Pr OUEDRAOGO Bertin Priva
Professeur Titulaire d’ORL et de Chirurgie cervico-faciale
Université JKZ (Unité de Formation et de Recherche en Sciences de la Santé)
Promotion : Doctorat 1 /ORL
Année académique 2023 /2024
DIAGNOSTIC DES DYSPNEES LARYNGEES
Objectifs
Définir la dyspnée laryngée (DL)
Décrire les 4 caractères fondamentaux de la dyspnée laryngée
Citer 6 éléments de gravité d’une dyspnée laryngée
Décrire 5 diagnostics différentiels d’une dyspnée laryngée
Citer les principaux groupes étiologiques des DL
1 GENERALITES
1-1 DEFINITION
La dyspnée laryngée est une gêne respiratoire d’origine laryngée qui se
caractérise dans sa forme typique par :
une bradypnée inspiratoire
un tirage
un bruit laryngé (cornage ou un stridor)
1-2 INTERET
Symptôme qui constitue une Urgence ORL pouvant mettre rapidement
en jeu le pronostic vital du malade ;
Diagnostique : le diagnostic positif de la DL est essentiellement clinique ;
Thérapeutique et Pronostique : la DL est grave d’autant plus que le sujet
est jeune, le traitement peut faire appel à une trachéotomie d’urgence.
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1-3 RAPPEL ANATOMO-PHYSIOLOGIQUE DU LARYNX
1-3-1 Sur le plan anatomique, le larynx est un organe fibro- musculo-
cartilagineux revêtu en dedans d’une muqueuse de type respiratoire. On lui
décrit 3 étages qui sont :
l’étage glottique correspondant au plan des plis vocaux ;
l’étage sus glottique au-dessus des plis vocaux, qui s’ouvre au niveau de
l’hypopharynx et dont la limite supérieure est représentée par la margelle
laryngée ;
l’étage sous glottique au-dessous des plis vocaux en continuité avec la
lumière trachéale en bas.
Particularités anatomiques du larynx chez l’enfant :
Calibre plus réduit de la filière à tous les niveaux
Position haute du larynx qui le rend très vulnérable ;
Sous glotte plus réduite et inextensible, rendant un œdème à ce
niveau rapidement dyspnéisant ;
Muqueuse lâche, très réflexogène avec risque de spasme laryngé.
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1-3-2 Sur le plan physiologique le larynx participe dans 3 fonctions qui sont :
la respiration
la phonation
la déglutition
1-4 PHYSIOPATHOLOGIE DE LA DYSPNEE LARYNGEE
Au cours de l’inspiration normale, il existe une dépression relative à l’intérieur
des voies respiratoires avec comme conséquence une réduction du calibre des
voies respiratoires extra-thoraciques dont le larynx.
En cas d’obstacle au niveau laryngé (œdème, CE, tumeur, ect), la dépression
inspiratoire endothoracique va augmenter pour permettre un passage de l’air à
débit constant, ceci grâce à la mise en jeu des muscles respiratoires principaux et
accessoires. Si ce mécanisme ne permet pas d’assurer un débit inspiratoire
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suffisant, l’inspiration doit durer plus longtemps pour obtenir le volume d’air
nécessaire d’où la bradypnée inspiratoire qui est un allongement du temps
inspiratoire.
Le tirage qui l’accompagne s’explique par la dépression inspiratoire des parties
molles au-dessous de l’obstacle laryngé.
Le passage de l’air dans la filière laryngée (glotto-vestibulaire ou glotto-sous-
glottique) rétrécie va donner un bruit audible qui est un stridor ou un cornage.
2- DIAGNOSTIC POSITIF
2-1 CDD
Au décours d’une infection des VADS ;
Accident traumatique ou d’inhalation ;
Après une longue histoire de dysphonie pour les tumeurs bénignes ou
malignes.
2-2 EXAMEN CLINIQUE
La dyspnée laryngée est de diagnostic clinique : Elle se voit et s’entend.
L’examen recherche les éléments de la triade symptomatique caractéristique de
la dyspnée laryngée. Ce sont :
Bradypnée inspiratoire : c’est un allongement du temps inspiratoire (la
fréquence respiratoire normale chez l’adulte est de 12-18cycles par
minutes) ;
Tirage : c’est une dépression des parties molles cervicales et thoraciques
au dessous de l’obstacle laryngé. Il est prédominant au niveau des creux
sus claviculaires, sus sternal et des espaces intercostaux ;
Cornage : c’est un bruit de tonalité grave rauque, et caverneux. Il peut
être remplacé chez l’enfant par le
Stridor : bruit de tonalité aigue traduisant surtout un rétrécissement
vestibulaire ou glottique.
