Fondation légendaire de Rome
Romulus se place sur la colline du Capitole, Remus sur celle de l’Aventin. Le premier qui apercevra un vol
d’oiseaux donnera son nom à la ville. Remus, le premier, voit six oiseaux. Mais immédiatement après,
Romulus en voit 12, et se proclame vainqueur. Alors qu’il trace à la charrue les limites de la future cité,
son frère, pour se moquer de lui, franchit le sillon d’un bond. En colère, Romulus le tue.
Romulus devient le premier roi de Rome. Traditionnellement, la date de la fondation légendaire de Rome
est fixée à 753 avant J.-C.
Durant l’Antiquité, la ville de Rome est construite sur sept collines. Le Capitole est la plus petite mais
aussi l’une des plus centrales et des plus importantes. Elle abrite alors plusieurs temples prestigieux, et
on y accueille les généraux victorieux au retour des batailles. Sur le Capitole se trouve aussi la célèbre
roche tarpéienne, d’où l’on précipitait les criminels condamnés à mort.
La royauté
Source principale de ce qu’on connait de cette période : TITE-LIVE pour son livre Ab Urbe
condita libri (L'Histoire de Rome depuis sa fondation)
Les 7 rois
Romulus
Numa Pompilius
Numa Pompilius, un Sabin connu pour sa justice et sa piété, est élu roi pour suc-
céder à Romulus.
Il veut que Rome, qui a été fondée par la violence et les armes, le soit désor-
mais par la justice, les lois et la sainteté de ses mœurs. Aussi, pour pacifier la
Ville, fait-il élever le temple de Janus au bas de l’Argilète. Il met à ce temple des
portes qui, fermées, symbolisent la paix et, ouvertes, la guerre.
Il instaure un calendrier de douze mois, et établit des jours fastes et néfastes.
Numa organise la vie religieuse en créant trois flamines consacrés respective-
ment à Jupiter, Mars et Quirinus, douze prêtres saliens consacrés à Mars et le
collège des Vestales. Il nomme aussi un grand pontife chargé d’organiser les cé-
rémonies religieuses.
Il institue de nombreuses lois que sa femme, la Nymphe Égérie, lui aurait dic-
tées lors de leurs rencontres nocturnes dans un bois traversé par une fontaine
dont les eaux intarissables s’écoulaient d’une grotte.
Il réussit à maintenir la paix durant tout son règne, avant de mourir de maladie,
laissant Égérie inconsolable.
Tullus Hostilius
Tullus Hostilius est un latin, élu roi par le peuple Romain. L’élection est ensuite
ratifiée par le Sénat. Ce troisième roi, à l’opposé de Numa Pompilius, est d’une
nature plus belliqueuse encore que Romulus.
Tous les prétextes lui semblent bons pour faire la guerre si bien qu’il mène le
peuple Romain en guerre contre Albe, malgré la proximité historique qui existait
entre les deux villes. En effet, Albe, fondée par le fils d’Énée, Iule-Ascagne, a vu
naître Romulus. Face à la menace étrusque, Tullus Hostilius et le roi d’Albe, Met-
tius Fufetius, décident pour ne pas affaiblir leurs armées respectives par des
combats meurtriers de choisir les trois meilleurs soldats de chaque camp. Les
frères Horaces, des triplés, combattent au nom de Rome ; les Curiaces, triplés
également, au nom d’Albe. Au cours d’un combat resté célèbre, deux Horaces
meurent alors que les Curiaces sont tous les trois blessés. L’Horace survivant
fait mine de s’enfuir pour pouvoir affronter en combats singuliers chacun des
Curiaces qu’il tue tour à tour. Les Albains passent alors sous la domination ro-
maine. Mais lors d’une guerre contre les Véiens, Mettius Fufetius trahit les Ro-
mains. Tullus Hostilius le fait alors écarteler et ordonne la destruction d’Albe.
Il meurt frappé par la foudre et consumé dans son palais.
Ancus Marcius
Le quatrième roi de Rome élu par le peuple et le Sénat romains est Ancus Mar-
tius, petit-fils de Numa Pompilius. Lui aussi est connu pour sa tempérance mais
il est néanmoins contraint à la guerre par ses ennemis latins. Aussi, à l’image de
son grand-père qui avait fondé des institutions religieuses pour les temps de
paix, il en crée pour les temps de guerre. Il envoie un ambassadeur appelé fé-
cial auprès de ses ennemis qui, la tête voilée, demande réparation aux ennemis
latins. Ceux-ci ne lui donnant pas satisfaction, le fécial lance un javelot vers eux,
en signe de déclaration de guerre. Les Romains l'emportent finalement sur les
latins qui sont intégrés au peuple romain et transférés sur l’Aventin.
Comme la population romaine s’accroît de façon importante, il fait construire un
mur autour de la ville et un pont de bois, le pont Sublicius, le premier jamais
construit sur le Tibre. Le grand nombre d’habitants apporte une augmentation
de la criminalité, ce qui l’amène à construire une prison qui domine le Forum au
centre de la ville.
Il fonde également le port d’Ostie à l’embouchure du Tibre.
Ancus Martius meurt de façon prématurée après vingt-quatre ans de règne.
Tarquin l'Ancien
Tarquin l’Ancien, d’origine étrusque, est le cinquième roi de Rome. Avant de
prendre le nom de Tarquin, il s’appelle Lucumon et, poussé par l’ambition, il
quitte sa ville étrusque pour immigrer à Rome avec sa femme Tanaquil et toute
sa fortune. Alors qu’ils approchent sur leur char du Janicule, un aigle apparaît,
enlève le bonnet de Lucumon, puis le replace sur sa tête. Tanaquil, habile en di -
vination, y voit un heureux présage et le signe que son mari deviendra roi. Il
prend le nom de Lucius Tarquinius Priscus et, petit à petit, gagne en influence à
Rome à tel point qu’Ancus Martius finit par le nommer tuteur de ses enfants
dans son testament.
À la mort d’Ancus, il éloigne les fils de celui-ci, brigue ouvertement la royauté et
se fait élire roi. Il mène une première guerre contre les Latins et avec le butin
fait construire le Cirque Maxime. Ensuite il remporte une guerre contre les Sa-
bins. Une fois la paix conclue, il entreprend de grands travaux : il fortifie la ville
en faisant construire un mur et l’assainit en créant un réseau d’égouts, la
« Cloaca Maxima ».
