 0, on obtient :
x2 − 0
f ( x, 0) = = 1.
x2 + 0
0 − y2
f (0, y) = = −1.
0 + y2
Étant donné que la limite dépend de la direction d’approche, nous concluons que la limite
n’existe pas en (0, 0).
Pour expliquer le calcul des limites des fonctions de plusieurs variables, il est important de bien
illustrer les différentes approches, car le comportement d’une fonction en plusieurs dimensions peut
être plus complexe qu’en une dimension. Voici quelques exemples d’explications et d’approches
courantes :
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
x2 · 0
f ( x, 0) = =0
x2 + 02
Donc, la limite sur ce chemin est 0.
0·y
f (0, y) = =0
0 + y2
x2 · x x3 x
f ( x, x ) = = =
x2 + x2 2x2 2
Lorsque x → 0, cette expression tend vers 0.
• Conclusion :
Sur ces différents chemins, la limite semble être 0. Cependant, pour conclure que la limite
est bien 0 en général, il faut prouver que la limite est la même quel que soit le chemin pris
pour approcher (0, 0). Ici, on peut voir que tous les chemins testés donnent 0, donc on peut
conjecturer que :
lim f ( x, y) = 0
( x,y)→(0,0)
x2 y x2 y
≤ ≤ y → 0 lorsque y → 0.
x 2 + y2 x2
Alors
lim f ( x, y) = 0
( x,y)→(0,0)
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
x 2 − 02 x2
g( x, 0) = = =1
x 2 + 02 x2
Donc la limite le long de cet axe est 1.
02 − y 2 − y2
g(0, y) = = = −1
02 + y 2 y2
Donc la limite le long de cet axe est −1.
• Conclusion :
Puisque la limite dépend du chemin suivi pour approcher (0, 0), on peut conclure que la
limite n’existe pas en (0, 0). En effet, selon la direction, la limite est différente (1 sur l’axe x
et −1 sur l’axe y).
Limite polaire
Pour certaines fonctions, il est utile de passer en coordonnées polaires pour simplifier le calcul
des limites. Considérons la fonction :
x 2 + y2
h( x, y) =
x 2 + y2 + 1
x = r cos θ
y = r sin θ
x 2 + y2 = r 2
La fonction devient :
r2
h( x, y) =
r2 + 1
Lorsque r → 0, cette expression tend vers :
0
=0
0+1
Donc, en passant aux coordonnées polaires, on trouve que :
lim h( x, y) = 0
( x,y)→(0,0)
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Nous voulons déterminer la limite lorsque ( x, y) → (0, 0). Essayons un changement de variables
en coordonnées polaires, avec x = r cos θ et y = r sin θ, ce qui donne :
f ( x, y) = sin( x2 + y2 )
Nous voulons calculer la limite en (0, 0). Puisque sin(z) est une fonction continue et que x2 +
y2 → 0 lorsque ( x, y) → (0, 0), on peut utiliser la continuité de la fonction sin(z) pour conclure
que :
lim sin( x2 + y2 ) = sin(0) = 0
( x,y)→(0,0)
Considérons la fonction :
2 + y2 )
f ( x, y) = e−( x −1
Pour calculer la limite en (0, 0), on peut utiliser le développement en série de Taylor de ez autour
de z = 0 :
ez ≈ 1 + z pour z proche de 0.
Ainsi, lorsque ( x, y) → (0, 0), on a :
2 + y2 )
e−( x ≈ 1 − ( x 2 + y2 )
Donc :
f ( x, y) ≈ (1 − ( x2 + y2 )) − 1 = −( x2 + y2 )
Lorsque ( x, y) → (0, 0), x2 + y2 → 0, donc :
lim f ( x, y) = 0
( x,y)→(0,0)
Conclusion
• Encadrement est particulièrement utile pour des fonctions positives ou bornées.
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
• Coordonnées polaires généralisées fonctionnent bien pour des fonctions radiales ou qui se
simplifient en fonction de r.
• Changement de variables est utile pour des symétries spécifiques ou des expressions compli-
quées.
• Continuité des fonctions composites exploite la continuité et simplifie souvent les calculs.
• Séries de Taylor fournissent une approche analytique pour évaluer des limites à partir des
développements de fonctions.
