100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
72 vues173 pages

Initiation à la Télédétection

Le document présente un cours sur la télédétection, abordant ses définitions, son historique et ses applications dans divers domaines. Il détaille les principes physiques du rayonnement, le fonctionnement des capteurs, et les types de satellites utilisés pour la télédétection. Le cours inclut également des travaux dirigés sur des images satellites et des méthodes de traitement numérique des données.

Transféré par

Ousmane Zabre
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
72 vues173 pages

Initiation à la Télédétection

Le document présente un cours sur la télédétection, abordant ses définitions, son historique et ses applications dans divers domaines. Il détaille les principes physiques du rayonnement, le fonctionnement des capteurs, et les types de satellites utilisés pour la télédétection. Le cours inclut également des travaux dirigés sur des images satellites et des méthodes de traitement numérique des données.

Transféré par

Ousmane Zabre
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Ecole Supérieure Polytechnique de la Jeunesse 1

PHYSIQUE DE LA TELEDETECTION

TOPOGRAPHIE 3ème année

Ilyasse ZONGO

Moha EL-AYACHI & Tayeb TACHALLAIT - 13 février 2015


PLAN
CHAPITRE I : LA TÉLÉDÉTECTION : DÉFINITIONS, HISTORIQUE, DOMAINES D'APPLICATION.
1. Définition
2. Historique
3. Applications
CHAPITRE II : LES PRINCIPES DE LA TÉLÉDÉTECTION : ÉLÉMENTS DE PHYSIQUE DU RAYONNEMENT.
1. Le rayonnement électromagnétique
2. Le rayonnement et la matière.
3. Les applications en télédétection :
4. Le rayonnement et l’atmosphère.
CHAPITRE III : LES CAPTEURS : FONCTIONNEMENT ET PERFORMANCES.
1. Les capteurs photographiques.
2. Les radiomètres imageurs.
3. Les capteurs actifs.
CHAPITRE IV : SATELLITES ET ORBITES.
1. Éléments de mécanique satéllitale.
2. Les deux grands types d’orbite utilisés en télédétection.
3. Les perturbations d’orbite et leurs conséquences
Chapitre V : DE L’ACQUISITION DES DONNÉES AUX APPLICATIONS : INITIATION AUX MÉTHODES DE TRAITEMENT
NUMÉRIQUE DES DONNÉES DE TÉLÉDÉTECTION
TD n°1 : Images des satellites d’observation de la terre a haute résolution Landsat-Oli 9 sur la ville de Bobo Dioulasso
TD n°2 : Images SRTM pour modéliser le relief .
2
CHAPITRE I : LA TÉLÉDÉTECTION : DÉFINITIONS,
HISTORIQUE, DOMAINES D'APPLICATION.
Les plus anciens systèmes de télédétection sont des systèmes naturels

internes
L’ouie 3
L’homme a créé des systèmes de télédétection artificiels :

Tout système composé d’une source émettrice, d’un capteur et d’une mémoire
… est un système d’acquisition d’information à distance 4
I. Définition
Le mot télédétection (en anglais « remote sensing ») désigne l'ensemble des
techniques qui permettent d'étudier à distance des objets ou des phénomènes.
Le néologisme « remote sensing » fait son apparition aux Etats-Unis dans les
années soixante, lorsque des capteurs nouveaux viennent compléter la
traditionnelle photographie aérienne. Le terme de télédétection a été introduit
officiellement dans la langue française en 1973 et sa définition officielle est la
suivante :

5
« Ensemble des connaissances et techniques utilisées pour déterminer des
caractéristiques physiques et biologiques d’objets par des mesures effectuées à
distance, sans contact matériel avec ceux-ci. » Commission interministérielle
de terminologie de la télédétection aérospatiale, 1988.

Selon cette définition très vaste, la télédétection peut se pratiquer de la surface


de la Terre vers l’atmosphère ou vers l’espace, comme de l’espace vers la
Terre, et l'astronomie utilise largement la télédétection.

6
Figure 1 : Notion de télédétection : le principe physique
7
Mais ce cours concerne plus précisément les techniques de la télédétection
aérospatiale, qui a pour but l'étude de la surface de la Terre, des océans et de
l'atmosphère à partir d'avions, de ballons ou de satellites, en utilisant les
propriétés du rayonnement électromagnétique émis, réfléchi ou diffusé par les
corps ou surfaces que l'on étudie. Une définition plus précise, et pour nous
plus opérationnelle, de la télédétection est la suivante :

« La télédétection est l’ensemble des techniques qui permettent, par


l’acquisition d’images, d’obtenir de l’information sur la surface de la
Terre (y compris l’atmosphère et les océans),
8
sans contact direct avec celle-ci. La télédétection englobe tout le processus qui
consiste à capter et enregistrer l’énergie d’un rayonnement électromagnétique
émis ou réfléchi, à traiter et analyser l’information qu’il représente, pour
ensuite mettre en application cette information. » (d’après le site Web du
Centre Canadien de Télédétection : [Link]

9
A) Production du rayonnement par une
source d’énergie B) Interaction du
rayonnement avec l’atmosphère : durant
son parcours « aller » comme « retour »,
le rayonnement interagit avec
l’atmosphère, la prise en compte de cette
phase, qui « perturbe » le rayon peut
nécessiter de nombreux traitements.

10
C) Interaction du rayonnement avec la cible : l’énergie de la source interagit
avec la cible, la nature de cette interaction dépend des caractéristiques du
rayonnement et des propriétés de la surface (le comportement spectral), c’est
cette empreinte (cette signature) que capte le porteur permettant ainsi de
distinguer les éléments observés. D) L’enregistrement de l’énergie par le
capteur : une fois l’énergie émise par la cible, elle doit être captée sous un
format numérique. E) Transmission et traitement : l’information enregistrée par
le capteur est transmise au sol, où l’information est transformée en images.

11
F) Interprétation et analyse : une interprétation visuelle et/ou numérique est
ensuite nécessaire pour extraire l’information. G) Application : la dernière
étape du processus consiste à utiliser l’information extraite de l’image pour
mieux comprendre la cible.

12
Le développement des techniques de la télédétection résulte de la conjonction
entre l'invention des vecteurs, ballons, avions ou satellites, permettant de
s'éloigner de la surface du sol ou de la Terre dans son ensemble, et le constant
perfectionnement des capteurs, c'est à dire des appareils permettant
d'enregistrer le rayonnement électromagnétique pour reconstituer les
caractéristiques de la surface (terre ou océan), ou de l'atmosphère.

Jusqu'il y a environ 30 ans, le principal capteur utilisé était l'appareil


photographique, un capteur analogique utilisant des émulsions chimiques
photosensibles (sensibles à la lumière visible essentiellement) pour produire
des photographies aériennes ; l'utilisation de la télédétection se confondait
13
alors avec la « photo-interprétation », interprétation visuelle des documents
photographiques.

14
Les types de capteurs se sont depuis multipliés et perfectionnés : les
radiomètres sont des capteurs passifs, qui enregistrent le rayonnement
naturel, lumière visible mais aussi infrarouge ou microonde, sous forme
numérique ; les capteurs actifs (radars) émettent artificiellement un
rayonnement pour en étudier les interactions avec l'objet à étudier.

15
Les capteurs actuels produisent des données numériques, qui peuvent faire l'objet d'une
restitution pour fournir des documents à interpréter selon les méthodes de la photo-
interprétation, mais sont de plus en plus l’objet d'un traitement informatique aboutissant à
la cartographie automatique des surfaces, soit enfin de calibrations et de corrections qui
permettent d'obtenir des mesures géophysiques telles que des températures ou des 2
réflectances. Ces nouveaux capteurs sont en constant développement depuis leur
apparition ; la caractéristique de ces capteurs qui a connu l'amélioration la plus
spectaculaire est la résolution spatiale, c'est à dire leur capacité à discerner des portions de
la surface terrestre de plus en plus petites.

16
Parallèlement, les applications de la télédétection se sont multipliées, dans de
nombreux domaines de la météorologie et de la climatologie, de
l'océanographie, de la cartographie ou de la géographie. Quel que soit le
domaine d’application considéré, une bonne interprétation des documents de
télédétection ou une bonne utilisation des données numériques nécessite la
compréhension des principes physiques sur lesquels est fondée la technique de
télédétection employée.

17
II. Historique
L'histoire des techniques de la télédétection peut être découpée en cinq
grandes époques :

De 1856, date à laquelle, pour la première fois, un appareil photographique


a été installé de façon fixe à bord d'un ballon, à la première guerre mondiale,
se déroule l'époque des pionniers, pendant laquelle sont explorées les
possibilités de la photographie aérienne verticale pour la cartographie ; les
lois fondamentales de la stéréoscopie et de la photogrammétrie sont
découvertes à la fin du XIXe siècle.
18
De la première guerre mondiale à la fin des années 50, la photographie
aérienne devient un outil opérationnel pour la cartographie, la recherche
pétrolière, la surveillance de la végétation. On assiste à un progrès continu
de l'aviation, des appareils photographiques et des émulsions (couleur,
infrarouge noir et blanc, infrarouge fausse couleur). Les méthodes de la
photo-interprétation sont précisées et codifiées.

19
La période qui commence en 1957 et s'achève en 1972 marque les débuts
de l’exploration de l’Espace et prépare l'avènement de la télédétection
actuelle. Le lancement des premiers satellites, puis de vaisseaux spatiaux
habités à bord desquels sont embarqués des caméras, révèle l'intérêt de la
télédétection depuis l'espace. Parallèlement, les radiomètres-imageurs sont
mis au point et perfectionnés, de même que les premiers radars embarqués
à bord d'avions. La première application opérationnelle de la télédétection
spatiale apparaît dans les années 60 avec les satellites météorologiques de
la série ESSA.
20
Le lancement en 1972 du satellite ERTS (rebaptisé ensuite Landsat 1),
premier satellite de télédétection des ressources terrestres, ouvre l’époque
de la télédétection moderne. Le développement constant des capteurs et des
méthodes de traitement des données numériques ouvre de plus en plus le
champ des applications de la télédétection et en fait un instrument
indispensable de gestion de la planète, et, de plus en plus, un outil
économique.

21
Depuis les années 70, on assiste à un développement continu de la

télédétection, marqué notamment par :

 l’augmentation de la résolution spatiale des capteurs, déjà évoquée.

 la diversification des capteurs qui utilisent des domaines de plus en

plus variés et spécialisés du spectre électromagnétique. Dans les

années 90, on assiste ainsi à la multiplication des satellites équipés de

capteurs actifs, radars en particulier. de satellites.

22
Dans les années 90, on assiste ainsi à la multiplication des satellites équipés de
capteurs actifs, radars en particulier. Dans le domaine du rayonnement visible
et infrarouge, les capteurs à très haute résolution spectrale sont aujourd’hui
d’utilisation courante dans leur version aéroportée et font leur apparition à
bord de satellites.

 la diffusion des données sur une base commerciale, envisagée dès le


lancement du programme SPOT en 1986, se traduit aujourd’hui par le
lancement de satellites de télédétection par des sociétés privées. Les données
de télédétection deviennent l’objet d’un marché concurrentiel.
23
La diffusion accélérée et l’augmentation de la puissance des ordinateurs
contribue de façon continue à promouvoir de nouvelles méthodes
d’utilisation des données toujours plus abondantes que fournit la
télédétection spatiale. Les données des satellites météorologiques et

océanographiques sont aujourd’hui un auxiliaire indispensable de la


prévision numérique du temps et du climat et font l’objet d’une assimilation
directe par les modèles numériques.