Il prend sous sa protection Servius Tullius, un enfant né selon la rumeur d’une
mère noble mais esclave, avant de le marier à sa fille, ce qui déplaît fortement
aux deux fils d’Ancus, indignés d’avoir été écartés du trône. Ceux-ci fomentent
alors un complot : ils choisissent deux pâtres qui simulent une dispute dans le
vestibule du palais. Tarquin intervient et alors qu’un des deux hommes l’acca-
pare pour lui expliquer sa version de l’affaire, l’autre en profite pour le frapper à
la tête avec une hache. Tarquin l’Ancien meurt sous le coup de cette blessure
mortelle.
Servius Tullius
Servius Tulllius, protégé de Tarquin l’Ancien, est le sixième roi de Rome. Il prend
le pouvoir à la mort de son prédécesseur, nommé par le Sénat, sans pour la pre-
mière fois avoir été élu par le peuple. Il fait épouser ses deux filles Tullia aux
deux fils de Tarquin l’ancien, Lucius et Arruns.
Il se bat courageusement contre les Véiens mais la grande œuvre de son règne
est l’organisation centuriate en vue du recrutement de l’armée. Il répartit l’en-
semble de la population selon un système censitaire en cinq classes, chacune
divisée en un nombre variable de centuries. Chacun a désormais l’obligation de
subvenir aux besoins de l’état en proportion de son revenu.
Il divise aussi la Ville en quatre quartiers et veille à l’embellir. Il décide ainsi la
construction d’un temple de Diane, sur le modèle de celui de l’Artémis d’Ephèse.
Une de ses filles, Tullia, dotée d’un caractère farouche, était initialement mariée
à Arruns Tarquin qui avait un caractère doux ; son autre fille qui avait un carac-
tère docile était mariée à Lucius Tarquin au caractère ombrageux. Mais la fa-
rouche Tullia épouse finalement Lucius Tarquin après la mort opportune de sa
sœur et de son mari. Peu de temps après, poussé par sa femme, Lucius Tarquin
s’assied à la place de Servius Tullius et devant le Sénat réclame le trône de son
père. Informé de cela, Servius Tullius se rend au Sénat. Les deux hommes se
disputent et Tarquin précipite Servius Tullius du haut des marches puis le fait
assassiner. Tullia, en rentrant chez elle sur son char, roule sur le cadavre de son
père dans la rue nommée ensuite « la rue du crime ».
C’est ainsi que périt le sixième roi de Rome, après quarante-quatre ans de
règne.
Tarquin le Superbe
Tarquin le Superbe est le septième et dernier roi de Rome. À la mort de son
beau-père, son refus de l’enterrer lui vaut son surnom (superbus en latin signifie
l'orgueilleux) et c’est sans hésitation qu’il prend possession du pouvoir. S’en-
tourant de gardes, il règne par la terreur sans se préoccuper des suffrages du
peuple ou du consentement du Sénat. Il diminue le nombre de sénateurs et gou-
verne seul. Il fait tuer son opposant, le latin Turnus Herdonius de manière à
montrer l'exemple.
Roi guerrier, il fait la guerre aux Volsques, puis à la ville de Gabies qu’il soumet
grâce à la ruse et au stratagème de son fils Sextus.
Il poursuit l’aménagement de Rome en faisant bâtir le temple de Jupiter sur le
mont Tarpéien. Il souhaite que l’emplacement du Capitole soit tout entier consa-
cré à Jupiter. Il fait aussi construire des galeries autour du Cirque Maxime et un
égout destiné à recevoir les immondices de la ville.
Mais, alors que Tarquin le Superbe fait le siège d’Ardée, son fils Sextus viole la
vertueuse Lucrèce, femme de Collatin, neveu du roi. Lucrèce expose à son père
et son époux son malheur avant de se suicider sous le coup de la honte et du
désespoir. Brutus, un proche de Collatin, jure de venger Lucrèce. Brutus ha-
rangue le peuple romain qui prononce la déchéance et l’exil de Tarquin le Su-
perbe, de sa femme et de ses enfants. Averti, Tarquin essaie de revenir d’Ardée
à Rome mais il y trouve les portes fermées. Son exil lui est ainsi signifié.
C’est ainsi qu’en 509 avant J.-C., son règne qui aura duré vingt-cinq ans se ter -
mine. Brutus et Collatin deviennent consuls, ce qui marque la fin de la royauté
et le début de la République.
LA REPUBLIQUE ROMAINE (résumé général)
1. La conquête de l’Italie de 509 à 272 avant J.-C.
De 509 à 493 avant J.-C., la République tâtonne et s’organise peu à peu. Le
Sénat et deux magistrats possèdent le pouvoir suprême : il s’agit d’une oligar-
chie qui profite à une nouvelle élite : le patriciat.
Pendant les dix premières années, les guerres se succèdent, et la première
confrontation entre les patriciens (l’aristocratie) et les plébéiens (le peuple) a
lieu en 495 avant J.-C. autour de problèmes de dettes : les créanciers, issus de
la classe patricienne, ont le droit d'enchaîner, de vendre comme esclave ou de
mettre à mort leurs débiteurs.
En parallèle, une nouvelle guerre contre les Volsques est imminente mais la
plèbe refuse de se mobiliser pour faire face à la menace. Cependant, à la suite
de la promesse faite par un consul d’annuler toute dette pour un plébéien qui
s’engagerait dans cette guerre, la plèbe s'enrôle en masse dans l’armée pour
échapper à ses créanciers et remporte plusieurs victoires : contre les Volsques,
les Èques, les Sabins et les Aurunces. Mais, après les batailles, les consuls ne
tiennent pas tous parole et la plèbe est toujours dans une situation précaire ;
elle se retire alors en armes sur le Mont Sacré en 494 avant J.-C. Cette première
sécession de la plèbe se termine par la création, en 493 avant J.-C., des tribuns
de la plèbe, magistrature interdite aux patriciens et dont les décisions sont in-
violables.
De 493 à 350 avant J.-C., Rome lutte contre ses voisins, en particulier les
Volsques, les Èques, les Sabins et surtout les Étrusques. En 395, c’est la prise de
Véies, l’une des douze plus importantes cités étrusques, notamment car elle do-
mine le rive droite du Tibre et possède des salines à son embouchure. En 390,
Rome est prise par les Gaulois, mise à sac et pillée. Caere, ancienne ville
étrusque à l’Ouest de Rome, accueille alors les Vestales et les objets sacrés de
Rome durant l'invasion gauloise : ils forment une alliance étroite.
