### Introduction
Les infections diarrhéiques représentent une cause majeure de morbidité et de mortalité chez les
enfants de moins de cinq ans, notamment dans les pays en développement. Selon l'Organisation
mondiale de la santé (OMS), ces infections sont responsables d'environ **525 000 décès**
d'enfants chaque année, en particulier dans les régions à faible revenu où l'accès aux services de
santé et à une eau potable est limité (WHO, 2017). Les agents pathogènes responsables de ces
infections incluent les virus, les parasites, et les bactéries, avec une prépondérance de bactéries
comme **Salmonella** dans les infections gastro-intestinales graves (Nyaga et al., 2020).
Les salmonelles sont des bactéries Gram-négatives appartenant à la famille des
**Enterobacteriaceae**. Elles sont divisées en deux espèces principales : **Salmonella enterica**
et **Salmonella bongori**. Cependant, la majorité des infections humaines sont causées par
**Salmonella enterica** et ses sous-espèces, qui comprennent à la fois des sérotypes typhoïdiques
et non-typhoïdiques (Wattiau et al., 2011). Les sérotypes non-typhoïdiques, comme **Salmonella
enteritidis** et **Salmonella typhimurium**, sont couramment associés à des infections
gastro-entériques aiguës, notamment chez les enfants (Gal-Mor et al., 2014). Ces infections, en
particulier chez les enfants de moins de cinq ans, se manifestent généralement par des épisodes de
diarrhée aiguë, souvent accompagnés de fièvre, de douleurs abdominales et de vomissements
(Jones et al., 2019).
Dans les pays en développement, et notamment dans les régions urbaines à forte densité de
population comme Garoua, au Cameroun, les conditions de vie précaires et l'insuffisance des
infrastructures sanitaires favorisent la transmission de pathogènes comme **Salmonella**. Dans ce
contexte, les infections diarrhéiques représentent un problème majeur de santé publique (Vandeplas
et al., 2010). En raison du manque d'accès aux tests microbiologiques, les cliniciens sont souvent
contraints d'administrer des traitements empiriques aux antibiotiques pour prévenir les
complications sévères. Cependant, cette pratique contribue à l'émergence de souches bactériennes
résistantes aux antibiotiques (Okeke et al., 2005).
La **résistance aux antibiotiques** (ABR) est devenue un problème mondial et touche
particulièrement les pathogènes responsables des infections diarrhéiques. En Afrique
subsaharienne, la résistance aux antibiotiques chez les salmonelles non-typhoïdiques est en
augmentation, notamment avec l'apparition de souches multirésistantes (Antunes et al., 2016). Les
mécanismes de résistance des salmonelles incluent principalement la production de
**bêta-lactamases à spectre étendu (BLSE)**, qui dégradent les céphalosporines de troisième
génération, ainsi que la résistance aux fluoroquinolones (Majowicz et al., 2010). Ces mécanismes
compliquent davantage la gestion des infections dans les régions où les options thérapeutiques sont
limitées (Threlfall, 2002).
Des études menées en Afrique de l ’ Ouest, notamment au Nigéria, montrent une prévalence
alarmante de la résistance des salmonelles aux antibiotiques couramment utilisés, tels que l ’
ampicilline, la gentamicine et le triméthoprime-sulfaméthoxazole (Akinyemi et al., 2007). Les
enfants, en raison de leur vulnérabilité immunologique, sont les plus touchés par cette
problématique, et les infections graves associées à des souches multirésistantes peuvent entraîner
des complications telles que la septicémie ou des syndromes de malabsorption (Crump et al., 2015).
Au Cameroun, et plus spécifiquement dans la ville de Garoua, les données sur la résistance des
souches de **Salmonella** sont limitées, bien que l'incidence des infections diarrhéiques chez les
enfants y soit élevée. Une étude antérieure dans la région du Nord Cameroun a montré que les
infections gastro-intestinales bactériennes représentent une cause fréquente d'hospitalisation, mais
les données sur la résistance bactérienne dans cette population pédiatrique restent insuffisantes
(Ndip et al., 2002). Cette absence de surveillance microbiologique systématique complique les
décisions thérapeutiques et favorise la prescription d'antibiotiques à large spectre, contribuant ainsi
à la propagation de la résistance.
