Introduction à la pharmacologie générale
Introduction à la pharmacologie générale
PHARMACOLOGIE
GENERALE
Dr MOUSTAPHA MOUHAMADOU
SOMMAIRE
INTRODUCTION
INTRODUCTION
1. DEFINITIONS ET LIMITES
Les médicaments sont les produits utilisés dans la prévention, le diagnostic et le traitement
des maladies. C’est l’arme la plus fréquemment utilisée en médecine, presque à chaque
consultation : d’où l’importance de la connaissance de la pharmacologie pour le médecin.
Les médicaments sont à distinguer des aliments, des cosmétiques, des xénobiotiques et des
poisons ; les sciences voisines de la pharmacologie sont donc la nutrition, la cosmétologie,
l’écologie et la toxicologie. En pratique, les frontières ne sont pas toujours évidentes.
La pharmacologie doit être distinguée de la thérapeutique qui concerne les choix stratégiques
pour traiter un malade en fonction de son individualité et des armes disponibles (diététique,
[Tapez ici]
chirurgie, radiothérapie, kinésithérapie, homéopathie, thermalisme, phytothérapie,
psychanalyse, psychothérapie… et pharmacologie).
2. COMPOSITION DES MEDICAMENTS
Un médicament comprend une partie responsable de ses effets sur l’organisme humain, le
principe actif, et, le plus souvent, une partie inactive faite d’un ou plusieurs excipients (figure
0.3.-1).
semi synthèse
MEDICAMENT-OBJET
2.1.1. Origine
Les matières premières susceptibles d’être à l’origine d’un médicament, sont des drogues (à
noter au passage que la traduction de l’anglais « drug » est « médicament » et jamais «
drogue »).
Ce terme est surtout usité pour les produits traditionnels issus des règnes minéraux, végétaux
ou animaux. Ces médicaments restent très employés, notamment ceux qui proviennent des
plantes qui continuent à fournir des nouvelles substances.
La plupart des principes actifs actuels sont cependant préparés par synthèse chimique
intégrale ou par semi synthèse à partir de substances naturelles.
Les biotechnologies (fermentations, génie génétique) permettent l’accès à des molécules
complexes fabriquées par le vivant.
2.1.2. Forme
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Avant d’être intégré dans un médicament tel qu’il se présente dans une pharmacie, un
principe actif doit être obtenu sous une forme standardisée, reproductible d’un lot de
fabrication à l’autre et aussi pure que possible. Les normes auxquelles ils doivent satisfaire
sont fixées par la pharmacopée (recueil officiel de normes pharmaceutiques) ou précisées
dans le dossier préalable à leur autorisation d’utilisation.
Les principes actifs préparés par synthèse chimique ou issus des biotechnologies, se
présentent sous forme de poudres ou, moins souvent, de solutions. Le problème essentiel de
leur fabrication est leur purification chimique et biologique. Ils sont hautement standardisés.
Les principes actifs traditionnels se présentent sous des formes beaucoup plus nombreuses,
autrefois appelées « formes officinales élémentaires ». Leur degré de pureté est très variable,
de la poudre pratiquement pure au mélange complexe où ils sont accompagnés de substances
multiples, dont certaines, les adjuvants, ne sont pas totalement dépourvues d’activité. Ces
formes sont cependant standardisées de manière à avoir une activité reproductible, identique
pour la même quantité ; au pire, cette activité est exprimée en unités biologiques et la quantité
utilisée varie avec les lots. Ces préparations sont en règle désignées par le nom de la forme
suivie de celui de la drogue.
Les principales formes traditionnelles sont les poudres, les extraits, les hydrolés, les sirops,
les teintures et les essences. On utilise maintenant rarement les espèces et farines, les
nébulisats et atomisats, les hydrolats, les alcoolats et alcoolatures et les huiles médicinales
(voir lexique).
2.1.3. Dénomination
Les principes actifs sont désignés par une appellation abrégée en un mot, la dénomination
commune. Celle-ci rappelle de plus ou moins loin la formule chimique, qui serait évidemment
inutilisable en langage courant, et, surtout, comporte un suffixe commun pour les produits
apparentés. Elle est officialisée par l’Organisation Mondiale de la Santé, d’où le nom de
dénomination commune internationale ou DCI. (voir chapitre 6.9.).
2.2. Excipients
La présence d’excipients est indispensable pour assurer la conservation du médicament, lui
donner un volume et une présentation utilisables par le malade et permettre son identification
; on verra qu’ils jouent aussi un rôle important dans la vitesse de mise à disposition de
l’organisme du principe actif (voir chapitre 1.2.). Inactifs quant à leur intérêt thérapeutique,
ils peuvent néanmoins entraîner des effets nocifs (voir chapitre 2.6.). Tous doivent être
autorisés par la réglementation.
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- colorants : substances colorées servant de témoin d’homogénéité d’un mélange de poudres
ou à identifier le médicament fini
- édulcorants ou correctifs : modificateurs du goût permettant de rendre une préparation
agréable ou de masquer le mauvais goût d’un principe actif
- conservateurs : substances destinées à empêcher la dégradation chimique ou l’altération
microbiologique d’un médicament.
3. MEDICAMENT-OBJET
Le médicament tel qu’on l’acquiert et qu’on l’utilise, est un objet. Cet objet a une forme et est
présenté dans un conditionnement (figure 0.3.-2).
conditionnement
extérieur
conditionnement ###
primaire + ###
###
###
blister flacon notice
formes divisées formes à diviser
(doses unitaires, unidoses) (multidoses)
Les différentes manières dont le médicament est présenté, constituent les « formes
pharmaceutiques ». On distingue des formes divisées où le médicament est présenté en doses
unitaires (ou unidoses) correspondant à une prise et des formes à diviser (ou multidoses) pour
lesquelles le malade doit prélever à chaque fois la quantité à prendre. Elles sont en rapport
direct avec les façons dont le médicament est administré. C’est pourquoi elles sont décrites
avec celles-ci (voir chapitre 1.2.).
Les formes pharmaceutiques ne sont pas délivrées en vrac, mais contenues dans un
conditionnement. Celui-ci est dit primaire lorsqu’il est en contact avec le médicament (flacon,
blister, etc.), extérieur dans le cas inverse (boîte, emballage, etc.).
Les conditionnements portent un certain nombre de mentions obligatoires et contiennent une
notice d’utilisation. Mentions et notices sont contrôlées par l’administration.
On peut définir des classes de médicaments de différentes manières : classes selon leurs
origines, leurs compositions ou leurs structures chimiques, classes pharmacologiques selon
leurs actions sur l’organisme, classes thérapeutiques selon les pathologies traitées (voir
chapitre 6.1.).
En fait, aucune classification ne permet de couvrir de manière satisfaisante pour le médecin
l’ensemble des médicaments. On a donc recours à un système hétérogène de classes
pharmacothérapeutiques qui allient les mécanismes d’action et l’effet thérapeutique. La plus
répandue est la classification ATC, qui a l’avantage d’être internationale mais qui est loin
d’être parfaite. Aussi, bien souvent, la classification utilisée est conçue selon le but poursuivi.
Il en sera ainsi dans ce cours.
[Tapez ici]
1.1. Description de l’itinéraire 7
I PARTIE
PHARMACOCINETIQUE
CHAPITRE 1.1.
DESCRIPTION DE L’ITINERAIRE
suivi par les médicaments dans l’organisme
1. PHASES
Le passage est dû soit à une pression hydrostatique exercée sur un côté de la barrière
1.1. Description de l’itinéraire 9
(filtration), soit à un gradient de concentration pour la substance intéressée entre les deux
côtés (il est passif, dans le sens descendant du gradient, jusqu’à égalisation des
concentrations).
Le pH influence la diffusion non ionique des substances qui peuvent exister sous forme non
ionisée (diffusible) ou ionisée (non diffusible), c’est-à-dire les acides et les bases faibles.
L’équilibre entre les deux formes est régi par la loi d’HENDERSON-HASSELBACH :
AH A- + H+ BOH B+ + OH-
(sel)
pH = pK + log pH = pK + log
(acide)
2.5. Pinocytose
Phénomène cellulaire analogue à la phagocytose, la pinocytose concerne des flaques
liquidiennes qui sont englobées par une invagination de la membrane, puis forment une
vacuole, finalement digérée en libérant son contenu dans le cytoplasme (figure 1.1.-6).
L’importance de ce mécanisme est faible pour les médicaments. Il concerne des molécules de
poids moléculaire élevé.
Un médicament n’est utilisable que s’il peut, in vivo, atteindre l’organe cible sur lequel il
agit.
Il est donc capital de connaître les barrières qu’il sera amené à rencontrer dans l’organisme et
de savoir s’il pourra les franchir.
M M
M
M
PRESSION EAU
GRADIENT
DE M
CONCENTRATION
COMPARTIMENT
1 BARRIERE COMPARTIMENT
LIPIDIQUE 2
IONS
X+, Y-
MOLÉCULE NEUTRE
C C
LIPOSOLUBLE
ACIDE FAIBLE
AH AH
A- + H+ A- + H+
BASE FAIBLE
BOH
BOH
B+ + OH-
B+ + OH-
PH = 1 PH = 7
AH AH
A- + H A- + H+
AH = ACIDE FAIBLE
pK = 4
Sens du passage (A-)
(AH)
figure 1.1.-3 : diffusion non ionique, influence du pH (exemple) - cas d’un acide faible : le passage
se fait du compartiment acide vers le compartiment neutre ; il n’intéresse que la fraction non ionisée
dont la concentration à l’équilibre est identique dans les deux compartiments.
1.1. Description de l’itinéraire 12
M T
T
M T
M
M T
M
TM
M
figure 1.1.-4 : diffusion facilitée - M médicament, T transporteur ; le passage est passif, suivant le
gradient de concentration, jusqu’à égalisation des concentrations à l’équilibre.
M T
M
M T
T
M T
TM
M M
figure 1.1.-5 : transport actif - M médicament, T transporteur ; le passage est actif, peut se faire
contre un gradient de concentration et aboutir au maintien d’un déséquilibre de concentrations entre
les compartiments.
1.1. Description de l’itinéraire 13
1 2
3 4
CHAPITRE 1.2.
1. PHASE D’ABSORPTION
Lorsqu’on recherche une action locale, le médicament est déposé à la surface de l’organisme
et agit in situ. Cependant, une fraction du produit peut pénétrer dans l’organisme et ce passage
peut causer des effets indésirables.
Utiliser une voie locale ne garantit pas l’absence totale d’absorption et partant de risque
d’accident.
A absorption
c indirecte
n absorption
directe
r pénétration
a directe
1.1. Absorption
Processus par lequel une substance déposée à la surface ou à l'intérieur d'un tissu parvient aux
vaisseaux :
- l'absorption est directe ou immédiate lorsque le médicament est introduit dans un milieu
qui l'accepte passivement (tissu sous-cutané, muscles),
- l'absorption est indirecte ou médiate lorsque ce passage nécessite le franchissement d'une
barrière sélective ; il y a résorption (peau, muqueuse, séreuse).
2. PHASE GALENIQUE
cette libération prend place au lieu de l'administration, avant l'absorption éventuelle. Il arrive
toutefois qu'elle se produise après celle-ci.
La vitesse de la libération du principe actif conditionne la vitesse de mise à la disposition de
l'organisme du principe actif (autrement dit : de son apparition dans le plasma) ; de même la
durée de cette libération conditionne la durée de présence dans l'organisme.