Ces méthodes permettent de résoudre des limites plus complexes et montrent comment choisir
l’outil le plus adapté à chaque situation.
lim f ( x ) = f ( a).
x→a
Continuité Globale : Une fonction est continue sur U si elle est continue en tout point de U.
Exemple :
est continuité sur R2 . En effet, la fonction f est continue sur R2 \{(0, 0)} en tant que quo-
tient de fonctions continues sur R2 \{(0, 0)} dont le dénominateur ne s’annule pas sur
R2 \{(0, 0)}. Pour( x, y) ∈ R2 \{(0, 0)},
Puisque lim( x,y)→(0,0) | xy| = 0, on en déduit que lim( x,y)→(0,0) f ( x, y) = 0 = f (0, 0). Ceci
( x,y)̸=(0,0)
montre que f est continue en (0, 0). En résumé, f est continue sur R2 \{(0, 0)} et en (0, 0) et
finalement, f est continue sur R2 .
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Fonctions partielles
Preuve :
Puisque f est continue en a = ( a1 , . . . , an ), cela signifie que pour tout ϵ > 0, il existe un δ > 0 tel
que si ∥ x − a∥ < δ, alors
| f ( x ) − f ( a)| < ϵ.
Cela s’applique pour n’importe quel point x = ( x1 , . . . , xn ) suffisamment proche de a.
Prenons une fonction partielle f i , qui fixe toutes les composantes de f sauf la i-ème. En
d’autres termes, f i ( xi ) = f ( a1 , . . . , ai−1 , xi , ai+1 , . . . , an ).
Comme f est continue en a, il existe un δ > 0 tel que si | xi − ai | < δ et si toutes les autres
composantes sont égales à a1 , . . . , ai−1 , ai+1 , . . . , an , on a :
Cela revient à dire que | f i ( xi ) − f i ( ai )| < ϵ lorsque | xi − ai | < δ. Donc, pour chaque fonction
partielle f i , il existe un δi = δ tel que :
| xi − ai | < δi =⇒ | f i ( xi ) − f i ( ai )| < ϵ.
Remarque : En général, la réciproque est fausse. En effet, soit la fonction f définie sur R2 par
( xy
x 2 + y2
si ( x, y) ̸= (0, 0)
f ( x, y) =
0 si ( x, y) = (0, 0)
Les fonctions partielles en (0, 0) sont définies par f 1 ( x ) = f ( x, 0) et f 2 (y) = f (0, y) et elles sont
toutes les deux continues en x = 0 et y = 0 respectivement. Par contre, la fonction f n’est pas conti-
nue en (0, 0).
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Propriétés de la Continuité
Soit f une fonction de D de Rn dans R. Soit a ∈ D . Alors f est continue en a si et seulement si pour
toute suite ( xm )m∈N ∈ D N qui tend vers a la suite ( f ( xm ))m∈N tend vers f ( a).
Preuve
Soit ( xm ) une suite telle que xm → a. Cela signifie que pour tout ϵ > 0, il existe un rang N ∈ N
tel que pour tout m ≥ N, on a ∥ xm − a∥ < δ.
Puisque f est continue en a, il existe un δ > 0 tel que, pour ∥ xm − a∥ < δ, on a | f ( xm ) − f ( a)| < ϵ.
Prenons ϵ > 0. Par l’hypothèse de convergence des images des suites, nous devons mon-
trer qu’il existe δ > 0 tel que ∥ x − a∥ < δ =⇒ | f ( x ) − f ( a)| < ϵ.
Raisonnons par contraposée. Supposons qu’il n’existe pas de tel δ. Cela signifierait que,
pour tout δ > 0, il existerait un point xδ ∈ D tel que ∥ xδ − a∥ < δ, mais | f ( xδ ) − f ( a)| ≥ ϵ.
Nous pourrions ainsi construire une suite ( xδm ) telle que δm → 0 (donc xδm → a) et
| f ( xδm ) − f ( a)| ≥ ϵ pour tout m, ce qui contredit l’hypothèse que f ( xm ) → f ( a) lorsque
xm → a.
Par conséquent, il doit exister un δ > 0 tel que ∥ x − a∥ < δ =⇒ | f ( x ) − f ( a)| < ϵ, et
donc f est continue en a.