Ces conflits externes sont intimement liés à des conflits internes entre les diffé-
rentes classes sociales romaines. Entre 451 et 449, sont rédigées les Lois des
Douze Tables qui établissent l’égalité devant la loi entre patriciens et plébéiens,
mais interdit les mariages mixtes, ce qui sera modifié en 445.
De 389 à 350, Rome agrandit ses territoires dans le Latium, se reconstruit et
subit de nombreuses crises internes. De 350 à 272 avant J.-C., elle conquiert
tout le reste de l’Italie.
De 343 à 290, Rome entre en guerre à trois reprises contre les Samnites :
Lors de la première guerre samnite (343-338), Rome intervient en fa-
veur des Latins et des Campaniens contre les Samnites, ce qui provoque
la "guerre latine".
Lors de la deuxième guerre samnite (326-304), Étrusques, Gaulois et
Samnites se liguent contre Rome, qui subit en 321 la défaite des Fourches
Caudines où les Romains sont pris en étau. La ville étrusque de Volsinies
reste imprenable.
Lors de la troisième guerre samnite (298-290), les Samnites subissent
en 296 une première défaite. Rome se tourne alors vers le Nord. En 295,
c’est la bataille de Sentinum où sont écrasés les Samnites et les Gaulois.
Enfin, en 290, les Samnites demandent la paix. De 293 à 273, toute l’Étru-
rie est conquise. En 272, Rome est maîtresse de presque toute l'Italie, à
l'exception de la Grande Grèce (Italie du Sud).
2. La conquête du bassin méditerranéen de 264 à 112
avant J.-C.
De 264 à 146 avant J.-C., les Guerres puniques (contre les carthaginois)
constituent une série de trois conflits qui opposent Rome, dont l’armée est sur-
tout habile sur terre, à Carthage (actuelle Tunis), dont l’armée est surtout habile
sur mer ; l’enjeu principal est la Sicile, idéalement située au centre de la Médi-
terranée et en partie contrôlée par les Carthaginois. Elles aboutissent à la
conquête par Rome de la Sicile et de l’Afrique du Nord à la suite de la destruc-
tion de Carthage en 146 avant J.-C.
La première Guerre punique se déroule de 264 à 241 avant J.-
C. Son objectif est de soumettre la Sicile. Les Carthaginois prennent
d’abord la ville de Messine, point stratégique de liaison avec l’Italie du
Sud, occupée par les Grecs. La population, poussée par les propriétaires
terriens de Campanie qui veulent contrôler le passage maritime entre la
Sicile et l’Italie, demande à Rome d’intervenir. Carthage regroupe alors
ses troupes à Agrigente, mais les Romains prennent les villes de Sé-
geste et d’Agrigente après un siège de sept mois. Il s’ensuit vingt ans de
guerres faites de revirements divers, au rythme des alliances ou mésal-
liances avec les Grecs de Sicile. C’est une bataille navale au large d’une
citadelle carthaginoise en Sicile qui est décisive : Hamilcar Barca, chef des
armées carthaginoises de Sicile, propose la paix à Rome avec l’accord du
gouvernement carthaginois. La fin de cette première guerre marque donc
le déclin naval de Carthage qui n’est plus maîtresse des mers, au
contraire de Rome, même si c’est au prix de lourdes pertes. À Carthage,
c’est la guerre civile entre les partisans et les opposants d’Hamilcar qui
réussit toutefois à rétablir militairement et socialement la situation. Rome,
s’inquiétant de l’influence grandissante d’Hamilcar sur le gouvernement
carthaginois, s’empare de la Sardaigne et de la Corse. Carthage, alors
faible, ne réagit pas mais fonde dans le Sud de l’Hispanie la ville de la
Nouvelle Carthage (actuelle Carthagène) et y exploite des mines, redon-
nant à Carthage sa puissance économique et commerciale. Mais Hamilcar
meurt dans un combat contre les Ibères, renforçant les positions puniques
dans le sud de l’Espagne et espérant une revanche future sur Rome en re-
créant la puissance militaire carthaginoise.
La deuxième Guerre punique se déroule de 218 à 201 avant J.-
C. Le général carthaginois Hannibal Barca, fils d’Hamilcar, allié à certaines
troupes gauloises et grecques, traverse les Alpes, avec ses éléphants de
guerre mais renonce finalement à entrer dans Rome. Le prétexte de cette
guerre est le siège par les Carthaginois de la ville de Sagonte en Espagne
qui, selon le traité de 241 avant J.-C., devait rester province romaine
d’Ibérie. C’est alors qu’intervient en Hispanie le général Scipion, reprenant
une à une les positions carthaginoises, détruisant les renforts venus de
Carthage ou d’Hispanie avant qu’ils n’arrivent à Hannibal. Ce dernier est
alors progressivement cantonné dans une région du Sud de l’Italie. En pa-
rallèle, des troupes romaines débarquent en Afrique du Nord ; Hannibal
est alors appelé au secours mais les Romains sont victorieux et réus-
sissent à s’allier aux Numides de Carthage. L’affrontement entre Scipion
et Hannibal tourne à l’avantage de Scipion qui prend alors le surnom
d’Africain lors de la bataille de Zama en 202 avant J.-C. La défaite cartha-
ginoise entraîne la perte définitive de l’Hispanie, la destruction de la flotte
carthaginoise, l’interdiction de toute action militaire sans accord romain et
le paiement d’une indemnité de guerre. Cependant, malgré la rigueur du
traité de paix, la cité punique retrouve sa puissance économique. Prétex-
tant la violation du traité de paix de 202 (Carthage a levé une armée pour
repousser les incursions numides), le Sénat romain décide de lancer une
offensive en Afrique dans le but de détruire la ville rivale.
La troisième Guerre punique se déroule de 149 à 146 avant J.-C.
Elle consiste pour les Romains en une courte campagne destinée à faire le
siège de Carthage. La victoire est remportée par Scipion Émilien, alors
surnommé pour cela « le second Africain ». Le siège s’achève en 146
avant J.-C. par la destruction complète de la ville, dont le sol est décla-
ré sacer, c’est-à-dire maudit.
