Initiation à la Télédétection
Initiation à la Télédétection
PHYSIQUE DE LA TELEDETECTION
Ilyasse ZONGO
internes
L’ouie 3
L’homme a créé des systèmes de télédétection artificiels :
Tout système composé d’une source émettrice, d’un capteur et d’une mémoire
… est un système d’acquisition d’information à distance 4
I. Définition
Le mot télédétection (en anglais « remote sensing ») désigne l'ensemble des
techniques qui permettent d'étudier à distance des objets ou des phénomènes.
Le néologisme « remote sensing » fait son apparition aux Etats-Unis dans les
années soixante, lorsque des capteurs nouveaux viennent compléter la
traditionnelle photographie aérienne. Le terme de télédétection a été introduit
officiellement dans la langue française en 1973 et sa définition officielle est la
suivante :
5
« Ensemble des connaissances et techniques utilisées pour déterminer des
caractéristiques physiques et biologiques d’objets par des mesures effectuées à
distance, sans contact matériel avec ceux-ci. » Commission interministérielle
de terminologie de la télédétection aérospatiale, 1988.
6
Figure 1 : Notion de télédétection : le principe physique
7
Mais ce cours concerne plus précisément les techniques de la télédétection
aérospatiale, qui a pour but l'étude de la surface de la Terre, des océans et de
l'atmosphère à partir d'avions, de ballons ou de satellites, en utilisant les
propriétés du rayonnement électromagnétique émis, réfléchi ou diffusé par les
corps ou surfaces que l'on étudie. Une définition plus précise, et pour nous
plus opérationnelle, de la télédétection est la suivante :
9
A) Production du rayonnement par une
source d’énergie B) Interaction du
rayonnement avec l’atmosphère : durant
son parcours « aller » comme « retour »,
le rayonnement interagit avec
l’atmosphère, la prise en compte de cette
phase, qui « perturbe » le rayon peut
nécessiter de nombreux traitements.
10
C) Interaction du rayonnement avec la cible : l’énergie de la source interagit
avec la cible, la nature de cette interaction dépend des caractéristiques du
rayonnement et des propriétés de la surface (le comportement spectral), c’est
cette empreinte (cette signature) que capte le porteur permettant ainsi de
distinguer les éléments observés. D) L’enregistrement de l’énergie par le
capteur : une fois l’énergie émise par la cible, elle doit être captée sous un
format numérique. E) Transmission et traitement : l’information enregistrée par
le capteur est transmise au sol, où l’information est transformée en images.
11
F) Interprétation et analyse : une interprétation visuelle et/ou numérique est
ensuite nécessaire pour extraire l’information. G) Application : la dernière
étape du processus consiste à utiliser l’information extraite de l’image pour
mieux comprendre la cible.
12
Le développement des techniques de la télédétection résulte de la conjonction
entre l'invention des vecteurs, ballons, avions ou satellites, permettant de
s'éloigner de la surface du sol ou de la Terre dans son ensemble, et le constant
perfectionnement des capteurs, c'est à dire des appareils permettant
d'enregistrer le rayonnement électromagnétique pour reconstituer les
caractéristiques de la surface (terre ou océan), ou de l'atmosphère.
14
Les types de capteurs se sont depuis multipliés et perfectionnés : les
radiomètres sont des capteurs passifs, qui enregistrent le rayonnement
naturel, lumière visible mais aussi infrarouge ou microonde, sous forme
numérique ; les capteurs actifs (radars) émettent artificiellement un
rayonnement pour en étudier les interactions avec l'objet à étudier.
15
Les capteurs actuels produisent des données numériques, qui peuvent faire l'objet d'une
restitution pour fournir des documents à interpréter selon les méthodes de la photo-
interprétation, mais sont de plus en plus l’objet d'un traitement informatique aboutissant à
la cartographie automatique des surfaces, soit enfin de calibrations et de corrections qui
permettent d'obtenir des mesures géophysiques telles que des températures ou des 2
réflectances. Ces nouveaux capteurs sont en constant développement depuis leur
apparition ; la caractéristique de ces capteurs qui a connu l'amélioration la plus
spectaculaire est la résolution spatiale, c'est à dire leur capacité à discerner des portions de
la surface terrestre de plus en plus petites.
16
Parallèlement, les applications de la télédétection se sont multipliées, dans de
nombreux domaines de la météorologie et de la climatologie, de
l'océanographie, de la cartographie ou de la géographie. Quel que soit le
domaine d’application considéré, une bonne interprétation des documents de
télédétection ou une bonne utilisation des données numériques nécessite la
compréhension des principes physiques sur lesquels est fondée la technique de
télédétection employée.
17
II. Historique
L'histoire des techniques de la télédétection peut être découpée en cinq
grandes époques :
19
La période qui commence en 1957 et s'achève en 1972 marque les débuts
de l’exploration de l’Espace et prépare l'avènement de la télédétection
actuelle. Le lancement des premiers satellites, puis de vaisseaux spatiaux
habités à bord desquels sont embarqués des caméras, révèle l'intérêt de la
télédétection depuis l'espace. Parallèlement, les radiomètres-imageurs sont
mis au point et perfectionnés, de même que les premiers radars embarqués
à bord d'avions. La première application opérationnelle de la télédétection
spatiale apparaît dans les années 60 avec les satellites météorologiques de
la série ESSA.
