Chap 8
Chap 8
SOMMAIRE
LES FACTEURS GÉNÉTIQUES :
LES MOLÉCULES HLA ET LES MOLÉCULES APPARENTÉES
1. Introduction 10
Chapitre 8
2. En pratique 10
• Typages HLA par techniques sérologiques 10
• Typages HLA par techniques de biologie moléculaire 11
• HLA et recherche fondamentale 11
1
L’immunopathologie pour le praticien
4e partie Quels traitements pour modifier
les molécules HLA dans les maladies
inflammatoires ? 16
5e partie Synthèse 16
6e partie Lexique 17
2
Chapitre 8
LES FACTEURS GÉNÉTIQUES :
1ère partie
LES MOLÉCULES HLA ET LES MOLÉCULES APPARENTÉES
Corinne Miceli, CHU Bicêtre, Le Kremlin-Bicêtre
Philippe Dieudé, CHU Bichat Claude Bernard, Paris
Grand nombre de maladies humaines sont des maladies dites complexes ou multifactorielles, résultant
non pas de l’effet délétère d’une mutation fonctionnelle dont la fréquence est rare dans la population
Chapitre 8
générale mais de l’interaction de plusieurs facteurs génétiques avec des facteurs environnementaux. Pris
séparément, chaque facteur n’a qu’une contribution modeste au risque génétique global pour une maladie
complexe donnée. La difficulté réside dans l’identification des différents facteurs de susceptibilité et
dans la détermination de la combinaison des allèles à risque pour laquelle le risque relatif de développer
la pathologie sera le plus élevé. Une telle entreprise nécessite une collaboration étroite entre cliniciens,
généticiens, biologistes moléculaires et biostatisticiens. En effet, une telle démarche impose le recueil
d’un nombre considérable de données individuelles et familiales, l’utilisation de marqueurs génétiques
soit hautement polymorphes, soit bi-alléliques pertinents (fonctionnels), un traitement informatique
des données et enfin, une analyse par des méthodes statistiques adaptées à la problématique des
maladies multifactorielles.
L’étude de la composante génétique d’une maladie multifactorielle comporte différentes étapes. La pre-
mière impose de réunir les arguments suffisants pour supposer l’implication de facteurs génétiques
dans la pathologie étudiée. L’observation de formes familiales de la maladie est un premier argument.
Mais il peut s’agir de cas familiaux en rapport avec une exposition à des facteurs environnementaux
communs à la cellule familiale.
Après avoir réuni des arguments solides en faveur de l’implication de facteurs génétiques à une affection
donnée, expliquant le regroupement familial des cas, l’étape ultérieure devra localiser puis identifier les
variants alléliques en cause.
■ Études familiales
Les études familiales ont pour but de suggérer l’existence d’une composante héréditaire pour une affection
donnée par l’observation d’une agrégation familiale des cas. Il s’agit de démontrer qu’il existe une
fréquence augmentée de la maladie chez les apparentés du premier degré de sujets atteints (parents,
3
fratrie ou enfants) par rapport à la population générale. On définit ainsi le risque relatif r (r pour
L’immunopathologie pour le praticien
« relatif » : collatéral) ou risque de récurrence qui représente le rapport entre la fréquence de la maladie chez
les apparentés du premier degré d’un individu malade et la fréquence observée dans la population
générale. Ce risque relatif peut être évalué pour différents types de parenté, le plus souvent au sein des fratries
(s, s pour « sibling »). Il est important de garder à l’esprit que cette agrégation familiale et donc le
paramètre reflète à la fois le risque génétique et le risque environnemental apportés par les facteurs
partagés au sein d’une famille.
■ Études de jumeaux
L’étude de jumeaux est la méthode la plus classique et la plus ancienne pour appréhender le poids de la
composante génétique d’une maladie.
Ces études permettent d’évaluer le poids de la composante génétique d’une maladie multifactorielle. Elles
sont basées sur l’étude comparative du taux de concordance pour la maladie entre jumeaux monozygotes
(partageant les mêmes gènes) et jumeaux dizygotes (partageant des facteurs environnementaux de
façon plus étroite qu’une fratrie non gémellaire). Le taux de concordance pour une maladie représente la
fraction de paires avec deux jumeaux atteints sur le nombre total de paires étudiées. En d’autres termes, la
concordance évalue la proportion de seconds jumeaux atteints quand le premier est malade. La
différence de concordance entre jumeaux monozygotes et dizygotes évalue la contribution génétique à la
maladie. Ainsi, plus cette différence est grande, plus la part de la génétique dans la pathogénie de la maladie
est grande. Un taux de concordance chez des jumeaux monozygotes différent de 100% (c’est toujours
le cas pour les maladies multifactorielles) rend compte de l’implication de facteurs environnementaux.
