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Discours - Usage 1994 1995
Le discours prononcé par Monsieur Souleymane Kane lors de l'audience solennelle de rentrée des cours et tribunaux au Sénégal en 1994 aborde le statut de la famille en droit sénégalais, soulignant son importance en tant que cellule sociale de base. Il évoque les lois et protections mises en place pour la famille, notamment le Code de la Famille, tout en discutant des évolutions sociologiques et juridiques qui affectent la structure familiale. Kane insiste sur la nécessité d'un équilibre entre la protection des droits individuels et l'organisation familiale pour favoriser le bien-être social.
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Discours - Usage 1994 1995
Le discours prononcé par Monsieur Souleymane Kane lors de l'audience solennelle de rentrée des cours et tribunaux au Sénégal en 1994 aborde le statut de la famille en droit sénégalais, soulignant son importance en tant que cellule sociale de base. Il évoque les lois et protections mises en place pour la famille, notamment le Code de la Famille, tout en discutant des évolutions sociologiques et juridiques qui affectent la structure familiale. Kane insiste sur la nécessité d'un équilibre entre la protection des droits individuels et l'organisation familiale pour favoriser le bien-être social.
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REPUBLIQUE DU SENEGAL
UN PEUPLE - UN BUT - UNE FOI
COUR DE CASSATION
AUDIENCE SOLENNELLE
DE RENTREE DES COURS ET TRIBUNAUX
ANNEE 1994-1995
THEME :
LE STATUT DE LA FAMILLE EN DROIT
SENEGALA
Mercredi 2 Novembre 1994DISCOURS D’USAGE PRONONCE PAR
MONSIEUR SOULEYMANE KANE
JUGE AU TRIBUNAL DEPARTEMENTAL
HORS CLASSE DE DAKARINTRODUCTION
L’année qui s’achéve a été consacrée par!” Assemblée Générale des Nations Unies
ia famille, par sa résolution 44/82 du 08 décembre 1989. Son objectif était de sensi-
biliser les gouvernement et le secteur privé aux problémes de ta famille et accroitre
efficacité des programmes la concernant en s"inspirant des activités en cours en fa-
veur des femmes, des enfants, des jeunes, des personnes agées et des handicapés.
Comme Ma souligné le Seerétaire Général des Nations Unies, Mr Boutros Boutros
GHALL, «l'année internationale de la famille doit aider a faire progresser les droits
de l'homme, en particulier les droits de l'enfant, les libertés individuelles et Végalité
des sexes, dans le contexte fumilial, comme dans la société au sens large».
La Justice sénégalaise ne pouvait rester sourde ou insensible & cet appel. En déci-
dant de consacrer cette audience solennelle de rentrée des Cours et Tribunaux de l'an-
née 1994 A une réflexion sur le statut de la famille, elle a voulu, conformément la
devise de année, aider A «édifier la plus petite démocratie au coeur de la société».
11 faut reconnaitre cependant, que I’Btat du Sénégal confére a institution fami
liale toute importance qu’elle mérite, convaincu du fait que la famille constitue la
cellule sociale de base de la société. Les familles en effet sont la pépiniére de Etat
ainsi que l'affirmait Portalis.
Cette prise de conscience du réle éminemment important de la famille a conduit
le Iégislateur sénégalais & prendre des dispositions protectrices de la famille dans beau-
coup de texte de Loi. Déja dans le préambule de notre Charte fondamentale, le Peuple
du Sénégal proclame le respect et la garantie intangibles des droits et des libertés de la
personne humaine et de la famille.
A article 14 de la Constitution cette profession de foi est réaffirmée : «le ma-
riage et la famille constituent la base naturelle et morale de la communauté humaine.
Ils sont placés sous la protection de Etat»
Mais c’est surtout le Code de la Famille issu de la loi 72-41 du Jer juin 1972 et
entré en vigueur le Ler janvier 1973 qui regroupe la quasi totalité des régles applica-
bles & la famille depuis sa constitution jusqu’2 sa dislocation. Souvent eritiqué pau
certains pour ses audaces et par d'autres qui lui en réclament beaucoup plus, il suit son
chemin, tourné résolument vers avenir, pour I’édification d’une société moderne ott
toutes les discriminations de quelque nature qu’elles soient auront disparu.
Une réflexion sur le statut de la famille en droit sénégalais suppose comme préa
lable que soit résolue une question importante : qu’est-ce que la famille 2
Si l'on s’en tient & 1’étymologie, la famille, familia, constitue le groupement des
personnes vivant sous le méme toit et des mémes ressources. La familia est une unité
9économique, centre de production et de consommation, Méme si elle peut étre satis-
faisante pour l’économiste, cette notion de famille ne peut pas étre la nétre.
