République Algérienne Démocratique et Populaire
Conseil National Économique, Social et Environnemental
NUMERISATION DU SECTEUR DE LA SANTE
EN ALGERIE
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Numérisation du secteur de la Santé
Le secteur de la santé est générateur de beaucoup
d’écrits et par conséquent de beaucoup de données.
La saisie de ces données, multiples et complexes,
leur archivage et leur exploitation ne peuvent se faire
que moyennant une numérisation totale du secteur
de la santé, c’est le concept de « ’l’hôpital sans
papiers »’.
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Numérisation du secteur de la Santé
I-ETAT DES LIEUX
Un retard important a été enregistré dans ce domaine puisque le taux de numérisation du
Secteur de la santé est jugé comme insignifiant. Le Secteur de la santé ne dispose pas encore
d’une direction de la numérisation* appelée à jouer le rôle de chef d’orchestre dans un tel
processus, pas de système d’information, pas de statistiques fiables, pas de clouds informatiques
au niveau des services ou des unités de soins, pas de dossier médical numérisé…
À l’inverse, le Secteur de la sécurité sociale a réussi à généraliser la carte chifa, il commence
même à disposer de Big data qui lui permettront de mieux apprécier l’état de santé de la
population.
*L’Agence nationale de documentation en santé sous tutelle du ministère de la Santé a
été transformée en 2022 en Agence nationale de numérisation de la santé.
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Numérisation du secteur de la Santé
II-DÉFIS PRÉSENTS
L’absence de numérisation du Secteur de la santé ne lui permet pas de gérer l’immense parc
d’infrastructures dont il dispose. Le Secteur public de la santé dispose d’un maillage
d’infrastructures sanitaires réparties sur tout le territoire national avec 273 établissements publics
de santé de proximité (EPSP) comportant : 1747 polycliniques, 434 maternités de proximité, 83
maisons du diabétique, 1921 Unités de Dépistage de Santé scolaire, et 6329 salles de soins ; 238
établissements publics hospitaliers (EPH), 09 établissements hospitaliers (EH), 95 établissements
hospitaliers spécialisés (EHS) et 15 CHU totalisant plus de 80 000 lits. Le système de santé
s’étend aussi à un secteur privé qui comprend 6841 lits hospitaliers (hémodialyse, maternités,
cliniques), 31 306 cabinets médicaux entre médecins spécialistes, médecins généralistes et
chirurgiens-dentistes, ainsi que plus de 10 000 officines pharmaceutiques. (2020)
Les prestations de soins assurées dans le secteur public assurent environ 100 millions de
consultations : près de 50 % de consultations générales, 15 % de consultations spécialisées et
35 % de consultations aux urgences. Les chiffres donnés sont approximatifs, faute de
numérisation, il n’est pas possible par exemple de connaitre l’âge, le sexe ou la pathologie des
personnes consultées.
Les professionnels de la santé composés de praticiens, de paramédicaux, d’administratifs et
de personnels techniques et de service sont les plus diplômés du corps des mais ni leur spécialité
fine ni leurs compétences particulières ne sont connues.
La gestion de stock de médicaments et de consommables qui devait être contrôlée par
« ’intranet »’ depuis des années n’est pas encore généralisée.
La gestion comptable des structures de santé est encore obsolète et repose sur la
comptabilité générale. Le budget donné sous forme forfaitaire est dépensé dans le cadre de
chapitres assez figés. Le budget de fonctionnement de la santé frôle les 400 milliards de dinars
dont 70 % sont alloués aux personnels et entre 15 et 20 % aux médicaments. Ce budget a été
multiplié par sept en 20 ans (2000-2020). Les progrès en matière de prise en charge médicale vont
générer de nouvelles dépenses de santé avec le recours aux nouvelles molécules ou aux nouveaux
appareillages.
Parallèlement à ces données de base, le secteur de la santé est confronté à une transition
épidémiologique avec une augmentation inquiétante des maladies non transmissibles comme le
cancer, le diabète, les maladies cardiovasculaires… Cette augmentation est en grande partie liée à
des changements dans les modes de vie (plus de sédentarité), dans les modes de consommation
alimentaire et l’augmentation de l’espérance de vie à la naissance. Paradoxalement, la situation
épidémiologique reste sous la menace, toujours présente, d’un retour brutal des maladies
transmissibles comme cela a été le cas pour la rougeole et le choléra en 2018. Pour toutes ces
pathologies, on ne dispose pas de chiffres précis d’où la difficulté de bâtir une politique de santé
cohérente. La numérisation fonctionnaire du secteur de la santé en soutenant un système de veille
pourrait alerter de l’apparition de nouvelles pathologies.