Dans tous les autres cas elle est plus ou moins longue. Lorsqu'on cherche à l'allonger
volontairement, on parle de « formes-retard ». Celles-ci peuvent être à libération retardée,
lorsque le début de la libération du produit est ralenti sans que sa durée soit allongée, ou à
libération prolongée lorsque celle-ci est allongée.
A l'inverse, on peut chercher à améliorer l'absorption et à la rendre plus rapide. On joue sur
les excipients et si le corps n'est pas hydrosoluble, sur l'état de la matière. On réalise des
poudres très finement divisées (poudres micronisées) ou des formes pré-délitées
(microcapsules dans une gélule).
Enfin, on peut administrer non le principe actif, mais un précurseur qui le libèrera dans
l'organisme :
- soit pour obtenir un effet retard, la libération étant progressive au point d'administration
(muscle), par exemple par hydrolyse d'un ester
- soit au contraire, pour obtenir une absorption plus rapide et surtout plus complète (per os)
lorsque le principe actif est détruit partiellement lors de celle-ci.
les espaces intercellulaires sont remplis d'un ciment lipidique compact. Les substances
liposolubles s'accumulent ainsi dans la couche cornée, jusqu'au contact avec les assises
sousjacentes. Si elles sont purement liposolubles, elles n'iront pas plus loin. Si elles ont un
certain degré d'hydrosolubilité, elles pourront migrer à travers les couches profondes de
l'épiderme où les espaces intercellulaires sont importants, puis à travers la substance
fondamentale du derme, jusqu'aux capillaires. Les substances purement hydrosolubles sont
arrêtées par la couche cornée.
Accessoirement, la pénétration des médicaments est possible à travers le sébum des follicules
pileux à la base desquels une simple couche germinative reste à traverser pour atteindre le
derme. Cette voie est plus rapide, moins sélective mais, chez l'homme, moins étendue que
celle de l'épiderme.
La perméabilité de la peau est sujette à de grandes variations en fonction de l'âge, de l'ethnie,
de la localisation, de l'hydratation, etc. L'épaisseur de la couche cornée explique l'ordre
suivant de perméabilité décroissante : paumes et plantes, scrotum, arrière de l'oreille,
aisselles, cuir chevelu, bras, jambes, poitrine.
Enfin les lésions cutanées préexistantes ou créées par une substance mettent à nu le derme ou
les tissus sous-jacents et permettent une absorption massive.
L’absorption cutanée peut être accrue dans certaines circonstances : plaies, excoriations,
pansements occlusifs, etc.
On recherche habituellement une action locale sur une lésion dermatologique ; le produit actif
devra selon les cas pénétrer plus ou moins profondément à l'intérieur de l'épiderme. Parfois, le
médicament peut traverser celui-ci et atteindre le derme ; à ce niveau, il est susceptible de
traverser la paroi des capillaires. Il est donc possible d'introduire ainsi des médicaments dans
l'organisme en vue d'une action générale ; ce procédé est en général lent et peu précis.
Toutefois cette propriété est mise à profit lorsqu'on veut réaliser une imprégnation continue et
prolongée de l'organisme (« patchs »).
Le passage transcutané de certains gaz (acide cyanhydrique, insecticides) ou même de
préparations dermatologiques médicamenteuses (hormones, stéroïdes) peut être à l'origine
d'accidents.
Elle consiste à introduire mécaniquement une substance dans l'épiderme ; elle est utilisée en
allergologie.
3.1.2. Muqueuses
Les muqueuses résorbent très vite et très bien un grand nombre de médicaments.
A. Muqueuse gastrique
- action locale : substances qui couvrent la muqueuse sans être absorbées (pansements)
- action générale : substances absorbées par la muqueuse gastrique. Celle-ci se conduit
comme une barrière lipidique. Etant donné le pH fortement acide du milieu gastrique, les
acides faibles seront absorbés, mais non les bases, les ions, les acides forts ; l'alcalinisation
médicamenteuse du contenu gastrique favorise le passage de bases faibles, tels les
alcaloïdes. L'absorption est cependant entravée par la faible vascularisation de la muqueuse
et la courte durée du séjour des substances dans l'estomac.
A l’inverse, les cellules intestinales peuvent constituer un barrage actif à la pénétration dans
l’organisme de certains médicaments bien qu’ils aient franchi la membrane cellulaire. Deux
mécanismes sont concernés :
- les cellules intestinales peuvent transformer (métaboliser) en général partiellement,
certains médicaments. Elles disposent pour cela d’enzymes microsomales, comme le
cytochrome CYP3A4 (voir chapitre 1.4.)
- le système de la P-glycoprotéine (voir chapitre 6.8.) constitue un mécanisme de transport
actif capable de rejeter dans la lumière intestinale soit le principe actif lui-même, soit ses
produits de dégradation. Ceci explique la faible biodisponibilité de certaines substances
lipophiles.
Après avoir traversé la muqueuse intestinale, les médicaments peuvent suivre deux chemins :
- principalement, le système porte qui les conduit au foie ; à ce niveau, ils peuvent être
transformés ou rejetés dans la bile (cf. chapitre 1.4.). Si ces phénomènes cumulés aux
niveaux intestinal et hépatique sont intenses, la substance est inactive par voie orale -
accessoirement, les vaisseaux lymphatiques ; ce passage est rarement important.
C. Muqueuse du gros intestin
Elle peut être atteinte par voie haute (voie orale) ou surtout par voie basse (voie rectale) :
- action locale : utilisée en cas d’affections rectales ou anales voire coliques - action
générale : la muqueuse du gros intestin se conduit comme celle du grêle.
(veine jugulaire). Elle est parfois utilisée pour les urgences (TNT). Cette voie a l'avantage
d'éviter les sucs digestifs et le barrage hépatique.
Un gaz doit toujours être administré en même temps que de l'oxygène (ou de l'air) afin
d'éviter l'anoxie.
Le passage dans le sang, à travers la membrane alvéolaire supposée normale, dépend
essentiellement de deux facteurs : la solubilité du gaz dans le sang et sa pression partielle dans
le mélange inhalé. C'est un mécanisme passif où la membrane alvéolaire ne joue aucun rôle.
Plus la solubilité des gaz dans le sang est grande et plus la quantité de médicament qui pénètre
dans l'organisme est importante. Elle se traduit par un coefficient de partage phase
gazeuse/phase liquide (sang) caractéristique de la substance. Il varie beaucoup avec les
différents gaz. Il conditionne la répartition à l'équilibre des concentrations de part et d'autre de
la membrane alvéolaire.
La pression partielle exprime la concentration du gaz dans le premier compartiment, celui de
l'intérieur de l'alvéole ; au départ, le sang étant dépourvu de médicament, elle entraîne le
passage à travers la paroi alvéolaire jusqu'à ce que l'équilibre, fonction de la solubilité dans le
sang, s'établisse. Par la suite, il suffit de l'augmenter pour rompre cet équilibre et permettre à
une quantité de gaz supplémentaire de pénétrer dans l'organisme.
[Link]. Conjonctive
On ne recherche ici qu'une action locale en surface ou locorégionale (action sur la
musculature de l'oeil, de la pupille, ...).
De graves accidents sont cependant possibles, car :
- par le canal lacrymal, les médicaments peuvent gagner le tube digestif et y être absorbés
- la conjonctive elle-même est capable de résorber rapidement et massivement certaines
substances.
A l'opposé, on peut chercher à diminuer la vitesse de résorption pour avoir une action
prolongée ; on utilise pour cela :
- soit des vasoconstricteurs (adrénaline, phényléphrine… )
- soit des préparations spéciales, les « formes retard », qui diffusent lentement.
Inconvénients et dangers :
- l'infection, les abcès (faute d'asepsie)
- l'injection intra-vasculaire qui selon la nature du produit peut entraîner de graves accidents
locaux ou généraux, voire la mort ; il faut toujours s'assurer en aspirant légèrement avant
d'injecter qu'il ne vient pas de sang
- l'anoxie suraiguë des tissus, source d'escarres ou de développement de germes anaérobies
(gangrène, tétanos) due à l'emploi de vasoconstricteurs puissants et à effet prolongé.
Inconvénients et dangers :
- l'infection
- l’injection intra-vasculaire (il faut toujours s’assurer en aspirant légèrement avant
d’injecter qu’il ne vient pas de sang)
- la piqûre d'un nerf (douleur) ou l'injection intra-nerveuse (risque de paralysie)
Avantages :
- rapidité : le médicament n'a pas à être absorbé, il est immédiatement répandu dans
l'organisme : c'est la voie de l'urgence
- exactitude : on est sûr que la quantité administrée est bien parvenue dans le sang, sans
perte ni destruction lors de l'absorption
- faible sensibilité de l'intima qui tolère sans douleur ni réaction bien des médicaments
1.3. Phase vasculaire 23
- contrôle : l'administration peut être instantanément arrêtée ; elle peut être accélérée ou
ralentie à volonté, surtout en cas de perfusion.
Dangers :
- l'infection est un danger majeur, car l'embolisation de germes microbiens peut être la
source de septicémies ou de greffes infectieuses à distance ; les cathéters en plastique,
difficilement stérilisables, sont assez fréquemment la source de septicopyohémies à
champignons ou à pyocyaniques qui ne cèdent qu'après leur ablation. L'asepsie doit être
draconienne
- l'embol gazeux est redoutable s'il est massif
- certaines présentations de médicament sont formellement proscrites par voie intraveineuse
: les solutions huileuses, sources d'embolies graisseuses, les suspensions, sources
d'embolies mécaniques ; les formes retard, qui appartiennent à ces catégories, ne doivent
jamais être ainsi utilisées
- le « speek-schock » : après injection rapide, un « index » (bolus) médicamenteux se
déplace dans le torrent circulatoire avant de s'y diluer. Dans ces conditions, les produits
cardiotoxiques, arrivant en forte concentration au niveau du myocarde, sont très dangereux
; les injections intraveineuses seront toujours lentes (retenez : 1 ml par minute, montre en
main !)
- les hématomes, surtout si les vaisseaux sont fragiles, si le malade coagule mal… : il faut
toujours comprimer longuement après l'injection
- l'injection sous-cutanée (avec nécrose s'il s'agit de vasoconstricteur puissant) ou
intraartérielle (parfois catastrophique, entraînant la nécrose massive des tissus en aval) :
toujours s'assurer de la couleur du sang qui vient dans la seringue (au pli du coude, à la
fémorale, il est facile de piquer l'artère !)
- l'anévrisme artério-veineux si l'aiguille embroche les deux vaisseaux (pli du coude)
- thrombose veineuse ou périphlébite dues aux produits irritants ; elles diminuent le « capital
veineux » qui doit être ménagé
- hémolyse due à des solutions hypotoniques ou à des produits hémolysants
- les perfusions exposent à une surcharge vasculaire pouvant entraîner une défaillance
cardiaque (œdème aigu du poumon) et à une réaction fébrile. Celle-ci est due à la présence
de pyrogènes, substances provenant de la lyse de bactéries contenues dans le liquide ayant
servi à la préparation (leur absence est contrôlée et cet accident est devenu rare).
Ces injections peuvent provoquer un hématome, une compression prolongée du vaisseau est
indispensable ; elles sont contre-indiquées en cas de traitement anticoagulant ou de maladie
hémorragipare.
4. BIODISPONIBILITE
On appelle biodisponibilité
le rapport entre la quantité de médicament qui atteint le plasma et la quantité administrée.
