Hirsutisme : Définition et Évaluation
Hirsutisme : Définition et Évaluation
Sylvie Salenave,
Jacques Young
Service d'endocrinologie
et des maladies
de la reproduction,
78, rue du Général Leclerc,
94275 Le Kremlin-Bicêtre Cedex.
Correspondance:
[email protected]
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Hirsutisme
L’hirsutisme est un motif fréquent Définition
L’hirsutisme est défini comme le développement
de consultation en endocrinologie, excessif de la pilosité dans les régions où elle est
en dermatologie ou en gynécologie. normalement absente chez la femme : visage, tho-
rax, ligne blanche, régions fessière et intergénito-
Ce symptôme mérite une enquête crurale (fig. 1). Il est différent de l’hypertrichose,
définie comme le développement excessif de la pilosité
étiologique rigoureuse, à la recherche
d’une affection responsable
d’hyperandrogénie, la principale
crainte étant une origine tumorale.
alors que dans les autres zones les androgènes ont plu-
tôt une action stimulante.
La présence et l’importance de l’hirsutisme résultent d’une
interaction entre la concentration d’androgènes et la
sensibilité du follicule pileux aux hormones mâles.
Ainsi, les régions cutanées les plus sensibles aux effets
des androgènes sont le pubis et les aisselles. La pilosité
se développe dans ces régions lorsque la sécrétion andro-
génique est faible, c’est-à-dire chez la femme normale.
Lorsque la sécrétion d’androgènes est plus importante,
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A B C
HIRSUTISME
Testostérone
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de l’hirsutisme. L’interrogatoire doit préciser l’ancienneté de dant utilisé dans les études cliniques et thérapeutiques.
l’hirsutisme, puisqu’une symptomatologie ancienne est en Une autre difficulté pour le clinicien dans l’évaluation
faveur d’un syndrome des ovaires polykystiques ou d’un clinique de l’hirsutisme tient aux variations ethniques.
déficit enzymatique surrénalien, alors qu’un hirsutisme Ainsi, plusieurs investigateurs ont montré que pour un
récent doit alerter sur la possibilité d’une origine tumorale. niveau d’hyperandrogénie donné l’hirsutisme était moins
L’histoire des cycles doit ensuite être détaillée, en particu- fréquent chez les femmes asiatiques [8]. Par consé-
lier leur régularité, les épisodes d’aménorrhée, une inferti- quent, chez ces femmes, l’absence d’hirsutisme n’exclut
lité associée pouvant évoquer une dystrophie ovarienne. pas la présence d’une hyperandrogénie.
L’enquête familiale recherchera des antécédents de déficit L’examen clinique recherchera aussi les autres signes d’hy-
enzymatique en 21-hydroxylase, surtout chez des femmes perandrogénie (acné et hyperséborrhée) ainsi que des signes
d’origine hispanique ou ashkénaze d’Europe de l’Est [5]. de virilisation associés : clitoridomégalie, alopécie des gol-
fes temporaux (fig. 2), raucité de la voix, hypertrophie des
Examen clinique masses musculaires avec parfois un morphotype masculin
Il permet tout d’abord de distinguer l’hirsutisme de l’hy- et au maximum une atrophie du tissu mammaire.
pertrichose, cette dernière pouvant être aussi un motif Enfin, des signes en faveur d’une cause sévère ou fréquente
de consultation. seront recherchés. Citons l’acanthosis nigricans, témoi-
La sévérité de l’hirsutisme est classiquement évaluée par gnant d’une résistance à l’insuline, orientant vers un syn-
le score de Ferriman-Gallwey [6], où à chacune des drome des ovaires polykystiques, ou des signes en faveur
neuf régions les plus androgénosensibles est assignée d’un syndrome de Cushing. Ainsi, au terme de l’interro-
une cotation de 0 à 4. Un score supérieur à 8 définit gatoire et de l’examen clinique, une orientation diagnos-
arbitrairement l’hirsutisme. Cependant, ce score pose tique est souvent déjà évoquée (arbre décisionnel).