24
Les images de télédétection destinées à l’observation fine de la surface
terrestre, y compris les photographies aériennes traditionnelles, sont,
sous forme numérique, intégrées aux Systèmes d’Information
Géographique.

25
HISTORIQUE DE LA TELEDETECTION:
Quelques dates

 1839 : Mise au point de la photographie (NIEPCE, DAGUERRE).

 1844 : Premières photographies aériennes réalisées depuis un ballon par

G.F. Tournachon dit NADAR.

 1856 : Le même NADAR fait breveter l’installation d’une chambre

photographique à bord de la nacelle d’un ballon pour la prise de

photographies aériennes verticales.


26
 1858-1898: LAUSSEDAT expérimente systématiquement l'utilisation de

la photographie aérienne (ballon) en cartographie et met au point les

méthodes de la photogrammétrie.

 1909: Premières photographies depuis un avion (WRIGHT).

 1914-1918 : Utilisation intensive de la photographie aérienne comme


moyen de reconnaissance pendant la 1ère guerre mondiale.

 1919 : Mise au point du premier restituteur stéréoscopique moderne


(appareil de POIVILLIERS) pour l’utilisation des photographies aériennes
en cartographie topographique. 27
 1919-1939 : Essor de la photographie aérienne pour la cartographie et la
prospection pétrolière (Moyen-Orient).

 1940 : Apparition des premiers radars opérationnels en Grande-Bretagne


(bataille d'Angleterre).

 Depuis 1945: Développement continu de la photographie aérienne comme


méthode opérationnelle de cartographie et de surveillance de l'environnement.
Perfectionnement des appareils et des émulsions (infrarouge).

 1957 : Lancement de Spoutnik 1, premier satellite artificiel.

 1960-1972 : Développement parallèle de la technique des satellites et des


capteurs (mise au point des radiomètres et radars imageurs). 28
 1960 : Lancement de Tiros, premier satellite météorologique équipé de
caméras de télévision pour le suivi des masses nuageuses.

 1964-69 : Embarquement d'appareils photographiques à bord d'engins


spatiaux habités.

 1972 : Lancement d'ERTS, rebaptisé Landsat 1, premier satellite spécialisé


de télédétection des ressources terrestres.

 1974-78 : Mise en place, sous l'égide de l'Organisation Météorologique


Mondiale, du réseau des satellites météorologiques géostationnaires.
29
 1978 : Lancement de Seasat, premier satellite spécialisé dans la

télédétection de l'océan, équipé, entre autres capteurs, d'un radar.

 1982 : Apparition de la haute résolution spatiale pour l’observation de la

Terre : lancement de Landsat 4, équipé du radiomètre « Thematic Mapper ».

 1986 : Lancement de SPOT 1 (Système Probatoire d'Observation de la


Terre), satellite français de télédétection. Début de l’exploitation
commerciale des images (Société Spotimage).

30
 1991 : Mise en orbite et début de l'exploitation du satellite européen ERS-1,
équipé de plusieurs capteurs passifs et captifs pour l'étude de
l'environnement global de la planète.

 1999 : Lancement par la société privée Space Imaging Corp. du satellite


IKONOS, offrant des images à très haute résolution spatiale (1 m).

31
III. Les domaines d'application de la télédétection.
Le premier grand domaine d'application de la télédétection a été l'étude de
l'atmosphère (météorologie et climatologie). L'intérêt de la télédétection
dans ce domaine est d'assurer une couverture globale et très fréquemment
répétée de la planète entière ; par contre la résolution spatiale n'est pas
primordiale pour les applications météorologiques. Les satellites en orbite
géostationnaire, à 36000 km de la Terre, permettent d'obtenir une image
couvrant près d'un cinquième de la surface terrestre toutes les demi-heures ;
cinq satellites de ce type assurent une couverture globale de l'atmosphère
terrestre, à l'exception des pôles. 32
Ce système est complété par des satellites en orbite polaire, à 900 km
d'altitude, qui offrent plus de précision. Les capteurs utilisés permettent
d'observer les nuages et leur déplacement, de mesurer des températures ou le
contenu en vapeur d'eau de l'atmosphère. Parallèlement au système
opérationnel de veille météorologique, la météorologie est un domaine très
actif de la recherche en télédétection ; des capteurs encore expérimentaux,
utilisant les micro-ondes, effectuent de véritables sondages de l'atmosphère
et mesurent la composition de la stratosphère (ozone) ou les termes du bilan
radiatif.
33
Le traitement des données par les physiciens a pour but d'obtenir des
paramètres géophysiques susceptibles d'être intégrés dans des modèles
numériques de prévision météorologique ou de l'évolution climatique future.

En océanographie, la télédétection offre l'avantage de permettre une vision

synoptique de vastes régions qu'il est impossible d'obtenir par les moyens

traditionnels (bateaux). Pour certaines études à petite échelle, les données

des satellites météorologiques sont largement utilisées en océanographie

(températures de surface de l'océan) ; pour les études côtières,

34
ce sont les satellites de télédétection terrestre, équipés de capteurs à haute
résolution, qui sont les plus utiles. Des satellites spécialisés à vocation
océanographique ont volé dans un passé récent (Nimbus, Seasat) ou volent
depuis le début des années 90 (ERS-1 de l'Agence Spatiale Européenne,
TOPEX-Poseïdon). Les types de capteurs utilisés pour l'océanographie sont
très variés. Les radiomètres utilisant le rayonnement visible analysent la
couleur de l'océan, qui permet de mesurer la production biologique (plancton)
et la turbidité; les radiomètres infrarouge ou microonde mesurent la
température de surface de la mer.

35
La répartition des températures ou des turbidités est un indice des courants
océaniques. Les radars embarqués sur des avions ou certains satellites ont
l'avantage d'être insensibles aux nuages; ils permettent d'observer les
phénomènes ondulatoires présents sur l'océan, les vagues en particulier.
Enfin, certains types particuliers de capteurs, radars-altimètres ou
diffusiomètres sont utilisés pour mesurer avec une très grande précision
l'altitude de la surface de la mer qui est un reflet de la dynamique océanique
(courants généraux), ou la vitesse du vent sur la mer. Parmi les applications
océanographiques de la télédétection, citons enfin l'étude des glaces de mer
en régions polaires. 36
Les applications terrestres de la télédétection sont extrêmement variées. La
photographie aérienne, sous toutes ses formes, est encore, sans doute pour
peu de temps, le moyen le plus usuel de télédétection ; les photographies
aériennes sont de plus en plus utilisées sous forme numérique de façon à
permettre leur correction géométrique (orthophotos) et leur intégration dans
les Systèmes d'Information Géographique. En télédétection spatiale, ce sont
surtout les radiomètres optiques à haute ou très haute résolution qui sont
utiles pour les applications terrestres.

37
Depuis 1972, les progrès dans ce domaine sont remarquables : on est passé d'une
résolution de 80 m (MSS de Landsat), à 30 m (Thematic Mapper) et à 20 et 10 m
(HRV de SPOT). En géologie ou pour l'étude de la végétation, les radars
imageurs, surtout aéroportés, sont aussi très utilisés. Le champ des utilisations de
la télédétection ne cesse de s'élargir : cartographie, géologie et prospection
minière, mais aussi surveillance des cultures ou du couvert forestier, urbanisme,
aménagement, génie civil, etc...

Le traitement de l'imagerie satellitaire numérique est une discipline en


constant développement, et la baisse du coût des matériels informatiques a
entraîné une augmentation rapide du nombre des utilisateurs.
38
Tableau 2 : APPLICATIONS DE LA TÉLÉDÉTECTION.
Vecteurs Capteurs Domaines d’applications
Télédétection de l’ATMOSPHÈRE (Météorologie, Climatologie):
Satellites géostationnaires (Météosat). Basse et moyenne résolution (on privilégie la Etude de la nébulosité
Satellites à défilement (NOAA). répétitivité et la couverture spatiale). Mesure des températures
Capteurs passifs : visible, infrarouge, Vapeur d'eau et précipitations
microondes. Sondeurs atmosphériques. Eléments du bilan radiatif
Dans le futur : radars pluviométriques, lidars
(capteurs à laser).

OCÉANOGRAPHIE et ETUDES LITTORALES


Avions. Satellites météorologiques Toutes résolutions selon les espaces considérés Analyse de la couleur de l'océan
ou de télédétection terrestre, (de l’océanographie côtière à l’océanographie (production biologique, turbidité).
Satellites spécialisés (Nimbus, globale). Mesures des températures de surface de la mer.
Seasat, ERS-1). Capteurs passifs : visible, infrarouge, Vagues et vents. Altitude de la surface
microondes. (dynamique de l'océan).
Radars imageurs, radar-altimètre, diffusiomètre. Glaces de mer.
APPLICATIONS TERRESTRES
Avions. Satellites à défilement en Surtout haute et très haute résolution spatiale : Cartographie régulière et thématique
orbite polaire (Landsat, SPOT). Photographie aérienne. Géologie, prospection minière,
Capteurs passifs : radiomètres à géomorphologie.
balayage (domaine optique). Hydrologie, neige, risques naturels.
Capteurs actifs : radars imageurs. Agriculture, sylviculture.
Urbanisme. Aménagement, génie
civil. 39
CHAPITRE II : LES PRINCIPES DE LA TÉLÉDÉTECTION :
ÉLÉMENTS DE PHYSIQUE DU RAYONNEMENT.
La télédétection utilise les propriétés du rayonnement électromagnétique pour
analyser à distance la surface du sol, de l’océan ou l’atmosphère. Une bonne
connaissance de la physique élémentaire du rayonnement est indispensable à
l’interprétation des résultats de la télédétection.

I. Le rayonnement électromagnétique

Le rayonnement électromagnétique est une forme de propagation de


l’énergie dans la nature, dont la forme qui nous est la plus familière est la
lumière visible telle que la perçoit l’œil humain.
40
Historiquement, la physique spécialisée dans l’étude du rayonnement (optique)
est née de l’étude de la propagation de la lumière et de ses interactions avec les
matériaux (optique géométrique). Le rayonnement a été ensuite reconnu par les
physiciens comme un phénomène ondulatoire, en relation avec l’électricité et le
magnétisme (optique électromagnétique) ; cette perspective a permis d’étendre
considérablement le champ des connaissances sur le spectre du rayonnement
électromagnétique, bien au-delà de la lumière visible. Enfin, la physique
moderne a montré que le rayonnement électromagnétique pouvait également
être considéré comme un déplacement de particules élémentaires représentant
une quantité d’énergie (optique énergétique et quantique).
41
1. Les ondes électromagnétiques:
Une onde électromagnétique correspond à la vibration simultanée dans
l’espace d’un champ électrique et d’un champ magnétique. Une onde
électromagnétique est une onde progressive et transversale ; le sens de la
variation des champs est perpendiculaire à la direction de propagation(fig 1).