Elle est exprimée en pourcentage. Elle est donc égale ou inférieure à 100 %.
1.3. Phase vasculaire 25
La biodisponibilité est relative à une présentation, c’est-à-dire à un principe actif, sous une
forme pharmaceutique, d’un fabricant donné ; elle dépend de :
- la substance elle-même
- l'anatomie, c'est-à-dire de la voie d'administration (cf. voies orale ou rectale…)
- la forme galénique et du processus de fabrication (très important en pratique) -
facteurs physiologiques (âge, alimentation…) - facteurs pathologiques (insuffisances
hépatiques…).
Intestin perte par rejet dans les selles sans absorption transformation au
niveau de la paroi intestinale
rejet par la cellule endothéliale
5. FORMES PHARMACEUTIQUES
- les poudres dermatologiques sont appliquées directement à l’aide d’un tampon de coton ou
mieux d’un flacon pulvérisateur multidose. L’effet est superficiel et l’adhérence mauvaise.
Les muqueuses et les plaies sont facilement irritées par des poudres non résorbables
- les pommades sont des préparations molles contenant en proportions variables, des
poudres actives ou non, des corps gras naturels ou synthétiques et de l’eau. Le choix des
ingrédients et de leurs proportions conditionne l’adhésivité de la préparation et son pouvoir
pénétrant. C’est ainsi que l’on distingue des pommades proprement dites (maximum de 20
% de poudres), des pâtes, grasses ou à l’eau (plus consistantes car plus riches en poudres),
des crèmes (plus molles car riches en eau) et des gels fluides et pénétrants
- il existe bien d’autres formes à visée cutanée, mais elles sont actuellement beaucoup moins
utilisées, comme les cérats, les onguents, les colles, les vernis, les glycérolés, les
emplâtres, les liniments, les lotions, les cataplasmes ou les sinapismes.
Les formes solides doivent obligatoirement être administrées en position assise ou debout et à
l’aide d’un grand verre d’eau, sous peine de risque de blocage dans le bas oesophage,
d’ulcération et de perforation.
- les gélules sont actuellement la forme la plus courante. Elles sont faites de deux cylindres
de gélatine opacifiée et colorée, fermés à leur extrémité par une calotte sphérique, emboîtés
hermétiquement. Elles permettent l’administration de doses unitaires de poudres (du
centigramme au gramme), parfois de granulés, de microcapsules, voire de liquides. Elles
doivent être avalées entières et sont détruites par le suc gastrique
entérique) ; toutefois le délitement peut être variable avec les individus et le temps. Les
comprimés effervescents plongés dans l’eau se désagrègent avec un dégagement gazeux
- les sachets sont des petits sacs, hermétiquement clos, en aluminium ou en plastique,
contenant une dose unitaire de poudre, de 100 mg à quelques grammes, que l’on disperse
ou dissout dans un verre d’eau
- les formes retard, qui permettent d’étaler dans le temps la libération et l’action du principe
actif, résultent de nombreux procédés souvent brevetés.
Schématiquement, on distingue des formes :
• à libération progressive par échange ionique à travers une matrice en résine, par
dialyse au travers d’une membrane, par effet osmotique, etc.
• à délitement fractionné, comprimés multicouches, granules différentes dans la
même gélule, etc.
- il existe beaucoup d’autres formes solides pour la voie orale, mais elles sont actuellement
peu ou pas utilisées, comme les pilules, les cachets, les granules, les bols, les pâtes sucrées,
les capsules ou perles (contenant un liquide), etc.
- les solutions, suspensions et émulsions, sont aqueuses, à quelques exceptions près (huiles
voire alcool) ; elles sont souvent à préparer par le malade à partir de poudres, sachets ou
comprimés
- les sirops sont des solutions aqueuses fortement sucrées, préparées à l’avance en flacons
multidoses
- les ampoules buvables sont des récipients de verre scellés, cylindriques, contenant une
dose unitaire de quelques centilitres ; elles sont obligatoirement de couleur jaune et ne
doivent être injectées en aucun cas
- les tisanes constituent la forme habituelle d’utilisation des plantes en phytothérapie ; elles
sont préparées et édulcorées extemporanément (elles ne se conservent pas) à partir d’eau
potable par macération, infusion, digestion ou décoction
1.3. Phase vasculaire 28
- il existe de nombreuses autres formes liquides pour la voie orale, actuellement désuètes ou
peu utilisées, comme les potions, les limonades, les vins et vinaigres médicamenteux, les
mellites, les élixirs et les mixtures.
On utilise pour avoir une action locale au niveau de la partie haute de l’appareil respiratoire,
des sprays propulseurs d’aérosols qui pénètrent plus ou moins profondément selon la taille
des gouttelettes. Les inhalations et fumigations sont désuètes.
CHAPITRE 1.3.
PHASE VASCULAIRE
Après avoir été absorbé, le médicament gagne le sang qui occupe une position centrale dans
l'organisme. Le sang est un tissu comme un autre ; ce qui fait son originalité, c'est son rôle de
transport et de distribution aux autres tissus.
1. TRANSPORT
Les médicaments sont transportés dans le sang, soit dissous dans le plasma, soit fixés sur les
protéines (figure 1.3.-1). Cette fixation intervient dans les possibilités de diffusion du
médicament hors du plasma.
Capillaire
Plasma Espaces Cellules
extracellulaires
Protéines Fraction Fraction Protéines
plasmatiques liée liée tissulaires
Elimination
figure 1.3.-1 : équilibres - à l’équilibre, la concentration en fraction libre est la même dans le plasma,
l’eau extra-cellulaire et les cellules (cette situation est toute théorique). L’administration aboutit à
1.3. Phase vasculaire 31
augmenter la fraction libre plasmatique, l’élimination à la diminuer ; c’est à partir d’elle que se font
les passages à travers les barrières et les équilibres successifs.
- les substances ionisées au pH plasmatique, c'est-à-dire les acides faibles de pK compris entre
3,5 et 6, se fixent sur l'albumine avec une affinité relativement forte. Le nombre de sites de
fixation est limité. Ils sont communs à ces médicaments et à de nombreuses substances
physiologiques (bilirubine, acides gras, hormones).
L'albumine est rarement saturée aux concentrations actives. Dans les rares cas où elle l’est
(exemple : sulfamides), l’augmentation de la dose administrée est suivie d’une augmentation
disproportionnée de la fraction libre.
Ce n’est que dans quelques cas particuliers que le déplacement d’un médicament lié à
l’albumine plasmatique, entraîne des conséquences cliniques.
Ces cas sont signalés dans les résumés des caractéristiques des produits (RCP) mis à la
disposition des praticiens ;
- les substances peu ou pas ionisées au pH plasmatique (bases faibles, acides très faibles,
molécules non ionisables) se fixent sur l'albumine avec une faible affinité, mais sur un
1.3. Phase vasculaire 32
grand nombre de sites différents des précédents. Elles se fixent également sur les
lipoprotéines. Il n'y a pas de phénomènes de compétition.
Les médicaments se fixent sur les protéines par des forces diverses, attraction électrostatique
ou forces de VAN DER WALLS. Cette fixation est labile : la fraction liée est en équilibre
réversible avec la fraction libre ; le taux de celle-ci conditionne la quantité fixée. La fraction
liée n'est pas diffusible, ne peut pas gagner les tissus ni être éliminée ; elle est inactive. Elle
constitue une réserve qui sera libérée au fur et à mesure que la fraction libre quittera le
plasma.
La durée d'action d'un médicament est en gros proportionnelle à son degré de liaison aux
protéines sanguines.
2. DISTRIBUTION
D'une manière plus accessoire, trois phénomènes peuvent également ralentir ou empêcher le
passage des médicaments à ce niveau :
- des phénomènes enzymatiques qui dégradent certaines substances (sont présentes ici des
enzymes, telles les mono-amino-oxydases, les catéchol-o-méthyl-transférases, les
GABAtransaminsases)
- le système de la P-glycoprotéine (PGP), pompe qui rejette dans les capillaires des
substances (en particulier des anticancéreux) ayant pénétré dans la cellule
- la forte affinité d'une substance pour les protéines ; le LCR en contient peu par rapport au
plasma : à l'équilibre, les fractions libres étant égales, la fraction liée sera plus importante
dans le sang.
1.3. Phase vasculaire 34
SNC
Astrocytes
Endothélium
capillaire M
Neurone
Astrocyte
figure 1.3.-2 : barrière hématoméningée - elle est constituée essentiellement par un endothélium
capillaire non fenêtré et une gaine astrocytaire périvasculaire. Elle se comporte donc comme une
barrière lipidique puisque le passage demande le franchissement de membranes cellulaires. M
médicament, C capillaires.
A l’opposé :
- certains médicaments peuvent atteindre le système nerveux par des failles de la barrière qui
permettent un passage réduit par diffusion passive (au niveau de l’hypothalamus)
- certains peuvent bénéficier des transporteurs qui permettent le passage de nutriments,
sucres et acides aminés.
3. ACTIONS ET TRANSFORMATIONS
Pour mémoire, on signalera ici les actions et les transformations des médicaments dans le
sang.
Seules certaines substances ont leur lieu d'action à ce niveau, celles qui agissent sur :
- les facteurs plasmatiques de la coagulation (exemple : héparine)
- l'osmolarité plasmatique (exemple : mannitol)
- l'équilibre acido-basique (exemple : tampons, bicarbonate de sodium) - le capital
hydro-électrolytique (exemple : sérums salés et glucosés)
- les éléments figurés (exemple : quinine).
Les médicaments transformés par les enzymes sériques sont peu nombreux. Il s'agit surtout de
certains esters (mais non tous) hydrolysés par les cholinestérases sériques
(pseudocholinestérases).
1.4. Phase tissulaire 36
CHAPITRE 1.4.
PHASE TISSULAIRE
1. DIFFUSION
Après avoir franchi la barrière capillaire, le médicament se trouve dans les espaces
interstitiels extracellulaires. Pour pénétrer à l'intérieur des cellules, il doit franchir la
membrane cellulaire qui se comporte comme une barrière lipidique : le passage se fait par
diffusion non ionique, à l’exception de certaines substances qui traversent grâce à un
transporteur. A l'intérieur de la cellule, les médicaments peuvent rester dans le cytoplasme, se
fixer sur certaines protéines, sur le noyau ou sur l'une des organelles.
En règle générale, tous ces processus sont réversibles : la fraction fixée sur les cellules est en
équilibre réversible avec la fraction libre contenue dans le tissu ; elle augmente et diminue
selon les variations de celle-ci (figure 1.3.-1). Or, cette fraction tissulaire libre est elle-même
en équilibre avec la fraction plasmatique libre à travers la barrière capillaire. On a une cascade
d'équilibres : lorsque la concentration augmente ou baisse dans le plasma, le médicament
gagne ou quitte les cellules.
1.1. Distribution
La quantité de médicament contenue dans chaque tissu dépend de trois facteurs :
- le volume : plus un tissu est volumineux, plus la quantité totale de médicament qu'il
contient sera élevée.
Corps 70 5 400
Muscles 34 840
Graisses 14 à 24 250
On aboutit à une répartition hétérogène du médicament dans le sang et les tissus, régie à tout
moment par la concentration plasmatique libre. Ce n’est que si celle-ci est constante, ce qui
est l’exception (perfusions continues), que la répartition l’est. Si elle augmente, le
médicament pénètre dans les tissus ; si elle diminue, il en sort.