De 146 à 112 avant J.-C., Rome fait la conquête du pourtour de la Méditerra-
née, notamment du royaume de Pergame (actuelle Turquie) qui devient pro-
vince d’Asie en 129 avant J.-C. La Grèce, l’Afrique du Nord, l’Ibérie deviennent
aussi provinces romaines.
3. Les guerres civiles de 133 à 27 avant J.-C.
À partir de 133 avant J.-C., on assiste à un conflit entre le parti populaire,
les populares et le parti aristocratique, les optimates. Malgré quelques appa-
rences démocratiques, c'est une oligarchie très stricte qui se met en place à
Rome. La République est en crise :
sur le plan politique :
o les plus pauvres n'ont jamais l'occasion de voter,
o l'initiative des lois revient au Sénat qui peut dissoudre les comices (=
assemblées),
o la multiplication des tribunaux sénatoriaux pratiquant la torture,
les quaestiones, privent le peuple de tout pouvoir judiciaire,
o les pouvoirs des consuls sont limités par le Sénat.
sur le plan économique :
o les Guerres puniques ont brutalement fait chuter la population et pro-
voqué un exode rural énorme,
o les paysans, ruinés et endettés, achètent à bas prix des latifundia, im-
menses propriétés.
S’appuyant sur les modèles de leurs ancêtres Scipion l’Africain (235-183) et Sci-
pion Émilien (185-129), les frères Gracques, Tiberius et Caius Gracchus, deux tri-
buns de la plèbe, tentent de redistribuer les terres et le blé. Mais ces projets ef-
frayent la noblesse romaine et ils se font assassiner, l’un en 133, l’autre en 121.
De 91 à 88 avant J.-C., se déroule une guerre sociale où les alliés de Rome,
les socii, réclament et obtiennent de Rome le droit à la citoyenneté romaine.
De 88 à 27 avant J.-C., se succèdent trois guerres civiles qui opposent des
personnages ambitieux :
Marius et Sylla (de 88 à 87 et de 83 à 82) : Marius, partisan de la
plèbe, s’oppose à Sylla, partisan des patriciens. Marius vieillissant est ja-
loux du jeune Sylla qui lui a fait de l’ombre lors de la guerre de Jugurtha
(112-105) et qui accumule les conquêtes, notamment en Orient contre Mi-
thridate VI, roi du Pont. Sylla, victorieux, établit des listes de proscriptions
qui autorisent la mise à mort des opposants et la confiscation de leurs
biens.
Pompée et César (de 49 à 44) : après la conquête de la Gaule par Cé-
sar (58 à 52), la guerre civile entre les deux ex-alliés se poursuit et se
solde par la mort de Pompée en 48 avant J.-C. puis l’assassinat de César
en 44 avant J.-C.
Marc-Antoine et Octave (de 44 à 31) : dans un contexte troublé où
sont poursuivis les assassins de César, la lutte entre les deux personnages
est sans merci. Elle se solde par la bataille d’Actium en 31 avant J.-C. où
meurent Marc-Antoine et Cléopâtre ainsi que par la conquête de l’Égypte
en 30 avant J.-C.
En 27 avant J.-C., Octave est nommé Auguste, premier empereur de Rome ;
c’est la fin de la République.
L’empire
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187438
1. LE RÉGIME IMPÉRIAL, OU PRINCIPAT
Prétendu restaurateur de la République après sa victoire sur Marc
Antoine et Cléopâtre, Octave qui se fait décerner le titre d'Auguste par le sénat en
27 avant J.-C., est ce qu'on appelle un empereur, du latin imperator, général victorieux,
celui qui détient l'imperium. Mais ce titre ne suffit pas à identifier le régime impérial,
qu'il vaut mieux appeler principat, dans la mesure où l'empereur se dit plutôt le
premier (princeps) des citoyens que leur souverain.
1.1. LES POUVOIRS IMPÉRIAUX
L'empereur se définit par une titulature qui donne l'énumération de ses fonctions et de
ses pouvoirs : imperator, avec pouvoirs proconsulaires sur les provinces, il détient aussi
la « puissance tribunitienne » dans Rome (il n'y a plus de tribuns de la plèbe) et le
grand pontificat (pouvoir religieux). Il s'octroie souvent le consulat. Il se dit Cae-
sar et Augustus, et ces surnoms deviennent eux-mêmes des titres. Mais cet ensemble
est disparate et laisse les historiens perplexes. On ne connaît pas très bien les formali-
tés d'avènement : certains pouvoirs, d'origines diverses, ne sont pas acquis d'emblée.
Une lacune, en outre : le mode de désignation des empereurs successifs. Le pouvoir ré-
sulte le plus souvent d'une acclamation par les soldats, complétée d'une confirmation
par le sénat, ce qui n'exclut pas une certaine hérédité, même quand elle est créée par
adoption.
1.2. DES EMPEREURS AUX TYPES VARIÉS
Si le poids de l'hérédité se fait sentir chez certains des « douze Césars » (de César à
Domitien) évoqués par Suétone (→ Vie des douze Césars), les empereurs sont
surtout classés par l'historiographie antique en bons et en mauvais, en fonction de leur
attitude repectivement favorable ou défavorable envers le sénat. Il y a des cas
pathologiques (→ Caligula, Commode) et des parvenus grisés par le pouvoir
(→ Vitellius). Il est aussi des personnages sans caractère (Julianus, de mars à juin
193), portés à un pouvoir éphémère par la garde prétorienne, qui attend d'eux une
récompense. Les empereurs sont de plus en plus d'origine militaire et provinciale.
Parviennent ainsi des séries d'empereurs espagnols (→ Trajan, Hadrien), syriens (les
Sévères) ou illyriens (de Claude II à Dioclétien). Cela peut donner de curieux
résultats : sous Élagabal (218-222), prêtre sémite d'un dieu-soleil oriental, un danseur
est fait préfet du prétoire, un cocher préfet des vigiles, un coiffeur préfet de l'annone,
et l'empire échappe tout juste à l'obligation d'adorer le dieu nouveau venu. Ainsi les
empereurs se suivent et ne se ressemblent pas.
1.3. LES EMPEREURS DU HAUT-EMPIRE (27 AVANT J.-C.-192 APRÈS J.-
C.)