20
Le lancement en 1972 du satellite ERTS (rebaptisé ensuite Landsat 1),
premier satellite de télédétection des ressources terrestres, ouvre l’époque
de la télédétection moderne. Le développement constant des capteurs et des
méthodes de traitement des données numériques ouvre de plus en plus le
champ des applications de la télédétection et en fait un instrument
indispensable de gestion de la planète, et, de plus en plus, un outil
économique.
21
Depuis les années 70, on assiste à un développement continu de la
22
Dans les années 90, on assiste ainsi à la multiplication des satellites équipés de
capteurs actifs, radars en particulier. Dans le domaine du rayonnement visible
et infrarouge, les capteurs à très haute résolution spectrale sont aujourd’hui
d’utilisation courante dans leur version aéroportée et font leur apparition à
bord de satellites.
24
Les images de télédétection destinées à l’observation fine de la surface
terrestre, y compris les photographies aériennes traditionnelles, sont,
sous forme numérique, intégrées aux Systèmes d’Information
Géographique.
25
HISTORIQUE DE LA TELEDETECTION:
Quelques dates
méthodes de la photogrammétrie.
30
1991 : Mise en orbite et début de l'exploitation du satellite européen ERS-1,
équipé de plusieurs capteurs passifs et captifs pour l'étude de
l'environnement global de la planète.
31
III. Les domaines d'application de la télédétection.
Le premier grand domaine d'application de la télédétection a été l'étude de
l'atmosphère (météorologie et climatologie). L'intérêt de la télédétection
dans ce domaine est d'assurer une couverture globale et très fréquemment
répétée de la planète entière ; par contre la résolution spatiale n'est pas
primordiale pour les applications météorologiques. Les satellites en orbite
géostationnaire, à 36000 km de la Terre, permettent d'obtenir une image
couvrant près d'un cinquième de la surface terrestre toutes les demi-heures ;
cinq satellites de ce type assurent une couverture globale de l'atmosphère
terrestre, à l'exception des pôles. 32
Ce système est complété par des satellites en orbite polaire, à 900 km
d'altitude, qui offrent plus de précision. Les capteurs utilisés permettent
d'observer les nuages et leur déplacement, de mesurer des températures ou le
contenu en vapeur d'eau de l'atmosphère. Parallèlement au système
opérationnel de veille météorologique, la météorologie est un domaine très
actif de la recherche en télédétection ; des capteurs encore expérimentaux,
utilisant les micro-ondes, effectuent de véritables sondages de l'atmosphère
et mesurent la composition de la stratosphère (ozone) ou les termes du bilan
radiatif.
33
Le traitement des données par les physiciens a pour but d'obtenir des
paramètres géophysiques susceptibles d'être intégrés dans des modèles
numériques de prévision météorologique ou de l'évolution climatique future.
synoptique de vastes régions qu'il est impossible d'obtenir par les moyens
34
ce sont les satellites de télédétection terrestre, équipés de capteurs à haute
résolution, qui sont les plus utiles. Des satellites spécialisés à vocation
océanographique ont volé dans un passé récent (Nimbus, Seasat) ou volent
depuis le début des années 90 (ERS-1 de l'Agence Spatiale Européenne,
TOPEX-Poseïdon). Les types de capteurs utilisés pour l'océanographie sont
très variés. Les radiomètres utilisant le rayonnement visible analysent la
couleur de l'océan, qui permet de mesurer la production biologique (plancton)
et la turbidité; les radiomètres infrarouge ou microonde mesurent la
température de surface de la mer.
35
La répartition des températures ou des turbidités est un indice des courants
océaniques. Les radars embarqués sur des avions ou certains satellites ont
l'avantage d'être insensibles aux nuages; ils permettent d'observer les
phénomènes ondulatoires présents sur l'océan, les vagues en particulier.
Enfin, certains types particuliers de capteurs, radars-altimètres ou
diffusiomètres sont utilisés pour mesurer avec une très grande précision
l'altitude de la surface de la mer qui est un reflet de la dynamique océanique
(courants généraux), ou la vitesse du vent sur la mer. Parmi les applications
océanographiques de la télédétection, citons enfin l'étude des glaces de mer
en régions polaires. 36
Les applications terrestres de la télédétection sont extrêmement variées. La
photographie aérienne, sous toutes ses formes, est encore, sans doute pour
peu de temps, le moyen le plus usuel de télédétection ; les photographies
aériennes sont de plus en plus utilisées sous forme numérique de façon à
permettre leur correction géométrique (orthophotos) et leur intégration dans
les Systèmes d'Information Géographique. En télédétection spatiale, ce sont
surtout les radiomètres optiques à haute ou très haute résolution qui sont
utiles pour les applications terrestres.
37
Depuis 1972, les progrès dans ce domaine sont remarquables : on est passé d'une
résolution de 80 m (MSS de Landsat), à 30 m (Thematic Mapper) et à 20 et 10 m
(HRV de SPOT). En géologie ou pour l'étude de la végétation, les radars
imageurs, surtout aéroportés, sont aussi très utilisés. Le champ des utilisations de
la télédétection ne cesse de s'élargir : cartographie, géologie et prospection
minière, mais aussi surveillance des cultures ou du couvert forestier, urbanisme,
aménagement, génie civil, etc...