1.2. Redistribution
Dans certains cas, la distribution relative dans les différents tissus peut se modifier avec le
temps. Il en est ainsi entre deux tissus, l’un de forte vascularisation et de faible affinité, l’autre
1.4. Phase tissulaire 38
Une substance qui se fixe irréversiblement dans les tissus ne peut pas faire un (bon)
médicament, mais peut faire des dégâts !
Les produits qui s’accumulent dans un tissu nécessitent des précautions particulières, telles
des fenêtres thérapeutiques.
2. LIEUX D'ACTION
Dans une première catégorie de tissus, le médicament provoque des modifications spécifiques
: il agit. Ce n'est pas forcément au niveau des organes où sa concentration est la plus forte :
seule une faible fraction de la quantité administrée est habituellement active.
3. STOCKAGE
Un médicament pénètre en général dans de nombreux tissus et n'agit que sur un nombre
restreint d'entre eux. Il peut se fixer sur un organe sans y provoquer de modifications. Il y est
simplement stocké, d'où le nom de « lieu de réserve », sans profit pour les effets
thérapeutiques, d'où l'appellation de « lieux de perte ».
1.4. Phase tissulaire 39
La plupart des tissus peuvent jouer ce rôle. Le tissu adipeux est cependant le lieu de perte le
plus important car il représente une masse quantitativement importante, 10 à 50 % du poids
du corps, et beaucoup de médicaments sont liposolubles, parfois fortement. Sa vascularisation
est cependant relativement faible : le stockage sera long à se produire, mais inversement, le
tissu adipeux jouera ensuite un rôle de réservoir.
Le tissu osseux est capable de fixer fortement un certain nombre de substances. Cette fixation
n'est que très lentement réversible. Elle peut continuer à partir du plasma, même après l'arrêt
des administrations. Une fois fixées, certaines substances peuvent altérer localement l'os.
D’autres cas particuliers peuvent être à l’origine d’effets indésirables (exemples : mélanine
rétinienne et chloroquine ; dents et tétracyclines).
4. TRANSFORMATIONS
Les substances chimiques que sont les médicaments, sont susceptibles de subir dans
l'organisme des transformations constituant leur métabolisme.
MEDICAMENT
PHASE 1
METABOLITES
PHASE 2
figure 1.4.-1 : les phases des transformations des médicaments - phase 1 : métabolisation, phase 2 :
conjugaisons.
4.2.1. Phase 1
Au cours de la phase 1, des réactions chimiques biologiques transforment la substance initiale
en métabolites. La signification de cette phase est variable :
- le métabolite formé peut être pharmacologiquement actif. C'est un processus d'activation. Il
contribue à tout ou partie de l'action thérapeutique du produit. Son pouvoir est plus ou
moins grand par rapport au composé initial. Certaines substances (précurseurs ou pro
drugs), inactives par elles-mêmes, sont ainsi transformées en molécules actives in vivo
- le métabolite formé peut être dangereux pour l’organisme qui le fabrique. On parle de «
métabolite réactif ». Il s’agit surtout de radicaux libres doués d’une forte réactivité
chimique, capables de se fixer sur les protéines tissulaires et d’être ainsi à l’origine
d’accidents thérapeutiques (hépatites en particulier) ou même de cancers ; d’autres peuvent
être allergisants ou photosensibilisations
- les métabolites formés peuvent être inactifs (inactivation) ou moins actifs (désactivation)
que la molécule initiale. C'est le cas le plus fréquent. Outre des modifications structurales
qui peuvent ne pas être favorables, ceci est dû à l'accroissement de l'hydrosolubilité ; par
apparition de groupements polaires, l'aptitude de la substance à pénétrer dans les cellules
est diminuée et l’élimination rendue plus aisée.
4.2.2. Phase 2
La phase 2 est constituée par les processus de conjugaison, c'est-à-dire par l’union du
médicament et d'une molécule ou d'un radical provenant du métabolisme intermédiaire. Les
conjugaisons aboutissent, sauf exception, à l'inactivation de la substance. Les conjugués sont
en règle des acides (plus rarement des bases) forts, ionisés, hydrosolubles et facilement
éliminés.
1.4. Phase tissulaire 41
La composition entre elles de ces deux phases aboutit à proposer à l'élimination quatre types
de molécules : le médicament intact, des métabolites libres (phase 1), le médicament conjugué
(phase 2), des métabolites conjugués (phase 1 + 2). Les métabolites étant susceptibles d'être
nombreux et les conjugaisons multiples, on peut aboutir à un tableau d'une grande complexité.
En général, cependant, une ou deux voies de métabolisme prédominent pour chaque
médicament.
4.3.1. Phase I
[Link]. Oxydations
L’oxydation constitue le mode le plus fréquent de catabolisme. La fixation d'oxygène ou de
radicaux hydroxyles polaires, augmente l'hydrosolubilité du dérivé. Elle est surtout mise en
œuvre au niveau du réticulum endoplasmique par le système des oxydases non spécifiques
ainsi dénommées car elles agissent sur des structures chimiques variées, donc sur de
nombreux médicaments. Certains processus d'oxydation peuvent cependant avoir d'autres
localisations (cytosol du foie, mitochondries).
-OH φ
φ
R R 3.
R’ CH R’ C - OH
R’’ R’’
CH C - OH 4.
C. Désamination oxydative
La désamination oxydative concerne les amines primaires. Elle entraîne le départ du radical
aminé sous la forme d'une molécule d'ammoniac avec oxydation de la partie restante de la
molécule en aldéhyde. Celui-ci sera éventuellement oxydé ensuite en acide.
1.4. Phase tissulaire 42
D. Désalkylation oxydative
La désalkylation oxydative élimine les radicaux alkyls (surtout CH3) fixés sur un atome
d'azote (N–désalkylation), d'oxygène (O–désalkylation) ou de soufre (S–désalkylation). Elle
aboutit au départ d'un aldéhyde (surtout d'aldéhyde formique) et à la création d'une fonction
amine, alcool, ou sulfhydrile.
E. N et S oxydation
L'oxydation peut se faire sur un atome d'azote (appartenant à une amine) ou sur un atome de
soufre. Dans le premier cas, il se forme une hydroxylamine et dans le second, un sulfoxyde
(ou une sulfone).
RNH2 R - NH - OH
N RR' - NH RR' - N - OH
RR'R" - N RR'R" - NO
F. Remplacement de S par O
Un atome de soufre fixé par une double liaison sur un atome de carbone ou de phosphore peut
être remplacé par un atome d'oxygène :
P=SP=O
C=SC=O
G. Epoxydation
Ce processus consiste à fixer un atome d'oxygène en pont entre deux carbones unis par une
double liaison aromatique qui est ainsi supprimée. L'époxyde formé est très réactif et
habituellement il ne s'agit que d'une étape intermédiaire dans le catabolisme du médicament.
CH CH CH CH
1.4. Phase tissulaire 43
[Link]. Réductions
Les réductions des médicaments sont moins fréquentes que les oxydations. Elles se produisent
dans les microsomes hépatiques et accessoirement dans d'autres tissus (reins, poumons, cœur,
cerveau).
R - NO2 R - NH2
R - CO R - CH2 OH
R - CHO R - CH2 OH
[Link]. Hydrolyses
Les hydrolyses intéressent les esters et les amides. Un très grand nombre de médicaments
comportent ces fonctions chimiques. Les enzymes des hydrolyses sont largement répandues
dans l'organisme.
A. Hydrolyses des esters
Par hydrolyse, les esters régénèrent l'acide et l'alcool qui les composent. Les hydrolyses sont
dues à des estérases que l'on trouve dans pratiquement tous les tissus et en particulier dans le
foie (cytosol), le plasma (pseudocholinestérases), le tissu nerveux (cholinestérases) ; on y
ajoutera les estérases des bactéries intestinales. Certaines sont ubiquitaires, d'autres au
contraire sont très spécifiques de certains esters particuliers (par exemple : cholinestérases
vraies, pratiquement spécifiques de l'acétylcholine). Elles sont très actives et les esters sont
facilement clivés dans l'organisme.
Par hydrolyse, les amides donnent l'acide et l'amine qui les composent. Cette réaction est
effectuée par des amidases, surtout dans le foie. Chez l'homme, ces enzymes sont relativement
peu actives et les amides sont beaucoup plus difficilement hydrolysées que les esters. Pour
avoir un dérivé d'action prolongée, on a souvent intérêt à préférer l'amide à l'ester
correspondant.
[Link]. Décarboxylation
La décarboxylation supprime une fonction acide par départ d'une molécule de gaz carbonique.
Elle est due à des décarboxylases plasmatiques ou tissulaires.
[Link]. Epimérisation
L'épimérisation est une stéréo-isomérisation : un radical change de valence sur l’atome de
carbone où il est fixé, ce qui l'amène en position différente par rapport au reste de la molécule.
Lorsqu'il est fixé sur un cycle, il change de côté par rapport au plan de la molécule.
4.3.2. Phase 2
Les conjugaisons réalisent l'union des médicaments ou de leurs métabolites avec un agent
conjuguant provenant du métabolisme physiologique. Le produit formé, appelé conjugué, est
inactif et facilement éliminé. Le siège des conjugaisons est essentiellement hépatique. Il en
existe six types, plus quelques processus propres à certaines substances.
[Link]. Glycurono-conjugaison
La glycurono-conjugaison est la conjugaison la plus fréquente chez l'homme. L'agent
conjuguant est l'acide glycuronique (ou glucuronique), métabolite lui-même du glucose. Les
substances intéressées sont surtout des alcools, des phénols, des acides organiques, mais aussi
des amines, des amides, des thiols, soit de très nombreux médicaments et substances
physiologiques.
La glycurono-conjugaison prend place surtout dans le réticulum endoplasmique du foie, mais
existe au niveau des reins et de l'intestin. Elle est catalysée par une glycuronyl-transférase.
Les conjugués formés (glucuronides) sont des acides forts (par la fonction acide de l'acide
glycuronique), polaires et hydrosolubles. Ils sont éliminés par les urines ou la bile. Dans ce
dernier cas, il est fréquent d'observer un cycle entéro-hépatique par hydrolyse du conjugué
dans l'intestin.
- chez le nouveau-né (et a fortiori chez le prématuré) le foie est immature et le taux d'acide
glycuronique et de glycuronyl-transférase bas. Il en résulte une accumulation dans
l'organisme des substances qui doivent normalement être conjuguées pour être éliminées et
il peut s'ensuivre une intoxication
- en pathologie dans les hyperbilirubinémies constitutionnelles à bilirubine non conjuguée,
l'accumulation de la bilirubine responsable de l'ictère est due à un déficit héréditaire en
glycuronyl-transférase. Le déficit peut être partiel (maladie de GILBERT) ou total
(maladie de CRIGLER-NAJAR).
La glycurono-conjugaison peut être bloquée par un antibiotique, la novobiocine. Elle peut être
augmentée par diverses substances inductrices.
[Link]. Sulfo-conjugaison
Dans la sulfo-conjugaison, l'agent conjuguant est l'acide sulfurique (sous forme d'ions
sulfate). Elle intéresse les phénols surtout, les alcools parfois, donnant naissance à un ester
sulfurique ; rarement des amines aromatiques sont converties ainsi en sulfamates. La réaction
est catalysée par une sulfokinase.
Les phénols peuvent être donc glycurono ou sulfoconjugués et il existe un certain
balancement entre les deux processus selon l'espèce ; chez l'homme, sauf cas particulier
(morphiniques), le premier est le plus important.
