Exercice incontournable, mais délicat et
chronophage : le compte rendu écrit
d’évaluation psychologique de l’enfant ou de
l’adolescent – 10 min de lecture
Afin de penser la vaste et complexe question du compte rendu d’évaluation psychologique, il
convient de bien définir ce qu’est un examen ou une évaluation (nous préférons ce terme)
psychologique de l’enfant ou de l’adolescent. Voici la tentative de définition qu’en propose Anne
Andronikof dans la revue Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence en 2014 1 et que, depuis,
nous avons régulièrement le souci de rappeler : Travail délicat et complexe …/… effectué dans une
perspective clinique …/… dans un cadre scientifique et déontologique dûment balisé …/… conçu comme un
moment privilégié de rencontre entre un enfant qui présente des difficultés, et un spécialiste du
développement de l’enfant, de la psychopathologie et des tests. Les tests utilisés ne sont que des médiateurs,
des révélateurs, dans un processus plus large d’échange enfant-adulte qui vise à la compréhension la plus
exhaustive et la plus fine possible des outils qu’il s’est forgé pour penser le monde, de l’image de soi qu’il
s’est construite, de la représentation qu’il a de ses relations à autrui, aux apprentissages, de la façon dont
il régule ses émotions ...
Ce périmètre écarte donc les simples comptes rendus d’échelles ou de tests isolés centrés pour
l’essentiel sur des indices chiffrés et des comparaisons de notes (ce ne sont donc pas à proprement
parler des évaluations psychologiques mais des examens partiels de l’intelligence, de certaines
fonctions cognitives, de dimensions émotionnelles, examens essentiellement appuyés sur la
psychométrie …) ; nous nous préoccupons ici de la problématique essentielle de la clinique et de
1
Andronikof A., Fontan, P. (2014) L’examen psychologique de l’enfant : pratique et déontologie. Neuropsych. Enfance
adolescence 62, 403-407
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l’éthique posée par l’évaluation de la personne qu’est l’enfant et l’adolescent dans son
développement et son fonctionnement global.
Comment en rendre compte, au sens propre comme au figuré, sans risquer de porter préjudice à
la personne, en évitant les réductionnismes, les malentendus, les mauvaises interprétations ou les
effets délétères liés à la symbolique des chiffres ? Car il ne s’agit pas de fuir nos responsabilités, de
justifier du relativisme de nos évaluations, de trouver prétexte à l’erreur de mesure ou à l’incertitude
de nos données, pour nous affranchir de ce retour et priver les personnes, l’enfant ou le jeune en
priorité, de cet aboutissement naturel, point d’orgue qui donne tout son sens à notre travail
d’expertise.
Le savoir du psychologue est fait pour être communiqué et partagé
On pourrait se contenter d’une explication au cours d’un entretien de retour (ah ! si le mot restitution
pouvait disparaître de notre vocabulaire 2 …), mais nous savons, mieux que quiconque, que le seul
entretien, incontournable assurément pour permettre l’explication et l’échange dans la bienveillance
- surtout dans les situations cliniques et diagnostiques les plus soucieuses – est bien limité. En effet,
il est (trop) sensible à la disponibilité ou non de la personne, aux conditions de la consultation, il est
souvent victime de la mémoire sélective de la part de ceux ou celles qui sont directement concernés,
il est généralement dépendant de la reconstruction aléatoire et se trouve infiltré, après-coup, de
représentations parfois éloignées de ce qui a pu être communiqué ou partagé. Nous en avons
toutes et tous fait l’expérience.
Par ailleurs, le compte rendu écrit d’évaluation psychologique est devenu progressivement
incontournable, tant dans les procédures institutionnelles du sanitaire, du social ou du médicosocial
dans l’enfance (commissions, MDPH …), dans les nécessités d’échanges des informations entre
professionnels de la santé et du soin dans une perspective de travail en réseau, que par les attentes
légitimes des usagers et des familles. Leur droit aujourd’hui d’avoir un document-mémoire des
consultations psychologiques centrées sur l’évaluation qui les concerne au premier chef est
indiscutable, voire opposable dans certaines situations juridiques.
Les avantages d’un écrit résident dans le bénéfice de la recherche et du contrôle des mots utilisés,
dans le choix des formules et des termes utilisés, dans la maîtrise des objectifs qui lui sont donnés,
dans la fidélité aux valeurs qui portent l’exercice du psychologue : en finalisant son travail d’écriture,
le professionnel sait qu’il se rapproche le plus possible de ce qui va aider l’enfant ou l’adolescent
dans son parcours personnel.
Qu’écrire et comment l’écrire ?
En psychologie clinique, ce n’est pas un diagnostic catégoriel ou structurel qui est recherché, mais
la description dynamique du développement et du fonctionnement psychologiques : l’approche
diagnostique fonctionnelle est ce qui caractérise le mieux la démarche psychologique.
2
Dictionnaire Larousse – Restitution n.f. : Action de restituer, de rendre quelque chose qu'on possède indûment.
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Peu de recherches francophones se sont intéressées aux écrits cliniques individuels en psychologie.
Les études et publications anglophones sont pourtant connues et un grand nombre d’associations
professionnelles ou d’Ordres des psychologues de pays voisins, culturellement ou économiquement
comparables (Canada, Grande-Bretagne, Suède, USA …) ont encadré, certains depuis des décennies,
les écrits psychologiques. Les étudiants en psychologie y suivent obligatoirement dans leurs études
des unités d’enseignement relatifs aux écrits professionnels. Les textes juridiques et réglementaires
et le statut des informations psychologiques y sont également spécifiques, guidant ainsi les
professionnels et protégeant les citoyens.