Pour la sociologie, la famille est un groupe éémentaire formé d'individus que
relient entre eux des faits d’ordre biologique : union des sexes, procréation, descen-
dance d'un procréateur commun.
Onconstate aisément combien cette définition est imprécise : Jusqu’od le groupe
familial va t-il ? Quels parents faut-il y inclure ? Quelle parenté faut-il retenir, biolo-
gique ou adoptive, légitime ou naturelle ? Le Droit ne pouvait done se contenter d’un
concept aussi vague. Aussi, a t-il fallu préciser les contours de la famille au plan
juridique,
Comme la famille sociologique, la famille juridique se compose de personnes
ayant entre elles un lien de parenté. Mais le Droit s'est efforeé d’apporter certaines
précisions quant au degré de parenté exigé pour faire partie juridiquement de ta
mille et quant & Porigine de cette paremé
On oppose généralement quant & la dimension deux types de famille : la famille
gens c’est-A-dire le lignage qui regroupe autour dun ancétre. commun tous ses des-
cendants et leurs conjoints, a la famille-domus c’est-a-dire le foyer qui se limite aux
pére et mére et & leurs enfants. L’on s’accorde également pour reconnaitre que I'évo-
lution historique a consisté a faire passer la famille du premier type au second par un
mouvement de rétrécissement continu.
Pourtant, l'analyse du droit positif révéle que celui-ci n’adopte pas une concep-
tion unique de la famille : selon les intéréts & protéger et les problémes a régler, il
attache tant6t A une conception relativement large, tantot A une conception beaucoup
plus étroite, Ainsi le droit des successions reconnait une vocation successorale aux
parents jusqu’au sixitme degré et méme parfois jusqu’au douziéme degré.
Done ici une conception assez large de la famille s'est maintenue. En matiére
obligation alimentaire, la famille englobe tous les parents puisque article 263 du
Code de la Famille dispose que cette obligation existe en ligne directe entre parents
légitimes sans limitation de degré et en ligne collatérale entre freres et soeurs ger-
mains, utérins ou consanguins a I'exclusion de leurs descendants. Ici encore, le légis-
lateur a opté pour une conception assez étendue de la famille.
En revanche, la plupart des textes et notamment ceux qui concernent les ef ets
patrimoniaux et personnels du mariage désignEnt sous le nom de famille un groupe
beaucoup plus étroit composé des époux et de leurs enfants. Ainsi, article 100 du
Code de la Famille affirme avec force que le lien matrimonial crée la famille par
union solennelle de I’homme et de la femme dans le mariage, faisant du mariage la
seule source possible d’une véritable famille. Cependant a cété de cette famille légi-
10time, le Code de la Famille a prévu deux autres types de famille qui sont la famille
naturelle et la famille adoptive.
Mais cette famille ainsi définie, quels sont ses rapports avec le droit ? Peut-elle
vraiment faire l'objet d'un droit ?
Certains I’ ont contesté en soutenant que la famille serait le lieu privilégié du «non-
droit». En effet, ont-ils souligné, les comportements familiaux sont faiblement in-
fluencés par le droit. Ils demandent beaucoup plus de facteurs affectifs, sociologiques,
idéologiques et méme économiques que d’impératifs juridiques. Les individus vivent
leurs relations familiales avant de songer 3 les couler dans un moule juridique.
De plus les techniques du droit, en particulier l’existence de régles générales édic-
t6es par la loi ou le réglement, Pintervention du juge pour résoudre les conflits et
éventuellement de la force publique pour exécuter ces jugements, paraissent souvent
trop abstraites ou brutales et en tout cas inadaptées & l’objet recherché qui est d’apai-
ser, de concilier, bref de reconstituer le tissu familial
Pourtant ces remarques ne sont que partiellement exactes. Il y a bien un droit de la
famille car la société ne peut se désintéresser d’une de ses cellules essentielles. Les
comportements des individus ne sont que trés rarement dictés par des considérations
juridiques. Le droit vient seulement discipliner ces comportements, les enserrer dans
certaines limites, éventuellement les normaliser.
Dans les relations famniliales, comme dans les autres relations sociales, c'est done
principalement au moment od surgissent des conflits que le droit devient utile. Le
juriste comme le médecin ne connait que des malades, Ia régle de droit intervenant
surtout dans des situations de crise c’est-A-dire contenticuses qui sont par hypothése
exceptionnelles. A ce moment, la technique du jugement par un tiers impartial, sur le
fondement de régles préétablies est toujours nécessaire, méme si elle doit revétir des
formes spéciales, adaptées a la nature des relations qu’ s’agit de normaliser.