des problèmes de reproductibilité liés à la subjectivité
de l’évaluation [7]. En outre, il n’inclut pas les favoris, Exploration hormonale
le périnée ou les fesses, ni la présence d’une acné ou Les recommandations quant à l’évaluation hormonale à
hyperséborrhée. L’évaluation de la sévérité de l’hirsu- réaliser devant un hirsutisme varient selon les auteurs et
tisme et de son évolution sous traitement par des photo- les pays. Certains médecins nord-américains préconisent
graphies numériques supplantera probablement le score de ne pas réaliser de dosages hormonaux si l’hirsutisme
de Ferriman-Gallwey peu fiable et long à réaliser en est léger, que les cycles sont réguliers et qu’il n’y a pas
pratique quotidienne. Ce système de score reste cepen- d’argument clinique ou anamnestique pour une origine
Androstènedione (ng/mL)
45,8
5,8
secondaire [9, 10], car d’après eux cette situation évo- 4,3 14,3
querait fortement un hirsutisme idiopathique. En revan-
11,5
che, en cas d’hirsutisme modéré ou sévère ou a fortiori si 2,9
8,6
la symptomatologie est évocatrice d’une origine secon-
daire, ces auteurs préconisent de déterminer la concen- 5,7
1,4
tration de testostérone totale. 2,9
Nous pensons qu’une évaluation hormonale est utile, 0 0
quelle que soit la sévérité de l’hirsutisme, avant de OPK Tumeurs OPK Tumeurs
(n = 211) (n = 17) (n = 211) (n = 14)
conclure à un hirsutisme idiopathique. En effet, le risque
en l’absence d’exploration hormonale chez une patiente 16260
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SDHEA (ng/mL)
ou un déficit en 21-hydroxylase à révélation tardive 10840
[11]. Ainsi, nous proposons de réaliser chez ces patien-
tes, au minimum un dosage de testostérone totale et de 8130
élévation entre 10 et 20 ng/mL après Synacthène doit fait du risque ultérieur de troubles de l’ovulation et
conduire à une analyse moléculaire du gène CYP21, puisque donc de la fertilité.
ces valeurs peuvent être retrouvées chez les patientes
ayant une forme non classique de déficit en 21-hydroxy- Tumeurs virilisantes de l’ovaire
lase mais également chez les sujets hétérozygotes. Au plan histologique, il s’agit principalement des arrhé-
noblastomes, comprenant en proportions variables des
Sulfate de déhydroépiandrostérone (SDHEA) cellules de Leydig et de Sertoli ou des cellules de Leydig
Très souvent mesuré, le SDHEA n’apporte le plus sou- pures et des tumeurs à cellules lipidiques, appelées éga-
vent qu’une orientation diagnostique médiocre. Épisodi- lement tumeurs à cellules stéroïdiennes [19].
quement, une élévation très importante de ce stéroïde Les tumeurs virilisantes de l’ovaire se révèlent par un
permet d’orienter les recherches vers une tumeur de la hirsutisme avec une virilisation souvent importante,
corticosurrénale [10]. associé à une spanioménorrhée ou plus souvent à une
aménorrhée, d’apparition récente. L’androgène sécrété
Δ4-androstènedione préférentiellement est la testostérone. Une concentra-
Il s’agit d’une hormone difficile à doser, et la détermination tion de testostérone supérieure à 1,5 ng/mL et un rap-
de sa concentration plasmatique doit être réalisée dans des port 4-androstènedione/testostérone inférieur ou égal à
laboratoires spécialisés qui ont bien établi des valeurs de réfé- 1 font donc suspecter une tumeur ovarienne mais peuvent
rence pour les différentes tranches d’âge. De plus, son inté- aussi s’observer dans une hyperthécose. En l’absence d’i-
rêt par rapport à la mesure de la testostérone est mal magerie (échographie de bonne qualité par voie endo-
évalué pour déterminer la cause de l’hirsutisme. Une éléva- vaginale ou IRM) montrant clairement une tumeur
tion des androgènes prédominant sur la 4-androstènedione ovarienne, un cathétérisme simultané des veines ova-
s’observe aussi bien dans un syndrome des ovaires poly- riennes et d’une veine périphérique doit être réalisé,
kystiques que dans un déficit en 21-hydroxylase. afin de faire la part entre une tumeur ovarienne et une
hyperthécose ovarienne, qui en constitue le principal
Glucuronides diagnostic différentiel [20, 21]. Des prélèvements sélec-
Les dosages urinaires de glucuronide de 3 -androstane- tifs pour doser la testostérone et la 4-androstènedione
diol, utilisés jadis, n’ont en pratique clinique plus aucun et l’estradiol permettent, après avoir vérifié la bonne
intérêt diagnostique. position des cathéters, de mettre en évidence une sécré-
tion bilatérale en cas d’hyperthécose et unilatérale en
Diagnostic étiologique cas d’arrhénoblastome. Cependant, des problèmes de
positionnement des cathéters rendent parfois difficile
Hirsutismes d’origine ovarienne l’interprétation de cet examen invasif [20]. Il est donc
primordial de le faire réaliser par des équipes ayant une
Syndrome des ovaires polykystiques bonne expérience de ce geste.
