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Analyse Sémantique

Le document traite de l'analyse sémantique et lexicale des mots, en mettant l'accent sur la polysémie et les différents mécanismes de changement de sens, tels que la métaphore, la métonymie et la synecdoque. Il souligne l'importance de comprendre les significations en langue et en discours, ainsi que les méthodes d'analyse pour définir les mots de manière concise et précise. Des exemples illustrent les concepts abordés, notamment la distinction entre mots polysémiques et homonymes.

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Analyse Sémantique

Le document traite de l'analyse sémantique et lexicale des mots, en mettant l'accent sur la polysémie et les différents mécanismes de changement de sens, tels que la métaphore, la métonymie et la synecdoque. Il souligne l'importance de comprendre les significations en langue et en discours, ainsi que les méthodes d'analyse pour définir les mots de manière concise et précise. Des exemples illustrent les concepts abordés, notamment la distinction entre mots polysémiques et homonymes.

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métaphore ou métonymie, le passage d’une acception à une autre par affaiblissement

ou extension de sens, spécialisation, etc. Nous aborderons ces phénomènes dans la


ANALYSE SEMANTIQUE partie consacrée à la polysémie. Enfin, vous n’oublierez pas de donner un exemple
pour chaque acception proposée.
La sémantique lexicale a pour objet de décrire le sens des unités lexicales. Hormis le recours aux éléments de formation d’un mot pour approcher son sens
L’analyse sémantique, qui constitue la deuxième partie de l’étude lexicologique (premier), la recherche des différents sens peut être facilitée par le fonctionnement
complète d’un mot, consiste à analyser l’organisation sémantique en langue et en syntaxique du mot :
discours du terme proposé. Afin de vous permettre de mieux saisir l’esprit de la • pour un verbe, par ses diverses constructions (transitif direct ou indirect,
question, voici l’extrait d’un article portant sur cette question de lexicologie (datant intransitif, pronominal, passif, impersonnel), qui correspondent souvent à
de 1993, mais toujours d’actualité) : des sens ou des nuances différentes (par exemple, le verbe casser a un
Les candidats devront ainsi connaître la pluralité sémantique, virtuelle, du emploi transitif : casser une vitre, un emploi intransitif : la branche casse et
lexème : son éventuelle polysémie, pour analyser le choix qu’opère le texte pronominal : la branche s’est cassée donnant chacun lieu à une nuance de
et la limitation qu’apporte son actualisation ; dans le même temps l’étude sens différente) ;
doit tenir compte de l’« enrichissement » sémantique du vocable par son
contexte. C’est donc cette tension entre la langue et le discours d’une part,
• pour les adjectifs, par la place de l’épithète (antéposée ou postposée), qui
entre l’unité lexicale et son contexte de l’autre, qui doit présider à la réflexion distingue des sens ou des nuances (par exemple, un pauvre homme n’est pas
des étudiants.1 forcément un homme pauvre).
Il s’agit dans un premier temps de rendre compte de la ou des significations du
terme à étudier, c’est-à-dire de son sens en langue ; puis de rendre compte de son 1.1 Comment définir un mot ?
sens en discours grâce à une analyse de son contexte.
À la lecture des rapports de jury, vous pourriez être déstabilisés par les définitions
Nous vous proposons dans les sous-sections suivantes de distinguer l’étude du sens souvent très élaborées qui sont proposées, généralement extraites des dictionnaires
en langue de l’étude du sens en discours, ces deux notions faisant appel à un certain de référence. Cela ne doit pas vous décourager, car le jury sait parfaitement que non
nombre de savoirs et de savoir-faire différents. seulement vous ne disposez pas de dictionnaires, mais qu’en plus, le temps qui vous
est imparti est très court. Il ne s’agit donc pas au concours de reproduire un article
1. Sens en langue de dictionnaire, mais d’être capable d’expliquer brièvement le sens ou les principaux
sens d’un terme avec quelques exemples d’emploi.
L’analyse sémantique du sens en langue consiste à rendre compte de la Cela nécessite une très bonne connaissance des termes à étudier (il s’agit
signification (virtuelle) du terme proposé. généralement d’un vocabulaire courant, ne posant pas de difficulté particulière de
compréhension), ainsi qu’une bonne méthode, afin de ne pas perdre de temps.
Si ce terme est polysémique (ce qui est fréquemment le cas au concours), il
conviendra alors de proposer ses diverses acceptions et de les classer de la plus Tout d’abord, examinons les différents types de définitions possibles :
courante aux plus spécifiques, tout en précisant le type d’emploi (vieilli, littéraire, La définition la plus répandue est la définition logique ou par inclusion où le mot
familier, etc.) et en indiquant, si vous le pouvez, les procédés à l’origine des est défini au moyen d’un terme générique (un hyperonyme2) qui l’englobe et qui
changements de sens, par exemple le passage d’un sens propre à un sens figuré par désigne la catégorie générale à laquelle il appartient. Il est ensuite défini par un ou