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NB : il existe des formes non typiques :
Chez le nouveau né la bradypnée inspiratoire peut être remplacée par une
apnée primaire ou par des accès de cyanose.
Chez le nourrisson, la bradypnée peut être remplacée par une polypnée.
Devant ces signes caractéristiques de dyspnée laryngée, il faut évaluer le degré
de gravité.
3-DIAGNOSTIC DE GRAVITE
Il faut rechercher des signes de gravité qui commandent une prise en charge
urgente en milieu hospitalier.
Les principaux éléments de gravité sont :
Durée de la dyspnée > 1heure ;
Fréquence de la dyspnée : pauses respiratoires > 20 secondes ;
Age : plus le sujet est jeune, plus la dyspnée est grave ;
Signes d’hypercapnie (Pa CO2 > 60mmHg) sueurs, tachycardie, HTA ;
Hypoxémie (Pa O2< 50mmHg) avec cyanose cutanéo-muqueuse qui
traduit l’hypoxie ;
Altération de la conscience ;
Collapsus cardiovasculaire (baisse de la TA, pouls périphériques
imprenables, refroidissement des extrémités) ;
Ces éléments de gravité permettent de classer la dyspnée laryngée en 4 stades
de gravité croissante selon CHEVALIER JACKSON et PINEAU (cf
tableau).
4- DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
4-1 Avec les dyspnées des VADS ou DYSPNEES HAUTES
La dyspnée est également inspiratoire, mais elle est améliorée par l’ouverture
buccale lorsque l’obstacle est nasal ou rhinopharyngé.
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Ces dyspnées hautes liées à une obstruction au niveau des voies aéro-digestives
supérieures (VADS)s’accompagnent également d’un tirage haut situé, sous
mandibulaire, et il n’y a pas de cornage.
La voix pharyngée dite de patate chaude ou de crapaud est caractéristique des
dyspnées d’origine pharyngées (tumeurs, abcès, CE etc..)
Le siège hypopharyngé d’une dyspnée peut poser des difficultés de diagnostique
différentiel à cause de l’intrication des signes liées à la proximité avec le larynx.
Pour ces dyspnées hautes, l’examen nasal, nasopharyngé et bucco-pharyngé
permet de redresser le diagnostic.
Parmi les pathologies des VADS en cause de gêne respiratoire on peut citer :
L’imperforation choanale qui est une urgence dans sa forme bilatérale ;
L’obstruction nasale totale dans les rhinites aigues
L’obstruction du rhinopharynx lors des rhinopharyngites, les adénoïdites
surtout chez les nourrissons qui, ont une respiration strictement nasale à
cause du larynx haut situé ;
Toutes les obstructions buccales et pharyngées (Végétations adénoïdes,
abcès retropharyngés, tumeurs pharyngées, phlegmons périamygdaliens).
4-2 Avec les dyspnées des MALADIES BRONCHIQUES
Dyspnée de l’asthme : c’est une bradypnée plutôt expiratoire avec des
râles sibilants (classique bruit du pigeonnier) ;
Bronchites aigues ou chroniques ;
Sténoses et CE bronchiques : s’accompagnent d’un sifflement respiratoire
(wheezing) .
4-3 Avec les dyspnées des MALADIES PULMONAIRES
Il s’agit d’une polypnée aux 2 temps (augmentation de la fréquence respiratoire)
sans cornage. La voix et la toux sont normales. On retrouve ce type de dyspnée
dans l’embolie pulmonaire.
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4-4 Avec les dyspnées TRACHEALES
Dyspnée inspiratoire aux 2 temps, sans cornage, mais un wheezing aux 2 temps
de la respiration.
4-5 Avec les dyspnées CARDIAQUES
Polypnée aux 2 temps (augmentation de la fréquence respiratoire) par
diminution de la durée du cycle respiratoire, sans cornage, ni tirage. La voix et
la toux sont normales. Rencontrées dans l’insuffisance cardiaque gauche.