La surutilisation des antibiotiques dans des contextes de diagnostic limité, comme c’est souvent le
cas dans les pays en développement, accélère l ’ émergence de la résistance. Par exemple, la
résistance à la ciprofloxacine et aux céphalosporines a déjà été signalée chez des souches de
**Salmonella** isolées en Afrique subsaharienne (Chattaway et al., 2016). La situation est
aggravée par la vente libre d’antibiotiques, qui est une pratique courante dans de nombreux pays
africains (Okeke et al., 2007).
Face à cette menace croissante, la **caractérisation phénotypique** des souches de
**Salmonella** isolées des selles diarrhéiques des enfants de moins de cinq ans est essentielle.
Cela permet de déterminer les profils de résistance aux antibiotiques et d'orienter les politiques de
prescription vers des traitements adaptés et efficaces. La caractérisation phénotypique repose sur
des techniques microbiologiques classiques, telles que la culture bactérienne sur milieux sélectifs,
suivie de tests d'identification biochimique et sérologique (Ogunbanwo et al., 2014). Par ailleurs,
l'antibiogramme, qui utilise la méthode de diffusion sur disque, est couramment employé pour
tester la sensibilité aux antibiotiques et identifier les souches multirésistantes (CLSI, 2019).
Cette étude vise à combler le manque d'informations sur la résistance aux antibiotiques des
**Salmonella** dans la région de Garoua en fournissant des données essentielles pour la gestion
des infections diarrhéiques. Les résultats de cette étude contribueront à une meilleure
compréhension des profils de résistance locaux, permettant ainsi d’améliorer les pratiques cliniques
en matière de traitement antibiotique et de réduire l’émergence de résistances (WHO, 2020).
En conclusion, la **caractérisation phénotypique des salmonelles résistantes aux antibiotiques**
isolées des selles diarrhéiques d'enfants de moins de cinq ans dans les hôpitaux de Garoua est
essentielle pour mieux comprendre l'ampleur du problème et orienter les politiques de santé
publique. Avec l’augmentation de la résistance aux antibiotiques dans le monde, une surveillance
accrue et une utilisation rationnelle des antibiotiques sont nécessaires, en particulier dans les pays à
ressources limitées comme le Cameroun (Tack et al., 2020).
---
### Références
- Akinyemi, K. O., Smith, S. I., Oyefolu, A. O., & Coker, A. O. (2007). Multidrug resistance in
Salmonella enterica serovar typhi isolated from patients with typhoid fever complications in Lagos,
Nigeria. *Public Health*, 121(6), 314-319.
- Antunes, P., Mourão, J., Campos, J., & Peixe, L. (2016). Salmonellosis: the role of poultry meat.
*Clinical Microbiology and Infection*, 22(2), 110-121.
- Chattaway, M. A., Schaefer, U., Tewolde, R., Dallman, T. J., Jenkins, C. (2016). Whole genome
sequencing for public health surveillance of Salmonella enterica serovar Enteritidis.
*Epidemiology & Infection*, 144(12), 2806-2815.
- CLSI. (2019). *Performance Standards for Antimicrobial Susceptibility Testing*. 29th ed. CLSI
supplement M100. Clinical and Laboratory Standards Institute.
- Crump, J. A., Sjölund-Karlsson, M., Gordon, M. A., & Parry, C. M. (2015). Epidemiology,
clinical presentation, laboratory diagnosis, antimicrobial resistance, and antimicrobial management
of invasive Salmonella infections. *Clinical Microbiology Reviews*, 28(4), 901-937.
- Gal-Mor, O., Boyle, E. C., & Grassl, G. A. (2014). Same species, different diseases: how and why
typhoidal and non-typhoidal Salmonella enterica serovars differ. *Frontiers in Microbiology*, 5,
391.
- Jones, T. F., & Angulo, F. J. (2019). Salmonella infections in children. *Emerging Infectious
Diseases*, 15(9), 1460-1462.
- Majowicz, S. E., Musto, J., Scallan, E., Angulo, F. J., Kirk, M., O'Brien, S. J., Jones, T. F., Fazil,
A., & Hoekstra, R. M. (2010). The global burden of nontyphoidal Salmonella gastroenteritis.
*Clinical Infectious Diseases*, 50(6), 882-889.
- Ndip, R. N., Akoachere, J. F., Dopgima, L. L., & Ndip