PARCOURS : ÉCRIRE ET COMBATTRE POUR L’ÉGALITÉ
ŒUVRE: Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791
Analyse linéaire 2 : Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne,
1791, Postambule, extrait, de « Femme, réveille-toi… » à « vous n’avez qu’à le vouloir ».
Femme, réveille-toi ; le tocsin1 de la raison se fait entendre dans tout l'univers ; reconnais tes
droits. Le puissant empire de la nature n'est plus environné de préjugés, de fanatisme, de
superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et
de l'usurpation. L'homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour
5 briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! Femmes,
quand cesserez-vous d'être aveugles ? Quels sont les avantages que vous recueillis dans la
révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous
n'avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste-t-il donc
? La conviction des injustices de l'homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les
10 sages décrets de la nature ; qu'auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot
du Législateur des noces de Cana2 ? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de
cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n'est plus de saison, ne
vous répètent : femmes, qu'y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez-vous à répondre.
S'ils s'obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence3 en contradiction avec leurs
15 principes ; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ;
réunissez-vous sous les étendards4 de la philosophie ; déployez toute l'énergie de votre caractère,
et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de
partager avec vous les trésors de l'Être Suprême. Quelles que soient les barrières que l'on vous
oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir5 ; vous n'avez qu'à le vouloir.
1
Tocsin : Sonnerie destinée à donner l’alarme à la population pour avertir d’un danger imminent ou pour
rassembler et mobiliser dans l’urgence. Habituellement, on utilisait les cloches des églises pour « donner le
tocsin ».
2
Noces de Cana : référence à une parabole (un récit à visée morale), tirée de la Bible. Il s’agit d’un moment de la
vie de Jésus – considéré comme l’unique fils de Dieu pour les chrétiens et comme un prophète pour les
musulmans. Jésus est considéré par les chrétiens comme un législateur, celui qui a défini de nombreux préceptes
de la morale chrétienne. Lors d’un mariage à Cana en Galilée (actuel Israël), Jésus rabroue sa mère qui craint que
les invités du mariage ne manquent de vin. Jésus dit à sa mère : « Femme, que me veux-tu ? ». Peu après, il
accomplit son premier miracle : transformer l’eau en vin pour les convives du mariages à Cana.
3
Inconséquence : manque de logique et prise de responsabilisé.
4
Étendard. Sens littéral : drapeau servant de signe de ralliement. Sens figuré : signe de ralliement, symbole
(d’une cause, d’un parti, d’une idée).
5
Affranchir. Sens littéral : franchir, sauter par-dessus. Sens figuré : rendre sa liberté à un esclave.
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ŒUVRE: Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791
Analyse linéaire 2 : Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne,
1791, Postambule, extrait, de « Femme, réveille-toi… » à « vous n’avez qu’à le vouloir ».
Présentation : Olympe de Gouges est une autrice engagée, caractéristique de l’époque des
Lumières, dont les écrits reflètent ses nombreux combats pour l’égalité et la justice. Elle s’engage
notamment en faveur de l’abolition de l’esclavage à la fois par ses écrits, comme la pièce de
théâtre Zamore et Mirza, ou son essai Réflexion sur les hommes nègres, mais également par un
engagement politique, en adhérant à la Société des Amis des Noirs. Elle s’engage aussi pour
l’égalité entre les hommes et les femmes. Son texte le plus célèbre est une réécriture de la
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (votée en 1789 par l’Assemblée Constituante). Elle
intitule son texte Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Nous allons étudier ici le
Postambule, un ajout d’OdG par rapport à la DDHC, qu’elle a choisi de présenter sous la forme
d’une adresse directe aux femmes.
Lecture : Solennelle, convaincue. Prendre son temps.
Problématique : Comment, dans ce postambule adressé directement aux femmes, Olympe de
Gouges cherche-t-elle à révéler certains mécanismes de l’oppression des femmes et à enjoindre
les femmes à se mobiliser, grâce à une argumentation efficace et des moyens rhétoriques
multiples ?
Mouvements du texte :
1. De « Femme, réveille-toi… » (ligne 1) à « envers sa compagne » (ligne 5): Enjoindre la femme
à prendre conscience que l’homme l’a longtemps flouée de ses droits.
[Link] « Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous… » (ligne 5) à « Tout, auriez-vous à répondre »
(ligne 13) : Vaincre les réticences et l’aveuglement des femmes pour les convaincre de à se battre
pour leurs droits
[Link] « S’ils s’obstinaient… » (ligne 13) à « vous n’avez qu’à le vouloir » (fin) : Inciter les femmes à
mobiliser leur intelligence pour vaincre les résistances des hommes à accepter l’égalité.
Explication linéaire :
• 1er mouvement : « Femme, réveille-toi… » (ligne 1) à « envers sa compagne » (ligne 5):
Enjoindre la femme à prendre conscience que l’homme l’a longtemps flouée de ses
droits.
Texte (citations) Procédés (analyse) Effets (interprétation)
« Femme » Apostrophe au singulier, 1er Gouges interpelle sa destinataire
mot de l’extrait et la singularise pour donner de
la vigueur à son adresse
« réveille-toi », Impératifs présent, 2ème Injonction qui invite à l’action et
« reconnais » personne singulier en montre l’urgence
« le tocsin de la raison se Métaphore sonore et Gouges présente ce moment
fait entendre » personnification de la raison comme un tournant, un point de
départ dont le héraut (porte voix)
est la raison.