I. Le rayonnement électromagnétique
la fréquence, désignée par la lettre υ : c’est le nombre de cycles par unité de
temps. L’unité de fréquence est le Hertz (Hz). Un Hz équivaut à un cycle par
seconde. Les ondes utilisées en télédétection se caractérisent par des
fréquences très élevées mesurées en multiples du Hz (kHz, MHz ou GHz –
gigaHertz)
43
la longueur d’onde ou amplitude : elle est exprimée par une unité de
longueur, le mètre ou ses sous-multiples, en particulier : le micron ou
micromètre : μm. 1μm = 10-6m et le nanomètre : nm. 1nm = 10-9m
λ.υ= c
c = 3 . 108 m.s-1
44
Il est à noter que la fréquence d’un rayonnement électromagnétique est
invariable, alors que la vitesse de propagation, et donc la longueur d’onde,
peuvent être modifiées lors du passage d’un milieu à un autre. C’est la raison
pour laquelle, il vaut toujours mieux caractériser le rayonnement
électromagnétique par sa fréquence, même si l’utilisation de la longueur
d’onde est la plus répandue…
45
la polarisation, c’est à dire l’orientation du champ électrique dans le plan
perpendiculaire à la direction de propagation. La lumière visible
(rayonnement solaire) est non-polarisée, c’est à dire qu’elle n’a pas
d’orientation privilégiée dans ce plan. En revanche, la polarisation du
rayonnement doit être prise en compte en télédétection micro-ondes
(capteurs passifs et radars).
3. Le spectre électromagnétique :
Le rayonnement électromagnétique, d’origine naturelle ou artificielle, existe
pour une gamme très étendue de fréquences ou de longueurs d’onde (de 10-
9m à 105m), qui constitue le spectre électromagnétique (fig 2).
48
Une partie très limitée de ce spectre, entre 0,390 μm 390 nm) et 0,7 μm (700
nm), constitue la lumière visible à laquelle est sensible l’œil humain. Une
décomposition en fonctions des longueurs d’onde de la lumière visible
(lumière blanche) aboutit à distinguer les lumières colorées : violet (390 à 450
nm), bleu (450 à 490 nm), vert (490 à 580 nm), jaune (580 à 600 nm), orange
(600 à 620 nm) et rouge (620 à 700 nm). Les longueurs d’onde inférieures à
390 nm (ou les fréquences supérieures à celle du violet) ne sont pas perçues
par l’oeil humain ; il s’agit du rayonnement ultra-violet. De même, les
longueurs d’onde supérieures à 700 nm, également non-perçues par l’œil
humain, constituent le domaine infrarouge. 49
50
Figure 2 : Le spectre électromagnétique (Bonn et Rochon)
Les sources du rayonnement varient également selon le domaine du spectre :
53
4. La mesure du rayonnement :
La mesure du rayonnement se fait essentiellement à partir de l’énergie
transportée par ce rayonnement. Les grandeurs radiométriques sont donc des flux
d’énergie ou flux radiatifs, c’est à dire des quantités d’énergie (mesurées en
Joule) émises, transportées ou reçues par unité de temps. L’unité de flux radiatif
est le Watt (W).
En télédétection, les capteurs les plus fréquemment utilisés sont des radiomètres
qui enregistrent ou mesurent donc un flux d’énergie en provenance de la surface
de la Terre, qu’il ait été émis ou qu’il ait été réfléchi par celle-ci. L’intensité de
ce flux d’énergie dépend de : 54
l’étendue de la surface terrestre qui émet ou réfléchit (unité de surface : m2).
55
L’intensité du flux radiatif émis ou réfléchi par un portion de la
surface de la Terre, tel qu’elle est mesurée par un capteur, est une
luminance, qui se mesure en W.𝑚−2 .𝑠𝑟 −1 .μm−1 (watt par mètre
carré par stéradian et par micron).
56
Figure 4 : La luminance se distingue de
l’émittance, qui correspond à l’intensité
énergétique d’une portion de surface, qui
quitte la surface dans toutes les
directions d’un demi-espace
(hémisphère). L’émittance, qui se mesure
en W. 𝒎𝟐 . μm, est la luminance intégrée
dans toutes les directions.
57
S
LUMINANCE ÉMITTANCE ÉCLAIREMENT
Puissance émise, par unité Puissance émise, par unité Puissance reçue, par unité de
d’angle solide et par unité par unité de surface d’une surface en provenance de toutes
de surface apparente d’une source étendue dans toutes les directions (hémisphère)
source étendue dans une les directions (hémisphère)
direction donnée
58
II. Le rayonnement et la matière.
Inversement, tous les corps dont la température est différente du zéro absolu,
émettent un rayonnement en fonction de leur température et de l’état de leur
surface. Un corps noir est un corps théorique, à la fois opaque et non-
réfléchissant, qui a la propriété d’absorber la totalité des rayonnements qu’il
reçoit : 60
α=1 ρ= τ=0
reproduites par une cavité percée d’un petit orifice: le rayonnement entrant dans
réfléchit totalement l’énergie qu’il reçoit (α=0, ρ=1) ; les corps naturels sont
61
2. Les lois fondamentales de l’émission du rayonnement:
Loi de Kirchhoff :
Un corps quelconque en équilibre thermique (température constante) réémet, en
fonction du principe de conservation de l’énergie, l’énergie qu’il absorbe. Un
corps noir un corps « parfaitement absorbant » ; il est donc aussi « parfaitement
émissif ». Pour un corps quelconque, constitué de matière, on définit donc une
émissivité :
62
Un corps noir est donc un corps d’émissivité égale à 1. Les lois physiques
concernant l’émission du rayonnement par les corps sont donc définies pour
un corps noir. Elles permettent de calculer l’émittance et la luminance
émises par le corps noir.