Le principe des études de liaison par criblage du génome à l’aide des marqueurs microsatellites est basé
sur la distance génétique séparant un locus de susceptibilité et l’un de ces marqueurs microsatellites.
Si cette distance est faible, on observera alors une co-ségrégation (co-transmission) d’un des allèles du
microsatellite testé dont la localisation est connue avec l’allèle à risque du gène de susceptibilité.
L’étude de liaison permet de localiser les régions du génome (locus) où l’on observe un excès de ressemblance
entre germains (frères et/ou sœurs) atteints pour un ou plusieurs marqueur(s) génétique(s), cela avec un
degré de vraisemblance statistique plus ou moins grand. Les criblages systématiques du génome - en anglais
« genome scan » - consistent donc à comparer, pour un panel de marqueurs, la répartition des allèles chez les
germains atteints (100 à 200 paires de germains en général) par rapport à la distribution attendue selon les
lois de Mendel. Ainsi, dans une famille « multiplex », c’est-à-dire comportant au moins deux germains
atteints, on s’attend à observer un excès de ressemblance (ou excès d’allèles partagés) dans la fratrie malade
pour les allèles des marqueurs situés à proximité du gène de susceptibilité. Ce type d’analyse permet la
détermination de locus d’intérêt pouvant contenir un ou plusieurs gènes de susceptibilité à la
maladie, cela avec des degrés variables de significativité statistique.
Cette approche souffre cependant d’un manque de puissance et se trouve progressivement supplantée par
les étude d’association cas-témoins analysant plusieurs centaines de milliers de polymorphismes bi-
alléliques.
4
à l’étude de gènes candidats ou de locus d’intérêts. Les résultats d’études d’association doivent être interprétés
1ère partie
avec prudence. Une réplication des résultats sur des cohortes indépendantes est indispensable. Une
confirmation par une étude familiale est nécessaire car cette dernière apporte l’information de liaison.
En outre, la mise en évidence d’une association ne permet pas de conclure à l’implication formelle du
gène candidat testé. Ce sont les études fonctionnelles des variants associés qui peuvent démontrer le
mécanisme physiopathogénique sous-jacent.
L’approche gène candidat peut se faire selon une étude cas-témoins : des sujets malades non
apparentés sont comparés à des sujets sains non apparentés FIGURE 1 . Les patients et les témoins
sont appariés pour la population d’origine, en tenant compte de l’origine ethnique, de manière à
ce que les deux groupes ne se distinguent idéalement que par la maladie. L’intérêt des études cas-
témoins réside essentiellement dans leur facilité de mise en œuvre. Toutefois, l’étude d’association
cas-témoins ne peut éviter le risque majeur de biais de stratification entre les patients et les témoins.
L’appariement imparfait a pour conséquence une différence de la distribution des génotypes entre les
FIGURE 1 - Études cas-témoins avec différence de distribution d’un allèle entre cas et témoins
Chapitre 8
PATIENTS TÉMOINS
Allèle de susceptibilité
Allèle protecteur
5
• Études d’association génome entier
L’immunopathologie pour le praticien
Les variants les plus fréquents du génome sont les polymorphismes bi-alléliques ou SNP. Leur
fréquence est supérieure à 1 sur 200 nucléotides. Ainsi, les SNP apparaissent particulièrement
intéressants pour réaliser une cartographie des maladies multifactorielles. Comparativement, les
études de liaison par criblage du génome avec des marqueurs microsatellites donnent généralement
une résolution de localisation de l’ordre de 10 cM, soit environ 10 millions de paires de bases.
Pour obtenir une localisation plus précise, il est proposé comme approche la cartographie fine
en testant de manière systématique des milliers de SNP. On parle de cartographie fine par
déséquilibre de liaison ENCADRÉ 1 .