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
La fonction f est continue sur R2 \{(0, 0)} comme fraction rationnelle dont le dénominateur ne
s’annule pas. D’autre part on a
Soit f une fonction de D ⊂ Rn \{a} dans R. Si limx→a f (x) = ℓ, la fonction f˜ définie sur D ∪ {a}
par f˜(a) = ℓ et f˜(x) = f (x) pour x ∈ D est la seule fonction continue en a dont la restriction à D
soit f . On l’appelle le prolongement par continuité de f à a.
Continuité Uniforme
Une fonction f : U ⊆ Rn → R est dite uniformément continue si pour tout ϵ > 0, il existe un
δ > 0 tel que pour tous x, y ∈ U, si ∥ x − y∥ < δ, alors | f ( x ) − f (y)| < ϵ.
Remarque : Cette notion est plus forte que la continuité simple, car le δ ne dépend pas du point
où l’on se trouve dans l’ensemble U.
Exemple
La fonction f ( x, y) = xy est continue en un point R2 , mais n’est pas uniformément continue sur
R2 . En effet, nous devons démontrer qu’il existe un ϵ > 0 tel que pour tout δ > 0, il existe des
points ( x1 , y1 ) et ( x2 , y2 ) dans R2 tels que :
q
( x2 − x1 )2 + ( y2 − y1 )2 < δ
mais
| f ( x2 , y2 ) − f ( x1 , y1 )| ≥ ϵ.
Prenons ( x1 , y1 ) = (n, 1) et ( x2 , y2 ) = (n, n1 ) pour n ∈ N.
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Notations
Les dérivées partielles peuvent être notées de différentes manières. Si f dépend des variables x1 , x2 , . . . , xn ,
alors la dérivée partielle de f par rapport à xi peut être notée :
∂f
, f xi , ou simplement f i′
∂xi
Ces notations sont équivalentes et indiquent toutes la dérivée partielle de f par rapport à xi .
∂f ∂ 2
= ( x + 3xy + y2 ) = 2x + 3y
∂x ∂x
∂f ∂
= ( x2 + 3xy + y2 ) = 3x + 2y
∂y ∂y
∂f ∂
= ( x2 x2 + sin( x3 )) = 2x1 x2
∂x1 ∂x1 1
∂f ∂
= ( x12 x2 + sin( x3 )) = x12
∂x2 ∂x2
∂f ∂
= ( x2 x2 + sin( x3 )) = cos( x3 )
∂x3 ∂x3 1
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Les dérivées partielles peuvent être prises successivement pour obtenir des dérivées partielles
d’ordre supérieur. Par exemple, la dérivée seconde de f par rapport à xi est :
∂2 f
∂ ∂f
=
∂xi2 ∂xi ∂xi
Lorsque l’on dérive une fonction plusieurs fois, il est possible de dériver par rapport à différentes
variables. On obtient ainsi des dérivées croisées, comme :
∂2 f
∂xi ∂x j
Si f est suffisamment régulière (par exemple, si f a des dérivées partielles continues), alors l’ordre
dans lequel les dérivées sont prises n’a pas d’importance, c’est-à-dire que :
∂2 f ∂2 f
=
∂xi ∂x j ∂x j ∂xi
Cette propriété est appelée théorème de Schwarz ou théorème de la symétrie des dérivées par-
tielles.
d
f (u( x )) = f ′ (u( x )) · u′ ( x )
dx
Cela signifie que pour dériver la fonction composée f , on doit dériver f par rapport à u puis multi-
plier par la dérivée de u par rapport à x.
Soit f = f (u1 , u2 , . . . , un ) une fonction de n variables, où chaque variable ui dépend d’une autre
variable t. La dérivée de f par rapport à t est donnée par :
n
d X ∂ f dui
f (u1 (t), u2 (t), . . . , un (t)) = ·
dt ∂ui dt
i =1
Cette formule indique qu’il faut dériver f par rapport à chaque ui (dérivées partielles) et multiplier
chaque dérivée par la dérivée de ui par rapport à t.
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CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
La dérivée de f ( x ) est :
d d
sin( x2 ) = cos( x2 ) · ( x2 ) = cos( x2 ) · 2x
dx dx
On a utilisé ici la dérivation en chaîne pour calculer la dérivée de f ( x (t), y(t)) en appliquant
les dérivées partielles.
En termes plus simples, le gradient est un vecteur qui pointe dans la direction de la plus grande
variation de la fonction.