[Link]. Acétylation
L'acétylation est la conjugaison avec une molécule d'acide acétique (sous forme d'acétate).
Elle intéresse les amines secondaires. C'est un processus important car de nombreux
médicaments sont porteurs de cette fonction. A la différence de la règle générale, le conjugué
est souvent moins hydrosoluble que le corps initial. Elle fait intervenir des acétylases dont le
taux est soumis à des variations génétiques (cf. chapitre 2.4., annexe 1).
[Link]. Méthylation
La méthylation est la fixation d'un radical méthyle (celui-ci provient d'un donneur, la
méthionine) ; la réaction est catalysée par les méthyltransférases. La fixation du méthyle peut
se faire sur un azote (N-méthylation des amines), un oxygène (O-méthylation des phénols), un
soufre (S-méthylation des sulfhydrile).
R - NH2 R - NH - CH3
R - OH R - O - CH3
R - SH R - S - CH3
[Link]. Glycyl-conjugaison
Dans la glycyl-conjugaison, l'agent conjuguant est le glycocolle ou glycine. Elle se fait par la
fonction amine avec un acide aromatique, avec formation d'une liaison amide. La fonction
acide du glycocolle reste libre. Le conjugué est donc un acide, auquel on donne le
suffixeurique (par exemple : l'acide salicylique est conjugué en acide salicylurique) ;
fortement soluble dans l'eau, il est facilement éliminé par les urines.
1.4. Phase tissulaire 46
[Link]. Glutathion-conjugaison
Dans la glutathion-conjugaison, l'agent conjuguant est la N–acétyl–cystéine qui dérive du
glutathion. La conjugaison se fait par la fonction sulfhydrile tandis que la fonction acide reste
libre. Le conjugué est donc un acide fort, hydrosoluble, dénommé acide mercapturique. Cette
conjugaison a un siège essentiellement hépatique. Elle a une capacité limitée. Elle est
débordée en cas d'afflux massif de métabolites à conjuguer. Ceux-ci restent alors libres et
peuvent léser le foie (l’exemple principal est celui de l’intoxication aiguë par le paracétamol,
voir chapitre 4.24.).
4.4.1. Systèmes
[Link]. Système microsomal
Le principal système enzymatique est situé au niveau du réticulum endoplasmique (lorsqu'on
sépare les constituants cellulaires par centrifugation différentielle, ce réticulum se rompt et on
obtient des fragments, appelés « microsomes »; on parle ainsi d'« enzymes microsomales »). Il
a été surtout étudié au niveau du foie, mais il est similaire au niveau du placenta, de la
muqueuse intestinale, des lymphocytes, de la peau, des poumons, des reins. Son
fonctionnement est complexe.
Les oxydations non spécifiques utilisent une molécule d'oxygène. L'un des atomes sert à
hydroxyler le médicament, l'autre à générer de l'eau. Les électrons nécessaires sont fournis par
le NADPH/NADP à travers une chaîne de transporteurs, des hémoprotéines appelées
cytochromes dont le plus important est dénommé P450.
Ces oxydations concernent un nombre considérable de processus physiologiques et de
xénobiotiques. Elles interviennent dans la biosynthèse et le métabolisme des stérols (acides
biliaires, hormones stéroïdiennes, vitamine D), dans le métabolisme des acides gras et des
écosanoïdes (thromboxane, prostaglandines, leucotriènes) et d’une manière générale dans
toutes les oxydations.
Chacun de ces cytochromes et tout particulièrement le P450, existe dans l’organisme en de
nombreuses variantes, les « iso-enzymes » ou « isoformes ».
Les cytochromes P. 450 constituent une « super famille » dénommée CYP. La nomenclature
indique ensuite la famille (1 à 4), la sous-famille (A à F), l’iso-enzyme (numéro ou
éventuellement lettre) et enfin l’allèle (numéro). L’isoforme principale de tout le système est
1.4. Phase tissulaire 47
ainsi appelée CYP 3A4. Elle contribue au métabolisme d’environ 25 % des médicaments.
Chaque substrat est concerné plus particulièrement par certaines isoformes.
CYP-2E1 : halothane.
•
CYP-3A4 : testostérone, cortisol, progestérone, nifédipine, ciclosporine, érythromycine, lidocaïne,
• statines (simvastatine, lovastatine, etc.), quinidine, amiodarone, terfénadine, tamoxifène,
éthyniloestradiol, midazolam, clozapine, antagonistes des canaux calciques, etc. Inhibé par les
imidazolés et les macrolides.
Chacune de ces isoformes correspond à un gène qui peut présenter une variabilité allélique.
Chaque individu possède donc son propre équipement enzymatique. Cette variabilité est à
l'origine de différences individuelles dans le métabolisme des médicaments. C’est ainsi, par
exemple, que le facteur de variabilité du CYP3A4 est de 10 % chez le sujet sain.
L'activité du système peut être appréciée par plusieurs tests : demi-vie plasmatique
d'élimination de l'antipyrine (cette substance est oxydée et sa disparition est d'autant plus
rapide que l'activité enzymatique est grande), oxydation de la débrisoquine (CYP 2D6),
élimination urinaire du 6 β-hydroxy-cortisol (métabolite mineur oxydé du cortisol),
élimination urinaire de l'acide D-glucorique. Malheureusement, ces substances ne rendent
compte chacune que de l'activité de certaines isoformes et n'ont pas une valeur générale.
Le système microsomial est également capable d'intervenir dans les désalkylations, les
désaminations, les déshalogénations, les époxidations (par contre, les glucorono et
sulfoconjugaisons ne font pas appel à lui).
Lorsque l'activité d'une forme de cytochrome augmente, toutes les substances qu'il dégrade
voient leur catabolisme accéléré.
L'intérêt du phénomène est considérable (cf. chapitre 2.5.). Deux phénomènes importants
peuvent, dans certains cas, s'expliquer ainsi :
- la répétition des administrations d'un inducteur entraîne sa disparition plus rapide de
l'organisme et donc diminue la durée et l'intensité de ses effets. C'est un phénomène de
tolérance
- si deux médicaments sont administrés ensemble, l'induction peut expliquer certaines
interactions entre eux. Supposons que l'un deux, A, soit un inducteur ; l'induction étant non
spécifique, il est possible que le catabolisme de l'autre, B, soit accéléré ; deux cas sont
envisageables :
• si le catabolisme de B se traduit par une inactivation, l'efficacité du médicament B sera
diminuée
• si au contraire ce catabolisme conduit à des métabolites actifs, l'administration simultanée
des deux substances entraîne un accroissement des effets de B, et parfois de sa toxicité
(métabolites réactifs nécrosants ou cancérigènes) !
substrats. De plus, chaque sujet possède constitutionnellement un taux de base de chacun des
isocytochromes, ce qui pourrait expliquer certaines susceptibilités individuelles.
Anticonvulsivants Phénobarbital ++
Phénytoïne +
Carbamazépine
Anti-inflammatoires Aminopyrine
Phénylbutazone
Antifungiques Griséofulvine
Antibiotiques Rifampicine +
Anticoagulants Warfarine
Stupéfiants Alcool +
Marijuana
Hormones Progestérone
Pesticides D. D. T. +
Tranquillisants Méprobamate
Hypnotiques Barbituriques ++
Méthaqualone
Glutethémide
Analeptiques Nicétamides
Anticholestérolémiants Oméprazole
1.4. Phase tissulaire 51
Antirétroviraux Ritonavir
que sur certaines enzymes variables avec l'inhibiteur. Elle est souvent suivie d'une phase plus
brève de rebond pendant laquelle l'activité enzymatique est accrue.
Lorsqu'un médicament est administré en même temps qu'un inhibiteur de son système de
dégradation, deux cas peuvent se présenter :
- si son catabolisme se traduit par une inactivation, ses effets seront augmentés et prolongés
(il peut même devenir dangereux !)
- si au contraire, il est actif par ses métabolites, ses effets seront diminués.
INHIBITEURS ENZYMATIQUES
d’activité démontrée chez l’homme
Antibiotiques Macrolides
Antihistaminiques Cimétidine
Jus de pamplemousse
[Link]. Compétition
Soient deux médicaments (ou deux substances) dégradés par une même enzyme. S'ils sont
administrés en même temps, l'un d'entre eux, celui qui a l'affinité la plus grande pour l'enzyme
ou la concentration la plus forte, est catabolisé en priorité. Les effets de l'autre sont alors
prolongés. Il y a compétition.
Consultez la documentation !
1.5. Elimination des médicaments 53
CHAPITRE 1.5.
Les médicaments sont éliminés par l'organisme suivant divers émonctoires qui forment les «
voies d'élimination » des médicaments. La substance initiale et chacun de ses métabolites sont
éliminés séparément.
N.B. : le terme de disparition sera utilisé ici pour l’ensemble formé du métabolisme et de
l’élimination des médicaments. C’est ce que l’on entend parfois par élimination qui est alors
l’ensemble du métabolisme et de l’excrétion.
1. ELIMINATION RENALE
Les reins sont les principaux organes d'élimination. La condition essentielle de passage dans
les urines, milieu aqueux dépourvu de protéines, est l'hydrosolubilité. La plupart des
transformations que subissent les médicaments (oxydations et conjugaisons en particulier)
augmentent celle-ci et accroissent leur aptitude à être rejetés par voie urinaire. Les
mécanismes d'élimination urinaire des médicaments sont similaires à ceux des substances
physiologiques (figure 1.5.-1).
Urines M
C'est une simple diffusion passive par filtration. Les molécules d'un poids moléculaire
inférieur à 64 000 passent dans le filtrat. C'est le cas de la fraction libre des médicaments dans
le plasma (la fraction liée aux protéines n'est pas filtrée, donc plus la molécule est liée, plus la
filtration est lente).
Ce phénomène est fonction de l'état du glomérule et du flux sanguin rénal ; il est mesuré par
la clairance de la créatinine endogène. En pratique, on se contente du dosage de la créatinémie
et on calcule la clairance par la formule de COCKCROFT qui tient compte de l’âge :
clairance (ml/mn) = (140 - âge) × poids/créatinémie (micromoles/l) × A
AH
AH AH
pH = 8
– –
A A
AH
AH AH
pH = 4
A– A–
figure 1.5.-2 : élimination urinaire, influence du pH urinaire (exemple) - cas d’un acide faible.
L’alcalinisation des urines favorise l’élimination, son acidification l’entrave.
Chez l’insuffisant rénal, la posologie des médicaments éliminés par voie rénale dépend de la
valeur de la clairance de la créatinine endogène.
Consultez la documentation !
2. ELIMINATION BILIAIRE
Le médicament est éliminé par le foie dans la bile sous forme intacte ou bien souvent après
avoir été métabolisé ou conjugué. Parvenu dans l'intestin, il peut entrer dans un cycle
entérohépatique.