1 2
Jean-Pierre Leduc-Adine et Geneviève Petiot, « La question de vocabulaire aux concours », in L’information Un hyperonyme est un mot dont le sens inclut celui d’autres mots.
grammaticale, n°57, 1993, pp. 31-36.
1
plusieurs traits différenciateurs (les sèmes), plus spécifiques, permettant de le imperceptiblement : d’une manière imperceptible.
distinguer des autres membres de la même catégorie. Par exemple (nous mettons en
gras l’hyperonyme) :
1.2 Les mots polysémiques et les changements de sens
compassion : sentiment qui porte à plaindre et partager les maux d’autrui ;
déambuler : marcher sans but précis. Les mots polysémiques ont pour caractéristique de présenter plusieurs acceptions,
ils s’opposent aux mots monosémiques qui n’ont qu’un seul sens. Par exemple, le
Ce type de définition convient très bien pour des noms et des verbes, mais mot canard a cinq acceptions : « animal », « sucre trempé », « fausse note », « fausse
s’applique plus difficilement à d’autres catégories. nouvelle », « journal », tandis que le mot décélérer n’en a qu’une seule : « réduire sa
La définition morphosémantique, qui est réservée aux mots construits, consiste à vitesse ». Les acceptions d’un mot polysémique entretiennent des liens entre elles,
définir l’affixe mais pas la base elle-même. La définition renvoie donc de façon comme nous allons le voir, même s’il est parfois difficile de les percevoir au premier
économique à une autre définition et fait appel aux morphèmes constitutifs du mot abord.
pour définir le dérivé. Par exemple : Avant d’aller plus loin, il convient de faire la distinction entre un mot polysémique,
inaccessible : qui n’est pas accessible ; ayant plusieurs sens, et deux ou plusieurs mots homonymiques ayant chacun leur(s)
propre(s) acception(s).
reboucher : boucher de nouveau ;
beauté : qualité de ce qui est beau. Mots homonymes et mot polysémique

Ce type de définition est fréquent dans les dictionnaires et convient bien pour les On parle d’homonymie et non de polysémie, lorsque l’on ne peut expliquer le rapport
de sens qui unit deux mots de même forme. La différence apparaît dans les
mots formés par dérivation affixale.
étymologies : en effet, les homonymes résultent de l’évolution phonétique d’étymons
La définition par équivalence ou opposition renvoie à un autre mot dont la différents.
définition est supposée connue et se fait donc au moyen d’un synonyme (ce qui est Dans les dictionnaires, les homonymes ont des entrées différentes. Par exemple, le mot
fréquent pour les mots familiers ou populaires) ou par le biais d’une relation louer signifie soit « faire l’éloge de (qqn) » soit « donner ou prendre (qqch) en location
antonymique : ». Il n’y a aucun rapport de sens entre les deux car ils ont une origine différente : le
premier vient du latin laudare « prôner, vanter », tandis que le second vient du latin
godasse : (pop.) chaussure ; locare « placer, disposer ».
cru : qui n’est pas cuit. Un mot polysémique, en revanche, provient d’une étymologie unique qui revêt
plusieurs sens, par exemple, le mot perle signifie « petite boule de nacre », « personne
Concernant la forme de la définition, quel que soit le type de définition choisi, la remarquable », « erreur ridicule (dans un texte) », mais ces différentes acceptions sont
paraphrase définitionnelle est un syntagme complexe dont la tête appartient à la unies par un lien métaphorique.
même catégorie grammaticale que le mot défini ou est fonctionnement équivalente.
Ainsi, on définit un verbe par un autre verbe et un nom par un autre nom ; en
revanche, pour définir un adjectif on a plutôt recours à une proposition relative et La polysémie se manifeste surtout dans le passage du sens propre (sens premier)
pour un adverbe à un syntagme prépositionnel : au sens figuré (ou sens dérivé). Par exemple, le mot ailes au sens propre désigne les
membres qui permettent aux oiseaux ou aux insectes de voler, tandis qu’au sens
sautiller : se déplacer par petits bonds ; figuré il renvoie à chacune des parties latérales d’un avion, par analogie de forme.
joie : émotion vive, agréable, limitée dans le temps ; Le passage du sens propre au sens figuré s’obtient par divers mécanismes qui
faible : qui manque de force ; reposent sur trois tropes essentiels : la métaphore, la métonymie et la synecdoque.