ENCADRÉ 1
Le déséquilibre de liaison
Le déséquilibre de liaison correspond à une association non aléatoire d’allèles liés génétiquement pour lequel
certaines combinaisons de variants génétiques se produisent dans différents loci plus fréquemment que ne
le laisse prévoir le hasard. En d’autres termes, les SNP tendent à être proches les uns des autres et à être
hérités ensemble : on parle de déséquilibre de liaison. Par exemple, tous les individus ayant hérité de l’allèle
A du SNP A/G (SNP N°1) à un endroit donné d’un chromosome ont hérité simultanément de l’allèle T
du SNP C/T (SNP N°2) localisé à proximité du SNP N°1. Ce déséquilibre de liaison peut ainsi concerner un
nombre plus ou moins important de SNP : on parle de blocs de déséquilibre de liaison. Ainsi certaines
régions du génome peuvent être définies par l’exploration non pas de tous les SNP compris dans cette portion
physique mais par quelques SNP n’étant pas en déséquilibre de liaison, appartenant donc à des blocs de
déséquilibre de liaison distincts. Schématiquement le génome humain correspondrait à un agencement de
plusieurs blocs de déséquilibre de liaison.
L’approche par cartographie fine par déséquilibre de liaison reste relativement récente, nécessitant
des techniques de génotypage à haute cadence (plusieurs centaines voire milliers de SNP géno-
typés sur des échantillons constitués de plusieurs centaines d’individus). L’exemple récent le plus
convainquant de succès de cette approche par cartographie fine par déséquilibre de liaison est selon
toute vraisemblance l’identification de variants SNP du récepteur de l’IL23 (IL23R localisé en
1p31) associé à la maladie de Crohn par le criblage de plus de 300 000 SNP sur 567 patients et 571
témoins. Cette association a été confirmée par une deuxième équipe indépendante et va désormais
constituer une nouvelle voie de recherche sur la physiopathogénie de la maladie en explorant les
conséquences fonctionnelles des variants SNP associés à la maladie.
6
1ère partie
FIGURE 2 - Organisation du système HLA (Chromosome 6)
DP DQ DR B C A
DM Protéines du Pseudogènes
complément
Le système HLA a été initialement décrit par le Professeur Jean Dausset en 1958, découverte pour laquelle il
a été récompensé par le prix Nobel de Médecine en 1980, « pour la découverte sur les structures génétiquement
déterminées sur la surface d'une cellule et régulatrices des réactions immunologiques ».
Les gènes du système HLA sont extrêmement polymorphes et exprimés de façon codominante chez tous les
individus (expression pour chaque locus de l’allèle paternel et de l’allèle maternel). Chez l’homme, chaque
allèle HLA est désigné par un numéro adjoint à la lettre correspondant au locus désigné : HLA-B27, HLA-DR3.
Toutes les molécules du CMH ont en commun d’être composées d’une poche extramembranaire fixant les
peptides, d’une paire de domaine « Immunoglobuline-like », d’un domaine transmembranaire de fixation
à la cellule puis d’une région intracytoplasmique. Les régions polymorphes des molécules HLA sont situées
Chapitre 8
au niveau de la poche peptidique. Ce polymorphisme conduit à la diversité des antigènes présentés aux
lymphocytes T. La poche de présentation du peptide est celle qui interagit avec le récepteur T des lymphocytes.
Les molécules HLA de classe I sont constituées de deux chaînes polypeptidiques liées de façon non
covalente : la chaîne ␣ du CMH et la 2-microglobuline FIGURE 3 . La 2-microglobuline n’est pas codée par
un gène du locus du CMH mais sur le chromosome 15. Un individu exprime six molécules différentes HLA␣
de classe I sur chacune de ses cellules, contenant les chaînes des deux allèles HLA-A, HLA-B, et HLA-C hérité
de ses parents.
␣1 ␣2 ␣1 1
NN
NN
2-microglobuline
␣2 2
␣3
C C C C
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Les molécules HLA de classe II sont constituées de deux chaînes polypeptidiques liées de façon non covalentes
L’immunopathologie pour le praticien
codées toutes les deux par des gènes du locus CMH. De façon similaire au HLA de classe I, les domaines ␣1
et 1 sont hautement polymorphes et constituent la poche de reconnaissance peptidique FIGURE 3 . Au mini-
mum, 6 allèles du locus HLA de classe II sont hérités pour un individu donné de ses parents. Cependant, des
combinaisons hétérologues peuvent se former (chaîne DQ␣ issue d’un chromosome avec la chaîne DQ
issue de l’autre chromosome) et conduisent à un nombre élevé de molécules HLA de classe II chez un
individu donné (entre 10 et 20).