LES JULIO-CLAUDIENS (27 AVANT J.-C.-68 APRÈS J.-C.)
D’abord appelé Octave, Auguste (27 avant J.-C.-14 après J.-C.) reçoit son titre après
sa victoire à Actium contre Antoine (31 apr. J.-C.). Son principat apparaît comme
l’une des périodes les plus brillantes de l’histoire romaine. Tibère (14-37), adopté par
Auguste, lui succède en tant qu’empereur et met en place une rigoureuse
administration financière. En 27, malade, il se retire à Capri et laisse le pouvoir
à Séjan, préfet du prétoire. Il fait exécuter ce dernier pour avoir convoité le trône (31).
S’ensuit ce qui fut présenté par les partisans du sénat comme une époque de terreur.
Charismatique au début de son règne, Caligula (37-41) change brusquement de
caractère, gouverne en tyran et de se faire assassiner.
Claude (41-54) développe une forte administration centrale et tente de conquérir
la Bretagne. Il meurt empoisonné par sa femme, Agrippine. Quant à Néron (54-68)
débute son règne de manière prometteuse, mais fait bien vite assassiner le fils de
Claude, Britannicus (55) et sa mère, Agrippine (59). A la suite de la conjuration de
Pison (65) visant à le tuer, l’empereur fait de nombreuses condamnations à mort
(dont Sénèque). Cette terreur le fait déclarer ennemi public par le sénat : acculé par les
armées de Galba et de Vindex, Néron se suicide.
LES FLAVIENS (69-96)
Après la crise de l'année des quatre empereurs (68-69), Vespasien (69-79) mit fin à la
guerre civile et fonde la dynastie des Flaviens. Issu de la bourgeoisie italienne, il remet
de l’ordre dans l’administration et les finances de l’empire. Titus (79-81), fils de
Vespasien, est connu pour son règne marqué de grandes constructions (Colisée, arc de
Titus) par le désastre qui suivit l’éruption du mont Vésuve (79).Domitien (81-96)
élabore le système défensif de l'Empire et annonce déjà le « dominat », nom que l'on
donne aujourd'hui à l'absolutisme sacré, qui fait des progrès à mesure qu'avance
l'Empire.
LES ANTONINS (96-192)
Après Nerva (96-98), Trajan (98-117) est un conquérant, un administrateur et un
bâtisseur : il soumet la Dacie, sur la rive gauche du Danube, annexe l'Arabie Pétrée et
crée les provinces d'Arménie et de Mésopotamie. Fin diplomate, il sait obtenir
l'adhésion du sénat, désormais totalement rallié à la monarchie impériale ; il dote
également Rome du plus important de ses forums.
Hadrien (117-138) entreprend d’unifier la législation et de défendre l’empire contre
les Barbares au moyen de fortifications continues. Le ralliement des élites grecques à
l'administration de l'Empire devient manifeste sous son principat.
Hadrien adopte comme successeur un sénateur respecté, Antonin (138-161), qui mène
la même politique et jouit d'une grande popularité en raison de sa bonne gestion des
finances publiques et de son accord profond avec le sénat.
Marc Aurèle (161-180) succède à son père adoptif, Antonin. Il entreprend une politique
de centralisation administrative et de guerres contre les Barbares. Il est un fervent stoï-
cien. Son fils, Commode (180-192), abandonne la politique militaire de l’Empire pour
une politique de terreur. Il mourut assassin.
1.4. LE CULTE IMPÉRIAL
Malgré leurs défauts d'humanité, les empereurs sont déifiés de leur vivant ou, plus
sûrement encore, après leur mort, à moins que leur mémoire ne soit condamnée, leur
nom martelé sur les monuments et leurs statues décapitées. Le culte impérial provient
de traditions orientales et hellénistiques. Le culte de Rome et d'Auguste se célèbre dans
le cadre des provinces, où il se présente comme une manifestation de loyalisme, et les
assemblées des notables de province sont à la fois religieuses et politiques. À la fin
du IIe s., les dédicaces relatives au culte impérial n'émanent plus de particuliers, mais
seulement de magistrats ou de collectivités, ce qui dénote une relative désaffection. En
revanche, le cérémonial de la Cour se précise et s'imprègne de religiosité : tout ce qui
touche à l'empereur devient sacré ; lui-même est adoré par des sujets prosternés. Mais
ce sont là des manifestations d'orientalisation d'époque tardive ( IIIe siècle surtout) qui
expriment le passage du principat au dominat.
1.5. LES CADRES POLITIQUES
Les cadres politiques de l'Empire ne sont plus ceux de la République. L'empereur
observe souvent de la déférence ou une apparence de déférence, à l'égard du sénat,
laisse le sénat désigner les magistrats qu'il a proposés, mais désigne des consuls en
surnombre pour distinguer des fidèles. Parmi les sénateurs, constitués en ordre
héréditaire, l'empereur choisit des curateurs, à qui sont confiées de hautes fonctions.
Dans l'ordre équestre, où l'on entre sur acceptation impériale, se recrutent des
procurateurs, autres hauts fonctionnaires qui dirigent nombre de services tant urbains
que provinciaux, car une hiérarchie paperassière se développe. Le préfet du prétoire,
chef de la garde prétorienne, est un personnage de premier plan, chargé, entres autres
tâches, du ravitaillement de l'armée. L'administration des domaines impériaux, devenus
immenses grâce aux confiscations répétées, est aux mains de toute une hiérarchie. Elle
comprend les mines, qui étaient souvent propriétés privées sous la République.
2. LA PAIX ROMAINE
2.1. DES FRONTIÈRES SÉCURISÉES
L'armée est une armée de métier, recrutée un peu partout dans l'Empire. Mais les sol-
dats vont souvent opérer loin de leur pays d'origine. Les opérations de conquête se
poursuivent (Bretagne, Dacie). Au IIe siècle, la politique défensive, déjà sagement amor-
cée sur certaines frontières, tend à se généraliser. L'Empire s'entoure de retranche-
ments au nom significatif de limes, frontière. Le limes n'est pas une ligne de défense
impénétrable, et des échanges économiques ont lieu avec les pays barbares, surtout
après la conquête de la Dacie sous Trajan, qui étend les possibilités du commerce.