Figure 1 : L’onde électromagnétique simple (monochromatique, plane). Elle se caractérise par : 42


la période T : c’est le temps au bout duquel le champ électrique ou
magnétique retrouve sa valeur à partir d’un instant quelconque, c’est à dire
effectue un cycle. L’unité est la seconde.

la fréquence, désignée par la lettre υ : c’est le nombre de cycles par unité de
temps. L’unité de fréquence est le Hertz (Hz). Un Hz équivaut à un cycle par
seconde. Les ondes utilisées en télédétection se caractérisent par des
fréquences très élevées mesurées en multiples du Hz (kHz, MHz ou GHz –
gigaHertz)

43
la longueur d’onde ou amplitude : elle est exprimée par une unité de
longueur, le mètre ou ses sous-multiples, en particulier : le micron ou
micromètre : μm. 1μm = 10-6m et le nanomètre : nm. 1nm = 10-9m

Entre la longueur d’onde et la fréquence existe la relation classique:

λ.υ= c

où c est la vitesse de propagation du rayonnement dans le vide (vitesse de la


lumière):

c = 3 . 108 m.s-1

44
Il est à noter que la fréquence d’un rayonnement électromagnétique est
invariable, alors que la vitesse de propagation, et donc la longueur d’onde,
peuvent être modifiées lors du passage d’un milieu à un autre. C’est la raison
pour laquelle, il vaut toujours mieux caractériser le rayonnement
électromagnétique par sa fréquence, même si l’utilisation de la longueur
d’onde est la plus répandue…

45
la polarisation, c’est à dire l’orientation du champ électrique dans le plan
perpendiculaire à la direction de propagation. La lumière visible
(rayonnement solaire) est non-polarisée, c’est à dire qu’elle n’a pas
d’orientation privilégiée dans ce plan. En revanche, la polarisation du
rayonnement doit être prise en compte en télédétection micro-ondes
(capteurs passifs et radars).

 l’amplitude de l’onde qui conditionne l’intensité du rayonnement ; plus


l’amplitude est forte plus le flux d’énergie est intense.
46
2. Rayonnement et énergie :

Le rayonnement électromagnétique est une forme de transport d’énergie. Une


onde électromagnétique transporte l’énergie non pas de façon continue, mais
de façon discrète (au sens mathématique du terme), par entités élémentaires ou
quanta d’énergie. Ces quanta d’énergie peuvent être assimilés à des particules,
et sont parfois appelés des photons. La quantité d’énergie associée à un photon
dépend de la fréquence : E = h. υ

où E est la quantité d’énergie, la fréquence et h la constante de Planck : h =


6,63.10-34 J.s.
47
Les rayonnements de fréquence élevée ou de courte longueur d’onde
(ultraviolet, lumière visible) transportent ainsi beaucoup plus d’énergie que
les rayonnements de grande longueur d’onde (infrarouge, micro-ondes).
C’est l’énergie transportée par le rayonnement électromagnétique qui est
détectée par les capteurs utilisés en télédétection.

3. Le spectre électromagnétique :
Le rayonnement électromagnétique, d’origine naturelle ou artificielle, existe
pour une gamme très étendue de fréquences ou de longueurs d’onde (de 10-
9m à 105m), qui constitue le spectre électromagnétique (fig 2).
48
Une partie très limitée de ce spectre, entre 0,390 μm 390 nm) et 0,7 μm (700
nm), constitue la lumière visible à laquelle est sensible l’œil humain. Une
décomposition en fonctions des longueurs d’onde de la lumière visible
(lumière blanche) aboutit à distinguer les lumières colorées : violet (390 à 450
nm), bleu (450 à 490 nm), vert (490 à 580 nm), jaune (580 à 600 nm), orange
(600 à 620 nm) et rouge (620 à 700 nm). Les longueurs d’onde inférieures à
390 nm (ou les fréquences supérieures à celle du violet) ne sont pas perçues
par l’oeil humain ; il s’agit du rayonnement ultra-violet. De même, les
longueurs d’onde supérieures à 700 nm, également non-perçues par l’œil
humain, constituent le domaine infrarouge. 49
50
Figure 2 : Le spectre électromagnétique (Bonn et Rochon)
Les sources du rayonnement varient également selon le domaine du spectre :

 le rayonnement ultraviolet, visible ou infrarouge est émis par les corps,


objets ou surfaces en fonction de leur température : rayonnement solaire
(U.V., visible et proche infrarouge), rayonnement terrestre (infrarouge
thermique).

Figure 3 : Les longueurs d’onde et leur signification 51


les rayonnements de très courte longueur d’onde (rayons gamma, rayons X)
sont produits par les restructurations des noyaux des atomes (radioactivité).
52
les rayonnements visible, infrarouge ou microonde peuvent être produits
artificiellement par vibration ou rotation des molécules (fluorescence, lasers,
four à microondes).

les rayonnements de grande longueur d’onde sont produits par des


oscillations électroniques (antennes).

53
4. La mesure du rayonnement :
La mesure du rayonnement se fait essentiellement à partir de l’énergie
transportée par ce rayonnement. Les grandeurs radiométriques sont donc des flux
d’énergie ou flux radiatifs, c’est à dire des quantités d’énergie (mesurées en
Joule) émises, transportées ou reçues par unité de temps. L’unité de flux radiatif
est le Watt (W).

En télédétection, les capteurs les plus fréquemment utilisés sont des radiomètres
qui enregistrent ou mesurent donc un flux d’énergie en provenance de la surface
de la Terre, qu’il ait été émis ou qu’il ait été réfléchi par celle-ci. L’intensité de
ce flux d’énergie dépend de : 54
 l’étendue de la surface terrestre qui émet ou réfléchit (unité de surface : m2).

 l’ouverture du champ de vision du capteur par rapport à l’émission ou à la


réflexion de la surface qui s’effectue dans toutes les directions ; cette
ouverture est un angle solide (dans l’espace), dont l’unité de mesure est le
stéradian (sr).

 l’étendue de la gamme des longueurs d’onde à laquelle est sensible le


capteur (bande spectrale), qui se mesure en microns (μm).

55
L’intensité du flux radiatif émis ou réfléchi par un portion de la
surface de la Terre, tel qu’elle est mesurée par un capteur, est une
luminance, qui se mesure en W.𝑚−2 .𝑠𝑟 −1 .μm−1 (watt par mètre
carré par stéradian et par micron).

Figure 3 : La luminance émise par une


unité de surface ds et dans une portion
d’angle solide (dans l’espace) d est sous
la dépendance des angles de visée dans le
plan (angle azimuthal ) et par rapport à la
verticale (angle zénithal ).

56
Figure 4 : La luminance se distingue de
l’émittance, qui correspond à l’intensité
énergétique d’une portion de surface, qui
quitte la surface dans toutes les
directions d’un demi-espace
(hémisphère). L’émittance, qui se mesure
en W. 𝒎𝟐 . μm, est la luminance intégrée
dans toutes les directions.

57
S
LUMINANCE ÉMITTANCE ÉCLAIREMENT

Puissance émise, par unité Puissance émise, par unité Puissance reçue, par unité de
d’angle solide et par unité par unité de surface d’une surface en provenance de toutes
de surface apparente d’une source étendue dans toutes les directions (hémisphère)
source étendue dans une les directions (hémisphère)
direction donnée
58
II. Le rayonnement et la matière.

1. Les interactions entre la matière et le rayonnement :


La propagation de l’énergie associée au rayonnement ne se fait de façon
intégrale (sans perte) que dans le vide. Soumise à un rayonnement émis par
une source extérieure, la matière (solide, liquide ou gazeuse) absorbe une
partie de ce rayonnement qui est transformé en chaleur (conversion de
l’énergie radiative en énergie thermique). Le reste est soit réfléchi, soit
transmis à travers le corps (avec éventuellement un changement de direction
de la propagation qui est une réfraction).
59
Un corps quelconque se caractérise donc par un coefficient d’absorption (α), un
coefficient de réflectivité (ρ) et un coefficient de transmissivité (τ), qui expriment la
part de l’énergie radiative absorbée, réfléchie ou transmise. Selon le principe de
conservation de l’énergie, la somme des coefficients est égale à 1 :
α+ ρ+ τ=1

Inversement, tous les corps dont la température est différente du zéro absolu,
émettent un rayonnement en fonction de leur température et de l’état de leur
surface. Un corps noir est un corps théorique, à la fois opaque et non-
réfléchissant, qui a la propriété d’absorber la totalité des rayonnements qu’il
reçoit : 60
α=1 ρ= τ=0

En pratique, les caractéristiques théoriques du « corps noir » peuvent être

reproduites par une cavité percée d’un petit orifice: le rayonnement entrant dans

la cavité est piégé (totalement absorbé) ; le rayonnement émis par la cavité

répond aux lois fondamentales de l’émission du rayonnement, appelées « lois

du corps noir ». On désigne parfois comme « corps blanc », un corps qui

réfléchit totalement l’énergie qu’il reçoit (α=0, ρ=1) ; les corps naturels sont

des « corps gris » caractérisés par (0 < α <1 et 0 < ρ <1).

61
2. Les lois fondamentales de l’émission du rayonnement:

Loi de Kirchhoff :
Un corps quelconque en équilibre thermique (température constante) réémet, en
fonction du principe de conservation de l’énergie, l’énergie qu’il absorbe. Un
corps noir un corps « parfaitement absorbant » ; il est donc aussi « parfaitement
émissif ». Pour un corps quelconque, constitué de matière, on définit donc une
émissivité :

ε=α=1-(ρ+ τ) 0 < ε <1

62
Un corps noir est donc un corps d’émissivité égale à 1. Les lois physiques
concernant l’émission du rayonnement par les corps sont donc définies pour
un corps noir. Elles permettent de calculer l’émittance et la luminance
émises par le corps noir.

Pour un corps quelconque (« corps gris »), l’émissivité se définit donc


comme le rapport de l’émittance du corps à la température T à l’émittance
du corps noir à la même température. Connaissant l’émissivité d’un corps
non-noir, il est possible de calculer son émittance ou sa luminance à partir
de celle d’un corps noir.

63
Loi de Stefan-Boltzmann :

Le flux énergétique total (à toutes les longueurs d’onde) émis par unité de
surface (émittance totale) pour un corps noir est une fonction de sa
température thermodynamique :

E = σT4
 E (émittance) est exprimée en W.𝑚−2
 T (température absolue) est exprimée en K (degrés Kelvin) ; RAPPEL :
𝑻𝒌 = T°𝒄 + 273,16
σ est la constante de Stefan-Boltzmann: σ= 5.67 .𝟏𝟎−𝟖 W.𝒎−𝟐 .
Pour une surface quelconque, la loi devient donc :
E = ε.σ𝑻𝟒
où est l’émissivité totale de la surface. 64
Loi de Planck (1900) :

Cette loi fondamentale de la physique du rayonnement (établie en 1900 par

le physicien allemand Max Planck) permet de connaître la répartition par

longueur d’onde de l’énergie émise par un corps noir. L’émittance et la

luminance spectrales d’un corps noir, pour la longueur d’onde et la

température T sont données par:

2š h𝑐 2 1 2h𝑐 2 1
𝐸(λ,𝑇) = x 𝐿(λ,𝑇) = 5 x
λ5 𝑒 (hc/λkT−1) λ 𝑒 (hc/λkT−1)

65
 λ est la longueur d’onde (en m).
 T est la température absolue (en K).
 k est la constante de Boltzmann.
 h est la constante de Planck.
 c est la vitesse de la lumière.
Outre son intérêt pratique en télédétection (voir suite), cette loi de Planck a
l’intérêt de montrer que l’émission du rayonnement par la matière, en fonction
de la température, n’obéit pas à une loi continue mais permet de définir des
quantités élémentaires d’énergie (quanta). Elle ouvre la voie à la physique
quantique.
66
Loi de Wien (1896) :

Cette loi, découverte avant la loi de Planck dont elle est une simplification
valable pour les courtes longueurs d’onde et les faibles énergies, définit, en
fonction de sa température, la longueur d’onde pour laquelle l’émission d’un
corps noir est maximale :
2897
λ𝑚𝑎𝑥 =
𝑇

 λ𝑚𝑎𝑥 est la longueur d’onde (en μm).