Notation
Le vecteur gradient est souvent noté sous forme vectorielle comme suit :
∂f ∂f ∂f
∇f = , ,...,
∂x1 ∂x2 ∂xn
22
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
∂f ∂f
= 2x + 3y, = 3x + 2y
∂x ∂y
Propriétés du Gradient
• Le gradient est un opérateur linéaire : pour deux fonctions f et g, et des scalaires α et β, nous
avons :
∇(α f + βg) = α∇ f + β∇ g
1.5.4 Différentiabilité
La notion de fonction différentiable est la généralisation aux fonctions de plusieurs variables de la
notion de fonction dérivable d’une variable réelle. Bien sûr, on ne peut pas transposer directement
la définition utilisant le taux d’accroissement (impossible de diviser par un vecteur !).
Soit f une fonction définie sur un ouvert U de Rn , à valeurs dans R et soit a un point de U. On dit
que f est différentiable en a s’il existe une application linéaire L de Rn dans R telle que
Si une fonction est différentiable en un point, alors la limite linéaire L est unique. En effet, si L1 et
L2 étaient deux applications linéaires qui satisfont la condition de différentiabilité, alors on aurait :
L1 ( h ) − L2 ( h )
lim =0
h →0 ∥h∥
23
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
On note
L = d f a = d f ( a)
Relation entre Différentiabilité et Gradient
• Condition suffisante : Si toutes les dérivées partielles de f existent et sont continues en a, alors
f est différentiable en a et on a
d a (h) = ∇ f ( a) · h.
Différentiabilité et Continuité
Il est important de noter que la différentiabilité implique toujours la continuité de la fonction. Au-
trement dit, si f est différentiable en a, alors f est continue en a. En revanche, la réciproque n’est
pas vraie : une fonction peut être continue sans être différentiable.
– Le gradient de f est :
∂f ∂f
∇ f ( x, y) = , = (2x, 2y)
∂x ∂y
– Au point ( a, b), le gradient devient :
∇ f ( a, b) = (2a, 2b)
– Le gradient de f est :
∂f ∂f ∂f
∇ f ( x, y, z) = , , = 2xy, x2 + z, y + ez
∂x ∂y ∂z
∇ f (1, 1, 0) = (2 · 1 · 1, 12 + 0, 1 + e0 ) = (2, 1, 2)
= 1 + 2h1 + h2 + 2h3
24
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Autrement dit, la dérivée directionnelle est le produit scalaire entre le gradient de f au point a et le
vecteur direction v.
∇ f (1, 2) = (2 · 1, 2 · 2) = (2, 4)
La dérivée directionnelle maximale d’une fonction en un point est obtenue dans la direction du
gradient ∇ f . La norme du gradient donne la valeur de cette dérivée maximale :
max Dv f (a) = ∥∇ f (a)∥
∥v∥=1
Cela signifie que la direction de la plus forte variation de f est celle du gradient, et la valeur maxi-
male de cette variation est la norme du gradient.
25
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Exemple :
• Le gradient de f est :
∂f ∂f ∂f
∇ f ( x, y, z) = , , = 2xy, x2 + z, y + ez
∂x ∂y ∂z
1 √1 √1
• Calculons ensuite le produit scalaire entre ∇ f (1, 1, 0) et v = 2, 2, 2 :
1 1 1
Dv f (1, 1, 0) = (2, 1, 2) · ,√ ,√
2 2 2
1 1 1 1 2 3
= 2· +1· √ +2· √ = 1+ √ + √ = 1+ √
2 2 2 2 2 2
• La dérivée directionnelle est linéaire par rapport à v, c’est-à-dire que pour deux vecteurs v1 et
v2 et des scalaires α et β, on a :
Soit f : Rn → R une fonction définie dans un ouvert U ⊆ Rn . On dit que f est de classe C1
sur U si :
26
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Autrement dit, une fonction de classe C1 est une fonction dont toutes les dérivées premières existent
et varient de manière continue sur l’ensemble considéré. Plus formellement, cela signifie que pour
tout i = 1, 2, . . . , n, les fonctions suivantes existent et sont continues dans U :
∂f
, i = 1, 2, . . . , n.
∂xi
Exemples
∂f ∂f
= 2x, = 2y.
∂x ∂y
• Les dérivées partielles sont continues partout sur R2 , donc f est de classe C1 sur R2 .
• Les dérivées partielles en (0, 0) n’existent pas (discontinuité de la pente au point (0, 0)).