ou dystrophie ovarienne polykystique (SOPK)
Des études récentes ont montré qu’il s’agit de la cause Hyperthécose ovarienne
la plus fréquente d’hirsutisme, avec une proportion qui Il s’agit d’une forme sévère de syndrome des ovaires
va de 72 à 86 % en fonction des séries [16, 17]. Du fait polykystiques, par hyperplasie majeure du stroma et de
la thèque associée à la présence d’îlots de cellules théca- cause beaucoup plus rare d’hirsutisme et un seul cas de
les lutéinisées dans le stroma [22, 23]. On retrouve un forme tardive de déficit en 3 -hydroxystéroïde dés-
hyperinsulinisme souvent majeur. L’hyperandrogénie hydrogénase a été confirmé génétiquement à ce jour
apparue après la puberté est sévère, fréquemment asso- [28, 29]. Ces déficits ne doivent donc pas être recher-
ciée à des signes de viri lisation pouvant mimer un chés en première intention.
tableau tumoral. Un cathétérisme des veines ovariennes
est parfois nécessaire pour affirmer le caractère bilatéral Syndrome de Cushing
de la sécrétion androgénique. En dehors des tumeurs corticosurrénaliennes, un syn-
drome de cushing ACTH-dépendant peut entraîner un hir-
Hirsutismes d’origine surrénalienne sutisme, du fait du caractère stimulant de l’ACTH sur la
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d’éthinylestradiol (Jasmine) ou à 20 g (Jasminelle). Si son efficaces, sans effets secondaires hépatiques rapportés [40].
efficacité pour traiter l’acné semble supérieure à celles d’aut- L’ensemble des antiandrogènes cités ci-dessus, en dehors
res contraceptions estroprogestatives [38], la preuve reste de l’acétate de cyprotérone et de la drospérinone qui
à faire de sa supériorité dans le traitement de l’hirsutisme ont une activité antigonadotrope, doivent être associés
par rapport aux autres pilules. à une contraception efficace, le plus souvent estropro-
Le flutamide est un puissant antiandrogène non stéroï- gestative, du fait du risque d’inhibition du développe-
dien, mais il n’a une AMM que pour le traitement du ment des organes génitaux externes chez un fœtus
cancer de la prostate. Son efficacité dans le traitement masculin en cas de grossesse.
de l’hirsutisme est similaire, voire supérieure à celle de l’a- Enfin, un traitement esthétique doit toujours être asso-
cétate de cyprotérone et de la spironolactone [39]. cié au traitement médicamenteux. Il comporte d’une
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Cependant, du fait de son coût et du risque hépatotoxique, part la décoloration des poils, et d’autre part une épila-
son utilisation dans ce cadre reste très limitée jusqu’à tion préférentiellement par laser, surtout au niveau du
présent. Des doses inférieures (125 et 62,5 mg) à celles visage. Celle-ci sera commencée quelques mois après le
utilisées antérieurement (500 mg) sembleraient être aussi début du traitement par antiandrogènes. ❚
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