2
La métaphore est un trope fondé sur la ressemblance (ou analogie), qui consiste à − la restriction du sens : par exemple, le nom succès signifiait « issue » ou
donner à un mot un autre sens en fonction d’une comparaison implicite. Ainsi une « résultat » (favorable ou défavorable), son sens s’est restreint à une tournure
relation métaphorique unit l’acception de perle au sens de « petite bille de nacre » à favorable ;
l’acception dérivée « personne remarquable dans un domaine » en vertu d’une − l’extension de sens : le verbe arriver voulait dire « atteindre le rivage », son sens
ressemblance entre les deux acceptions (/rareté/ et /excellence/). La relation s’est donc élargi pour signifier « atteindre un lieu quelconque » ;
métaphorique opère de deux façons différentes :
− le renforcement du sens : le nom génie qui indiquait la nature (bonne ou
− par passage du concret au concret, noté dans les dictionnaires par anal. : par mauvaise) d’une personne, a pris un sens très fort et ne s’applique plus qu’à des
exemple, banane à partir de l’acception « fruit oblong » est lié à plusieurs qualités exceptionnelles. L’euphémisme a eu un effet conséquent sur l’évolution
acceptions métaphoriques par analogie de forme : « coiffure masculine », « sac- du sens de certains mots, par exemple le nom corpulence désignait la forme du
ceinture », etc. ; corps et ce mot ne contenait pas l’idée d’une grosseur excessive ;
− par passage du concret à l’abstrait, noté dans les dictionnaires fig. : par exemple, − l’affaiblissement de sens : la tendance à l’exagération et à l’utilisation
le mot fourmi « petit insecte vivant en société » désigne au figuré une personne hyperbolique de certains mots a souvent provoqué l’affaiblissement du sens des
laborieuse, dans : un travail de fourmi. mots. Par exemple le verbe meurtrir signifiait « tuer », comme l’attestent encore
La métonymie est un procédé par lequel un terme est substitué à un autre terme meurtre et meurtrier, son sens s’est donc nettement affaibli pour signifier
avec lequel il entretient une relation de contiguïté. Il y a glissement de la référence « blesser quelqu’un ».
d’un objet à un autre. Ce processus s’explique par une ellipse : j’ai bu un verre pour
j’ai bu le contenu d’un verre. On peut distinguer plusieurs cas de figure :
Exercice
− la métonymie instaure le plus souvent une relation d’une référence concrète à
une autre référence concrète, par exemple : du contenant pour le contenu : boire Définissez les mots suivants : voisinage, épouvantable, contenter, distraction,
un verre (pour son contenu) ; de l’instrument pour l’utilisateur : un tambour solitude.
(pour celui qui bat le tambour) ; de la matière pour l’objet : les cuivres (pour les
instruments de musique en cuivre), etc. ; Conseil : comment commencer ?
− de l’abstrait au concret (ou de l’action pour le résultat de l’action) : addition au Dans un premier temps, si le mot est formé par dérivation (ce qui est majoritairement
sens d’« action d’ajouter », par métonymie signifie : « note représentant le total le cas au concours), essayez de trouver son sens premier à partir des éléments qui le
des dépenses effectuées au café ou au restaurant » ; pêche au sens d’« action de composent.
pêcher », par métonymie signifie : « poissons pêchés ». Ensuite, rassemblez au brouillon différents exemples d’emploi du terme proposé, afin
de mieux identifier la signification attachée à chacun de ces emplois et d’examiner les
La synecdoque est un trope par connexion fondé sur une relation d’inclusion entre relations entre ces significations.
les référents dénotés. La synecdoque qui consiste à employer la partie pour le tout
est la plus répandue, par exemple : le mot toit au sens de « partie supérieur d’un
édifice », peut signifier « maison » par synecdoque dans être sans toit. On distingue Corrigé
aussi la synecdoque de l’espère pour le genre, par exemple : gagner son pain pour
« gagner sa nourriture ». Voisinage :
Les changements de sens des unités lexicales peuvent également reposer sur Le sens premier de ce nom (par décomposition de ses éléments de formation :
d’autres mécanismes. Ainsi, le sens d’un mot peut se restreindre, s’étendre ou se voisin + suffixe -age) correspond à « l’ensemble des voisins » (ex : le voisinage est
déplacer ; il peut également se renforcer ou au contraire s’affaiblir : agréable) ; au figuré, il renvoie à l’état de proximité (d’un lieu, d’une personne)
par rapport à (une chose, un lieu) (ex : j’apprécie le voisinage de la mer) ; par