• Ainsi, g n’est pas différentiable en (0, 0), et n’est donc pas de classe C1 sur R2 .
• Continuité de la Dérivée : Si f est de classe C1 , cela implique que f est différentiable, et que
ses dérivées partielles sont continues.
• Approximation linéaire : Si f est de classe C1 , alors f peut être approximée localement par un
plan tangent en chaque point de son domaine.
• Gradient Continu : Le gradient de f , noté ∇ f , existe et est une fonction continue lorsque f est
de classe C1 .
∂f ∂f ∂f
∇f = , ,..., .
∂x1 ∂x2 ∂xn
Une fonction f est dite de classe C k sur un ouvert U si elle possède des dérivées partielles jusqu’à
l’ordre k qui sont toutes continues dans U. Autrement dit :
• f est de classe C2 si ses dérivées premières et secondes existent et sont continues, etc.
27
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Ainsi, les fonctions de classe C1 sont un cas particulier des fonctions C k , avec k = 1.
∂2 f ∂2 f
=
∂xi ∂x j ∂x j ∂xi
pour tout ( x1 , . . . , xn ) ∈ Ω.
Preuve.
φ est continue et dérivable sur [0, 1], donc il existe t0 ∈ ]0, 1[ tel que
φ (1) − φ (0) = (1 − 0) φ ′ ( t0 ).
28
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
1. Terme constant :
f ( a, b)
Ce terme représente la valeur de la fonction en ( a, b).
2. Termes linéaires :
f x ( a, b)( x − a) + f y ( a, b)(y − b)
Ces termes représentent la pente locale de f autour de ( a, b). Ils forment le plan tangent à la
surface z = f ( x, y) au point ( a, b).
3. Termes quadratiques :
1h i
f xx ( a, b)( x − a)2 + 2 f xy ( a, b)( x − a)(y − b) + f yy ( a, b)(y − b)2
2
Ces termes capturent la courbure de la fonction autour de ( a, b).
La partie quadratique du développement de Taylor d’une fonction de deux variables peut être inter-
prétée comme une forme quadratique. Dans le développement de Taylor à l’ordre 2 d’une fonction
f ( x, y) autour d’un point ( a, b), la partie quadratique est donnée par :
1h 2 2
i
f xx ( a, b)( x − a) + 2 f xy ( a, b)( x − a)(y − b) + f yy ( a, b)(y − b) .
2
On peut réécrire cette partie quadratique en utilisant les nouvelles variables h = x − a et k = y − b,
ce qui donne :
Q(h, k ) = f xx ( a, b)h2 + 2 f xy ( a, b)hk + f yy ( a, b)k2 .
Cette expression est appelée forme quadratique.
Rappel : Une forme quadratique est une expression polynomiale homogène de degré 2 en plusieurs
variables. Pour deux variables h et k, une forme quadratique générale s’écrit sous la forme :
• a = f xx ( a, b),
• b = f xy ( a, b),
• c = f yy ( a, b).
29
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Représentation matricielle
La forme quadratique peut être représentée sous forme matricielle à l’aide de la matrice hessienne
de f au point ( a, b). La matrice hessienne H f ( a, b) est définie par :
f xx ( a, b) f xy ( a, b)
H f ( a, b) = .
f xy ( a, b) f yy ( a, b)
Cela montre que la partie quadratique du développement de Taylor autour de ( a, b) est définie par
la matrice hessienne.
Définition
Soit U un ouvert de Rn , f : U → R et a ∈ U. On dit que f admet un minimum local en a s’il existe
r > 0 tel que :
∀ x ∈ U, ∥ x − a∥ < r ⇒ f ( a) ≤ f ( x ).
Soit U ⊂ Rn , f : U → R et a ∈ U. On dit que f admet un minimum global en a si :
∀ x ∈ U : f ( a ) ≤ f ( x ).
Extrema locaux
Point critique : Soit U un ouvert de Rn , f : U → R de classe C1 et a ∈ U. On dit que a est un
point critique, ou singulier, ou stationnaire, de f si toutes les dérivées partielles de f sont nulles en
a, c’est-à-dire ∇ f ( a) = 0.
Preuve. Soit r > 0 tel que B( a, r ) ⊂ U ouvert. Pour tout h de norme euclidienne égale à r, on
définit la fonction ψ de classe C1 sur ] − 1, 1[ par
ψ(t) = f ( a + th)
30
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
ψ′ (t) = ∇ f ( a + th) · h
donc :
ψ ′ (0) = ∇ f ( a ) · h = 0 ∀h ∈ B(0, r ).