Le danger du voisinage se fait pourtant sentir : les Barbares du Nord et de l'Est, qui
suivent les voies commerciales, sont souvent en mouvement. Sous Néron, Sarmates et
Roxolans bougent déjà aux abords du Danube. Sous Marc Aurèle, leur menace devient
sérieuse. Mais la population de l'Empire n'est pas encore concernée. Elle jouit de cette
paix tant vantée, des communications intérieures sûres, voies rapides ou mer sans pi-
rates.
2.2. DIVERSITÉ DU MONDE ROMAIN
Les provinces, gouvernées les unes par les délégués de l'empereur, les autres par ceux
du sénat, bénéficient de régimes divers. Les cités ont des statuts non moins variés.
Chaque cité possède sa physionomie propre. Le monde romain est le cadre d'un vaste
brassage de population. Les Italiens sont partis pour l'Orient et l'Occident. Les esclaves
orientaux se sont enracinés à Rome. Affranchis, ils sont montés dans la hiérarchie so -
ciale. L'attribution du droit de cité à tout l'Empire, en 212, par l'édit de Caracalla, sanc-
tionne le résultat de ce chassé-croisé. Mais tous se sentent, en définitive, animés d'un
patriotisme romain destiné à survivre longtemps.
L'ORIENT
L'Égypte, considérée comme patrimoine impérial, et dont le pittoresque suscite une
vague d'égyptomanie esthétique et religieuse, est un grenier à blé qui jouxte ce foyer
intellectuel, cosmopolite et turbulent que demeure Alexandrie. La Grèce propre est un
désert, mais Athènes est un musée et une université. L'Asie Mineure prospère sous l'au -
torité d'une très riche bourgeoisie hellénisée. La Syrie bénéficie des échanges carava -
niers actifs avec un Orient lointain. Tous ces pays de l'Orient romain ont adopté les ins -
titutions de Rome sans perdre l'usage de la langue grecque et de maintes traditions hel-
lénistiques. La vie intellectuelle y est active. Seuls songent à se révolter les Juifs, qui se
heurtent longtemps à l'incompréhension des empereurs.
Aux Ier, et encore plus aux IIe et IIIe siècles, la place de l'Orient dans l'Empire est devenue
singulièrement importante. C'est de l'Orient lointain que des caravanes apportent des
produits exotiques. C'est sur les rives de l'Euphrate que les légionnaires vont monter la
garde face aux Parthes, puis aux Sassanides. C'est de Syrie que viennent les mar-
chands, dont les colonies sont établies dans chaque port de l'Empire. C'est d'Orient en-
fin que viennent les nouveautés en matière religieuse.
L'OCCIDENT
L'Occident s'est très vite romanisé, à l'exception des campagnes, où certains continuent
à parler punique ou gaulois. L'Espagne est fortement colonisée. Elle donne à Rome plu-
sieurs empereurs et des écrivains (Quintilien, Sénèque, Lucain, Martial). La Narbon-
naise n'a rien à envier à l'Italie sous le rapport de la romanisation. La Gaule chevelue, à
première vue plus sauvage, a été fortement pénétrée et mise en valeur. Elle voisine
avec une Germanie romaine très active, du fait de la présence des légions, et dont les
villes, issues des camps, ont une physionomie originale. La Sicile et l'Algérie sont des
terres à blé, grandes pourvoyeuses de la capitale impériale. En Afrique romaine, de
vastes domaines existaient là où il n'y a plus aujourd'hui qu'un désert. Partout, les élites
participent pleinement à la civilisation et aux institutions de Rome. Dans des cités bien
bâties, honorées de subventions impériales, les notables se disputent les fonctions pu -
bliques et dépensent avec vanité pour l'embellissement de leur patrie.
L'ITALIE ET ROME
Au regard de ces provinces actives, l'Italie apparaît, dans sa plus grande partie, dé -
serte ; elle est découpée en grands domaines d'élevage extensif, que possèdent les sé-
nateurs, obligés de placer une partie de leur fortune en terres italiennes.
Rome est en quelque sorte le revers des provinces. Par la fiscalité, l'annone, elle se
nourrit, en parasite, du produit du reste de l'Empire. Le Ier siècle est celui de la « déca-
dence » des moralistes classiques. La convergence des richesses prises au monde,
d'une monarchie de parvenus et d'une populace désœuvrée fait de Rome le foyer d'un
luxe délirant, d'une débauche légendaire et d'un parasitisme sordide. Les enrichis, fiers
de leur réussite, mènent la vie caricaturée par Pétrone dans le Satiricon. Les pauvres
ramassent les miettes, vont regarder mourir les condamnés, les gladiateurs et les
fauves à l'amphithéâtre, consacrent une partie de leur temps à la relaxation que pro-
curent les séjours dans les thermes publics ou privés. Ce tableau prête le flanc aux des-
criptions mal intentionnées des historiens des empereurs (Suétone) et a provoqué de-
puis lors maints commentaires sur le caractère primitif de ces comportements plaqués
de luxe plus que de civilisation.
2.3. L'ÉVOLUTION RELIGIEUSE
PAGANISME ANCESTRAL ET CULTES ORIENTAUX
La religion traditionnelle n'est pas morte, mais elle est trop étroitement liée à l'État ; le
culte est trop officiel, et le rituel trop archaïque et incompréhensible, même pour les Ro -
mains de l'Empire. Les classes cultivées ne lui accordent plus de crédit, tandis que les
classes populaires se sont tournées vers d'autres dieux, dont le culte présente des as -
pects mystiques. C'est en particulier le cas des religions importées d'Orient, véhiculées
par les marchands et les esclaves, adoptées par les marins, les soldats, favorisées par
certains empereurs. Le culte d'Isis et de Sérapis se propage en colportant tout un folk-
lore exotique venu d'Égypte. Le culte d'Attis est introduit officiellement sous Claude,
pour se joindre à celui de Cybèle. Mithra, originaire d'Iran, tient une place étonnante
dans les pays où sont casernés les soldats.