Les gènes du HLA de classe I codent pour des protéines présentant des peptides aux lymphocytes T CD8
alors que les gènes du HLA de classe II codent pour des protéines présentant des peptides aux
lymphocytes T CD4.
Les molécules de classe I présentent des peptides endogènes, synthétisés par la cellule elle-même (protéine
autologue ou virale par exemple). Les peptides sont issus de protéines dégradées par le protéasome. La fixation
du peptide sur l’hétérodimère HLA de classe I constitué de la chaîne ␣ et de la 2-microglobuline permet la
stabilisation de ce complexe macromoléculaire et son expression à la surface cellulaire. La plupart des
peptides présentés aux lymphocytes CD8 par le HLA de classe I comportent 9 acides aminés (nonamères).
La reconnaissance du peptide par un lymphocyte T CD8 spécifique conduit à l’activation de ce dernier et à
la lyse de la cellule ayant présenté ce peptide (action CD8 cytotoxique).
Les molécules HLA de classe II présentes des peptides exogènes (protéines bactériennes) ou membranaires,
introduits dans la cellule par le compartiment endosomal. Les endosomes sont des vésicules au pH acide
contenant des enzymes protéolytiques. Les peptides présentés par les molécules HLA de classe II sont plus
longs (autour de 15 acides aminés) et sont reconnus par les lymphocytes T CD4 spécifiques, conduisant à
leur activation. Ces événements permettront la fonction « helper » des lymphocytes T CD4 conduisant
à l’activation et à la prolifération des lymphocytes B.
8
Lectine-Like Receptor, Subfamily C, member 4) présent sur les lymphocytes NK (Natural Killer) mais
1ère partie
aussi T ␥/␦ et la plupart des lymphocytes T CD8+. L’interaction MICA/MICB et NKGD provoque une
réponse cytolytique des lymphocytes T ␥/␦ et NK dirigée contre les cellules exprimant les protéines MIC.
Chapitre 8
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L’immunopathologie pour le praticien
2e partie Comment étudier les molécules HLA ?
1. Introduction
Les typages HLA sont effectués dans certains cas relativement bien définis s’intégrant dans une
démarche diagnostique (maladie de Behçet, rhumatisme inflammatoire du groupe des spondy-
larthropathies, narcolepsie, rétinochoroïdopathie de Birdshot…), de recherche de critères de sévérité
(épitope partagé au cours de la polyarthrite rhumatoïde) ou bien entendu dans le cadre d’une greffe de
moelle ou d’organe. Les protéines correspondant aux antigènes tissulaires de classe I sont exprimées sur
la presque totalité des cellules de l’organisme (à l’exception des globules rouges) alors que les antigènes
tissulaires de classe II sont exprimés sur les cellules du système immunitaire (macrophages, lymphocytes,
cellules dendritiques, certaines cellules épithéliales). Les gènes codant pour ces protéines sont extrême-
ment polymorphes, conduisant à un panel très large de protéines différentes. Ainsi deux individus choisis
au hasard n’ont qu’une probabilité infime d’être « HLA identiques ».
Il existe plusieurs techniques de laboratoire permettant de déterminer le typage HLA d’un individu.
Ces techniques peuvent être scindées en deux types d’approche :
• Les méthodes sérologiques recherchant à identifier les protéines exprimées à la surface des cellules à l’aide
d’anticorps spécifiques. On parle alors de phénotypage HLA.
• Les méthodes de biologie moléculaire utilisant des couples d’amorces ou des sondes oligonucléotidiques
spécifiques permettant l’identification des polymorphismes génétiques conduisant à la diversité protéique.
On parle alors de génotypage HLA.
On considère actuellement que les polymorphismes des gènes HLA conduisent à l’expression
de plus de 2500 allèles (variants d’un gène ou d’un groupe de gènes) différents (voir
[Link] Il n’est cependant pas nécessaire en pratique courante
de connaître avec précision le sous-type d’un antigène tissulaire. À titre d’exemple, le seul HLA-B27
comporte à ce jour 47 allèles différents. Les techniques de typage utilisées en routine permettent
de déterminer l’expression de l’antigène tissulaire HLA-B27 sans en préciser le sous-type.