2.1. Conditions
1.5. Elimination des médicaments 56
- dans l'hépatocyte, le médicament peut être stocké ; la possibilité de fixation sur les
protéines cytoplasmiques expliquent que certaines substances se concentrent fortement
dans le foie. Le médicament peut être aussi métabolisé ou conjugué. Il peut revenir dans le
plasma par un processus inverse de la captation. Il peut enfin être transporté d'un pôle à
l'autre de la cellule, dans certains cas grâce à des protéines de transport
- au pôle biliaire, le médicament est rejeté dans le canalicule par des mécanismes actifs (la
concentration biliaire est habituellement supérieure à la concentration parenchymateuse),
tels le système de la P glycoprotéine (Pgp). On décrit quatre types :
• le mécanisme de transport des sels biliaires (ce phénomène est à la base de la
majeure partie de la cholérèse par effet osmotique) et des stéroïdes en général
• le mécanisme de transport des acides forts (anions) d'un pK inférieur à 5 ; il
intéresse de nombreuses substances dont les glycurono- et sulfo-conjugués
• le mécanisme de transport des bases fortes (cations) intéressant, par exemple, les
ammoniums quaternaires
• le mécanisme de transport des glucosides neutres (exemple : ouabaïne). Des
phénomènes de compétition sont possibles
Cas particulier : les conjugués sont souvent hydrolysés par des enzymes d'origine bactérienne,
libérant ainsi les substances initiales moins hydrosolubles et capables donc de refranchir la
barrière intestinale. Dans ce cas, apparaît un cycle entéro-hépatique qui prolonge la présence
du médicament dans l'organisme (figure 1.5.-3).
M VEINE CAVE
m
M
foie
CHOLEDOQUE
MC
VEINE
M PORTE
MC
M+C
3. ELIMINATION RESPIRATOIRE
L'élimination se fait par diffusion passive à travers la paroi alvéolaire en fonction des
différences de pressions partielles entre le plasma et le gaz alvéolaire. L'expiration rejetant la
vapeur médicamenteuse à l'extérieur, sa pression partielle dans l'alvéole tend constamment à
diminuer et l'équilibre à se rompre. Suivant le gradient, le médicament est ainsi rejeté à
l'extérieur. Le processus peut être long pour les produits très solubles dans le plasma.
1.5. Elimination des médicaments 58
L'élimination des médicaments par les glandes mammaires présente des risques particuliers :
- en cas d'allaitement, les médicaments ainsi rejetés peuvent intoxiquer le nourrisson
- les produits administrés au bétail en médecine vétérinaire peuvent être insidieusement
absorbés par l'homme avec les produits laitiers.
Le passage du plasma dans le lait se fait par filtration à travers les pores de la membrane
épithéliale pour les substances d'un poids moléculaire inférieur à 200 (urée, alcool, nicotine...)
et par diffusion non ionique pour les autres. Le lait étant légèrement plus acide que le plasma
(pH = 6,5, dans l'espèce humaine), les bases faibles ont tendance à s'y concentrer, à l'inverse
des acides faibles. La forte teneur du lait en matières grasses explique de plus que les
substances très lipophiles s'y dissolvent en grandes quantités.
Les autres voies d'élimination des médicaments n'ont, sauf cas d'espèce, que peu d'importance
pratique. Les quantités rejetées sont toujours faibles.
Les glandes salivaires éliminent électivement les métaux (liséré de BURTON de leurs
intoxications chroniques), certains alcaloïdes (diagnostic du dopage des chevaux de course),
certains antibiotiques (macrolides). Ces substances peuvent être ensuite avalées.
Les prélèvements de salive ne sont pas invasifs et peuvent être facilement répétés. Il est donc
très tentant de les utiliser pour le contrôle des traitements. Pour cela, il faut qu'il y ait une
corrélation étroite entre les taux plasmatiques et salivaires chez tous les sujets.
Malheureusement, pour de multiples raisons, il en est rarement ainsi.
Les phanères concentrent certains métaux et métalloïdes (arsenic) ainsi qu'un antibiotique
(griséofulvine).
Le gros intestin élimine certains métaux lourds, ce qui peut entraîner des rectites. On trouve
en outre dans les selles des substances administrées par voie orale et non absorbées ainsi que
des métabolites éliminés par la bile.
59
II PARTIE
CHAPITRE 2.1.
EFFETS PHARMACODYNAMIQUES
Un médicament possède :
- un effet principal, utilisé en thérapeutique
- des effets secondaires (latéraux), qui sont utiles ou indifférents ou gênants ou nuisibles.
FAMILLE EFFETS
PHARMACOLOGIQUE SECONDAIRES
M1
EFFET E1 E2
PRINCIPAL M2 E3
M3
M4 E4
figure 2.1.-1 : familles pharmacologiques - Les membres d’une famille pharmacologique ont en
commun l’effet principal tandis que les effets secondaires peuvent différer selon les substances. M1…
médicaments, E1… effets pharmacodynamiques.
2. MECANISMES D'ACTION
Les structures sur lesquelles les médicaments agissent sont appelées « cibles ».
- récepteurs : les récepteurs (cf. 3.1.) sont des protéines particulières qui font partie des
systèmes physiologiques de communication intercellulaire (transmission de l’information).
Remarque : le terme récepteur est pris ici dans son sens restrictif
3.1. Définition
Dans tous les cas, le médicament est porteur d’une information qu’il transmet au récepteur.
Celui-ci déclenchera alors l’effet cellulaire.
Un récepteur est une structure moléculaire qui reçoit, traite et transmet de l’information.
Les substances qui en se fixant sur un récepteur entraînent sa stimulation sont appelées
agonistes de ce récepteur.
- +
R
M
SA
-
figure 2.1.-2 : récepteur et site actif - Un récepteur
est une macromolécule dont le site actif constitue la partie
à laquelle se lie le principe actif comme « la clé dans la
serrure ». R récepteur, SA site actif, M principe actif.
M SA
Remarque : la spécificité est souvent une notion relative. Si on augmente la concentration du médicament, il
arrive qu’il se fixe aussi sur d’autres types de récepteurs.
3.4. Théorie de l'occupation
= KA
et avec :
[
R] = [RL] + [RA] [RA[R]] = 1 +1 KA = [A][ A+] KA
[A]
Ces équations ne sont évidemment valables qu'à l'équilibre, ce qui n'est vrai que dans des
conditions quasi-expérimentales.
La constante d'équilibre KA est caractéristique du médicament et du récepteur ; elle a les
dimensions d'une concentration : elle est égale à la concentration en médicament nécessaire
pour occuper 50 % des récepteurs.
L'inverse de la constante d'équilibre, 1/KA est appelé affinité : plus elle est importante et plus
l'aptitude du médicament à se fixer sur le récepteur est grande, plus l'équation est déplacée
vers la droite, plus à concentration égale il y a de médicament fixé. La valeur de l’affinité
varie de 0 à l’infini.
Le nombre de récepteurs occupés dépend donc de la concentration du médicament dans la
biophase et de son affinité pour ce type de récepteur.
L’affinité d’une substance pour un récepteur est mesurée expérimentalement en déterminant
son pourcentage de fixation grâce à l’emploi de molécules marquées (« binding »).
= .
Soit maintenant un deuxième médicament A' agoniste du même récepteur. Sa fixation
entraîne le même effet E, mais il n'est pas forcé que ce soit avec la même intensité.
On supposera que A entraîne une intensité d'effet qui ne peut pas être dépassée. On peut alors
écrire : {E'} = α {E} 0 < α < 1
Affinité et efficacité caractérisent les rapports d’un principe actif et d’un récepteur.
Affinité + efficacité = agoniste.
Les doses qui donnent un effet mesurable ou doses efficaces sont comprises en pratique entre
la dose seuil et la dose qui donne l’effet maximum (pour la substance en cause).
Mathématiquement, c’est zéro et l’infini, ce qui explique que leur détermination est
approximative ou arbitraire (par exemple, on prend pour le seuil la dose qui donne un certain
pourcentage de l’effet maximum).
La dose qui permet d’obtenir 50 % de l’effet maximum est la DE50 , dose efficace 50 ; elle
correspond au point d’inflexion de la sigmoïde en coordonnées semi-logarithmiques. Elle
caractérise la puissance d’un médicament : plus elle est petite et plus le médicament est
puissant.
Ces courbes peuvent être établies, dans des conditions expérimentales, sur des systèmes
(relativement) simples (par exemple : organes isolés, muscles lisses, cœur, bronches…). Elles
ne peuvent cependant pas servir à mesurer l’affinité car l’intensité de l’effet ne dépend pas
que de celle-ci, mais aussi de la concentration dans la biophase au contact du récepteur (et
non pas de la concentration mesurée dans le milieu où baigne le système biologique) et du
processus complexe désigné ci-dessus par le terme de couplage. Même si les courbes doses/
effets ressemblent mathématiquement aux courbes de fixation sur les récepteurs, elles ne
peuvent pas être confondues biologiquement.
[E] [E]
[Emax]
1/K = 1, α = 1
1/2 Emax
[A] Log [ A]
DE 50
figure 2.1.-4 : courbe doses/effets, hyperbole de figure 2.1.-5 : courbe doses/effets, coordonnées
LANGMUIR - [A] doses, [E] intensité de l’effet, semi-logarithmiques - Log [A] doses, [E] intensité
[Emax] intensité maximale de l’effet. de l’effet, [Emax] intensité maximale de l’effet, DE
50 dose efficace 50 ou puissance = CE 50
concentration efficace 50, 1/K affinité, α efficacité.
[Emax]
[E]
B A C
A 1/K = 1
[Emax ]
A 1/K = 1, α = 1
[E’max]
D 1/K = 1, α = < 1
figure 2.1.-7 : courbes doses/effets, efficacité - A, D, principes actifs ; 1/K affinités, α efficacité.
Par rapport à une substance de référence d'affinité 1/KA et d'efficacité α = 1, cette courbe se
modifie (figures 2.1.-6 et 2.1.-7).
- si 1/KA'> 1/KA la courbe est parallèle mais déviée à gauche* (*si l’affinité est supérieure, la
fraction fixée d’une même dose est plus importante et l’effet est plus grand
- si 1/KA '< 1/KA la courbe est parallèle mais déviée à droite** (**inversement si l’affinité
est inférieure la fraction fixée d’une même dose est moins importante et l’effet est plus
petit)
- si α < 1 la courbe est aplatie*** (***l’effet maximum ne peut pas être atteint).
Remarque 2 : un antagoniste de compétition bloque le récepteur pour tout ligand pharmacologique, mais aussi
physiologique.
[E]
effort de compétition
[Emax]
A A + B
DE 50
Log [A]
Une substance qui a une affinité comparable pour les deux configurations ne modifie pas
l’état de base, mais empêche la fixation d’autres substances et d’agonistes en particulier ;
c’est un antagoniste de compétition.
Une substance ayant une affinité pour la configuration inactive, fait disparaître, par sa
fixation, la configuration active et empêche la fixation des agonistes. Elle diminue ou fait
disparaître les effets de la stimulation structurelle de la configuration active, ce qui conduit à
observer un effet opposé (et un effet opposé à celui de l’agoniste classique) ; d’où leur nom
d’agonistes inverses (exemple : récepteur GABA-A et benzodiazépines, chapitre 3.7.). On
peut considérer, en termes de la théorie classique, que ceux-ci ont une efficacité négative,
inférieure à 1.
A
R
1
CONFIGURATION ACTIVE
R1
CONFIGURATION INACTIVE
R2
De plus en plus de récepteurs sont identifiés sans que l’on connaisse forcément leur rôle
physiologique. Leur classification peut être abordée de trois façons :
- en pharmacologie, les récepteurs sont caractérisés par les molécules qui se lient avec eux,
agonistes et surtout antagonistes. Cette classification est fondée sur des effets
pharmacologiques et sur les substances qui les provoquent, et non sur des structures. Son
intérêt est d’être fonctionnelle
- une deuxième classification peut être basée sur la nature du couplage entre stimulus et
effet. Cette classification est biochimique
- à l’heure actuelle, un nombre de plus en plus grand de récepteurs sont isolés, purifiés et
clonés. Une classification moléculaire est donc possible. Mais on constate de nombreuses
variations minimes qui conduisent à multiplier les sous-types.