Le droit a done incontestablement sa place dans le domaine familial ct cette place
n'est A notre avis, ni plus, ni moins étendue que pour les autres aspects de la vie
sociale. Partout, il est souhaitable d’éviter une réglementation tatillonne, qui est soit
inutile, soit génante, mais partout il est nécessaire également de poser des régles dont
le respect permet d’ éviter les conflits ou, s’ils naissent, de les résoudre dans les meilleu-
res conditions possibles.
Puisqu’il est done établi que le droit ne peut se désintéresser de la famille, quel
but faut-il assigner a ce droit de la famille ?
Ona longtemps pensé que le droit de Ia famille devait essentictlement se proposer
de donner a celle-ci une certaine structure et de lui assigner une certaine place dans
ulVorganisation générale de la société. C’est done 18 un but politique au sens large.
Cependant du fait de la diversité des jugements de valeur portés sur la famille, cer-
tains soutenant que fa famille est un obstacle & I’évolution sociale tandis que d’autres
insistaient sur les entraves qu’elle apporte a la liberté individuelle, des désaccords
profonds se sont manifestés sur le sens & donner & cette politique.
Plus récemment, un autre courant s’est manifesté, qui délaisse les conceptions
politiques et assigne & ce droit un objectif tout différent qui consiste tenter de favori-
ser le bonheur de ses membres. Dans un livre pénétrant paru en 1974 (’ Autonomic du
droit de la famille), E. Du Pontavice soutient que le droit de la famille tient son autono-
mie de sa finalité, qui est l'épanouissement de I’étre humain, Ie droit au bonheur.
Cette démarche, bien que séduisante repose & notre avis sur un fondement fragile.
Le bonheur est trop impalpable pour faire Vobjet d’un droit. Ce prétendu droit au
bonheur nous parait également étre un leurre dans la mesure ott en présence d’ur
confit, il faut presque toujours sacrifier un bonheur & autre.
En réalité, e droit de la famille ne peut faire abstraction ni de l'un, ni de l'autre des
deux objectifs qui viennent d’étre rapidement esquissés : il doit organiser une structure
familiale qui, & la fois favorise harmonie du groupe et permet aux individus de s"épa-
nouir. Ces buts sont complémentaires et le législateur doit s’efforcer de les concilier,
L’analyse du dernier recensement général de la population et de habitat a révélé
une grande importance de la vie en famille dans notre pays puisqu’on a dénombré en
1988 au Sénégal 784 484 familles constituées en moyenne de 8, 8 personnes.
Une autre donnée importante de ce recensement est 'accroissement du nombre
des familles monoparentales ayant & leur téte une femme puisque 16 % de celles-ci
jouent le rdle de chef de famille, accroissant ainsi leurs responsabilités dans le cadre
familial. La population urbaine qui représentait en 1976, 34 % de la population totale
est passée en 1988 & 39 % dod un accroissement moyen annuel de 3,8 % largement
supérieur au taux d’accroissement global de la population, ce qui entraine des inci-
dences importantes sur les familles au niveau de l'éducation, de la santé, de emploi,
de la sécurité, ete.
La recherche de l’argent loigne le plus souvent les parents de leur famille et
contraint les enfants & adopter d’autres modéles que leur propose I’école paralléle en
absence de modéle parental d’identification, Du fait de l’exode rural toujours crois-
sant, on note que Ia tendance a I’individualisme se développe dans les campagnes car
ceux qui reviennent des villes ont souvent acquis des habitudes qu’ils ne tardent pas &
reproduire en campagne.
Presque partout dans le monde, on note fa baisse du taux des mariages, l’aug-
mentation des concubinages et du nombre des méres-célibataires avec la multiplica-
tion des divorces. La famille subit ainsi de profondes mutations.«Familles, je vous hais», écrivait le jeune André GIDE dans les nourritures ter-
restres en 1897. Aujourd’hui encore, devant I'éclatement des formes de la famille
traditionnelle, certains prédisent la fin de la famille.