2. En pratique
10
2e partie
FIGURE 4 - Typage sérologique des antigènes tissulaires
Anti-HLA-B27
HLA-B27
Chapitre 8
■ La technique PCR-SSO (Polymerase Chain Reaction – Sequence Specific Oligonucleotide Probe
Hybridation) est une méthode utilisant des couples d’amorces permettant l’amplification de la région
d’intérêt puis d’une fixation du produit d’amplification sur une membrane de nitrocellulose ou de nylon.
La spécificité du produit amplifié est ici défini par l’hybridation avec des sondes oligonucléotidiques
parfaitement spécifiques de chaque allèle étudié.
Le typage HLA-DRB1 par PCR-SSO (2 allèles) a un coût d’environ 95 euros.
■ La technique PCR-SSP (Polymerase Chain Reaction – Sequence Specific Primers) est basée sur une
amplification par PCR utilisant des amorces spécifiques de chaque allèle du HLA. Les amorces utilisées
doivent être parfaitement complémentaires de la séquence d’ADN cible pour que l’amplification soit effective,
donnant le caractère allèle-spécifique à cette technique.
Le typage HLA-DRB1 par PCR-SSP (1 allèle) a un coût d’environ 115 euros.
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L’immunopathologie pour le praticien
ENCADRÉ 2
* la citrullination est une réaction chimique conduisant à la transformation d’une arginine en citrulline par
élimination d’un groupement NH4 par une enzyme appelée PADI4 (peptidylarginine deiminase 4).
12
3e partie Importance du système HLA
2e et 3e parties
dans les maladies inflammatoires
Les différentes maladies auto-immunes (MAI) sont sur un plan phénotypique extrêmement hétérogènes,
et il est habituel par convention de différencier les MAI « spécifiques d’organe » versus les MAI dites
« systémiques ». Toutefois, cette dichotomie ne semble pas refléter une physiopathologie et/ou un fond
génétique distinct. Ainsi le locus HLA constitue le principal exemple de participation à un fond génétique
commun à un grand nombre de MAI. Des centaines d’études d’association et de liaison ont mis en
évidence un rôle prépondérant du locus HLA dans la susceptibilité génétique d’un grand nombre de
MAI. Pour la plupart des MAI, maladies multifactorielles, HLA est à ce jour le facteur génétique ayant
le plus de poids dans la composante génétique avec un risque relatif variant de 8 à 20 selon les pathologies.
Actuellement, le concept suivant est avancé : c’est l’intervention de certains allèles de HLA qui, en
combinaison avec d’autres gènes non-HLA de susceptibilité à un fond auto-immun commun,
L’association génétique entre des gènes localisés dans la région HLA et la susceptibilité à la PR a été
Chapitre 8
DR1 (DRB1*0101 et 0102) et DR10 (DRB1*1010) et est associée à la PR. Le rôle exact de l’épitope
partagé n’a pas été clairement établi : les mécanismes biologiques expliquant l’association entre les allèles
HLA-DRB1 codant pour le SE et la susceptibilité de la PR n’ont pas encore été élucidés. S’il existe bien
des allèles qui codent pour des molécules DR4 et DR1 ayant en commun une homologie structurale de
la poche peptidique, aucun antigène ou auto-antigène n’a à ce jour été identifié. Il existe pourtant plusieurs
candidats notamment le collagène de type II dont certains fragments protéiques sont spécifiquement
reconnus par les molécules DR1 et DR4. Or les lymphocytes T qui reconnaissent cet épitopes sont
essentiels au développement de l’arthrite induite au collagène chez les souris exprimant HLA-DR4 et
HLA-DR1.
Par ailleurs, il existe une hétérogénéité dans la susceptibilité génétique des allèles codant pour le SE au
sein d’une même population. Chaque allèle du SE ne confère pas le même risque relatif de développer
une PR. Il en est de même pour certains génotypes. Ainsi, le génotype hétérozygote HLA-
DRB1*0401/0404 confèrerait un risque relatif proche de 30. Il existe une hétérogénéité inter-populations
dans la susceptibilité génétique des allèles codant pour le SE. L’association entre PR et allèles du
SE n’est pas retrouvée dans certaines populations, notamment les Afro-américains et Hispano-américains.