 T est la température absolue (en K)


67
• Quelques valeurs particulières :

Le soleil peut être comparé à un corps noir dont la température de surface est
environ 5900 K : le rayonnement solaire s’effectue dans les longueurs d’onde
comprises entre 0.2 et 4 μm, de l’ultraviolet à l’infrarouge moyen, avec un
maximum correspondant à la longueur d’onde = 2897/5900 0,5 μm. Le
spectre du rayonnement solaire déborde donc largement le domaine de la
perception par l’œil humain, qui n’est sensible qu’aux longueurs d’onde
comprises entre 0,39 et 0,7 μm environ ; l’œil humain perçoit cependant la
partie du spectre du rayonnement solaire qui présente le maximum d’intensité,
autour de 0,5 μm, qui correspond à la lumière jaune. 68
La surface terrestre, avec une
température moyenne d’environ 290 K,
rayonne principalement dans
l’infrarouge, entre 3 et 50 μm, avec un
maximum correspondant à la longueur
d’onde = 2897/290 10 μm. Ces
longueurs d’onde correspondent au
rayonnement terrestre, ou infrarouge
thermique.
Figure 5 : Emittance du corps noir selon les
longueurs d’onde du rayonnement solaire et du
rayonnement terrestre (calcul selon la loi de Planck)
69 :
3. Les applications en télédétection :
Sauf dans le cas particulier des radars, les capteurs utilisés en télédétection,
installés à bord d’avions ou de satellites, sont sensibles à l’énergie transportée
par le rayonnement électromagnétique, en provenance de portions restreintes
de la surface du sol et reçues dans un angle solide très restreint : la grandeur
fondamentale en télédétection est donc la luminance (fig 3). Dans le cas des
photographies aériennes, l’impression des plaques ou pellicules recouvertes
d’une émulsion photosensible est proportionnelle à la luminance reçue à
travers l’optique de l’appareil. Dans le cas des radiomètres, il est devient
possible de calibrer les données (comptes numériques, en unités arbitraires)
70
transmises par l’appareil, en luminances (en W.𝑚−2 .𝑠𝑟 −1 ) ; cette opération
s’appelle étalonnage.

3.1 Le domaine de l’infrarouge thermique.

Dans la gamme des longueurs d’onde supérieures à 4 μm (infrarouge «


thermique » et microondes), la luminance correspond au rayonnement
directement émis par la surface du sol, la surface de l’océan ou le
sommet des nuages. La loi de Planck permet de calculer, à partir de la
luminance mesurée, une température que l’on appelle température de
brillance ou température radiométrique de la surface observée. 71
La température radiométrique s’écarte parfois sensiblement de la température
réelle de la surface, en raison des effets de l’atmosphère d’une part, et surtout
de l’émissivité qui diffère de celle d’un corps noir.
3.2 Le domaine du spectre solaire.
Dans la gamme des longueurs d’onde inférieures à 3 μm (lumière visible et
proche infrarouge), la source du rayonnement est le Soleil. Le rayonnement
provenant du Soleil (avant son trajet dans l’atmosphère) peut être considéré
comme constant ; l’éclairement de la surface du sol varie uniquement en
fonction de l’angle d’incidence solaire s, généralement mesuré par rapport à la
verticale (angle solaire zénithal) ; cet angle dépend de la latitude, de la saison
72
et de l’heure solaire.

La luminance mesurée par le capteur représente la part du rayonnement


solaire incident qui est réfléchie par la surface du sol, dans la direction du
capteur (selon l’angle de visée du radiomètre), c’est à dire une réflectance. Si
la réflexion du rayonnement par la surface se fait de façon inégale selon la
direction (anisotrope), il est nécessaire de tenir compte de trois angles
importants : l’angle zénithal solaire, l’angle zénithal (par rapport à la
verticale) de la visée radiométrique, et enfin l’angle azimutal entre l’incidence
solaire et la visée radiométrique (c’est à dire l’angle entre les projections
73
sur le plan de la surface de l’incidence solaire et de la visée du radiomètre). Si
au contraire la réflexion se fait de façon égale dans toutes les directions
(isotrope), la surface réfléchissante est dite lambertienne. Il est dans ce cas
relativement simple de convertir la luminance mesurée par le capteur en une
réflectance : seul intervient dans le calcul l’angle d’incidence solaire, qui
détermine l’éclairement de la surface.

Un exemple classique de ces problèmes d’angles en télédétection est fourni

par les surfaces d’eau (océan par exemple). Dans la plupart des cas, les

surfaces en eau peuvent être considérées comme lambertiennes, c’est à dire


74
qu’elles réfléchissent, de façon isotrope, une part très faible du rayonnement
solaire (réflectance très faible).

Pour des incidences solaires et des angles d’observation particuliers, les


surfaces en eau réfléchissent le rayonnement comme un miroir
(réflexion spéculaire) : la quasi-totalité du rayonnement incident est
alors réfléchi selon un angle égal à l’angle d’incidence, est dans la
direction opposée à celle de l’angle d’incidence solaire.

75
3.3. La notion de "signature" spectrale.

L’objet de la télédétection est de distinguer des types de surface (en vue de

leur cartographie) ou d’en mesurer certaines caractéristiques, à partir du

rayonnement reçu par le capteur.

Dans le domaine des grandes longueurs d’onde (infrarouge thermique et

micro-ondes « passives »), ce sont la température et l’émissivité qui

déterminent l’intensité du rayonnement émis par la surface. Dans le domaine

de l’infrarouge thermique, l’émissivité des surfaces terrestres ou océaniques

varie dans une gamme limitée : 76


- Surfaces d’eau et océan : 0,98
- Neige et glace : 0,95 à 0,99
- Forêt : 0,90
- Surfaces minérales : 0,85 à 0,95.
La radiométrie infrarouge peut donc être utilisée pour mesurer la température
de la surface, avec une bonne approximation.

Dans le cas des radiomètres micro-ondes (capteurs passifs), les variations de


l’émissivité sont beaucoup plus importantes : ce sont elles qui permettent de
caractériser les différents types de surface, et constituent donc la « signature »
propre à chaque type.
77
En télédétection visible et infrarouge proche, les surfaces naturelles se
caractérisent par de très importantes variations de la réflectance selon la
longueur d’onde. La « signature spectrale » des surfaces correspond aux
variations de la réflectance spectrale (fig 6 et 7). Elle permet de distinguer
entre eux les principaux types de surfaces terrestres (fig 6) ou d’analyser plus
finement les propriétés de ces surfaces (fig 7).

78
Figure 6 : Réflectances spectrales caractéristiques de trois grands
types de surfaces naturelles (d’après Lillesand et Kiefer).

79
Variations de la réflectance des Variations de la réflectance des
sédiments selon la granulométrie et sédiments selon le taux de couverture
l’humidité : végétale :

Figure 7 : Variations de la réflectance spectrale de surfaces caractéristiques de


la zone intertidale (Bassin d’Arcachon, d’après Lafon et Froidefond, 1997)80:
Il convient de ne pas confondre la réflectance spectrale des surfaces et leur
albédo :

- L’albédo désigne la capacité de la surface de la Terre à réfléchir l’énergie


reçue du Soleil dans toute l’étendue du spectre solaire ; il a surtout son intérêt
en climatologie.

- La réflectance spectrale correspond aux variations de la réflectance selon


les longueurs d’onde du domaine solaire. Elle constitue une caractéristique
des surfaces terrestres utilisée en télédétection dans le domaine spectral
solaire.
81
Le principe de la radiométrie dans le domaine du spectre solaire est le même
que celui de la perception des couleurs par l’œil humain : la végétation nous
apparaît verte parce qu’elle réfléchit plus le rayonnement dans les longueurs
d’onde comprises entre 0,49 μm et 0,58 μm, c’est à dire dans la partie du
spectre correspondant au vert (fig 2) que dans les autres longueurs d’onde du
visible. Les radiomètres enregistrent le rayonnement réfléchi dans diverses
bandes spectrales dans le visible ou l’infrarouge, choisies de façon à distinguer
au mieux les types de surface, où à analyser certaines propriétés des surfaces.

82
Ainsi en télédétection, la végétation est généralement distinguée par sa très
faible réflectance dans les longueurs d’onde correspondant au rouge (0,6 à 0,7
μm) et sa réflectance élevée dans le proche infrarouge.

Pour un type de surface donné (par exemple la mer), la réflectance spectrale


varie parfois sensiblement en fonction de propriétés de la surface qui peuvent
être quantifiées. On utilise ainsi des radiomètres spécialisés, mesurant de
façon très précise la réflectance spectrale de la mer dans le domaine du
visible.

83
Pour identifier avec précision les types de surface, il est souvent utile de
comparer les données de télédétection (obtenues à partir du satellite ou de
l’avion) avec des mesures radiométriques effectuées sur le terrain ou en
laboratoire. Mais une comparaison rigoureuse entre les deux types de données
nécessite la prise en compte des effets de l’atmosphère qui s’interpose entre la
surface et le capteur.

84
4. Le rayonnement et l’atmosphère.
4.1. L’absorption et la transmission atmosphériques.

Le rayonnement reçu par un capteur installé à bord d’un satellite ne lui


parvient qu’après la traversée intégrale de l’atmosphère, ce qui nécessite de
prendre en compte les interactions rayonnement-atmosphère. L’atmosphère
est constituée par des gaz en proportions variables: azote, oxygène, vapeur
d’eau, gaz carbonique. Elle contient également des particules en suspension,
gouttelettes d’eau, poussières, qui sont appelées aérosols.

Les interactions entre l’atmosphère et le rayonnement relèvent de deux


phénomènes physiques essentiels:
85
 l’absorption par les molécules des constituants gazeux de l’atmosphère.
L’absorption est due à l’entrée en résonance des molécules sous l’action
d’un rayonnement dont la fréquence coïncide avec leur fréquence propre de
vibration. L’énergie transportée par le rayonnement est transférée aux
molécules dont la température s’élève. Tous les constituants gazeux de
l’atmosphère absorbent donc le rayonnement à des longueurs d’onde
précises, les "pics" d’absorption, en rapport avec la fréquence de vibration
de leurs molécules.

86
 la diffusion correspond à un phénomène de réflexion multiple du
rayonnement qui frappe les molécules ou les particules (aérosols) de
l’atmosphère. Le rayonnement n’est pas modifié dans sa longueur d’onde
mais la direction de propagation change. On distingue la diffusion de
Rayleigh qui résulte de l’interaction entre le rayonnement et les molécules
gazeuses de l’atmosphère, et la diffusion de Mie, qui concerne les aérosols.
La diffusion de Rayleigh, qui affecte plus les rayonnements de courte
longueur d’onde (lumière bleue) explique la couleur bleue du ciel.