Nous sommes cependant convaincus que la famille ne peut pas disparaitre, car
comme le disait Sa Sainteté le Pape Jean Paul If, «La famille a des liens organiques et
vitaux avec la société parce qu'elle en constitue le fondement et qu'elle la sustente
sans cesse en réalisant son service de la vie : c’est au sein de la famille, en effet, que
naissent les citoyens et dans la famille qu’ils font le premier apprentissage des vertus
sociales, qui sont pour la société l’ame de sa vie et de son développement»
Il west done pas superflu de s’interroger sur la protection que le droit assure au
mariage et 3 la famille en raison de leur rdle étymologiquement et réellement constitu-
Lif de la société civile. La famille s'impose en effet comme la société premiére a la-
quelle appartient tout étre humain en naissant d’un pére et d’une mére eux-mémes
engendrés de maniére identique et insérés dans ua réseau de relations interpersonnelles
fondées sur Je sang et sur le coeur. C’est l'ensemble des familles qui donnent corps &
la Nation, Famille et Nation sont si consubstantiellement liges que la prospérité ou le
malheur de l'une entraine automatiquement fe bonheur ow la ruine de autre.
C'est dire que l’ordre juridique ne peut ignorer ta famille au risque de perdre sa
finalité et son autorité puisqu’il doit refléter le souci du bien-étre de ordre social
est pour cette raison que la loi réglemente de fagon minuticuse Vinstitution tant en
pétiode normale par l’organisation des rapports entre parents et de ceux-ci a l'égard
de leurs enfants qu’en période de crise, cette situation pouvant résulter soit d'un décés
‘ou d'un divorce ou d'une séparation de corps ou de fait.
PREMIERE PARTIE : L';ORGANISATION DE LA FAMILL
Larticle 100 du code de la famille que nous avons déja cité fait du mariage Pacte
constitutif de la famille. Mais une fois cette famille constituée, le Iégistateur doit 'or-
ganiser, <"est-a-dire préciser les regles de son fonetionnement car tout groupement
doit étre fortement organisé. Il est donc nécessaire pour la famille d’avoir une diree
tion, un chef, qui sera capable de prendre toutes les décisions qui s’imposent dans
Vintérét commun de ses membres, parmi lesquels il y a des enfants, qui, en raison de
leur age ne peuvent intervenir dans la vie juridique de la famille.
Dans les coutumes sénégalaises, les rapports entre époux étaient domings par idée
de soumission. Le Code de la Famille a opéré une véritable révolution dans ce domaine
en faisant de la femme un véritable sujet de droit. Cette option du Iégislateur sénégalais
s’expliquait a I'6poque par la volonté de favoriser la politique de développement éco-
nomirque ct social par la réforme du droit de fa famille, car Je développement, selon
expression de M. KOUASSIGAN, «exige des sociétés qui s’y engagent un ensemble
de changements socioculturels qui leur imposent de cesser d’étre ce qu'elles sont
pour devenir ce qu'il est souhaitable qu’elles soient»
13Nous constatons que dans l’organisation de la famille, la prééminence du mari
subsiste, Il existe également entre les membres de la famille des devoirs réciproques.
Ces rapports d’autorité et d’égalité existent entre les époux et entre les parents et
leurs enfants,
T - Les RAPPORTS JURIDIQUES ENTRE EPOUX
Test des rapports juridiques entre époux qui touchent davantage & la personne,
d'autres 4 argent, d’oi la distinction classique des rapports personnels ct des rap-
ports pécuniaires entre les époux.
A - Les rapports juridiques entre époux relatifs A la personne sont
dabord des rapports d’autorité. L’article [Link] Code de la Famille dispose sans aucune
ambiguité que le mari est le chef de famille. On constate donc, que malgré les ef forts
consentis pour améliorer le sort de la femme & l'intérieur de la famille, la prééminence
du mari subsiste.
Doit-on maintenir aujourd'hui encore entre les époux un rapport de subordination
en faveur du mari en lui laissant ses prérogatives de chef de famille ?
La réponse & cette question n’est pas facile méme si on constate sur ce point que
Ie droit frangais a, depuis la réforme du code civil intervenue le 04 juin 1970 mis les
Epoux sur un méme pied d’égalité, L’article 213 du code civil issu de la réforme de
1970 dispose que «Les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de
a famille, Ils pourvoient @ l'éducation des enfants et préparent leur avenir». En droit
frangais done, ce sont les deux époux qui exercent une direction collégiale de la f
mille, les décisions devant étre prises en commun par les deux époux sans que un ne
puisse les imposer & l'autre unilatéralement
I nous semble qu’il est trop t6t pour instituer au Sénégal une direction conjointe
de la famille, Nous pensons qu’il ne sert & rien de prendre des lois qui ne correspon-
dent pas aux moeurs et qui ne seront done pas appliquées. Pour qu'une loi vive disait
Ie doyen RIPERT, il faut qu'elle soit reine dans le milieu juridique.