Si HLA-DRB1 représente le composant génétique principal de la PR, le locus HLA ne contribue que
pour environ 30% au risque familial global. De plus, il faut noter que près de 40% de la population
générale porte un des allèles HLA-DR de prédisposition à la PR, contre plus de 70% des malades. Les
allèles de susceptibilité HLA-DRB1 ne sont donc ni indispensables, ni suffisants au développement de
la PR chez un individu donné. Ainsi, la recherche des allèles du SE ne constitue en aucun cas un test
génétique de dépistage de la PR à l’échelon individuel. L’ensemble de ces constations suggère l’implication
d’autres facteurs génétiques non-HLA dans la prédisposition de la PR.
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L’immunopathologie pour le praticien
2. L’exemple des spondylarthropathies
Cette association de l’antigène tissulaire HLA-B27 avec la spondylarthrite ankylosante constitue toujours
actuellement l’une des plus fortes associations entre un gène du complexe majeur d’histocompatibilité
et une maladie humaine.
En France, dans une étude menée en Bretagne, la prévalence de la SPA a été estimée à 0,47% (0,22-0,72).
Cette prévalence était de 0,53% (0,16-0,9) chez les femmes et 0,41% (0,05-0,77) chez les hommes.
Cependant, la prévalence de la SPA est très variable en fonction des populations étudiées, cette observation
étant en partie dépendante de la prévalence de l’antigène tissulaire HLA-B27 au sein des populations.
Celle-ci est extrêmement variable par exemple entre les Aborigènes d’Australie, les Bantous d’Afrique
équatoriale et les Sans (Bushmen) d’Afrique du Sud où cet antigène tissulaire est pratiquement absent
par rapport aux Indiens Haida qui vivent dans les îles de Queen Charlotte au Canada où la prévalence
de HLA-B27 atteint 50% avec une prévalence de la SPA de 6%.
Si l’association entre HLA-B27 et SPA est identifiée depuis longtemps, son rôle précis dans la pathogénie
de la maladie reste méconnu. Sa présence n’est ni nécessaire (il existe des SPA HLA-B27 négative) ni
suffisante (la majorité des porteurs du HLA-B27 dans la population générale ne développeront jamais
de SPA) à l’émergence d’une SPA. Plusieurs hypothèses ont été proposées pour expliquer le rôle du
HLA-B27 dans le déterminisme de la SPA :
14
3e partie
ENCADRÉ 3
La maladie de Behçet (MB) est une maladie systémique inflammatoire chronique caractérisée par
4 symptômes majeurs : aphtose bipolaire orale et génitale, lésions oculaires et lésions cutanées. Les
anomalies biologiques observées au cours de la MB sont une hyperactivité des neutrophiles, ainsi
qu'une augmentation des lymphocytes T ␥/␦. Habituellement, la MB survient de manière sporadique.
Toutefois, il existe des formes familiales, dont la fréquence varie entre 2% et 18% selon les populations.
Chapitre 8
Il a été montré que la MB est significativement associée avec l'antigène HLA-B51. Les cas familiaux de
MB, semblent plus graves que les formes sporadiques, et plus fortement associés à l'antigène B51.
L'association de la MB avec l'antigène HLA-B51 (une sous-division de l'antigène HLA-B5) a été
initialement décrite dans la population japonaise : 57% des patients expriment l'antigène HLA-B51 qui
n'est présent que dans 16% de la population contrôle saine. Depuis, cette association a été confirmée
dans d’autres populations d'origine ethnique différente. La fréquence de l'antigène B51 varie de 40 à
80% chez les malades, et est 2 à 3 fois supérieure à celle observée chez les témoins. Le risque relatif
(défini par l'Odds ratio) de l'allèle B51 varie entre 3 et 15. L'antigène HLA-B52 n'est pas associé à la MB.