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Numérisation du secteur de la Santé
III-DÉFIS FUTURS
Au cours des deux dernières décennies, l’intelligence artificielle s’est discrètement invitée
dans notre vie quotidienne. L’engouement de l’opinion pour les nouvelles technologies tend à
accélérer sa mainmise sur notre vécu. Malgré certaines craintes, le public est en général
enthousiasmé par les dispositifs connectés qui permettent sa prise en charge médicale à distance.
Parmi les plus fréquents, on peut citer la téléconsultation de son médecin à distance et la présence
de robots auprès d’enfants autistes ou de personnes grabataires présentant des troubles cognitifs.
Bien que les gens apprécient la possibilité d’accéder à ces procédés, nombreux sont ceux qui
ignorent que ce sont des applications qui découlent directement de l’IA, notamment la
tomodensitométrie (scanner) et l’imagerie par résonance magnétique (IRM) qui, sans toucher
notre corps, le scrutent en profondeur et en dévoilent la moindre anomalie. L’anatomopathologie
n’échappe pas non plus aux investigations de l’IA. Ainsi, la mise au point de lames virtuelles
analysées à distance sans le concours d’un microscope permet aujourd’hui d’explorer les cellules
et les tissus.
Pratiquement tous les domaines de la santé sont concernés par ces avancées
technologiques : cancérologie, maladies chroniques et métaboliques (diabète, insuffisance rénale
chronique…), vieillissement, handicap, pharmacologie ainsi que la télémédecine qui peut faire
réaliser des économies substantielles en ressources, en temps et en argent.
IV-TIC et numérisation obligatoire du secteur de la santé :
Face à tous ces défis, le recours aux Technologies de l’Information et de la Communication
(TIC) devient non seulement obligatoire, mais aussi urgent, car il permet de mieux gérer ainsi que
de mettre en place de nouvelles organisations de soin. Les TIC s’avèrent, en effet, indispensables
dans :
Coordination dans le suivi des patients par l’intermédiaire de plates-formes et de portails
internet ;
Collaboration, entre professionnels de santé d’une part, mais aussi entre ces professionnels
et le patient (comme son entourage) d’autre part grâce aux outils de communication
unifiée ;
Mobilité avec les applications de santé mobile permettant à l’individu de capter,
envoyer et même de traiter des informations relatives à son état de santé en temps réel
(redéfinissant ainsi les dimensions spatio-temporelles du parcours de santé du patient ou
du simple citoyen) ;
accès plus aisé à l’information médicale par le patient comme par le citoyen.
La technologie numérique impose aux professionnels de la santé une adaptation dans leurs
pratiques, car elle est aujourd’hui présente à toutes les étapes du parcours de soin, à savoir :
– Les nouvelles technologies de communication : Santé connectée (@Santé) ;
– L’organisation du parcours patient, la prise de rendez-vous.
– Le dossier médical du patient et sa gestion ; le dossier administratif ;
– Les grands entrepôts de données (Big Data) ;
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Numérisation du secteur de la Santé
– L’analyse des données et l’aide à la décision : Intelligence Artificielle (IA) ;
– Les technologies d’assistance au patient ou à l’intervention médicale : (Seringues
automatisées, Prothèses, exosquelettes, robot chirurgical…) ;
– Imagerie, Instrumentation…
– Réalité virtuelle et réalité augmentée ;
Les TIC doivent donc être intégrées dans le secteur de la santé afin de créer un cadre
propice à leur essor en assurant :
1. La normalisation et l’interopérabilité, en vue de l’homogénéité des opérations et services de
cybersanté, de la sécurité des données et de la réduction de la fragmentation des solutions en
matière de cybersanté ;
2. Des normes relatives aux données de santé, des partenariats public-privé et des systèmes
nationaux d’information sanitaire ;
3. La mise en place de mécanismes de gouvernance de la cybersanté, avec une coordination
multisectorielle ;
4. L’intégration de l’enseignement des TIC dans les programmes de formation des
professionnels de la santé ;
5. Le suivi et l’évaluation de la cybersanté.
À- LE SYSTÈME NATIONAL D’INFORMATION SANITAIRE (SNIS) :
NUMÉRISATION
Le système d’information existant doit être renforcé et étendu en termes de réseaux, de
supports (type et pertinence) et de procédures (du recueil à la codification, de la transmission à
l’exploitation).
Par exemple, les efforts déployés pour rendre opérationnel le bureau des entrées, restent
insuffisants s’ils ne sont pas suivis par la mise en réseau informatique des services de
l’établissement afin de permettre de disposer de ce type d’information en temps réel.