87
La diffusion de Rayleigh est isotrope, elle se produit de façon égale dans
toute les directions. La diffusion de Mie est au contraire anisotrope; elle se
produit de façon préférentielle dans les directions proches de la direction
initiale de propagation du rayonnement. La diffusion de Mie n’est pas
dépendante de la longueur d’onde: un ciel pollué (chargé en aérosols) est
souvent blanchâtre par opposition au ciel clair.

Le cas extrême de la diffusion est représenté par les nuages, ou la densité des
gouttelettes en suspension dans l’atmosphère est telle que le rayonnement est
totalement diffusé, et que la masse du nuage réfléchit une grande partie du
rayonnement. 88
L’épaisseur optique de l’atmosphère mesure l’aptitude de celle-ci à
transmettre le rayonnement; elle correspond à la probabilité pour un photon
d’être absorbé ou diffusé au cours de son trajet atmosphérique.

Les deux phénomènes d’absorption et de diffusion expliquent que le


rayonnement solaire observé au niveau du sol diffère sensiblement du
rayonnement observé hors de l’atmosphère (fig 8). Hors de l’atmosphère, le
rayonnement solaire correspond à celui d’un corps noir de température
5900K; au niveau de la mer, ce rayonnement est sensiblement réduit,
essentiellement par la diffusion au cours du trajet dans l’atmosphère,
89
qui aboutit à ce qu’une partie du rayonnement repart vers l’espace sans avoir
atteint la surface terrestre: la courbe de l’éclairement au niveau de la mer est
partout décalée par rapport à l’éclairement hors de l’atmosphère. Des pics
d’absorption peuvent être observés tout au long de la courbe, à des longueurs
d’onde précises; chacun de ces pics résulte de l’absorption par un constituant
majeur de l’atmosphère (ozone (O3),oxygène, gaz carbonique ou vapeur
d’eau).

L’absorption se produit en effet dans des domaines de longueur d’onde


ou de fréquence particuliers.
90
En télédétection, à moins de vouloir
étudier la composition de
l’atmosphère pour elle-même
(applications en météorologie), on
choisit les fenêtres de l’atmosphère,
c’est à dire les plages du spectre
électromagnétique pour lesquelles Figure 8 : Comparaison entre le rayonnement
solaire hors atmosphère et reçu au niveau de la
l’absorption est très faible. mer (effets atmosphériques dans le visible et le
proche infrarouge) :

91
4.2. Les effets de l’atmosphère en télédétection visible ou infrarouge
proche:

En télédétection visible et proche infrarouge, la source du rayonnement est le


soleil. Le rayonnement effectue donc à travers l’atmosphère un trajet
descendant (du soleil vers la surface) et un trajet montant (de la surface vers
le capteur) (fig 9). L’absorption est limitée, car les longueurs d’onde utilisées
se placent en dehors des pics d’absorption gazeuse, mais la diffusion a des
effets non négligeables :

92
 une partie du rayonnement diffusé au cours du trajet descendant repart vers
l’espace sans avoir atteint la surface terrestre. Le capteur à bord d’un
satellite reçoit donc un rayonnement, la luminance propre de l’atmosphère,
qui s’ajoute au rayonnement réfléchi par la surface du sol.

 au cours des deux trajets montant et descendant une partie du rayonnement


est perdue par diffusion; inversement, la portion de la surface visée par le
radiomètre reçoit, en plus du rayonnement direct, un éclairement
supplémentaire dû au rayonnement diffus.

93
 dans le cas d’une surface hétérogène, la diffusion à proximité de la surface
aboutit à effacer en partie les contrastes de réflectance entre surfaces
sombres et claires. Ce sont les effets d’environnement qui limitent les
possibilités de détecter certains détails de la surface.

Figure 9 : Les effets de l’atmosphère en télédétection


optique (d’après Tanré et al., 1986).
94
Pour comparer avec précision les mesures de réflectance effectuées sur le
terrain avec les données de satellite, ou pour comparer entre elles des données
satellitaires acquises à des dates différentes, avec des conditions
atmosphériques différentes, il est nécessaire de corriger les effets de
l’atmosphère. Les corrections peuvent être obtenues soit à partir de mesures
de la transparence de l’atmosphère, soit à partir de l’observation sur l’image
de secteurs (surfaces en eau par exemple) dont la réflectance est bien connue.

Inversement, il est possible, à partir des données satellitaires obtenues sur des
surfaces homogènes telles que l’océan, de mesurer les propriétés de
l’atmosphère. 95
La correction des effets de l’atmosphère est faite à l’aide de modèles établis
par les physiciens de l’atmosphère, et disponibles sous forme de logiciels
spécialisés.

4.3. Les effets de l’atmosphère en télédétection infrarouge thermique:

Dans l’infrarouge thermique, la télédétection est surtout destinée à la mesure


de températures. La diffusion du rayonnement infrarouge par les gaz ou les
aérosols est négligeable. Par contre l’absorption par les constituants de
l’atmosphère, en particulier la vapeur d’eau, aboutit à des erreurs importantes
sur les températures mesurées (fig 12). 96
La vapeur d’eau se trouve en quantité très variable dans l’atmosphère, selon
les conditions météorologiques et la latitude. L’évaluation de températures à
partir de la télédétection infrarouge nécessite donc également de corriger les
effets de l’atmosphère; de nombreuses méthodes existent, qui ne seront pas
détaillées ici.

97
CHAPITRE III : LES CAPTEURS : FONCTIONNEMENT ET
PERFORMANCES.
La fonction d’un capteur consiste à détecter le signal radiatif émis ou réfléchi
par la surface et à l’enregistrer soit sous forme analogique (document
qualitatif interprétable), soit sous forme numérique (données quantitatives
susceptibles d’être calibrées pour accéder aux grandeurs physiques,
luminance ou réflectance). Trois grands types de capteurs peuvent être
distingués et seront étudiés successivement :
 les appareils photographiques,
 les radiomètres imageurs,
 les capteurs actifs (radars). 98
1. Les capteurs photographiques.

La photographie aérienne est la forme la plus ancienne de la télédétection;

elle reste encore sans doute la plus employée. A bord des vaisseaux spatiaux

habités et des navettes spatiales, les missions de photographie sont également

fréquentes; elles complètent la fourniture de données par les radiomètres

automatiques des satellites spécialisés de télédétection.

1.1 Les appareils photographiques

Le principe de fonctionnement des appareils photographiques employés en

télédétection est semblable à celui des appareils classiques. 99


Seules varient les dimensions des films ou plaques utilisés, la nature des
émulsions et la qualité des optiques. Le rayonnement est reçu à travers une
série de lentilles (optique) et de filtres, et vient impressionner le film ou la
plaque recouverte d’une émulsion chimique photosensible. Le temps
d’exposition est commandé par l’ouverture d’un diaphragme. Deux grands
types de capteurs photographiques sont couramment utilisés :

 les appareils destinés à la production de photographies aériennes pour la

cartographie. L’accent est mis sur les qualités géométriques de l’image:

qualité des optiques, système de maintien de la verticalité de la prise de vue

et de compensation du mouvement de l’avion ou du satellite, 100


moteur pour la prise de clichés en série, régulièrement espacés.

 les caméras multibande : elles sont constituées de plusieurs appareils


solidaires avec des axes optiques rigoureusement parallèles. Les divers
appareils sont équipés de filtres qui sélectionnent une bande étroite du
spectre, dans le domaine visible ou proche infrarouge. On dispose ainsi de
plusieurs clichés couvrant la même zone dans des bandes spectrales
différentes bien définies.

101
1.2. Les émulsions photographiques
Un film photographique est constitué d’un support (film plastique ou plaque
rigide), sur lequel est déposée une émulsion, c’est à dire une couche de
gélatine dans laquelle sont emprisonnés des sels photosensibles (sels d’argent)
qui réagissent chimiquement à l’exposition au rayonnement. Lors du
développement, une réaction chimique permet de transformer l’image virtuelle
formée par l’exposition au rayonnement du film en une image réelle.

Quatre grands types d’émulsions sont couramment utilisés pour la

télédétection ; elles se distinguent par leur sensibilité à une bande spectrale

particulière, et par le procédé (une seule couche ou multicouche). 102


Un filtre complète généralement l’utilisation d’une émulsion, soit pour
sélectionner plus précisément un domaine du spectre électromagnétique, soit
pour éliminer les courtes longueurs d’onde plus sensibles à la diffusion qui
limite la qualité des images (fig 1).

103
Figure 1 : Sensibilité des différentes émulsions classiques selon la longueur d’onde et 104
utilisation des filtres (Source : R. Bariou, 1978).
Deux des émulsions classiques utilisent une seule couche de sels
photosensibles et la restitution finale du cliché se fait en noir et blanc (fig 3) :

 l’émulsion panchromatique est sensible aux rayonnements de longueur


d’onde inférieure à 0,7 μm (ou 700 nm) et couvre donc l’ensemble du spectre
visible. On l’utilise généralement avec un filtre, qui élimine le rayonnement
ultraviolet et les courtes longueurs d’onde trop sensibles à la diffusion
atmosphérique. Les objets y apparaissent noirs, gris ou blancs selon leur
réflectance dans le domaine visible.

105
 l’émulsion infrarouge noir et blanc a une sensibilité étendue dans
l’infrarouge proche jusqu’à 0,95 μm. Un filtre permet de sélectionner les
grandes longueurs d’onde au-delà de 0,6 μm. Cette émulsion offre la
possibilité d’une étude fine de la végétation, qui réfléchit fortement
l’infrarouge en période d’activité chlorophyllienne, et la détection de
l’humidité (l’eau absorbe fortement le rayonnement infrarouge).

Les émulsions utilisant trois couches superposées permettent la restitution en

couleur (fig 3) :

106
 l’émulsion couleur est constituée de trois couches superposées, colorées
respectivement en jaune, magenta et cyan, qui sont les couleurs
complémentaires du bleu, du vert et du rouge (fig 2). Ces couches sont donc
sensibles successivement aux longueurs d’onde courtes (bleu), moyennes
(vert) et longues (rouge) du spectre visible. Au développement, par synthèse
soustractive des trois couleurs primaires (bleu, vert et rouge) à partir des
complémentaires (jaune, magenta, cyan), on reconstitue la couleur naturelle
des objets et des surfaces. L’image couleur offre une beaucoup plus grande
richesse d’interprétation que l’image noir et blanc.
107
 l’émulsion infrarouge couleur (dite aussi fausse couleur) repose sur le même

principe que la couleur. La sensibilité des trois couches jaune, magenta et

cyan est décalée dans le spectre vers les longueurs d’onde du vert, du rouge

et de l’infrarouge. Sur ce type de produits, la végétation active se distingue

en rouge et les surfaces en eau en noir. Les utilisations sont semblables à

celles de l’infrarouge noir et blanc, avec une plus grande richesse dans

l’interprétation. C’est par analogie avec la photographie infrarouge couleur

qu’a été défini le système des restitutions en compositions colorées standard

des données des radiomètres multispectraux. 108


Figure 2 : Synthèse additive des lumières colorées
(R,V,B) et synthèse soustractive (Cyan, Magenta et
Jaune)

109
Figure 3 : Quatre photographies
aériennes d’un même paysage
utilisant les 4 émulsions
classiques en photographie
aérienne (Source : Lillesand
et Kiefer, 1994).