Or, la différence de séquence entre HLA-B*5101 et HLA-B52 porte uniquement sur 2 acides aminés en posi-
tion 63 et 67, localisés dans le site de fixation peptidique au niveau d'une poche qui accueille le résidu
ancré majeur du peptide. Ces positions sont donc fortement impliquées dans la spécificité et l'affinité
de la liaison peptidique, et pourraient jouer un rôle essentiel dans la présentation d'un antigène
pathogène (protéines virales ou bactériennes). L'allèle HLA-B51 représente donc un marqueur généti-
que constant de la MB. Récemment, un polymorphisme du gène MICA a été observé et associé à la MB
dans la population japonaise. Cette association semble supérieure à celle observée avec HLA-B51,
Toutefois, les conséquences fonctionnelles de ce polymorphisme ne sont pas connues. Cette association
entre MB et le gène MICA prend un intérêt tout particulier à la lumière de données qui montrent que
les lymphocytes T possédant un récepteur ␥/␦ ont une action cytotoxique spécifiquement dirigée
contre les cellules exprimant à leur surface les molécules MICA. Or, une des anomalies immuno-
logiques de la MB est l'augmentation du pourcentage des lymphocytes T ␥/␦. Ainsi les molécules HLA
de classe I et MICA semblent jouer un rôle important dans la physiopathologie de la MB, maladie
inflammatoire chronique.
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4e partie Quels traitements pour modifier les
L’immunopathologie pour le praticien
molécules HLA dans les maladies inflammatoires ?
5e partie Synthèse
Les progrès technologiques en biologie moléculaire vont permettre de progresser de façon exponentielle
dans l’identification de facteurs de susceptibilité génétique aux maladies complexes multifactorielles.
Les approches génome entier par analyses cas témoins de 300 000 SNP ont permis l’identification d’un facteur
génétique (polymorphisme du récepteur à l’interleukine 23) commun aux psoriasis, à la maladie de Crohn et
aux spondylarthropathies.
Les molécules MICA et MICB apparentées au système HLA de classe I jouent également un rôle important
dans le système immunitaire en favorisant une réponse cytotoxique des lymphocytes T ␥/␦ et NK dirigée
contre les cellules exprimant ces molécules. La molécule MICA pourrait être impliquée dans le déterminisme
génétique de la maladie de Behçet.
Le rôle pathogène de HLA-B27 pourrait s’expliquer par une particularité structurale de ses chaînes lourdes
qui ont la capacité de s’associer en homodimères inducteurs de stress cellulaire.
L’identification d’un nombre croissant de facteurs génétiques de susceptibilité aux maladies complexes
devrait permettre le développement de nouvelles voies thérapeutiques.
Les facteurs environnementaux jouent vraisemblablement un rôle important dans le déterminisme des
maladies complexes. Leurs identifications constitueront un challenge des années à venir.
Les recherches actuelles devraient permettent de progresser dans la compréhension du rôle des antigènes
tissulaires dans le déterminisme des affections auxquelles ils sont fortement associés.
L’immunisation contre des peptides tumoraux pourrait constituer de nouvelles approches thérapeutiques en
cancérologie dans les années à venir.
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4e et 5e parties
6e partie Lexique
xon : séquence d’ADN, codante ou non, correspondant aux régions transcrites en ARN et persistant
E après maturation de l’ARNm après épissage.
romoteur : région de l’ADN localisée en amont des gènes comportant les sites de fixation des ARN
P polymérases et les sites de fixation des facteurs protéiques régulant la transcription.
Chapitre 8
rotéomique : technologie visant à étudier les protéines d’un être vivant.
P
uce à ADN : ensemble de molécules d’ADN fixées sur un support en plastique, verre ou silicone.
P
AP (transporter associated with antigen processing) : les gènes correspondants codent pour
T deux protéines (TAP1 et TAP2) permettant l’apprêtement des peptides avant présentation par le CMH.
Ces gènes sont localisés au sein du locus du CMH.
raduction : synthèse d’une chaîne polypeptidique à partir d’une matrice d’ARN mature.
T
ranscription : synthèse d’ARN à partir d’une matrice d’ADN par une ARN polymérase.
T
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L’immunopathologie pour le praticien
7e partie Pour en savoir plus
■ Abbas AK, Litchman AH. Cellular and molecular immunology. Elsevier Saunders Fifth edition.
■ Deighton C, Criswell LA. Recent advances in the genetics of rheumatoid [Link] Rheumatol
Rep 2006;8(5):394-400.
■ Palmowski M, Salio M, Dunbar RP, Cerundolo V. The use of HLA class I tetramers to design a
vaccination strategy for melanoma patients. Immunol Rev 2002;188:155-63.
18