Si on suppose ∇ f ( a) ̸= 0, alors en choisissant :
∇ f ( a)
h=r
∥∇ f ( a)∥
Rappel. Lorsque l’on étudie une fonction f en un point a, on peut approximativement exprimer
f ( a + h) par son développement de Taylor à l’ordre 2 autour de a :
1 ′′
f ( a + h) = f ( a) + f ′ ( a)h + f ( a ) h2 + o ( h2 ).
2
Si f ′ ( a) = 0 (condition nécessaire d’extrémum local), l’expression se réduit à :
1 ′′
f ( a + h) − f ( a) = f ( a ) h2 + o ( h2 ).
2
• Si f ′′ ( a) > 0, alors pour h suffisamment proche de 0, f ( a + h) − f ( a) > 0 pour h ̸= 0, ce qui
signifie que f ( a) est un minimum local.
On peut généralisé le même type de résultat pour les fonctions de plusieurs variables ; on se res-
treint dans la suite aux fonctions de deux variables.
Critère de Monge
∂f ∂f
Soit U un ouvert de R2 , f : U → R de classe C2 et a ∈ U un point critique de f , ∂x ( a ) = ∂y ( a ) = 0,
alors, avec les notations de Monge :
∂2 f ∂2 f ∂2 f
p= ( a ), q= ( a ), r= ( a ),
∂x2 ∂x∂y ∂y2
on a :
31
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Preuve. Soit r ′ > 0 tel que B( a, r ′ ) ⊂ U. On définit sur B(0, r ′ ) la fonction Q par :
Pour tout vecteur (h, k ) de norme r ′ , pour tout t ∈ [−1, 1], on a le développement limité :
En faisant tendre t vers zéro, on voit que f ( a + t(h, k )) − f ( a) a le signe de Q(h, k ). Il faut donc
étudier le signe de cette forme quadratique : pour k ̸= 0, on a :
2 !
h h
Q(h, k ) = k2 p + 2q + r .
k k
La parenthèse est un trinôme en hk , cette fraction pouvant prendre toutes les valeurs réelles, dont
le discriminant réduit vaut δ = q2 − pr.
Si ce discriminant est négatif, i.e. si pr − q2 > 0, alors Q(h, k ) est de signe constant : posi-
tif si p > 0, négatif si p < 0. La conclusion subsiste si k = 0 puisqu’alors Q(h, k) = Q(h, 0) = ph2 ,
du signe de p. Donc si pr − q2 > 0, f admet un extremum local en a.
2
h
Si le discriminant est positif, alors p k + 2qh + rk prend des valeurs positives et néga-
tives en fonction de hk , donc il en est de même de f ( a + t(h, k )) − f ( a) pour t voisin de 0 et f
n’admet en a ni maximum ni minimum local.
• Si det( H f ( a, b)) > 0, le point est soit un minimum local soit un maximum local, selon le signe
de f xx ( a, b).
Généralisation dans Rn
1
f ( a + h ) = f ( a ) + ∇ f ( a ) h + h ⊤ H f ( a ) h + ∥ h ∥2 e ( h ),
2
32
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
∂2 f
H f ( a)(i, j) = ( a ).
∂xi ∂x j
Q(h) = h⊤ H f ( a)h.
Par le Théorème de Schwarz, cette matrice est symétrique et, comme toute matrice symétrique à
valeurs réelles, elle est diagonalisable en base orthonormée : il existe une matrice orthogonale P et
une matrice diagonale ∆ = diag(λ1 , ..., λn ), telles que H f ( a) = P T ∆P. On a donc, en posant u = Ph :
n
X
T T T
Q(h) = h P ∆Ph = u ∆u = λi u2i ,
i =1
et le comportement local de f dépend du signe des valeurs propres λi de H f ( a) :
• si λi > 0 ∀i : f admet en a un minimum local (Q est une forme quadratique définie positive),
• si λi < 0 ∀i : f admet en a un maximum local (Q est une forme quadratique définie négative),
• si ∃(i, j) tels que λi λ j < 0 : f n’admet en a ni maximum ni minimum local, mais un point selle,
• si l’un au moins des λi est nul et tous les autres de même signe : on ne peut conclure a priori.