Méme en France ot I’évolution des mentalités et les revendications des féminis-
tes ont rendu cette réforme possible, l’application de Ja direction conjointe de la fa-
mille avec son corollaire le recours au juge en cas de désaccord ont conduit certains
auteurs 2 ironiser sur le «ménage a trois» que forment les époux avec le juge. Il nous
semble done préférable de tout faire pour limiter au maximum ’intervention du juge
cn la matiére en organisant la famille sur une autorité solide,
‘A coup str, I’évolution des mentalités et les luttes inlassables que ménent les
{éministes de ce pays contre toutes les formes de discrimination nous y conduiront. Le
processus est d’ailleurs amorcé et la suppression en 1989 de la possibilité pour le mari
de s'opposer & l’exercice d’ une profession par son épouse a été une étape importante,
4Le mari est encore au Sénégal détenteur de ce que le code de la famille appelle la
«puissance maritale». Cependant plusieurs textes de Loi réservent une place impor-
tante 3 la femme qui participe également la direction de la famille. Ainsi article 375
du Code de la Famille fait peser sur la femme mariée la charge de pourvoir a ’entre-
tien du ménage et & l'éducation des enfants. En outre la femme est le suppléant du
mari dans la mesure od elle peut se faire habiliter par le juge & le représenter dans
Pexercice des pouvoirs résultant du régime matrimonial.
Enfin, il est prévu plusieurs possibilités pour la femme d’agir et d’engager son
conjoint, d’abord en vertu d’une représentation judiciaire, quand le conjoint est hors
d’état de manifester sa volonté, ensuite par l’exercice des pouvoirs domestiques qui
permettent a !’un d’engager l’autre pour toutes les dépenses du ménage et enfin par la
représentation conventionnelle qui permet & un époux de donner mandat a l'autre de
Je représenter dans lexercice des pouvoirs que le régime matrimonial lui attribue.
En fait ces régles, contenues pour lessentiel dans un paragraphe du code de la
famille intitulé «les régles destinées & faciliter le fonctionnement du régime» peuventen
réalité constituer une entrave a son fonctionnement, & cause de lhabilitation judic
done du recours obligatoire au juge pour passer les actes voulus. Dans la vie de la fa-
mille ces actes sont nombreux et certains peuvent revétir un caractére urgent, nécessitant
que la décision soit prise sans attendre. II serait done souhaitable, qu’a défaut de pouvoir
rendre la procédure de I’ article 592 du code de procédure civile plus simple, qu’on laisse
plus souvent les époux & leur conscience et limiter l’intervention du juge aux seuls cas
oil est avéré qu’il a été fait un usage fautif ou abusif de ces dispositions,
En faisant du mari le chef de famille, ta loi lui a donné te pouvoir de décision
méme s'il lui est précisé que ce pouvoir s’exerce dans I’intérét commun du ménage et
des enfants. Ainsi donc, le mari doit choisir le parti qu’il estime le plus conforme aux
intéréts généraux de la famille, et, pour éliminer tout risque de confit, il doit prendre
Tavis de sa femme.
La loi a par ailleurs donné au mari une liberté presque totale dans le choix de la
résidence du ménage, qui, une fois fixée s'impose a 1’épouse & moins que la résidence
choisie par le mari présente pour la famille des dangers d’ordre moral ou physique,
auquel cas la femme peut étre autorisée a avoir pour elle et ses enfants un autre domi-
cile fixé par le juge. D’ailleurs dans sa décision, le juge accordera 2 la femme le droit
de garder avec elle ses enfants et ne manquera certainement pas de fixer le montant de
la contribution du mari au charges du ménage.
Ainsi done, et sur un plan purement théorique, on pourrait étre en présence d’ une
famille oi le pére vivrait dans le domicile qu'il s’est lui-méme choisi et la femme av
ses enfants dans une résidence fixée par le juge, a qui article 153 du Code de la
Famille ne donne pas les moyens pour contraindre le mari a y habiter, Ne faudrait-il
done pas permettre au juge, au lieu de choisir un domicile pour la femme et les enfants
15seulement, de laisser au mari le soin et le temps de trouver un lieu convenable, Nous
pensons en tout cas que l’application de l'article 153 peut conduire, dans les cas o2 on
est en présence d’époux pas trés disposés a se faire des concessions a des situations
dramatiques qui rendent urgente la modification de cette disposition sus-évoquée pour
donner la possibilité au juge, hors des cas oi il y a péril grave et imminent, d’essayer
de rechercher une solution convenable pour les deux parties, et qui n’entrave pas leur
obligation de communauté de vie.