63
Loi de Stefan-Boltzmann :
Le flux énergétique total (à toutes les longueurs d’onde) émis par unité de
surface (émittance totale) pour un corps noir est une fonction de sa
température thermodynamique :
E = σT4
E (émittance) est exprimée en W.𝑚−2
T (température absolue) est exprimée en K (degrés Kelvin) ; RAPPEL :
𝑻𝒌 = T°𝒄 + 273,16
σ est la constante de Stefan-Boltzmann: σ= 5.67 .𝟏𝟎−𝟖 W.𝒎−𝟐 .
Pour une surface quelconque, la loi devient donc :
E = ε.σ𝑻𝟒
où est l’émissivité totale de la surface. 64
Loi de Planck (1900) :
2š h𝑐 2 1 2h𝑐 2 1
𝐸(λ,𝑇) = x 𝐿(λ,𝑇) = 5 x
λ5 𝑒 (hc/λkT−1) λ 𝑒 (hc/λkT−1)
65
λ est la longueur d’onde (en m).
T est la température absolue (en K).
k est la constante de Boltzmann.
h est la constante de Planck.
c est la vitesse de la lumière.
Outre son intérêt pratique en télédétection (voir suite), cette loi de Planck a
l’intérêt de montrer que l’émission du rayonnement par la matière, en fonction
de la température, n’obéit pas à une loi continue mais permet de définir des
quantités élémentaires d’énergie (quanta). Elle ouvre la voie à la physique
quantique.
66
Loi de Wien (1896) :
Cette loi, découverte avant la loi de Planck dont elle est une simplification
valable pour les courtes longueurs d’onde et les faibles énergies, définit, en
fonction de sa température, la longueur d’onde pour laquelle l’émission d’un
corps noir est maximale :
2897
λ𝑚𝑎𝑥 =
𝑇
Le soleil peut être comparé à un corps noir dont la température de surface est
environ 5900 K : le rayonnement solaire s’effectue dans les longueurs d’onde
comprises entre 0.2 et 4 μm, de l’ultraviolet à l’infrarouge moyen, avec un
maximum correspondant à la longueur d’onde = 2897/5900 0,5 μm. Le
spectre du rayonnement solaire déborde donc largement le domaine de la
perception par l’œil humain, qui n’est sensible qu’aux longueurs d’onde
comprises entre 0,39 et 0,7 μm environ ; l’œil humain perçoit cependant la
partie du spectre du rayonnement solaire qui présente le maximum d’intensité,
autour de 0,5 μm, qui correspond à la lumière jaune. 68
La surface terrestre, avec une
température moyenne d’environ 290 K,
rayonne principalement dans
l’infrarouge, entre 3 et 50 μm, avec un
maximum correspondant à la longueur
d’onde = 2897/290 10 μm. Ces
longueurs d’onde correspondent au
rayonnement terrestre, ou infrarouge
thermique.
Figure 5 : Emittance du corps noir selon les
longueurs d’onde du rayonnement solaire et du
rayonnement terrestre (calcul selon la loi de Planck)
69 :
3. Les applications en télédétection :
Sauf dans le cas particulier des radars, les capteurs utilisés en télédétection,
installés à bord d’avions ou de satellites, sont sensibles à l’énergie transportée
par le rayonnement électromagnétique, en provenance de portions restreintes
de la surface du sol et reçues dans un angle solide très restreint : la grandeur
fondamentale en télédétection est donc la luminance (fig 3). Dans le cas des
photographies aériennes, l’impression des plaques ou pellicules recouvertes
d’une émulsion photosensible est proportionnelle à la luminance reçue à
travers l’optique de l’appareil. Dans le cas des radiomètres, il est devient
possible de calibrer les données (comptes numériques, en unités arbitraires)
70
transmises par l’appareil, en luminances (en W.𝑚−2 .𝑠𝑟 −1 ) ; cette opération
s’appelle étalonnage.
par les surfaces d’eau (océan par exemple). Dans la plupart des cas, les
75
3.3. La notion de "signature" spectrale.
78
Figure 6 : Réflectances spectrales caractéristiques de trois grands
types de surfaces naturelles (d’après Lillesand et Kiefer).
79
Variations de la réflectance des Variations de la réflectance des
sédiments selon la granulométrie et sédiments selon le taux de couverture
l’humidité : végétale :
82
Ainsi en télédétection, la végétation est généralement distinguée par sa très
faible réflectance dans les longueurs d’onde correspondant au rouge (0,6 à 0,7
μm) et sa réflectance élevée dans le proche infrarouge.
83
Pour identifier avec précision les types de surface, il est souvent utile de
comparer les données de télédétection (obtenues à partir du satellite ou de
l’avion) avec des mesures radiométriques effectuées sur le terrain ou en
laboratoire. Mais une comparaison rigoureuse entre les deux types de données
nécessite la prise en compte des effets de l’atmosphère qui s’interpose entre la
surface et le capteur.