L’utilisation des technologies mobiles sans fil pour la santé publique, aussi désignée sous le
terme de « santé mobile », fait partie intégrante de la cyber santé, laquelle consiste à utiliser, selon
des modalités sûres et offrant un bon rapport coût-efficacité, les technologies de l’information et
de la communication à l’appui de l’action de santé et dans des domaines connexes.
1-Intérêts de la numérisation du secteur de la santé :
– Aide à la décision en temps réel ;
– Abolit les distances entre professionnels de santé et patients ;
– Diminution des coûts à long terme ;
– Rationalisation des dépenses ;
– Meilleure prise en charge du patient en raccourcissant les délais…
– Favorise le partage des données sanitaires.
2-Le SNIS dans la loi sanitaire (articles 319-323 de la loi sur la santé 18-11 du 2 juillet
2018)
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Numérisation du secteur de la Santé
Dans l’attente des textes d’application, il y a nécessité de définir les indicateurs qui serviront
à la prise de décision :
– Identifier les données à recueillir ;
– Définir comment les recueillir ;
– Prévoir la codification (classification à utiliser) ;
– Comment vérifier la qualité de données.
Nous disposons d’au moins de quatre sources majeures :
– État civil ;
– Dossier médical ;
– Les données administratives ;
– Enquêtes.
3-Les axes prioritaires de la numérisation du secteur de la santé sont :
Stratégie sectorielle de numérisation (administration centrale, l’hôpital numérique et la
pharmacie numérique) ;
Adoption de technologies médicales ;
Simplification et allègement des procédures (dématérialisation) ;
Dossier électronique médical du patient (services médico-chirurgicaux) ;
Dossier administratif Patient (Bureau des entrées) ;
La télémédecine ;
Le réseau intranet sécurisé.
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Numérisation du secteur de la Santé
RECOMMANDATIONS
La numérisation ne peut être dissociée du système national d’information sanitaire, elle
doit être menée par étapes ;
Élaboration de la stratégie sectorielle de numérisation
Création de structures organisationnelles aux niveaux central et local pour prendre en
charge les nouveaux métiers des technologies du numérique.
Mise en œuvre d’un cadre réglementaire et juridique encadrant le processus de
numérisation du secteur de la santé :
Mobilisation des sources de financements nécessaires à soutenir l’effort de digitalisation
du secteur de la santé
Renforcement des capacités du personnel afin de promouvoir l’appropriation des
technologies numériques
Promouvoir la santé numérique notamment par son intégration dans les cursus
universitaires
Mise à niveau de l’infrastructure technologique utilisée dans les établissements et
structures de santé notamment la connectivité à haut et très haut débit de manière
continue
Développement du SIH couvrant l’ensemble des périmètres de gestion de l’hôpital avec
une pharmacie électronique.
Développement de la télémédecine…
Intégration du secteur public et privé dans la numérisation
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Numérisation du secteur de la Santé
CONCLUSION
La numérisation de la santé contribue à la prévention du risque de maladie et peut aider à la
disparition de certaines maladies du fait des progrès de dépistage en amont de leur survenue
(comme le cancer). Le glissement du curatif vers le préventif va entrainer une réduction des
dépenses de santé.
L’application des TIC au système de santé peut s’accompagner d’une véritable révolution
dans la qualité des prestations de santé.
Le Plan stratégique Santé digitale doit être le résultat d’un travail participatif et global qui
permettra de mettre à profit l’utilisation des TIC pour la santé au niveau national dans un cadre
prédéfini. Les domaines sanitaires prioritaires identifiés sont relatifs à l’accès des populations aux
services de soins de qualité, la prévention, la promotion de la santé, la prise en charge des
maladies chroniques, le développement et l’épanouissement du personnel de soins, ainsi qu’une
meilleure efficience de la gouvernance sanitaire par la disponibilité de données de qualité en
temps réel.
L’implémentation de cette stratégie santé digitale nationale passe par le développement
d’un plan d’action quinquennal et d’un plan de suivi et évaluation, le renforcement de l’équipe de
la Cellule de la carte sanitaire de la santé digitale (dotation d’un budget d’État, recrutement de
personnels compétents, dotation en logistique roulante et recherche de locaux adaptés) et la
création des organes de gouvernance intersectorielle.
La numérisation de la santé s’insère dans l’engagement politique du Président de la
République (engagement n° 25 : réalisation d’une transformation numérique). Il s’agit d’un
engagement transversal qui implique d’autres secteurs et qui devrait avoir un impact structurant.