En plus du choix de la résidence du ménage, les pouvoirs de chef de famille
donnent au mari la possibilité de donner sa nationalité & son épouse. L’article 7 de la
oi 61.70 du 07 mars 1961 déterminant la nationalité sénégalaise dispose en effet que
la femme étrangere qui épouse un sénégalais acquiert la nationalité sénégalaise sauf
s'il a opposition au Gouvernement ou si la femme choisit de conserver sa nationalité
origine,
Jusqu’en 1989, le mari avait la possibilité de s’ opposer & l’exercice d’une activité
professionnelle par son 6pouse. Désormais, la femme, comme le mati, a le plein exer-
cice de sa capacité civile, Cette solution & notre avis mérite d’étre approuvée, car la
régle primitivement adoptée par les rédacteurs du Code de la Famille n’était qu'une
survivance des régles traditionnelles fondées sur l’infériorité de la femme.
Lautorité du mari au sein de la famille n'est donc ni totale ni absolue, la plupart
des droits et devoirs des époux étant réciproques.
La famille conjugale sénégalaise repose sur les droits et devoirs réciproques de
fidélité, d’assistance et le principe de cohabitation.
Le devoir de fidélité est de essence du mariage et s'impose avec la méme force
aussi bien au mari qu’a la femme. Ce devoir existe pendant toute la durée du mariage
et, bien qu’il s'agisse d’un domaine od la discrétion est particuligrement souhaitable,
méme et peut-étre surtout pour la victime de I’infidélité, il arrive assez souvent que les
tribunaux soient amenés a le sanctionner.
Is ont ainsi eu l'occasion de préciser que la méconnaissance du devoir de fidélité
peut apparaitre méme si I’adultére n’est pas prouvé, notamment lorsque I’un des époux
a eu des relations équivoques avec un tiers, dés lors que celles-ci apparaissent inju-
rieuses pour le conjoint.
Mais bien entendu, c'est trés généralement adultére qui établit linfidélité.
Or, dans ce cas, 1a question qui se pose est celle de la sanction ou des sanctions
applicables.
Au Sénégal, l’adultére est encore un délit réprimé en droit pénal au moins dans
certains cas.
16En France et bien avant la loi du 11 juillet 1976 des auteurs ont pensé que du fait
de I’évolution des moeurs, il était devenu inutile de maintenir une sanction pénale qui
ne peut intervenir que sur la plainte du conjoint offensé, lequel n'y recourant que pour
obtenir le constat de flagrant délit d’adultére, qui simplifiera la procédure civile aprés
une condamnation symbolique 4 une peine d’amende avec surs
‘Au Sénégal, pays fortement religieux od la licence observée ailleurs en matigre
de moralité sexuelle ne s’est pas encore totalement implantée, la répression de l'adul-
tere par la loi pénale doit étre maintenue méme si le plus souvent et toujours pour les
raisons sus-€voquées les victimes répugnent a s’en plaindre et ne l’invoque qu’a l'oc-
casion de la procédure civile
Car en effet, la violation du devoir de fidélité est également illicite au regard de la
loi civile qui la sanetionne de diverses maniéres.
D'abord il s’agit d’une cause de divorce ou de séparation de corps dont peut se
prévaloir I'époux trompé pour obtenir la rupture du lien conjugal contre le gré de
autre époux et a ses torts,
L’adultére est également une faute civile qui engage la responsabilité civile de
Vépoux coupable. Cette responsabilité lorsqu’elle est mise en jeu, permet I'octroi de
dommages-intéréts & Ja victime qui subit un dommage moral.
En plus de obligation de fidélité, tes époux se doivent aux termes de l'article
151 du Code de la Famille, soins et assistance réciproques pour la sauvegarde des
intéréts moraux et matériels du ménage et des enfants.
Monsieur Serge GUINCHARD pense que la rédaction de l'article 151 préte &
confusion et son contenu ne correspond pas & son intitulé. Les devoits de «secours et
assistance» annoncés dans l’intitulé se transforment dans le corps du texte en «soins
et assistance», deux expressions qui ne sont pas synonymes ; en effet, le devoir d’as-
sistance est un devoir d’ ordre personnel, c’est une aide matérielle (les soins) en cas de
maladie, et morale (V’assistance proprement dite) aux contours forcément imprécis.
Au contraire le devoir de secours est d’ordre patrimonial et peut étre défini comme
obligation qui pése sur chaque époux de fournir & son conjoint les ressources néces-
saires A la vie.