84
4. Le rayonnement et l’atmosphère.
4.1. L’absorption et la transmission atmosphériques.
86
la diffusion correspond à un phénomène de réflexion multiple du
rayonnement qui frappe les molécules ou les particules (aérosols) de
l’atmosphère. Le rayonnement n’est pas modifié dans sa longueur d’onde
mais la direction de propagation change. On distingue la diffusion de
Rayleigh qui résulte de l’interaction entre le rayonnement et les molécules
gazeuses de l’atmosphère, et la diffusion de Mie, qui concerne les aérosols.
La diffusion de Rayleigh, qui affecte plus les rayonnements de courte
longueur d’onde (lumière bleue) explique la couleur bleue du ciel.
87
La diffusion de Rayleigh est isotrope, elle se produit de façon égale dans
toute les directions. La diffusion de Mie est au contraire anisotrope; elle se
produit de façon préférentielle dans les directions proches de la direction
initiale de propagation du rayonnement. La diffusion de Mie n’est pas
dépendante de la longueur d’onde: un ciel pollué (chargé en aérosols) est
souvent blanchâtre par opposition au ciel clair.
Le cas extrême de la diffusion est représenté par les nuages, ou la densité des
gouttelettes en suspension dans l’atmosphère est telle que le rayonnement est
totalement diffusé, et que la masse du nuage réfléchit une grande partie du
rayonnement. 88
L’épaisseur optique de l’atmosphère mesure l’aptitude de celle-ci à
transmettre le rayonnement; elle correspond à la probabilité pour un photon
d’être absorbé ou diffusé au cours de son trajet atmosphérique.
91
4.2. Les effets de l’atmosphère en télédétection visible ou infrarouge
proche:
92
une partie du rayonnement diffusé au cours du trajet descendant repart vers
l’espace sans avoir atteint la surface terrestre. Le capteur à bord d’un
satellite reçoit donc un rayonnement, la luminance propre de l’atmosphère,
qui s’ajoute au rayonnement réfléchi par la surface du sol.
93
dans le cas d’une surface hétérogène, la diffusion à proximité de la surface
aboutit à effacer en partie les contrastes de réflectance entre surfaces
sombres et claires. Ce sont les effets d’environnement qui limitent les
possibilités de détecter certains détails de la surface.
Inversement, il est possible, à partir des données satellitaires obtenues sur des
surfaces homogènes telles que l’océan, de mesurer les propriétés de
l’atmosphère. 95
La correction des effets de l’atmosphère est faite à l’aide de modèles établis
par les physiciens de l’atmosphère, et disponibles sous forme de logiciels
spécialisés.
97
CHAPITRE III : LES CAPTEURS : FONCTIONNEMENT ET
PERFORMANCES.
La fonction d’un capteur consiste à détecter le signal radiatif émis ou réfléchi
par la surface et à l’enregistrer soit sous forme analogique (document
qualitatif interprétable), soit sous forme numérique (données quantitatives
susceptibles d’être calibrées pour accéder aux grandeurs physiques,
luminance ou réflectance). Trois grands types de capteurs peuvent être
distingués et seront étudiés successivement :
les appareils photographiques,
les radiomètres imageurs,
les capteurs actifs (radars). 98
1. Les capteurs photographiques.
elle reste encore sans doute la plus employée. A bord des vaisseaux spatiaux
101
1.2. Les émulsions photographiques
Un film photographique est constitué d’un support (film plastique ou plaque
rigide), sur lequel est déposée une émulsion, c’est à dire une couche de
gélatine dans laquelle sont emprisonnés des sels photosensibles (sels d’argent)
qui réagissent chimiquement à l’exposition au rayonnement. Lors du
développement, une réaction chimique permet de transformer l’image virtuelle
formée par l’exposition au rayonnement du film en une image réelle.
103
Figure 1 : Sensibilité des différentes émulsions classiques selon la longueur d’onde et 104
utilisation des filtres (Source : R. Bariou, 1978).
Deux des émulsions classiques utilisent une seule couche de sels
photosensibles et la restitution finale du cliché se fait en noir et blanc (fig 3) :
105
l’émulsion infrarouge noir et blanc a une sensibilité étendue dans
l’infrarouge proche jusqu’à 0,95 μm. Un filtre permet de sélectionner les
grandes longueurs d’onde au-delà de 0,6 μm. Cette émulsion offre la
possibilité d’une étude fine de la végétation, qui réfléchit fortement
l’infrarouge en période d’activité chlorophyllienne, et la détection de
l’humidité (l’eau absorbe fortement le rayonnement infrarouge).
couleur (fig 3) :
106
l’émulsion couleur est constituée de trois couches superposées, colorées
respectivement en jaune, magenta et cyan, qui sont les couleurs
complémentaires du bleu, du vert et du rouge (fig 2). Ces couches sont donc
sensibles successivement aux longueurs d’onde courtes (bleu), moyennes
(vert) et longues (rouge) du spectre visible. Au développement, par synthèse
soustractive des trois couleurs primaires (bleu, vert et rouge) à partir des
complémentaires (jaune, magenta, cyan), on reconstitue la couleur naturelle
des objets et des surfaces. L’image couleur offre une beaucoup plus grande
richesse d’interprétation que l’image noir et blanc.
107
l’émulsion infrarouge couleur (dite aussi fausse couleur) repose sur le même
cyan est décalée dans le spectre vers les longueurs d’onde du vert, du rouge
celles de l’infrarouge noir et blanc, avec une plus grande richesse dans
109
Figure 3 : Quatre photographies
aériennes d’un même paysage
utilisant les 4 émulsions
classiques en photographie
aérienne (Source : Lillesand
et Kiefer, 1994).