ÉVOLUTION VERS LE SYNCRÉTISME
En outre, la variété des attitudes humaines se traduit par l'athéisme de quelques esprits
forts, par les tendances panthéistes ou monothéistes de certains, par les superstitions
indéfectibles de la masse. Les empereurs ont sévi occasionnellement contre les propa-
gateurs des superstitions, expulsant les astrologues et les charlatans, comme le furent
aussi les « philosophes », assimilés aux autres perturbateurs ou rivaux de la religion tra-
ditionnelle. La spéculation sur la nature des dieux passionne les platoniciens et les
gnostiques du IIe siècle. Les tendances syncrétiques qui paraissent épurer le panthéon
gréco-romain et oriental s'accentuent au IIIe siècle, et les préférences personnelles des
empereurs font presque apparaître un dieu officiel suprême, qui pourrait être Jupiter ou
le Soleil, ou la synthèse des deux : en pays grec, Zeus-Hélios-Sérapis est qualifié
de dieu unique.
ORIGINALITÉ DU JUDAÏSME
Le judaïsme se situe en marge, bien que ses exégètes aient été contaminés par l'hellé-
nisme et la philosophie platonicienne. Son caractère national a été estompé par le pro-
sélytisme des Juifs auprès des païens, prosélytisme favorisé par leur dispersion même,
leur diaspora, qui les a répandus dans les villes. Après la révolte de Judée (66-70), répri-
mée par Vespasien et Titus, et les révoltes juives de 115 et de 135, la dispersion s'ac-
centue. L'attitude du pouvoir romain à l'égard des Juifs est complexe : respect de prin-
cipe pour une religion nationale, sanctions à la suite des révoltes nationalistes. Les Juifs
ont pu cependant édifier librement leurs synagogues, et leur omniprésence a ouvert la
voie à l'expansion du christianisme.
LES DÉBUTS MODESTES DU CHRISTIANISME (IER-IIE SIÈCLE)
Le christianisme apparaît d'abord en pointillé. On a énormément écrit sur ses manifes-
tation à Rome et en Italie au Ier siècle. Mais existe une grande différence entre la vision
chrétienne de la question et l'optique des textes païens, qui se limitent à d'expéditives
allusions à une nouvelle secte. C'est en Asie Mineure que les chrétiens se multiplient en
premier lieu. À Rome, la persécution néronienne attire l'attention sur eux. Pline le
Jeune, gouverneur de Bithynie au temps de Trajan, se demande quelle attitude adopter
à leur égard. Leur cas est embarrassant : ils refusent de considérer l'empereur comme
un dieu, ce qui est très grave, mais on les tient, au demeurant, pour d'honnêtes gens.
Dans la foule, les chrétiens ont des ennemis, qui les accusent d'adorer un dieu à tête
d'âne, de se livrer à des orgies secrètes et autres calomnies, car ils sentent confusé-
ment la menace qu'ils font peser sur le paganisme ancestral. Juridiquement, leur posi-
tion est mauvaise : le seul fait d'être chrétien est, en soi, une faute.
L'ESSOR DU CHRISTIANISME (IIE-IIIE SIÈCLE)
L'attitude des empereurs est variable, tantôt tolérante, en dépit de la législation (ce qui
explique que des lieux de réunion publiquement connus soient nombreux), tantôt persé-
cutrice, comme la population elle-même, occasionnellement coupable de massacres
(Lyon, 177). Au IIIe siècle, le christianisme est florissant. Il est présent dans toutes les ré-
gions peuplées et civilisées de l'Empire. On bâtit des églises en nombre croissant. La
théologie et l'apologétique bénéficient de la plume agile de Tertullien et de Clément
d'Alexandrie. Et tout cela à la veille de persécutions nouvelles (Decius, 249 ; Dioclé-
tien, 303), qui obligent les chrétiens à utiliser plus que jamais le refuge des cata -
combes. Le siècle est d'ailleurs celui de la crise, des troubles, de la terreur, et les chré-
tiens ne sont pas les seuls à en souffrir.
3. LE BAS-EMPIRE
3.1. LA CRISE DU IIIE SIÈCLE
UNE CRISE QUI VIENT DE LOIN
Le tableau séduisant de la paix romaine, d'un Empire prospère où un commerce actif
ferait bénéficier les habitants des denrées de toutes les contrées se ternit très
rapidement. Au Ier siècle, l'Italie est malade de ses terres vides, de ses propriétaires
endettés, de son prolétariat urbain. Pline l'Ancien annonce que le mal gagne les
provinces. Elles aussi pâtissent des dévaluations, dont Néron est l'initiateur et qui ne
font que commencer. Au IIe siècle, l'industrie provinciale l'emporte : les vases de terre
sigillée de Gaule s'expédient dans tout le monde antique. Mais la production, dans son
ensemble, stagne. Les dépenses de l'État augmentent : l'administration, la défense des
frontières, où les barbares se font plus nombreux et offensifs, rendent la fiscalité plus
oppressive. L'économie est en crise. Le manque d'hommes se fait sentir là où ils
seraient nécessaires.
LES MANIFESTATIONS DE LA CRISE
Au IIIe siècle, la crise éclate : c'est l'anarchie, la révolte, la fuite généralisée. Cela résulte
d'un concours de faits que les historiens modernes, donnant d'ailleurs de plus en plus
d'importance à l'économie, ont du mal à hiérarchiser : le déséquilibre de l'Empire entre
ses provinces besogneuses et sa capitale parasite ; l'écart excessif entre la richesse de
quelques-uns et le dénuement de la masse ; la fainéantise de beaucoup, qui vivent de
quasi-mendicité ; la pénurie de soldats et de laboureurs ; le vide des campagnes et le
rétrécissement des villes dépeuplées, qui s'enserrent dans d'étroits remparts ; la dépo-
pulation, qui explique en partie la situation ; les invasions barbares, qui deviennent de
plus en plus fréquentes et dévastatrices et prennent parfois la forme de raids à longue
distance, Rome devant combattre à la fois Perses et Germains et se résigner à abandon-
ner certains territoires, surtout les derniers acquis (Bretagne, Dacie, Mésopotamie) ; la
crise d'autorité, enfin, qui se manifeste à partir de 193.
LES ALÉAS DU RÉGIME IMPÉRIAL
Le IIIe siècle est le siècle des armées, des coups d'État militaires, des empereurs issus
des camps pour un règne éphémère et qui se combattent les uns les autres.
L'époque des Sévères (193-235) accélère l'évolution du principat vers le dominat. Ces
empereurs d'origine libyenne et syrienne établissent un régime autoritaire, dans lequel
une théorie classique a vu la revanche des masses paysannes opprimées sur la
bourgeoisie urbaine et les grands propriétaires. Le pouvoir impérial affiche un caractère
de plus en plus militaire.