110
1.3. Les propriétés et l’utilisation des photographies aériennes ou spatiales
Les photographies sont des documents analogiques, dont l’interprétation se fait
le plus souvent visuellement (photo-interprétation). La numérisation
(conversion en données quantitatives susceptibles d’être calibrées ou traitées
par l’informatique) des photos aériennes panchromatiques ou couleur est
aujourd’hui possible sur les scanners informatiques.

Les avantages de la photographie aérienne sont surtout liés à leur excellente


résolution spatiale ; la finesse des détails perceptibles sur l’image enrichit
l’interprétation, puisqu’à l’analyse de la teinte qui résulte de l’intensité du
rayonnement, s’ajoute celle des textures et structures fines. 111
La résolution a pour contrepartie une faible couverture spatiale : il faut un très
grand nombre de photographies aériennes pour couvrir l’étendue d’une scène
obtenue par un radiomètre embarqué à bord d’un satellite. La réalisation de
mosaïques de photographies aériennes est rendue difficile par les déformations
géométriques de celles-ci.

Les photographies aériennes sont acquises par des avions volant à basse

altitude et des caméras à large focale : le rapport B/h (h = altitude de l’avion, B

= largeur du cliché) est élevé, ce qui détermine les propriétés géométriques

des photos aériennes.


112
L’angle d’observation varie fortement du centre vers les bords de l’image, ce
qui est à la fois un inconvénient et un avantage. C’est un inconvénient car cela
introduit des distorsions géométriques qui font qu’une photo aérienne n’est
pas directement superposable à une carte. C’est un avantage car ces
déformations permettent l’observation du relief par la stéréoscopie.

La vision stéréoscopique à partir de couples de photographies aériennes est


une technique déjà ancienne qui est à la base de la cartographie topographique,
grâce à l’utilisation des stéréo-restituteurs.

113
A côté de la classique photo-interprétation des photographies aériennes sous
forme analogique, se développe aujourd’hui l’utilisation des photographies
aériennes numérisées. Sous cette forme, les photographies aériennes peuvent
faire l’objet de corrections géométriques qui donnent naissance à des
orthophotos. Une orthophoto devient un document cartographique où il
devient possible de localiser précisément des objets ou des caractéristiques de
la surface terrestre ; elle font l’objet d’un Géoréférencement qui permet de les
utiliser dans le cadre des Systèmes d’Information Géographique (S.I.G.). La
numérisation des photos aériennes ouvre aussi la voie à la photogrammétrie
numérique, c’est à dire la reconstitution par ordinateur du relief de la surface.
114
2. Les radiomètres imageurs.
Ce sont des capteurs qui mesurent de façon quantitative le rayonnement. La
constitution d’une image est obtenue par l’acquisition séquentielle
d’informations radiométriques provenant d’une fraction (tache élémentaire
ou tachèle) de la surface du paysage observé. La répétition de l’acquisition
au cours du mouvement du vecteur (avion ou satellite) (balayage) permet la
constitution d’une image : l’image est un ensemble de mesures
radiométriques organisées en lignes et colonnes.

115
2.1. La conception des radiomètres à balayage:

Un radiomètre à balayage se compose de plusieurs sous-ensembles (fig 4) :

 les détecteurs proprement dits sont des cellules photosensibles (photodiodes)


qui convertissent l’énergie radiative -luminance- en un courant électrique
faible, dont l’intensité varie avec celle du rayonnement. Lorsque le détecteur
opère dans l’infrarouge thermique, il doit être placé dans une enceinte
cryoscopique (réfrigérée à température constante) qui le protège des
rayonnements parasites émis par les objets environnants.

116
Figure 4 : Conception classique d’un
radiomètre à balayage en version aéroportée
(Source : Bonn et Rochon, 1992).

117
 le rayonnement parvient au détecteur à travers une série de dispositifs
optiques, miroirs, lentilles et filtres qui focalisent le rayonnement et séparent
les bandes spectrales à mesurer. Le radiomètre multispectral "Thematic
Mapper" des satellites Landsat 4 et 5, sépare ainsi 7 bandes spectrales
différentes, du visible à l’infrarouge thermique.

 le balayage du paysage qui permet la constitution de l’image est assuré par


des dispositifs variés ; les premiers radiomètres à balayage ont utilisé un
miroir tournant ou oscillant, mû par un moteur. Le miroir réfléchit donc vers
le détecteur le rayonnement en provenance de portions de la surface du sol
plus ou moins éloignées de l’axe de vol (nadir du satellite ou de l’avion) 118
;
à chaque tour ou oscillation correspond l’acquisition d’une ou plusieurs
lignes, la répétition est assurée par le mouvement du vecteur (satellite ou
avion). Dans le cas un peu particulier des satellites météorologiques
géostationnaires (Météosat), le balayage peut être assuré par la rotation du
satellite lui-même ; à chaque tour, l’axe de visée du radiomètre est décalé vers
le haut ou le bas de façon à balayer la surface du disque terrestre, vu de 36
000 km, en une demi-heure. Les technologies les plus récentes font appel soit
à des barrettes de détecteurs (méthode dite « push-broom »), mise au point
pour le radiomètre HRV du satellite français SPOT.
119
Plus de 6000 cellules sensibles montées sur 4 barrettes analysent en une seule
fois chaque ligne du paysage, ce qui élimine les risques de distorsion dus au
mécanisme d’oscillation ou de rotation du miroir.

Plus récemment encore, la miniaturisation des composants électroniques


permet à certains radiomètres d’utiliser des matrices de détecteurs
comparables à ceux des appareils photos numériques récemment apparus dans
le commerce.

 le signal électrique produit par les détecteurs est amplifié, puis numérisé par
un décodeur analogique-numérique qui convertit l’intensité du courant en
nombres entiers, codés selon le système binaire informatique. 120
Le codage des comptes numériques se fait généralement sur un octet (8 bits, c’est-à-
dire dans l’intervalle 0-255), parfois sur 10 bits (0-1023). Ces comptes numériques
sont soit enregistrés à bord sur bandes magnétiques (c’est toujours le cas sur les
avions), soit transmis à terre par radio. Les satellites ont généralement la possibilité
de transmettre directement les données, en vue d’une station équipée d’une antenne
parabolique de réception, ou de les enregistrer pour une transmission différée.

2.2. L’étalonnage et les qualités des capteurs à balayage

Les données numériques transmises par les radiomètres sont des nombres entiers en

unités arbitraires. La restitution des grandeurs physiques (luminances, températures

de brillance ou réflectances) s’appelle étalonnage.


121
L’étalonnage des détecteurs visible et proche infrarouge est effectué avant
lancement, à l’aide de sources lumineuses étalonnées; en vol, l’étalonnage peut
être contrôlé lors du survol de zones-tests, dont la réflectance au sol est bien
connue. L’étalonnage des capteurs infrarouge thermique est généralement
effectué en vol: au cours de la phase inactive du balayage, les détecteurs
reçoivent le rayonnement émis par une source (corps noir) dont la température
est connue, et par l’espace, qui est considéré comme un corps noir de
température égale à 4 K. A partir des comptes numériques correspondant à ces
deux sources de température connue, il est possible de reconstituer une table de
conversion des comptes numériques en luminances ou en températures.
122
Les qualités des radiomètres sont exprimées par le terme de résolution qui
désigne plusieurs réalités différentes :

 la résolution spectrale désigne l’aptitude d’un capteur à discerner des bandes


de longueur d’onde différente; elle dépend surtout de la qualité des dispositifs
optiques (filtres).

 la résolution radiométrique d’un capteur désigne sa capacité à distinguer,


dans une bande spectrale définie, des différences de luminance plus ou moins
grandes. Elle s’exprime par le rapport signal/bruit. Par exemple, la résolution
du capteur AVHRR des satellites NOAA, dans les canaux infrarouge
123
thermique, permet de détecter des différences de température de la surface de 0,125°
(compte non tenu des effets de l’atmosphère).

 la résolution spatiale dépend du champ instantané d’observation du capteur (IFOV


= Instantaneous Field Of View). Celui-ci détermine, selon l’altitude de l’avion ou
du satellite porteur, les dimensions de la surface terrestre qui est vue à un moment
donné. Ce champ est imposé par la sensibilité des capteurs, puisque l’intensité du
rayonnement à mesurer dépend de la surface visée, et la bande spectrale concernée,
puisque l’énergie transportée par un rayonnement décroît avec la longueur d’onde.
La résolution spatiale détermine finalement la taille du pixel, élément le plus petit
qui peut être distingué sur l’image finale.
124
Les capteurs actuels travaillant dans le visible ou le proche infrarouge, à bord
de satellites, ont une résolution de 30 m (Landsat TM), ou de 20 et 10 m
(SPOT HRV). La résolution est toujours plus faible pour les radiomètres
infrarouge thermique (120 m pour Landsat TM, 1 km pour NOAA AVHRR) ou
microondes (15 km).

Le système de balayage par un dispositif mécanique (miroir oscillant ou


tournant) et le mouvement du vecteur (satellite ou avion) impose à l’imagerie
des radiomètres des distorsions géométrique importantes : les données de
télédétection ne sont jamais, avant un traitement spécifique, superposables à
une carte.
125
2.3. Caractéristiques et utilisation des données des radiomètres
multispectraux
Les radiomètres fournissent des données numériques, c’est à dire un ensemble
de nombres, généralement des entiers codés en binaire sur des bandes
magnétiques, qui, arrangés en lignes et colonnes, permettent de reconstituer
une image. Le mode d’utilisation privilégié de ces données est donc le
traitement numérique, à l’aide de l’informatique. Le traitement numérique
permet de calibrer les données initiales en grandeurs physiques, ou de classer
statistiquement les pixels pour aboutir à la cartographie automatique des
phénomènes.
126
C’est une matrice de
valeurs (comptes
numériques)
comprises entre 0 et
255 Chaque pixel est
codé par un numéro
de colonne et de ligne

127
Il est possible, à partir des données numériques, de composer des documents
photographiques. La restitution photographique permet d’utiliser les données
des radiomètres comme des photographies aériennes, par photo-interprétation.
La restitution peut être faite bande spectrale par bande spectrale, sous forme
d’un ensemble d’images noir et blanc, ou en compositions colorées, qui
combinent trois bandes spectrales (canaux) ; les compositions colorées
standard sont établies à partir des données acquises dans les longueurs d’onde
du vert, du rouge et de l’infrarouge, et s’interprètent comme les photographies
infrarouge couleur.
128
Bandes spectrales Couleurs primaires

Bande PROCHE INFRA-ROUGE R

Bande ROUGE V

Bande VERTE B
129
Les données générées par chaque bande spectrale

Canal 1 Canal 2 Canal 3


Elles vont générer simultanément 3 matrices de donnée soient 3 bandes spectrales du satellite
Bande verte Bande rouge Bande proche IR

130
La composition trichromique : superposition de trois couches monochromes
RVB

131
Lecture d’une image brute : légende chromatique

surfaces claires,
nuages, neige, glace

132
Le spectre visible se situe entre 400 et 700 nanomètres (1nm=10-9m).
Chaque couleur correspond à une certaine longueur d’onde :