110
1.3. Les propriétés et l’utilisation des photographies aériennes ou spatiales
Les photographies sont des documents analogiques, dont l’interprétation se fait
le plus souvent visuellement (photo-interprétation). La numérisation
(conversion en données quantitatives susceptibles d’être calibrées ou traitées
par l’informatique) des photos aériennes panchromatiques ou couleur est
aujourd’hui possible sur les scanners informatiques.
Les photographies aériennes sont acquises par des avions volant à basse
113
A côté de la classique photo-interprétation des photographies aériennes sous
forme analogique, se développe aujourd’hui l’utilisation des photographies
aériennes numérisées. Sous cette forme, les photographies aériennes peuvent
faire l’objet de corrections géométriques qui donnent naissance à des
orthophotos. Une orthophoto devient un document cartographique où il
devient possible de localiser précisément des objets ou des caractéristiques de
la surface terrestre ; elle font l’objet d’un Géoréférencement qui permet de les
utiliser dans le cadre des Systèmes d’Information Géographique (S.I.G.). La
numérisation des photos aériennes ouvre aussi la voie à la photogrammétrie
numérique, c’est à dire la reconstitution par ordinateur du relief de la surface.
114
2. Les radiomètres imageurs.
Ce sont des capteurs qui mesurent de façon quantitative le rayonnement. La
constitution d’une image est obtenue par l’acquisition séquentielle
d’informations radiométriques provenant d’une fraction (tache élémentaire
ou tachèle) de la surface du paysage observé. La répétition de l’acquisition
au cours du mouvement du vecteur (avion ou satellite) (balayage) permet la
constitution d’une image : l’image est un ensemble de mesures
radiométriques organisées en lignes et colonnes.
115
2.1. La conception des radiomètres à balayage:
116
Figure 4 : Conception classique d’un
radiomètre à balayage en version aéroportée
(Source : Bonn et Rochon, 1992).
117
le rayonnement parvient au détecteur à travers une série de dispositifs
optiques, miroirs, lentilles et filtres qui focalisent le rayonnement et séparent
les bandes spectrales à mesurer. Le radiomètre multispectral "Thematic
Mapper" des satellites Landsat 4 et 5, sépare ainsi 7 bandes spectrales
différentes, du visible à l’infrarouge thermique.
le signal électrique produit par les détecteurs est amplifié, puis numérisé par
un décodeur analogique-numérique qui convertit l’intensité du courant en
nombres entiers, codés selon le système binaire informatique. 120
Le codage des comptes numériques se fait généralement sur un octet (8 bits, c’est-à-
dire dans l’intervalle 0-255), parfois sur 10 bits (0-1023). Ces comptes numériques
sont soit enregistrés à bord sur bandes magnétiques (c’est toujours le cas sur les
avions), soit transmis à terre par radio. Les satellites ont généralement la possibilité
de transmettre directement les données, en vue d’une station équipée d’une antenne
parabolique de réception, ou de les enregistrer pour une transmission différée.
Les données numériques transmises par les radiomètres sont des nombres entiers en
127
Il est possible, à partir des données numériques, de composer des documents
photographiques. La restitution photographique permet d’utiliser les données
des radiomètres comme des photographies aériennes, par photo-interprétation.
La restitution peut être faite bande spectrale par bande spectrale, sous forme
d’un ensemble d’images noir et blanc, ou en compositions colorées, qui
combinent trois bandes spectrales (canaux) ; les compositions colorées
standard sont établies à partir des données acquises dans les longueurs d’onde
du vert, du rouge et de l’infrarouge, et s’interprètent comme les photographies
infrarouge couleur.
128
Bandes spectrales Couleurs primaires
Bande ROUGE V
Bande VERTE B
129
Les données générées par chaque bande spectrale
130
La composition trichromique : superposition de trois couches monochromes
RVB
131
Lecture d’une image brute : légende chromatique
surfaces claires,
nuages, neige, glace
132
Le spectre visible se situe entre 400 et 700 nanomètres (1nm=10-9m).
Chaque couleur correspond à une certaine longueur d’onde :
133
3. Les capteurs actifs.
Les capteurs actifs se composent d’un émetteur, qui est la source du
rayonnement, et d’un détecteur qui mesure le rayonnement de retour de la
surface observée. Le capteur actif le plus utilisé en télédétection est le radar
imageur à visée latérale. Le grand avantage du radar est d’utiliser des
longueurs très grandes, entre 0,8 cm et 1 m, pour lesquelles l’atmosphère, y
compris les nuages, est complètement transparente ; les radars sont des capteurs
«tous temps», particulièrement intéressants dans les régions du monde où la
nébulosité est très fréquente, et pour les applications qui nécessitent d’obtenir
des images à des dates et heures bien déterminées.. 134
3.1. Le fonctionnement des radars à visée latérale
136
- Pr : puissance du rayonnement reçu.
- : longueur d’onde.
138
si la surface peut être considérée comme lisse par rapport à la longueur
faible ou nul.