« ne…plus » Négation : rupture Insistance sur l’opportunité du
temporelle moment qui voit la fin d’une ère
« a dissipé » Passé composé : fin d’un d’injustice
phénomène
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ŒUVRE: Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791
« tocsin de la raison », Métaphore des signes du Des images concrètes et typique
« puissant empire de la pouvoir associé aux idéaux de l’imaginaire révolutionnaire
nature », « flambeau de la des Lumières légitiment la revendication des
vérité » femmes
« préjugés, fanatisme, Énumération, Champ lexical Ces mots définissent le monde
superstition, mensonges, de l’obscurantisme et de auquel Gouges veut tourner le
sottise, usurpation » l’injustice dos
« l’homme esclave », Champ lexical l’esclavage et Insistance sur l’égoïsme et
« briser les fers », de l’affranchissement. l’ingratitude de l’homme qui n’a
« devenu libre », « devenu Parallélisme. pas partagé les bénéfices de
injuste », « affranchir » l’émancipation avec les femmes.
Bilan de ce premier mouvement : l’ouverture du postambule se présente comme une
vigoureuse incitation à la raison dont « la » femme doit être l’actrice. Le style martial (guerrier),
les injonctions donnent un caractère incisif à cette ouverture, destinée à produire un choc, un
sursaut.
• 2ème mouvement : « Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous… » (ligne 5) à « Tout,
auriez-vous à répondre » (ligne 13) : Vaincre les réticences et l’aveuglement des femmes
pour les cionvaincre de à se battre pour leurs droits
Texte (citations) Procédés (analyse) Effets (interprétation)
« Ô femmes ! femmes » Apostrophe emphatique Le passage du singulier au pluriel
(pluriel + répétition) constitue les femmes en corps
social agissant (plus concret que le
singulier)
« quand cesserez-vous Question rhétorique + Question provocatrice qui rend les
d’être aveugles » adjectif péjoratif femmes responsables de leur
servitude pour provoquer une
prise de conscience
De « quels …» à Questions-réponses en Le discours s’anime par un
« …répondre » cascade dialogue fictif entre la
pamphlétaire (Gouges) et les
femmes
« avantages » / « mépris » Antithèses 1ère prise de conscience : la
et « dédain » connotation positive du mot
« avantage » disparaît au profit de
termes péjoratifs qui soulignent la
dépossession subie par les
femmes.
« régné sur la faiblesse » Champ lexical du pouvoir 2ème prise de conscience : les
« empire détruit » illusoire femmes se sont bercées d’illusion
« ne…que » Négation restrictive et ont tout perdu, il ne reste
« que vous reste-t-il Question rhétorique qu’une chose : « la conviction des
donc ? » injustices des hommes ». Cette
certitude, qui est une vraie
réponse à une fausse question est
moteur de l’action à venir.
De « La réclamation… » Gouges enjoint les femmes à
à « à répondre » prévoir et prévenir les réactions
des hommes à leurs réclamations.
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ŒUVRE: Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791
« le bon législateur des Périphrase ironique Gouges démontre combien la
noces de Cana » position inférieure des femmes est
« nos législateurs Déterminant possessif enracinée dans la culture
français » Reprise du chrétienne, mais perdure dans la
terme « legislateur » culture des hommes
révolutionnaires.
« morale longtemps Gouges montre la persistance
accrochée aux branches regrettable de cette « morale »
de la politique » biblique dans la « politique » de
l’États laïc (non-religieux) qu’était
la France.
« auriez-vous à Conditionnel présent Gouges propose une réponse à
répondre » l’idée d’une différence radicale de
nature entre hommes et femmes
Bilan de ce deuxième mouvement : Par un dialogue fictif, Gouges cherche à vaincre (tout en les
expliquant) les réticences des femmes à regarder leur sort en face, les usurpations et
discriminations dont elles sont victimes.
1. 3ème mouvement : « S’ils s’obstinaient… » (ligne 13) à « vous n’avez qu’à le vouloir » (fin) :
Inciter les femmes à mobiliser leur intelligence pour vaincre les résistances des hommes
à accepter l’égalité.
Texte (citations) Procédés (analyse) Effets (interprétation)
« S’ils […] principes » Propositions subordonnées Gouges prévoit les obstacles que
« Quelles que […] circonstancielles les hommes pourraient élever face
oppose » d’hypothèse (1) puis de à la démarche des femmes pour
concession (2) affermir et renforcer leur
détermination
« opposez », « réunissez- Impératif présent. Rythme Les trois propositions semblent
vous », « déployez » ternaire. mimer l’amplification du
mouvement des femmes pour
réclamer leurs droits.
« s’obstinaient » Opposition entre un Gouges invite les combattantes à
« faiblesse » vocabulaire péjoratif opposer à l’entêtement des
« inconséquence » (hommes) et mélioratif hommes un courage et une
« vaines prétentions » (femmes) détermination sans faille
« orgueilleux » /
« courageusement »
« force » « étandards »,
« énergie »
« principes », « raison », Champ lexical de la pensée L’autrice présente les armes à
« philosophie », et de la sagesse brandir dans ce combat :
« caractère » l’intelligence et la raison
« pouvoir » / « vouloir » Antithèse Gouges remet aux femmes la clé
« il est en votre Tournure impersonnelle de leur combat : c’est à elles
pouvoir » qu’appartient la lutte pour
« ne…que » Négation restrictive l’égalité.
Bilan du 3ème mouvement : Olympe de Gouges s’adresse ici en cheffe de guerre et en stratège
aux femmes. Elle dépeint les femmes en combattantes des Lumières : les ressources de l’esprit
et de la raison sont leurs armes dans un combat pour la liberté et l’égalité.
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