Après 235, l'anarchie politique s'installe. La multiplication des empereurs rivaux fait
donner à une série d'entre eux le nom de « trente tyrans ». En Gaule, un empire indé-
pendant, fondé par Postumus en 258, se maintient même pendant quelques années et
s'étend sur l'Espagne et la Bretagne. C'est Aurélien qui y met fin en 274.
Quand l'anarchie s'atténue, comme c'est le cas sous les Sévères et sous les premiers
empereurs illyriens, après 268, toutes les décisions impériales semblent dictées par les
nécessités de l'état de siège que subit le monde romain. Les problèmes d'argent en -
traînent un dirigisme accru. L'État s'arroge des monopoles, les métiers sont constitués
en corporations, tandis que les bureaux se militarisent. Le sénat, quant à lui, est devenu
le simple conseil municipal d'une capitale désertée par les empereurs.
LES MUTATIONS DE LA SOCIÉTÉ
Dans son ensemble, l'Empire résiste bien, mais les provinces ont été localement ruinées
par les fréquents passages des armées romaines comme barbares.
L'armée se sédentarise sous la forme de soldats-paysans, prêts à la moindre alerte. Elle
joue aussi un rôle accru de police contre le brigandage, participe à la construction des
remparts des villes et finit par se charger de la collecte des impôts et d'une partie de la
justice. La population subit ce régime. Les riches sont victimes de confiscations et de ré-
quisitions. S'ils sont des notables dans leur cité (décurions), ils sont responsables de
l'impôt et paient pour les autres. Leur condition, de plus en plus ingrate est rendue hé -
réditaire. Le commerce est bloqué : au mont Testaccio, où s'entassent les restes d'am-
phores du port de Rome, aucune ne porte de date postérieure à 255. En 252 enfin, la
peste s'est mise de la partie. Après avoir payé tribut aux Barbares, Rome se résigne à
les accueillir : à partir de 276, l'empereur Probus établit des colons goths et vandales en
Pannonie. Ce n'est qu'un début.
3.2. LA RESTAURATION DU IVE SIÈCLE
LA TÉTRARCHIE
En 286, deux empereurs, Dioclétien en Orient et Maximien en Occident, gouvernent
le monde romain. En 287, ils prennent respectivement les titres de Jovius et d'Herculius.
En 293, pour faire face à l'extension géographique et économique de l'Empire, un
système original de partage quadripartite du pouvoir se met en place, la tétrarchie.
Maximien prend pour césar l'ancien préfet du prétoire Constance Chlore, chargé de la
Bretagne et de la Gaule. Peu après, Dioclétien fait de même avec Galère, qui devient
responsable de la péninsule balkanique. La défense de l'Empire s'appuie donc sur les
quatre résidences impériales de Trèves (Constance), Milan (Maximien), Sirmium (Galère)
et Nicomédie (Dioclétien), tandis que Rome reste la capitale officielle, toujours désertée
par les princes.
UN RÉGIME DE PLUS EN PLUS AUTORITAIRE
La paix règne sur toutes les frontières à partir de 298. Le nombre des légions passe de
39 à 60, mais leurs effectifs sont variables. L'administration impériale est renforcée et
les impôts (capitation et impôt foncier) sont augmentés. La bonne monnaie fait sa
réapparition, mais elle est faite de billon, et non plus d'argent comme ce fut le cas sous
le Haut-Empire. Une flambée des prix, combattue par un édit du maximum du prix des
marchandises et des services applicable dans tout l'Empire (301), accompagne cette
politique monétaire. Dioclétien s'attaque aussi aux croyances jugées dangereuses,
d'abord au manichéisme, ensuite au christianisme (303-304), par quatre édits
successifs qui font des milliers de victimes, surtout en Orient, en Italie et en Afrique.
En 305, Dioclétien et Maximien abdiquent, leurs Césars Constance Chlore et Galère les
remplacent. Mais le système est déréglé dès 306 par la mort de Constance Chlore et la
proclamation par ses troupes de son fils Constantin (306-337), qui prend le contrôle
des Gaules, des Germanies, de l'Hispanie et de l'île de Bretagne.
LA RÉORGANISATION CONSTANTINIENNE
Avec le règne de Constantin Ier, l'Empire subit une véritable mutation. Il s'empare de
l'Italie en 313 et de tout l'Orient en 324. Les institutions autoritaires qui sont nées de la
nécessité sont toujours en place. Mais la situation militaire et politique s'est clarifiée.
Enfin, peu après les dernières persécutions, l'Empire devient chrétien, officieusement
par la conversion de l'empereur, à une date indéterminée, officiellement par la proscrip-
tion des sacrifices aux dieux païens, amorcée en 341, mais rendue définitive en 394
seulement.
Survient alors une embellie dans l'histoire du Bas-Empire. Les lettres reprennent
quelque vigueur, les arts également, bien que marqués désormais au coin de la barba-
rie. L'Empire se partage en deux parties, avec la naissance d'une nouvelle capi-
tale, Constantinople, nouveau nom de Byzance à partir de 330. La réaction païenne
de l'empereur Julien (361-363) semble vouloir amorcer un retour aux mœurs an-
ciennes, vite enrayé.
PERSISTANCE DES ANCIENS MAUX ET DÉCLIN DE L'EMPIRE D'OCCIDENT
Mais les maux du IIIe siècle subsistent au IVe, et les Anciens, qui eux-mêmes en ont eu
conscience et ne savaient trop qui accuser, ont eu des réactions de défense, souvent
malheureuses, limitées, égoïstes : le corporatisme, le patronat, l'anachorèse (fuite dans
le désert), la fortification des villes, les pactes avec les Barbares.
Après le règne de Théodose Ier le Grand (379-395), dernier à réunifier brièvement
l'ensemble du monde romain en 394, rien n'empêche plus la rupture définitive entre
deux empires, celui d'Orient et celui d'Occident, puis, en 476, la disparition politique du
plus exposé d'entre eux aux barbares, l'Empire d'Occident.
Ce fait brutal n'empêche pas la persistance des traces matérielles ou culturelles de la
romanité qu'on retrouve à travers l'Europe. Cette notion même de Romania, de « roma-
nité », est l'expression posthume du patriotisme romain et de la nostalgie, chez les ex-
Romains des royaumes barbares, de la splendeur et de l'ordre passés.