Type 1 2 3 4
4.1. Type 1
- ils sont situés sur la face externe de la membrane cellulaire (figure 2.1.-11)
- les agonistes physiologiques de ces récepteurs sont des médiateurs rapides ; l’échelle des
temps est celle des millisecondes
- les récepteurs sont couplés directement à un canal ionique situé dans la membrane
cellulaire
- leur stimulation entraîne la dépolarisation ou l’hyperpolarisation de la membrane.
Les canaux sont des protéines transmembranaires permettant le passage sélectif de certains
ions (Na+, K+, Ca++, Cl-) suivant le gradient électrochimique. Ils peuvent être ouverts ou
fermés. Leur ouverture peut être provoquée par un ligand (excitation) ou par un potentiel
d’action. Les effets peuvent être la naissance d’un potentiel d’action, une contraction, une
sécrétion ou inversement une inexcitabilité cellulaire.
IONS
A
C
Dépolarisation ou
hyperpolarisation
Effets
4.2. Type 2
Ce type est caractérisé par l’intervention de protéines appelées protéines G.
Ces récepteurs sont parfois appelés « récepteurs métabotropiques ».
4.2.1. Couplage
Le couplage est indirect (figure 2.1.-12) :
- le récepteur est situé sur la face externe de la membrane cytoplasmique
- une protéine « G » située dans la membrane cellulaire s'interpose entre le récepteur et
l'effecteur (enzyme ou canal ionique).
L'échelle des temps est celle des secondes. Ce système est amplificateur :
molécules
Les protéines G sont multiples. Une même cellule peut posséder plusieurs types de protéines
G. Chacune peut répondre à plusieurs récepteurs et réguler plusieurs effecteurs.
Inversement un récepteur peut réguler plusieurs protéines G et un effecteur peut répondre à
plusieurs protéines G. Bref, il s'agit d'un système complexe. La réponse enregistrée est l'«
intégration » par la cellule des stimulations qu'elle reçoit.
4.2.2. Effecteurs
Les effecteurs sont de nature variée : trois types sont à distinguer :
5 AMP
IONS
C
E
+ +
- G G -
Modifications
+ ou - de
l'excitabilité Second
messager
++
Ca Protéines Autres
Libération Phosphorylation
EFFETS
Certaines protéines G agissent sur une enzyme, l’adénylcyclase. Les unes la stimulent (Gs),
les autres l’inhibent (Gi).
L’adénylcyclase a pour effet la formation, à partir de l’ATP, d’une substance appelée «
second messager », l’AMP-cyclique. Selon les cas, la stimulation du récepteur entraîne donc
l’accroissement ou à la diminution de la formation du second messager.
L’AMP-cyclique est capable d’activer des protéines kinases, ce qui aboutit, selon
l’équipement cellulaire, à la division ou la différentiation de la cellule, à des transports
ioniques, à la modification de l’excitabilité neuronale ou de la contractibilité musculaire ou
du métabolisme, etc.
L’échelle des temps est celle des minutes.
L'AMP-cyclique est inactivée par transformation en AMP non cyclique grâce à des enzymes,
les phosphodiestérases dont il existe plusieurs isoformes.
[Link]. Système phospholipase C/inositol phosphate
libère Ca++
IP3 intracellulaire effets
Phospholipase C
Protéine GDAG
prot. kinase effets
Phospholipase A2
eicosanoïdes
Certaines protéines G activent ou inhibent des enzymes qui agissent sur des phospholipides
membranaires :
- lorsque l’enzyme est la phospholipase C, le second messager est l’inositol tri-phosphate
(IP3). Celui-ci entraîne la libération de calcium intracellulaire qui est responsable, selon
les cas, de la contraction du muscle lisse ou du myocarde, de sécrétions exocrines ou
hormonales. La protéine G est activatrice (Gq) ou inhibitrice (Gi)
- dans d’autres cas, le second messager est le diacétylglycérol (DAG) qui active des
protéines kinases, responsables selon les cas, d’activation ou d’inhibition de libération
d’hormones ou de neuromédiateurs, de contraction ou de relâchement de muscles lisses ou
de substances jouant un rôle dans l’inflammation
- lorsque l’enzyme est la phospholipase A2, le second messager est le GMC ; une « cascade
» de réactions, aboutissant à la formation d’hormones locales, les eicosanoïdes (voir
chapitre 4.25.).
4.3. Type 3
Les récepteurs de type 3 sont situés sur la face externe de la membrane cellulaire et sont
associés à une enzyme intracellulaire à travers la membrane (figure 2.1.-13) : ce sont des
récepteurs-enzymes. La fixation de l'agoniste entraîne une réaction enzymatique (récepteurs
catalytiques).
Type 3
L'enzyme est une tyrosine-kinase : elle phosphoryle des protéines cibles sur des résidus
tyrosine. Ces protéines peuvent être à leur tour des protéines de structure, des protéines de
régulation, des enzymes, etc. Elles interviennent dans la croissance et la différenciation
cellulaire et aussi dans la régulation de la transcription des gènes. Exemples : insuline,
facteurs de croissance.
Type 3 bis
L'enzyme est la guanylate-cyclase qui synthétise un « second messager », le G.M.P. cyclique,
à partir du guanidyl triphosphate (G.T.P).
Exemple : facteur natriurique atrial (ANF).
E tyrosine-kinase protéines kinases
phospholipases
PROTEINE croissance
PHOSPHORYLATION
différentiation
cellulaire
EFFETS métabolisme
4.4. Type 4
Le récepteur est une protéine intranucléaire (le ligand doit donc pénétrer dans les cellules,
puis dans les noyaux) (figure 2.1.-14). Sa stimulation peut être suivie de la transcription de
gènes, donc de la synthèse de protéines, de leur modulation ou de leur inhibition. L’effet est
lent à se manifester, l’échelle des temps est celle des heures.
Exemple : hormones stéroïdiennes et thyroïdiennes, acide rétinoïque, vitamine D ; certains
hypocholestérolémiants et antidiabétiques.
C’est aussi la mise en jeu de récepteurs de ce type qui entraîne une synthèse accrue des
enzymes de métabolisme du médicament au cours du phénomène de l’auto-induction
enzymatique (voir chapitre 1.4.).
CELLULE
NOYAU
DNA
Synthèse
m. RNA
PROTEINE
Synthèse
EFFETS
EFFETS
EFFET PLACEBO
1. DEFINITION
Les médicaments entraînent deux sortes de réponses qui s’opposent schématiquement, les
effets pharmacodynamiques et les effets placebo :
L’effet placebo (« je plairai ») ne peut donc s’observer que chez un être humain (chez
l’animal ?) et non dans un système biologique. On devrait donc parler de réponse placebo et
non d’effet placebo. Il n’a de sens qu’en thérapeutique.
L’effet placebo ne doit pas être confondu avec le placebo. Celui-ci est un médicament, c’està-
dire une substance, une préparation ou une spécialité pharmaceutique, dépourvue de tout effet
pharmacodynamique mais présentée comme possédant des propriétés thérapeutiques ou plus
généralement ne possédant pas les propriétés pharmacologiques correspondant aux propriétés
thérapeutiques présentées comme siennes.
L’effet placebo est une réponse pharmacologique ou thérapeutique de l’individu, le placebo
est un objet.
Cependant, tout médicament est un placebo potentiel soit dans son indication (effet
pharmacodynamique et effet placebo) soit dans d’autres indications (effet placebo).
L’effet placebo influence des troubles où le psychisme prend part, qu’ils constituent tout ou
partie de la pathologie.
En pratique, toute situation, hormis celle de l’urgence non psychiatrique, peut comprendre
une part de psychisme (« réaction » à la maladie somatique) d’où la grande banalité de l’effet
placebo.
Stricto sensu, l'effet placebo se manifeste par une amélioration de troubles morbides de
caractère psychique ou subjectif, tels que sensations (douleur, faim, fatigue, etc.),
perturbations de l’humeur (morosité, anxiété, etc.), ainsi que des troubles psychosomatiques
(asthme, ulcère gastro-duodénal, etc.). Il peut de plus se traduire par un état de bien-être,
voire d'euphorie.
6. MECANISMES
C'est le fait même d'administrer le médicament qui compte, et tout ce qui l'accompagne
(indépendamment de la nature du produit).
Théories cognitives :
- on le rapproche des phénomènes de suggestion (de séduction) et d'autosuggestion. Par
suggestion, on entend « l'influence affective d'un homme sur un autre, par des paroles ou
des actes tendant à diriger ses impressions dans une direction donnée ». Cette influence
peut s'exercer à travers des supports matériels (publicité). L'autosuggestion prend
naissance dans une image extérieure ; elle en est la répétition intérieure et automatique,
jusqu'à ce qu'elle devienne opérationnelle
- en Sciences Humaines, on décrit sous le nom de prophéties autoréalisatrices « des
assertions qui induisent des comportements de nature à les valider ». Selon la confiance
qu’ils placent dans une thérapeutique, le comportement du médecin et du malade peut
contribuer à créer les conditions nécessaires au succès du traitement.
Conditionnement :
Parfois, l'effet placebo peut s'expliquer par un réflexe conditionné ; il résulte de la répétition
de circonstances (injection, etc.) que le malade pense devoir influencer d'une manière
favorable les phénomènes morbides qu'il présente. La réduction de l’anxiété est présente chez
tout malade.
7. FACTEURS CONDITIONNANTS
- la voie d'administration : les voies parentérales qui nécessitent l'appel à une personne
extérieure, à un cérémonial d'exécution, à l'effraction de l'individu marquée par la douleur,
sont plus efficaces que la voie orale, les médicaments étant pris sans y penser avec le repas
- le rituel de la prise : qui fait qu’il ne s’agit pas d’un simple acte mécanique, mais que le
malade intériorise le fait qu’il prend le médicament
- la mode : les mass-média, amplifiées par les conversations de bouche à oreille, mettent
souvent en vedette le dernier médicament (malgré l'interdiction de la publicité auprès du
public). Dans certains domaines, comme celui des tranquillisants, se créent ainsi des
modes. Les malades attendent ou demandent la prescription, et l'effet placebo est
important. Puis, l'oubli vient, les malades savent que c'est un « vieux médicament » et
l'efficacité décroît. « Hâtez-vous d'en prendre tant qu'il guérit » (exemple des
antidépresseurs et anxiolytiques, « pilules du bonheur », successivement Equanil, Valium,
Prozac)
- l’exotisme : qui peut facilement virer au charlatanisme, ce qui n'implique pas un effet
placebo nul ou dépourvu d'intérêt.
De tous ces facteurs, le plus important est sans nul doute la relation médecin-malade.
8. MISE EN EVIDENCE
Toute thérapeutique comporte une part d'effet placebo sur les symptômes sensibles. En
dehors de ses effets pharmacodynamiques, tout médicament du seul fait qu’il est prescrit et
administré, a un effet placebo, variable avec les individus, qui contribue à son utilité. Même,
si dans les cas extrêmes, organiques (antibiotiques, anticancéreux), l'effet placebo est sans
effet sur la maladie (encore que...), il peut influencer certains symptômes (céphalées, troubles
digestifs, névroses, etc.).
