1
CHAPITRE
Introduction
Un besoin fondamental des techniciens
De tout temps, le concepteur a dû utiliser des outils de communication afin de maté-
rialiser l’idée de base de sa réflexion. Des grands bâtisseurs en passant par Léonard
de Vinci, Eiffel et les concepteurs de l’avion Airbus A380, la nécessité de donner corps
aux idées par l’intermédiaire de codes de supports n’a cessé d’évoluer.
Du dessin artistique au dessin technique, le mode de communication s’est struc-
turé par la mise en place de règles de représentation. L’apparition du dessin assisté
par ordinateur n’a fait que changer le support de travail du concepteur, du papier au
modèle numérique, même si l’échange final concepteur-fabriquant reste encore (pour
combien de temps ?) sous la forme de documents papier.
Gérer un produit tout au long de sa vie
Le constat
Historiquement, la masse des documents relatifs à la conception et à la définition
créée n’a cessé de croître dans les bureaux d’études. Au fur et à mesure le besoin de
stockage s’est fait ressentir. Les documents devaient être accessibles durant de nom-
breuses années (durée de vie du produit allongée de la durée légale d’assistance-
maintenance).
Les calques ont alors été rangés dans des armoires qui très vite se sont montrées
trop petites et par la suite trop nombreuses et volumineuses.
La miniaturisation s’est imposée, le stockage des documents est alors passé du
calque à la microfiche.
La modification des produits n’avait comme implication que la modification de quel-
ques documents d’ensemble et de détails de composants. L’incrémentation de l’indice
d’une pièce correspondait alors à la création d’un document papier copie du précédent,
modifié et affecté d’un nouvel indice.
Le passage à l’ère numérique n’a pas nécessité de remise en cause de ce mode
d’évolution des documents associés à un produit. L’ordinateur produisait des plans
dont les modifications étaient simples et rapides.
Toutefois la non-pérennité des données numériques, dues aux évolutions des ver-
sions logicielles des outils de création des modèles, ainsi qu’aux évolutions des outils
informatiques tant sur les formats de stockage que sur les supports (disquettes,
bandes, CD, DVD…), est devenue une des principales difficultés rencontrée tout au
long de la vie du produit.
Le stockage structuré des données numériques n’est apparu nécessaire que dans
les très grosses entreprises. La gestion des documents en PME ou PMI s’est souvent
traduite par le stockage du document papier et l’archivage des données numériques
sur des supports dont la durée de vie et la fiabilité sont méconnues et non garanties.
Associés à ce problème d’archivage, les logiciels de D.A.O. (Dessin Assisté par
Ordinateur) mis à disposition pour remplacer la planche à dessin n’étaient que des
2 Chapitre 1 Introduction
outils produisant des documents papier de façon plus souple et plus rapide. Comme
lors de l’élaboration directe de plans papier, la démarche de construction des informa-
tions dans le document numérique était laissée à la charge de chaque concepteur. Un
grand nombre d’entreprises s’est lancé dans l’utilisation de cet outil d’amélioration de
la productivité des dessinateurs sans réflexion préalable, sans doute poussé par un
vent de modernisme. Des quantités phénoménales de documents ont ainsi été pro-
duites sans ligne conductrice. Chaque concepteur utilisait sa propre structuration
de document. Le résultat s’est alors traduit par de grosses difficultés.
La reprise pour modification d’un modèle numérique créé par un tiers induisait
des difficultés lors d’évolutions, mêmes mineures.
Ce constat, évoqué à propos du Dessin Assisté par Ordinateur en deux dimensions
s’est reproduit lors de la mise en place des outils de modélisation en trois dimensions.
Certaines grandes entreprises ont compris depuis longtemps la nécessité de dialo-
guer à l’aide d’un langage commun généré par des méthodes de conception adaptées
et partagées. Des règles ont ainsi été posées et imposées aux concepteurs internes et
aux partenaires. Malgré cela, la multiplication des outils de Conception Assistée par
Ordinateur créant des formes en trois dimensions remet à l’ordre du jour les difficultés
rencontrées dans l’environnement 2D et rend nécessaire une réflexion approfondie
sur les méthodes de conception.