133
3. Les capteurs actifs.
Les capteurs actifs se composent d’un émetteur, qui est la source du
rayonnement, et d’un détecteur qui mesure le rayonnement de retour de la
surface observée. Le capteur actif le plus utilisé en télédétection est le radar
imageur à visée latérale. Le grand avantage du radar est d’utiliser des
longueurs très grandes, entre 0,8 cm et 1 m, pour lesquelles l’atmosphère, y
compris les nuages, est complètement transparente ; les radars sont des capteurs
«tous temps», particulièrement intéressants dans les régions du monde où la
nébulosité est très fréquente, et pour les applications qui nécessitent d’obtenir
des images à des dates et heures bien déterminées.. 134
3.1. Le fonctionnement des radars à visée latérale

L’antenne du radar émet latéralement un rayonnement micro-onde qui vient «


illuminer » une portion de surface allongée perpendiculairement au
déplacement de l’avion ou du satellite (fig 5).. Les bandes spectrale utilisées
par les radars imageurs sont désignées par un code sous forme de lettres. Les
plus utilisées sont :

 Bande L Fréquence 1-2 GHz Longueur d’onde 15 à 30 cm

 Bande C Fréquence 4-8 GHz Longueur d’onde 3,75 à 7,5 cm

 Bande X Fréquence 8-12,5 GHz Longueur d’onde 2,4 à 3,75 cm 135


L’intensité du rayonnement en retour (rayonnement rétrodiffusé) que reçoit le
capteur dépend à la fois des caractéristiques du radar et des propriétés de la
surface. L’équation du radar exprime clairement ces différents facteurs :
𝑃𝑟 λ2 𝐺𝑒−𝐺𝑟
= * 4 *0 * S
𝑃𝑒 (4) 3 𝑅

136
- Pr : puissance du rayonnement reçu.

- Pe : puissance du rayonnement émis.

- : longueur d’onde.

- Ge : gain de l’antenne d’émission.

- Gr : gain de l’antenne de réception.

- R : distance entre la surface visée et l’antenne.

- S : aire de la surface visée au sol.

- 0 : coefficient de rétrodiffusion de la surface visée.


137
Le coefficient de rétrodiffusion 0
représente la « signature spectrale » de
la surface observée. Il est exprimé en
décibel (dB). Il dépend
essentiellement de la rugosité de la
surface par rapport à la longueur
d’onde utilisée :
Figure 5 : Le principe du radar à visée latérale, et types
de réponses (rétrodiffusion) en fonction de la géométrie et
de la rugosité des surfaces. Source : F.F. Sabins, 1978.

138
 si la surface peut être considérée comme lisse par rapport à la longueur

d’onde utilisée (f), le rayonnement est réfléchi de façon spéculaire (l’angle

de réflexion est égal à l’angle d’incidence) et le retour vers le capteur très

faible ou nul.

 si la surface est peu rugueuse, le rayonnement est diffusé de façon

anisotrope et le retour est plus important.

 si la surface est très rugueuse, le rayonnement est totalement diffusé, le

retour est élevé. Le choix de la longueur d’onde, selon la nature du

phénomène à étudier, est donc important : le radar embarqué à bord du 139


satellite Seasat, destiné à étudier les vagues, opérait en bande L (longueur
d’onde environ 23 cm).

La rétrodiffusion du signal radar dépend également des propriétés électriques


de la surface (constante diélectrique), qui sont très largement influencées par
l’humidité. En terrain accidenté, la visée latérale entraîne des différences entre
les versants situés face à l’illumination radar, et les versants "à l’ombre" (fig
22). Enfin, dans certaines applications de la télédétection radar, la polarisation
du rayonnement est également utilisée pour l’étude des surfaces.

La résolution spatiale des radars imageurs est généralement grande.


140
Dans le cas des radars à ouverture réelle, elle dépend comme pour les
radiomètres du champ de vision du capteur. La limite est imposée par la
nécessité de disposer d’une très longue antenne pour obtenir une bonne
résolution. Pour les radars à synthèse d’ouverture, elle dépend surtout du
traitement, long et coûteux, des données: on utilise en effet le temps de retour
et l’effet Doppler (modifications de fréquence imposées par les mouvements
relatifs du rayonnement et du capteur) pour simuler une antenne longue et
calculer avec précision la rétrodiffusion attribuée à chacun des pixels de
l’image.

141
3.2. L’utilisation des données radar:
Les applications de la télédétection radar sont très variées :

 en océanographie, le radar permet d’analyser les phénomènes ondulatoires


qui se produisent en surface (vagues) et même à l’intérieur de l’océan. C’est
aussi un outil essentiel d’étude des glaces de mer. Le premier radar
embarqué à bord d’un satellite (Seasat en 1978) l’a été pour des applications
océanographiques.

 en géologie, en hydrologie, pour l’étude de la végétation, la télédétection


radar, qui est sensible à la fois à la rugosité et à l’humidité des surfaces, est
également très utile.
142
Les données radar sont utilisées soit sous forme numérique, soit sous forme
de restitutions photographiques. L’interprétation des données radar est
souvent difficile : la signature des types de surface dans le domaine des
microondes reste encore un thème de recherche, et l’utilisation des radars
n’est pas encore une méthode complètement opérationnelle.

3.3. Les autres capteurs actifs:

La technologie du radar n’est pas seulement utilisée pour la production


d’images (voir partie 1 applications) :

143
 les diffusiomètres ou scatteromètres sont des radars non-imageurs, qui mesurent la
rétrodiffusion du rayonnement microonde le long de profils. Ils sont utilisés, par
exemple, pour analyser l’état de surface de la mer et la vitesse du vent sur l’océan.

 les radars-altimètres émettent, à la verticale du satellite, un rayonnement


microonde. Le temps de retour permet de mesurer, avec une précision de quelques
dizaines de centimètres, l’altitude de la surface. Les applications concernent
surtout l’océanographie et la géodésie.

144
CHAPITRE IV : SATELLITES ET ORBITES.

En télédétection satellitaire, les caractéristiques des orbites de satellites


conditionnent la capacité d’observation de la Terre, sa répétitivité, et la nature
même des données obtenues. Hors de l’atmosphère terrestre, les capteurs
conçus sur terre connaissent des conditions extrêmes: vide, alternance brutale
de la chaleur et du froid intense, etc... Le choix de l’orbite et les moyens de la
maintenir sont un des problèmes importants lors de la conception d’un
"système" de télédétection satellitaire.

145
1. Éléments de mécanique satellitale
1.1 Le satellite en orbite

Les lois qui régissent le mouvement des satellites en orbite peuvent être
comparées à celles qui régissent le mouvement des planètes, formulées par les
astronomes et mathématiciens des 16e et 17e siècles: Kepler, Galilée,
Newton. Une fois placé sur son orbite, le satellite est mû par la seule inertie;
en l’absence de frottement (au-delà de l’atmosphère), l’orbite doit en théorie
se maintenir indéfiniment. La force centrifuge compense l’attraction terrestre.
L’orbite d’un satellite est toujours une ellipse, dont la Terre occupe l’un des
foyers (fig 1). 146
La distance entre les deux foyers définit l’excentricité de l’orbite elliptique. En
télédétection, les orbites choisies sont généralement circulaires ou presque
circulaires, c’est à dire d’excentricité nulle ou très faible.

Figure 1 : L’orbite elliptique. F1 et F2


sont les foyers, h et H, l’altitude du
satellite au périgée et à l’apogée, R le
rayon de la Terre.

147
La vitesse d’un satellite en orbite varie entre un maximum au périgée, point le plus
bas de l’orbite, et un minimum à l’apogée, point le plus élevé. La période désigne le
temps nécessaire au satellite pour effectuer une révolution autour de la Terre. La
vitesse du satellite (ou sa période) et son altitude ne sont pas indépendantes. Dans le
cas d’une orbite circulaire, il existe une relation simple entre l’altitude du satellite
(ou le rayon de l’orbite), la période et la vitesse du satellite sur son orbite. La vitesse
du satellite sur son orbite est donnée par la relation :

𝑔∗𝑀
V=
𝑅+𝑍

- où V est la vitesse du satellite,


- R est le rayon de la Terre,
- z l’altitude du satellite, 148
- g est la constante de gravitation universelle,
- et M la masse de la Terre.
La troisième loi de Képler donne une relation entre le rayon de l’orbite
a = R + z et la période T :
𝑎3 𝑔∗𝑀
=
𝑇2 42
ou, après calcul de la constante :
3
a = 21,627 𝑇 2

(a est en km, T en secondes).

Enfin, la relation entre vitesse et période du satellite :


2(R+Z)
V=
T 149
Deux exemples :

Pour un satellite en orbite à 850 km de la Terre, le rayon de l’orbite a = R+z est


égal à 7221 km, la période est de 101 mn et la vitesse en orbite 7436 m/s.

Pour un satellite effectuant une révolution en 24 h (86 164 s), ce qui est le cas
des satellites géostationnaires, le rayon de l’orbite est 42 164 km et l’altitude
du satellite 35 786 km.

150
1.2 La géométrie orbitale usuelle en télédétection
Une des caractéristiques fondamentales des orbites est leur inclinaison, c’est à
dire l’angle entre le plan de l’orbite et le plan équatorial. La valeur de l’angle
est comptée en tenant compte du sens de rotation de la Terre et du satellite (fig
2) : si l’angle est inférieur à 90°, l’orbite est dite directe, dans le cas contraire,
on parle d’orbite rétrograde.

La projection de l’orbite sur la Terre définit la trace du satellite; la projection


du satellite sur la Terre est le sous-point. Le point de croisement entre la trace
et l’Equateur est appelé nœud ascendant lorsque le satellite se déplace dans le
sens Sud-Nord, et nœud descendant dans le cas contraire. 151
En télédétection, une orbite particulière est généralement désignée par la
longitude du nœud ascendant (plus rarement du nœud descendant).