3
analogie (passage du spatial au temporel), il désigne la proximité dans le temps REMARQUE
(ex : le voisinage de l’hiver). Précisons que ces analyses du micro- et macro-contexte vous mèneront vers l’analyse
stylistique. L’ensemble des notions lexicologiques développées ci-après ne feront pas
Épouvantable :
l’objet d’un développement particulier dans la section Stylistique mais il vous revient
Le sens premier de cet adjectif (par analyse de ses éléments de formation : de les mobiliser en vue de la construction du commentaire.
épouvanter + suffixe -able) correspond à : « qui cause ou peut causer
l’épouvante » (ex : entendre des cris épouvantables) ; par affaiblissement de sens
(en emploi hyperbolique), il signifie très mauvais, très désagréable (ex : il fait un 2.1 Sens en micro et macro-contexte
temps épouvantable) ; par renforcement de sens, il signifie excessif (ex : il entra
dans une colère épouvantable). Le micro-contexte concerne l’environnement étroit du mot, les interactions
syntaxiques les plus proches, c’est-à-dire la phrase d’occurrence dans laquelle
Contenter : s’inscrit le mot. C’est donc sur ces éléments-là qu’il conviendra de s’appuyer pour
Ce verbe signifie dans son sens premier : « rendre qqn content en lui donnant ce établir son sens.
qu’il désire » (ex : Je ne peux contenter tout le monde) ; le verbe s’étend à des Ainsi, différents éléments de l’environnement syntaxique proche sont à prendre en
emplois où l’objet du verbe n’est plus humain, prenant le sens de « satisfaire » (ex : compte selon la catégorie du mot :
il est difficile de contenter sa curiosité). Il existe également sous forme
− la détermination du nom est importante pour le sens du syntagme nominal :
pronominale : se contenter de qqch au sens de « ne rien demander de plus ».
l’emploi d’un déterminant défini comme l’enfant n’a pas le même sens que
Distraction : l’emploi de l’indéfini un enfant ; l’actualisation du nom lui permet de fonctionner
Ce nom signifie au sens premier : « action de séparer, de distraire d’un en discours, c’est donc l’ensemble du syntagme qui est à analyser, de même que
ensemble » ; il désigne couramment le manque d’attention (ex : oublier qqch par la ou les différentes expansions du nom qui vont restreindre son sens ;
distraction) ; par métonymie, il désigne l’activité délassante, le divertissement (ex : − la construction du verbe influe sur son sens, par exemple le verbe jouer d’(un
c’est sa seule distraction). instrument) n’a pas le même sens que jouer avec qqn ;
Solitude : − la place de l’adjectif par rapport au nom peut faire varier son sens : un pauvre
homme (= un homme misérable, pitoyable) n’a pas le même sens que un homme
Ce nom désigne au sens premier la situation d’une personne qui est seule, sans pauvre (= sans argent) ;
compagnie (ex : vivre dans la solitude) ; par métonymie, il désigne le caractère
− la place de l’adverbe dans la phrase peut être déterminante dans l’interprétation
solitaire d’un lieu (ex : la solitude de la nuit).
de celle-ci : il travaille sérieusement (= il travaille de façon sérieuse),
sérieusement, il travaille (= je confirme qu’il travaille).
2. Sens en discours Il conviendra donc de préciser la fonction syntaxique du terme analysé ou le type
de construction syntaxique qu’il instancie.
Un mot employé dans un contexte particulier tire son sens des différents éléments D’autre part, l’environnement lexical du terme est également à prendre en compte :
du contexte qu’il faut nécessairement prendre en compte. Pour ce faire, il convient les indices donnés par le contexte (antérieur ou postérieur) permettent d’inférer le
de distinguer le sens en micro-contexte du sens en macro-contexte, c’est ce que nous sens d’un terme (notamment, les relations d’opposition ou de ressemblance) et de
vous proposons de faire dans la section suivante. sélectionner l’une des acceptions (celle qui est actualisée par le contexte) si ce terme
est polysémique.