141
3.2. L’utilisation des données radar:
Les applications de la télédétection radar sont très variées :
143
les diffusiomètres ou scatteromètres sont des radars non-imageurs, qui mesurent la
rétrodiffusion du rayonnement microonde le long de profils. Ils sont utilisés, par
exemple, pour analyser l’état de surface de la mer et la vitesse du vent sur l’océan.
144
CHAPITRE IV : SATELLITES ET ORBITES.
145
1. Éléments de mécanique satellitale
1.1 Le satellite en orbite
Les lois qui régissent le mouvement des satellites en orbite peuvent être
comparées à celles qui régissent le mouvement des planètes, formulées par les
astronomes et mathématiciens des 16e et 17e siècles: Kepler, Galilée,
Newton. Une fois placé sur son orbite, le satellite est mû par la seule inertie;
en l’absence de frottement (au-delà de l’atmosphère), l’orbite doit en théorie
se maintenir indéfiniment. La force centrifuge compense l’attraction terrestre.
L’orbite d’un satellite est toujours une ellipse, dont la Terre occupe l’un des
foyers (fig 1). 146
La distance entre les deux foyers définit l’excentricité de l’orbite elliptique. En
télédétection, les orbites choisies sont généralement circulaires ou presque
circulaires, c’est à dire d’excentricité nulle ou très faible.
147
La vitesse d’un satellite en orbite varie entre un maximum au périgée, point le plus
bas de l’orbite, et un minimum à l’apogée, point le plus élevé. La période désigne le
temps nécessaire au satellite pour effectuer une révolution autour de la Terre. La
vitesse du satellite (ou sa période) et son altitude ne sont pas indépendantes. Dans le
cas d’une orbite circulaire, il existe une relation simple entre l’altitude du satellite
(ou le rayon de l’orbite), la période et la vitesse du satellite sur son orbite. La vitesse
du satellite sur son orbite est donnée par la relation :
𝑔∗𝑀
V=
𝑅+𝑍
Pour un satellite effectuant une révolution en 24 h (86 164 s), ce qui est le cas
des satellites géostationnaires, le rayon de l’orbite est 42 164 km et l’altitude
du satellite 35 786 km.
150
1.2 La géométrie orbitale usuelle en télédétection
Une des caractéristiques fondamentales des orbites est leur inclinaison, c’est à
dire l’angle entre le plan de l’orbite et le plan équatorial. La valeur de l’angle
est comptée en tenant compte du sens de rotation de la Terre et du satellite (fig
2) : si l’angle est inférieur à 90°, l’orbite est dite directe, dans le cas contraire,
on parle d’orbite rétrograde.
En première approximation, nous pouvons considérer que l’orbite est fixe par
rapport aux étoiles, tandis que la Terre tourne sur elle-même avec une
révolution en T = 86164 s (jour sidéral). Pour un satellite situé à 850 km
d’altitude, qui effectue une révolution en 101 mn, le décalage entre les
longitudes des nœuds ascendants de deux orbites successives est de 25°30’ de
longitude environ, soit, avec le périmètre de la Terre à l’Equateur représentant
40 000 km, 2800 km.
152
S = satellite Sp = sous-point
C = centre de la Terre
NA = nœud ascendant ND = nœud descendant
Nous avons supposé précédemment que le plan de l’orbite était fixe par rapport
aux étoiles; ce n’est pas tout à fait vrai pour un satellite tournant autour de la
Terre, parce que celle-ci n’est pas tout à fait une sphère et que la force de
gravité est plus élevée à l’Equateur qu’aux Pôles. Le résultat est que l’orbite se
décale légèrement à chaque révolution, non seulement par rapport à la Terre qui
tourne sur elle-même, mais aussi dans le "référentiel stellaire", c’est à dire par
rapport aux étoiles. Ce mouvement est appelé mouvement de précession. Pour
une orbite directe, ce mouvement se fait d’Est en Ouest, pour une orbite
rétrograde d’Ouest en Est. 154
Il est possible d’utiliser le mouvement de précession pour que le décalage de
l’orbite se fasse d’Ouest en Est, avec un angle proche de 1° par jour, soit 360°
en une année: dans ce cas, le passage du satellite au nœud ascendant ou
descendant, pour une longitude donnée, aura toujours lieu à la même heure
solaire, le mouvement de précession suivant le mouvement apparent du Soleil
autour de la Terre. On dit alors que l’orbite est héliosynchrone.
L’héliosynchronisme est particulièrement utile en télédétection satellitale,
puisqu’il permet que le survol d’une région ait toujours lieu à la même heure
solaire, c’est à dire dans des conditions d’éclairement comparables.
155
1.4. La mise en orbite
La mise en orbite d’un satellite requiert un lanceur, c’est à dire une fusée,
capable d’imprimer à la masse du satellite (beaucoup d’entre eux ont
aujourd’hui une masse de plusieurs tonnes) une vitesse minimale, la vitesse de
satellisation, qui pour une orbite basse est d’environ 7500 m/s. Ceci est réalisé
aujourd’hui par des fusées à plusieurs étages.
La mise en orbite des satellites de télédétection, qui ont généralement des
orbites circulaires, se fait en plusieurs temps: mise en orbite elliptique dont
l’apogée (point le plus éloigné de la Terre) correspond à l’altitude de l’orbite
définitive, puis impression d’une nouvelle poussée qui transforme l’orbite
elliptique en orbite circulaire.