En première approximation, nous pouvons considérer que l’orbite est fixe par
rapport aux étoiles, tandis que la Terre tourne sur elle-même avec une
révolution en T = 86164 s (jour sidéral). Pour un satellite situé à 850 km
d’altitude, qui effectue une révolution en 101 mn, le décalage entre les
longitudes des nœuds ascendants de deux orbites successives est de 25°30’ de
longitude environ, soit, avec le périmètre de la Terre à l’Equateur représentant
40 000 km, 2800 km.
152
S = satellite Sp = sous-point
C = centre de la Terre
NA = nœud ascendant ND = nœud descendant

Figure 2 : Géométrie orbitale (exemple d’une orbite


rétrograde).
153
1.3 Le mouvement de précession

Nous avons supposé précédemment que le plan de l’orbite était fixe par rapport
aux étoiles; ce n’est pas tout à fait vrai pour un satellite tournant autour de la
Terre, parce que celle-ci n’est pas tout à fait une sphère et que la force de
gravité est plus élevée à l’Equateur qu’aux Pôles. Le résultat est que l’orbite se
décale légèrement à chaque révolution, non seulement par rapport à la Terre qui
tourne sur elle-même, mais aussi dans le "référentiel stellaire", c’est à dire par
rapport aux étoiles. Ce mouvement est appelé mouvement de précession. Pour
une orbite directe, ce mouvement se fait d’Est en Ouest, pour une orbite
rétrograde d’Ouest en Est. 154
Il est possible d’utiliser le mouvement de précession pour que le décalage de
l’orbite se fasse d’Ouest en Est, avec un angle proche de 1° par jour, soit 360°
en une année: dans ce cas, le passage du satellite au nœud ascendant ou
descendant, pour une longitude donnée, aura toujours lieu à la même heure
solaire, le mouvement de précession suivant le mouvement apparent du Soleil
autour de la Terre. On dit alors que l’orbite est héliosynchrone.
L’héliosynchronisme est particulièrement utile en télédétection satellitale,
puisqu’il permet que le survol d’une région ait toujours lieu à la même heure
solaire, c’est à dire dans des conditions d’éclairement comparables.
155
1.4. La mise en orbite
La mise en orbite d’un satellite requiert un lanceur, c’est à dire une fusée,
capable d’imprimer à la masse du satellite (beaucoup d’entre eux ont
aujourd’hui une masse de plusieurs tonnes) une vitesse minimale, la vitesse de
satellisation, qui pour une orbite basse est d’environ 7500 m/s. Ceci est réalisé
aujourd’hui par des fusées à plusieurs étages.
La mise en orbite des satellites de télédétection, qui ont généralement des
orbites circulaires, se fait en plusieurs temps: mise en orbite elliptique dont
l’apogée (point le plus éloigné de la Terre) correspond à l’altitude de l’orbite
définitive, puis impression d’une nouvelle poussée qui transforme l’orbite
elliptique en orbite circulaire.
156
Dans le cas des satellites géostationnaires, en orbite à 36 000 km, la mise sur
orbite se fait en trois temps :

 la première étape consiste à placer le satellite en orbite basse circulaire, avec


une poussée qui l’amène à la vitesse de 7785 m/s.

 une impulsion qui augmente la vitesse de 2465 m/s place le satellite sur une
orbite très excentrique, de périgée (point le plus bas) à 200 km, et d’apogée à
35 800 km.

 une dernière poussée augmente encore la vitesse de 1480 m/s et le place sur
une orbite circulaire à 35 800 km.
157
Il est impossible, à partir d’une base de lancement situé à une latitude donnée,
de placer directement un satellite sur une orbite dont l’inclinaison est inférieure
à la latitude de cette base: outre les poussées nécessaires aux changements
d’altitude, il sera nécessaire d’imprimer au satellite des poussées
supplémentaires pour modifier l’inclinaison de l’orbite, et donc d’augmenter la
consommation de carburant. Ainsi s’explique l’intérêt stratégique des bases de
lancement proches de l’Equateur (Kourou en Guyane française), qui facilitent
le lancement des satellites géostationnaires.

158
La mise sur orbite met souvent à rude épreuve les capteurs qui constituent la
charge utile des satellites de télédétection: accélérations brutales, vibrations,
etc...

2. Les deux grands types d’orbite utilisés en télédétection.


2.1 Les satellites à défilement:

L’orbite d’un satellite « à défilement » est une orbite basse (500 à 1500 km
d’altitude), avec une période comprise entre 90 et 120 mn. C’est le cas de la
plupart des satellites de télédétection. Le nombre de révolutions en une journée
est compris entre 12 et 16: ce type de satellite survole donc en une journée des
159
régions très variées, puisque l’orbite est presque fixe, alors que la Terre
effectue une révolution. L’inclinaison de l’orbite par rapport à l’Equateur est
généralement proche de 90°, de façon à permettre un survol des régions de
haute latitude. L’orbite est dite quasi-polaire, le survol du pôle proprement dit
étant très difficile. Le plus souvent, l’inclinaison de l’orbite est choisie proche
de 100°, de façon à satisfaire aux conditions de l’héliosynchronisme, dont
l’intérêt est grand en télédétection. Enfin, la période orbitale est choisie selon
le champ de vision du ou des capteurs, de façon à ce que, au bout d’une durée
variable appelée cycle orbital, lorsque le satellite a pu couvrir la totalité, ou
presque, de la surface terrestre, il retrouve exactement la position du cycle
précédent, et puisse à nouveau acquérir des images au-dessus des mêmes 160
régions, selon les mêmes orbites et les mêmes horaires. On dit que les orbites
sont phasées par rapport à la Terre. Depuis les années 70, les caractéristiques
orbitales de la plupart des satellites de télédétection tendent à se ressembler de
plus en plus, comme si l’on avait fini par atteindre les possibilités optimales
d’acquisition des données de télédétection.

Deux exemples permettent de mieux comprendre les relations entre le choix


d’une orbite et les possibilités d’observation de la Terre :

 les satellites météorologiques de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric


Administration) sont destinés à fournir des images de bonne résolution spatiale
(1 km environ) dans le visible et le proche infrarouge d’une part, l’infrarouge
thermique d’autre part. Le capteur AVHRR a un champ de vision très large,
161
plus de 2500 km. Les orbites choisies pour ces satellites (6 se sont succédé
depuis 1978) sont des orbites basses, quasi polaires et héliosynchrones. La
période est d’environ 100 mn, ce qui correspond à un espacement de deux
passages successifs à l’Equateur (nœud ascendant ou descendant) d’environ
2800 km. Les satellites effectuent entre 14 et 15 révolutions par jour. Etant
donné le champ de vision du capteur, presque toute la Terre est couverte
chaque jour deux fois, de jour et de nuit : cela permet d’avoir au moins une
image dans le visible (jour), et deux images thermiques (jour et nuit). Aux
latitudes moyennes et hautes, le recouvrement des champs de vision de deux
orbites successives permet une couverture plus fréquente encore.
162
La trace du satellite, dont l’inclinaison est de 101°, monte en latitude jusqu’à
82° Nord ou Sud, mais la largeur du champ permet d’obtenir des images
couvrant les pôles eux-mêmes. L’orbite choisie est donc parfaitement
accordée aux besoins de la météorologie : fréquence au moins quotidienne de
la couverture, vision globale de la Terre, passage de jour et de nuit pour la
mesure des écarts diurnes de la température.

 le satellite SPOT, satellite français de télédétection, a été conçu pour fournir,


avec une très grande résolution spatiale, des données visible ou proche
infrarouge destinées à la cartographie et aux études thématiques. Il a été
lancé le 22 février 1986, par une fusée Ariane, sur une orbite 163
basse (830 km), quasi-polaire (inclinaison: 98,7°), et héliosynchrone. La
période est de 101 mn : le satellite effectue 14 + 5/26 révolutions par jour. Le
cycle orbital est donc de 26 jours, au bout duquel le satellite, après avoir
effectué 369 révolutions, reprend exactement l’orbite parcourue 26 jours
auparavant. Les traces au sol des 369 orbites effectuées durant le cycle sont
espacées au sol de 108 km environ (fig 3). Compte-tenu du champ des deux
capteurs HRV présents à bord, qui couvrent une bande de 117 km en largeur,
toute la Terre, à l’exception des latitudes supérieures à 82°, est donc couverte
en 26 jours. Mais la répétitivité des observations est largement accrue par les
possibilités de dépointage angulaire, selon un angle de ± 27°, qui est une des
particularités remarquables du système SPOT.
164
2.2 Les satellites géostationnaires:

Les satellites géostationnaires sont installés sur une orbite circulaire dans le
plan de l’Equateur (inclinaison nulle), et de période égale à la durée d’une
rotation de la Terre sur elle-même (orbite géosynchrone). L’altitude est
d’environ 35 800 km. Ces satellites apparaissent donc stationnaires, à une
longitude donnée, face à l’Equateur. Le champ de vision d’un satellite
géostationnaire s’étend de 60° N à 60° S, et sur 120° de longitude. En revanche,
la résolution spatiale est limitée par l’éloignement de la Terre. Ce type d’orbite
est utilisé par les satellites météorologiques, qui peuvent ainsi obtenir, avec une
très grande répétitivité (toutes les 1/2 heures pour Météosat), 165
des images globales d’une vaste portion de la surface terrestre ; le système
mondial de surveillance de l’atmosphère terrestre par télédétection utilise la
complémentarité d’un réseau d’au moins 5 satellites géostationnaires et de
satellites à défilement sur orbite basse (fig 4). Les satellites géostationnaires
sont aussi utilisés pour les satellites de télécommunications qui retransmettent
d’un continent à l’autre les communications téléphoniques ou les images de
télévision.

166
Figure 3 : Traces au sol successives du satellite SPOT pendant 24 h et cercles
de visibilité des stations de réception au sol.
167
Figure 4 : Le système global de surveillance de l’atmosphère (complémentarité des satellites
géostationnaires et des satellites à défilement). Source : Agence spatiale européenne.
168
3. Les perturbations d’orbite et leurs conséquences
3.1 La maintenance des orbites

En l’absence d’atmosphère susceptible d’exercer un frottement, les orbites des


satellites sont, en théorie, indéfiniment stables. Ce n’est en réalité pas le cas:
les satellites sur orbite à défilement ont une durée de vie pratique de 2 à 3 ans
en moyenne, les satellites géostationnaires de 5 à 10 ans. Plusieurs facteurs
contribuent à dégrader progressivement

l’orbite :
169
 les frottements atmosphériques, bien que faibles, entraînent une baisse de la vitesse et
une perte d’altitude.

 le rayonnement solaire exerce sur le satellite une pression, nulle dans l’hémisphère à
l’ombre, plus élevée du côté éclairé. Les changements répétés de cette pression
influent peu à peu sur la qualité de l’orbite.

 la Terre n’est pas homogène et la force de gravité varie.

Ces facteurs agissent sur l’orbite, mais aussi sur l’attitude du satellite, c’est à dire son
orientation par rapport à la Terre qu’il doit observer.

Pour maintenir au mieux l’orbite et l’attitude, les satellites sont équipés de systèmes de

contrôle et d’actuateurs permettant d’effectuer les corrections nécessaires. 170


Ce sont des systèmes à inertie (selon le principe du gyroscope) et des
propulseurs chimiques à hydrazine, qui permettent de créer des impulsions
courtes pour modifier l’orbite ou l’attitude du satellite.

3.2 Les conséquences en télédétection.

Les variations de l’orbite ou de l’attitude ont des conséquences sur les données
et les images de télédétection : elles sont à l’origine de distorsions
géométriques, plus ou moins importantes, qu’il est nécessaire de prendre en
compte ou de corriger lors de l’utilisation, en particulier lorsque l’on souhaite
rendre une image superposable à une carte, ou plusieurs images superposables
entre elles (fig 5). 171
1. roulis du satellite
2. tangage du satellite
3. mouvement de lacet
4. altitude trop élevée
5. vitesse trop rapide
6. augmentation de la vitesse

Figure 5 : Effets des variations de l’orbite d’un satellite ou de son


attitude sur l’image (distorsions géométriques). Source : Cassanet, 1984.
172
Chapitre V : DE L’ACQUISITION DES DONNÉES AUX
APPLICATIONS : INITIATION AUX MÉTHODES DE TRAITEMENT
NUMÉRIQUE DES DONNÉES DE TÉLÉDÉTECTION

 TD n°1 : Images des satellites d’observation de la terre a haute résolution


Landsat-Oli 9 sur la ville de Bobo Dioulasso.
 TD n°2 : Images SRTM pour modéliser le relief.

173

Vous aimerez peut-être aussi