4
Dans un second temps, il convient également d’étudier les interactions avec un L’emploi d’un mot peut ainsi comporter une connotation savante, soutenue ou
environnement plus large (macro-contexte) : littéraire, ou au contraire populaire ou argotique, il peut également être ressenti
− commenter la présence d’autres occurrences du même mot dans le texte sous comme péjoratif ou mélioratif (la connotation est méliorative quand le terme choisi
différentes actualisations (polyptotes), ou des occurrences d’un mot de même présente le référent sous un jour favorable, elle est péjorative dans le cas contraire).
famille (dérivation) ; Les informations que fournit le sens connotatif portent sur autre chose que le
− commenter l’insertion du mot dans un champ lexical (qu’il participe à construire référent du discours et renseignent sur le locuteur, la situation de communication, le
ou par rapport auquel il s’oppose) ou la construction d’une isotopie (voir sous- genre de discours, etc. Par exemple, le mot « rouge » dénote la couleur mais il peut
section 2.3) ; connoter, selon les situations, la colère, l’interdiction, la passion, etc.
− évoquer les faits de synonymie, d’antonymie, d’hyperonymie (voir sous-
sections 2.4 et 2.5) ;
− évoquer les faits de dénotation et de connotation (voir sous-section 2.2) ; 2.3 Les réseaux lexicaux
− analyser le type de référence (générique ou spécifique induite par l’actualisation Comme nous l’avons montré précédemment, lorsqu’on étudie un terme dans son
d’un terme nominal) ; contexte, on va rechercher dans l’environnement lexical d’autres termes qui ont des
− commenter les figures de style dans lesquelles le terme apparaît (hyperbole, traits communs. La construction de ce type d’associations se fait de deux manières,
métaphore, ironie, etc.) ; essentiellement par :
− commenter le rôle que joue le mot dans les processus de reprises anaphoriques, − la construction d’un champ lexical, par repérage de l’ensemble des termes qui
qui permettent d’assurer la cohérence textuelle. appartiennent au même champ notionnel ou qui possèdent un sème commun et
qui s’organisent autour d’un mot-clé. Par exemple, le champ lexical de la nature
Vous devrez vous appuyer ici, en partie, sur vos connaissances littéraires et sur ce se compose de l’ensemble des mots s’y rapportant : forêt, clairière, branche,
que vous savez de l’auteur et de l’œuvre dont le texte est extrait, afin de feuille, nid, chêne, bois, etc. Le champ lexical est structuré par les relations (de
contextualiser au mieux le terme et les effets de sens induits par le contexte, car un hiérarchie, d’opposition, etc.) qu’entretiennent les différents termes ;
terme extrait d’un texte de Montesquieu n’aura certainement pas le même sens dans
− la construction d’une isotopie (sémantique) : il y a isotopie quand il y a
un poème d’Éluard, par exemple.
récurrence de certains traits assurant la cohérence d’un énoncé. Par exemple,
Afin de vous aider à construire cette partie (sens en micro et macro-contexte), nous dans la phrase d’Éluard : L’aube allume la source, la cohérence est assurée par
vous proposons les éléments théoriques suivants (la dénotation et la connotation, les l’isotopie du commencement présente dans les trois mots. La notion d’isotopie
réseaux lexicaux, l’hyperonymie, la synonymie et l’antonymie) qui pourront est plus ample et plus souple que celle de champ lexical, parce qu’elle recouvre
également vous être utiles pour répondre à une question de synthèse sur l’une de ces toute forme de récurrence, dans la dénotation comme dans la connotation, dans
notions. la syntaxe comme dans les effets sonores du lexique.