L’évolution collaborative
Ces dernières années, des contraintes temporelles et marketing de plus en plus fortes
amènent les concepteurs à développer des travaux collaboratifs, à multiplier les ver-
sions et les évolutions d’un produit tout en réduisant les délais de conception.
Tout cela rend encore plus complexe la gestion du cycle de vie du produit et des
documents qui s’y rapportent. La structure même des données numériques, la multi-
plicité des fichiers et liens physiques qui les chaînent rendent les systèmes complexes
et les tâches de gestion documentaire des projets compliquées.
Une matière première : la maquette numérique
Les modeleurs volumiques et surfaciques, capables de représenter « en 3 dimen-
sions » les formes des pièces constitutives d’un ensemble mécanique ont fait plus que
de révolutionner la représentation des systèmes mécaniques.
Leur mode de génération des surfaces et des volumes, fondé sur une logique géo-
métrique et topologique mathématiquement juste a permis de formaliser, sous forme
d’arbres de construction et d’assemblage, les choix et les démarches du concepteur.
Mais cette approche uniquement géométrique n’est pas la seule que l’on peut
associer à ce concept. En généralisant, une maquette numérique est l’ensemble des
représentations informatiques qui ont permis la conception d’un produit. Le terme
maquette numérique ne peut donc pas être réduit à la seule image volumique d’un
produit.
L’ensemble de ces données numériques qui a accompagné « l’idée » du besoin à sa
matérialisation mêle une multitude d’acteurs dont les besoins sont différents autour
d’un même objet : le produit.
La maquette numérique d’un produit prend divers états tout au long du processus
de conception et doit permettre d’éliminer au maximum les sources de non-qualité
rencontrées lors de la fabrication et de l’utilisation du produit.
Le schéma de la Figure 1.1 illustre globalement les différentes configurations
d’une maquette numérique lors de la création du produit.
Gérer un produit tout au long de sa vie 3
Schémas Architecture Plans Conditions et
Contraintes cotation
CdCf Principes d’ensembles 2D fonctionnelles
Schémas Eléments
Architecture Dessins de Spécifications
Composants Réalisation
CdCf définition
Constituants
Maquette
Construction Méthodologies numérique Eclatés, Maintenance
Assemblage
Paramétrage
Procédures de Ecorchés... Utilisation
création
Topologie Images photo
Marketing
Conditions Contraintes réalistes, Catalogue
fonctionnelles
Paramétrage
Performances vidéos...
Figure 1.1 Configurations et exploitations d’une maquette numérique lors de la création du produit.
Les outils de Conception Assistée par Ordinateur ne s’arrêtent donc pas au simple
modèle 3D de représentation volumique du produit. Ils permettent de raccourcir la
durée de mise au point du produit par l’utilisation de simulations relatives au pré-
dimensionnement de systèmes et de pièces, à l’analyse du comportement dynamique,
thermique, acoustique, à l’analyse de faisabilité de mise en œuvre des procédés de
réalisation et des processus de fabrication…
Pour chacune de ces étapes les données nécessaires sont différentes. Le produit
possède donc plusieurs vies numériques, évoluant de manière itérative jusqu’à sa
matérialisation définitive (Figure 1.2).
Figure 1.2
Vie numérique Maquette numérique
du produit. De conception De définition D’industrialisation
Recherche Dossier de fabrication
Choix matériau/procédé
Architecture Gestion du projet
Objectifs Formes et dimensions
Formes et dimensions
et des évolutions
Définition de produit
Construction Dossier de commercialisation
D’environnement
Simulations Mécaniques De réalisation
de production
Flux de renseignements
Action itérative
Mais que demande-t-on réellement à cette maquette numérique ?
Outil indispensable aux concepteurs et noyau central de l’équipe produit, la
maquette numérique permet aux différents intervenants spécialistes (concepteur,
bureaux de calculs, fabricants, etc.) de dialoguer, d’échanger des données, des ren-
seignements et des résultats. Elle permet également de formaliser la réflexion des
équipes de techniciens à chaque étape de la vie du produit.