4-6 Avec les AUTRES DYSPNEES
dyspnées métaboliques type KUSSMAUL : accompagne les syndromes
métaboliques type acido-cétose en 4 temps : inspiration-pause-expiration-
pause
dyspnées type CHEYNE STOKES : succession de périodes de polypnée
croissante puis décroissante, suivie de période d’apnée. Rencontrée en cas
de souffrance cérébrale (neurologique centrale).
dyspnée sine materiae : gène respiratoire sans aucune étiologie à
l’exploration clinique. c’est un diagnostic d’élimination.
5- DIAGNOSTIC ETIOLOGIQUE
Une fois les éléments de gravité contrôlés, la démarche diagnostique
étiologique comprend l’interrogatoire, l’examen du larynx, l’examen cervical,
l’examen des autres organes ORL, et des examens paracliniques orientés selon
l’étiologie suspectée.
Les examens paracliniques pouvant être utiles dans la recherche étiologique
d’une dyspnée laryngée sont:
Examens biologique (NFS, CRP) recherchent des arguments en faveur
d’une infection (laryngite)
Examens d’imagerie (Rx cervicale, TDM cervicale) recherchent un
œdème, un CE, un abcès, ect…
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Laryngoscopie directe en suspension (LDS) sous AG permet de poser
le diagnostic étiologique de certaines pathologies laryngées, de faire
des biopsies pour un examen anatompathologique, mais aussi de faire
des gestes thérapeutiques comme l’extraction d’un CE du larynx.
Les principaux groupes étiologiques des dyspnées laryngées sont:
Malformations et dysmaturité laryngées : la symptomatologie laryngée
débute dès les premiers jours de vie en général après un intervalle libre de
2 semaines pour la laryngomalacie ou stridor laryngé congénital
essentiel. Elle peut se manifester plus tôt pour les autres étiologies
malformatives. Exemples : sténoses congénitales, diastèmes et palmures
laryngées, kystes, lymphangiomes, hémangiomes.
Traumatismes laryngés : il peut être externe, le mécanisme pouvant être
accidentel, volontaire, ou iatrogène, obstétrical. Il peut être aussi interne,
en général d’origine iatrogène ou s’agir de brûlures par inhalation de
produits toxiques comme l’ammoniac, le chlore, ect…
Paralysies laryngées par lésion neurologique récurrentielle bilatérale au
cours d’un traumatisme ou d’une chirurgie cervicale.
Infections/inflammations laryngées
Laryngites aigues non spécifiques d’origine virales ou bactériennes
Laryngites aigues survenant au décours d’infections spécifiques :
diphtérie, rougeole, tuberculose, coqueluche
allergies laryngées de type anaphylactique (œdème de Quincke) avec
œdème de la lèvre supérieure des paupières et la muqueuse de la gorge,
pouvant être rapidement fatal si une prise en charge urgente médicale
(adrénaline, corticoïdes) ou chirurgicale (intubation, trachéotomie) n’est
pas entreprise.
Corps étrangers laryngés : l’interrogatoire retrouve un syndrome de
pénétration des voies respiratoires inférieures caractéristique ++
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Tumeurs bénignes laryngées: Elles se manifestent par une longue
histoire de dysphonie puis la dyspnée laryngée s’installe après. La
papillomatose laryngée est le type le plus fréquent, on cite aussi les
chondromes laryngés.
Cancers du larynx : la dyspnée laryngée marque déjà une longue
évolution et une extension de la tumeur. Toute dysphonie chronique doit
faire explorer le larynx avant le stade de dyspnée laryngée.
Compressions laryngées par des tumeurs de voisinages (adénopathies
cervicales, volumineux goitres).
CONCLUSION
La dyspnée laryngée est une urgence dont le degré de gravité doit être
impérativement apprécié en vue d’une prise en charge rapide. Les étiologies sont
dominées dans notre contexte par les CE, les traumatismes et les tumeurs dont la
papillomatose laryngée vu au stade tardif.
Classification de la dyspnée laryngée (Chevalier Jackson et Pineau)
Clinique aspect respiration tirage colorat° pouls TA cœur cornage
Stades
I calme bruyante discret normale normal Légèrement normal modéré
élevée
II agité, bruyante Sus sternal normale normal Légèrement normal net
insomnie élevée
III Angoissé Encombreme Intercostal Pâleur, élevé élevée décompensation intense
Moins nt bronchique épigastrique cyanose cardiaque droite
agité
IV Patient Tendance faible Pâleur, faible Baissé, décompensation absent
épuisé asphyxique cyanose collapsus cardiaque droite
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