2.2 Dénotation et connotation 2.4 L’hyperonymie


Le sens d’un mot comporte un noyau stable : la dénotation (le sens dénotatif), qui L’hyperonymie désigne la relation hiérarchique qui unit un mot générique,
est commun à tous les usagers de la langue, il correspond à la définition que l’on l’hyperonyme, à un ou plusieurs mots spécifiques, l’hyponyme. L’hyponyme est
trouve dans le dictionnaire. Mais, à ce noyau sémantique peut s’ajouter une partie donc lié à l’hyperonyme par une relation d’implication. Ainsi, oiseau est un
variable, subjective : la connotation (ou sens connotatif) qui relève des associations hyperonyme de mouette ou de corbeau, et mouette et corbeau sont des hyponymes
d’idées, du vécu, de l’affectivité, de la création individuelle, etc.

5
d’oiseau. Ces rapports sont exploités, comme on l’a vu, dans les définitions par commun. Par exemple, père et mère peuvent s’opposer parce qu’ils ont en commun
inclusion. les traits : êtres humains, parents, et s’opposent sur le trait : sexe masculin vs. féminin.
L’hyperonyme, parce qu’il désigne ce que désigne l’hyponyme, peut reprendre, Par ailleurs, la notion d’antonymie recouvre différents types d’oppositions :
c’est-à-dire servir d’anaphorique à l’hyponyme, il constitue ainsi un procédé de − les antonymes contradictoires ou complémentaires : ils sont en relation
reprise fréquent dans les textes. d’exclusion : la négation de l’un des mots entraîne l’assertion de l’autre. Par
exemple, mort/vivant : la proposition x n’est pas vivant implique que x est mort
et inversement. Il en va de même pour mâle/femelle, ouvert/fermé, etc.
2.5 La synonymie et l’antonymie − les antonymes contraires ou gradables : ils définissent les extrêmes d’une
La synonymie est la relation d’équivalence sémantique entre deux ou plusieurs échelle de gradation implicite et autorisent l’existence de degrés intermédiaires :
unités lexicales. En réalité, la synonymie absolue est très rare et on devrait parler de grand/moyen/petit, large/étroit, riche/pauvre, beau/laid, bon/mauvais, etc. d’où
quasi-synonymie afin de souligner le caractère approximatif de la synonymie. la possibilité d’être soumis à la gradation : il est très/moyennement grand ;
− les antonymes réciproques : la relation d’opposition entre certains couples de
La synonymie doit être envisagée dans ses rapports avec la polysémie. Lorsque des
mots se révèle par une permutation des actants qui entretiennent une relation de
synonymes concernent des unités polysémiques, la synonymie ne porte que sur une
réciprocité : mari/femme, posséder/appartenir, donner/recevoir, etc. Ces
acception (synonymie partielle). Par exemple, le mot sommet commute avec cime
antonymes se rencontrent dans le domaine des relations de parenté et d’échanges
dans : le sommet d’un arbre/la cime d’un arbre, mais non dans : il est au sommet de
sociaux : père/fils, médecin/patient, enseignant/élève) et dans le domaine des
sa gloire où sommet aura pour synonyme apogée. Les synonymes permettent ainsi
relations temporelles et spatiales (avant/après, devant/derrière).
de distinguer les acceptions d’un mot polysémique.
L’opposition de sens peut se faire de deux manières, soit à l’aide de mots différents
Les différences entre synonymes se manifestent également sur le plan pragmatique.
(antonymes lexicaux), soit à l’aide de mots de même radical mais d’affixe différent
Ainsi, les différences pragmatiques des synonymes renvoient à différents aspects de
(antonymes morphologiques) :
la variation lexicale, traitée dans le dictionnaire sous la forme des marques d’usage
(Vx, Fam., Litt., etc.). On distingue plus couramment les variations suivantes : − parmi les antonymes lexicaux on trouve : des noms : le jour/la nuit, etc. des
adjectifs : grand/petit, chaud/froid, etc. des verbes : grossir/maigrir,
− variations diachroniques (dans le temps) : bru/belle-fille ;
monter/descendre, etc. des adverbes : facilement/difficilement, etc.
− variations diatopiques (géographiques) : wassingue (nord de la
− les antonymes morphologiques peuvent être constitués de préfixes de sens
France)/serpillère ;
opposés, tels que philanthrope/misanthrope, polysémique/monosémique,
− variations liées aux registres de langue : pied (courant), panard/ripaton euphonie/cacophonie, importer/exporter, etc. ; ou de suffixes de sens opposés,
(populaire et argotique), peton (familier), arpions (argotique) ; comme : xénophile/xénophobe ; ou encore grâce à l’adjonction d’un préfixe
− variations liées à l’opposition langue de spécialité et langue courante : indiquant la négation : capable/incapable, réel/irréel, content/mécontent,
céphalée/migraine, rhinite/rhume, etc. adresse/maladresse, plaire/déplaire, normal/anormal.
− connotations, qu’il s’agisse de péjoration (nègre par rapport à noir ou black) ou
au contraire d’euphémismes : hôtesse de caisse (pour caissière), disparaître (au
lieu de mourir), etc.
Des antonymes sont des mots qui s’opposent par le sens. Mais pour que deux mots
soient liés par la relation d’antonymie, il faut qu’ils aient au moins un sème3