Retour à la dimension 2 Si on revient à une fonction f de deux variables en un point critique a, la
matrice hessienne s’écrit, avec les notations de Monge :
p q T λ1 0
H f ( a) = =P P.
q r 0 λ2
Extrema globaux
Rappel. Pour une fonction f : D ⊆ R → R, on veut savoir si f admet un minimum et un maximum
globaux. Ceci est assuré quand f est continue et que D = [ a, b]. Le même résultat passe aux fonc-
tions de plusieurs variables.
Un peu de topologie de Rn
• Un ensemble U ⊂ Rn est ouvert s’il contient, pour chacun de ses points, une petite "boule"
autour de ce point entièrement contenue dans l’ensemble.
33
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Remarque. Ceci n’est pas la définition usuelle d’un ensemble compact ; c’est néanmoins la plus pra-
tique en dimension finie comme Rn .
Théorème de Weierstrass
Exemples
• Ensemble compact : Le disque fermé D ⊂ R2 est compact car il est borné et fermé.
• Continuité : La fonction f ( x, y) = x2 + y2 est continue.
3) Prenons la fonction f ( x, y) = x
1+ y2
définie sur le carré fermé K = [−1, 1] × [−1, 1] ⊂ R2 .
• Ensemble compact : Le carré fermé K est compact car il est borné et fermé.
34
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
x
• Continuité : La fonction f ( x, y) = 1+ y2
est continue sur K.
Soit une courbe C du plan définie par l’équation f ( x, y) = 0, avec f de classe C1 . On dit que ceci
définit implicitement y en fonction de x. On voudrait en déduire une description explicite de y
en fonction de x, c’est-à-dire trouver ϕ : R 7→ R telle que la courbe C soit décrite par l’équation
y = ϕ( x ). Ce n’est bien sûr pas toujours possible globalement : penser au cercle trigonométrique
x2 + y2 − 1 = 0.
Si on se restreint à une description locale, on peut cependant donner une condition sur f telle qu’au-
tour du point ( x0 , y0 ) de C :
( x, y) ∈ C ⇔ y = φ( x ),
et obtenir l’expression de la dérivée de φ en fonction des dérivées partielles de f . C’est l’objet du
Théorème des Fonctions Implicites.
Théorème
∂f
Soit f : U ⊆ R2 → R de classe C1 , U ouvert et a = ( a1 , a2 ) ∈ U. Si f ( a) = 0 et ∂y ( a) ̸= 0, alors
il existe un intervalle ouvert I1 contenant a1 , un intervalle ouvert I2 contenant a2 et une fonction
φ : I1 → I2 de classe C1 tels qu’on ait l’équivalence :
x ∈ I1
( x, y) ∈ I1 × I2 , f ( x, y) = 0 ⇔
y = φ( x )
Preuve
∂f
Sans perte de généralité, on se ramène au point (0, 0) et on suppose ∂y (0, 0) > 0. Alors
∂f
par continuité de ∂y , il existe α > 0 et δ > 0 tels que :
∂f
max(| x |, |y|) ≤ δ ⇒ ( x, y) > α.
∂y
35
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
mais on sait aussi que pour | x | ≤ δ′ , f ( x, ·) est croissante donc établit une bijection. En notant
δ′ = min(δ, δ′ ), posons I1 =] − δ′ , δ′ [ et I2 =] − δ, δ[ : pour tout x ∈ I1 , il existe donc un unique
φ( x ) ∈ I2 tel que f ( x, φ( x )) = 0. On a donc :
∀ x ∈ I1 , f ( x, φ( x )) = 0.
Il reste à prouver que φ est dérivable sur I1 : le Théorème des Accroissements Finis appliqué à f
entre les points ( x, φ( x )) et ( x + h, φ( x + h)) assure l’existence de c entre ces points tel que :
∂f ∂f
f ( x + h, φ( x + h)) = f ( x, φ( x )) + (c, h) + (c)( φ( x + h) − φ( x )),
∂x ∂y
c’est-à-dire :
∂f
(c)
φ( x + h) − φ( x ) = − ∂∂xf .