Ce devoir d’assistance ainsi entendu comporte une limite dans la mesure ot l'ar-
ticle 166 autorise le divorce pour maladie grave et incurable de I’un des époux décou-
verte pendant le mariage.
Nous pensons done qu’il est assez contradictoire de faire peser sur les époux cette
obligation de soins et d’assistance qui est I’un des fondements du mariage et permet-
tre 8 I'un d'eux de pouvoir obtenir le divorce pour maladie grave et incurable de son
1conjoint. Il est done souhaitable que le divorce ne puisse étre accordé que dans les
hypothéses od cette maladie grave et incurable rend intolérable Je maintien du lien
conjugal parce qu’elle présente des dangers pour l'autre conjoint.
La troisigme obligation qui s'impose aux époux est en plus de celles que nous
venons de voir, |’ obligation de cohabitation ou le devoir de communauté de vie, celle~
ci étant essentielle au mariage. Cette régle qui résulte de l'article 149 du Code de la
Famille condamne les pratiques coutumires qui imposaient a la femme dhabiter avec
sa famille d'origine ou celle de son mari. En cas de polygamie les épouses auront droit
A une égalité de traitement permettant a chacune d’elles de prétendre & une résidence
propre si l'une d’elles en bénéficie,
Diverses sanctions sont possibles en cas de manquement de 'un des époux & son
obligation de cohabitation : d’abord le fautif peut étre condamné a réintégrer le domi-
cile conjugal sous astreinte, ensuite l'autre, resté au foyer, peut valablement refuser de
fournir sa contribution aux charges du ménage, ou demander le divorce ou la sépara-
tion de corps ou enfin obtenir des dommages-intéréts.
En plus de ces sanctions civiles, le code pénal A l'article 350 punit de peines
d’amende et d’emprisonnement le conjoint qui abandonne sans motif grave pendant
plus de deux mois la résidence familiale, ainsi que le mari qui abandonne pendant la
méme durée sa femme la sachant enceinte
Apres avoir énuméré les rapports d’ ordre personnel qui lient les époux au sein de
Ja famille, voyons & présent.
B - Les RAPPORTS JURIDIQUES ENTRE EPOUX RELATIPS AUX BIENS
Dans ce domaine, l’essentiel de la réglementation est déterminé par le régime
matrimonial qui est choisi au moment du mariage et qui n'est pas le méme pour tous
les ménages. Cependant le législateur a posé quelques principes fondamentaux com-
‘uns 8 tous les époux. Ce statut de base du patrimoine du ménage que certains auteurs
appellent régime primaire ou statut fondamental (car il forme un fonds commun sur
leque! vient se greffer le régime matrimonial proprement dit) contient des régles qui
définissent les principes fondamentaux constituant le droit commun des rapports pa-
trimoniaux entre époux fondé sur le principe d’égalité entre les conjoints.
La premiére régle est celle de I’article 371 du Code de la Famille qui reconnait &
1a femme le plein exercice de sa capacité civile, c’est-a-dire lui confére une liberté totale
pour participer au commerce juridique. L’alinéa 2 de cet article erée méme une inégalité
en faveur de la femme puisque lorsqu’elle exerce une profession séparée de celle de son
mari, les biens qu’elle acquiert constituent des biens réservés qu'elle administre et dont
elle dispose quelque soit le régime, suivant les regles de la séparation des biens.
18La deuxiéme régle est celle qui confére a la femme le pouvoir d'engager solidai-
rement son époux Jorsqu’elle passe seule des contrats relatifs aux charges du ménage.
Notons enfin que l'article 314 permet a la femme de se faire ouvrir un compte de
dépdt ou de titres en son nom personnel
Quelquefois, il peut arriver que lorganisation des rapports patrimoniaux entre
Epoux, telle qu’ elle est prévue par la loi conduise & des impasses ou provoque la para-
lysie, Tel acte par exemple requiert le consentement d’un époux qui est absent, empé-
ché ou qui, par hostilité & son conjoint, refuse son accord. Un époux peut également
utiliser ses pouvoirs contre I’intérét de la famille par des actes inconsidé
Pour essayer de remédier & ces dangers, le Iégislateur a prévu des mécanismes
assurant la suppléance de l'un des époux par l'autre et la sauvegarde contre l'un des
Gpoux des intéréts de la famille, ces régles ayant d’ ailleurs dja été indiquées & propos
des rapports d’autorité au sein de la famille.