3
Un sème est une unité (minimale) de sens ; le signifié d’un mot est composé d’une association de sèmes.
6
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Exercice
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Expliquez le sens en contexte des mots en gras dans les textes suivants : Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
La solitude Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Un gazetier philanthrope me dit que la solitude est mauvaise pour l’homme et à l’appui de sa
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
thèse, il cite, comme tous les incrédules, des paroles des Pères de l’Église.
Je vous défendrais de l’orage ;
Je sais que le Démon fréquente volontiers les lieux arides, et que l’Esprit de meurtre et de lubricité
Mais vous naissez le plus souvent
s’enflamme merveilleusement dans les solitudes. Mais il serait possible que cette solitude ne fût
dangereuse que pour l’âme oisive et divagante qui la peuple de ses passions et de ses chimères. Sur les humides bords des Royaumes du vent.
Il est certain qu’un bavard, dont le suprême plaisir consiste à parler du haut d’une chaire ou d’une La nature envers vous me semble bien injuste.
tribune, risquerait fort de devenir fou furieux dans l’île de Robinson. Je n’exige pas de mon - Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
gazetier les courageuses vertus de Crusoé, mais je demande qu’il ne décrète pas d’accusation Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
les amoureux de la solitude et du mystère. Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Il y a dans nos races jacassières, des individus qui accepteraient avec moins de répugnance le Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
supplice suprême, s’il leur était permis de faire du haut de l’échafaud une copieuse harangue,
Contre leurs coups épouvantables
sans craindre que les tambours de Santerre ne leur coupassent intempestivement la parole.
Résisté sans courber le dos ;
Je ne les plains pas, parce que je devine que leurs effusions oratoires leur procurent des voluptés
égales à celles que d’autres tirent du silence et du recueillement ; mais je les méprise. Mais attendons la fin. » Comme il disait ces mots,
Je désire surtout que mon maudit gazetier me laisse m’amuser à ma guise. « Vous n’éprouvez Du bout de l’horizon accourt avec furie
donc jamais, - me dit-il, avec un ton de nez très apostolique, - le besoin de partager vos Le plus terrible des enfants
jouissances » ? Voyez-vous le subtil envieux ! Il sait que je dédaigne les siennes, et il vient Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
s’insinuer dans les miennes, le hideux trouble-fête ! L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
« Ce grand malheur de ne pouvoir être seul !... » dit quelque part La Bruyère, comme pour faire Le vent redouble ses efforts,
honte à tous ceux qui courent s’oublier dans la foule, craignant sans doute de ne pouvoir se
Et fait si bien qu’il déracine
supporter eux-mêmes.
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
« Presque tous nos malheurs nous viennent de n’avoir pas su rester dans notre chambre », dit
Et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts.
un autre sage, Pascal, je crois, rappelant ainsi dans la cellule du recueillement tous ces affolés
qui cherchent le bonheur dans le mouvement et dans une prostitution que je pourrais appeler La Fontaine, Fable XXII, livre 1, 1668.
fraternitaire, si je voulais parler la belle langue de mon siècle.
Recommandation :
Baudelaire, Petits poèmes en prose, Le Spleen de Paris, 1869.
Avant de procéder à l’analyse sémantique du terme, vous devez préciser la catégorie
Le chêne et le roseau grammaticale du mot (sa nature) ainsi que sa fonction syntaxique (ou celle du groupe
dans lequel il constitue le noyau).
Le Chêne un jour dit au Roseau :
« Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
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Corrigé Le nom « trouble-fête » est accompagné de l’adjectif hideux et mis en apposition
au pronom il. Il clôt une chaîne anaphorique désignant le gazetier : un gazetier
Solitudes : philanthrope, il, mon gazetier, il, mon maudit gazetier, il, le subtil envieux, il, il, le