156
Dans le cas des satellites géostationnaires, en orbite à 36 000 km, la mise sur
orbite se fait en trois temps :
une impulsion qui augmente la vitesse de 2465 m/s place le satellite sur une
orbite très excentrique, de périgée (point le plus bas) à 200 km, et d’apogée à
35 800 km.
une dernière poussée augmente encore la vitesse de 1480 m/s et le place sur
une orbite circulaire à 35 800 km.
157
Il est impossible, à partir d’une base de lancement situé à une latitude donnée,
de placer directement un satellite sur une orbite dont l’inclinaison est inférieure
à la latitude de cette base: outre les poussées nécessaires aux changements
d’altitude, il sera nécessaire d’imprimer au satellite des poussées
supplémentaires pour modifier l’inclinaison de l’orbite, et donc d’augmenter la
consommation de carburant. Ainsi s’explique l’intérêt stratégique des bases de
lancement proches de l’Equateur (Kourou en Guyane française), qui facilitent
le lancement des satellites géostationnaires.
158
La mise sur orbite met souvent à rude épreuve les capteurs qui constituent la
charge utile des satellites de télédétection: accélérations brutales, vibrations,
etc...
L’orbite d’un satellite « à défilement » est une orbite basse (500 à 1500 km
d’altitude), avec une période comprise entre 90 et 120 mn. C’est le cas de la
plupart des satellites de télédétection. Le nombre de révolutions en une journée
est compris entre 12 et 16: ce type de satellite survole donc en une journée des
159
régions très variées, puisque l’orbite est presque fixe, alors que la Terre
effectue une révolution. L’inclinaison de l’orbite par rapport à l’Equateur est
généralement proche de 90°, de façon à permettre un survol des régions de
haute latitude. L’orbite est dite quasi-polaire, le survol du pôle proprement dit
étant très difficile. Le plus souvent, l’inclinaison de l’orbite est choisie proche
de 100°, de façon à satisfaire aux conditions de l’héliosynchronisme, dont
l’intérêt est grand en télédétection. Enfin, la période orbitale est choisie selon
le champ de vision du ou des capteurs, de façon à ce que, au bout d’une durée
variable appelée cycle orbital, lorsque le satellite a pu couvrir la totalité, ou
presque, de la surface terrestre, il retrouve exactement la position du cycle
précédent, et puisse à nouveau acquérir des images au-dessus des mêmes 160
régions, selon les mêmes orbites et les mêmes horaires. On dit que les orbites
sont phasées par rapport à la Terre. Depuis les années 70, les caractéristiques
orbitales de la plupart des satellites de télédétection tendent à se ressembler de
plus en plus, comme si l’on avait fini par atteindre les possibilités optimales
d’acquisition des données de télédétection.
Les satellites géostationnaires sont installés sur une orbite circulaire dans le
plan de l’Equateur (inclinaison nulle), et de période égale à la durée d’une
rotation de la Terre sur elle-même (orbite géosynchrone). L’altitude est
d’environ 35 800 km. Ces satellites apparaissent donc stationnaires, à une
longitude donnée, face à l’Equateur. Le champ de vision d’un satellite
géostationnaire s’étend de 60° N à 60° S, et sur 120° de longitude. En revanche,
la résolution spatiale est limitée par l’éloignement de la Terre. Ce type d’orbite
est utilisé par les satellites météorologiques, qui peuvent ainsi obtenir, avec une
très grande répétitivité (toutes les 1/2 heures pour Météosat), 165
des images globales d’une vaste portion de la surface terrestre ; le système
mondial de surveillance de l’atmosphère terrestre par télédétection utilise la
complémentarité d’un réseau d’au moins 5 satellites géostationnaires et de
satellites à défilement sur orbite basse (fig 4). Les satellites géostationnaires
sont aussi utilisés pour les satellites de télécommunications qui retransmettent
d’un continent à l’autre les communications téléphoniques ou les images de
télévision.
166
Figure 3 : Traces au sol successives du satellite SPOT pendant 24 h et cercles
de visibilité des stations de réception au sol.
167
Figure 4 : Le système global de surveillance de l’atmosphère (complémentarité des satellites
géostationnaires et des satellites à défilement). Source : Agence spatiale européenne.
168
3. Les perturbations d’orbite et leurs conséquences
3.1 La maintenance des orbites
l’orbite :
169
les frottements atmosphériques, bien que faibles, entraînent une baisse de la vitesse et
une perte d’altitude.
le rayonnement solaire exerce sur le satellite une pression, nulle dans l’hémisphère à
l’ombre, plus élevée du côté éclairé. Les changements répétés de cette pression
influent peu à peu sur la qualité de l’orbite.
Ces facteurs agissent sur l’orbite, mais aussi sur l’attitude du satellite, c’est à dire son
orientation par rapport à la Terre qu’il doit observer.
Pour maintenir au mieux l’orbite et l’attitude, les satellites sont équipés de systèmes de
Les variations de l’orbite ou de l’attitude ont des conséquences sur les données
et les images de télédétection : elles sont à l’origine de distorsions
géométriques, plus ou moins importantes, qu’il est nécessaire de prendre en
compte ou de corriger lors de l’utilisation, en particulier lorsque l’on souhaite
rendre une image superposable à une carte, ou plusieurs images superposables
entre elles (fig 5). 171
1. roulis du satellite
2. tangage du satellite
3. mouvement de lacet
4. altitude trop élevée
5. vitesse trop rapide
6. augmentation de la vitesse
173