EFFETS THERAPEUTIQUES
Remarque : ce court chapitre est un essai de clarification du vocabulaire. Il est fondamental quant à la
compréhension des rapports entre pharmacologie et thérapeutique.
Les rapports entre effet pharmacodynamique et réponse sont comparables à ceux qui existent en génétique entre
génotype et phénotype.
On appelle effet thérapeutique ou effet clinique l’impact d’un médicament sur un état
pathologique.
L’effet pharmacodynamique ne constitue donc pas d’effet thérapeutique. Il ne suffit pas qu’il
existe pour qu’il y ait effet thérapeutique. Effets pharmacodynamiques et effets
thérapeutiques ne doivent pas être confondus.
De même, la réponse peut impliquer une action sur un état pathologique sans être pour cela
exploitable en clinique (en raison, par exemple, d’effets secondaires).
Le point fondamental est donc que seule la constatation de l’existence de l’effet thérapeutique
chez l’homme malade, justifie l’utilisation du médicament en clinique.
La mise en évidence et la mesure des effets pharmacologiques, des réponses et des effets
thérapeutiques se fait de manière indépendante :
- la pharmacologie fondamentale (ou expérimentale) ou pharmacodynamie étudie des effets
pharmacodynamiques chez les systèmes biologiques
- la pharmacodynamie clinique étudie les réponses aux médicaments chez l’homme
- les essais cliniques (thérapeutiques) étudient les effets thérapeutiques chez l’homme
malade.
Dans les monographies de médicaments (résumés des caractéristiques du produit, RCP), les
effets pharmacodynamiques et les réponses figurent habituellement à la rubrique «
pharmacodynamie, PP », les effets thérapeutiques à la rubrique « indications ».
CHAPITRE 2.4.
INTERACTIONS ET INCOMPATIBILITES
1. INTERACTIONS
1.1. Définition
On entend par interactions les effets de l'administration simultanée de plusieurs substances.
Dans un cours de pharmacologie, on traite essentiellement des associations de principes actifs
dans un même médicament ou résultant de l'emploi concomitant de deux médicaments (les
mêmes notions peuvent être étendues aux associations de médicaments avec des aliments, des
xénobiotiques ou des substances physiologiques). On raisonnera pour simplifier dans le cas de
deux produits.
[Link]. Indépendance
Si R = 1, [A]' = [A]
La substance B n'interfère à aucun moment avec A, ni au point de vue pharmacocinétique, ni
au point de vue pharmacodynamique. Il est donc indifférent d'administrer A et B isolément ou
ensemble ; leurs effets ne sont pas modifiés par l'association.
Il faut être très prudent avant d'affirmer que deux médicaments sont indépendants.
L'interaction peut être difficile à déceler.
Par exemple, une purge et un tonicardiaque n'ont apparemment rien en commun ; cependant,
la première peut provoquer une perte excessive de potassium qui sensibilisera le coeur aux
effets du second.
[Link]. Potentialisation (non réciproque)
Si R < 1, [A]' < [A]
Pour obtenir le même effet, la dose nécessaire est plus faible. B a « potentialisé » A. Cette
potentialisation est non réciproque, puisque A ne peut pas accroître les effets de B, qui est
inactif pour l’effet E.
Cette notion de potentialisation peut être étendue aux autres caractéristiques de l'action du
médicament, rapidité et durée. On dit donc que la substance B potentialise le médicament A
quand elle augmente la rapidité, la durée ou l'intensité de ses effets.
Remarque : les dénominations de synergie, synergie potentialisatrice, synergie renforçatrice, peuvent
prêter à confusion avec les cas suivants.
[Link]. Additivité
{EAB} = {EA} + {EB}.
Les effets des deux substances s'ajoutent. Il n’y a pas d’interaction à proprement parler entre
A et B. B ne modifie pas l’effet de A et réciproquement.
Ce type d'association est fréquemment utilisé en pratique. Son intérêt vient de ce que
l'addition porte sur l'effet principal, tandis que les effets secondaires et indésirables sont
indépendants. La même efficacité peut être obtenue avec des doses moindres de chacun des
constituants, ce qui améliore la tolérance.
Remarque : la dénomination de synergie additive peut prêter à confusion et est à éviter.
[Link]. Synergie (réciproque)
{EAB} > {EA} + {EB}
L'efficacité de l'association est supérieure à celle de chacun des constituants pris séparément.
On peut donc ainsi améliorer les résultats thérapeutiques sans augmenter, et même parfois en
diminuant, les doses et les inconvénients.
La potentialisation est ici réciproque puisque les deux composants sont actifs pour l’effet E.
Remarque : les dénominations de synergie potentialisatrice, potentialisation (réciproque) peuvent
prêter à confusion.
[Link]. Antagonisme
{EAB} < {EA} + {EB}
L'efficacité de l'association est inférieure à la somme des effets de chacun des constituants
pris séparément. C'est un cas défavorable qu'il convient d'éviter. On a intérêt à administrer les
médicaments séparément et non ensemble.
1 A R-E
A R
2
figure 2.4.-1 : interaction chimique - A agoniste, B deuxième substance, R récepteur, R-E récepteur
stimulé, 1 A seul, 2 A+B.
EA EB
RA RB
A B
[Link]. Absorption
B peut augmenter la vitesse d'absorption ou la quantité absorbée de A ; il y a potentialisation
(non réciproque).
Exemples : l'héxamétaphosphate de sodium (B) augmente l'absorption intestinale des
tétracyclines (A) ; les laxatifs (B) diminuent l'absorption digestive des antivitamines K (A) ;
les vasoconstricteurs ralentissent l'absorption sous-cutanée.
[Link]. Transformation
1er cas : potentialisation : B peut ralentir le catabolisme de A, et en général, retarder ainsi son
inactivation ; B est le plus souvent un inhibiteur d'enzymes. Exemples :
- inhibition d’enzymes microsomiales : cimétidine (B) + antivitamines K (A), macrolides
(B) + théophylline (A)
- inhibition d’enzymes non microsomiales : acétylcholine (A) + anticholinesterasiques (B).
Remarque : dans le cas où la transformation de B correspond à une activation (métabolite actif), B
est au contraire un antagoniste de A.
2ème cas : synergie : elle peut résulter, par exemple, d'une compétition pour les enzymes
inhibiteurs.
C'est le cas de deux antituberculeux le P.A.S. et l'isoniazide : le P.A.S., le moins actif, a la
plus grande affinité pour les enzymes qui dégradent les deux produits ; l'effet de l'isoniazide
est ainsi accru.
2ème cas : B peut « chasser » A de ses lieux de pertes. A est capable de se fixer sur les
récepteurs actifs R et sur les lieux de perte R' entre lesquels il se partage s'il est donné seul. B
se fixe sur R' et empêche A de le faire ; tout A est désormais disponible pour agir sur R. Les
lieux de perte peuvent être le tissu adipeux, les protéines sanguines, etc. C'est ainsi que l'on
explique l'activité parfois supérieure de certaines préparations galéniques par rapport aux
produits actifs purs.
Ce mécanisme a été largement étudié et discuté pour les protéines plasmatiques. Attention :
l'interprétation n'en est pas toujours évidente. Le déplacement des molécules liées aux
protéines plasmatiques entraîne une diminution de la fraction liée et une augmentation de la
fraction libre. L'augmentation de la réponse pharmacodynamique dépend de cette dernière.
Or, le produit libéré est également disponible pour l'élimination : la clairance augmente ; si
elle augmente suffisamment, la concentration libre peut ne pas changer : il n'y a pas
potentialisation. De plus, pour que le phénomène ait une importance clinique, il faut encore
que l'accroissement de la réponse corresponde à une augmentation de l'efficacité
thérapeutique intéressante ou à l'apparition de la toxicité (ce qui n'est le cas que pour les
produits de marge faible entre les taux efficaces et les taux toxiques).
Exemple : les antivitamines K (A) sont chassées de leur fixation sur les protéines sanguines
(R') par certains anti-inflammatoires (B), ce qui accroît leur action sur le foie (R).
[Link]. Elimination
B peut faciliter ou entraver l'élimination de A. Dans le premier cas, il y a antagonisme, dans
le second, potentialisation.
Exemples : l'alcalinisation ou l’acidification des urines selon le cas, permet l'élimination plus
rapide de A au cours d'une intoxication ; le probénécide (B) empêche l'élimination urinaire
des pénicillines (A).
=" +#
Pour simplifier, nous supposerons que α = 1, donc que A est un agoniste parfait.
A B
[E]
[Emax]
0 x 2x 4x
Log [A]
figure 2.4.-4 : interaction compétitive, courbes doses/effets - [A] doses de l’agoniste A, [E] intensité
de l’effet due à A, [Emax] intensité maximale de l’effet due à A, [B], x, 2x, 4x doses de l’antagoniste B.
3ème cas : β = 1
A et B ont la même efficacité. L'effet est le même quel que soit celui qui occupe le récepteur.
On a une simple addition d'effets.
RA RB
A B
B
RB
1 RA
B
2 RB
RA RB
figure 2.4.-5 : interaction allostérique - A agoniste, B deuxième substance, RA site actif du récepteur,
RB site allostérique du récepteur, E effet, 1 potentialisation, 2 antagonisme.
RA RB
A B
figure 2.4.-6 : interaction fonctionnelle - A et B substances, RA et RB récepteurs de A et B
respectivement, E effet, SA et SB stimuli.
Les substances A et B se fixent sur des récepteurs distincts, RA et RB, provoquant des stimuli
SA et SB ; elles mettent en jeu le même organe effecteur à travers le couplage C, dont la partie
terminale est commune à leurs deux modes d'action (figure 2.4.-7). Elles n'influencent donc
pas leur fixation sur leurs récepteurs respectifs, mais leur interaction se situe à un stade
ultérieur de la relation stimuli-effet. Selon les cas, on pourra avoir addition ou potentialisation
réciproque. A la différence des interactions physiologiques, les interactions fonctionnelles
concernent des substances agissant sur la même fonction physiologique.
[E]
[Emax] A
[E'max] A + B
log [A]
figure 2.4.-7 : antagonisme non compétitif, courbes doses/effet - log[A] doses de l’agoniste A, [E]
intensité de l’effet due à A, [Emax] intensité maximale de l’effet due à A, B antagoniste, [E’max] intensité
maximale de l’effet due à A en présence de B ; doses croissantes de B.
Les courbes doses/effets (figure 2.4.-7) sont caractérisées par leur aplatissement progressif au
fur et à mesure de l'augmentation de la concentration en antagoniste, ce qui traduit la
paralysie progressive, proportionnelle à cette dernière, de la transmission du stimulus à
nombre égal de récepteurs occupés.
Remarque : les interactions allostériques et fonctionnelles sont toutes deux non compétitives, mais
dans le premier cas le mécanisme ne concerne qu’un seul récepteur avec deux sites actifs, tandis que
dans le second deux récepteurs distincts sont en jeu.
2. INCOMPATIBILITES
2.1. Définition
Il y a incompatibilité entre les composants (principes actifs et autres composants inactifs)
d'une préparation lorsque cette préparation est inadministrable (par la voie choisie), inefficace
ou dangereuse. Ce mélange de constituants a lieu hors de l'organisme.
2.3. A l'officine
Les incompatibilités doivent être évitées dans les préparations magistrales (peu fréquentes
actuellement !). C'est un problème de prescripteur et surtout de pharmacien.