Le nom « solitudes » est employé au pluriel à l’intérieur du syntagme hideux trouble-fête.
prépositionnel dans les solitudes, assumant la fonction de complément de lieu du L’association avec l’adjectif hideux accentue sa connotation péjorative. Les
verbe s’enflammer. Cette fonction nous signale que ce nom est à prendre dans le dénominations dépréciatives du gazetier vont crescendo au fil du texte : de gazetier
sens de lieu (solitaire). philanthrope (ironique), on passe à mon maudit gazetier, puis au subtil envieux et
Par ailleurs, il est accompagné, dans la même phrase, d’un ensemble de termes enfin au hideux trouble-fête, accentuant l’aversion éprouvée par le poète envers le
s’inscrivant dans le champ lexical de l’enfer : le Démon, lieux arides, l’Esprit de gazetier.
meurtre, lubricité, s’enflamme, qui tendent à l’associer à un lieu infernal.
Humides :
Dans un contexte plus large, le mot « solitude » au singulier apparaît à plusieurs
reprises : dans le titre qui donne le thème du poème ; puis au fil du texte avec le L’adjectif humides est employé comme épithète antéposée au nom bords. Ce nom
sens d’isolement. Les occurrences au singulier de « solitude » ont un sens expansé s’intègre dans un groupe prépositionnel complément de lieu du verbe
dépréciatif lorsqu’elles émanent des discours du gazetier : cette solitude ne fût naître : sur les humides bords des Royaumes du vent.
dangereuse et la solitude est mauvaise pour l’homme, mais reçoivent une L’antéposition de l’adjectif par rapport au nom lui donne une connotation
connotation méliorative lorsque celle-ci concerne le poète : les amoureux de la dépréciative qui est renforcée par la présence du complément de nom des
solitude, ou par le biais du dérivé seul dans : ce grand malheur de ne pouvoir être Royaumes du vent marquant ainsi l’opposition entre la faiblesse et la noblesse. Les
seul ! humides bords sont ainsi assimilés à des marécages, des lieux hybrides faits de
terre et d’eau, soumis aux caprices du vent.
Recueillement :
Dans un environnement plus large, cet adjectif s’intègre dans l’isotopie de la
Le nom « recueillement » déterminé par l’article défini contracté du et coordonné faiblesse : un pesant fardeau, baisser la tête, souffrir, injuste, etc. et entre en
au SN du silence, fait partie d’un SN complexe assumant la fonction de opposition avec l’isotopie de la noblesse : Caucase, brave l’effort de la tempête,
complément d’objet indirect du verbe tirer qqch. de qqch. Royaumes du vent.
L’environnement proche actualise le sens d’« état de l’esprit qui s’isole du monde
Compassion :
extérieur », en raison de la coordination avec le mot silence et du champ lexical de
l’isolement s’opposant à celui de la multitude qui se déploient tout au long du texte. Le nom compassion est actualisé par le déterminant possessif votre renvoyant au
Le SN complexe du silence et du recueillement fait écho de façon antonymique au Chêne, qui représente l’interlocuteur du Roseau et à qui il s’adresse au discours
SN leurs effusions oratoires, par le biais du nom voluptés qui relie ces deux SN. direct.
Ainsi, le silence et le recueillement procurent des voluptés au poète comme les Ce terme marque le début de la prise de parole du Roseau après avoir écouté le
effusions oratoires en procurent aux individus des races jacassières. discours du Chêne et prend la forme d’une anaphore résomptive4 reprenant ainsi
Dans un environnement plus large, le mot « recueillement » est repris au sein du l’esprit du discours initié par le Chêne. Il fait écho au mot souci : mais quittez ce
SP dans la cellule du recueillement, à la fin du texte et s’oppose au SP dans le souci et est employé ironiquement, afin de railler la condescendance du Chêne.
mouvement et dans une prostitution fraternitaire.
Trouble-fête :

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L’anaphore résomptive consiste à résumer tout un segment textuel (phrase, paragraphe) par le biais d’un groupe
nominal. Voir le chapitre de morphosyntaxe pour le traitement de l’anaphore ainsi que le chapitre en ancien français
pour l’utilisation de ce terme, notamment par le biais des démonstratifs et articles.
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