∂y ( c )
∂f ∂f
Or par continuité de ∂x sur le compact I1 × I2 , il existe M > 0 tel que | ∂x (c)| ≤ M. On sait aussi
∂f
que sur ce compact ∂y ( c ) > α. On en déduit que :
φ( x + h) − φ( x ) M
≤ h.
h α
Donc φ est continue (et même lipschitzienne), ce qui implique que lorsque h tend vers zéro, le
point c tend vers ( x, φ( x )), or :
∂f
φ( x + h) − φ( x ) ∂y ( c )
= − ∂f ,
h (c) ∂x
Extrema liés
On veut cette fois connaître le maximum ou le minimum d’une fonction f de deux variables sachant
que x et y sont liés par une condition que l’on peut généralement exprimer sous la forme g( x, y) = 0.
Lagrangien
36
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
Remarques
sous p contraintes :
gi ( x1 , ..., xn ) = 0 ∀i ∈ {1, ..., p}.
Il y a alors p multiplicateurs de Lagrange λ1 , ..., λ p et le Lagrangien associé est la fonction de
(n + p) variables :
p
X
L( x1 , ..., xn , λ1 , ..., λ p ) = f ( x1 , ..., xn ) + λi gi ( x1 , ..., xn ).
i =1
Preuve.
∂g
Sans restriction de généralité, on suppose que ( x0 , y0 ) = (0, 0) et que ∂y (0, 0) ̸= 0. On
peut alors appliquer le Théorème des Fonctions Implicites à g : il existe un intervalle ouvert I
contenant 0 et une fonction φ de classe C1 sur I, avec φ(0) = 0, telle que localement : g( x, y) = 0
équivaut à y = φ( x ). On a de plus :
∂g
′ ∂x (0, 0)
φ (0) = − ∂g .
∂y ( 0, 0 )
Dire que f admet un extremum local en (0, 0) sous la contrainte g = 0 revient alors à dire que la
fonction d’une seule variable x 7→ f ( x, φ( x )), définie sur I, admet un extremum local en 0, ce qui
implique en particulier que sa dérivée est nulle en 0, soit via la règle de dérivation en chaîne :
∂f ∂f
(0, 0) + φ′ (0) (0, 0) = 0.
∂x ∂y
Soit, en revenant à g :
∂g
∂f ∂x (0, 0) ∂ f
(0, 0) − ∂g
(0, 0) = 0,
∂x ∂y
∂y (0, 0)
c’est-à-dire que les vecteurs gradients de f et g sont colinéaires : il existe λ ∈ R tel que ∇ f (0, 0) +
λ∇ g(0, 0) = 0, puisqu’on a ainsi ∂L ∂L
∂x (0, 0) = ∂y (0, 0) = 0.
37
CHAPITRE 1. FONCTIONS DE PLUSIEURS VARIABLES À VALEUR DANS R
La dernière équation exprime simplement que le point ( x0 , y0 ) doit vérifier la contrainte. Les deux
premières signifient qu’en ce point la courbe de niveau f ( x, y) = f ( x0 , y0 ) de f et la courbe g( x, y) =
0 doivent être tangentes.
Exemple
Nous cherchons à maximiser la fonction suivante :
f ( x, y) = x2 + y2
sous la contrainte :
g( x, y) = x + y − 1 = 0
Étape 1 : Définir le Lagrangien : Le Lagrangien L est défini par :
L( x, y, λ) = f ( x, y) − λg( x, y)
Ainsi, on obtient :
L( x, y, λ) = x2 + y2 − λ( x + y − 1)
Étape 2 : Calcul des dérivées partielles : On calcule les dérivées partielles de L par rapport à x,
y, et λ :
∂L
= 2x − λ = 0 ⇒ λ = 2x
∂x
∂L
= 2y − λ = 0 ⇒ λ = 2y
∂y
∂L
= −( x + y − 1) = 0 ⇒ x+y = 1
∂λ
Étape 3 : Résolution du système : À partir des deux premières équations, on a λ = 2x et λ = 2y,
ce qui implique que :
x=y
En substituant cette relation dans l’équation de la contrainte x + y = 1, on obtient :
1
x+x =1 ⇒ 2x = 1 ⇒ x=
2
Ainsi, y = 21 .
1 1
Étape 4 : Extremum : Le point 2, 2 satisfait la contrainte x + y = 1, et la valeur de la fonction
f ( x, y) à ce point est :
2 2
1 1 1 1 1 1 1
f , = + = + =
2 2 2 2 4 4 2
Ainsi, le maximum de f ( x, y) sous la contrainte x + y = 1 est 21 , atteint au point 1 1
2, 2 .
38