En France, en dehors du droit commun, peu de cadre, beaucoup d’empirisme, du pas à pas qui
repose sur la responsabilité individuelle et l’éthique personnelle : d’où une diversité de formats et
de modèles, une pluralité d’informations qui vont de la psychométrie envahissante au jargon parfois
incompréhensible pour l’usager, de la note succincte d’une demi-page au compte rendu « parapluie
» de vingt pages ou plus qui voudrait tout dire et ne rien oublier y compris au risque des copié-collé
… C’est ce que nous avons découvert dans une étude publiée en 2016 3 et soutenue financièrement
par la CNSA 4 : le paradoxe de notre profession à l’égard des comptes rendus écrits.
Ce paradoxe est nourri par les contradictions ou oppositions encore non résolues qui nous animent
: plutôt ne rien écrire que risquer de nuire à l’enfant ou l’adolescent reçu en consultation, s’appuyer
surtout sur la psychométrie censée être plus objective et scientifique que la démarche clinique trop
subjective, satisfaire les attentes institutionnelles avides de « données probantes » en les chargeant
d’indices (ce qui est parfois initié de façon abusive par des institutions qui préformatent les CR en
demandant aux psychologues de remplir les cases de données chiffrées), désincarner son écrit en
n’évoquant que du factuel comme pour protéger l’enfant ou l’adolescent de données trop intimes
ou confidentielles … Laquelle ou lequel d’entre nous n’est pas (ou n’a pas été) confronté(e) à ces
dilemmes ou ces impasses ?
« Le lecteur se tue à abréger ce que l’auteur s’est tué à allonger »
Pensées (1727) Montesquieu
Dans cette recherche, nous avons pourtant trouvé quelques pépites … Parmi les 265 comptes
rendus d’évaluation psychologique d’enfants ou d’adolescents analysés 5, ces écrits étaient marqués
par la richesse clinique, la qualité architecturale du texte et la finesse de la description, par l’équilibre
habile entre toutes les tensions et dérives qui habituellement nous paralysent, par la délicatesse et
l’efficacité de l’information, enfin par la dimension éthique et le respect des objectifs visés. Certain(e)s
de nos collègues savent donc emprunter un chemin de crête, certes difficile, mais qui nous incite à
les suivre tant leur rédaction est maîtrisée, bienveillante et juste. On peut présenter ainsi leur écrit :
3
Vannetzel, L., Voyazopoulos, R. (2016). L’évaluation psychologique des enfants et adolescents en situation de
handicap. Rapport final. Paris : publication APPEA
4
CNSA : Caisse nationale de Solidarité pour l’autonomie – établissement public gestionnaire de la 5e branche
(autonomie) de la Sécurité sociale
5
Etude de 265 CR anonymés, issus de 24 MDPH selon une méthode validée écartant les biais de sélection. Pour la
méthodologie, voir Vannetzel, L., Voyazopoulos, R. (2016). L’évaluation psychologique des enfants et adolescents en
situation de handicap. Rapport final. Paris : publication APPEA
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- Une transcription brève, en termes simples et sans expression ambigües, des différentes
étapes de l’évaluation
- Une introduction qui rappelle les origines de la demande, les indications et les objectifs de
l’évaluation psychologique
- Une présentation de la méthodologie et des techniques et tests proposés
- L’anamnèse, le profil et le comportement de l’enfant ou de l’adolescent
- La conduite clinique des séances
- La présentation des données chiffrées et non chiffrées, leur analyse et leur interprétation
- L’approche diagnostique, puis la réponse aux questions posées, la conclusion et les
recommandations.
Le tout en 3 à 5 pages fluides et bien présentées, éventuellement accompagnées d’une ou 2 pages
annexes pour appuyer la démarche et l’intention de partager, avec toujours les rappels de
confidentialité et de non-diffusion en dehors des personnes dûment et nommément mentionnées
en début de document.
Cela nécessite certes du temps et des habiletés de rédaction, qu’il faudrait alors reconnaître
objectivement et quantifier, quel que soit le domaine d’exercice, en institution comme en libéral. Des
pays ont déjà juridiquement encadré la réalisation des comptes rendus d’évaluation psychologique,
accordant par exemple trois heures de travail au psychologue amené à rédiger : une reconnaissance
qui protège les citoyens, renforce l’égalité d’accès et de droit aux consultations psychologiques et
améliore considérablement les conditions éthiques et cliniques d’exercice des professionnels.
Quelques références sélectionnées pour qui voudrait aller plus loin …
Andronikof, A., Cognet, G. (2011). La communication des résultats psychologiques d’un enfant. In R.
Voyazopoulos, L. Vannetzel, L.A. Eynard. (2011). L’examen psychologique avec l’enfant et l’utilisation
des mesures. Conférence de consensus. Paris : Dunod.
Andronikof A., Fontan, P. (2014) L’examen psychologique de l’enfant : pratique et déontologie.
Neuropsych. Enfance adolescence 62, 403-407
Grégoire, J. (2011). Recommandations pour la pratique de l’examen psychologique et l’utilisation des
mesures en psychologie de l’enfant. In R. Voyazopoulos, L. Vannetzel, L.A. Eynard. L’examen
psychologique avec l’enfant et l’utilisation des mesures. Conférence de consensus. Paris : Dunod.
Lavallard, M.-H. (2000). Evaluation et déontologie. Bulletin de Psychologie, 53(1) / 445, 101-105
Vannetzel, L., Voyazopoulos, R. (2016). L’évaluation psychologique des enfants et adolescents en
situation de handicap. Rapport final. Paris : publication APPEA
Voyazopoulos, R., Vannetzel, R., Eynard, L.A. (2011). L’examen psychologique avec l’enfant et
l’utilisation des mesures. Conférence de consensus. Paris : Dunod.
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