Larticle 375 du code de la famille énonce une régle importante. C’est delle qu'on
pense en premier lieu s’agissant des rapports patrimoniaux entre époux. Cette regle
fait peser sur les 6poux l obligation de pourvoir & l’entretien du ménage et 3 I’éduca-
tion des enfants communs.
Cette obligation de contribuer aux charges du ménage a un objet tout fait dis-
tinct de celui de I’ obligation alimentaire entre époux, c’est-A-dire du devoir de secours
visés par article 151, La Cour de Cassation Francaise a eu l'occasion de le rappeler 3
de nombreuses reprises (23 juin 1970, D. 1971. 162, note Larroumet . 17 octobre
1976, Bull. {, n° 314, 24 octobre 1977, Bull. I n® 383).
En effet alors que le devoir de secours se limite & assurer au conjoint ce qui est
nécessaire & sa subsistance, Vobligation de contribuer aux charges du mariage est
beaucoup plus large. Elle englobe également, non seulement les frais destings & l’en-
tretien des enfants, mais, plus généralement, toutes les dépenses normales du ménage,
c‘est-a-dire celles qui assurent le train de vie de la famille, méme si elles ne sont pas
strictement nécessaires & la vie de tel ou tel de ses membres.
Peut-étre parce qu’il le chef de famille ou du fait qu'il état le plus souvent le seul
a avoir des revenus, le Code de la Famille fait peser sur le mari cette obligation & titre
principal
Ceite question de quantum de la contribution ne présente plus un trés grand intérét
aujourd'hui, puisque tous les revenus de I'un et l'autre époux sont absorbés par les
charges qui deviennent de plus en plus insupportables, de telle sorte que chacun verse la
totalité de ses ressources, sans qu’on se préoccupe d’ une proportion quelconque. I! im-
porte donc &I'Etat de se rappeler son devoir de protection de la famille qui lui est imposé
par la Constitution et dont f'un des aspects nous semble étre la lutte contre la misére.
itC’est sous un autre angle que le probiéme de ta contribution aux charges du mé-
nage se présente actuellement. Il s'agit du cas o¥ l'un des époux, généralement le
mari, abandonne ’autre, en lui laissant la charge des enfants. II faut alors le contrain-
dre & participer aux dépenses.
Comment y parvenir ? Quelles sanctions assurent l’exécution de l'obligation ?
L’époux qui estime que son conjoint ne contribue pas aux charges du ménage
peut obtenir du président du Tribunal départemental l’autorisation de saisir arréter et
de toucher dans la proportion de ses besoins, une part du salaire, du produit du travail
‘ou des revenus de son conjoint.
Ceite sanction est souvent inefficace car le mari sauf dans le eas oi il est agent de
Etat bénéficie parfois de la complicité de son employeur pour se soustraire & la con-
damnation. II serait done souhaitable de permettre aux femmes que l’abandon du mar
laisse dans le besoin, d’ obtenir des secours rapides.
La France a résolu le probléme en confiant au Trésor public la tache de recouvrer
certaines créances privées pour le compte des particuliers. La mise en oeuvre dun tel
léme peut étre difficile dans notre pays oi! I"Etat n'a peut étre pas les moyens de se
substituer aux débiteurs récalcitrants dans un premier temps avant de tenter de se faire
rembourser. Nous pensons cependant qu’une meilleure protection des éléments les
plus faibles de la famille & savoir la ferme et l'enfant commande que on étudie
sérieusement la possibilité d’impliquer davantage I'administration dans le recouvre-
ment des pensions alimentaires.
Le divorce et la séparation constituent une autre sanction de Ja violation par I’un
des époux de son obligation de contribuer aux charges du mariage. Mais c’est surtout
le code pénal & l'article 350 qui réprime de la maniére la plus sévére le fait du conjoint
qui se soustrait sans motif grave aux obligations d’ ordre matériel résultant du mariage
ainsi que de la puissance paternelle.
La loi ne régit pas seulement les relations entre les 6poux. Les rapports juridiques,
entre ceux-ci et leurs enfants font également l'objet d’une réglementation dé
qui fait l'objet de ce que les juristes appellent la puissance paternelle.
11 - Les RAPPORTS JURIDIQUES ENTRE PARENTS ET ENFANTS ? LA PUISS!
PATERNELLE
Cette puissance paternelle n’appartient qu’aux pére et mére. Elle ne dépasse pas
le cercle de la famille au sens restreint. Cette régle est consacrée par l'article 277 du
Code de la Famille qui dispose que «la puissance paternelle sur les enfants légitimes
appartient conjointement au pore et & la mere»
Pendant le mariage, cette puissance paternelle est exercée par le mari en sa qualité